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Faut-il suivre la coupe du monde au Qatar?

La Coupe du monde de football sera-t-elle boycottée par les téléspectateurs (ainsi que par les mairies de certaines villes françaises) ou tout simplement ignorée?


C’est à la fin de l’année 2010, à la suite d’une réunion élyséenne jadis secrète et désormais fameuse, à l’époque où Nicolas Sarkozy était président de la République et Michel Platini président de l’UEFA, que le Qatar s’est vu attribué l’organisation de la Coupe du monde 2022. Comme tout ce que l’on a décidé de faire dans douze ans, la Coupe du monde au Qatar a donc fini par arriver.

Le sport international et le football en particulier avaient habitué ceux qui le scrutent avec appétit à une bonne dose de cynisme. De la coupe du monde italienne de 1934 à la russe en 2018, sans oublier les jeux olympiques berlinois de 1936, l’organisation des grands barnums sportifs ne s’est jamais tellement souciée de droits de l’homme ni de démocratie et n’a jamais tellement fait attention à l’endroit où elle mettait les pieds. Au fil des décennies, le cynisme est aussi devenu économique, et l’amateur a dû composer avec des compétitions de plus en plus longues, avec des phases de pool à rallonge pour assurer le maximum de soirées TV et avec une dispersion des images entre un nombre de plus en plus important de chaînes payantes (Groland avait à peine forcé le trait dans ce sketch).

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Mais ce coup-ci, avec la Coupe du monde au Qatar, on n’est pas passé loin de la fois de trop. Entre les stades construits en plein désert, leur climatisation pour rendre les parties à peu près jouables, les plus de 6 500 ouvriers (originaires du sous-continent indien) morts sur les chantiers, les faux supporters engagés pour remplir les stades, il y a quelque chose d’assez moche dans cette Coupe du monde. Même pour un adepte du réalisme politique insensible à la petite musique des valeurs, la vitrine offerte à la petite monarchie gazière est peut-être un trop gros cadeau. Aussi, en France, des mairies (Paris, Marseille, Lille, Bordeaux, Nancy, Reims, Brest entre autres) ont décidé, il y a quelques semaines, de boycotter la compétition et de ne pas déployer les habituels écrans géants en pleine ville. Elles bisquaient moins, quand, de 2012 à 2020, la chaine qatarienne Bein Sport, émanation d’Al Jazeera, a fait vivre les clubs français des villes citées plus haut en diffusant le championnat de France professionnel – et en payant les droits TV qui vont avec. En 2016, Georges Malbrunot et Christian Chesnot avaient écrit un livre (Nos très chers émirs) assez édifiant sur la générosité du Qatar à l’égard de la classe politique française.

Plus que le boycott, c’est peut-être davantage encore le déclin d’intérêt pour le football qui menace cette Coupe du monde. En février dernier, Courrier international rapportait un article sur le désintérêt en Allemagne des jeunes générations pour le ballon rond, le trouvant trop commercial ou trop ennuyeux ; un désintérêt confirmé par une étude plus large de l’Association européenne des clubs. Si le gamin de la fin des années 90 pouvait encore négocier le mercredi soir pour voir une mi-temps de la Ligue des Champions sur une chaîne privée mais gratuite, l’accès de moins en moins facile aux images a freiné le renouvellement générationnel, au moment même où Netflix entrait dans les salons et dans la bataille de l’attention. Si le cyclisme est devenu le sport des papys et le tennis celui des mamies chics, le football risque de devenir le sport des tontons. C’est qu’il faut du mérite, parfois, pour se coltiner certains matches ; quand l’amateur de basket est certain de voir 200 points dérouler sous ses yeux, l’amoureux de football n’a aucune certitude de voir ne serait-ce qu’un but en allumant le poste de télévision. L’Italie-RFA de la Coupe du monde 1970, considéré comme l’une des plus belles parties du siècle dernier, a été un match insipide pendant les 90 premières minutes avant de se débrider durant les prolongations. Le teenager des années 2020 aurait eu vite fait de switcher vers la droite ou à la gauche sur son écran. Il faut parfois 120 minutes pour que se dégage un seul moment de grâce.

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Car une Coupe du monde qui démarre, c’est un peu d’enfance qui reprend (à condition d’être tombé dans la marmite avant ses 10 ans). Pour les partisans du boycott, ça sera facile : une partie d’entre eux n’aime pas ça et ne l’aurait de toute façon pas regardée. Pour les autres, ils auront le même air que le supporter frondeur de Manchester United dans Looking for Eric de Ken Loach : en guerre contre les propriétaires américains, il fait partie de ceux qui boycottent les matches de l’équipe du Nord de l’Angleterre. Dans le film, à la suite d’une discussion houleuse avec ses camarades, il sort du pub, majeur levé, puis y retourne en catastrophe, quand il a cru deviner par la fenêtre teintée un but des Red Devils.

Nos très chers émirs

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L’énigme d’un abandon

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On ne protège plus le territoire, on l’a abandonné.


Autrefois, quand des étrangers s’avisaient de vouloir venir en masse s’installer dans une contrée sans y être invités, cela se traduisait généralement par force échanges de baffes, de horions, de coups de massues, de tirs d’arbalètes ou d’escopettes. Les peuples avaient la détestable habitude de ne pas apprécier qu’on leur force la main pour venir s’installer en groupe et en famille sur leurs terres. D’où de nombreuses batailles, parfois gagnées, parfois perdues, qui participèrent à forger le sentiment national, c’est-à-dire l’idée qu’il était doux de vivre avec des habitudes, des mœurs, une histoire et une culture communes, et que ce territoire commun où l’on se plait à vivre ensemble, méritait d’être protégé.

Ces habitudes désuètes ne sont plus à la mode. Aujourd’hui, quiconque veut venir au pays, d’où qu’il vienne, sans y avoir été autorisé par avance, doit être accueilli, hébergé, soigné. Ils sont chaque année environ 150 000 à entrer en France. Ils n’ont pas été invités mais ils sont là tout de même, et défendus mordicus dans leur droit à rester par une partie de la population, par d’innombrables associations dont c’est la seule raison d’exister (et de toucher des subventions publiques), et bien sûr par une multitude de règlements, de lois, de droits, et de conventions nationales comme européennes. Tout est fait pour protéger le migrant, comme pour compliquer le plus possible toute action publique à son encontre.

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Cet abandon total, depuis tant d’années, de toute protection d’un territoire qu’on appelait autrefois une patrie, s’explique sans doute par la dictature idéologique, drapée dans la morale, d’un humanisme manifestement de pacotille, dans la mesure où ce grand foutoir migratoire rend la vie impossible aux nationaux mais aussi aux personnes mêmes que l’on prétend accueillir.

Mais ce terrorisme intellectuel, s’il est une des causes probables du problème, n’excuse en rien l’abandon par les responsables politiques successifs de ce qui devrait être une de leurs tâches premières ; la défense du territoire et de ses intérêts vitaux.

L’entrée illégale et le maintien sur le territoire, chaque année, de dizaines de milliers d’étrangers, sans que le gouvernement n’amorce l’ombre d’une décision rapide, efficace et ferme, constituera sans doute, pour les historiens du futur, une grande énigme du 21ème siècle, en même temps qu’une des causes probables de la disparition des nations comme de la civilisation européenne.

Cinéma Français: et si la relève arrivait enfin

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Les Lendemains de veille, de Loïc Paillard nous redonne espoir pour le cinéma français et les véritables comédies dramatiques.


Le second film de Loïc Paillard, Les Lendemains de veille, est une bouffée d’air frais dans le paysage cinématographique français de l’après-pandémie. Le sensationnalisme froid et déshumanisé à la Netflix s’était quelque peu emparé des salles obscures de l’Hexagone : Les Lendemains de veille revient avec bonheur à un cinéma d’auteur tendre, irrévérencieux, drôle et foncièrement humain.

Une bande d’amis trentenaires se retrouve dans une maison de campagne après la mort soudaine de leur pote de toujours. Les souvenirs intimes ressurgissent, le deuil des belles années s’installe : chacun cherche à comprendre à sa manière s’il reste quelque chose de l’amitié fusionnelle qui les a unis autrefois.

Si le sujet semble lourd au premier abord, le film ne sombre jamais dans le misérabilisme : bien au contraire, c’est une vraie comédie dramatique comme on en voit trop rarement depuis vingt ans. On rit d’un rire franc et espiègle, en complicité avec des personnages complexes et attachants dont on aimerait volontiers rejoindre la bande.

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Le casting, porté par un trésor de jeunes talents, nous rappelle un peu la jeunesse débridée et à fleur de peau des années Dewaere et Miou-Miou. Vulnérables et lumineux, ils portent le fardeau d’une entrée douloureuse dans l’âge adulte, cherchant leur chemin un peu à l’aveuglette, dans une époque résolument désemparée. Le jeu est intelligent, fragile, tout en retenue, avec de belles gueules d’acteurs que l’on compte bien revoir, comme le délicat Étienne Beydon, l’impétueuse Marica Soyer, le flamboyant Valérian Behar-Bonnet ou encore l’élégante Lucile Krier…

Les dialogues truculents jonglent entre grossièreté et poésie et font penser aux premiers films de Bertrand Blier, avec toute la couleur propre à cette nouvelle génération.

Le ton est libre, sans concession. La lumière chaude d’une campagne accueillante devenue triste finit de poser le décor tragi-comique de cette émouvante réunion de famille.
On y fête le passé qui s’éloigne avant de s’aventurer timidement à miser sur l’avenir. La nostalgie est assumée et l’espoir s’impose de lui-même, sans naïveté.

Du cinéma classique, celui qu’on aime revoir plusieurs fois.

Les Lendemains de veille, de Loïc Paillard, 85 minutes, en salle.

Assemblée nationale, TPMP: qui est encore exemplaire?

Le 10 novembre, sur le plateau de TPMP, un échange d’insultes entre Louis Boyard (ancien chroniqueur de l’émission et député La France insoumise) et l’animateur Cyril Hanouna, au sujet de Bolloré, a suscité l’indignation.


«A l’Assemblée, la parole gagnée par la familiarité» (Le Figaro). Pour certains députés et quelques ministres, il s’agit d’un euphémisme.

Ce n’est pas seulement la « parole » qui se dégrade mais des comportements qui ont tranché d’emblée avec une politesse parlementaire longtemps respectée quels que soient les antagonismes.

Il y a eu l’émergence d’un nouveau monde pour le pire.

Faut-il rappeler la grossièreté du jeune député Louis Boyard ayant refusé de saluer des collègues du Rassemblement National le premier jour d’une Assemblée nationale pluraliste ?

Ce n’est pas par hasard que j’évoque ce parlementaire puisqu’à nouveau il a fait parler de lui sur C8 à la suite d’une grave altercation avec Cyril Hanouna. Selon Le Monde, celui-ci «insulte un député La France insoumise et provoque un tollé».

Louis Boyard a attaqué Vincent Bolloré qui avec d’autres aurait été responsable de l’appauvrissement de l’Afrique.

Cyril Hanouna lui a rappelé qu’il avait été chroniqueur dans son émission sans avoir eu le moindre cas de conscience, mais que devenu député, il revenait à « Touche pas à mon poste ! » pour cracher sur le milliardaire breton.

Dans une dispute prenant de plus en plus d’ampleur, Cyril Hanouna s’est laissé aller à traiter Louis Boyard de cette façon : «Espèce d’abruti…ferme ta gueule…t’es une merde…calme-toi…tais-toi…t’es un naze…allez barre-toi…».

Le député a quitté le plateau, sifflé et en accompagnant sa sortie d’un doigt d’honneur.

Il est clair que le député La France insoumise n’aurait pas dû être insulté ainsi, en des termes sans lien même avec le langage généralement décontracté de l’animateur.

L’Arcom a été saisie et Louis Boyard va demander l’ouverture d’une commission d’enquête sur les ingérences de Bolloré dans nos médias et donc sur TPMP. La première démarche paraît logique mais la seconde n’a aucun sens.

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On est déjà en train d’intenter un procès à Cyril Hanouna au prétexte qu’il favoriserait l’extrême droite et qu’il aurait maltraité Jean-Luc Mélenchon. Ce n’est pas le souvenir que j’ai de l’émission politique « Face à Baba » où le leader de La France insoumise a pu en particulier s’en prendre violemment à un fonctionnaire de police.

La France insoumise s’interroge, paraît-il, sur l’opportunité de se rendre sur le plateau de Cyril Hanouna. Ses députés sont-ils naïfs au point de s’imaginer être forcément accueillis avec bienveillance, sans le risque d’un affrontement ?

Je crains qu’à la suite de cette empoignade, de ce « clash » selon l’expression favorite des médias qui en voient un dès qu’on s’oppose vigoureusement, on dresse un portrait à charge de Cyril Hanouna parce qu’il pâtit d’un double handicap : son émission a beaucoup de succès et il défend Vincent Bolloré quand ce dernier est vilipendé.

Cyril Hanouna a sans doute compris depuis longtemps que la dénonciation médiatique de Bolloré est une sorte d’obligation, d’épreuve reine pour tous ceux qui n’ont rien à dire. Ils auraient rêvé d’une personnalité tendant une joue après l’autre. Ce n’est pas vraiment son genre et il est insupportable qu’il demeure impavide face à ces permanentes et lassantes agressions verbales.

Sainte Thérèse de Lisieux disait qu’on ne peut pas être «une sainte à mi-temps». J’ai envie, au sujet de Louis Boyard, de soutenir qu’on ne peut pas non plus être un député à mi-temps. Il est trop facile, député, de se comporter mal à l’Assemblée nationale puis sur un plateau de télévision se rappeler qu’on l’est et exiger un respect dont dans sa conduite parlementaire on se moque.

C’est sans doute la perversion la plus éclatante de l’univers politique et médiatique d’aujourd’hui : on ne sait plus qui est exemplaire, qui peut s’en prévaloir. Comme plus personne ne l’est partout, les responsabilités sont sans cesse partagées et aucune culpabilité n’est entière. Il y a de l’équivoque à foison.

Certes, Cyril Hanouna a insulté Louis Boyard mais celui-ci, exigeant le respect pour lui-même et sa fonction, n’a-t-il pas rendu, de son fait, au moins difficile une telle déférence ?

N’a-t-il pas récolté à TPMP ce qu’il avait semé à l’Assemblée nationale ?

Le Mur des cons

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Libres propos d'un inclassable

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Un avocat général s'est échappé

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«Dans le journalisme, on ne doit s’interdire aucun sujet» : entretien avec Régis Le Sommier

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Le grand reporter Régis Le Sommier, lance le média Omerta le 16 novembre. Sus au pudeurs de gazelles, l’ancien directeur adjoint de Paris-Match compte bien fracturer les chapelles idéologiques. Au menu, reportages nationaux et internationaux. Pieds dans la boue ou avec les wokes, l’essentiel est d’aller sur le terrain… Entretien.


Causeur. Cher Régis, le quotidien Libération vous a déjà consacré deux articles cette année. Vous voilà au faîte de votre gloire…

Régis Le Sommier. Libération a fait un premier article sur moi, calomnieux et en grande partie faux, mais qui ne concernait que moi. Là, le second article salit le travail de toute l’équipe d’Omerta, qui comprend trente personnes. Libération s’arroge le droit de dire qu’à priori, le média Omerta est d’extrême droite et pro-Russe alors qu’aucun des travaux de ces trente personnes n’est encore visible. Moi qui ai passé du temps dans des pays où les médias sont sous cloche, j’y vois les mêmes méthodes que dans ces pays où les médias accablent, désignent, admonestent quelqu’un pour essayer de l’éliminer socialement. La philosophie est la même. Ce sont des méthodes qui rappellent celles des trotskystes des années 1970 et qui sont utilisées dans les pays dictatoriaux pour éliminer les opposants. Ça me choque beaucoup plus que le portrait peu flatteur qu’ils ont fait de moi et c’est pour ça qu’avec Omerta, nous envisageons un recours en justice.

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En acceptant de répondre à Causeur une nouvelle fois, ne craignez-vous pas que Libération vous consacre un nouvel article avant Noël ?

Vous auriez été un média proche de Jean-Luc Mélenchon, j’aurais répondu oui aussi. Je parle à tout le monde, je n’ai pas de parti pris idéologique, j’ai des sensibilités politiques qui n’interviennent jamais dans mon travail journalistique. Mon leitmotiv, c’est de toujours aller sur place, de montrer des choses, de parler au maximum aux protagonistes d’une histoire, d’un conflit ou d’une tendance de société. Dans l’affaire des bassines à Sainte-Soline, j’aimerais savoir pourquoi les blacks blocs arrachent des tuyaux, par exemple. D’une façon générale, j’estime que l’un des principes de base du journalisme, c’est de parler aux deux camps. Parler avec la victime ne suffit pas, il faut aussi parler au bourreau pour comprendre pourquoi il a agi ainsi, pourquoi Poutine a bombardé l’Ukraine, par exemple. Dans une école de Kherson, j’ai pu interroger une institutrice russe qui me montrait des manuels d’histoire tout neufs. Je lui ai demandé comment était traitée la grande famine d’Holodomor, car elle n’y apparaissait pas. Elle a été troublée, j’ai très vite compris que l’on n’enseigne plus cette tragédie fondatrice de l’Ukraine aujourd’hui, mais qu’elle est noyée dans l’histoire russe. Cela, je n’aurais pas pu le constater sans être allé du côté russe.

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Le traitement de la guerre russo-ukrainienne vous semble-t-il partial en France ?

Non, ce n’est pas ce que j’ai dit. Il y a eu de très bons reportages faits du côté ukrainien. Moi-même j’ai fait un reportage côté ukrainien en avril, où j’ai accompagné des enrôlés français volontaires. Mais le problème du traitement médiatique de cette guerre, c’est qu’elle est bornée par deux individus. D’un côté vous avez Xavier Moreau, ancien officier très pro-russe, qui nous dit tous les jours, quand la Russie recule, que les Russes peuvent nous faire un nouveau Stalingrad et gagner. De l’autre côté, Bernard-Henri Lévy, symétriquement illusoire, qui lui nous répète tout ce que lui dit le chef de l’état-major de l’armée ukrainienne. Entre ces deux extrêmes, il y a moyen de faire un journalisme de qualité, de raconter ce qui se passe et ce que les gens ressentent. Cela va au-delà de l’Ukraine et de la Russie. Pour Omerta, j’essaye de retourner en Afghanistan par exemple. On a aussi prévu des sujets sur les radicalités en France, sur l’extrême gauche, sur l’extrême droite, le wokisme, l’agriculture ou les pêcheurs, bref, sur tout ce qui agite la société.

Régis Le Sommier, Omerta, DR.

Quelle est la politique éditoriale d’Omerta ?

Que ce soit sur les sujets nationaux ou internationaux, la promesse éditoriale est : on y est allé. On aura aussi une chaîne YouTube avec probablement deux grands entretiens par mois, que je mènerai avec une personnalité autour d’un sujet d’actualité. Mais la finalité première d‘Omerta sera du documentaire et de l’investigation. Sur ce dernier point, on va aussi mouiller la chemise, ça clachera et j’en ai l’habitude. Je sais que quand on soulève un lièvre, il faut s’attendre à un déferlement de mortiers autour de soi. Je n’en ai pas peur et j’ai toujours envie de faire ça. Si je peux, à travers un de ces documentaires, apporter quelque chose à la compréhension de notre société ou de ce qui se passe dans le monde, j’en serai ravi.

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Pourquoi avoir choisi ce nom ?

Il faut le prendre comme une petite pique à certains médias qui s’interdisent des choses. Le leitmotiv de ma vie de journaliste, c’est qu’on ne doit s’interdire aucun sujet. Actuellement, on sent qu’il y a un retour des interdits avec une dimension quasi-religieuse : il y a à la fois une démonisation de l’adversaire et des sujets que l’on ne peut plus traiter. De plus, certains médias  s’auto-investissent comme juges de moralité depuis des années, en particulier vis à vis de leurs confrères. Cet esprit-là n’intéresse pas les gens, ça leur fait perdre de nombreux lecteurs depuis des années. Le sacerdoce du journalisme, c’est aller au maximum contre ces interdits idéologiques et de ne s’interdire aucun endroit où aller. Après, il y a des propriétaires, oui, qui ont parfois des intérêts qui vont à l’encontre de ce que le journaliste leur propose.

Justement, qui est le patron d’Omerta ?

Il s’appelle Charles d’Anjou. C’est quelqu’un qui a travaillé une bonne partie de sa vie en Asie, en Russie et en Ukraine. Il a aussi travaillé à vérifier si des entreprises ne finançaient pas des projets locaux avec de l’argent sale, en Libye notamment, et a donc une éthique irréprochable. Lors de l’invasion russe en Ukraine, il a travaillé pour TF1 pendant quelques mois, notamment avec Liseron Boudoul, le grand reporter de TF1. Il intervient aussi régulièrement sur LCI.

Il n’y a donc pas d’œillères idéologiques aptes à bloquer certains sujets chez Omerta ?

Absolument pas, nous comptons bien aller au-delà de ça. La seule limite, c’est de ne pas mettre la vie des acteurs d’un reportage ou d’un journaliste en danger. C’est un principe édicté par Daniel Filipacchi.

Et la tentation de faire du non-politiquement correct pour vendre ?

Pas du tout. La rédaction d’Omerta est très diverse. Il y a des gens qui ont des sensibilités de droite et des gens qui ont des sensibilités de gauche. Notre rédaction est d’ailleurs beaucoup plus éclectique que certaines rédactions qui nous critiquent, et qui en termes de recrutement, feraient bien de s’ouvrir à la diversité.

Assad

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Démographie: entre immigration massive et politique nataliste, il faut choisir

Autant par humanisme que par réalisme, nous devons remédier à l’«hiver démographique» de l’Europe, non par l’immigration massive, mais par une politique nataliste. Il y va de l’avenir de notre nation. Tribune du président de Via, la voie du peuple.


Alors que le vieux continent connaît d’innombrables problèmes sociaux, culturels, sécuritaires à la suite d’un demi-siècle d’immigration massive, les simples propos d’un député sur les migrants ont provoqué les cris d’orfraie de toute la classe politique. Dans le même temps, Gérald Darmanin a annoncé vouloir intensifier ce processus migratoire en accordant davantage de titres de séjours à des travailleurs clandestins sous prétexte que ces derniers se trouvent dans des secteurs d’activité « tendus ». Il provoque ainsi un appel d’air à destination des migrants traversant la Méditerranée, de plus en plus nombreux suite à la bombe démographique africaine[1]. En parallèle à cette immigration sans frein qu’il est interdit de contester, l’Europe connaît un hiver démographique[2] sans précédent, le tout favorisé par un discours écologiste dé-nataliste. Plutôt que de lancer un vaste plan nataliste en France, les idéologues modernes expliquent donc que l’immigration représente pour les pays développés la seule solution pour « permettre de combler le solde démographique naturel, d’ores et déjà négatif» [3]. Notre société est devenue tellement passive face aux défis modernes qu’elle nous exhorte à accepter la fameuse « transition démographique » artificielle promue par Emmanuel Macron au lieu d’exalter la solution naturelle que toute société saine devrait défendre.

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À rebours des progressistes qui nous assènent un discours fataliste (« il n’y a rien à faire contre les flux migratoires ») et culpabilisateur (« il faut avoir moins d’enfants pour sauver la planète »), nous devons être résolument tournés vers le futur de notre pays. Et cela passe par la démographie. Ainsi, nous souhaitons promouvoir pour la France, et pour l’avenir de notre continent, la relance de la natalité et la fin de l’immigration massive, par humanisme et par réalisme ! Par humanisme, car tout déracinement d’un individu à sa terre est un drame absolu, surtout si nous n’avons à lui offrir que des conditions de vie lamentables. Par réalisme par ce que, au-delà des questions économiques, la question démographique est indissociable de la question de l’éducation : quels Français voulons-nous pour demain ? Que nous importe que nous ayons chaque année 300 000, 400 000 ou 500 000 naissances supplémentaires si nous ne sommes pas capables d’éduquer correctement cette jeunesse ? Or, l’immigration massive présente justement un problème éducatif : nous sommes devenus incapables d’assimiler les masses qui se présentent à nos frontières, qu’en sera-t-il demain de leurs enfants et petits-enfants ? François Bayrou, notre nouveau « commissaire au plan », a eu le mérite d’évoquer ce problème aux derniers États généraux de la natalité : pour lui, la solution migratoire n’est « pas une solution d’évidence », notamment parce qu’elle « présente des difficultés sociales et culturelles»[4].

Nous rajouterons, parce que ce sujet doit être abordé pour de bon, que la « politique nataliste » ne présente pas en soi de problème écologique, contrairement à ce qui est affirmé par ceux qui prophétisent la fin de l’espèce humaine sur tous les plateaux de télévision. Puisqu’il est avéré qu’une famille de trois enfants en France (3.221 Kg de CO2 par an) a un bilan carbone moins important qu’un célibataire globalement plus consumériste (10.685 Kg de CO2 par an)[5], pourquoi défendent-ils sans cesse la dé-natalité ? Si vraiment l’empreinte carbone est la clé du problème environnemental, alors pourquoi ne voit-on pas les adeptes d’Attac, d’Extinction-Rébellion ou de Dernière Rénovation promouvoir des politiques familiales ? À l’inverse, il n’est pas vraiment sérieux de prétendre vouloir sauver les générations futures en stérilisant les générations présentes : l’« éco-anxiété » dont souffriraient certains jeunes[6] biberonnés aux scénarios de science-fiction du GIEC[7] ne doit pas les empêcher d’avoir un raisonnement censé… Qu’ils se concentrent d’abord sur les porte-conteneurs, fruits de la mondialisation sauvage, et qui représentent chaque année 2,6% des émissions mondiales[8], avant de stériliser notre avenir. 

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Ainsi, la question écologique ne sera pas réglée par la dénatalité de l’Europe. Et la question de l’hiver démographique européen ne doit pas être réglée par l’immigration, mais par une véritable politique nataliste. Celle-ci doit permettre aux foyers de vivre dans des conditions décentes, dans un logement adapté à la taille d’une famille, avec des emplois stables pour au moins l’un des membres de la famille, et suffisamment de pouvoir d’achat pour prendre soin des enfants. Or, force est de constater que l’inverse est appliqué actuellement : les jeunes générations souffrent d’instabilités brutales sur le plan économique ou en termes d’emploi, elles sont souvent démotivées faute de logement adapté pour agrandir la famille, elles sont particulièrement touchées par les impôts depuis que le plafond du quotient familial a été raboté par deux fois en 2014. Et que dire du pouvoir d’achat actuel des Français torpillé par la politique économique désastreuse de nos gouvernants et par la crise qui s’aggrave de jour en jour ?

La situation actuelle est-elle en mesure de promouvoir la natalité, de permettre aux parents de donner une éducation adaptée à leurs enfants et aux écoles une instruction même basique ? Notre modèle social est-il en mesure de promouvoir les solidarités familiales indispensables à la stabilité et à la confiance en soi des jeunes couples ? Ou bien ne promeut-il au contraire qu’un individualisme coupable et une lutte des sexes stérile ? Nous sommes au carrefour de notre civilisation : l’avenir de nos enfants se joue autour de cette question démographique. Il est crucial que nous y mettions les moyens adéquats en repensant la famille et en l’aidant à s’épanouir dans un monde qui semble l’avoir oubliée, ou qui ne la considère que sous son aspect purement économique.


[1] « Basculement. La démographie africaine, une révolution mondiale qui va façonner le XXIe siècle », Courrier international, le 15/10/2022.

[2] « Grand entretien : Gérard-François Dumont et l’hiver démographique européen », Observatoire de l’immigration et de la démographie, le 24/08/2021.

[3] « Dans les pays développés, la migration est désormais le premier facteur de la croissance de la population », Le Monde, le 28/07/2022.

[4] « Les états généraux de la natalité (RCF) », AFC France, le 19/05/2021.

[5] « Ce qu’il faut savoir sur le bilan carbone des Français », L’Express, le 28/03/2011.

[6] « Les jeunes générations peuvent-elles surmonter leur éco-anxiété ? », National Geographic, le 02/07/2022.

[7] « Climat : les 12 mensonges du GIEC – Politique & Eco avec Christian Gerondeau », TVLibertés, le 25/04/2022.

[8] « Porte-conteneurs, supertanker, navires de croisières… Ces bateaux géants causent une importante pollution de l’air », France Info, le 25/01/2019.

La macronie et l'islamisme: 5 ans de lâchetés

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Va-t-on tous finir au RSA?

Les prestations sociales représentent 31 % du PIB. En se faisant assureur universel, l’État providence garantit surtout un système économique qui accroît les inégalités. C’est l’un des symptômes du déclin.


La situation française repose sur un curieux paradoxe. Partout, dans la presse progressiste, aux micros des radios publiques, dans les universités de sciences sociales ou les meetings de la Nupes, on ne cesse de dénoncer un néolibéralisme qu’on suppose omniprésent, omnipotent et responsable de toute la misère du monde. Pourtant, il y a un indicateur qui ne trompe pas : notre pays est le champion de monde de la dépense publique. En 2021, derniers chiffres connus, celle-ci a atteint 1 475 milliards d’euros, ce qui représente 59 % du PIB. En 2020, au plus fort de la crise du Covid, le taux de 60 % a même été dépassé. Aucun pays européen, et a fortiori occidental, ne fait davantage (seuls les pays scandinaves approchaient autrefois ces montants, mais depuis les années 2000, la France les a doublés). Cette tendance à la hausse est d’ailleurs ancienne puisqu’elle débute dans les années 1970 sous Valéry Giscard d’Estaing, qui fut le président le plus socialement généreux et dont la politique de relance, en 1975, a dépassé, et de loin, les prodigalités très mesurées de 1981 et 1982. Encore faut-il préciser ce que représente ce taux de dépense publique : il ne signifie pas que l’État aspire, pour la faire disparaître, 60 % de la richesse produite ; il signifie que chaque année entre le 1er janvier et le 31 décembre, 60 % de ce qui est créé passe entre les mains de l’État pour être redistribué, sous la forme, par exemple, de traitements payés aux fonctionnaires, d’investissements ou, de plus en plus, de prestations sociales. À ce titre, comme le remarquait déjà le grand Milton Friedman, ce ratio est sans doute le meilleur signe du poids et de l’influence de l’État dans une économie et dans une société.

Or, le moteur de cette dépense publique, extraordinaire au sens propre, c’est le social ! La dépense sociale, représente aujourd’hui plus la moitié de la dépense publique et plus de 31 % du revenu national. Là encore, c’est un record mondial. Ceux qui, pour reprendre un titre fameux de Pierre Rosanvallon, dénoncent depuis quarante ans la « crise de l’État providence » se trompent. Ce dernier est beaucoup plus développé aujourd’hui qu’en 1945 quand, même après la création de la Sécurité sociale, près d’un tiers des Français ne bénéficiaient pas d’assurance maladie. Les tensions actuelles dans l’hôpital public ou la présence de déserts médicaux ne doivent pas faire regretter les années 1960 quand le moindre cancer amenait sûrement et rapidement le malade au cimetière. L’État providence, c’est maintenant !

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Or, au risque de choquer, cette situation est loin de n’avoir que des aspects positifs. Pour le comprendre, il faut rechercher les causes de l’hypertrophie actuelle. Elle résulte d’un double phénomène. Dans les années 1970, le système d’assurances sociales, né dans les années 1930, fortement perfectionné en 1945, est arrivé à maturité. La totalité de la population active, intégrée à la société et vivant de son travail, a bénéficié d’une protection très large contre les principaux « risques » de la vie : la vieillesse, la maladie, le chômage… Cette couverture est depuis restée à un niveau très élevé et sa charge financière a même augmenté en raison de l’élévation de l’espérance de vie et des progrès de la médecine (le « reste à charge », c’est-à-dire la dépense de soin acquittée directement par le malade, est par exemple exceptionnellement bas en France, avec seulement 7 % du total, contre 93 % pour les prises en charge collectives). Les promesses des créateurs de la Sécu, les Laroque, Parodi ou Croizat (on notera la belle unanimité des gaullistes aux communistes) ont été tenues.

À partir des années 1970, toutefois, un second système de protection a progressivement été créé, cette fois sur des bases d’assistance et destiné à ces « exclus » privés de liens de famille, de travail, de ressources, que curieusement le système d’assurance n’avait pas fait disparaître et dont la croissance en berne a augmenté sans cesse le nombre. C’est cette dualité qui explique l’inflation des dépenses. Or, ces deux techniques n’ont ni la même signification sociale, ni la même dimension morale. Assurer à un travailleur âgé ou malade la conservation de son niveau de vie (le système d’assurance est, littéralement, conservateur, puisqu’il vise à maintenir une situation existante) est le signe d’une société qui fonctionne bien et qui permet l’intégration de tous ses membres. Verser un revenu minimum, souvent à un niveau très faible, est toujours un constat d’échec qui manifeste l’incapacité d’une économie à inclure l’ensemble de ses membres. Ces prestations peuvent en outre avoir des effets pervers en favorisant les maux contre lesquelles elles prétendent lutter et, au risque de heurter les nouveaux bien-pensants, il faut remarquer qu’il y a peu de familles monoparentales dans les pays qui ne les financent pas.

Surtout, le développement de cette dépense sociale s’inscrit dans un contexte très particulier, marqué – et la gauche a au moins raison sur ce point – par une libéralisation profonde de l’économie. Les mécanismes dirigistes comme le contrôle des prix, le contrôle des changes ou le contrôle du crédit ont tous été heureusement supprimés dans les années 1980. Des grandes réformes de structure de la Libération, il ne reste que la Sécurité sociale. Les entreprises nationales ont presque toutes été privatisées et François Bayrou est le commissaire général d’un Plan qui n’existe plus. L’économie française est désormais intégrée dans un marché mondialisé qui a pour effet naturel d’accroître les inégalités : par le bas en transformant les ouvriers non qualifiés en chômeurs, et par le haut en offrant aux managers (c’est mal) ou aux footballeurs (c’est bien) un terrain de jeu beaucoup plus étendu. Enfer néolibéral ou régime quasi collectiviste ? En réalité, ces deux tendances majeures doivent être pensées ensemble. L’État a compensé par un système de redistribution surdimensionné les effets sociaux de la libéralisation économique. C’est l’assureur universel qui répare tous les dommages et achète la paix sociale à coups de virements bancaires, comme en ce moment avec la « prime inflation ».

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Cette politique a des conséquences délétères. Certes, elle explique que les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres ne sont pas accrues en France, alors qu’elles se sont creusées dans tous les autres pays occidentaux. Mais au prix d’un déclin économique et d’une fragilisation des classes moyennes dont les Gilets jaunes ont été un symptôme spectaculaire. Ce mouvement, c’est celui d’actifs modestes, qui bénéficient très peu des mécanismes d’assistance concentrés sur les « exclus » et qui financent à plein le système. Il y a, dans cette rupture du lien contributif, les germes d’une dissolution sociale.

D’autres choix étaient possibles. Deux en réalité. Le premier est tabou : c’est celui du protectionnisme. On ne le citera donc que pour mémoire et pour rappeler que le régime juridique des échanges ne devrait normalement pas relever de la sphère religieuse. Il peut y avoir, dans certaines circonstances, un protectionnisme intelligent, c’est-à-dire modéré et ciblé, selon les pays, selon les produits, comme celui qui était pratiqué en France à la fin du XIXe siècle et avait conduit à un véritable regain industriel. Protéger aujourd’hui des secteurs stratégiques, fixer des barrières qui tiennent compte des conditions de travail et de l’impact environnemental ne semble pas extravagant. La seconde orientation, c’est la montée en gamme, la spécialisation dans des biens ou des services de haute technologie. On nous en rebat les oreilles depuis des années, mais rien n’a été fait dans ce sens, au contraire. Monter en gamme, cela signifie réformer le système éducatif dans le sens de l’exigence et de la sélection, comme le montre l’exemple des pays asiatiques qui réussissent, la Corée ou Singapour (en France le niveau en mathématiques s’effondre). Cela signifie réorienter la dépense publique vers les investissements (la part de ce poste dans les budgets des administrations n’a cessé de décroître, au profit de la dépense sociale). C’est assurer l’ordre et la sécurité publique (de récentes études économiques ont montré que la dépense dans les missions régaliennes a des effets positifs sur la croissance). En d’autres termes, il va falloir choisir le symbole du pays : l’industrie de pointe ou le RSA.

Histoire, mythologie et identité nationale

Le nécessité du mythe commun à travers le roman national pour inscrire l’identité dans la pérennité. Voilà ce que ceux qui veulent détruire notre roman national n’ont pas compris; Tribune de l’auteur de Le Roi a ri.


Une civilisation, une nation, ça se construit, ça se vit et ça se rêve. C’est ce que les Grecs anciens avaient bien compris. Jamais ils n’auraient eu la désinvolture de confondre Hésiode et Hérodote, Homère et Thucydide. Pas plus qu’ils ne se seraient égarés à classifier dans le même registre le récit des guerres du Péloponnèse et la saga de l’épopée troyenne. Eux savaient que la mythologie ne se réduit pas à l’histoire et que l’histoire ne peut tenir lieu de mythologie. L’une et l’autre ne sont pas de même nature. La mythologie est le rêve civilisationnel commun autour duquel les peuples se rêvent, s’exaltent, se glorifient, se magnifient, inscrivent leur identité dans la pérennité de ce qui transcende l’amas événementiel de l’histoire en actes. C’est aussi ce qu’ont compris, à quelque vingt siècles de distance, les Eugène Lavisse de la Troisième République, proposant au pays la convention narrative fondatrice de notre culture républicaine française – à la fois moderne et patrimoniale – qu’on appelle aujourd’hui le roman national. Et c’est bien sous l’angle de la mythologie que ce roman national doit être appréhendé. Ceux qui ont voulu – et veulent encore – le détruire lui font le procès de prétendre être ce qu’il n’a pas à être : l’histoire. Il n’est pas l’histoire. Il ouvre le champ à l’histoire, ce qui est bien différent. Il est ce qu’on a à connaître et ce dans quoi on se reconnaît en tant que frères de nation quand bien même on se ficherait de la mort de Louis XVI comme de sa première chemise. Parce que le roman national relève du mythologique plus que du savoir, il nous est vital. On ne connaît pas d’exemples de peuples, de civilisations, qui ayant sacrifié leur rêve identitaire, se soient perpétués. Le sabordage du mythe commun ne fait que précéder le naufrage général. Mieux encore, il l’annonce. Les Grecs antiques en savent quelque chose. Comme quoi il est toujours bon d’aller se faire voir chez eux.

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Boulot, dodo, dodo

Les jeunes Français n’aiment plus travailler.


Une enquête réalisée entre le 11 et le 13 octobre par l’IFOP[1] ne va pas réjouir les défenseurs de la valeur travail. Plus de 2 000 personnes majeures et représentatives de la population ont été interrogées sur leur perception du travail. Le résultat est sans appel : une majorité de Français, 54 %, assimile le travail à une contrainte et non à une source d’épanouissement. Ce qui explique que 45 % d’entre eux confessent travailler « juste ce qu’il faut », une pratique particulièrement marquée chez les jeunes actifs de 18 à 34 ans. On retrouve le même pourcentage pour ceux qui reconnaissent que le salaire est l’unique élément qui les pousse à se rendre au travail. En 1993, ils étaient 33 % dans cette situation. Ils sont 58 % à affirmer qu’ils cesseraient leur profession s’ils percevaient un revenu équivalent à celui qu’ils perçoivent aujourd’hui sans devoir travailler. En 2003, seulement 46 % des personnes interrogées par l’institut de sondage CSA répondaient de cette manière. Aujourd’hui, 37 % des Français se disent concernés par ce qu’on appelle le « quiet quitting », qui signifie « démission silencieuse ». Il ne s’agit pas d’une démission stricto sensu, mais d’un refus de s’investir dans son emploi plus que de raison. Tout en gardant son poste, le salarié lève le pied, refuse les heures supplémentaires, ne se laisse pas solliciter en dehors de ses horaires ou évite d’effectuer des tâches qui ne relèvent pas de son profil de poste. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette évolution de la vision du travail : la place croissante du télétravail, accentuée par la pandémie ; la quête de sens, souvent invoquée par des jeunes pour des raisons écologiques et sociales ; l’aspiration à plus de temps libre. Cette étude vient confirmer que le travail n’occupe plus une position centrale dans la vie d’un grand nombre de gens. Sandrine Rousseau est-elle en train de gagner la bataille des idées avec son « droit à la paresse » ?

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[1]. Résultats disponibles sur le site lesmakers.fr.

Brigitte Giraud, un roman de femme ?

L’attribution du Goncourt à Vivre vite pose la question, jamais résolue, de l’existence d’une écriture proprement féminine.


Après Annie Ernaux, prix Nobel de littérature, qui fut à l’origine d’une violente polémique (y compris au sein de Causeur), c’est au tour de Brigitte Giraud de recevoir un autre prix prestigieux : le Goncourt. Oh, cela a fait moins de bruit, elle est moins connue, donc a priori moins détestée qu’Ernaux. Cependant, le fait que ce soit encore une femme qui ait obtenu un prix littéraire a fait grincer les dents de certains. Je connaissais mal Brigitte Giraud, j’ai donc lu son roman : Vivre vite,  que j’ai plutôt apprécié. J’y reviendrai toute à l’heure.

Ecriture féminine ?

Car je voudrais aborder une question qui me taraude depuis longtemps : existe-t-il une écriture féminine ? Une écriture spécifique aux  femmes, qui apporterait une vision différente – de la vie, du rapport au monde, du style. Je répondrai d’abord que je ne sais pas.

J’ai d’abord pensé aux grandes écrivain(es) qui m’ont accompagnées, inspirées, que j’ai admirées, dont j’ai envié (et dont j’envie toujours), le talent. Prenons Colette et Sagan. Leur point commun ? De sacrées gonzesses, d’une liberté absolue, et qui ont repoussé toutes les limites. Souvent, leur légende les a précédées.

Nous retenons de Colette, la scandaleuse, celle qui dansait à moitié nue en 1910, sa bisexualité, son statut de « cougar ». Nous retenons de Sagan, la toxicomanie, le jeu, la vitesse, la douleur qui finit par transpercer la fameuse petite musique. Mais nous oublions trop souvent qu’elles sont surtout de très grands écrivains, terriblement modernes, qui ont inventé chacune un style, discrètement désenchanté pour l’une, foisonnant et sensuel pour l’autre. Deux façons d’être au monde, qui, finalement, se complètent. Elles ont vécu intensément pour écrire intensément, ou l’inverse.

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J’ai appris, dans un documentaire sur Sagan, que lorsqu’elle s’enfermait pour écrire, elle en ressortait transpirante, presque hagarde. La comparaison avec un accouchement vient immédiatement à l’esprit : d’ailleurs, Colette comme Sagan furent des mère atypiques. La littérature prend beaucoup de place. Je forme donc l’hypothèse, que l’écriture, chez les femmes, serait peut-être plus organique que chez les hommes.

Et puis tout bêtement, j’ai tapé « écriture féminine » sur Google. Et là, j’ai appris, qu’évidemment, elle avait été théorisée dans les années 70, par Hélène Cixous, Julia Kristeva, et Catherine Clément.

A la sauce féministe, bien entendu, mais pourquoi pas ? Entre Madame de Lafayette et George Sand, il n’y eut pas beaucoup de femmes écrivains en France.

Mais cela n’est pas la question, je suis tombée sur cette citation intéressante de Cixous (qui va en énerver plus d’un) : « L’écriture féminine place le vécu avant la langue, et privilégie l’écriture non-linéaire, cyclique, qui échappe au discours que régule le système phallocratique ». (Vous remarquerez qu’aujourd’hui, nos féministes n’emploient plus du tout le terme « phallocratique », c’est dommage.) Voilà qui met encore de l’eau à mon moulin. Et qui va me permettre d’aborder le cas de Brigitte Giraud.

Petite musique métallique

Vivre vite, c’est d’abord un titre qui parlera à tous les fans de rock’n’roll. « Live fast, die young », formule attribuée à Lou Reed, prescription qui a été suivie par bien des légendes du rock, surtout ceux du club des 27.

Giraud raconte la mort violente de son compagnon : par accident de moto. Tout le roman est sous le signe du rock’n’roll, ponctué par la bande son très Inrocks des années 90 : PJ Harvey, Sonic Youth, Dominique A. Mais surtout, avant de se tuer en moto, le « héros » du roman lisait Psychotic reactions et autres carburateurs flingués de Lester Bangs, critique rock américain de légende. Une sorte de Bible. Carburateurs. Motos. Fatum.

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Justement, le plus intéressant dans ce roman (qui a des aspects agaçants, notamment le côté très bobo du couple), en est la construction. Non linéaire. Point de veuve éplorée, mais une femme qui rétrospectivement se demande comment elle aurait pu enrayer le deus ex machina. Donc, elle forme des hypothèses. Des « et si ». Et si leur nouvelle maison n’avait pas possédé de garage ? Et si son compagnon n’avait pas accompagné leur fils à l’école ? Et si elle avait été auprès de lui, au lieu de faire la promotion de son nouveau roman ? Avec des « si », on mettrait Paris en bouteille. Mais cette construction est intelligente, évite le pathos, et la narration apparaît comme une boucle qui se fait et se défait.

La narratrice, quant à elle, est obsédée par les maisons. Par le nid qu’elle semble ne jamais habiter. On passe de l’appart un peu déglingué à la Croix Rousse à Lyon jusqu’à la jolie maison un peu excentrée. Avec un jardin. Et un garage. C’est elle, l’homme dans le couple, elle porte la culotte,  son compagnon ne vit que pour la musique. Et sa maudite moto.

Le style est à son image, finalement assez « masculin », carré, sans chichis. Une petite musique un peu métallique. Et voilà que ma théorie tombe à l’eau. Cette femme, qui a tant souffert dans sa chair, écrit de manière « virile ». Il n’y a jamais de réponses.

Brigitte Giraud, Vivre vite, Flammarion, 2022, 198 pages, 20,00€. Prix Goncourt 2022.

Faut-il suivre la coupe du monde au Qatar?

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Lusail Stadium, le 13/11/22 / PHOTO: Keita Iijima/AP/SIPA / AP22740301_000009

La Coupe du monde de football sera-t-elle boycottée par les téléspectateurs (ainsi que par les mairies de certaines villes françaises) ou tout simplement ignorée?


C’est à la fin de l’année 2010, à la suite d’une réunion élyséenne jadis secrète et désormais fameuse, à l’époque où Nicolas Sarkozy était président de la République et Michel Platini président de l’UEFA, que le Qatar s’est vu attribué l’organisation de la Coupe du monde 2022. Comme tout ce que l’on a décidé de faire dans douze ans, la Coupe du monde au Qatar a donc fini par arriver.

Le sport international et le football en particulier avaient habitué ceux qui le scrutent avec appétit à une bonne dose de cynisme. De la coupe du monde italienne de 1934 à la russe en 2018, sans oublier les jeux olympiques berlinois de 1936, l’organisation des grands barnums sportifs ne s’est jamais tellement souciée de droits de l’homme ni de démocratie et n’a jamais tellement fait attention à l’endroit où elle mettait les pieds. Au fil des décennies, le cynisme est aussi devenu économique, et l’amateur a dû composer avec des compétitions de plus en plus longues, avec des phases de pool à rallonge pour assurer le maximum de soirées TV et avec une dispersion des images entre un nombre de plus en plus important de chaînes payantes (Groland avait à peine forcé le trait dans ce sketch).

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Mais ce coup-ci, avec la Coupe du monde au Qatar, on n’est pas passé loin de la fois de trop. Entre les stades construits en plein désert, leur climatisation pour rendre les parties à peu près jouables, les plus de 6 500 ouvriers (originaires du sous-continent indien) morts sur les chantiers, les faux supporters engagés pour remplir les stades, il y a quelque chose d’assez moche dans cette Coupe du monde. Même pour un adepte du réalisme politique insensible à la petite musique des valeurs, la vitrine offerte à la petite monarchie gazière est peut-être un trop gros cadeau. Aussi, en France, des mairies (Paris, Marseille, Lille, Bordeaux, Nancy, Reims, Brest entre autres) ont décidé, il y a quelques semaines, de boycotter la compétition et de ne pas déployer les habituels écrans géants en pleine ville. Elles bisquaient moins, quand, de 2012 à 2020, la chaine qatarienne Bein Sport, émanation d’Al Jazeera, a fait vivre les clubs français des villes citées plus haut en diffusant le championnat de France professionnel – et en payant les droits TV qui vont avec. En 2016, Georges Malbrunot et Christian Chesnot avaient écrit un livre (Nos très chers émirs) assez édifiant sur la générosité du Qatar à l’égard de la classe politique française.

Plus que le boycott, c’est peut-être davantage encore le déclin d’intérêt pour le football qui menace cette Coupe du monde. En février dernier, Courrier international rapportait un article sur le désintérêt en Allemagne des jeunes générations pour le ballon rond, le trouvant trop commercial ou trop ennuyeux ; un désintérêt confirmé par une étude plus large de l’Association européenne des clubs. Si le gamin de la fin des années 90 pouvait encore négocier le mercredi soir pour voir une mi-temps de la Ligue des Champions sur une chaîne privée mais gratuite, l’accès de moins en moins facile aux images a freiné le renouvellement générationnel, au moment même où Netflix entrait dans les salons et dans la bataille de l’attention. Si le cyclisme est devenu le sport des papys et le tennis celui des mamies chics, le football risque de devenir le sport des tontons. C’est qu’il faut du mérite, parfois, pour se coltiner certains matches ; quand l’amateur de basket est certain de voir 200 points dérouler sous ses yeux, l’amoureux de football n’a aucune certitude de voir ne serait-ce qu’un but en allumant le poste de télévision. L’Italie-RFA de la Coupe du monde 1970, considéré comme l’une des plus belles parties du siècle dernier, a été un match insipide pendant les 90 premières minutes avant de se débrider durant les prolongations. Le teenager des années 2020 aurait eu vite fait de switcher vers la droite ou à la gauche sur son écran. Il faut parfois 120 minutes pour que se dégage un seul moment de grâce.

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Car une Coupe du monde qui démarre, c’est un peu d’enfance qui reprend (à condition d’être tombé dans la marmite avant ses 10 ans). Pour les partisans du boycott, ça sera facile : une partie d’entre eux n’aime pas ça et ne l’aurait de toute façon pas regardée. Pour les autres, ils auront le même air que le supporter frondeur de Manchester United dans Looking for Eric de Ken Loach : en guerre contre les propriétaires américains, il fait partie de ceux qui boycottent les matches de l’équipe du Nord de l’Angleterre. Dans le film, à la suite d’une discussion houleuse avec ses camarades, il sort du pub, majeur levé, puis y retourne en catastrophe, quand il a cru deviner par la fenêtre teintée un but des Red Devils.

Nos très chers émirs

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L’énigme d’un abandon

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Vercingétorix / MARY EVANS/SIPA / 51340322_000001

On ne protège plus le territoire, on l’a abandonné.


Autrefois, quand des étrangers s’avisaient de vouloir venir en masse s’installer dans une contrée sans y être invités, cela se traduisait généralement par force échanges de baffes, de horions, de coups de massues, de tirs d’arbalètes ou d’escopettes. Les peuples avaient la détestable habitude de ne pas apprécier qu’on leur force la main pour venir s’installer en groupe et en famille sur leurs terres. D’où de nombreuses batailles, parfois gagnées, parfois perdues, qui participèrent à forger le sentiment national, c’est-à-dire l’idée qu’il était doux de vivre avec des habitudes, des mœurs, une histoire et une culture communes, et que ce territoire commun où l’on se plait à vivre ensemble, méritait d’être protégé.

Ces habitudes désuètes ne sont plus à la mode. Aujourd’hui, quiconque veut venir au pays, d’où qu’il vienne, sans y avoir été autorisé par avance, doit être accueilli, hébergé, soigné. Ils sont chaque année environ 150 000 à entrer en France. Ils n’ont pas été invités mais ils sont là tout de même, et défendus mordicus dans leur droit à rester par une partie de la population, par d’innombrables associations dont c’est la seule raison d’exister (et de toucher des subventions publiques), et bien sûr par une multitude de règlements, de lois, de droits, et de conventions nationales comme européennes. Tout est fait pour protéger le migrant, comme pour compliquer le plus possible toute action publique à son encontre.

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Cet abandon total, depuis tant d’années, de toute protection d’un territoire qu’on appelait autrefois une patrie, s’explique sans doute par la dictature idéologique, drapée dans la morale, d’un humanisme manifestement de pacotille, dans la mesure où ce grand foutoir migratoire rend la vie impossible aux nationaux mais aussi aux personnes mêmes que l’on prétend accueillir.

Mais ce terrorisme intellectuel, s’il est une des causes probables du problème, n’excuse en rien l’abandon par les responsables politiques successifs de ce qui devrait être une de leurs tâches premières ; la défense du territoire et de ses intérêts vitaux.

L’entrée illégale et le maintien sur le territoire, chaque année, de dizaines de milliers d’étrangers, sans que le gouvernement n’amorce l’ombre d’une décision rapide, efficace et ferme, constituera sans doute, pour les historiens du futur, une grande énigme du 21ème siècle, en même temps qu’une des causes probables de la disparition des nations comme de la civilisation européenne.

Cinéma Français: et si la relève arrivait enfin

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Affiche du film

Les Lendemains de veille, de Loïc Paillard nous redonne espoir pour le cinéma français et les véritables comédies dramatiques.


Le second film de Loïc Paillard, Les Lendemains de veille, est une bouffée d’air frais dans le paysage cinématographique français de l’après-pandémie. Le sensationnalisme froid et déshumanisé à la Netflix s’était quelque peu emparé des salles obscures de l’Hexagone : Les Lendemains de veille revient avec bonheur à un cinéma d’auteur tendre, irrévérencieux, drôle et foncièrement humain.

Une bande d’amis trentenaires se retrouve dans une maison de campagne après la mort soudaine de leur pote de toujours. Les souvenirs intimes ressurgissent, le deuil des belles années s’installe : chacun cherche à comprendre à sa manière s’il reste quelque chose de l’amitié fusionnelle qui les a unis autrefois.

Si le sujet semble lourd au premier abord, le film ne sombre jamais dans le misérabilisme : bien au contraire, c’est une vraie comédie dramatique comme on en voit trop rarement depuis vingt ans. On rit d’un rire franc et espiègle, en complicité avec des personnages complexes et attachants dont on aimerait volontiers rejoindre la bande.

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Le casting, porté par un trésor de jeunes talents, nous rappelle un peu la jeunesse débridée et à fleur de peau des années Dewaere et Miou-Miou. Vulnérables et lumineux, ils portent le fardeau d’une entrée douloureuse dans l’âge adulte, cherchant leur chemin un peu à l’aveuglette, dans une époque résolument désemparée. Le jeu est intelligent, fragile, tout en retenue, avec de belles gueules d’acteurs que l’on compte bien revoir, comme le délicat Étienne Beydon, l’impétueuse Marica Soyer, le flamboyant Valérian Behar-Bonnet ou encore l’élégante Lucile Krier…

Les dialogues truculents jonglent entre grossièreté et poésie et font penser aux premiers films de Bertrand Blier, avec toute la couleur propre à cette nouvelle génération.

Le ton est libre, sans concession. La lumière chaude d’une campagne accueillante devenue triste finit de poser le décor tragi-comique de cette émouvante réunion de famille.
On y fête le passé qui s’éloigne avant de s’aventurer timidement à miser sur l’avenir. La nostalgie est assumée et l’espoir s’impose de lui-même, sans naïveté.

Du cinéma classique, celui qu’on aime revoir plusieurs fois.

Les Lendemains de veille, de Loïc Paillard, 85 minutes, en salle.

Assemblée nationale, TPMP: qui est encore exemplaire?

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Louis Boyard, le 18/07/22. / PHOTO: NICOLAS MESSYASZ/SIPA / 01081312_000028

Le 10 novembre, sur le plateau de TPMP, un échange d’insultes entre Louis Boyard (ancien chroniqueur de l’émission et député La France insoumise) et l’animateur Cyril Hanouna, au sujet de Bolloré, a suscité l’indignation.


«A l’Assemblée, la parole gagnée par la familiarité» (Le Figaro). Pour certains députés et quelques ministres, il s’agit d’un euphémisme.

Ce n’est pas seulement la « parole » qui se dégrade mais des comportements qui ont tranché d’emblée avec une politesse parlementaire longtemps respectée quels que soient les antagonismes.

Il y a eu l’émergence d’un nouveau monde pour le pire.

Faut-il rappeler la grossièreté du jeune député Louis Boyard ayant refusé de saluer des collègues du Rassemblement National le premier jour d’une Assemblée nationale pluraliste ?

Ce n’est pas par hasard que j’évoque ce parlementaire puisqu’à nouveau il a fait parler de lui sur C8 à la suite d’une grave altercation avec Cyril Hanouna. Selon Le Monde, celui-ci «insulte un député La France insoumise et provoque un tollé».

Louis Boyard a attaqué Vincent Bolloré qui avec d’autres aurait été responsable de l’appauvrissement de l’Afrique.

Cyril Hanouna lui a rappelé qu’il avait été chroniqueur dans son émission sans avoir eu le moindre cas de conscience, mais que devenu député, il revenait à « Touche pas à mon poste ! » pour cracher sur le milliardaire breton.

Dans une dispute prenant de plus en plus d’ampleur, Cyril Hanouna s’est laissé aller à traiter Louis Boyard de cette façon : «Espèce d’abruti…ferme ta gueule…t’es une merde…calme-toi…tais-toi…t’es un naze…allez barre-toi…».

Le député a quitté le plateau, sifflé et en accompagnant sa sortie d’un doigt d’honneur.

Il est clair que le député La France insoumise n’aurait pas dû être insulté ainsi, en des termes sans lien même avec le langage généralement décontracté de l’animateur.

L’Arcom a été saisie et Louis Boyard va demander l’ouverture d’une commission d’enquête sur les ingérences de Bolloré dans nos médias et donc sur TPMP. La première démarche paraît logique mais la seconde n’a aucun sens.

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On est déjà en train d’intenter un procès à Cyril Hanouna au prétexte qu’il favoriserait l’extrême droite et qu’il aurait maltraité Jean-Luc Mélenchon. Ce n’est pas le souvenir que j’ai de l’émission politique « Face à Baba » où le leader de La France insoumise a pu en particulier s’en prendre violemment à un fonctionnaire de police.

La France insoumise s’interroge, paraît-il, sur l’opportunité de se rendre sur le plateau de Cyril Hanouna. Ses députés sont-ils naïfs au point de s’imaginer être forcément accueillis avec bienveillance, sans le risque d’un affrontement ?

Je crains qu’à la suite de cette empoignade, de ce « clash » selon l’expression favorite des médias qui en voient un dès qu’on s’oppose vigoureusement, on dresse un portrait à charge de Cyril Hanouna parce qu’il pâtit d’un double handicap : son émission a beaucoup de succès et il défend Vincent Bolloré quand ce dernier est vilipendé.

Cyril Hanouna a sans doute compris depuis longtemps que la dénonciation médiatique de Bolloré est une sorte d’obligation, d’épreuve reine pour tous ceux qui n’ont rien à dire. Ils auraient rêvé d’une personnalité tendant une joue après l’autre. Ce n’est pas vraiment son genre et il est insupportable qu’il demeure impavide face à ces permanentes et lassantes agressions verbales.

Sainte Thérèse de Lisieux disait qu’on ne peut pas être «une sainte à mi-temps». J’ai envie, au sujet de Louis Boyard, de soutenir qu’on ne peut pas non plus être un député à mi-temps. Il est trop facile, député, de se comporter mal à l’Assemblée nationale puis sur un plateau de télévision se rappeler qu’on l’est et exiger un respect dont dans sa conduite parlementaire on se moque.

C’est sans doute la perversion la plus éclatante de l’univers politique et médiatique d’aujourd’hui : on ne sait plus qui est exemplaire, qui peut s’en prévaloir. Comme plus personne ne l’est partout, les responsabilités sont sans cesse partagées et aucune culpabilité n’est entière. Il y a de l’équivoque à foison.

Certes, Cyril Hanouna a insulté Louis Boyard mais celui-ci, exigeant le respect pour lui-même et sa fonction, n’a-t-il pas rendu, de son fait, au moins difficile une telle déférence ?

N’a-t-il pas récolté à TPMP ce qu’il avait semé à l’Assemblée nationale ?

Le Mur des cons

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Libres propos d'un inclassable

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Un avocat général s'est échappé

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«Dans le journalisme, on ne doit s’interdire aucun sujet» : entretien avec Régis Le Sommier

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Régis Le Sommier DR

Le grand reporter Régis Le Sommier, lance le média Omerta le 16 novembre. Sus au pudeurs de gazelles, l’ancien directeur adjoint de Paris-Match compte bien fracturer les chapelles idéologiques. Au menu, reportages nationaux et internationaux. Pieds dans la boue ou avec les wokes, l’essentiel est d’aller sur le terrain… Entretien.


Causeur. Cher Régis, le quotidien Libération vous a déjà consacré deux articles cette année. Vous voilà au faîte de votre gloire…

Régis Le Sommier. Libération a fait un premier article sur moi, calomnieux et en grande partie faux, mais qui ne concernait que moi. Là, le second article salit le travail de toute l’équipe d’Omerta, qui comprend trente personnes. Libération s’arroge le droit de dire qu’à priori, le média Omerta est d’extrême droite et pro-Russe alors qu’aucun des travaux de ces trente personnes n’est encore visible. Moi qui ai passé du temps dans des pays où les médias sont sous cloche, j’y vois les mêmes méthodes que dans ces pays où les médias accablent, désignent, admonestent quelqu’un pour essayer de l’éliminer socialement. La philosophie est la même. Ce sont des méthodes qui rappellent celles des trotskystes des années 1970 et qui sont utilisées dans les pays dictatoriaux pour éliminer les opposants. Ça me choque beaucoup plus que le portrait peu flatteur qu’ils ont fait de moi et c’est pour ça qu’avec Omerta, nous envisageons un recours en justice.

A lire aussi: Le poids des morts, le choc des photos

En acceptant de répondre à Causeur une nouvelle fois, ne craignez-vous pas que Libération vous consacre un nouvel article avant Noël ?

Vous auriez été un média proche de Jean-Luc Mélenchon, j’aurais répondu oui aussi. Je parle à tout le monde, je n’ai pas de parti pris idéologique, j’ai des sensibilités politiques qui n’interviennent jamais dans mon travail journalistique. Mon leitmotiv, c’est de toujours aller sur place, de montrer des choses, de parler au maximum aux protagonistes d’une histoire, d’un conflit ou d’une tendance de société. Dans l’affaire des bassines à Sainte-Soline, j’aimerais savoir pourquoi les blacks blocs arrachent des tuyaux, par exemple. D’une façon générale, j’estime que l’un des principes de base du journalisme, c’est de parler aux deux camps. Parler avec la victime ne suffit pas, il faut aussi parler au bourreau pour comprendre pourquoi il a agi ainsi, pourquoi Poutine a bombardé l’Ukraine, par exemple. Dans une école de Kherson, j’ai pu interroger une institutrice russe qui me montrait des manuels d’histoire tout neufs. Je lui ai demandé comment était traitée la grande famine d’Holodomor, car elle n’y apparaissait pas. Elle a été troublée, j’ai très vite compris que l’on n’enseigne plus cette tragédie fondatrice de l’Ukraine aujourd’hui, mais qu’elle est noyée dans l’histoire russe. Cela, je n’aurais pas pu le constater sans être allé du côté russe.

A lire aussi: Victimes palestiniennes, le « deux poids deux mesures » des médias français

Le traitement de la guerre russo-ukrainienne vous semble-t-il partial en France ?

Non, ce n’est pas ce que j’ai dit. Il y a eu de très bons reportages faits du côté ukrainien. Moi-même j’ai fait un reportage côté ukrainien en avril, où j’ai accompagné des enrôlés français volontaires. Mais le problème du traitement médiatique de cette guerre, c’est qu’elle est bornée par deux individus. D’un côté vous avez Xavier Moreau, ancien officier très pro-russe, qui nous dit tous les jours, quand la Russie recule, que les Russes peuvent nous faire un nouveau Stalingrad et gagner. De l’autre côté, Bernard-Henri Lévy, symétriquement illusoire, qui lui nous répète tout ce que lui dit le chef de l’état-major de l’armée ukrainienne. Entre ces deux extrêmes, il y a moyen de faire un journalisme de qualité, de raconter ce qui se passe et ce que les gens ressentent. Cela va au-delà de l’Ukraine et de la Russie. Pour Omerta, j’essaye de retourner en Afghanistan par exemple. On a aussi prévu des sujets sur les radicalités en France, sur l’extrême gauche, sur l’extrême droite, le wokisme, l’agriculture ou les pêcheurs, bref, sur tout ce qui agite la société.

Régis Le Sommier, Omerta, DR.

Quelle est la politique éditoriale d’Omerta ?

Que ce soit sur les sujets nationaux ou internationaux, la promesse éditoriale est : on y est allé. On aura aussi une chaîne YouTube avec probablement deux grands entretiens par mois, que je mènerai avec une personnalité autour d’un sujet d’actualité. Mais la finalité première d‘Omerta sera du documentaire et de l’investigation. Sur ce dernier point, on va aussi mouiller la chemise, ça clachera et j’en ai l’habitude. Je sais que quand on soulève un lièvre, il faut s’attendre à un déferlement de mortiers autour de soi. Je n’en ai pas peur et j’ai toujours envie de faire ça. Si je peux, à travers un de ces documentaires, apporter quelque chose à la compréhension de notre société ou de ce qui se passe dans le monde, j’en serai ravi.

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Pourquoi avoir choisi ce nom ?

Il faut le prendre comme une petite pique à certains médias qui s’interdisent des choses. Le leitmotiv de ma vie de journaliste, c’est qu’on ne doit s’interdire aucun sujet. Actuellement, on sent qu’il y a un retour des interdits avec une dimension quasi-religieuse : il y a à la fois une démonisation de l’adversaire et des sujets que l’on ne peut plus traiter. De plus, certains médias  s’auto-investissent comme juges de moralité depuis des années, en particulier vis à vis de leurs confrères. Cet esprit-là n’intéresse pas les gens, ça leur fait perdre de nombreux lecteurs depuis des années. Le sacerdoce du journalisme, c’est aller au maximum contre ces interdits idéologiques et de ne s’interdire aucun endroit où aller. Après, il y a des propriétaires, oui, qui ont parfois des intérêts qui vont à l’encontre de ce que le journaliste leur propose.

Justement, qui est le patron d’Omerta ?

Il s’appelle Charles d’Anjou. C’est quelqu’un qui a travaillé une bonne partie de sa vie en Asie, en Russie et en Ukraine. Il a aussi travaillé à vérifier si des entreprises ne finançaient pas des projets locaux avec de l’argent sale, en Libye notamment, et a donc une éthique irréprochable. Lors de l’invasion russe en Ukraine, il a travaillé pour TF1 pendant quelques mois, notamment avec Liseron Boudoul, le grand reporter de TF1. Il intervient aussi régulièrement sur LCI.

Il n’y a donc pas d’œillères idéologiques aptes à bloquer certains sujets chez Omerta ?

Absolument pas, nous comptons bien aller au-delà de ça. La seule limite, c’est de ne pas mettre la vie des acteurs d’un reportage ou d’un journaliste en danger. C’est un principe édicté par Daniel Filipacchi.

Et la tentation de faire du non-politiquement correct pour vendre ?

Pas du tout. La rédaction d’Omerta est très diverse. Il y a des gens qui ont des sensibilités de droite et des gens qui ont des sensibilités de gauche. Notre rédaction est d’ailleurs beaucoup plus éclectique que certaines rédactions qui nous critiquent, et qui en termes de recrutement, feraient bien de s’ouvrir à la diversité.

La vérité du terrain: Récits d'un reporter de guerre

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Démographie: entre immigration massive et politique nataliste, il faut choisir

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Emmanuel Macron et François Bayrou, le 21/06/22 / PHOTO: JEANNE ACCORSINI/SIPA / 01078127_000005

Autant par humanisme que par réalisme, nous devons remédier à l’«hiver démographique» de l’Europe, non par l’immigration massive, mais par une politique nataliste. Il y va de l’avenir de notre nation. Tribune du président de Via, la voie du peuple.


Alors que le vieux continent connaît d’innombrables problèmes sociaux, culturels, sécuritaires à la suite d’un demi-siècle d’immigration massive, les simples propos d’un député sur les migrants ont provoqué les cris d’orfraie de toute la classe politique. Dans le même temps, Gérald Darmanin a annoncé vouloir intensifier ce processus migratoire en accordant davantage de titres de séjours à des travailleurs clandestins sous prétexte que ces derniers se trouvent dans des secteurs d’activité « tendus ». Il provoque ainsi un appel d’air à destination des migrants traversant la Méditerranée, de plus en plus nombreux suite à la bombe démographique africaine[1]. En parallèle à cette immigration sans frein qu’il est interdit de contester, l’Europe connaît un hiver démographique[2] sans précédent, le tout favorisé par un discours écologiste dé-nataliste. Plutôt que de lancer un vaste plan nataliste en France, les idéologues modernes expliquent donc que l’immigration représente pour les pays développés la seule solution pour « permettre de combler le solde démographique naturel, d’ores et déjà négatif» [3]. Notre société est devenue tellement passive face aux défis modernes qu’elle nous exhorte à accepter la fameuse « transition démographique » artificielle promue par Emmanuel Macron au lieu d’exalter la solution naturelle que toute société saine devrait défendre.

A lire aussi: Métiers en tension : pourquoi l’immigration ?

À rebours des progressistes qui nous assènent un discours fataliste (« il n’y a rien à faire contre les flux migratoires ») et culpabilisateur (« il faut avoir moins d’enfants pour sauver la planète »), nous devons être résolument tournés vers le futur de notre pays. Et cela passe par la démographie. Ainsi, nous souhaitons promouvoir pour la France, et pour l’avenir de notre continent, la relance de la natalité et la fin de l’immigration massive, par humanisme et par réalisme ! Par humanisme, car tout déracinement d’un individu à sa terre est un drame absolu, surtout si nous n’avons à lui offrir que des conditions de vie lamentables. Par réalisme par ce que, au-delà des questions économiques, la question démographique est indissociable de la question de l’éducation : quels Français voulons-nous pour demain ? Que nous importe que nous ayons chaque année 300 000, 400 000 ou 500 000 naissances supplémentaires si nous ne sommes pas capables d’éduquer correctement cette jeunesse ? Or, l’immigration massive présente justement un problème éducatif : nous sommes devenus incapables d’assimiler les masses qui se présentent à nos frontières, qu’en sera-t-il demain de leurs enfants et petits-enfants ? François Bayrou, notre nouveau « commissaire au plan », a eu le mérite d’évoquer ce problème aux derniers États généraux de la natalité : pour lui, la solution migratoire n’est « pas une solution d’évidence », notamment parce qu’elle « présente des difficultés sociales et culturelles»[4].

Nous rajouterons, parce que ce sujet doit être abordé pour de bon, que la « politique nataliste » ne présente pas en soi de problème écologique, contrairement à ce qui est affirmé par ceux qui prophétisent la fin de l’espèce humaine sur tous les plateaux de télévision. Puisqu’il est avéré qu’une famille de trois enfants en France (3.221 Kg de CO2 par an) a un bilan carbone moins important qu’un célibataire globalement plus consumériste (10.685 Kg de CO2 par an)[5], pourquoi défendent-ils sans cesse la dé-natalité ? Si vraiment l’empreinte carbone est la clé du problème environnemental, alors pourquoi ne voit-on pas les adeptes d’Attac, d’Extinction-Rébellion ou de Dernière Rénovation promouvoir des politiques familiales ? À l’inverse, il n’est pas vraiment sérieux de prétendre vouloir sauver les générations futures en stérilisant les générations présentes : l’« éco-anxiété » dont souffriraient certains jeunes[6] biberonnés aux scénarios de science-fiction du GIEC[7] ne doit pas les empêcher d’avoir un raisonnement censé… Qu’ils se concentrent d’abord sur les porte-conteneurs, fruits de la mondialisation sauvage, et qui représentent chaque année 2,6% des émissions mondiales[8], avant de stériliser notre avenir. 

A lire aussi:  L’Observatoire de l’Immigration et de la démographie: un projet vital pour la nation

Ainsi, la question écologique ne sera pas réglée par la dénatalité de l’Europe. Et la question de l’hiver démographique européen ne doit pas être réglée par l’immigration, mais par une véritable politique nataliste. Celle-ci doit permettre aux foyers de vivre dans des conditions décentes, dans un logement adapté à la taille d’une famille, avec des emplois stables pour au moins l’un des membres de la famille, et suffisamment de pouvoir d’achat pour prendre soin des enfants. Or, force est de constater que l’inverse est appliqué actuellement : les jeunes générations souffrent d’instabilités brutales sur le plan économique ou en termes d’emploi, elles sont souvent démotivées faute de logement adapté pour agrandir la famille, elles sont particulièrement touchées par les impôts depuis que le plafond du quotient familial a été raboté par deux fois en 2014. Et que dire du pouvoir d’achat actuel des Français torpillé par la politique économique désastreuse de nos gouvernants et par la crise qui s’aggrave de jour en jour ?

La situation actuelle est-elle en mesure de promouvoir la natalité, de permettre aux parents de donner une éducation adaptée à leurs enfants et aux écoles une instruction même basique ? Notre modèle social est-il en mesure de promouvoir les solidarités familiales indispensables à la stabilité et à la confiance en soi des jeunes couples ? Ou bien ne promeut-il au contraire qu’un individualisme coupable et une lutte des sexes stérile ? Nous sommes au carrefour de notre civilisation : l’avenir de nos enfants se joue autour de cette question démographique. Il est crucial que nous y mettions les moyens adéquats en repensant la famille et en l’aidant à s’épanouir dans un monde qui semble l’avoir oubliée, ou qui ne la considère que sous son aspect purement économique.


[1] « Basculement. La démographie africaine, une révolution mondiale qui va façonner le XXIe siècle », Courrier international, le 15/10/2022.

[2] « Grand entretien : Gérard-François Dumont et l’hiver démographique européen », Observatoire de l’immigration et de la démographie, le 24/08/2021.

[3] « Dans les pays développés, la migration est désormais le premier facteur de la croissance de la population », Le Monde, le 28/07/2022.

[4] « Les états généraux de la natalité (RCF) », AFC France, le 19/05/2021.

[5] « Ce qu’il faut savoir sur le bilan carbone des Français », L’Express, le 28/03/2011.

[6] « Les jeunes générations peuvent-elles surmonter leur éco-anxiété ? », National Geographic, le 02/07/2022.

[7] « Climat : les 12 mensonges du GIEC – Politique & Eco avec Christian Gerondeau », TVLibertés, le 25/04/2022.

[8] « Porte-conteneurs, supertanker, navires de croisières… Ces bateaux géants causent une importante pollution de l’air », France Info, le 25/01/2019.

La macronie et l'islamisme: 5 ans de lâchetés

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La voix du peuple

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Va-t-on tous finir au RSA?

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Les prestations sociales représentent 31 % du PIB. En se faisant assureur universel, l’État providence garantit surtout un système économique qui accroît les inégalités. C’est l’un des symptômes du déclin.


La situation française repose sur un curieux paradoxe. Partout, dans la presse progressiste, aux micros des radios publiques, dans les universités de sciences sociales ou les meetings de la Nupes, on ne cesse de dénoncer un néolibéralisme qu’on suppose omniprésent, omnipotent et responsable de toute la misère du monde. Pourtant, il y a un indicateur qui ne trompe pas : notre pays est le champion de monde de la dépense publique. En 2021, derniers chiffres connus, celle-ci a atteint 1 475 milliards d’euros, ce qui représente 59 % du PIB. En 2020, au plus fort de la crise du Covid, le taux de 60 % a même été dépassé. Aucun pays européen, et a fortiori occidental, ne fait davantage (seuls les pays scandinaves approchaient autrefois ces montants, mais depuis les années 2000, la France les a doublés). Cette tendance à la hausse est d’ailleurs ancienne puisqu’elle débute dans les années 1970 sous Valéry Giscard d’Estaing, qui fut le président le plus socialement généreux et dont la politique de relance, en 1975, a dépassé, et de loin, les prodigalités très mesurées de 1981 et 1982. Encore faut-il préciser ce que représente ce taux de dépense publique : il ne signifie pas que l’État aspire, pour la faire disparaître, 60 % de la richesse produite ; il signifie que chaque année entre le 1er janvier et le 31 décembre, 60 % de ce qui est créé passe entre les mains de l’État pour être redistribué, sous la forme, par exemple, de traitements payés aux fonctionnaires, d’investissements ou, de plus en plus, de prestations sociales. À ce titre, comme le remarquait déjà le grand Milton Friedman, ce ratio est sans doute le meilleur signe du poids et de l’influence de l’État dans une économie et dans une société.

Or, le moteur de cette dépense publique, extraordinaire au sens propre, c’est le social ! La dépense sociale, représente aujourd’hui plus la moitié de la dépense publique et plus de 31 % du revenu national. Là encore, c’est un record mondial. Ceux qui, pour reprendre un titre fameux de Pierre Rosanvallon, dénoncent depuis quarante ans la « crise de l’État providence » se trompent. Ce dernier est beaucoup plus développé aujourd’hui qu’en 1945 quand, même après la création de la Sécurité sociale, près d’un tiers des Français ne bénéficiaient pas d’assurance maladie. Les tensions actuelles dans l’hôpital public ou la présence de déserts médicaux ne doivent pas faire regretter les années 1960 quand le moindre cancer amenait sûrement et rapidement le malade au cimetière. L’État providence, c’est maintenant !

A lire aussi: Métiers en tension : pourquoi l’immigration ?

Or, au risque de choquer, cette situation est loin de n’avoir que des aspects positifs. Pour le comprendre, il faut rechercher les causes de l’hypertrophie actuelle. Elle résulte d’un double phénomène. Dans les années 1970, le système d’assurances sociales, né dans les années 1930, fortement perfectionné en 1945, est arrivé à maturité. La totalité de la population active, intégrée à la société et vivant de son travail, a bénéficié d’une protection très large contre les principaux « risques » de la vie : la vieillesse, la maladie, le chômage… Cette couverture est depuis restée à un niveau très élevé et sa charge financière a même augmenté en raison de l’élévation de l’espérance de vie et des progrès de la médecine (le « reste à charge », c’est-à-dire la dépense de soin acquittée directement par le malade, est par exemple exceptionnellement bas en France, avec seulement 7 % du total, contre 93 % pour les prises en charge collectives). Les promesses des créateurs de la Sécu, les Laroque, Parodi ou Croizat (on notera la belle unanimité des gaullistes aux communistes) ont été tenues.

À partir des années 1970, toutefois, un second système de protection a progressivement été créé, cette fois sur des bases d’assistance et destiné à ces « exclus » privés de liens de famille, de travail, de ressources, que curieusement le système d’assurance n’avait pas fait disparaître et dont la croissance en berne a augmenté sans cesse le nombre. C’est cette dualité qui explique l’inflation des dépenses. Or, ces deux techniques n’ont ni la même signification sociale, ni la même dimension morale. Assurer à un travailleur âgé ou malade la conservation de son niveau de vie (le système d’assurance est, littéralement, conservateur, puisqu’il vise à maintenir une situation existante) est le signe d’une société qui fonctionne bien et qui permet l’intégration de tous ses membres. Verser un revenu minimum, souvent à un niveau très faible, est toujours un constat d’échec qui manifeste l’incapacité d’une économie à inclure l’ensemble de ses membres. Ces prestations peuvent en outre avoir des effets pervers en favorisant les maux contre lesquelles elles prétendent lutter et, au risque de heurter les nouveaux bien-pensants, il faut remarquer qu’il y a peu de familles monoparentales dans les pays qui ne les financent pas.

Surtout, le développement de cette dépense sociale s’inscrit dans un contexte très particulier, marqué – et la gauche a au moins raison sur ce point – par une libéralisation profonde de l’économie. Les mécanismes dirigistes comme le contrôle des prix, le contrôle des changes ou le contrôle du crédit ont tous été heureusement supprimés dans les années 1980. Des grandes réformes de structure de la Libération, il ne reste que la Sécurité sociale. Les entreprises nationales ont presque toutes été privatisées et François Bayrou est le commissaire général d’un Plan qui n’existe plus. L’économie française est désormais intégrée dans un marché mondialisé qui a pour effet naturel d’accroître les inégalités : par le bas en transformant les ouvriers non qualifiés en chômeurs, et par le haut en offrant aux managers (c’est mal) ou aux footballeurs (c’est bien) un terrain de jeu beaucoup plus étendu. Enfer néolibéral ou régime quasi collectiviste ? En réalité, ces deux tendances majeures doivent être pensées ensemble. L’État a compensé par un système de redistribution surdimensionné les effets sociaux de la libéralisation économique. C’est l’assureur universel qui répare tous les dommages et achète la paix sociale à coups de virements bancaires, comme en ce moment avec la « prime inflation ».

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Cette politique a des conséquences délétères. Certes, elle explique que les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres ne sont pas accrues en France, alors qu’elles se sont creusées dans tous les autres pays occidentaux. Mais au prix d’un déclin économique et d’une fragilisation des classes moyennes dont les Gilets jaunes ont été un symptôme spectaculaire. Ce mouvement, c’est celui d’actifs modestes, qui bénéficient très peu des mécanismes d’assistance concentrés sur les « exclus » et qui financent à plein le système. Il y a, dans cette rupture du lien contributif, les germes d’une dissolution sociale.

D’autres choix étaient possibles. Deux en réalité. Le premier est tabou : c’est celui du protectionnisme. On ne le citera donc que pour mémoire et pour rappeler que le régime juridique des échanges ne devrait normalement pas relever de la sphère religieuse. Il peut y avoir, dans certaines circonstances, un protectionnisme intelligent, c’est-à-dire modéré et ciblé, selon les pays, selon les produits, comme celui qui était pratiqué en France à la fin du XIXe siècle et avait conduit à un véritable regain industriel. Protéger aujourd’hui des secteurs stratégiques, fixer des barrières qui tiennent compte des conditions de travail et de l’impact environnemental ne semble pas extravagant. La seconde orientation, c’est la montée en gamme, la spécialisation dans des biens ou des services de haute technologie. On nous en rebat les oreilles depuis des années, mais rien n’a été fait dans ce sens, au contraire. Monter en gamme, cela signifie réformer le système éducatif dans le sens de l’exigence et de la sélection, comme le montre l’exemple des pays asiatiques qui réussissent, la Corée ou Singapour (en France le niveau en mathématiques s’effondre). Cela signifie réorienter la dépense publique vers les investissements (la part de ce poste dans les budgets des administrations n’a cessé de décroître, au profit de la dépense sociale). C’est assurer l’ordre et la sécurité publique (de récentes études économiques ont montré que la dépense dans les missions régaliennes a des effets positifs sur la croissance). En d’autres termes, il va falloir choisir le symbole du pays : l’industrie de pointe ou le RSA.

Histoire, mythologie et identité nationale

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Statue de la déesse grecque Athéna au sommet du bâtiment de l'Académie d'Athènes, 24/05/21 / PHOTO: Petros Giannakouris/AP/SIPA / AP22570429_000001

Le nécessité du mythe commun à travers le roman national pour inscrire l’identité dans la pérennité. Voilà ce que ceux qui veulent détruire notre roman national n’ont pas compris; Tribune de l’auteur de Le Roi a ri.


Une civilisation, une nation, ça se construit, ça se vit et ça se rêve. C’est ce que les Grecs anciens avaient bien compris. Jamais ils n’auraient eu la désinvolture de confondre Hésiode et Hérodote, Homère et Thucydide. Pas plus qu’ils ne se seraient égarés à classifier dans le même registre le récit des guerres du Péloponnèse et la saga de l’épopée troyenne. Eux savaient que la mythologie ne se réduit pas à l’histoire et que l’histoire ne peut tenir lieu de mythologie. L’une et l’autre ne sont pas de même nature. La mythologie est le rêve civilisationnel commun autour duquel les peuples se rêvent, s’exaltent, se glorifient, se magnifient, inscrivent leur identité dans la pérennité de ce qui transcende l’amas événementiel de l’histoire en actes. C’est aussi ce qu’ont compris, à quelque vingt siècles de distance, les Eugène Lavisse de la Troisième République, proposant au pays la convention narrative fondatrice de notre culture républicaine française – à la fois moderne et patrimoniale – qu’on appelle aujourd’hui le roman national. Et c’est bien sous l’angle de la mythologie que ce roman national doit être appréhendé. Ceux qui ont voulu – et veulent encore – le détruire lui font le procès de prétendre être ce qu’il n’a pas à être : l’histoire. Il n’est pas l’histoire. Il ouvre le champ à l’histoire, ce qui est bien différent. Il est ce qu’on a à connaître et ce dans quoi on se reconnaît en tant que frères de nation quand bien même on se ficherait de la mort de Louis XVI comme de sa première chemise. Parce que le roman national relève du mythologique plus que du savoir, il nous est vital. On ne connaît pas d’exemples de peuples, de civilisations, qui ayant sacrifié leur rêve identitaire, se soient perpétués. Le sabordage du mythe commun ne fait que précéder le naufrage général. Mieux encore, il l’annonce. Les Grecs antiques en savent quelque chose. Comme quoi il est toujours bon d’aller se faire voir chez eux.

A lire aussi: Quand une identité chasse l’autre

Boulot, dodo, dodo

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D.R

Les jeunes Français n’aiment plus travailler.


Une enquête réalisée entre le 11 et le 13 octobre par l’IFOP[1] ne va pas réjouir les défenseurs de la valeur travail. Plus de 2 000 personnes majeures et représentatives de la population ont été interrogées sur leur perception du travail. Le résultat est sans appel : une majorité de Français, 54 %, assimile le travail à une contrainte et non à une source d’épanouissement. Ce qui explique que 45 % d’entre eux confessent travailler « juste ce qu’il faut », une pratique particulièrement marquée chez les jeunes actifs de 18 à 34 ans. On retrouve le même pourcentage pour ceux qui reconnaissent que le salaire est l’unique élément qui les pousse à se rendre au travail. En 1993, ils étaient 33 % dans cette situation. Ils sont 58 % à affirmer qu’ils cesseraient leur profession s’ils percevaient un revenu équivalent à celui qu’ils perçoivent aujourd’hui sans devoir travailler. En 2003, seulement 46 % des personnes interrogées par l’institut de sondage CSA répondaient de cette manière. Aujourd’hui, 37 % des Français se disent concernés par ce qu’on appelle le « quiet quitting », qui signifie « démission silencieuse ». Il ne s’agit pas d’une démission stricto sensu, mais d’un refus de s’investir dans son emploi plus que de raison. Tout en gardant son poste, le salarié lève le pied, refuse les heures supplémentaires, ne se laisse pas solliciter en dehors de ses horaires ou évite d’effectuer des tâches qui ne relèvent pas de son profil de poste. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette évolution de la vision du travail : la place croissante du télétravail, accentuée par la pandémie ; la quête de sens, souvent invoquée par des jeunes pour des raisons écologiques et sociales ; l’aspiration à plus de temps libre. Cette étude vient confirmer que le travail n’occupe plus une position centrale dans la vie d’un grand nombre de gens. Sandrine Rousseau est-elle en train de gagner la bataille des idées avec son « droit à la paresse » ?

A lire aussi: Les K.O-logie


[1]. Résultats disponibles sur le site lesmakers.fr.

Brigitte Giraud, un roman de femme ?

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Remise du Prix Goncourt 2022 à Brigitte Giraud, au restaurant Chez Drouant à Paris le 3 novembre 2022. ISA HARSIN/SIPA 01093197_000020

L’attribution du Goncourt à Vivre vite pose la question, jamais résolue, de l’existence d’une écriture proprement féminine.


Après Annie Ernaux, prix Nobel de littérature, qui fut à l’origine d’une violente polémique (y compris au sein de Causeur), c’est au tour de Brigitte Giraud de recevoir un autre prix prestigieux : le Goncourt. Oh, cela a fait moins de bruit, elle est moins connue, donc a priori moins détestée qu’Ernaux. Cependant, le fait que ce soit encore une femme qui ait obtenu un prix littéraire a fait grincer les dents de certains. Je connaissais mal Brigitte Giraud, j’ai donc lu son roman : Vivre vite,  que j’ai plutôt apprécié. J’y reviendrai toute à l’heure.

Ecriture féminine ?

Car je voudrais aborder une question qui me taraude depuis longtemps : existe-t-il une écriture féminine ? Une écriture spécifique aux  femmes, qui apporterait une vision différente – de la vie, du rapport au monde, du style. Je répondrai d’abord que je ne sais pas.

J’ai d’abord pensé aux grandes écrivain(es) qui m’ont accompagnées, inspirées, que j’ai admirées, dont j’ai envié (et dont j’envie toujours), le talent. Prenons Colette et Sagan. Leur point commun ? De sacrées gonzesses, d’une liberté absolue, et qui ont repoussé toutes les limites. Souvent, leur légende les a précédées.

Nous retenons de Colette, la scandaleuse, celle qui dansait à moitié nue en 1910, sa bisexualité, son statut de « cougar ». Nous retenons de Sagan, la toxicomanie, le jeu, la vitesse, la douleur qui finit par transpercer la fameuse petite musique. Mais nous oublions trop souvent qu’elles sont surtout de très grands écrivains, terriblement modernes, qui ont inventé chacune un style, discrètement désenchanté pour l’une, foisonnant et sensuel pour l’autre. Deux façons d’être au monde, qui, finalement, se complètent. Elles ont vécu intensément pour écrire intensément, ou l’inverse.

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J’ai appris, dans un documentaire sur Sagan, que lorsqu’elle s’enfermait pour écrire, elle en ressortait transpirante, presque hagarde. La comparaison avec un accouchement vient immédiatement à l’esprit : d’ailleurs, Colette comme Sagan furent des mère atypiques. La littérature prend beaucoup de place. Je forme donc l’hypothèse, que l’écriture, chez les femmes, serait peut-être plus organique que chez les hommes.

Et puis tout bêtement, j’ai tapé « écriture féminine » sur Google. Et là, j’ai appris, qu’évidemment, elle avait été théorisée dans les années 70, par Hélène Cixous, Julia Kristeva, et Catherine Clément.

A la sauce féministe, bien entendu, mais pourquoi pas ? Entre Madame de Lafayette et George Sand, il n’y eut pas beaucoup de femmes écrivains en France.

Mais cela n’est pas la question, je suis tombée sur cette citation intéressante de Cixous (qui va en énerver plus d’un) : « L’écriture féminine place le vécu avant la langue, et privilégie l’écriture non-linéaire, cyclique, qui échappe au discours que régule le système phallocratique ». (Vous remarquerez qu’aujourd’hui, nos féministes n’emploient plus du tout le terme « phallocratique », c’est dommage.) Voilà qui met encore de l’eau à mon moulin. Et qui va me permettre d’aborder le cas de Brigitte Giraud.

Petite musique métallique

Vivre vite, c’est d’abord un titre qui parlera à tous les fans de rock’n’roll. « Live fast, die young », formule attribuée à Lou Reed, prescription qui a été suivie par bien des légendes du rock, surtout ceux du club des 27.

Giraud raconte la mort violente de son compagnon : par accident de moto. Tout le roman est sous le signe du rock’n’roll, ponctué par la bande son très Inrocks des années 90 : PJ Harvey, Sonic Youth, Dominique A. Mais surtout, avant de se tuer en moto, le « héros » du roman lisait Psychotic reactions et autres carburateurs flingués de Lester Bangs, critique rock américain de légende. Une sorte de Bible. Carburateurs. Motos. Fatum.

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Justement, le plus intéressant dans ce roman (qui a des aspects agaçants, notamment le côté très bobo du couple), en est la construction. Non linéaire. Point de veuve éplorée, mais une femme qui rétrospectivement se demande comment elle aurait pu enrayer le deus ex machina. Donc, elle forme des hypothèses. Des « et si ». Et si leur nouvelle maison n’avait pas possédé de garage ? Et si son compagnon n’avait pas accompagné leur fils à l’école ? Et si elle avait été auprès de lui, au lieu de faire la promotion de son nouveau roman ? Avec des « si », on mettrait Paris en bouteille. Mais cette construction est intelligente, évite le pathos, et la narration apparaît comme une boucle qui se fait et se défait.

La narratrice, quant à elle, est obsédée par les maisons. Par le nid qu’elle semble ne jamais habiter. On passe de l’appart un peu déglingué à la Croix Rousse à Lyon jusqu’à la jolie maison un peu excentrée. Avec un jardin. Et un garage. C’est elle, l’homme dans le couple, elle porte la culotte,  son compagnon ne vit que pour la musique. Et sa maudite moto.

Le style est à son image, finalement assez « masculin », carré, sans chichis. Une petite musique un peu métallique. Et voilà que ma théorie tombe à l’eau. Cette femme, qui a tant souffert dans sa chair, écrit de manière « virile ». Il n’y a jamais de réponses.

Brigitte Giraud, Vivre vite, Flammarion, 2022, 198 pages, 20,00€. Prix Goncourt 2022.