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Pas besoin de preuves

Une vague de destructions et de vandalisme frappe les églises canadiennes depuis 2021. La raison? Une fausse rumeur sur les réseaux sociaux.


Une trentaine d’églises incendiées, une soixantaine d’autres vandalisées ou cambriolées : voilà le bilan d’une campagne de destruction qui a sévi au Canada à partir de 2021. Certains des édifices dégradés ont été tagués avec des injonctions telles que : « Déterrez-les », « Ramenez-les chez eux » ou la question « Où sont les enfants ? » De quels enfants s’agit-il ? Tout commence en mai et juin 2021, quand un groupe autochtone en Colombie-Britannique prétend avoir découvert 215 cadavres d’enfants sous une école catholique, tandis qu’un autre groupe, de la province du Saskatchewan, annonce avoir trouvé 751 tombes anonymes dans un cimetière sous l’ancien pensionnat de Marieval. Il s’agirait de corps d’enfants morts à la suite de violences subies dans ces écoles ainsi que dans d’autres partout au Canada.

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Shutterstock/sipa

Ce qui est certain, c’est que ces établissements ont participé à une vaste politique d’assimilation des populations autochtones conduite par le gouvernement canadien du XIXe aux années 1970. Des enfants ont été arrachés à leur famille pour être élevés à la canadienne dans des internats chrétiens, principalement catholiques. La découverte de ces charniers a donné lieu à un déchaînement de passions sur les réseaux sociaux, accompagné d’accusations de crimes contre l’humanité et même de génocide, d’où la prolifération d’actes de vengeance antichrétienne. Sauf que des fouilles conduites depuis par des équipes d’experts sur plusieurs sites, dont celui de Marieval, n’ont pas trouvé de traces de cadavres. D’ailleurs, la seule présence de restes humains ne justifierait pas le récit macabre de violences suivies d’enterrements de masse. S’il est généralement reconnu aujourd’hui que beaucoup des enfants en question ont été mal traités, la vague d’actes criminels contre les églises a été déclenchée par une hystérie collective numérique. Comme l’a dit Jacques Rouillard, professeur émérite à l’université de Montréal, interrogé par le New York Post : « Trop a été dit et fait avant que des preuves ne soient fournies ».

Terreur, torture et kalachnikov

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Si l’actualisation de l’intrigue à l’époque contemporaine que nous propose l’Américain Peter Sellars agace, Beatrice di Tenda de Bellini, monté pour la première fois à Paris, vaut le déplacement d’un point de vue lyrique.


On se prend parfois à imaginer ce qu’aurait produit le génie de Bellini si le compositeur sicilien n’était pas mort prématurément, à l’âge du Christ, deux ans après la création de Beatrice di Tenda à la Fenice – un four. En 1831, la Scala donnait Norma (également un fiasco, mais qui lui du moins sera relevé par la postérité).  Quatre ans plus tard, Les Puritains, ultime chef-d’œuvre, connaîtra tout à l’inverse un triomphe immédiat, au Théâtre Italien de Paris. Non seulement Beatrice di Tenda n’eut aucun succès (trois représentations !) mais, écrit dans la précipitation, inachevé, il provoquera la brouille définitive de Bellini avec son librettiste attitré, Felice Romani. Le mauvais sort semble s’appesantir sur cette partition, au point qu’il aura fallu attendre 2024 pour voir ce joyau du bel canto entrer au répertoire de l’Opéra de Paris.

Accusation d’adultère fallacieuse

On peut difficilement imaginer intrigue plus noire. À rapprocher du Anna Bolena, écrit par le même Romani pour Donizetti en 1830, elle s’inspire d’une tragédie du dramaturge italien Carlo Tedaldi-Fores, créée à Milan en 1825, elle-même tirée des chroniques du Quattrocento relatant le martyre de l’épouse milanaise du comte de Pavie, plus connue chez nous sous le nom de Béatrice de Ventimille ou Béatrice Lascaris, princesse mise à mort en 1418 par son mari Filippo Maria Visconti, sur l’accusation d’adultère.

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Le livret de Romani ne fait nullement abstraction des rapports de pouvoir sous-jacents au conflit passionnel. En plein romantisme, ceux-ci font évidemment écho au contexte révolutionnaire qui secoue l’Europe d’alors, en un temps où la Lombardie-Vénétie commence de résister au joug autrichien. C’est même cette dimension politique qui donne à Beatrice di Tenda un accent déjà puissamment verdien, jusque dans les chœurs (d’hommes, en particulier), lesquels y occupent une place prépondérante, inhabituelle dans la pure tradition belcantiste.  

Résumons : veuve, la riche comtesse Béatrice de Tende a épousé en secondes noces Filippo Visconti, tyran dont la maîtresse, Agnese, est secrètement amoureuse du jeune troubadour Orombello. Par jalousie, elle persuade Filippo que sa femme le trompe avec ce dernier.  Filippo les fait arrêter tous deux, avant de les soumettre tour à tour à la torture et de les condamner au gibet. Sainte et martyre, Beatrice aura pardonné sa traîtrise à Agnese avant de passer sous le couperet.

Nudes

Le metteur en scène américain Peter Sellars, comme à l’accoutumée, choisit de transposer ce drame atroce à l’époque contemporaine. Il faut se référer au programme pour comprendre l’intention qui y préside, résumée dans un texte liminaire de sa plume. Beatrice, idéaliste et engagée, « finance les services sociaux et les programmes jeunesse » grâce à sa fortune, tandis que Filippo, son mari, terrifiant autocrate et maladivement jaloux, « réprime les jeunes leaders de la génération montante ». Le pot aux roses : « Agnese remet à Filipo l’ordinateur de Beatrice, rempli de photos de Beatrice et d’Orombello qui peuvent être exploitées dans les médias et au tribunal pour étayer une accusation d’adultère ». Tandis que le peuple n’attend, pour se soulever, que le signal d’une Beatrice chastement éprise d’Orombello, Filippo a surpris leur conversation : « le couple coupable est immédiatement arrêté pour adultère ». Au deuxième acte, les bourreaux ont transformé Orombello en légume tuméfié, sanguinolant, flageolant sur une béquille et parcouru de tremblements avant de finir en fauteuil roulant : le supplicié a avoué sous la torture, mais « il se met soudain à crier à toute la Cour qu’elle [Beatrice] est innocente ». Beatrice, devenue aveugle à force d’être frappée, en tunique maculée de sang, menottée, pardonnera à Agnese de les avoir piégés. À la fin, solides pelles en main, « les gardes enterrent le cadavre d’Orombello ». Beatrice, ayant chanté « à un dieu de paix et de pardon », est passée par les armes.

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Signé George Tsypin, le décor transpose le château de Binasco en une sorte de cage en résille de métal vert vif figurant un jardin-labyrinthe à l’Italienne, où les sbires, à un moment, s’activeront au sécateur, et sur le mur latéral duquel le petit personnel passera consciencieusement la serpillère, tissus fichés sur de longues tiges… Visuellement, c’est plutôt très moche. Au deuxième acte (le vert s’est changé en rouge par le miracle de l’éclairagiste) un de ces bosquets taillés, au centre du plateau, sert de bureau au tribunal. Les sycophantes du tyran (lui en veston bleu roi) arborent des tenues en cuir noir anthracite, le service d’ordre en uniforme noir ne perd pas une occasion de pointer les menaçantes kalachnikovs sur « tout ce qui bouge » – façon de parler, car les chanteurs, d’un bout à l’autre de l’opéra, resteront désespérément statiques, comme incapables de se déplacer tant soit peu. Exit tout de même la vidéo, vieille signature de la star californienne, et tarte à la crème obligée de toute régie contemporaine… Sellars n’en cède pas moins à tous les poncifs de l’actualisation, dans un mauvais goût superlatif.

Bien, du moins… sur le plan musical

Si cette première production parisienne de Beatrice di Tenda est sauvée, c’est par ces arias, duos ou trios immortels, tous sublimement chantés. Les chœurs de l’Opéra de Paris ne sont pas en reste. Au prix de très légers décalages au début, ils sonnent magnifiquement. À la baguette, le chef britannique Mark Wigglesworth, sur un tempo semble-t-il assez lent, qui magnifie l’expressivité de l’orchestre. Dans le rôle-titre, la soprano américaine Tamara Wilson, que beaucoup ont déjà applaudie tout récemment ici même dans Turandot, se montre aussi à l’aise que dans Puccini, à la fois impériale dans les aigus les plus redoutables que délicate dans le phrasé legato et dans les roulades vertigineuses de la partition. Le baryton hawaïen Quinn Kelsey, qui a surtout beaucoup chanté Verdi, fait merveille dans le rôle du sinistre Filippo Visconti. Quant aux deux frères Pati, ténors natifs de Samoa, Pene en Orombello et Amitai dans le second rôle de l’ami Anichino, ils déploient leurs talents jumeaux sans faillir. Seule la mezzo Theresa Kronthaler, qu’on découvre à l’Opéra de Paris, manque sensiblement de puissance d’émission, dans les rares airs confiés au personnage d’Agnese de Maino.

On se demande bien pourquoi les pages extraordinaires de Beatrice di Tenda n’ont pas passé la rampe pendant si longtemps. Il nous est expliqué, dans le programme, que la version proposée ici rétablit l’opéra au plus proche de l’original, à partir de la partition autographe de Bellini, y incluant ses repentirs et recommandations d’exécution : justice est faite – au moins sur le plan musical.    


Beatrice di Tenda. Opéra seria en deux actes de Vincenzo Bellini (1833). Direction : Mark Wigglesworth. Mise en scène : Peter Sellars. Orchestre et chœurs de l’Opéra de Paris. Avec Quinn Kelsey, Tamara Wilson, Theresa Kronthaler, Pene Pati, Amital Pati, Taesung Lee.
Opéra-Bastille les 13, 15, 23, 28 février, 2 et 7 mars, 19h30. Le 18 février, 14h30. Durée: environ 3h20

Remis en liberté

Ce n’est pas avec un « plan de lutte contre l’infertilité » que le chef de l’État pourra stopper la chute de la natalité française. Le choix d’Emmanuel Macron de résister au RN par une « lutte contre l’immigration clandestine » avalise l’immigration légale, avec le soutien du Conseil constitutionnel. Tout reste en place pour achever la dilution du pays…


L’effacement : à son tour, Emmanuel Macron a évoqué ce risque suicidaire lors de sa conférence de presse du 16 janvier. Mais il s’est arrêté en chemin, excluant la France d’une possible disparition. Le président ne craint que pour l’Europe, bousculée par le chamboulement planétaire qui déboulonne l’hégémonie occidentale et invite l’UE à en rabattre. Pourtant, c’est plus dramatiquement la nation épuisée qui se vide de son peuple, comme un corps perd son sang. La révolte paysanne est celle de ce monde qui ne veut pas mourir. Or l’hémorragie, causée par une baisse des naissances des autochtones qu’une démographie musulmane prolifique est appelée à compenser, satisfait les immigrationnistes au pouvoir, pour qui un homme en vaut un autre. En 2022, un tiers des bébés avait au moins un parent né hors de l’Union européenne. Entre 2000 et 2022, les naissances issues de deux parents nés à l’étranger ont augmenté de 72 %. Si la femme française ne fait plus que 1,68 enfant, l’immigrée algérienne, avec 3,69 enfants, est plus féconde que l’Algérienne (3 enfants), selon Nicolas Pouvreau-Monti, cofondateur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (Le Figaro, 15 janvier). À ce rythme, trois ou quatre générations devraient suffire pour qu’il ne reste plus que des traces éparses de la France française, réduite à être visitée par des Franciens venus d’ailleurs, dans ses « réserves » exotiques.

Le grand effacement fait partie des mots interdits que Macron s’exerce désormais à prononcer, comme il reprendrait un refrain paillard. La transgression est son frisson. Son Premier ministre, Gabriel Attal, promet pareillement de « garder notre identité française ». Mais tous deux évitent d’évoquerl a substitution, sous leurs yeux clos, d’un peuple par un autre, d’une civilisation par une autre. Or ce qui s’observe est non seulement une libanisation de la nation jadis homogène, mais un remplacement ethnique et culturel. Il n’est d’ailleurs permis que de s’en réjouir, au risque d’être accusé de racisme et de xénophobie. À la crise de la natalité (baisse de près de 7 % en 2023) s’ajoutent la pression migratoire (depuis 1999, augmentation de 153 % des titres de séjour et de 227 % des demandes d’asile, soit près de 500 000 arrivées par an), une émigration des plus jeunes(54 % des 18-25 ans seraient prêts à quitter la France), un exode de ceux qui fuient l’antisémitisme coranique et un islam laissé en paix dans ses colonisations qui s’étendent. Ce n’est pas en lançant un« plan de lutte contre l’infertilité » et un « congé de naissance » ouvert aux parents des deux sexes que le chef de l’État peut espérer faire obstacle à cette disparition de l’esprit français, chassé par la technique et ses robots. Le choix de Macron de résister au RN par une « lutte contre l’immigration clandestine » avalise l’immigration légale, avec le soutien du Conseil constitutionnel. Tout reste en place pour achever la dilution du pays.

L’urgence est de stopper la liquidation de la France, promue par l’idéologie mondialiste qui continue d’imprégner le sommet de l’État. Le temps presse. Mais il est encore possible, à condition d’un sursaut politique, d’endiguer la conquête démographique du pays et de résister à son asphyxie. Même si le Français, sous couvert « d’affrication linguistique » (Libération), a déjà pris l’accent arabe des cités auprès d’une jeunesse mimétique, je ne me résous pas àla prophétie de Chateaubriand (Mémoires d’outre-tombe) : « Des peuplades de l’Orénoque n’existent plus ; il n’est resté de leur dialecte qu’une douzaine de mots prononcés dans la cime des arbres par des perroquets redevenus libres, comme la grive d’Agrippine gazouillait des mots grecs sur les balustrades des palais romains. Tel sera tôt ou tard le sort de nos jargons modernes, débris du grec et du latin. Quelque corbeau, envolé de la cage du dernier curé franco-gaulois, dira, du haut d’un clocher en ruine, à des peuples étrangers nos successeurs : “Agréez les accents d’une voix qui vous fut connue ; vous mettrez fin à tous ces discours.” » Majoritaires restent encore les Français qui ne veulent pas connaître le sort du dernier des Mohicans. Doivent-ils au moins croire Macron quand il assure aussi, mimant Éric Ciotti et Éric Zemmour, vouloir se battre « pour que la France reste la France » ? Pas davantage. Son déni des faits reste plus fort que son engagement à « continuer à présider au réel ».

Pour le chef de l’État, « le réel est reporté à une date ultérieure » (copyright Philippe Muray). Récuser, comme l’a fait le président le 16 janvier, le lien entre l’immigration et les émeutes urbaines de juillet aura suffi en effet à disqualifier sa tentative d’approche réaliste et son apparent virage conservateur dans la composition de son gouvernement, rejoint par Rachida Dati (ex-LR). Les réseaux sociaux et l’oisiveté des jeunes, ces raisons par lui invoquées, ne peuvent occulter ce que fut l’insurrection d’une population issue du Maghreb et de l’Afrique noire, et ses cibles qui symbolisaient la France (écoles, bibliothèques, mairies, etc.). Dès lors, qualifier le RN de « parti du mensonge » relève chez Macron d’un procédé puéril et réversible. Ce procès signe son renoncement à affronter le terrain. « Une idéologie s’achève quand elle n’a plus de mots pour décrire le réel », a noté Michel Maffesoli. La macronie est dans cette faillite qu’elle partage avec tout un monde qui « marche sur la tête », pour reprendre le slogan de la colère agricole. La grande disparition leur est promise.

Le naufrage du camp du Bien, décrédibilisé par ses contre-vérités sur un irénique « vivre-ensemble », porte la promesse d’une libération des indignations. Les agriculteurs en colère ouvrent la voie. Observer ces « progressistes » qui fuient l’école publique au profit du privé dit leur tartufferie. Le wokisme est désormais contesté aux États-Unis, y compris dans le temple de l’université d’Harvard.L’Allemagne s’affole de constater que, sous la pression islamiste, « les juifs n’ont jamais été autant en danger depuis l’Holocauste » (Le Figaro, 23 décembre). La révolution du Réel est le meilleur allié de ceux qui, derrière les paysans, refusent la tyrannie des idéologues. Il leur reste à reprendre le pouvoir.

Béziers candidate à l’expérimentation de l’uniforme à l’école

Après la trêve des confiseurs, l’Assemblée reprend ses travaux, sur fond de remaniement et de révolte agricole… Ambiance.


« Sauter au plafond »

Tout ça pour ça… Le Conseil constitutionnel vient de censurer plus d’un tiers des articles de la loi sur l’immigration votée par le Parlement avant Noël. Celle-là même que les Français avaient pourtant plébiscitée à 70 %… Cette décision me laisse un goût amer dans la bouche. Une véritable claque pour les représentants des Français au Parlement ! La prochaine fois, le chef de l’État devrait être encore plus direct. Plutôt que de demander au Conseil constitutionnel de censurer les mesures qui ne le font pas « sauter au plafond », il pourrait lui proposer de rédiger lui-même la loi. On gagnerait du temps.

Collabo !

On est toujours le collabo de quelqu’un… Fabien Roussel l’a appris à ses dépens, qui a dû être extrait d’une des manifs organisées contre la loi pour l’immigration à Paris le 21 janvier. Aux cris de « Roussel collabo ! », « Roussel n’est pas un bon camarade » ou encore « Roussel casse-toi ! », le député et secrétaire national du Parti communiste français s’est fait insulter, bousculer et finalement exfiltrer lors d’une manifestation… du syndicat CGT. Avant de trouver refuge à l’Assemblée nationale. Avec des amis comme ça…

Uniforme à l’école

Une des premières mesures annoncées par le ministre de l’Éducation nationale d’alors, Gabriel Attal, était l’expérimentation de l’uniforme à l’école. Le maire de Béziers a immédiatement candidaté, lui qui avait déjà tenté semblable mesure en 2014, juste après son élection. Et les premiers uniformes – et non pas « tenues uniques » comme les appelle Emmanuel Macron – sont arrivés pour essayage : exit le « jean/tee-shirt » préconisé par certains. Chez nous, à Béziers, les élèves et leurs parents ont choisi le pantalon pour les garçons, la jupe plissée pour les filles et, pour tous… le blazer très « british » avec blason aux couleurs de la ville et de l’école, s’il vous plaît ! L’effet magique d’Harry Potter.

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Sobriquet

Depuis son élection au perchoir, la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet a administré un nombre record de sanctions disciplinaires à des députés. Ce qui lui a immédiatement valu un petit surnom par le député écologiste Benjamin Lucas. Allez, un indice, il est vice-président du groupe d’amitié France-Corée du Nord (eh non, ce n’est pas une blague !). Vous avez deviné ? La « Kim Jong-un du perchoir ». Tout en nuances…

Double langage

C’est un sujet de discussion récurrent à l’Assemblée nationale. Pour qui faire une minute de silence ? On se souvient que le jeune Nahel – « ce petit ange parti trop tôt », dixit Kylian Mbappé– y avait eu droit immédiatement. Thomas, lui, a dû attendre plusieurs jours avant qu’elle ne lui soit « accordée ». En ce jour de manifestation agricole, le groupe communiste a réclamé une minute de silence au Palais-Bourbon – refusée « faute de consensus » – en hommage à Alexandra, cette jeune agricultrice morte sur un barrage routier dans l’Ariège… Il paraît que c’est le groupe Renaissance qui n’en a pas voulu. Insupportable de les entendre ensuite évoquer le « sentiment de relégation, de mépris et de déclassement » qui touche les agriculteurs…

IVG dans la Constitution

Huit heures de débats pour savoir s’il est opportun ou non d’inscrire « la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse » dans la Constitution. Des débats juridiques, souvent techniques. Et de temps en temps aussi, caricaturaux. Mathilde Panot propose de remplacer le mot « femme » par « toute personne en situation de grossesse ». Histoire de ne pas braquer les transsexuels… Évidemment, on n’échappe pas non plus à la séquence « Radio ma vie », avec les témoignages personnels comme « je pense à Élisabeth, ma tante » ou autres « j’ai avorté et je l’ai très bien vécu »… Le sommet est atteint hors de l’Hémicycle lorsque Sophie Marceau attaque Gérard Larcher – il a eu l’outrecuidance d’estimer que l’IVG n’était pas menacée en France : « Vous représentez le patriarcat dans toute sa splendeur : suffisant, rétrograde et hypocrite. Vous faites honte à notre société française. » À vous faire craindre le matriarcat.

Indécence

L’Assemblée l’a acté : elle augmente de 5,4 % les frais de mandat des élus de la chambre basse « pour faire face à l’inflation ». Votée par tous les groupes politiques, à l’exception des Insoumis et des socialistes qui se sont abstenus. La présidente de l’Assemblée a cru bon se défendre en rappelant que « les dépenses liées à l’AFM [allocation des frais de mandat] font l’objet d’un contrôle de la part du déontologue[…] et les montants nonutilisés sont reversés par les députés à l’Assemblée, à l’issue du mandat ». Au moment où les agriculteurs manifestent pour gagner leur vie décemment, ça manque un peu de… décence.

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Case départ

Mais où est passée Élisabeth Borne ? Après deux semaines de vacances, la voilà de retour à l’Assemblée. Pas pour de grands échanges d’idées politiques, mais pour de vulgaires questions logistiques. L’ex-Première ministre devrait en effet se voir attribuer l’un des bureaux du Palais-Bourbon réservés aux « anciens ayant occupé des fonctions prestigieuses ». Se pose également la question – essentielle pour les Français – de sa place dans l’hémicycle. Et ce n’est pas terminé ! À l’heure où j’écris ces lignes, 18 membres de l’ancien gouvernement – Olivier Véran, Olivier Dussopt, Clément Beaune entre autres – sont encore dans l’expectative et pourraient devoir revenir au Palais-Bourbon lorsque le remaniement sera terminé. Mais où donc les loger ? Des querelles d’égos en perspective…

Viticulteurs

Six heures du matin. Au péage de Béziers Ouest. Ils sont là, avec leurs tracteurs. Parfois en famille. Nos vignerons n’en peuvent plus. Ils vivent mal. Les jeunes n’ont plus envie de reprendre les exploitations de leurs parents. Le vin s’accumule dans les chais. Ils sont en colère. Je suis là pour leur dire mon soutien mais aussi, surtout, mon amitié, mon affection. Nous nous voyons tout au long de l’année. Et pas que pour parler de vigne. Ils sont la chair de notre Sud, de ce qui est devenu mon Sud. Un député, ça sert aussi à ça. Être aux côtés de ses amis. Sans calcul. Juste là.

Guiomar, de Céline à Zidi

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Coup de projecteur sur ce styliste en pantoufles, aussi impérial dans le drame que dans le nanar


Nous ne sommes plus habitués à de tels profils. Le grand écart permanent. Gaudriole un jour, introspection le lendemain. La spécialisation a tué le cinéma français, chaque acteur endosse aujourd’hui un rôle défini, balisé et étiqueté, et ne s’avise pas de marcher hors des clous. Peur de la patrouille, de la comédie salissante, d’une critique sociétale pesante, d’une volte-face qui entacherait une image patiemment construite. Ce ne sont plus des acteurs mais des maçons. Alors, on cachetonne, on simulacre, on sonne creux et on finit par ennuyer les spectateurs.

Un acteur magistral

Tout ça manque cruellement d’audace, d’incarnation, de folie, de charisme, d’un humour brisé, d’une diction sacerdotale, d’une forme d’élévation qui nous envahit de tristesse et de bonheur, la frontière avec les grands interprètes est souvent floue. Marécageuse, même. Sommes-nous dans la farce ou la tragédie ? Avec Julien Guiomar (1928 -2010), il est difficile de se prononcer. Il a les attributs d’un comique éruptif, tout en componction et en dérision, et cependant, on regarde chacune de ses apparitions comme une partition autonome. Un numéro de soliste qui ne jure pas avec la mise en scène générale : ce professionnel se fond dans le décor. N’empêche qu’il utilise ses propres répliques pour en faire des morceaux de bravoure, dans l’excès ou l’apitoiement, dans la veulerie ou l’effacement ; il est magistral. On ne voit plus que lui, chez Costa-Gavras ou Zidi. Il éclipse ses partenaires, même lorsque ces derniers s’appellent Delon ou Belmondo. Il dérègle la mire. Le rire est bien là, ample et fantaisiste, toutefois le vacarme de l’homme misérable sourd dans chaque mot prononcé, sa parole contrairement à celle des hommes politiques est soutenue, musicale, imagée, pleine d’effroi et de promesses.

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Avant de promener sa carcasse de dentiste de province, ses costumes à carreaux et cette voix d’outre-tombe dans les nanars des années 1970, il fit ses armes au TNP chez Vilar, le Sétois, dans l’exigence des mots et l’intimité des grands textes. Encore avant, il traînait « ses guêtres » dans le Saint-Germain-des-Prés originel au tout début des années 1950 avec son camarade Georges Wilson qui le raconte dans ses souvenirs (Le fil d’or) parus chez Fayard en 2007. Guiomar est partout crédible, en patron tyrannique, en cuistot désinvolte, en nobliau détestable, en flic dépassé ou en escroc chaplinesque. Ce magnifique ermite ne perd jamais sa dignité, ni son aplomb, qu’il fréquente Alice Sapritch, Aldo Maccione, Charles Gérard ou Jean Carmet ; il est souverain dans la curée et dans la risée. Quand il lit Céline, les fantômes du reclus de Meudon dansent devant nos yeux et quand il se chamaille avec Mireille Darc dans l’inénarrable « Les Ringards »[1], on jubile tellement c’est con. Dans la pitrerie la plus innommable, là où le scénario tangue et le public tourne de l’œil, il demeure impérial. D’une sincérité d’anachorète.

Inoubliable commissaire dans « Les Ripoux »

Toute sa vie, il aura alterné les genres, des planches aux plateaux, avec quelques incursions à la télévision, notamment dans un « Bouvard et Pécuchet » en compagnie de Paul Crauchet. Il doit surtout sa popularité immense à son personnage de Tricatel, l’homme qui sert de l’essence en guide d’apéritif et dore ses poulets industriels en cabine de peinture dans « L’aile ou la cuisse ». Duchemin (Louis de Funès) dans un numéro de dégustation œnologique d’anthologie n’arrive pas vraiment à lui voler la vedette. Ces deux-là s’harmonisent à merveille. Moins de dix ans plus tard, en 1984, dans « Les Ripoux », son rôle de commissaire de police sniffeur et enrhumé, lui attire la sympathie d’une nouvelle génération. Philippe Noiret lui concoctant dans son dos un spray nasal très spécial fut l’un des gags les plus appréciés de la décennie dans les cours de récréation. Mais là où le Morlaisien de naissance disparu en Dordogne exerce son talent avec le plus de brio et de féérie, c’est chez Philippe de Broca dans « Le Roi de cœur » et encore plus dans « L’Incorrigible ». Il touche au génie neurasthénique (Camille) dans sa robe de chambre, abandonné dans une roulotte attendant la marée, face à un Jean-Paul (Victor), pétulant et inconséquent. « J’absoudrai un étranger de me sortir un tel sophisme, mais toi, toi le compagnon de l’ermite, le témoin du sage, toi qui aurais pu être mon disciple si tu n’étais pas fantasme et courant d’air […] Freddy, Mauricette, Totor, Juju, tes relations sont à ton image de ta vie, navrante et vaine » lui dit-il. Le Français peut se rhabiller. On a coutume d’affirmer que Bernard Blier était le plus à même de débiter les dialogues d’Audiard, je crois sincèrement que Guiomar le surpasse. « Faut s’emmerder Victor si on veut faire durer le temps ! ».

Le fil d'or

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Monsieur Nostalgie

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[1] Relire https://www.causeur.fr/les-marottes-de-monsieur-nostalgie-272647

L’enfant noir de Saint-Domingue


Loïc Le Gloahec. DR.

Loïc Le Gloahec est un habitant du pays de Vannes. Son éditeur indique qu’il a longtemps erré dans les collèges, ce qui est salutaire pour devenir écrivain. Il signe son premier livre, un roman historique sur la vie d’Antoine, jeune homme élevé dans une plantation de Saint-Domingue, à la fin du XVIIIe siècle. Son destin est à la fois tragique et édifiant. Il est exploité dans une plantation de canne à sucre. On pense, ici, à la phrase de l’esclave noir rencontré par Candide, au sortir de l’Eldorado, dans le conte philosophique éponyme de Voltaire : « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. » Les descriptions de Voltaire, même si elles sont hyperboliques et teintées d’ironie, font mouche. Le pauvre homme est amputé d’une jambe et d’une main. On apprend également qu’il a été vendu dix écus patagons sur la côte de Guinée par sa propre mère. Le récit fictif, minutieusement documenté, écrit par Le Gloahec, qui n’est pas historien de formation, souligne les souffrances des Noirs d’une manière plus romanesque que Voltaire, en insistant sur l’humanisme du jeune Antoine, victime de ses origines et de la cupidité des puissants. Au soir de sa vie, il entreprend de raconter son histoire. Il le fait dans une langue soutenue qui étonne. Mais le jeune homme a eu la chance d’être protégé par le propriétaire de la plantation, Charles de Varenne, vicomte et puissant noble du pays de Blois. Ce dernier lui a permis de traverser les mers, de vivre en France et de recevoir une éducation réservée à l’élite. Antoine veut témoigner des crimes et des tortures dont il a été le témoin. Le devoir de mémoire l’exige. Il écrit aussi pour l’amour de la langue française, ses subtilités, ses accords compliqués mais essentiels, ses figures de style, sans oublier la noblesse de l’imparfait du subjonctif. On croirait lire un récit contemporain de Bernadin de Saint-Pierre. C’est bluffant. On y retrouve les premiers élans romantiques de l’auteur de Paul et Virginie. Car l’amour n’est pas absent du roman. Antoine va tomber amoureux de la fille du Vicomte, la diaphane Héloïse. Le prénom n’est pas choisi par hasard : Le Gloahec est un admirateur de Rousseau.

Mais les deux jeunes gens vont voir disparaître le monde qui les a vus naître. Antoine n’a pas de quoi le regretter, à la différence d’Héloïse. On pense à la phrase crépusculaire de Chateaubriand, à la fin des Mémoires d’outre-tombe : « Je me suis rencontré entre deux siècles, comme au confluent de deux fleuves ; j’ai plongé dans leurs eaux troublées, m’éloignant à regret du vieux rivage où je suis né, nageant avec espérance vers une rive inconnue. » Un fleuve de sang va emporter la monarchie ; Charles de Varenne, noble humaniste, à l’esprit éclairé, ne pourra y échapper.

Un grand roman épique.

Loïc Le Gloahec, Le Roi des Blancs, Le Passeur Éditeur.

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Loi immigration : désaveu d’échec

Le Conseil constitutionnel a censuré près de la moitié de la loi « immigration » votée par les députés. Selon l’ancien secrétaire général de la haute juridiction, les arguments formels, voire formalistes, avancés par les Sages pour annihiler le volet le plus ferme du texte, cachent mal un parti pris politique.


Jusqu’à la décision du 25 janvier du Conseil constitutionnel, trois points d’interrogation pesaient sur la loi « pour contrôler l’immigration et améliorer l’intégration » définitivement adoptée par le Parlement le 19 décembre 2023.

Le premier était politique. Du point de vue de l’exécutif, la décision lève l’hypothèque politique qui grevait un texte accouché dans la douleur.

Les dispositions issues d’amendements sénatoriaux (essentiellement en cause) scellaient un accord qui avait sauvé la loi du naufrage, malgré le vote, au Palais-Bourbon, d’une motion de rejet préalable. Mais l’hémisphère gauche du camp présidentiel et le chef de l’État lui-même comptaient sur le Conseil constitutionnel pour se libérer de cet engagement et calmer leurs états d’âme. Avec 35 articles annulés (presque tous provenant du Sénat) sur un total de 86, leur pari est gagné.

C’est votre dernier mot ?

La décision du Conseil constitutionnel est-elle la preuve que, comme le déclarait Laurent Fabius le 8 janvier dans son discours de vœux au président de la République, le Conseil constitutionnel « n’est ni une chambre d’écho des tendances de l’opinion, ni une chambre d’appel des choix du Parlement » ? Chacun en jugera. Mais comment ne pas constater qu’un juge qui se prononce « au nom du peuple français » n’a guère ménagé une loi correspondant aux sentiments des trois quarts de nos compatriotes et votée par une confortable majorité des élus de la nation(y compris une nette majorité de députés de la majorité présidentielle) ? Et comment ne pas voir que la copie du législateur, telle que l’a corrigée ici le Conseil, exauce les souhaits – et valide les calculs– de l’exécutif ?

Le texte résultant de la censure apparaît en effet comme celui du gouvernement, épuré des amendements de la droite. Le ministre de l’intérieur en prend acte avec une satisfaction à peine dissimulée (« Le Conseil a validé le texte du gouvernement »). Satisfaction bien immédiate, car le dossier, loin d’être refermé par le Conseil constitutionnel (comme pour la loi sur les retraites), est rouvert par lui de façon fracassante.

La décision met également fin, au moins en partie, à un suspense juridique.

Lors de ses vœux du 8 janvier, Laurent Fabius avait déclaré qu’« on peut toujours modifier l’état du droit mais, pour ce faire, il faut toujours veiller à respecter l’État de droit ». Cependant, la notion d’« État de droit » présente une certaine plasticité. Dans l’interprétation de la Constitution, dans l’application des principes constitutionnels, dans la mise en œuvre du contrôle de constitutionnalité (proportionnalité, plein exercice par le législateur de sa compétence, réserves d’interprétation…) résident des zones inexplorées, du flou, des angles morts : autant de « marges de manœuvre » par lesquelles il est loisible au juge de faire prévaloir ses propres choix d’opportunité. Comment le Conseil a-t-il utilisé ici cette marge de manœuvre?

A lire aussi : Loi immigration : droite cocue ou droite complice ?

Le sort des articles d’origine sénatoriale était essentiellement lié à une question de forme : les « cavaliers législatifs », autrement dit les dispositions introduites par amendement, mais dépourvues de lien, même indirect, avec le texte en discussion. Cet obstacle une fois franchi, se serait posée une question de fond : celle de l’encadrement de ces dispositions au regard du principe d’égalité et des droits fondamentaux des étrangers. Mais la solution retenue par le Conseil – une large censure pour des motifs procéduraux – lui a évité de se prononcer sur le fond.

Les dispositions issues d’amendements du Sénat pouvaient être censurées dans une vision draconienne de ce qu’est un « cavalier législatif ». Toutes échappaient en revanche à la qualification de « cavalier » en adoptant une vision plus réaliste, moins vétilleuse – et surtout plus respectueuse de l’initiative parlementaire– du lien d’un amendement avec le périmètre du texte en discussion. Des sujets comme le regroupement familial, la condition de durée de séjour régulier pour obtenir une prestation sociale ou comme les règles d’acquisition ou de déchéance de la nationalité ne sont quand même pas « dépourvus de tout lien » avec la thématique de l’immigration !

Une censure présentée comme technique, perçue comme partisane

Le Conseil a opté pour une absolue rigueur en censurant une trentaine de cavaliers. Cette censure est technique, mais elle est inévitablement perçue comme partisane. Les motifs de la décision ont beau être de forme, ses effets sont très politiques, ne serait-ce que par l’étendue quantitative des dégâts (40 % du texte censuré) et par la nature des dispositions passant à la trappe (les apports de la droite). La décision du 25 janvier fait naître des malentendus – et nourrit des soupçons de collusion – que, pour la plupart, les membres du Conseil n’ont probablement pas anticipés. Bel exemple de la façon dont se creuse le fossé entre élites et gens ordinaires. Et dont une institution que l’on voudrait pacificatrice de nos controverses nationales peut au contraire les exacerber en restant captive de raisonnements abstraits et prisonnière de sa tour de verre.

Vu de l’extérieur, le Conseil a pratiqué un massacre à la tronçonneuse. Nos compatriotes auront du mal à trouver ce massacre véniel parce qu’exécuté pour un motif de procédure. De telles subtilités sont inaudibles aux profanes. Quant à leur expliquer qu’une « jurisprudence constante » guidait la main de l’exécuteur, ils pourraient répliquer que, si sa jurisprudence le conduit à de tels excès, le juge doit changer de jurisprudence…

A lire aussi : Le grand effacement, ou comment la France peut disparaître

Au demeurant, la jurisprudence sur les cavaliers est si peu constante que deux articles (16 et 17) de la loi du 10 septembre 2018 (« loi pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie »), issus d’amendements parlementaires, n’ont pas été censurés par le Conseil lorsqu’il a examiné ce texte, alors qu’ils portaient sur l’adaptation du droit du sol à Mayotte et que le projet de loi initial ne contenait pas de disposition relative à l’acquisition de la nationalité.

La position ici arrêtée par le Conseil en matière de cavaliers législatifs est bien peu propice au pouvoir d’initiative parlementaire. Il est vrai que désarçonner un cavalier est plus commode– et moins compromettant – que se prononcer sur le fond.

Sur le fond, justement, le Conseil a peu censuré. Mais l’une de ces censures, incroyablement sévère pour le législateur, parce qu’incroyablement protectrice pour les étrangers en situation irrégulière, compromet le contrôle de la régularité de l’entrée et du séjour. Elle frappe l’article 38, d’origine gouvernementale, auquel tenait le ministre de l’Intérieur. Cet article permettait à un officier de police judiciaire de procéder de force à la prise d’empreintes d’un étranger majeur, en cas de refus caractérisé de ce dernier de se soumettre à cette opération lors d’un contrôle aux frontières extérieures ou d’un placement en rétention. Le recours à la contrainte n’est pas condamné dans son principe mais, comme souvent en matière régalienne, en raison d’un encadrement insuffisant. L’article prévoyait l’information préalable du procureur de la République. Le Conseil le trouve pourtant lacunaire, car n’ayant subordonné le relevé forcé d’empreintes ni à l’autorisation d’un magistrat, ni à la démonstration que l’opération est l’unique moyen d’identifier la personne récalcitrante, ni à la présence d’un avocat. À croire que le relevé forcé d’empreintes digitales est un traitement inhumain et dégradant…

Et n’oublions pas l’Europe !

Le troisième point d’interrogation touchait à l’impact de la loi sur la maîtrise des réalités migratoires.

Cet impact sera faible et l’aurait été même si les amendements sénatoriaux avaient passé le cap du contrôle de constitutionnalité. La loi ne comportait en effet aucune mesure permettant la réduction significative des flux d’entrée. Il faudrait pour cela une révision constitutionnelle écartant toute une série d’obstacles de droit constitutionnel et de droit européen.

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Cependant, à l’intérieur de l’espace des mesures semblant « constitutionnellement et conventionnellement possibles », la loi, telle qu’elle se présentait au Conseil, déplaçait plusieurs curseurs dans le sens de la fermeté.

De fait, le texte initial du gouvernement a été sensiblement « durci » par le Sénat dont les nombreux apports ont été conservés par la commission mixte paritaire, puis adoptés par les assemblées en dernière lecture. Le mot « durci » appelle toutefois un sérieux bémol : même si le Conseil constitutionnel n’avait censuré aucun des articles contestés, la France serait restée l’un des pays européens les plus ouverts à l’asile, au regroupement familial, à l’accueil des mineurs isolés, au séjour d’étudiants extra-européens, à l’hébergement des « sans-papiers » et à la naturalisation. Il serait resté le pays européen le plus avantageux aux étrangers du point de vue de la protection sociale et médicale. De plus, du fait de l’accord franco-algérien de 1968, cette trentième loi sur l’immigration n’affectait pas la liberté de circulation des ressortissants du pays d’origine le plus fréquent des immigrés.

L’opinion bien-pensante n’en a pas moins été prise de haut-le-cœur. Les débats français autour de la question de l’immigration sont en effet piégés. L’impératif compassionnel inhibe le souci du long terme et des équilibres civilisationnels. L’immigration est, par excellence, un domaine où l’éthique de la conviction écrase l’éthique de la responsabilité. Peut-on encore légiférer en matière d’immigration ? En relançant cette interrogation, avec ses implications constitutionnelles, la sévérité de la décision du Conseil constitutionnel du 25 janvier ne contribuera pas à apaiser les passions.

Tibo InShape vs Usul

L’extrême gauche voit des « fachos » partout, comme chacun sait. Ces derniers temps, elle soupçonne le youtubeur Tibo InShape, et affirme qu’il est dix fois plus inquiétant que la chaîne CNews. Qui est-il ?


Un influenceur d’une gauche que l’on qualifiera pudiquement d’extrême vient de prendre pour cible Tibo InShape, également influenceur à propos duquel on écrira, avec pour le coup moins d’impudeur, qu’il est « solidement bâti ». Comprenez : Thibaud Delapart, de son vrai patronyme, se met en scène, lui et sa silhouette impeccablement sculptée, dans des vidéos durant lesquelles il fait la promotion de l’exercice physique, de l’effort et des sacrifices. Une attitude saine, en somme, que la gauche de la déconstruction, forcément, honnit.

Thibaud Delapart, dit Tibo InShape.

Mens Sana in Corpore Sano

Le « corps musclé et sec » du deuxième Youtubeur français (derrière Squeezie) a donc été raillé par un certain Usul, accompagné dans sa vidéo d’une acolyte1. Nous pensions naïvement que s’attaquer au physique d’autrui était prohibé dans le monde civilisé. Il n’en est rien : si l’époque interdit d’être « grossophobe », elle permet en revanche – pardonnez-moi d’entrer à mon tour dans la « cage aux phobes » pour y façonner un néologisme – d’être ouvertement « musclophobe ». Nous croyions également que nos corps nous appartenaient : la sentence ne vaut apparemment guère pour ceux qui en prennent soin.  Pour ses contempteurs du jour, Tibo InShape serait ainsi le parangon « des années Thatcher et Reagan » – notons qu’il n’était pas encore de ce monde lorsque les deux dirigeants étaient au pouvoir -, de la compétition, du « rêve américain »… 

A relire, Eddy Royer: Quand Mouloud Achour tente de coincer le youtubeur Tibo InShape

Il existe des corps gras et d’autres musclés, des silhouettes filiformes et des profils trapus, des poussahs et des escogriffes, des personnes qui vouent un culte à leur galbe et d’autres qui s’en contrefichent. L’idée n’est pas de classifier, de hiérarchiser, de stigmatiser, alors que nous souffrons déjà tant de tout catégoriser et idéologiser. Le but est encore moins de susciter une énième polémique, mais il n’empêchera personne de penser qu’un corps travaillé par l’effort, l’exercice, la répétition est plus esthétique, plus sain et plus viable à long terme qu’une enveloppe corporelle rendue étique par une consommation excessive de graines de chia ou qu’une carcasse engraissée par la malbouffe livrée par sa procession de coursiers.

Nous ne devrions jamais négliger nos corps, car c’est le plus grand des respects que nous témoignons envers nous-mêmes. Nous rajouterons que nous ne devrions jamais non plus dédaigner nos âmes. C’est le sens de la formule latine tirée des Satires de Juvénal : Mens Sana in Corpore Sano. Un esprit sain dans un corps sain. Le premier se travaille (entre autres) par l’acquisition d’une culture générale, la spiritualité, la lecture, le développement de vertus supérieures ; le second par le sport, l’alimentation et la récupération. Ce sont là quelques-uns des ingrédients nous permettant d’atteindre l’ataraxie, la robustesse et le bien-être dans une société qui voit la consommation d’anti-dépresseurs exploser.

Tibo InShape fustigé par les bien-pensants pour avoir mis un drapeau tricolore dans sa salle de sport

Plutôt que d’être dévalorisé, moqué ou jalousé, Tibo InShape devrait donc servir de modèle. L’influenceur aux quinze millions d’abonnés n’est pas qu’une machine à soulever de la fonte, à enchaîner les pompes et à jongler avec des haltères.

Il prend le plus grand soin à prôner une alimentation saine – trop saine sans doute pour les sybarites et amateurs de bonne chère que nous sommes pour la plupart.

Avec sa compagne, également influenceuse, il semble mener une vie de couple plutôt épanouie. Autre crime de lèse-majesté pour la gauche intolérante, il fait la promotion de la police, de l’armée ou des gardiens de prison ; et il affiche sans fard l’étendard tricolore. On pourrait presque penser que le fascisme corporel est à nos portes, alors que Tibo InShape n’a sans doute d’autre ambition que celle d’être un gars sympa qui nous invite à prendre soin de nous.


  1. https://www.youtube.com/watch?v=Fp1gFaFFE_E ↩︎

Les baguettes magiques d’un conteur enchanteur

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Fin connaisseur de jazz, Alain Gerber nous fait comprendre dans son dernier livre avec pertinence toutes les subtilités de cet art.


Deux petits bouts de bois. Du bois dont on fait les flûtes ? Pas vraiment. Plutôt les baguettes de tambour. Et, plus précisément, de batterie de jazz, cet instrument complexe qui regroupe grosse caisse, caisses claires, cymbales, pédale, baguettes, balais et autres accessoires. L’auteur est un expert en la matière. Non seulement il pratique la batterie depuis des années, en disciple appliqué des plus grands drummers, mais le jazz est le domaine dans lequel il se meut avec une aisance peu commune. Il lui a consacré de nombreux livres et moult émissions de radio.

Un talent multiforme

Tel est Alain Gerber. Une référence indiscutable dans l’univers du jazz. Avec cela, romancier, nouvelliste, essayiste, poète aussi original que captivant. Voilà pourquoi son texte ne laisse pas de bois. Il offre plusieurs facettes d’un auteur aux dons multiples. Capable d’unir simultanément l’historien et le technicien érudit, le mémorialiste, le psychologue et l’autobiographe plein de pudeur, le philosophe et le littérateur à la culture impressionnante. Le tout dans ce style fleuri, émaillé d’humour, dépourvu de la moindre pédanterie.

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Un Juste équilibre

On l’aura compris : point n’est besoin d’être un aficionado de Baby Dodds, Gene Krupa ou Philly Joe Jones pour goûter pleinement cet ouvrage. S’il fallait le définir, on pourrait affirmer qu’il représente une manière de condensé, ou de quintessence, de l’art et de la manière de son auteur. Celui-ci sait trouver le ton juste. Il se place toujours à la bonne distance entre l’objectivité et l’expression d’une sensibilité qui lui est propre. En creux, se dessine un autoportrait émouvant. Celui d’un homme assoiffé de culture dès son enfance, dévorant les œuvres de ceux qui deviendront ses maîtres intellectuels sinon spirituels. Ils lui serviront de modèles lorsque lui-même s’aventurera sur les terres escarpées du roman : Hemingway, d’abord, mais aussi, pour s’en tenir aux seuls écrivains français, Michel Butor ou Georges Perec, sous l’égide duquel il a placé ses Bouts de bois. La liste des auteurs cités a de quoi donner le tournis : ils pratiquent plusieurs langues, appartiennent à plusieurs cultures, plusieurs civilisations. Une richesse impensable à notre époque de nivellement – lequel, comme on le sait, ne saurait se faire que par le bas.

Nanti d’un bagage culturel aussi impressionnant (encore faudrait-il y joindre l’apport des philosophes, de l’Antiquité à nos jours), l’auteur n’en demeure pas moins d’une modestie désarmante, comme en atteste cette incidente : « J’en profite pour glisser que je n’ai jamais été, et ne suis toujours pas, capable de me concentrer en même temps sur la pratique de la plume et sur celle des baguettes ».

De la musique avant toute chose

A en croire Alain Gerber, dans son chapitre « Etat des lieux », « la musique ne m’aura pas accordé les mêmes privilèges que la littérature ». Le tournant se situe, selon lui, en mars 2010, lorsque « l’usager de la batterie », formé, à ses débuts, par Daniel Humair puis par Georges Paczynski, devient autodidacte et « va loger (ses) névroses au fond d’un cabanon ». C’est là, grâce à une pratique quotidienne, qu’il va progresser, non seulement sur le plan technique, mais sur celui d’une quête qui pourrait s’apparenter à celle du Graal : la recherche de la sérénité et de la confiance en soi.

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La pratique quotidienne de l’instrument jointe à une connaissance impressionnante du jazz dans tous ses états va, en quelque sorte, parachever ce que l’écriture avait entrepris : l’épanouissement d’une riche personnalité.

Sans entrer dans les méandres et les détours de ce que l’on pourrait nommer une intrigue, tant l’intérêt y est soutenu de bout en bout, on peut inférer qu’à l’instar de Rousseau dans ses Confessions, Gerber a formé « une entreprise qui n’eut jamais d’exemple » : celle de dérouler, avec sincérité sa propre existence, si étroitement mêlée à l’histoire du jazz qu’elle lui devient consubstantielle. Un tel projet, mené à son terme avec brio, mérite une standing ovation !

Deux petits bouts de bois, d’Alain Gerber. Frémeaux & Associés, 240 p. 

Incandescente intelligence

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Nous défions quiconque lit la page 1 de La Fille parfaite, de Nathalie Azoulai, de n’en pas lire la page 2. Et ainsi de suite jusqu’à la page 316 ! Un livre impressionnant qui intègre la bibliothèque en majesté.


Après Titus n’aimait pas Bérénice, déjà un grand livre (et prix Médicis 2015) où elle trouvait une voie unique pour dire une rupture amoureuse – détour : Racine, Versailles, Port-Royal (le jansénisme) -, Nathalie Azoulai signe peut-être son plus grand livre, La Fille parfaite – et impose le silence et la solitude autour d’elle. Existentiellement, pas évident. Littérairement, évident. Cela s’appelle un « effet de blast » : on lit un livre, et tous les autres, soudain, alentour, disparaissent. Différence de nature : autre chose, incommensurable. Voilà : effet de blast. Il suffit d’ouvrir ce livre pour… le lire : non qu’il soit bref – mais impossible à refermer.

Agréable autant qu’étrange

Et comme il ne ressemble à rien de ce que l’on a lu depuis longtemps, cet article ne ressemblera à rien de ce qui pourrait s’apparenter à une critique : ce sera donc un « truc ». Livre trop foisonnant, trop riche, trop de thèmes abordés. Donc ? Plutôt des impressions, des pistes, quelques saillies qui en restituent la prodigalité. Voilà ce que l’on tente. Pour tendre la main au lecteur de bonne volonté – qui découvrira, aussi, combien, parfois, l’intelligence est physique, tangible : il suffit de lire Azoulai pour l’éprouver, la reconnaître, dure comme un roc, minérale, laser. Très étrange. Très agréable, aussi (et drôle, souvent). Expérience de lecture. Seul problème : avoir lu en janvier l’un des deux ou trois meilleurs livres de l’année (en littérature française) suppose un peu que le reste de l’année sera long – mais il y aura des pépites, n’en doutons pas. De cette eau ? Deux ou trois. Tant pis : nous relirons Azoulai. Tant mieux. Le livre ? La compétition, la rivalité qui exalte, exhausse, voire exauce ; l’admiration (vertu insigne qui dépeuple le monde) et, surtout, l’intelligence (cette fois comme sujet) – si rarement abordée avec une telle évidence, pureté frontale, audace, voire crânerie. D’ailleurs, l’autre titre de La Fille parfaite eût pu être : Ce que l’intelligence fait à la vie – un peu austère.

Le pacte d’Adèle et Rachel

L’ambiance ? A la croisée du roman « psychologique » français (la ligne Constant-Proust, pour aller vite) et de la grande tradition analytique, disons Valéry, avec le mantra de Monsieur Teste (« La bêtise n’est pas mon fort »), les quelques milliers de pages de ses Cahiers, deux ou trois heures quotidiennes de « culture psychique » (sic), d’« auto-discussion infinie » (sic), qui lui gagnaient le droit d’ « être bête jusqu’au soir » (sic). On ne connaît pas le déroulement des journées de N. Azoulai – mais on serait curieux de savoir à quel moment elle s’autorise à « être bête ». Elle cache son jeu.

Le « sujet » ? La Fille parfaite est l’histoire de deux amies d’enfance qui tôt se sont reconnues (le même métal, presque – la nuance est importante) et défiées en silence. Le pari : l’excellence. Mais surtout : l’intelligence, donc, comme trésor absolu – LE muscle. Chez ces deux amies, on ne se demande pas si telle activité (ou relation, aliment, ami(e), lecture) est ou non « bon pour la santé ». On se demande uniquement si c’est bon pour the brain. Le cerveau.

Adèle et Rachel, à 14 ans, ont scellé un pacte : elles vont se partager le monde. À Adèle, la science, à Rachel, la littérature. À elles deux, tout le savoir, tout le « spectre ». On va les suivre, de flash-back en flash-back, depuis leurs débuts, leurs familles (milieux différents), leurs études, leur amitié, leur « coefficient d’existence », leur « câblage neuronal », Darwin, le féminisme, la vis a tergo du doute (corollaire du goût de l’absolu – voir Aurélien d’Aragon), etc. Il faut juste préciser une chose – on ne déflore rien, on l’apprend dès la première page : Adèle, devenue mathématicienne niveau médaille Fields, s’est pendue chez elle à 46 ans. Rachel, la narratrice, elle aussi sans doute universitaire et écrivain (comme Azoulai), va tenter de comprendre. Et pour ce faire, brosser le « portrait » de ces deux athlètes de l’esprit, deux amies presque comme les autres – au génie près : la mathématicienne, la narratrice l’expose ; la littéraire, la narratrice le démontre et l’illustre.

La Fille parfaite, de Nathalie Azoulai, Folio Gallimard (2024).

La fille parfaite

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NB Nathalie Azoulai vient de publier « Python », chez POL.

Python

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Pas besoin de preuves

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Shutterstock/sipa

Une vague de destructions et de vandalisme frappe les églises canadiennes depuis 2021. La raison? Une fausse rumeur sur les réseaux sociaux.


Une trentaine d’églises incendiées, une soixantaine d’autres vandalisées ou cambriolées : voilà le bilan d’une campagne de destruction qui a sévi au Canada à partir de 2021. Certains des édifices dégradés ont été tagués avec des injonctions telles que : « Déterrez-les », « Ramenez-les chez eux » ou la question « Où sont les enfants ? » De quels enfants s’agit-il ? Tout commence en mai et juin 2021, quand un groupe autochtone en Colombie-Britannique prétend avoir découvert 215 cadavres d’enfants sous une école catholique, tandis qu’un autre groupe, de la province du Saskatchewan, annonce avoir trouvé 751 tombes anonymes dans un cimetière sous l’ancien pensionnat de Marieval. Il s’agirait de corps d’enfants morts à la suite de violences subies dans ces écoles ainsi que dans d’autres partout au Canada.

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Ce qui est certain, c’est que ces établissements ont participé à une vaste politique d’assimilation des populations autochtones conduite par le gouvernement canadien du XIXe aux années 1970. Des enfants ont été arrachés à leur famille pour être élevés à la canadienne dans des internats chrétiens, principalement catholiques. La découverte de ces charniers a donné lieu à un déchaînement de passions sur les réseaux sociaux, accompagné d’accusations de crimes contre l’humanité et même de génocide, d’où la prolifération d’actes de vengeance antichrétienne. Sauf que des fouilles conduites depuis par des équipes d’experts sur plusieurs sites, dont celui de Marieval, n’ont pas trouvé de traces de cadavres. D’ailleurs, la seule présence de restes humains ne justifierait pas le récit macabre de violences suivies d’enterrements de masse. S’il est généralement reconnu aujourd’hui que beaucoup des enfants en question ont été mal traités, la vague d’actes criminels contre les églises a été déclenchée par une hystérie collective numérique. Comme l’a dit Jacques Rouillard, professeur émérite à l’université de Montréal, interrogé par le New York Post : « Trop a été dit et fait avant que des preuves ne soient fournies ».

Terreur, torture et kalachnikov

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Beatrice di Tenda 23-24 © Franck Ferville Opéra national Paris

Si l’actualisation de l’intrigue à l’époque contemporaine que nous propose l’Américain Peter Sellars agace, Beatrice di Tenda de Bellini, monté pour la première fois à Paris, vaut le déplacement d’un point de vue lyrique.


On se prend parfois à imaginer ce qu’aurait produit le génie de Bellini si le compositeur sicilien n’était pas mort prématurément, à l’âge du Christ, deux ans après la création de Beatrice di Tenda à la Fenice – un four. En 1831, la Scala donnait Norma (également un fiasco, mais qui lui du moins sera relevé par la postérité).  Quatre ans plus tard, Les Puritains, ultime chef-d’œuvre, connaîtra tout à l’inverse un triomphe immédiat, au Théâtre Italien de Paris. Non seulement Beatrice di Tenda n’eut aucun succès (trois représentations !) mais, écrit dans la précipitation, inachevé, il provoquera la brouille définitive de Bellini avec son librettiste attitré, Felice Romani. Le mauvais sort semble s’appesantir sur cette partition, au point qu’il aura fallu attendre 2024 pour voir ce joyau du bel canto entrer au répertoire de l’Opéra de Paris.

Accusation d’adultère fallacieuse

On peut difficilement imaginer intrigue plus noire. À rapprocher du Anna Bolena, écrit par le même Romani pour Donizetti en 1830, elle s’inspire d’une tragédie du dramaturge italien Carlo Tedaldi-Fores, créée à Milan en 1825, elle-même tirée des chroniques du Quattrocento relatant le martyre de l’épouse milanaise du comte de Pavie, plus connue chez nous sous le nom de Béatrice de Ventimille ou Béatrice Lascaris, princesse mise à mort en 1418 par son mari Filippo Maria Visconti, sur l’accusation d’adultère.

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Le livret de Romani ne fait nullement abstraction des rapports de pouvoir sous-jacents au conflit passionnel. En plein romantisme, ceux-ci font évidemment écho au contexte révolutionnaire qui secoue l’Europe d’alors, en un temps où la Lombardie-Vénétie commence de résister au joug autrichien. C’est même cette dimension politique qui donne à Beatrice di Tenda un accent déjà puissamment verdien, jusque dans les chœurs (d’hommes, en particulier), lesquels y occupent une place prépondérante, inhabituelle dans la pure tradition belcantiste.  

Résumons : veuve, la riche comtesse Béatrice de Tende a épousé en secondes noces Filippo Visconti, tyran dont la maîtresse, Agnese, est secrètement amoureuse du jeune troubadour Orombello. Par jalousie, elle persuade Filippo que sa femme le trompe avec ce dernier.  Filippo les fait arrêter tous deux, avant de les soumettre tour à tour à la torture et de les condamner au gibet. Sainte et martyre, Beatrice aura pardonné sa traîtrise à Agnese avant de passer sous le couperet.

Nudes

Le metteur en scène américain Peter Sellars, comme à l’accoutumée, choisit de transposer ce drame atroce à l’époque contemporaine. Il faut se référer au programme pour comprendre l’intention qui y préside, résumée dans un texte liminaire de sa plume. Beatrice, idéaliste et engagée, « finance les services sociaux et les programmes jeunesse » grâce à sa fortune, tandis que Filippo, son mari, terrifiant autocrate et maladivement jaloux, « réprime les jeunes leaders de la génération montante ». Le pot aux roses : « Agnese remet à Filipo l’ordinateur de Beatrice, rempli de photos de Beatrice et d’Orombello qui peuvent être exploitées dans les médias et au tribunal pour étayer une accusation d’adultère ». Tandis que le peuple n’attend, pour se soulever, que le signal d’une Beatrice chastement éprise d’Orombello, Filippo a surpris leur conversation : « le couple coupable est immédiatement arrêté pour adultère ». Au deuxième acte, les bourreaux ont transformé Orombello en légume tuméfié, sanguinolant, flageolant sur une béquille et parcouru de tremblements avant de finir en fauteuil roulant : le supplicié a avoué sous la torture, mais « il se met soudain à crier à toute la Cour qu’elle [Beatrice] est innocente ». Beatrice, devenue aveugle à force d’être frappée, en tunique maculée de sang, menottée, pardonnera à Agnese de les avoir piégés. À la fin, solides pelles en main, « les gardes enterrent le cadavre d’Orombello ». Beatrice, ayant chanté « à un dieu de paix et de pardon », est passée par les armes.

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Signé George Tsypin, le décor transpose le château de Binasco en une sorte de cage en résille de métal vert vif figurant un jardin-labyrinthe à l’Italienne, où les sbires, à un moment, s’activeront au sécateur, et sur le mur latéral duquel le petit personnel passera consciencieusement la serpillère, tissus fichés sur de longues tiges… Visuellement, c’est plutôt très moche. Au deuxième acte (le vert s’est changé en rouge par le miracle de l’éclairagiste) un de ces bosquets taillés, au centre du plateau, sert de bureau au tribunal. Les sycophantes du tyran (lui en veston bleu roi) arborent des tenues en cuir noir anthracite, le service d’ordre en uniforme noir ne perd pas une occasion de pointer les menaçantes kalachnikovs sur « tout ce qui bouge » – façon de parler, car les chanteurs, d’un bout à l’autre de l’opéra, resteront désespérément statiques, comme incapables de se déplacer tant soit peu. Exit tout de même la vidéo, vieille signature de la star californienne, et tarte à la crème obligée de toute régie contemporaine… Sellars n’en cède pas moins à tous les poncifs de l’actualisation, dans un mauvais goût superlatif.

Bien, du moins… sur le plan musical

Si cette première production parisienne de Beatrice di Tenda est sauvée, c’est par ces arias, duos ou trios immortels, tous sublimement chantés. Les chœurs de l’Opéra de Paris ne sont pas en reste. Au prix de très légers décalages au début, ils sonnent magnifiquement. À la baguette, le chef britannique Mark Wigglesworth, sur un tempo semble-t-il assez lent, qui magnifie l’expressivité de l’orchestre. Dans le rôle-titre, la soprano américaine Tamara Wilson, que beaucoup ont déjà applaudie tout récemment ici même dans Turandot, se montre aussi à l’aise que dans Puccini, à la fois impériale dans les aigus les plus redoutables que délicate dans le phrasé legato et dans les roulades vertigineuses de la partition. Le baryton hawaïen Quinn Kelsey, qui a surtout beaucoup chanté Verdi, fait merveille dans le rôle du sinistre Filippo Visconti. Quant aux deux frères Pati, ténors natifs de Samoa, Pene en Orombello et Amitai dans le second rôle de l’ami Anichino, ils déploient leurs talents jumeaux sans faillir. Seule la mezzo Theresa Kronthaler, qu’on découvre à l’Opéra de Paris, manque sensiblement de puissance d’émission, dans les rares airs confiés au personnage d’Agnese de Maino.

On se demande bien pourquoi les pages extraordinaires de Beatrice di Tenda n’ont pas passé la rampe pendant si longtemps. Il nous est expliqué, dans le programme, que la version proposée ici rétablit l’opéra au plus proche de l’original, à partir de la partition autographe de Bellini, y incluant ses repentirs et recommandations d’exécution : justice est faite – au moins sur le plan musical.    


Beatrice di Tenda. Opéra seria en deux actes de Vincenzo Bellini (1833). Direction : Mark Wigglesworth. Mise en scène : Peter Sellars. Orchestre et chœurs de l’Opéra de Paris. Avec Quinn Kelsey, Tamara Wilson, Theresa Kronthaler, Pene Pati, Amital Pati, Taesung Lee.
Opéra-Bastille les 13, 15, 23, 28 février, 2 et 7 mars, 19h30. Le 18 février, 14h30. Durée: environ 3h20

Remis en liberté

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© AP Photo / Christophe Ena / Sipa

Ce n’est pas avec un « plan de lutte contre l’infertilité » que le chef de l’État pourra stopper la chute de la natalité française. Le choix d’Emmanuel Macron de résister au RN par une « lutte contre l’immigration clandestine » avalise l’immigration légale, avec le soutien du Conseil constitutionnel. Tout reste en place pour achever la dilution du pays…


L’effacement : à son tour, Emmanuel Macron a évoqué ce risque suicidaire lors de sa conférence de presse du 16 janvier. Mais il s’est arrêté en chemin, excluant la France d’une possible disparition. Le président ne craint que pour l’Europe, bousculée par le chamboulement planétaire qui déboulonne l’hégémonie occidentale et invite l’UE à en rabattre. Pourtant, c’est plus dramatiquement la nation épuisée qui se vide de son peuple, comme un corps perd son sang. La révolte paysanne est celle de ce monde qui ne veut pas mourir. Or l’hémorragie, causée par une baisse des naissances des autochtones qu’une démographie musulmane prolifique est appelée à compenser, satisfait les immigrationnistes au pouvoir, pour qui un homme en vaut un autre. En 2022, un tiers des bébés avait au moins un parent né hors de l’Union européenne. Entre 2000 et 2022, les naissances issues de deux parents nés à l’étranger ont augmenté de 72 %. Si la femme française ne fait plus que 1,68 enfant, l’immigrée algérienne, avec 3,69 enfants, est plus féconde que l’Algérienne (3 enfants), selon Nicolas Pouvreau-Monti, cofondateur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (Le Figaro, 15 janvier). À ce rythme, trois ou quatre générations devraient suffire pour qu’il ne reste plus que des traces éparses de la France française, réduite à être visitée par des Franciens venus d’ailleurs, dans ses « réserves » exotiques.

Le grand effacement fait partie des mots interdits que Macron s’exerce désormais à prononcer, comme il reprendrait un refrain paillard. La transgression est son frisson. Son Premier ministre, Gabriel Attal, promet pareillement de « garder notre identité française ». Mais tous deux évitent d’évoquerl a substitution, sous leurs yeux clos, d’un peuple par un autre, d’une civilisation par une autre. Or ce qui s’observe est non seulement une libanisation de la nation jadis homogène, mais un remplacement ethnique et culturel. Il n’est d’ailleurs permis que de s’en réjouir, au risque d’être accusé de racisme et de xénophobie. À la crise de la natalité (baisse de près de 7 % en 2023) s’ajoutent la pression migratoire (depuis 1999, augmentation de 153 % des titres de séjour et de 227 % des demandes d’asile, soit près de 500 000 arrivées par an), une émigration des plus jeunes(54 % des 18-25 ans seraient prêts à quitter la France), un exode de ceux qui fuient l’antisémitisme coranique et un islam laissé en paix dans ses colonisations qui s’étendent. Ce n’est pas en lançant un« plan de lutte contre l’infertilité » et un « congé de naissance » ouvert aux parents des deux sexes que le chef de l’État peut espérer faire obstacle à cette disparition de l’esprit français, chassé par la technique et ses robots. Le choix de Macron de résister au RN par une « lutte contre l’immigration clandestine » avalise l’immigration légale, avec le soutien du Conseil constitutionnel. Tout reste en place pour achever la dilution du pays.

L’urgence est de stopper la liquidation de la France, promue par l’idéologie mondialiste qui continue d’imprégner le sommet de l’État. Le temps presse. Mais il est encore possible, à condition d’un sursaut politique, d’endiguer la conquête démographique du pays et de résister à son asphyxie. Même si le Français, sous couvert « d’affrication linguistique » (Libération), a déjà pris l’accent arabe des cités auprès d’une jeunesse mimétique, je ne me résous pas àla prophétie de Chateaubriand (Mémoires d’outre-tombe) : « Des peuplades de l’Orénoque n’existent plus ; il n’est resté de leur dialecte qu’une douzaine de mots prononcés dans la cime des arbres par des perroquets redevenus libres, comme la grive d’Agrippine gazouillait des mots grecs sur les balustrades des palais romains. Tel sera tôt ou tard le sort de nos jargons modernes, débris du grec et du latin. Quelque corbeau, envolé de la cage du dernier curé franco-gaulois, dira, du haut d’un clocher en ruine, à des peuples étrangers nos successeurs : “Agréez les accents d’une voix qui vous fut connue ; vous mettrez fin à tous ces discours.” » Majoritaires restent encore les Français qui ne veulent pas connaître le sort du dernier des Mohicans. Doivent-ils au moins croire Macron quand il assure aussi, mimant Éric Ciotti et Éric Zemmour, vouloir se battre « pour que la France reste la France » ? Pas davantage. Son déni des faits reste plus fort que son engagement à « continuer à présider au réel ».

Pour le chef de l’État, « le réel est reporté à une date ultérieure » (copyright Philippe Muray). Récuser, comme l’a fait le président le 16 janvier, le lien entre l’immigration et les émeutes urbaines de juillet aura suffi en effet à disqualifier sa tentative d’approche réaliste et son apparent virage conservateur dans la composition de son gouvernement, rejoint par Rachida Dati (ex-LR). Les réseaux sociaux et l’oisiveté des jeunes, ces raisons par lui invoquées, ne peuvent occulter ce que fut l’insurrection d’une population issue du Maghreb et de l’Afrique noire, et ses cibles qui symbolisaient la France (écoles, bibliothèques, mairies, etc.). Dès lors, qualifier le RN de « parti du mensonge » relève chez Macron d’un procédé puéril et réversible. Ce procès signe son renoncement à affronter le terrain. « Une idéologie s’achève quand elle n’a plus de mots pour décrire le réel », a noté Michel Maffesoli. La macronie est dans cette faillite qu’elle partage avec tout un monde qui « marche sur la tête », pour reprendre le slogan de la colère agricole. La grande disparition leur est promise.

Le naufrage du camp du Bien, décrédibilisé par ses contre-vérités sur un irénique « vivre-ensemble », porte la promesse d’une libération des indignations. Les agriculteurs en colère ouvrent la voie. Observer ces « progressistes » qui fuient l’école publique au profit du privé dit leur tartufferie. Le wokisme est désormais contesté aux États-Unis, y compris dans le temple de l’université d’Harvard.L’Allemagne s’affole de constater que, sous la pression islamiste, « les juifs n’ont jamais été autant en danger depuis l’Holocauste » (Le Figaro, 23 décembre). La révolution du Réel est le meilleur allié de ceux qui, derrière les paysans, refusent la tyrannie des idéologues. Il leur reste à reprendre le pouvoir.

Béziers candidate à l’expérimentation de l’uniforme à l’école

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Les futurs uniformes à Béziers © Ville de Béziers

Après la trêve des confiseurs, l’Assemblée reprend ses travaux, sur fond de remaniement et de révolte agricole… Ambiance.


« Sauter au plafond »

Tout ça pour ça… Le Conseil constitutionnel vient de censurer plus d’un tiers des articles de la loi sur l’immigration votée par le Parlement avant Noël. Celle-là même que les Français avaient pourtant plébiscitée à 70 %… Cette décision me laisse un goût amer dans la bouche. Une véritable claque pour les représentants des Français au Parlement ! La prochaine fois, le chef de l’État devrait être encore plus direct. Plutôt que de demander au Conseil constitutionnel de censurer les mesures qui ne le font pas « sauter au plafond », il pourrait lui proposer de rédiger lui-même la loi. On gagnerait du temps.

Collabo !

On est toujours le collabo de quelqu’un… Fabien Roussel l’a appris à ses dépens, qui a dû être extrait d’une des manifs organisées contre la loi pour l’immigration à Paris le 21 janvier. Aux cris de « Roussel collabo ! », « Roussel n’est pas un bon camarade » ou encore « Roussel casse-toi ! », le député et secrétaire national du Parti communiste français s’est fait insulter, bousculer et finalement exfiltrer lors d’une manifestation… du syndicat CGT. Avant de trouver refuge à l’Assemblée nationale. Avec des amis comme ça…

Uniforme à l’école

Une des premières mesures annoncées par le ministre de l’Éducation nationale d’alors, Gabriel Attal, était l’expérimentation de l’uniforme à l’école. Le maire de Béziers a immédiatement candidaté, lui qui avait déjà tenté semblable mesure en 2014, juste après son élection. Et les premiers uniformes – et non pas « tenues uniques » comme les appelle Emmanuel Macron – sont arrivés pour essayage : exit le « jean/tee-shirt » préconisé par certains. Chez nous, à Béziers, les élèves et leurs parents ont choisi le pantalon pour les garçons, la jupe plissée pour les filles et, pour tous… le blazer très « british » avec blason aux couleurs de la ville et de l’école, s’il vous plaît ! L’effet magique d’Harry Potter.

A lire aussi : Uniforme à l’école: Nicole Belloubet annonce le port obligatoire de l’abaya à la rentrée prochaine

Sobriquet

Depuis son élection au perchoir, la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet a administré un nombre record de sanctions disciplinaires à des députés. Ce qui lui a immédiatement valu un petit surnom par le député écologiste Benjamin Lucas. Allez, un indice, il est vice-président du groupe d’amitié France-Corée du Nord (eh non, ce n’est pas une blague !). Vous avez deviné ? La « Kim Jong-un du perchoir ». Tout en nuances…

Double langage

C’est un sujet de discussion récurrent à l’Assemblée nationale. Pour qui faire une minute de silence ? On se souvient que le jeune Nahel – « ce petit ange parti trop tôt », dixit Kylian Mbappé– y avait eu droit immédiatement. Thomas, lui, a dû attendre plusieurs jours avant qu’elle ne lui soit « accordée ». En ce jour de manifestation agricole, le groupe communiste a réclamé une minute de silence au Palais-Bourbon – refusée « faute de consensus » – en hommage à Alexandra, cette jeune agricultrice morte sur un barrage routier dans l’Ariège… Il paraît que c’est le groupe Renaissance qui n’en a pas voulu. Insupportable de les entendre ensuite évoquer le « sentiment de relégation, de mépris et de déclassement » qui touche les agriculteurs…

IVG dans la Constitution

Huit heures de débats pour savoir s’il est opportun ou non d’inscrire « la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse » dans la Constitution. Des débats juridiques, souvent techniques. Et de temps en temps aussi, caricaturaux. Mathilde Panot propose de remplacer le mot « femme » par « toute personne en situation de grossesse ». Histoire de ne pas braquer les transsexuels… Évidemment, on n’échappe pas non plus à la séquence « Radio ma vie », avec les témoignages personnels comme « je pense à Élisabeth, ma tante » ou autres « j’ai avorté et je l’ai très bien vécu »… Le sommet est atteint hors de l’Hémicycle lorsque Sophie Marceau attaque Gérard Larcher – il a eu l’outrecuidance d’estimer que l’IVG n’était pas menacée en France : « Vous représentez le patriarcat dans toute sa splendeur : suffisant, rétrograde et hypocrite. Vous faites honte à notre société française. » À vous faire craindre le matriarcat.

Indécence

L’Assemblée l’a acté : elle augmente de 5,4 % les frais de mandat des élus de la chambre basse « pour faire face à l’inflation ». Votée par tous les groupes politiques, à l’exception des Insoumis et des socialistes qui se sont abstenus. La présidente de l’Assemblée a cru bon se défendre en rappelant que « les dépenses liées à l’AFM [allocation des frais de mandat] font l’objet d’un contrôle de la part du déontologue[…] et les montants nonutilisés sont reversés par les députés à l’Assemblée, à l’issue du mandat ». Au moment où les agriculteurs manifestent pour gagner leur vie décemment, ça manque un peu de… décence.

A lire aussi : Bayrou: le vertige du Rubicon

Case départ

Mais où est passée Élisabeth Borne ? Après deux semaines de vacances, la voilà de retour à l’Assemblée. Pas pour de grands échanges d’idées politiques, mais pour de vulgaires questions logistiques. L’ex-Première ministre devrait en effet se voir attribuer l’un des bureaux du Palais-Bourbon réservés aux « anciens ayant occupé des fonctions prestigieuses ». Se pose également la question – essentielle pour les Français – de sa place dans l’hémicycle. Et ce n’est pas terminé ! À l’heure où j’écris ces lignes, 18 membres de l’ancien gouvernement – Olivier Véran, Olivier Dussopt, Clément Beaune entre autres – sont encore dans l’expectative et pourraient devoir revenir au Palais-Bourbon lorsque le remaniement sera terminé. Mais où donc les loger ? Des querelles d’égos en perspective…

Viticulteurs

Six heures du matin. Au péage de Béziers Ouest. Ils sont là, avec leurs tracteurs. Parfois en famille. Nos vignerons n’en peuvent plus. Ils vivent mal. Les jeunes n’ont plus envie de reprendre les exploitations de leurs parents. Le vin s’accumule dans les chais. Ils sont en colère. Je suis là pour leur dire mon soutien mais aussi, surtout, mon amitié, mon affection. Nous nous voyons tout au long de l’année. Et pas que pour parler de vigne. Ils sont la chair de notre Sud, de ce qui est devenu mon Sud. Un député, ça sert aussi à ça. Être aux côtés de ses amis. Sans calcul. Juste là.

Guiomar, de Céline à Zidi

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Coup de projecteur sur ce styliste en pantoufles, aussi impérial dans le drame que dans le nanar


Nous ne sommes plus habitués à de tels profils. Le grand écart permanent. Gaudriole un jour, introspection le lendemain. La spécialisation a tué le cinéma français, chaque acteur endosse aujourd’hui un rôle défini, balisé et étiqueté, et ne s’avise pas de marcher hors des clous. Peur de la patrouille, de la comédie salissante, d’une critique sociétale pesante, d’une volte-face qui entacherait une image patiemment construite. Ce ne sont plus des acteurs mais des maçons. Alors, on cachetonne, on simulacre, on sonne creux et on finit par ennuyer les spectateurs.

Un acteur magistral

Tout ça manque cruellement d’audace, d’incarnation, de folie, de charisme, d’un humour brisé, d’une diction sacerdotale, d’une forme d’élévation qui nous envahit de tristesse et de bonheur, la frontière avec les grands interprètes est souvent floue. Marécageuse, même. Sommes-nous dans la farce ou la tragédie ? Avec Julien Guiomar (1928 -2010), il est difficile de se prononcer. Il a les attributs d’un comique éruptif, tout en componction et en dérision, et cependant, on regarde chacune de ses apparitions comme une partition autonome. Un numéro de soliste qui ne jure pas avec la mise en scène générale : ce professionnel se fond dans le décor. N’empêche qu’il utilise ses propres répliques pour en faire des morceaux de bravoure, dans l’excès ou l’apitoiement, dans la veulerie ou l’effacement ; il est magistral. On ne voit plus que lui, chez Costa-Gavras ou Zidi. Il éclipse ses partenaires, même lorsque ces derniers s’appellent Delon ou Belmondo. Il dérègle la mire. Le rire est bien là, ample et fantaisiste, toutefois le vacarme de l’homme misérable sourd dans chaque mot prononcé, sa parole contrairement à celle des hommes politiques est soutenue, musicale, imagée, pleine d’effroi et de promesses.

A lire aussi, du même auteur: Voyage de noces à la grecque

Avant de promener sa carcasse de dentiste de province, ses costumes à carreaux et cette voix d’outre-tombe dans les nanars des années 1970, il fit ses armes au TNP chez Vilar, le Sétois, dans l’exigence des mots et l’intimité des grands textes. Encore avant, il traînait « ses guêtres » dans le Saint-Germain-des-Prés originel au tout début des années 1950 avec son camarade Georges Wilson qui le raconte dans ses souvenirs (Le fil d’or) parus chez Fayard en 2007. Guiomar est partout crédible, en patron tyrannique, en cuistot désinvolte, en nobliau détestable, en flic dépassé ou en escroc chaplinesque. Ce magnifique ermite ne perd jamais sa dignité, ni son aplomb, qu’il fréquente Alice Sapritch, Aldo Maccione, Charles Gérard ou Jean Carmet ; il est souverain dans la curée et dans la risée. Quand il lit Céline, les fantômes du reclus de Meudon dansent devant nos yeux et quand il se chamaille avec Mireille Darc dans l’inénarrable « Les Ringards »[1], on jubile tellement c’est con. Dans la pitrerie la plus innommable, là où le scénario tangue et le public tourne de l’œil, il demeure impérial. D’une sincérité d’anachorète.

Inoubliable commissaire dans « Les Ripoux »

Toute sa vie, il aura alterné les genres, des planches aux plateaux, avec quelques incursions à la télévision, notamment dans un « Bouvard et Pécuchet » en compagnie de Paul Crauchet. Il doit surtout sa popularité immense à son personnage de Tricatel, l’homme qui sert de l’essence en guide d’apéritif et dore ses poulets industriels en cabine de peinture dans « L’aile ou la cuisse ». Duchemin (Louis de Funès) dans un numéro de dégustation œnologique d’anthologie n’arrive pas vraiment à lui voler la vedette. Ces deux-là s’harmonisent à merveille. Moins de dix ans plus tard, en 1984, dans « Les Ripoux », son rôle de commissaire de police sniffeur et enrhumé, lui attire la sympathie d’une nouvelle génération. Philippe Noiret lui concoctant dans son dos un spray nasal très spécial fut l’un des gags les plus appréciés de la décennie dans les cours de récréation. Mais là où le Morlaisien de naissance disparu en Dordogne exerce son talent avec le plus de brio et de féérie, c’est chez Philippe de Broca dans « Le Roi de cœur » et encore plus dans « L’Incorrigible ». Il touche au génie neurasthénique (Camille) dans sa robe de chambre, abandonné dans une roulotte attendant la marée, face à un Jean-Paul (Victor), pétulant et inconséquent. « J’absoudrai un étranger de me sortir un tel sophisme, mais toi, toi le compagnon de l’ermite, le témoin du sage, toi qui aurais pu être mon disciple si tu n’étais pas fantasme et courant d’air […] Freddy, Mauricette, Totor, Juju, tes relations sont à ton image de ta vie, navrante et vaine » lui dit-il. Le Français peut se rhabiller. On a coutume d’affirmer que Bernard Blier était le plus à même de débiter les dialogues d’Audiard, je crois sincèrement que Guiomar le surpasse. « Faut s’emmerder Victor si on veut faire durer le temps ! ».

Le fil d'or

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Monsieur Nostalgie

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[1] Relire https://www.causeur.fr/les-marottes-de-monsieur-nostalgie-272647

L’enfant noir de Saint-Domingue

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Le Passeur éditeur

Loïc Le Gloahec. DR.

Loïc Le Gloahec est un habitant du pays de Vannes. Son éditeur indique qu’il a longtemps erré dans les collèges, ce qui est salutaire pour devenir écrivain. Il signe son premier livre, un roman historique sur la vie d’Antoine, jeune homme élevé dans une plantation de Saint-Domingue, à la fin du XVIIIe siècle. Son destin est à la fois tragique et édifiant. Il est exploité dans une plantation de canne à sucre. On pense, ici, à la phrase de l’esclave noir rencontré par Candide, au sortir de l’Eldorado, dans le conte philosophique éponyme de Voltaire : « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. » Les descriptions de Voltaire, même si elles sont hyperboliques et teintées d’ironie, font mouche. Le pauvre homme est amputé d’une jambe et d’une main. On apprend également qu’il a été vendu dix écus patagons sur la côte de Guinée par sa propre mère. Le récit fictif, minutieusement documenté, écrit par Le Gloahec, qui n’est pas historien de formation, souligne les souffrances des Noirs d’une manière plus romanesque que Voltaire, en insistant sur l’humanisme du jeune Antoine, victime de ses origines et de la cupidité des puissants. Au soir de sa vie, il entreprend de raconter son histoire. Il le fait dans une langue soutenue qui étonne. Mais le jeune homme a eu la chance d’être protégé par le propriétaire de la plantation, Charles de Varenne, vicomte et puissant noble du pays de Blois. Ce dernier lui a permis de traverser les mers, de vivre en France et de recevoir une éducation réservée à l’élite. Antoine veut témoigner des crimes et des tortures dont il a été le témoin. Le devoir de mémoire l’exige. Il écrit aussi pour l’amour de la langue française, ses subtilités, ses accords compliqués mais essentiels, ses figures de style, sans oublier la noblesse de l’imparfait du subjonctif. On croirait lire un récit contemporain de Bernadin de Saint-Pierre. C’est bluffant. On y retrouve les premiers élans romantiques de l’auteur de Paul et Virginie. Car l’amour n’est pas absent du roman. Antoine va tomber amoureux de la fille du Vicomte, la diaphane Héloïse. Le prénom n’est pas choisi par hasard : Le Gloahec est un admirateur de Rousseau.

Mais les deux jeunes gens vont voir disparaître le monde qui les a vus naître. Antoine n’a pas de quoi le regretter, à la différence d’Héloïse. On pense à la phrase crépusculaire de Chateaubriand, à la fin des Mémoires d’outre-tombe : « Je me suis rencontré entre deux siècles, comme au confluent de deux fleuves ; j’ai plongé dans leurs eaux troublées, m’éloignant à regret du vieux rivage où je suis né, nageant avec espérance vers une rive inconnue. » Un fleuve de sang va emporter la monarchie ; Charles de Varenne, noble humaniste, à l’esprit éclairé, ne pourra y échapper.

Un grand roman épique.

Loïc Le Gloahec, Le Roi des Blancs, Le Passeur Éditeur.

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Loi immigration : désaveu d’échec

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Manifestation contre la "loi immigration", Paris, 14 janvier 2024. © Philemon Henry/SIPA

Le Conseil constitutionnel a censuré près de la moitié de la loi « immigration » votée par les députés. Selon l’ancien secrétaire général de la haute juridiction, les arguments formels, voire formalistes, avancés par les Sages pour annihiler le volet le plus ferme du texte, cachent mal un parti pris politique.


Jusqu’à la décision du 25 janvier du Conseil constitutionnel, trois points d’interrogation pesaient sur la loi « pour contrôler l’immigration et améliorer l’intégration » définitivement adoptée par le Parlement le 19 décembre 2023.

Le premier était politique. Du point de vue de l’exécutif, la décision lève l’hypothèque politique qui grevait un texte accouché dans la douleur.

Les dispositions issues d’amendements sénatoriaux (essentiellement en cause) scellaient un accord qui avait sauvé la loi du naufrage, malgré le vote, au Palais-Bourbon, d’une motion de rejet préalable. Mais l’hémisphère gauche du camp présidentiel et le chef de l’État lui-même comptaient sur le Conseil constitutionnel pour se libérer de cet engagement et calmer leurs états d’âme. Avec 35 articles annulés (presque tous provenant du Sénat) sur un total de 86, leur pari est gagné.

C’est votre dernier mot ?

La décision du Conseil constitutionnel est-elle la preuve que, comme le déclarait Laurent Fabius le 8 janvier dans son discours de vœux au président de la République, le Conseil constitutionnel « n’est ni une chambre d’écho des tendances de l’opinion, ni une chambre d’appel des choix du Parlement » ? Chacun en jugera. Mais comment ne pas constater qu’un juge qui se prononce « au nom du peuple français » n’a guère ménagé une loi correspondant aux sentiments des trois quarts de nos compatriotes et votée par une confortable majorité des élus de la nation(y compris une nette majorité de députés de la majorité présidentielle) ? Et comment ne pas voir que la copie du législateur, telle que l’a corrigée ici le Conseil, exauce les souhaits – et valide les calculs– de l’exécutif ?

Le texte résultant de la censure apparaît en effet comme celui du gouvernement, épuré des amendements de la droite. Le ministre de l’intérieur en prend acte avec une satisfaction à peine dissimulée (« Le Conseil a validé le texte du gouvernement »). Satisfaction bien immédiate, car le dossier, loin d’être refermé par le Conseil constitutionnel (comme pour la loi sur les retraites), est rouvert par lui de façon fracassante.

La décision met également fin, au moins en partie, à un suspense juridique.

Lors de ses vœux du 8 janvier, Laurent Fabius avait déclaré qu’« on peut toujours modifier l’état du droit mais, pour ce faire, il faut toujours veiller à respecter l’État de droit ». Cependant, la notion d’« État de droit » présente une certaine plasticité. Dans l’interprétation de la Constitution, dans l’application des principes constitutionnels, dans la mise en œuvre du contrôle de constitutionnalité (proportionnalité, plein exercice par le législateur de sa compétence, réserves d’interprétation…) résident des zones inexplorées, du flou, des angles morts : autant de « marges de manœuvre » par lesquelles il est loisible au juge de faire prévaloir ses propres choix d’opportunité. Comment le Conseil a-t-il utilisé ici cette marge de manœuvre?

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Le sort des articles d’origine sénatoriale était essentiellement lié à une question de forme : les « cavaliers législatifs », autrement dit les dispositions introduites par amendement, mais dépourvues de lien, même indirect, avec le texte en discussion. Cet obstacle une fois franchi, se serait posée une question de fond : celle de l’encadrement de ces dispositions au regard du principe d’égalité et des droits fondamentaux des étrangers. Mais la solution retenue par le Conseil – une large censure pour des motifs procéduraux – lui a évité de se prononcer sur le fond.

Les dispositions issues d’amendements du Sénat pouvaient être censurées dans une vision draconienne de ce qu’est un « cavalier législatif ». Toutes échappaient en revanche à la qualification de « cavalier » en adoptant une vision plus réaliste, moins vétilleuse – et surtout plus respectueuse de l’initiative parlementaire– du lien d’un amendement avec le périmètre du texte en discussion. Des sujets comme le regroupement familial, la condition de durée de séjour régulier pour obtenir une prestation sociale ou comme les règles d’acquisition ou de déchéance de la nationalité ne sont quand même pas « dépourvus de tout lien » avec la thématique de l’immigration !

Une censure présentée comme technique, perçue comme partisane

Le Conseil a opté pour une absolue rigueur en censurant une trentaine de cavaliers. Cette censure est technique, mais elle est inévitablement perçue comme partisane. Les motifs de la décision ont beau être de forme, ses effets sont très politiques, ne serait-ce que par l’étendue quantitative des dégâts (40 % du texte censuré) et par la nature des dispositions passant à la trappe (les apports de la droite). La décision du 25 janvier fait naître des malentendus – et nourrit des soupçons de collusion – que, pour la plupart, les membres du Conseil n’ont probablement pas anticipés. Bel exemple de la façon dont se creuse le fossé entre élites et gens ordinaires. Et dont une institution que l’on voudrait pacificatrice de nos controverses nationales peut au contraire les exacerber en restant captive de raisonnements abstraits et prisonnière de sa tour de verre.

Vu de l’extérieur, le Conseil a pratiqué un massacre à la tronçonneuse. Nos compatriotes auront du mal à trouver ce massacre véniel parce qu’exécuté pour un motif de procédure. De telles subtilités sont inaudibles aux profanes. Quant à leur expliquer qu’une « jurisprudence constante » guidait la main de l’exécuteur, ils pourraient répliquer que, si sa jurisprudence le conduit à de tels excès, le juge doit changer de jurisprudence…

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Au demeurant, la jurisprudence sur les cavaliers est si peu constante que deux articles (16 et 17) de la loi du 10 septembre 2018 (« loi pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie »), issus d’amendements parlementaires, n’ont pas été censurés par le Conseil lorsqu’il a examiné ce texte, alors qu’ils portaient sur l’adaptation du droit du sol à Mayotte et que le projet de loi initial ne contenait pas de disposition relative à l’acquisition de la nationalité.

La position ici arrêtée par le Conseil en matière de cavaliers législatifs est bien peu propice au pouvoir d’initiative parlementaire. Il est vrai que désarçonner un cavalier est plus commode– et moins compromettant – que se prononcer sur le fond.

Sur le fond, justement, le Conseil a peu censuré. Mais l’une de ces censures, incroyablement sévère pour le législateur, parce qu’incroyablement protectrice pour les étrangers en situation irrégulière, compromet le contrôle de la régularité de l’entrée et du séjour. Elle frappe l’article 38, d’origine gouvernementale, auquel tenait le ministre de l’Intérieur. Cet article permettait à un officier de police judiciaire de procéder de force à la prise d’empreintes d’un étranger majeur, en cas de refus caractérisé de ce dernier de se soumettre à cette opération lors d’un contrôle aux frontières extérieures ou d’un placement en rétention. Le recours à la contrainte n’est pas condamné dans son principe mais, comme souvent en matière régalienne, en raison d’un encadrement insuffisant. L’article prévoyait l’information préalable du procureur de la République. Le Conseil le trouve pourtant lacunaire, car n’ayant subordonné le relevé forcé d’empreintes ni à l’autorisation d’un magistrat, ni à la démonstration que l’opération est l’unique moyen d’identifier la personne récalcitrante, ni à la présence d’un avocat. À croire que le relevé forcé d’empreintes digitales est un traitement inhumain et dégradant…

Et n’oublions pas l’Europe !

Le troisième point d’interrogation touchait à l’impact de la loi sur la maîtrise des réalités migratoires.

Cet impact sera faible et l’aurait été même si les amendements sénatoriaux avaient passé le cap du contrôle de constitutionnalité. La loi ne comportait en effet aucune mesure permettant la réduction significative des flux d’entrée. Il faudrait pour cela une révision constitutionnelle écartant toute une série d’obstacles de droit constitutionnel et de droit européen.

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Cependant, à l’intérieur de l’espace des mesures semblant « constitutionnellement et conventionnellement possibles », la loi, telle qu’elle se présentait au Conseil, déplaçait plusieurs curseurs dans le sens de la fermeté.

De fait, le texte initial du gouvernement a été sensiblement « durci » par le Sénat dont les nombreux apports ont été conservés par la commission mixte paritaire, puis adoptés par les assemblées en dernière lecture. Le mot « durci » appelle toutefois un sérieux bémol : même si le Conseil constitutionnel n’avait censuré aucun des articles contestés, la France serait restée l’un des pays européens les plus ouverts à l’asile, au regroupement familial, à l’accueil des mineurs isolés, au séjour d’étudiants extra-européens, à l’hébergement des « sans-papiers » et à la naturalisation. Il serait resté le pays européen le plus avantageux aux étrangers du point de vue de la protection sociale et médicale. De plus, du fait de l’accord franco-algérien de 1968, cette trentième loi sur l’immigration n’affectait pas la liberté de circulation des ressortissants du pays d’origine le plus fréquent des immigrés.

L’opinion bien-pensante n’en a pas moins été prise de haut-le-cœur. Les débats français autour de la question de l’immigration sont en effet piégés. L’impératif compassionnel inhibe le souci du long terme et des équilibres civilisationnels. L’immigration est, par excellence, un domaine où l’éthique de la conviction écrase l’éthique de la responsabilité. Peut-on encore légiférer en matière d’immigration ? En relançant cette interrogation, avec ses implications constitutionnelles, la sévérité de la décision du Conseil constitutionnel du 25 janvier ne contribuera pas à apaiser les passions.

Tibo InShape vs Usul

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Dans une vidéo du site d'extrême gauche Blast, les vidéastes Lumi et Usul analysent le phénomène Tibo InShape. Capture YouTube.

L’extrême gauche voit des « fachos » partout, comme chacun sait. Ces derniers temps, elle soupçonne le youtubeur Tibo InShape, et affirme qu’il est dix fois plus inquiétant que la chaîne CNews. Qui est-il ?


Un influenceur d’une gauche que l’on qualifiera pudiquement d’extrême vient de prendre pour cible Tibo InShape, également influenceur à propos duquel on écrira, avec pour le coup moins d’impudeur, qu’il est « solidement bâti ». Comprenez : Thibaud Delapart, de son vrai patronyme, se met en scène, lui et sa silhouette impeccablement sculptée, dans des vidéos durant lesquelles il fait la promotion de l’exercice physique, de l’effort et des sacrifices. Une attitude saine, en somme, que la gauche de la déconstruction, forcément, honnit.

Thibaud Delapart, dit Tibo InShape.

Mens Sana in Corpore Sano

Le « corps musclé et sec » du deuxième Youtubeur français (derrière Squeezie) a donc été raillé par un certain Usul, accompagné dans sa vidéo d’une acolyte1. Nous pensions naïvement que s’attaquer au physique d’autrui était prohibé dans le monde civilisé. Il n’en est rien : si l’époque interdit d’être « grossophobe », elle permet en revanche – pardonnez-moi d’entrer à mon tour dans la « cage aux phobes » pour y façonner un néologisme – d’être ouvertement « musclophobe ». Nous croyions également que nos corps nous appartenaient : la sentence ne vaut apparemment guère pour ceux qui en prennent soin.  Pour ses contempteurs du jour, Tibo InShape serait ainsi le parangon « des années Thatcher et Reagan » – notons qu’il n’était pas encore de ce monde lorsque les deux dirigeants étaient au pouvoir -, de la compétition, du « rêve américain »… 

A relire, Eddy Royer: Quand Mouloud Achour tente de coincer le youtubeur Tibo InShape

Il existe des corps gras et d’autres musclés, des silhouettes filiformes et des profils trapus, des poussahs et des escogriffes, des personnes qui vouent un culte à leur galbe et d’autres qui s’en contrefichent. L’idée n’est pas de classifier, de hiérarchiser, de stigmatiser, alors que nous souffrons déjà tant de tout catégoriser et idéologiser. Le but est encore moins de susciter une énième polémique, mais il n’empêchera personne de penser qu’un corps travaillé par l’effort, l’exercice, la répétition est plus esthétique, plus sain et plus viable à long terme qu’une enveloppe corporelle rendue étique par une consommation excessive de graines de chia ou qu’une carcasse engraissée par la malbouffe livrée par sa procession de coursiers.

Nous ne devrions jamais négliger nos corps, car c’est le plus grand des respects que nous témoignons envers nous-mêmes. Nous rajouterons que nous ne devrions jamais non plus dédaigner nos âmes. C’est le sens de la formule latine tirée des Satires de Juvénal : Mens Sana in Corpore Sano. Un esprit sain dans un corps sain. Le premier se travaille (entre autres) par l’acquisition d’une culture générale, la spiritualité, la lecture, le développement de vertus supérieures ; le second par le sport, l’alimentation et la récupération. Ce sont là quelques-uns des ingrédients nous permettant d’atteindre l’ataraxie, la robustesse et le bien-être dans une société qui voit la consommation d’anti-dépresseurs exploser.

Tibo InShape fustigé par les bien-pensants pour avoir mis un drapeau tricolore dans sa salle de sport

Plutôt que d’être dévalorisé, moqué ou jalousé, Tibo InShape devrait donc servir de modèle. L’influenceur aux quinze millions d’abonnés n’est pas qu’une machine à soulever de la fonte, à enchaîner les pompes et à jongler avec des haltères.

Il prend le plus grand soin à prôner une alimentation saine – trop saine sans doute pour les sybarites et amateurs de bonne chère que nous sommes pour la plupart.

Avec sa compagne, également influenceuse, il semble mener une vie de couple plutôt épanouie. Autre crime de lèse-majesté pour la gauche intolérante, il fait la promotion de la police, de l’armée ou des gardiens de prison ; et il affiche sans fard l’étendard tricolore. On pourrait presque penser que le fascisme corporel est à nos portes, alors que Tibo InShape n’a sans doute d’autre ambition que celle d’être un gars sympa qui nous invite à prendre soin de nous.


  1. https://www.youtube.com/watch?v=Fp1gFaFFE_E ↩︎

Les baguettes magiques d’un conteur enchanteur

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Alain Gerber pose pour une émission de France 2, en 2005 © BALTEL/SIPA

Fin connaisseur de jazz, Alain Gerber nous fait comprendre dans son dernier livre avec pertinence toutes les subtilités de cet art.


Deux petits bouts de bois. Du bois dont on fait les flûtes ? Pas vraiment. Plutôt les baguettes de tambour. Et, plus précisément, de batterie de jazz, cet instrument complexe qui regroupe grosse caisse, caisses claires, cymbales, pédale, baguettes, balais et autres accessoires. L’auteur est un expert en la matière. Non seulement il pratique la batterie depuis des années, en disciple appliqué des plus grands drummers, mais le jazz est le domaine dans lequel il se meut avec une aisance peu commune. Il lui a consacré de nombreux livres et moult émissions de radio.

Un talent multiforme

Tel est Alain Gerber. Une référence indiscutable dans l’univers du jazz. Avec cela, romancier, nouvelliste, essayiste, poète aussi original que captivant. Voilà pourquoi son texte ne laisse pas de bois. Il offre plusieurs facettes d’un auteur aux dons multiples. Capable d’unir simultanément l’historien et le technicien érudit, le mémorialiste, le psychologue et l’autobiographe plein de pudeur, le philosophe et le littérateur à la culture impressionnante. Le tout dans ce style fleuri, émaillé d’humour, dépourvu de la moindre pédanterie.

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Un Juste équilibre

On l’aura compris : point n’est besoin d’être un aficionado de Baby Dodds, Gene Krupa ou Philly Joe Jones pour goûter pleinement cet ouvrage. S’il fallait le définir, on pourrait affirmer qu’il représente une manière de condensé, ou de quintessence, de l’art et de la manière de son auteur. Celui-ci sait trouver le ton juste. Il se place toujours à la bonne distance entre l’objectivité et l’expression d’une sensibilité qui lui est propre. En creux, se dessine un autoportrait émouvant. Celui d’un homme assoiffé de culture dès son enfance, dévorant les œuvres de ceux qui deviendront ses maîtres intellectuels sinon spirituels. Ils lui serviront de modèles lorsque lui-même s’aventurera sur les terres escarpées du roman : Hemingway, d’abord, mais aussi, pour s’en tenir aux seuls écrivains français, Michel Butor ou Georges Perec, sous l’égide duquel il a placé ses Bouts de bois. La liste des auteurs cités a de quoi donner le tournis : ils pratiquent plusieurs langues, appartiennent à plusieurs cultures, plusieurs civilisations. Une richesse impensable à notre époque de nivellement – lequel, comme on le sait, ne saurait se faire que par le bas.

Nanti d’un bagage culturel aussi impressionnant (encore faudrait-il y joindre l’apport des philosophes, de l’Antiquité à nos jours), l’auteur n’en demeure pas moins d’une modestie désarmante, comme en atteste cette incidente : « J’en profite pour glisser que je n’ai jamais été, et ne suis toujours pas, capable de me concentrer en même temps sur la pratique de la plume et sur celle des baguettes ».

De la musique avant toute chose

A en croire Alain Gerber, dans son chapitre « Etat des lieux », « la musique ne m’aura pas accordé les mêmes privilèges que la littérature ». Le tournant se situe, selon lui, en mars 2010, lorsque « l’usager de la batterie », formé, à ses débuts, par Daniel Humair puis par Georges Paczynski, devient autodidacte et « va loger (ses) névroses au fond d’un cabanon ». C’est là, grâce à une pratique quotidienne, qu’il va progresser, non seulement sur le plan technique, mais sur celui d’une quête qui pourrait s’apparenter à celle du Graal : la recherche de la sérénité et de la confiance en soi.

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La pratique quotidienne de l’instrument jointe à une connaissance impressionnante du jazz dans tous ses états va, en quelque sorte, parachever ce que l’écriture avait entrepris : l’épanouissement d’une riche personnalité.

Sans entrer dans les méandres et les détours de ce que l’on pourrait nommer une intrigue, tant l’intérêt y est soutenu de bout en bout, on peut inférer qu’à l’instar de Rousseau dans ses Confessions, Gerber a formé « une entreprise qui n’eut jamais d’exemple » : celle de dérouler, avec sincérité sa propre existence, si étroitement mêlée à l’histoire du jazz qu’elle lui devient consubstantielle. Un tel projet, mené à son terme avec brio, mérite une standing ovation !

Deux petits bouts de bois, d’Alain Gerber. Frémeaux & Associés, 240 p. 

Incandescente intelligence

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L'écrivain Nathalie Azoulai, sur France 5, 2024. DR.

Nous défions quiconque lit la page 1 de La Fille parfaite, de Nathalie Azoulai, de n’en pas lire la page 2. Et ainsi de suite jusqu’à la page 316 ! Un livre impressionnant qui intègre la bibliothèque en majesté.


Après Titus n’aimait pas Bérénice, déjà un grand livre (et prix Médicis 2015) où elle trouvait une voie unique pour dire une rupture amoureuse – détour : Racine, Versailles, Port-Royal (le jansénisme) -, Nathalie Azoulai signe peut-être son plus grand livre, La Fille parfaite – et impose le silence et la solitude autour d’elle. Existentiellement, pas évident. Littérairement, évident. Cela s’appelle un « effet de blast » : on lit un livre, et tous les autres, soudain, alentour, disparaissent. Différence de nature : autre chose, incommensurable. Voilà : effet de blast. Il suffit d’ouvrir ce livre pour… le lire : non qu’il soit bref – mais impossible à refermer.

Agréable autant qu’étrange

Et comme il ne ressemble à rien de ce que l’on a lu depuis longtemps, cet article ne ressemblera à rien de ce qui pourrait s’apparenter à une critique : ce sera donc un « truc ». Livre trop foisonnant, trop riche, trop de thèmes abordés. Donc ? Plutôt des impressions, des pistes, quelques saillies qui en restituent la prodigalité. Voilà ce que l’on tente. Pour tendre la main au lecteur de bonne volonté – qui découvrira, aussi, combien, parfois, l’intelligence est physique, tangible : il suffit de lire Azoulai pour l’éprouver, la reconnaître, dure comme un roc, minérale, laser. Très étrange. Très agréable, aussi (et drôle, souvent). Expérience de lecture. Seul problème : avoir lu en janvier l’un des deux ou trois meilleurs livres de l’année (en littérature française) suppose un peu que le reste de l’année sera long – mais il y aura des pépites, n’en doutons pas. De cette eau ? Deux ou trois. Tant pis : nous relirons Azoulai. Tant mieux. Le livre ? La compétition, la rivalité qui exalte, exhausse, voire exauce ; l’admiration (vertu insigne qui dépeuple le monde) et, surtout, l’intelligence (cette fois comme sujet) – si rarement abordée avec une telle évidence, pureté frontale, audace, voire crânerie. D’ailleurs, l’autre titre de La Fille parfaite eût pu être : Ce que l’intelligence fait à la vie – un peu austère.

Le pacte d’Adèle et Rachel

L’ambiance ? A la croisée du roman « psychologique » français (la ligne Constant-Proust, pour aller vite) et de la grande tradition analytique, disons Valéry, avec le mantra de Monsieur Teste (« La bêtise n’est pas mon fort »), les quelques milliers de pages de ses Cahiers, deux ou trois heures quotidiennes de « culture psychique » (sic), d’« auto-discussion infinie » (sic), qui lui gagnaient le droit d’ « être bête jusqu’au soir » (sic). On ne connaît pas le déroulement des journées de N. Azoulai – mais on serait curieux de savoir à quel moment elle s’autorise à « être bête ». Elle cache son jeu.

Le « sujet » ? La Fille parfaite est l’histoire de deux amies d’enfance qui tôt se sont reconnues (le même métal, presque – la nuance est importante) et défiées en silence. Le pari : l’excellence. Mais surtout : l’intelligence, donc, comme trésor absolu – LE muscle. Chez ces deux amies, on ne se demande pas si telle activité (ou relation, aliment, ami(e), lecture) est ou non « bon pour la santé ». On se demande uniquement si c’est bon pour the brain. Le cerveau.

Adèle et Rachel, à 14 ans, ont scellé un pacte : elles vont se partager le monde. À Adèle, la science, à Rachel, la littérature. À elles deux, tout le savoir, tout le « spectre ». On va les suivre, de flash-back en flash-back, depuis leurs débuts, leurs familles (milieux différents), leurs études, leur amitié, leur « coefficient d’existence », leur « câblage neuronal », Darwin, le féminisme, la vis a tergo du doute (corollaire du goût de l’absolu – voir Aurélien d’Aragon), etc. Il faut juste préciser une chose – on ne déflore rien, on l’apprend dès la première page : Adèle, devenue mathématicienne niveau médaille Fields, s’est pendue chez elle à 46 ans. Rachel, la narratrice, elle aussi sans doute universitaire et écrivain (comme Azoulai), va tenter de comprendre. Et pour ce faire, brosser le « portrait » de ces deux athlètes de l’esprit, deux amies presque comme les autres – au génie près : la mathématicienne, la narratrice l’expose ; la littéraire, la narratrice le démontre et l’illustre.

La Fille parfaite, de Nathalie Azoulai, Folio Gallimard (2024).

La fille parfaite

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NB Nathalie Azoulai vient de publier « Python », chez POL.

Python

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