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Commémoration du 13 novembre: le silence comme aveu d’impuissance et de renoncement à agir

Il y a 8 ans, 130 personnes étaient tuées lors des attentats à Paris, au Bataclan et au Stade de France


Commémoration du 13 novembre: le silence comme aveu d’impuissance et de renoncement à agir
Commémorations du 13 novembre, Paris, 13 novembre 2023 © Stephane Lemouton-POOL/SIPA

Il faut occulter, au nom de la concorde civile, les auteurs des attentats et les causes de la montée de l’antisémitisme.


La commémoration du 13 novembre a été plus que discrète. Des cérémonies brèves et surtout aucune prise de parole. Et pour cause. Certes la raison invoquée est la volonté de placer cette cérémonie « sous le signe de la sobriété, de la dignité et du recueillement », mais la vérité est que ce qui s’est passé le 7 octobre en Israël résonne cruellement avec notre mémoire traumatisée par la violence et la gratuité des attentats de Paris. Or, poser des paroles sur ce qui s’est passé aurait été cruel pour le gouvernement, embourbé dans une forme de déni et incapable de réagir de manière lisible et compréhensible face à un crime contre l’humanité qui nous renvoie à la mémoire de la Shoah. Cela aurait été d’autant plus gênant que l’on voit ressurgir les logiques de haine qui ont conduit au massacre des Juifs et que la façon dont le monde a réagi au pogrom du 7 octobre a de quoi terroriser : cela a donné le signe d’un déchainement antisémite non seulement dans le monde arabe, mais dans tout l’Occident. En France, plus d’actes antisémites ont été commis en un mois qu’en deux années. Et ce n’est qu’un début. L’instrumentalisation du conflit israélo-palestinien sert essentiellement à nourrir et justifier la haine des Juifs. Le sort du peuple palestinien est indifférent au Hamas, lequel a déclaré que protéger les Gazaouis n’était pas de sa responsabilité mais du rôle de l’ONU. Il est tout aussi indifférent aux pays arabes qui ferment leurs frontières et ne souhaitent pas accueillir sur leur sol une population peu éduquée, en partie fanatisée et susceptible de déstabiliser des Etats parfois fragiles. Mais l’instrumentalisation du conflit évacue cette réalité.

L’accusation de génocide : une bataille de communication pour exciter la haine des Juifs et faire oublier l’inhumanité des islamistes

C’est une bataille de communication qui est menée, où, pour faire oublier le pogrom et les atrocités commises par les Frères musulmans du Hamas, il faut essayer d’incruster dans les têtes le fait qu’un génocide serait en cours. Sauf que c’est faux. Il se trouve que le terme de génocide a une définition juridique précise et que pour parler de génocide, il faut prouver l’intention d’annihiler le peuple visé. L’existence d’un plan et d’une organisation. Une réaction spontanée au crime contre l’humanité commis par le Hamas n’entre pas dans cette catégorie. Il y a une guerre qui se déroule, les motifs de l’intervention d’Israël sont légitimes et la malheureuse population de Gaza est sacrifiée par le Hamas qui veut qu’elle se fasse tuer de la manière la plus massive possible car la guerre permanente est la garantie de son pouvoir et de l’indécente richesse de ses chefs. Mais de cela les islamistes se moquent bien : ils n’ont aucun rapport au droit et aucun rapport à la responsabilité qui leur incombe envers leur peuple. Ils utilisent donc le terne de génocide pour frapper les esprits et manipuler l’opinion. Le but : susciter une réaction de rejet envers l’Etat israélien. Les bourreaux se victimisent pour être soutenus dans leur sale besogne et cela fonctionne.

Une diaspora arabo-musulmane, cible de la communication islamiste

Les islamistes installent ainsi un rapport de force au sein de l’Occident en diffusant un discours explicite qui évacue le crime contre l’humanité commis, qui en fait pourtant les dignes héritiers des einsatzgruppen, auteurs de la Shoah par balles. Ils implantent dans nombre de têtes le fait que si l’Occident soutient Israël, ce n’est pas parce que ce qui a été commis le 7 octobre met les Frères musulmans au ban de l’humanité, mais par rejet de l’islam. Grâce à une forte diaspora arabo-musulmane dont une partie non négligeable n’a pas intégré nos valeurs, principes et lois, la pression est mise sur nos dirigeants. Lesquels sont paralysés à l’idée de combattre vraiment l’antisémitisme car pour cela il faut dire qui commet les actes antisémites. Or nous ne sommes pas face à la résurgence de l’antisémitisme d’extrême-droite traditionnel, même s’il n’a pas disparu. Ce qui déchaine la violence contre les Juifs aujourd’hui puise sa source dans l’antisémitisme culturel arabo-musulman réactivé par le narratif islamiste. Force est de constater que les attentats et meurtres au couteau qui ensanglantent la France depuis des années sont tous commis en hurlant Allah Akbar et par des Français ou Belges arabo-musulmans, et que ce ne sont pas les mosquées ni les musulmans qu’il faut protéger mais les synagogues et les écoles juives.

La peur de la révolte des banlieues

Voilà pourquoi Emmanuel Macron n’est pas venu à la marche contre l’antisémitisme. Voilà pourquoi la commémoration du 13 novembre se fait en silence. Il faut occulter, au nom de la concorde civile, les auteurs des attentats et les causes de la montée de l’antisémitisme. Une version avouable, qu’on pourrait entendre, consisterait à dire que face à tant d’horreurs commises par les islamistes, il y a un risque d’exposer à des représailles la population arabo-musulmane en France. Sauf que massacres de masse et meurtre artisanaux qui se succèdent dans notre pays n’ont jamais entrainé ce genre de réaction. Aujourd’hui encore, les actes anti-musulmans sont dérisoires au vu des actes anti-juifs ou anti-chrétiens en France. La réalité est bien plus inquiétante. Si le gouvernement fait profil bas, c’est qu’il pense avoir perdu la bataille de l’ordre public. Il craint une révolte incontrôlable des banlieues et estime qu’il n’est plus en mesure de garantir le contrôle du territoire. Il accrédite l’idée de l’existence d’une forme de cinquième colonne islamiste sur notre sol qui œuvre à la déstabilisation politique et est suffisamment puissante pour que le gouvernement évite de l’inquiéter. Il met en avant le risque pour la concorde civils, car, pour lui, elle n’existe déjà plus qu’en apparence. Et une parole malheureuse pourrait révéler la dérive communautariste qui fait que la France n’a plus de communauté nationale. Voilà pourquoi le silence s’est imposé ce 13 novembre 2023. Il marque une forme de renonciation.

Le sacrifice de la mémoire de la shoah et des attentats

Face à ce constat, on est en train de sacrifier la mémoire de la Shoah au nom d’une « concorde civile » qui provoque une dissolution morale et identitaire. Le travail sur la distinction juridique entre conséquences de la guerre, crime de guerre et crime contre l’humanité, la conscience de l’horreur des pogroms n’est pas une réalité universelle. Il s’appuie sur une certaine idée de l’homme et de ses devoirs envers notre commune humanité. Il parle d’égalité en dignité humaine comme en droit, de protection du libre arbitre et de la liberté de conscience.

Mais cette conscience n’est pas partagée par toutes les cultures, la mémoire du crime contre l’humanité n’est pas rentrée dans une forme de conscience collective mondiale. C’est à cela que nous sommes confrontés sur notre territoire, à l’absence de référence commune sur ce qui a été un des actes fondateurs de notre société d’après-guerre. Sauf que de l’autre côté de la Méditerranée, nul n’a travaillé sur ces questions-là. Rien n’a été fait pour combattre un antisémitisme culturel profond. Les nazis ne sont pas un repoussoir absolu dans ces cultures, leurs actes non plus. Preuve en est la fierté avec laquelle le Hamas filme les horreurs qu’il a commises, leur diffusion sur les réseaux et les réactions enthousiastes et laudatives d’une partie du monde musulman face à l’inhumanité triomphante. Beaucoup voient des conquérants fiers et impitoyables, là où nous voyons des monstres.

Autre point notable : les nazis semblaient avoir conscience de leur barbarie et de leur monstruosité car ils essayaient de la cacher, conscients que dans leur environnement culturel, de tels actes ne pouvaient être acceptés. Le Hamas, lui, les met en avant comme si au contraire cela contribuait à leur prestige. Et effectivement, cela fonctionne. Les terroristes ont été acclamés jusque dans nos banlieues. Et cela pose question, car ceux qui ont répandu le sang en Europe l’ont fait au nom de cet islamisme triomphant. Un islamisme qui a une forte influence sur la communauté musulmane en France, faute d’être combattu résolument par le gouvernement. Face à la résurgence du crime contre l’humanité, il faut briser cette loi du silence et reposer les termes du contrat social qui nous lie. La nationalité française, ce n’est pas un droit de tirage à aide sociale et droits divers, c’est l’adhésion à une certaine vision du monde, de l’homme et de ses devoirs envers l’humanité et son pays. Si elle n’est pas transmise, nous risquons le retour de la barbarie. L’environnement mental permettant les passages à l’acte est déjà là, Gilles Kepel le nomme jihadisme d’atmosphère, les fanatiques radicalisés prêts à passer à l’acte aussi comme l’écosystème qui valide et légitime leur violence au nom de la persécution subie. Voilà pourquoi même si la réalité le dément, le discours de victimisation et de persécution de la communauté musulmane est un élément clé de la radicalisation islamiste.

Si on veut éviter d’autres atrocités, il va falloir arrêter de tergiverser et s’attaquer résolument aux frères musulmans et salafistes sur notre territoire. Au vu du silence embarrassé face aux commémorations du 13 novembre, ce n’est pas gagné.



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Ancienne conseillère régionale PS d'Île de France et cofondatrice, avec Fatiha Boudjahlat, du mouvement citoyen Viv(r)e la République, Céline Pina est essayiste et chroniqueuse. Dernier essai: "Ces biens essentiels" (Bouquins, 2021)

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