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Roulette russe de Léonore Queffélec : de la balle!

Un récit autobiographique loin de la déjection intimiste thérapeutique.

Roulette russe de Léonore Queffélec : de la balle!
Léonore Queffélec (à droite) et Yann Queffélec (à gauche) le 20/11/2002 / PHOTO : LEROUX PHILIPPE/SIPA / 00462999_000005

 « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » (Lamartine). C’est, à sa manière, ce que dit la comédienne et journaliste, Léonore Queffélec dans Roulette russe (Anne Carrière, 2022).


« La roulette russe est un jeu consistant à mettre une cartouche dans le barillet d’un revolver, à tourner ce dernier de manière aléatoire, puis à pointer le revolver sur sa tempe avant d’actionner la détente. Si la chambre placée dans l’axe du canon contient une cartouche, elle sera alors percutée et le joueur mourra ou sera blessé ». A lire cette définition de Charlotte Richoux, dans un numéro consacré à « l’addiction au risque » d’une revue freudienne (Topique, 2009), la roulette russe est une activité potentiellement mortelle. Moins que la roulette belge selon Charles Pasqua – « celle où il y a une balle dans chaque trou du barillet » – mais pas sans danger non plus.

En intitulant ainsi son récit sur sa mère, Léonore Queffélec voulait-elle dire à demi-mots qu’elle a gagné à un jeu auquel elle a joué malgré elle, à son corps défendant ? Ce qui est sûr, c’est qu’il est beaucoup question de Russes dans ce récit. Et de voyages, aussi. Si bien, d’ailleurs, qu’elle aurait pu appeler son livre « Roulotte russe ».

Qu’il y ait des Russes à toutes les pages ou presque ne doit pas surprendre : sa famille vient de l’autre côté de l’Oural, s’y rend souvent, même lorsque la Russie n’a pas encore bu le communisme, qu’elle est une « Union des républiques socialistes soviétiques ». Qu’il y soit question de Baltimore, de New York, de Tunis et de vols en long-courrier non plus : Léonore Queffélec est la fille de la pianiste de renommée internationale Brigitte Engerer, née en Tunisie et décédée à Paris en 2012. C’est d’ailleurs autant la vie de celle-ci que la sienne qu’elle raconte.

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A bon escient ? La ligne qui sépare le récit autobiographie de la déjection intimiste à vocation thérapeutique étant souvent ténue, la question est légitime. Fort heureusement, le livre de Léonore Quéffelec n’est pas de cet acabit. Au contraire. Il permet en outre de se mettre dans la peau d’un enfant dont la vie est littéralement extra-ordinaire : sortant de l’ordinaire.

« Pianiste est un métier bizarre », écrit Léonore Queffélec. Il l’est davantage encore lorsqu’il est exercé par une femme de caractère, qui considère que « la musique est un art impoli », que sa fille a « le droit de dire “Va te faire outre, connard” » du moment qu’elle le formule « en langage musical, avec toutes les nuances bienvenues ». Avec une plume d’une agréable légèreté, elle en convainc aisément le lecteur. Elle le mène surtout par le bout du nez, dans le meilleur sens de l’expression.

En effet, si Léonore Queffélec a elle aussi embrassé une carrière d’artiste, elle a plus d’une corde à son arc. Et notamment des talents de conteuse qui, de façon assez étonnante, la rapproche, toute proportion gardée, d’un écrivain qui savait merveilleusement (ra)conter son enfance iséroise, son adolescence lyonnaise et ses débuts de carrière à Paris : Frédéric Dard, dit San-Antonio.

Finalement, c’est peut-être bien « Je le jure » qu’elle aurait dû intituler son récit.

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