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Les partis de gouvernement en fin de vie?

LR et PS ont touché le fond, ils ne pourront que remonter

Les partis de gouvernement en fin de vie?
Anne Hidalgo (PS) vote à Paris le 10 avril 2022 © Lewis Joly/AP/SIPA

S’il est réélu, Emmanuel Macron envisage une convention citoyenne sur la fin de vie. Les partis historiques français (LR et PS) sont mourants, le premier tour l’a démontré. Analyse.


Si la Bérézina de Valérie Pécresse a surpris dimanche soir, le PS n’avait en revanche pas attendu Anne Hidalgo pour être plongé sous une sédation lente et profonde.

Quoi qu’en disent les pisse-vinaigres, la soirée du premier tour fut en réalité pleine de surprises, finalement. Les deux partis de gouvernement ont fait leur pire score de l’histoire, devancés par deux forces politiques encore nouvelles : la République en Marche (cinq ans d’existence) et Reconquête (six mois d’existence !). Enfin, le Rassemblement national, qui n’a jamais gouverné, est arrivé 2ème, et a réalisé le meilleur score de son histoire au premier tour. Alors oui, un petit retour sur cette soirée très mouvementée s’impose encore.

LR: une crise grave

La soirée du 10 avril aura donc été cauchemardesque pour le parti LR. La candidate, Valérie Pécresse, a fait moins de 5%, ce qui représente le score le plus faible pour le parti de la droite républicaine. Le parti n’est pas remboursé de ses frais de campagne, la candidate malheureuse a lancé un appel aux dons et s’est déclarée endettée personnellement à hauteur de 5 millions d’euros. Elle a déploré, amèrement : « Le vote utile nous a siphonné ». Outre ce fameux vote utile, c’est sans doute la faiblesse idéologique du programme de la candidate dans cette campagne, concurrencée par Emmanuel Macron et Éric Zemmour, qui méritera d’être questionnée. Son programme de centre-droit n’a peut-être finalement parlé qu’à des catégories aisées de Français, citadines. Valérie Pécresse a échoué à élargir sa base électorale, laquelle n’a cessé de se réduire durant la campagne. Un phénomène qui a fait fuir des centaines de cadres et militants LR chez LREM et Reconquête !, dont les députés Éric Woerth (LREM) et Guillaume Peltier (Reconquête !), ou le sénateur Sébastien Meurant (Reconquête !). 

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Éric Ciotti a été franc sur TF1, dimanche soir : « C’est une défaite historique pour l’histoire républicaine. Cette campagne n’a pas fonctionné, ni sur le fond, ni sur la forme. J’ai essayé de porter un vrai projet de droite. Ce n’est peut-être pas ce chemin qui a été suivi… » Les divisions chez les LR vont donc recommencer, d’autant que Valérie Pécresse a immédiatement appelé à voter Emmanuel Macron dimanche, ce qu’Éric Ciotti refuse pour l’instant de faire. 

Les socialistes au fond du gouffre !

Mais c’est encore pire pour le PS, dont la candidate Anne Hidalgo a fait moins de 2%, derrière Jean Lassalle (3%), candidat farfelu pourtant sans parti ! La candidate socialiste n’a pu que constater le désarroi de ses soutiens, dimanche: « Je sais combien vous êtes déçus ce soir », et promettre de participer à la « reconstruction de la gauche du réel »… Des mots bien creux, qui démontrent si c’était nécessaire l’absence de projet des socialistes, incapables de se démarquer des macronistes ou des verts. Les radicaux sont partis chez Mélenchon. Quant à ceux des progressistes qui veulent le pouvoir, ils sont déjà partis chez Macron depuis un moment. D’ores et déjà, le chef de file des députés PS, Olivier Faure, en froid avec la maire de Paris depuis quelques semaines, a appelé à la création « d’un pacte pour la justice sociale et écologique ». Les autres partis de gauche en déroute – EELV et PCF – vont-ils seulement le lire ? On peut en douter. Ségolène Royal, partie chez Jean-Luc Mélenchon, ne sera sans doute pas la première à le faire.

Les partis de gouvernement sont bels et bien en fin de vie. Droite républicaine et Parti socialiste rythmaient pourtant l’un et l’autre la vie politique depuis les années 1970 ! Aujourd’hui, c’est terminé, le choix électoral des Français s’est métamorphosé, et se polarise de plus en plus autour de figures et de mouvements qui n’avaient pas gouverné auparavant.

Une droite nationale à son plus haut depuis 2002

Marine Le Pen sort de ce second tour avec un score historique pour son parti : 23,15%. La candidate du RN a sans doute bénéficié du vote utile à droite, ce qui lui a permis de brasser plus large que les seules couches populaires. Une partie de son électorat menaçait sans doute de se diriger vers Éric Zemmour, mais il faut croire que la faible expérience du chroniqueur en politique, les craintes suscitées par la guerre en Ukraine et son manque de maîtrise de certains sujets l’ont sûrement pénalisé à la fin de cette campagne. Le candidat Reconquête !, donné à 8% dans l’ensemble des derniers sondages, sort finalement à 7,07%. 

Un score décevant, que Marion Maréchal, invitée sur le plateau de TF1 dimanche soir relativise : « Nous sommes un peu déçus, mais nous avons le premier parti de France, et sommes maintenant décidés à construire une force politique d’avenir. » Le nouveau parti se targue de posséder plus de 120 000 adhérents (plus que le RN) et de militants nombreux, jeunes et très mobilisés. Mises ensemble, les forces nationales ou “patriotes” forment à elles-seules plus de 32% de l’électorat, du jamais vu. 

Mélenchon, le dernier tour de piste?

Personne n’attendait non plus le candidat LFI avec un score aussi élevé : 22%. La campagne très dynamique de Jean-Luc Mélenchon, avec des meetings retransmis par hologrammes dans de nombreuses villes de France, et surtout son verbe remarquable, capable de soulever les foules dans toutes les classes d’âge, est sans doute à l’origine de ce score historique. 

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Pourtant, les militants LFI sont assez déçus : « Nous espérions que Mélenchon passerait au second tour, et nous sommes très déçus et inquiets que l’extrême droite soit de nouveau aux portes du pouvoir » déplore Jennifer, une militante LFI de la première heure, interrogée au micro de TF1. Exit les sociaux-démocrates du PS, désormais c’est la gauche contestataire qui est majoritaire dans le paysage à gauche ! Cette nouvelle situation laisse présager une recomposition politique importante pour les législatives, et fait craindre un troisième tour dans la rue. Yannick Jadot et Fabien Roussel, très affaiblis à la veille de ces législatives, ne peuvent raisonnablement espérer reconstituer de nouvelles forces dans l’immédiat.

En route vers un Macron II

Dans un discours d’une vingtaine de minutes, enfin, le président-candidat victorieux du premier tour avec 27,84% des suffrages, a sorti dimanche soir les propos les plus convenus, appelant au grand rassemblement « tous ceux qui veulent bâtir un monde nouveau ». Un nouveau monde ? Avec les mêmes, pourtant : Chevènement, Woerth, Raffarin, Cohn-Bendit… Le président sortant a remercié les candidats qui ont appelé à « faire barrage à l’extrême droite », et appelé à la constitution d’un « grand mouvement d’unité et d’action ». On a l’impression d’avoir entendu cela tant de fois, mais le second tour s’annonce toutefois incertain. Ifop-Fiducial donnait dès la sortie des urnes Emmanuel Macron et Marine le Pen au coude à coude pour le second tour : 51% contre 49%.

Les partis de gouvernement sont hors jeu. Le RN est normalisé. 


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étudiant à l'Institut libre de journalisme.

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