Suite d’élection –peu importe lesquelles d’ailleurs- chacun commente par son petit bout de lorgnette les résultats de dimanche. La gauche n’a pas perdu puisqu’il s’agit d’un scrutin local, qui, c’est bien connu, ne reflète nullement l’humeur nationale. La droite a gagné –malgré la confusion ambiante- ce qui naturellement est une sanction sévère infligée à la (non) gestion menée depuis bientôt 2 ans. Le FN a gagné, même s’il ne peut briguer que de rares mairies. Et les français sont priés de prendre au sérieux cette menace pour la démocratie et les bibliothèques, donc de se ressaisir. Enfin l’abstention s’accroit, ce qui constitue un avertissement à toute la classe politique… Jusqu’ici on n’est pas trop perdu !

Le jeu de bonneteau à commencé, le marché aux sièges est ouvert, les alliances de derrière les fagots se nouent derrière les porte des QG : Nul doute que cette fois-ci tous les enseignements seront tirés de ce scrutin…selon la formule consacrée et rabâchée par chacun, sur chaque chaine, à chaque soirée électorale. On est tranquille, rien ne changera. Et si un petit jeu de chaise musicale est perçu comme inévitable, la pertinence de ce hochet laisse rêveur… On distribuera le même jeu au mêmes joueurs, seule leur donne personnelle aura changé, ce qui garantit sans doute un regard neuf –et encore plus perplexe ?- sur les choses. Et si par hasard, on ouvre un peu la porte, ce sera pour les caciques qui ont mille fois régné sans laisser de trace de leur génie dans l’histoire…. Demain peut-être !

En marge de cette petite musique malheureusement trop prévisible, quelques esprits mutins se plaisent à imaginer autre chose, autrement… C’est le cas, entre autres, d’Alexandre Jardin et  de sa bande de zèbres rayés de bleu et blanc. Ce connaisseur des mots affirme ne plus supporter d’entendre dire, penser ou promettre à longueur d’année des solutions qui ne verront jamais le jour. Le mot est lancé, son initiative ne relève pas du think-tank mais se veut un do-tank.

Son équipe veut faire appel aux potentialités et au savoir-faire de chacun pour apporter des réponses concrètes à des problèmes concrets de notre société. Chez les bleublanczèbres, on veut fédérer les individus par la joie d’agir et non par la tristesse de se plaindre. Reprendre en main un destin que les classes dirigeantes ne parviennent plus à infléchir. Résolument optimiste, l’écrivain, lui-même créateur d’une association de promotion de la lecture, est convaincu que si l’espoir ne vient plus d’en haut, il faudra bien qu’il renaisse par le bas.  Pour donner du champ à cet espoir, il s’est entouré de quinze zèbres issus du monde associatif, entrepreneurial ou de culture mutualiste, chacun muni de son expérience du concret, du vrai, du déjà « fait ».

Alliant la technologie à l’action, ils ambitionnent, à coup de buzz, de réveiller ainsi la responsabilité endormie et la vocation de « faiZeurs » de leurs concitoyens. Et ainsi libérer les mentalités du fatalisme ambiant et de la spirale de l’attente -aussi démesurée que frustrante- vis-à-vis du tout Etat.  Et de fait, l’initiative recueille des réactions très positives, qui révèlent une envie de retrousser ses manches.

Un do-tank qui évoque naturellement l’idée de la Big Society de David Cameron, soit l’implication de la société civile dans un « tiers secteur » social et éducatif.  Les esprits chagrins ne manqueront pas de rappeler les limites de ce processus constatées chez notre voisin outre-manche, ainsi que les critiques qui n’y voient qu’un emballage cadeau du désengagement massif de l’Etat de ses missions auprès des plus fragiles. Qu’importe… Les zèbres balaient les cyniques et « mal rayés » d’un revers de la main. Et s’ils ont conscience qu’à eux seuls, ils n’ont pas vocation à gouverner la France – pas plus qu’ils ne le souhaitent – c’est à une entreprise de restauration de la confiance qu’ils s’attèlent.

Leur premier acte de bravoure est de croire en leur projet.
Le deuxième, bien loin des petites cuisines électorales, sera peut-être de faire émerger de vraies forces… Il sera toujours temps, alors, de faire croître leur rôle dans l’organisation de la société.
À suivre !

*Photo: GINIES/SIPA .00666867_000005