Martine Aubry, présidente de la..., pardon, première secrétaire du Parti socialiste.

Pour une fois, on sera d’accord avec l’essentiel des déclarations faites par les politiques depuis hier soir : rien n’est joué. À ceci près que ce n’est pas au second tour de dimanche prochain que nous pensons, vu qu’il présente à peu près autant d’intérêt que le premier, mais à la seule élection qui compte au pays du quinquennat : la présidentielle de 2012 – including les législatives-croupion qui la suivront. Rien n’est joué donc et, surtout, personne n’a de quoi pavoiser, même si certains ont plus raison d’avoir les nerfs que d’autres…

C’est le cas, natürlich, de l’UMP. Par compassion, on se contentera de rigoler doucement des balançoires proférées hier soir par François Fillon, comme quoi l’abstention massive interdit de tirer une quelconque conclusion politique nationale de ce scrutin. Bon, on sait que le discours d’hier soir n’a pas dû être facile à écrire, mais quand même, y a des limites. Celles de la décence, par exemple, ou celles de l’amnésie. Si notre mémoire est bonne, au printemps dernier, l’UMP ne s’était pas gênée d’en faire des quintaux sur sa victoire forcément signifiante aux européennes. Et là, l’abstention – tout aussi massive –, eh bien, c’était pas le sujet.

La vérité, c’est que le parti du président est dans une panade monumentale. Rarement la droite sera partie si unie à un scrutin, et rarement elle aura fait un score aussi riquiqui. Elle est même laminée quant à l’objectif grotesque qu’elle s’était fixé, à savoir devancer le PS au premier tour, ce qui n’avait pas déjà pas grand sens au départ, compte tenu des réserves de voix Europe Ecologie et Front de Gauche, et qui se révèle calamiteux à l’arrivée, vu que c’est le PS qui est devant. Aïe!

Le PS est-il pour autant le grand gagnant du scrutin d’hier ? Gagnant, sûrement. Grand, c’est moins évident. Certes, il vaut mieux faire 30 que 16, comme aux européennes. À Solferino, on explique, comme de bien entendu, que c’est grâce à la rénovation opérée par Martine Aubry que le parti a retrouvé des scores plus en rapport avec son standing. Pas faux, ou plutôt, pas entièrement. Parce qu’en vrai ce sont les potentats locaux du parti qui sortent renforcés de cette échéance. Et dans la perspective des primaires, ils auront beau jeu d’expliquer que quand ils font le job, eux, alors, ça marche. On parie que ce n’est pas seulement en Septimanie que les apparatchiks provinciaux se réjouissent du score de Frêche et de la déculottée collatérale de la liste imposée par Paris. On souhaitera bien du plaisir à Martine pour les primaires…

À l’instar du grand frère socialiste, les Verts eux aussi font un carton à la Pyrrhus. En un an, le rêve – bien réel chez nombre de militants – de faire jeu égal avec le PS a fondu comme banquise au soleil. Mais en passant la barre des 10 % pratiquement partout, et pas seulement à Oberkampf, les Verts consolident leur pouvoir de nuisance, et il nous semble que ce ne sont pas seulement des places éligibles en surnombre et des présidences de région que vont exiger les écolos, mais aussi, à tous les coups, des circonscriptions réservées pour les législatives. Nous, en tout cas, à leur place, on se gênerait pas pour le faire, et pourtant, on a meilleur caractère que Duflot ou DCB…

Le PCF, lui aussi, a bien tort de se la jouer renaissant avec ses 6 %. Tout d’abord parce seul un groupuscule peut sabrer le champagne avec un tel score. Et puis parce que ces 6 % ne lui appartiennent pas. C’est seulement grâce au tonus tribunicien apporté dans la corbeille de mariage par Mélenchon que le PCF est sorti du caveau qu’il avait lui-même creusé en passant un peu trop brutalement du soviétisme rigide au sociétalisme invertébré. Désormais, l’avenir du PCF passe par le populisme de gauche du leader du PG, qui dit tout haut ce que nombre d’électeurs populaires du PCF n’osaient même plus penser tout bas. Pour le PCF, en 2012, la perspective est donc soit d’avoir un candidat communiste autonome et disparaître, soit de s’effacer derrière Mélenchon. Et donc de disparaître aussi.

C’est d’ailleurs ce qu’a déjà fait le NPA, sans même attendre la présidentielle. Reste que, comme le Modem, il se rassure de ses scores calamiteux aux élections intermédiaires en se disant qu’il a un candidat crédible pour cette échéance. On se rassure comme on peut, hein. N’empêche, ces deux partis nouveaux n’ont plus la cote et, en plus, avec le temps, ils sont de moins en moins nouveaux. Ceci explique peut-être cela.

On pourrait penser que le FN, lui, n’a que des raisons de se réjouir. À ceci près qu’il est trois points en dessous des précédentes régionales, qui elles-mêmes n’avaient pas auguré du meilleur pour la présidentielle de 2007. De plus, l’électorat « de droite » du FN, celui qu’il a pu récupérer de la razzia sarkozyste, risque d’être moyennement content de voir le Front se maintenir dans 12 régions et donc faciliter la victoire de la gauche. Personne à l’UMP n’ira le dire aussi clairement sur les plateaux de télé (même si Fillon a fait un aparté un rien appuyé sur la sécurité, après son appel du pied non moins lourdingue aux électeurs écolos).

N’empêche, les militants de la droite d’en bas ne se gêneront pas pour faire jouer cette fibre-là d’ici le scrutin suprême. Un scrutin où il n’est, à notre avis, plus du tout exclu que Jean-Marie le Pen, fort de ses 20 % en PACA, se représente en fin de compte. Faut savoir se dévouer pour la cause, surtout quand ça vous démange furieusement !

Bref, deux petits tours et puis s’en vont. Les choses sérieuses commenceront dans un an et demi, avec la vraie campagne des vraies élections. Dit comme ça, c’est un peu raide, mais il n’y a pas que nous pour le penser : cherchez bien, 53 % des électeurs vous le diront…

Lire la suite