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En Russie, un retour de la monarchie n’est pas à exclure

En Russie, un retour de la monarchie n’est pas à exclure
Georges Mikhaïlovitch de Russie se marie à Rebecca Bettarini à Saint Petersbourg, 1er octobre 2021 © Peter Kovalev/TASS/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage : SIPAUSA30281902_000004

L’héritier du trône se marie aujourd’hui à Saint-Pétersbourg


C’est l’évènement de l’année en Russie. Pour la première fois depuis la révolution de 1917, un mariage impérial va être célébré en grande pompe à Saint-Pétersbourg, ancienne capitale des Romanov, dans la cathédrale Saint-Isaac. L’héritier au trône de Russie, le grand-duc Georges Romanov va épouser Victoria (Rebecca) Bettarini-Romanovna, la fille d’un diplomate italien, devant une multitude de représentants de maisons royales européennes et étrangères, de membres de l’aristocratie russe, du gouvernement et autres conseillers du président Vladimir Poutine, également attendu pour cette cérémonie. Depuis la chute du communisme, les Russes se sont réapproprié leur histoire et les Romanov ont désormais droit à leurs statues érigées un peu partout dans le pays. Un parfum d’antan flotte aujourd’hui au-dessus du pays d’Ivan le Terrible.

La monarchie peut-elle revenir en Russie ? C’est une question récurrente qui est fréquemment posée depuis que le communisme, ce colosse idéologique aux pieds d’argile qui a dirigé durant 74 ans l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS), est tombé, en 1991. Largement réhabilités depuis la découverte des restes de Nicolas II et de sa famille, les Romanov font l’objet de toutes les attentions de la part du gouvernement et de membres de la Douma. Jusqu’au plus haut-sommet du Kremlin. Avec l’après-Poutine qui se dessine doucement, certains rêvent déjà de rendre leur couronne à une famille qui a dirigé la Russie durant trois siècles. Selon un récent sondage, sur un panel de 35 000 personnes interrogées, un tiers des Russes affirment ne pas être opposés au retour d’un empereur à la tête de la Sainte-Russie, 28% déclarant même qu’une telle transformation de la structure de l’État en Russie est tout à fait acceptable et 18 % réagissant avec « enthousiasme » à cette proposition. Des chiffres qui peuvent autant surprendre qu’ils nous ramènent aux photos d’un empire victime des conséquences de la Première guerre mondiale et de n’avoir pas su se réformer à temps, de ces Russes blancs fuyant en masse les exactions des bolchéviques. Un monarchisme qui n’a jamais disparu en dépit des tentatives des Soviétiques de décrédibiliser Nicolas II, constamment grimé en souverain tyrannique manipulé par le moine Raspoutine.

Martyrs de la révolution

Les chiffres sont encore plus éloquents chez les milléniaux tentés par l’idée impériale. Chez les 18-30 ans, 30% adhèreraient à l’idée monarchique (notamment chez les diplômés du secondaire). « Pour moi, la monarchie est une tradition, le bastion de notre culture et de notre nation » explique d’ailleurs Caroline, 24 ans, qui considère que la révolution a été une « catastrophe qui a amené famine, guerre civile et terreur ». Une idée qui touche toutes les couches sociales russes. Selon le sondage, 25% des classes sociales modestes et près de 30% parmi les plus aisées seraient favorables au retour de la monarchie, un concept qui reste toujours indissociable de l’Église orthodoxe d’après 35% des personnes interrogées. Voire même au-delà puisque 27% des musulmans russes se déclarent prêts à soutenir le retour de l’institution impériale. Sanctifiés par la plus haute autorité orthodoxe, laquelle ne cache pas son monarchisme, les Romanov font l’objet d’un véritable culte par les Russes. Chaque année, ils sont des centaines de milliers à converger vers Ekaterinbourg, le lieu de leur massacre en juillet 1918, afin de rendre hommage à ces martyrs de la révolution. Un succès qui ne se dément pas. Baptisées « Journées du tsar », elles sont organisées par le mouvement Aigle à Deux-têtes dirigé par l’oligarque Konstantin Malofeev, fervent soutien au retour à la monarchie. Proche du président Vladimir Poutine dont il est un des conseillers, cet homme d’affaire controversé a ouvert une école qui forme, sous le regard de tous les empereurs de Russie, les futurs cadres d’une éventuelle prochaine monarchie… Il possède sa propre télévision (Tsargrad), qui se veut à la fois nationaliste, panrusse et monarchiste. L’homme est puissant, influent jusque dans les milieux de la droite conservatrice européenne et américaine qui n’hésitent pas à l’inviter. Sa dernière apparition au Congrès de familles aux côtés de Matteo Salvini, le patron italien de la Ligue, avait été remarquée. Il a même des liens au sein de la mouvance monarchiste française, fascinée par l’esprit romantique de la Russie blanche qui a survécu et est toujours présente dans l’Hexagone.

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« Il y a certainement encore aujourd’hui beaucoup d’intérêt et de fascination pour les Romanov. Je pense que c’est parce qu’ils ont régné sur la Russie pendant plus de 300 ans et ont laissé une marque significative dans l’histoire de notre pays et de toute l’humanité. Le destin tragique de l’empereur Nicolas II et de sa famille a profondément choqué et marqué les gens du monde entier, je pense donc que cet intérêt est tout à fait naturel » explique le grand-duc Georges Romanov. « C’est certainement un honneur pour moi de porter un nom aussi prestigieux et d’être un descendant de personnes extraordinaires telles que Catherine la Grande et Pierre le Grand. J’ai été élevé dès mon plus jeune âge avec la conscience de porter de grands devoirs et des responsabilités, celles de continuer à servir mon pays et de transmettre cet héritage à la génération suivante » déclare ce descendant d’Alexandre II qui est contesté cependant par une partie de sa famille dans ses droits au trône. À 40 ans, celui qui a grandi à Saint-Briac, en Bretagne, ne revendique pourtant aucun rôle. « Si un jour la monarchie doit être rétablie, le peuple trouvera toujours dans nos maisons quelqu’un qui a été éduqué et préparé au mieux de ses capacités pour accomplir ses devoirs. Mais dans les circonstances actuelles, nos activités sont totalement apolitiques et se concentrent sur le caritatif, afin de renforcer la paix interreligieuse et civile en Russie, à préserver son patrimoine historique, culturel et naturel, à l’éducation patriotique des jeunes et à protéger l’image de la Russie malmenée par la diplomatie internationale » affirme-t-il.

Pas à l’agenda de Poutine pour le moment

Il a fondé la « FondRus », une société caritative très active pour laquelle travaille aussi sa future épouse Victoria (Rebecca) Bettarini-Romanovna. Si le président Vladimir Poutine a déclaré en 2017 que « la restauration de la monarchie n’était pas pour le moment sur son agenda », d’autres se chargent de faire campagne pour lui en ce sens au sein du gouvernement et du parlement.

Président de Crimée, Sergueï Valerievitch Axionov ne fait pas mystère de son monarchisme et a proposé officiellement de restaurer un tsar en Russie, allant jusqu’à proposer aux descendants des Romanov de s’installer dans cette ancienne province ukrainienne revenue dans le giron russe après un référendum !

C’est naturellement à droite que l’idée monarchique séduit le plus. 44% des adhérents de Russie unie (parti gouvernemental) et 36% du Parti libéral-démocrate de Russie du député d’extrême-droite Vladimir Jirinovski plébiscitent le retour de la monarchie (il dirige le premier parti d’opposition russe et a augmenté le nombre de ses députés à la Douma aux dernières élections législatives). Chez les communistes, seuls 6% y seraient favorables. Plus étonnant encore, on a même 17% des Russes qui ne verraient pas d’un mauvais œil que l’actuel dirigeant russe soit couronné empereur après sa désignation lors d’un zemsky sobor (assemblée). En Russie, on se plaît à rêver au retour des empereurs de Russie. Une véritable revanche de l’Histoire qui a de quoi exciter notre propre imaginaire. « Dieu sauve le Tsar » ?


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Journaliste , conférencier et historien.

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