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Services publics, « sévice » public ?

Services publics, « sévice » public ?
Contribution à l'audiovisuel public pour 2021 GILE Michel/SIPA 01044154_000001

Nous pouvons être fiers de certains de nos services publics et avoir honte d’autres…


Je connais leurs ratés, leurs grèves aux pires moments portant le sadisme social à son comble, leurs revendications constantes, leur volonté paradoxale de nous faire payer l’admiration qu’éprouvent les Français pour des services publics qui marchent et font honneur à l’organisation de notre pays.

Je sais tout ce qu’on peut reprocher à la Justice qui ne cesse d’osciller entre pouvoir rêvé et autorité constitutionnelle au lieu de s’assigner pour seule et honorable ambition d’être un service public.

J’ai beau mesurer l’exaspération de mes concitoyens – et la mienne propre – face à tout ce dont ils rêveraient et qui ne leur est pas offert au quotidien, je ne peux m’empêcher d’éprouver, oui, une vraie fierté devant l’adhésion majoritaire à des services publics qui, notamment, nous transportent, nous font voyager, assurent notre santé, permettent nos envois, enrichissent notre culture et transmettent l’enseignement.

Une constatation dont je mesure le caractère superficiel mais qui ne cesse pas de m’emplir d’une joie civique, d’une confiance gratifiante quand je vois ces autobus, ces métros, même surchargés, arriver à l’heure, repartir, nous garantir que notre désir de mener notre existence ici puis là sera satisfait. Quand je monte dans ces trains où la gentillesse du personnel SNCF ne se laisse jamais entamer et que nous parvenons à notre destination finale dans les délais. Avec un bonheur que je peux juger excessif, puisque ce devrait être la règle pour le fonctionnement de tout service public, mais qui n’est que la traduction de la déception qui peut survenir, parfois, entre espérance et réalité.

A lire aussi : Marine Le Pen, “Il faut privatiser l’audiovisuel public”

Pourtant comment sincèrement puis-je être sujet à de telles pensées qui mettent les services publics dans leur excellence au plus haut et en même temps être réticent à l’encontre du service public de l’audiovisuel ? Comme si ce dernier violait les exigences dont le respect nous comble dans tous les autres services publics : équité, impartialité, révérence égale, neutralité, accessibilité à tous, politesse. Comme s’il ne méritait pas le même nom.

De fait, quand un débat oppose Gilles-William Goldnadel et Aurore Bergé sur cette question « Faut-il privatiser l’audiovisuel public ? », le premier qui dit oui domine clairement la seconde s’en tenant au non mais qui ne peut rien faire, malgré sa vaillance intellectuelle, face à la démonstration décapante et lucide du dévoiement à gauche de l’audiovisuel public. Et de son absolue dénaturation, d’un idéal de pluralisme honnête, en soutien partisan d’une cause.

C’est cette perverse incongruité entre des services publics respectés quoique parfois imparfaits et un service public – formellement entendu – de l’audiovisuel aux antipodes de l’exemplarité qu’il devrait impliquer qui explique, par comparaison, son discrédit fondamental. Quand on constate les dégâts pour la démocratie d’une telle distorsion, parler de « sévice » public n’est pas seulement drôle mais cruellement pertinent. Au regard du thème de ce billet, je voudrais louer l’absence de démagogie, lors du Congrès LR, de Philippe Juvin qui plutôt que de s’aventurer dans une improbable diminution de la fonction publique, a tenu bon sur le maintien quantitatif de celle-ci mais avec une bien meilleure organisation qui en décuplerait l’efficacité.

De grâce gardons les services, chassons le sévice !

Cet article a été publié pour la première fois sur le blog de Philippe Bilger, le 26 décembre 2021.


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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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