C’est la dernière semaine de l’année: le moment de la revivre à travers des événements qui l’ont marquée. L’affaire Weinstein a déclenché une vague de règlements de comptes sur les réseaux sociaux.


Bertrand Cantat n’est pas un assassin, car les mots ont un sens. Mais c’est un imposteur. Son retour à la scène musicale a bénéficié d’un plan média minutieusement organisé dont les différentes déclinaisons l’établissent d’indiscutable façon.

Je connaissais très mal le groupe « Noir Désir » d’avant le drame de Vilnius. Il me semblait avoir compris que nous avions affaire à des rebelles autoproclamés, installés sur la niche politique d’un gauchisme vague et confortable, leur permettant de donner force leçons à cette jeunesse qui leur faisait confiance. Les violences mortelles infligées à Marie Trintignant par Bertrand Cantat, me plongèrent dans la stupéfaction, autant pour la disparition de Marie que j’avais eue l’occasion de croiser dans le passé, que par l’incohérence du comportement du héros d’une partie de la jeunesse. Comment avait-il pu à ce point la trahir, à ce point lui mentir ?

L’indécence de Bertrand Cantat

Entouré du soutien de ses amis du groupe musical, et du dévouement assez admirable de sa première épouse, il avait cependant adopté une défense de déni, passablement piteuse. Après une procédure régulière, condamné à huit ans de détention, et autorisé à effectuer sa peine en France, il avait ensuite bénéficié d’une libération anticipée régulière, accordée par le juge d’application des peines. Bertrand Cantat pouvait être alors considéré comme quitte de sa faute pénale, tant vis-à-vis de la société que vis-à-vis des victimes. Qu’en était-il de sa faute morale ?

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Le suicide postérieur de son épouse avec qui il vivait, le plongeait à nouveau dans la tragédie et jetait sur le personnage une ombre assez trouble. Mais ce sont les conditions de ce retour qui démontrent que nous avons affaire à un imposteur. En tuant Marie Trintignant, il a trahi la confiance et l’admiration de tous ceux qui écoutaient sa musique, achetaient ses disques et se pressaient à ses concerts. Il est moralement disqualifié pour continuer à nous donner des leçons. Or le premier acte de ce retour a été de mettre à la disposition du public le premier morceau de son nouvel album. Dont le texte reprend sans vergogne le ton et le style d’imprécations d’avant Vilnius.

Bertrand Cantat crache sur les couches populaires britanniques qui, à l’encontre de leurs élites et accablées par l’austérité, ont choisi le Brexit. Et il les somme, il nous somme de donner la priorité à « ses pauvres à lui », ignobles égoïstes que nous sommes. Mépris social et instrumentalisation de la misère des migrants, ce ne sont pas les scrupules qui étouffent celui qui est désormais occupé à une seule tâche, reconstruire la statue du professeur de morale, pulvérisée par la mort donnée à Marie Trintignant. La couverture des Inrocks, n’est qu’une pièce de ce dispositif obscène.

Perpète sur le plan moral

C’est pourtant elle qui a provoqué un déchaînement finalement assez terrifiant. De façon explosive, les réseaux, la presse, jusqu’au ministre se sont précipité sur Cantat avec un seul cri « haro sur l’assassin ». Remettant sans cesse en cause la partie judiciaire du dossier, foulant aux pieds tous les principes, appelant à la répression, hurlant à la mort, la cause de l’indispensable lutte contre les violences faites aux femmes, a montré avec le visage de la meute, sa face la plus laide. Certaines de ces dérives sont plus qu’inquiétantes.

Sur le plan judiciaire…

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