Emmanuel Macron vient d’annoncer un référendum pour introduire la défense de l’environnement dans la Constitution. Sauf que le Conseil constitutionnel a déjà consacré ce principe…


Les référendums sont souvent l’occasion d’une redéfinition des clivages politiques traditionnels ; divisant la droite et la gauche, fédérant autour d’un combat commun les ennemis d’hier. La ratification du traité de Maastricht sur l’Union européenne fut ainsi le point de départ d’un âpre conflit au sein de la droite française comme de la gauche, opposant les partisans de l’intégration européenne à un large et composite camp qu’on qualifiera par commodité de « souverainiste. »

Splendeurs et misères des référendums

En 2005, le vote relatif au traité établissant une Constitution pour l’Europe devait être une redite… mais fut la revanche des nonistes. Autrefois l’arme des Présidents en quête de renforcement de leur légitimité populaire, le référendum est désormais utilisé avec la plus grande parcimonie. Souhaitant renouer avec la tradition gaullienne, qu’il évoque souvent dans ses discours pour qui veut bien les entendre, Emmanuel Macron a trouvé le sujet idoine en cette année 2020 apocalyptique : l’écologie.

En équilibre très instable avant l’élection présidentielle, Emmanuel Macron cherche des voix à droite et à gauche, désireux de sécuriser ces quelques points qui pourraient lui faire défaut pour être présent au second tour. Il multiplie donc les déclarations schizophréniques, voire perverses, comme dernièrement dans L’Express où son art consommé du double langage trahissait une forme de fébrilité quand, après avoir fait l’éloge de Jean-Pierre Chevènement et dénoncé la culture de la victimisation en œuvre actuellement en Occident, il donnait une légitimité présidentielle au pilier de cette idéologie en utilisant et en reconnaissant la pertinence de l’expression « privilège blanc. »

Que la question posée ne mérite pas de référendum ne le gêne pas.

Le référendum relatif à l’introduction de la défense de l’environnement dans le premier article de la Constitution s’inscrit dans une même démarche visant à polariser l’opinion autour de sujets annexes mais extrêmement médiatiques et porteurs, donnant un temps d’avance au président dans les débats publics. Que la question posée ne mérite pas de référendum ne le gêne pas. Le but n’est pas de poser au peuple souverain une question pour laquelle son avis serait nécessaire. De fait, la défense de l’environnement est déjà prévue par la Charte de l’environnement de 2004 qui a valeur constitutionnelle, prévoyant dans son premier article que « Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ».

Déclarations d’intention

Ajoutons par ailleurs que le Conseil constitutionnel rendait en février dernier une décision historique quant à la protection de l’environnement. Saisis par le Conseil d’État auprès duquel les fabricants de pesticides avaient contesté l’interdiction par la loi Elagim (agriculture et alimentation) d’élaborer sur le sol français des produits non autorisés dans l’Hexagone destinés à être exportés, à compter de 2022, les sages ont considéré que la défense de l’environnement et de la santé pouvait conduire à réduire la liberté d’entreprendre. Le référendum envisagé par Emmanuel Macron n’a donc pas d’autre utilité que symbolique… et politique.

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Sachant pertinemment qu’il ne pourra pas forcer la réforme constitutionnelle plus large qu’il promettait en 2017, ni le mode de scrutin des prochaines élections législatives, puisque le Sénat ne le suivra pas, le Président est en quête de ces gestes politiques qui lui permettraient d’incarner encore un peu cette ligne progressiste et démocrate qui était le ciment de sa campagne de 2017. Soutenu par les fortunes des gagnants de la mondialisation, bien qu’il s’en défende, Emmanuel Macron donne quelques miettes aux Français, lesquels doivent se contenter de déclarations d’intentions et de longs discours empathiques pendant qu’on détricote leurs libertés, qu’on les étouffe d’impôts et que rien de concret ne semble en mesure d’enrayer la spirale de l’insécurité sous toutes ses formes, du terrorisme et des divisions qui déchirent les Français. Poser une question à laquelle la France et les Français ont déjà répondu par l’affirmative ne sera pas de nature à améliorer le sort fait à notre pays.

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