De révolte légitime contre l’impôt et la bureaucratie, le mouvement des gilets jaunes a viré à l’anarchie participative. Notre pays rongé par l’assistanat, l’immigration massive et l’islamisation mérite des frontières étanches, pas un concours Lépine des doléances. 


Une fois encore, c’est un coup de fil de la patronne qui m’a sorti de ma réserve : « Toi qui es le plus gilet jaune d’entre nous, viens donc mettre ton grain de sel dans cette soupe nationale en ébullition, et dans le journal. »

« Le plus gilet jaune d’entre nous ? » Pour des journalistes ou des intellectuels, qui ont lu et relu Philippe Muray, qui pensent que les fumeurs de clopes qui roulent au diesel sont pétris de bon sens et parlent comme dans les films d’Audiard, bref, qui ont une certaine idée du peuple, c’est peut-être un compliment ; pour moi qui vis avec quelques spécimens un peu représentatifs dans ma France périphérique, je n’ai pas su comment je devais le prendre.

Gilet jaune d’une semaine

Je reconnais que j’ai plutôt le profil : l’artisan exilé au-delà de la banlieue qui râle contre les taxes et les impôts, qui peste contre les contrôles, les limitations et les radars, et que la prolifération des voiles sur les femmes jusque dans nos campagnes a rendu raisonnablement islamophobe, celui qui rêve d’un État un peu plus gardien de la nation, de sa culture et de sa civilisation, donc des frontières, et un peu moins dépensier, ou un peu mieux, c’est bien moi.

J’étais donc sans doute gilet jaune la première semaine sans vraiment le savoir et sans le porter pour des raisons purement esthétiques, quand la question était de savoir « ce qu’ils faisaient du pognon », même si nous en avons une petite idée dans un pays où la dépense publique représente 56 % du PIB, et la dépense sociale 46 %. Je l’étais sûrement en novembre, quand sur les ronds-points, des citoyens responsables assistaient la police des frontières dans sa lutte contre les migrations clandestines ou quand d’autres invitaient une musulmane voilée à faire un petit effort d’intégration pour devenir une vraie Française libérée, délivrée, échevelée, et quand au début du mouvement, les délateurs bien pensants de la France insoumise croyaient voir revenir Poujade. Je l’étais de tout mon cœur quand j’ai aperçu brièvement dans un cortège un type qui brandissait un panneau sur lequel il avait écrit : « Trump président ». Ensuite, j’ai eu des doutes.

Je retourne ma veste…

Dés la deuxième semaine, quand ceux qui se retroussent les manches sont retournés au turbin pour laisser le champ libre à ceux qui tendent la main, quand les mères célibataires ont remplacé les petits patrons, quand le ras-le-bol de la taxe appliquée à soi s’est changé en exigence d’impôt pour les autres et quand des foules nourries au ressentiment n’ont plus regardé que l’assiette du voisin fortuné, j’ai retourné ma veste.

Le troisième samedi, j’ai jeté le gilet aux orties quand j’ai lu sur les banderoles des slogans tels que « Élus, vous rendrez des comptes », quand j’ai vu dans les foules ceux dont je suis cerné dans la vie, et que je connais bien, ce ramassis d’abstentionnistes, de j’m’enfoutistes, naïvement complotistes sur les bords, qui braillent au café du commerce, mais jamais au café philo, qui toujours récrimi

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Février 2019 - Causeur #65

Article extrait du Magazine Causeur

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