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Salaire de Carlos Tavares: le bal des antilibéraux et des faux-culs

Salaire de Carlos Tavares: le bal des antilibéraux et des faux-culs
Carlos Tavares au Salon de l'Automobile de Paris de 2018 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Les salariés de Peugeot ont la chance unique d’avoir un patron génial qui obtient des bénéfices impressionnants et une rémunération imposante. Il doit donc être dénoncé, critiqué, vilipendé…


C’est vraiment mal tombé pour Carlos Tavares : on apprend pendant les élections présidentielles – un hasard du calendrier – que son salaire global atteint des records. Or, sur nos douze candidats du premier tour, pas un seul n’a pris la défense de l’accusé. Il est vrai que la moitié d’entre eux sont marxistes et trois sont d’extrême gauche. À droite et à l’extrême droite, idem. Et à l’extrême centre occupé par le candidat président, n’en parlons même pas: lui veut carrément plafonner les salaires des PDG. Tous ces braves gens, politiciens professionnels, sont unanimes : la rémunération du patron de Stellantis, maison mère de Peugeot-Citroën, qui atteint 19 millions d’euros pour l’exercice 2021, est jugée « indécente », alors même qu’il vient de réaliser une année historique avec des bénéfices somptueux, jamais vus dans l’industrie automobile en France : 13,4 milliards d’euros.

Emmanuel Macron s’est déclaré « choqué » par la rémunération « astronomique » de Carlos Tavares. « Tous ces sujets nous indignent », a-t-il même ajouté au cours d’une interview à France Info. Dans le bal des hypocrites, des démagogues, des anticapitalistes et des faux-culs, le président n’est jamais très loin, lui qui s’est battu pendant longtemps quand il était ministre de l’Économie de François Hollande en 2016 contre les salaires qu’il estimait trop élevés de l’autre Carlos, Carlos Ghosn, alors à la tête du groupe Renault-Nissan. Nous y reviendrons plus loin.

D’abord les chiffres, pour les connaisseurs, s’agissant de la première année d’existence de Stellantis, groupe mondial né de la fusion entre les entités PSA (Peugeot-Citroën-Opel) et FCA (Fiat-Chrysler) dont le sieur Tavares est directeur général. Au total, quinze marques, françaises, italiennes, britannique, allemande et américaines. Un chiffre d’affaires de 152 milliards d’euros en 2021. Une rentabilité opérationnelle ajustée de 11,8% et un résultat net de 13,4 milliards d’euros après impôts. Un véritable feu d’artifice économique !

Grâce aux « vaches à lait » américaines

Des précisions sur cette rémunération globale de 19 millions d’euros. Elle se divise en plusieurs morceaux : un salaire fixe de 2 millions pour l’année 2021, auquel s’ajoute une part variable qui a atteint 7,5 millions, indexée sur les résultats de l’année, très brillants, presque le maximum possible. Plus 2,3 millions de contribution à sa « retraite chapeau » ainsi qu’une prime de 1,7 million liée à la réalisation de la fusion avec les Italiens et les Américains. Et enfin, 5,5 millions au titre de la première année d’un plan de performances très exigeant, sur trois ans. 2 + 7,5 + 2,3 + 1,7 + 5,5 = 19 millions. Le compte est bon.

Comme nous sommes en France, la question est de savoir combien d’impôts devra payer l’heureux bénéficiaire de cette véritable fortune. Impossible de savoir ! D’abord, Carlos Tavares n’est pas Français, il est Portugais et il tient à son drapeau. Deuxio, le siège social mondial de Stellantis n’est ni en France, ni en Italie, ni aux Etats-Unis, mais aux Pays-Bas. Tertio, le plus gros résultat du groupe ne vient pas de France ou d’Italie mais des États-Unis où se trouve une filiale du groupe Fiat dont les « vaches à lait » s’appellent Jeep et Ram, qui dégagent des marges très importantes, plus de 16% en 2021. On a beaucoup parlé en Europe pendant cette année 2021 – on en parle encore aujourd’hui – de la pénurie de semi-conducteurs, ces puces indispensables à la bonne marche d’un véhicule. Le génie de Tavares a également consisté, tout en étant obligé de réduire ses productions de 20% par rapport à ses prévisions, à affecter ses puces disponibles aux véhicules les plus rentables, comme les Jeep Grand Cherokee ou Grand Wagoneer aux marges plantureuses.

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C’est ainsi que le gros des bénéfices provient des États-Unis, un pays où les grands patrons sont magnifiquement payés quand ils font gagner beaucoup d’argent à leurs actionnaires. Le PDG de Ford, Jim Farley, a reçu 21 millions d’euros pour 2021 et la patronne de General Motors, Mary Barra, en était à 21,8 millions pour 2020. Carlos Tavares qui a non seulement réussi une fusion qui semblait très aléatoire avec les Italiens de Fiat et les Américains de Jeep, et qui a géré cet ensemble hétéroclite de main de maître dans des conditions aggravées par les deux crises de la Covid et des semi-conducteurs, s’est donc révélé être un géant dans l’automobile mondiale. Il a également prouvé qu’il était un super manager en délivrant des primes d’intéressement importantes à tous les salariés du groupe, à hauteur de 1,9 milliard d’euros, ce qui est très généreux. Les salariés français, qui avaient déjà reçu 3 000 euros de surprime en 2020, toucheront cette fois une participation moyenne de 4 400 euros et bénéficieront en plus d’une enveloppe globale d’augmentation de 3,2%.

Une opération digne d’un corsaire des Caraïbes

Revenons à notre petit Hexagone rempli de marxistes, de démagogues et d’éternels frustrés. Il faut reconnaître qu’ils pourraient avoir raison sur un point: une majorité riquiqui, mais une majorité quand même d’actionnaires ont voté contre le rapport sur la politique salariale de la direction du groupe, à 52% contre 48%, s’opposant ainsi aux millions de Carlos Tavares. Sauf que 1 : cet avis des actionnaires n’est que consultatif selon le droit des Pays-Bas ; 2 : la politique de Stellantis a été adoptée à près de 90% lors de l’assemblée générale de 2021 ; et 3 : c’est une banque d’État française, la Bpifrance détenant 6% du capital de Stellantis, qui a fait basculer le vote côté négatif.

Ce ne serait pas la première fois que l’État français jouerait ainsi contre des PDG « trop payés » dans l’industrie automobile. Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie de François Hollande, était même allé très loin en 2016 pour contrer la politique salariale de Renault à l’égard de Carlos Ghosn, jusqu’à faire dépenser par l’État 1,2 milliard d’euros pour acheter à la Bourse en cachette des actions supplémentaires de Renault afin d’obtenir lors de l’assemblée générale du constructeur une majorité hostile à la rémunération de son PDG, estimée abusive par le fougueux ministre. À cette époque, le groupe Renault-Nissan gagnait beaucoup d’argent dont l’État profitait doublement, à la fois comme actionnaire, à hauteur de son capital de 25 %, et comme taxateur avec les impôts qu’il touchait sur 100% des bénéfices.

Redresser toute l’industrie française

Les actionnaires avaient écouté le ministre et voté non à 54% en assemblée générale contre la rémunération de 7 millions d’euros prévue pour Carlos Ghosn, mais le vote étant là aussi consultatif n’avait pas été suivi d’effet par le conseil d’administration. Avec son opération boursière digne d’un corsaire des Caraïbes, le socialiste Macron, ministre du président très socialiste François Hollande, avait mis en place sans le savoir une bombe à retardement contre Carlos Ghosn qui explosera plus tard à Tokyo avec l’emprisonnement honteux et scandaleux du PDG de Renault-Nissan : les Japonais avaient tenu Ghosn pour responsable de ce rodéo boursier, sans jamais que Macron ou Hollande ne leur dise la vérité. On connaît la suite : un écroulement vertical du groupe Renault avec un manque à gagner colossal, sans doute entre 10 et 20 milliards d’euros, parce qu’un jeune ministre de l’Économie voulait réduire de force le salaire d’un PDG extrêmement brillant et admiré dans le monde entier.

En mars dernier, dans une interview à Valeurs Actuelles donnée au Liban où il s’est réfugié, Carlos Ghosn a réagi avec une certaine émotion aux événements qui ont touché Renault et qui l’ont atteint par contrecoup : « Quand on regarde où en est Renault aujourd’hui, on mesure l’ampleur du désastre qui a suivi mon arrestation. » Il a surtout ajouté ceci : « Les groupes français dont l’État est actionnaire sont esclaves de leur héritage […] Citez-moi une seule victoire industrielle française dans laquelle l’État a été un contributeur important […] En France, il y a cette tradition d’interventionnisme de l’État, alors qu’il est incapable de gérer son budget, ses déficits et sa dette »… Avec une dizaine d’hommes comme Ghosn ou Tavares, on pourrait redresser toute l’industrie française et la relancer vers les sommets qu’elle n’aurait jamais dû quitter. En attendant, Carlos Ghosn peut être satisfait : Tavares a passé plus de trente ans chez Renault avant de rejoindre le groupe Peugeot, et c’est Ghosn qui l’a formé.


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