Il est de bon ton de vanter la proportionnelle et même celle qui est intégrale sans effet de seuil. Pour ses thuriféraires (souvent de gauche !), elle serait le système le plus démocratique, celui où l’avis du « peuple » est le mieux pris en compte. Mais de nombreux contre-exemples montrent pourtant les dangers de ce type de scrutin.

L’institutionnalisation du désordre

En Allemagne, le parlement est atomisé et aucune majorité n’est possible, car les partis sont trop éloignés les uns les autres. Aux Pays-Bas près d’un an de tractations sordides ont été nécessaires avant de former péniblement un gouvernement regroupé sur le plus petit dénominateur commun. On peut, sans avancer trop, parier qu’il sera inefficace. Le record de durée des négociations avait été battu par la Belgique lors de la précédente législature. Les partis belges avaient discuté pendant deux ans avant de s’accorder, deux années, pendant lesquelles le pouvoir était aux mains d’un gouvernement démissionnaire, impuissant et battu par les urnes.

En Espagne, aucune majorité ne s’est dégagée malgré deux votes populaires. En désespoir de cause, Madrid s’est doté d’un gouvernement minoritaire qui doit négocier au coup par coup pour faire adopter le moindre projet de loi. Il est totalement impuissant.

En Islande, l’instabilité parlementaire est à son comble. On essaye successivement toutes les combinaisons possibles sans qu’un gouvernement ait réellement les moyens de diriger ce petit pays.

En Israël, pour ne pas être renversés, les pouvoirs de droite ou de gauche s’allient systématiquement aux partis religieux. De ce fait, on n’a jamais mis en place le mariage civil, bien que la grande majorité des Israéliens y soient favorables

Néanmoins, il existe des pays où la proportionnelle fonctionne plus ou moins. C’est le cas en particulier pour les nations où le nombre de partis ne dépasse pas trois, comme l’Eire, l’Autriche ou la République fédérale allemande (RFA) des années 1970. D’autres nations comme la Suisse, l’Irlande du Nord ou la Nouvelle-Calédonie saucissonnent le gouvernement et celui-ci est l’exact reflet de la composition de la chambre, ce qui évite les discussions entre partis. Mais cela n’exclut pas les tensions. La Nouvelle-Calédonie est en proie aux dissensions internes aux loyalistes et aux indépendantistes. L’Ulster (Irlande du Nord) n’a plus de gouvernement à la suite de désaccords importants entre l’IRA et les unionistes protestants.

Pas si démocratique

Avec la proportionnelle, l’électeur est dépossédé de son pouvoir de décision. Il vote pour un parti, car ses propositions lui plaisent, mais celles-ci ne sont pas appliquées, même si le mouvement qui les a émises a gagné et de loin les élections. Une fois celles-ci passées, les marchandages, qui n’ont rien de démocratiques, commencent. On forme un tout insipide à partir de petits bouts de programmes et ce sont des politiciens, certes élus, mais dont la légitimité est faible qui décide à la place du « peuple ».

Je préfère et de loin le système uninominal majoritaire. Celui du Royaume-Uni, à un tour, me paraît moins démocratique que le nôtre à deux tours, car, chez nous, au premier on élimine et au second on choisit.

Le président Macron propose d’introduire une dose de proportionnelle (25 %) mais quel serait l’intérêt de cette réforme ? Elle risque surtout de rendre plus difficile l’obtention d’une nécessaire majorité. Je n’apprécie pas M. Macron, mais il est légitime pour diriger la France. Il a exposé précisément son programme et il l’applique, puisqu’il a obtenu le plus grand nombre de suffrages. Rien ne me paraît plus démocratique.

Au bonheur des islamistes?

En outre, l’introduction en France de la proportionnelle induirait l’émergence de députés islamistes (10% des sièges ?). Ils suivront la même tactique que les religieux israéliens ; ils soutiendront le gouvernement quel qu’il soit, en échange du vote de lois spécifiques : soutien d’école privée coranique, loi sur le blasphème voire reconnaissance de la polygamie. Le nombre important de députés d’extrême droite (infréquentables !) rendra ces extrémistes musulmans incontournables.

Le souci de représenter toutes les sensibilités politiques sans en écarter aucune peut être respecté en modifiant le mode de scrutin du Sénat. L’actuel est vieillot, inadapté et antidémocratique. Pourquoi ne pas élire la seconde chambre le même jour que la première, à la proportionnelle sans effet de seuil ? Il suffirait de 0.4% des voix pour obtenir un sénateur. Modifions également la constitution, pour limiter le nombre d’aller et retours des lois entre les deux chambres et facilitons le travail des commissions d’enquête parlementaire en créant, pour ceux qu’elles interrogeraient, un délit de mensonge sévèrement puni. Au-delà du principe de la majorité (ceux qui ont obtenu le plus de voix décident) la démocratie se mesure à la facilité avec laquelle les scandales inhérents à toute société sont dénoncés, d’où l’importance des commissions d’enquêtes ouvertes sur le maximum de partis.

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