Home Culture Bas les masques!


Bas les masques!

Le prix littéraire des Hussards était remis hier soir à Paris

Bas les masques!
Christian Authier recevant le prix des Hussards, aux côtés d'Eric Naulleau, le 29 septembre 2021. D.R.

François Garde et Christian Authier, lauréats 2020 et 2021 du Prix des Hussards ont enfin reçu leur statuette hier soir


Quoi de plus banal qu’un cocktail littéraire, un soir de septembre, à Paris ! Une non-information, une brève dans un carnet mondain, à la rigueur une photo-légende, pas de quoi se pendre aux lustres du Lutétia façon Le Guignolo, surtout à sept mois d’une présidentielle tectonique. Les Français ont d’autres préoccupations. Ces gens de l’édition, artistes faméliques et écrivains du sur-moi sont pires que les hommes politiques. Leur nombrilisme les perdra. Toujours à quémander honneurs et caresses. 

Douce mélancolie

Et pourtant, hier, la remise du Prix (2020 et 2021) des Hussards, double ration en raison de l’épidémie sanitaire, a donné un coup de fouet au landerneau. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour nous ça veut dire beaucoup. À un moment, nous avions pensé jeter l’éponge. François Jonquères, cheville ouvrière du Prix, en perdait presque son humour perpignanais. La crinière de l’avocat-vigneron, défenseur des mémoires enfouies, blanchissait, de mois en mois. À ce rythme-là, en novembre, il aurait ressemblé à un Loulou de Poméranie. Cette cérémonie, sans cesse repoussée, aurait-elle lieu cet automne ? Ce jour de gloire est enfin arrivé. Tous ceux qui cherchent obstinément à définir l’identité française, fugace et taquine, en avaient hier, devant les yeux, un exemple miroitant. En France, on se réunit autour d’un verre, on parle littérature, on médit de ses confrères, on s’empiffre de petits fours, on accable les éditeurs, on cherche un contrat, on fume, on dragouille, on s’amuse du jeu frelaté des relations sans importance et on se souvient d’un écrivain qui, des profondeurs de nos provinces, a happé notre adolescence. Un mot de Blondin, Nimier, Laurent, Déon et tous les autres Hussards de la famille élargie, les Mohrt, Perret, Haedens, Marceau suffit à nous plonger dans une douce mélancolie. Dans quel autre pays civilisé, peut-on réunir deux cents personnes et élever le critique gastronomique Christian Millau disparu en 2017 au rang de monument national ? 

A lire aussi, du même auteur: Bernard de Fallois, de Proust à Fellini

Nous étions donc heureux et soulagés de remettre enfin à François Garde (Roi par effraction/ Gallimard) et à Christian Authier (Demi-siècle/Flammarion) leur statuette tant méritée. Chacun d’eux s’inscrit dans la tradition « Hussarde », la geste héroïque des destins brisés et le soin apporté au style poivré. Chez eux, les mots ne sont pas lancés maladroitement sur la feuille blanche. Ce ne sont pas des joueurs de bowling ou de chamboule-tout. On est loin de l’écriture inclusive et de l’acrimonie vindicative des penseurs d’aujourd’hui. Ces deux lauréats sont assurément des fous, à une époque où les mots ne veulent plus rien dire, ils tentent, malgré tous les obstacles idéologiques, de réenchanter la phrase, lui donner cet élan salvateur qui rend nos nuits plus douces. Nous les remercions chaleureusement. Ils contribuent à notre bonne santé mentale. Hier soir, Paris avait repris son air de fête, canaille et vachard, lascif avec quelques éclairs d’électricité, comme en 2019, avant que le virus perturbe la marche du monde. 

Une revanche

Les récipiendaires avaient le sourire. La dotation de Sud Radio n’était pas étrangère à ce léger enivrement. Le jury soudé comme un pack gascon tenait sa revanche après de nombreuses et humiliantes annulations. Les nasillements du micro n’empêchèrent pas le président Naulleau, d’un sang-froid à toute épreuve, d’aller au bout de son propos. Partager l’antenne avec Cyril Hanouna est autrement plus acrobatique qu’un défaut acoustique. Le champagne était frais ce qui est rare dans une assemblée dépassant dix personnes. La bulle fine et pétillante avait une stature élyséenne. Les hauts plafonds de l’Orangerie singeaient le Salon des Ambassadeurs. La candidature de Zemmour ou la limitation des 30 km/h intra-muros n’étaient cependant pas au menu des conversations. Il y a des sujets plus sérieux à traiter comme la parution en Pléiade (14 octobre) de La Divine Comédie, à l’occasion du 700ème anniversaire de la mort de Dante. La vie parisienne reprenait, peu à peu, son souffle. François Cérésa, condottiere de Service Littéraire avait gardé son imper, imitant Bogart dans Casablanca. D’un snobisme italien parfaitement maîtrisé, Arnaud Guillon, grand amateur d’Alfa Romeo Duetto (Coda Longa), s’affranchissait de la cravate. Était-ce le signe annonciateur d’un prochain roman ? Philippe Bilger avait sa cour d’admiratrices de CNews. L’éternel jeune premier, Philibert Humm, de retour à Paris Match, affichait une moustache à la Errol Flynn qui le vieillit d’à peine six mois. Frédéric Vitoux, chantre de l’amitié, évoqua le souvenir conjoint de Christian Millau et Bernard de Fallois. 

A lire aussi, du même auteur: Jean-Pierre Montal, moraliste de l’open-space

Jean-Pierre Montal, le héraut stéphanois, meilleure plume du moment, se rappelait du grand Pierre-Guillaume. Yves Thréard, alerte et rieur, me fit penser à Claude Brasseur, vainqueur du Paris-Dakar en 1983. La belle et talentueuse Stéphanie des Horts se bagarrait avec la liste des invités. Le camarade Arnaud Le Guern transportait son désenchantement chic dans une barbe fournie. Il y avait également, venu de Picardie, l’inestimable Philippe Lacoche (Prix des Hussards 2018) en compagnie du poète Éric Poindron, chasseur de curiosités. Tant d’autres figures (Emmanuel Bluteau, Olivier Maulin, Bruno de Stabenrath, Christine Orban, Gilles Martin-Chauffier ou Krys Pagani) ressuscitèrent, à leur manière, l’esprit de Paris, après ces longs mois de distanciation. Et puis, pour que la fête soit encore plus éclatante, Alain Delon, par l’entremise de Cyril Viguier, nous adressa une lettre pleine de force et de pudeur. Sous le regard du Guépard, nous pûmes alors aller nous coucher.

Exterieur Monde

Price: 20,00 €

30 used & new available from 4,31 €

Demi-siècle

Price: 19,00 €

22 used & new available from 2,28 €


Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Previous article Les retraites, moteur de l’immigrationnisme
Next article Canada, un prestidigitateur dépourvu de magie…
Journaliste et écrivain. A paraître : "Et maintenant, voici venir un long hiver...", Éditions Héliopoles, 2022

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Le système de commentaires sur Causeur.fr évolue : nous vous invitons à créer ci-dessous un nouveau compte Disqus si vous n'en avez pas encore.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération