Contrairement à ce qu’a prétendu Rokhaya Diallo dans Causeur, la France n’ostracise pas ses Noirs et ses Arabes. De l’entreprise aux tribunaux, ces minorités bénéficient au contraire de discriminations positives en tout genre. Une complaisance synonyme d’impunité envers certains délinquants. Extrait d’un livre en quête d’éditeur.


Chère Rokhaya Diallo,

J’ai bien reçu votre lettre ouverte aux lectrices et aux lecteurs du magazine Causeur parue dans le numéro de juillet, que j’ai lue avec attention. Je prends la liberté de vous répondre non pas au nom de tous les lecteurs, parce qu’à Causeur, nous ne sommes pas un parti, ni une assemblée de députés aux ordres, ni une communauté religieuse soumise à son prophète, ni une bande de racailles tenue par le respect (ou la trouille) du caïd, ni même un ramassis de Blancs qui veulent causer entre eux de leurs problèmes sans être dérangés par des Noirs. Je ne parle qu’en mon nom et si je vous réponds, c’est parce que je me reconnais parfaitement dans le portrait que vous dressez de nous. En effet, celui qui vous « met vertement en cause », qui vous accuse de « vous abreuver d’un racisme imaginaire » ou « de vouloir asseoir la domination des minorités pour mieux éradiquer les pauvres hommes blancs étouffés dans leur culpabilité », c’est moi. Nous ne sommes ni à Libération ni à L’Obs et je ne m’appelle pas Laurent « je n’ai jamais dit ça » Joffrin. Bref, je suis votre homme.

Rokhaya Diallo photographiée en 2020 © Hannah ASSOULINE
Rokhaya Diallo photographiée en 2020 © Hannah ASSOULINE

J’émets toutefois une réserve : je ne suis pas de ceux qui « honnissent votre personne », mais je suis déterminé à opposer à vos idées une résistance acharnée en les dénonçant pour ce qu’elles sont, fausses et étrangères, contraires à nos traditions et à notre idéal républicain et français. Je le ferai dans l’espoir que nos compatriotes les rejettent et les renvoient outre-Atlantique où elles sont nées, au pays des appartenances raciales et communautaires, des obsessions victimaires et revanchardes. Moi non plus je ne cherche pas à vous convaincre, mais j’espère bien vous défaire, vous disqualifier, non pas pour ce que vous êtes, mais pour ce que vous prêchez.

Pour dénoncer votre projet d’alignement de la France sur l’Amérique des campus, je ne reproduirai pas certains de vos propos en les tronquant comme vous le reprochez à certains d’entre nous. Je ne vous jugerai que sur pièces, sur la base de ce que contient votre lettre. Je vous ferai l’honneur de ne vous traiter ni comme une femme ni comme une Noire, mais comme une redoutable adversaire. Mais pas comme une ennemie : je ne vous confonds ni avec Assa, ni avec Houria.

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Mais, pardonnez-moi, je ne me pencherai pas, comme vous nous invitez à le faire, sur vos « recherches » et sur vos « travaux », non pas par paresse, mais par défiance. Moi qui devant l’université tombais à genoux, qui accueillais religieusement la parole savante, je n’ai plus confiance, j’ai perdu la foi. Quelques années à écouter la matinale de France Culture ou le « 28 minutes » d’Arte ont éveillé mon esprit critique et mon sens du discernement. J’ai trop souvent entendu des chercheurs dans le sens du vent et de l’histoire nous affirmer la main sur le classeur épais de leurs « recherches » et « travaux » qu’il n’y a pas plus d’immigrés aujourd’hui qu’hier et que l’immigration est une chance et une nécessité pour la France, que l’intégration se passe bien, que la délinquance des jeunes est en baisse, qu’à l’école le niveau monte et que la domination est masculine. Désolé pour vos « recherches » et « travaux », mais je n’écoute plus ces scientifiques engagés qui ont des lunettes qui regardent ailleurs, des jumelles qui regardent ailleurs, des microscopes qui regardent ailleurs, des caméras qui filment ailleurs. Non pas parce que ça ne m’arrange pas, mais parce que ça ne colle pas. Il suffit de superposer ce que disent leurs « recherches » et leurs « travaux » sur le réel vu, entendu, lu, vécu partout ailleurs et tout le temps pour voir au premier coup d’œil que ça ne correspond pas, que quelque chose cloche, qu’il y a un loup. Le sociologue relativiste, le philosophe marxiste, le pédagogue pédagogiste, l’économiste immigrationniste, le criminologue excusiste, l’épidémiologiste sans-frontiériste, le démographe optimiste, l’historien illusionniste, pour moi, c’est terminé. Tous ces docteurs ès vivre-ensemble ont réussi à me persuader qu’ils cherchaient moins la vérité qu’un nouveau moyen de contredire Marine Le Pen. Au nom du bien, tous ces Lyssenko pétitionnaires d’aujourd’hui ont perdu la raison en prenant des libertés avec la méthode. Or des chercheurs sans méthode, sans cette astreinte à l’honnêteté intellectuelle, ne sont plus des scientifiques sérieux. Voilà pourquoi à présent, je me fie plus à mon voisin qu’à Éric Fassin. Ne nous racontez pas d’histoires Rokhaya, vous n’avez pas plus d’honnêteté et de méthode que ces gens-là, alors redescendez s’il vous plaît de ce tabouret que vous appelez vos « recherches » et « travaux » pour nous regarder de haut. Vous êtes une militante, une idéologue. Vous avez une vision du monde, un idéal et un projet pour notre société. Moi aussi. Laissons la science à plus humbles que nous, et à plus sérieux que nous.

À présent qu’entre nous la glace est rompue et les préliminaires passés, entrons dans le vif de nos sujets. Je persiste à vous accuser de vous abreuver d’un racisme imaginaire et c’est parce que vous nous invitez à nous astreindre à un minimum de discipline intellectuelle que je vous renvoie le compliment. Manifestement, en vous fondant sur des études qui attestent que les jeunes hommes perçus comme noirs et arabes sont 20 fois plus contrôlés que le

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Septembre 2020 – Causeur #82

Article extrait du Magazine Causeur

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