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Général, nous voilà !

Menace russe. Après le discours du Chef d’état-major des armées Mandon devant les maires de France, on a vu un pays qui préférait s’indigner que se préparer


Le mot « enfant » empêche de penser. Mais en l’accolant au mot « guerre », le chef d’état-major des armées a déclenché une belle chorale de paniquards, pleurnichards et capitulards[1]. Au cœur d’un discours charpenté sur la menace russe et la nécessité de « dissuader Vladimir Poutine d’aller plus loin » (plus loin que l’Ukraine), donc de nous réarmer, le général Fabien Mandon a évoqué les jeunes gens appelés à se battre pour la France : « Ils tiendront dans leur mission s’ils sentent que le pays tient avec eux. Si notre pays flanche, parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, de souffrir économiquement, alors on est en risque. » Le braillomètre a chauffé à hauteur de la transgression. « On ne veut pas mourir pour Kiev ! », « Nos enfants ne sont pas de la chair à canon ! », « Du fric pour les retraites, pas pour les mitraillettes ! » (celle-là, je l’invente).

Si ça se trouve, je n’ai pas de cœur parce que je n’ai pas d’enfant. Je jure que je veux du bien à ceux des autres – faut quand même qu’ils la payent, ma fichue retraite. En tout cas, cette infirmité sentimentale m’a permis d’entendre les véritables propos du général Mandon. Calmez-vous, il ne parle pas de vos gosses ni de ceux de Madame Michu, mais de militaires professionnels qui acceptent par contrat une mission pouvant les mener jusqu’au « sacrifice ultime » et pourraient donc, selon Mandon, être amenés à intervenir aux frontières de l’OTAN (à laquelle sauf erreur nous appartenons toujours et qu’il est question d’européaniser). Notez que les 57 morts pour la France en OPEX au Mali et ailleurs n’étaient pas les enfants de personne. Aucun de leur père n’a déclaré face caméra que son fils n’aurait jamais dû mourir dans une guerre lointaine – et perdue depuis.

Juste avant de lâcher le fatal « enfant », le CEMA s’était demandé si nous avions « la force d’âme de nous faire mal pour protéger ce que l’on est ». Il a eu sa réponse. Évidemment qu’on est prêts, si on admet que ce qu’on est se définit par ce qu’on a. Pour défendre le modèle social que le monde nous envie et dont on répète qu’il est notre ADN, alors oui, on est prêts à souffrir, et surtout à faire souffrir le voisin, le commerçant du coin ou le policier en service. Au pays de l’État-Roi, chacun est encouragé à se demander obsessionnellement ce que son pays doit faire pour lui. L’État, c’est moi, sauf pour payer : là, c’est les autres.

A lire aussi, Gil Mihaely: Qui veut la paix, apprend l’histoire

Qu’on ne veuille pas mourir pour Kiev parce que nos intérêts nationaux n’y sont pas engagés, c’est légitime même s’il n’y a pas de quoi être particulièrement fier. Ça tombe bien, le général Mandon n’en demande pas tant. Il n’a fait que développer le vieil adage : si tu veux la paix prépare la guerre. Pas de quoi détaler en criant maman ! La France a perdu plusieurs guerres, pas parce que ses soldats manquaient de bravoure, mais parce qu’elle n’était pas prête. Ça fait réfléchir. Ça devrait.

On peut évidemment, comme d’excellents esprits de ma connaissance, tels que Pierre Lellouche ou Vincent Hervouët, s’émouvoir qu’un militaire soit autorisé à présenter une stratégie politique. On peut contester son appréciation de la menace russe, trouver qu’on n’y répondra pas en affolant les populations et en montrant des muscles qu’on n’a pas (et qu’on n’est pas prêt d’avoir si on hurle à la mort à chaque fois qu’on propose de couper une dépense sociale). On peut estimer qu’on a encouragé l’Ukraine à mener une guerre qui lui a coûté des dizaines de milliers de vies humaines et, à nous, des dizaines de milliards, pour qu’elle finisse par la perdre (encore que Poutine n’a pas réussi à installer à Kiev un pouvoir à sa botte). Peut-être que s’ils avaient connu l’issue, les Ukrainiens auraient tout de même choisi de mener une guerre perdue plutôt que de léguer à leurs enfants l’histoire d’un peuple qui s’est rendu sans combattre. Allez savoir.

Il est possible que le général Mandon se trompe sur Poutine. Et peut-être que ce sont ses contradicteurs qui se fourrent le doigt dans l’œil. Alors que l’Oncle Sam finira par nous laisser nous débrouiller, on s’attendait à ce que tous les patriotes s’accordent sur la nécessité de faire des sacrifices pour notre défense. Au risque de me répéter, on ne déclenche pas les guerres en s’armant, mais en se désarmant. Surtout quand toutes les puissances se remilitarisent. D’innombrables experts et souverainistes professionnels ont pourtant expliqué à la chaîne que le général Mandon disait n’importe quoi, ou pire encore, comme l’impayable et inoxydable Ségolène Royal, qu’il était en service commandé pour permettre au président de déclencher une guerre contre la Russie et rester à l’Élysée. Ils auraient pu jurer qu’ils étaient prêts à se sacrifier pour la France quand elle serait menacée par des ennemis plus crédibles à leurs yeux que Poutine. Derrière ce festival de protestations dont il ressort que nos intérêts nationaux s’arrêtent aux frontières de l’Hexagone et aux sacro-saintes « préoccupations quotidiennes des Français », on entend que rien ne vaut qu’on sacrifie sa vie et son pouvoir d’achat. On ne sait si le spectacle de patriotes invoquant les mânes du gaullisme pour justifier leur renoncement à la force est comique ou désespérant. Les générations gâtées que nous sommes n’ont connu que la paix sur leur sol, si bien que nous pensons qu’elle est la norme et surtout qu’elle est un dû. « La guerre est toujours la plus mauvaise des solutions », affirmait Chirac. Traduction en bon français : même la soumission est préférable.

Il est possible que j’exagère parce que je rentre d’Israël, où la majorité des citoyens, en dépit de leurs différences radicales, acceptent que leurs enfants meurent pour le pays. N’empêche, quand on n’a aucune raison de mourir, c’est peut-être qu’on n’a pas beaucoup de raisons de vivre.


[1] Ne vous énervez pas, je ne mets pas dans ce vilain sac tous ceux qui ont critiqué le discours.

Cinéma: le retour d’Abdellatif Kechiche

Malgré les obstacles ayant failli mettre fin à la carrière du singulier cinéaste, la sortie de Mektoub, My Love: canto due demain marque un retour réjouissant de son cinéma vibrant, sensuel et sensible.


On n’y croyait plus. On pensait que les diverses accusations portées contre le cinéaste Abdellatif Kechiche (La Graine et le Mulet, La Vie d’Adèle…) avaient définitivement eu raison de lui et de son cinéma. Il était devenu l’une des bêtes noires des ultra-féministes du milieu artistique, devant répondre aussi bien de son attitude sur les plateaux de tournage que du prétendu sexisme de ses films. Jusqu’à provoquer d’ailleurs chez lui un AVC aux lourdes séquelles. On se réjouit d’autant plus d’assister à la sortie de son nouvel opus, Mektoub, My Love: canto due, deuxième volet d’une trilogie sur la jeunesse, qu’un formidable intermède entre les deux premiers films (intitulé comme il se doit Intermezzo) était passé à la trappe, pour d’obscures raisons musicales et une véritable censure artistique. Ne boudons pas notre plaisir de retrouver l’allant et l’énergie du cinéma de Kechiche toujours prompt à filmer les âmes, les corps et les cœurs de personnages à la fois singuliers et familiers.

2h 14m


De mal en Pisa

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Attention: sujet ultra-sensible! Si elle n’est pas la cause unique des difficultés de notre école (et il serait évidemment injuste d’accabler les personnes), l’immigration massive les exacerbe toutes, pointe un rapport de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie[1]. Le regard libre d’Elisabeth Lévy


L’immigration tire-t-elle le niveau scolaire vers le bas ? C’est ce que savent tous les parents, y compris immigrés, qui ont mis en place des stratégies d’évitement des établissements où la proportion d’étrangers et d’enfants d’étrangers est la plus importante. C’est ce que savent ces mères maghrébines de Montpellier qui demandaient des « Pierre » et des « Paul » dans les classes de leurs enfants. C’est ce que savait la rectrice de l’académie d’Orléans, Marie Reynié, qui en 2011 imputait les mauvais résultats de son académie au grand nombre d’élèves étrangers et qui a été insultée pour cela. C’est que ce sait ce fonctionnaire de l’Éducation nationale qui dit à Joachim Le Floch-Imad, auteur de Main basse sur l’Éducation nationale (Le Cerf, 2025) : « Sans l’immigration on serait au niveau de Singapour ou Taïwan. »C’est ce que savent tous les Français qui, conformément à l’injonction de Péguy « voient ce qu’ils voient ».

D’accord, mais tout cela n’est pas très scientifique, me réplique-t-on depuis longtemps sur ce sujet. Mais justement, l’expérience sensible est aujourd’hui confirmée par la note de Joachim Le Floch-Imad pour l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie de Nicolas Pouvreau-Monti.

Quelques données :

D’abord, depuis 2000, le nombre annuel des naissances d’enfants de deux parents immigrés a augmenté de 73% dans notre pays ;

Un élève de CM1 sur cinq ne parle pas français à la maison ;

Si l’on dénombrait 35000 primo-arrivants allophones en 2007, ils sont près de 90 000 en 2025 ;

A lire aussi, Joachim Le Floch-Imad et Philippe Nemo: Clash de niveau

Si on enlève les enfants de l’immigration, la France obtient 11 points de plus au PISA, nous dit cette note.

Ce à quoi il faut ajouter les atteintes à la laïcité, le refus de certains enseignements, l’antisémitisme importé etc. Résultat: 8% des profs français seulement se disent formés à cet environnement multiculturel.

Pour résumer, l’immigration exacerbe toutes les difficultés de l’École. Ce n’est évidemment pas la faute des enfants d’immigrés, agents d’un phénomène qui leur échappe. C’est la faute des immigrationnistes. On laisse entrer des centaines de milliers d’étrangers dont on ne sait pas intégrer et éduquer les enfants. C’est un crime contre la France, l’École et contre ces enfants à qui on fait des fausses promesses. Il parait que c’est raciste de voir et de dire cela. Le réel est raciste ! Pour paraphraser Brecht, changez le réel !


Pour finir, un mot sur le fameux « ministère de la Vérité » version Macron. Cette idée délirante et contreproductive ne verra pas le jour. Mais, l’absence frappante de réactions des journalistes donne une triste idée de l’attachement de cette corporation à la liberté.

Je ne peux pas y croire. Et si jamais on persistait dans l’erreur, j’appelle mes confrères à se battre pour ce que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen définit comme un des droits les plus précieux de l’homme : la liberté d’expression.  


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio


[1] https://observatoire-immigration.fr/limpact-de-limmigration-sur-le-systeme-educatif-francais/

Mon coming-out nationaliste!

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Dans notre grand bazar idéologique actuel où les concepts «tournent dans l’air vicié comme des feuilles mortes», Charles Rojzman explique que la nation, jadis considérée comme ringarde voire dangereuse, est devenue le dernier parapluie avant l’averse générale. Pendant que tout le monde se chamaille pour définir le réel, ceux qu’on croyait infréquentables deviennent soudain les seuls à oser regarder sous le tapis. Les nationalismes du XXIᵉ siècle ne sont plus les nationalismes «des uniformes impeccables, des parades martiales et des hymnes hurlés sous les drapeaux», observe-t-il.


Succès d’édition des livres de Zemmour, de Villiers, Bardella. Pourquoi ? Il est des moments où les mots se défont, où les concepts s’effondrent comme des cathédrales rongées de sel, et où ceux qui s’y abritaient se retrouvent nus sous la pluie d’un monde qu’ils ne comprennent plus. Nous habitons l’un de ces instants de renversement, de ce basculement silencieux où l’histoire change de sens sans daigner prévenir ceux qui croyaient encore la diriger. Les vieilles catégories — fascisme, nationalisme, antiracisme, universalisme — persistent à tourner dans l’air vicié comme des feuilles mortes, mais elles ne nomment plus rien. Elles ne sont que les reliques d’un siècle qui se croyait tragique et qui ne fut peut-être qu’un prélude.

Illumination tardive ?

Ce qui fut hier honni comme l’instrument de la violence collective — la nation — apparaît désormais, paradoxe insupportable pour les consciences progressistes, comme le dernier rempart contre une dissolution généralisée. Non pas parce qu’elle serait bonne par essence — rien de ce qui est humain ne l’est — mais parce qu’elle est la seule forme encore capable de dire « nous » dans un monde qui ne veut plus que des « eux ». Un monde où l’on ne reconnaît plus que des consommateurs, des croyants ou des victimes. Un monde où l’on rêve d’un homme interchangeable, sans mémoire, sans sol, sans héritage — un homme réduit à ses fonctions biologiques et économiques, un appareil respiratoire connecté à un marché et à une morale.

Ce texte ne procède pas d’une illumination tardive, ni d’un quelconque alignement partisan. Il vient du réel, de ce que l’on voit quand on accepte de regarder l’homme sans les filtres moraux dont nos sociétés se sont recouvertes comme d’un linceul parfumé. Il vient d’une expérience de chair et de voix, commencée il y a quarante ans, parmi les cités, les commissariats, les foyers, les salles communautaires où la haine circule comme un sang impur. Là où la gauche morale se détourne. Là où les discours se taisent et où ne subsistent que la peur, l’humiliation, la violence — ce que l’on ne veut pas entendre parce que cela contredit le récit rédempteur d’un Occident coupable et d’un Autre immaculé. J’ai appris là que le réel est obscène pour ceux qui vivent dans l’abstraction, et que l’imperfection humaine est désormais tenue pour un scandale. Pourtant, c’est d’elle que nous sommes faits, et c’est en elle que réside la seule vérité possible.

A lire aussi, l’éditorial d’Elisabeth Lévy: Général, nous voilà !

Il faut d’abord prendre la mesure du renversement historique que nous vivons, et que notre vocabulaire politique peine encore à nommer. Car le nationalisme du XXIᵉ siècle n’est plus celui des uniformes impeccables, des parades martiales et des hymnes hurlés sous les drapeaux. Il n’est plus cet élan conquérant, saturé d’orgueil collectif et de certitude raciale, qui rêvait d’étendre son empire comme on étend un blason sur la peau d’un peuple soumis. Cette figure appartient à l’histoire tragique de l’Europe — et l’Europe, qui n’a plus la force de ses tragédies, la regarde désormais avec l’effroi d’un vieillard se souvenant de ses crimes.

Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est presque l’inverse : la nation, longtemps tenue pour l’outil du totalitarisme, devient l’abri fragile contre trois forces qui, chacune à sa manière, veulent abolir les frontières, les appartenances, les différences concrètes qui donnent une forme aux hommes. La globalisation, cet anesthésiant universel ; l’islamisme, cette théologie guerrière qui rêve d’un califat sur les ruines des États ; et la gauche révolutionnaire, qui n’a jamais cessé de vouloir réduire l’humanité au schéma puéril des dominants et des dominés.

Toutes trois aspirent à une uniformité meurtrière. La globalisation ne veut plus de citoyens, mais des consommateurs sans attaches, dociles, solvables, loyaux non à un pays mais à un marché. L’islamisme ne reconnaît que les croyants de l’umma, communauté fantasmée qui prétend effacer les cultures, les langues, les histoires pour ne laisser subsister que la soumission. Quant à la gauche révolutionnaire, elle rêve d’un prolétaire mondial, purifié de toute appartenance, réduit à sa fonction de victime.

Pas de démocratie sans nations

Ces dynamiques convergent vers une même fin : dissoudre la nation, dernier espace où peut encore se déployer une démocratie réelle, fondée sur la confrontation entre égaux. Là où, hier, la famille et la patrie étaient brandies comme les symboles du fascisme, elles deviennent aujourd’hui — paradoxe somptueux — les lieux où s’abritent encore la continuité, la transmission, la responsabilité.

Ce renversement, je ne l’ai pas seulement pensé : je l’ai vécu. Dans les années 1980, lorsque, travaillant sur les dispositifs de lutte contre le racisme, j’ai voulu écouter les hommes non pas à travers les sermons moralisateurs, mais à partir de ce qu’ils portaient en eux : peur, rancœur, violence, humiliation. Je croyais entrer dans le domaine de la générosité universelle ; je suis tombé dans la géologie du ressentiment.

J’ai découvert ce que personne ne voulait voir : il n’existait pas un racisme, mais des racismes. Non pas un oppresseur et des victimes, mais une mosaïque de haines, de rejets, de mépris croisés. Non pas une morale, mais un champ de bataille.

Tout cela m’a arraché à la morale de gauche dans laquelle baignait notre culture politique, cette morale saturée de culpabilité postcoloniale, persuadée que la violence est toujours le fait du même camp. Nous vivons désormais sous un totalitarisme doux, sucré, écologique, compassionnel, qui rêve d’une société sans conflit — donc sans réalité.

A lire aussi, du même auteur: Une jeunesse musulmane orpheline de pères et assoiffée d’autorité

Car vouloir supprimer l’imperfection humaine, c’est vouloir supprimer l’homme.

Et voici le scandale : aujourd’hui, ce que l’on nomme « l’extrême droite » est souvent la seule force qui accepte de nommer le réel. Elle dit ce que les autres taisent. Elle regarde là où les autres détournent le regard. Non par vertu, mais par fidélité au monde tel qu’il est.

Danger il y a, bien sûr : car celui qui nomme le réel peut être tenté d’en devenir le propriétaire, le prophète, le maître. L’Europe sait où mènent ces tentations : à la réduction du conflit à l’essentialisme, à la transformation de la nation en idole et du peuple en matière sacrificielle.

Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir qui a raison, mais de restaurer un cadre où le réel peut être dit sans être immédiatement sanctifié ou excommunié. La nation demeure ce cadre : non comme essence, mais comme forme politique, comme possibilité d’un « nous » qui ne soit pas un cri de haine ou un soupir de victime.

Le courage du XXIᵉ siècle sera de maintenir ce lieu fragile où le réel peut être affronté sans être écrasé. Non pas rêver d’un monde parfait — mensonge utopique — ni sacraliser une identité close — nostalgie mortifère — mais tenir, simplement tenir, dans cet entre-deux où l’homme continue d’exister.

Et pour l’instant, il faut le reconnaître : ceux qui acceptent de regarder ce réel en face ne sont pas ceux que l’on croyait. Ils sont les bannis, les honnis, les infréquentables — ces figures que l’histoire, parfois, choisit pour dire ce que les autres n’ont plus le courage d’articuler.

La société malade

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Procès de Luigi Mangione: l’Amérique est une société malade

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Le gauchiste Luigi Mangione, soupçonné d’avoir tué Brian Thomson, abattu au cœur de Manhattan il y a un an, a comparu hier lors d’une audience préliminaire. Il encourt une peine de réclusion à perpétuité.


Seul Dieu peut offrir une assurance contre la maladie.
Maurice Duplessis, ancien Premier ministre québécois.


Aux États-Unis, les compagnies d’assurance de santé privées ne gagnent pas un concours de popularité. On les accuse de pratiquer l’obstruction et le culte du seul profit.

C’est dans ce contexte que, le 4 décembre 2024, à Manhattan, Luigi Mangione est censé avoir abattu de sang-froid, dans une embuscade bien planifiée, Brian Thompson, PDG de la United Healthcare, le plus gros groupe d’assurance de santé privé aux Etats-Unis. Aux termes de la loi new-yorkaise, il fait face à neuf chefs d’accusation, dont l’assassinat.

(Les procureurs résistent mal à la tentation de ratisser large, mais a été écarté par le juge le ridicule chef d’accusation de « terrorisme »; c’est déjà ça de pris pour M. Mangione).

Passible de la perpétuité

Il est passible de l’emprisonnement à perpétuité, l’État de New York ayant aboli la peine de mort. Par ailleurs, il fait face à des accusations prévues par la loi fédérale pour les mêmes faits. Le président Trump, qui, naguère se vantait de pouvoir assassiner n’importe qui sur le 5e Avenue sans perdre un seul vote, réclame d’ores et déjà le châtiment suprême.

De prime abord, les faits semblent parler d’eux-mêmes de manière écrasante en faveur de la culpabilité.

Les séries policières américaines sont friandes du mythe du vice de forme (on ne compte plus les mandats de perquisition invalidés pour une virgule mal placée…). En l’espèce cependant, dans une affaire médiatique aussi retentissante, les procureurs devront aller « by the book » (en v.o.), (« selon la lettre du code de procédure » (en v.f.)).

A lire aussi: «Mère empoisonneuse» de Dax: ce témoignage qui ébranle l’accusation

A eu lieu hier 1er décembre une première comparution dans le cadre d’une audience préliminaire portant sur la (non) recevabilité d’éléments de preuve cruciaux. La défense demande l’exclusion des déclarations incriminantes de l’accusé lors de son arrestation puisque les policiers ne lui avaient pas communiqué son droit au silence (cf. la légendaire jurisprudence Miranda[1]). En outre, les agents saisirent alors son sac à dos et en retirèrent notamment des pièces à conviction censées le rattacher à l’homicide : un révolver (l’arme du crime?), un magasin chargé et un cahier contenant des observations manuscrites dénonçant les compagnies privées d’assurance de santé, mais… sans mandat de perquisition.

En matière pénale, la procédurite est toujours de bonne guerre, encore que M. Magione ne peut raisonnablement espérer ressortir de quelque tribunal que ce soit en faisant un doigt d’honneur. Au mieux, il peut rêver d’un répit sur les accusations les plus graves.

Semble étrange et critiquable la coexistence de procédures étatiques et fédérales pour les mêmes faits. D’emblée, il semble y avoir atteinte à la règle « non bis in idem », à savoir le droit à ne pas être jugé ou puni pénalement deux fois pour une même infraction. Lorsque viendra leur tour, les procureurs fédéraux seront tentés d’invoquer la jurisprudence Rodney King : en 1991, quatre policiers avaient été filmés pendant qu’ils tabassaient sauvagement M. King, mais ils furent acquittés par les jurés californiens. Cependant, deux d’entre eux furent ultérieurement condamnés par une juridiction fédérale au titre de la violation des droits civiques de M. King, les avocats de la défense ayant en vain invoqué ladite règle (« double jeopardy » en v.o.) puisque le moyen de droit fédéral était distinct. En l’espèce, on admettra volontiers que la cavale de M. Mangione hors de l’État du crime principal (l’arrestation eut lieu en Pennsylvanie) donne lieu à des infractions supplémentaires, distinctes, de nature fédérale, mais la compétence relative à l’homicide lui-même ne tombe pas sous le sens. Mais peu importe, les procureurs fédéraux sont bel et bien déterminés à avoir leur part du gâteau.

À suivre donc.  Pour l’instant aucun calendrier n’est fixé. L’audience préliminaire en cours devrait durer une semaine; seront entendus plusieurs témoins au sujet du déroulement de l’arrestation.

Sinistre justicier

Sur le plan social, aux yeux d’une certaine gauche, M. Mangione fait figure de Robin des Bois. On peut supposer qu’y appartiennent de nombreux donateurs qui ont généreusement versé leur obole à sa cagnotte de défense (est évoqué le chiffre de 1 million de dollars); c’est de bonne guerre (il serait également intéressant de savoir quelle est l’enveloppe budgétaire dont dispose(ront) le(s) ministère(s) public(s)).

Pour autant, les supporteurs de M. Mangione oublient que si le maître archer prônait et pratiquait une forme de redistribution des richesses au profit des démunis, au grand dam du shérif de Nottingham, il ne semblait pas avoir l’habitude de trucider sommairement les nantis.

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L’assurance santé, qui laisse en effet beaucoup à désirer aux Etats-Unis, est sans conteste un immense problème de justice sociale. Que l’on exprime son opposition à la peine de mort est légitime (même les tyrans condamnés pour crimes contre l’humanité ne sont plus exécutés); il en va de même si l’on insiste sur cette évidence que tout accusé, même (par exemple) filmé par 24 caméras de surveillance, a toujours droit à la présomption d’innocence et à une défense pleine et entière.

Mais cela ne justifie pas la violence qui est contreproductive, la potion qui tue le patient. Rappelons que M. Magione fut arrêté dans un McDo. La honte. Quand on veut jouer les chevaliers blancs combattant les entreprises qui font primer le profit sur la santé, on opte plutôt, par exemple, pour des campagnes pacifiques dénonçant les fastefoudes dont la tambouille vomissant le cholestérol constitue la plus grande menace à la santé publique jamais vue…

Faire de Luigi Mangione une star est de très mauvais goût. Un autre spectacle à grand déploiement vient de commencer. En vedette américaine, Luigi Mangione. On s’arrache les billets pour la salle d’audience. Il était temps, 30 ans après l’acquittement de OJ Simpson. « Only in America ».


[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Miranda_v._Arizona

« La morue? Oui, chef! »

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Chez José Dantas, au restaurant « Albufera », à Boulogne-Billancourt (92)


Heureux habitants de Boulogne-Billancourt… Il y a un peu plus de trois mois, en août 2025 donc, « Albufera, la table de Jose Dantas », a ouvert ses portes au 38, rue de Meudon (à cinq minutes à pied du métro Marcel Sembat). Comme au Ritz, un voiturier à la carrure de garde du corps s’occupera même de garer votre voiture (et de veiller sur elle) si d’aventure vous décidiez de faire le voyage à Boulogne depuis une destination lointaine, par exemple pour le réveillon du 31 décembre…

Meilleur restaurant portugais de France?

Car, en définitive, « Albufera » (qui désigne à la fois une région du Portugal, une rivière et un riz rond assez semblable au riz bomba espagnol – celui utilisé pour la paella) est probablement le meilleur restaurant de cuisine portugaise de France. En entrant dans ce petit paradis (niché dans un quartier calme et « pépère » d’une ville qui n’a pourtant rien de très sexy), c’est tout un univers poétique qui vient d’abord vous titiller les narines et l’imagination, à travers la voix d’Amalia Rodriguez (la reine du « fado »), la soie des vieux portos millésimés, la gentillesse de la serveuse (venue de Rome) et, bien sûr, la cuisine du chef !

Toujours étrangement méconnue, la cuisine portugaise n’est pas seulement une très ancienne cuisine populaire de la terre et de la mer où l’oreille de cochon côtoie l’oursin et les coquillages, elle est aussi une cuisine du grand-large portée par le vent des océans et le souffle de l’Histoire…

A lire aussi, du même auteur: Champagne: la revanche des «petits»

La morue de Terre-Neuve y est ainsi préparée de plus de mille façons différentes. L’omniprésence des épices nous rappelle qu’il fut un temps où le Portugal dominait le monde grâce à ses grands explorateurs, Vasco de Gama et Magellan notamment, à qui l’on doit le curcuma, la noix de muscade, le clou de girofle, la cannelle et les innombrables poivres d’Indonésie… Le maïs venu d’Amérique est employé depuis des siècles pour faire un pain tendre et délicieux de couleur safran, tout comme les haricots secs qui ont inspiré aux Portugais un plat très proche de « notre » cassoulet, sans parler du chocolat, de la vanille et du sucre de canne dont ils sont friands.

Bref… Une cuisine-monde.


Né en 1995 dans le nord du Portugal, Jose Dantas a été formé en France vingt ans durant après des plus grands chefs : à la Chèvre d’Or, chez Taillevent, chez Drouant, à l’Apicius et chez Jean-François Piège. Son mentor est Emile Cotte, un pilier de rugby corrézien qui était son supérieur chez Taillevent et qui continue à le conseiller aujourd’hui. Je vous avais parlé de ce gaillard généreux en juin 2023 en présentant son merveilleux bistrot « Baca’v », qu’Emile a récemment transplanté à Boulogne (33, avenue du Général Leclerc, à cinq cent mètres de chez son copain, raison pour laquelle je dis que les habitants de cette ville ont vraiment de la chance d’avoir ces deux tables d’exception !).

Voyage en caravelle

Jose Dantas, donc, est un vrai technicien « à la française », maître des cuissons et des sauces (les siennes, faites à partir de carcasses de volailles entières, mijotent et réduisent pendant trois jours ! c’est ce qui distingue aujourd’hui un « grand restaurant » d’un « boui-boui » pour touristes). Dès les entrées, on est impressionné par la finesse de ses acras de morue, qu’il faut prendre avec les doigts pour les tremper dans une aïoli aux piquillos (petits poivrons). Avec un verre de « Verdelho original », le blanc des Açores vinifié par Antonio Maçanita, on est déjà parti en caravelle, les cheveux au vent… Ce vin volcanique issu de vignes jamais greffées offre de beaux amers profonds. L’harmonie d’ensemble évoque la délicatesse des plus beaux azulejos.

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Parmi les plats, que choisir ? Tout est délicieux et sans lourdeur. Le sauté de cochon fermier aux coques et à la fricassée de champignons est accompagné d’une purée soyeuse comme une caresse. « Incontournable », la spécialité de Jose est le riz albufera (cuit dans un bouillon très corsé) au canard rôti et aux noisettes… Cuit rosé, ce canard vient des Dombes, il est plein de tendresse… La sauce apporte une séduction intense. Je pourrais ainsi passer en revue toute la carte. Au dessert, impossible de passer à côté de l’une des meilleures mousses au chocolat qu’il m’ait été donné de goûter ces dernières années : à partir d’un cacao grand cru du Surinam ou du Brésil, Jose élabore sa mousse en lui adjoignant un petit filet d’huile d’olive de sa région, très verte et fruitée, et de la fleur de sel… Avec un petit verre de Porto servi à la pipette, « c’est extra » comme chantait Léo Ferré.

Tout cela bien sûr est très gentil, me direz-vous, mais qu’en est-il des prix ?

Hé bien, chère lectrice et cher lecteur, les prix sont proprement stupéfiants, eu égard à la qualité sensationnelle de ce restaurant : 29 euros le menu déjeuner (entrée-plat ou plat-dessert), ou 39 euros (entrée-plat-dessert) ; 59 euros le menu-dégustation en cinq services… (le prix d’un plat dans un restaurant étoilé !). Pour le réveillon du 31 décembre, le chef prépare une soirée traditionnelle avec menu de fête à 95 euros (quatre plats) en présence d’une grande chanteuse de « fado » accompagnée par ses musiciens. Alors moi, je dis à ma femme : « Chérie, et si on allait s’encanailler à Boulogne-Billancourt pour changer ? Paris est tellement triste en ce moment…»


ALBUFERA 38, rue de Meudon 92100 Boulogne-Billancourt Tél : 01 46 21 75 90 Informations utiles : www.albufera-boulogne.fr

«Mère empoisonneuse» de Dax: ce témoignage qui ébranle l’accusation

Au terme de la première semaine du procès de la mère, Maylis Daubon, 53 ans, présumée empoisonneuse de ses deux filles, qui s’est ouvert lundi dernier devant la cour d’assises Landes, à Mont-de-Marsan, un sérieux doute s’est installé sur son éventuelle culpabilité sans pour autant convaincre de son innocence.


Dès lors, pour les six membres du jury, qui doivent rendre en principe leur verdict mercredi prochain, se faire une intime conviction se complique sérieusement au point de leur poser très probablement un cas de conscience digne de Corneille… C’est qu’au quatrième jour d’audience, vendredi, un témoignage est venu sérieusement ébranler l’accusation.

La cadette convaincue de l’innocence de sa mère

Appelée à déposer en qualité de témoin et non de victime, la propre fille de l’accusée, la cadette, Lau, la survivante des deux, aujourd’hui une jeune de femme de 23 ans, étudiante en 3ème année de biologie, élégante, maître de soi, lunettes à grosses montures, abondante chevelure brune frisée lui tombant sur les épaules, l’a innocentée avec conviction.

« Je sais que ma mère n’est pas coupable de ce qu’on lui reproche », a-t-elle déclaré d’une voix sûre en s’adressant à la présidente Emmanuelle Adoul. Juste avant de réitérer devant le tribunal ce qu’elle n’a jamais cessé d’affirmer tout au long de l’instruction, elle avait souligné avec une pointe d’émotion retenue : « Cela fait six ans que j’ai perdu ma sœur, quatre que je n’ai pas vu ma mère ».

À l’allégation formulée à la barre et à maintes reprises dans la presse par son père, Yannick Reverdy, 49ans, un colosse ancien international de handball, présent sur le banc de la partie civile, selon laquelle elle serait sous l’emprise de celle-ci, et qu’il espérait que ce procès lui ouvre les yeux, sa réponse a été cinglante : « Ça me rend triste et en même temps ça me fait rire. »

En outre, visiblement, la médiatisation dont a bénéficié son père (qui, en effet, pose une vraie question de déontologie journalistique NDLA) lui est restée en travers la gorge. Il s’est porté partie civile alors qu’elle s’y est farouchement refusée bien qu’elle aurait pu. Un examen toxicologique, au moment du décès de sa sœur Enéa, de deux ans son ainée, le 19 novembre 2019, avait décelé la présence d’une mixture médicamenteuse, pas létale, dans ses flux et cheveux.

Menteuse pathologique 

Dans ses déclarations à la presse, le père a toujours pris la posture de victime. Il s’est séparé de son épouse il y a 16 ans, lorsque Lau avait 7 ans. Les deux filles avaient choisi de rester vivre avec la mère. Dans un récent entretien à Sud Ouest, le quotidien de Bordeaux, il a dit être un « homme abîmé » par l’empoisonnement de ses filles et aussi avoir été la cible d’un « assassinat moral » de la part de son épouse qu’il a accusée de « menteuse pathologique ». Elle comparait en outre pour avoir commandité son exécution auprès de codétenues libérables de la prison de Pau où elle est détenue depuis 2022. L’accusation repose sur les dires de ces dernières. Du procès en cours, M. Reverdy attend enfin « une reconnaissance de sa culpabilité ». Et si sa seconde fille a choisi le parti de la mère, c’est qu’elle sa subi « un lavage de cerveau pendant des années ».

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À une question de la présidente sur son enfance, celle-ci a répondu : « J’ai eu une enfance très heureuse, au final… surtout quand j’ai arrêté d’aller voir mon père. (…) J’ai vu mon père casser la gueule à ma mère. (…) Mon père était quelqu’un de très violent, soit physiquement, soit mentalement. »

Pour elle, il ne fait aucun doute qu’Enéa, dépressive chronique, s’est suicidée. Il est inconcevable que leur mère les ait empoisonnées. « Enéa, c’est l’amour de ma vie. J’ai perdu mon double, » a-t-elle conclu sa déposition. Quand elle s’est retirée de la salle d’audience, pleine à craquer comme les jours précédents, sa mère s’est levée alors que jusque-là elle restait assise, prostrée sur le banc du box des accusés, et lui a lancé : « Il faut que tu avances. Je t’aime. Tu es une belle femme. »

Êtes-vous libre de parler ou gardez-vous un secret par solidarité ? 

Avant elle, avait été appelé à déposer par visioconférence, depuis la cour d’appel d’Orléans, son petit-ami de l’époque, Mayveen, un moustachu de 25 ans. Ils étaient les deux seuls présents dans le modeste pavillon de la périphérie de Dax quand Enéa a eu, ce matin du 13 novembre 2019, sa crise de convulsions et son arrêt cardiovasculaire qui lui a coûté la vie six jours plus tard. A l’ouverture de l’instruction, les deux avaient été mis en examen pour complicité d’empoisonnement puis rapidement mis hors de cause. C’est lui qui, étant monté à l’étage avait découvert dans sa chambre la future défunte en pleine crise, bave à la bouche. Il était arrivé un peu plus tôt en début de matinée, l’avait vu boire son café au lait puis retourner se coucher… La mère était absente du domicile. C’est Lau qui l’alertera, elle accourut et appela les pompiers qui a leur tour alerteront le SAMU vu la gravité de l’état de l’assistée. A 8h30, l’infirmier était venu prodiguer à Enéa son traitement quotidien et n’avait rien remarqué d’anormal chez elle.

Mayveen a commencé sa succincte déposition en disant qu’il « ne (savait) pas quoi dire ». Sauf que « c’était un peu sa meilleure amie ; ma petite sœur ». La présidente lui demande alors : « Êtes-vous libre de parler ou gardez-vous un secret par solidarité ? ». Sa réponse est laconique : « Vous savez, ça date, je n’ai pas trop de souvenirs. »

La veille, deux amies d’Enéa, toutes les deux prénommées Juliette, toutes les deux vêtues de noir, avaient, elles aussi, déjà déposé en faveur de l’accusée. D’après elles, la victime avait des « idées noires » qui l’ont conduite à se suicider. D’ailleurs, elle aurait fait plusieurs tentatives, leur avait-elle confié. À l’ouverture de l’enquête, elles avaient écarté cette éventualité. Mais avec le temps, elles s’en sont convaincues.

La similitude dans la teneur de leurs propos qui laisse supposer qu’elles se sont concertées a irrité la défense du père.  « Pourquoi vous organisez-vous tous pour nous faire gober cette théorie du suicide ? », les interpelle-t-il en donnant de la voix, son avocat Me Victor Font suggérant qu’elles aussi seraient sous l’emprise de l’accusée. L’une d’elle lui réplique, avant de pleurer : « Je suis vraiment choquée par ce que vous venez de dire ». Sa camarade ajoute, elle aussi en larmes : « je suis là pour livrer ma vérité, qui est la vérité. »

En revanche, de son côté un pompier avait affirmé auparavant que lorsqu’ils sont arrivés, ils avaient ressenti comme une atmosphère étrange. Dans les cas de suicides, a-t-il expliqué en substance, on trouve toujours quelque chose, une boite de médicaments, un message laissé, là rien, comme si un ménage avait été fait préalablement, ce qui les a amenés à saisir la police qui dès les premières constations a ouvert une procédure pour soupçon d’empoisonnement.

Intime conviction

Quoi qu’il en soit, lundi matin, à la reprise des audiences, une seule certitude était acquise : Enéa a bien succombé à une surdose de propranolol, un bêtabloquant cardiaque. D’après l’experte en toxicomanie, au moins deux heures avant sa crise, elle en a ingurgité entre 50 et 75 cachets. Mais aucun indice tangible ne permet de déterminer si c’est elle qui les a ingérés ou si c’est la mère qui les lui a fait absorber.

Dès lors, on se demande sur quoi l’avocat général pourra se fonder pour requérir une éventuelle condamnation de Maylis Daubon, si ce n’est sur des déductions.

Quant à elle, elle va avoir à s’expliquer lors de son audition sur les raisons pour lesquelles elle détenait un stock impressionnant de boites de propranolol alors qu’elle avait dans un premier temps nié en posséder, sur le recours à des ordonnances truquées et sur ses 83 passages en pharmacie pour se les procurer. Si ce n’est, comme l’ont déduit les enquêteurs, pour empoisonner méthodiquement ses deux filles.

Mètres carrés fantômes, impôts bien réels: bienvenue dans la fiscalité-fiction!

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Le gouvernement Lecornu a suspendu en catastrophe la hausse prévue de la taxe foncière jusqu’au printemps 2026 afin de définir une nouvelle méthode de calcul plus locale et adaptée aux réalités des départements et des communes. Cette décision intervient après un tollé politique. Rien ne garantit qu’une version remaniée, potentiellement plus complexe et toujours avec les fameux « m² fictifs » pour les éléments «de confort» comme la baignoire, ne reviendra pas dès le printemps, redoute Alexis Sémanne de l’Institut pour la Propriété Privée.


Le gouvernement a annoncé la suspension de la revalorisation automatique de la taxe foncière pour 7,4 millions de logements. À première vue, la nouvelle a tout d’une respiration bienvenue après plusieurs années de flambée fiscale.

Pourtant, cette décision ne représente qu’une pause apparente. Une suspension n’est pas une annulation. Elle ne concerne d’ailleurs qu’une partie marginale du dispositif qui avait provoqué l’explosion politique de ces dernières semaines. Car dans les faits, et quelle que soit la communication officielle, tous les propriétaires subiront une hausse de leur taxe foncière en 2026. Et certains verront même leur situation s’aggraver, non en raison d’une amélioration de leur patrimoine, mais en raison d’une invention administrative: celle des mètres carrés fictifs.

Une hausse mécanique inévitable et déjà entérinée

La première hausse, discrète mais certaine, provient de la revalorisation annuelle des bases cadastrales. Cet ajustement automatique suit l’inflation harmonisée, dont la dernière estimation tourne autour de +0,8 %. Ce mécanisme s’appliquera à l’intégralité des contribuables. Il ne dépend pas des communes, ni d’un vote local, ni même d’une réforme. Il s’impose de lui-même, année après année. Le propriétaire moyen d’une maison verra ainsi son avis passer d’environ 1 090 euros à 1 100 euros, et celui d’un appartement de 865 euros à 872 euros. Peu importe la suspension annoncée, cette revalorisation suivra son cours en 2026.

Cette hausse paraît modeste. Elle l’est en apparence seulement. Car elle s’ajoute à deux années de rattrapage historique qui ont vu la taxe foncière bondir de 7,1% un an, puis de 3,8 % l’année suivante. Dans un pays où la charge fiscale atteint déjà des sommets, la multiplication de ces ajustements mécaniques finit par produire un effet cumulatif redoutable. Le propriétaire ne peut plus anticiper, ne peut plus budgétiser, ne peut plus planifier. Il subit, chaque année, une augmentation automatique dont il n’est jamais responsable.

La réforme réellement explosive: l’invention de mètres carrés invisibles

Mais le cœur du problème ne se limite pas à cette mécanique inflationniste. Ce qui a suscité l’indignation, c’est une réforme plus profonde, momentanément suspendue mais parfaitement intacte. À partir d’une grille de calcul datant de 1970, l’administration prévoit d’ajouter à la surface fiscale des logements des mètres carrés totalement fictifs. Cette grille attribue une valeur surfacique à chaque équipement du quotidien: une douche, un WC, un lavabo, l’électricité, le chauffage, une baignoire, l’eau courante. À chaque élément correspond un nombre de mètres carrés inventés.

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Ainsi, un raccordement à l’eau courante vaut 4 m². L’électricité équivaut à 2 m². Une douche ou des WC valent 3 m² chacun. Une baignoire, 5 m². Un lavabo ou un radiateur, 2 m². L’intégration systématique de ces éléments dans la valeur locative entraîne une hausse imposable dont la moyenne nationale est estimée à environ 63 euros par an et par logement, ce qui représente près de 466 millions d’euros de recettes supplémentaires.

Le caractère ubuesque de cette méthode apparaît clairement lorsqu’on observe les cas les plus petits. Un studio de 13 m², équipé de l’essentiel, peut voir sa surface fiscale doubler pour atteindre 26 m². Le logement ne change pas. Les murs ne bougent pas. Le confort n’a pas été amélioré. Mais l’administration lui attribue une surface fantôme équivalente à celle de son bien réel. Ce simple calcul suffit à augmenter sa valeur locative et, par ricochet, sa taxe foncière.

Dans les grandes villes, cette méthode devient particulièrement pénalisante. Les logements anciens rénovés, souvent modestes en surface, comportent plusieurs équipements ajoutés au fil du temps. Chaque ajout, pourtant nécessaire à la salubrité et au confort minimal, se transforme en alourdissement fiscal. L’incitation rationnelle est alors perverse. Le propriétaire a investi pour rendre son logement habitable. Il est sanctionné comme s’il avait agrandi la surface.

Une vieille tradition française: taxer l’invisible

Cette créativité fiscale rappelle des épisodes bien connus de l’histoire de France. Pendant plus d’un siècle, de 1798 à 1926, l’impôt sur les portes et fenêtres a poussé des générations de Français à murer leurs ouvertures pour payer moins. Les façades anciennes portent encore les cicatrices de ces fermetures volontaires. La logique était la même: taxer les signes visibles d’un confort jugé suspect.

Nous nous trouvons aujourd’hui face à une version moderne de cet ancien impôt. On ne taxe plus les fenêtres, mais l’eau courante, l’électricité, la présence d’un simple lavabo. Autrement dit, l’administration reproduit l’erreur du passé. Elle confond la nécessité avec le luxe, la salubrité avec le privilège, et l’équipement minimal avec un avantage taxable. Dans un pays où l’on encourage les rénovations énergétiques, l’hygiène et le confort, participer à cette modernisation domestique devient paradoxalement un motif d’alourdissement fiscal.

Une tendance plus profonde: la culture de l’expropriation

Cette affaire ne relève pas seulement de la technique fiscale. Elle révèle une évolution culturelle bien plus large. Dans une note récente de l’Institut pour la Propriété Privée, j’analyse ce que j’appelle la culture d’expropriation. Il s’agit d’un ensemble de pratiques administratives et fiscales qui transforment la propriété en concession précaire, susceptible d’être redéfinie, requalifiée ou surtaxée à tout moment.

Cette culture se manifeste dans le logement de mille manières. Le propriétaire n’est plus pleinement chez lui. Chaque décision, chaque amélioration, chaque mise en location est conditionnée à de multiples déclarations, vérifications, autorisations et prélèvements. La réglementation énergétique, les normes de décence, les obligations de rénovation, les restrictions locatives, les dispositifs anti-vacance, les limites imposées aux meublés touristiques, tout cela traduit une défiance structurelle envers la propriété privée et une volonté persistante de la contrôler.

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Dans ce contexte, la taxe foncière joue un rôle central. Elle est devenue la variable d’ajustement d’un système public dont les dépenses atteignent plus de 55% du PIB. Depuis la disparition de la taxe d’habitation sur les résidences principales, la taxe foncière est devenue la principale ressource locale. Les communes n’hésitent plus à augmenter leurs taux. En 2024, près d’un territoire sur sept l’a fait. Dans un système déjà saturé de prélèvements obligatoires, l’édifice fiscal se renforce en frappant toujours les mêmes: les propriétaires.

Une incohérence totale dans un pays en crise du logement

Cette tendance apparaît d’autant plus incohérente que la France traverse une crise du logement d’une intensité inédite. Le nombre de logements neufs s’effondre, les permis de construire chutent de manière historique, la rénovation énergétique devient inabordable pour une majorité de ménages, et l’offre locative privée diminue. Dans un tel contexte, alourdir la fiscalité foncière revient à aggraver tous les problèmes existants. Le propriétaire qui souhaitait rénover reporte ou annule. Celui qui envisageait d’investir renonce. Celui qui pensait louer hésite. Celui qui détient déjà un bien voit sa rentabilité s’affaisser et finit par quitter le marché.

Cela revient à dire que l’État, en prétendant moderniser le cadastre ou renforcer l’équité fiscale, affaiblit les incitations économiques fondamentales sans lesquelles aucune politique du logement n’est viable. On ne peut pas vouloir plus de logements décents, plus de rénovations, plus d’investissements privés, tout en multipliant les charges qui pénalisent précisément ceux qui rendent ces objectifs possibles.

Conclusion: un sursis, pas une victoire

La suspension annoncée n’est donc pas une correction mais un ajournement. Rien ne garantit que le gouvernement renoncera à cette méthode des mètres carrés fictifs. Rien ne garantit non plus qu’une version remaniée, potentiellement plus complexe, ne reviendra pas dès le printemps. La pause ne signifie pas le recul. Elle signifie une prudence politique, le temps de redéfinir la présentation d’un dispositif que l’on souhaite toujours appliquer.

Dans une démocratie mature, l’impôt doit reposer sur des bases réelles et compréhensibles. Il ne peut se fonder sur des inventions bureaucratiques. La propriété ne peut être traitée comme une ressource inépuisable que l’on presse sans discernement. Si l’on souhaite réconcilier les Français avec l’impôt, il faut d’abord cesser de taxer ce qui n’existe pas. Les mètres carrés fantômes n’appartiennent à personne. Les impôts qui les frappent, eux, sont bien réels.

Érosion de la théocratie canadienne au Québec…

 «La laïcité fait partie de notre identité collective. Nous ne ferons aucun compromis sur nos valeurs, dont l’égalité entre les hommes et les femmes » a déclaré le Ministre québecois de l’Immigration Jean-François Roberge avant de déposer son projet de « Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec ». Pendant ce temps, en Australie, la sénatrice Pauline Hanson ne parvient pas encore à imposer l’interdiction de la burqa.


Une image vaut mille mots.
Confucius.

Ralliez-vous à mon panache blanc.
Henri IV.


« Le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit. » Cette proclamation figure en tête de la Charte des droits et… libertés! Quelle ironie. Au Canada, les athées savent donc qu’ils sont en liberté surveillée.

Cela dit, malgré ce carcan, en matière de laïcité, le Québec, une province vraiment pas comme les autres, continue de rattraper son retard. Il n’en est pas encore au niveau de la loi française du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État et de la loi de 1924 instaurant la laïcité et limitant la religion à la sphère strictement privée dans la Turquie de Kémal Atatürk. Cependant, lentement, mais sûrement, il progresse.

Glapissements d’indignation

Des mesures de simple bon sens, quoique encore trop timides, touchant la fonction publique et l’éducation, furent adoptées en 2019. Vient d’être déposée à l’Assemblée nationale du Québec une nouvelle loi destinée à renforcer la laïcité : interdiction des prières dans la rue (qui bénéficient pourtant de la bénédiction inconditionnelle de l’autorité catholique : entre vendeurs de mythes, on se tient les coudes de manière œcuménique), suppression de salles de prière et interdiction du port du voile intégral dans les lycées et universités, obligation des enseignants d’avoir le visage découvert, interdiction des signes religieux dans les communications et publicités institutionnelles (on se démarque ainsi du gouvernement fédéral, soumis à son entriste clientèle religieuse, qui en raffole), interdiction des menus scolaires exclusivement halal… Mesures avant-gardistes au XXIème siècle.

Là encore, inutile de dire que les Tartuffes poussent des glapissements d’indignation et on va même jusqu’à crier au totalitarisme; ils manient aussi habilement les techniques linguistiques orwelliennes: l’exclusion, c’est l’inclusion; la fermeture devient l’ouverture; l’inégalité homme-femme, c’est l’égalité. On brandit le lacrymal épouvantail de l’exode des persécutées, notamment chez les enseignantes, complaisamment véhiculé par la télévision d’État, Radio-Canada, qui, comme par hasard, vient d’obtenir une fort belle enveloppe dans le cadre du récent budget déposé par le gouvernement Carney.

(Note historique : les religieux de toutes tendances, qui ont été des bourreaux pendant des siècles, ont souvent l’effronterie de jouer les crucifiés dès qu’ils perdent un gramme de pouvoir dans la société civile. Rappelons que, en France, on s’insurgea contre « l’école sans Dieu » instaurée par Jules Ferry en 1882; même si l’Église catholique s’était ralliée à contrecœur à la République en 1892, le pape Pie X rejeta violemment la loi de 1905).

La semaine de travail hebdomadaire légale est de 37,5 heures, mais, comme en 2019, on feint d’ignorer que les croyants disposent, quand même, de 130,5 heures (moins le temps consacré au sommeil évidemment) pour déambuler avec tous les signes religieux imaginables (hommage aux Hare Krishna) et fréquenter les innombrables lieux de culte de leur choix.

(Sauf erreur, n’est répertorié nul cas de fonctionnaire croyant(e) en tenue de ville frappé(e) par les foudres divines pendant son quart de travail; semble donc discutable l’efficacité des talismans, textiles ou autres).

Le hijab, toujours volontaire, cela va de soi

Là encore, les controverses portent surtout sur la signification du hijjab. Pour la femme (de plus de neuf  ans d’âge) qui est affublée (toujours volontairement, cela va de soi) de ce tissu, il n’aurait qu’une banale connotation « identitaire » (apparemment plus légitime que les revendications « identitaires » des civilisations occidentales, mais passons).

Au Québec, les trudeauesques multiculturalistes scandent sournoisement ce mantra : « N’est-ce pas ce qu’il y a dans la tête et non sur la tête qui compte ? ».

(Incidemment, la formule est piquante au regard d’un récent scandale scolaire à Montréal : des enseignants (si l’on peut dire), et parfois… délégués syndicaux… mus par d’étranges pulsions cérébrales, se sont permis d’escamoter certaines matières scientifiques, d’instaurer un climat de terreur passé de mode dans la pédagogie occidentale moderne et de faire de leurs écoles un mini-califat. [cf. « l’affaire Bedford[1] »]. Que l’on se rassure, à ce stade, ils sont bien protégés par leur syndicat et leur convention collective. Mais revenons aux dessus de tête).

Tant au Québec qu’en France, ainsi que le rappellent inlassablement des combattantes québécoises et françaises issues de milieux islamiques et ayant recouvré leur liberté, un accoutrement n’est pas toujours « neutre », ainsi que feignent de le croire les affidés du lobby religieux. Il peut constituer l’équivalent d’un étendard, d’un drapeau, donc le vecteur d’un message, par conséquent un instrument de prosélytisme, sans même être assorti d’un discours audible. La sympathique et douce professeure de mathématiques qui explique à ses élèves les cabalistiques mystères des équations du second degré et les postulats d’Euclide, affublée du hijjab, proclame simultanément, haut et fort, qu’« il n’y a qu’un seul Dieu et Mahomet est son Prophète » et affirme comme vérité historique la chevauchée du prophète sur son bourak à destination de la place du temple de Jérusalem, d’où il a fait son ascension vers le paradis; jadis, il en allait d’ailleurs de même des bonnes sœurs, dont les cornettes et la croix informaient leurs élèves de cette vérité historique incontestable, à savoir que le fils du charpentier a guéri des lépreux, a multiplié les pains et les poissons, a marché sur les eaux, etc., et surtout, est mort pour l’humanité, puis est ressuscité.

Bref, des vêtements peuvent synthétiser de riches doctrines.

D’ailleurs, nul fonctionnaire ne peut afficher des signes politiques, même s’il lui attribue une signification identitaire. Pour mémoire, est sanctionné par la loi pénale le port d’un uniforme policier ou militaire par un civil, tout muet fût-il.

(Note : pour mieux comprendre les modes de communication non-verbale, on consultera avec profit les traités de sémiotique, discipline scientifique qui étudie des processus de signes et de la fabrication du sens).

Qu’elles le sachent ou non, qu’elles le veuillent ou non, les têtes voilées sont les petites mains d’un projet politique : les aspirations conquérantes de l’oumma.

Pour un éclairage sur cette délicate question, allons aux antipodes, au pays de « Crocodile Dundee ».

Australie : Pauline Hanson fait scandale

Il y a quelques jours, la sénatrice Pauline Hanson a adopté une intéressante initiative pédagogique dans la haute assemblée. Comme il lui a été refusé de présenter une proposition de loi portant interdiction du port de la burqa en public dans le pays, en guise de protestation, elle est pacifiquement revenue siéger revêtue d’une burqa noire. Il ne s’agit pas ici de porter un quelconque jugement général sur le programme de son parti « One Nation » en matière d’immigration, mais simplement de tirer l’enseignement de ce seul incident.

Ō surprise, ce geste fut accueilli par d’intenses et aigus cris d’orfraie. Un geste odieusement islamophobe, raciste; il y aurait eu de sa part un manque de respect envers la foi musulmane; on parle même de doigt d’honneur. Qui vaut à Mme Hanson, réduite au silence, une censure et une suspension de sept jours. Pourtant, elle n’a violé aucune règle : il est constant que nul code vestimentaire ne s’impose aux législateurs et la vociférante sénatrice Fatima Payman, bien emmitouflée dans son hijab, qui s’exprime avec l’accent de Paul Hogan (même si elle est née en… Afghanistan), le sait pourtant mieux que personne. Au contraire, Mme Hanson renouvelait son invitation à l’assemblée à voter en faveur de sa proposition.

En 2017, elle avait fait la même démarche, qui lui valut la réprimande suivante du sénateur George Brandis, reprise à son compte il y a quelques jours par la sénatrice Penny Wong :

I am not going to pretend to ignore the stunt that you have tried to pull today by arriving in the chamber dressed in a burqa when we all know that you are not an adherent of the Islamic faith; I will caution and counsel you with respect to be very very careful of the offense you may do to the religious sensibilities of other Australians. (En v.o.)

Je ne feindrai pas d’ignorer le coup de pub que vous avez tenté en arrivant à la chambre revêtue d’une burqa alors que nous savons tous que vous n’adhérez pas à la foi islamique; je vous mets respectueusement en garde et vous conseille d’être très très prudente car vous risquez de blesser la sensibilité religieuse d’autres Australiens. (En v.f.)

Un exposé on ne peut plus correct de la situation.

Cela dit, il faut en assumer la conclusion logique : la burqa devient alors un habit liturgique sacré, dont le port est interdit aux kafirs (comme les uniformes militaires dont sont exclus les civils), sous peine de sacrilège.

Il faut donc féliciter M. Brandis et Mme Wong d’avoir ainsi fait la preuve éclatante qu’un vêtement peut bel et bien avoir une signification contextuelle. QED.

Et, sous le soleil austral, la lumière fut. Espérons qu’il éclairera aussi l’autre hémisphère.


[1] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2111640/ecole-bedford-intimidation-clan-enseignants

La parole libérée, victorieuse de la gauche cloueuse de bec?

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Ivan Rioufol remis en liberté. Dans sa chronique, notre collaborateur s’inquiète du fameux label préconisé par Emmanuel Macron afin de distinguer le vrai du faux dans les gazettes et sur internet…


« Qu’ils se taisent ! » : la pensée mondaine s’horripile du réveil des Français silencieux. L’élite ne voit que des ploucs dans ce peuple qui relève la tête. Les salonnards s’indignent, par exemple, du succès des banquets populaires du Canon français, où bourgeois et prolos franchouillards chantent, dansent et boivent autour de cochons à la broche. Le Monde (8 novembre) y a vu « un repli identitaire » et la marque du « milliardaire réactionnaire Pierre-Édouard Stérin » supposé être derrière ces fêtes « idéologiques et politiques ». Une même indignation a répondu à la nouvelle politique de l’enseignement catholique consistant – quel toupet ! – à vouloir affirmer son caractère religieux. Guillaume Prévost, le patron, est décidé à « redonner clairement le droit à une enseignante de faire une prière le matin avec ses élèves, parce que c’est le cœur du projet éducatif ». Les évêques semblent décidés, cette fois, à tenir bon dans leur soutien à celui qui veut « parler du Christ » dans les écoles cathos.

Dans le même temps, des apparatchiks du journalisme se joignent à Emmanuel Macron dans leur commune obsession d’un contrôle du récit médiatique. Le 6 novembre, dans un café parisien, Laurent Joffrin a invité à débattre, dans l’entre-soi de la corporation, sur les « menaces sur l’info » que ferait peser la nouvelle presse d’opposition. Le Figaro y a rendu compte des propos de l’éditorialiste modèle, Thomas Legrand, suggérant d’interdire CNews et d’arrêter Vincent Bolloré. Le 12 novembre, le chef de l’État, participant à son tour à un débat organisé par La Dépêche du Midi sur « la démocratie à l’épreuve des réseaux sociaux », est reparti à l’assaut du numérique et de ses libertés, en envisageant de quitter X afin de « sonner le tocsin ». Le 19, avec La Voix du Nord, Macron a remis ça à Arras, en parlant du « far west » de l’internet. Les accusations en « complotisme » et en « extrémisme » unissent les censeurs.

A lire aussi, Didier Desrimais: France Inter: ce que le militantisme fait à l’humour…

Cependant, ces menaces sont vaines. Les nostalgiques de la gauche impériale prennent des airs de fantômes. France Inter, havre de la pensée conforme, a perdu 460 000 auditeurs (source Médiamétrie de novembre) sans avoir rien vu venir. Plus les médias alternatifs sont hués par le pouvoir et ses toutous, plus ces indésirables s’imposent comme l’authentique quatrième pouvoir. L’internet, où tout se dit, déverrouille la démocratie. Les Oubliés n’ont pas fini de faire hurler les oligarques. Lors du dixième anniversaire des attentats islamistes du 13-Novembre, il a été loisible de lire davantage de messages qui invitaient, comme celui-ci vu place de la République, à « écraser l’infâme hydre islamiste ». Naguère, il était convenable de reprendre: « Vous n’aurez pas ma haine. » Désormais, des vérités veulent être dites. La glasnost, la parole libérée, a fait tomber l’URSS…

La gauche cloueuse de bec a perdu. Son rejet de la parole dissidente l’entraîne vers les régimes obtus. Parce qu’il a refusé de se plier aux interdits des dogmes et des tyrannies, Boualem Sansal a été emprisonné par l’Algérie et abandonné à son sort, un an durant, par une grande partie de l’intelligentsia française. La libération, le 12 novembre, de l’écrivain franco-algérien, est celle d’un homme qui ne cessera de répéter que l’islam importé, qu’il ne différencie pas de l’islamisme, est une menace pour la nation: propos « d’extrême droite », récitera encore la pensée pavlovienne. Mais qui la prend encore au sérieux ?


Cette chronique est à retrouver dans le numéro de décembre du magazine Causeur, en vente mercredi 3.

Général, nous voilà !

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Paris, 18 novembre 2025 © Franck Derouda/SIPA

Menace russe. Après le discours du Chef d’état-major des armées Mandon devant les maires de France, on a vu un pays qui préférait s’indigner que se préparer


Le mot « enfant » empêche de penser. Mais en l’accolant au mot « guerre », le chef d’état-major des armées a déclenché une belle chorale de paniquards, pleurnichards et capitulards[1]. Au cœur d’un discours charpenté sur la menace russe et la nécessité de « dissuader Vladimir Poutine d’aller plus loin » (plus loin que l’Ukraine), donc de nous réarmer, le général Fabien Mandon a évoqué les jeunes gens appelés à se battre pour la France : « Ils tiendront dans leur mission s’ils sentent que le pays tient avec eux. Si notre pays flanche, parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, de souffrir économiquement, alors on est en risque. » Le braillomètre a chauffé à hauteur de la transgression. « On ne veut pas mourir pour Kiev ! », « Nos enfants ne sont pas de la chair à canon ! », « Du fric pour les retraites, pas pour les mitraillettes ! » (celle-là, je l’invente).

Si ça se trouve, je n’ai pas de cœur parce que je n’ai pas d’enfant. Je jure que je veux du bien à ceux des autres – faut quand même qu’ils la payent, ma fichue retraite. En tout cas, cette infirmité sentimentale m’a permis d’entendre les véritables propos du général Mandon. Calmez-vous, il ne parle pas de vos gosses ni de ceux de Madame Michu, mais de militaires professionnels qui acceptent par contrat une mission pouvant les mener jusqu’au « sacrifice ultime » et pourraient donc, selon Mandon, être amenés à intervenir aux frontières de l’OTAN (à laquelle sauf erreur nous appartenons toujours et qu’il est question d’européaniser). Notez que les 57 morts pour la France en OPEX au Mali et ailleurs n’étaient pas les enfants de personne. Aucun de leur père n’a déclaré face caméra que son fils n’aurait jamais dû mourir dans une guerre lointaine – et perdue depuis.

Juste avant de lâcher le fatal « enfant », le CEMA s’était demandé si nous avions « la force d’âme de nous faire mal pour protéger ce que l’on est ». Il a eu sa réponse. Évidemment qu’on est prêts, si on admet que ce qu’on est se définit par ce qu’on a. Pour défendre le modèle social que le monde nous envie et dont on répète qu’il est notre ADN, alors oui, on est prêts à souffrir, et surtout à faire souffrir le voisin, le commerçant du coin ou le policier en service. Au pays de l’État-Roi, chacun est encouragé à se demander obsessionnellement ce que son pays doit faire pour lui. L’État, c’est moi, sauf pour payer : là, c’est les autres.

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Qu’on ne veuille pas mourir pour Kiev parce que nos intérêts nationaux n’y sont pas engagés, c’est légitime même s’il n’y a pas de quoi être particulièrement fier. Ça tombe bien, le général Mandon n’en demande pas tant. Il n’a fait que développer le vieil adage : si tu veux la paix prépare la guerre. Pas de quoi détaler en criant maman ! La France a perdu plusieurs guerres, pas parce que ses soldats manquaient de bravoure, mais parce qu’elle n’était pas prête. Ça fait réfléchir. Ça devrait.

On peut évidemment, comme d’excellents esprits de ma connaissance, tels que Pierre Lellouche ou Vincent Hervouët, s’émouvoir qu’un militaire soit autorisé à présenter une stratégie politique. On peut contester son appréciation de la menace russe, trouver qu’on n’y répondra pas en affolant les populations et en montrant des muscles qu’on n’a pas (et qu’on n’est pas prêt d’avoir si on hurle à la mort à chaque fois qu’on propose de couper une dépense sociale). On peut estimer qu’on a encouragé l’Ukraine à mener une guerre qui lui a coûté des dizaines de milliers de vies humaines et, à nous, des dizaines de milliards, pour qu’elle finisse par la perdre (encore que Poutine n’a pas réussi à installer à Kiev un pouvoir à sa botte). Peut-être que s’ils avaient connu l’issue, les Ukrainiens auraient tout de même choisi de mener une guerre perdue plutôt que de léguer à leurs enfants l’histoire d’un peuple qui s’est rendu sans combattre. Allez savoir.

Il est possible que le général Mandon se trompe sur Poutine. Et peut-être que ce sont ses contradicteurs qui se fourrent le doigt dans l’œil. Alors que l’Oncle Sam finira par nous laisser nous débrouiller, on s’attendait à ce que tous les patriotes s’accordent sur la nécessité de faire des sacrifices pour notre défense. Au risque de me répéter, on ne déclenche pas les guerres en s’armant, mais en se désarmant. Surtout quand toutes les puissances se remilitarisent. D’innombrables experts et souverainistes professionnels ont pourtant expliqué à la chaîne que le général Mandon disait n’importe quoi, ou pire encore, comme l’impayable et inoxydable Ségolène Royal, qu’il était en service commandé pour permettre au président de déclencher une guerre contre la Russie et rester à l’Élysée. Ils auraient pu jurer qu’ils étaient prêts à se sacrifier pour la France quand elle serait menacée par des ennemis plus crédibles à leurs yeux que Poutine. Derrière ce festival de protestations dont il ressort que nos intérêts nationaux s’arrêtent aux frontières de l’Hexagone et aux sacro-saintes « préoccupations quotidiennes des Français », on entend que rien ne vaut qu’on sacrifie sa vie et son pouvoir d’achat. On ne sait si le spectacle de patriotes invoquant les mânes du gaullisme pour justifier leur renoncement à la force est comique ou désespérant. Les générations gâtées que nous sommes n’ont connu que la paix sur leur sol, si bien que nous pensons qu’elle est la norme et surtout qu’elle est un dû. « La guerre est toujours la plus mauvaise des solutions », affirmait Chirac. Traduction en bon français : même la soumission est préférable.

Il est possible que j’exagère parce que je rentre d’Israël, où la majorité des citoyens, en dépit de leurs différences radicales, acceptent que leurs enfants meurent pour le pays. N’empêche, quand on n’a aucune raison de mourir, c’est peut-être qu’on n’a pas beaucoup de raisons de vivre.


[1] Ne vous énervez pas, je ne mets pas dans ce vilain sac tous ceux qui ont critiqué le discours.

Cinéma: le retour d’Abdellatif Kechiche

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© Pathé

Malgré les obstacles ayant failli mettre fin à la carrière du singulier cinéaste, la sortie de Mektoub, My Love: canto due demain marque un retour réjouissant de son cinéma vibrant, sensuel et sensible.


On n’y croyait plus. On pensait que les diverses accusations portées contre le cinéaste Abdellatif Kechiche (La Graine et le Mulet, La Vie d’Adèle…) avaient définitivement eu raison de lui et de son cinéma. Il était devenu l’une des bêtes noires des ultra-féministes du milieu artistique, devant répondre aussi bien de son attitude sur les plateaux de tournage que du prétendu sexisme de ses films. Jusqu’à provoquer d’ailleurs chez lui un AVC aux lourdes séquelles. On se réjouit d’autant plus d’assister à la sortie de son nouvel opus, Mektoub, My Love: canto due, deuxième volet d’une trilogie sur la jeunesse, qu’un formidable intermède entre les deux premiers films (intitulé comme il se doit Intermezzo) était passé à la trappe, pour d’obscures raisons musicales et une véritable censure artistique. Ne boudons pas notre plaisir de retrouver l’allant et l’énergie du cinéma de Kechiche toujours prompt à filmer les âmes, les corps et les cœurs de personnages à la fois singuliers et familiers.

2h 14m


De mal en Pisa

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© ISA HARSIN/SIPA

Attention: sujet ultra-sensible! Si elle n’est pas la cause unique des difficultés de notre école (et il serait évidemment injuste d’accabler les personnes), l’immigration massive les exacerbe toutes, pointe un rapport de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie[1]. Le regard libre d’Elisabeth Lévy


L’immigration tire-t-elle le niveau scolaire vers le bas ? C’est ce que savent tous les parents, y compris immigrés, qui ont mis en place des stratégies d’évitement des établissements où la proportion d’étrangers et d’enfants d’étrangers est la plus importante. C’est ce que savent ces mères maghrébines de Montpellier qui demandaient des « Pierre » et des « Paul » dans les classes de leurs enfants. C’est ce que savait la rectrice de l’académie d’Orléans, Marie Reynié, qui en 2011 imputait les mauvais résultats de son académie au grand nombre d’élèves étrangers et qui a été insultée pour cela. C’est que ce sait ce fonctionnaire de l’Éducation nationale qui dit à Joachim Le Floch-Imad, auteur de Main basse sur l’Éducation nationale (Le Cerf, 2025) : « Sans l’immigration on serait au niveau de Singapour ou Taïwan. »C’est ce que savent tous les Français qui, conformément à l’injonction de Péguy « voient ce qu’ils voient ».

D’accord, mais tout cela n’est pas très scientifique, me réplique-t-on depuis longtemps sur ce sujet. Mais justement, l’expérience sensible est aujourd’hui confirmée par la note de Joachim Le Floch-Imad pour l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie de Nicolas Pouvreau-Monti.

Quelques données :

D’abord, depuis 2000, le nombre annuel des naissances d’enfants de deux parents immigrés a augmenté de 73% dans notre pays ;

Un élève de CM1 sur cinq ne parle pas français à la maison ;

Si l’on dénombrait 35000 primo-arrivants allophones en 2007, ils sont près de 90 000 en 2025 ;

A lire aussi, Joachim Le Floch-Imad et Philippe Nemo: Clash de niveau

Si on enlève les enfants de l’immigration, la France obtient 11 points de plus au PISA, nous dit cette note.

Ce à quoi il faut ajouter les atteintes à la laïcité, le refus de certains enseignements, l’antisémitisme importé etc. Résultat: 8% des profs français seulement se disent formés à cet environnement multiculturel.

Pour résumer, l’immigration exacerbe toutes les difficultés de l’École. Ce n’est évidemment pas la faute des enfants d’immigrés, agents d’un phénomène qui leur échappe. C’est la faute des immigrationnistes. On laisse entrer des centaines de milliers d’étrangers dont on ne sait pas intégrer et éduquer les enfants. C’est un crime contre la France, l’École et contre ces enfants à qui on fait des fausses promesses. Il parait que c’est raciste de voir et de dire cela. Le réel est raciste ! Pour paraphraser Brecht, changez le réel !


Pour finir, un mot sur le fameux « ministère de la Vérité » version Macron. Cette idée délirante et contreproductive ne verra pas le jour. Mais, l’absence frappante de réactions des journalistes donne une triste idée de l’attachement de cette corporation à la liberté.

Je ne peux pas y croire. Et si jamais on persistait dans l’erreur, j’appelle mes confrères à se battre pour ce que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen définit comme un des droits les plus précieux de l’homme : la liberté d’expression.  


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio


[1] https://observatoire-immigration.fr/limpact-de-limmigration-sur-le-systeme-educatif-francais/

Mon coming-out nationaliste!

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Jordan Bardella au siège du RN à Paris, le 25 avril 2025 © Chang Martin/SIPA

Dans notre grand bazar idéologique actuel où les concepts «tournent dans l’air vicié comme des feuilles mortes», Charles Rojzman explique que la nation, jadis considérée comme ringarde voire dangereuse, est devenue le dernier parapluie avant l’averse générale. Pendant que tout le monde se chamaille pour définir le réel, ceux qu’on croyait infréquentables deviennent soudain les seuls à oser regarder sous le tapis. Les nationalismes du XXIᵉ siècle ne sont plus les nationalismes «des uniformes impeccables, des parades martiales et des hymnes hurlés sous les drapeaux», observe-t-il.


Succès d’édition des livres de Zemmour, de Villiers, Bardella. Pourquoi ? Il est des moments où les mots se défont, où les concepts s’effondrent comme des cathédrales rongées de sel, et où ceux qui s’y abritaient se retrouvent nus sous la pluie d’un monde qu’ils ne comprennent plus. Nous habitons l’un de ces instants de renversement, de ce basculement silencieux où l’histoire change de sens sans daigner prévenir ceux qui croyaient encore la diriger. Les vieilles catégories — fascisme, nationalisme, antiracisme, universalisme — persistent à tourner dans l’air vicié comme des feuilles mortes, mais elles ne nomment plus rien. Elles ne sont que les reliques d’un siècle qui se croyait tragique et qui ne fut peut-être qu’un prélude.

Illumination tardive ?

Ce qui fut hier honni comme l’instrument de la violence collective — la nation — apparaît désormais, paradoxe insupportable pour les consciences progressistes, comme le dernier rempart contre une dissolution généralisée. Non pas parce qu’elle serait bonne par essence — rien de ce qui est humain ne l’est — mais parce qu’elle est la seule forme encore capable de dire « nous » dans un monde qui ne veut plus que des « eux ». Un monde où l’on ne reconnaît plus que des consommateurs, des croyants ou des victimes. Un monde où l’on rêve d’un homme interchangeable, sans mémoire, sans sol, sans héritage — un homme réduit à ses fonctions biologiques et économiques, un appareil respiratoire connecté à un marché et à une morale.

Ce texte ne procède pas d’une illumination tardive, ni d’un quelconque alignement partisan. Il vient du réel, de ce que l’on voit quand on accepte de regarder l’homme sans les filtres moraux dont nos sociétés se sont recouvertes comme d’un linceul parfumé. Il vient d’une expérience de chair et de voix, commencée il y a quarante ans, parmi les cités, les commissariats, les foyers, les salles communautaires où la haine circule comme un sang impur. Là où la gauche morale se détourne. Là où les discours se taisent et où ne subsistent que la peur, l’humiliation, la violence — ce que l’on ne veut pas entendre parce que cela contredit le récit rédempteur d’un Occident coupable et d’un Autre immaculé. J’ai appris là que le réel est obscène pour ceux qui vivent dans l’abstraction, et que l’imperfection humaine est désormais tenue pour un scandale. Pourtant, c’est d’elle que nous sommes faits, et c’est en elle que réside la seule vérité possible.

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Il faut d’abord prendre la mesure du renversement historique que nous vivons, et que notre vocabulaire politique peine encore à nommer. Car le nationalisme du XXIᵉ siècle n’est plus celui des uniformes impeccables, des parades martiales et des hymnes hurlés sous les drapeaux. Il n’est plus cet élan conquérant, saturé d’orgueil collectif et de certitude raciale, qui rêvait d’étendre son empire comme on étend un blason sur la peau d’un peuple soumis. Cette figure appartient à l’histoire tragique de l’Europe — et l’Europe, qui n’a plus la force de ses tragédies, la regarde désormais avec l’effroi d’un vieillard se souvenant de ses crimes.

Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est presque l’inverse : la nation, longtemps tenue pour l’outil du totalitarisme, devient l’abri fragile contre trois forces qui, chacune à sa manière, veulent abolir les frontières, les appartenances, les différences concrètes qui donnent une forme aux hommes. La globalisation, cet anesthésiant universel ; l’islamisme, cette théologie guerrière qui rêve d’un califat sur les ruines des États ; et la gauche révolutionnaire, qui n’a jamais cessé de vouloir réduire l’humanité au schéma puéril des dominants et des dominés.

Toutes trois aspirent à une uniformité meurtrière. La globalisation ne veut plus de citoyens, mais des consommateurs sans attaches, dociles, solvables, loyaux non à un pays mais à un marché. L’islamisme ne reconnaît que les croyants de l’umma, communauté fantasmée qui prétend effacer les cultures, les langues, les histoires pour ne laisser subsister que la soumission. Quant à la gauche révolutionnaire, elle rêve d’un prolétaire mondial, purifié de toute appartenance, réduit à sa fonction de victime.

Pas de démocratie sans nations

Ces dynamiques convergent vers une même fin : dissoudre la nation, dernier espace où peut encore se déployer une démocratie réelle, fondée sur la confrontation entre égaux. Là où, hier, la famille et la patrie étaient brandies comme les symboles du fascisme, elles deviennent aujourd’hui — paradoxe somptueux — les lieux où s’abritent encore la continuité, la transmission, la responsabilité.

Ce renversement, je ne l’ai pas seulement pensé : je l’ai vécu. Dans les années 1980, lorsque, travaillant sur les dispositifs de lutte contre le racisme, j’ai voulu écouter les hommes non pas à travers les sermons moralisateurs, mais à partir de ce qu’ils portaient en eux : peur, rancœur, violence, humiliation. Je croyais entrer dans le domaine de la générosité universelle ; je suis tombé dans la géologie du ressentiment.

J’ai découvert ce que personne ne voulait voir : il n’existait pas un racisme, mais des racismes. Non pas un oppresseur et des victimes, mais une mosaïque de haines, de rejets, de mépris croisés. Non pas une morale, mais un champ de bataille.

Tout cela m’a arraché à la morale de gauche dans laquelle baignait notre culture politique, cette morale saturée de culpabilité postcoloniale, persuadée que la violence est toujours le fait du même camp. Nous vivons désormais sous un totalitarisme doux, sucré, écologique, compassionnel, qui rêve d’une société sans conflit — donc sans réalité.

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Car vouloir supprimer l’imperfection humaine, c’est vouloir supprimer l’homme.

Et voici le scandale : aujourd’hui, ce que l’on nomme « l’extrême droite » est souvent la seule force qui accepte de nommer le réel. Elle dit ce que les autres taisent. Elle regarde là où les autres détournent le regard. Non par vertu, mais par fidélité au monde tel qu’il est.

Danger il y a, bien sûr : car celui qui nomme le réel peut être tenté d’en devenir le propriétaire, le prophète, le maître. L’Europe sait où mènent ces tentations : à la réduction du conflit à l’essentialisme, à la transformation de la nation en idole et du peuple en matière sacrificielle.

Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir qui a raison, mais de restaurer un cadre où le réel peut être dit sans être immédiatement sanctifié ou excommunié. La nation demeure ce cadre : non comme essence, mais comme forme politique, comme possibilité d’un « nous » qui ne soit pas un cri de haine ou un soupir de victime.

Le courage du XXIᵉ siècle sera de maintenir ce lieu fragile où le réel peut être affronté sans être écrasé. Non pas rêver d’un monde parfait — mensonge utopique — ni sacraliser une identité close — nostalgie mortifère — mais tenir, simplement tenir, dans cet entre-deux où l’homme continue d’exister.

Et pour l’instant, il faut le reconnaître : ceux qui acceptent de regarder ce réel en face ne sont pas ceux que l’on croyait. Ils sont les bannis, les honnis, les infréquentables — ces figures que l’histoire, parfois, choisit pour dire ce que les autres n’ont plus le courage d’articuler.

La société malade

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Procès de Luigi Mangione: l’Amérique est une société malade

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Luigi Mangione (à droite) au tribunal à New York, hier © Yuki Iwamura/AP/SIPA

Le gauchiste Luigi Mangione, soupçonné d’avoir tué Brian Thomson, abattu au cœur de Manhattan il y a un an, a comparu hier lors d’une audience préliminaire. Il encourt une peine de réclusion à perpétuité.


Seul Dieu peut offrir une assurance contre la maladie.
Maurice Duplessis, ancien Premier ministre québécois.


Aux États-Unis, les compagnies d’assurance de santé privées ne gagnent pas un concours de popularité. On les accuse de pratiquer l’obstruction et le culte du seul profit.

C’est dans ce contexte que, le 4 décembre 2024, à Manhattan, Luigi Mangione est censé avoir abattu de sang-froid, dans une embuscade bien planifiée, Brian Thompson, PDG de la United Healthcare, le plus gros groupe d’assurance de santé privé aux Etats-Unis. Aux termes de la loi new-yorkaise, il fait face à neuf chefs d’accusation, dont l’assassinat.

(Les procureurs résistent mal à la tentation de ratisser large, mais a été écarté par le juge le ridicule chef d’accusation de « terrorisme »; c’est déjà ça de pris pour M. Mangione).

Passible de la perpétuité

Il est passible de l’emprisonnement à perpétuité, l’État de New York ayant aboli la peine de mort. Par ailleurs, il fait face à des accusations prévues par la loi fédérale pour les mêmes faits. Le président Trump, qui, naguère se vantait de pouvoir assassiner n’importe qui sur le 5e Avenue sans perdre un seul vote, réclame d’ores et déjà le châtiment suprême.

De prime abord, les faits semblent parler d’eux-mêmes de manière écrasante en faveur de la culpabilité.

Les séries policières américaines sont friandes du mythe du vice de forme (on ne compte plus les mandats de perquisition invalidés pour une virgule mal placée…). En l’espèce cependant, dans une affaire médiatique aussi retentissante, les procureurs devront aller « by the book » (en v.o.), (« selon la lettre du code de procédure » (en v.f.)).

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A eu lieu hier 1er décembre une première comparution dans le cadre d’une audience préliminaire portant sur la (non) recevabilité d’éléments de preuve cruciaux. La défense demande l’exclusion des déclarations incriminantes de l’accusé lors de son arrestation puisque les policiers ne lui avaient pas communiqué son droit au silence (cf. la légendaire jurisprudence Miranda[1]). En outre, les agents saisirent alors son sac à dos et en retirèrent notamment des pièces à conviction censées le rattacher à l’homicide : un révolver (l’arme du crime?), un magasin chargé et un cahier contenant des observations manuscrites dénonçant les compagnies privées d’assurance de santé, mais… sans mandat de perquisition.

En matière pénale, la procédurite est toujours de bonne guerre, encore que M. Magione ne peut raisonnablement espérer ressortir de quelque tribunal que ce soit en faisant un doigt d’honneur. Au mieux, il peut rêver d’un répit sur les accusations les plus graves.

Semble étrange et critiquable la coexistence de procédures étatiques et fédérales pour les mêmes faits. D’emblée, il semble y avoir atteinte à la règle « non bis in idem », à savoir le droit à ne pas être jugé ou puni pénalement deux fois pour une même infraction. Lorsque viendra leur tour, les procureurs fédéraux seront tentés d’invoquer la jurisprudence Rodney King : en 1991, quatre policiers avaient été filmés pendant qu’ils tabassaient sauvagement M. King, mais ils furent acquittés par les jurés californiens. Cependant, deux d’entre eux furent ultérieurement condamnés par une juridiction fédérale au titre de la violation des droits civiques de M. King, les avocats de la défense ayant en vain invoqué ladite règle (« double jeopardy » en v.o.) puisque le moyen de droit fédéral était distinct. En l’espèce, on admettra volontiers que la cavale de M. Mangione hors de l’État du crime principal (l’arrestation eut lieu en Pennsylvanie) donne lieu à des infractions supplémentaires, distinctes, de nature fédérale, mais la compétence relative à l’homicide lui-même ne tombe pas sous le sens. Mais peu importe, les procureurs fédéraux sont bel et bien déterminés à avoir leur part du gâteau.

À suivre donc.  Pour l’instant aucun calendrier n’est fixé. L’audience préliminaire en cours devrait durer une semaine; seront entendus plusieurs témoins au sujet du déroulement de l’arrestation.

Sinistre justicier

Sur le plan social, aux yeux d’une certaine gauche, M. Mangione fait figure de Robin des Bois. On peut supposer qu’y appartiennent de nombreux donateurs qui ont généreusement versé leur obole à sa cagnotte de défense (est évoqué le chiffre de 1 million de dollars); c’est de bonne guerre (il serait également intéressant de savoir quelle est l’enveloppe budgétaire dont dispose(ront) le(s) ministère(s) public(s)).

Pour autant, les supporteurs de M. Mangione oublient que si le maître archer prônait et pratiquait une forme de redistribution des richesses au profit des démunis, au grand dam du shérif de Nottingham, il ne semblait pas avoir l’habitude de trucider sommairement les nantis.

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L’assurance santé, qui laisse en effet beaucoup à désirer aux Etats-Unis, est sans conteste un immense problème de justice sociale. Que l’on exprime son opposition à la peine de mort est légitime (même les tyrans condamnés pour crimes contre l’humanité ne sont plus exécutés); il en va de même si l’on insiste sur cette évidence que tout accusé, même (par exemple) filmé par 24 caméras de surveillance, a toujours droit à la présomption d’innocence et à une défense pleine et entière.

Mais cela ne justifie pas la violence qui est contreproductive, la potion qui tue le patient. Rappelons que M. Magione fut arrêté dans un McDo. La honte. Quand on veut jouer les chevaliers blancs combattant les entreprises qui font primer le profit sur la santé, on opte plutôt, par exemple, pour des campagnes pacifiques dénonçant les fastefoudes dont la tambouille vomissant le cholestérol constitue la plus grande menace à la santé publique jamais vue…

Faire de Luigi Mangione une star est de très mauvais goût. Un autre spectacle à grand déploiement vient de commencer. En vedette américaine, Luigi Mangione. On s’arrache les billets pour la salle d’audience. Il était temps, 30 ans après l’acquittement de OJ Simpson. « Only in America ».


[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Miranda_v._Arizona

« La morue? Oui, chef! »

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Le chef José Dantas © Pierre Aslan

Chez José Dantas, au restaurant « Albufera », à Boulogne-Billancourt (92)


Heureux habitants de Boulogne-Billancourt… Il y a un peu plus de trois mois, en août 2025 donc, « Albufera, la table de Jose Dantas », a ouvert ses portes au 38, rue de Meudon (à cinq minutes à pied du métro Marcel Sembat). Comme au Ritz, un voiturier à la carrure de garde du corps s’occupera même de garer votre voiture (et de veiller sur elle) si d’aventure vous décidiez de faire le voyage à Boulogne depuis une destination lointaine, par exemple pour le réveillon du 31 décembre…

Meilleur restaurant portugais de France?

Car, en définitive, « Albufera » (qui désigne à la fois une région du Portugal, une rivière et un riz rond assez semblable au riz bomba espagnol – celui utilisé pour la paella) est probablement le meilleur restaurant de cuisine portugaise de France. En entrant dans ce petit paradis (niché dans un quartier calme et « pépère » d’une ville qui n’a pourtant rien de très sexy), c’est tout un univers poétique qui vient d’abord vous titiller les narines et l’imagination, à travers la voix d’Amalia Rodriguez (la reine du « fado »), la soie des vieux portos millésimés, la gentillesse de la serveuse (venue de Rome) et, bien sûr, la cuisine du chef !

Toujours étrangement méconnue, la cuisine portugaise n’est pas seulement une très ancienne cuisine populaire de la terre et de la mer où l’oreille de cochon côtoie l’oursin et les coquillages, elle est aussi une cuisine du grand-large portée par le vent des océans et le souffle de l’Histoire…

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La morue de Terre-Neuve y est ainsi préparée de plus de mille façons différentes. L’omniprésence des épices nous rappelle qu’il fut un temps où le Portugal dominait le monde grâce à ses grands explorateurs, Vasco de Gama et Magellan notamment, à qui l’on doit le curcuma, la noix de muscade, le clou de girofle, la cannelle et les innombrables poivres d’Indonésie… Le maïs venu d’Amérique est employé depuis des siècles pour faire un pain tendre et délicieux de couleur safran, tout comme les haricots secs qui ont inspiré aux Portugais un plat très proche de « notre » cassoulet, sans parler du chocolat, de la vanille et du sucre de canne dont ils sont friands.

Bref… Une cuisine-monde.


Né en 1995 dans le nord du Portugal, Jose Dantas a été formé en France vingt ans durant après des plus grands chefs : à la Chèvre d’Or, chez Taillevent, chez Drouant, à l’Apicius et chez Jean-François Piège. Son mentor est Emile Cotte, un pilier de rugby corrézien qui était son supérieur chez Taillevent et qui continue à le conseiller aujourd’hui. Je vous avais parlé de ce gaillard généreux en juin 2023 en présentant son merveilleux bistrot « Baca’v », qu’Emile a récemment transplanté à Boulogne (33, avenue du Général Leclerc, à cinq cent mètres de chez son copain, raison pour laquelle je dis que les habitants de cette ville ont vraiment de la chance d’avoir ces deux tables d’exception !).

Voyage en caravelle

Jose Dantas, donc, est un vrai technicien « à la française », maître des cuissons et des sauces (les siennes, faites à partir de carcasses de volailles entières, mijotent et réduisent pendant trois jours ! c’est ce qui distingue aujourd’hui un « grand restaurant » d’un « boui-boui » pour touristes). Dès les entrées, on est impressionné par la finesse de ses acras de morue, qu’il faut prendre avec les doigts pour les tremper dans une aïoli aux piquillos (petits poivrons). Avec un verre de « Verdelho original », le blanc des Açores vinifié par Antonio Maçanita, on est déjà parti en caravelle, les cheveux au vent… Ce vin volcanique issu de vignes jamais greffées offre de beaux amers profonds. L’harmonie d’ensemble évoque la délicatesse des plus beaux azulejos.

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Parmi les plats, que choisir ? Tout est délicieux et sans lourdeur. Le sauté de cochon fermier aux coques et à la fricassée de champignons est accompagné d’une purée soyeuse comme une caresse. « Incontournable », la spécialité de Jose est le riz albufera (cuit dans un bouillon très corsé) au canard rôti et aux noisettes… Cuit rosé, ce canard vient des Dombes, il est plein de tendresse… La sauce apporte une séduction intense. Je pourrais ainsi passer en revue toute la carte. Au dessert, impossible de passer à côté de l’une des meilleures mousses au chocolat qu’il m’ait été donné de goûter ces dernières années : à partir d’un cacao grand cru du Surinam ou du Brésil, Jose élabore sa mousse en lui adjoignant un petit filet d’huile d’olive de sa région, très verte et fruitée, et de la fleur de sel… Avec un petit verre de Porto servi à la pipette, « c’est extra » comme chantait Léo Ferré.

Tout cela bien sûr est très gentil, me direz-vous, mais qu’en est-il des prix ?

Hé bien, chère lectrice et cher lecteur, les prix sont proprement stupéfiants, eu égard à la qualité sensationnelle de ce restaurant : 29 euros le menu déjeuner (entrée-plat ou plat-dessert), ou 39 euros (entrée-plat-dessert) ; 59 euros le menu-dégustation en cinq services… (le prix d’un plat dans un restaurant étoilé !). Pour le réveillon du 31 décembre, le chef prépare une soirée traditionnelle avec menu de fête à 95 euros (quatre plats) en présence d’une grande chanteuse de « fado » accompagnée par ses musiciens. Alors moi, je dis à ma femme : « Chérie, et si on allait s’encanailler à Boulogne-Billancourt pour changer ? Paris est tellement triste en ce moment…»


ALBUFERA 38, rue de Meudon 92100 Boulogne-Billancourt Tél : 01 46 21 75 90 Informations utiles : www.albufera-boulogne.fr

«Mère empoisonneuse» de Dax: ce témoignage qui ébranle l’accusation

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Forêt landaise. Image d'illustration. DR.

Au terme de la première semaine du procès de la mère, Maylis Daubon, 53 ans, présumée empoisonneuse de ses deux filles, qui s’est ouvert lundi dernier devant la cour d’assises Landes, à Mont-de-Marsan, un sérieux doute s’est installé sur son éventuelle culpabilité sans pour autant convaincre de son innocence.


Dès lors, pour les six membres du jury, qui doivent rendre en principe leur verdict mercredi prochain, se faire une intime conviction se complique sérieusement au point de leur poser très probablement un cas de conscience digne de Corneille… C’est qu’au quatrième jour d’audience, vendredi, un témoignage est venu sérieusement ébranler l’accusation.

La cadette convaincue de l’innocence de sa mère

Appelée à déposer en qualité de témoin et non de victime, la propre fille de l’accusée, la cadette, Lau, la survivante des deux, aujourd’hui une jeune de femme de 23 ans, étudiante en 3ème année de biologie, élégante, maître de soi, lunettes à grosses montures, abondante chevelure brune frisée lui tombant sur les épaules, l’a innocentée avec conviction.

« Je sais que ma mère n’est pas coupable de ce qu’on lui reproche », a-t-elle déclaré d’une voix sûre en s’adressant à la présidente Emmanuelle Adoul. Juste avant de réitérer devant le tribunal ce qu’elle n’a jamais cessé d’affirmer tout au long de l’instruction, elle avait souligné avec une pointe d’émotion retenue : « Cela fait six ans que j’ai perdu ma sœur, quatre que je n’ai pas vu ma mère ».

À l’allégation formulée à la barre et à maintes reprises dans la presse par son père, Yannick Reverdy, 49ans, un colosse ancien international de handball, présent sur le banc de la partie civile, selon laquelle elle serait sous l’emprise de celle-ci, et qu’il espérait que ce procès lui ouvre les yeux, sa réponse a été cinglante : « Ça me rend triste et en même temps ça me fait rire. »

En outre, visiblement, la médiatisation dont a bénéficié son père (qui, en effet, pose une vraie question de déontologie journalistique NDLA) lui est restée en travers la gorge. Il s’est porté partie civile alors qu’elle s’y est farouchement refusée bien qu’elle aurait pu. Un examen toxicologique, au moment du décès de sa sœur Enéa, de deux ans son ainée, le 19 novembre 2019, avait décelé la présence d’une mixture médicamenteuse, pas létale, dans ses flux et cheveux.

Menteuse pathologique 

Dans ses déclarations à la presse, le père a toujours pris la posture de victime. Il s’est séparé de son épouse il y a 16 ans, lorsque Lau avait 7 ans. Les deux filles avaient choisi de rester vivre avec la mère. Dans un récent entretien à Sud Ouest, le quotidien de Bordeaux, il a dit être un « homme abîmé » par l’empoisonnement de ses filles et aussi avoir été la cible d’un « assassinat moral » de la part de son épouse qu’il a accusée de « menteuse pathologique ». Elle comparait en outre pour avoir commandité son exécution auprès de codétenues libérables de la prison de Pau où elle est détenue depuis 2022. L’accusation repose sur les dires de ces dernières. Du procès en cours, M. Reverdy attend enfin « une reconnaissance de sa culpabilité ». Et si sa seconde fille a choisi le parti de la mère, c’est qu’elle sa subi « un lavage de cerveau pendant des années ».

A relire: Suicide ou assassinat? Le dilemme du procès de «la mère empoisonneuse»

À une question de la présidente sur son enfance, celle-ci a répondu : « J’ai eu une enfance très heureuse, au final… surtout quand j’ai arrêté d’aller voir mon père. (…) J’ai vu mon père casser la gueule à ma mère. (…) Mon père était quelqu’un de très violent, soit physiquement, soit mentalement. »

Pour elle, il ne fait aucun doute qu’Enéa, dépressive chronique, s’est suicidée. Il est inconcevable que leur mère les ait empoisonnées. « Enéa, c’est l’amour de ma vie. J’ai perdu mon double, » a-t-elle conclu sa déposition. Quand elle s’est retirée de la salle d’audience, pleine à craquer comme les jours précédents, sa mère s’est levée alors que jusque-là elle restait assise, prostrée sur le banc du box des accusés, et lui a lancé : « Il faut que tu avances. Je t’aime. Tu es une belle femme. »

Êtes-vous libre de parler ou gardez-vous un secret par solidarité ? 

Avant elle, avait été appelé à déposer par visioconférence, depuis la cour d’appel d’Orléans, son petit-ami de l’époque, Mayveen, un moustachu de 25 ans. Ils étaient les deux seuls présents dans le modeste pavillon de la périphérie de Dax quand Enéa a eu, ce matin du 13 novembre 2019, sa crise de convulsions et son arrêt cardiovasculaire qui lui a coûté la vie six jours plus tard. A l’ouverture de l’instruction, les deux avaient été mis en examen pour complicité d’empoisonnement puis rapidement mis hors de cause. C’est lui qui, étant monté à l’étage avait découvert dans sa chambre la future défunte en pleine crise, bave à la bouche. Il était arrivé un peu plus tôt en début de matinée, l’avait vu boire son café au lait puis retourner se coucher… La mère était absente du domicile. C’est Lau qui l’alertera, elle accourut et appela les pompiers qui a leur tour alerteront le SAMU vu la gravité de l’état de l’assistée. A 8h30, l’infirmier était venu prodiguer à Enéa son traitement quotidien et n’avait rien remarqué d’anormal chez elle.

Mayveen a commencé sa succincte déposition en disant qu’il « ne (savait) pas quoi dire ». Sauf que « c’était un peu sa meilleure amie ; ma petite sœur ». La présidente lui demande alors : « Êtes-vous libre de parler ou gardez-vous un secret par solidarité ? ». Sa réponse est laconique : « Vous savez, ça date, je n’ai pas trop de souvenirs. »

La veille, deux amies d’Enéa, toutes les deux prénommées Juliette, toutes les deux vêtues de noir, avaient, elles aussi, déjà déposé en faveur de l’accusée. D’après elles, la victime avait des « idées noires » qui l’ont conduite à se suicider. D’ailleurs, elle aurait fait plusieurs tentatives, leur avait-elle confié. À l’ouverture de l’enquête, elles avaient écarté cette éventualité. Mais avec le temps, elles s’en sont convaincues.

La similitude dans la teneur de leurs propos qui laisse supposer qu’elles se sont concertées a irrité la défense du père.  « Pourquoi vous organisez-vous tous pour nous faire gober cette théorie du suicide ? », les interpelle-t-il en donnant de la voix, son avocat Me Victor Font suggérant qu’elles aussi seraient sous l’emprise de l’accusée. L’une d’elle lui réplique, avant de pleurer : « Je suis vraiment choquée par ce que vous venez de dire ». Sa camarade ajoute, elle aussi en larmes : « je suis là pour livrer ma vérité, qui est la vérité. »

En revanche, de son côté un pompier avait affirmé auparavant que lorsqu’ils sont arrivés, ils avaient ressenti comme une atmosphère étrange. Dans les cas de suicides, a-t-il expliqué en substance, on trouve toujours quelque chose, une boite de médicaments, un message laissé, là rien, comme si un ménage avait été fait préalablement, ce qui les a amenés à saisir la police qui dès les premières constations a ouvert une procédure pour soupçon d’empoisonnement.

Intime conviction

Quoi qu’il en soit, lundi matin, à la reprise des audiences, une seule certitude était acquise : Enéa a bien succombé à une surdose de propranolol, un bêtabloquant cardiaque. D’après l’experte en toxicomanie, au moins deux heures avant sa crise, elle en a ingurgité entre 50 et 75 cachets. Mais aucun indice tangible ne permet de déterminer si c’est elle qui les a ingérés ou si c’est la mère qui les lui a fait absorber.

Dès lors, on se demande sur quoi l’avocat général pourra se fonder pour requérir une éventuelle condamnation de Maylis Daubon, si ce n’est sur des déductions.

Quant à elle, elle va avoir à s’expliquer lors de son audition sur les raisons pour lesquelles elle détenait un stock impressionnant de boites de propranolol alors qu’elle avait dans un premier temps nié en posséder, sur le recours à des ordonnances truquées et sur ses 83 passages en pharmacie pour se les procurer. Si ce n’est, comme l’ont déduit les enquêteurs, pour empoisonner méthodiquement ses deux filles.

Mètres carrés fantômes, impôts bien réels: bienvenue dans la fiscalité-fiction!

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© GILE MICHEL/SIPA

Le gouvernement Lecornu a suspendu en catastrophe la hausse prévue de la taxe foncière jusqu’au printemps 2026 afin de définir une nouvelle méthode de calcul plus locale et adaptée aux réalités des départements et des communes. Cette décision intervient après un tollé politique. Rien ne garantit qu’une version remaniée, potentiellement plus complexe et toujours avec les fameux « m² fictifs » pour les éléments «de confort» comme la baignoire, ne reviendra pas dès le printemps, redoute Alexis Sémanne de l’Institut pour la Propriété Privée.


Le gouvernement a annoncé la suspension de la revalorisation automatique de la taxe foncière pour 7,4 millions de logements. À première vue, la nouvelle a tout d’une respiration bienvenue après plusieurs années de flambée fiscale.

Pourtant, cette décision ne représente qu’une pause apparente. Une suspension n’est pas une annulation. Elle ne concerne d’ailleurs qu’une partie marginale du dispositif qui avait provoqué l’explosion politique de ces dernières semaines. Car dans les faits, et quelle que soit la communication officielle, tous les propriétaires subiront une hausse de leur taxe foncière en 2026. Et certains verront même leur situation s’aggraver, non en raison d’une amélioration de leur patrimoine, mais en raison d’une invention administrative: celle des mètres carrés fictifs.

Une hausse mécanique inévitable et déjà entérinée

La première hausse, discrète mais certaine, provient de la revalorisation annuelle des bases cadastrales. Cet ajustement automatique suit l’inflation harmonisée, dont la dernière estimation tourne autour de +0,8 %. Ce mécanisme s’appliquera à l’intégralité des contribuables. Il ne dépend pas des communes, ni d’un vote local, ni même d’une réforme. Il s’impose de lui-même, année après année. Le propriétaire moyen d’une maison verra ainsi son avis passer d’environ 1 090 euros à 1 100 euros, et celui d’un appartement de 865 euros à 872 euros. Peu importe la suspension annoncée, cette revalorisation suivra son cours en 2026.

Cette hausse paraît modeste. Elle l’est en apparence seulement. Car elle s’ajoute à deux années de rattrapage historique qui ont vu la taxe foncière bondir de 7,1% un an, puis de 3,8 % l’année suivante. Dans un pays où la charge fiscale atteint déjà des sommets, la multiplication de ces ajustements mécaniques finit par produire un effet cumulatif redoutable. Le propriétaire ne peut plus anticiper, ne peut plus budgétiser, ne peut plus planifier. Il subit, chaque année, une augmentation automatique dont il n’est jamais responsable.

La réforme réellement explosive: l’invention de mètres carrés invisibles

Mais le cœur du problème ne se limite pas à cette mécanique inflationniste. Ce qui a suscité l’indignation, c’est une réforme plus profonde, momentanément suspendue mais parfaitement intacte. À partir d’une grille de calcul datant de 1970, l’administration prévoit d’ajouter à la surface fiscale des logements des mètres carrés totalement fictifs. Cette grille attribue une valeur surfacique à chaque équipement du quotidien: une douche, un WC, un lavabo, l’électricité, le chauffage, une baignoire, l’eau courante. À chaque élément correspond un nombre de mètres carrés inventés.

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Ainsi, un raccordement à l’eau courante vaut 4 m². L’électricité équivaut à 2 m². Une douche ou des WC valent 3 m² chacun. Une baignoire, 5 m². Un lavabo ou un radiateur, 2 m². L’intégration systématique de ces éléments dans la valeur locative entraîne une hausse imposable dont la moyenne nationale est estimée à environ 63 euros par an et par logement, ce qui représente près de 466 millions d’euros de recettes supplémentaires.

Le caractère ubuesque de cette méthode apparaît clairement lorsqu’on observe les cas les plus petits. Un studio de 13 m², équipé de l’essentiel, peut voir sa surface fiscale doubler pour atteindre 26 m². Le logement ne change pas. Les murs ne bougent pas. Le confort n’a pas été amélioré. Mais l’administration lui attribue une surface fantôme équivalente à celle de son bien réel. Ce simple calcul suffit à augmenter sa valeur locative et, par ricochet, sa taxe foncière.

Dans les grandes villes, cette méthode devient particulièrement pénalisante. Les logements anciens rénovés, souvent modestes en surface, comportent plusieurs équipements ajoutés au fil du temps. Chaque ajout, pourtant nécessaire à la salubrité et au confort minimal, se transforme en alourdissement fiscal. L’incitation rationnelle est alors perverse. Le propriétaire a investi pour rendre son logement habitable. Il est sanctionné comme s’il avait agrandi la surface.

Une vieille tradition française: taxer l’invisible

Cette créativité fiscale rappelle des épisodes bien connus de l’histoire de France. Pendant plus d’un siècle, de 1798 à 1926, l’impôt sur les portes et fenêtres a poussé des générations de Français à murer leurs ouvertures pour payer moins. Les façades anciennes portent encore les cicatrices de ces fermetures volontaires. La logique était la même: taxer les signes visibles d’un confort jugé suspect.

Nous nous trouvons aujourd’hui face à une version moderne de cet ancien impôt. On ne taxe plus les fenêtres, mais l’eau courante, l’électricité, la présence d’un simple lavabo. Autrement dit, l’administration reproduit l’erreur du passé. Elle confond la nécessité avec le luxe, la salubrité avec le privilège, et l’équipement minimal avec un avantage taxable. Dans un pays où l’on encourage les rénovations énergétiques, l’hygiène et le confort, participer à cette modernisation domestique devient paradoxalement un motif d’alourdissement fiscal.

Une tendance plus profonde: la culture de l’expropriation

Cette affaire ne relève pas seulement de la technique fiscale. Elle révèle une évolution culturelle bien plus large. Dans une note récente de l’Institut pour la Propriété Privée, j’analyse ce que j’appelle la culture d’expropriation. Il s’agit d’un ensemble de pratiques administratives et fiscales qui transforment la propriété en concession précaire, susceptible d’être redéfinie, requalifiée ou surtaxée à tout moment.

Cette culture se manifeste dans le logement de mille manières. Le propriétaire n’est plus pleinement chez lui. Chaque décision, chaque amélioration, chaque mise en location est conditionnée à de multiples déclarations, vérifications, autorisations et prélèvements. La réglementation énergétique, les normes de décence, les obligations de rénovation, les restrictions locatives, les dispositifs anti-vacance, les limites imposées aux meublés touristiques, tout cela traduit une défiance structurelle envers la propriété privée et une volonté persistante de la contrôler.

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Dans ce contexte, la taxe foncière joue un rôle central. Elle est devenue la variable d’ajustement d’un système public dont les dépenses atteignent plus de 55% du PIB. Depuis la disparition de la taxe d’habitation sur les résidences principales, la taxe foncière est devenue la principale ressource locale. Les communes n’hésitent plus à augmenter leurs taux. En 2024, près d’un territoire sur sept l’a fait. Dans un système déjà saturé de prélèvements obligatoires, l’édifice fiscal se renforce en frappant toujours les mêmes: les propriétaires.

Une incohérence totale dans un pays en crise du logement

Cette tendance apparaît d’autant plus incohérente que la France traverse une crise du logement d’une intensité inédite. Le nombre de logements neufs s’effondre, les permis de construire chutent de manière historique, la rénovation énergétique devient inabordable pour une majorité de ménages, et l’offre locative privée diminue. Dans un tel contexte, alourdir la fiscalité foncière revient à aggraver tous les problèmes existants. Le propriétaire qui souhaitait rénover reporte ou annule. Celui qui envisageait d’investir renonce. Celui qui pensait louer hésite. Celui qui détient déjà un bien voit sa rentabilité s’affaisser et finit par quitter le marché.

Cela revient à dire que l’État, en prétendant moderniser le cadastre ou renforcer l’équité fiscale, affaiblit les incitations économiques fondamentales sans lesquelles aucune politique du logement n’est viable. On ne peut pas vouloir plus de logements décents, plus de rénovations, plus d’investissements privés, tout en multipliant les charges qui pénalisent précisément ceux qui rendent ces objectifs possibles.

Conclusion: un sursis, pas une victoire

La suspension annoncée n’est donc pas une correction mais un ajournement. Rien ne garantit que le gouvernement renoncera à cette méthode des mètres carrés fictifs. Rien ne garantit non plus qu’une version remaniée, potentiellement plus complexe, ne reviendra pas dès le printemps. La pause ne signifie pas le recul. Elle signifie une prudence politique, le temps de redéfinir la présentation d’un dispositif que l’on souhaite toujours appliquer.

Dans une démocratie mature, l’impôt doit reposer sur des bases réelles et compréhensibles. Il ne peut se fonder sur des inventions bureaucratiques. La propriété ne peut être traitée comme une ressource inépuisable que l’on presse sans discernement. Si l’on souhaite réconcilier les Français avec l’impôt, il faut d’abord cesser de taxer ce qui n’existe pas. Les mètres carrés fantômes n’appartiennent à personne. Les impôts qui les frappent, eux, sont bien réels.

Érosion de la théocratie canadienne au Québec…

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Le coup d'éclat de Pauline Hanson au Sénat, Camberra, Australie, 24 novembre 2025 © MICK TSIKAS/AP/SIPA

 «La laïcité fait partie de notre identité collective. Nous ne ferons aucun compromis sur nos valeurs, dont l’égalité entre les hommes et les femmes » a déclaré le Ministre québecois de l’Immigration Jean-François Roberge avant de déposer son projet de « Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec ». Pendant ce temps, en Australie, la sénatrice Pauline Hanson ne parvient pas encore à imposer l’interdiction de la burqa.


Une image vaut mille mots.
Confucius.

Ralliez-vous à mon panache blanc.
Henri IV.


« Le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit. » Cette proclamation figure en tête de la Charte des droits et… libertés! Quelle ironie. Au Canada, les athées savent donc qu’ils sont en liberté surveillée.

Cela dit, malgré ce carcan, en matière de laïcité, le Québec, une province vraiment pas comme les autres, continue de rattraper son retard. Il n’en est pas encore au niveau de la loi française du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État et de la loi de 1924 instaurant la laïcité et limitant la religion à la sphère strictement privée dans la Turquie de Kémal Atatürk. Cependant, lentement, mais sûrement, il progresse.

Glapissements d’indignation

Des mesures de simple bon sens, quoique encore trop timides, touchant la fonction publique et l’éducation, furent adoptées en 2019. Vient d’être déposée à l’Assemblée nationale du Québec une nouvelle loi destinée à renforcer la laïcité : interdiction des prières dans la rue (qui bénéficient pourtant de la bénédiction inconditionnelle de l’autorité catholique : entre vendeurs de mythes, on se tient les coudes de manière œcuménique), suppression de salles de prière et interdiction du port du voile intégral dans les lycées et universités, obligation des enseignants d’avoir le visage découvert, interdiction des signes religieux dans les communications et publicités institutionnelles (on se démarque ainsi du gouvernement fédéral, soumis à son entriste clientèle religieuse, qui en raffole), interdiction des menus scolaires exclusivement halal… Mesures avant-gardistes au XXIème siècle.

Là encore, inutile de dire que les Tartuffes poussent des glapissements d’indignation et on va même jusqu’à crier au totalitarisme; ils manient aussi habilement les techniques linguistiques orwelliennes: l’exclusion, c’est l’inclusion; la fermeture devient l’ouverture; l’inégalité homme-femme, c’est l’égalité. On brandit le lacrymal épouvantail de l’exode des persécutées, notamment chez les enseignantes, complaisamment véhiculé par la télévision d’État, Radio-Canada, qui, comme par hasard, vient d’obtenir une fort belle enveloppe dans le cadre du récent budget déposé par le gouvernement Carney.

(Note historique : les religieux de toutes tendances, qui ont été des bourreaux pendant des siècles, ont souvent l’effronterie de jouer les crucifiés dès qu’ils perdent un gramme de pouvoir dans la société civile. Rappelons que, en France, on s’insurgea contre « l’école sans Dieu » instaurée par Jules Ferry en 1882; même si l’Église catholique s’était ralliée à contrecœur à la République en 1892, le pape Pie X rejeta violemment la loi de 1905).

La semaine de travail hebdomadaire légale est de 37,5 heures, mais, comme en 2019, on feint d’ignorer que les croyants disposent, quand même, de 130,5 heures (moins le temps consacré au sommeil évidemment) pour déambuler avec tous les signes religieux imaginables (hommage aux Hare Krishna) et fréquenter les innombrables lieux de culte de leur choix.

(Sauf erreur, n’est répertorié nul cas de fonctionnaire croyant(e) en tenue de ville frappé(e) par les foudres divines pendant son quart de travail; semble donc discutable l’efficacité des talismans, textiles ou autres).

Le hijab, toujours volontaire, cela va de soi

Là encore, les controverses portent surtout sur la signification du hijjab. Pour la femme (de plus de neuf  ans d’âge) qui est affublée (toujours volontairement, cela va de soi) de ce tissu, il n’aurait qu’une banale connotation « identitaire » (apparemment plus légitime que les revendications « identitaires » des civilisations occidentales, mais passons).

Au Québec, les trudeauesques multiculturalistes scandent sournoisement ce mantra : « N’est-ce pas ce qu’il y a dans la tête et non sur la tête qui compte ? ».

(Incidemment, la formule est piquante au regard d’un récent scandale scolaire à Montréal : des enseignants (si l’on peut dire), et parfois… délégués syndicaux… mus par d’étranges pulsions cérébrales, se sont permis d’escamoter certaines matières scientifiques, d’instaurer un climat de terreur passé de mode dans la pédagogie occidentale moderne et de faire de leurs écoles un mini-califat. [cf. « l’affaire Bedford[1] »]. Que l’on se rassure, à ce stade, ils sont bien protégés par leur syndicat et leur convention collective. Mais revenons aux dessus de tête).

Tant au Québec qu’en France, ainsi que le rappellent inlassablement des combattantes québécoises et françaises issues de milieux islamiques et ayant recouvré leur liberté, un accoutrement n’est pas toujours « neutre », ainsi que feignent de le croire les affidés du lobby religieux. Il peut constituer l’équivalent d’un étendard, d’un drapeau, donc le vecteur d’un message, par conséquent un instrument de prosélytisme, sans même être assorti d’un discours audible. La sympathique et douce professeure de mathématiques qui explique à ses élèves les cabalistiques mystères des équations du second degré et les postulats d’Euclide, affublée du hijjab, proclame simultanément, haut et fort, qu’« il n’y a qu’un seul Dieu et Mahomet est son Prophète » et affirme comme vérité historique la chevauchée du prophète sur son bourak à destination de la place du temple de Jérusalem, d’où il a fait son ascension vers le paradis; jadis, il en allait d’ailleurs de même des bonnes sœurs, dont les cornettes et la croix informaient leurs élèves de cette vérité historique incontestable, à savoir que le fils du charpentier a guéri des lépreux, a multiplié les pains et les poissons, a marché sur les eaux, etc., et surtout, est mort pour l’humanité, puis est ressuscité.

Bref, des vêtements peuvent synthétiser de riches doctrines.

D’ailleurs, nul fonctionnaire ne peut afficher des signes politiques, même s’il lui attribue une signification identitaire. Pour mémoire, est sanctionné par la loi pénale le port d’un uniforme policier ou militaire par un civil, tout muet fût-il.

(Note : pour mieux comprendre les modes de communication non-verbale, on consultera avec profit les traités de sémiotique, discipline scientifique qui étudie des processus de signes et de la fabrication du sens).

Qu’elles le sachent ou non, qu’elles le veuillent ou non, les têtes voilées sont les petites mains d’un projet politique : les aspirations conquérantes de l’oumma.

Pour un éclairage sur cette délicate question, allons aux antipodes, au pays de « Crocodile Dundee ».

Australie : Pauline Hanson fait scandale

Il y a quelques jours, la sénatrice Pauline Hanson a adopté une intéressante initiative pédagogique dans la haute assemblée. Comme il lui a été refusé de présenter une proposition de loi portant interdiction du port de la burqa en public dans le pays, en guise de protestation, elle est pacifiquement revenue siéger revêtue d’une burqa noire. Il ne s’agit pas ici de porter un quelconque jugement général sur le programme de son parti « One Nation » en matière d’immigration, mais simplement de tirer l’enseignement de ce seul incident.

Ō surprise, ce geste fut accueilli par d’intenses et aigus cris d’orfraie. Un geste odieusement islamophobe, raciste; il y aurait eu de sa part un manque de respect envers la foi musulmane; on parle même de doigt d’honneur. Qui vaut à Mme Hanson, réduite au silence, une censure et une suspension de sept jours. Pourtant, elle n’a violé aucune règle : il est constant que nul code vestimentaire ne s’impose aux législateurs et la vociférante sénatrice Fatima Payman, bien emmitouflée dans son hijab, qui s’exprime avec l’accent de Paul Hogan (même si elle est née en… Afghanistan), le sait pourtant mieux que personne. Au contraire, Mme Hanson renouvelait son invitation à l’assemblée à voter en faveur de sa proposition.

En 2017, elle avait fait la même démarche, qui lui valut la réprimande suivante du sénateur George Brandis, reprise à son compte il y a quelques jours par la sénatrice Penny Wong :

I am not going to pretend to ignore the stunt that you have tried to pull today by arriving in the chamber dressed in a burqa when we all know that you are not an adherent of the Islamic faith; I will caution and counsel you with respect to be very very careful of the offense you may do to the religious sensibilities of other Australians. (En v.o.)

Je ne feindrai pas d’ignorer le coup de pub que vous avez tenté en arrivant à la chambre revêtue d’une burqa alors que nous savons tous que vous n’adhérez pas à la foi islamique; je vous mets respectueusement en garde et vous conseille d’être très très prudente car vous risquez de blesser la sensibilité religieuse d’autres Australiens. (En v.f.)

Un exposé on ne peut plus correct de la situation.

Cela dit, il faut en assumer la conclusion logique : la burqa devient alors un habit liturgique sacré, dont le port est interdit aux kafirs (comme les uniformes militaires dont sont exclus les civils), sous peine de sacrilège.

Il faut donc féliciter M. Brandis et Mme Wong d’avoir ainsi fait la preuve éclatante qu’un vêtement peut bel et bien avoir une signification contextuelle. QED.

Et, sous le soleil austral, la lumière fut. Espérons qu’il éclairera aussi l’autre hémisphère.


[1] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2111640/ecole-bedford-intimidation-clan-enseignants

La parole libérée, victorieuse de la gauche cloueuse de bec?

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Le président Macron Emmanuel Macron s’adresse aux lecteurs de La Voix du Nord à Arras le 19 novembre 2025 dans le cadre de la réunion "La démocratie à l'épeuve des réseaux sociaux et des algorhithmes" © Sebastien Courdji-POOL/SIPA

Ivan Rioufol remis en liberté. Dans sa chronique, notre collaborateur s’inquiète du fameux label préconisé par Emmanuel Macron afin de distinguer le vrai du faux dans les gazettes et sur internet…


« Qu’ils se taisent ! » : la pensée mondaine s’horripile du réveil des Français silencieux. L’élite ne voit que des ploucs dans ce peuple qui relève la tête. Les salonnards s’indignent, par exemple, du succès des banquets populaires du Canon français, où bourgeois et prolos franchouillards chantent, dansent et boivent autour de cochons à la broche. Le Monde (8 novembre) y a vu « un repli identitaire » et la marque du « milliardaire réactionnaire Pierre-Édouard Stérin » supposé être derrière ces fêtes « idéologiques et politiques ». Une même indignation a répondu à la nouvelle politique de l’enseignement catholique consistant – quel toupet ! – à vouloir affirmer son caractère religieux. Guillaume Prévost, le patron, est décidé à « redonner clairement le droit à une enseignante de faire une prière le matin avec ses élèves, parce que c’est le cœur du projet éducatif ». Les évêques semblent décidés, cette fois, à tenir bon dans leur soutien à celui qui veut « parler du Christ » dans les écoles cathos.

Dans le même temps, des apparatchiks du journalisme se joignent à Emmanuel Macron dans leur commune obsession d’un contrôle du récit médiatique. Le 6 novembre, dans un café parisien, Laurent Joffrin a invité à débattre, dans l’entre-soi de la corporation, sur les « menaces sur l’info » que ferait peser la nouvelle presse d’opposition. Le Figaro y a rendu compte des propos de l’éditorialiste modèle, Thomas Legrand, suggérant d’interdire CNews et d’arrêter Vincent Bolloré. Le 12 novembre, le chef de l’État, participant à son tour à un débat organisé par La Dépêche du Midi sur « la démocratie à l’épreuve des réseaux sociaux », est reparti à l’assaut du numérique et de ses libertés, en envisageant de quitter X afin de « sonner le tocsin ». Le 19, avec La Voix du Nord, Macron a remis ça à Arras, en parlant du « far west » de l’internet. Les accusations en « complotisme » et en « extrémisme » unissent les censeurs.

A lire aussi, Didier Desrimais: France Inter: ce que le militantisme fait à l’humour…

Cependant, ces menaces sont vaines. Les nostalgiques de la gauche impériale prennent des airs de fantômes. France Inter, havre de la pensée conforme, a perdu 460 000 auditeurs (source Médiamétrie de novembre) sans avoir rien vu venir. Plus les médias alternatifs sont hués par le pouvoir et ses toutous, plus ces indésirables s’imposent comme l’authentique quatrième pouvoir. L’internet, où tout se dit, déverrouille la démocratie. Les Oubliés n’ont pas fini de faire hurler les oligarques. Lors du dixième anniversaire des attentats islamistes du 13-Novembre, il a été loisible de lire davantage de messages qui invitaient, comme celui-ci vu place de la République, à « écraser l’infâme hydre islamiste ». Naguère, il était convenable de reprendre: « Vous n’aurez pas ma haine. » Désormais, des vérités veulent être dites. La glasnost, la parole libérée, a fait tomber l’URSS…

La gauche cloueuse de bec a perdu. Son rejet de la parole dissidente l’entraîne vers les régimes obtus. Parce qu’il a refusé de se plier aux interdits des dogmes et des tyrannies, Boualem Sansal a été emprisonné par l’Algérie et abandonné à son sort, un an durant, par une grande partie de l’intelligentsia française. La libération, le 12 novembre, de l’écrivain franco-algérien, est celle d’un homme qui ne cessera de répéter que l’islam importé, qu’il ne différencie pas de l’islamisme, est une menace pour la nation: propos « d’extrême droite », récitera encore la pensée pavlovienne. Mais qui la prend encore au sérieux ?


Cette chronique est à retrouver dans le numéro de décembre du magazine Causeur, en vente mercredi 3.