« Natacha Polony et Jean-Michel Quatrepoint pensent mal, me dit Jennifer. J’ai ouvert leur livre d’une main tremblante. Je l’ai refermé, 190 pages plus loin, au bord de l’asphyxie. Ah, bravo, les Editions de l’Observatoire ! Comment osez-vous donner la parole à des gens qui n’ont que haine et provocation à la bouche ? « Halte aux nouveaux inquisiteurs », disent-ils en sous-titre. Ma foi, achetez leur livre, pour vous donner le plaisir de le brûler.

Un Saint-Em’, une côte de boeuf et au lit !

« Dès la première page, les auteur.e.s insinuent que « le bon bougre, celui qui n’a pas conscience qu’il perpétue les structures de domination, celui-là doit être d’urgence rééduqué » : que ne s’appliquent-ils à eux-mêmes cette évidence ! Voilà une journaliste encore jeune, soumise donc dans ce monde obstinément mâle à toutes les perversions de tous les Weinstein de la presse, qui ose critiquer les « hystéroféministes » ! Voilà un mâle blanc hétéro qui prend le contre-pied des théories les plus modernes — et met de surcroît l’irrésistible mouvement vers le progrès et la parité entre tou.t.e.s sur le dos du néo-libéralisme !

« Et ces affreux avouent au passage qu’ils sont « assez peu motivés par l’idée de renoncer à partager le plaisir d’une côte de bœuf arrosée d’un vieux Saint-Emilion, ou de finir leur vie dans un monde où il faudra signer un document en trois exemplaires avant de se lancer quelques œillades ». Quel manque de sensibilité ! À l’ère de #MeToo, quand tant de femmes et d’hommes sont encore harcelé.e.s par tant de phallocrates blancs !
« Si encore Polony vivait avec un « racisé » ! Mais on la connaît, elle préfère les Basques bondissants. Si seulement elle avait offert à ses enfants Papa porte une robe, ce merveilleux livre conseillé par le SNUIPP, le syndicat des professeurs des écoles ! C’est Legasse qui serait chou en tutu !

« Ou si l’un et l’autre passaient en boucle Tomboy à leur progéniture, comme l’ont fait tant d’enseignant.e.s désireu.s.e.s.x. d’éviter les discours « genrés » !

« (Malédiction machiste ! Word refuse « genrés » et me le corrige systématiquement, dans mon dos, en « genres » ! Et pourtant, comme le racontent en détail nos deux mécréants de la modernité, les GAFAM veillent au grain et suppriment les œufs durs sur les émoticônes en forme de salade, afin d’épargner la susceptibilité des végétariens !)

« Reprenons de plus haut. Buvons la coupe jusqu’à l’hallali !… »

Tais-toi donc, punaise ! Arrête de pratiquer « cette écriture inclusive qui prétend, jusqu’au ridicule, marquer dans la langue écrite le refus de l’universalisme. »

Bon. Reprenons.

Transcendés par le Bien

Les auteurs partent du constat — fréquent quand on appartient à la dissidence idéologique — du malaise que provoque, dans une réunion entre amis, toute infraction à la doxa. Le livre est d’ailleurs structuré, avec moult exemples saisissants, en thématiques paradoxales et provocantes — sur l’hystéro-féminisme contemporain, les diktats des « ligues de vertu », les partisans du 80 km/h, les proscripteurs de cigarettes au bec de Malraux ou de Prévert et de petites culottes sur les tableaux de Balthus, le véganisme bouffeur de bouchers, les islamistes hurlant à l’islamophobie, les maghrébines du PIR qui cultivent l’antisémitisme, les Noirs réclamant les indemnités de la traite — et les réclamant exclusivement aux Européens blancs. Et j’en passe.

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Ce que pointent fort bien les deux compères si complices sur polony.tv, c’est le « retour du fanatisme religieux » : depuis que le communisme n’est plus une option, le besoin inhérent de transcendance est entré en conflit avec le dernier stade du désenchantement du monde. Les imbéciles veulent absolument croire à quelque chose qui les dépasse, Allah, John Money, Judith Butler ou Peter Singer. Et le système capitaliste, qui gère, lui, le hic et nunc, s’en accommode très bien : qu’ils délirent, pourvu qu’ils consomment. « L’heure n’est plus à la lutte des classes mais à la lutte des races » : on oublie ainsi qu’il y a toujours des classes, et de plus en plus de pauvres. « Le prisme dominant / dominé a remplacé les ouvriers par les minorités sexuelles ou raciales. L’ennemi est donc l’homme blanc, colonialiste, machiste. Et l’on pourrait ajouter hétérosexuel. »

Et ce n’est plus le patron. C’est bien pratique — pour le patron.

Ne riez pas !

La règle majoritaire des démocraties tocquevilliennes ne pouvait longtemps satisfaire tous ceux qu’elle laissait dans l’ombre. Dorénavant, nous sommes entrés dans l’ère du « minoritarisme » — un hochet pour classes moyennes prolétarisées —, où des « communautés », LGBT, musulmans, juifs, féministes, crient pour exister. C’est bien commode : la République est noyée sous le flot des revendications particulières. Pendant ce temps, les affaires continuent.

BalanceTonPorc, qui tourne « à la curée contre la figure fantasmée du mâle dominateur » (les auteurs sont trop bien élevés pour supposer que ces viragos rêvent, au fond, à ce sur-mâle, dirait Jarry, qu’elles feignent de répudier), c’est encore Blanche Gardin, notent les auteurs, qui en parle le mieux (regardez les sourires crispés et les dénégations accablées des militantes pures et dures — toutes vierges) : « Il est impensable de rire de ce nouveau sacré ».

À noter que les féministes militantes sont statistiquement lesbiennes à 37% : « Déléguer la réflexion sur les rapports hommes-femmes essentiellement à des lesbiennes, c’est un peu comme confier la critique gastronomique à…

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