Daoud Boughezala. En quelques mots, comment définiriez-vous le « sigisbée » auquel vous avez consacré tout un essai ?

Roberto Bizzocchi[1. Professeur au département d’histoire de l’université de Pise, Roberto Bizzocchi a publié Les Sisgisbées. Comment l’Italie inventa le mariage à trois, Alama, 2016.]. Le sigisbée est le chevalier servant, c’est-à-dire l’homme qui accompagne en société une femme qui n’est pas son épouse. Étymologiquement, le mot dérive probablement d’une onomatopée, inspirée par l’habitude des sigisbées de susurrer des petits mots doux à l’oreille de leurs dames (« chi, chi, chi » – en italien sigisbée se dit cicisbeo).
Cette coutume s’est surtout diffusée parmi la noblesse italienne au XVIIIe siècle, mais également dans d’autres pays catholiques comme l’Espagne et l’Autriche. À l’époque, la morale protestante n’admettait pas la complicité entre une femme mariée et un homme.

Pourquoi les maris italiens, eux, y consentaient-ils ?

Au XVIIIe siècle, le mariage est quelque chose de trop sérieux pour l’abandonner à l’amour !

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