Le chiffre est dramatique mais il est passé presque inaperçu dans le tintamarre de la campagne : + 43 700 chômeurs en mars dans la catégorie A. Pourtant d’autres pays tels le Japon, les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni ou la Suisse connaissent actuellement des problèmes de recrutement, leur taux de chômage étant même inférieur à 2008. On a l’impression que les habitants de ces pays n’habitent pas la même planète que nous. Ils sont quasiment au plein emploi alors que nous sommes installés dans le chômage durable. Acceptant cette fatalité, le candidat du PS, Benoît Hamon, proposait d’ailleurs un assistanat durable, le revenu universel, comme s’il n’y avait plus rien à faire. Bon, il est vrai qu’il n’a guère fait recette. Peut être faudrait-il pour une fois regarder au-delà de nos frontières et s’intéresser notamment aux pays que je viens de citer. Une évidence s’impose, tous sont réputés souverainistes : ils ont des frontières, une monnaie et des barrières douanières. La conclusion à en tirer semble logique, limpide même : il nous faut sortir de l’Union européenne, remettre nos douaniers dans leurs guérites et retrouver notre franc. Marine Le Pen aurait-elle vu juste ? On pourrait le penser. Sauf que…

On ne peut pas éternellement nager à contre-courant

Dans les pays souverainistes, il existe beaucoup de points communs que la candidate du Front national passe sous silence. Il est vrai qu’il est toujours plus commode de prendre en exemple ce qui sert son discours. La durée légale du travail y est pour commencer bien supérieure à 35 heures. En Suisse, on travaille 41 heures avec 4 semaines de congés payés et par référendum, les Suisses ont même rejeté toute idée de réduction du temps de travail. En terre souverainiste, il n’y a pas non plus de retraite à 60 ans, l’âge légal de départ à la retraite est plutôt de 65 voire 67 ans. La dépense publique y est beaucoup plus faible qu’en France où nous atteignons le taux inquiétant de 57 % du PIB. Au Royaume-Uni, ces dernières années, James Cameron a par exemple renvoyé des centaines de milliers de fonctionnaires dans leurs foyers. Sur ce point, le programme de François Fillon était en comparaison plutôt timide. Au pays du souverainisme roi, l’assurance maladie est essentiellement privée et n’a rien de comparable au système français. Aux Etats-Unis, le président Trump, tant chéri par une partie des partisans de Marine Le Pen, s’acharne ainsi à vouloir détruire l’Obamacare, le système de santé américain pour les plus démunis. Du Canada au Japon, aucun impôt sur la fortune ni revenu de solidarité n’a été institué. Enfin, le salaire minimum quand il existe est bien plus bas qu’en France. A la lecture de ces simples rappels, l’hexagone nous paraît tout à coup presque enviable.

Qu’un Etat soit pleinement souverain n’est pas une fin en soi. La vraie question, la seule qui compte, consiste à se demander ce que nous ferions d’une souveraineté retrouvée. S’il s’agit comme le promet Madame Le Pen d’augmenter encore davantage la dépense publique, de ne pas toucher à la durée légale du travail, d’avancer l’âge de départ à la retraite, d’ignorer les effets pervers de l’ISF, de recruter toujours plus d’agents publics ou de sous-estimer les difficultés de financement de nos systèmes sociaux, alors c’est à un souverainisme lâche auquel nous aurons affaire. Cette politique aura pour conséquence non point l’indépendance mais la faillite. S’il n’est pas question d’imiter aveuglément les politiques des pays précités, il est évident que nous ne pourrons pas éternellement évoluer à contre-courant. La candidate frontiste veut nous faire croire qu’il suffirait d’ériger une ligne Maginot économique pour que nous vivions à l’abri de la méchante mondialisation. C’est une illusion dangereuse. Avec son programme économique très voisin de celui présenté par la gauche en 1981, Marine Le Pen ressemble à un général d’armée qui multiplierait les permissions avant la bataille alors même qu’avec la sortie de l’Union européenne et par conséquent de l’euro, nous ne pourrions plus que compter sur nos seules forces. Dans ces conditions, la victoire paraît bien improbable.