Accueil Site Page 502

Par ici la sortie… de l’Histoire

Les Européistes et eurocrates font tout – et n’importe quoi – pour déconstruire les nations du Vieux Continent. L’éditorial du mois de février d’Élisabeth Lévy.


On dirait des villageois qui dansent en rond pour faire venir la pluie (ce qui soit dit en passant s’est réellement produit dans un village français il y a quelques mois). Depuis plusieurs décennies, les adorateurs de la « construction européenne » implorent les dieux de faire advenir ce fantasmatique peuple européen qui nous délivrera enfin de nos coupables lubies – également appelées égoïsmes nationaux. Ils devraient en causer à la Chine et à l’Amérique, de l’égoïsme national. On voit mal comment une nation existerait sans une population convaincue qu’il faut la préférer et la défendre. L’Europe, justement, se fait une fierté de ne pas être égoïste et d’affronter le reste du monde à coups de valeurs. Le résultat, c’est que son influence n’est pas indexée sur ces évanescentes valeurs, mais sur sa capacité de consommation. Quand d’autres aspirent à être le laboratoire ou l’atelier du monde, l’Europe est un « grand marché ». Ou, comme l’observait un brin désabusé le philosophe Peter Sloterdijk, une vaste salle de gym, dont les charmes, espère-t-on à Bruxelles, finiront par avoir raison des rouspétances des Hongrois, Polonais et autres Tchèques.

Qu’on me pardonne cette allusion personnelle, il se trouve que j’écris ce texte dans l’avion qui me ramène de Tel-Aviv[1]. Entre la fatigue européenne d’être soi et la volonté israélienne de persister dans son être, le contraste est cruel. Quand chaque mère, en Israël, accepte le déchirement de sacrifier ses enfants à l’avenir du pays, les Européens, transformés en individus-rois, n’ont de cesse de demander ce que leur pays peut faire pour eux et de brailler parce que ce n’est jamais assez. Autrement dit, le grand rêve européen n’est pas de se réconcilier avec son passé, mais d’en finir avec lui. Sortons enfin de l’Histoire et de ses tourments.

A lire aussi : Le grand effacement, ou comment la France peut disparaître

Pour construire l’Europe, il est donc urgent de déconstruire les nations qui la composent. Européistes et eurocrates n’ont pas ménagé leurs efforts pour ouvrir nos âmes endurcies, alternant chantage moral – l’Europe ou le fascisme – et promesse – d’un avenir radieux.

La résolution visant à promouvoir une « conscience historique européenne » votée le 17 janvier par le Parlement de Strasbourg entend soumettre l’étude du passé du Vieux Continent à l’intérêt supérieur de l’Union, en favorisant un enseignement rompant avec « les stéréotypes et les vaches sacrées des histoires nationales ». Remarquez, Niyazi Kizilyürek, le député chypriote d’extrême gauche qui a pondu ce texte est un sacré farceur. Tout en affirmant « l’histoire ne doit jamais être relativisée, déformée ou falsifiée à des fins politiques », sa résolution affirme que « le chauvinisme, les stéréotypes sexistes, les asymétries de pouvoir et les inégalités structurelles sont profondément ancrés dans l’histoire européenne ». Face à ce passé de crime et d’obscurité, l’enseignement doit rendre justice aux « invisibilisés » et en finir avec « la marginalisation des femmes et autres groupes sous-représentés ». Ce salmigondis woke se conjugue, sans surprise, à l’inévitable jargon pédagogiste précisant que l’enseignement doit être « interdisciplinaire et intersectionnel » (faudra m’expliquer), appliquer « une pédagogie innovante et centrée sur l’apprenant », et utiliser toutes sortes de sources, y compris les récits oraux– espérons que des conteurs africains viendront prêter main-forte à nos professeurs. En attendant, les gouvernements devraient plutôt se soucier de l’abyssale ignorance des élèves. Quand 46 % des jeunes Français sont incapables de situer dans le temps le début de la Révolution[2], leur demander de connaître Olympe de Gouges est un brin présomptueux.

A lire aussi, François-Xavier Bellamy: La crise rurale est liée à une idéologie de la décroissance

Le plus rigolo c’est que cette brillante initiative a abouti à la déconfiture de son auteur. Dans sa version initiale, la résolution mentionnait « les crimes commis par les régimes totalitaires nazis, fascistes et à l’époque du colonialisme » – on notera la subtile assimilation a posteriori du colonialisme à l’hitlérisme. Or, suite à diverses manœuvres excellemment relatées par Charlotte d’Ornellas[3], un amendement proposé par François-Xavier Bellamy et voté par les élus de l’ancien bloc soviétique a ajouté à la liste « les crimes du communisme ». À gauche, on ne voit pas de quoi il est question, sans doute une invention des forces réactionnaires. Résultat, Niyazi Kizilyürek et avec lui toute la gauche europarlementaire renient leur enfant au mépris de tous les usages, ce qui contraint (pour des raisons procédurales) une élue de la droite européenne à le reprendre sous son aile. Le texte est adopté contre ses initiateurs[4]. Et toc !

Reste qu’heureusement, ce texte n’aura pas la moindre conséquence concrète. L’épisode est néanmoins révélateur, non seulement du wokisme furibond qui gangrène les gauches européennes, mais aussi de l’hémiplégie persistante de leur mémoire. L’Europe doit regarder son passé en face, mais à condition de n’ouvrir qu’un œil.


[1] Je participais à un voyage de solidarité organisé par le KKL.

[2] Étude OpinionWay pour La Tribune, 7 janvier 2024.

[3] Charlotte d’Ornellas, « Derrière la culpabilisation de l’histoire européenne », le débat sur le communisme, Le Journal du dimanche, 26 janv. 2024.

[4] François-Xavier Bellamy explique au JDD que, s’il ne pouvait pas voter un tel texte, il ne voulait pas non plus joindre sa voix à celles d’une gauche qui refuse d’inscrire le communisme parmi les fléaux du siècle dernier. Il s’est donc abstenu.

Gestion forestiere «à la française»: une excellence à défendre

0

Les forêts couvrent 31% du territoire métropolitain. Une grande richesse. Le défi du siècle: renforcer la résistance de nos forêts, qui seront fortement affectées par le réchauffement climatique.


Dans l’actualité, « forêt » renvoie souvent à des images funestes – feux ravageurs et déforestation galopante. Si les incendies de grande ampleur touchent en effet l’ensemble des pays, les pratiques françaises en matière de sauvegarde des forêts contrastent avec celles de nos voisins. Notre pays se distingue en effet par l’excellence de sa gestion forestière – responsable, durable et résiliente au changement climatique. La France doit cette position enviable à sa singulière stratégie forestière et à la qualité du travail de ses forestiers. Très attachés à leurs forêts, les Français doivent prendre conscience que ceux qui les gèrent le font avec passion, savoir-faire et volonté d’en prendre soin.

La reforestation : un objectif planétaire, une réalité française

La préservation de la forêt, puits de carbone et refuge de la biodiversité, est un enjeu environnemental de premier ordre. En 2021, les dirigeants de plus de 100 pays et territoires se sont ainsi engagés à stopper la déforestation mondiale d’ici 2030, et basculer ensuite vers la reforestation. Cette lutte semble toutefois mal engagée : loin de refluer, la déforestation mondiale s’est accrue de 4 % en 2022.

Comme aucun autre discours n’est audible, les Français pensent qu’il en va de même pour leurs chères forêts – saccagées, coupées, rasées, pour laisser place à des immeubles ou des autoroutes. Les trois-quarts des Français s’imaginent ainsi que la surface de la forêt, en France, a reculé depuis deux siècles. Elle a en fait doublé sur la période. En effet, les derniers chiffres de l’IGN montrent que les forêts françaises couvraient, en 2022, 31% du territoire métropolitain, pour 17,3 millions d’hectares. C’était seulement 19 % en 1908 ! Cette dynamique de reforestation s’est même accélérée ces dernières décennies : depuis 1950, la forêt française gagne en moyenne 80 000 hectares par an.

Notre pays tire ici les bénéfices d’une stratégie singulière, qui gagnerait à être imitée: privilégier, sur tout le territoire, une gestion multifonctionnelle des forêts – à la fois écologique, sociale et économique, tout en renforçant leur résilience au changement climatique.

A lire aussi, François-Xavier Bellamy: «La crise rurale est liée à une idéologie de la décroissance» 

La France profite également de l’excellence du travail de ses forestiers, et plus généralement de ses réseaux d’experts. Notre filière forêt-bois est structurée et efficace, avec différents organismes aux rôles complémentaires, chargés de sauvegarder, soigner, valoriser et faire croître nos forêts. Parmi eux, on citera en exemple l’Office National des Forêts (ONF), en charge de la gestion durable des forêts publiques, qui joue un rôle prépondérant dans la préservation et le développement de ces espaces. L’Union de la Coopération Forestière Française (UCFF), qui représente et soutient les coopératives forestières, contribuant au développement durable de la filière. Enfin, Fransylva, une fédération représentant et défendant les intérêts des propriétaires forestiers en France auprès des instances locales, nationales et internationales​​ et le CNPF (Centre national de la propriété forestière), un établissement public français chargé du développement de la gestion durable des forêts privées, comptent parmi les associations qui s’engagent au quotidien dans la gestion et la préservation des forêts.

Ces organismes, comme l’ensemble du réseau français, travaillent main dans la main avec les propriétaires forestiers, eux aussi conscients des enjeux environnementaux et désireux, dans leur majorité, de participer à cet effort collectif. Notons enfin, la collaboration indispensable de l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) qui joue un grand rôle dans l’équilibre sylvo-cynégétique.

Une gestion durable favorable au climat et à la biodiversité

Cette collaboration soutient une approche forestière durable, notamment en favorisant les forêts étagées et mélangées[1], et le couvert forestier continu. Cette stratégie permet d’accueillir une densité végétale accrue : elle se traduit par une hausse spectaculaire du taux de stockage de carbone des forêts françaises, passé de 58 tonnes de CO2 par hectare en 1981 à 81 tonnes par hectare en 2022. En 40 ans, le puits de carbone offert par les forêts françaises a ainsi presque doublé[2].

Mais le bénéfice environnemental de cette gestion vertueuse va plus loin : elle renforce la résistance de nos forêts, elles aussi fortement touchées par le réchauffement climatique. Par exemple, la hausse de la mortalité des arbres qui en découle compromet de fragiles équilibres : la filière française s’attache ainsi à rendre les forêts plus résistantes à la chaleur, à combattre les invasions de ravageurs (que favorisent les automnes doux) tout en préservant la biodiversité, à réparer les massifs démolis par les tempêtes, ou encore à replanter les forêts détruites par les incendies. Elle participe ainsi à réduire l’impact des catastrophes naturelles et accompagne la régénération des populations après des épisodes de crise.

C’est également une stratégie d’anticipation que déploie la filière. La France métropolitaine possède en effet les forêts les plus variées d’Europe. Avec 190 essences d’arbres différentes, elle compte près de trois quarts des essences présentes en Europe. Par cette diversité, les forêts tricolores offrent ainsi une grande variété d’écosystèmes forestiers, leur garantissant une plus grande résilience face au réchauffement, et une large biodiversité pour les autres végétaux et les animaux.

A lire aussi, Jean-Baptiste Noé: Nos agriculteurs se révoltent surtout contre la chape des normes

Cette biodiversité est également favorisée par la sauvegarde des forêts anciennes. Cette gestion de la maturité des forêts est là aussi un enjeu crucial dans la gestion forestière durable. En plus d’être un habitat idéal pour toutes sortes de faunes et de flores, les forêts âgées ont une plus grande capacité à produire du bois et à séquestrer le dioxyde de carbone. Cela souligne l’importance d’une stratégie de gestion qui ne doit pas se limiter à la reforestation ou à des objectifs exclusivement productivistes. Il convient, comme la filière le fait, de prendre en compte la protection et l’entretien des forêts existantes pour maximiser leur potentiel écologique et leur contribution à la lutte contre le changement climatique.

Fierté et confiance

Seule ombre au tableau : malgré la bonne volonté de la plupart des propriétaires, 40% des surfaces forestières privées[3] ne sont pas véritablement gérées, par manque de moyen, de temps et de savoir-faire. Notre stratégie forestière doit mieux prendre en compte ce morcellement du territoire forestier en petites parcelles privées, notamment par un soutien de l’État aux plus petits propriétaires : nous pourrons ainsi synchroniser et harmoniser l’ensemble de nos pratiques forestières vers la durabilité.

Si les pouvoirs publics sont attentifs aux besoins des forêts et aux risques qui les menacent, il reste bien sûr beaucoup à faire. Des dispositifs comme le plan incendie de l’été 2023, ou le plan pour le renouvellement forestier (PNRF), attendu pour la fin de l’année 2023, participent cependant à conserver l’avance de la France sur ses voisins dans la gestion raisonnée de son trésor forestier.

Malgré les signaux forts qui brouillent l’image de nos forêts auprès des Français, la France peut s’enorgueillir, avec mesure, tant les chantiers nécessaires sont encore grands et les enjeux à venir importants, de la qualité de sa gestion des forêts, durable et cohérente avec cette urgence climatique. Pragmatique, privilégiant la résilience et le long-terme, pansant efficacement les plaies des catastrophes, la filière forêt-bois française fait figure de référence pour nos voisins, et se positionne en première ligne des défis majeurs de notre siècle.


[1] Avec des arbres de tailles et d’âges différents, associant plusieurs essences d’arbres, par opposition à la monoculture avec des arbres d’âge identique, beaucoup plus sensible aux catastrophes et aux ravageurs.

[2] En combinant la double hausse des surfaces forestières et du captage par hectare.

[3] Soit 30 % de la surface forestière totale, 75 % de cette dernière étant détenue par des propriétaires privés.

Justice: Emmanuel Macron entre mépris et récupération…

0

Vendredi 9 février, Emmanuel Macron a assisté à la prestation de serment d’une promotion annuelle de l’École nationale de la magistrature, à Bordeaux. L’ombre de Robert Badinter planait au-dessus de l’évènement. Philippe Bilger rappelle que, malgré les mots sages contenus dans ce discours de notre président, ce dernier a démontré depuis 2017 qu’il ne tenait pas en haute estime les magistrats.


Le vendredi 9 février, le jour de la mort de Robert Badinter, le président de la République est à Bordeaux et il prononce un discours devant 459 auditeurs de justice – une promotion historiquement élevée – à l’École nationale de la magistrature dont l’ancienne avocate qui la dirige, Nathalie Roret, n’est pas dénuée d’idées pertinentes et d’actions valables. Alors que j’analyse son rapport général avec l’institution judiciaire et la Justice comme un mépris à peine dissimulé et une récupération assumée, il y a tout de même dans son allocution des propos qui ne peuvent que me réjouir puisque je n’ai cessé de réclamer du service public de la justice rapidité et efficacité. Au service précisément du public.

Partiellement lucide

Quand Emmanuel Macron affirme que « nous devons diviser les délais de notre justice par deux d’ici à 2027 ; ce n’est pas un objectif, c’est un impératif… cette rapidité est source de légitimité… Si la justice ne gagne pas en efficacité, en proximité, en célérité, alors, qu’on se le dise, chacun trouvera toujours d’autres moyens de juger les litiges, chacun les trouve d’ailleurs déjà : par l’opprobre médiatique, par le bannissement social, au mépris de la présomption d’innocence », il a évidemment totalement raison. Le citoyen doit être notre juge bien davantage que la bureaucratie administrative et ministérielle qui inspire, domine et étouffe. Mais cette lucidité ponctuelle est gâchée par sa vision structurelle du monde judiciaire et surtout de la magistrature elle-même. Comment peut-on être un bon berger quand, par mille signes, actions, abstentions ou nominations, on manifeste qu’on n’estime pas son troupeau ? Comment ce dernier pourrait-il être convaincu par un enseignement diffusé par un président avec si peu d’empathie ?

A lire aussi: Une légende du siècle

Le président de la République a évidemment célébré Robert Badinter, en particulier pour son rôle capital dans l’abolition de la peine de mort en 1981, grandement facilité par un François Mitterrand à la fois provocateur (il avait beaucoup fait décapiter sous la IVe République) mais repentant.

En respectant le délai de décence, j’ai moi-même salué d’emblée sur CNews, Europe 1 et Valeurs actuelles cette personnalité exceptionnelle disparue, en rappelant ses brillantes et diverses activités, notamment avec les postes prestigieux qu’il a occupés, mais on peut aussi critiquer sa politique pénale comme l’a très bien fait Georges Fenech. Ses principaux éléments ont tous favorisé – à l’exception de l’heureuse abolition de la peine de mort – un laxisme porté par une idéologie très hémiplégique. Il suffit de relever qu’elle a été constituée essentiellement par des suppressions et des adoucissements. Il a fallu ensuite tenter de rattraper la rigueur perdue ! La société était moins à protéger que les principes d’une gauche si sûre d’elle-même… Bien sûr, le président ne pouvait pas être négatif mais un accord profond se laissait toutefois deviner entre cette philosophie pénale emplie de mansuétude et la faiblesse régalienne depuis 2017 malgré quelques voltes fluctuantes et sur le tard moins naïves.

A lire aussi: Affaire Depardieu: «Brigitte» mi-woke, mi-réac

Présomption d’innocence, un nouveau culte macroniste

Je ne peux non plus éluder – même si j’en ai déjà trop parlé – la nomination provocatrice d’un remarquable avocat d’assises comme ministre, mais dont la particularité était d’avoir toujours dénigré le monde professionnel dont il aurait la charge. Maintenu lors du changement de gouvernement, mis en examen, relaxé par la CJR sans qu’un procureur général frileux tire par un appel les conclusions d’une décision juridiquement incohérente, renouvelé sous Gabriel Attal, son parcours manifeste le peu de crédit qu’Emmanuel Macron a attaché à la Justice. Son seul souci étant d’exprimer le sentiment condescendant que la magistrature lui inspirait et de n’être évidemment pas gêné par un Dupond-Moretti sur la même ligne, avant.

29 novembre 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Un exemple déterminant de cette hostilité est le changement radical que le président a opéré sur la volonté initiale de faire démissionner les ministres mis en examen, avant d’effectuer un revirement manifesté par l’apparent culte de la présomption d’innocence. Comme si celle-ci ne relevait pas du seul plan judiciaire à gérer dehors par le mis en examen. Alors que son maintien, au contraire, mettait à bas sa légitimité politique et sa crédibilité dans l’action à l’égard des concitoyens. Il n’était pas très républicain d’assurer de sa confiance systématiquement tous les politiques et ministres de son bord mis en cause. Comme s’il faisait forcément l’impasse sur ce qui pouvait leur advenir judiciairement. Il n’était pas non plus d’une grande élégance de reprocher aux magistrats de vouloir composer, faire ou défaire les gouvernements comme si ceux-ci, saisis de soupçons de transgression de la part de certains ministres, avaient un autre choix que d’instruire sur eux. La circonstance que quelques-uns ont été relaxés n’infirme pas mon argumentation. Il y a eu des appels pour François Bayrou et pour Olivier Dussopt (pas reconduit comme ministre) et on a vu ce qu’il en était pour Dupond-Moretti. Les « prévisions de culpabilité » démenties, dont Emmanuel Macron se félicite, peuvent demain être révisées à charge.

A lire aussi: Droit du sol, enfin!

Il est pertinent de conclure que la violation de la sage « jurisprudence Balladur » – mis en examen, le ministre doit démissionner – révèle chez Emmanuel Macron, plutôt que l’apparent souci de la présomption d’innocence, la volonté de tenir pour rien, sur le plan politique, les décrets d’un univers judiciaire moqué par le président et son conseiller le plus proche, Alexis Kohler. Louis Hausalter dans cet article du Figaro a raison quand il écrit que « depuis qu’il est au pouvoir, le chef de l’Etat ne tient pas les magistrats en haute estime ». Emmanuel Macron a de la chance d’être en partie protégé par un double bouclier : celui des outrances politisées du Syndicat de la magistrature et celui de la passivité étonnante du corps judiciaire face à ce qu’il faut bien considérer comme un scandaleux discrédit présidentiel. Cette approche présidentielle, entre mépris et récupération, pourrait être aisément récusée par cette justice honorable et travailleuse dont elle se moque mais qu’elle prétend pourtant stimuler. En effet, citoyens, ces magistrats dédaignés ne pourraient-ils pas retourner le compliment à ce pouvoir tel qu’il est présidé en dénonçant sa légitimité à les juger quand lui-même serait évidemment condamné dans le cadre d’un procès équitable !

Libres propos d'un inclassable

Price: ---

0 used & new available from

La poudre aux yeux, symptôme du vide en politique

0

Ivan Rioufol n’attend plus grand-chose de Gérald Darmanin ou Gabriel Attal, dont l’audace n’est qu’apparente. La politique de la poudre aux yeux prend les citoyens pour des imbéciles.


L’anecdote illustre le vide qui emplit la politique : alors qu’un député argumente à l’Assemblée, lundi dernier, sur la motion de censure déposée par la gauche contre le gouvernement, Gabriel Attal est photographié montrant à ses voisines, dont Rachida Dati, la photo de son chow-chow, Volta, que les sœurs du Premier ministre viennent de lui envoyer sur son portable. Si l’on rapproche cette scène puérile sur le petit chien du long entretien accordé ce week-end par Vladimir Poutine au journaliste américain Tucker Carlson, se mesure par contraste ce que le politologue Gaël Brustier décrit comme « l’épuisement complet de la vie politique et de ses protagonistes »1Tandis que l’autocrate russe puise longuement dans l’histoire et « l’âme » de son peuple pour justifier sa politique vis-vis de l’Ukraine et du monde occidental, les dirigeants français affichent une affligeante légèreté devant le tragique de l’histoire. L’ancien Premier ministre macronien, Edouard Philippe, parle d’or quand il voit, dans La Tribune-Dimanche2, le futur président de 2027 comme « enraciné, grave, qui parle peu mais fait ». Cependant, ce contre-portrait d’Emmanuel Macron ne trouve à s’incarner chez aucun de ses disciples au pouvoir, qui persistent à chanter les mérites de la mondialisation et de l’Europe supranationale. Comme le rappelle cette fois François Bayrou à l’adresse du chef de l’État et de son jeune Premier ministre, dont il a refusé de rejoindre l’équipe, rien n’est plus préoccupant que « l’ignorance par les responsables du sommet de ce que vit la base ». Pour avoir porté depuis des lustres cette critique du déracinement des élites et de leur éloignement des gens ordinaires, je ne peux qu’approuver ce diagnostic tardif.

Ce constat a une conséquence immédiate : il ne faut rien attendre de ceux qui ont mis la France dans cet état de chaos ; ils sont possédés par leurs erreurs. Déjà, les agriculteurs menacent de reprendre leur mouvement. Le volontarisme déclamé par Attal sur l’École n’aura duré que quelques semaines. En nommant, jeudi, Nicole Belloubet pour lui succéder, le chef de l’État a réintroduit la gauche idéologue au cœur de l’Éducation nationale. Les écrits d’hier de l’ancienne militante socialiste laissent présager son alignement sur les positions syndicales qui ont contribué à l’effondrement du système scolaire. C’est la nouvelle ministre de l’Éducation qui a parlé en 2016 des « fariboles sur la restauration de l’autorité » et qui a défendu l’urgence de « sortir du cadre rigide du cours magistral ». 

De la même manière, il ne faut guère attendre de résultats après l’audace apparente de Gérald Darmanin, qui a annoncé ce week-end vouloir supprimer le droit du sol à Mayotte, 101ème département submergé par l’invasion comorienne et africaine. L’effet d’annonce, que le gouvernement refuse d’étendre à l’ensemble de la France, a surtout été le prétexte pour mettre fin aux visas territorialisés qui assignaient à demeurer dans l’archipel. Dès hier, des titulaires d’un titre de séjour ont été acheminés en métropole afin d’y être disséminés. La politique de la poudre aux yeux prend les citoyens pour des imbéciles. Les dirigeants devraient y prendre garde…

Les analphabètes au pouvoir

Price: ---

0 used & new available from


  1. Les analphabètes au pouvoir, Editions du Cerf ↩︎
  2. https://www.latribune.fr/economie/politique/la-competition-ne-me-fait-pas-peur-edouard-philippe-990221.html ↩︎

Hidalgo ou la guerre scolaire… urbaine

0

Voici venue la «guerre scolaire urbaine» alerte Anne Coffinier ! À Paris, sept établissements d’enseignement privés se retrouvent piégés par le plan local d’urbanisme de la mairie.


Le nouveau PLU (plan local d’urbanisme) de la Ville de Paris a prévu de contraindre près de 2000 bâtiments à se transformer à terme, en tout ou partie, en logements sociaux. Techniquement, ces parcelles sont classées en « emplacements réservés » ; on dit ainsi pudiquement qu’elles sont « pastillées » par le PLU. Des établissements publics sont visés, tels que le CROUS de Mabillon, mais aussi des immeubles de bureaux, des immeubles de logement et même – et c’est l’objet de cet article – des établissements d’enseignement privés sous contrat.

Manœuvres immobilières

Les propriétaires institutionnels de bureau ont conduit un lobbying actif et se sont vivement défendus dans les médias. Ils menacent d’utiliser massivement leur droit de « délaissement » pour forcer la Mairie de Paris à reculer. Concrètement, ils prévoient de demander à la Mairie de racheter leur bâtiment et, si elle ne l’avait pas fait dans le délai imparti d’un an, le bâtiment en question serait dépastillé, donc libéré de ses obligations quant aux logements sociaux.

A lire aussi, Jean-Robert Pitte : Merci à Stanislas !

La manœuvre est habile : la Mairie de Paris, déjà lourdement endettée, n’aura pas les moyens financiers d’acheter des centaines de parcelles à Paris, a fortiori dans un contexte également compliqué pour les bailleurs sociaux.

Sept écoles piégées !

Et voilà qu’on découvre qu’au moins sept établissements privés catholiques scolaires sous contrat sont pastillés  dans la capitale ! Ces derniers ne pourront ni construire, ni mener une restructuration lourde, ni réaliser une extension, ni surélever un bâtiment, ni réaliser un changement de destination sans devoir créer des habitations dont une partie de logements sociaux pouvant aller jusqu’à 100% de la surface d’habitation créée. Autrement dit, cela signifie que ces derniers seront privés de la possibilité de réaliser tout type de travaux de grande ampleur. Leur développement sera donc gelé.

Mais de quels établissements s’agit-il ? Le collège Saint-Jean Gabriel dans le 4è arrondissement, l’école Saint-Eloi, le collège Sainte-Clotilde et le lycée Saint-Michel de Picpus dans le 12è, mais aussi les groupes scolaires Saint-Vincent de Paul et de Notre-Dame de France dans le 13è arrondissement ainsi que le lycée Saint-Michel des Batignolles dans le 17è. Curieux coup du sort, qui vient dans le contexte de l’annonce de la suspension des subventions de la Ville de Paris à l’école Stanislas, en contradiction avec la loi.

Les écoles pastillées viennent donc d’être invitées par la Direction diocésaine de Paris à protester par écrit, dans le cadre de l’enquête publique ouverte jusqu’au 29 février. En plus de cette étape nécessaire, les établissements catholiques concernés et les parents d’élèves ont évidemment intérêt à faire connaître fortement leur opposition, à l’instar de ce qu’ont fait les foncières et autres propriétaires institutionnels de bureaux, sans quoi  ils seront immolés par « notre Drame de Paris », Anne Hidalgo.

Le pas de vague n’est pas possible

En politique, le « pas de vagues » n’est pas une option. En religion, non plus d’ailleurs, mais c’est un autre sujet.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli : Brutes, racailles et sauvageons: le quotidien des enseignants

Une fois le PLU adopté, restera la possiblité de l’attaquer au tribunal administratif pour illégalité. N’est-ce pas en effet un détournement de procédure que de classer tant de parcelles en emplacement réservé, alors que la Mairie de Paris sait bien qu’elle est incapable de les racheter lorsque les propriétaires feront valoir en nombre leur droit de délaissement ?

Cet usage offensif du dispositif de pastillage est de la politique. Anne Hidalgo fait même preuve d’innovation en inventant une nouvelle dimension à la guerre scolaire qui se joue maintenant… dans la rue ! Voici en effet venue la « guerre scolaire urbaine ».  Comme c’est technique, la Maire de Paris a pu avancer sans être repérée.

Il est quand même inouï que les écoles visées n’aient été prévenues que le 6 février. Au Conseil de Paris, personne n’a identifié cette attaque contre les établissements catholiques sous contrat lorsque le PLU a été examiné. Il faut dire que les parcelles sont nommées uniquement par les numéros de rue et que la loi ne prévoit pas d’obligation pour les mairies de prévenir les propriétaires concernés. Là encore, seuls les initiés pourront agir et sauver la valeur marchande et la liberté d’utilisation de leur propriété. Drôle de conception de la transparence politique et du respect des droits des citoyens, dont pas moins de 40% des enfants sont scolarisés dans les établissements sous contrat parisiens…

Donald Trump, président de la Confédération des États… (dés)Unis

Entré en rébellion ouverte contre Washington, le Texas menace les États-Unis d’une nouvelle sécession. Une idée qui fait son chemin chez les Républicains à la veille des élections générales où les Américains sont appelés à renouveler leurs élus. En cas de nouvelle défaite, leur champion, Donald Trump, sera-t-il le nouveau Jefferson Davis fantasmé d’une nouvelle Confédération sudiste à venir ? 


Dépeignant une Amérique du Nord plongée dans une guerre civile terrifiante, le film « Civil War » du réalisateur Alex Garland, dont la sortie en salles est programmée dans deux mois, résonne déjà comme une production prophétique dans un pays plus divisé que jamais à l’approche d’élections générales cruciales.

Etats républicains frondeurs

Face à l’afflux de milliers de migrants traversant la frontière mexicaine pour entrer au Texas, cet État du sud des Etats-Unis a décidé en juillet 2023 d’ériger des kilomètres de barbelés et d’installer des barrières flottantes le long du Rio Grande.  Une décision qui n’a guère été du goût de Washington. On ne compte désormais plus les morts et blessés qui ont tenté de traverser ce mur du sang pour vivre le rêve américain.

Confronté aux gardes-fédéraux qui lui ont ordonné de démanteler son mur, Greg Abbott, le gouverneur républicain du « Lone Star State », a refusé d’obtempérer. L’affaire a été portée devant la Cour suprême, qui a statué que ceux-ci étaient légalement autorisés à intervenir avec une pince pour couper cette clôture en fer aux pointes acérées. Loin d’être décontenancé par cette décision, Greg Abbott a invoqué son droit « constitutionnel à se défendre et à se protéger contre cette invasion ». Accusant parallèlement le président Joe Biden de « refuser d’appliquer et de violer les lois actuelles sur l’immigration », Abbott a déclaré, dans une lettre publiée le 24 janvier dernier, que le « gouvernement fédéral avait rompu le pacte entre les États-Unis et les États », déclenchant ainsi une tempête médiatique et ravivant les discussions sur la sécession. En outre, 24 autres gouverneurs républicains ont conjointement signé une lettre de soutien au Texas, exprimant ainsi leur rébellion ouverte contre la Maison blanche. Vingt-six procureurs généraux républicains leur ont emboîté le pas en envoyant une lettre similaire au président Biden. « À l’heure actuelle, les cartels, les groupes terroristes et d’autres acteurs malveillants profitent du chaos à la frontière pour orchestrer un afflux massif de personnes. Les gangs utilisent le flux de personnes pour dissimuler leurs membres « prédateurs » lorsqu’ils entrent aux États-Unis », ont dénoncé ces hauts fonctionnaires.

Dangereuse politique

Pour ses détracteurs, Greg Abbott a ressuscité une ancienne théorie qui a encore pignon sur rue dans le Sud des États-Unis (Dixie). Il s’agit de l’idée selon laquelle le gouvernement fédéral tire son pouvoir des États, un argument autrefois utilisé par le politicien sudiste John Calhoun, originaire de Caroline du Sud, considéré comme le père de la sécession des États du Sud en 1861. Bien que ce point de vue ait perdu de sa vigueur après la guerre civile, il a récemment ressurgi avec l’avènement de Donald Trump, dont la présidence (2017-2021) a ravivé l’irrédentisme sécessionniste. Sanford Levinson, professeur de droit et de gouvernement à l’Université du Texas, affirme que la description de la crise frontalière par le gouverneur est « absurde d’un point de vue juridique et dangereuse d’un point de vue politique ». Il soutient qu’Abbott utilise délibérément à mauvais escient le terme « invasion » pour justifier le renforcement des troupes de la Garde nationale à la frontière du Texas, comparant cela à la situation où un président déploierait des troupes pour réprimer la « violence domestique » sur la base d’informations faisant état de violences conjugales généralisées.

A lire aussi: Patriotisme d’importation

Successivement français puis espagnol, le Texas est devenu une possession mexicaine au moment où Mexico a obtenu son indépendance de Madrid en 1821. Peu peuplée et économiquement peu développée, la nouvelle république mexicaine a encouragé l’installation d’Américains afin de transformer l’État. Cependant, des tensions ont rapidement surgi entre les Mexicains et les 300 familles américaines, principalement autour de la question de l’esclavage. En 1835, cette confrontation dégénère en insurrection, se transformant en une véritable révolution contre le pouvoir du général Santa Anna. L’épisode le plus célèbre de cette guerre demeure le siège de Fort Alamo. Face aux rebelles, 600 Mexicains tombent au champ d’honneur contre les Texans, qui enregistrent seulement 200 pertes, dont le célèbre trappeur Davy Crockett. En avril 1836, la bataille de San Jacinto marque un tournant dans l’histoire du Texas. Battus, les Mexicains doivent accorder l’indépendance aux rebelles, qui proclament la République avant de rejoindre les États-Unis une décennie plus tard. C’est en tant qu’État esclavagiste que le Texas rejoindra la Confédération sudiste, liant ainsi son destin à celui-ci. Avant d’être réintégré à l’Union. Aujourd’hui encore, de nombreux nostalgiques de cette période conservent dans leur subconscient le traumatisme de la défaite. En pleine période du mouvement Black Lives Matter (BLM), ils ont réussi à empêcher le déboulonnage des symboles sudistes, contrairement à d’autres États voisins. En face du Capitole à Austin, un monument imposant rend toujours hommage aux héros de la guerre de Sécession.

Néo-sudistes

Ce n’est pas la première fois que le spectre de la sécession plane au-dessus des États-Unis. Bien que ce mouvement demeure encore largement minoritaire, il connaît une forte progression. Selon un sondage récent mené par Redfield & Wilton Strategies, 33% des Texans soutiendraient l’idée séparatiste, un chiffre similaire à celui enregistré en Californie, en Floride et en Géorgie. C’est d’ailleurs parmi les Républicains (66% d’entre eux y sont largement favorables selon une enquête réalisée dans 13 états du Sud) en 2021 que l’on trouve le plus de soutiens à cette cause néo-sudiste (certains mouvements se sont transformés en milices paramilitaires) qui n’hésite pas à agiter les drapeaux de la Confédération lors de manifestations anti-gouvernementales. Les mêmes aperçus lors de l’assaut donné au Capitole par les partisans de l’ancien président Donald Trump qui a tenté de se maintenir au pouvoir en 2021 après avoir échoué à se faire réélire… En 2017, une enquête dirigée par l’institut Zogby International a révélé que 68% des Américains se disaient ouverts à un « divorce national », selon les termes de la députée républicaine Marjorie Taylor Greene.

Cette confrontation entre Greg Abott et Washington n’est cependant pas anodine et dessine l’atmosphère ambiante aux Etats-Unis à la veille des élections générales de novembre 2024 où les Américains sont appelés à renouveler leurs élus. Grand favori de cette présidentielle, le républicain Donald Trump, dont l’ombre n’a jamais cessé de planer au-dessus de la Maison Blanche depuis quatre ans, conserve une certaine aura parmi une partie de l’électorat en dépit de ses multiples ennuis judiciaires. Ce nouveau duel à venir avec Joe Biden suscite des inquiétudes parmi les Américains, car les deux opposants restent constamment au coude à coude dans les sondages. En cas d’une nouvelle défaite de leur champion, les gouverneurs républicains pourraient-ils être tentés de proclamer la sécession de leurs États ? 

Dans ses discours, Donald Trump encourage régulièrement ses partisans à considérer leurs opposants démocrates comme des traîtres irrémédiables, des criminels, des satanistes, des pédophiles et des conspirateurs. En faisant volontairement germer l’idée d’une possible sécession dans l’esprit de ses électeurs, le tonitruant milliardaire, qui a récemment confessé que la guerre de Sécession était « horrible et fascinante à la fois » ne chercherait-il pas devenir le leader d’une nouvelle confédération sudiste vidée de tout son substrat yankee ? Une question qui pourrait se poser dans le cas où Donald Trump échouerait à se faire réélire président des États… (dés)Unis.

Hommage aux Français exterminés par le Hamas: de la Cour d’honneur des Invalides à celle du Palais des papes

0

Le discours du président Macron, le 7 février dernier à Paris, lors de l’hommage aux Français victimes des attaques islamistes en Israël, était très attendu. Analyse.


Mercredi 7 février, dans la cour d’honneur de l’hôtel national des Invalides, en plein cœur de Paris : quarante-deux portraits et trois chaises vides ; quatre mois après le 7 octobre, le Kaddish de Maurice Ravel monte au ciel ; sobriété et recueillement dans un lieu majestueux. En présence des représentants de leurs familles meurtries, la France rend hommage à ses compatriotes victimes du pogrom perpétré en Israël par le Hamas. Le chef de l’État prononce alors un discours, nécessaire, attendu. Cette allocution, eu égard aux circonstances, aurait gagné à être plus mesurée ; moins déclamé. On aurait aussi apprécié qu’elle nous épargnât l’incantatoire célébration d’une unité française qui n’est plus. Le deuil, comme la douleur, aime l’ombre et le repli ; quant à la tragédie, elle exige la vérité.

Certes, rien n’est plus difficile à écrire qu’un discours d’hommage. Il ne doit pas trop sentir la sueur et rester fluide pour paraître sincère. Aussi, celui qui le rédige doit en proscrire la pompe et le tragique superflus, la frisure et l’hyperbole, l’ostentation et la parure qui ne font qu’attirer l’attention sur « les dessous de l’affaire ». La charpente du discours doit rester invisible sous la chair des mots, ses ficelles, écrous ou stratagèmes dissimulés. Si tel n’est pas le cas, et on le vérifie dans l’hommage proféré par Emmanuel Macron, l’auditeur agacé ne voit plus que les limites de l’allocution et en cherche les failles. Quant à l’orateur, qu’il s’interdise de déclamer afin de ne pas donner à son auditoire le fâcheux sentiment qu’il s’écoute parler.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: LFI aux Invalides: il est curieux de forcer la porte d’un enterrement

Passé la litanie numérale initiale, le début du discours a sonné juste. Sans trop de fioritures, il faut en convenir, dans la peinture de vies semblables aux nôtres, fauchées par la barbarie. On aurait donc été tenté d’y croire et même de se montrer indulgent envers la puérilité déconcertante qui affleurait déjà subrepticement dans l’expression : « Dieu, la vie, le monde (…) », « des sourires en forme de promesse », « des rêves plein la tête », si elle n’avait pas été malheureusement accompagnée de l’hyperbole douteuse : « des idéaux dans la houle du monde », « Des histoires de famille où s’entrebâillait parfois un gouffre indicible (…) » qu’on a vu culminer dans la peinture du pogrom. Las ! De la cour d’honneur des Invalides à celle du Palais des papes, en Avignon, il n’y a qu’un pas. Emmanuel Macron déclame et voici que l’emphase emporte tout sur son passage : « Les jeunes qui dansaient-là ne savaient pas qu’ils étaient dans la mâchoire de la mort (…) des motos hérissées d’armes allaient fondre sur eux. » ; « Le ciel livide se zèbre de missiles ».  Les mots s’emballent ; ils pétaradent dans le silence du recueillement tandis que l’éloquent, servi par un discours boursouflé, s’exhibe. On note au passage que, dans cette sortie de lit du verbe, l’épithète « islamiste » qu’on attendait accolée à « terrorisme » a disparu.

Cérémonie en hommage aux victimes françaises des attaques terroristes du 7 octobre 2023 en Israël, Cour d’Honneur des Invalides, Paris, 7 février 2024 © Eric TSCHAEN-POOL/SIPA

Et puis, pourquoi vouloir célébrer à toute force l’unité des Français dont on sait bien qu’elle a vécu ? Ce discours rebattu qui se veut performatif, lasse. Stérile, il n’est qu’invocatoire et vise à conjurer la terrible réalité ; celle de deux peuples désormais face à face. Qui peut actuellement encore croire qu’il existerait une France « (…) refusant les séparations comme les divisions, refusant l’idée de mort, de chaos et de clivages qui nourrissent les terroristes. » ; une France « unie pour elle-même et pour les autres. » ; « unie pour se tenir au-delà des destins et des différences (…) », « unie dans ces moments de souffrance (…) » alors que l’antisémitisme prospère dans nos banlieues, encouragé par une partie de la classe politique ? L’anaphore ne fait rien à l’affaire ; nous n’étions pas, loin s’en faut et nous le déplorons, 68 millions à pleurer nos frères, en ce 7 février. Que penser enfin de l’éternelle injonction au pacifisme et au pardon exigés au nom de Lumières qui éclairent notre pays désormais aussi bien que des chandelles mal mouchées ?  « Ceux qui tuent par haine trouveront toujours face à eux ceux qui sont prêts à mourir par amour. » « Jamais en nous, nous ne laisserons prospérer l’esprit de revanche » : après la joue droite, tendez la joue gauche, braves gens. Décidément, nous attendions mieux de ce discours, pour la mémoire de nos frères suppliciés, pour leurs familles dévastées et pour notre pays malmené.

« Il y a de certaines choses dont la médiocrité est insupportable ; la poésie, la musique, la peinture, le discours public. Quel supplice que celui d’entendre déclamer pompeusement un froid discours, ou prononcer de médiocres vers avec toute l’emphase d’un mauvais poète ! »
(La Bruyère, Les Caractères, Des ouvrages de l’esprit)

Droit du sol, enfin!

La suppression du droit du sol à Mayotte, voulue par M. Darmanin, a été annoncée avec fracas par un ministre souhaitant apaiser la colère des habitants de l’île excédés. Comme cela nécessite une réforme constitutionnelle et que la gauche dénonce une remise en cause du principe d’égalité entre les citoyens, pourquoi ne pas appliquer le droit du sol sur tout le territoire national ? «Mayotte, c’est le miroir grossissant et en accéléré de la France métropolitaine», a commenté M. Zemmour, sur France 2. Il demande, de concert avec M. Ciotti, que la mesure soit appliquée à toute la France.


« Il ne sera plus possible de devenir Français si on n’est pas soi-même enfant de parent français. »

Un vent frais, vif, tonique, revigorant et sain soufflerait donc enfin de Mayotte ?

À peine descendu de l’avion sur le tarmac de l’aéroport mahorais, M. le ministre de l’Intérieur, tout fier, lançait l’annonce d’une « mesure extrêmement forte, nette, radicale », la suppression du droit du sol. À Mayotte, s’entend, ne nous enflammons pas !

Le 101e département, un paradis transformé en enfer

Ainsi, il ne suffira plus de se donner le grand mal de naître sur l’île pour devenir d’un seul coup d’un seul Français. Il était temps. Oui, il était vraiment temps que du côté de l’Élysée on s’ouvre à l’évidence élémentaire que ce qui se passe là-bas depuis maintenant trop longtemps, depuis aussi qu’un président de la République a eu la grande idée de faire de ce territoire un département français à part entière, n’est plus seulement une immigration un tantinet trop débridée mais quelque chose qui s’apparenterait plutôt à une véritable invasion. Cela nous vient des Comores proches, à portée de canotage, et aussi de l’Afrique dont des échappés volontaires semblent avoir élu campement dans un stade où les disciplines crypto-sportives les plus pratiquées seraient désormais la baston à la machette, le racket, la prostitution et toutes sortes de trafics, les uns plus sordides que les autres.

A relire: Comores: le chantage migratoire de M. Assoumani va se poursuivre

Les autorités tant métropolitaines que locales l’ont dit et répété, leur but est de lutter efficacement  – enfin ! – « contre la délinquance et l’immigration illégale ». Pour ma part, j’aurais préféré une inversion des termes. D’abord « immigration illégale », puis « délinquance ». Cela aurait marqué bien plus explicitement que, là-haut, on parvenait – là aussi enfin! – à établir un lien direct entre les deux phénomènes, reconnaissant dans le second la conséquence directe du premier. On aurait gagné en clarté.

Mais, apparemment nos gouvernants, n’en sont pas encore là. Ce serait un effort mental bien considérable qu’ils auraient à fournir, englués qu’ils sont depuis des lustres dans la cécité pusillanime et et le jeu petit bras sur ces questions-là.

Une et indivisible

On le constate une fois encore. Annonçant sa mesure « extrêmement forte, nette, radicale » Monsieur le ministre prend bien soin de respecter la sacro-sainte loi du « en même temps ». Il ne manque pas au passage de soigner, de cajoler sa gauche afin, sans doute, de ne pas trop défriser quand même, par exemple, le nouveau membre de la dream team, j’ai nommé Mme Belloubet. Dans sa déclaration, il s’empresse en effet de préciser que ladite suppression du droit du sol sera évidemment circonscrite au territoire de Mayotte. On respire. À la Cour Européenne des Droits de l’Homme ont était au bord de l’infarctus collectif. (Ah, si seulement…!)

Mayotte, 25 avril 2023 © LOUIS WITTER/SIPA

La faiblesse de ce pouvoir macroniste réside pour une grande part dans son incapacité à raisonner autrement qu’en accommodements circonstanciels sans suite, sans cohérence, dans son acharnement à tituber d’aménagements improvisés en bricolages bâclés, toujours en dépit du bon sens.

L’affaire est cependant des plus simples : si la suppression du droit du sol est, comme cela nous est aujourd’hui affirmé, un excellent moyen de lutter contre la délinquance et l’immigration illégale, que ne la met-on en œuvre partout où sévissent et la délinquance et l’immigration illégale ? Autrement dit, à travers tout le pays, outre-mer comprise. Cela nous aiderait au moins, nous autres pauvres citoyens-électeurs, à nous convaincre que notre chère République est bel et bien « Une et Indivisible ».

Mitterrand, Don Juan en politique

Price: ---

0 used & new available from

«Le printemps» de Monet et les vandales de l’écologisme

Une idéologique soupe au nauséeux (dé)goût de nazisme, s’indigne notre contributeur


Le militantisme écologiste a encore frappé, ce samedi 10 février 2024, à l’encontre de l’art en sa plus noble et haute expression !

C’est à l’un des plus beaux et prestigieux tableaux, intitulé « Le Printemps », exposé au Musée des Beaux-Arts de Lyon, du grand Claude Monet, l’un des maîtres de l’impressionnisme, que ces vandales de l’écologisme, regroupés sous l’abusive étiquette de « Riposte Alimentaire », se sont en effet attaqués cette fois, en l’aspergeant d’une indigeste soupe à nouveau, après s’en être pris de la même et ignoble manière, le 28 janvier dernier, il y a donc deux semaines très exactement, à la sublime « Joconde » de Léonard de Vinci. Vilaine cuisine!

L’écologisme : une trahison, aux couleurs d’intégrisme iconoclaste, de l’écologie

J’emploie par ailleurs ici à dessein et très légitimement, pour qualifier cet honteux et nouveau type de barbarie à stupide connotation pseudo-culturelle, le terme d’« écologisme », plutôt que celui d’« écologie », pour cette simple mais bonne raison que l’écologisme ne s’avère, en réalité, que l’outrancière cristallisation, par son extrémisme, sinon son intégrisme iconoclaste, de la véritable, saine et respectable écologie.

L’écologisme ou, donc, la trahison, comme bon nombre d’idéologies radicales, de l’écologie ! 

Quand salir la culture équivaut à souiller ses propres idées

Quand, du reste, s’attaquer à l’art, et à ses plus grands chefs-d’œuvre, a-t-il jamais représenté un argument digne de ce nom, rationnel et objectif, pour défendre des idées, aussi nobles soient-elles ? Car, de fait, seuls les régimes dictatoriaux, qu’ils soient d’extrême-gauche ou d’extrême-droite et qu’on les nomme, par-delà tout clivage politico-idéologique, « fascisme », nazisme », communisme ou « stalinisme », se sont honteusement adonnés à ce genre de pratique, particulièrement méprisable sur le plan intellectuel et abject au niveau moral.

A lire aussi: Woke fiction, le cinéma français n’est pas épargné

Davantage : se rendent-ils donc compte, ces infâmes militants de l’écologisme, que c’est tout d’abord leur propre cause, leur parti et leur personne même, qu’ils souillent et avilissent, par la violence de leur geste, ainsi ? De fait : dégrader la culture ou salir l’art (dans cet odieux cas, au sens premier du terme) était déjà la pratique favorite, de sinistre mémoire, des nazis au siècle dernier lorsqu’ils taxaient certains des meilleurs peintres, en cet obscur temps-là, de « dégénérés » !

Une soupe au nauséeux (de)goût de nazisme

Pis : jeter ainsi cette imbuvable soupe sur une des plus belles toiles de l’impressionnisme, portant en outre l’évocateur, poétique et bucolique titre de « Printemps » (dont tout authentique sympathisant de l’écologie, justement, se devrait donc, au contraire, de se réjouir), œuvre  en outre de l’un des plus grands peintres – Claude Monet, donc – de ce courant artistique majeur que fut l’impressionnisme, ne peut que faire penser, hélas, aux pires propagandistes nazis précisément, du style Goebbels ou Göring, lorsqu’ils disaient « sortir leur revolver quand ils entendaient le mot culture » (ce sont du moins là les ignominieuses paroles que le dramaturge allemand Hanns Johst, fervent admirateur d’Hitler, leur attribue fièrement dans sa pièce de théâtre Schlageter, dédiée à un prétendu martyr pré-nazi).

Afficher à ce point son mépris de la culture, tout autant que de l’art, fait effectivement froid dans le dos, par tout ce à quoi renvoie fatalement pareil, fanatique et périlleux réflexe comportemental : la « nazi attitude » !   

« Nazi attitude » et « cancel culture » : un wokisme de Talibans, plus encore que d’ayatollahs

Encore un de ces exécrables et dangereux effets pervers du wokisme, donc, cet inqualifiable mais surtout très condamnable geste, à nouveau, de ces deux ignares militantes de cette agressive « Riposte Alimentaire » ? Certes, mais pire encore : la tyrannique « cancel culture », une obscurantiste, criminelle et funeste ambition de talibans, plus encore que d’ayatollahs !

rockisme contre wokisme

Price: ---

0 used & new available from

Brutes, racailles et sauvageons: le quotidien des enseignants

0

Les élèves ne sont pas les mêmes, disent les pédagos. À élèves différents, pratiques diverses, ajoutent-ils. Oui — mais ils ne disent pas ce que tous les enseignants constatent : les « apprenants » sont désormais incontrôlables.


Ma consœur Mara Goyet, qui enseigne l’Histoire-Géographie, s’est fait connaître au fil des années 2000 par des ouvrages pertinents sur le collège — et écrits avec moins de hargne que les miens, ce qui la rendit plus fréquentable. Entre autres : Collèges de France, Fayard, 2003 ; Tombeau pour le collège, Flammarion, collection Café Voltaire, 2008 ; Collège brutal, Flammarion, collection Café Voltaire, 2012 ; Finir prof. Peut-on se réconcilier avec le collège ?, Robert Laffont, 2023.

Et voici que cette dame, qui sait tenir une classe, confiait à Facebook il y a quelques jours :

« C’est une réflexion un peu étrange que je me suis faite hier soir après une heure de cours un peu éprouvante. Je me suis dit que j’allais y repenser après une « bonne nuit de sommeil ».
« Depuis deux ou trois ans, j’ai le sentiment qu’un verrou a sauté. Une partie des élèves nous parle de plus en plus mal. Comme on ne parle ni à un professeur, ni à un adulte. Comme on peut sans doute parler à ses parents en pleine crise d’ado. Et encore.
« C’est un mélange de mépris, de contestation, de plainte et de dénonciation de grave injustice. Dans ces moments-là, l’enseignant est à la fois rien et un bourreau. Ce qui est le plus étrange c’est que cela peut venir d’élèves que l’on a aidés, que l’on aime bien, avec lesquels on peut tout à fait avoir un lien. J’ai vécu l’an dernier ce retournement de manière spectaculaire avec une élève que j’aimais et soutenais beaucoup.
« J’enseigne depuis 27 ans dont 11 ans en ZEP, je ne découvre donc pas la potentielle violence de certains élèves. Mais là, j’ai le sentiment que c’est un peu différent. Il ne s’agit pas d’altercations ni de confrontations. Cela peut se dérouler dans un contexte serein et cela ne prend pas forcément l’aspect d’une crise. »

Et de s’enquérir : « Vous avez des idées ? »

Déconfiture

Ses pistes personnelles ne sont pas à négliger : « L’idée qui m’est venue hier c’est qu’il y a un lien avec l’assassinat de Samuel Paty. Si la majorité de l’opinion voit désormais le courage, la solitude et l’investissement des enseignants, une autre a pris toute la mesure de leur vulnérabilité. Certains élèves n’aiment pas les victimes. Le terme est une insulte. Une faute. Une faiblesse. Une victime se doit donc d’être victimisée ou méprisée (elle est responsable de son état ; prof est un métier de lâche ; d’ailleurs, lors des minutes de silence pour Samuel Paty, les élèves sont en général polis mais beaucoup ne semblent pas spécialement concernés). Quand on ne se laisse pas faire, il y a un retournement immédiat qui consiste à se victimiser soi-même (« pourquoi moi », « qu’est-ce que j’ai fait », « pourquoi c’est toujours moi », « ça se fait pas »). »

A lire aussi, Lisa Kamen-Hirsig: L’école contre le réel

J’ai fait ma petite enquête auprès des collègues en exercice dans des zones difficiles — mais qui ne sont pas forcément labellisées ainsi.
L’une met en cause le confinement : en deux ans d’école supprimée ou bancale, les élèves ont perdu l’habitude d’écouter, voire tout simplement d’être assis. Ils s’étonnent encore de ne pas pouvoir se lever pour aller chercher un Coca dans le frigo.
Une autre pense à l’extrême féminisation du corps enseignant. Et de préciser — pour mettre les points sur les i : « Quand j’étais en collège en banlieue parisienne, il y a une bonne quinzaine d’années, les collègues femmes et moi avions déjà nettement plus de problèmes de discipline (ou même de statut) que les « collègues hommes ». Et oui, c’est certainement lié aussi (pas seulement mais aussi) à un certain type de public qui a une relation particulière aux femmes, et carrément compliquée aux « femmes de savoir ». »
Une autre, qui enseigne en CPGE, note : « Il y a certainement aussi une perte de limites, d’autorité, que mes collègues de prépas scientifiques constatent désormais y compris avec les élèves de ces prépas en cours de maths ou physique. En français ou philo, c’était habituel depuis que j’y suis (14 ans), et cela s’est aggravé. Mais je l’imputais au fait de ne les voir que peu, d’être une matière à faible coefficient — comme la musique ou le dessin en collège…
Mais donc les élèves qui n’écoutent pas, ne bossent pas et de surcroît contestent (et s’imaginent qu’ils sont brillants), il y en a désormais en prépas… »
Enfin, telle enseignante en IUT se trouve en butte à l’hostilité pas même camouflée des Musulmans locaux, qui ne tolèrent pas qu’une femme leur enseigne quoi que ce soit. Quand de surcroît elle a les cheveux courts, on l’identifie immédiatement comme « gouine », ces adorables bambins adultes n’étant jamais à court d’un cliché.
J’ajouterai la prépondérance éducative, à la maison, des théories (et pratiques) de l’enfant-roi, qu’il soit considéré comme HPI (forcément puisqu’il est intenable) ou tout simplement comme le petit mâle auquel ses sœurs et sa mère doivent obéir. La gifle se fait rare, la fessée est proscrite. Il en est à la maison comme à l’école : désormais, on écoute ce que le petit morveux croit avoir à dire : les femmes sont impures et la terre est plate.

Les raisons d’une déconfiture ne sont jamais uniques. Elles sont multi-factorielles. Mais il y a un axe de lecture qui n’a pas été pris en compte dans cette recherche des causes d’ensauvagement : c’est le facteur-temps. L’évolution vers la sauvagerie et la bestialité n’a pas été régulière. Elle s’est singulièrement accentuée depuis quelques mois.
Certes, la situation s’est lentement dégradée depuis une dizaine d’années. Le confinement a donné un coup d’accélérateur — mais au fur et à mesure que l’on reprend en main les élèves laissés en jachère pendant deux ans, cela devrait se tasser. Or, la situation s’est brutalement aggravée à la rentrée de septembre, plus encore à celle de janvier.

Nanterre (92), une islamiste marche dans la ville après le désordre suite aux violences et affrontements entre police et manifestants, 29 juin 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

L’après-Nahel

Début septembre, certains élèves étaient encore dans l’exaltation de leur joli coup de pseudo-émeute et de vrais pillages de début juillet. Ils avaient fait entendre leur puissance collective, face à des forces de l’ordre qui n’osent plus réagir — et ont d’ailleurs l’ordre de rester passive.
Depuis début janvier, c’est bien pire. En cause, le parti-pris pro-Gaza de nombre d’élèves musulmans. Déjà qu’il fallait gérer ceux qui niaient la Shoah (une invention des Juifs, comme chacun sait), il faut désormais faire avec ceux qui affirment que les bébés jetés dans les fours sont un pur mensonge israélien. Encouragés par des leaders politiques qui ne savent plus où ils ont rangé leur gauche, ils arrachent les photos placardées d’otages israéliens, et se lancent dans des campagnes de manifestations systématiques — tous les samedis. Et je passe sur les déferlantes de graffitis et autres bombages.
Spontanées, ces manifestations hurlantes ? Je n’en crois rien. Celles qui se déroulent dans la rue, avec haut-parleurs, banderoles et musique, sont soigneusement préparées. Aucune improvisation. Un orchestre clandestin s’est saisi de cette opportunité pour lancer à l’assaut de notre civilisation en général et de l’Ecole en particulier des hordes à intellect minimal et pulsions chauffées à blanc. Le moindre incident, la moindre mauvaise note, la moindre contestation de leur pouvoir de brutes sont autant de prétextes à protestations violentes, qui infailliblement amènent les parents à faire chorus avec leurs chers bambins si malmenés par le Système. Les agressions contre les surveillants, l’administration et les enseignants ne se comptent plus — sinon, chaque semaine, sur les cinq doigts de chaque main. On n’enseignait plus, depuis longtemps, qu’en atmosphère tendue. On ne bosse plus désormais qu’en atmosphère survoltée. En fait, on ne travaille plus du tout.

A lire aussi, du même auteur: Génération connards

Il en est des élèves comme des supporters de foot (ce sont d’ailleurs souvent les mêmes) : ils s’alignent sur le comportement et les vociférations des plus bêtes — et le terme de « bête » n’est pas gratuit : ils ont renoncé au langage, ils sont passés à l’étape du cri inarticulé, et désormais l’étape suivante est le coup porté avec une spontanéité touchante… Après « À mort l’arbitre ! », on est passé à « À mort le prof » — et Samuel Paty ou Dominique Bernard portent témoignage du fait que ce ne sont pas des métaphores.
Alors, je pose une question très simple : jusqu’à quand les autorités tolèreront-elles que l’on assassine des enseignants — et continueront à s’étonner que l’on ait des problèmes de recrutement ?

Gabriel Attal, alors ministre de l’Education nationale, visite une école primaire à Saint-Germain-sur-Ille (35) © Gabrielle CEZARD/SIPA

Dernier point. Les cours d’« empathie », dans ces circonstances, risquent fort d’avoir un effet négatif. Les proies, désignées à la collectivité, ne connaîtront aucun apaisement — et les enseignants, qui ne sont pas partie prenante de l’empathie universelle, paieront les pots cassés des hormones réfrénées : le harcèlement vis-à-vis des profs, qui sont le fait des élèves et des parents, qui via Pronote envoient des messages insultants aux enseignants et à leur hiérarchie, parfois en pleine nuit, est en expansion lourde. On sait comment cela peut finir.

Quant aux groupes de niveau que devrait générer la fin du collège unique, ils risquent, s’ils ne sont pas gérés d’une main légère et avec beaucoup d’intelligence, avec des passerelles d’un groupe à l’autre tout au long de l’année, d’enfoncer les élèves les plus turbulents — qui sont neuf fois sur dix les plus faibles — dans une spirale descendante. Ils commenceront par dire « Je suis parmi les nuls parce que je suis noir / maghrébin / manouche. Et ils se vengeront. Ils savent qu’ils peuvent compter sur leurs parents, et sur leurs « grands frères ».

Interrogations abyssales. C’est peut-être la raison pour laquelle Mara Goyet, après avoir émis des questionnements fondés, a supprimé de sa page tout ce que j’ai reproduit ici — et que j’avais sauvegardé immédiatement après parution.

Par ici la sortie… de l’Histoire

0
Le député européen Niyazi Kizilyurek en 2019. © Philippos Christou/AP/SIPA

Les Européistes et eurocrates font tout – et n’importe quoi – pour déconstruire les nations du Vieux Continent. L’éditorial du mois de février d’Élisabeth Lévy.


On dirait des villageois qui dansent en rond pour faire venir la pluie (ce qui soit dit en passant s’est réellement produit dans un village français il y a quelques mois). Depuis plusieurs décennies, les adorateurs de la « construction européenne » implorent les dieux de faire advenir ce fantasmatique peuple européen qui nous délivrera enfin de nos coupables lubies – également appelées égoïsmes nationaux. Ils devraient en causer à la Chine et à l’Amérique, de l’égoïsme national. On voit mal comment une nation existerait sans une population convaincue qu’il faut la préférer et la défendre. L’Europe, justement, se fait une fierté de ne pas être égoïste et d’affronter le reste du monde à coups de valeurs. Le résultat, c’est que son influence n’est pas indexée sur ces évanescentes valeurs, mais sur sa capacité de consommation. Quand d’autres aspirent à être le laboratoire ou l’atelier du monde, l’Europe est un « grand marché ». Ou, comme l’observait un brin désabusé le philosophe Peter Sloterdijk, une vaste salle de gym, dont les charmes, espère-t-on à Bruxelles, finiront par avoir raison des rouspétances des Hongrois, Polonais et autres Tchèques.

Qu’on me pardonne cette allusion personnelle, il se trouve que j’écris ce texte dans l’avion qui me ramène de Tel-Aviv[1]. Entre la fatigue européenne d’être soi et la volonté israélienne de persister dans son être, le contraste est cruel. Quand chaque mère, en Israël, accepte le déchirement de sacrifier ses enfants à l’avenir du pays, les Européens, transformés en individus-rois, n’ont de cesse de demander ce que leur pays peut faire pour eux et de brailler parce que ce n’est jamais assez. Autrement dit, le grand rêve européen n’est pas de se réconcilier avec son passé, mais d’en finir avec lui. Sortons enfin de l’Histoire et de ses tourments.

A lire aussi : Le grand effacement, ou comment la France peut disparaître

Pour construire l’Europe, il est donc urgent de déconstruire les nations qui la composent. Européistes et eurocrates n’ont pas ménagé leurs efforts pour ouvrir nos âmes endurcies, alternant chantage moral – l’Europe ou le fascisme – et promesse – d’un avenir radieux.

La résolution visant à promouvoir une « conscience historique européenne » votée le 17 janvier par le Parlement de Strasbourg entend soumettre l’étude du passé du Vieux Continent à l’intérêt supérieur de l’Union, en favorisant un enseignement rompant avec « les stéréotypes et les vaches sacrées des histoires nationales ». Remarquez, Niyazi Kizilyürek, le député chypriote d’extrême gauche qui a pondu ce texte est un sacré farceur. Tout en affirmant « l’histoire ne doit jamais être relativisée, déformée ou falsifiée à des fins politiques », sa résolution affirme que « le chauvinisme, les stéréotypes sexistes, les asymétries de pouvoir et les inégalités structurelles sont profondément ancrés dans l’histoire européenne ». Face à ce passé de crime et d’obscurité, l’enseignement doit rendre justice aux « invisibilisés » et en finir avec « la marginalisation des femmes et autres groupes sous-représentés ». Ce salmigondis woke se conjugue, sans surprise, à l’inévitable jargon pédagogiste précisant que l’enseignement doit être « interdisciplinaire et intersectionnel » (faudra m’expliquer), appliquer « une pédagogie innovante et centrée sur l’apprenant », et utiliser toutes sortes de sources, y compris les récits oraux– espérons que des conteurs africains viendront prêter main-forte à nos professeurs. En attendant, les gouvernements devraient plutôt se soucier de l’abyssale ignorance des élèves. Quand 46 % des jeunes Français sont incapables de situer dans le temps le début de la Révolution[2], leur demander de connaître Olympe de Gouges est un brin présomptueux.

A lire aussi, François-Xavier Bellamy: La crise rurale est liée à une idéologie de la décroissance

Le plus rigolo c’est que cette brillante initiative a abouti à la déconfiture de son auteur. Dans sa version initiale, la résolution mentionnait « les crimes commis par les régimes totalitaires nazis, fascistes et à l’époque du colonialisme » – on notera la subtile assimilation a posteriori du colonialisme à l’hitlérisme. Or, suite à diverses manœuvres excellemment relatées par Charlotte d’Ornellas[3], un amendement proposé par François-Xavier Bellamy et voté par les élus de l’ancien bloc soviétique a ajouté à la liste « les crimes du communisme ». À gauche, on ne voit pas de quoi il est question, sans doute une invention des forces réactionnaires. Résultat, Niyazi Kizilyürek et avec lui toute la gauche europarlementaire renient leur enfant au mépris de tous les usages, ce qui contraint (pour des raisons procédurales) une élue de la droite européenne à le reprendre sous son aile. Le texte est adopté contre ses initiateurs[4]. Et toc !

Reste qu’heureusement, ce texte n’aura pas la moindre conséquence concrète. L’épisode est néanmoins révélateur, non seulement du wokisme furibond qui gangrène les gauches européennes, mais aussi de l’hémiplégie persistante de leur mémoire. L’Europe doit regarder son passé en face, mais à condition de n’ouvrir qu’un œil.


[1] Je participais à un voyage de solidarité organisé par le KKL.

[2] Étude OpinionWay pour La Tribune, 7 janvier 2024.

[3] Charlotte d’Ornellas, « Derrière la culpabilisation de l’histoire européenne », le débat sur le communisme, Le Journal du dimanche, 26 janv. 2024.

[4] François-Xavier Bellamy explique au JDD que, s’il ne pouvait pas voter un tel texte, il ne voulait pas non plus joindre sa voix à celles d’une gauche qui refuse d’inscrire le communisme parmi les fléaux du siècle dernier. Il s’est donc abstenu.

Gestion forestiere «à la française»: une excellence à défendre

0
DR

Les forêts couvrent 31% du territoire métropolitain. Une grande richesse. Le défi du siècle: renforcer la résistance de nos forêts, qui seront fortement affectées par le réchauffement climatique.


Dans l’actualité, « forêt » renvoie souvent à des images funestes – feux ravageurs et déforestation galopante. Si les incendies de grande ampleur touchent en effet l’ensemble des pays, les pratiques françaises en matière de sauvegarde des forêts contrastent avec celles de nos voisins. Notre pays se distingue en effet par l’excellence de sa gestion forestière – responsable, durable et résiliente au changement climatique. La France doit cette position enviable à sa singulière stratégie forestière et à la qualité du travail de ses forestiers. Très attachés à leurs forêts, les Français doivent prendre conscience que ceux qui les gèrent le font avec passion, savoir-faire et volonté d’en prendre soin.

La reforestation : un objectif planétaire, une réalité française

La préservation de la forêt, puits de carbone et refuge de la biodiversité, est un enjeu environnemental de premier ordre. En 2021, les dirigeants de plus de 100 pays et territoires se sont ainsi engagés à stopper la déforestation mondiale d’ici 2030, et basculer ensuite vers la reforestation. Cette lutte semble toutefois mal engagée : loin de refluer, la déforestation mondiale s’est accrue de 4 % en 2022.

Comme aucun autre discours n’est audible, les Français pensent qu’il en va de même pour leurs chères forêts – saccagées, coupées, rasées, pour laisser place à des immeubles ou des autoroutes. Les trois-quarts des Français s’imaginent ainsi que la surface de la forêt, en France, a reculé depuis deux siècles. Elle a en fait doublé sur la période. En effet, les derniers chiffres de l’IGN montrent que les forêts françaises couvraient, en 2022, 31% du territoire métropolitain, pour 17,3 millions d’hectares. C’était seulement 19 % en 1908 ! Cette dynamique de reforestation s’est même accélérée ces dernières décennies : depuis 1950, la forêt française gagne en moyenne 80 000 hectares par an.

Notre pays tire ici les bénéfices d’une stratégie singulière, qui gagnerait à être imitée: privilégier, sur tout le territoire, une gestion multifonctionnelle des forêts – à la fois écologique, sociale et économique, tout en renforçant leur résilience au changement climatique.

A lire aussi, François-Xavier Bellamy: «La crise rurale est liée à une idéologie de la décroissance» 

La France profite également de l’excellence du travail de ses forestiers, et plus généralement de ses réseaux d’experts. Notre filière forêt-bois est structurée et efficace, avec différents organismes aux rôles complémentaires, chargés de sauvegarder, soigner, valoriser et faire croître nos forêts. Parmi eux, on citera en exemple l’Office National des Forêts (ONF), en charge de la gestion durable des forêts publiques, qui joue un rôle prépondérant dans la préservation et le développement de ces espaces. L’Union de la Coopération Forestière Française (UCFF), qui représente et soutient les coopératives forestières, contribuant au développement durable de la filière. Enfin, Fransylva, une fédération représentant et défendant les intérêts des propriétaires forestiers en France auprès des instances locales, nationales et internationales​​ et le CNPF (Centre national de la propriété forestière), un établissement public français chargé du développement de la gestion durable des forêts privées, comptent parmi les associations qui s’engagent au quotidien dans la gestion et la préservation des forêts.

Ces organismes, comme l’ensemble du réseau français, travaillent main dans la main avec les propriétaires forestiers, eux aussi conscients des enjeux environnementaux et désireux, dans leur majorité, de participer à cet effort collectif. Notons enfin, la collaboration indispensable de l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) qui joue un grand rôle dans l’équilibre sylvo-cynégétique.

Une gestion durable favorable au climat et à la biodiversité

Cette collaboration soutient une approche forestière durable, notamment en favorisant les forêts étagées et mélangées[1], et le couvert forestier continu. Cette stratégie permet d’accueillir une densité végétale accrue : elle se traduit par une hausse spectaculaire du taux de stockage de carbone des forêts françaises, passé de 58 tonnes de CO2 par hectare en 1981 à 81 tonnes par hectare en 2022. En 40 ans, le puits de carbone offert par les forêts françaises a ainsi presque doublé[2].

Mais le bénéfice environnemental de cette gestion vertueuse va plus loin : elle renforce la résistance de nos forêts, elles aussi fortement touchées par le réchauffement climatique. Par exemple, la hausse de la mortalité des arbres qui en découle compromet de fragiles équilibres : la filière française s’attache ainsi à rendre les forêts plus résistantes à la chaleur, à combattre les invasions de ravageurs (que favorisent les automnes doux) tout en préservant la biodiversité, à réparer les massifs démolis par les tempêtes, ou encore à replanter les forêts détruites par les incendies. Elle participe ainsi à réduire l’impact des catastrophes naturelles et accompagne la régénération des populations après des épisodes de crise.

C’est également une stratégie d’anticipation que déploie la filière. La France métropolitaine possède en effet les forêts les plus variées d’Europe. Avec 190 essences d’arbres différentes, elle compte près de trois quarts des essences présentes en Europe. Par cette diversité, les forêts tricolores offrent ainsi une grande variété d’écosystèmes forestiers, leur garantissant une plus grande résilience face au réchauffement, et une large biodiversité pour les autres végétaux et les animaux.

A lire aussi, Jean-Baptiste Noé: Nos agriculteurs se révoltent surtout contre la chape des normes

Cette biodiversité est également favorisée par la sauvegarde des forêts anciennes. Cette gestion de la maturité des forêts est là aussi un enjeu crucial dans la gestion forestière durable. En plus d’être un habitat idéal pour toutes sortes de faunes et de flores, les forêts âgées ont une plus grande capacité à produire du bois et à séquestrer le dioxyde de carbone. Cela souligne l’importance d’une stratégie de gestion qui ne doit pas se limiter à la reforestation ou à des objectifs exclusivement productivistes. Il convient, comme la filière le fait, de prendre en compte la protection et l’entretien des forêts existantes pour maximiser leur potentiel écologique et leur contribution à la lutte contre le changement climatique.

Fierté et confiance

Seule ombre au tableau : malgré la bonne volonté de la plupart des propriétaires, 40% des surfaces forestières privées[3] ne sont pas véritablement gérées, par manque de moyen, de temps et de savoir-faire. Notre stratégie forestière doit mieux prendre en compte ce morcellement du territoire forestier en petites parcelles privées, notamment par un soutien de l’État aux plus petits propriétaires : nous pourrons ainsi synchroniser et harmoniser l’ensemble de nos pratiques forestières vers la durabilité.

Si les pouvoirs publics sont attentifs aux besoins des forêts et aux risques qui les menacent, il reste bien sûr beaucoup à faire. Des dispositifs comme le plan incendie de l’été 2023, ou le plan pour le renouvellement forestier (PNRF), attendu pour la fin de l’année 2023, participent cependant à conserver l’avance de la France sur ses voisins dans la gestion raisonnée de son trésor forestier.

Malgré les signaux forts qui brouillent l’image de nos forêts auprès des Français, la France peut s’enorgueillir, avec mesure, tant les chantiers nécessaires sont encore grands et les enjeux à venir importants, de la qualité de sa gestion des forêts, durable et cohérente avec cette urgence climatique. Pragmatique, privilégiant la résilience et le long-terme, pansant efficacement les plaies des catastrophes, la filière forêt-bois française fait figure de référence pour nos voisins, et se positionne en première ligne des défis majeurs de notre siècle.


[1] Avec des arbres de tailles et d’âges différents, associant plusieurs essences d’arbres, par opposition à la monoculture avec des arbres d’âge identique, beaucoup plus sensible aux catastrophes et aux ravageurs.

[2] En combinant la double hausse des surfaces forestières et du captage par hectare.

[3] Soit 30 % de la surface forestière totale, 75 % de cette dernière étant détenue par des propriétaires privés.

Justice: Emmanuel Macron entre mépris et récupération…

0
Bordeaux, 9 fevrier 2024. Le président Macron assiste à la prestation de serment de plus de 450 auditeurs de Justice réunis au Palais des Congres en présence du ministre de l'Iterieur Gérald Darmanin et du ministre de la justice et garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti © SEBASTIEN ORTOLA-POOL/SIPA

Vendredi 9 février, Emmanuel Macron a assisté à la prestation de serment d’une promotion annuelle de l’École nationale de la magistrature, à Bordeaux. L’ombre de Robert Badinter planait au-dessus de l’évènement. Philippe Bilger rappelle que, malgré les mots sages contenus dans ce discours de notre président, ce dernier a démontré depuis 2017 qu’il ne tenait pas en haute estime les magistrats.


Le vendredi 9 février, le jour de la mort de Robert Badinter, le président de la République est à Bordeaux et il prononce un discours devant 459 auditeurs de justice – une promotion historiquement élevée – à l’École nationale de la magistrature dont l’ancienne avocate qui la dirige, Nathalie Roret, n’est pas dénuée d’idées pertinentes et d’actions valables. Alors que j’analyse son rapport général avec l’institution judiciaire et la Justice comme un mépris à peine dissimulé et une récupération assumée, il y a tout de même dans son allocution des propos qui ne peuvent que me réjouir puisque je n’ai cessé de réclamer du service public de la justice rapidité et efficacité. Au service précisément du public.

Partiellement lucide

Quand Emmanuel Macron affirme que « nous devons diviser les délais de notre justice par deux d’ici à 2027 ; ce n’est pas un objectif, c’est un impératif… cette rapidité est source de légitimité… Si la justice ne gagne pas en efficacité, en proximité, en célérité, alors, qu’on se le dise, chacun trouvera toujours d’autres moyens de juger les litiges, chacun les trouve d’ailleurs déjà : par l’opprobre médiatique, par le bannissement social, au mépris de la présomption d’innocence », il a évidemment totalement raison. Le citoyen doit être notre juge bien davantage que la bureaucratie administrative et ministérielle qui inspire, domine et étouffe. Mais cette lucidité ponctuelle est gâchée par sa vision structurelle du monde judiciaire et surtout de la magistrature elle-même. Comment peut-on être un bon berger quand, par mille signes, actions, abstentions ou nominations, on manifeste qu’on n’estime pas son troupeau ? Comment ce dernier pourrait-il être convaincu par un enseignement diffusé par un président avec si peu d’empathie ?

A lire aussi: Une légende du siècle

Le président de la République a évidemment célébré Robert Badinter, en particulier pour son rôle capital dans l’abolition de la peine de mort en 1981, grandement facilité par un François Mitterrand à la fois provocateur (il avait beaucoup fait décapiter sous la IVe République) mais repentant.

En respectant le délai de décence, j’ai moi-même salué d’emblée sur CNews, Europe 1 et Valeurs actuelles cette personnalité exceptionnelle disparue, en rappelant ses brillantes et diverses activités, notamment avec les postes prestigieux qu’il a occupés, mais on peut aussi critiquer sa politique pénale comme l’a très bien fait Georges Fenech. Ses principaux éléments ont tous favorisé – à l’exception de l’heureuse abolition de la peine de mort – un laxisme porté par une idéologie très hémiplégique. Il suffit de relever qu’elle a été constituée essentiellement par des suppressions et des adoucissements. Il a fallu ensuite tenter de rattraper la rigueur perdue ! La société était moins à protéger que les principes d’une gauche si sûre d’elle-même… Bien sûr, le président ne pouvait pas être négatif mais un accord profond se laissait toutefois deviner entre cette philosophie pénale emplie de mansuétude et la faiblesse régalienne depuis 2017 malgré quelques voltes fluctuantes et sur le tard moins naïves.

A lire aussi: Affaire Depardieu: «Brigitte» mi-woke, mi-réac

Présomption d’innocence, un nouveau culte macroniste

Je ne peux non plus éluder – même si j’en ai déjà trop parlé – la nomination provocatrice d’un remarquable avocat d’assises comme ministre, mais dont la particularité était d’avoir toujours dénigré le monde professionnel dont il aurait la charge. Maintenu lors du changement de gouvernement, mis en examen, relaxé par la CJR sans qu’un procureur général frileux tire par un appel les conclusions d’une décision juridiquement incohérente, renouvelé sous Gabriel Attal, son parcours manifeste le peu de crédit qu’Emmanuel Macron a attaché à la Justice. Son seul souci étant d’exprimer le sentiment condescendant que la magistrature lui inspirait et de n’être évidemment pas gêné par un Dupond-Moretti sur la même ligne, avant.

29 novembre 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Un exemple déterminant de cette hostilité est le changement radical que le président a opéré sur la volonté initiale de faire démissionner les ministres mis en examen, avant d’effectuer un revirement manifesté par l’apparent culte de la présomption d’innocence. Comme si celle-ci ne relevait pas du seul plan judiciaire à gérer dehors par le mis en examen. Alors que son maintien, au contraire, mettait à bas sa légitimité politique et sa crédibilité dans l’action à l’égard des concitoyens. Il n’était pas très républicain d’assurer de sa confiance systématiquement tous les politiques et ministres de son bord mis en cause. Comme s’il faisait forcément l’impasse sur ce qui pouvait leur advenir judiciairement. Il n’était pas non plus d’une grande élégance de reprocher aux magistrats de vouloir composer, faire ou défaire les gouvernements comme si ceux-ci, saisis de soupçons de transgression de la part de certains ministres, avaient un autre choix que d’instruire sur eux. La circonstance que quelques-uns ont été relaxés n’infirme pas mon argumentation. Il y a eu des appels pour François Bayrou et pour Olivier Dussopt (pas reconduit comme ministre) et on a vu ce qu’il en était pour Dupond-Moretti. Les « prévisions de culpabilité » démenties, dont Emmanuel Macron se félicite, peuvent demain être révisées à charge.

A lire aussi: Droit du sol, enfin!

Il est pertinent de conclure que la violation de la sage « jurisprudence Balladur » – mis en examen, le ministre doit démissionner – révèle chez Emmanuel Macron, plutôt que l’apparent souci de la présomption d’innocence, la volonté de tenir pour rien, sur le plan politique, les décrets d’un univers judiciaire moqué par le président et son conseiller le plus proche, Alexis Kohler. Louis Hausalter dans cet article du Figaro a raison quand il écrit que « depuis qu’il est au pouvoir, le chef de l’Etat ne tient pas les magistrats en haute estime ». Emmanuel Macron a de la chance d’être en partie protégé par un double bouclier : celui des outrances politisées du Syndicat de la magistrature et celui de la passivité étonnante du corps judiciaire face à ce qu’il faut bien considérer comme un scandaleux discrédit présidentiel. Cette approche présidentielle, entre mépris et récupération, pourrait être aisément récusée par cette justice honorable et travailleuse dont elle se moque mais qu’elle prétend pourtant stimuler. En effet, citoyens, ces magistrats dédaignés ne pourraient-ils pas retourner le compliment à ce pouvoir tel qu’il est présidé en dénonçant sa légitimité à les juger quand lui-même serait évidemment condamné dans le cadre d’un procès équitable !

Libres propos d'un inclassable

Price: ---

0 used & new available from

La poudre aux yeux, symptôme du vide en politique

0
"Elle devait rester mon jardin secret… Une photo de mon écran de téléphone cette semaine en a décidé autrement" a écrit le Premier ministre Gabriel Attal sur le réseau social Instagram en présentant à ses fans sa chienne "Volta". Photo: RS.

Ivan Rioufol n’attend plus grand-chose de Gérald Darmanin ou Gabriel Attal, dont l’audace n’est qu’apparente. La politique de la poudre aux yeux prend les citoyens pour des imbéciles.


L’anecdote illustre le vide qui emplit la politique : alors qu’un député argumente à l’Assemblée, lundi dernier, sur la motion de censure déposée par la gauche contre le gouvernement, Gabriel Attal est photographié montrant à ses voisines, dont Rachida Dati, la photo de son chow-chow, Volta, que les sœurs du Premier ministre viennent de lui envoyer sur son portable. Si l’on rapproche cette scène puérile sur le petit chien du long entretien accordé ce week-end par Vladimir Poutine au journaliste américain Tucker Carlson, se mesure par contraste ce que le politologue Gaël Brustier décrit comme « l’épuisement complet de la vie politique et de ses protagonistes »1Tandis que l’autocrate russe puise longuement dans l’histoire et « l’âme » de son peuple pour justifier sa politique vis-vis de l’Ukraine et du monde occidental, les dirigeants français affichent une affligeante légèreté devant le tragique de l’histoire. L’ancien Premier ministre macronien, Edouard Philippe, parle d’or quand il voit, dans La Tribune-Dimanche2, le futur président de 2027 comme « enraciné, grave, qui parle peu mais fait ». Cependant, ce contre-portrait d’Emmanuel Macron ne trouve à s’incarner chez aucun de ses disciples au pouvoir, qui persistent à chanter les mérites de la mondialisation et de l’Europe supranationale. Comme le rappelle cette fois François Bayrou à l’adresse du chef de l’État et de son jeune Premier ministre, dont il a refusé de rejoindre l’équipe, rien n’est plus préoccupant que « l’ignorance par les responsables du sommet de ce que vit la base ». Pour avoir porté depuis des lustres cette critique du déracinement des élites et de leur éloignement des gens ordinaires, je ne peux qu’approuver ce diagnostic tardif.

Ce constat a une conséquence immédiate : il ne faut rien attendre de ceux qui ont mis la France dans cet état de chaos ; ils sont possédés par leurs erreurs. Déjà, les agriculteurs menacent de reprendre leur mouvement. Le volontarisme déclamé par Attal sur l’École n’aura duré que quelques semaines. En nommant, jeudi, Nicole Belloubet pour lui succéder, le chef de l’État a réintroduit la gauche idéologue au cœur de l’Éducation nationale. Les écrits d’hier de l’ancienne militante socialiste laissent présager son alignement sur les positions syndicales qui ont contribué à l’effondrement du système scolaire. C’est la nouvelle ministre de l’Éducation qui a parlé en 2016 des « fariboles sur la restauration de l’autorité » et qui a défendu l’urgence de « sortir du cadre rigide du cours magistral ». 

De la même manière, il ne faut guère attendre de résultats après l’audace apparente de Gérald Darmanin, qui a annoncé ce week-end vouloir supprimer le droit du sol à Mayotte, 101ème département submergé par l’invasion comorienne et africaine. L’effet d’annonce, que le gouvernement refuse d’étendre à l’ensemble de la France, a surtout été le prétexte pour mettre fin aux visas territorialisés qui assignaient à demeurer dans l’archipel. Dès hier, des titulaires d’un titre de séjour ont été acheminés en métropole afin d’y être disséminés. La politique de la poudre aux yeux prend les citoyens pour des imbéciles. Les dirigeants devraient y prendre garde…

Les analphabètes au pouvoir

Price: ---

0 used & new available from


  1. Les analphabètes au pouvoir, Editions du Cerf ↩︎
  2. https://www.latribune.fr/economie/politique/la-competition-ne-me-fait-pas-peur-edouard-philippe-990221.html ↩︎

Hidalgo ou la guerre scolaire… urbaine

0
Paris. DR.

Voici venue la «guerre scolaire urbaine» alerte Anne Coffinier ! À Paris, sept établissements d’enseignement privés se retrouvent piégés par le plan local d’urbanisme de la mairie.


Le nouveau PLU (plan local d’urbanisme) de la Ville de Paris a prévu de contraindre près de 2000 bâtiments à se transformer à terme, en tout ou partie, en logements sociaux. Techniquement, ces parcelles sont classées en « emplacements réservés » ; on dit ainsi pudiquement qu’elles sont « pastillées » par le PLU. Des établissements publics sont visés, tels que le CROUS de Mabillon, mais aussi des immeubles de bureaux, des immeubles de logement et même – et c’est l’objet de cet article – des établissements d’enseignement privés sous contrat.

Manœuvres immobilières

Les propriétaires institutionnels de bureau ont conduit un lobbying actif et se sont vivement défendus dans les médias. Ils menacent d’utiliser massivement leur droit de « délaissement » pour forcer la Mairie de Paris à reculer. Concrètement, ils prévoient de demander à la Mairie de racheter leur bâtiment et, si elle ne l’avait pas fait dans le délai imparti d’un an, le bâtiment en question serait dépastillé, donc libéré de ses obligations quant aux logements sociaux.

A lire aussi, Jean-Robert Pitte : Merci à Stanislas !

La manœuvre est habile : la Mairie de Paris, déjà lourdement endettée, n’aura pas les moyens financiers d’acheter des centaines de parcelles à Paris, a fortiori dans un contexte également compliqué pour les bailleurs sociaux.

Sept écoles piégées !

Et voilà qu’on découvre qu’au moins sept établissements privés catholiques scolaires sous contrat sont pastillés  dans la capitale ! Ces derniers ne pourront ni construire, ni mener une restructuration lourde, ni réaliser une extension, ni surélever un bâtiment, ni réaliser un changement de destination sans devoir créer des habitations dont une partie de logements sociaux pouvant aller jusqu’à 100% de la surface d’habitation créée. Autrement dit, cela signifie que ces derniers seront privés de la possibilité de réaliser tout type de travaux de grande ampleur. Leur développement sera donc gelé.

Mais de quels établissements s’agit-il ? Le collège Saint-Jean Gabriel dans le 4è arrondissement, l’école Saint-Eloi, le collège Sainte-Clotilde et le lycée Saint-Michel de Picpus dans le 12è, mais aussi les groupes scolaires Saint-Vincent de Paul et de Notre-Dame de France dans le 13è arrondissement ainsi que le lycée Saint-Michel des Batignolles dans le 17è. Curieux coup du sort, qui vient dans le contexte de l’annonce de la suspension des subventions de la Ville de Paris à l’école Stanislas, en contradiction avec la loi.

Les écoles pastillées viennent donc d’être invitées par la Direction diocésaine de Paris à protester par écrit, dans le cadre de l’enquête publique ouverte jusqu’au 29 février. En plus de cette étape nécessaire, les établissements catholiques concernés et les parents d’élèves ont évidemment intérêt à faire connaître fortement leur opposition, à l’instar de ce qu’ont fait les foncières et autres propriétaires institutionnels de bureaux, sans quoi  ils seront immolés par « notre Drame de Paris », Anne Hidalgo.

Le pas de vague n’est pas possible

En politique, le « pas de vagues » n’est pas une option. En religion, non plus d’ailleurs, mais c’est un autre sujet.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli : Brutes, racailles et sauvageons: le quotidien des enseignants

Une fois le PLU adopté, restera la possiblité de l’attaquer au tribunal administratif pour illégalité. N’est-ce pas en effet un détournement de procédure que de classer tant de parcelles en emplacement réservé, alors que la Mairie de Paris sait bien qu’elle est incapable de les racheter lorsque les propriétaires feront valoir en nombre leur droit de délaissement ?

Cet usage offensif du dispositif de pastillage est de la politique. Anne Hidalgo fait même preuve d’innovation en inventant une nouvelle dimension à la guerre scolaire qui se joue maintenant… dans la rue ! Voici en effet venue la « guerre scolaire urbaine ».  Comme c’est technique, la Maire de Paris a pu avancer sans être repérée.

Il est quand même inouï que les écoles visées n’aient été prévenues que le 6 février. Au Conseil de Paris, personne n’a identifié cette attaque contre les établissements catholiques sous contrat lorsque le PLU a été examiné. Il faut dire que les parcelles sont nommées uniquement par les numéros de rue et que la loi ne prévoit pas d’obligation pour les mairies de prévenir les propriétaires concernés. Là encore, seuls les initiés pourront agir et sauver la valeur marchande et la liberté d’utilisation de leur propriété. Drôle de conception de la transparence politique et du respect des droits des citoyens, dont pas moins de 40% des enfants sont scolarisés dans les établissements sous contrat parisiens…

Donald Trump, président de la Confédération des États… (dés)Unis

0
Donald Trump et Greg Abbott, Pharr, Texas, juin 2021 © Eric Gay/AP/SIPA

Entré en rébellion ouverte contre Washington, le Texas menace les États-Unis d’une nouvelle sécession. Une idée qui fait son chemin chez les Républicains à la veille des élections générales où les Américains sont appelés à renouveler leurs élus. En cas de nouvelle défaite, leur champion, Donald Trump, sera-t-il le nouveau Jefferson Davis fantasmé d’une nouvelle Confédération sudiste à venir ? 


Dépeignant une Amérique du Nord plongée dans une guerre civile terrifiante, le film « Civil War » du réalisateur Alex Garland, dont la sortie en salles est programmée dans deux mois, résonne déjà comme une production prophétique dans un pays plus divisé que jamais à l’approche d’élections générales cruciales.

Etats républicains frondeurs

Face à l’afflux de milliers de migrants traversant la frontière mexicaine pour entrer au Texas, cet État du sud des Etats-Unis a décidé en juillet 2023 d’ériger des kilomètres de barbelés et d’installer des barrières flottantes le long du Rio Grande.  Une décision qui n’a guère été du goût de Washington. On ne compte désormais plus les morts et blessés qui ont tenté de traverser ce mur du sang pour vivre le rêve américain.

Confronté aux gardes-fédéraux qui lui ont ordonné de démanteler son mur, Greg Abbott, le gouverneur républicain du « Lone Star State », a refusé d’obtempérer. L’affaire a été portée devant la Cour suprême, qui a statué que ceux-ci étaient légalement autorisés à intervenir avec une pince pour couper cette clôture en fer aux pointes acérées. Loin d’être décontenancé par cette décision, Greg Abbott a invoqué son droit « constitutionnel à se défendre et à se protéger contre cette invasion ». Accusant parallèlement le président Joe Biden de « refuser d’appliquer et de violer les lois actuelles sur l’immigration », Abbott a déclaré, dans une lettre publiée le 24 janvier dernier, que le « gouvernement fédéral avait rompu le pacte entre les États-Unis et les États », déclenchant ainsi une tempête médiatique et ravivant les discussions sur la sécession. En outre, 24 autres gouverneurs républicains ont conjointement signé une lettre de soutien au Texas, exprimant ainsi leur rébellion ouverte contre la Maison blanche. Vingt-six procureurs généraux républicains leur ont emboîté le pas en envoyant une lettre similaire au président Biden. « À l’heure actuelle, les cartels, les groupes terroristes et d’autres acteurs malveillants profitent du chaos à la frontière pour orchestrer un afflux massif de personnes. Les gangs utilisent le flux de personnes pour dissimuler leurs membres « prédateurs » lorsqu’ils entrent aux États-Unis », ont dénoncé ces hauts fonctionnaires.

Dangereuse politique

Pour ses détracteurs, Greg Abbott a ressuscité une ancienne théorie qui a encore pignon sur rue dans le Sud des États-Unis (Dixie). Il s’agit de l’idée selon laquelle le gouvernement fédéral tire son pouvoir des États, un argument autrefois utilisé par le politicien sudiste John Calhoun, originaire de Caroline du Sud, considéré comme le père de la sécession des États du Sud en 1861. Bien que ce point de vue ait perdu de sa vigueur après la guerre civile, il a récemment ressurgi avec l’avènement de Donald Trump, dont la présidence (2017-2021) a ravivé l’irrédentisme sécessionniste. Sanford Levinson, professeur de droit et de gouvernement à l’Université du Texas, affirme que la description de la crise frontalière par le gouverneur est « absurde d’un point de vue juridique et dangereuse d’un point de vue politique ». Il soutient qu’Abbott utilise délibérément à mauvais escient le terme « invasion » pour justifier le renforcement des troupes de la Garde nationale à la frontière du Texas, comparant cela à la situation où un président déploierait des troupes pour réprimer la « violence domestique » sur la base d’informations faisant état de violences conjugales généralisées.

A lire aussi: Patriotisme d’importation

Successivement français puis espagnol, le Texas est devenu une possession mexicaine au moment où Mexico a obtenu son indépendance de Madrid en 1821. Peu peuplée et économiquement peu développée, la nouvelle république mexicaine a encouragé l’installation d’Américains afin de transformer l’État. Cependant, des tensions ont rapidement surgi entre les Mexicains et les 300 familles américaines, principalement autour de la question de l’esclavage. En 1835, cette confrontation dégénère en insurrection, se transformant en une véritable révolution contre le pouvoir du général Santa Anna. L’épisode le plus célèbre de cette guerre demeure le siège de Fort Alamo. Face aux rebelles, 600 Mexicains tombent au champ d’honneur contre les Texans, qui enregistrent seulement 200 pertes, dont le célèbre trappeur Davy Crockett. En avril 1836, la bataille de San Jacinto marque un tournant dans l’histoire du Texas. Battus, les Mexicains doivent accorder l’indépendance aux rebelles, qui proclament la République avant de rejoindre les États-Unis une décennie plus tard. C’est en tant qu’État esclavagiste que le Texas rejoindra la Confédération sudiste, liant ainsi son destin à celui-ci. Avant d’être réintégré à l’Union. Aujourd’hui encore, de nombreux nostalgiques de cette période conservent dans leur subconscient le traumatisme de la défaite. En pleine période du mouvement Black Lives Matter (BLM), ils ont réussi à empêcher le déboulonnage des symboles sudistes, contrairement à d’autres États voisins. En face du Capitole à Austin, un monument imposant rend toujours hommage aux héros de la guerre de Sécession.

Néo-sudistes

Ce n’est pas la première fois que le spectre de la sécession plane au-dessus des États-Unis. Bien que ce mouvement demeure encore largement minoritaire, il connaît une forte progression. Selon un sondage récent mené par Redfield & Wilton Strategies, 33% des Texans soutiendraient l’idée séparatiste, un chiffre similaire à celui enregistré en Californie, en Floride et en Géorgie. C’est d’ailleurs parmi les Républicains (66% d’entre eux y sont largement favorables selon une enquête réalisée dans 13 états du Sud) en 2021 que l’on trouve le plus de soutiens à cette cause néo-sudiste (certains mouvements se sont transformés en milices paramilitaires) qui n’hésite pas à agiter les drapeaux de la Confédération lors de manifestations anti-gouvernementales. Les mêmes aperçus lors de l’assaut donné au Capitole par les partisans de l’ancien président Donald Trump qui a tenté de se maintenir au pouvoir en 2021 après avoir échoué à se faire réélire… En 2017, une enquête dirigée par l’institut Zogby International a révélé que 68% des Américains se disaient ouverts à un « divorce national », selon les termes de la députée républicaine Marjorie Taylor Greene.

Cette confrontation entre Greg Abott et Washington n’est cependant pas anodine et dessine l’atmosphère ambiante aux Etats-Unis à la veille des élections générales de novembre 2024 où les Américains sont appelés à renouveler leurs élus. Grand favori de cette présidentielle, le républicain Donald Trump, dont l’ombre n’a jamais cessé de planer au-dessus de la Maison Blanche depuis quatre ans, conserve une certaine aura parmi une partie de l’électorat en dépit de ses multiples ennuis judiciaires. Ce nouveau duel à venir avec Joe Biden suscite des inquiétudes parmi les Américains, car les deux opposants restent constamment au coude à coude dans les sondages. En cas d’une nouvelle défaite de leur champion, les gouverneurs républicains pourraient-ils être tentés de proclamer la sécession de leurs États ? 

Dans ses discours, Donald Trump encourage régulièrement ses partisans à considérer leurs opposants démocrates comme des traîtres irrémédiables, des criminels, des satanistes, des pédophiles et des conspirateurs. En faisant volontairement germer l’idée d’une possible sécession dans l’esprit de ses électeurs, le tonitruant milliardaire, qui a récemment confessé que la guerre de Sécession était « horrible et fascinante à la fois » ne chercherait-il pas devenir le leader d’une nouvelle confédération sudiste vidée de tout son substrat yankee ? Une question qui pourrait se poser dans le cas où Donald Trump échouerait à se faire réélire président des États… (dés)Unis.

Hommage aux Français exterminés par le Hamas: de la Cour d’honneur des Invalides à celle du Palais des papes

0
Cérémonie en hommage aux victimes françaises des attaques terroristes du 7 octobre 2023 en Israël, Invalides, Paris, 7 février 2024 © Eric TSCHAEN-POOL/SIPA

Le discours du président Macron, le 7 février dernier à Paris, lors de l’hommage aux Français victimes des attaques islamistes en Israël, était très attendu. Analyse.


Mercredi 7 février, dans la cour d’honneur de l’hôtel national des Invalides, en plein cœur de Paris : quarante-deux portraits et trois chaises vides ; quatre mois après le 7 octobre, le Kaddish de Maurice Ravel monte au ciel ; sobriété et recueillement dans un lieu majestueux. En présence des représentants de leurs familles meurtries, la France rend hommage à ses compatriotes victimes du pogrom perpétré en Israël par le Hamas. Le chef de l’État prononce alors un discours, nécessaire, attendu. Cette allocution, eu égard aux circonstances, aurait gagné à être plus mesurée ; moins déclamé. On aurait aussi apprécié qu’elle nous épargnât l’incantatoire célébration d’une unité française qui n’est plus. Le deuil, comme la douleur, aime l’ombre et le repli ; quant à la tragédie, elle exige la vérité.

Certes, rien n’est plus difficile à écrire qu’un discours d’hommage. Il ne doit pas trop sentir la sueur et rester fluide pour paraître sincère. Aussi, celui qui le rédige doit en proscrire la pompe et le tragique superflus, la frisure et l’hyperbole, l’ostentation et la parure qui ne font qu’attirer l’attention sur « les dessous de l’affaire ». La charpente du discours doit rester invisible sous la chair des mots, ses ficelles, écrous ou stratagèmes dissimulés. Si tel n’est pas le cas, et on le vérifie dans l’hommage proféré par Emmanuel Macron, l’auditeur agacé ne voit plus que les limites de l’allocution et en cherche les failles. Quant à l’orateur, qu’il s’interdise de déclamer afin de ne pas donner à son auditoire le fâcheux sentiment qu’il s’écoute parler.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: LFI aux Invalides: il est curieux de forcer la porte d’un enterrement

Passé la litanie numérale initiale, le début du discours a sonné juste. Sans trop de fioritures, il faut en convenir, dans la peinture de vies semblables aux nôtres, fauchées par la barbarie. On aurait donc été tenté d’y croire et même de se montrer indulgent envers la puérilité déconcertante qui affleurait déjà subrepticement dans l’expression : « Dieu, la vie, le monde (…) », « des sourires en forme de promesse », « des rêves plein la tête », si elle n’avait pas été malheureusement accompagnée de l’hyperbole douteuse : « des idéaux dans la houle du monde », « Des histoires de famille où s’entrebâillait parfois un gouffre indicible (…) » qu’on a vu culminer dans la peinture du pogrom. Las ! De la cour d’honneur des Invalides à celle du Palais des papes, en Avignon, il n’y a qu’un pas. Emmanuel Macron déclame et voici que l’emphase emporte tout sur son passage : « Les jeunes qui dansaient-là ne savaient pas qu’ils étaient dans la mâchoire de la mort (…) des motos hérissées d’armes allaient fondre sur eux. » ; « Le ciel livide se zèbre de missiles ».  Les mots s’emballent ; ils pétaradent dans le silence du recueillement tandis que l’éloquent, servi par un discours boursouflé, s’exhibe. On note au passage que, dans cette sortie de lit du verbe, l’épithète « islamiste » qu’on attendait accolée à « terrorisme » a disparu.

Cérémonie en hommage aux victimes françaises des attaques terroristes du 7 octobre 2023 en Israël, Cour d’Honneur des Invalides, Paris, 7 février 2024 © Eric TSCHAEN-POOL/SIPA

Et puis, pourquoi vouloir célébrer à toute force l’unité des Français dont on sait bien qu’elle a vécu ? Ce discours rebattu qui se veut performatif, lasse. Stérile, il n’est qu’invocatoire et vise à conjurer la terrible réalité ; celle de deux peuples désormais face à face. Qui peut actuellement encore croire qu’il existerait une France « (…) refusant les séparations comme les divisions, refusant l’idée de mort, de chaos et de clivages qui nourrissent les terroristes. » ; une France « unie pour elle-même et pour les autres. » ; « unie pour se tenir au-delà des destins et des différences (…) », « unie dans ces moments de souffrance (…) » alors que l’antisémitisme prospère dans nos banlieues, encouragé par une partie de la classe politique ? L’anaphore ne fait rien à l’affaire ; nous n’étions pas, loin s’en faut et nous le déplorons, 68 millions à pleurer nos frères, en ce 7 février. Que penser enfin de l’éternelle injonction au pacifisme et au pardon exigés au nom de Lumières qui éclairent notre pays désormais aussi bien que des chandelles mal mouchées ?  « Ceux qui tuent par haine trouveront toujours face à eux ceux qui sont prêts à mourir par amour. » « Jamais en nous, nous ne laisserons prospérer l’esprit de revanche » : après la joue droite, tendez la joue gauche, braves gens. Décidément, nous attendions mieux de ce discours, pour la mémoire de nos frères suppliciés, pour leurs familles dévastées et pour notre pays malmené.

« Il y a de certaines choses dont la médiocrité est insupportable ; la poésie, la musique, la peinture, le discours public. Quel supplice que celui d’entendre déclamer pompeusement un froid discours, ou prononcer de médiocres vers avec toute l’emphase d’un mauvais poète ! »
(La Bruyère, Les Caractères, Des ouvrages de l’esprit)

Droit du sol, enfin!

0
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et la ministre déléguée chargée des Outre-mer Marie Guévenoux, Mayotte, 11 février 2024. Photo DR.

La suppression du droit du sol à Mayotte, voulue par M. Darmanin, a été annoncée avec fracas par un ministre souhaitant apaiser la colère des habitants de l’île excédés. Comme cela nécessite une réforme constitutionnelle et que la gauche dénonce une remise en cause du principe d’égalité entre les citoyens, pourquoi ne pas appliquer le droit du sol sur tout le territoire national ? «Mayotte, c’est le miroir grossissant et en accéléré de la France métropolitaine», a commenté M. Zemmour, sur France 2. Il demande, de concert avec M. Ciotti, que la mesure soit appliquée à toute la France.


« Il ne sera plus possible de devenir Français si on n’est pas soi-même enfant de parent français. »

Un vent frais, vif, tonique, revigorant et sain soufflerait donc enfin de Mayotte ?

À peine descendu de l’avion sur le tarmac de l’aéroport mahorais, M. le ministre de l’Intérieur, tout fier, lançait l’annonce d’une « mesure extrêmement forte, nette, radicale », la suppression du droit du sol. À Mayotte, s’entend, ne nous enflammons pas !

Le 101e département, un paradis transformé en enfer

Ainsi, il ne suffira plus de se donner le grand mal de naître sur l’île pour devenir d’un seul coup d’un seul Français. Il était temps. Oui, il était vraiment temps que du côté de l’Élysée on s’ouvre à l’évidence élémentaire que ce qui se passe là-bas depuis maintenant trop longtemps, depuis aussi qu’un président de la République a eu la grande idée de faire de ce territoire un département français à part entière, n’est plus seulement une immigration un tantinet trop débridée mais quelque chose qui s’apparenterait plutôt à une véritable invasion. Cela nous vient des Comores proches, à portée de canotage, et aussi de l’Afrique dont des échappés volontaires semblent avoir élu campement dans un stade où les disciplines crypto-sportives les plus pratiquées seraient désormais la baston à la machette, le racket, la prostitution et toutes sortes de trafics, les uns plus sordides que les autres.

A relire: Comores: le chantage migratoire de M. Assoumani va se poursuivre

Les autorités tant métropolitaines que locales l’ont dit et répété, leur but est de lutter efficacement  – enfin ! – « contre la délinquance et l’immigration illégale ». Pour ma part, j’aurais préféré une inversion des termes. D’abord « immigration illégale », puis « délinquance ». Cela aurait marqué bien plus explicitement que, là-haut, on parvenait – là aussi enfin! – à établir un lien direct entre les deux phénomènes, reconnaissant dans le second la conséquence directe du premier. On aurait gagné en clarté.

Mais, apparemment nos gouvernants, n’en sont pas encore là. Ce serait un effort mental bien considérable qu’ils auraient à fournir, englués qu’ils sont depuis des lustres dans la cécité pusillanime et et le jeu petit bras sur ces questions-là.

Une et indivisible

On le constate une fois encore. Annonçant sa mesure « extrêmement forte, nette, radicale » Monsieur le ministre prend bien soin de respecter la sacro-sainte loi du « en même temps ». Il ne manque pas au passage de soigner, de cajoler sa gauche afin, sans doute, de ne pas trop défriser quand même, par exemple, le nouveau membre de la dream team, j’ai nommé Mme Belloubet. Dans sa déclaration, il s’empresse en effet de préciser que ladite suppression du droit du sol sera évidemment circonscrite au territoire de Mayotte. On respire. À la Cour Européenne des Droits de l’Homme ont était au bord de l’infarctus collectif. (Ah, si seulement…!)

Mayotte, 25 avril 2023 © LOUIS WITTER/SIPA

La faiblesse de ce pouvoir macroniste réside pour une grande part dans son incapacité à raisonner autrement qu’en accommodements circonstanciels sans suite, sans cohérence, dans son acharnement à tituber d’aménagements improvisés en bricolages bâclés, toujours en dépit du bon sens.

L’affaire est cependant des plus simples : si la suppression du droit du sol est, comme cela nous est aujourd’hui affirmé, un excellent moyen de lutter contre la délinquance et l’immigration illégale, que ne la met-on en œuvre partout où sévissent et la délinquance et l’immigration illégale ? Autrement dit, à travers tout le pays, outre-mer comprise. Cela nous aiderait au moins, nous autres pauvres citoyens-électeurs, à nous convaincre que notre chère République est bel et bien « Une et Indivisible ».

Mitterrand, Don Juan en politique

Price: ---

0 used & new available from

«Le printemps» de Monet et les vandales de l’écologisme

0
DR.

Une idéologique soupe au nauséeux (dé)goût de nazisme, s’indigne notre contributeur


Le militantisme écologiste a encore frappé, ce samedi 10 février 2024, à l’encontre de l’art en sa plus noble et haute expression !

C’est à l’un des plus beaux et prestigieux tableaux, intitulé « Le Printemps », exposé au Musée des Beaux-Arts de Lyon, du grand Claude Monet, l’un des maîtres de l’impressionnisme, que ces vandales de l’écologisme, regroupés sous l’abusive étiquette de « Riposte Alimentaire », se sont en effet attaqués cette fois, en l’aspergeant d’une indigeste soupe à nouveau, après s’en être pris de la même et ignoble manière, le 28 janvier dernier, il y a donc deux semaines très exactement, à la sublime « Joconde » de Léonard de Vinci. Vilaine cuisine!

L’écologisme : une trahison, aux couleurs d’intégrisme iconoclaste, de l’écologie

J’emploie par ailleurs ici à dessein et très légitimement, pour qualifier cet honteux et nouveau type de barbarie à stupide connotation pseudo-culturelle, le terme d’« écologisme », plutôt que celui d’« écologie », pour cette simple mais bonne raison que l’écologisme ne s’avère, en réalité, que l’outrancière cristallisation, par son extrémisme, sinon son intégrisme iconoclaste, de la véritable, saine et respectable écologie.

L’écologisme ou, donc, la trahison, comme bon nombre d’idéologies radicales, de l’écologie ! 

Quand salir la culture équivaut à souiller ses propres idées

Quand, du reste, s’attaquer à l’art, et à ses plus grands chefs-d’œuvre, a-t-il jamais représenté un argument digne de ce nom, rationnel et objectif, pour défendre des idées, aussi nobles soient-elles ? Car, de fait, seuls les régimes dictatoriaux, qu’ils soient d’extrême-gauche ou d’extrême-droite et qu’on les nomme, par-delà tout clivage politico-idéologique, « fascisme », nazisme », communisme ou « stalinisme », se sont honteusement adonnés à ce genre de pratique, particulièrement méprisable sur le plan intellectuel et abject au niveau moral.

A lire aussi: Woke fiction, le cinéma français n’est pas épargné

Davantage : se rendent-ils donc compte, ces infâmes militants de l’écologisme, que c’est tout d’abord leur propre cause, leur parti et leur personne même, qu’ils souillent et avilissent, par la violence de leur geste, ainsi ? De fait : dégrader la culture ou salir l’art (dans cet odieux cas, au sens premier du terme) était déjà la pratique favorite, de sinistre mémoire, des nazis au siècle dernier lorsqu’ils taxaient certains des meilleurs peintres, en cet obscur temps-là, de « dégénérés » !

Une soupe au nauséeux (de)goût de nazisme

Pis : jeter ainsi cette imbuvable soupe sur une des plus belles toiles de l’impressionnisme, portant en outre l’évocateur, poétique et bucolique titre de « Printemps » (dont tout authentique sympathisant de l’écologie, justement, se devrait donc, au contraire, de se réjouir), œuvre  en outre de l’un des plus grands peintres – Claude Monet, donc – de ce courant artistique majeur que fut l’impressionnisme, ne peut que faire penser, hélas, aux pires propagandistes nazis précisément, du style Goebbels ou Göring, lorsqu’ils disaient « sortir leur revolver quand ils entendaient le mot culture » (ce sont du moins là les ignominieuses paroles que le dramaturge allemand Hanns Johst, fervent admirateur d’Hitler, leur attribue fièrement dans sa pièce de théâtre Schlageter, dédiée à un prétendu martyr pré-nazi).

Afficher à ce point son mépris de la culture, tout autant que de l’art, fait effectivement froid dans le dos, par tout ce à quoi renvoie fatalement pareil, fanatique et périlleux réflexe comportemental : la « nazi attitude » !   

« Nazi attitude » et « cancel culture » : un wokisme de Talibans, plus encore que d’ayatollahs

Encore un de ces exécrables et dangereux effets pervers du wokisme, donc, cet inqualifiable mais surtout très condamnable geste, à nouveau, de ces deux ignares militantes de cette agressive « Riposte Alimentaire » ? Certes, mais pire encore : la tyrannique « cancel culture », une obscurantiste, criminelle et funeste ambition de talibans, plus encore que d’ayatollahs !

rockisme contre wokisme

Price: ---

0 used & new available from

Brutes, racailles et sauvageons: le quotidien des enseignants

0
L'enseignante et essayiste Mara Goyet, 2017 © BALTEL/SIPA

Les élèves ne sont pas les mêmes, disent les pédagos. À élèves différents, pratiques diverses, ajoutent-ils. Oui — mais ils ne disent pas ce que tous les enseignants constatent : les « apprenants » sont désormais incontrôlables.


Ma consœur Mara Goyet, qui enseigne l’Histoire-Géographie, s’est fait connaître au fil des années 2000 par des ouvrages pertinents sur le collège — et écrits avec moins de hargne que les miens, ce qui la rendit plus fréquentable. Entre autres : Collèges de France, Fayard, 2003 ; Tombeau pour le collège, Flammarion, collection Café Voltaire, 2008 ; Collège brutal, Flammarion, collection Café Voltaire, 2012 ; Finir prof. Peut-on se réconcilier avec le collège ?, Robert Laffont, 2023.

Et voici que cette dame, qui sait tenir une classe, confiait à Facebook il y a quelques jours :

« C’est une réflexion un peu étrange que je me suis faite hier soir après une heure de cours un peu éprouvante. Je me suis dit que j’allais y repenser après une « bonne nuit de sommeil ».
« Depuis deux ou trois ans, j’ai le sentiment qu’un verrou a sauté. Une partie des élèves nous parle de plus en plus mal. Comme on ne parle ni à un professeur, ni à un adulte. Comme on peut sans doute parler à ses parents en pleine crise d’ado. Et encore.
« C’est un mélange de mépris, de contestation, de plainte et de dénonciation de grave injustice. Dans ces moments-là, l’enseignant est à la fois rien et un bourreau. Ce qui est le plus étrange c’est que cela peut venir d’élèves que l’on a aidés, que l’on aime bien, avec lesquels on peut tout à fait avoir un lien. J’ai vécu l’an dernier ce retournement de manière spectaculaire avec une élève que j’aimais et soutenais beaucoup.
« J’enseigne depuis 27 ans dont 11 ans en ZEP, je ne découvre donc pas la potentielle violence de certains élèves. Mais là, j’ai le sentiment que c’est un peu différent. Il ne s’agit pas d’altercations ni de confrontations. Cela peut se dérouler dans un contexte serein et cela ne prend pas forcément l’aspect d’une crise. »

Et de s’enquérir : « Vous avez des idées ? »

Déconfiture

Ses pistes personnelles ne sont pas à négliger : « L’idée qui m’est venue hier c’est qu’il y a un lien avec l’assassinat de Samuel Paty. Si la majorité de l’opinion voit désormais le courage, la solitude et l’investissement des enseignants, une autre a pris toute la mesure de leur vulnérabilité. Certains élèves n’aiment pas les victimes. Le terme est une insulte. Une faute. Une faiblesse. Une victime se doit donc d’être victimisée ou méprisée (elle est responsable de son état ; prof est un métier de lâche ; d’ailleurs, lors des minutes de silence pour Samuel Paty, les élèves sont en général polis mais beaucoup ne semblent pas spécialement concernés). Quand on ne se laisse pas faire, il y a un retournement immédiat qui consiste à se victimiser soi-même (« pourquoi moi », « qu’est-ce que j’ai fait », « pourquoi c’est toujours moi », « ça se fait pas »). »

A lire aussi, Lisa Kamen-Hirsig: L’école contre le réel

J’ai fait ma petite enquête auprès des collègues en exercice dans des zones difficiles — mais qui ne sont pas forcément labellisées ainsi.
L’une met en cause le confinement : en deux ans d’école supprimée ou bancale, les élèves ont perdu l’habitude d’écouter, voire tout simplement d’être assis. Ils s’étonnent encore de ne pas pouvoir se lever pour aller chercher un Coca dans le frigo.
Une autre pense à l’extrême féminisation du corps enseignant. Et de préciser — pour mettre les points sur les i : « Quand j’étais en collège en banlieue parisienne, il y a une bonne quinzaine d’années, les collègues femmes et moi avions déjà nettement plus de problèmes de discipline (ou même de statut) que les « collègues hommes ». Et oui, c’est certainement lié aussi (pas seulement mais aussi) à un certain type de public qui a une relation particulière aux femmes, et carrément compliquée aux « femmes de savoir ». »
Une autre, qui enseigne en CPGE, note : « Il y a certainement aussi une perte de limites, d’autorité, que mes collègues de prépas scientifiques constatent désormais y compris avec les élèves de ces prépas en cours de maths ou physique. En français ou philo, c’était habituel depuis que j’y suis (14 ans), et cela s’est aggravé. Mais je l’imputais au fait de ne les voir que peu, d’être une matière à faible coefficient — comme la musique ou le dessin en collège…
Mais donc les élèves qui n’écoutent pas, ne bossent pas et de surcroît contestent (et s’imaginent qu’ils sont brillants), il y en a désormais en prépas… »
Enfin, telle enseignante en IUT se trouve en butte à l’hostilité pas même camouflée des Musulmans locaux, qui ne tolèrent pas qu’une femme leur enseigne quoi que ce soit. Quand de surcroît elle a les cheveux courts, on l’identifie immédiatement comme « gouine », ces adorables bambins adultes n’étant jamais à court d’un cliché.
J’ajouterai la prépondérance éducative, à la maison, des théories (et pratiques) de l’enfant-roi, qu’il soit considéré comme HPI (forcément puisqu’il est intenable) ou tout simplement comme le petit mâle auquel ses sœurs et sa mère doivent obéir. La gifle se fait rare, la fessée est proscrite. Il en est à la maison comme à l’école : désormais, on écoute ce que le petit morveux croit avoir à dire : les femmes sont impures et la terre est plate.

Les raisons d’une déconfiture ne sont jamais uniques. Elles sont multi-factorielles. Mais il y a un axe de lecture qui n’a pas été pris en compte dans cette recherche des causes d’ensauvagement : c’est le facteur-temps. L’évolution vers la sauvagerie et la bestialité n’a pas été régulière. Elle s’est singulièrement accentuée depuis quelques mois.
Certes, la situation s’est lentement dégradée depuis une dizaine d’années. Le confinement a donné un coup d’accélérateur — mais au fur et à mesure que l’on reprend en main les élèves laissés en jachère pendant deux ans, cela devrait se tasser. Or, la situation s’est brutalement aggravée à la rentrée de septembre, plus encore à celle de janvier.

Nanterre (92), une islamiste marche dans la ville après le désordre suite aux violences et affrontements entre police et manifestants, 29 juin 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

L’après-Nahel

Début septembre, certains élèves étaient encore dans l’exaltation de leur joli coup de pseudo-émeute et de vrais pillages de début juillet. Ils avaient fait entendre leur puissance collective, face à des forces de l’ordre qui n’osent plus réagir — et ont d’ailleurs l’ordre de rester passive.
Depuis début janvier, c’est bien pire. En cause, le parti-pris pro-Gaza de nombre d’élèves musulmans. Déjà qu’il fallait gérer ceux qui niaient la Shoah (une invention des Juifs, comme chacun sait), il faut désormais faire avec ceux qui affirment que les bébés jetés dans les fours sont un pur mensonge israélien. Encouragés par des leaders politiques qui ne savent plus où ils ont rangé leur gauche, ils arrachent les photos placardées d’otages israéliens, et se lancent dans des campagnes de manifestations systématiques — tous les samedis. Et je passe sur les déferlantes de graffitis et autres bombages.
Spontanées, ces manifestations hurlantes ? Je n’en crois rien. Celles qui se déroulent dans la rue, avec haut-parleurs, banderoles et musique, sont soigneusement préparées. Aucune improvisation. Un orchestre clandestin s’est saisi de cette opportunité pour lancer à l’assaut de notre civilisation en général et de l’Ecole en particulier des hordes à intellect minimal et pulsions chauffées à blanc. Le moindre incident, la moindre mauvaise note, la moindre contestation de leur pouvoir de brutes sont autant de prétextes à protestations violentes, qui infailliblement amènent les parents à faire chorus avec leurs chers bambins si malmenés par le Système. Les agressions contre les surveillants, l’administration et les enseignants ne se comptent plus — sinon, chaque semaine, sur les cinq doigts de chaque main. On n’enseignait plus, depuis longtemps, qu’en atmosphère tendue. On ne bosse plus désormais qu’en atmosphère survoltée. En fait, on ne travaille plus du tout.

A lire aussi, du même auteur: Génération connards

Il en est des élèves comme des supporters de foot (ce sont d’ailleurs souvent les mêmes) : ils s’alignent sur le comportement et les vociférations des plus bêtes — et le terme de « bête » n’est pas gratuit : ils ont renoncé au langage, ils sont passés à l’étape du cri inarticulé, et désormais l’étape suivante est le coup porté avec une spontanéité touchante… Après « À mort l’arbitre ! », on est passé à « À mort le prof » — et Samuel Paty ou Dominique Bernard portent témoignage du fait que ce ne sont pas des métaphores.
Alors, je pose une question très simple : jusqu’à quand les autorités tolèreront-elles que l’on assassine des enseignants — et continueront à s’étonner que l’on ait des problèmes de recrutement ?

Gabriel Attal, alors ministre de l’Education nationale, visite une école primaire à Saint-Germain-sur-Ille (35) © Gabrielle CEZARD/SIPA

Dernier point. Les cours d’« empathie », dans ces circonstances, risquent fort d’avoir un effet négatif. Les proies, désignées à la collectivité, ne connaîtront aucun apaisement — et les enseignants, qui ne sont pas partie prenante de l’empathie universelle, paieront les pots cassés des hormones réfrénées : le harcèlement vis-à-vis des profs, qui sont le fait des élèves et des parents, qui via Pronote envoient des messages insultants aux enseignants et à leur hiérarchie, parfois en pleine nuit, est en expansion lourde. On sait comment cela peut finir.

Quant aux groupes de niveau que devrait générer la fin du collège unique, ils risquent, s’ils ne sont pas gérés d’une main légère et avec beaucoup d’intelligence, avec des passerelles d’un groupe à l’autre tout au long de l’année, d’enfoncer les élèves les plus turbulents — qui sont neuf fois sur dix les plus faibles — dans une spirale descendante. Ils commenceront par dire « Je suis parmi les nuls parce que je suis noir / maghrébin / manouche. Et ils se vengeront. Ils savent qu’ils peuvent compter sur leurs parents, et sur leurs « grands frères ».

Interrogations abyssales. C’est peut-être la raison pour laquelle Mara Goyet, après avoir émis des questionnements fondés, a supprimé de sa page tout ce que j’ai reproduit ici — et que j’avais sauvegardé immédiatement après parution.

Finir prof - Peut-on se réconcilier avec le collège ?

Price: ---

0 used & new available from