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Remettre l’école au milieu de la « cité »

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Pour mettre fin à la ghettoïsation linguistique de certains établissements scolaires, la politique des ZEP a été inefficace. Tribune d’Alain Bentolila, linguiste.


Durant ces dernières décennies, des lieux d’accueil sont devenus progressivement des lieux de réclusion dans lesquels les relations linguistiques précises et le partage culturel équilibré sont quasi inexistants. Dans ces ghettos, qui ont usurpé le beau nom de « cités », le mélange de lambeaux de langue française avec des bribes de langues dites « maternelles » (arabe et langues africaines) ont produit un « code switching », omniprésent dans les échanges. Ce phénomène est en fait un aveu d’impuissance linguistique, et de confusion culturelle plutôt qu’un métissage sémiologique enrichissant. Les « citadins », parce qu’ils sont reclus, souffrent ainsi d’une insécurité linguistique globale qui exclut le dialogue équilibré et l’échange apaisé : dans ces ghettos, la connivence et la ressemblance sont en effet les pires ennemis d’un développement ambitieux du langage. En résulte un mélange d’imprécision et d’impuissance qui interdit de faire passer sa pensée dans l’intelligence d’un autre au plus juste de ses intentions et de recevoir la pensée de l’autre avec lucidité et exigence. La ghettoïsation sociale engendre donc une insécurité linguistique qui ferme à double tour les portes du ghetto : cycle infernal qu’une école, elle-même enclavée, se révèle incapable de briser. C’est la leçon que devraient méditer ceux qui, pour « faire jeunes ou populaires », encensent ce « langage rétréci » alors qu’eux-mêmes et leurs propres enfants disposent, dans leurs maisons et dans leurs écoles, de paradigmes étendus et savent donner à chaque mot sa juste place. 

S’emparer du pouvoir linguistique

Soyons clair ! Il est hors de question de laisser entendre que certains jeunes Français n’auraient pas les moyens intellectuels de se doter d’une langue puissante et efficace. Tout ce que nous savons sur les langues et les populations qui les parlent ne laisse planer aucun doute sur le fait que tout être humain, quelle que soit sa race, son ethnie, et sa culture, possède le même potentiel d’apprentissage linguistique, les mêmes capacités de se construire une langue riche et le pouvoir de s’en servir avec précision… Mais encore faut-il que le milieu social, les stimuli interrelationnels et les ambitions de communication qu’on lui propose poussent un individu à s’emparer du pouvoir linguistique. En bref, si certains de ces jeunes exclus n’ont pas les mots pour dire le monde et laisser ainsi une trace précise d’eux-mêmes sur l’intelligence d’un autre, c’est parce qu’ils sont soumis -même au sein de leur école-  à une telle stérilité culturelle, à une telle aridité linguistique, et confrontés à un horizon d’engagement tellement rétréci que l’idée même de la conceptualisation et de l’argumentation se trouve exclue. 

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Dans l’espoir de maquiller une ghettoïsation scolaire, qui a condamné de fait une majorité d’élèves à un échec très tôt programmé, nos responsables politiques eurent, dès les années 80, l’idée d’inventer le concept fumeux de « discrimination positive » : « arroser là où manque l’eau », « donner plus à ceux qui ont moins » ….  En réalité, ces ghettos éducatifs officialisés n’eurent pas l’effet que l’on nous avait promis. Malgré l’octroi de moyens supplémentaires significatifs, le taux d’échec scolaire est quasiment resté au même niveau. Le statut « prioritaire »  de ces établissements n’a eu, sur une période de 30 ans, aucun effet significatif sur la réussite des élèves : aucun effet sur l’obtention d’un diplôme, aucun sur le passage en 4e et en 2nde, aucun enfin sur l’obtention du baccalauréat. Durant ces 30  dernières années, l’écart entre les résultats obtenus par les élèves de ZEP et ceux obtenus par les élèves hors ZEP n’a pas varié de façon significative : entre 10 et 12 points de différence en ce qui concerne la lecture ; entre 9 et 11 points pour les mathématiques. Si l’on ne prend en compte que les élèves faibles, les écarts sont encore plus parlants : en REP, la proportion d’élèves faibles en lecture s’est élevé en 2018 à plus de 30 % contre 15% hors REP. Dans ces écoles confinées, filles des cités de relégation qui les oppressent, on tente depuis des années de « jouer à l’école », comme d’autres « jouent au docteur ». On n’en finit pas de se désespérer devant ces ghettos scolaires de plus en plus ravagés par des flambées de violence. On y installe des portiques, des barrières, des caméras, on multiplie les exclusions. Autant de gesticulations qui ne touchent que l’écume des choses. Car s’il suffisait de supprimer les actes de violence en confisquant les instruments de la violence ; s’il suffisait de réenchanter ces établissements en les égayant par une couche de peinture rapidement écaillée ou en distribuant des tablettes numériques très vite détournées, tout serait tellement facile ! Aussi aisé que d’éradiquer l’illettrisme en imposant à tous les CP une méthode de lecture syllabique. En vérité, ces lieux sont peu à peu devenus des camps retranchés où des enseignants sans expérience, très vite à bout de souffle, tentent désespérément d’attirer des élèves rebelles à tout apprentissage tout en essayant d’empêcher d’autres jeunes d’entrer pour commettre des actes de vandalisme et de violence. Quant aux parents, ils sont absents, et muets, sauf lorsque la justice s’en mêle. Écoles sanctuarisées, nous dit-on… ? Non ! Disons plutôt écoles barricadées, emmurées, encerclées par des populations désabusées et des forces de plus en plus hostiles. Enclaves institutionnelles à peine tolérées sur un territoire où l’on a perdu le goût d’apprendre et le devoir de transmettre ! Ces « écoles dénaturées », fruits du cynisme et de la lâcheté de générations de responsables politiques, ont besoin aujourd’hui d’une véritable métamorphose.

L’École, face à l’essaim d’associations encourageant le repli identitaire

Nous ne sortirons pas de cet engrenage épouvantable en érigeant des murailles. Car nous ne ferions que couper définitivement l’école de ses partenaires naturels qui, dans cette situation d’extrême difficulté, sont les seuls à pouvoir la soutenir. La seule façon de sortir ces établissements du ghetto dans lequel on les a enfermés depuis des dizaines d’années est de leur permettre de transformer dans ses fondements mêmes leur projet éducatif. Attention ! Il ne s’agit pas de réduire les ambitions d’apprentissage en les « ratiboisant » pour les adapter à ces populations ghettoïsées. Bien au contraire ! L’équipe éducative, dont on devra veiller à la formation et à la stabilité, ne devra pas céder sur la qualité des textes et la rigueur des démonstrations ; elle ne devra en rien négliger la précision des mots et la rigueur des règles de langage ; elle ne baissera aucunement ses exigences en matière de comportements et fera respecter strictement les règles de la laïcité. Dans ces écoles revisitées, on devra donc appliquer les programmes et les règles de l’École de la République avec la plus grande fermeté, mais, en même temps, elles seront des lieux de culture et de formation ouverts à tous. Des lieux dans lequel les familles seront des partenaires à part entière de l’éducation de leurs enfants. Ici plus qu’ailleurs, l’École devra devenir celle d’une communauté réunie autour d’un projet éducatif assumé par tous. Dans cette école ouverte aux familles, les enseignants devront apprendre à partager le pouvoir de parole au sein de véritables conseils d’établissement, responsables de sa gestion et de son animation ; les familles devront avoir le droit de s’exprimer sur tous les sujets, même si, sur les choix des démarches et des contenus pédagogiques, la dernière parole reviendra strictement aux enseignants. Partie prenante de l’éducation de leurs enfants, meilleurs alliés des enseignants, les parents retrouveront ainsi une dignité que ni leurs enfants ni l’école ne leur reconnaît aujourd’hui dans ces quartiers. L’École deviendra leur école, celle où ils trouveront eux-mêmes après la fin des cours les moyens de progresser, d’apprendre une langue française de qualité, de gouter la culture qu’elle porte. Fièrement installée au milieu de la cité, c’est donc à l’école que l’on confiera la mission de renouer les liens sociaux, culturels et… économiques, et non à un essaim d’associations dont on évalue rarement l’efficacité et qui parfois encouragent le repli identitaire. Vitrine de notre patrimoine littéraire, scientifique et artistique, lieu républicain d’exigence intellectuelle et linguistique, l’école sera aussi un espace où pourront s’exprimer les cultures familiales les plus diverses. Ces cultures « venues d’ailleurs » ouvriront ainsi à tous des horizons de découverte, contribueront à développer le respect de l’Autre et surtout feront aimer ce qui est différent. Elles seront d’autant mieux accueillies par l’École que l’on soulignera leur capacité de porter nos valeurs universelles. On fera ainsi gouter aux élèves et aux familles la merveilleuse diversité culturelle et narrative des textes fondateurs d’où qu’ils viennent et on montrera comment ils ont traversé depuis les siècles les civilisations les plus différentes, pour tenter d’apaiser les inquiétudes et les terreurs humaines.

Pour une école de la résistance, Alain Bentolila, éd. Broché, 192 pages, 23 février 2022.

Pour une école de la résistance

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Lorsque le président, lassé par les sondages…

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D’après Alfred de Musset…


Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j’en sais d’immortels qui sont du pur pipeau.

Lorsque le Président, lassé par les sondages,
Dans les brouillards du soir retourne en son château

Ses ministres affairés courent sur le rivage
En le voyant au loin débattre avec FO.

Déjà, croyant saisir et propager la foi,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
Et font avec leurs becs beaucoup de discours creux.

Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Prêcheur mélancolique, il regarde les vieux.

L’encens coule à flots de sa poitrine ouverte ;
En vain il a des maires fouillé la profondeur ;
Matignon était vide, la retraite est déserte ;
Pour tout financement il apporte son cœur.

Sombre et silencieux, navigant dans l’éther,
Partageant aux Français ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur ;
Et, regardant enfler sa glorieuse mamelle,
Sur son festin de mots il s’affaisse et chancelle,
Ivre de mélopées, de Nupes et d’erreurs.

Mais parfois, au milieu de divins artifices,
Fatigué de coacher, Babeth, ballons, supplices
Jupiter voit Messi engloutir ses enfants ;
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage,
Il clame dans la nuit un discours si fumeux,
Que tous les supporters désertent les virages,
Et que Kylian Mbappé, saisi au visage,
Sentant la main passer se recommande à Dieu.

Français, c’est ainsi que font les politiques.

Ils laissent s’égayer ceux qui votent un temps ;
Mais les festins humains qu’ils servent à leurs fêtes
Ressemblent la plupart à ceux des pénitents.

Quand ils parlent ainsi d’espérances trompées,
De tristesse et d’oubli, d’amour et de malheur,
C’est un joli concert à dilater le cœur ;
Leurs déclamations sont du karaoké
Toutes miment dans l’air des chants éblouissants ;
Mais contiennent rarement quelques gouttes de sens (…) ».

(D’après Alfred de Musset, La nuit de mai,1835)

Poésies complètes (Modèle aléatoire )

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Anne Hidalgo, un bulldozer contre les voitures

Au nom de la lutte contre la pollution, le maire de Paris ne cesse de repousser les voitures hors de la capitale. Et rien ne semble pouvoir arrêter une idéologie qui ne recule devant aucun moyen pour imposer manu militari un Paris tout vélo. Pendant ce temps, l’Assemblée nationale examine aujourd’hui une proposition de loi du Rassemblement national visant à interdire les Zones à Faibles Émissions (ZFE), une mesure de « séparatisme social »…


N’ayons pas la mémoire courte et ne nous contentons pas d’avance de l’hypothétique Paris de carte postale qu’Anne Hidalgo parviendrait à (re)créer pour la parenthèse des JO de 2024 – et à quel prix. L’histoire retiendra du long règne du maire de la capitale ses exploits en matière de saleté, de manque d’entretien des trottoirs et des chaussées, de constructions de tours et de travaux fantômes, d’abandon du patrimoine et de reconnaissance du langage inclusif, de politiques sociales insensées et de creusement de la dette, de coups tordus et de mensonges continus… mais aussi, et peut-être surtout, le chaos que cette idéologue doctrinaire a réussi à imposer en matière de circulation.

À lire aussi, du même auteur: Signez la pétition pour le retour de Voltaire, square Honoré-Champion, à Paris!

C’est que Madame le Maire – qui ne se déplace qu’en voiture – n’aime pas la voiture, elle éprouve à son endroit une aversion profonde et nourrit une haine viscérale du véhicule motorisé en général. Après avoir coupé des voies entières, les berges de Seine et de plus en plus de tronçons de rues, elle a subdivisé en couloirs les grandes artères du baron Haussmann qui permettaient jusque-là une fluidité des transports : un grand couloir pour les vélos et un petit pour tous les autres, à l’Hôtel de Ville on appelle ça « un partage équitable de la chaussée [1] ». La conséquence est radicale : des embouteillages permanents, de jour comme de nuit, ont permis d’atteindre l’objectif escompté. De guerre lasse – et à force de rendez-vous manqués – les Parisiens, et plus encore les banlieusards à qui elle est souvent indispensable pour éviter des trajets de plusieurs heures, abandonnent leur voiture. Anne Hidalgo gagne progressivement son pari de bannir les moteurs de la ville, affirment ses thuriféraires (de moins en moins nombreux d’ailleurs). Mais dès lors qu’elle ne pouvait pas perdre, on voit mal où est le « pari ». En effet, elle impose sa vision magique par la force, le seul rapport qu’elle connaît. Son discours ne pouvant être accepté par toute personne censée, ou du moins astreinte à quelque obligation d’une vie quotidienne ou professionnelle – on pense notamment aux banlieusards et aux artisans –, elle barricade les rues et contraint le peuple à coups de blocs de béton et de barrières métalliques. Ainsi parvient-elle à faire respecter des règles physiquement incontournables et à offrir le spectacle d’ambulances et de camions de pompiers immobilisés, sirènes hurlantes, parmi des voitures elles-mêmes bloquées.

C’est de l’amour

Tous ceux qui la critiquent, s’ils ne sont pas d’extrême droite – comme la mairie aime à qualifier ses opposants –, n’ont rien compris à Anne Hidalgo qui œuvre pour notre bien. « Elle n’est pas méchante ! » assure Serge Orru, son ancien conseiller aujourd’hui président du conseil d’orientation de l’Académie du climat, un organe de la municipalité. Selon cet homme, pour le coup fort sympathique, car il conserve quelque chose du monde d’avant, la maire de Paris ne veut qu’une chose, nous sauver de la mort en mettant fin à la pollution « car la pollution tue ». En posant ainsi les enjeux, difficile de nuancer le discours sans apparaître pour un méchant qui veut tuer des petits enfants. « Les particules fines sont des assassins, explique cet amateur repenti de courses de motos et de F1, elles sont partout et proviennent aussi de la poussière de frein des moteurs, de tous les moteurs : voitures, bus, motos. D’où vient la vague de bronchiolite actuelle ? » se questionne-t-il faussement avant d’ajouter : « Visitez un hôpital d’enfants qui souffrent d’asthme, c’est terrible. »

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Retenons nos larmes pour lui faire remarquer que des pics de pollution ont été enregistrés en plein confinement, lorsqu’il n’y avait aucune circulation automobile. La réponse tombe aussi sec qu’un Vélib’ mal garé : « Ces pics correspondent aux périodes d’épandages de produits chimiques dans les champs, ceux de la Beauce notamment, et avec les vents, les particules d’ammoniac, entre autres, se sont retrouvées dans l’air de Paris. Ajoutez à cela les particules des moteurs, même ceux alimentant les chauffages… vous avez l’explication. Tout moteur est source de pollution. » Salauds de paysans ! À bas les frileux ! « À cause de la pollution, le monde de demain sera entre Mad Max et l’abbé Pierre, il y aura quelques riches bien lotis et des pauvres en mauvaise santé. » Heureusement que sainte Hidalgo est là pour nous protéger.

Quid de la « Journée sans voiture », ce fameux dimanche durant lequel même les véhicules électriques sont interdits de sortie ? « C’est pour que les Parisiens aient plus de place ! La surface d’encombrement d’une voiture est d’environ 10 m2 ! Il faut réduire la place de la voiture en ville. » Fallait y penser : si nous sommes à l’étroit et que nous ne pouvons pousser les murs, jetons les meubles par les fenêtres ! Mais qu’on se rassure, nous sommes de moins en moins nombreux dans cette souricière. Face à l’impossibilité grandissante de circuler dans Paris – aux embouteillages hidalguiens s’ajoute la déliquescence du réseau de la RATP – et à la difficulté de trouver un logement, de plus ne plus de Parisiens fuient la ville. Un signe qui ne trompe pas : on y ferme des classes ! À la rentrée 2022, 3 000 élèves ont manqué à l’appel dans le premier degré, ils étaient 6 000 dans ce cas en 2021. Aucune inquiétude à avoir, selon Serge Orru : « La démographie descend, mais elle va remonter, comme partout. »

La conséquence du Paris sans voiture est un Paris tout vélo – et trottinette –, une libéralisation de la « mobilité douce » qui scelle l’oppression du piéton. Quiconque sort de chez soi doit désormais regarder à gauche et à droite, même sur un trottoir. Le nombre d’accidents explose. Le Paris « réenchanté » d’Anne Hidalgo, c’est le danger permanent.

Capitale

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[1] Rue de Rivoli, la mairie a fait construire deux pistes cyclables, l’une de 6,5 m de large dans le sens est-ouest et une autre de 3,5 m de large dans le sens inverse. Le reste du trafic (bus, taxis, riverains, artisans et livraisons – la rue est interdite aux autres) se retrouve concentré sur une voie de 3,5 m de large. Dix mètres pour les vélos, 3,5 pour les autres. (Le Figaro, 28 avril 2022)

Affaire Damien Rieu: comment le militantisme va tuer le journalisme

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À l’heure des réseaux sociaux et du développement rapide des algorithmes, le journalisme doit se réinventer pour quitter les sentiers de l’idéologie et revenir à une information complète, honnête et précise. Analyse.


Alors que Damien Rieu, cadre du parti « Reconquête! » très suivi sur les réseaux sociaux, partage depuis quelques jours de nombreuses photos et vidéos montrant des prières islamiques dans des lieux publics, il est tombé dans un piège. Cory Le Guen, journaliste pigiste écrivant notamment pour Ouest France, lui a envoyé une vidéo, la présentant comme prise dans une salle d’audience vide du tribunal judiciaire de Paris.

Une fois la vidéo publiée par Damien Rieu, Cory Le Guen en diffusa la version longue, où il expliquait la mystification. Il ne restait plus qu’à tourner l’initiative du militant en ridicule et l’accuser de ne pas vérifier ses sources.

Quand le journaliste devient créateur de fake news

Cory Le Guen a profité de la présomption d’honnêteté que lui confère son métier pour créer une fausse information, ce qui va à l’encontre de toute déontologie. Si tous ses confrères n’agissent pas comme lui, cette affaire symbolise une manière que beaucoup ont de comprendre leur métier : utiliser leur visibilité pour dispenser leur idéologie, parfois au mépris des faits. Beaucoup de Français tombent dans ce genre de travers et, les biais cognitifs étant humains, on ne saurait leur en vouloir. En revanche, un journaliste, par le métier qu’il a choisi, a le devoir de s’extraire de ces biais pour dispenser une information honnête.

A lire aussi: Christine Kelly: «Je suis pour la liberté d’offenser»

Le militantisme des journalistes n’est pas nouveau, il est peut-être même constitutif de la profession en France. Lors de la Révolution, après un siècle de balbutiement sous la censure royale et après l’institutionnalisation de la liberté de la presse, nombreux sont les politiques et intellectuels qui profitaient de l’imprimerie pour diffuser leurs idées à grande échelle. Mirabeau, Robespierre ou Marat n’agissaient pas autrement. Aujourd’hui, rares sont les médias qui diffusent une information neutre, tout simplement parce que le choix des mots lui-même n’est jamais anodin. En revanche, si la défense d’une ligne se fait au détriment de la qualité de l’information, le journaliste devient un militant et contribue à la défiance que les Français ont des médias.

L’information, défi du journalisme au XXIe siècle

A l’heure où l’information circule en temps quasi réel sur les réseaux sociaux, on attend des journalistes une filtration de l’information et une explication des faits approfondie. Le Français moyen ne veut pas simplement savoir qu’un événement est arrivé mais aussi quels sont ses enjeux, quel est son contexte et qui sont les acteurs concernés et leurs intérêts. Tout un travail de recherche et de synthèse que, par manque de temps, d’envie ou de moyens, nombre de journalistes ne font plus. C’est pourtant le seul travail qui pourrait leur éviter la disparition.

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Selon le baromètre sur la confiance des Français dans les médias réalisé chaque année par Kantar, le taux de personnes « intéressées par les nouvelles données par les moyens d’information » est depuis 2018 d’environ 60%, avec un décrochage particulièrement marqué chez les jeunes (38%). Presque tous les sondés considèrent que les médias doivent fournir « des informations fiables et vérifiées », mais seuls 44% estiment que c’est le cas. Ces résultats sont directement liés au contenu proposé. Qu’il s’agisse des sujets écologiques, pour lesquels les militants sont invités plus souvent que les scientifiques, des images parfois traitées à la va-vite et mal interprétées ou des sujets passés sous silence, les Français ont le sentiment qu’aujourd’hui, pour s’informer, ils ne peuvent plus compter sur les médias.

L’avènement de ChatGPT, algorithme gratuit qui permet, entre bien autre chose, de rédiger de courts articles sur des sujets donnés par l’utilisateur, rend la refonte du journalisme plus importante encore. Demain, si les journalistes veulent exister sans dépendre de subventions publiques, ils devront être des synthétiseurs et des chercheurs.

Dictée: une passion française

Le niveau scolaire étant catastrophique, Pap Ndiaye entend renforcer l’enseignement du français avant le collège. Les CM1/CM2 auront droit à une dictée quotidienne.


 « Apprendre » les mots ! Comme j’en étais avide ! Au fil des jours, les nouveaux mots s’ajoutaient aux anciens et faisaient une confrérie admirable dans ma tête et sous ma plume, jamais avare de nouveautés dans les phrases, puis dans les paragraphes, puis dans les rédactions que nous apprenions à composer comme on construit avec savoir-faire, une maison. Cet amour des mots n’a fait que grandir au cours des années. C’est peu de dire que, maintenant encore, il me faut des heures si je cherche un mot dans le dictionnaire, un mot renvoyant à un autre. D’autant que les images me ramènent aux « leçons de choses » de mon enfance. Aussi aimais-je les dictées : le papier à grands carreaux (le passage aux petits carreaux se fera en classe de sixième), le silence qui règne sur les têtes penchées, le crissement des plumes, leur petit bruit dans l’encrier — et la tête se relève pour sonder les lointains avant de replonger dans la forêt des lignes, l’esprit est tendu pour ne faire aucune faute — et ce sont des soupirs de satisfaction quand, une fois prononcé par la maîtresse « Point final », l’œil prend, le buste en arrière, la mesure de la tâche accomplie.

A lire aussi: Avec la “twictée”, l’école enseigne l’orthographe avec bienveillance

Sans doute certaines élèves connaissent-elles les affres de la dictée, moi, je suis dans l’ivresse. J’aime écrire « Dictée » en tête de la page. J’aime sentir battre mon cœur à la difficulté du texte et savourer le bonheur d’échapper à un piège grammatical. J’aime le pas régulier de la maîtresse qui épelle lentement et va de rang en rang accentuant les liaisons quand elles sont nécessaires. Qui h ! J’aime la ponctuation et les accents. J’aime l’initiation aux mystères orthographiques : celui de « pharmacie » et du circonflexe de « forêt », celui, phonétique (on ne disait pas le mot mais on comprenait à demi-mot) du mot « doigt » : tous ces mots que la maîtresse nous déclinait dans leurs familles. C’étaient des mots « courants. » Car il y en avait d’autres, rares, que nous devions apprendre. A la sortie, on se demandait ce qu’on avait mis pour tel mot difficile. Je n’avais pas, comme on dit, une orthographe impeccable : j’étais — ainsi disait-on — « étourdie ». Car il y avait des fautes d’étourderie et des fautes graves. Celles des accords par exemple quand on met un « s » à la première personne des verbes du premier groupe. Quand on confond « lire » et « lier ». Il y avait même des fautes sans rémission à en juger par les pleurs de certaines élèves à la remise des cahiers.

On a gardé les dictées de Louis XVII à la prison du Temple, corrigées par Louis XVI avant qu’il ne parte pour l’échafaud. Comme il est émouvant de voir l’écriture penchée du Dauphin semblable à celle que nous avions, avant l’invention des bics et des feutres, ainsi que les fautes du royal rejeton, si semblables à celles de tous les écoliers.

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Quand on me demandera plus tard comment je suis « devenue poète » (comme on demanderait : « Comment avez-vous fait pour être simple d’esprit ? »), ce que je sais, c’est que faire apprendre aux élèves des mots de manière qu’ils se les approprient, leur donner de beaux poèmes à apprendre « par coeur » dans de beaux livres, forme à vie le goût du langage. On connaît l’expérience, souvent rapportée, de ceux qui, sur un lit d’hôpital ou en prison, ne pouvant rien faire ni parler, survivent, grâce aux poèmes appris dans leur jeunesse, et déroulent dans la solitude, leurs litanies de bonheurs et de douleurs, de sensations, de plaisirs, portée par la houle des rimes et des sonorités. Ce qu’on appelle si joliment « la mémoire du cœur ».

La fabrique d´orphelins - Essai

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La guerre au français

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Retraites: Elisabeth Borne passe à côté de l’essentiel…

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Sophie de Menthon estime qu’on met la charrue avant les bœufs, en proposant une réforme des retraites avant même d’avoir mis sur pied un projet de société!


Le problème des retraites ne se résume pas à l’arithmétique des comptables qui  s’affolent  devant les sommes budgétaires à débourser aujourd’hui et demain; c’est un élément majeur d’une politique et donc d’un projet de société.

Ce que nous dit l’arithmétique, c’est que les Français ont une durée de vie qui s’est grandement allongée alors que la durée du travail n’a pas été, elle, augmentée. Comme le financement des retraites a été prévu sur la base de solidarité intergénérationnelle, les actifs d’aujourd’hui paient pour les retraités actuels. On constate que désormais 1,7 actifs paient pour 1 retraité et ce chiffre tend à décroitre.

Le bon sens conduit à tenter de redresser la situation avec deux solutions complémentaires :  faire travailler plus longtemps et prévoir pour les actifs actuels une part de « capitalisation » c’est-à-dire d’auto-retraite.

Une même philosophie au bout du compte

Les deux techniques ont finalement la même philosophie, même s’il arrive qu’on les oppose : le pays mise sur la poursuite du développement des entreprises et de leur prospérité. Alors, que ce soit la répartition qui suppose un maintien de l’activité ou la capitalisation qui suppose la poursuite de l’expansion, le pari est celui de la croissance. Toutes deux manifestent donc à leur façon la solidarité du pays à l’égard de ses anciens.

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S’il a fallu un temps fixer un âge de départ, c’est parce que la pénibilité de certaines professions exigeait que l’on mette fin aux souffrances physiques accumulées quelquefois à partir de la sortie de l’adolescence. Les temps ont bien changé, comme pour la longévité d’une grande partie des citoyens. Désormais chaque individu a envie d’arrêter de poursuivre son activité à un âge beaucoup plus variable que par le passé. La fixation par le Parlement d’un « âge légal » de la retraite se heurte donc à un phénomène de rejet car ce n’est pas le paramètre essentiel pour l’ensemble de la population.

C’est le sens du travail, les raisons de travailler, l’épanouissement ou non dans le travail qui sont les préoccupations actuelles, le travail qui paye… c’est le projet de société qui est en cause à travers une réforme des retraites. C’est le travailler plus ET mieux qui est au centre du sujet. La réponse arithmétique est donc particulièrement mal adaptée même si les corps constitués, syndicats et patronat continuent à diverger, négocier, s’indigner à ce sujet.

Poser la bonne question, avoir de bonnes réponses et…

Si nous n’arrivons pas à répondre  à la question « où va le pays ? ses entreprises, son industrie ? sa recherche ? son administration ?… » On en reste à ce que David Lisnard a qualifié de « sado-réformisme », on a oublié l’essentiel.

Le mouvement Ethic doit donc rappeler la valeur fondamentale qui est celle de l’entreprise et de son développement, avec la nécessité de la compétitivité et donc  l’adhésion de ses salariés. Les initiatives comme celle de « j’aime ma boite » montrent bien comment on pense l’entreprise différemment. Encore faut-il que l’Etat n’entrave pas, comme aujourd’hui, la liberté d’entreprendre avec une bureaucratie et des normes, règlements, impôts et, de surcroît, une application tatillonne et souvent malveillante ! La première des réformes pour traiter des retraites serait donc d’affirmer la nécessité pour le pays de développer son activité pour augmenter le travail en multipliant les initiatives et en les soutenant sans que l’État se prenne pour un manager. Ce sont les contributions des entreprises elles-mêmes, et de leurs salariés, qui permettront de payer les retraites, qu’elles soient par répartition ou par capitalisation.

Chacun devrait être libre d’arrêter à tout moment de travailler, et à chacun de se contenter du montant proposé compte tenu de la durée de son travail effectif. Le débat devrait donc porter sur le nombre d’années à travailler et non sur l’âge.

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Ceci nous permettrait de résoudre alors facilement le problème du travail des seniors, certains pouvant poursuivre la transmission de leurs savoirs au-delà d’une limite d’âge que les législateurs voudraient imposer alors qu’ils n’en veulent pas pour eux-mêmes !

Avoir aussi des fonds !

Enfin nos entreprises en général manquent de fonds propres, sont endettées et deviennent, surtout en période de crise, des proies faciles pour des prédateurs, la plupart du temps étrangers ; souvent des fonds de retraite par capitalisation. Une de nos faiblesses est d’avoir ignoré à la fois la nécessité de fonds propres et le poids du système des fonds de pension. Ne nous réjouissons pas si vite de voir les étrangers « investir » dans notre pays.

A l’occasion d’une réforme des retraites en France, le monde des entreprises ne comprend pas que ces sujets ne soient pas prioritaires dans la réflexion et l’action et alerte la population  quant à une réforme  qui ne va pas de pair avec un projet de société digne de ce nom !

Sophie de Menthon, et le conseil dadministration du mouvement ETHIC

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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Les femmes sont de plus en plus en colère

La colère féminine, selon la BBC, serait essentielle aux femmes pour se libérer du carcan patriarcal et de l’oppressante charge mentale. D’ailleurs, un marché très lucratif s’ouvre à des thérapeutes malicieux.


Les femmes sont de plus en plus en colère. C’est la conclusion d’une analyse faite en décembre par la BBC de dix ans de résultats du Gallup World Poll qui est réalisé annuellement. L’institut de sondages interroge 120 000 personnes dans 150 pays. Parmi d’autres questions, il leur demande quelles émotions elles ont ressenties la veille. Or, en ce qui concerne la colère, 26 % des femmes et 20 % des hommes déclarent en avoir ressenti ; en 2012, les deux sexes étaient à 20 % tandis que, en 2020, les femmes étaient à 26 % et les hommes à 23 %. Pourquoi les femmes sont-elles de plus en plus en colère et plus que les hommes ? La question, selon la BBC, ne se pose presque pas.

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Bien sûr que les femmes le sont, et elles ont bien raison, vu toutes les oppressions et autres charges mentales qu’elles subissent. Selon une psychiatre, il y a une dissonance entre l’émancipation progressive des femmes et le système patriarcal qui continue à régner. Désormais, nous explique-t-on, les femmes ont appris à libérer leur « colère sacrée » ; des thérapeutes peuvent les aider à cela, notamment en organisant des sessions de cris collectifs dans un champ. Et si elles ne sont pas en colère, c’est certainement parce que c’est « tabou » de le dire.

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Il est difficile de tirer de grandes conclusions d’une enquête où les données sont de pures déclarations subjectives. Pourtant, la BBC n’hésite pas à expliquer la modeste augmentation du chiffre des femmes qui se disent en colère par un galimatias féministe bon marché, convoquant des spécialistes aussi illustres que… Tahsha Renee, une Américaine fondatrice de la Sororité du feu sacré (ça ne s’invente pas). Elle et sa comparse Jacquelynne Faith, influenceuse qui se décrit elle-même comme « sirène astrale, mannequin, actrice, prêtresse », organisent sur Zoom des programmes de psychologie positive intitulés « Rage sacrée », vendus à grands frais, où on apprend à crier sa rage et à dire non au monde qui nous maltraite.

On aura au moins appris, grâce à la BBC, que la colère est devenue une marchandise alléchante.

La routine du tragique

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Le tragique existe, on s’y habitue, on proteste, on a de la bonne volonté mais l’impuissance domine.


Les forces syndicales unies contre le pouvoir. Les unes et l’autre affirment leur absolue résolution antagoniste sur le projet de loi des retraites. J’aurais tendance à parier sur la victoire finale d’Emmanuel Macron et d’Elisabeth Borne.

LR, parce que Eric Ciotti a rassuré la Première ministre beaucoup trop tôt, va permettre sans doute d’éviter un nouveau 49-3 mais les points positifs de la réforme seront mis au crédit du pouvoir. On louera le sens des responsabilités des LR mais ils devraient prendre ce compliment avec une mine d’enterrement !

Uniforme à l’école: Houlié pas d’accord avec la Première dame

Sacha Houlié, président de la Commission des lois à l’Assemblée nationale, est l’un des rares encore hostiles au port de l’uniforme au collège et au lycée. On peut espérer que le ministre de l’Éducation nationale, qui découvre peu à peu que son prédécesseur était meilleur que lui, change aussi d’avis sur ce plan…

Cette mesure serait un premier pas capital vers le recentrage de l’école sur elle-même et donc la restauration des « fondamentaux » qu’elle a négligés en confondant l’apprentissage du savoir avec le bain dans l’écume sociale.

Le football et le rugby, c’est vraiment du sport ! Trop d’argent, trop peu de rigueur et d’éthique, trop de favoritisme. Je ne vois pas pourquoi on considère que ces bureaucraties et structures qui se gavent n’ont aucune importance. Au fond, il y a du mépris derrière cette indifférence à l’égard de la morale dans ces univers. Comme s’ils étaient naturellement voués à être défaillants !

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Quittons ces sujets qui, aussi graves qu’ils soient ne pèsent pas lourd face au tragique dans le monde, qui devient routinier. Il existe, on s’y habitue, on déplore, on proteste, on a de la bonne volonté mais l’impuissance domine. La guerre en Ukraine, Poutine, l’horreur et les morts au quotidien, le cynisme ici, la surenchère exigée de l’armement là, sont devenus des sujets ordinaires. Ils font partie de notre existence, ils représentent un fond de tableau et de paysage: rien de plus choquant.

Écœurement

Mais il y a pire: en Iran, on tue, on exécute, on pend. Insensiblement, la plus belle et courageuse des révoltes, bien plus humaine que politique, s’essouffle face à une dictature intégriste qui, n’ayant pas l’ombre d’un scrupule, sait que le temps joue pour elle. J’ai peur que cette admirable et intrépide rébellion soit brisée, parce que dans le monde on ne sait opposer que des vœux pieux à cette ignominie de tous les instants. Le réalisme des États a ses raisons qui m’écœurent et m’indignent. La routine du tragique: c’est bien plus immédiat et dramatique que le défi climatique. Mais qui s’en soucie vraiment ?

Le Mur des cons

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Collège: la réforme impossible?

Pap Ndiaye souhaite réformer le collège, « l’homme malade du système éducatif », dit-il — et ce n’est pas faux. Levée de boucliers dans le front syndical. Le ministre a-t-il tout faux, ou les syndicats sont-ils les meilleurs refuges de l’immobilisme ? se demande notre chroniqueur.


En 1982, François de Closets sortait Toujours plus, premier opus d’une série qu’il déclina par la suite avec Tant et plus (1992) et Plus encore (2006). Le journaliste y stigmatisait la passion française de la surenchère, dont les discussions sur la réforme des retraites sont aujourd’hui une illustration parfaite.
Ou les récriminations syndicales sur les dernières consignes de Pap Ndiaye concernant la classe de sixième, charnière de ce maillon faible appelé collège, « l’homme malade du système éducatif », comme dit le ministre.

Qu’a suggéré le ministre ?

Que durant le « cycle 3 » (depuis la réforme malencontreuse de Najat Vallaud-Belkacem, CM1 / CM2 et sixième ne font qu’un), on remette l’accent sur la dictée, l’apprentissage systématique de l’orthographe et de la grammaire, et la pratique du calcul mental. Des suggestions de bon sens, qui en amont en disent long sur l’abandon de ces pratiques dans les classes de primaire ; et qui en aval ont suscité les hurlements des enseignants, via leurs organisations syndicales. Caroline Beyer a résumé dans Le Figaro les consignes à venir du ministre : « Le Café pédagogique, noyau dur de la secte des pédagogistes qui a infiltré l’Educ-Nat depuis trois décennies, a sonné la charge : « Après des mois à user de métaphores pointant les problèmes, bien réels, du collège, le ministre en reste à des mesures cosmétiques. Enfermé dans le carcan des suppressions de postes et de la baisse de moyens humains, le ministre est incapable de répondre aux préoccupations centrales des personnels : revalorisation, baisse des effectifs dans les classes et amélioration des conditions de travail. » Une pétition signée par le Snes-FSU, le SNUipp-FSU, Le Snep-FSU et le SNUEP-FSU — le SNALC dit la même chose, mais comme il n’est pas dans les instances supérieures…

Diminution du nombre d’élèves et conservatisme syndical

Tout n’est pas faux dans ce pseudo-argumentaire. Les suppressions de postes, voire les fermetures de lycées, dont les élèves sont reversés dans d’autres établissements, sont la conséquence directe de la baisse des effectifs. Le mini-baby-boom des années 1995-2000 est derrière nous, la natalité a baissé nettement, et avec moins d’élèves les rectorats envisagent partout de fermer des classes. Rien qu’à Paris, en septembre 2022, on comptait 4000 élèves de moins en primaire et 2200 dans le second degré — chiffres qui seront très certainement les mêmes en septembre prochain. Ce n’est plus une diminution, c’est une hémorragie.

Crime suprême, alors qu’yaka diminuer le nombre d’élèves par classe, créer des postes d’enseignants, quitte à recruter la lie des universités, en les payant bien mieux que leurs aînés, qui avaient passé de vrais concours dont on ne relevait pas artificiellement les notes… Et tout ira mieux.

La pensée magique a de beaux jours devant elle.

Les syndicats sont en France, et dans le secteur éducatif particulièrement, des instances éminemment conservatrices. Quand Giscard et René Haby ont imposé le collège unique, on a entendu les hurlements de la FEN, alors fédération largement majoritaire. On dérangeait les habitudes — et on allait assister à une baisse du niveau, ce qui n’est pas faux.

A relire: Brighelli: «L’École de la République n’a pas dysfonctionné: elle accomplit ce pour quoi on l’a programmée…»

Notons au passage que pour gérer ces classes où devaient s’intégrer de force les élèves les plus faibles, en particulier ceux arrivés la même année dans le cadre du regroupement familial décrété par le même président de la République, on a inventé le corps de PEGC, instituteurs promus en collège et enseignant deux matières. Tout comme aujourd’hui, pour enseigner l’orthographe aux élèves de sixième, le ministre compte sur des « professeurs des écoles » pour venir au collège gérer les élèves bien abîmés dans les années précédentes par ces mêmes « professeurs ». D’où l’humour involontaire des syndicalistes affirmant : « Si des difficultés existent en 6eme, ne serait-il pas nécessaire de les enrayer avant ? C’est notamment avec l’abaissement des effectifs dans toutes les classes de l’école primaire, la mise en place d’enseignants supplémentaires mais également en réabondant les postes d’enseignants de réseaux d’aides pour permettre de traiter la difficulté scolaire dans les classes que cela doit se faire. »

Et d’appeler à la mobilisation. Allez, camarades, une petite grève de 24 heures, comme d’habitude ?

Ndiaye veut une dictée quotidienne en CM1 et CM2

Le Monde parle donc du retour du « totem de la dictée ». Pour les enseignants du primaire, écrit Violaine Morin, « cet exercice n’a de sens que dans le contexte d’un travail plus vaste sur l’orthographe et la grammaire ».


Je vais vous faire une traduction. Comme le rappelle Emmanuelle Lucas dans La Croix du 4 janvier, « sur le plan théorique, deux écoles s’affrontent en effet, rappelle Laurent Lima, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université de Grenoble-Alpes. Le chercheur donne l’exemple de l’enseignement de l’accord du participe passé. « Un professeur tenant de “l’approche explicite” procède en trois temps : il indique le problème, énonce la règle, donne des exercices d’application. » À l’inverse, un tenant de l’approche « constructiviste » demande aux élèves d’identifier la règle eux-mêmes : « Il leur soumet des textes, charge à eux de découvrir dans quels cas le participe s’accorde ou pas. » »

Et de conclure : « Dans l’un des cas, on parie sur la force de la répétition, dans l’autre, sur l’intelligence de l’enfant. »

Rions un peu.

Soit un début de phrase tiré d’une dictée célèbre : « Quelles que soient, et quelque exiguës qu’aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir versées à maint et maint fusiliers la douairière ainsi que le marguillier… » Et suggérez à votre enfant, ou petit-enfant, de comprendre par lui-même pourquoi « censés » est masculin pluriel, et « versées » féminin pluriel. Il y sera encore dans dix ans. Même Word n’a pas compris, et me souligne frénétiquement « censés », qu’il accorderait volontiers avec « arrhes ».

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L’orthographe française est d’une logique branlante. L’accord du participe avec le COD antéposé est une règle instituée par un poète, Clément Marot, qui s’inspirait de l’exemple italien du XVIe siècle. Quant à « amour, délice et orgue » qui sont masculin au singulier et féminins au pluriel, aucune réflexion ne vous fera comprendre que cette règle est sortie tout armée du cerveau de Vaugelas au XVIIe siècle, afin de mettre fin à l’anarchie orthographique. Cela s’apprend — comme s’apprennent les terminaisons plurielles des noms, des adjectifs et des verbes, qui ne s’entendent que fort rarement. L’orthographe d’usage n’est pas en reste : si je reprends la phrase de Mérimée citée ci-dessus, en soulignant en gras ce qui ne s’entend pas et qui doit donc s’apprendre par cœur, cela donne : « Quelles que soient, et quelque exiguës qu’aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir versées à maint et maint fusiliers la douairière ainsi que le marguillier… »

À noter que certaines finales muettes (sur « censés », « versées » ou « maint ») s’entendent si l’on fait les liaisons. Mais fait-on les liaisons ? Et il n’y a que chez Pagnol que le bon maître fait sonner le « s » de « moutons »

Convaincus ? On n’arrive à la correction orthographique, en français, que par l’apprentissage mécanique et l’inlassable répétition.

Y compris pour les maîtres. J’aimerais être sûr que tous les « professeurs des écoles » et les profs de collège (et les journalistes) savent que « se rappeler » et « pallier » sont des verbes transitifs, et que « après que » régit l’indicatif, et non le subjonctif comme je l’entends trop souvent.

Ce ne sont pas des détails. Le problème central de l’Ecole est la fracture entre les établissements où vont les enfants des élites auto-programmées et ceux où s’entassent les rejetons du peuple de l’abîme, comme disait Jack London. Et ne pas enseigner la langue dans ce qu’elle a de plus complexe à ces derniers participe d’un mépris massif, dont je suis bien obligé de dire qu’il est la caractéristique première des « pédagogues » et des syndicats qui les soutiennent. Enseigner la « langue de la rue » aux élèves les plus démunis, c’est les forcer à séjourner à vie dans le ghetto économique et culturel où ils sont nés.

Plus encore!

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«Les Gaspards», comédie nostalgique ou film d’anticipation?

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Ce mercredi, revoir le film de Pierre Tchernia sorti en février 1974 et repenser ainsi notre politique du logement à Paris.


Quand j’étais enfant, durant les fêtes de Noël, Garcimore sortait de sa manche des lapins ou des foulards colorés à la télévision sous les rires en cascade de Denise Fabre. Aujourd’hui à Paris, contrairement à la chanson de Francis Lemarque, quand un amour fleurit, ce sont les souris qui dansent sur le pavé en effrayant les usagers serrés comme des sardines du métropolitain. L’animalisation de la société est en marche. Blotti dans la manche d’une dame, ce soir-là, un surmulot en bamboche a eu des envies de liberté, d’air pur, de Champs-Elysées, de Lido et de journal télé. Il profitait de son quart d’heure de célébrité avant de dîner au bœuf sur le toit.

Paris est une fête pour les « Gaspards » qui se lèvent tard et sortent en bandes organisées. Ils remontent à la surface, la nuit venue, tandis que nous autres humains, nous nous terrons. Et finalement, si nous permutions ? Il est temps d’échanger nos places. A eux, les boulevards éclairés ; à nous les champignonnières et autres crayères. Notre sous-sol nous appartient ! Inversons les flux migratoires, aux « Gaspards » la rue ouverte aux pistes cyclables larges comme des autoroutes, aux Parisiens fatigués de vivre dans des logements trop exigus, les caves somptuaires de la capitale. L’espace du futur sera dans nos galeries ou ne sera pas.

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Pierre Tchernia et René Goscinny avaient tout prévu, tout anticipé, il y a presque cinquante ans, l’asphyxie citadine, la bétonnisation galopante, la muséification outrancière, la folie immobilière, les guerres de voisinage dans un film mi-poétique, mi-prophétique. Quand l’atmosphère devient irrespirable, la faute à trop de trafic, à trop de laideurs architecturales, à trop d’insécurité, à trop de foule sentimentale, les Parisiens creusent comme les Shadocks jadis pompaient. En 1974, il s’agissait déjà de « décongestionner Paris » et de creuser sous terre pour espérer découvrir un petit coin de « ciel bleu ». L’excavation générale avait commencé, les Halles avaient migré en banlieue, les grands travaux scellèrent bientôt les carrières politiques.

Humour cartoonesque

Sous le nom de « Gaspards », une société secrète, en sécession, s’organisait sous la férule d’un Philippe Noiret épiscopale, merveilleux gentilhomme des cavernes. Ces hommes de l’ombre qui avaient fui la frénésie marchande et l’obscénité moderne aspiraient à une vie plus simple, à un habitat plus respectueux, alors parfois, ils enlevaient des touristes pour effectuer de menus travaux de force. Chez Goscinny et Tchernia, le gag est animé par un humour cartoonesque, on pédale pour avoir de l’électricité au son de l’accordéon, on soutire les légumes dans les jardins paroissiaux au risque de faire peur aux bonnes sœurs, on prélève quelques tableaux au Louvre pour agrémenter son intérieur rupestre, on vide les meilleures bouteilles d’un caviste mystifié (Jean Carmet), on s’autorise même à « kidnapper » un chanteur d’opéra-opérette (Roger Carel) le temps d’un concert privé. Donnez-moi l’adresse ! Pour que j’y emménage tout de suite.

D.R.

Du cinéma populaire, fantasque et tendre

Cette comédie loufoque à tendance écolo-anarchiste était-elle prémonitoire ? Car, en 2023, au-dessus, rien ne va plus. La circulation n’a pas diminué, les arbres continuent d’être abattus, les loyers sont astronomiques et les constructions ignobles pullulent à chaque carrefour. Au lieu d’élever des immeubles, ne devrions-nous pas aménager ce territoire inconnu qui repose sous nos pieds ? L’Homme de demain ne regardera pas en haut, vers les satellites, mais bien vers le bas, en direction des catacombes, au royaume des rats et des morts. Au-delà de la parabole philosophique de ce conte filmé qui peut aussi bien s’analyser comme une ode libertarienne à la désertion ou à un retour à une nature irénique, c’est surtout un plaisir enfantin qui nous saisit dès les premières images. Du cinéma populaire, fantasque et tendre, où les méchants sont tellement bêtes qu’ils nous rassurent et où les bons sentiments n’amènent pas une leçon de morale.

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Les « Gaspards » sont le refuge idéal pour ceux qui veulent fuir les vœux de la nouvelle année, les galettes au prix du lingot d’or, la réforme des retraites et la disparition du timbre rouge. Avez-vous vu Gérard Depardieu en facteur, Michel Serrault en libraire-historien, Chantal Goya en bicyclette, Michel Galabru en commissaire dépassé, Charles Denner en ministre possédé des Travaux Publics, Anny Cordy en sit-in dans une Renault 12 orange, Daniel Ivernel en clochard mélomane ou encore l’inoubliable Prudence Harrington en lady des profondeurs ?

Les Gaspards en replay sur CANAL+

Remettre l’école au milieu de la « cité »

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Pour mettre fin à la ghettoïsation linguistique de certains établissements scolaires, la politique des ZEP a été inefficace. Tribune d’Alain Bentolila, linguiste.


Durant ces dernières décennies, des lieux d’accueil sont devenus progressivement des lieux de réclusion dans lesquels les relations linguistiques précises et le partage culturel équilibré sont quasi inexistants. Dans ces ghettos, qui ont usurpé le beau nom de « cités », le mélange de lambeaux de langue française avec des bribes de langues dites « maternelles » (arabe et langues africaines) ont produit un « code switching », omniprésent dans les échanges. Ce phénomène est en fait un aveu d’impuissance linguistique, et de confusion culturelle plutôt qu’un métissage sémiologique enrichissant. Les « citadins », parce qu’ils sont reclus, souffrent ainsi d’une insécurité linguistique globale qui exclut le dialogue équilibré et l’échange apaisé : dans ces ghettos, la connivence et la ressemblance sont en effet les pires ennemis d’un développement ambitieux du langage. En résulte un mélange d’imprécision et d’impuissance qui interdit de faire passer sa pensée dans l’intelligence d’un autre au plus juste de ses intentions et de recevoir la pensée de l’autre avec lucidité et exigence. La ghettoïsation sociale engendre donc une insécurité linguistique qui ferme à double tour les portes du ghetto : cycle infernal qu’une école, elle-même enclavée, se révèle incapable de briser. C’est la leçon que devraient méditer ceux qui, pour « faire jeunes ou populaires », encensent ce « langage rétréci » alors qu’eux-mêmes et leurs propres enfants disposent, dans leurs maisons et dans leurs écoles, de paradigmes étendus et savent donner à chaque mot sa juste place. 

S’emparer du pouvoir linguistique

Soyons clair ! Il est hors de question de laisser entendre que certains jeunes Français n’auraient pas les moyens intellectuels de se doter d’une langue puissante et efficace. Tout ce que nous savons sur les langues et les populations qui les parlent ne laisse planer aucun doute sur le fait que tout être humain, quelle que soit sa race, son ethnie, et sa culture, possède le même potentiel d’apprentissage linguistique, les mêmes capacités de se construire une langue riche et le pouvoir de s’en servir avec précision… Mais encore faut-il que le milieu social, les stimuli interrelationnels et les ambitions de communication qu’on lui propose poussent un individu à s’emparer du pouvoir linguistique. En bref, si certains de ces jeunes exclus n’ont pas les mots pour dire le monde et laisser ainsi une trace précise d’eux-mêmes sur l’intelligence d’un autre, c’est parce qu’ils sont soumis -même au sein de leur école-  à une telle stérilité culturelle, à une telle aridité linguistique, et confrontés à un horizon d’engagement tellement rétréci que l’idée même de la conceptualisation et de l’argumentation se trouve exclue. 

A lire aussi : Dictée: une passion française

Dans l’espoir de maquiller une ghettoïsation scolaire, qui a condamné de fait une majorité d’élèves à un échec très tôt programmé, nos responsables politiques eurent, dès les années 80, l’idée d’inventer le concept fumeux de « discrimination positive » : « arroser là où manque l’eau », « donner plus à ceux qui ont moins » ….  En réalité, ces ghettos éducatifs officialisés n’eurent pas l’effet que l’on nous avait promis. Malgré l’octroi de moyens supplémentaires significatifs, le taux d’échec scolaire est quasiment resté au même niveau. Le statut « prioritaire »  de ces établissements n’a eu, sur une période de 30 ans, aucun effet significatif sur la réussite des élèves : aucun effet sur l’obtention d’un diplôme, aucun sur le passage en 4e et en 2nde, aucun enfin sur l’obtention du baccalauréat. Durant ces 30  dernières années, l’écart entre les résultats obtenus par les élèves de ZEP et ceux obtenus par les élèves hors ZEP n’a pas varié de façon significative : entre 10 et 12 points de différence en ce qui concerne la lecture ; entre 9 et 11 points pour les mathématiques. Si l’on ne prend en compte que les élèves faibles, les écarts sont encore plus parlants : en REP, la proportion d’élèves faibles en lecture s’est élevé en 2018 à plus de 30 % contre 15% hors REP. Dans ces écoles confinées, filles des cités de relégation qui les oppressent, on tente depuis des années de « jouer à l’école », comme d’autres « jouent au docteur ». On n’en finit pas de se désespérer devant ces ghettos scolaires de plus en plus ravagés par des flambées de violence. On y installe des portiques, des barrières, des caméras, on multiplie les exclusions. Autant de gesticulations qui ne touchent que l’écume des choses. Car s’il suffisait de supprimer les actes de violence en confisquant les instruments de la violence ; s’il suffisait de réenchanter ces établissements en les égayant par une couche de peinture rapidement écaillée ou en distribuant des tablettes numériques très vite détournées, tout serait tellement facile ! Aussi aisé que d’éradiquer l’illettrisme en imposant à tous les CP une méthode de lecture syllabique. En vérité, ces lieux sont peu à peu devenus des camps retranchés où des enseignants sans expérience, très vite à bout de souffle, tentent désespérément d’attirer des élèves rebelles à tout apprentissage tout en essayant d’empêcher d’autres jeunes d’entrer pour commettre des actes de vandalisme et de violence. Quant aux parents, ils sont absents, et muets, sauf lorsque la justice s’en mêle. Écoles sanctuarisées, nous dit-on… ? Non ! Disons plutôt écoles barricadées, emmurées, encerclées par des populations désabusées et des forces de plus en plus hostiles. Enclaves institutionnelles à peine tolérées sur un territoire où l’on a perdu le goût d’apprendre et le devoir de transmettre ! Ces « écoles dénaturées », fruits du cynisme et de la lâcheté de générations de responsables politiques, ont besoin aujourd’hui d’une véritable métamorphose.

L’École, face à l’essaim d’associations encourageant le repli identitaire

Nous ne sortirons pas de cet engrenage épouvantable en érigeant des murailles. Car nous ne ferions que couper définitivement l’école de ses partenaires naturels qui, dans cette situation d’extrême difficulté, sont les seuls à pouvoir la soutenir. La seule façon de sortir ces établissements du ghetto dans lequel on les a enfermés depuis des dizaines d’années est de leur permettre de transformer dans ses fondements mêmes leur projet éducatif. Attention ! Il ne s’agit pas de réduire les ambitions d’apprentissage en les « ratiboisant » pour les adapter à ces populations ghettoïsées. Bien au contraire ! L’équipe éducative, dont on devra veiller à la formation et à la stabilité, ne devra pas céder sur la qualité des textes et la rigueur des démonstrations ; elle ne devra en rien négliger la précision des mots et la rigueur des règles de langage ; elle ne baissera aucunement ses exigences en matière de comportements et fera respecter strictement les règles de la laïcité. Dans ces écoles revisitées, on devra donc appliquer les programmes et les règles de l’École de la République avec la plus grande fermeté, mais, en même temps, elles seront des lieux de culture et de formation ouverts à tous. Des lieux dans lequel les familles seront des partenaires à part entière de l’éducation de leurs enfants. Ici plus qu’ailleurs, l’École devra devenir celle d’une communauté réunie autour d’un projet éducatif assumé par tous. Dans cette école ouverte aux familles, les enseignants devront apprendre à partager le pouvoir de parole au sein de véritables conseils d’établissement, responsables de sa gestion et de son animation ; les familles devront avoir le droit de s’exprimer sur tous les sujets, même si, sur les choix des démarches et des contenus pédagogiques, la dernière parole reviendra strictement aux enseignants. Partie prenante de l’éducation de leurs enfants, meilleurs alliés des enseignants, les parents retrouveront ainsi une dignité que ni leurs enfants ni l’école ne leur reconnaît aujourd’hui dans ces quartiers. L’École deviendra leur école, celle où ils trouveront eux-mêmes après la fin des cours les moyens de progresser, d’apprendre une langue française de qualité, de gouter la culture qu’elle porte. Fièrement installée au milieu de la cité, c’est donc à l’école que l’on confiera la mission de renouer les liens sociaux, culturels et… économiques, et non à un essaim d’associations dont on évalue rarement l’efficacité et qui parfois encouragent le repli identitaire. Vitrine de notre patrimoine littéraire, scientifique et artistique, lieu républicain d’exigence intellectuelle et linguistique, l’école sera aussi un espace où pourront s’exprimer les cultures familiales les plus diverses. Ces cultures « venues d’ailleurs » ouvriront ainsi à tous des horizons de découverte, contribueront à développer le respect de l’Autre et surtout feront aimer ce qui est différent. Elles seront d’autant mieux accueillies par l’École que l’on soulignera leur capacité de porter nos valeurs universelles. On fera ainsi gouter aux élèves et aux familles la merveilleuse diversité culturelle et narrative des textes fondateurs d’où qu’ils viennent et on montrera comment ils ont traversé depuis les siècles les civilisations les plus différentes, pour tenter d’apaiser les inquiétudes et les terreurs humaines.

Pour une école de la résistance, Alain Bentolila, éd. Broché, 192 pages, 23 février 2022.

Pour une école de la résistance

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Lorsque le président, lassé par les sondages…

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Emmanuel Macron et sa femme, Brigitte Macron, en ballade à la plage du Touquet (62), le 23 avril 2022 © Jacques Witt/SIPA

D’après Alfred de Musset…


Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j’en sais d’immortels qui sont du pur pipeau.

Lorsque le Président, lassé par les sondages,
Dans les brouillards du soir retourne en son château

Ses ministres affairés courent sur le rivage
En le voyant au loin débattre avec FO.

Déjà, croyant saisir et propager la foi,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
Et font avec leurs becs beaucoup de discours creux.

Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Prêcheur mélancolique, il regarde les vieux.

L’encens coule à flots de sa poitrine ouverte ;
En vain il a des maires fouillé la profondeur ;
Matignon était vide, la retraite est déserte ;
Pour tout financement il apporte son cœur.

Sombre et silencieux, navigant dans l’éther,
Partageant aux Français ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur ;
Et, regardant enfler sa glorieuse mamelle,
Sur son festin de mots il s’affaisse et chancelle,
Ivre de mélopées, de Nupes et d’erreurs.

Mais parfois, au milieu de divins artifices,
Fatigué de coacher, Babeth, ballons, supplices
Jupiter voit Messi engloutir ses enfants ;
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage,
Il clame dans la nuit un discours si fumeux,
Que tous les supporters désertent les virages,
Et que Kylian Mbappé, saisi au visage,
Sentant la main passer se recommande à Dieu.

Français, c’est ainsi que font les politiques.

Ils laissent s’égayer ceux qui votent un temps ;
Mais les festins humains qu’ils servent à leurs fêtes
Ressemblent la plupart à ceux des pénitents.

Quand ils parlent ainsi d’espérances trompées,
De tristesse et d’oubli, d’amour et de malheur,
C’est un joli concert à dilater le cœur ;
Leurs déclamations sont du karaoké
Toutes miment dans l’air des chants éblouissants ;
Mais contiennent rarement quelques gouttes de sens (…) ».

(D’après Alfred de Musset, La nuit de mai,1835)

Poésies complètes (Modèle aléatoire )

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Anne Hidalgo, un bulldozer contre les voitures

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Paris, décembre 2022. Parmi les aménagements aberrants : la rue de Rivoli. Deux tiers de la chaussée sont dédiés aux vélos ! © Paul Maumont

Au nom de la lutte contre la pollution, le maire de Paris ne cesse de repousser les voitures hors de la capitale. Et rien ne semble pouvoir arrêter une idéologie qui ne recule devant aucun moyen pour imposer manu militari un Paris tout vélo. Pendant ce temps, l’Assemblée nationale examine aujourd’hui une proposition de loi du Rassemblement national visant à interdire les Zones à Faibles Émissions (ZFE), une mesure de « séparatisme social »…


N’ayons pas la mémoire courte et ne nous contentons pas d’avance de l’hypothétique Paris de carte postale qu’Anne Hidalgo parviendrait à (re)créer pour la parenthèse des JO de 2024 – et à quel prix. L’histoire retiendra du long règne du maire de la capitale ses exploits en matière de saleté, de manque d’entretien des trottoirs et des chaussées, de constructions de tours et de travaux fantômes, d’abandon du patrimoine et de reconnaissance du langage inclusif, de politiques sociales insensées et de creusement de la dette, de coups tordus et de mensonges continus… mais aussi, et peut-être surtout, le chaos que cette idéologue doctrinaire a réussi à imposer en matière de circulation.

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C’est que Madame le Maire – qui ne se déplace qu’en voiture – n’aime pas la voiture, elle éprouve à son endroit une aversion profonde et nourrit une haine viscérale du véhicule motorisé en général. Après avoir coupé des voies entières, les berges de Seine et de plus en plus de tronçons de rues, elle a subdivisé en couloirs les grandes artères du baron Haussmann qui permettaient jusque-là une fluidité des transports : un grand couloir pour les vélos et un petit pour tous les autres, à l’Hôtel de Ville on appelle ça « un partage équitable de la chaussée [1] ». La conséquence est radicale : des embouteillages permanents, de jour comme de nuit, ont permis d’atteindre l’objectif escompté. De guerre lasse – et à force de rendez-vous manqués – les Parisiens, et plus encore les banlieusards à qui elle est souvent indispensable pour éviter des trajets de plusieurs heures, abandonnent leur voiture. Anne Hidalgo gagne progressivement son pari de bannir les moteurs de la ville, affirment ses thuriféraires (de moins en moins nombreux d’ailleurs). Mais dès lors qu’elle ne pouvait pas perdre, on voit mal où est le « pari ». En effet, elle impose sa vision magique par la force, le seul rapport qu’elle connaît. Son discours ne pouvant être accepté par toute personne censée, ou du moins astreinte à quelque obligation d’une vie quotidienne ou professionnelle – on pense notamment aux banlieusards et aux artisans –, elle barricade les rues et contraint le peuple à coups de blocs de béton et de barrières métalliques. Ainsi parvient-elle à faire respecter des règles physiquement incontournables et à offrir le spectacle d’ambulances et de camions de pompiers immobilisés, sirènes hurlantes, parmi des voitures elles-mêmes bloquées.

C’est de l’amour

Tous ceux qui la critiquent, s’ils ne sont pas d’extrême droite – comme la mairie aime à qualifier ses opposants –, n’ont rien compris à Anne Hidalgo qui œuvre pour notre bien. « Elle n’est pas méchante ! » assure Serge Orru, son ancien conseiller aujourd’hui président du conseil d’orientation de l’Académie du climat, un organe de la municipalité. Selon cet homme, pour le coup fort sympathique, car il conserve quelque chose du monde d’avant, la maire de Paris ne veut qu’une chose, nous sauver de la mort en mettant fin à la pollution « car la pollution tue ». En posant ainsi les enjeux, difficile de nuancer le discours sans apparaître pour un méchant qui veut tuer des petits enfants. « Les particules fines sont des assassins, explique cet amateur repenti de courses de motos et de F1, elles sont partout et proviennent aussi de la poussière de frein des moteurs, de tous les moteurs : voitures, bus, motos. D’où vient la vague de bronchiolite actuelle ? » se questionne-t-il faussement avant d’ajouter : « Visitez un hôpital d’enfants qui souffrent d’asthme, c’est terrible. »

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Retenons nos larmes pour lui faire remarquer que des pics de pollution ont été enregistrés en plein confinement, lorsqu’il n’y avait aucune circulation automobile. La réponse tombe aussi sec qu’un Vélib’ mal garé : « Ces pics correspondent aux périodes d’épandages de produits chimiques dans les champs, ceux de la Beauce notamment, et avec les vents, les particules d’ammoniac, entre autres, se sont retrouvées dans l’air de Paris. Ajoutez à cela les particules des moteurs, même ceux alimentant les chauffages… vous avez l’explication. Tout moteur est source de pollution. » Salauds de paysans ! À bas les frileux ! « À cause de la pollution, le monde de demain sera entre Mad Max et l’abbé Pierre, il y aura quelques riches bien lotis et des pauvres en mauvaise santé. » Heureusement que sainte Hidalgo est là pour nous protéger.

Quid de la « Journée sans voiture », ce fameux dimanche durant lequel même les véhicules électriques sont interdits de sortie ? « C’est pour que les Parisiens aient plus de place ! La surface d’encombrement d’une voiture est d’environ 10 m2 ! Il faut réduire la place de la voiture en ville. » Fallait y penser : si nous sommes à l’étroit et que nous ne pouvons pousser les murs, jetons les meubles par les fenêtres ! Mais qu’on se rassure, nous sommes de moins en moins nombreux dans cette souricière. Face à l’impossibilité grandissante de circuler dans Paris – aux embouteillages hidalguiens s’ajoute la déliquescence du réseau de la RATP – et à la difficulté de trouver un logement, de plus ne plus de Parisiens fuient la ville. Un signe qui ne trompe pas : on y ferme des classes ! À la rentrée 2022, 3 000 élèves ont manqué à l’appel dans le premier degré, ils étaient 6 000 dans ce cas en 2021. Aucune inquiétude à avoir, selon Serge Orru : « La démographie descend, mais elle va remonter, comme partout. »

La conséquence du Paris sans voiture est un Paris tout vélo – et trottinette –, une libéralisation de la « mobilité douce » qui scelle l’oppression du piéton. Quiconque sort de chez soi doit désormais regarder à gauche et à droite, même sur un trottoir. Le nombre d’accidents explose. Le Paris « réenchanté » d’Anne Hidalgo, c’est le danger permanent.

Capitale

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[1] Rue de Rivoli, la mairie a fait construire deux pistes cyclables, l’une de 6,5 m de large dans le sens est-ouest et une autre de 3,5 m de large dans le sens inverse. Le reste du trafic (bus, taxis, riverains, artisans et livraisons – la rue est interdite aux autres) se retrouve concentré sur une voie de 3,5 m de large. Dix mètres pour les vélos, 3,5 pour les autres. (Le Figaro, 28 avril 2022)

Affaire Damien Rieu: comment le militantisme va tuer le journalisme

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Le journaliste Cory Le Guen piège Damien Rieu, en simulant une prière, au tribunal judiciaire de Paris, le 10 janvier 2023. Capture d'écran twitter/ @coryleguen.

À l’heure des réseaux sociaux et du développement rapide des algorithmes, le journalisme doit se réinventer pour quitter les sentiers de l’idéologie et revenir à une information complète, honnête et précise. Analyse.


Alors que Damien Rieu, cadre du parti « Reconquête! » très suivi sur les réseaux sociaux, partage depuis quelques jours de nombreuses photos et vidéos montrant des prières islamiques dans des lieux publics, il est tombé dans un piège. Cory Le Guen, journaliste pigiste écrivant notamment pour Ouest France, lui a envoyé une vidéo, la présentant comme prise dans une salle d’audience vide du tribunal judiciaire de Paris.

Une fois la vidéo publiée par Damien Rieu, Cory Le Guen en diffusa la version longue, où il expliquait la mystification. Il ne restait plus qu’à tourner l’initiative du militant en ridicule et l’accuser de ne pas vérifier ses sources.

Quand le journaliste devient créateur de fake news

Cory Le Guen a profité de la présomption d’honnêteté que lui confère son métier pour créer une fausse information, ce qui va à l’encontre de toute déontologie. Si tous ses confrères n’agissent pas comme lui, cette affaire symbolise une manière que beaucoup ont de comprendre leur métier : utiliser leur visibilité pour dispenser leur idéologie, parfois au mépris des faits. Beaucoup de Français tombent dans ce genre de travers et, les biais cognitifs étant humains, on ne saurait leur en vouloir. En revanche, un journaliste, par le métier qu’il a choisi, a le devoir de s’extraire de ces biais pour dispenser une information honnête.

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Le militantisme des journalistes n’est pas nouveau, il est peut-être même constitutif de la profession en France. Lors de la Révolution, après un siècle de balbutiement sous la censure royale et après l’institutionnalisation de la liberté de la presse, nombreux sont les politiques et intellectuels qui profitaient de l’imprimerie pour diffuser leurs idées à grande échelle. Mirabeau, Robespierre ou Marat n’agissaient pas autrement. Aujourd’hui, rares sont les médias qui diffusent une information neutre, tout simplement parce que le choix des mots lui-même n’est jamais anodin. En revanche, si la défense d’une ligne se fait au détriment de la qualité de l’information, le journaliste devient un militant et contribue à la défiance que les Français ont des médias.

L’information, défi du journalisme au XXIe siècle

A l’heure où l’information circule en temps quasi réel sur les réseaux sociaux, on attend des journalistes une filtration de l’information et une explication des faits approfondie. Le Français moyen ne veut pas simplement savoir qu’un événement est arrivé mais aussi quels sont ses enjeux, quel est son contexte et qui sont les acteurs concernés et leurs intérêts. Tout un travail de recherche et de synthèse que, par manque de temps, d’envie ou de moyens, nombre de journalistes ne font plus. C’est pourtant le seul travail qui pourrait leur éviter la disparition.

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Selon le baromètre sur la confiance des Français dans les médias réalisé chaque année par Kantar, le taux de personnes « intéressées par les nouvelles données par les moyens d’information » est depuis 2018 d’environ 60%, avec un décrochage particulièrement marqué chez les jeunes (38%). Presque tous les sondés considèrent que les médias doivent fournir « des informations fiables et vérifiées », mais seuls 44% estiment que c’est le cas. Ces résultats sont directement liés au contenu proposé. Qu’il s’agisse des sujets écologiques, pour lesquels les militants sont invités plus souvent que les scientifiques, des images parfois traitées à la va-vite et mal interprétées ou des sujets passés sous silence, les Français ont le sentiment qu’aujourd’hui, pour s’informer, ils ne peuvent plus compter sur les médias.

L’avènement de ChatGPT, algorithme gratuit qui permet, entre bien autre chose, de rédiger de courts articles sur des sujets donnés par l’utilisateur, rend la refonte du journalisme plus importante encore. Demain, si les journalistes veulent exister sans dépendre de subventions publiques, ils devront être des synthétiseurs et des chercheurs.

Dictée: une passion française

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Quoi de mieux que le sketch des Inconnus sur l'école (ici, Bernard Campan récite une dictée à ses "élèves") pour se souvenir avec amusement de cette lointaine époque ? Capture d'écran Youtube / lesinconnusVEVO.

Le niveau scolaire étant catastrophique, Pap Ndiaye entend renforcer l’enseignement du français avant le collège. Les CM1/CM2 auront droit à une dictée quotidienne.


 « Apprendre » les mots ! Comme j’en étais avide ! Au fil des jours, les nouveaux mots s’ajoutaient aux anciens et faisaient une confrérie admirable dans ma tête et sous ma plume, jamais avare de nouveautés dans les phrases, puis dans les paragraphes, puis dans les rédactions que nous apprenions à composer comme on construit avec savoir-faire, une maison. Cet amour des mots n’a fait que grandir au cours des années. C’est peu de dire que, maintenant encore, il me faut des heures si je cherche un mot dans le dictionnaire, un mot renvoyant à un autre. D’autant que les images me ramènent aux « leçons de choses » de mon enfance. Aussi aimais-je les dictées : le papier à grands carreaux (le passage aux petits carreaux se fera en classe de sixième), le silence qui règne sur les têtes penchées, le crissement des plumes, leur petit bruit dans l’encrier — et la tête se relève pour sonder les lointains avant de replonger dans la forêt des lignes, l’esprit est tendu pour ne faire aucune faute — et ce sont des soupirs de satisfaction quand, une fois prononcé par la maîtresse « Point final », l’œil prend, le buste en arrière, la mesure de la tâche accomplie.

A lire aussi: Avec la “twictée”, l’école enseigne l’orthographe avec bienveillance

Sans doute certaines élèves connaissent-elles les affres de la dictée, moi, je suis dans l’ivresse. J’aime écrire « Dictée » en tête de la page. J’aime sentir battre mon cœur à la difficulté du texte et savourer le bonheur d’échapper à un piège grammatical. J’aime le pas régulier de la maîtresse qui épelle lentement et va de rang en rang accentuant les liaisons quand elles sont nécessaires. Qui h ! J’aime la ponctuation et les accents. J’aime l’initiation aux mystères orthographiques : celui de « pharmacie » et du circonflexe de « forêt », celui, phonétique (on ne disait pas le mot mais on comprenait à demi-mot) du mot « doigt » : tous ces mots que la maîtresse nous déclinait dans leurs familles. C’étaient des mots « courants. » Car il y en avait d’autres, rares, que nous devions apprendre. A la sortie, on se demandait ce qu’on avait mis pour tel mot difficile. Je n’avais pas, comme on dit, une orthographe impeccable : j’étais — ainsi disait-on — « étourdie ». Car il y avait des fautes d’étourderie et des fautes graves. Celles des accords par exemple quand on met un « s » à la première personne des verbes du premier groupe. Quand on confond « lire » et « lier ». Il y avait même des fautes sans rémission à en juger par les pleurs de certaines élèves à la remise des cahiers.

On a gardé les dictées de Louis XVII à la prison du Temple, corrigées par Louis XVI avant qu’il ne parte pour l’échafaud. Comme il est émouvant de voir l’écriture penchée du Dauphin semblable à celle que nous avions, avant l’invention des bics et des feutres, ainsi que les fautes du royal rejeton, si semblables à celles de tous les écoliers.

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Quand on me demandera plus tard comment je suis « devenue poète » (comme on demanderait : « Comment avez-vous fait pour être simple d’esprit ? »), ce que je sais, c’est que faire apprendre aux élèves des mots de manière qu’ils se les approprient, leur donner de beaux poèmes à apprendre « par coeur » dans de beaux livres, forme à vie le goût du langage. On connaît l’expérience, souvent rapportée, de ceux qui, sur un lit d’hôpital ou en prison, ne pouvant rien faire ni parler, survivent, grâce aux poèmes appris dans leur jeunesse, et déroulent dans la solitude, leurs litanies de bonheurs et de douleurs, de sensations, de plaisirs, portée par la houle des rimes et des sonorités. Ce qu’on appelle si joliment « la mémoire du cœur ».

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Retraites: Elisabeth Borne passe à côté de l’essentiel…

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Sophie de Menthon © IBO/SIPA

Sophie de Menthon estime qu’on met la charrue avant les bœufs, en proposant une réforme des retraites avant même d’avoir mis sur pied un projet de société!


Le problème des retraites ne se résume pas à l’arithmétique des comptables qui  s’affolent  devant les sommes budgétaires à débourser aujourd’hui et demain; c’est un élément majeur d’une politique et donc d’un projet de société.

Ce que nous dit l’arithmétique, c’est que les Français ont une durée de vie qui s’est grandement allongée alors que la durée du travail n’a pas été, elle, augmentée. Comme le financement des retraites a été prévu sur la base de solidarité intergénérationnelle, les actifs d’aujourd’hui paient pour les retraités actuels. On constate que désormais 1,7 actifs paient pour 1 retraité et ce chiffre tend à décroitre.

Le bon sens conduit à tenter de redresser la situation avec deux solutions complémentaires :  faire travailler plus longtemps et prévoir pour les actifs actuels une part de « capitalisation » c’est-à-dire d’auto-retraite.

Une même philosophie au bout du compte

Les deux techniques ont finalement la même philosophie, même s’il arrive qu’on les oppose : le pays mise sur la poursuite du développement des entreprises et de leur prospérité. Alors, que ce soit la répartition qui suppose un maintien de l’activité ou la capitalisation qui suppose la poursuite de l’expansion, le pari est celui de la croissance. Toutes deux manifestent donc à leur façon la solidarité du pays à l’égard de ses anciens.

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S’il a fallu un temps fixer un âge de départ, c’est parce que la pénibilité de certaines professions exigeait que l’on mette fin aux souffrances physiques accumulées quelquefois à partir de la sortie de l’adolescence. Les temps ont bien changé, comme pour la longévité d’une grande partie des citoyens. Désormais chaque individu a envie d’arrêter de poursuivre son activité à un âge beaucoup plus variable que par le passé. La fixation par le Parlement d’un « âge légal » de la retraite se heurte donc à un phénomène de rejet car ce n’est pas le paramètre essentiel pour l’ensemble de la population.

C’est le sens du travail, les raisons de travailler, l’épanouissement ou non dans le travail qui sont les préoccupations actuelles, le travail qui paye… c’est le projet de société qui est en cause à travers une réforme des retraites. C’est le travailler plus ET mieux qui est au centre du sujet. La réponse arithmétique est donc particulièrement mal adaptée même si les corps constitués, syndicats et patronat continuent à diverger, négocier, s’indigner à ce sujet.

Poser la bonne question, avoir de bonnes réponses et…

Si nous n’arrivons pas à répondre  à la question « où va le pays ? ses entreprises, son industrie ? sa recherche ? son administration ?… » On en reste à ce que David Lisnard a qualifié de « sado-réformisme », on a oublié l’essentiel.

Le mouvement Ethic doit donc rappeler la valeur fondamentale qui est celle de l’entreprise et de son développement, avec la nécessité de la compétitivité et donc  l’adhésion de ses salariés. Les initiatives comme celle de « j’aime ma boite » montrent bien comment on pense l’entreprise différemment. Encore faut-il que l’Etat n’entrave pas, comme aujourd’hui, la liberté d’entreprendre avec une bureaucratie et des normes, règlements, impôts et, de surcroît, une application tatillonne et souvent malveillante ! La première des réformes pour traiter des retraites serait donc d’affirmer la nécessité pour le pays de développer son activité pour augmenter le travail en multipliant les initiatives et en les soutenant sans que l’État se prenne pour un manager. Ce sont les contributions des entreprises elles-mêmes, et de leurs salariés, qui permettront de payer les retraites, qu’elles soient par répartition ou par capitalisation.

Chacun devrait être libre d’arrêter à tout moment de travailler, et à chacun de se contenter du montant proposé compte tenu de la durée de son travail effectif. Le débat devrait donc porter sur le nombre d’années à travailler et non sur l’âge.

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Ceci nous permettrait de résoudre alors facilement le problème du travail des seniors, certains pouvant poursuivre la transmission de leurs savoirs au-delà d’une limite d’âge que les législateurs voudraient imposer alors qu’ils n’en veulent pas pour eux-mêmes !

Avoir aussi des fonds !

Enfin nos entreprises en général manquent de fonds propres, sont endettées et deviennent, surtout en période de crise, des proies faciles pour des prédateurs, la plupart du temps étrangers ; souvent des fonds de retraite par capitalisation. Une de nos faiblesses est d’avoir ignoré à la fois la nécessité de fonds propres et le poids du système des fonds de pension. Ne nous réjouissons pas si vite de voir les étrangers « investir » dans notre pays.

A l’occasion d’une réforme des retraites en France, le monde des entreprises ne comprend pas que ces sujets ne soient pas prioritaires dans la réflexion et l’action et alerte la population  quant à une réforme  qui ne va pas de pair avec un projet de société digne de ce nom !

Sophie de Menthon, et le conseil dadministration du mouvement ETHIC

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Les femmes sont de plus en plus en colère

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D.R

La colère féminine, selon la BBC, serait essentielle aux femmes pour se libérer du carcan patriarcal et de l’oppressante charge mentale. D’ailleurs, un marché très lucratif s’ouvre à des thérapeutes malicieux.


Les femmes sont de plus en plus en colère. C’est la conclusion d’une analyse faite en décembre par la BBC de dix ans de résultats du Gallup World Poll qui est réalisé annuellement. L’institut de sondages interroge 120 000 personnes dans 150 pays. Parmi d’autres questions, il leur demande quelles émotions elles ont ressenties la veille. Or, en ce qui concerne la colère, 26 % des femmes et 20 % des hommes déclarent en avoir ressenti ; en 2012, les deux sexes étaient à 20 % tandis que, en 2020, les femmes étaient à 26 % et les hommes à 23 %. Pourquoi les femmes sont-elles de plus en plus en colère et plus que les hommes ? La question, selon la BBC, ne se pose presque pas.

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Bien sûr que les femmes le sont, et elles ont bien raison, vu toutes les oppressions et autres charges mentales qu’elles subissent. Selon une psychiatre, il y a une dissonance entre l’émancipation progressive des femmes et le système patriarcal qui continue à régner. Désormais, nous explique-t-on, les femmes ont appris à libérer leur « colère sacrée » ; des thérapeutes peuvent les aider à cela, notamment en organisant des sessions de cris collectifs dans un champ. Et si elles ne sont pas en colère, c’est certainement parce que c’est « tabou » de le dire.

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Il est difficile de tirer de grandes conclusions d’une enquête où les données sont de pures déclarations subjectives. Pourtant, la BBC n’hésite pas à expliquer la modeste augmentation du chiffre des femmes qui se disent en colère par un galimatias féministe bon marché, convoquant des spécialistes aussi illustres que… Tahsha Renee, une Américaine fondatrice de la Sororité du feu sacré (ça ne s’invente pas). Elle et sa comparse Jacquelynne Faith, influenceuse qui se décrit elle-même comme « sirène astrale, mannequin, actrice, prêtresse », organisent sur Zoom des programmes de psychologie positive intitulés « Rage sacrée », vendus à grands frais, où on apprend à crier sa rage et à dire non au monde qui nous maltraite.

On aura au moins appris, grâce à la BBC, que la colère est devenue une marchandise alléchante.

La routine du tragique

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Manifestation à Londres contre le gouvernement islamique d'Iran, le 8 janvier 2023. ©Jonathan Brady/AP/SIPA

Le tragique existe, on s’y habitue, on proteste, on a de la bonne volonté mais l’impuissance domine.


Les forces syndicales unies contre le pouvoir. Les unes et l’autre affirment leur absolue résolution antagoniste sur le projet de loi des retraites. J’aurais tendance à parier sur la victoire finale d’Emmanuel Macron et d’Elisabeth Borne.

LR, parce que Eric Ciotti a rassuré la Première ministre beaucoup trop tôt, va permettre sans doute d’éviter un nouveau 49-3 mais les points positifs de la réforme seront mis au crédit du pouvoir. On louera le sens des responsabilités des LR mais ils devraient prendre ce compliment avec une mine d’enterrement !

Uniforme à l’école: Houlié pas d’accord avec la Première dame

Sacha Houlié, président de la Commission des lois à l’Assemblée nationale, est l’un des rares encore hostiles au port de l’uniforme au collège et au lycée. On peut espérer que le ministre de l’Éducation nationale, qui découvre peu à peu que son prédécesseur était meilleur que lui, change aussi d’avis sur ce plan…

Cette mesure serait un premier pas capital vers le recentrage de l’école sur elle-même et donc la restauration des « fondamentaux » qu’elle a négligés en confondant l’apprentissage du savoir avec le bain dans l’écume sociale.

Le football et le rugby, c’est vraiment du sport ! Trop d’argent, trop peu de rigueur et d’éthique, trop de favoritisme. Je ne vois pas pourquoi on considère que ces bureaucraties et structures qui se gavent n’ont aucune importance. Au fond, il y a du mépris derrière cette indifférence à l’égard de la morale dans ces univers. Comme s’ils étaient naturellement voués à être défaillants !

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Quittons ces sujets qui, aussi graves qu’ils soient ne pèsent pas lourd face au tragique dans le monde, qui devient routinier. Il existe, on s’y habitue, on déplore, on proteste, on a de la bonne volonté mais l’impuissance domine. La guerre en Ukraine, Poutine, l’horreur et les morts au quotidien, le cynisme ici, la surenchère exigée de l’armement là, sont devenus des sujets ordinaires. Ils font partie de notre existence, ils représentent un fond de tableau et de paysage: rien de plus choquant.

Écœurement

Mais il y a pire: en Iran, on tue, on exécute, on pend. Insensiblement, la plus belle et courageuse des révoltes, bien plus humaine que politique, s’essouffle face à une dictature intégriste qui, n’ayant pas l’ombre d’un scrupule, sait que le temps joue pour elle. J’ai peur que cette admirable et intrépide rébellion soit brisée, parce que dans le monde on ne sait opposer que des vœux pieux à cette ignominie de tous les instants. Le réalisme des États a ses raisons qui m’écœurent et m’indignent. La routine du tragique: c’est bien plus immédiat et dramatique que le défi climatique. Mais qui s’en soucie vraiment ?

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Collège: la réforme impossible?

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Le ministre de l'Education nationale Pap Ndiaye à Arras (62), 9 janvier 2023 © FRANCOIS GREUEZ/SIPA

Pap Ndiaye souhaite réformer le collège, « l’homme malade du système éducatif », dit-il — et ce n’est pas faux. Levée de boucliers dans le front syndical. Le ministre a-t-il tout faux, ou les syndicats sont-ils les meilleurs refuges de l’immobilisme ? se demande notre chroniqueur.


En 1982, François de Closets sortait Toujours plus, premier opus d’une série qu’il déclina par la suite avec Tant et plus (1992) et Plus encore (2006). Le journaliste y stigmatisait la passion française de la surenchère, dont les discussions sur la réforme des retraites sont aujourd’hui une illustration parfaite.
Ou les récriminations syndicales sur les dernières consignes de Pap Ndiaye concernant la classe de sixième, charnière de ce maillon faible appelé collège, « l’homme malade du système éducatif », comme dit le ministre.

Qu’a suggéré le ministre ?

Que durant le « cycle 3 » (depuis la réforme malencontreuse de Najat Vallaud-Belkacem, CM1 / CM2 et sixième ne font qu’un), on remette l’accent sur la dictée, l’apprentissage systématique de l’orthographe et de la grammaire, et la pratique du calcul mental. Des suggestions de bon sens, qui en amont en disent long sur l’abandon de ces pratiques dans les classes de primaire ; et qui en aval ont suscité les hurlements des enseignants, via leurs organisations syndicales. Caroline Beyer a résumé dans Le Figaro les consignes à venir du ministre : « Le Café pédagogique, noyau dur de la secte des pédagogistes qui a infiltré l’Educ-Nat depuis trois décennies, a sonné la charge : « Après des mois à user de métaphores pointant les problèmes, bien réels, du collège, le ministre en reste à des mesures cosmétiques. Enfermé dans le carcan des suppressions de postes et de la baisse de moyens humains, le ministre est incapable de répondre aux préoccupations centrales des personnels : revalorisation, baisse des effectifs dans les classes et amélioration des conditions de travail. » Une pétition signée par le Snes-FSU, le SNUipp-FSU, Le Snep-FSU et le SNUEP-FSU — le SNALC dit la même chose, mais comme il n’est pas dans les instances supérieures…

Diminution du nombre d’élèves et conservatisme syndical

Tout n’est pas faux dans ce pseudo-argumentaire. Les suppressions de postes, voire les fermetures de lycées, dont les élèves sont reversés dans d’autres établissements, sont la conséquence directe de la baisse des effectifs. Le mini-baby-boom des années 1995-2000 est derrière nous, la natalité a baissé nettement, et avec moins d’élèves les rectorats envisagent partout de fermer des classes. Rien qu’à Paris, en septembre 2022, on comptait 4000 élèves de moins en primaire et 2200 dans le second degré — chiffres qui seront très certainement les mêmes en septembre prochain. Ce n’est plus une diminution, c’est une hémorragie.

Crime suprême, alors qu’yaka diminuer le nombre d’élèves par classe, créer des postes d’enseignants, quitte à recruter la lie des universités, en les payant bien mieux que leurs aînés, qui avaient passé de vrais concours dont on ne relevait pas artificiellement les notes… Et tout ira mieux.

La pensée magique a de beaux jours devant elle.

Les syndicats sont en France, et dans le secteur éducatif particulièrement, des instances éminemment conservatrices. Quand Giscard et René Haby ont imposé le collège unique, on a entendu les hurlements de la FEN, alors fédération largement majoritaire. On dérangeait les habitudes — et on allait assister à une baisse du niveau, ce qui n’est pas faux.

A relire: Brighelli: «L’École de la République n’a pas dysfonctionné: elle accomplit ce pour quoi on l’a programmée…»

Notons au passage que pour gérer ces classes où devaient s’intégrer de force les élèves les plus faibles, en particulier ceux arrivés la même année dans le cadre du regroupement familial décrété par le même président de la République, on a inventé le corps de PEGC, instituteurs promus en collège et enseignant deux matières. Tout comme aujourd’hui, pour enseigner l’orthographe aux élèves de sixième, le ministre compte sur des « professeurs des écoles » pour venir au collège gérer les élèves bien abîmés dans les années précédentes par ces mêmes « professeurs ». D’où l’humour involontaire des syndicalistes affirmant : « Si des difficultés existent en 6eme, ne serait-il pas nécessaire de les enrayer avant ? C’est notamment avec l’abaissement des effectifs dans toutes les classes de l’école primaire, la mise en place d’enseignants supplémentaires mais également en réabondant les postes d’enseignants de réseaux d’aides pour permettre de traiter la difficulté scolaire dans les classes que cela doit se faire. »

Et d’appeler à la mobilisation. Allez, camarades, une petite grève de 24 heures, comme d’habitude ?

Ndiaye veut une dictée quotidienne en CM1 et CM2

Le Monde parle donc du retour du « totem de la dictée ». Pour les enseignants du primaire, écrit Violaine Morin, « cet exercice n’a de sens que dans le contexte d’un travail plus vaste sur l’orthographe et la grammaire ».


Je vais vous faire une traduction. Comme le rappelle Emmanuelle Lucas dans La Croix du 4 janvier, « sur le plan théorique, deux écoles s’affrontent en effet, rappelle Laurent Lima, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université de Grenoble-Alpes. Le chercheur donne l’exemple de l’enseignement de l’accord du participe passé. « Un professeur tenant de “l’approche explicite” procède en trois temps : il indique le problème, énonce la règle, donne des exercices d’application. » À l’inverse, un tenant de l’approche « constructiviste » demande aux élèves d’identifier la règle eux-mêmes : « Il leur soumet des textes, charge à eux de découvrir dans quels cas le participe s’accorde ou pas. » »

Et de conclure : « Dans l’un des cas, on parie sur la force de la répétition, dans l’autre, sur l’intelligence de l’enfant. »

Rions un peu.

Soit un début de phrase tiré d’une dictée célèbre : « Quelles que soient, et quelque exiguës qu’aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir versées à maint et maint fusiliers la douairière ainsi que le marguillier… » Et suggérez à votre enfant, ou petit-enfant, de comprendre par lui-même pourquoi « censés » est masculin pluriel, et « versées » féminin pluriel. Il y sera encore dans dix ans. Même Word n’a pas compris, et me souligne frénétiquement « censés », qu’il accorderait volontiers avec « arrhes ».

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L’orthographe française est d’une logique branlante. L’accord du participe avec le COD antéposé est une règle instituée par un poète, Clément Marot, qui s’inspirait de l’exemple italien du XVIe siècle. Quant à « amour, délice et orgue » qui sont masculin au singulier et féminins au pluriel, aucune réflexion ne vous fera comprendre que cette règle est sortie tout armée du cerveau de Vaugelas au XVIIe siècle, afin de mettre fin à l’anarchie orthographique. Cela s’apprend — comme s’apprennent les terminaisons plurielles des noms, des adjectifs et des verbes, qui ne s’entendent que fort rarement. L’orthographe d’usage n’est pas en reste : si je reprends la phrase de Mérimée citée ci-dessus, en soulignant en gras ce qui ne s’entend pas et qui doit donc s’apprendre par cœur, cela donne : « Quelles que soient, et quelque exiguës qu’aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir versées à maint et maint fusiliers la douairière ainsi que le marguillier… »

À noter que certaines finales muettes (sur « censés », « versées » ou « maint ») s’entendent si l’on fait les liaisons. Mais fait-on les liaisons ? Et il n’y a que chez Pagnol que le bon maître fait sonner le « s » de « moutons »

Convaincus ? On n’arrive à la correction orthographique, en français, que par l’apprentissage mécanique et l’inlassable répétition.

Y compris pour les maîtres. J’aimerais être sûr que tous les « professeurs des écoles » et les profs de collège (et les journalistes) savent que « se rappeler » et « pallier » sont des verbes transitifs, et que « après que » régit l’indicatif, et non le subjonctif comme je l’entends trop souvent.

Ce ne sont pas des détails. Le problème central de l’Ecole est la fracture entre les établissements où vont les enfants des élites auto-programmées et ceux où s’entassent les rejetons du peuple de l’abîme, comme disait Jack London. Et ne pas enseigner la langue dans ce qu’elle a de plus complexe à ces derniers participe d’un mépris massif, dont je suis bien obligé de dire qu’il est la caractéristique première des « pédagogues » et des syndicats qui les soutiennent. Enseigner la « langue de la rue » aux élèves les plus démunis, c’est les forcer à séjourner à vie dans le ghetto économique et culturel où ils sont nés.

Plus encore!

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«Les Gaspards», comédie nostalgique ou film d’anticipation?

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Ce mercredi, revoir le film de Pierre Tchernia sorti en février 1974 et repenser ainsi notre politique du logement à Paris.


Quand j’étais enfant, durant les fêtes de Noël, Garcimore sortait de sa manche des lapins ou des foulards colorés à la télévision sous les rires en cascade de Denise Fabre. Aujourd’hui à Paris, contrairement à la chanson de Francis Lemarque, quand un amour fleurit, ce sont les souris qui dansent sur le pavé en effrayant les usagers serrés comme des sardines du métropolitain. L’animalisation de la société est en marche. Blotti dans la manche d’une dame, ce soir-là, un surmulot en bamboche a eu des envies de liberté, d’air pur, de Champs-Elysées, de Lido et de journal télé. Il profitait de son quart d’heure de célébrité avant de dîner au bœuf sur le toit.

Paris est une fête pour les « Gaspards » qui se lèvent tard et sortent en bandes organisées. Ils remontent à la surface, la nuit venue, tandis que nous autres humains, nous nous terrons. Et finalement, si nous permutions ? Il est temps d’échanger nos places. A eux, les boulevards éclairés ; à nous les champignonnières et autres crayères. Notre sous-sol nous appartient ! Inversons les flux migratoires, aux « Gaspards » la rue ouverte aux pistes cyclables larges comme des autoroutes, aux Parisiens fatigués de vivre dans des logements trop exigus, les caves somptuaires de la capitale. L’espace du futur sera dans nos galeries ou ne sera pas.

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Pierre Tchernia et René Goscinny avaient tout prévu, tout anticipé, il y a presque cinquante ans, l’asphyxie citadine, la bétonnisation galopante, la muséification outrancière, la folie immobilière, les guerres de voisinage dans un film mi-poétique, mi-prophétique. Quand l’atmosphère devient irrespirable, la faute à trop de trafic, à trop de laideurs architecturales, à trop d’insécurité, à trop de foule sentimentale, les Parisiens creusent comme les Shadocks jadis pompaient. En 1974, il s’agissait déjà de « décongestionner Paris » et de creuser sous terre pour espérer découvrir un petit coin de « ciel bleu ». L’excavation générale avait commencé, les Halles avaient migré en banlieue, les grands travaux scellèrent bientôt les carrières politiques.

Humour cartoonesque

Sous le nom de « Gaspards », une société secrète, en sécession, s’organisait sous la férule d’un Philippe Noiret épiscopale, merveilleux gentilhomme des cavernes. Ces hommes de l’ombre qui avaient fui la frénésie marchande et l’obscénité moderne aspiraient à une vie plus simple, à un habitat plus respectueux, alors parfois, ils enlevaient des touristes pour effectuer de menus travaux de force. Chez Goscinny et Tchernia, le gag est animé par un humour cartoonesque, on pédale pour avoir de l’électricité au son de l’accordéon, on soutire les légumes dans les jardins paroissiaux au risque de faire peur aux bonnes sœurs, on prélève quelques tableaux au Louvre pour agrémenter son intérieur rupestre, on vide les meilleures bouteilles d’un caviste mystifié (Jean Carmet), on s’autorise même à « kidnapper » un chanteur d’opéra-opérette (Roger Carel) le temps d’un concert privé. Donnez-moi l’adresse ! Pour que j’y emménage tout de suite.

D.R.

Du cinéma populaire, fantasque et tendre

Cette comédie loufoque à tendance écolo-anarchiste était-elle prémonitoire ? Car, en 2023, au-dessus, rien ne va plus. La circulation n’a pas diminué, les arbres continuent d’être abattus, les loyers sont astronomiques et les constructions ignobles pullulent à chaque carrefour. Au lieu d’élever des immeubles, ne devrions-nous pas aménager ce territoire inconnu qui repose sous nos pieds ? L’Homme de demain ne regardera pas en haut, vers les satellites, mais bien vers le bas, en direction des catacombes, au royaume des rats et des morts. Au-delà de la parabole philosophique de ce conte filmé qui peut aussi bien s’analyser comme une ode libertarienne à la désertion ou à un retour à une nature irénique, c’est surtout un plaisir enfantin qui nous saisit dès les premières images. Du cinéma populaire, fantasque et tendre, où les méchants sont tellement bêtes qu’ils nous rassurent et où les bons sentiments n’amènent pas une leçon de morale.

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Les « Gaspards » sont le refuge idéal pour ceux qui veulent fuir les vœux de la nouvelle année, les galettes au prix du lingot d’or, la réforme des retraites et la disparition du timbre rouge. Avez-vous vu Gérard Depardieu en facteur, Michel Serrault en libraire-historien, Chantal Goya en bicyclette, Michel Galabru en commissaire dépassé, Charles Denner en ministre possédé des Travaux Publics, Anny Cordy en sit-in dans une Renault 12 orange, Daniel Ivernel en clochard mélomane ou encore l’inoubliable Prudence Harrington en lady des profondeurs ?

Les Gaspards en replay sur CANAL+