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Centenaire de la Mosquée de Paris

À l’heure où la question de l’« Islam de France » est sur toutes les lèvres, une cérémonie franco-algérienne est programmée ce mardi 19 Octobre. Elle a pour objet la célébration du centenaire de la pose de la première pierre de la Grande Mosquée de Paris. Emmanuel Macron y participe. Pourtant, la construction de cet édifice était surtout un projet marocain.


Cet événement est le fruit d’une initiative de son recteur, le franco-algérien Chems-eddine Hafiz. Une situation qui fait grincer légitimement des dents puisque les acteurs originels de la création de ce lieu emblématique – dont le Maroc – ont été laissés de côté, trahissant la vérité historique des lieux. De quoi faire craindre une nouvelle récupération politique à l’heure où Paris tente coûte que coûte d’établir une relation forte avec Alger sur fond de réduction du nombre de débits de gaz. 

Une mosquée d’origine marocaine

Dans les faits, c’est à la Société des Habous et des Lieux Saints, fondée au palais royal de Rabat en 1917, sous l’égide du Sultan Moulay Youssef, que revient la propriété de la Mosquée de Paris. Ce même sultan ordonna le lancement des travaux en 1922, par l’intermédiaire de son représentant… un certain Hubert Lyautey. La mosquée fut inaugurée quatre ans plus tard, en juillet 1926. Il s’agissait de rendre hommage aux 100 000 combattants de confession musulmane morts pour la France, notamment lors de la Première Guerre mondiale.

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Le jour du lancement des travaux, Lyautey envoya en personne une lettre au Sultan Moulay Youssef qui rappelle aujourd’hui l’origine des lieux : « Lorsque j’ai prononcé le nom de Votre Majesté Chérifienne, il a été hautement acclamé par l’assistance. Le premier coup de pioche a été donné par le grand vizir El Mokri (Premier vizir, Chambellan) et ensuite par les membres des diverses nationalités musulmanes ».

Une expropriation morale 

D’origine algérienne et premier recteur de la Mosquée, Kaddour Benghabrit fut pourtant un sujet du royaume chérifien après sa naturalisation. Ses études à l’Université Al Qaraouiyine de Fès et les diverses fonctions qu’il occupa firent de lui un proche du Sultan Moulay Youssef, raison expliquant sa nomination. De conception marocaine, la Mosquée de Paris l’est indubitablement. Les lieux ont été aménagés par des artisans marocains spécialement dépêchés de Fès, comme le montrent les mosaïques de type zellij qu’on y trouve.

Depuis lors, les tentatives de manipulations touchant aux statuts de la Société des Habous ont été légion. Elles ont toujours eu pour objectif de réécrire l’histoire de ce lieu de culte, notamment pour en occulter ses racines marocaines. Des manœuvres initiées dès 1954 par François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur. Le socialiste jugeait que la Mosquée de Paris était avec le temps devenue un « haut lieu du nationalisme marocain » et le siège d’un mouvement en faveur du roi Mohamed V en exil. C’est ainsi qu’il fut décidé d’en modifier la gestion et de privilégier une optique se voulant « laïque et républicaine ». 

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La nomination par Guy Mollet du franco-algérien Hamza Boubakeur – lui-même adhérent du SFIO – au poste de recteur en 1957, pour un mandat qui dura jusqu’en 1982, fit prendre un tournant à la Mosquée de Paris. Les prétentions du jeune Etat algérien se sont multipliées, de même que diverses vexations qui ont eu des conséquences diplomatiques importantes. Parmi elles, la modification des statuts juridiques de la société des Habous fut la première étape d’une opération de réécriture de l’histoire et d’une appropriation des lieux par l’Algérie.

En 1962, le ministre plénipotentiaire Claude Lebel écrivit dans une note adressée à l’Etat français que : « La réapparition à Alger d’un prétendu bureau de la Société des Habous et des Lieux Saints, recréé de toutes pièces pour les besoins de la cause « dans le cadre de la procédure d’urgence », – il convient d’ailleurs de noter la faible représentativité des membres non-algériens de ce bureau ». C’est en 1982 que ce plan s’est dévoilé au grand jour au terme d’un accord passé entre Hamza Boubakeur et le gouvernement algérien.

Après un intermède durant lequel deux recteurs proches du FLN furent en poste, le propre fils d’Hamza Boubakeur fut proposé. Médiatique, Dalil Boubakeur affronta les évènements de la « décennie noire » algérienne qui finit par provoquer la première grande série d’attentats islamistes en France en 1995. C’est ce même Dalil Boubakeur qui a pourtant été à l’origine de la reconnaissance de la domination algérienne sur cette Mosquée. Fin 2015, Alger engageait une procédure visant à placer la Mosquée de Paris sous la tutelle exclusive du ministère algérien des affaires religieuses et des Wakfs.

La France prise en otage 

La Mosquée de Paris n’est pas la mosquée d’Alger. Son histoire particulière en fait la Mosquée des musulmans qui ont combattu pour la France, et si nombre d’entre eux étaient Algériens tous ne l’étaient pas. De fait, son histoire l’attache aussi intimement que fermement au Maroc. Alors que des dissensions diplomatiques se font jour entre le Maroc et la France, il aurait été bon qu’Emmanuel Macron ne se laisse pas embarquer dans une cérémonie algérienne fruit d’une expropriation mémorielle coupable.

Femme, vie, liberté !

La révolte courageuse des femmes iraniennes sert aussi à rappeler combien des intellectuels et des gouvernements occidentaux sont complices du mouvement islamiste, et non seulement en Iran.


Toutes les informations qui nous parviennent d’Iran nous disent que cette nouvelle révolte est totalement inédite. Elle se distingue de toutes les précédentes parce que ce sont les femmes qui en ont pris l’initiative et, plus encore, parce que ce qui est ciblé n’est pas seulement le pouvoir, mais le symbole même sur lequel se fonde sa légitimité : l’islam, que ce régime dit incarner depuis 1979.

Une révolte sans précédent

Tout avait commencé avec Mahsa Amini une jeune femme kurde de 22 ans battue par la « police des mœurs » à Téhéran le 13 septembre, puis arrêtée pour « port de vêtements inappropriés » et non-respect du strict code vestimentaire pour les femmes en République islamique d’Iran. Après trois jours dans le coma, elle mourrait… d’une tumeur, précise l’expertise médicale.

Et la réponse fusa dans presque toutes les provinces d’Iran, de Téhéran à l’Alborz, du Kurdistan au Baloutchistan, du Mazandéran au Golestan, dans la capitale comme dans des dizaines de villes petites et grandes, de Saqqez à Karaj, de Racht à Yazd, de Qods à d’Isfahan, de Hashtgerd à Ghazvin, de Marivan à Boukan, de Ghaleh Assan à Zahedan et à Mamassani, etc… y compris dans des villes « saintes » comme Machhad, d’où est originaire l’actuel président Ebrahim Raïssi.

Bravant la loi de 1983 obligeant les femmes à porter le voile, étudiantes, lycéennes, écolières, et citoyennes, sur l’ensemble du territoire, sortent dans la rue, crient des slogans – surtout « Femme, vie, liberté ! » – enlèvent démonstrativement foulard et tchador, voire les brûlent, et affrontent à mains nues les forces de la répression qui ont reçu l’ordre de tirer à balles réelles et qui sans état d’âme s’exécutent.

Ces héroïnes s’appellent Hadis Najafi, 22 ans, Sarina Esmailzadeh, 16 ans, Nika Shakarami, 17 ans, et bien d’autres dont les noms nous parviendront, parmi déjà plus d’une centaine de femmes et d’hommes assassinés par balles ou matraqués à mort…

Une telle révolte ne s’est jamais vue dans un pays d’islam.

En Algérie, dans les années 90, les femmes furent aussi à la tête de la résistance anti-islamiste. Pour avoir refusé pareillement de porter le hijab, la lycéenne de 17 ans, Katia Bengana, fut assassinée par les islamistes en 1993 tout à fait au début de la guerre civile, et elle devint un symbole de la lutte des femmes algériennes. Mais quand les islamistes furent vaincus militairement, paradoxalement le hijab se généralisa à la quasi-totalité des femmes, et ce jusqu’à aujourd’hui, preuve du deal passé entre eux et l’armée, preuve aussi que la bête régnait et règne toujours dans la profondeur de la société.

Et même si pour l’instant ce tsunami féminin iranien n’a pas de plate-forme ni d’encadrement politiques, son existence même – qui aujourd’hui, demain ou après-demain pourrait se généraliser à d’autres pays d’islam – ne postule-t-il pas, à terme, la fin de l’instrumentalisation de l’islam par les pouvoirs politiques, et une révolution à venir séparant l’Etat de la religion d’Etat, qui mettrait fin en même temps au mouvement politico-armé islamique dans l’ensemble du monde arabe et à l’autoritarisme d’Etat ?

Car, il ne fait aucun doute que ceux qui propagèrent la peste périront par cette peste qui pour eux se nomme Femme, vie, liberté !

L’incohérence occidentale

On pouvait donc bien s’imaginer que cette nouvelle donne, d’une ampleur et d’une signification universelles, n’allait pas affoler que les islamistes de par le monde.

Mais tous ceux qui dans cet « Occident » se réclament des valeurs de la démocratie et de la liberté, et n’ont jamais voulu comprendre que le système islamique fondé sur la charia est le pire de tous les totalitarismes, car il ne prétend pas seulement imposer son idéologie, mais d’abord régir la vie la plus intime de chaque homme et plus encore de chaque femme, la pendaison publique pour les récalcitrants.

Aussi ces gens-là, politiques, journalistes et intellectuels (tels Michel Foucault), ne combattirent-ils ni le régime sanguinaire de Khomeini et de ses émules, ni les islamistes tout aussi sanguinaires du FIS-GIA en Algérie.

A commencer par les USA qui n’ont jamais exigé le retrait de la condamnation à mort de Salman Rushdie en 1989, obligé de se cacher depuis près de trois décennies, alors que la récente tentative d’assassinat a prouvé que la sentence des mollahs n’avait jamais été annulée.

Ces USA du clan Biden-Obama qui, contrairement à Trump, font tout ce qu’ils peuvent pour renouer avec un Iran nucléaire, et alors même que ce dernier n’a jamais caché sa volonté de faire disparaitre Israël.

Ces USA-là qui ont commencé à soutenir les djihadistes d’Afghanistan (contre l’URSS), puis, dans les années 90 les islamistes algériens, allant jusqu’à offrir l’asile au chef du GIA, Anouar Haddam, qui de Rome avait revendiqué l’assassinat en 1993 de deux grands intellectuels, l’écrivain Tahar Djaout et le psychiatre Mahfoud Boucebci, en tête d’une impressionnante liste de plusieurs centaines d’intellectuels, d’artistes et de scientifiques qui allaient être assassinés dans les mois qui suivirent.

Et enfin en 2011, Obama qui, soutenant ouvertement les Frères musulmans, voulut faire en Egypte le même type de « révolution orange » que la CIA réussira à Kiev par un double coup d’Etat en 2004 puis en 2014[1].

Mais contrairement à ce que voudrait nous faire croire Valérie Toranian dans le dernier numéro de La Revue des deux mondes qu’elle dirige, le soutien européen à l’islamisme ne vient pas que des « islamo-gauchistes », mais bien de sa représentation la plus élevée, l’Union européenne elle-même !

Il faut absolument écouter le courageux historien Pierre Vermeren : « L’Europe fait preuve de bêtise face au lobbying des Frères musulmans. »[2]

Comment fermer les yeux face à sa stratégie immigrationniste qui fait désormais de l’Europe des Lumières une grande terre islamique et islamiste[3] où se conjuguent assassinats, terreur, antiféminisme, antichristianisme et antisémitisme, recul de la laïcité, refus de s’intégrer et tentative de subvertir les cultures indigènes des pays d’accueil…

Que je sache, le président français du Conseil européen, E. Macron, n’a jamais protesté contre le fait que l’Union européenne fasse du hijab l’un de ses marqueurs politiques. Ni son prédécesseur ni son successeur. Ne parlons même pas de l’Allemande, Von der Leyen si prolixe sur le front ukrainien comme si elle était la présidente de l’Europe, et si muette devant la répression en Iran. Bien au contraire, il y a peu, afin de promouvoir le Prix européen de l’enseignement innovant, la Commission européenne a récemment illustré l’une de ses affiches avec un enfant portant le hijab !

Et alors que les femmes iraniennes veulent se débarrasser du voile, le Conseil de l’Europe vient de publier un document « sur la prévention et la lutte contre le racisme et la discrimination envers les musulmans » qui vise surtout à favoriser le développement de l’islam, du voile islamique et du burkini en Europe, sans tenir compte du fait que ce sont les Frères musulmans qui aujourd’hui, dans tous les pays d’Europe, poussent dans ce sens et tirent les ficelles des mouvements associatifs cache-sexe, et ce alors que dans les pays arabes, à l’exception du Qatar, ils y sont interdits.

La secte la plus dangereuse du monde

Justement vient à point le livre de l’Egyptienne, Cynthia Farahat, L’appareil secret: l’industrie de mort des Frères musulmans[4]. Avant de conclure que les Frères musulmans, fondés le 22 mars 1928, sont « l’incubateur mondial du terrorisme islamique moderne » et « la secte militante la plus dangereuse au monde », elle nous apprend notamment que, malgré le conflit sunnites/chiites, l’ayatollah Khomeini rendit visite au chef des Frères, Hassan al-Banna, au Caire en 1938, alors que ce dernier faisait allégeance à Hitler et au nazisme.

On y apprend aussi qu’au milieu des années 1960, Ali Khamenei traduisit (de prison) deux livres phares des Frères musulmans, écrits par leur théoricien Sayyid Qutb, qui plus tard, sous son règne, seront inclus dans le programme des écoles du Corps des gardiens de la révolution islamique. Retour de l’ascenseur, les dirigeants des Frères musulmans incluront Khomeiny parmi leurs plus importants penseurs aux côtés de Hassan al-Banna, de Sayyid Qutb et du pakistanais Abul A’la Maududi.

Mais revenons à cette autre terre de compromission, l’Europe.

La révolte des femmes iraniennes, que rejoignent de plus en plus d’hommes, frappe également de plein fouet le narratif de tous les médias mainstream.

Hier les Jacques de Barrin au Monde, Josée Garçon à Libération, René Backman au Nouvel Observateur, soutenaient les islamistes algériens, Catherine Gentile à TF1 allant même jusqu’à interviewer les chefs islamistes, à Alger, un foulard sur la tête !

Et aujourd’hui, après avoir soutenu du bout des lèvres ces femmes, mais un tantinet gênés aux entournures, ils font comme si l’enjeu pour ces femmes n’étaient pas ce foulard et ce tchador qu’elles brûlent comme un défi à l’ordre islamique, sachant que cela peut leur valoir la mort.

Ou alors on essaie de noyer le poisson : les femmes iraniennes se battraient contre… l’inflation, la pauvreté, voire la discrimination ethnique !

Ou alors, plus directement on préfère s’en prendre… aux « conservateurs islamophobes », c’est-à-dire à tous ceux qui n’entendent pas se soumettre à la dhimmitude d’une Europe qui deviendrait terre de charia et de djihad…

Ainsi Libération se lance dans une exégèse du slogan principal « Femme, vie, liberté » mais ne dit rien… du foulard !

Remportant la Palme de la stupidité, Slate : « Si ces gestes ont été largement interprétés en Occident comme une critique de la religion musulmane, il s’agit avant tout d’une protestation d’ordre politique, dirigée contre le régime (…)  En France, le hijab des femmes iraniennes est ainsi devenu tantôt un alibi pour brandir le spectre de la menace islamiste qui pèserait sur les sociétés occidentales, antienne désormais indémodable du débat politique français, tantôt un prétexte pour minorer voire nier la réalité des violences patriarcales qui ont lieu dans l’Hexagone ».[5] !!!

Même antienne avec les pétitionnaires emmenés par Alain Badiou et Etienne Balibar. En 2011 durant le printemps arabe cairote, le premier voyait sur la Place Tahrir du « du communisme en mouvement », alors qu’une journaliste française s’y faisait violer. Et aujourd’hui l’inénarrable tandem (anti-israélien), toujours aussi sentencieux, nous met en garde : « Tous les slogans qui sont lancés visent les fondements même du système, et si l’on imagine que la demande du peuple est de « retirer le hijab obligatoire », on se trompe »[6].

Face à tous ces hypocrites bien-pensants, ex-maoïstes et polpotistes, qui en Europe et ailleurs croient pouvoir s’en tirer à bon compte par des gestes « symboliques », alors qu’en Iran les jeunes femmes d’Iran meurent pour leur dignité et celle de toutes les femmes, écoutons le cri de la journaliste iranienne, Masih Alinejad[7] :

« Nous, les femmes d’Iran, n’avons pas besoin que les Occidentaux se coupent les cheveux. Nous voulons que les politiciens occidentaux coupent leurs liens avec la République islamique ! »

Que l’on me permette de finir avec les visages si beaux des jeunes filles martyres et de l’admirable Gandom, cette jeune iranienne qui a repris Bella Ciao en persan, chanson devenue par sa très belle voix si juste et si pleine d’émotion, un des hymnes de la résistance en cours du peuple iranien auquel je souhaite que les forces politiques de l’opposition s’unifient vite pour mettre fin à l’une des pires dictatures dans ce beau pays riche d’une très vieille civilisation dont témoignent les œuvres de ses artistes et de ses cinéastes.


[1] Viktor Ianoukovytch, président démocratiquement élu en 2004 et 2013 en Ukraine, est chassé en 2014… c’est ce que BHL appelle « l’aventure démocratique de Maidan ».

[2] https://fb.watch/g1L6QzRZ4P/

[3] En arabe ou en persan, il n’y a qu’un seul mot alors que les Européens préfèrent distinguer le méchant « islamiste » du bon « islamique »…

[4] En anglais : The Secret Apparatus: The Muslim Brotherhood’s Industry of Death (New York: Bombardier Books, 2022),

[5] https://www.slate.fr/story/234367/revolte-femmes-contestation-iran-hijab-voile-mahsa-amini-recuperation-ethnocentrisme-orientalisme

[6] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/soutenez-le-peuple-iranien-soutenez-la-femme-la-vie-la-liberte-20221008_WGI5RMKRRRGITHC5KH3V4WCVUA/

[7] https://twitter.com/NicolasPichot6/status/1578734591010930688?s=20&t=2rY3X8WvLvjOz5Mb149H0A

Verts et pas mûrs

L’ancien ministre de l’Environnement condamne la longue dérive des écologistes français. Obnubilés par l’idéologie d’extrême gauche et leurs visées électoralistes, ils ne prônent aucune mesure de bon sens pour protéger la planète. Leur combat : forger un homme nouveau.


En 1984 s’est constitué un parti qui devait conquérir le pouvoir parce que sa cause était bonne. Les fondateurs voulaient mettre de l’ordre dans le bouillonnement écologiste des années 1970. Quarante ans plus tard, le parti se demande pourquoi il n’est pas encore au pouvoir tant la cause est bonne. L’a-t-il bien servie, cette cause, ou s’en est-il servi pour mener sa politique ? S’encarter au parti vert ne suffit pas pour devenir écologiste, encore faut-il être utile. Et compétent, parce que l’écologie, c’est tout de même complexe.

Mes premiers souvenirs de ce parti sont les volées de bois vert que j’en recevais quand je pensais avoir obtenu quelques succès comme ministre de l’Environnement. Apparemment, rien de bon ne peut venir d’un gouvernement qui s’essaie à progresser dans la même cause que le parti vert. Ce dernier ne félicite jamais, n’encourage jamais, condamne en permanence. La surenchère est son refrain, non la méthode. Comment fait-on ? Par où commencer ? Ça ne l’intéresse pas.

Par exemple, l’industrie automobile européenne investit des milliards pour passer à l’électrique. Ça craque dans les jointures. Il faut changer toutes les gammes, tirer sur les prix, éviter de dépendre des batteries asiatiques et du logiciel américain, vérifier la disponibilité des nouveaux matériaux, installer des milliers de bornes de recharge, gérer la relation au réseau… « Inaction climatique ! » rétorquent les Verts. De toute manière ils n’aiment pas l’électricité à cause du nucléaire. Leur programme naguère prônait l’interdiction du chauffage électrique ! Mais qui l’a lu ?

Quel soulagement ce fut pour les militants verts quand Sarkozy lâcha lors d’une visite au salon de l’Agriculture : « L’écologie, ça commence à bien faire », alors que le Grenelle de l’environnement et le ministère Borloo avaient représenté des sommets inégalés dans les politiques de l’écologie en France. Ouf !, tout rentrait dans l’ordre, cette petite phrase suffisait à faire oublier tout le reste et à rappeler qu’aucun gouvernement ne s’intéressait à l’écologie. Surtout s’il venait de la droite, le croquemitaine habituel.

Les Vertes contre l’écologie

Bâtir un parti pour défendre une cause aux élections, c’est transformer les rivaux en adversaires de la cause puisqu’on leur dispute des électeurs. Bâtir l’union eût été plus efficace. Le parti vert préfère s’incruster à gauche de la gauche, bien qu’il ait prétendu le vieux clivage dépassé. Sa cause semble réservée à une moitié de Français, les autres étant laissés à patauger dans leurs déchets. Pour se faire élire, les Verts français, à la différence de leurs homologues allemands, ne montent que dans l’autobus de gauche, voire celui d’extrême gauche.

Avec celui-là, où Mélenchon a pris le volant en leur volant la vedette, ils gagnent un groupe parlementaire qui les amène à voter des subventions à l’essence, et même au fioul, sacrilège climatique indigne d’écologistes. Les stratèges de l’environnement ont toujours recommandé d’affecter l’argent de la solidarité aux personnes qui en avaient besoin, mais surtout pas de l’employer à faciliter la consommation des énergies fossiles. Devenue ministre, Dominique Voynet avait en son temps détourné les recettes de taxes affectées à la protection de l’environnement pour financer les 35 heures. Il était clairement plus important d’être à gauche que d’être écologiste.

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En 2014, le parti vert se vit proposer la direction d’un grand ministère de l’Écologie. Il refusa sous prétexte que le Premier ministre n’était pas assez à gauche. Manuel Valls était attentif à la menace islamiste inconnue des Verts. À leurs yeux, Valls était plus dangereux que les islamistes eux-mêmes, qu’ils amadouaient avec des places sur leurs listes électorales, le V de « voilées » s’ajoutant aux initiales des minorités sexuelles dans l’espoir, peut-être, que l’islamisme finirait par protéger celles-ci.

Au sein du parti, le cadre rompu aux manœuvres d’appareil ne ressemble pas à l’ami des papillons. Des batailles picrocholines opposent les coteries à coups de motions et de futures places d’élus. C’est un art qui fait l’agrément de leurs congrès et leur permet de se débarrasser régulièrement de leurs dirigeants, épuisés ou excédés. Les Verts coupeurs de tête changent de chefs comme de chemise. Ceux qui ont quitté le parti vert sont si nombreux qu’ils pourraient être à l’origine d’un nouveau parti écologiste, sans doute meilleur que le premier.

Le parti vert ne fait pas campagne, sinon électorale. A-t-on jamais vu une grande mobilisation verte contre la pollution chimique ou l’accumulation des plastiques ? Pour la protection des oiseaux ou des dauphins ? Pour les chauffe-eaux solaires ou les bornes de recharge dans les copropriétés ? Non, c’est le labeur des associations, le parti vert se réservant la représentation dans le confort des parlements. Inutile de se démener, il est l’écologie. Il se contentera de mettre en scène une querelle dont il fera un conflit majeur censé résumer les enjeux de sa cause, même si la question est incertaine comme celle du glyphosate.

L’avantage du parti vert était que les autres partis en savaient encore moins que lui sur l’écologie. Le borgne vert a longtemps régné au pays des aveugles, donnant le la de l’écologie politique pour les politiques et les journalistes, persuadés qu’il disait le vrai et le bien. La montée des préoccupations écologiques a obligé tous les partis à s’approprier l’écologie. L’expertise se diffuse, la question du comment supplante celle du pourquoi, l’écologisme s’ouvre au pluralisme. Entre-temps, le parti vert a fait beaucoup de dégâts en décrétant que l’énergie nucléaire était l’ennemie jurée de l’écologie. Il a miné systématiquement la réputation d’une industrie où la France excellait, nécessaire à la prospérité autant qu’au climat.

Jean-Marc Jancovici et Brice Lalonde réunis pour la présentation du « Manisfeste pour décarboner l’Europe », publié par le think tank The Shift Project, Paris, 21 mars 2017./Credit:ROMUALD MEIGNEUX/SIPA/1703211935

Un seul ennemi : le nucléaire

À la vérité, le parti vert n’a pas lutté contre le changement climatique au cours de son histoire, il n’en avait pas saisi l’enjeu. Il a surtout combattu le nucléaire et il persiste. Sait-il encore pourquoi ? « Parce que c’est dangereux », la belle affaire ! Le charbon a tué cent fois plus, l’industrie chimique a connu d’effroyables accidents, la circulation automobile fait de très nombreuses victimes, les accidents domestiques encore plus – et je ne parle pas des moustiques ! – mais non, il fallait un ennemi simple à identifier. L’enfer de la religion verte, c’est le nucléaire. Or le nucléaire est un allié contre le changement climatique. Faudra-t-il un concile pour faire évoluer la doctrine ? Ou simplement attendre ? On voit déjà apparaître des manifestants pronucléaires.

Le parti vert a longtemps été climato-négligent, voire climato-sceptique ; certains de ses membres laissaient même entendre que la protection du climat était un prétexte pour promouvoir le nucléaire. On sait que le parti vert souhaite que les éoliennes et les panneaux photovoltaïques remplacent les centrales nucléaires. Selon les calculs des experts, ce serait possible à condition de consommer deux fois moins d’électricité et cela n’aurait aucune incidence sur le changement climatique, puisque les coupables sont les combustibles fossiles. En somme, les verts voudraient substituer une électricité décarbonée à une électricité qui est déjà décarbonée mais qui, en outre, fonctionne même en l’absence de vent et de soleil.

Ah mais, dans ce cas, le parti vert avait une solution, c’était le gaz naturel baptisé meilleur ami des renouvelables. Combien de colloques ont vanté l’alliance des deux et que de fois a-t-on entendu que la France était en retard sur l’Allemagne qui envoie pourtant dans l’atmosphère deux fois plus de CO2 par habitant. La guerre en Ukraine a révélé la géopolitique du gaz naturel et la difficulté de le transporter. Mais il faudrait surtout en sortir car, en brûlant, le gaz émet du CO2. Certes moins que le charbon, mais ce que l’on sait moins, c’est qu’il contribue vingt fois plus au dérèglement climatique lorsqu’il fuit sans brûler. Et les fuites sont nombreuses tout au long de la chaîne. Conclusion : en préférant le gaz fossile à l’électricité décarbonée, comme en Allemagne, le parti vert aggrave le dérèglement climatique.

A lire aussi: Le vent contre tout

Aujourd’hui le parti vert considère que l’humanité a atteint les limites de la planète. Il faut produire moins, consommer moins et partager, c’était à peu près la teneur de la charte unissant les candidats de la dernière primaire écologiste. Un message de résignation. Il n’y a pas d’appel à combattre le changement climatique, il faut s’y soumettre. Le parti vert ne croit pas que le génie humain, la coopération, les innovations, les entreprises puissent être d’une quelconque utilité. Au reste, il hérite de son ADN d’extrême gauche une aversion aux entreprises, accusées de détruire la nature et exploiter les hommes pour rafler du profit. Ce qui intéresse le parti vert, ce n’est pas d’orienter l’économie, c’est de changer l’homme.

Pour les verts, la planète, comme naguère le travail qu’on devait partager pour réduire le chômage, est une grandeur finie, un entrepôt dont le stock immuable fixe une borne aux activités humaines. Tout ce qui semble dépasser doit être banni selon la manière décrite par Ségolène Royal comme punitive. Les piscines interdites, les jets privés interdits. Bill Gates se déplace en jet privé parce qu’il est riche. Et parce qu’il est riche, il emplit le réservoir avec un carburant sans carbone fossile qui coûte plus cher que le kérosène. Tout compte fait, obliger les jets privés à financer la production des carburants de synthèse profiterait davantage au climat que les interdire. Mais il faut les obliger !

Les Verts, et d’autres avec eux, ont semé la confusion entre l’énergie et les combustibles fossiles. Ce n’est pas l’énergie qui détraque le climat, ni la chaleur des mauvais rendements, c’est l’accumulation de CO2 et de méthane qui provient de l’usage du charbon, du pétrole et du gaz naturel. La solution est donc de substituer des énergies non carbonées aux combustibles fossiles, et non de se priver d’énergie, ni de s’asphyxier en se privant d’aérer son logement. La chaleur et l’électricité d’origine renouvelable ou nucléaire, l’hydrogène d’origine électrique, les hydrocarbures de synthèse fourniront l’énergie nécessaire à la prospérité.

Un homme « nouveau »

L’histoire apprend que les humains sont prompts à trouver de nouvelles ressources lorsque l’une vient à manquer. Jusqu’à présent, les avancées des sciences et des techniques ont réfuté les prophéties de malheur. Les cavaliers de l’Apocalypse, guerres, famines, épidémies, ont ralenti leur course. Mais l’inquiétude gagne, Malthus est devenu collapsologue. Oui, l’horizon est menaçant. Il faudrait stopper la guerre, relancer le multilatéralisme, appeler en renfort toutes les ressources de l’intelligence collective et du savoir-faire des peuples. Car l’affaire est mondiale et l’action en Afrique n’est pas moins importante qu’en France.

La diplomatie climatique n’inspire guère les Verts. Ils ne croient pas au progrès technique, ils dénoncent dans la science l’illusion scientiste. Pour eux, la solution est dans les comportements. Il faut façonner un homme nouveau. Celui-ci sera frugal. Les légumes, la bicyclette, les chandails, l’extinction des feux, c’est pour son bien ! Peut-être sera-t-il aussi féministe, métissé, militant ? Le parti vert n’est pas loin du ministère du Vice et de la Vertu, distribuant remontrances et félicitations. Espérons qu’on n’aille pas jusqu’à la dénonciation et la contrainte.

Je suis écologiste, je ne suis pas vert ni antinucléaire, ni anti-OGM, je ne brandis pas la bannière de la décroissance ni celle de la croissance. Des choses doivent croître, d’autres décroître. J’espère qu’apparaîtra un écologisme de gouvernement positif et efficace. Il y a des moments où je n’ose plus me dire écologiste tant j’ai peur qu’on me confonde avec les Verts. D’autres où tout de même je reconnais chez eux des militants de bonne volonté, des personnalités attachantes, voire des succès ça et là. Mais Grands Dieux ! qu’attendent-ils pour être un peu plus sérieux et travailleurs ?

Excusez-moi de vous déranger

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Quelle grève ?

La CGT fait durer le mouvement en dépit des offres salariales : dans ce grand bazar, ce sont les Français qui souffrent à cause d’un « droit de grève » devenu intouchable.


Vote sur la poursuite de la grève chez Total : qui est pour, les mains se lèvent. Evidemment, c’est une mascarade et tout le monde le sait, qui oserait ne pas lever la main ? La démocratie semble être le cadet des soucis de la CGT. Ce qui compte, c’est de mener le combat, et donc tous les moyens sont justifiés quand la cause est noble.

Nous sommes dans un pays où les décideurs, et singulièrement l’Etat, ont pour stratégie de ne jamais prendre de position ferme, de décision claire, et de laisser les choses aller en se disant que cela finira bien par s’arranger. C’est un peu la fameuse devise de François Hollande : « Ça tiendra bien jusqu’en 2017 ». Une attitude dangereuse que certains savent mettre à profit.

Plus le désordre et le chaos progressent et plus la CGT comme la NUPES se frottent les mains. Car au fond il saute aux yeux que ces problèmes de salaire ne sont, comme souvent, que le prétexte à une action délibérément politique. La CGT, comme tous les syndicats de la gauche radicale, situe toujours son action dans le cadre de la lutte des classes. Raison pour laquelle sa priorité en ce moment n’est pas la sortie de crise, et ce qui explique aussi son refus des offres salariales acceptées par les autres syndicats.

L’important est de faire durer le mouvement et de l’étendre le plus possible.

En principe, une grève constitue un moyen de pression sur l’employeur pour l’amener à négocier avec ses salariés. Ce moyen de pression consiste, en arrêtant le travail, à créer pour l’employeur un arrêt total ou partiel de ses activités, et donc des pertes financières. La grève n’a de sens et d’utilité que si elle gêne l’employeur, si elle le fait suffisamment souffrir pour l’amener à satisfaire tout ou partie des revendications.

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Est-ce qu’en ce moment Total souffre beaucoup ? Certainement pas, pour une entreprise d’une telle dimension, ce genre de problème s’absorbe facilement. Par contre, des millions de Français souffrent réellement des pénuries de carburant. Et ce n’est pas un vain mot, car certains souffriront au sens propre, faute de soins, faute de moyen de se déplacer, faute de pouvoir vivre tout simplement ce qu’ils ont à vivre. Il en est même sans doute qui mourront pour telle ou telle raison qui ne serait pas survenue sans cette crise des carburants.

Ce genre de grève qui fait souffrir le peuple et non le patron, ce qui est complètement absurde, ne peut se comprendre que si l’on considère que faire subir la crise par les Français est l’objectif. Encore une fois un objectif politique qui vise à créer ce chaos social, qui est un des modus operandi préférés des syndicats et des partis qui raisonnent en termes de lutte des classes. Mettons le bazar, il finira bien un jour par en sortir quelque chose. Et même si cette méthode d’action à base de crise sociale ne porte pas de fruits utiles, elle représente la raison d’être, le fond de commerce, de ces syndicats et des ces partis.

Déjà des salariés des centrales nucléaires sont en grève. Comme le pays est appelé à vivre un hiver difficile, faute d’énergie suffisante, l’occasion est trop belle. La grève va permettre de retarder la remise en route de réacteurs dont nous avons cruellement besoin. Et qui souffrira de cette situation ? Les dirigeants d’EDF ? Les dirigeants des syndicats ? Les ministres, le président ? Non, comme toujours les plus petits souffriront le plus, c’est inévitable. Tout ça pour créer une « convergence des luttes » en vue d’un changement de politique…

Et tout le monde semble trouver cela normal. Parce que l’on se paie de mots sur le sacro-saint droit de grève. Mais en l’occurrence, le droit de grève est détourné de son sens réel, exactement comme le droit d’asile l’est par des gens qui veulent profiter de notre paradis social, comme la liberté individuelle l’est par ceux qui font du prosélytisme vestimentaire à l’école.

Cocktail de rentrée

Éric Neuhoff nous invite à son raout d’automne ; un verre à la main, l’imper de la nostalgie sur l’épaule, nous partons à la rencontre de figures disparues.


Dans la chronique comme ailleurs, il y a les parvenus et les aristocrates, les ânonneurs d’actualités et les possédés du rétroviseur, les courriéristes fatigués et les distillateurs de nostalgie. Ceux que l’on continue de lire, chaque semaine, dans le Figaro depuis tant d’années et d’autres confrères qui ont tellement de mal à écrire deux feuillets sans les plomber de prétention et d’instructions ineptes.

Pudique jusqu’à l’ascèse, secret par nature, Neuhoff tacle, amuse, ravive, lustre le passé, embellit les gloires d’antan sans corrompre son lecteur. Il ne nous embarque jamais dans des considérations pseudo-politiques ou de pesantes leçons de morale, il choisit la bifurcation, la départementale, la pirouette, la facétie aux « je sais-tout » dont Gabin se moquait en chanson. Neuhoff sait se tenir en société et devant une feuille blanche. Il lui arrive même de porter la cravate, ce qui pour un journaliste vaut mort sociale. Il est inactuel donc indispensable.

Distance rieuse

Sa distance rieuse est un gage de sincérité dans un monde qui bannit la charcuterie dans les cantines de France et les auteurs réfractaires à l’Université. Son passéisme s’érige comme le dernier Aventin d’une humanité triomphante. La modernité gluante et tapageuse le laisse de marbre, elle ne passera pas par lui ! Il s’en détache avec le sourire parfois tendre, souvent féroce du faux-blasé. Il s’écarte des meutes ahuries, inféodées à la nouveauté, pour se réfugier dans le cercle de ses figures disparues. Devant la dernière vedette en vogue, il n’est pas béat d’admiration. Il a gardé son échelle des valeurs, il ne confond pas une animatrice télé cooptée avec Romy, un écrivain asthmatique avec Blondin, une voiture électrique avec une Alfa Romeo Duetto Coda Longa.

Ce garçon a des principes. C’est pourquoi, nous sommes tous des « Neuhoffiens » de cœur et de raison. Nous avons suivi l’école de ce Monsieur Jadis qui s’habille en Monsieur Cinéma à la radio, tous les dimanches. Ce sale gosse des lettres ne vieillit pas, son écriture est toujours aussi aérienne et nimbée pourtant d’une profonde tristesse. Il a inventé ce style à double face comme s’il semblait inconsolable d’une jeunesse en fuite. Sa légèreté est un masque. Nous partageons avec lui ce sentiment de dépossession permanent. Tout est foutu, alors célébrons nos aînés et rions de nos contemporains. Ses chroniques, galets bien équilibrés, rebondissent sur l’eau et produisent une sorte de ricochet dans notre esprit. Notre mémoire bégaye et nous le remercions pour ce moment.

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Son staccato oscille entre l’ironie douce et la mélancolie acide, entre le pugilat jouissif et une forme d’abandon provincial. Il fut et demeure notre professeur qui écrit court et tape fort sur tous les orgueilleux, tous les encombrants des écrans. Avec lui, nous partons sans hésitation à Deauville, à Cahors ou à Cadaqués. Nous avons les mêmes dégoûts. Éric n’aime pas les idoles de notre époque, les acteurs poseurs et les auteurs à thèses. Il a décidé de nous convier, cet automne, à son Cocktail de saison qui vient de paraître aux éditions du Rocher. Ils sont tous là. Ils n’auraient pas raté ce raout des déclassés. Il y a « Tilli » le bourbonnais-corrézien, Morand le vénitien, Zidi, Sautet, Truffaut, Jean d’O, le Cerveau et même Françoise au volant de sa Jaguar XK, entre la Rhumerie Martiniquaise et Castel.

Le nom de Pierre-Guillaume

Que c’est bon d’être au chaud, dans ce salon lambrissé, en si belle compagnie. « The Party » est réussie. On parle enfin des choses essentielles, des trains de nuit qui arrivent à l’heure, des brasseries à nappes blanches, ça sent les rognons de veau et Habit Rouge de Guerlain. Les filles possèdent l’érotisme chaste cher à Arletty, elles portent des chemisiers en soie sauvage, un peu trop déboutonnés, les gens de la nuit ne s’en offusquent pas. Les hommes se sont débarrassés de leur loden vert au vestiaire, leurs souliers vernis brillent au vent mauvais. Les petits-fours circulent sur des plateaux d’agent. Les bons mots fusent. C’est vachard donc salutaire. Entre amis, les langues se délient, on regrette les tee-shirts « Giscard à la barre », la disparition des nanars, on s’agenouille devant Max Pécas, on évoque A.D.G et Jean-René Huguenin, on va jusqu’à emprunter la Nationale 20. On prononce le nom de Pierre-Guillaume. Et la nuit semble moins sombre.

Réchauffement psychiatrique ?

Peut-on dresser un portrait-robot du climato-sceptique? Des chercheurs australiens ont essayé de le faire.


Aujourd’hui il existe un consensus scientifique sur la réalité du changement climatique ainsi que sur ses causes. Si on conteste ce que la majorité des climatologues présentent comme une vérité indéniable, est-ce parce qu’on a des raisons de douter de cette unanimité ou parce qu’on a un certain type de personnalité ? Une étude conduite par une psychologue et un géographe australiens, Rachael Sharman et Patrick D. Nunn, vient de dresser le portrait-robot du climatosceptique[1]. Après avoir interrogé 390 de leurs compatriotes, recrutés sur les réseaux sociaux en raison de leurs convictions climatosceptiques publiquement affichées, ils ont d’abord relevé les arguments invoqués par leurs interlocuteurs : le climat a toujours varié ; la climatologie n’est pas une science exacte ; les prédictions alarmistes faites par le passé ne se sont jamais réalisées ; et les déclarations des partisans du changement climatique sont motivées par la poursuite de leurs propres intérêts. Ensuite, ils ont dressé le profil type du climatosceptique : il s’agit d’un homme, plutôt âgé, conservateur, très individualiste, très peu ouvert aux valeurs environnementales (quelle surprise !), croyant que nous avons peu de contrôle sur notre destin et – curieusement – doué de grandes capacités d’analyse. Cette psychologisation de la question a suscité l’ire d’Andrew Bolt, l’animateur vedette de la chaîne conservatrice, Sky Australia, et climatosceptique notoire. Il s’est désolé que, désormais, toute remise en cause de la doxa écologique soit assimilée à un « désordre mental ». Son ironie colérique n’est pas tout à fait déplacée. Sur le plateau de « L’heure des Pros » en 2019, la militante écologiste Claire Nouvian était invitée simplement à reconnaître que tout le monde n’acceptait pas la réalité du changement climatique. Sa seule réponse a été de traiter son interlocutrice, Élisabeth Lévy, de « dingue ».

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[1]. Rachael Sharman, Patrick D. Nunn, « Inside the Mind of a Skeptic », The Conversation, 13 septembre 2022.

La France a besoin de ses entreprises

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Honnies par l’extrême-gauche, trop souvent représentées dans les médias de manière caricaturale et négative, nos entreprises françaises sont essentielles pour la production des richesses. Il y a 20 ans, ETHIC, l’organisation patronale présidée par notre chroniqueuse, Sophie de Menthon, lançait la Fête de l’entreprise pour changer cette image. Un entretien croisé avec le parrain de la 20e édition, David Lisnard, maire de Cannes.


Sophie de Menthon : Jeudi 20 octobre, nous fêterons le 20ème anniversaire de la « Fête des Entreprises » en célébrant l’évènement « J’aime ma Boîte ». Le thème, cette année, est « La richesse d’une entreprise, ce sont ses salariés ». Je suis vraiment enchantée, David Lisnard, que vous en soyez le parrain. Ce n’est pas anodin car à travers ce parrainage ce sont tous les maires de France qui sont mobilisés pour fêter les entreprises de leur ville. Je sais que nous partageons les mêmes convictions en termes de management (qu’il s’agisse de l’État ou des entreprises), de valeurs, de détermination à faire… et peut-être – manquons de modestie ! – de courage. Pourquoi avez-vous tout de suite accroché au concept de « J’aime ma boîte » ? Je sais qu’à Cannes vous l’avez déjà largement célébré les années précédentes…

David Lisnard : Quand vous avez lancé « J’aime ma boîte » en 2003, j’y ai immédiatement adhéré pour plusieurs raisons. D’abord, c’est un moment de mise à l’honneur et de célébration de l’esprit d’entreprise, c’est-à-dire de la capacité de passer des idées aux actes, ce qui suppose créativité, innovation et prise de risques, ainsi que la capacité de programmer et de gérer des projets en vue de la réalisation d’objectifs. L’esprit d’initiative et d’entreprise est une qualité que je tiens en estime, car elle permet d’avancer et de s’inscrire dans une démarche dynamique. Vous parliez de courage, je pense qu’entreprendre, c’est courageux. Les entrepreneurs sont ceux qui prennent des risques, qui investissent en prenant un pari, celui d’innover, de créer – un concept, une structure, des emplois – et peut-être de réussir.

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Cette Fête des Entreprises rappelle et célèbre le rôle des entrepreneurs dans la société et il s’agit, à travers cet événement, de réaffirmer que la France est une terre d’entrepreneurs. Pour mémoire, la France compte 4 millions d’entreprises (données INSEE 2019 pour le Tableau de bord de l’économique française 2021), soit 6 entreprises pour 100 habitants en moyenne. L’entreprise, c’est ainsi une unité de production, mais aussi et surtout une unité humaine, une unité de vie, avec un ou des patrons, des salariés, des règles de vie en collectivité, un budget et des objectifs. C’est presque comme une famille finalement. Il n’est plus besoin de rappeler la relation intrinsèque entre bonheur au travail et productivité. Les études démontrent que des employés plus heureux sont plus performants. Ce temps de partage pendant « J’aime ma boîte » permet de rappeler aux employés à quel point ils sont importants et à quel point leur entreprise, qu’ils aiment, a besoin d’eux, autour de valeurs communes. D’où le slogan de cette année : « Que ferait-elle sans moi ? ».

Sophie de Menthon : J’ai la certitude que si nous vivons un nouveau rapport au travail, voire au non-travail, si les salariés qui le peuvent veulent travailler de chez eux, si on se met à son compte pour gérer son temps, etc., nous restons complètement attachés à la structure de l’entreprise. On a bien vu que, si le télétravail en enthousiasme certains, il a aussi provoqué de vrais dégâts psychologiques pendant le confinement.

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David Lisnard : La crise covid a en effet été un accélérateur de changement et a mis en exergue une certaine modification du rapport au travail, une hybridation du travail avec le développement du télétravail (9 millions de salariés le pratiquent aujourd’hui), du flex office, c’est-à-dire le fait de ne pas avoir de poste de travail attitré, mais aussi de nombreux départs de personnes qui ont voulu se mettre à leur compte. Toutefois, cette tendance n’a pas été le raz-de-marée que d’aucuns prédisaient. Et à titre personnel, je m’en réjouis car je crois en la pertinence de se retrouver physiquement sur le site entrepreneurial. Dans la plupart des structures, le télétravail a été mis en place partiellement, 1 ou 2 jours par semaine, et de nombreux salariés, je l’ai constaté en Mairie, ont ressenti un besoin de revenir physiquement au travail, de revoir leurs collègues et supérieurs, de participer à un collectif.

Sophie de Menthon : La remise en question des modes de travail est également un défi pour les encadrants, qui ont dû revoir leurs méthodes d’encadrement et de management, pour mettre en place des process adaptés et puis là, nous parlons de 25% des salariés, et que faisons-nous des 75% qui ne peuvent pas ne pas être à leur poste ?

David Lisnard : Oui, l’entreprise reste une aventure physiquement collective où patrons et salariés doivent collaborer, être ensemble : créer ensemble, rire ensemble… Je pense que la tendance ressentie le plus lourdement est la difficulté à fidéliser les employés. De nombreux salariés ont quitté leur entreprise pour créer leur autoentreprise, afin d’échapper à la structure entrepreneuriale classique ou réaliser leur rêve d’entreprendre.

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Sophie de Menthon : Ai-je tort de penser que finalement chaque mairie est un peu une entreprise ? Il me semble qu’un maire a finalement toutes les obligations et les contraintes d’un chef d’entreprise, même si l’intérêt général est bien différent de l’objet social d’une entreprise. N’avez-vous pas envie d’insuffler un esprit d’entreprise encore plus marqué à tous les maires de France ? Il faut de l’agilité, supprimer les technostructures inutiles, laisser liberté et responsabilité au maximum « d’encadrants ».

David Lisnard : Oui, la seule façon d’être efficace, et je crois heureux, est d’être responsable, donc libre de décider. Un maire est un praticien du quotidien. Dans un sens, et pour ma part je le revendique, les maires gèrent leur mairie comme une entreprise : ils gèrent un budget, une trésorerie, du personnel en vue de produire de la valeur (service ou bien public), et contrairement à l’Etat mais comme pour une entreprise, le budget des collectivités doit être voté en équilibre réel, et il n’est pas possible d’emprunter pour leur fonctionnement.

Sophie de Menthon : Comme des entrepreneurs, les maires doivent faire face au quotidien à de nombreuses contraintes administratives, parfois contradictoires, et à une obligation de réactivité et d’efficacité vis-à-vis de leurs « clients » que sont les usagers.

David Lisnard : La différence, c’est qu’une collectivité territoriale ne distribue pas du dividende, comme une entreprise économique, mais de l’intérêt général. Par ailleurs, comme vous le soulignez, pour les collectivités comme pour les entreprises, il faut aujourd’hui débureaucratiser notre société et simplifier les rouages administratifs pour libérer les initiatives et laisser les collectivités produire du service public et les entreprises produire des richesses. Pour rappel, la France est classée au 121ème rang sur 144 pays en termes de fardeau administratif par le Forum Economique Mondial (Rapport 2014-2015). Pour reprendre une citation de René Hans, fondateur de IDEE-PME, les contraintes en France sont telles qu’elles transforment le rêve d’entreprendre en cauchemar ! Il faut réintroduire de la liberté d’entreprendre et d’agir, et de la subsidiarité, qui permettent de responsabiliser les décideurs de décider au plus près des besoins !

Sophie de Menthon : Selon Jean Bodin, « Il n’est de richesse que d’homme ». Tel est la devise du mouvement ETHIC (Entreprises de Taille Humaine Indépendantes et de Croissance).

Laurent Jacobelli: Emmanuel Macron a perdu sa majorité absolue mais ne paraît toujours pas l’avoir compris.

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Le vice-président du groupe RN à l’Assemblée nationale critique les propositions gouvernementales pour soutenir le pouvoir d’achat des Français. Et pour lui, si le gouvernement d’Emmanuel Macron refuse toujours de faire face aux problèmes de l’immigration incontrôlée et de l’insécurité qui sont des préoccupations majeures pour une majorité de nos concitoyens, c’est parce qu’il n’a pas encore accepté que, à l’Assemblée nationale, il est minoritaire. Entretien…


CAUSEUR : Mardi dernier, M. Loubet traitait Bruno Le Maire de « lâche ». Peut-on juger ces propos choquants ?

LAURENT JACOBELLI : Non, en aucun cas. Le mot « lâche » n’est certes pas agréable à entendre, mais il s’agit ni plus ni moins d’un adjectif qualificatif et non d’une insulte. Monsieur Le Maire, qui est un habitué des débats à l’Assemblée, doit accepter que les échanges soient parfois musclés. Par ailleurs, c’est un droit pour les oppositions et même un devoir de critiquer la politique gouvernementale avec les mots justes, lorsqu’elle l’estime mauvaise, contraire à l’intérêt national. En l’occurrence, c’est bien ce que nous avons estimé à propos de la vente prochaine de l’entreprise Exxelia qui était française jusqu’à ce qu’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, ne la vende d’abord à une entreprise britannique, ensuite au groupe américain, Heico Corporation.

On a observé ces derniers jours le rejet de sept articles du projet de loi de programmation du budget de 2023, aussi bien par la gauche que par le Rassemblement National et une partie des Républicains. Quel problème majeur y voyez-vous ? Quelles mesures souhaiteriez-vous voir figurer dans ce projet de loi ?

Il s’agit de distinguer entre l’ensemble du projet de loi, auquel nous nous opposons, et les amendements et articles précis sur lesquels nous serons prêts à voter s’ils correspondent à l’intérêt général des Français. En l’occurrence, nous estimons que la politique court-termiste, du chèque, du gouvernement ne répond absolument pas aux attentes des Français, qui souhaitent que leur pouvoir d’achat soit soutenu sur le long terme, en particulier dans des domaines qui touchent à leur vie quotidienne. En plus de ne soutenir que très partiellement le pouvoir d’achat, les mesurettes du gouvernement contribuent à creuser le déficit public abyssal de l’Etat (161 milliards d’euros), ce qui est profondément incohérent.

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Parmi les mesures que nous aimerions voir figurer dans ce projet de loi, il y a le passage de la TVA sur l’essence de 20% à 5,5%, au même niveau que les produits alimentaires, comme Marine le Pen l’avait proposé durant la campagne présidentielle. Ensuite, nous soutenons toujours le rétablissement de la demi-part fiscale pour les veufs et les veuves, injustement supprimée par François Hollande et qui constitue une véritable injustice. Nous souhaitons ardemment que ces deux mesures de bon sens soient prises en compte par le gouvernement, au lieu d’être rejetées d’emblée, du simple fait qu’elles proviennent de notre groupe.

Emmanuel Macron a-t-il vraiment compris qu’il était en minorité à l’Assemblée ?

L’attitude du gouvernement d’Emmanuel Macron et de la majorité est dans l’ensemble très incrédule. Ils ont perdu leur majorité absolue au mois de juin, mais ne paraissent toujours pas l’avoir compris, leurs pratiques sont les mêmes qu’en 2017. Chaque vote mettant en échec leurs amendements ou leurs articles de loi est pris comme un affront, une anomalie. Nous l’avons toujours dit, tout ce qui ira dans l’intérêt des Français, nous le voterons. C’est assez clair me semble-t-il. Mais tant que le gouvernement ne voudra pas comprendre qu’il gouverne désormais en minorité, et qu’il doit être prêt à faire des compromis, il continuera à essuyer des échecs, à l’image du rejet de sept articles sur les vingt-cinq du projet de loi de programmation du budget pour 2023. Et ce n’est pas en traitant les partis d’opposition d’irresponsables, comme l’avait fait Gabriel Attal au mois de juillet à notre encontre (et ce qui en l’espèce est insultant), qu’ils vont faciliter le débat.

La menace de l’usage de l’article 49, alinéa 3, a été brandie par le président pour inciter les députés à voter la réforme des retraites qui arrivera au printemps prochain. Que répondez-vous face à cet ultimatum ?

Cette stratégie n’est pas étonnante et ne nous fait aucunement peur. D’une part, il semble qu’elle est surtout dirigée vers Les Républicains, sur lesquels le gouvernement compte pour faire voter ses textes à une courte majorité, sans faire trop de concessions. D’autre part, la réforme des retraites n’est pas une urgence pour notre pays, comme l’a rappelé Marine le Pen à plusieurs reprises ces dernières semaines. Ce serait très malhonnête de part du président de brandir cet article de la constitution pour qu’un tel projet de loi soit voté. A quoi cela servirait-il si ce n’est à faire porter le chapeau du blocage institutionnel à l’opposition ?

Encore une fois, si Emmanuel Macron souhaite gouverner, il doit accepter de dialoguer avec toutes les oppositions et pas seulement les Républicains ou une partie de la NUPES, qu’il est bizarrement toujours mieux disposé à écouter que nous. Menacer les oppositions de faire passer un tel texte par la force, en cas d’absence de majorité, est indigne.

Quelles autres mesures souhaiteriez-vous précisément porter dans les prochains mois ?

Hormis les mesures relatives au pouvoir d’achat, il y a le référendum sur l’immigration proposé par Marine le Pen, la suppression du droit du sol, le retour des étrangers en situation irrégulière dans leur pays d’origine. Contrairement aux propositions de la NUPES d’ailleurs, ces mesures ne sont pas minoritaires dans notre pays. Aujourd’hui, sept français sur dix sont favorables à une politique de l’immigration plus ferme. Il s’agit d’une vraie préoccupation. Que le gouvernement en veuille ou non, nos propositions de loi sont prêtes et rédigées depuis la présidentielle et nous les soumettrons à la discussion en temps voulu.

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Quelle position prendrez-vous sur l’euthanasie ?

A l’image de tous les sujets sociétaux, nous pensons qu’il s’agit d’une question de conscience, sur laquelle chacun doit s’exprimer librement. Par conséquent, nous ne donnerons aucune consigne de vote à notre groupe lorsque le débat s’ouvrira sur le sujet. Chaque député votera selon ses propres convictions. Pour autant, un sujet aussi sérieux mériterait un véritable débat national et non un simple vote à l’Assemblée, qui pourrait paraître lointain pour les Français, qui sont tous concernés par la fin de vie. Un référendum, comme l’a déjà proposé Marine le Pen, serait probablement le mode de consultation le plus opportun, pour que toutes les tendances puissent donner leur avis.

Les précédentes élections en Suède et en Italie ont donné pour vainqueur des coalitions de droite, avec comme lignes d’action la lutte contre l’immigration et l’insécurité. Est-ce un signe que l’Europe se réveille face à la vague migratoire, à l’insécurité ?

Ce mouvement en Europe est bien sûr une excellente nouvelle pour nous, surtout que ce sont des tendances de droite assez diverses qui ont été élues. Sans trop nous vanter, je crois que nous pouvons attribuer ce mouvement de fond au Rassemblement national, qui aborde depuis de nombreuses années et sans ambiguïtés les questions d’insécurité, de contrôle indispensable de l’immigration et de préférence nationale. La ligne mondialiste et européiste d’Emmanuel Macron, du groupe Renaissance, ainsi que de Madame Von der Leyen, a largement exposé ses limites, c’est un échec total. Le sentiment national n’a pas disparu depuis le traité de Maastricht, il est toujours bien présent et les évènements de ces deux dernières années (la crise sanitaire, la guerre en Ukraine) l’ont montré.

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Comment abordez-vous les élections à venir, en particulier les sénatoriales et les européennes ? Craignez-vous qu’une participation accrue aux scrutins vous pénalisent ?

Les scrutins des prochains mois, en particulier les sénatoriales, qui se tiendront en septembre 2023, nous remplissent d’optimisme. Les élus locaux auront pu voir ces dernières années notre investissement et notre sérieux, aussi-bien en région qu’en circonscription. S’agissant des européennes, nous avons bon espoir que les Français verront que nous agissons véritablement dans leur intérêt au Parlement européen. D’ailleurs, ils l’ont déjà prouvé au précédent scrutin de 2019, en plaçant de nouveau le Rassemblement national en première position, avec 23,3% des voix. Nous espérons une grande participation aux prochaines élections, qui ne pourra que nous bénéficier. Aujourd’hui, le Rassemblement national est le parti préféré des Français et les solutions que nous proposons sont majoritaires dans le pays. Aux élections législatives, nous avons élu 89 députés et je ne doute pas qu’avec une participation plus ample, nous remporterons de plus grands succès encore dans les prochaines élections. Elles seront un excellent indicateur en vue des élections présidentielles de 2027, que nous comptons gagner, aux côtés de Marine le Pen.

« En France, on a le droit de se moquer de tous les dieux ».

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En 2020, Emmanuel Macron a annoncé la création d’un Musée-mémorial du terrorisme dont l’objectif est de « rendre hommage aux victimes du terrorisme à l’échelle de la France et du monde ». Mais il s’avère que les caricatures de Charlie Hebdo n’y sont pas les bienvenues. L’analyse d’Elisabeth Lévy sur Sud Radio…


On l’a appris le jour du deuxième anniversaire de l’assassinat de Samuel Paty : le Musée-mémorial du terrorisme (MMT) renonce à exposer des caricatures de Charlie Hebdo.

Dans la lettre adressée le 15 juin 2020 à l’historien Henry Rousso, directeur de cet établissement, qui ouvrira physiquement en 2027 à Suresnes, Emmanuel Macron définissait ainsi sa mission : « Opposer à la barbarie et à la force mortifère de l’oubli, la lumière vitale de la mémoire et de la connaissance ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça commence mal. Pour sa première exposition, sous forme exclusivement numérique, le musée a fait plancher 300 lycées et collégiens de région parisienne sur le thème « Faire face au terrorisme ». Les élèves ont donc produit textes, images et podcasts. Mais Henry Rousso a éliminé les œuvres qui comportaient des caricatures de Charlie Hebdo, utilisées par deux établissements, la « une » du 15 Janvier 2015 – « Tout est pardonné », de Luz – et un dessin de Cabu sur le thème « Peut-on rire de tout ? » – on l’aura compris, la réponse est non.

Rousso n’est pas suspect de complaisance avec l’islamisme. Il veut protéger les élèves et les profs. Et ne nous mentons pas, le danger est réel, alors que des professeurs sont de nouveau menacés. J’ai moi-même refusé un excellent article de Cyril Bennasar parce que je craignais d’éventuelles retombées pour la rédaction. Ce n’était pas glorieux, mais Causeur n’est pas une institution publique qui peut bénéficier des moyens de protection de l’État.

Oui, nous avons peur, mais la peur doit-elle être notre loi ? Pour ces dessins Charb, Cabu et les autres ont été assassinés. Les censurer, c’est céder à tous les barbares qui veulent détruire notre liberté. De plus, ces caricatures sont un outil précieux pour expliquer la liberté d’expression aux jeunes musulmans qui répètent que ceux qui se moquent du prophète de l’Islam méritent la mort. En somme, la reculade du MMT est le symbole éclatant de notre défaite intellectuelle, politique et morale.

Le symbole est d’autant plus cruel que cette reddition intervient deux ans exactement après la décapitation de Samuel Paty.

Cela revient à tuer une deuxième fois l’enseignant-martyre, assassiné pour avoir montré des caricatures à ses élèves.

Il est déjà significatif que cet anniversaire ait été très peu couvert par les médias, focalisés sur la crise sociale. Comme si l’homme ne se nourrissait que de pain.

Bien sûr, on a créé un prix Samuel Paty, des places Samuel Paty, qui sont dans la continuité des nounours et des bougies. Mais alors que l’actualité nous fournit quotidiennement des preuves de la progression de l’islamisme d’atmosphère, notamment dans la jeunesse, nous continuons à ne pas vouloir voir, à nous raconter que seule une toute petite minorité pose problème et à dire que ce n’est pas bien de se moquer des religions en général et de l’islam en particulier – les croyants d’autres religions n’aiment peut-être pas qu’on se paie leur tête, mais ils ne tuent pas et ne menacent pas pour autant. Eh bien si, en France on a le droit de se moquer de tous les dieux, et ceux à qui ça déplait n’ont qu’à aller vivre ailleurs !

Voilà ce qu’on devrait dire, de l’Elysée aux salles de classe. Au lieu de quoi on noie le poisson. L’an prochain, le thème du prix Samuel Paty sera : « Les infox, quels dangers pour la démocratie ? » Et pourquoi pas une dissertation contre la faim dans le monde?

Devant le cercueil de l’enseignant, Emmanuel Macron proclamait : « Nous continuerons, professeur. » Oui, nous continuerons à nous coucher, à fermer les yeux, à nous raconter de belles histoires, à négocier.

Malheureusement, nos confrères de Marianne, dont il faut saluer la dernière « une », ont raison : l’indifférence a gagné. Et la liberté a perdu.

Couverture du n° 1335 de Marianne (13-19 octobre 2022). DR.
Vidéo de Sud Radio postée sur YouTube le 17 octobre 2022.

>>> Retrouvez le regard libre d’Elisabeth Lévy du lundi au vendredi à 8h15 dans la matinale de Sud Radio <<<

Empêchons l’UE de financer des campagnes pour la promotion du voile islamique en Europe!

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L’euro-député LR, François-Xavier Bellamy, lance une pétition pour exiger que l’Union européenne cesse de subventionner des campagnes publicitaires ayant pour objectif de banaliser le port du voile. Pour Aurélien Marq, nous devons tous, malgré nos différences d’opinion sur d’autres questions, signer cette pétition.


Si vous trouvez normal que l’Union Européenne finance la propagande des Frères Musulmans, surtout, ne faites rien. Si vous êtes satisfait que les institutions de l’Union crachent sur les tombes de Mahsa Amini et de Nika Shakarami, surtout, ne faites rien. Si vous êtes prêt à dire en face aux Iraniennes et aux Afghanes que la liberté et la joie sont dans le hijab, si vous pensez que notre civilisation doit s’effacer devant l’islam, si vous estimez que l’obscurantisme est au-dessus des lois pourvu qu’il prétende parler au nom d’un dieu, si vous êtes convaincu qu’une femme qui montre ses cheveux est « une pièce de deux euros passant de main en main » et qu’un homme, ça n’est pas capable de s’empêcher, si pour vous le clientélisme électoral est plus important que la dignité humaine, alors surtout, ne faites rien.

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Mais si vous croyez que l’Europe peut encore être l’héritière d’Athènes et de Rome, que nous n’avons pas totalement renié Aspasie, Jeanne d’Arc et Marie Curie, que nos élus ont un devoir de décence, que les étudiantes qui chantent la liberté valent mieux que les mollahs qui les assassinent, que l’être humain est appelé à autre chose qu’à s’avilir devant des tyrans, fussent-ils de soi-disant dieux, alors il est temps de le faire savoir, et de saisir l’opportunité qui nous est donnée aujourd’hui. Peu importent nos appartenances politiques, peu importent les stratégies, les désaccords mineurs et les vieilles rancœurs, nous sommes à l’heure du choix, et le moins que nous puissions faire est de soutenir, avec les moyens dont nous disposons, ceux qui défendent encore l’espérance de l’humanité de l’Homme, et la possibilité pour l’Europe de garder la tête haute. Et qu’importe ce que nous pensons par ailleurs de leurs convictions politiques ou religieuses, de leur parti, de leurs autres engagements : au moment de lutter contre le totalitarisme, tout le reste devient secondaire. François-Xavier Bellamy a décidé de porter haut une exigence morale qui devrait tous nous obliger. D’autres auraient pu le faire, seulement voilà : d’autres ne l’ont pas fait. Il ne s’agit pas de s’enrôler sous sa bannière, ni d’ailleurs sous aucune autre, mais simplement de faire savoir qu’il n’est pas seul à estimer que cette exigence a un sens, et que nous attendons de nos élus qu’ils s’y conforment.

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Signer une pétition est peu de chose, cela peut même sembler dérisoire au regard des enjeux. C’est vrai, mais ce n’est pas une excuse pour hausser les épaules et rester passif ! Si vous pouvez faire plus, si vous pouvez faire mieux, parfait, faites plus, faites mieux ! Mais faites au moins ça, cet humble geste que nous pouvons tous faire et qui comptera si nous sommes nombreux à le faire, inscrire nos noms dans une liste que l’on espère la plus longue possible, et qui au fond ne dit qu’une seule chose : nous sommes ceux qui refusons l’indignité.

Pétition – Interdiction du financement de toute campagne de promotion du voile islamique

Centenaire de la Mosquée de Paris

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Grande Mosquée de Paris, le 13/04/2021 / PHOTO : ISA HARSIN/SIPA / 01014212_000061

À l’heure où la question de l’« Islam de France » est sur toutes les lèvres, une cérémonie franco-algérienne est programmée ce mardi 19 Octobre. Elle a pour objet la célébration du centenaire de la pose de la première pierre de la Grande Mosquée de Paris. Emmanuel Macron y participe. Pourtant, la construction de cet édifice était surtout un projet marocain.


Cet événement est le fruit d’une initiative de son recteur, le franco-algérien Chems-eddine Hafiz. Une situation qui fait grincer légitimement des dents puisque les acteurs originels de la création de ce lieu emblématique – dont le Maroc – ont été laissés de côté, trahissant la vérité historique des lieux. De quoi faire craindre une nouvelle récupération politique à l’heure où Paris tente coûte que coûte d’établir une relation forte avec Alger sur fond de réduction du nombre de débits de gaz. 

Une mosquée d’origine marocaine

Dans les faits, c’est à la Société des Habous et des Lieux Saints, fondée au palais royal de Rabat en 1917, sous l’égide du Sultan Moulay Youssef, que revient la propriété de la Mosquée de Paris. Ce même sultan ordonna le lancement des travaux en 1922, par l’intermédiaire de son représentant… un certain Hubert Lyautey. La mosquée fut inaugurée quatre ans plus tard, en juillet 1926. Il s’agissait de rendre hommage aux 100 000 combattants de confession musulmane morts pour la France, notamment lors de la Première Guerre mondiale.

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Le jour du lancement des travaux, Lyautey envoya en personne une lettre au Sultan Moulay Youssef qui rappelle aujourd’hui l’origine des lieux : « Lorsque j’ai prononcé le nom de Votre Majesté Chérifienne, il a été hautement acclamé par l’assistance. Le premier coup de pioche a été donné par le grand vizir El Mokri (Premier vizir, Chambellan) et ensuite par les membres des diverses nationalités musulmanes ».

Une expropriation morale 

D’origine algérienne et premier recteur de la Mosquée, Kaddour Benghabrit fut pourtant un sujet du royaume chérifien après sa naturalisation. Ses études à l’Université Al Qaraouiyine de Fès et les diverses fonctions qu’il occupa firent de lui un proche du Sultan Moulay Youssef, raison expliquant sa nomination. De conception marocaine, la Mosquée de Paris l’est indubitablement. Les lieux ont été aménagés par des artisans marocains spécialement dépêchés de Fès, comme le montrent les mosaïques de type zellij qu’on y trouve.

Depuis lors, les tentatives de manipulations touchant aux statuts de la Société des Habous ont été légion. Elles ont toujours eu pour objectif de réécrire l’histoire de ce lieu de culte, notamment pour en occulter ses racines marocaines. Des manœuvres initiées dès 1954 par François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur. Le socialiste jugeait que la Mosquée de Paris était avec le temps devenue un « haut lieu du nationalisme marocain » et le siège d’un mouvement en faveur du roi Mohamed V en exil. C’est ainsi qu’il fut décidé d’en modifier la gestion et de privilégier une optique se voulant « laïque et républicaine ». 

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La nomination par Guy Mollet du franco-algérien Hamza Boubakeur – lui-même adhérent du SFIO – au poste de recteur en 1957, pour un mandat qui dura jusqu’en 1982, fit prendre un tournant à la Mosquée de Paris. Les prétentions du jeune Etat algérien se sont multipliées, de même que diverses vexations qui ont eu des conséquences diplomatiques importantes. Parmi elles, la modification des statuts juridiques de la société des Habous fut la première étape d’une opération de réécriture de l’histoire et d’une appropriation des lieux par l’Algérie.

En 1962, le ministre plénipotentiaire Claude Lebel écrivit dans une note adressée à l’Etat français que : « La réapparition à Alger d’un prétendu bureau de la Société des Habous et des Lieux Saints, recréé de toutes pièces pour les besoins de la cause « dans le cadre de la procédure d’urgence », – il convient d’ailleurs de noter la faible représentativité des membres non-algériens de ce bureau ». C’est en 1982 que ce plan s’est dévoilé au grand jour au terme d’un accord passé entre Hamza Boubakeur et le gouvernement algérien.

Après un intermède durant lequel deux recteurs proches du FLN furent en poste, le propre fils d’Hamza Boubakeur fut proposé. Médiatique, Dalil Boubakeur affronta les évènements de la « décennie noire » algérienne qui finit par provoquer la première grande série d’attentats islamistes en France en 1995. C’est ce même Dalil Boubakeur qui a pourtant été à l’origine de la reconnaissance de la domination algérienne sur cette Mosquée. Fin 2015, Alger engageait une procédure visant à placer la Mosquée de Paris sous la tutelle exclusive du ministère algérien des affaires religieuses et des Wakfs.

La France prise en otage 

La Mosquée de Paris n’est pas la mosquée d’Alger. Son histoire particulière en fait la Mosquée des musulmans qui ont combattu pour la France, et si nombre d’entre eux étaient Algériens tous ne l’étaient pas. De fait, son histoire l’attache aussi intimement que fermement au Maroc. Alors que des dissensions diplomatiques se font jour entre le Maroc et la France, il aurait été bon qu’Emmanuel Macron ne se laisse pas embarquer dans une cérémonie algérienne fruit d’une expropriation mémorielle coupable.

Femme, vie, liberté !

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Manifestation à propos de la mort de Mahsa Amini devant le consultat iranien à Istanboul, le 17 octobre 2022 SOPA Images/SIPA 01091532_000023

La révolte courageuse des femmes iraniennes sert aussi à rappeler combien des intellectuels et des gouvernements occidentaux sont complices du mouvement islamiste, et non seulement en Iran.


Toutes les informations qui nous parviennent d’Iran nous disent que cette nouvelle révolte est totalement inédite. Elle se distingue de toutes les précédentes parce que ce sont les femmes qui en ont pris l’initiative et, plus encore, parce que ce qui est ciblé n’est pas seulement le pouvoir, mais le symbole même sur lequel se fonde sa légitimité : l’islam, que ce régime dit incarner depuis 1979.

Une révolte sans précédent

Tout avait commencé avec Mahsa Amini une jeune femme kurde de 22 ans battue par la « police des mœurs » à Téhéran le 13 septembre, puis arrêtée pour « port de vêtements inappropriés » et non-respect du strict code vestimentaire pour les femmes en République islamique d’Iran. Après trois jours dans le coma, elle mourrait… d’une tumeur, précise l’expertise médicale.

Et la réponse fusa dans presque toutes les provinces d’Iran, de Téhéran à l’Alborz, du Kurdistan au Baloutchistan, du Mazandéran au Golestan, dans la capitale comme dans des dizaines de villes petites et grandes, de Saqqez à Karaj, de Racht à Yazd, de Qods à d’Isfahan, de Hashtgerd à Ghazvin, de Marivan à Boukan, de Ghaleh Assan à Zahedan et à Mamassani, etc… y compris dans des villes « saintes » comme Machhad, d’où est originaire l’actuel président Ebrahim Raïssi.

Bravant la loi de 1983 obligeant les femmes à porter le voile, étudiantes, lycéennes, écolières, et citoyennes, sur l’ensemble du territoire, sortent dans la rue, crient des slogans – surtout « Femme, vie, liberté ! » – enlèvent démonstrativement foulard et tchador, voire les brûlent, et affrontent à mains nues les forces de la répression qui ont reçu l’ordre de tirer à balles réelles et qui sans état d’âme s’exécutent.

Ces héroïnes s’appellent Hadis Najafi, 22 ans, Sarina Esmailzadeh, 16 ans, Nika Shakarami, 17 ans, et bien d’autres dont les noms nous parviendront, parmi déjà plus d’une centaine de femmes et d’hommes assassinés par balles ou matraqués à mort…

Une telle révolte ne s’est jamais vue dans un pays d’islam.

En Algérie, dans les années 90, les femmes furent aussi à la tête de la résistance anti-islamiste. Pour avoir refusé pareillement de porter le hijab, la lycéenne de 17 ans, Katia Bengana, fut assassinée par les islamistes en 1993 tout à fait au début de la guerre civile, et elle devint un symbole de la lutte des femmes algériennes. Mais quand les islamistes furent vaincus militairement, paradoxalement le hijab se généralisa à la quasi-totalité des femmes, et ce jusqu’à aujourd’hui, preuve du deal passé entre eux et l’armée, preuve aussi que la bête régnait et règne toujours dans la profondeur de la société.

Et même si pour l’instant ce tsunami féminin iranien n’a pas de plate-forme ni d’encadrement politiques, son existence même – qui aujourd’hui, demain ou après-demain pourrait se généraliser à d’autres pays d’islam – ne postule-t-il pas, à terme, la fin de l’instrumentalisation de l’islam par les pouvoirs politiques, et une révolution à venir séparant l’Etat de la religion d’Etat, qui mettrait fin en même temps au mouvement politico-armé islamique dans l’ensemble du monde arabe et à l’autoritarisme d’Etat ?

Car, il ne fait aucun doute que ceux qui propagèrent la peste périront par cette peste qui pour eux se nomme Femme, vie, liberté !

L’incohérence occidentale

On pouvait donc bien s’imaginer que cette nouvelle donne, d’une ampleur et d’une signification universelles, n’allait pas affoler que les islamistes de par le monde.

Mais tous ceux qui dans cet « Occident » se réclament des valeurs de la démocratie et de la liberté, et n’ont jamais voulu comprendre que le système islamique fondé sur la charia est le pire de tous les totalitarismes, car il ne prétend pas seulement imposer son idéologie, mais d’abord régir la vie la plus intime de chaque homme et plus encore de chaque femme, la pendaison publique pour les récalcitrants.

Aussi ces gens-là, politiques, journalistes et intellectuels (tels Michel Foucault), ne combattirent-ils ni le régime sanguinaire de Khomeini et de ses émules, ni les islamistes tout aussi sanguinaires du FIS-GIA en Algérie.

A commencer par les USA qui n’ont jamais exigé le retrait de la condamnation à mort de Salman Rushdie en 1989, obligé de se cacher depuis près de trois décennies, alors que la récente tentative d’assassinat a prouvé que la sentence des mollahs n’avait jamais été annulée.

Ces USA du clan Biden-Obama qui, contrairement à Trump, font tout ce qu’ils peuvent pour renouer avec un Iran nucléaire, et alors même que ce dernier n’a jamais caché sa volonté de faire disparaitre Israël.

Ces USA-là qui ont commencé à soutenir les djihadistes d’Afghanistan (contre l’URSS), puis, dans les années 90 les islamistes algériens, allant jusqu’à offrir l’asile au chef du GIA, Anouar Haddam, qui de Rome avait revendiqué l’assassinat en 1993 de deux grands intellectuels, l’écrivain Tahar Djaout et le psychiatre Mahfoud Boucebci, en tête d’une impressionnante liste de plusieurs centaines d’intellectuels, d’artistes et de scientifiques qui allaient être assassinés dans les mois qui suivirent.

Et enfin en 2011, Obama qui, soutenant ouvertement les Frères musulmans, voulut faire en Egypte le même type de « révolution orange » que la CIA réussira à Kiev par un double coup d’Etat en 2004 puis en 2014[1].

Mais contrairement à ce que voudrait nous faire croire Valérie Toranian dans le dernier numéro de La Revue des deux mondes qu’elle dirige, le soutien européen à l’islamisme ne vient pas que des « islamo-gauchistes », mais bien de sa représentation la plus élevée, l’Union européenne elle-même !

Il faut absolument écouter le courageux historien Pierre Vermeren : « L’Europe fait preuve de bêtise face au lobbying des Frères musulmans. »[2]

Comment fermer les yeux face à sa stratégie immigrationniste qui fait désormais de l’Europe des Lumières une grande terre islamique et islamiste[3] où se conjuguent assassinats, terreur, antiféminisme, antichristianisme et antisémitisme, recul de la laïcité, refus de s’intégrer et tentative de subvertir les cultures indigènes des pays d’accueil…

Que je sache, le président français du Conseil européen, E. Macron, n’a jamais protesté contre le fait que l’Union européenne fasse du hijab l’un de ses marqueurs politiques. Ni son prédécesseur ni son successeur. Ne parlons même pas de l’Allemande, Von der Leyen si prolixe sur le front ukrainien comme si elle était la présidente de l’Europe, et si muette devant la répression en Iran. Bien au contraire, il y a peu, afin de promouvoir le Prix européen de l’enseignement innovant, la Commission européenne a récemment illustré l’une de ses affiches avec un enfant portant le hijab !

Et alors que les femmes iraniennes veulent se débarrasser du voile, le Conseil de l’Europe vient de publier un document « sur la prévention et la lutte contre le racisme et la discrimination envers les musulmans » qui vise surtout à favoriser le développement de l’islam, du voile islamique et du burkini en Europe, sans tenir compte du fait que ce sont les Frères musulmans qui aujourd’hui, dans tous les pays d’Europe, poussent dans ce sens et tirent les ficelles des mouvements associatifs cache-sexe, et ce alors que dans les pays arabes, à l’exception du Qatar, ils y sont interdits.

La secte la plus dangereuse du monde

Justement vient à point le livre de l’Egyptienne, Cynthia Farahat, L’appareil secret: l’industrie de mort des Frères musulmans[4]. Avant de conclure que les Frères musulmans, fondés le 22 mars 1928, sont « l’incubateur mondial du terrorisme islamique moderne » et « la secte militante la plus dangereuse au monde », elle nous apprend notamment que, malgré le conflit sunnites/chiites, l’ayatollah Khomeini rendit visite au chef des Frères, Hassan al-Banna, au Caire en 1938, alors que ce dernier faisait allégeance à Hitler et au nazisme.

On y apprend aussi qu’au milieu des années 1960, Ali Khamenei traduisit (de prison) deux livres phares des Frères musulmans, écrits par leur théoricien Sayyid Qutb, qui plus tard, sous son règne, seront inclus dans le programme des écoles du Corps des gardiens de la révolution islamique. Retour de l’ascenseur, les dirigeants des Frères musulmans incluront Khomeiny parmi leurs plus importants penseurs aux côtés de Hassan al-Banna, de Sayyid Qutb et du pakistanais Abul A’la Maududi.

Mais revenons à cette autre terre de compromission, l’Europe.

La révolte des femmes iraniennes, que rejoignent de plus en plus d’hommes, frappe également de plein fouet le narratif de tous les médias mainstream.

Hier les Jacques de Barrin au Monde, Josée Garçon à Libération, René Backman au Nouvel Observateur, soutenaient les islamistes algériens, Catherine Gentile à TF1 allant même jusqu’à interviewer les chefs islamistes, à Alger, un foulard sur la tête !

Et aujourd’hui, après avoir soutenu du bout des lèvres ces femmes, mais un tantinet gênés aux entournures, ils font comme si l’enjeu pour ces femmes n’étaient pas ce foulard et ce tchador qu’elles brûlent comme un défi à l’ordre islamique, sachant que cela peut leur valoir la mort.

Ou alors on essaie de noyer le poisson : les femmes iraniennes se battraient contre… l’inflation, la pauvreté, voire la discrimination ethnique !

Ou alors, plus directement on préfère s’en prendre… aux « conservateurs islamophobes », c’est-à-dire à tous ceux qui n’entendent pas se soumettre à la dhimmitude d’une Europe qui deviendrait terre de charia et de djihad…

Ainsi Libération se lance dans une exégèse du slogan principal « Femme, vie, liberté » mais ne dit rien… du foulard !

Remportant la Palme de la stupidité, Slate : « Si ces gestes ont été largement interprétés en Occident comme une critique de la religion musulmane, il s’agit avant tout d’une protestation d’ordre politique, dirigée contre le régime (…)  En France, le hijab des femmes iraniennes est ainsi devenu tantôt un alibi pour brandir le spectre de la menace islamiste qui pèserait sur les sociétés occidentales, antienne désormais indémodable du débat politique français, tantôt un prétexte pour minorer voire nier la réalité des violences patriarcales qui ont lieu dans l’Hexagone ».[5] !!!

Même antienne avec les pétitionnaires emmenés par Alain Badiou et Etienne Balibar. En 2011 durant le printemps arabe cairote, le premier voyait sur la Place Tahrir du « du communisme en mouvement », alors qu’une journaliste française s’y faisait violer. Et aujourd’hui l’inénarrable tandem (anti-israélien), toujours aussi sentencieux, nous met en garde : « Tous les slogans qui sont lancés visent les fondements même du système, et si l’on imagine que la demande du peuple est de « retirer le hijab obligatoire », on se trompe »[6].

Face à tous ces hypocrites bien-pensants, ex-maoïstes et polpotistes, qui en Europe et ailleurs croient pouvoir s’en tirer à bon compte par des gestes « symboliques », alors qu’en Iran les jeunes femmes d’Iran meurent pour leur dignité et celle de toutes les femmes, écoutons le cri de la journaliste iranienne, Masih Alinejad[7] :

« Nous, les femmes d’Iran, n’avons pas besoin que les Occidentaux se coupent les cheveux. Nous voulons que les politiciens occidentaux coupent leurs liens avec la République islamique ! »

Que l’on me permette de finir avec les visages si beaux des jeunes filles martyres et de l’admirable Gandom, cette jeune iranienne qui a repris Bella Ciao en persan, chanson devenue par sa très belle voix si juste et si pleine d’émotion, un des hymnes de la résistance en cours du peuple iranien auquel je souhaite que les forces politiques de l’opposition s’unifient vite pour mettre fin à l’une des pires dictatures dans ce beau pays riche d’une très vieille civilisation dont témoignent les œuvres de ses artistes et de ses cinéastes.


[1] Viktor Ianoukovytch, président démocratiquement élu en 2004 et 2013 en Ukraine, est chassé en 2014… c’est ce que BHL appelle « l’aventure démocratique de Maidan ».

[2] https://fb.watch/g1L6QzRZ4P/

[3] En arabe ou en persan, il n’y a qu’un seul mot alors que les Européens préfèrent distinguer le méchant « islamiste » du bon « islamique »…

[4] En anglais : The Secret Apparatus: The Muslim Brotherhood’s Industry of Death (New York: Bombardier Books, 2022),

[5] https://www.slate.fr/story/234367/revolte-femmes-contestation-iran-hijab-voile-mahsa-amini-recuperation-ethnocentrisme-orientalisme

[6] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/soutenez-le-peuple-iranien-soutenez-la-femme-la-vie-la-liberte-20221008_WGI5RMKRRRGITHC5KH3V4WCVUA/

[7] https://twitter.com/NicolasPichot6/status/1578734591010930688?s=20&t=2rY3X8WvLvjOz5Mb149H0A

Verts et pas mûrs

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Brice Lalonde, ancien candidat des écologistes à l'élection présidentielle de 1981. Ancien ministre de l'Environnement 1988-1992.

L’ancien ministre de l’Environnement condamne la longue dérive des écologistes français. Obnubilés par l’idéologie d’extrême gauche et leurs visées électoralistes, ils ne prônent aucune mesure de bon sens pour protéger la planète. Leur combat : forger un homme nouveau.


En 1984 s’est constitué un parti qui devait conquérir le pouvoir parce que sa cause était bonne. Les fondateurs voulaient mettre de l’ordre dans le bouillonnement écologiste des années 1970. Quarante ans plus tard, le parti se demande pourquoi il n’est pas encore au pouvoir tant la cause est bonne. L’a-t-il bien servie, cette cause, ou s’en est-il servi pour mener sa politique ? S’encarter au parti vert ne suffit pas pour devenir écologiste, encore faut-il être utile. Et compétent, parce que l’écologie, c’est tout de même complexe.

Mes premiers souvenirs de ce parti sont les volées de bois vert que j’en recevais quand je pensais avoir obtenu quelques succès comme ministre de l’Environnement. Apparemment, rien de bon ne peut venir d’un gouvernement qui s’essaie à progresser dans la même cause que le parti vert. Ce dernier ne félicite jamais, n’encourage jamais, condamne en permanence. La surenchère est son refrain, non la méthode. Comment fait-on ? Par où commencer ? Ça ne l’intéresse pas.

Par exemple, l’industrie automobile européenne investit des milliards pour passer à l’électrique. Ça craque dans les jointures. Il faut changer toutes les gammes, tirer sur les prix, éviter de dépendre des batteries asiatiques et du logiciel américain, vérifier la disponibilité des nouveaux matériaux, installer des milliers de bornes de recharge, gérer la relation au réseau… « Inaction climatique ! » rétorquent les Verts. De toute manière ils n’aiment pas l’électricité à cause du nucléaire. Leur programme naguère prônait l’interdiction du chauffage électrique ! Mais qui l’a lu ?

Quel soulagement ce fut pour les militants verts quand Sarkozy lâcha lors d’une visite au salon de l’Agriculture : « L’écologie, ça commence à bien faire », alors que le Grenelle de l’environnement et le ministère Borloo avaient représenté des sommets inégalés dans les politiques de l’écologie en France. Ouf !, tout rentrait dans l’ordre, cette petite phrase suffisait à faire oublier tout le reste et à rappeler qu’aucun gouvernement ne s’intéressait à l’écologie. Surtout s’il venait de la droite, le croquemitaine habituel.

Les Vertes contre l’écologie

Bâtir un parti pour défendre une cause aux élections, c’est transformer les rivaux en adversaires de la cause puisqu’on leur dispute des électeurs. Bâtir l’union eût été plus efficace. Le parti vert préfère s’incruster à gauche de la gauche, bien qu’il ait prétendu le vieux clivage dépassé. Sa cause semble réservée à une moitié de Français, les autres étant laissés à patauger dans leurs déchets. Pour se faire élire, les Verts français, à la différence de leurs homologues allemands, ne montent que dans l’autobus de gauche, voire celui d’extrême gauche.

Avec celui-là, où Mélenchon a pris le volant en leur volant la vedette, ils gagnent un groupe parlementaire qui les amène à voter des subventions à l’essence, et même au fioul, sacrilège climatique indigne d’écologistes. Les stratèges de l’environnement ont toujours recommandé d’affecter l’argent de la solidarité aux personnes qui en avaient besoin, mais surtout pas de l’employer à faciliter la consommation des énergies fossiles. Devenue ministre, Dominique Voynet avait en son temps détourné les recettes de taxes affectées à la protection de l’environnement pour financer les 35 heures. Il était clairement plus important d’être à gauche que d’être écologiste.

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En 2014, le parti vert se vit proposer la direction d’un grand ministère de l’Écologie. Il refusa sous prétexte que le Premier ministre n’était pas assez à gauche. Manuel Valls était attentif à la menace islamiste inconnue des Verts. À leurs yeux, Valls était plus dangereux que les islamistes eux-mêmes, qu’ils amadouaient avec des places sur leurs listes électorales, le V de « voilées » s’ajoutant aux initiales des minorités sexuelles dans l’espoir, peut-être, que l’islamisme finirait par protéger celles-ci.

Au sein du parti, le cadre rompu aux manœuvres d’appareil ne ressemble pas à l’ami des papillons. Des batailles picrocholines opposent les coteries à coups de motions et de futures places d’élus. C’est un art qui fait l’agrément de leurs congrès et leur permet de se débarrasser régulièrement de leurs dirigeants, épuisés ou excédés. Les Verts coupeurs de tête changent de chefs comme de chemise. Ceux qui ont quitté le parti vert sont si nombreux qu’ils pourraient être à l’origine d’un nouveau parti écologiste, sans doute meilleur que le premier.

Le parti vert ne fait pas campagne, sinon électorale. A-t-on jamais vu une grande mobilisation verte contre la pollution chimique ou l’accumulation des plastiques ? Pour la protection des oiseaux ou des dauphins ? Pour les chauffe-eaux solaires ou les bornes de recharge dans les copropriétés ? Non, c’est le labeur des associations, le parti vert se réservant la représentation dans le confort des parlements. Inutile de se démener, il est l’écologie. Il se contentera de mettre en scène une querelle dont il fera un conflit majeur censé résumer les enjeux de sa cause, même si la question est incertaine comme celle du glyphosate.

L’avantage du parti vert était que les autres partis en savaient encore moins que lui sur l’écologie. Le borgne vert a longtemps régné au pays des aveugles, donnant le la de l’écologie politique pour les politiques et les journalistes, persuadés qu’il disait le vrai et le bien. La montée des préoccupations écologiques a obligé tous les partis à s’approprier l’écologie. L’expertise se diffuse, la question du comment supplante celle du pourquoi, l’écologisme s’ouvre au pluralisme. Entre-temps, le parti vert a fait beaucoup de dégâts en décrétant que l’énergie nucléaire était l’ennemie jurée de l’écologie. Il a miné systématiquement la réputation d’une industrie où la France excellait, nécessaire à la prospérité autant qu’au climat.

Jean-Marc Jancovici et Brice Lalonde réunis pour la présentation du « Manisfeste pour décarboner l’Europe », publié par le think tank The Shift Project, Paris, 21 mars 2017./Credit:ROMUALD MEIGNEUX/SIPA/1703211935

Un seul ennemi : le nucléaire

À la vérité, le parti vert n’a pas lutté contre le changement climatique au cours de son histoire, il n’en avait pas saisi l’enjeu. Il a surtout combattu le nucléaire et il persiste. Sait-il encore pourquoi ? « Parce que c’est dangereux », la belle affaire ! Le charbon a tué cent fois plus, l’industrie chimique a connu d’effroyables accidents, la circulation automobile fait de très nombreuses victimes, les accidents domestiques encore plus – et je ne parle pas des moustiques ! – mais non, il fallait un ennemi simple à identifier. L’enfer de la religion verte, c’est le nucléaire. Or le nucléaire est un allié contre le changement climatique. Faudra-t-il un concile pour faire évoluer la doctrine ? Ou simplement attendre ? On voit déjà apparaître des manifestants pronucléaires.

Le parti vert a longtemps été climato-négligent, voire climato-sceptique ; certains de ses membres laissaient même entendre que la protection du climat était un prétexte pour promouvoir le nucléaire. On sait que le parti vert souhaite que les éoliennes et les panneaux photovoltaïques remplacent les centrales nucléaires. Selon les calculs des experts, ce serait possible à condition de consommer deux fois moins d’électricité et cela n’aurait aucune incidence sur le changement climatique, puisque les coupables sont les combustibles fossiles. En somme, les verts voudraient substituer une électricité décarbonée à une électricité qui est déjà décarbonée mais qui, en outre, fonctionne même en l’absence de vent et de soleil.

Ah mais, dans ce cas, le parti vert avait une solution, c’était le gaz naturel baptisé meilleur ami des renouvelables. Combien de colloques ont vanté l’alliance des deux et que de fois a-t-on entendu que la France était en retard sur l’Allemagne qui envoie pourtant dans l’atmosphère deux fois plus de CO2 par habitant. La guerre en Ukraine a révélé la géopolitique du gaz naturel et la difficulté de le transporter. Mais il faudrait surtout en sortir car, en brûlant, le gaz émet du CO2. Certes moins que le charbon, mais ce que l’on sait moins, c’est qu’il contribue vingt fois plus au dérèglement climatique lorsqu’il fuit sans brûler. Et les fuites sont nombreuses tout au long de la chaîne. Conclusion : en préférant le gaz fossile à l’électricité décarbonée, comme en Allemagne, le parti vert aggrave le dérèglement climatique.

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Aujourd’hui le parti vert considère que l’humanité a atteint les limites de la planète. Il faut produire moins, consommer moins et partager, c’était à peu près la teneur de la charte unissant les candidats de la dernière primaire écologiste. Un message de résignation. Il n’y a pas d’appel à combattre le changement climatique, il faut s’y soumettre. Le parti vert ne croit pas que le génie humain, la coopération, les innovations, les entreprises puissent être d’une quelconque utilité. Au reste, il hérite de son ADN d’extrême gauche une aversion aux entreprises, accusées de détruire la nature et exploiter les hommes pour rafler du profit. Ce qui intéresse le parti vert, ce n’est pas d’orienter l’économie, c’est de changer l’homme.

Pour les verts, la planète, comme naguère le travail qu’on devait partager pour réduire le chômage, est une grandeur finie, un entrepôt dont le stock immuable fixe une borne aux activités humaines. Tout ce qui semble dépasser doit être banni selon la manière décrite par Ségolène Royal comme punitive. Les piscines interdites, les jets privés interdits. Bill Gates se déplace en jet privé parce qu’il est riche. Et parce qu’il est riche, il emplit le réservoir avec un carburant sans carbone fossile qui coûte plus cher que le kérosène. Tout compte fait, obliger les jets privés à financer la production des carburants de synthèse profiterait davantage au climat que les interdire. Mais il faut les obliger !

Les Verts, et d’autres avec eux, ont semé la confusion entre l’énergie et les combustibles fossiles. Ce n’est pas l’énergie qui détraque le climat, ni la chaleur des mauvais rendements, c’est l’accumulation de CO2 et de méthane qui provient de l’usage du charbon, du pétrole et du gaz naturel. La solution est donc de substituer des énergies non carbonées aux combustibles fossiles, et non de se priver d’énergie, ni de s’asphyxier en se privant d’aérer son logement. La chaleur et l’électricité d’origine renouvelable ou nucléaire, l’hydrogène d’origine électrique, les hydrocarbures de synthèse fourniront l’énergie nécessaire à la prospérité.

Un homme « nouveau »

L’histoire apprend que les humains sont prompts à trouver de nouvelles ressources lorsque l’une vient à manquer. Jusqu’à présent, les avancées des sciences et des techniques ont réfuté les prophéties de malheur. Les cavaliers de l’Apocalypse, guerres, famines, épidémies, ont ralenti leur course. Mais l’inquiétude gagne, Malthus est devenu collapsologue. Oui, l’horizon est menaçant. Il faudrait stopper la guerre, relancer le multilatéralisme, appeler en renfort toutes les ressources de l’intelligence collective et du savoir-faire des peuples. Car l’affaire est mondiale et l’action en Afrique n’est pas moins importante qu’en France.

La diplomatie climatique n’inspire guère les Verts. Ils ne croient pas au progrès technique, ils dénoncent dans la science l’illusion scientiste. Pour eux, la solution est dans les comportements. Il faut façonner un homme nouveau. Celui-ci sera frugal. Les légumes, la bicyclette, les chandails, l’extinction des feux, c’est pour son bien ! Peut-être sera-t-il aussi féministe, métissé, militant ? Le parti vert n’est pas loin du ministère du Vice et de la Vertu, distribuant remontrances et félicitations. Espérons qu’on n’aille pas jusqu’à la dénonciation et la contrainte.

Je suis écologiste, je ne suis pas vert ni antinucléaire, ni anti-OGM, je ne brandis pas la bannière de la décroissance ni celle de la croissance. Des choses doivent croître, d’autres décroître. J’espère qu’apparaîtra un écologisme de gouvernement positif et efficace. Il y a des moments où je n’ose plus me dire écologiste tant j’ai peur qu’on me confonde avec les Verts. D’autres où tout de même je reconnais chez eux des militants de bonne volonté, des personnalités attachantes, voire des succès ça et là. Mais Grands Dieux ! qu’attendent-ils pour être un peu plus sérieux et travailleurs ?

Excusez-moi de vous déranger

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Quelle grève ?

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La grève à ExxonMobil reconduite alors que les non grévistes ont manifesté pour une reprise du travail. / SICCOLI PATRICK/SIPA / 01090702_000010

La CGT fait durer le mouvement en dépit des offres salariales : dans ce grand bazar, ce sont les Français qui souffrent à cause d’un « droit de grève » devenu intouchable.


Vote sur la poursuite de la grève chez Total : qui est pour, les mains se lèvent. Evidemment, c’est une mascarade et tout le monde le sait, qui oserait ne pas lever la main ? La démocratie semble être le cadet des soucis de la CGT. Ce qui compte, c’est de mener le combat, et donc tous les moyens sont justifiés quand la cause est noble.

Nous sommes dans un pays où les décideurs, et singulièrement l’Etat, ont pour stratégie de ne jamais prendre de position ferme, de décision claire, et de laisser les choses aller en se disant que cela finira bien par s’arranger. C’est un peu la fameuse devise de François Hollande : « Ça tiendra bien jusqu’en 2017 ». Une attitude dangereuse que certains savent mettre à profit.

Plus le désordre et le chaos progressent et plus la CGT comme la NUPES se frottent les mains. Car au fond il saute aux yeux que ces problèmes de salaire ne sont, comme souvent, que le prétexte à une action délibérément politique. La CGT, comme tous les syndicats de la gauche radicale, situe toujours son action dans le cadre de la lutte des classes. Raison pour laquelle sa priorité en ce moment n’est pas la sortie de crise, et ce qui explique aussi son refus des offres salariales acceptées par les autres syndicats.

L’important est de faire durer le mouvement et de l’étendre le plus possible.

En principe, une grève constitue un moyen de pression sur l’employeur pour l’amener à négocier avec ses salariés. Ce moyen de pression consiste, en arrêtant le travail, à créer pour l’employeur un arrêt total ou partiel de ses activités, et donc des pertes financières. La grève n’a de sens et d’utilité que si elle gêne l’employeur, si elle le fait suffisamment souffrir pour l’amener à satisfaire tout ou partie des revendications.

A lire aussi: Une question de priorités

Est-ce qu’en ce moment Total souffre beaucoup ? Certainement pas, pour une entreprise d’une telle dimension, ce genre de problème s’absorbe facilement. Par contre, des millions de Français souffrent réellement des pénuries de carburant. Et ce n’est pas un vain mot, car certains souffriront au sens propre, faute de soins, faute de moyen de se déplacer, faute de pouvoir vivre tout simplement ce qu’ils ont à vivre. Il en est même sans doute qui mourront pour telle ou telle raison qui ne serait pas survenue sans cette crise des carburants.

Ce genre de grève qui fait souffrir le peuple et non le patron, ce qui est complètement absurde, ne peut se comprendre que si l’on considère que faire subir la crise par les Français est l’objectif. Encore une fois un objectif politique qui vise à créer ce chaos social, qui est un des modus operandi préférés des syndicats et des partis qui raisonnent en termes de lutte des classes. Mettons le bazar, il finira bien un jour par en sortir quelque chose. Et même si cette méthode d’action à base de crise sociale ne porte pas de fruits utiles, elle représente la raison d’être, le fond de commerce, de ces syndicats et des ces partis.

Déjà des salariés des centrales nucléaires sont en grève. Comme le pays est appelé à vivre un hiver difficile, faute d’énergie suffisante, l’occasion est trop belle. La grève va permettre de retarder la remise en route de réacteurs dont nous avons cruellement besoin. Et qui souffrira de cette situation ? Les dirigeants d’EDF ? Les dirigeants des syndicats ? Les ministres, le président ? Non, comme toujours les plus petits souffriront le plus, c’est inévitable. Tout ça pour créer une « convergence des luttes » en vue d’un changement de politique…

Et tout le monde semble trouver cela normal. Parce que l’on se paie de mots sur le sacro-saint droit de grève. Mais en l’occurrence, le droit de grève est détourné de son sens réel, exactement comme le droit d’asile l’est par des gens qui veulent profiter de notre paradis social, comme la liberté individuelle l’est par ceux qui font du prosélytisme vestimentaire à l’école.

Cocktail de rentrée

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Eric Neuhoff, journaliste et écrivain français, pour France 2. 17/04/09 / BALTEL/SIPA / 00578113_000050

Éric Neuhoff nous invite à son raout d’automne ; un verre à la main, l’imper de la nostalgie sur l’épaule, nous partons à la rencontre de figures disparues.


Dans la chronique comme ailleurs, il y a les parvenus et les aristocrates, les ânonneurs d’actualités et les possédés du rétroviseur, les courriéristes fatigués et les distillateurs de nostalgie. Ceux que l’on continue de lire, chaque semaine, dans le Figaro depuis tant d’années et d’autres confrères qui ont tellement de mal à écrire deux feuillets sans les plomber de prétention et d’instructions ineptes.

Pudique jusqu’à l’ascèse, secret par nature, Neuhoff tacle, amuse, ravive, lustre le passé, embellit les gloires d’antan sans corrompre son lecteur. Il ne nous embarque jamais dans des considérations pseudo-politiques ou de pesantes leçons de morale, il choisit la bifurcation, la départementale, la pirouette, la facétie aux « je sais-tout » dont Gabin se moquait en chanson. Neuhoff sait se tenir en société et devant une feuille blanche. Il lui arrive même de porter la cravate, ce qui pour un journaliste vaut mort sociale. Il est inactuel donc indispensable.

Distance rieuse

Sa distance rieuse est un gage de sincérité dans un monde qui bannit la charcuterie dans les cantines de France et les auteurs réfractaires à l’Université. Son passéisme s’érige comme le dernier Aventin d’une humanité triomphante. La modernité gluante et tapageuse le laisse de marbre, elle ne passera pas par lui ! Il s’en détache avec le sourire parfois tendre, souvent féroce du faux-blasé. Il s’écarte des meutes ahuries, inféodées à la nouveauté, pour se réfugier dans le cercle de ses figures disparues. Devant la dernière vedette en vogue, il n’est pas béat d’admiration. Il a gardé son échelle des valeurs, il ne confond pas une animatrice télé cooptée avec Romy, un écrivain asthmatique avec Blondin, une voiture électrique avec une Alfa Romeo Duetto Coda Longa.

Ce garçon a des principes. C’est pourquoi, nous sommes tous des « Neuhoffiens » de cœur et de raison. Nous avons suivi l’école de ce Monsieur Jadis qui s’habille en Monsieur Cinéma à la radio, tous les dimanches. Ce sale gosse des lettres ne vieillit pas, son écriture est toujours aussi aérienne et nimbée pourtant d’une profonde tristesse. Il a inventé ce style à double face comme s’il semblait inconsolable d’une jeunesse en fuite. Sa légèreté est un masque. Nous partageons avec lui ce sentiment de dépossession permanent. Tout est foutu, alors célébrons nos aînés et rions de nos contemporains. Ses chroniques, galets bien équilibrés, rebondissent sur l’eau et produisent une sorte de ricochet dans notre esprit. Notre mémoire bégaye et nous le remercions pour ce moment.

A lire aussi: Pour que « Les Choses » durent plus longtemps…

Son staccato oscille entre l’ironie douce et la mélancolie acide, entre le pugilat jouissif et une forme d’abandon provincial. Il fut et demeure notre professeur qui écrit court et tape fort sur tous les orgueilleux, tous les encombrants des écrans. Avec lui, nous partons sans hésitation à Deauville, à Cahors ou à Cadaqués. Nous avons les mêmes dégoûts. Éric n’aime pas les idoles de notre époque, les acteurs poseurs et les auteurs à thèses. Il a décidé de nous convier, cet automne, à son Cocktail de saison qui vient de paraître aux éditions du Rocher. Ils sont tous là. Ils n’auraient pas raté ce raout des déclassés. Il y a « Tilli » le bourbonnais-corrézien, Morand le vénitien, Zidi, Sautet, Truffaut, Jean d’O, le Cerveau et même Françoise au volant de sa Jaguar XK, entre la Rhumerie Martiniquaise et Castel.

Le nom de Pierre-Guillaume

Que c’est bon d’être au chaud, dans ce salon lambrissé, en si belle compagnie. « The Party » est réussie. On parle enfin des choses essentielles, des trains de nuit qui arrivent à l’heure, des brasseries à nappes blanches, ça sent les rognons de veau et Habit Rouge de Guerlain. Les filles possèdent l’érotisme chaste cher à Arletty, elles portent des chemisiers en soie sauvage, un peu trop déboutonnés, les gens de la nuit ne s’en offusquent pas. Les hommes se sont débarrassés de leur loden vert au vestiaire, leurs souliers vernis brillent au vent mauvais. Les petits-fours circulent sur des plateaux d’agent. Les bons mots fusent. C’est vachard donc salutaire. Entre amis, les langues se délient, on regrette les tee-shirts « Giscard à la barre », la disparition des nanars, on s’agenouille devant Max Pécas, on évoque A.D.G et Jean-René Huguenin, on va jusqu’à emprunter la Nationale 20. On prononce le nom de Pierre-Guillaume. Et la nuit semble moins sombre.

Réchauffement psychiatrique ?

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Capture d'écran Dailymotion

Peut-on dresser un portrait-robot du climato-sceptique? Des chercheurs australiens ont essayé de le faire.


Aujourd’hui il existe un consensus scientifique sur la réalité du changement climatique ainsi que sur ses causes. Si on conteste ce que la majorité des climatologues présentent comme une vérité indéniable, est-ce parce qu’on a des raisons de douter de cette unanimité ou parce qu’on a un certain type de personnalité ? Une étude conduite par une psychologue et un géographe australiens, Rachael Sharman et Patrick D. Nunn, vient de dresser le portrait-robot du climatosceptique[1]. Après avoir interrogé 390 de leurs compatriotes, recrutés sur les réseaux sociaux en raison de leurs convictions climatosceptiques publiquement affichées, ils ont d’abord relevé les arguments invoqués par leurs interlocuteurs : le climat a toujours varié ; la climatologie n’est pas une science exacte ; les prédictions alarmistes faites par le passé ne se sont jamais réalisées ; et les déclarations des partisans du changement climatique sont motivées par la poursuite de leurs propres intérêts. Ensuite, ils ont dressé le profil type du climatosceptique : il s’agit d’un homme, plutôt âgé, conservateur, très individualiste, très peu ouvert aux valeurs environnementales (quelle surprise !), croyant que nous avons peu de contrôle sur notre destin et – curieusement – doué de grandes capacités d’analyse. Cette psychologisation de la question a suscité l’ire d’Andrew Bolt, l’animateur vedette de la chaîne conservatrice, Sky Australia, et climatosceptique notoire. Il s’est désolé que, désormais, toute remise en cause de la doxa écologique soit assimilée à un « désordre mental ». Son ironie colérique n’est pas tout à fait déplacée. Sur le plateau de « L’heure des Pros » en 2019, la militante écologiste Claire Nouvian était invitée simplement à reconnaître que tout le monde n’acceptait pas la réalité du changement climatique. Sa seule réponse a été de traiter son interlocutrice, Élisabeth Lévy, de « dingue ».

A lire aussi: La planète des dingues


[1]. Rachael Sharman, Patrick D. Nunn, « Inside the Mind of a Skeptic », The Conversation, 13 septembre 2022.

La France a besoin de ses entreprises

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David Lisnard, Sophie de Menthon, lors de la conférence de presse au sujet de la Fête de l'entreprise, le 11 octobre 2022. Image (c) ETHIC

Honnies par l’extrême-gauche, trop souvent représentées dans les médias de manière caricaturale et négative, nos entreprises françaises sont essentielles pour la production des richesses. Il y a 20 ans, ETHIC, l’organisation patronale présidée par notre chroniqueuse, Sophie de Menthon, lançait la Fête de l’entreprise pour changer cette image. Un entretien croisé avec le parrain de la 20e édition, David Lisnard, maire de Cannes.


Sophie de Menthon : Jeudi 20 octobre, nous fêterons le 20ème anniversaire de la « Fête des Entreprises » en célébrant l’évènement « J’aime ma Boîte ». Le thème, cette année, est « La richesse d’une entreprise, ce sont ses salariés ». Je suis vraiment enchantée, David Lisnard, que vous en soyez le parrain. Ce n’est pas anodin car à travers ce parrainage ce sont tous les maires de France qui sont mobilisés pour fêter les entreprises de leur ville. Je sais que nous partageons les mêmes convictions en termes de management (qu’il s’agisse de l’État ou des entreprises), de valeurs, de détermination à faire… et peut-être – manquons de modestie ! – de courage. Pourquoi avez-vous tout de suite accroché au concept de « J’aime ma boîte » ? Je sais qu’à Cannes vous l’avez déjà largement célébré les années précédentes…

David Lisnard : Quand vous avez lancé « J’aime ma boîte » en 2003, j’y ai immédiatement adhéré pour plusieurs raisons. D’abord, c’est un moment de mise à l’honneur et de célébration de l’esprit d’entreprise, c’est-à-dire de la capacité de passer des idées aux actes, ce qui suppose créativité, innovation et prise de risques, ainsi que la capacité de programmer et de gérer des projets en vue de la réalisation d’objectifs. L’esprit d’initiative et d’entreprise est une qualité que je tiens en estime, car elle permet d’avancer et de s’inscrire dans une démarche dynamique. Vous parliez de courage, je pense qu’entreprendre, c’est courageux. Les entrepreneurs sont ceux qui prennent des risques, qui investissent en prenant un pari, celui d’innover, de créer – un concept, une structure, des emplois – et peut-être de réussir.

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Cette Fête des Entreprises rappelle et célèbre le rôle des entrepreneurs dans la société et il s’agit, à travers cet événement, de réaffirmer que la France est une terre d’entrepreneurs. Pour mémoire, la France compte 4 millions d’entreprises (données INSEE 2019 pour le Tableau de bord de l’économique française 2021), soit 6 entreprises pour 100 habitants en moyenne. L’entreprise, c’est ainsi une unité de production, mais aussi et surtout une unité humaine, une unité de vie, avec un ou des patrons, des salariés, des règles de vie en collectivité, un budget et des objectifs. C’est presque comme une famille finalement. Il n’est plus besoin de rappeler la relation intrinsèque entre bonheur au travail et productivité. Les études démontrent que des employés plus heureux sont plus performants. Ce temps de partage pendant « J’aime ma boîte » permet de rappeler aux employés à quel point ils sont importants et à quel point leur entreprise, qu’ils aiment, a besoin d’eux, autour de valeurs communes. D’où le slogan de cette année : « Que ferait-elle sans moi ? ».

Sophie de Menthon : J’ai la certitude que si nous vivons un nouveau rapport au travail, voire au non-travail, si les salariés qui le peuvent veulent travailler de chez eux, si on se met à son compte pour gérer son temps, etc., nous restons complètement attachés à la structure de l’entreprise. On a bien vu que, si le télétravail en enthousiasme certains, il a aussi provoqué de vrais dégâts psychologiques pendant le confinement.

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David Lisnard : La crise covid a en effet été un accélérateur de changement et a mis en exergue une certaine modification du rapport au travail, une hybridation du travail avec le développement du télétravail (9 millions de salariés le pratiquent aujourd’hui), du flex office, c’est-à-dire le fait de ne pas avoir de poste de travail attitré, mais aussi de nombreux départs de personnes qui ont voulu se mettre à leur compte. Toutefois, cette tendance n’a pas été le raz-de-marée que d’aucuns prédisaient. Et à titre personnel, je m’en réjouis car je crois en la pertinence de se retrouver physiquement sur le site entrepreneurial. Dans la plupart des structures, le télétravail a été mis en place partiellement, 1 ou 2 jours par semaine, et de nombreux salariés, je l’ai constaté en Mairie, ont ressenti un besoin de revenir physiquement au travail, de revoir leurs collègues et supérieurs, de participer à un collectif.

Sophie de Menthon : La remise en question des modes de travail est également un défi pour les encadrants, qui ont dû revoir leurs méthodes d’encadrement et de management, pour mettre en place des process adaptés et puis là, nous parlons de 25% des salariés, et que faisons-nous des 75% qui ne peuvent pas ne pas être à leur poste ?

David Lisnard : Oui, l’entreprise reste une aventure physiquement collective où patrons et salariés doivent collaborer, être ensemble : créer ensemble, rire ensemble… Je pense que la tendance ressentie le plus lourdement est la difficulté à fidéliser les employés. De nombreux salariés ont quitté leur entreprise pour créer leur autoentreprise, afin d’échapper à la structure entrepreneuriale classique ou réaliser leur rêve d’entreprendre.

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Sophie de Menthon : Ai-je tort de penser que finalement chaque mairie est un peu une entreprise ? Il me semble qu’un maire a finalement toutes les obligations et les contraintes d’un chef d’entreprise, même si l’intérêt général est bien différent de l’objet social d’une entreprise. N’avez-vous pas envie d’insuffler un esprit d’entreprise encore plus marqué à tous les maires de France ? Il faut de l’agilité, supprimer les technostructures inutiles, laisser liberté et responsabilité au maximum « d’encadrants ».

David Lisnard : Oui, la seule façon d’être efficace, et je crois heureux, est d’être responsable, donc libre de décider. Un maire est un praticien du quotidien. Dans un sens, et pour ma part je le revendique, les maires gèrent leur mairie comme une entreprise : ils gèrent un budget, une trésorerie, du personnel en vue de produire de la valeur (service ou bien public), et contrairement à l’Etat mais comme pour une entreprise, le budget des collectivités doit être voté en équilibre réel, et il n’est pas possible d’emprunter pour leur fonctionnement.

Sophie de Menthon : Comme des entrepreneurs, les maires doivent faire face au quotidien à de nombreuses contraintes administratives, parfois contradictoires, et à une obligation de réactivité et d’efficacité vis-à-vis de leurs « clients » que sont les usagers.

David Lisnard : La différence, c’est qu’une collectivité territoriale ne distribue pas du dividende, comme une entreprise économique, mais de l’intérêt général. Par ailleurs, comme vous le soulignez, pour les collectivités comme pour les entreprises, il faut aujourd’hui débureaucratiser notre société et simplifier les rouages administratifs pour libérer les initiatives et laisser les collectivités produire du service public et les entreprises produire des richesses. Pour rappel, la France est classée au 121ème rang sur 144 pays en termes de fardeau administratif par le Forum Economique Mondial (Rapport 2014-2015). Pour reprendre une citation de René Hans, fondateur de IDEE-PME, les contraintes en France sont telles qu’elles transforment le rêve d’entreprendre en cauchemar ! Il faut réintroduire de la liberté d’entreprendre et d’agir, et de la subsidiarité, qui permettent de responsabiliser les décideurs de décider au plus près des besoins !

Sophie de Menthon : Selon Jean Bodin, « Il n’est de richesse que d’homme ». Tel est la devise du mouvement ETHIC (Entreprises de Taille Humaine Indépendantes et de Croissance).

Laurent Jacobelli: Emmanuel Macron a perdu sa majorité absolue mais ne paraît toujours pas l’avoir compris.

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Laurent Jacobelli en conférence de presse à Marseille le 6/03/2020 / PHOTO : Alain ROBERT/SIPA 00948762_000010

Le vice-président du groupe RN à l’Assemblée nationale critique les propositions gouvernementales pour soutenir le pouvoir d’achat des Français. Et pour lui, si le gouvernement d’Emmanuel Macron refuse toujours de faire face aux problèmes de l’immigration incontrôlée et de l’insécurité qui sont des préoccupations majeures pour une majorité de nos concitoyens, c’est parce qu’il n’a pas encore accepté que, à l’Assemblée nationale, il est minoritaire. Entretien…


CAUSEUR : Mardi dernier, M. Loubet traitait Bruno Le Maire de « lâche ». Peut-on juger ces propos choquants ?

LAURENT JACOBELLI : Non, en aucun cas. Le mot « lâche » n’est certes pas agréable à entendre, mais il s’agit ni plus ni moins d’un adjectif qualificatif et non d’une insulte. Monsieur Le Maire, qui est un habitué des débats à l’Assemblée, doit accepter que les échanges soient parfois musclés. Par ailleurs, c’est un droit pour les oppositions et même un devoir de critiquer la politique gouvernementale avec les mots justes, lorsqu’elle l’estime mauvaise, contraire à l’intérêt national. En l’occurrence, c’est bien ce que nous avons estimé à propos de la vente prochaine de l’entreprise Exxelia qui était française jusqu’à ce qu’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, ne la vende d’abord à une entreprise britannique, ensuite au groupe américain, Heico Corporation.

On a observé ces derniers jours le rejet de sept articles du projet de loi de programmation du budget de 2023, aussi bien par la gauche que par le Rassemblement National et une partie des Républicains. Quel problème majeur y voyez-vous ? Quelles mesures souhaiteriez-vous voir figurer dans ce projet de loi ?

Il s’agit de distinguer entre l’ensemble du projet de loi, auquel nous nous opposons, et les amendements et articles précis sur lesquels nous serons prêts à voter s’ils correspondent à l’intérêt général des Français. En l’occurrence, nous estimons que la politique court-termiste, du chèque, du gouvernement ne répond absolument pas aux attentes des Français, qui souhaitent que leur pouvoir d’achat soit soutenu sur le long terme, en particulier dans des domaines qui touchent à leur vie quotidienne. En plus de ne soutenir que très partiellement le pouvoir d’achat, les mesurettes du gouvernement contribuent à creuser le déficit public abyssal de l’Etat (161 milliards d’euros), ce qui est profondément incohérent.

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Parmi les mesures que nous aimerions voir figurer dans ce projet de loi, il y a le passage de la TVA sur l’essence de 20% à 5,5%, au même niveau que les produits alimentaires, comme Marine le Pen l’avait proposé durant la campagne présidentielle. Ensuite, nous soutenons toujours le rétablissement de la demi-part fiscale pour les veufs et les veuves, injustement supprimée par François Hollande et qui constitue une véritable injustice. Nous souhaitons ardemment que ces deux mesures de bon sens soient prises en compte par le gouvernement, au lieu d’être rejetées d’emblée, du simple fait qu’elles proviennent de notre groupe.

Emmanuel Macron a-t-il vraiment compris qu’il était en minorité à l’Assemblée ?

L’attitude du gouvernement d’Emmanuel Macron et de la majorité est dans l’ensemble très incrédule. Ils ont perdu leur majorité absolue au mois de juin, mais ne paraissent toujours pas l’avoir compris, leurs pratiques sont les mêmes qu’en 2017. Chaque vote mettant en échec leurs amendements ou leurs articles de loi est pris comme un affront, une anomalie. Nous l’avons toujours dit, tout ce qui ira dans l’intérêt des Français, nous le voterons. C’est assez clair me semble-t-il. Mais tant que le gouvernement ne voudra pas comprendre qu’il gouverne désormais en minorité, et qu’il doit être prêt à faire des compromis, il continuera à essuyer des échecs, à l’image du rejet de sept articles sur les vingt-cinq du projet de loi de programmation du budget pour 2023. Et ce n’est pas en traitant les partis d’opposition d’irresponsables, comme l’avait fait Gabriel Attal au mois de juillet à notre encontre (et ce qui en l’espèce est insultant), qu’ils vont faciliter le débat.

La menace de l’usage de l’article 49, alinéa 3, a été brandie par le président pour inciter les députés à voter la réforme des retraites qui arrivera au printemps prochain. Que répondez-vous face à cet ultimatum ?

Cette stratégie n’est pas étonnante et ne nous fait aucunement peur. D’une part, il semble qu’elle est surtout dirigée vers Les Républicains, sur lesquels le gouvernement compte pour faire voter ses textes à une courte majorité, sans faire trop de concessions. D’autre part, la réforme des retraites n’est pas une urgence pour notre pays, comme l’a rappelé Marine le Pen à plusieurs reprises ces dernières semaines. Ce serait très malhonnête de part du président de brandir cet article de la constitution pour qu’un tel projet de loi soit voté. A quoi cela servirait-il si ce n’est à faire porter le chapeau du blocage institutionnel à l’opposition ?

Encore une fois, si Emmanuel Macron souhaite gouverner, il doit accepter de dialoguer avec toutes les oppositions et pas seulement les Républicains ou une partie de la NUPES, qu’il est bizarrement toujours mieux disposé à écouter que nous. Menacer les oppositions de faire passer un tel texte par la force, en cas d’absence de majorité, est indigne.

Quelles autres mesures souhaiteriez-vous précisément porter dans les prochains mois ?

Hormis les mesures relatives au pouvoir d’achat, il y a le référendum sur l’immigration proposé par Marine le Pen, la suppression du droit du sol, le retour des étrangers en situation irrégulière dans leur pays d’origine. Contrairement aux propositions de la NUPES d’ailleurs, ces mesures ne sont pas minoritaires dans notre pays. Aujourd’hui, sept français sur dix sont favorables à une politique de l’immigration plus ferme. Il s’agit d’une vraie préoccupation. Que le gouvernement en veuille ou non, nos propositions de loi sont prêtes et rédigées depuis la présidentielle et nous les soumettrons à la discussion en temps voulu.

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Quelle position prendrez-vous sur l’euthanasie ?

A l’image de tous les sujets sociétaux, nous pensons qu’il s’agit d’une question de conscience, sur laquelle chacun doit s’exprimer librement. Par conséquent, nous ne donnerons aucune consigne de vote à notre groupe lorsque le débat s’ouvrira sur le sujet. Chaque député votera selon ses propres convictions. Pour autant, un sujet aussi sérieux mériterait un véritable débat national et non un simple vote à l’Assemblée, qui pourrait paraître lointain pour les Français, qui sont tous concernés par la fin de vie. Un référendum, comme l’a déjà proposé Marine le Pen, serait probablement le mode de consultation le plus opportun, pour que toutes les tendances puissent donner leur avis.

Les précédentes élections en Suède et en Italie ont donné pour vainqueur des coalitions de droite, avec comme lignes d’action la lutte contre l’immigration et l’insécurité. Est-ce un signe que l’Europe se réveille face à la vague migratoire, à l’insécurité ?

Ce mouvement en Europe est bien sûr une excellente nouvelle pour nous, surtout que ce sont des tendances de droite assez diverses qui ont été élues. Sans trop nous vanter, je crois que nous pouvons attribuer ce mouvement de fond au Rassemblement national, qui aborde depuis de nombreuses années et sans ambiguïtés les questions d’insécurité, de contrôle indispensable de l’immigration et de préférence nationale. La ligne mondialiste et européiste d’Emmanuel Macron, du groupe Renaissance, ainsi que de Madame Von der Leyen, a largement exposé ses limites, c’est un échec total. Le sentiment national n’a pas disparu depuis le traité de Maastricht, il est toujours bien présent et les évènements de ces deux dernières années (la crise sanitaire, la guerre en Ukraine) l’ont montré.

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Comment abordez-vous les élections à venir, en particulier les sénatoriales et les européennes ? Craignez-vous qu’une participation accrue aux scrutins vous pénalisent ?

Les scrutins des prochains mois, en particulier les sénatoriales, qui se tiendront en septembre 2023, nous remplissent d’optimisme. Les élus locaux auront pu voir ces dernières années notre investissement et notre sérieux, aussi-bien en région qu’en circonscription. S’agissant des européennes, nous avons bon espoir que les Français verront que nous agissons véritablement dans leur intérêt au Parlement européen. D’ailleurs, ils l’ont déjà prouvé au précédent scrutin de 2019, en plaçant de nouveau le Rassemblement national en première position, avec 23,3% des voix. Nous espérons une grande participation aux prochaines élections, qui ne pourra que nous bénéficier. Aujourd’hui, le Rassemblement national est le parti préféré des Français et les solutions que nous proposons sont majoritaires dans le pays. Aux élections législatives, nous avons élu 89 députés et je ne doute pas qu’avec une participation plus ample, nous remporterons de plus grands succès encore dans les prochaines élections. Elles seront un excellent indicateur en vue des élections présidentielles de 2027, que nous comptons gagner, aux côtés de Marine le Pen.

« En France, on a le droit de se moquer de tous les dieux ».

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Couverture de Charlie Hebdo le 14 janvier 2015 Xavier Francolon/SIPA 00701790_000007

En 2020, Emmanuel Macron a annoncé la création d’un Musée-mémorial du terrorisme dont l’objectif est de « rendre hommage aux victimes du terrorisme à l’échelle de la France et du monde ». Mais il s’avère que les caricatures de Charlie Hebdo n’y sont pas les bienvenues. L’analyse d’Elisabeth Lévy sur Sud Radio…


On l’a appris le jour du deuxième anniversaire de l’assassinat de Samuel Paty : le Musée-mémorial du terrorisme (MMT) renonce à exposer des caricatures de Charlie Hebdo.

Dans la lettre adressée le 15 juin 2020 à l’historien Henry Rousso, directeur de cet établissement, qui ouvrira physiquement en 2027 à Suresnes, Emmanuel Macron définissait ainsi sa mission : « Opposer à la barbarie et à la force mortifère de l’oubli, la lumière vitale de la mémoire et de la connaissance ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça commence mal. Pour sa première exposition, sous forme exclusivement numérique, le musée a fait plancher 300 lycées et collégiens de région parisienne sur le thème « Faire face au terrorisme ». Les élèves ont donc produit textes, images et podcasts. Mais Henry Rousso a éliminé les œuvres qui comportaient des caricatures de Charlie Hebdo, utilisées par deux établissements, la « une » du 15 Janvier 2015 – « Tout est pardonné », de Luz – et un dessin de Cabu sur le thème « Peut-on rire de tout ? » – on l’aura compris, la réponse est non.

Rousso n’est pas suspect de complaisance avec l’islamisme. Il veut protéger les élèves et les profs. Et ne nous mentons pas, le danger est réel, alors que des professeurs sont de nouveau menacés. J’ai moi-même refusé un excellent article de Cyril Bennasar parce que je craignais d’éventuelles retombées pour la rédaction. Ce n’était pas glorieux, mais Causeur n’est pas une institution publique qui peut bénéficier des moyens de protection de l’État.

Oui, nous avons peur, mais la peur doit-elle être notre loi ? Pour ces dessins Charb, Cabu et les autres ont été assassinés. Les censurer, c’est céder à tous les barbares qui veulent détruire notre liberté. De plus, ces caricatures sont un outil précieux pour expliquer la liberté d’expression aux jeunes musulmans qui répètent que ceux qui se moquent du prophète de l’Islam méritent la mort. En somme, la reculade du MMT est le symbole éclatant de notre défaite intellectuelle, politique et morale.

Le symbole est d’autant plus cruel que cette reddition intervient deux ans exactement après la décapitation de Samuel Paty.

Cela revient à tuer une deuxième fois l’enseignant-martyre, assassiné pour avoir montré des caricatures à ses élèves.

Il est déjà significatif que cet anniversaire ait été très peu couvert par les médias, focalisés sur la crise sociale. Comme si l’homme ne se nourrissait que de pain.

Bien sûr, on a créé un prix Samuel Paty, des places Samuel Paty, qui sont dans la continuité des nounours et des bougies. Mais alors que l’actualité nous fournit quotidiennement des preuves de la progression de l’islamisme d’atmosphère, notamment dans la jeunesse, nous continuons à ne pas vouloir voir, à nous raconter que seule une toute petite minorité pose problème et à dire que ce n’est pas bien de se moquer des religions en général et de l’islam en particulier – les croyants d’autres religions n’aiment peut-être pas qu’on se paie leur tête, mais ils ne tuent pas et ne menacent pas pour autant. Eh bien si, en France on a le droit de se moquer de tous les dieux, et ceux à qui ça déplait n’ont qu’à aller vivre ailleurs !

Voilà ce qu’on devrait dire, de l’Elysée aux salles de classe. Au lieu de quoi on noie le poisson. L’an prochain, le thème du prix Samuel Paty sera : « Les infox, quels dangers pour la démocratie ? » Et pourquoi pas une dissertation contre la faim dans le monde?

Devant le cercueil de l’enseignant, Emmanuel Macron proclamait : « Nous continuerons, professeur. » Oui, nous continuerons à nous coucher, à fermer les yeux, à nous raconter de belles histoires, à négocier.

Malheureusement, nos confrères de Marianne, dont il faut saluer la dernière « une », ont raison : l’indifférence a gagné. Et la liberté a perdu.

Couverture du n° 1335 de Marianne (13-19 octobre 2022). DR.
Vidéo de Sud Radio postée sur YouTube le 17 octobre 2022.

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Empêchons l’UE de financer des campagnes pour la promotion du voile islamique en Europe!

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L’euro-député LR, François-Xavier Bellamy, lance une pétition pour exiger que l’Union européenne cesse de subventionner des campagnes publicitaires ayant pour objectif de banaliser le port du voile. Pour Aurélien Marq, nous devons tous, malgré nos différences d’opinion sur d’autres questions, signer cette pétition.


Si vous trouvez normal que l’Union Européenne finance la propagande des Frères Musulmans, surtout, ne faites rien. Si vous êtes satisfait que les institutions de l’Union crachent sur les tombes de Mahsa Amini et de Nika Shakarami, surtout, ne faites rien. Si vous êtes prêt à dire en face aux Iraniennes et aux Afghanes que la liberté et la joie sont dans le hijab, si vous pensez que notre civilisation doit s’effacer devant l’islam, si vous estimez que l’obscurantisme est au-dessus des lois pourvu qu’il prétende parler au nom d’un dieu, si vous êtes convaincu qu’une femme qui montre ses cheveux est « une pièce de deux euros passant de main en main » et qu’un homme, ça n’est pas capable de s’empêcher, si pour vous le clientélisme électoral est plus important que la dignité humaine, alors surtout, ne faites rien.

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Mais si vous croyez que l’Europe peut encore être l’héritière d’Athènes et de Rome, que nous n’avons pas totalement renié Aspasie, Jeanne d’Arc et Marie Curie, que nos élus ont un devoir de décence, que les étudiantes qui chantent la liberté valent mieux que les mollahs qui les assassinent, que l’être humain est appelé à autre chose qu’à s’avilir devant des tyrans, fussent-ils de soi-disant dieux, alors il est temps de le faire savoir, et de saisir l’opportunité qui nous est donnée aujourd’hui. Peu importent nos appartenances politiques, peu importent les stratégies, les désaccords mineurs et les vieilles rancœurs, nous sommes à l’heure du choix, et le moins que nous puissions faire est de soutenir, avec les moyens dont nous disposons, ceux qui défendent encore l’espérance de l’humanité de l’Homme, et la possibilité pour l’Europe de garder la tête haute. Et qu’importe ce que nous pensons par ailleurs de leurs convictions politiques ou religieuses, de leur parti, de leurs autres engagements : au moment de lutter contre le totalitarisme, tout le reste devient secondaire. François-Xavier Bellamy a décidé de porter haut une exigence morale qui devrait tous nous obliger. D’autres auraient pu le faire, seulement voilà : d’autres ne l’ont pas fait. Il ne s’agit pas de s’enrôler sous sa bannière, ni d’ailleurs sous aucune autre, mais simplement de faire savoir qu’il n’est pas seul à estimer que cette exigence a un sens, et que nous attendons de nos élus qu’ils s’y conforment.

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Signer une pétition est peu de chose, cela peut même sembler dérisoire au regard des enjeux. C’est vrai, mais ce n’est pas une excuse pour hausser les épaules et rester passif ! Si vous pouvez faire plus, si vous pouvez faire mieux, parfait, faites plus, faites mieux ! Mais faites au moins ça, cet humble geste que nous pouvons tous faire et qui comptera si nous sommes nombreux à le faire, inscrire nos noms dans une liste que l’on espère la plus longue possible, et qui au fond ne dit qu’une seule chose : nous sommes ceux qui refusons l’indignité.

Pétition – Interdiction du financement de toute campagne de promotion du voile islamique