Dans un article à la gloire d’Edwy Plenel, le patron de presse marocain Ahmed Charai qualifie le justicier de Mediapart de « Juste parmi les justes ». L’auteur de « Pour les musulmans » y est comparé à son modèle, Zola, qui avait écrit un article intitulé « Pour les Juifs ».

J’ignore si la modestie de Plenel a souffert en lisant ce dithyrambe. Il aura suffi de remplacer Juif par musulmans, pour réaliser ce tour de bonneteau. Et de là à comparer les « musulmans » à autant de Dreyfus, il n’y a qu’un pas. Rapidement franchi lorsque Ahmed Charai, ­— dont la haute voix s’est pourtant élevée à la condamnation radicale de l’antisémitisme et pour la défense de la laïcité — stigmatise avec Plenel, la déclaration d’un « académicien » (qui vous savez) déclarant « qu’il y a un problème avec l’Islam ». Et que telle déclaration méconnaissait sans doute qu’« Il y a deux siècles, on a accepté en France que dans le débat public, certains affirment qu’il y avait un problème avec les Juifs. On sait comment cela s’est terminé. » Mais un problème avec l’Islam (qui en a plus d’un) doit-il être un problème avec les musulmans ? Tout dépend, bien entendu, de la manière dont les musulmans règlent leur problème avec l’Islam dont les diverses facettes conflictuelles, idéologiques et politiques provoquent de nombreux massacres. Que les musulmans puissent en développer quelque phobie n’est pas le sujet de cette note.

Toujours est-il que les musulmans, nous est-il affirmé, sont tous, pratiquants ou agnostiques, victimes de la stigmatisation. J’en parlerai à mon épicier préféré avec l’espoir qu’il me fasse une petite ristourne sur le kilo d’oranges. Et comme c’est un « Amazig », un « homme libre », nous rirons, bien ensemble, j’ose l’espérer.

J’abrège : en luttant contre « l’islamophobie », comparée à l’antisémitisme, Edwy Plenel s’affirmerait donc, en grand « humaniste », « Juste parmi les justes ». Mais où donc est son mérite ? Ses risques sont- ils comparables à ceux qui aidaient et cachaient au péril de leur vie les Juifs voués aux camps d’extermination ?

Ou alors les « cités », illustrant un « apartheid » abreuvé de millions d’euros d’investissements économiques et sociaux dont on désespère de tout effet mutatif, seraient-elles comparables aux camps nazis et le RER aux trains de la mort ?

Décidément, il pleut, à devenir claustrophobe.

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