Avec tout le respect qu’on doit à Najat Vallaud-Belkacem, il est parfois difficile de la suivre. Depuis des mois, la ministre des Droits des femmes répète qu’il faut enseigner dès la maternelle, qu’il n’existe aucune différence entre les garçons et les filles. Elle appelle ça lutter contre les stéréotypes sexistes. Par exemple avec la « danse scolaire du Petit Chaperon Rouge » où les petites filles sont déguisées en loups et les garçons en chaperons rouges. Au collège, à elles le rugby, à eux la couture. Comme ça, une fois adultes, ils seront puériculteurs et elles bucheronnes. Après tout, sans approuver ces ridicules inventions, je ne me plaindrai pas que les femmes puissent exercer des métiers autrefois dits « métiers d’hommes ».

Mais alors il faut être logique. Plus de travail des femmes, c’est plus d’accidents du travail des femmes. Et si elles sont bucheronnes, elles auront des accidents de bûcherons. C’est mécanique. Or notre ministre déplore que les femmes soient de plus en plus exposées aux accidents du travail : en dix ans, 20 % d’accidents en moins pour eux, 23 % de plus pour elles. Elle veut donc que la future loi sur l’égalité hommes-femmes instaure une approche sexuée de l’évaluation de l’exposition aux risques professionnels. Alors moi, je n’y comprend plus rien : soit  les hommes et les femmes c’est pareil, et alors ils sont égaux face aux risques, soit ils ne sont pas égaux face aux risques et il faut en conclure qu’ils ne sont pas pareils et arrêter d’enquiquiner les filles pour qu’elles jouent au rugby. Mais entre la conception genrée et l’approche sexuée il faut choisir.

Pour ma part, je reconnais volontiers que si je me retrouvais dans la jungle face à un tigre affamé, j’aimerais autant avoir un homme à mes côtés. C’est que nous sommes égaux en valeur et en droit, pas face à la perspective de porter un barda de 50 kilos. Inversement, des gros doigts d’homme inspirent moins confiance pour faire de la dentelle. Ces injustices criantes n’ont rien à voir avec les préjugés sexistes, la domination masculine ou les discriminations, mais avec dieu ou la nature comme on voudra. D’ailleurs domination masculine, c’est vite dit : si à la loterie de la création les hommes ont tiré la force et les femmes la ruse, qui a gagné le gros lot d’après vous ?

Passons et réjouissons-nous car Najat Vallaud-Belkacem sait désormais que nous, nous les femmes sommes de petites choses fragiles qu’il faut particulièrement protéger. Elle demande une évaluation sexuée des risques professionnels ? Chiche ! Qu’elle commence par exiger la ré-interdiction le travail de nuit des femmes qui a été libéralisé sous les présidences Mitterrand puis Chirac, alors qu’il était strictement règlementé en France depuis 1892. Intolérable discrimination, s’étranglait la Commission européenne. Oui mesdames, grâce à l’Europe et à la lutte contre le sexisme, nous avons gagné le droit de travailler à la chaîne en équipe de nuit.

*Photo : SERGE POUZET/SIPA. 00676236_000008.

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Elisabeth Lévy
Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle fait partie des chroniqueurs de Marc-Olivier Fogiel dans "On refait le monde" (RTL). Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "La gauche contre le réel (Fayard), sorti en 2012.
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