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Karine Le Marchand ou l’immigration bisounours

M6, les nouveaux Français… et ces questions qui n’étaient pas au générique


Karine Le Marchand ou l’immigration bisounours
© Thomas BRAUT/CAPTURE D'ECRAN POTICHE PROD/M6

M6 consacrait hier une grande soirée à 100 ans d’immigration en France. Le documentaire était réussi et plaisant à regarder ; il ne niait pas les difficultés de l’intégration. Mais, il faudrait toutefois une deuxième soirée pour nous expliquer pourquoi le RN est aux portes du pouvoir, pourquoi le séparatisme alarme les services de renseignements, ou pourquoi certains avancent qu’un pays comme l’Algérie a désormais une 5e colonne dans le pays…


Il est vrai que regarder les affaires du monde sous l’angle de l’optimisme le plus affirmé n’a jamais fait de mal à personne. Et que s’ingénier à voir la réalité plus rose qu’elle n’est s’avère quelquefois plutôt gratifiant. Enfin, qui irait nier que la bienveillance puisse être une vertu digne d’intérêt ?

La petite chaîne qui monte et la Nouvelle France

De l’optimisme, de la bienveillance, le documentaire de M6 diffusé hier soir, présenté par Karine Le Marchand, nous en a servi une assez jolie dose. Son titre : « Les nouveaux Français ». En sous-titre, « 100 ans d’immigration ».

OK pour le titre. L’émission nous présentait en effet des personnes qu’on peut effectivement qualifier de « nouveaux Français ». Moins évidents en revanche la pertinence de la mention « Cent ans d’immigration ». Précisément en raison de l’a priori volontairement positif avec lequel le sujet est abordé. A priori au demeurant tout à fait acceptable, sauf à prétendre qu’à lui seul il pourrait permettre une approche réellement objective et satisfaisante du problème si complexe qu’est l’immigration.

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Le documentaire nous présente donc des personnages dont l’intégration a été particulièrement réussie. Mieux encore, on a assez vite l’impression d’assister à l’évocation d’une succession de success stories. Non seulement les intervenants se sont très bien intégrés, mais en prime ils ont fort bien réussi socialement dans leur parcours. Or, on aura bien compris que si l’intégration réussie est la condition nécessaire pour réussir dans le pays d’accueil, elle n’est en aucune manière suffisante. Il faut bien autre chose. A commencer par des qualités humaines qui ne sont pas données à tout le monde. Le caractère, la ténacité, le sens de l’effort. Et surtout la volonté farouche d’être aussi français que les Français si ce n’est plus et mieux… Et bien sûr, un peu de chance.

Il est bien évident que nous montrer ces personnes avec leur parcours si valorisant ne peut que nous faire du bien. Ils nous portent la démonstration que devenir français quand on ne l’est pas d’emblée est possible. Mais cela nous montre aussi, en filigrane, en creux, que cela relève, quoi qu’on en dise, de l’exception. Pas plus qu’une hirondelle ne fait le printemps comme disait ce bon vieil Aristote, une brochette de destinées d’exception ne saurait à elle seule rendre compte de la réalité de « 100 ans d’immigration ». Pas plus d’ailleurs que ces remarquables parcours ne sauraient rendre compte de la réalité de ce que vit le Français moyen, de souche, comme on dit. 

L’exception dans ce domaine est évidemment à saluer bien bas, mais, redisons-le, elle reste l’exception.

Immigration intra et extra-européenne

Cela d’autant qu’il est fait dans ce documentaire – fort intéressant en soi – une large place à l’émigration intra-européenne, italienne, espagnole, polonaise, portugaise. Autrement dit, l’afflux de populations dont les références civilisationnelles sont dans une très large mesure identiques aux nôtres. Rien à voir, donc, avec ce qu’est aujourd’hui le flux migratoire que nous avons à gérer. Par ailleurs, le nombre : chaque année nous arrive, pour ne parler que de l’immigration légale, à peu près autant de personnes que la totalité de l’émigration italienne ou espagnole sur toutes les années où elle s’est produite. Le nombre, voilà le paramètre qui tue, tout le monde le sait. Hélas, jamais abordé dans le documentaire.

De même que ne sont pas abordées les profondes différences culturelles, religieuses, non plus d’ailleurs que la motivation initiale des uns et des autres. Il est clair que ceux des mouvements de populations inter-européens d’hier venaient ici pour bosser et surtout donc l’intention bien claire de se faire autant que possible plus français que français. C’était l’immigration qui avait à cœur de franciser le prénom des enfants, voire le patronyme. Ce ne semble plus avoir cours aujourd’hui. Les hit-parades des états civils nous le montrent amplement.

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Et puis, l’immigration d’hier intervenait lorsque le besoin social, économique en était objectivement observable, après les saignées humaines et les ruines matérielles des guerres. Il fallait des bras. Des bras, du courage et de la volonté. La volonté d’épouser le pays d’accueil, ses lois, ses mœurs, ses bonheurs et ses peines. En sommes-nous là aujourd’hui ?

Posez la question en ces termes, revient évidemment à y répondre…

Il reste que la bienveillance de Karine Le Marchand, du regard qu’elle pose sur le monde et la vie, sont bien agréables. Il reste aussi qu’on a raison de dire que le meilleur demeure possible, toujours possible. Raison aussi de donner en exemple ces réussites absolument remarquables. Mais on attend un second volet, peut-être, traitant des « nouveaux non-français », ceux de l’immigration d’aujourd’hui pour qui il n’est absolument pas question de devenir ce que nous sommes. Ce qui serait en outre, du moins pour certains d’entre eux, quelque chose comme l’horreur absolue.

Voir l’émission.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Ex-prof de philo, auteur, conférencier, chroniqueur. Dernière parution : « Je suis Solognot mais je me soigne » éditions Héliopoles, 2025

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