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Florence Bergeaud-Blackler: extension du domaine du halal

La police des mœurs islamiques ne vise pas seulement à faire respecter la vertu dans l’espace public. Elle est l’un des visages de l’offensive frériste pour instaurer une société halal fondée sur le séparatisme, voire sur un suprémacisme musulman. La riposte est possible : commençons par interdire le voile des mineures et soutenir les courageux apostats.


Docteur en anthropologie, Florence Bergeaud-Blackler est chargée de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Auteur de Le Frérisme et ses réseaux – l’enquête, Odile Jacob (2023) et Le marché halal ou l’invention d’une tradition, Le Seuil (2017).

Le Frérisme et ses réseaux: l'enquête

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Le Marché halal ou l'invention d'une tradition

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Causeur. Les lynchages de Samara et de Shemseddine ont été présentés comme des « crimes d’honneur ». Relèvent-ils d’un phénomène religieux ou anthropologique ?

Florence Bergeaud-Blackler. Quand on parle de « crime d’honneur », on se réfère à un cadre anthropologique qui renvoie à une structure clanique. Celle-ci est régie par des règles très strictes, comme on le voit dans les sociétés traditionnelles méditerranéennes, musulmanes et non, où l’honneur de la famille repose sur la femme.

Mais les lynchages de Samara et de Shemseddine relèvent plutôt du contrôle individuel par une sous-culture qui puise ses normes et ses références dans l’islamisme frériste. Cette norme islamiste divise le monde halal (licite) du monde haram (illicite), elle fait la distinction entre le pur et l’impur, le bien et le mal. Selon l’islam salafi (fondamentaliste), cette norme est valable partout, en tout temps, pour tout le monde. Le musulman doit se l’imposer mais doit aussi l’imposer. Son devoir, fixé par Dieu, est de contrôler son propre comportement et celui d’autrui. Pour ces très jeunes musulmans – qui correspondent à la troisième génération réislamisée par les Frères musulmans, les salafistes et autres piétistes – l’idéal est ce monde islamique présenté comme indépassable. La police de la moralité, en action dans les tribunaux chariatiques anglais comme dans les « charia zones » allemandes et dans les rues iraniennes, impose cette norme afin que chacun trouve le salut. Il y a aussi pour ces jeunes un rapport de force évident : se faire craindre pour être respecté.

Ces miliciens de la vertu poursuivent-ils d’autres objectifs ?

Les salafistes fréristes veulent mobiliser l’Oumma (la « grande nation » des musulmans) afin qu’elle impose ce régime islamiste à travers le monde. Selon eux, l’islam a tout prévu pour les hommes. Le Coran et la Sunna régissent chacun des actes et chacune des activités de l’existence. Il suffit de méditer les textes. Tout comportement licite est récompensé, et tout comportement illicite pèse négativement dans la balance qui sera examinée sévèrement par Dieu le jour du Jugement dernier. À cela s’ajoute la dimension collective, très puissante dans la logique frériste : si vous vous comportez mal, vous entrainez dans votre chute votre famille et votre milieu.

C’est pourquoi le groupe a un droit de regard légitime sur les actions individuelles…

Exactement. Et voilà pourquoi l’apostat est chassé, persécuté ou même condamné à mort. Son reniement met tout son environnement en danger et fait reculer l’objectif que doit poursuivre tout croyant : édifier le califat. Dans ce cadre de pensée, on ne demande pas au musulman de discuter ou de questionner ce qu’il y a dans le Coran ou la Sunna, mais d’avancer dans la direction indiquée par Dieu. Et peu importe que le Frère musulman ne voie pas la fin de son action, il participe de ce destin qui finira par se concrétiser.

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Notons que la voie de ce salut passe toujours par le contrôle des femmes…

Ce contrôle est une pratique sociale très anciennes, voire antéislamique, et, comme je l’ai dit, extra-islamique. Mais dans l’affaire Samara, il y a deux séquences à dissocier. Elle a été agressée parce qu’elle ne s’est pas conformée à la loi du groupe qui lui imposait un islam rigoriste, c’est ce que sa mère a dit spontanément ; puis, dans un second temps, sous la pression du groupe, elle s’est rétractée en expliquant que sa fille était très pieuse. Entre temps, elle a certainement subi des pressions, des « conseils », des « rappels », bref, elle a été recadrée avec des arguments que je connais bien : « Attention, tu fais le jeu des islamophobes et de l’extrême droite. », « Il faut sauver ta fille. » … Autrement dit, elle doit être reconnue pieuse par le groupe si elle ne veut pas être persécutée puis trouver un mari. Sa mère avait-elle le choix ?

Pour les dévots, le collège exerce aussi une mauvaise influence : Samara s’habillait « à l’européenne ».   

Il n’y a aucune ambiguïté sur ce point. Les Frères ont rédigé un document ratifié par l’ISESCO (l’UNESCO de l’Organisation de la Coopération Islamique), qui stipule que l’École est un danger pour les musulmans car elle les éloigne de l’islam. Et en effet, l’École républicaine, quand elle fait bien son travail d’instruction, sème le désir d’une autonomie de pensée et d’action qui éloigne les membres de l’Oumma de leur communauté et des principes d’une société halal.

Quels sont les principes d’une telle société ?

On a longtemps cru que le halal n’était qu’une question d’interdit alimentaire. C’est bien plus profond. Il s’agit d’un discours suprémaciste qui vise à distinguer les musulmans du reste de l’humanité. On explique ainsi aux enfants que s’ils ne mangent pas comme les autres, c’est parce qu’il leur faut une nourriture pure, différente de celle des mécréants – cela dépasse le précepte religieux. L’enfant en déduit logiquement que le porc est sale et que ceux qui en avalent le sont également… La génération de Samara n’a connu que cette distinction entre le haram et le halal qui renvoie de façon concrète, affective (au sens des affects), à la séparation entre l’islam et le monde des mécréants.

Peut-on parler d’une extension du domaine du halal ?

C’est ce qu’on observe depuis une quarantaine d’années. Le frérisme a étendu cette logique aux produits, aux comportements, aux espaces pour former une « communauté imaginaire » halal qui est aujourd’hui bien réelle. Le marketing islamique a inventé des hôtels halal, de l’eau halal, des vêtements pudiques, des technologies et des facultés halal. Le principe est assez simple : pour « halaliser », il faut avoir au préalable « haramisé », c’est-à-dire défini ce qui est interdit. Les possibilités sont donc infinies et permettent d’opérer des distinctions dans tous les champs de l’activité humaine. Vous voulez rendre l’eau minérale haram ? Il suffit de dire qu’il y a des traces microscopiques d’alcool dans le liquide servant à nettoyer les bouteilles en plastique. Dès lors vous pouvez proposer une version halal de l’eau minérale.  

On retrouve évidemment cette distinction dans la mode.

De la même manière, le hidjab de grandes marques « pudiques » participe au maintien de la frontière halal/haram. Les entreprises qui jouent ce jeu ont une lourde responsabilité. Quel que soit le pays concerné, l’Iran, l’Afghanistan ou la France, la norme est renforcée. Plus largement, le but est de soustraire le féminin de l’espace public, car la société islamique repose sur une division sexuelle du travail et de l’espace. Pour les islamistes, chaque sexe doit avoir sa fonction. Il ne peut y avoir de société islamique sans la disparition du féminin de l’espace public. Si nous ne voulons pas d’une société islamique, nous savons donc comment faire…

Oui, mais pas partout… N’est-il pas interdit de vivre à la française dans certains quartiers ?

Les fondamentalistes font tout pour interdire l’adhésion aux normes européennes jugées décadentes. La réislamisation de trois générations a engendré, même chez les musulmans sortis de l’islam (sans le dire), un sentiment persistant de culpabilité, de peur de trahir ou même de peur du châtiment divin. L’affaire Samara le démontre. La grand-mère appartient à une génération pré-frériste, elle s’est assimilée, elle ne craint pas d’affronter les caméras. La mère a commencé à se révolter puis elle a été rattrapée par le groupe. La fille, elle, a été battue par ses pairs… Le prestige est du côté de ceux qui prétendent maîtriser le Coran et la norme la plus stricte : ils ont le sentiment d’être pieux car ils sont tyranniques.

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Quant à ceux qui résistent à cette logique régressive et répressive, ils ne sont pas soutenus. Ils sont traités avec mépris par une société laïque qui s’est largement déchristianisée, mais qui a peur de passer pour raciste si elle accepte la désislamisation d’une partie de la communauté musulmane. Cela a été alimenté par certains intellectuels comme Jean Baubérot qui ont largement diffusé l’idée erronée d’une islamophobie de la laïcité. La gauche, celle qui a renié son héritage républicain, assigne les musulmans à résidence religieuse et les renvoie en permanence à leur identité musulmane, au point de défendre le port du voile.

Huitième édition du Sommet mondial halal au centre d’exposition d’Istanbul, 25 novembre 2022. « Le marketing islamique a inventé des hôtels halal, de l’eau halal, des vêtements pudiques, des technologies et des facultés halal… »

Peut-on combattre efficacement ces dérives ?

Oui. Il y a deux mesure urgentes à prendre. Interdire de voiler les mineures : il faut éviter que les petites filles intègrent le voile au point qu’il devienne une seconde peau. Le port du voile est un conditionnement physique et mental. D’ailleurs, celles qui y sont soumises et qui parviennent à l’enlever ne le font qu’au prix de longues années de lutte, et tout accident de la vie peut les ramener à ce traumatisme. Interdire le voilement précoce préviendrait ainsi le conditionnement.

Il faut également valoriser les apostats en leur donnant la parole.

Il y a plus de musulmans qu’on le croit qui sont sortis de l’univers mental de l’islam, mais ils se cachent parfois toute leur vie de leurs coreligionnaires car ils les craignent. Il faut valoriser la possibilité de sortir de la religion, l’affirmer haut et fort. Car aujourd’hui, être apostat de l’islam, même en France, c’est se mettre en danger. Qu’il puisse y avoir des fidèles qui fassent défection remet en question le pouvoir des dévots, la puissance de leurs injonctions et la pression du groupe. Pour eux c’est pire que tout. Mais pour l’islam non fondamentaliste, le choix libre d’entrer ou de sortir de la religion n’est pas un problème. Le problème, c’est que cet islam-là est devenu minoritaire et se tait.

Confrontation Attal/Bardella: derrière l’apparente victoire du Premier ministre…

L’élégante Caroline Roux organisait hier un grand débat entre le locataire de Matignon et le favori des sondages pour les prochaines élections européennes. Ils ont bataillé pendant plus d’une heure, tels de jeunes coqs. Forcément, Causeur a regardé!


Jordan Bardella, 28 ans et tête de la liste RN pour les Européennes a débattu hier soir avec le Premier ministre Gabriel Attal venu au secours de Valérie Hayer, la tête de liste du parti présidentiel.

La joute orale,  organisée par le service public sur France 2, nous a semblé avoir pour but, non pas de confronter deux visions de l’Europe mais, comme l’a expliqué François-Xavier Bellamy (tête de liste Les Républicains pour les européennes) d’opposer le Bien – à savoir, la macronie européiste et progressiste – au Mal -le RN conservateur, souverainiste et suppôt de Satan.

Une Bérézina annoncée pour l’exécutif

Voici la situation au moment du débat : 55 % des électeurs qui ont voté en 2022 pour Emmanuel Macron affirment qu’ils ne voteront pas pour la liste conduite par Valérie Hayer, talonnée par la liste Glucksmann. La liste emmenée par Jordan Bardella, elle, est largement en tête des sondages.

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Face à cette Bérézina annoncée, la macronie a développé la stratégie suivante : minorisation de l’enjeu européen afin de faire comme si l’élection du 9 juin n’était qu’une formalité pour un gouvernement sûr de lui ; Valérie Hayer, inconnue et gaffeuse a donc été choisie tardivement par Emmanuel Macron pour conduire la liste du gouvernement. Il s’agit aussi de saturer l’espace médiatique pour faire oublier ces élections : arrivée de la flamme olympique à Marseille, célébrations du 6 juin à venir, organisation de Choose France, pour montrer que la relance économique est là. Et puis, on ne légifère plus que de sur des sujets consensuels sans pour autant, du reste, faire l’unanimité : loi sur la fin de vie ou élargissement du droit de vote en Nouvelle-Calédonie. Enfin, on joue sur l’angoisse des Français. La Russie est à nos portes ; Trump, s’il est élu abandonnera l’Europe ; quant au RN, il fomente un Frexit. Un seul rempart : la macronie !

Combat de coqs

Aussi nous attendions avec impatience la confrontation entre Jordan Bardella et Gabriel Attal. Las ! On n’a vu qu’un combat de coqs. Les ergots du locataire de Matignon étaient plus acérés que ceux de la tête de liste du RN et l’animatrice du débat, Caroline Roux, a bien veillé à l’avantager ostensiblement, coupant systématiquement la parole à Jordan Bardella. Nous avons eu droit à deux discours opposés que formataient les éléments de langage ; deux discours également nourris par une juxtaposition d’exemples concrets, censés étayer les démonstrations respectives, mais qui, au contraire, égaraient les spectateurs en ruinant toute vision d’ensemble. Gabriel Attal, maîtrisait d’évidence mieux ses dossiers que Jordan Bardella et a réussi à décrédibiliser plusieurs propositions du RN comme la double frontière et la préférence nationale et non européenne pour les entreprises françaises. Sur l’immigration, on attendait le surplomb de Jordan Bardella, mais il n’en fut rien. Attal a même eu cette formule : « Votre programme, c’est un banco on gratte et y’a rien derrière. »

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Pourtant, au-delà de l’apparente victoire de Gabriel Attal, il convient plutôt de voir un match nul ; Jordan Bardella a changé hier de dimension, débattant face au Premier ministre. Même s’il n’a pas pris la main sur le débat, il a montré qu’il avait achevé sa mue, s’imposant comme le chef de l’opposition au gouvernement Attal. Les chemins des deux hommes, qui incarnent le présent et l’avenir de la politique française, ne tarderont pas à se croiser de nouveau. Ils vont devoir supplanter leurs mentors et devenir incontournables pour leurs camps. On est à peu près sûr qu’ils occuperont la scène politique en même temps et face à face.

Quand les idéologies crapuleuses gangrènent l’enseignement supérieur

L’administrateur de Sciences-Po révèle aujourd’hui, après enquête, avoir la conviction que des propos antisémites ont bien été tenus dans son école le 12 mars : « Ne la laissez pas entrer, c’est une sioniste ». Si le palestinisme est une idéologie de gauche qui n’est pas nouvelle, et qui remonte même aux années 60, ses dernières manifestations dans l’enseignement supérieur français doivent nous inquiéter.


Depuis le 7 octobre, certaines universités françaises ont, comme on dit aujourd’hui, « libéré la parole » antisémite. Les émeutiers, les bloqueurs et leurs instigateurs diplômés se présentent comme des antisionistes qui veulent combattre l’injustice commise par les Ju.., pardon, les Israéliens sionistes et leurs soutiens, et que Dieu les préserve, ils ne sont surtout pas antisémites. Bien sûr, on pourrait citer à leur intention la fameuse formule de Vladimir Jankélevitch à propos de « l’antisionisme » comme d’une « incroyable aubaine » :

« Car il nous donne la permission – et même le droit, et même le devoir – d’être antisémite au nom de la démocratie ! L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d’être démocratiquement antisémite. Et si les Juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. Il ne serait plus nécessaire de les plaindre : ils auraient mérité leur sort »[1].

Mais cela n’explique pas la longue tradition du palestinisme, vieille idéologie qui prospère dans les universités depuis les années 60, et qui nourrit en permanence l’imaginaire révolutionnaire de la jeunesse, abrutie à souhait par les militants du genre, de la race, du décolonialisme, de l’intersectionnalisme et d’autres pseudo-luttes contre la discrimination imaginaire et la défense de victimes qui n’existent pas.

Le palestinisme est une idéologie, voire une religion, qu’on peut définir à la suite de Pierre-André Taguieff, comme « l’ensemble des représentations et des croyances qui composent le mythe politique fondé sur les croyances à l’existence du « peuple palestinien » et sur sa sacralisation en tant que peuple-victime dont les bourreaux seraient « les sionistes » ou « l’entité sioniste » »[2].

Une idéologie de gauche qui remonte aux années 60

Dans les années 60, les intellectuels français de gauche, marqués par les combats pour l’indépendance de l’Algérie, découvrent les nouveaux damnés de la terre du Tiers-monde. Ils se font défenseurs du communisme latino-américain et asiatique, contestent la « suprématie occidentale », et vouent un culte aux nouveaux héros du moment : le Che, Castro, Mao Tse Dong, Ho Chi Min, Sékou Touré ou encore Gamal Abdel Nasser. Des tyrans sanguinaires qui séduisent par leur vocabulaire toute une génération d’universitaires.

Devant l’école Sciences-po Paris, 26 avril 2024 © Umit Donmez / ANADOLU / Anadolu via AFP

Les premiers soutiens de la soi-disant « cause palestinienne » sont introduits dans la vie française par les maoïstes. En 1967, après la victoire d’Israël dans la guerre des Six Jours, est créé un comité de soutien au « peuple palestinien »[3]. Ce comité demande aux « travailleurs algériens, tunisiens et marocains en France » de soutenir les « victimes de la guerre »[4]. En 1969, la gauche prolétarienne créé les Comités Palestine ; aussi, ceux que nous voyons actuellement fleurir partout dans les facultés ne sont pas une « nouveauté », la différence c’est qu’aujourd’hui ils sont les soutiens du Hamas.

En 1979 l’AFP (Association France Palestine) est née. L’un de ses contributeurs actifs est Alain Gresh, celui-là même qui a récemment invité Salah Hamouri, condamné pour avoir attenté à la vie d’un rabbin en Israël, célébré par une certaine frange universitaire comme le héros de la « résistance ». Le site de l’AFP en fait état, sans oublier les mains ensanglantées en guise de symbole de « résistance »[5].

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Dans les années 1990, les soutiens à « la cause palestinienne » s’islamisent ouvertement. Il faut lire l’article de Pierre-André Taguieff cité plus haut, pour voir la trajectoire de ladite cause palestinienne et celle de son islamisation progressive. Le premier Comité islamique qui mobilise les musulmans est le Comité de Bienfaisance et de Secours aux Palestiniens fondé en 1990. Il est lié à l’Union des Organisations Islamiques en France et affiche ouvertement son soutien au Hamas. Active en France, cette organisation est placée sur la liste des organisations terroristes par les Etats-Unis et Israël.

La nébuleuse s’étend

En 2004, la Coordination des appels pour une paix juste au Proche-Orient (CAPJPO), est fondée par deux anciens militants de la Lutte Ouvrière, Nicolas Shashani et Olivia Zemour. Leur but principal coïncide avec celui de BDS (Boycott Desinvestment Sanctions) : boycotter Israël à tous les niveaux – économique, culturel, académique et politique. Ces militants visent le public des jeunes (les étudiants sont donc une proie idéale), et s’adressent souvent aux jeunes d’origine maghrébine, pour jouer sur les sentiments propres à une appartenance commune. Présents dans les facultés françaises, ils y officient sous le couvert de la liberté d’expression.

Cette nébuleuse anti-israélienne est aidée par le décolonialisme et l’intersectionnalisme  (l’intersection de toutes les victimes imaginaires) qui ont déclaré que l’Homme blanc occidental était un ennemi, et que les Juifs sont des criminels qui représentent l’Occident en « Palestine ».  Tout cela s’est exacerbé après le 7 octobre.

L’université est également le lieu où peuvent prospérer les thèses négationnistes. Nous l’avons vu, dès le 8 octobre avec certains communiqués syndicaux universitaires qui condamnent l’attaque israélienne (sic !).

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Produit universitaire, le négationnisme est né en France, au département de littérature de l’Université de Lyon II, créé par Robert Faurisson qui niait le génocide des Juifs. Par ailleurs, Faurisson se déclarait antisioniste, ce qui lui a valu de recevoir à l’époque, un prix des mains du président de la République islamique d’Iran, Mahmoud Ahmadinejad. Rappelons que l’antisionisme est une idéologie qui nie le droit du peuple juif à l’existence souveraine sur sa terre. C’est une idéologie totalitaire qui s’inscrit dans la continuité du communisme et du nazisme. Et c’est cette idéologie qui est portée au pinacle dans des établissements supérieurs. Aujourd’hui, le négationnisme est boosté par la gauche radicale et par ses alliés qui se nichent dans nos universités.

Les étudiants antisionistes de la Sorbonne, de Sciences Po, de Lille, n’ont jamais protesté contre la dictature islamiste totalitaire en Iran, il y a peu de chances qu’ils connaissent l’histoire du Proche Orient, ou l’histoire en général.  Mais, pris en main par certains collègues, par des activistes de l’agit-prop propalestinienne, par les mensonges diffusés depuis des années au sujet de la « Palestine » mythologique, ces étudiants nient l’attaque génocidaire du Hamas et cultivent la haine des juifs, en prétendant lutter contre les « sionistes », terme qu’ils emploient comme Sayyd Qutb, comme Mohammed Haj Amin al Hussejni ou comme Yahja Sinwar.  Ils sont aidés par les activistes de LFI, les membres du BDS, les Comités Palestine qui transforment les universités en centres d’endoctrinement.

Il est trop tard aujourd’hui pour sauver ces institutions de la peste idéologique, il aurait fallu combattre ces idéologies à la racine et veiller à ce que l’université soit un lieu idéologiquement neutre. Mais l’institution universitaire continue sa belle tradition d’accueil des idéologies crapuleuses issues des utopies communistes, activement soutenues par la gauche radicale de la même manière qu’elle voue un culte au dieu Padevag, très vénéré dans le milieu… 


Asinus asinum fricat

Et pendant que des militants pro-Palestine fichent le bazar dans nos facs, Rima Hassan visite la Grande Mosquée de Paris…

La grande mosquée de Paris marche enfin à visage découvert. Après moult discours lénifiants sur la « paix », le discours sur « sa mère l’Algérie », son inquiétude que l’on parle de l’entrisme islamiste au plus haut niveau de l’Etat et ses alliances plus que douteuses, Monsieur le Grand Recteur reçoit les bras ouverts celle qui appelle ouvertement à la destruction d’Israël. Un petit rappel : Rima Hassan est une juriste « de renom » dont le talent consiste à conjuguer le mensonge et l’appel au génocide dans une seule phrase :

Mensonge ?

Je renvoie à ce texte de Jean Szlamowicz (ici), pour les curieux qui veulent tout savoir sur la dénomination « Palestine ». Quant au drapeau palestinien adopté en 1974 et qui n’a rien de « palestinien », il est composé des couleurs symbolisant le Prophète (rouge), la dynastie des Abbasides (noir), la dynastie des Omeyyades (blanc) et les Fatimides (Vert). Tout ce beau monde a colonisé la Judée à partir de 632 et n’a donc pas pu être là « avant nous ». (Sur X, Rima Hassan s’adresse à deux groupes clairement nommés : aux « sionistes » et à ses soutiens pro-palestiniens (« vous » désigne ceux dont elle désire la disparition). Il en est de même de son « renom » mentionné dans le tweet du Grand Recteur. On saura pour l’avenir qu’un obscur diplôme de Master fait de vous un juriste de « renom » et octroie le droit de répéter ad infinitum le syntagme « droit international » sans jamais citer aucun texte dudit droit.

Appel à l’extermination

Depuis un an, Rima Hassan appelle à en finir avec l’Etat Hébreu, soit en souhaitant l’éradication d’Israël, soit en proférant des énormités anhistoriques sur les plateaux qu’aucun journaliste ne relève véritablement (voir ici) et qui sont censées justifier ses appels à être là après « nous ». La seule raison d’exister de Rima Hassan est l’obsession de la disparition d’Israël, ce dont témoignent tous ses tweets.

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Le grand recteur

Quant au Grand Recteur (on a presque envie de dire Grand Mufti !), qui n’hésite pas à participer aux évènements, organisés par les Frères Musulmans (par exemple, un colloque qui s’est tenu le 4 février 2023) il s’est dernièrement distingué dans son attitude plus qu’ambivalente à l’égard de l’islamisme, en exprimant sa « plus grande inquiétude » suite au discours du premier ministre Gabriel Attal sur « l’entrisme islamiste et frériste ». Ce n’est pas l’entrisme qui l’inquiète, c’est qu’on en parle officiellement !

Rappelons que le Hamas est une filiale des Frères Musulmans et que leur charte reprend à la lettre les préconisations des idéologues fréristes (Sayyd Qutb et Hassan al Banna) dont le point de ralliement consiste à répandre la bannière de l’islam sur le genre humain (point 5 du crédo des Frères musulmans) et à se débarrasser des Juifs, comme l’atteste Khaled Maachal (président du bureau politique du Hamas) en 2012 :

« Libérer la Palestine, TOUTE la Palestine est une obligation, un privilège, un objectif et un but… La Palestine –du fleuve à la mer, du nord au sud [cad tout Israël]- est notre terre, notre droit et notre patrie. Il n’y aura pas de reddition, même sur le plus petit morceau de cette terre. La Palestine est et a toujours été arabe et islamique… »1

Tant Rima Hassan que Chems-Eddine Hafiz n’arrêtent pas de désinformer et de manipuler le public, l’une par ses mensonges couplés aux appels à l’intifada, l’autre par ses protestations contre la lutte avec l’islamisme, ses silences un peu trop bruyants sur l’appel au jihad contre les Juifs et les Chrétiens dans le Coran, ses rapports ambigus avec l’Algérie, ainsi que la vieille et usée rengaine de « pasdamalagame » et d’islamophobie quand on parle de la montée de l’antisémitisme. Rien d’étonnant que ces deux « personnalités » s’apprécient mutuellement, tout en refusant de qualifier le Hamas d’organisation terroriste.


[1] Vladimir Jankélévitch, L’Imprescriptible. Pardonner ? Dans l’honneur et la dignité, Seuil, 1986.

[2] « Les trois sources de l’islamo-palestinisme jihadiste (Haj Amin al-Husseini, Hassan al-Banna, Sayyid Qutb) et le massacre du 7 octobre », https://www.revuepolitique.fr/les-trois-sources-de-lislamo-palestinisme-jihadiste-haj-amin-al-husseini-hassan-al-banna-sayyid-qutb-et-le-massacre-du-7-octobre-2024/

[3] C’est nous qui mettons les guillemets, car il n’existe pas d’Etat Palestinien, ni de territoires palestiniens, ni de revendications de souveraineté nationale palestinienne à cette époque.

[4] https://www.lemonde.fr/archives/article/1967/06/22/l-aide-aux-victimes-arabes_2634653_1819218.html

[5] https://www.france-palestine.org/Conference-avec-Salah-Hammouri-et-Alain-Gresh-a-Grenoble

  1. https://www.jeuneafrique.com/138930/politique/khaled-mechaal-le-r-unificateur/ ↩︎

Le Ballet du Rhin: enfin de vrais chorégraphes!

Une compagnie superbe, des œuvres intelligentes et des danseurs qui se surpassent, c’est la leçon d’excellence que nous offrent Lucinda Childs et William Forsythe avec le Ballet du Rhin. 


Il y a deux décennies, Bertrand d’At faisait entrer le chef-d’œuvre de Lucinda Childs, « Dance », dans le répertoire du Ballet du Rhin dont il était alors le directeur. Ce fut un tel émerveillement que l’artiste américaine vit de multiples fois se rouvrir pour elle le Ballet ainsi que l’Opéra du Rhin où elle multiplia mises en scène et chorégraphies. Aujourd’hui, au Théâtre de la Ville, à Paris, ce même Ballet du Rhin reprend une autre chorégraphie que Lucinda Childs créa en 2009 pour la compagnie rhénane. C’est « Songs from Before » qui réapparaît ainsi avec une nouvelle génération de danseurs. Ceux-ci ont donc changé, mais la compagnie demeure toujours aussi magnifique.

On l’avait naguère prostituée dans une « relecture » stupide et misérable du « Lac des Cygnes » qui était une véritable imposture. Elle brille aujourd’hui dans tout son éclat pour servir deux des plus grands chorégraphes de ce temps, Lucinda Childs et William Forsythe.

Suffoqué par ses audaces

Si dans « Songs from Before », œuvre de facture à la fois néo-classique et minimaliste, servie par la partition éponyme de Max Richter et exaltée par une scénographie aussi dépouillée que magnifique conçue par Bruno de Lavenère, les danseurs du Rhin sont admirables d’élégance, de précision et de rigueur, (même si cette très belle pièce n’égale pas la beauté, la perfection absolues de « Dance »), dans « Enemy in the Figure », leurs camarades sont proprement héroïques. L’incroyable, la diabolique complexité de la chorégraphie et de la mise en scène de William Forsythe qui, au temps de sa création avec le Ballet de Francfort, avait suffoqué par ses audaces, les conduit, les contraint, les transporte à des débordements de virtuosité proprement stupéfiants.

Enemy in the Figure de William Forsythe, créé en 1989 par le Ballet de Francfort. Shimizu Ryo, Programme Spectres d’Europe / Lucinda Childs / David Dawson / William Forsythe CCN – Ballet de l’Opéra national du Rhin © Agathe Poupeney / Divergence-images.com – 25/04/2023 – La Filature, Scène nationale – Mulhouse

Entre deux, est représenté un duo conçu par l’ex-danseur de l’Opéra, Bruno Bouché, actuel directeur du Ballet du Rhin. Inspiré par la lutte de Jacob et de l’Ange, c’est un exercice très honorable. De bonne facture. Plein d’énergie aussi, mais sans puissance, sans épaisseur non plus. Et l’on songe évidemment à la peinture de Delacroix qui est tout son contraire, comme au péril de s’exposer entre deux œuvres fortes.

Une espèce en voie d’extinction

Avec cette remarquable soirée donnée par le Ballet du Rhin, on savoure, un peu enivré tout de même, cette chose devenue aussi étrange qu’elle est rare : des chorégraphies intelligentes pensées par de grands créateurs et exécutées par de remarquables interprètes, des ouvrages portés par une écriture et un souffle qui sont la marque d’auteurs de premier plan, sinon d’artistes de génie. Lesquels apparaissent aujourd’hui comme une espèce en voie d’extinction, étouffée par des cohortes de médiocres avides d’exister sans en avoir les moyens.


Ballet du Rhin : Lucinda Childs et William Forsythe.
Théâtre de la Ville. Jusqu’au 25 mai. theatredelaville-paris.com
01 42 74 22 77.

Grandes illusions et petites comédies françaises (Paris-Bruxelles)

Ultimes sondages, passes d’armes, remontadas ! C’est la magie des printemps électoraux, la dernière journée de championnat avant l’heure de vérité en Eurovision. Pour qui l’Eurostar, la Champions League ? Qui descendra en ligue 2, sous les 5%, le 9 juin ?


Sur les écrans, tous les soirs, MMA, Koh-Lanta, Jeopardy et Questions pour des champions. Les coachs font répéter les impros, peaufinent des formules assassines. Badgée Scout de Renew Europe et Guide de France, Valérie Hayer, cherche un azimut. Après la foire aux bulots de Pirou (Manche), le Premier ministre défie Jordan Bardella en direct. Destination pacifique et Menaces sur Nouméa pour le leader de la patrouille de France. Emmanuel Bagheera, son BAFA et son bagout calmeront-ils les Kanaks en pétard ? L’Élysée a programmé deux escales secrètes – Beyrouth et Moscou – pour le retour de mission. « Athos 1 » va régler le conflit israélo-Palestinien et sermonner Dark Vlador, le dénazificateur.

Ni pilote, ni avion

Des cordelles de technocrates, bateleurs, naufrageurs gloutons et insubmersibles, échangent convictions et fromages, slaloment dans la haute fonction publique, le Cac 40 et le showbiz. Au Panthéon, aux Invalides, dans la phraséologie, des gouvernements de rencontre, un Jupiter sans envergure, miment le pouvoir, l’autorité, un destin commun : vol d’ancêtres, politique du chat crevé au fil de l’eau, la France en s’ébattant… Il s’agirait de « garder le contrôle de notre destin, réunir les forces vives, libérer le potentiel français, réarmer notre pays… » (Gabriel Attal). Que d’aveux !

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Les Colbert en carton-pâte, Louvois ventriloques, modernisent la bureaucratie, changent de réforme, réforment le changement. Oublieux des enjeux anthropologiques, encalminé dans le management, les PowerPoint, l’efficiency, l’Etat se suicide en état de légitime défense : ubérisation de l’administration, wokisation du Conseil d’État, suppression des grands corps, ultimes chapitres du roman de l’aboulie nationale. Un monde sans incarnation, sans volonté ni représentation.

Le peuple français aux membres énervés, triste comme un lion mangé par la vermine, est accablé par la lâcheté des politiques, les dénis sur la gravité des maux, déficits abyssaux, déclassements, qui minent le pays. Diminuendo, comme les hommes volants de Folon à la fin des programmes d’Antenne 2 il y a cinquante ans, la France s’éteint.

Les moulins de nos cœurs

A gauche, les Augustes insoumis, franciscains d’opérette, éructent contre les clowns blancs du pouvoir. Ils pétaradent dans les surenchères, blagues de prépuces nazis. Sur France Inter, à Sciences-Po, Télérama, Rue de Grenelle, les ravis de la crèche progressiste, marmiteux de l’insoumission, écolâtres dé coloniaux, ont pris le pouvoir. « J’en ai marre – marabout – bout d’ficelle… ». L’ignorance rend hardi. Rupture dans la continuité ou continuité dans la rupture ? Baygon vert au Baygon rouge ? Nouveau Panoramix progressix, Raphaël Glucksmann transforme les anchois avariés en produits exotiques. Son truc c’est : « l’option de la puissance juste, de la solidarité, de la quête d’égalité et de la transformation écologique… La culture c’est un projet de civilisation, un projet philosophique, un projet culturel ».

Le chroniqueur de France inter Guillaume Meurice, actuellement suspendu d’antenne pour une blague évoquant un nazi sans prépuce, photographié le 26 octobre 2019 © JP PARIENTE/SIPA Numéro de reportage : 00930340_000030

Les hamsters du monde d’après pédalent dans une roue à fantasmes, se gargarisent de mots-valises citoyens, inclusifs, dans l’entre-soi, les concepts, le flou, squattent un néant aseptisé baptisé « diversité ». Sur les rezzous sociaux des sycophantes multiplient les oukases, cherchent un trou, un fromage, le buzz. La mine piteuse, ils habitent l’abîme. Envieux, quérulents, sans programme ni arguments, ils exècrent le travail, le mérite, veulent des coupables. Une pierre à la main ils guettent le sommet ; de l’autre ils font l’aumône, exigent une allocation universelle, un manga, des abayas. Ils pourchassent les mauvais esprits, les mâles, les blancs, censurent, traquent les kouffar laïcards, menacent de mort les professeurs, les poignardent à l’occasion. Les héritiers de la Bourdieuserie, déconstruisent, déboulonnent, réécrivent le passé selon leur idée de la vertu, mensonges. Le meilleur ennemi de toujours, golem maléfique, diabolus ex machina – dont le centre est partout et la circonférence nulle part -, c’est l’Extrême Droite. Un seul Maistre vous manque et tout est dépeuplé.

Au Mondial Moquette du tout à l’égo intersectionnel, tout est possible, rien ne vaut rien, tout est à vendre : GPA, épectase, excuses, concurrence victimaire. L’agenda libéral-libertaire décalque celui du capitalisme woke : ochlocratie, pléonexie, cyrénaïsme, éradication du passé et de la culture, métamorphose des jeunes générations en zombies numériques et consommateurs lotophages. « Mon intérêt seul est le but où tu cours » (Racine).

Sous perfusions, régimes spéciaux, résilient, le monde de la culture ne lâche rien. A Cannes, dans les cours d’honneur, le maquis des espaces de création, le rap, les tracts, l’intermittence, au Collège de France, sur les formes scintillantes, sur chaque main qui se tend, sur les lèvres attentives, le teint frais et la mine vermeille, ils écrivent la liberté. Ils interrogent la page blanche, auscultent les habitus, les corps dominés, les transfuges de classe, l’autofriction. Ils tissent des liens, montent des ateliers d’écriture nomade, des yourtes zéro carbone place Colette. Ils cherchent leurs mots, l’inspiration, le buzz, des sponsors.

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Les artistes alertent, dénoncent, les crispations, le nauséabond, le toxique, l’autoritarisme crypto fascistoïde, lèchent toutes les blessures du monde. Ils luttent pour la planète des femmes, la panthère longibande d’Indochine, la retraite à 50 ans, Frida Kahlo, Hermione, Esther, l’imminente dignité des pauvres. Ils combattent la précarité menstruelle, du Bellay (identitaire nostalgique de la France mère des arts, des armes et des lois), Pyrrhus, Landru, Eric Zemmour, le masculinisme, l’argent, l’injuste puissance qui laisse le crime en paix et poursuit l’innocence. Au creux des lits, ils font des rêves. Sifflez, compagnons, dans la nuit la Liberté vous écoute.

Au royaume des idées, les faits n’ont pas d’importance. Le Grand-Guignol hexagonal, la méthode couarde, La France irréelle (Berl), arrivent à échéance. Faire toujours la même chose et attendre un résultat différent, c’est suicidaire.

Et pourtant, elle coule…

Sur l’essentiel, les enjeux civilisationnels, la nature arraisonnée par la technique, la crétinisation numérique, l’emprise totalitaire de l’IA, les transgressions généalogiques, les choreutes cabriolent dans le nudge, les sophismes, ânonnent deux mantras : « transition écologique », « mix énergétique », « trottinettes à hydrogène ». Ils fantasment une Europe Assistance – couteau sans lame auquel il manque un manche – plus protectrice et puissante que la Madonna del Parto de Piero della Francesca.

L’abstentionnisme, le poujadisme, la désespérance ne sont pas les fruits amers d’un discours churchillien de vérité, jamais tenu, mais la résultante de mensonges séculaires. Pas de salut sans courage de dire les vérités déplaisantes, sans mesures impopulaires, sans tempêtes ni sacrifices.

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La France partage un secret avec Maître Cornille (Lettres de mon moulin). Fini les farandoles et sérénades. Le « modèle français », « l’exception culturelle », la Voie française font éclater de rire à l’étranger. Marianne a vendu sa croix d’or, ses sacs de farine sont remplis de plâtre. Elle a mis son histoire, sa culture, son Etat, sa langue au mont-de-piété. L’avenir est plombé, les fantasmes, fantômes, fantoches ressurgissent. Les crises d’indignation, de haine, la guerre des races, des genres, de tous contre tous, l’abêtissement général, finiront par accoucher de la tyrannie.

Quelle résistance opposer à cet alignement des désastres ? Quel horizon, ligne de fuite ? Port Royal, l’immigration intérieure, les regrets et les pleurs, des sarcasmes mouchetés de mélancolie ? L’exercice d’une lucidité condamnée n’interdit pas d’allumer des pétards sous les pieds des Tartuffe.

« Nous savons qu’ils mentent, ils savent aussi qu’ils mentent, ils savent que nous savons qu’ils mentent, nous savons aussi qu’ils savent que nous savons, et pourtant ils continuent à mentir » (Alexandre Soljenitsyne).

Laïcité mon amour

Rentrant d’un colloque qui s’est tenu à Pau sous les auspices du Comité Laïcité République, notre chroniqueur revient sur ce qu’est réellement la laïcité — et qui n’est pas, figurez-vous, le souci premier de tous les candidats aux élections européennes.


Dans le dernier numéro de Marianne, Hadrien Brachet fait le point sur les curieux rapports à la laïcité des têtes de liste françaises.

Je lis son article en revenant de Pau, où je participais, ces deux derniers jours, à un colloque rassemblant les piliers de la laïcité, Alain Sekzig par exemple, ou Samuel Mayol. Tous deux indéfectiblement à gauche, et vilipendés, comme moi, par les crétins béats qui se croient à gauche alors qu’ils sont, au mieux, des islamo-gauchistes ou des wokistes intersectionnels — ou d’apprentis dhimmis. J’y reviendrai.

La laïcité menacée par Jean-Luc Mélenchon

En attendant, que nous apprend Hadrien Brachet ?
C’est peut-être Valérie Hayer qui est la plus nette sur cette question, reprenant à son compte la proposition de plusieurs eurodéputés de Renew de veiller à ce que l’Europe cesse de « financer des associations ayant des liens avec des organisations religieuses et politiques radicales comme les Frères musulmans ». Elle préconise de « protéger le recours à l’IVG en l’inscrivant dans la Charte européenne des droits fondamentaux. » Dont acte.

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Le PCF n’est pas en reste — mais il est bien le seul, à gauche. Léon Deffontaines, sa tête de liste, a même affirmé (sur Sud-Radio) que « la France insoumise met en danger la laïcité ».

Les insoumis, justement parlons-en. S’ils « refusent l’ingérence du religieux dans les affaires politiques », leur refus symétrique de toute ingérence du politique dans les affaires religieuses doit alerter : après tout, ils n’ont cessé — particulièrement depuis le 7 octobre — de faire des risettes aux islamistes, et leur dernière proposition de loi sur la laïcité, dit Brachet, « ne mentionnait même pas les menaces islamistes — comme si ce n’était pas un sujet. »

Le député islamo-gauchiste Thomas Portes (LFI), apostrophé par Frédéric Haziza, à la manifestation interdite pro-Gaza, samedi 28 octobre 2023 à Paris. Image: Capture Twitter.

Les écologistes sont encore plus beaux : la laïcité, ils n’en ont jamais entendu causer — et ils n’en parlent pas. Pas question d’interférer avec les droits inaliénables des courgettes à remplacer les sextoys. Et ils promettent concurremment de lutter « contre l’antisémitisme et l’islamophobie » — comme le président du CPI qui veut mettre en examen pour génocide Netanyahou et le Hamas.
Imaginez que l’on ait jugé à Nuremberg en même temps Goebbels et Churchill…

« La notion de laïcité ne figure pas non plus dans le programme de Raphaël Gluksmann », prévient Hadrien Brachet. On ne séduit pas les jeunes, dont on sait ce qu’ils pensent des rapports de la charia et de la République, en mettant en cause les croyances de ces cervelles évidées. Même si le candidat para-socialiste a naguère déploré l’aveuglement dont a bénéficié l’intégrisme islamiste. Un coup à droite, un coup à gauche.

À droite, la laïcité: oui mais…

Et le RN, direz-vous ? Ah, c’est bien délicat quand vous visez les voix d’une droite traditionaliste de parler de cette laïcité qui forme le socle de la loi scélérate de 1905… Dénoncer les infiltrations islamistes, soit. Mais taper sur les doigts des chrétiens ultra-conservateurs…
Et Reconquête ne fait pas mieux. Ni Bellamy, gêné aux coudes par son allégeance versaillaise.

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Ce n’est pourtant pas sorcier — et nous l’avons asséné deux jours durant à Pau : la laïcité consiste à séparer radicalement ce qui est du domaine de l’État — l’éducation, les services publics, mais aussi la rue, à mon sens — et ce qui est du domaine de la foi.
Vous pouvez chez vous adorer la patte de lapin, le plat de nouilles-boulettes des pastafariens ou la pierre noire de la Kaaba, vous pouvez vous prosterner dans la position que vous voulez pour honorer votre dieu ou l’être vous-même, mais cela s’arrête au seuil de la maison. Membre du Conseil des Sages de la laïcité dont vient fort heureusement d’être viré Alain Policar, le sociologue qui pense que le voile musulman est un facteur d’intégration, mon ami Alain Sekzig nous racontait comment, chez les Cavanna, on s’engueulait en italien à la maison, et comment ces Ritals continuaient à le faire, mais en français, dès qu’ils franchissaient le seuil du domicile.

La laïcité ne reconnait que des citoyens

Je n’en demande pas plus. Les musulmanes peuvent tout à fait se voiler — à la maison : ça contribuera à limiter le désir incandescent de leur seigneur et maître, qui reçoit une part d’héritage double de la leur.

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La laïcité, ai-je expliqué, c’est ce qui nous permet de rire à telle caricature de Luz, en 2013, mettant dans la bouche d’un Mahomet dévêtu les mots même de Bardot au début du Mépris : « Et mes fesses, tu les aimes, mes fesses ? » La laïcité ignore le blasphème — et pire, elle se rit de ceux qui voient des blasphèmes partout, y compris dans les rondeurs de nymphes sur un tableau du XVIIe siècle qui, paraît-il, offense la pudeur musulmane : tu sais où tu peux te la mettre, ma chérie, ta fameuse pudeur ?
La laïcité ignore les « communautés » et l’usage létal qu’en font les Frères musulmans, tâchant de dresser les unes contre les autres : la laïcité ne connaît que des citoyens français. Et elle est menacée en ce moment par une conjuration de bigots, de cagots et de cagoles. À mettre au pas, rapidement. Sans faiblesse. Parce qu’ils ne sont pas très nombreux — mais redoutablement actifs, d’autant que la démocratie est redoutablement faible. Et qu’ils ne sont forts que de notre faiblesse. La laïcité, c’est le retour du siècle des Lumières — parce que les dérives obscurantistes actuelles ne nous laissent plus le choix qu’entre Voltaire ou la charia.

Israël n’a pas gagné la guerre… qu’elle ne peut perdre

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Ivan Rioufol revient d’Israël, pays plus menacé que jamais, alors que le procureur de la Cour pénale internationale vient de réclamer un mandat d’arrêt contre son Premier ministre.


Retour à Sdérot (Israël). Quelques jours après le pogrom du 7 octobre 2023, qui avait meurtri cette ville frontalière de Gaza, j’y avais effectué ma première visite[1]. A l’époque, 90% des habitants avaient dû fuir la cruauté fanatique du Hamas. Les voitures abandonnées en face du commissariat, lui-même rasé après l’assaut de djihadistes, étaient marquées des balles des tueurs surgis ce matin-là.

Sept mois plus tard, la ville morte respire à nouveau. La majorité des habitants sont revenus ; idem dans les communes alentour. Si l’artillerie tonne encore ce mardi, le bruit ne fait plus sursauter l’habitant. L’armée s’est assurée, pour l’essentiel, la maîtrise des ripostes. Mais la résistance du Hamas demeure, en dépit de six mois de pilonnage. Israël n’a pas gagné la guerre. Comme l’explique le colonel Olivier Rafowicz, porte-parole de Tsahal, rencontré lundi soir à Tel Aviv : « L’ennemi est sophistiqué. Il a plus évolué que nous ». À la frontière avec le Liban, j’ai pu constater que le pays vivait toujours sous la menace du Hezbollah : 1700 attaques (drones, missiles, rockets) ont été lancées par ce bras surarmé de l’Iran depuis le 7 octobre. Les 60 000 Israéliens évacués des communes les plus proches de la frontière ne peuvent regagner leur domicile. Seuls certains kibboutz de Galilée ont maintenu leur population, sous la protection d’« interventions civiles » mal armées. Reste un pays qui résiste, jeunesse en tête, et qui s’interdit de perdre cette guerre jugée existentielle.

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Les interlocuteurs rencontrés l’affirment : Israël ne se pliera pas aux pressions extérieures qui font le jeu du Hamas. Le choix de la France d’appuyer la proposition du président de la Cour pénale international de lancer des mandats d’arrêt indifféremment contre les dirigeants du Hamas et ceux d’Israël a été perçu comme une trahison. L’hypothèse d’un cessez-le-feu est vue comme une capitulation. La perspective de deux États, réactivée hier par reconnaissance d’un État palestinien notamment par l’Espagne, n’est en réalité plus à l’ordre du jour. La détermination à chasser le mouvement terroriste reste intacte. Cette stratégie passe, selon les militaires rencontrés, par la prise de contrôle de Rafah, au sud de Gaza : opération redoutée à cause de la forte densité de la population.

Selon le président de la Knesset, Amir Ohana, vu mercredi, Israël ne mène pas seulement un combat local, mais « défend le monde libre ». Il dit : « Nous vivons un choc de civilisation ». Il reconnait néanmoins que la société israélienne, qui compte 20% de musulmans, a « réussi à vivre ensemble ». Un diagnostic tempéré par le ministre de l’Intérieur qui, s’il admet que « le clash n’a pas eu lieu », reconnait l’hétérogénéité de la société arabe israélienne qui comprend un « camp hostile à l’État hébreu ». 

Quel avenir pour Gaza ? La question reste sans réponse. Mais Israël exclut le retour du Hamas ou de tout autre mouvement islamiste. Se dessine la perspective d’une administration civile du territoire sous contrôle israélien. En attendant une possible alternative venue des Emirats arabes unis ou de l’Arabie saoudite. Mais Israël, devenue la cible symbolique du Sud global fédéré contre l’Occident, peut-elle encore faire confiance en ses quelques « alliés » musulmans ? Le doute est palpable.


[1] A l’invitation, renouvelée ces jours-ci, de l’ONG israélienne KKL

Pourquoi je ne voterai pas pour LFI et Rima Hassan le 9 juin

Pour les élections européennes, notre contributeur sait au moins pour qui ne pas voter !


Il est temps pour la France de tourner la page de la gauche sans le moindre regret, marquant ainsi le début d’une rupture inéluctable et brutale. Toute la gauche ! Car les socialistes, les laïques, républicains, gauchistes, progressistes et les médias de gauche, autrefois chantres d’une gauche républicaine en France et en Europe, se retrouvent maintenant à dénoncer avec virulence le “communautarisme” de La France insoumise (LFI), alors qu’ils ont longtemps partagé la même table.

Le vote des quartiers islamisés très convoité

Malgré les protestations des politiciens établis et de la presse mainstream, la caravane de LFI dirigée par Rima Hassan avance inexorablement. Au fil des années, les Insoumis ont flirté avec le communautarisme en promouvant des initiatives telles que les clubs des abayas, les émeutes, les spectacles de Médine, ou encore le débat sur le burkini – tout cela dans le but de séduire les quartiers.

Sofiane Dahmani est étudiant. DR.

Le 9 juin, les citoyens seront appelés aux urnes pour les élections européennes. J’ai fait mon choix, mais je préfère garder secret mon vote, conformément au caractère confidentiel du scrutin. Cependant, je peux affirmer avec certitude que je ne voterai pas pour la LFI et Rima Hassan. Je revendique pleinement mon choix de voter contre Rima Hassan, car je ne la considère pas comme représentative. Je suis clair sur mon refus de voir la France plongée dans le chaos d’une guerre civile, et je rejette fermement le communautarisme. Voter ainsi, c’est affirmer mon attachement profond à la France. La tentative de séduction des quartiers avec la candidature de Rima Hassan est paradoxale, car les habitants de ces quartiers sont généralement soit apolitiques, soit d’extrême droite quand il s’agit de leurs pays d’origine, très conservateurs. Comment pourraient-ils soutenir complètement la LFI, alors que ce parti est imprégné de wokisme ? Les habitants des quartiers ont peut-être évolué vers un progressisme favorable à la communauté LGBTQ+ ? C’est peu probable… À mon avis, leur choix est précipité et stratégique, car les habitants des quartiers préfèrent souvent un chat domestique à un lion sauvage. La LFI, telle une bande de chats dociles, est prête à tout pour séduire son électorat, tandis que la droite, représentant le lion, ne fléchira jamais, sauf peut-être dans sa version la plus modérée.

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La LFI mise sur la candidature de Rima Hassan, qui proclame fièrement être palestinienne, de Gaza, révolutionnaire. Et “Je suis française”, c’est pour quand ?

Notre modèle a depuis trop longtemps été vilipendé

La stratégie des islamo-gauchistes risque fort de se retourner rapidement contre eux, mais ils semblent ne pas en être conscients…
Notre situation politique actuelle rappelle singulièrement celle de 2015, lorsque la presse progressiste célébrait la ville américaine de Hamtramck, dans le Michigan, pour avoir élu son premier conseil municipal à majorité musulmane. Aujourd’hui, la réalité semble bien différente. Le 13 juin 2023, le conseil municipal de cette ville, désormais exclusivement composé d’élus musulmans, a voté une loi interdisant l’affichage de drapeaux LGBTQ+ sur les propriétés publiques, signe d’un rejet flagrant de valeurs appréciées à gauche…
En Angleterre, galvanisé par sa victoire politique axée sur l’environnement et la cause palestinienne, Mothin Ali, candidat musulman du parti Vert, a fait une entrée spectaculaire au conseil municipal de Leeds. « C’est une victoire pour Gaza ! » s’est-il exclamé, avant d’ajouter : « Nous ne serons pas réduits au silence. Nous porterons la voix de Gaza. Nous porterons la voix de la Palestine. Allahu Akbar! ». Malaise…

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Pendant des années, nous avons été sermonnés par les Anglo-Saxons alors que nous luttions contre le communautarisme et défendions notre laïcité, qualifiés de passéistes liberticides pour avoir soutenu notre modèle d’assimilation. Mais certains événements récents montrent que nous avions raison.

Le 30 juin 2019 à Grenoble, des militants de « Alliance citoyenne » interpellent les passants devant la piscine. Photo : JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

En Angleterre comme en France, nous trouvons des métropoles cosmopolites qui méprisent les régions périphériques attachées à la culture nationale d’origine. Que ce soit le maire de Londres ou celui de Paris, ils sont prêts à tout pour maintenir un vivre-ensemble qui n’existe souvent que dans leurs têtes ou les discours. Le multiculturalisme est inscrit dans la loi britannique, tandis qu’il est subi au quotidien en France. En Angleterre, ils ont leurs « zones de charia » avec police et tribunaux islamiques. Nous, nous avons nos quartiers abandonnés de la République où les commerces sont majoritairement tenus par des étrangers et où les jeunes caïds surveillent ceux qui ne respectent pas le Ramadan ou les filles habillées à l’occidentale.

Allons voter le 9 juin aux élections européennes, mais alors que LFI a mené sa campagne électorale sur Gaza, réfléchissons bien à nos priorités. L’Europe est le continent de la croissance lente, où les principes de libre-échange ont attiré le monde entier. Mais où l’ouverture des frontières a malheureusement laissé entrer des gens qui n’aiment pas la culture occidentale.

Et à la fin, c’est «OSS 117» qui gagne…

David Pujadas réunissait mardi soir les principales têtes de liste aux élections européennes sur son plateau. Il y a été beaucoup question d’Ukraine, de Palestine ou de Nouvelle-Calédonie, mais fort peu de nos institutions européennes. Replay et analyses.


Si depuis des décennies, la France imite les États-Unis dans tous les domaines, avec un décalage de quelques années, il y a bien une chose où elle ne suit pas la voie américaine : le vieillissement de sa classe politique. Alors qu’en novembre prochain, le duel Biden-Trump déterminera lequel des deux candidats passera les quatre prochaines années à la Maison-Blanche et lequel les passera à la maison de retraite, la présence des huit têtes de liste principales des prochaines Européennes sur le plateau de LCI, mardi soir, chez David Pujadas, illustre l’impressionnant rajeunissement de la classe politique française. De Raphaël Glucksmann, l’ainé (44 ans) à Léon Deffontaines, 28 ans, tête de liste communiste, en passant par Jordan Bardella, Valérie Hayer, et les autres, la France semble à l’abri de devenir prochainement une gérontocratie.

La gauche ne pense qu’aux Palestiniens

Élection européenne oblige, les sujets internationaux ont vite été sur la table, en premier lieu l’Ukraine et le Proche-Orient. Mais un sujet que l’on pourrait presque qualifier de franco-français s’est aussi invité en cours de route : les tensions en Nouvelle-Calédonie. L’occasion pour les partis qui ont pris les chemins les plus hétérodoxes de rééquilibrer leurs positions : Léon Deffontaines préconise d’armer l’Ukraine, à rebours de son mentor Fabien Roussel qui a déclaré que la livraison de tanks et de missiles participait à l’escalade guerrière. Manon Aubry, pour LFI, se démarquait des propos les plus outranciers tenus depuis six mois par sa formation politique en daignant qualifier le Hamas de « terroriste », tout en soutenant et défendant la numéro six de liste, Rima Hassan. A la manière du Georges Marchais de la grande époque, quand on les enquiquinait un peu trop sur leurs positions les plus controversés, les candidats les plus à gauche étaient venus avec « leur réponse », et, alors qu’on n’en était qu’au premier thème de la soirée, l’Ukraine, l’envie d’en arriver à la Palestine se faisait toujours plus pressante. 

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À droite, on apprenait en quasi-direct le divorce de l’AfD et du RN, qui ne siégeront plus ensemble au Parlement. Alors que le parti allemand avait déjà agacé son partenaire en contestant le bien-fondé de la présence de la France à Mayotte, Maximilian Krah, membre du parti allemand, s’est distingué en déclarant qu’un SS « n’est pas automatiquement un criminel ». Il serait bien malheureux qu’au moment où Le Pen père n’a plus la vigueur pour commettre l’habituel dérapage de fin de campagne, que celui-ci vienne désormais d’outre-Rhin ! Alors, expulsion de l’AfD du groupe Indépendance et Démocratie ou bien rapprochement du RN avec le groupe des Conservateurs et Réformateurs européens ? Le mystère de la présence de Marine Le Pen ce week-end aux côtés des Espagnols de Vox, membre de l’ECR, se désépaissirait…

À la recherche du parti de l’étranger

Vladimir Poutine et ses liens supposés avec certains partis autour de la table ont été agités comme une peau de banane. Dans son duel avec Valérie Hayer, Jordan Bardella a voulu rappeler les tentatives d’Emmanuel Macron de maintenir des relations convenables avec le président russe jusque 2022. Au RN, le talon d’Achille désigné par ses adversaires semble être Thierry Mariani, septième de la liste, ancien ministre de Nicolas Sarkozy ; il est désormais présenté comme un agent russe. C’est un grand malheur que de voir des personnalités recrutées par le RN pour leur expérience et leur crédibilité, devenir, au bout de quelques années, des boulets au pied plus certains que les candidats recrutés en interne.

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Le débat, où les accusations d’inféodation à l’étranger allaient bon train de part et d’autre, a pu s’ouvrir sur le sujet néo-calédonien de nouveau au cœur de l’actualité. À droite, Marion Maréchal dénonçait l’émergence d’un « racisme anti-blanc » et de « haine anti-française », et rappelait la souveraineté de la France sur le Caillou, confirmée par trois référendums. La Nouvelle-Calédonie est française, quitte à utiliser l’article 36 de la Constitution. Jordan Bardella a pu éviter de revenir sur le revirement de son parti au sujet du dégel électoral. François-Xavier Bellamy a rappelé la nécessité de respecter les référendums, malgré le mauvais signal donné par le précédent de Notre-Dame-des-Landes (on n’oserait évoquer ici le traité de Lisbonne…). Les formations de gauche rêvent, elles, encore, de « décolonisation ». La question de départ de David Pujadas était de savoir s’il fallait se réjouir de voir le président Macron s’envoler pour l’archipel océanien pour une visite surprise, et contre toute attente, Valérie Hayer a dit oui.

Roulez jeunesse

Huit jeunes gens plein d’avenir, donc. En 2019, les Européennes nous permettaient d’observer les premiers pas de quatre des invités du débat. Bardella est déjà désigné comme futur Premier ministre en cas de victoire de Marine Le Pen en 2027 ou de dissolution auparavant. Aux yeux de l’aile droite des Républicains, Bellamy est pour l’instant prié de rester dans l’ombre de Laurent Wauquiez. Aubry, éloignée à Strasbourg, ne participe pas au vacarme de ses petits camarades LFI au Palais Bourbon et semble (bien) loin de pouvoir supplanter Mélenchon, qui repartira en 2027 pour un dernier tour. Glucksmann a moins l’air d’un étudiant arrivé là par hasard qu’il y a cinq ans et peut imaginer ressusciter un centre gauche écrasé pour l’instant entre Macron et Mélenchon. Et quid des autres ? Léon Deffontaines, 28 ans, a promis qu’il collerait aux basques de Jordan Bardella jusqu’à la fin de ses jours. Quant à Marion Maréchal, elle a ménagé son principal concurrent, le président du Rassemblement national, se distinguant quelque peu de la ligne Knafo-Zemmour, beaucoup plus pugnace…

Meurtre de deux agents pénitentiaires: comment cela n’est-il pas arrivé avant?

Dans la France d’Emmanuel Macron, de Gabriel Attal et d’Éric Dupond-Moretti, le « pas de vague » ne concerne malheureusement pas que l’Éducation nationale, déplore cette tribune.


Il y a une semaine, un fourgon de l’administration pénitentiaire transportant un détenu dangereux a été attaqué dans l’Eure, au niveau d’un péage. Trois agents ont été grièvement blessés, deux tués. L’un était père de famille, le second allait le devenir ; ils ont perdu la vie en uniforme, pour la République, pour la France.

C’est un fait : nos prisons sont des zones dangereuses dans lesquelles il est plus simple pour des voyous d’y faire rentrer armes, téléphones et drogues, que pour un enfant une bouteille d’eau dans un concert.

Ayant moi-même exercé dans l’administration pénitentiaire de 2009 à 2014 (CP les Baumettes-Marseille et Maison Centrale d’Arles), je mesure la sauvagerie à laquelle ces agents sont quotidiennement exposés. Ils travaillent dans une insécurité permanente, qu’ils doivent affronter souvent de manière isolée, devant parfois gérer jusqu’à 150 détenus. Les agressions et menaces sont légion, à l’intérieur des murs, mais aussi parfois à l’extérieur lorsque les agents croisent des familles de détenus ou des ex-détenus eux-mêmes.

Les téléphones, les produits stupéfiants mais aussi les couteaux en céramique (que l’on retrouvait déjà il y a plus de 10 ans dans les prisons, même dans celles dites « sécuritaires ») circulent presque librement, grâce à des drones, grâce à des projections par-dessus les murs d’enceintes, ou introduits par les parloirs. Il faut bien se souvenir que c’est sous le quinquennat Sarkozy que les fouilles systématiques des détenus, et notamment à leur retour de parloir, ont été interdites.

Bien souvent, un laxisme s’installe quant à la lutte contre l’usage de stupéfiants. Les odeurs de cannabis parfument bien souvent les coursives, et les surveillants ne cherchent plus à savoir de quelle cellule cela provient car ils savent pertinemment que la finalité sera : l’absence de sanction, et la promesse de relations conflictuelles avec les détenus.

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Cette gestion de la détention manquant de fermeté est du pain béni pour la hiérarchie et la direction, afin d’acheter au mieux la paix sociale dans une culture du « pas de vague », mais elle met tôt ou tard le personnel en danger.

Le danger provient aussi des échanges téléphoniques. Il y a des téléphones fixes à disposition dans les cellules ou les coursives, mais surtout, des milliers de téléphones portables dont des smartphones.

Pour les téléphones fixes, il y a là un manque de moyens humains dans leur contrôle. Bien souvent, il n’y a qu’un surveillant pour l’ensemble de l’établissement pénitentiaire qui est en charge des écoutes. Outre le fait que ce surveillant puisse aussi être chargé d’effectuer d’autres missions, il est souvent dans l’impossibilité de comprendre l’ensemble des dialectes utilisés dans les conversations entres les détenus et leurs interlocuteurs.

Quant aux téléphones portables, c’est un fléau qu’il faut endiguer pour empêcher les détenus de continuer à gérer leur trafic de stupéfiants tout en étant incarcéré, mais aussi pour les empêcher de préparer une évasion. L’administration ne fait pas tout son possible pour empêcher qu’ils rentrent à l’intérieur des établissements, ni pour empêcher leur utilisation grâce à des brouilleurs qui souvent, sont inefficaces sur le réseau 5G, et qui parfois, ne sont pas mis en service dans le but, toujours, d’acheter la paix sociale.

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Peut-on être surpris de la mort de deux surveillants dans l’exercice de leur mission? Quand j’ai quitté la Maison Centrale d’Arles en 2014, je suis parti en ayant en tête qu’un surveillant perdrait tôt ou tard la vie sur la coursive. Finalement, à Arles, il s’agira d’un détenu, et quel détenu… Yvan Colonna. Détenu que j’ai eu l’occasion d’avoir sous ma garde et qui n’avait aucune dérive comportementale envers le personnel.

Il y a un an, en tant que vice-président de la commission d’enquête parlementaire sur les dysfonctionnements de l’Administration Pénitentiaire ayant conduit à son meurtre, j’ai pu mettre en exergue toutes les failles que je ne connaissais que trop bien, et qui mettent en danger ce personnel courageux.

Les escortes pénitentiaires sont une autre partie du métier de surveillant pénitentiaire. Une chose à savoir : les escortes, lorsqu’elles sont médicales, sont toujours effectuées par des agents non armés. Trop souvent, et notamment lorsque j’effectuais mon service de nuit, nous nous retrouvions à deux agents en compagnie d’un détenu à l’Hôpital Nord de Marseille, et ce, une bonne partie de la nuit, en plein milieu du service des urgences souvent fréquenté par les voyous du coin.

Le drame du 14 mai dernier était malheureusement à prévoir car à plusieurs reprises, des agents avaient échappé de peu à la mort lors d’une escorte. En octobre 2011, à l’hôpital d’Aix-en-Provence, un surveillant avait pris une balle dans la jambe lors d’une escorte médicale par un individu qui faisait évader le détenu dont il avait la garde. En janvier 2019, aux abords du tribunal de Tarascon, une escorte judiciaire était attaquée par un commando lourdement armé qui avait tiré sur le véhicule des agents et qui faisait là aussi évader le détenu.

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Les surveillants me le disent. Il arrive très fréquemment que les escortes soient suivies ou poursuivies par des personnes cherchant à les intimider. Malgré cela, l’administration n’hésite pas à revoir fréquemment à la baisse le niveau de l’escorte, par manque de personnel pénitentiaire ou par absence de disponibilité des forces de Police afin que le transfert du détenu puisse tout de même s’effectuer.

Malheureusement, il aura peut-être fallu passer par la mort de ces deux hommes pour faire obtenir à cette administration davantage de moyens assurant leur sécurité. C’est en tout cas la prédiction que je partageais au Garde des Sceaux en octobre dernier.

Je veux vraiment rendre hommage à toutes ces femmes et ces hommes qui effectuent une mission essentielle pour notre société, et qui pourtant, sont souvent les grands oubliés. J’espère que nos gouvernants, au-delà des mots, traiteront véritablement les maux.

Florence Bergeaud-Blackler: extension du domaine du halal

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Florence Bergeaud-Blackler © D.R

La police des mœurs islamiques ne vise pas seulement à faire respecter la vertu dans l’espace public. Elle est l’un des visages de l’offensive frériste pour instaurer une société halal fondée sur le séparatisme, voire sur un suprémacisme musulman. La riposte est possible : commençons par interdire le voile des mineures et soutenir les courageux apostats.


Docteur en anthropologie, Florence Bergeaud-Blackler est chargée de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Auteur de Le Frérisme et ses réseaux – l’enquête, Odile Jacob (2023) et Le marché halal ou l’invention d’une tradition, Le Seuil (2017).

Le Frérisme et ses réseaux: l'enquête

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Le Marché halal ou l'invention d'une tradition

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Causeur. Les lynchages de Samara et de Shemseddine ont été présentés comme des « crimes d’honneur ». Relèvent-ils d’un phénomène religieux ou anthropologique ?

Florence Bergeaud-Blackler. Quand on parle de « crime d’honneur », on se réfère à un cadre anthropologique qui renvoie à une structure clanique. Celle-ci est régie par des règles très strictes, comme on le voit dans les sociétés traditionnelles méditerranéennes, musulmanes et non, où l’honneur de la famille repose sur la femme.

Mais les lynchages de Samara et de Shemseddine relèvent plutôt du contrôle individuel par une sous-culture qui puise ses normes et ses références dans l’islamisme frériste. Cette norme islamiste divise le monde halal (licite) du monde haram (illicite), elle fait la distinction entre le pur et l’impur, le bien et le mal. Selon l’islam salafi (fondamentaliste), cette norme est valable partout, en tout temps, pour tout le monde. Le musulman doit se l’imposer mais doit aussi l’imposer. Son devoir, fixé par Dieu, est de contrôler son propre comportement et celui d’autrui. Pour ces très jeunes musulmans – qui correspondent à la troisième génération réislamisée par les Frères musulmans, les salafistes et autres piétistes – l’idéal est ce monde islamique présenté comme indépassable. La police de la moralité, en action dans les tribunaux chariatiques anglais comme dans les « charia zones » allemandes et dans les rues iraniennes, impose cette norme afin que chacun trouve le salut. Il y a aussi pour ces jeunes un rapport de force évident : se faire craindre pour être respecté.

Ces miliciens de la vertu poursuivent-ils d’autres objectifs ?

Les salafistes fréristes veulent mobiliser l’Oumma (la « grande nation » des musulmans) afin qu’elle impose ce régime islamiste à travers le monde. Selon eux, l’islam a tout prévu pour les hommes. Le Coran et la Sunna régissent chacun des actes et chacune des activités de l’existence. Il suffit de méditer les textes. Tout comportement licite est récompensé, et tout comportement illicite pèse négativement dans la balance qui sera examinée sévèrement par Dieu le jour du Jugement dernier. À cela s’ajoute la dimension collective, très puissante dans la logique frériste : si vous vous comportez mal, vous entrainez dans votre chute votre famille et votre milieu.

C’est pourquoi le groupe a un droit de regard légitime sur les actions individuelles…

Exactement. Et voilà pourquoi l’apostat est chassé, persécuté ou même condamné à mort. Son reniement met tout son environnement en danger et fait reculer l’objectif que doit poursuivre tout croyant : édifier le califat. Dans ce cadre de pensée, on ne demande pas au musulman de discuter ou de questionner ce qu’il y a dans le Coran ou la Sunna, mais d’avancer dans la direction indiquée par Dieu. Et peu importe que le Frère musulman ne voie pas la fin de son action, il participe de ce destin qui finira par se concrétiser.

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Notons que la voie de ce salut passe toujours par le contrôle des femmes…

Ce contrôle est une pratique sociale très anciennes, voire antéislamique, et, comme je l’ai dit, extra-islamique. Mais dans l’affaire Samara, il y a deux séquences à dissocier. Elle a été agressée parce qu’elle ne s’est pas conformée à la loi du groupe qui lui imposait un islam rigoriste, c’est ce que sa mère a dit spontanément ; puis, dans un second temps, sous la pression du groupe, elle s’est rétractée en expliquant que sa fille était très pieuse. Entre temps, elle a certainement subi des pressions, des « conseils », des « rappels », bref, elle a été recadrée avec des arguments que je connais bien : « Attention, tu fais le jeu des islamophobes et de l’extrême droite. », « Il faut sauver ta fille. » … Autrement dit, elle doit être reconnue pieuse par le groupe si elle ne veut pas être persécutée puis trouver un mari. Sa mère avait-elle le choix ?

Pour les dévots, le collège exerce aussi une mauvaise influence : Samara s’habillait « à l’européenne ».   

Il n’y a aucune ambiguïté sur ce point. Les Frères ont rédigé un document ratifié par l’ISESCO (l’UNESCO de l’Organisation de la Coopération Islamique), qui stipule que l’École est un danger pour les musulmans car elle les éloigne de l’islam. Et en effet, l’École républicaine, quand elle fait bien son travail d’instruction, sème le désir d’une autonomie de pensée et d’action qui éloigne les membres de l’Oumma de leur communauté et des principes d’une société halal.

Quels sont les principes d’une telle société ?

On a longtemps cru que le halal n’était qu’une question d’interdit alimentaire. C’est bien plus profond. Il s’agit d’un discours suprémaciste qui vise à distinguer les musulmans du reste de l’humanité. On explique ainsi aux enfants que s’ils ne mangent pas comme les autres, c’est parce qu’il leur faut une nourriture pure, différente de celle des mécréants – cela dépasse le précepte religieux. L’enfant en déduit logiquement que le porc est sale et que ceux qui en avalent le sont également… La génération de Samara n’a connu que cette distinction entre le haram et le halal qui renvoie de façon concrète, affective (au sens des affects), à la séparation entre l’islam et le monde des mécréants.

Peut-on parler d’une extension du domaine du halal ?

C’est ce qu’on observe depuis une quarantaine d’années. Le frérisme a étendu cette logique aux produits, aux comportements, aux espaces pour former une « communauté imaginaire » halal qui est aujourd’hui bien réelle. Le marketing islamique a inventé des hôtels halal, de l’eau halal, des vêtements pudiques, des technologies et des facultés halal. Le principe est assez simple : pour « halaliser », il faut avoir au préalable « haramisé », c’est-à-dire défini ce qui est interdit. Les possibilités sont donc infinies et permettent d’opérer des distinctions dans tous les champs de l’activité humaine. Vous voulez rendre l’eau minérale haram ? Il suffit de dire qu’il y a des traces microscopiques d’alcool dans le liquide servant à nettoyer les bouteilles en plastique. Dès lors vous pouvez proposer une version halal de l’eau minérale.  

On retrouve évidemment cette distinction dans la mode.

De la même manière, le hidjab de grandes marques « pudiques » participe au maintien de la frontière halal/haram. Les entreprises qui jouent ce jeu ont une lourde responsabilité. Quel que soit le pays concerné, l’Iran, l’Afghanistan ou la France, la norme est renforcée. Plus largement, le but est de soustraire le féminin de l’espace public, car la société islamique repose sur une division sexuelle du travail et de l’espace. Pour les islamistes, chaque sexe doit avoir sa fonction. Il ne peut y avoir de société islamique sans la disparition du féminin de l’espace public. Si nous ne voulons pas d’une société islamique, nous savons donc comment faire…

Oui, mais pas partout… N’est-il pas interdit de vivre à la française dans certains quartiers ?

Les fondamentalistes font tout pour interdire l’adhésion aux normes européennes jugées décadentes. La réislamisation de trois générations a engendré, même chez les musulmans sortis de l’islam (sans le dire), un sentiment persistant de culpabilité, de peur de trahir ou même de peur du châtiment divin. L’affaire Samara le démontre. La grand-mère appartient à une génération pré-frériste, elle s’est assimilée, elle ne craint pas d’affronter les caméras. La mère a commencé à se révolter puis elle a été rattrapée par le groupe. La fille, elle, a été battue par ses pairs… Le prestige est du côté de ceux qui prétendent maîtriser le Coran et la norme la plus stricte : ils ont le sentiment d’être pieux car ils sont tyranniques.

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Quant à ceux qui résistent à cette logique régressive et répressive, ils ne sont pas soutenus. Ils sont traités avec mépris par une société laïque qui s’est largement déchristianisée, mais qui a peur de passer pour raciste si elle accepte la désislamisation d’une partie de la communauté musulmane. Cela a été alimenté par certains intellectuels comme Jean Baubérot qui ont largement diffusé l’idée erronée d’une islamophobie de la laïcité. La gauche, celle qui a renié son héritage républicain, assigne les musulmans à résidence religieuse et les renvoie en permanence à leur identité musulmane, au point de défendre le port du voile.

Huitième édition du Sommet mondial halal au centre d’exposition d’Istanbul, 25 novembre 2022. « Le marketing islamique a inventé des hôtels halal, de l’eau halal, des vêtements pudiques, des technologies et des facultés halal… »

Peut-on combattre efficacement ces dérives ?

Oui. Il y a deux mesure urgentes à prendre. Interdire de voiler les mineures : il faut éviter que les petites filles intègrent le voile au point qu’il devienne une seconde peau. Le port du voile est un conditionnement physique et mental. D’ailleurs, celles qui y sont soumises et qui parviennent à l’enlever ne le font qu’au prix de longues années de lutte, et tout accident de la vie peut les ramener à ce traumatisme. Interdire le voilement précoce préviendrait ainsi le conditionnement.

Il faut également valoriser les apostats en leur donnant la parole.

Il y a plus de musulmans qu’on le croit qui sont sortis de l’univers mental de l’islam, mais ils se cachent parfois toute leur vie de leurs coreligionnaires car ils les craignent. Il faut valoriser la possibilité de sortir de la religion, l’affirmer haut et fort. Car aujourd’hui, être apostat de l’islam, même en France, c’est se mettre en danger. Qu’il puisse y avoir des fidèles qui fassent défection remet en question le pouvoir des dévots, la puissance de leurs injonctions et la pression du groupe. Pour eux c’est pire que tout. Mais pour l’islam non fondamentaliste, le choix libre d’entrer ou de sortir de la religion n’est pas un problème. Le problème, c’est que cet islam-là est devenu minoritaire et se tait.

Confrontation Attal/Bardella: derrière l’apparente victoire du Premier ministre…

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Gabriel Attal face à Jordan Bardella lors d'un débat télévisé arbitré par Caroline Roux, Aubervilliers, 23 mai 2024 © THOMAS SAMSON-POOL/SIPA

L’élégante Caroline Roux organisait hier un grand débat entre le locataire de Matignon et le favori des sondages pour les prochaines élections européennes. Ils ont bataillé pendant plus d’une heure, tels de jeunes coqs. Forcément, Causeur a regardé!


Jordan Bardella, 28 ans et tête de la liste RN pour les Européennes a débattu hier soir avec le Premier ministre Gabriel Attal venu au secours de Valérie Hayer, la tête de liste du parti présidentiel.

La joute orale,  organisée par le service public sur France 2, nous a semblé avoir pour but, non pas de confronter deux visions de l’Europe mais, comme l’a expliqué François-Xavier Bellamy (tête de liste Les Républicains pour les européennes) d’opposer le Bien – à savoir, la macronie européiste et progressiste – au Mal -le RN conservateur, souverainiste et suppôt de Satan.

Une Bérézina annoncée pour l’exécutif

Voici la situation au moment du débat : 55 % des électeurs qui ont voté en 2022 pour Emmanuel Macron affirment qu’ils ne voteront pas pour la liste conduite par Valérie Hayer, talonnée par la liste Glucksmann. La liste emmenée par Jordan Bardella, elle, est largement en tête des sondages.

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Face à cette Bérézina annoncée, la macronie a développé la stratégie suivante : minorisation de l’enjeu européen afin de faire comme si l’élection du 9 juin n’était qu’une formalité pour un gouvernement sûr de lui ; Valérie Hayer, inconnue et gaffeuse a donc été choisie tardivement par Emmanuel Macron pour conduire la liste du gouvernement. Il s’agit aussi de saturer l’espace médiatique pour faire oublier ces élections : arrivée de la flamme olympique à Marseille, célébrations du 6 juin à venir, organisation de Choose France, pour montrer que la relance économique est là. Et puis, on ne légifère plus que de sur des sujets consensuels sans pour autant, du reste, faire l’unanimité : loi sur la fin de vie ou élargissement du droit de vote en Nouvelle-Calédonie. Enfin, on joue sur l’angoisse des Français. La Russie est à nos portes ; Trump, s’il est élu abandonnera l’Europe ; quant au RN, il fomente un Frexit. Un seul rempart : la macronie !

Combat de coqs

Aussi nous attendions avec impatience la confrontation entre Jordan Bardella et Gabriel Attal. Las ! On n’a vu qu’un combat de coqs. Les ergots du locataire de Matignon étaient plus acérés que ceux de la tête de liste du RN et l’animatrice du débat, Caroline Roux, a bien veillé à l’avantager ostensiblement, coupant systématiquement la parole à Jordan Bardella. Nous avons eu droit à deux discours opposés que formataient les éléments de langage ; deux discours également nourris par une juxtaposition d’exemples concrets, censés étayer les démonstrations respectives, mais qui, au contraire, égaraient les spectateurs en ruinant toute vision d’ensemble. Gabriel Attal, maîtrisait d’évidence mieux ses dossiers que Jordan Bardella et a réussi à décrédibiliser plusieurs propositions du RN comme la double frontière et la préférence nationale et non européenne pour les entreprises françaises. Sur l’immigration, on attendait le surplomb de Jordan Bardella, mais il n’en fut rien. Attal a même eu cette formule : « Votre programme, c’est un banco on gratte et y’a rien derrière. »

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Pourtant, au-delà de l’apparente victoire de Gabriel Attal, il convient plutôt de voir un match nul ; Jordan Bardella a changé hier de dimension, débattant face au Premier ministre. Même s’il n’a pas pris la main sur le débat, il a montré qu’il avait achevé sa mue, s’imposant comme le chef de l’opposition au gouvernement Attal. Les chemins des deux hommes, qui incarnent le présent et l’avenir de la politique française, ne tarderont pas à se croiser de nouveau. Ils vont devoir supplanter leurs mentors et devenir incontournables pour leurs camps. On est à peu près sûr qu’ils occuperont la scène politique en même temps et face à face.

Quand les idéologies crapuleuses gangrènent l’enseignement supérieur

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La Sorbonne, Paris, 7 mai 2024 © SOPA Images/SIPA

L’administrateur de Sciences-Po révèle aujourd’hui, après enquête, avoir la conviction que des propos antisémites ont bien été tenus dans son école le 12 mars : « Ne la laissez pas entrer, c’est une sioniste ». Si le palestinisme est une idéologie de gauche qui n’est pas nouvelle, et qui remonte même aux années 60, ses dernières manifestations dans l’enseignement supérieur français doivent nous inquiéter.


Depuis le 7 octobre, certaines universités françaises ont, comme on dit aujourd’hui, « libéré la parole » antisémite. Les émeutiers, les bloqueurs et leurs instigateurs diplômés se présentent comme des antisionistes qui veulent combattre l’injustice commise par les Ju.., pardon, les Israéliens sionistes et leurs soutiens, et que Dieu les préserve, ils ne sont surtout pas antisémites. Bien sûr, on pourrait citer à leur intention la fameuse formule de Vladimir Jankélevitch à propos de « l’antisionisme » comme d’une « incroyable aubaine » :

« Car il nous donne la permission – et même le droit, et même le devoir – d’être antisémite au nom de la démocratie ! L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d’être démocratiquement antisémite. Et si les Juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. Il ne serait plus nécessaire de les plaindre : ils auraient mérité leur sort »[1].

Mais cela n’explique pas la longue tradition du palestinisme, vieille idéologie qui prospère dans les universités depuis les années 60, et qui nourrit en permanence l’imaginaire révolutionnaire de la jeunesse, abrutie à souhait par les militants du genre, de la race, du décolonialisme, de l’intersectionnalisme et d’autres pseudo-luttes contre la discrimination imaginaire et la défense de victimes qui n’existent pas.

Le palestinisme est une idéologie, voire une religion, qu’on peut définir à la suite de Pierre-André Taguieff, comme « l’ensemble des représentations et des croyances qui composent le mythe politique fondé sur les croyances à l’existence du « peuple palestinien » et sur sa sacralisation en tant que peuple-victime dont les bourreaux seraient « les sionistes » ou « l’entité sioniste » »[2].

Une idéologie de gauche qui remonte aux années 60

Dans les années 60, les intellectuels français de gauche, marqués par les combats pour l’indépendance de l’Algérie, découvrent les nouveaux damnés de la terre du Tiers-monde. Ils se font défenseurs du communisme latino-américain et asiatique, contestent la « suprématie occidentale », et vouent un culte aux nouveaux héros du moment : le Che, Castro, Mao Tse Dong, Ho Chi Min, Sékou Touré ou encore Gamal Abdel Nasser. Des tyrans sanguinaires qui séduisent par leur vocabulaire toute une génération d’universitaires.

Devant l’école Sciences-po Paris, 26 avril 2024 © Umit Donmez / ANADOLU / Anadolu via AFP

Les premiers soutiens de la soi-disant « cause palestinienne » sont introduits dans la vie française par les maoïstes. En 1967, après la victoire d’Israël dans la guerre des Six Jours, est créé un comité de soutien au « peuple palestinien »[3]. Ce comité demande aux « travailleurs algériens, tunisiens et marocains en France » de soutenir les « victimes de la guerre »[4]. En 1969, la gauche prolétarienne créé les Comités Palestine ; aussi, ceux que nous voyons actuellement fleurir partout dans les facultés ne sont pas une « nouveauté », la différence c’est qu’aujourd’hui ils sont les soutiens du Hamas.

En 1979 l’AFP (Association France Palestine) est née. L’un de ses contributeurs actifs est Alain Gresh, celui-là même qui a récemment invité Salah Hamouri, condamné pour avoir attenté à la vie d’un rabbin en Israël, célébré par une certaine frange universitaire comme le héros de la « résistance ». Le site de l’AFP en fait état, sans oublier les mains ensanglantées en guise de symbole de « résistance »[5].

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Dans les années 1990, les soutiens à « la cause palestinienne » s’islamisent ouvertement. Il faut lire l’article de Pierre-André Taguieff cité plus haut, pour voir la trajectoire de ladite cause palestinienne et celle de son islamisation progressive. Le premier Comité islamique qui mobilise les musulmans est le Comité de Bienfaisance et de Secours aux Palestiniens fondé en 1990. Il est lié à l’Union des Organisations Islamiques en France et affiche ouvertement son soutien au Hamas. Active en France, cette organisation est placée sur la liste des organisations terroristes par les Etats-Unis et Israël.

La nébuleuse s’étend

En 2004, la Coordination des appels pour une paix juste au Proche-Orient (CAPJPO), est fondée par deux anciens militants de la Lutte Ouvrière, Nicolas Shashani et Olivia Zemour. Leur but principal coïncide avec celui de BDS (Boycott Desinvestment Sanctions) : boycotter Israël à tous les niveaux – économique, culturel, académique et politique. Ces militants visent le public des jeunes (les étudiants sont donc une proie idéale), et s’adressent souvent aux jeunes d’origine maghrébine, pour jouer sur les sentiments propres à une appartenance commune. Présents dans les facultés françaises, ils y officient sous le couvert de la liberté d’expression.

Cette nébuleuse anti-israélienne est aidée par le décolonialisme et l’intersectionnalisme  (l’intersection de toutes les victimes imaginaires) qui ont déclaré que l’Homme blanc occidental était un ennemi, et que les Juifs sont des criminels qui représentent l’Occident en « Palestine ».  Tout cela s’est exacerbé après le 7 octobre.

L’université est également le lieu où peuvent prospérer les thèses négationnistes. Nous l’avons vu, dès le 8 octobre avec certains communiqués syndicaux universitaires qui condamnent l’attaque israélienne (sic !).

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Produit universitaire, le négationnisme est né en France, au département de littérature de l’Université de Lyon II, créé par Robert Faurisson qui niait le génocide des Juifs. Par ailleurs, Faurisson se déclarait antisioniste, ce qui lui a valu de recevoir à l’époque, un prix des mains du président de la République islamique d’Iran, Mahmoud Ahmadinejad. Rappelons que l’antisionisme est une idéologie qui nie le droit du peuple juif à l’existence souveraine sur sa terre. C’est une idéologie totalitaire qui s’inscrit dans la continuité du communisme et du nazisme. Et c’est cette idéologie qui est portée au pinacle dans des établissements supérieurs. Aujourd’hui, le négationnisme est boosté par la gauche radicale et par ses alliés qui se nichent dans nos universités.

Les étudiants antisionistes de la Sorbonne, de Sciences Po, de Lille, n’ont jamais protesté contre la dictature islamiste totalitaire en Iran, il y a peu de chances qu’ils connaissent l’histoire du Proche Orient, ou l’histoire en général.  Mais, pris en main par certains collègues, par des activistes de l’agit-prop propalestinienne, par les mensonges diffusés depuis des années au sujet de la « Palestine » mythologique, ces étudiants nient l’attaque génocidaire du Hamas et cultivent la haine des juifs, en prétendant lutter contre les « sionistes », terme qu’ils emploient comme Sayyd Qutb, comme Mohammed Haj Amin al Hussejni ou comme Yahja Sinwar.  Ils sont aidés par les activistes de LFI, les membres du BDS, les Comités Palestine qui transforment les universités en centres d’endoctrinement.

Il est trop tard aujourd’hui pour sauver ces institutions de la peste idéologique, il aurait fallu combattre ces idéologies à la racine et veiller à ce que l’université soit un lieu idéologiquement neutre. Mais l’institution universitaire continue sa belle tradition d’accueil des idéologies crapuleuses issues des utopies communistes, activement soutenues par la gauche radicale de la même manière qu’elle voue un culte au dieu Padevag, très vénéré dans le milieu… 


Asinus asinum fricat

Et pendant que des militants pro-Palestine fichent le bazar dans nos facs, Rima Hassan visite la Grande Mosquée de Paris…

La grande mosquée de Paris marche enfin à visage découvert. Après moult discours lénifiants sur la « paix », le discours sur « sa mère l’Algérie », son inquiétude que l’on parle de l’entrisme islamiste au plus haut niveau de l’Etat et ses alliances plus que douteuses, Monsieur le Grand Recteur reçoit les bras ouverts celle qui appelle ouvertement à la destruction d’Israël. Un petit rappel : Rima Hassan est une juriste « de renom » dont le talent consiste à conjuguer le mensonge et l’appel au génocide dans une seule phrase :

Mensonge ?

Je renvoie à ce texte de Jean Szlamowicz (ici), pour les curieux qui veulent tout savoir sur la dénomination « Palestine ». Quant au drapeau palestinien adopté en 1974 et qui n’a rien de « palestinien », il est composé des couleurs symbolisant le Prophète (rouge), la dynastie des Abbasides (noir), la dynastie des Omeyyades (blanc) et les Fatimides (Vert). Tout ce beau monde a colonisé la Judée à partir de 632 et n’a donc pas pu être là « avant nous ». (Sur X, Rima Hassan s’adresse à deux groupes clairement nommés : aux « sionistes » et à ses soutiens pro-palestiniens (« vous » désigne ceux dont elle désire la disparition). Il en est de même de son « renom » mentionné dans le tweet du Grand Recteur. On saura pour l’avenir qu’un obscur diplôme de Master fait de vous un juriste de « renom » et octroie le droit de répéter ad infinitum le syntagme « droit international » sans jamais citer aucun texte dudit droit.

Appel à l’extermination

Depuis un an, Rima Hassan appelle à en finir avec l’Etat Hébreu, soit en souhaitant l’éradication d’Israël, soit en proférant des énormités anhistoriques sur les plateaux qu’aucun journaliste ne relève véritablement (voir ici) et qui sont censées justifier ses appels à être là après « nous ». La seule raison d’exister de Rima Hassan est l’obsession de la disparition d’Israël, ce dont témoignent tous ses tweets.

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Le grand recteur

Quant au Grand Recteur (on a presque envie de dire Grand Mufti !), qui n’hésite pas à participer aux évènements, organisés par les Frères Musulmans (par exemple, un colloque qui s’est tenu le 4 février 2023) il s’est dernièrement distingué dans son attitude plus qu’ambivalente à l’égard de l’islamisme, en exprimant sa « plus grande inquiétude » suite au discours du premier ministre Gabriel Attal sur « l’entrisme islamiste et frériste ». Ce n’est pas l’entrisme qui l’inquiète, c’est qu’on en parle officiellement !

Rappelons que le Hamas est une filiale des Frères Musulmans et que leur charte reprend à la lettre les préconisations des idéologues fréristes (Sayyd Qutb et Hassan al Banna) dont le point de ralliement consiste à répandre la bannière de l’islam sur le genre humain (point 5 du crédo des Frères musulmans) et à se débarrasser des Juifs, comme l’atteste Khaled Maachal (président du bureau politique du Hamas) en 2012 :

« Libérer la Palestine, TOUTE la Palestine est une obligation, un privilège, un objectif et un but… La Palestine –du fleuve à la mer, du nord au sud [cad tout Israël]- est notre terre, notre droit et notre patrie. Il n’y aura pas de reddition, même sur le plus petit morceau de cette terre. La Palestine est et a toujours été arabe et islamique… »1

Tant Rima Hassan que Chems-Eddine Hafiz n’arrêtent pas de désinformer et de manipuler le public, l’une par ses mensonges couplés aux appels à l’intifada, l’autre par ses protestations contre la lutte avec l’islamisme, ses silences un peu trop bruyants sur l’appel au jihad contre les Juifs et les Chrétiens dans le Coran, ses rapports ambigus avec l’Algérie, ainsi que la vieille et usée rengaine de « pasdamalagame » et d’islamophobie quand on parle de la montée de l’antisémitisme. Rien d’étonnant que ces deux « personnalités » s’apprécient mutuellement, tout en refusant de qualifier le Hamas d’organisation terroriste.


[1] Vladimir Jankélévitch, L’Imprescriptible. Pardonner ? Dans l’honneur et la dignité, Seuil, 1986.

[2] « Les trois sources de l’islamo-palestinisme jihadiste (Haj Amin al-Husseini, Hassan al-Banna, Sayyid Qutb) et le massacre du 7 octobre », https://www.revuepolitique.fr/les-trois-sources-de-lislamo-palestinisme-jihadiste-haj-amin-al-husseini-hassan-al-banna-sayyid-qutb-et-le-massacre-du-7-octobre-2024/

[3] C’est nous qui mettons les guillemets, car il n’existe pas d’Etat Palestinien, ni de territoires palestiniens, ni de revendications de souveraineté nationale palestinienne à cette époque.

[4] https://www.lemonde.fr/archives/article/1967/06/22/l-aide-aux-victimes-arabes_2634653_1819218.html

[5] https://www.france-palestine.org/Conference-avec-Salah-Hammouri-et-Alain-Gresh-a-Grenoble

  1. https://www.jeuneafrique.com/138930/politique/khaled-mechaal-le-r-unificateur/ ↩︎

Le Ballet du Rhin: enfin de vrais chorégraphes!

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Une compagnie superbe, des œuvres intelligentes et des danseurs qui se surpassent, c’est la leçon d’excellence que nous offrent Lucinda Childs et William Forsythe avec le Ballet du Rhin. 


Il y a deux décennies, Bertrand d’At faisait entrer le chef-d’œuvre de Lucinda Childs, « Dance », dans le répertoire du Ballet du Rhin dont il était alors le directeur. Ce fut un tel émerveillement que l’artiste américaine vit de multiples fois se rouvrir pour elle le Ballet ainsi que l’Opéra du Rhin où elle multiplia mises en scène et chorégraphies. Aujourd’hui, au Théâtre de la Ville, à Paris, ce même Ballet du Rhin reprend une autre chorégraphie que Lucinda Childs créa en 2009 pour la compagnie rhénane. C’est « Songs from Before » qui réapparaît ainsi avec une nouvelle génération de danseurs. Ceux-ci ont donc changé, mais la compagnie demeure toujours aussi magnifique.

On l’avait naguère prostituée dans une « relecture » stupide et misérable du « Lac des Cygnes » qui était une véritable imposture. Elle brille aujourd’hui dans tout son éclat pour servir deux des plus grands chorégraphes de ce temps, Lucinda Childs et William Forsythe.

Suffoqué par ses audaces

Si dans « Songs from Before », œuvre de facture à la fois néo-classique et minimaliste, servie par la partition éponyme de Max Richter et exaltée par une scénographie aussi dépouillée que magnifique conçue par Bruno de Lavenère, les danseurs du Rhin sont admirables d’élégance, de précision et de rigueur, (même si cette très belle pièce n’égale pas la beauté, la perfection absolues de « Dance »), dans « Enemy in the Figure », leurs camarades sont proprement héroïques. L’incroyable, la diabolique complexité de la chorégraphie et de la mise en scène de William Forsythe qui, au temps de sa création avec le Ballet de Francfort, avait suffoqué par ses audaces, les conduit, les contraint, les transporte à des débordements de virtuosité proprement stupéfiants.

Enemy in the Figure de William Forsythe, créé en 1989 par le Ballet de Francfort. Shimizu Ryo, Programme Spectres d’Europe / Lucinda Childs / David Dawson / William Forsythe CCN – Ballet de l’Opéra national du Rhin © Agathe Poupeney / Divergence-images.com – 25/04/2023 – La Filature, Scène nationale – Mulhouse

Entre deux, est représenté un duo conçu par l’ex-danseur de l’Opéra, Bruno Bouché, actuel directeur du Ballet du Rhin. Inspiré par la lutte de Jacob et de l’Ange, c’est un exercice très honorable. De bonne facture. Plein d’énergie aussi, mais sans puissance, sans épaisseur non plus. Et l’on songe évidemment à la peinture de Delacroix qui est tout son contraire, comme au péril de s’exposer entre deux œuvres fortes.

Une espèce en voie d’extinction

Avec cette remarquable soirée donnée par le Ballet du Rhin, on savoure, un peu enivré tout de même, cette chose devenue aussi étrange qu’elle est rare : des chorégraphies intelligentes pensées par de grands créateurs et exécutées par de remarquables interprètes, des ouvrages portés par une écriture et un souffle qui sont la marque d’auteurs de premier plan, sinon d’artistes de génie. Lesquels apparaissent aujourd’hui comme une espèce en voie d’extinction, étouffée par des cohortes de médiocres avides d’exister sans en avoir les moyens.


Ballet du Rhin : Lucinda Childs et William Forsythe.
Théâtre de la Ville. Jusqu’au 25 mai. theatredelaville-paris.com
01 42 74 22 77.

Grandes illusions et petites comédies françaises (Paris-Bruxelles)

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Gabriel Attal en visite à Pirou dans la Manche (50), pour la foire aux bulots, le 27 avril 2024. Image : Twitter Gabriel Attal

Ultimes sondages, passes d’armes, remontadas ! C’est la magie des printemps électoraux, la dernière journée de championnat avant l’heure de vérité en Eurovision. Pour qui l’Eurostar, la Champions League ? Qui descendra en ligue 2, sous les 5%, le 9 juin ?


Sur les écrans, tous les soirs, MMA, Koh-Lanta, Jeopardy et Questions pour des champions. Les coachs font répéter les impros, peaufinent des formules assassines. Badgée Scout de Renew Europe et Guide de France, Valérie Hayer, cherche un azimut. Après la foire aux bulots de Pirou (Manche), le Premier ministre défie Jordan Bardella en direct. Destination pacifique et Menaces sur Nouméa pour le leader de la patrouille de France. Emmanuel Bagheera, son BAFA et son bagout calmeront-ils les Kanaks en pétard ? L’Élysée a programmé deux escales secrètes – Beyrouth et Moscou – pour le retour de mission. « Athos 1 » va régler le conflit israélo-Palestinien et sermonner Dark Vlador, le dénazificateur.

Ni pilote, ni avion

Des cordelles de technocrates, bateleurs, naufrageurs gloutons et insubmersibles, échangent convictions et fromages, slaloment dans la haute fonction publique, le Cac 40 et le showbiz. Au Panthéon, aux Invalides, dans la phraséologie, des gouvernements de rencontre, un Jupiter sans envergure, miment le pouvoir, l’autorité, un destin commun : vol d’ancêtres, politique du chat crevé au fil de l’eau, la France en s’ébattant… Il s’agirait de « garder le contrôle de notre destin, réunir les forces vives, libérer le potentiel français, réarmer notre pays… » (Gabriel Attal). Que d’aveux !

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Les Colbert en carton-pâte, Louvois ventriloques, modernisent la bureaucratie, changent de réforme, réforment le changement. Oublieux des enjeux anthropologiques, encalminé dans le management, les PowerPoint, l’efficiency, l’Etat se suicide en état de légitime défense : ubérisation de l’administration, wokisation du Conseil d’État, suppression des grands corps, ultimes chapitres du roman de l’aboulie nationale. Un monde sans incarnation, sans volonté ni représentation.

Le peuple français aux membres énervés, triste comme un lion mangé par la vermine, est accablé par la lâcheté des politiques, les dénis sur la gravité des maux, déficits abyssaux, déclassements, qui minent le pays. Diminuendo, comme les hommes volants de Folon à la fin des programmes d’Antenne 2 il y a cinquante ans, la France s’éteint.

Les moulins de nos cœurs

A gauche, les Augustes insoumis, franciscains d’opérette, éructent contre les clowns blancs du pouvoir. Ils pétaradent dans les surenchères, blagues de prépuces nazis. Sur France Inter, à Sciences-Po, Télérama, Rue de Grenelle, les ravis de la crèche progressiste, marmiteux de l’insoumission, écolâtres dé coloniaux, ont pris le pouvoir. « J’en ai marre – marabout – bout d’ficelle… ». L’ignorance rend hardi. Rupture dans la continuité ou continuité dans la rupture ? Baygon vert au Baygon rouge ? Nouveau Panoramix progressix, Raphaël Glucksmann transforme les anchois avariés en produits exotiques. Son truc c’est : « l’option de la puissance juste, de la solidarité, de la quête d’égalité et de la transformation écologique… La culture c’est un projet de civilisation, un projet philosophique, un projet culturel ».

Le chroniqueur de France inter Guillaume Meurice, actuellement suspendu d’antenne pour une blague évoquant un nazi sans prépuce, photographié le 26 octobre 2019 © JP PARIENTE/SIPA Numéro de reportage : 00930340_000030

Les hamsters du monde d’après pédalent dans une roue à fantasmes, se gargarisent de mots-valises citoyens, inclusifs, dans l’entre-soi, les concepts, le flou, squattent un néant aseptisé baptisé « diversité ». Sur les rezzous sociaux des sycophantes multiplient les oukases, cherchent un trou, un fromage, le buzz. La mine piteuse, ils habitent l’abîme. Envieux, quérulents, sans programme ni arguments, ils exècrent le travail, le mérite, veulent des coupables. Une pierre à la main ils guettent le sommet ; de l’autre ils font l’aumône, exigent une allocation universelle, un manga, des abayas. Ils pourchassent les mauvais esprits, les mâles, les blancs, censurent, traquent les kouffar laïcards, menacent de mort les professeurs, les poignardent à l’occasion. Les héritiers de la Bourdieuserie, déconstruisent, déboulonnent, réécrivent le passé selon leur idée de la vertu, mensonges. Le meilleur ennemi de toujours, golem maléfique, diabolus ex machina – dont le centre est partout et la circonférence nulle part -, c’est l’Extrême Droite. Un seul Maistre vous manque et tout est dépeuplé.

Au Mondial Moquette du tout à l’égo intersectionnel, tout est possible, rien ne vaut rien, tout est à vendre : GPA, épectase, excuses, concurrence victimaire. L’agenda libéral-libertaire décalque celui du capitalisme woke : ochlocratie, pléonexie, cyrénaïsme, éradication du passé et de la culture, métamorphose des jeunes générations en zombies numériques et consommateurs lotophages. « Mon intérêt seul est le but où tu cours » (Racine).

Sous perfusions, régimes spéciaux, résilient, le monde de la culture ne lâche rien. A Cannes, dans les cours d’honneur, le maquis des espaces de création, le rap, les tracts, l’intermittence, au Collège de France, sur les formes scintillantes, sur chaque main qui se tend, sur les lèvres attentives, le teint frais et la mine vermeille, ils écrivent la liberté. Ils interrogent la page blanche, auscultent les habitus, les corps dominés, les transfuges de classe, l’autofriction. Ils tissent des liens, montent des ateliers d’écriture nomade, des yourtes zéro carbone place Colette. Ils cherchent leurs mots, l’inspiration, le buzz, des sponsors.

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Les artistes alertent, dénoncent, les crispations, le nauséabond, le toxique, l’autoritarisme crypto fascistoïde, lèchent toutes les blessures du monde. Ils luttent pour la planète des femmes, la panthère longibande d’Indochine, la retraite à 50 ans, Frida Kahlo, Hermione, Esther, l’imminente dignité des pauvres. Ils combattent la précarité menstruelle, du Bellay (identitaire nostalgique de la France mère des arts, des armes et des lois), Pyrrhus, Landru, Eric Zemmour, le masculinisme, l’argent, l’injuste puissance qui laisse le crime en paix et poursuit l’innocence. Au creux des lits, ils font des rêves. Sifflez, compagnons, dans la nuit la Liberté vous écoute.

Au royaume des idées, les faits n’ont pas d’importance. Le Grand-Guignol hexagonal, la méthode couarde, La France irréelle (Berl), arrivent à échéance. Faire toujours la même chose et attendre un résultat différent, c’est suicidaire.

Et pourtant, elle coule…

Sur l’essentiel, les enjeux civilisationnels, la nature arraisonnée par la technique, la crétinisation numérique, l’emprise totalitaire de l’IA, les transgressions généalogiques, les choreutes cabriolent dans le nudge, les sophismes, ânonnent deux mantras : « transition écologique », « mix énergétique », « trottinettes à hydrogène ». Ils fantasment une Europe Assistance – couteau sans lame auquel il manque un manche – plus protectrice et puissante que la Madonna del Parto de Piero della Francesca.

L’abstentionnisme, le poujadisme, la désespérance ne sont pas les fruits amers d’un discours churchillien de vérité, jamais tenu, mais la résultante de mensonges séculaires. Pas de salut sans courage de dire les vérités déplaisantes, sans mesures impopulaires, sans tempêtes ni sacrifices.

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La France partage un secret avec Maître Cornille (Lettres de mon moulin). Fini les farandoles et sérénades. Le « modèle français », « l’exception culturelle », la Voie française font éclater de rire à l’étranger. Marianne a vendu sa croix d’or, ses sacs de farine sont remplis de plâtre. Elle a mis son histoire, sa culture, son Etat, sa langue au mont-de-piété. L’avenir est plombé, les fantasmes, fantômes, fantoches ressurgissent. Les crises d’indignation, de haine, la guerre des races, des genres, de tous contre tous, l’abêtissement général, finiront par accoucher de la tyrannie.

Quelle résistance opposer à cet alignement des désastres ? Quel horizon, ligne de fuite ? Port Royal, l’immigration intérieure, les regrets et les pleurs, des sarcasmes mouchetés de mélancolie ? L’exercice d’une lucidité condamnée n’interdit pas d’allumer des pétards sous les pieds des Tartuffe.

« Nous savons qu’ils mentent, ils savent aussi qu’ils mentent, ils savent que nous savons qu’ils mentent, nous savons aussi qu’ils savent que nous savons, et pourtant ils continuent à mentir » (Alexandre Soljenitsyne).

Laïcité mon amour

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Emmanuel Macron à Montpellier le 19 avril 2021 © Patrick Aventurier-POOL/SIPA Numéro de reportage : 01015121_000106

Rentrant d’un colloque qui s’est tenu à Pau sous les auspices du Comité Laïcité République, notre chroniqueur revient sur ce qu’est réellement la laïcité — et qui n’est pas, figurez-vous, le souci premier de tous les candidats aux élections européennes.


Dans le dernier numéro de Marianne, Hadrien Brachet fait le point sur les curieux rapports à la laïcité des têtes de liste françaises.

Je lis son article en revenant de Pau, où je participais, ces deux derniers jours, à un colloque rassemblant les piliers de la laïcité, Alain Sekzig par exemple, ou Samuel Mayol. Tous deux indéfectiblement à gauche, et vilipendés, comme moi, par les crétins béats qui se croient à gauche alors qu’ils sont, au mieux, des islamo-gauchistes ou des wokistes intersectionnels — ou d’apprentis dhimmis. J’y reviendrai.

La laïcité menacée par Jean-Luc Mélenchon

En attendant, que nous apprend Hadrien Brachet ?
C’est peut-être Valérie Hayer qui est la plus nette sur cette question, reprenant à son compte la proposition de plusieurs eurodéputés de Renew de veiller à ce que l’Europe cesse de « financer des associations ayant des liens avec des organisations religieuses et politiques radicales comme les Frères musulmans ». Elle préconise de « protéger le recours à l’IVG en l’inscrivant dans la Charte européenne des droits fondamentaux. » Dont acte.

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Le PCF n’est pas en reste — mais il est bien le seul, à gauche. Léon Deffontaines, sa tête de liste, a même affirmé (sur Sud-Radio) que « la France insoumise met en danger la laïcité ».

Les insoumis, justement parlons-en. S’ils « refusent l’ingérence du religieux dans les affaires politiques », leur refus symétrique de toute ingérence du politique dans les affaires religieuses doit alerter : après tout, ils n’ont cessé — particulièrement depuis le 7 octobre — de faire des risettes aux islamistes, et leur dernière proposition de loi sur la laïcité, dit Brachet, « ne mentionnait même pas les menaces islamistes — comme si ce n’était pas un sujet. »

Le député islamo-gauchiste Thomas Portes (LFI), apostrophé par Frédéric Haziza, à la manifestation interdite pro-Gaza, samedi 28 octobre 2023 à Paris. Image: Capture Twitter.

Les écologistes sont encore plus beaux : la laïcité, ils n’en ont jamais entendu causer — et ils n’en parlent pas. Pas question d’interférer avec les droits inaliénables des courgettes à remplacer les sextoys. Et ils promettent concurremment de lutter « contre l’antisémitisme et l’islamophobie » — comme le président du CPI qui veut mettre en examen pour génocide Netanyahou et le Hamas.
Imaginez que l’on ait jugé à Nuremberg en même temps Goebbels et Churchill…

« La notion de laïcité ne figure pas non plus dans le programme de Raphaël Gluksmann », prévient Hadrien Brachet. On ne séduit pas les jeunes, dont on sait ce qu’ils pensent des rapports de la charia et de la République, en mettant en cause les croyances de ces cervelles évidées. Même si le candidat para-socialiste a naguère déploré l’aveuglement dont a bénéficié l’intégrisme islamiste. Un coup à droite, un coup à gauche.

À droite, la laïcité: oui mais…

Et le RN, direz-vous ? Ah, c’est bien délicat quand vous visez les voix d’une droite traditionaliste de parler de cette laïcité qui forme le socle de la loi scélérate de 1905… Dénoncer les infiltrations islamistes, soit. Mais taper sur les doigts des chrétiens ultra-conservateurs…
Et Reconquête ne fait pas mieux. Ni Bellamy, gêné aux coudes par son allégeance versaillaise.

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Ce n’est pourtant pas sorcier — et nous l’avons asséné deux jours durant à Pau : la laïcité consiste à séparer radicalement ce qui est du domaine de l’État — l’éducation, les services publics, mais aussi la rue, à mon sens — et ce qui est du domaine de la foi.
Vous pouvez chez vous adorer la patte de lapin, le plat de nouilles-boulettes des pastafariens ou la pierre noire de la Kaaba, vous pouvez vous prosterner dans la position que vous voulez pour honorer votre dieu ou l’être vous-même, mais cela s’arrête au seuil de la maison. Membre du Conseil des Sages de la laïcité dont vient fort heureusement d’être viré Alain Policar, le sociologue qui pense que le voile musulman est un facteur d’intégration, mon ami Alain Sekzig nous racontait comment, chez les Cavanna, on s’engueulait en italien à la maison, et comment ces Ritals continuaient à le faire, mais en français, dès qu’ils franchissaient le seuil du domicile.

La laïcité ne reconnait que des citoyens

Je n’en demande pas plus. Les musulmanes peuvent tout à fait se voiler — à la maison : ça contribuera à limiter le désir incandescent de leur seigneur et maître, qui reçoit une part d’héritage double de la leur.

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La laïcité, ai-je expliqué, c’est ce qui nous permet de rire à telle caricature de Luz, en 2013, mettant dans la bouche d’un Mahomet dévêtu les mots même de Bardot au début du Mépris : « Et mes fesses, tu les aimes, mes fesses ? » La laïcité ignore le blasphème — et pire, elle se rit de ceux qui voient des blasphèmes partout, y compris dans les rondeurs de nymphes sur un tableau du XVIIe siècle qui, paraît-il, offense la pudeur musulmane : tu sais où tu peux te la mettre, ma chérie, ta fameuse pudeur ?
La laïcité ignore les « communautés » et l’usage létal qu’en font les Frères musulmans, tâchant de dresser les unes contre les autres : la laïcité ne connaît que des citoyens français. Et elle est menacée en ce moment par une conjuration de bigots, de cagots et de cagoles. À mettre au pas, rapidement. Sans faiblesse. Parce qu’ils ne sont pas très nombreux — mais redoutablement actifs, d’autant que la démocratie est redoutablement faible. Et qu’ils ne sont forts que de notre faiblesse. La laïcité, c’est le retour du siècle des Lumières — parce que les dérives obscurantistes actuelles ne nous laissent plus le choix qu’entre Voltaire ou la charia.

Israël n’a pas gagné la guerre… qu’elle ne peut perdre

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Sdérot, 25 février 2024 © CHINE NOUVELLE/SIPA

Ivan Rioufol revient d’Israël, pays plus menacé que jamais, alors que le procureur de la Cour pénale internationale vient de réclamer un mandat d’arrêt contre son Premier ministre.


Retour à Sdérot (Israël). Quelques jours après le pogrom du 7 octobre 2023, qui avait meurtri cette ville frontalière de Gaza, j’y avais effectué ma première visite[1]. A l’époque, 90% des habitants avaient dû fuir la cruauté fanatique du Hamas. Les voitures abandonnées en face du commissariat, lui-même rasé après l’assaut de djihadistes, étaient marquées des balles des tueurs surgis ce matin-là.

Sept mois plus tard, la ville morte respire à nouveau. La majorité des habitants sont revenus ; idem dans les communes alentour. Si l’artillerie tonne encore ce mardi, le bruit ne fait plus sursauter l’habitant. L’armée s’est assurée, pour l’essentiel, la maîtrise des ripostes. Mais la résistance du Hamas demeure, en dépit de six mois de pilonnage. Israël n’a pas gagné la guerre. Comme l’explique le colonel Olivier Rafowicz, porte-parole de Tsahal, rencontré lundi soir à Tel Aviv : « L’ennemi est sophistiqué. Il a plus évolué que nous ». À la frontière avec le Liban, j’ai pu constater que le pays vivait toujours sous la menace du Hezbollah : 1700 attaques (drones, missiles, rockets) ont été lancées par ce bras surarmé de l’Iran depuis le 7 octobre. Les 60 000 Israéliens évacués des communes les plus proches de la frontière ne peuvent regagner leur domicile. Seuls certains kibboutz de Galilée ont maintenu leur population, sous la protection d’« interventions civiles » mal armées. Reste un pays qui résiste, jeunesse en tête, et qui s’interdit de perdre cette guerre jugée existentielle.

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Les interlocuteurs rencontrés l’affirment : Israël ne se pliera pas aux pressions extérieures qui font le jeu du Hamas. Le choix de la France d’appuyer la proposition du président de la Cour pénale international de lancer des mandats d’arrêt indifféremment contre les dirigeants du Hamas et ceux d’Israël a été perçu comme une trahison. L’hypothèse d’un cessez-le-feu est vue comme une capitulation. La perspective de deux États, réactivée hier par reconnaissance d’un État palestinien notamment par l’Espagne, n’est en réalité plus à l’ordre du jour. La détermination à chasser le mouvement terroriste reste intacte. Cette stratégie passe, selon les militaires rencontrés, par la prise de contrôle de Rafah, au sud de Gaza : opération redoutée à cause de la forte densité de la population.

Selon le président de la Knesset, Amir Ohana, vu mercredi, Israël ne mène pas seulement un combat local, mais « défend le monde libre ». Il dit : « Nous vivons un choc de civilisation ». Il reconnait néanmoins que la société israélienne, qui compte 20% de musulmans, a « réussi à vivre ensemble ». Un diagnostic tempéré par le ministre de l’Intérieur qui, s’il admet que « le clash n’a pas eu lieu », reconnait l’hétérogénéité de la société arabe israélienne qui comprend un « camp hostile à l’État hébreu ». 

Quel avenir pour Gaza ? La question reste sans réponse. Mais Israël exclut le retour du Hamas ou de tout autre mouvement islamiste. Se dessine la perspective d’une administration civile du territoire sous contrôle israélien. En attendant une possible alternative venue des Emirats arabes unis ou de l’Arabie saoudite. Mais Israël, devenue la cible symbolique du Sud global fédéré contre l’Occident, peut-elle encore faire confiance en ses quelques « alliés » musulmans ? Le doute est palpable.


[1] A l’invitation, renouvelée ces jours-ci, de l’ONG israélienne KKL

Pourquoi je ne voterai pas pour LFI et Rima Hassan le 9 juin

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La candidate aux élections européenes d'extrème gauche Rima Hassan, Paris, 30 avril 2024 © SEVGI/SIPA

Pour les élections européennes, notre contributeur sait au moins pour qui ne pas voter !


Il est temps pour la France de tourner la page de la gauche sans le moindre regret, marquant ainsi le début d’une rupture inéluctable et brutale. Toute la gauche ! Car les socialistes, les laïques, républicains, gauchistes, progressistes et les médias de gauche, autrefois chantres d’une gauche républicaine en France et en Europe, se retrouvent maintenant à dénoncer avec virulence le “communautarisme” de La France insoumise (LFI), alors qu’ils ont longtemps partagé la même table.

Le vote des quartiers islamisés très convoité

Malgré les protestations des politiciens établis et de la presse mainstream, la caravane de LFI dirigée par Rima Hassan avance inexorablement. Au fil des années, les Insoumis ont flirté avec le communautarisme en promouvant des initiatives telles que les clubs des abayas, les émeutes, les spectacles de Médine, ou encore le débat sur le burkini – tout cela dans le but de séduire les quartiers.

Sofiane Dahmani est étudiant. DR.

Le 9 juin, les citoyens seront appelés aux urnes pour les élections européennes. J’ai fait mon choix, mais je préfère garder secret mon vote, conformément au caractère confidentiel du scrutin. Cependant, je peux affirmer avec certitude que je ne voterai pas pour la LFI et Rima Hassan. Je revendique pleinement mon choix de voter contre Rima Hassan, car je ne la considère pas comme représentative. Je suis clair sur mon refus de voir la France plongée dans le chaos d’une guerre civile, et je rejette fermement le communautarisme. Voter ainsi, c’est affirmer mon attachement profond à la France. La tentative de séduction des quartiers avec la candidature de Rima Hassan est paradoxale, car les habitants de ces quartiers sont généralement soit apolitiques, soit d’extrême droite quand il s’agit de leurs pays d’origine, très conservateurs. Comment pourraient-ils soutenir complètement la LFI, alors que ce parti est imprégné de wokisme ? Les habitants des quartiers ont peut-être évolué vers un progressisme favorable à la communauté LGBTQ+ ? C’est peu probable… À mon avis, leur choix est précipité et stratégique, car les habitants des quartiers préfèrent souvent un chat domestique à un lion sauvage. La LFI, telle une bande de chats dociles, est prête à tout pour séduire son électorat, tandis que la droite, représentant le lion, ne fléchira jamais, sauf peut-être dans sa version la plus modérée.

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La LFI mise sur la candidature de Rima Hassan, qui proclame fièrement être palestinienne, de Gaza, révolutionnaire. Et “Je suis française”, c’est pour quand ?

Notre modèle a depuis trop longtemps été vilipendé

La stratégie des islamo-gauchistes risque fort de se retourner rapidement contre eux, mais ils semblent ne pas en être conscients…
Notre situation politique actuelle rappelle singulièrement celle de 2015, lorsque la presse progressiste célébrait la ville américaine de Hamtramck, dans le Michigan, pour avoir élu son premier conseil municipal à majorité musulmane. Aujourd’hui, la réalité semble bien différente. Le 13 juin 2023, le conseil municipal de cette ville, désormais exclusivement composé d’élus musulmans, a voté une loi interdisant l’affichage de drapeaux LGBTQ+ sur les propriétés publiques, signe d’un rejet flagrant de valeurs appréciées à gauche…
En Angleterre, galvanisé par sa victoire politique axée sur l’environnement et la cause palestinienne, Mothin Ali, candidat musulman du parti Vert, a fait une entrée spectaculaire au conseil municipal de Leeds. « C’est une victoire pour Gaza ! » s’est-il exclamé, avant d’ajouter : « Nous ne serons pas réduits au silence. Nous porterons la voix de Gaza. Nous porterons la voix de la Palestine. Allahu Akbar! ». Malaise…

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Pendant des années, nous avons été sermonnés par les Anglo-Saxons alors que nous luttions contre le communautarisme et défendions notre laïcité, qualifiés de passéistes liberticides pour avoir soutenu notre modèle d’assimilation. Mais certains événements récents montrent que nous avions raison.

Le 30 juin 2019 à Grenoble, des militants de « Alliance citoyenne » interpellent les passants devant la piscine. Photo : JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

En Angleterre comme en France, nous trouvons des métropoles cosmopolites qui méprisent les régions périphériques attachées à la culture nationale d’origine. Que ce soit le maire de Londres ou celui de Paris, ils sont prêts à tout pour maintenir un vivre-ensemble qui n’existe souvent que dans leurs têtes ou les discours. Le multiculturalisme est inscrit dans la loi britannique, tandis qu’il est subi au quotidien en France. En Angleterre, ils ont leurs « zones de charia » avec police et tribunaux islamiques. Nous, nous avons nos quartiers abandonnés de la République où les commerces sont majoritairement tenus par des étrangers et où les jeunes caïds surveillent ceux qui ne respectent pas le Ramadan ou les filles habillées à l’occidentale.

Allons voter le 9 juin aux élections européennes, mais alors que LFI a mené sa campagne électorale sur Gaza, réfléchissons bien à nos priorités. L’Europe est le continent de la croissance lente, où les principes de libre-échange ont attiré le monde entier. Mais où l’ouverture des frontières a malheureusement laissé entrer des gens qui n’aiment pas la culture occidentale.

Et à la fin, c’est «OSS 117» qui gagne…

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De gauche à droite, Manon Aubry, Jordan Bardella, François-Xavier Bellamy, Léon Deffontaines, Raphaël Glucksmann, Valérie Hayer, Marion Maréchal et Marie Toussaint. Capture LCI

David Pujadas réunissait mardi soir les principales têtes de liste aux élections européennes sur son plateau. Il y a été beaucoup question d’Ukraine, de Palestine ou de Nouvelle-Calédonie, mais fort peu de nos institutions européennes. Replay et analyses.


Si depuis des décennies, la France imite les États-Unis dans tous les domaines, avec un décalage de quelques années, il y a bien une chose où elle ne suit pas la voie américaine : le vieillissement de sa classe politique. Alors qu’en novembre prochain, le duel Biden-Trump déterminera lequel des deux candidats passera les quatre prochaines années à la Maison-Blanche et lequel les passera à la maison de retraite, la présence des huit têtes de liste principales des prochaines Européennes sur le plateau de LCI, mardi soir, chez David Pujadas, illustre l’impressionnant rajeunissement de la classe politique française. De Raphaël Glucksmann, l’ainé (44 ans) à Léon Deffontaines, 28 ans, tête de liste communiste, en passant par Jordan Bardella, Valérie Hayer, et les autres, la France semble à l’abri de devenir prochainement une gérontocratie.

La gauche ne pense qu’aux Palestiniens

Élection européenne oblige, les sujets internationaux ont vite été sur la table, en premier lieu l’Ukraine et le Proche-Orient. Mais un sujet que l’on pourrait presque qualifier de franco-français s’est aussi invité en cours de route : les tensions en Nouvelle-Calédonie. L’occasion pour les partis qui ont pris les chemins les plus hétérodoxes de rééquilibrer leurs positions : Léon Deffontaines préconise d’armer l’Ukraine, à rebours de son mentor Fabien Roussel qui a déclaré que la livraison de tanks et de missiles participait à l’escalade guerrière. Manon Aubry, pour LFI, se démarquait des propos les plus outranciers tenus depuis six mois par sa formation politique en daignant qualifier le Hamas de « terroriste », tout en soutenant et défendant la numéro six de liste, Rima Hassan. A la manière du Georges Marchais de la grande époque, quand on les enquiquinait un peu trop sur leurs positions les plus controversés, les candidats les plus à gauche étaient venus avec « leur réponse », et, alors qu’on n’en était qu’au premier thème de la soirée, l’Ukraine, l’envie d’en arriver à la Palestine se faisait toujours plus pressante. 

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À droite, on apprenait en quasi-direct le divorce de l’AfD et du RN, qui ne siégeront plus ensemble au Parlement. Alors que le parti allemand avait déjà agacé son partenaire en contestant le bien-fondé de la présence de la France à Mayotte, Maximilian Krah, membre du parti allemand, s’est distingué en déclarant qu’un SS « n’est pas automatiquement un criminel ». Il serait bien malheureux qu’au moment où Le Pen père n’a plus la vigueur pour commettre l’habituel dérapage de fin de campagne, que celui-ci vienne désormais d’outre-Rhin ! Alors, expulsion de l’AfD du groupe Indépendance et Démocratie ou bien rapprochement du RN avec le groupe des Conservateurs et Réformateurs européens ? Le mystère de la présence de Marine Le Pen ce week-end aux côtés des Espagnols de Vox, membre de l’ECR, se désépaissirait…

À la recherche du parti de l’étranger

Vladimir Poutine et ses liens supposés avec certains partis autour de la table ont été agités comme une peau de banane. Dans son duel avec Valérie Hayer, Jordan Bardella a voulu rappeler les tentatives d’Emmanuel Macron de maintenir des relations convenables avec le président russe jusque 2022. Au RN, le talon d’Achille désigné par ses adversaires semble être Thierry Mariani, septième de la liste, ancien ministre de Nicolas Sarkozy ; il est désormais présenté comme un agent russe. C’est un grand malheur que de voir des personnalités recrutées par le RN pour leur expérience et leur crédibilité, devenir, au bout de quelques années, des boulets au pied plus certains que les candidats recrutés en interne.

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Le débat, où les accusations d’inféodation à l’étranger allaient bon train de part et d’autre, a pu s’ouvrir sur le sujet néo-calédonien de nouveau au cœur de l’actualité. À droite, Marion Maréchal dénonçait l’émergence d’un « racisme anti-blanc » et de « haine anti-française », et rappelait la souveraineté de la France sur le Caillou, confirmée par trois référendums. La Nouvelle-Calédonie est française, quitte à utiliser l’article 36 de la Constitution. Jordan Bardella a pu éviter de revenir sur le revirement de son parti au sujet du dégel électoral. François-Xavier Bellamy a rappelé la nécessité de respecter les référendums, malgré le mauvais signal donné par le précédent de Notre-Dame-des-Landes (on n’oserait évoquer ici le traité de Lisbonne…). Les formations de gauche rêvent, elles, encore, de « décolonisation ». La question de départ de David Pujadas était de savoir s’il fallait se réjouir de voir le président Macron s’envoler pour l’archipel océanien pour une visite surprise, et contre toute attente, Valérie Hayer a dit oui.

Roulez jeunesse

Huit jeunes gens plein d’avenir, donc. En 2019, les Européennes nous permettaient d’observer les premiers pas de quatre des invités du débat. Bardella est déjà désigné comme futur Premier ministre en cas de victoire de Marine Le Pen en 2027 ou de dissolution auparavant. Aux yeux de l’aile droite des Républicains, Bellamy est pour l’instant prié de rester dans l’ombre de Laurent Wauquiez. Aubry, éloignée à Strasbourg, ne participe pas au vacarme de ses petits camarades LFI au Palais Bourbon et semble (bien) loin de pouvoir supplanter Mélenchon, qui repartira en 2027 pour un dernier tour. Glucksmann a moins l’air d’un étudiant arrivé là par hasard qu’il y a cinq ans et peut imaginer ressusciter un centre gauche écrasé pour l’instant entre Macron et Mélenchon. Et quid des autres ? Léon Deffontaines, 28 ans, a promis qu’il collerait aux basques de Jordan Bardella jusqu’à la fin de ses jours. Quant à Marion Maréchal, elle a ménagé son principal concurrent, le président du Rassemblement national, se distinguant quelque peu de la ligne Knafo-Zemmour, beaucoup plus pugnace…

Meurtre de deux agents pénitentiaires: comment cela n’est-il pas arrivé avant?

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Hommage national à Fabrice Moello et Arnaud Garcia en présencer du Premier ministre, Caen, 22 mai 2024 © Blondet Eliot -pool/SIPA

Dans la France d’Emmanuel Macron, de Gabriel Attal et d’Éric Dupond-Moretti, le « pas de vague » ne concerne malheureusement pas que l’Éducation nationale, déplore cette tribune.


Il y a une semaine, un fourgon de l’administration pénitentiaire transportant un détenu dangereux a été attaqué dans l’Eure, au niveau d’un péage. Trois agents ont été grièvement blessés, deux tués. L’un était père de famille, le second allait le devenir ; ils ont perdu la vie en uniforme, pour la République, pour la France.

C’est un fait : nos prisons sont des zones dangereuses dans lesquelles il est plus simple pour des voyous d’y faire rentrer armes, téléphones et drogues, que pour un enfant une bouteille d’eau dans un concert.

Ayant moi-même exercé dans l’administration pénitentiaire de 2009 à 2014 (CP les Baumettes-Marseille et Maison Centrale d’Arles), je mesure la sauvagerie à laquelle ces agents sont quotidiennement exposés. Ils travaillent dans une insécurité permanente, qu’ils doivent affronter souvent de manière isolée, devant parfois gérer jusqu’à 150 détenus. Les agressions et menaces sont légion, à l’intérieur des murs, mais aussi parfois à l’extérieur lorsque les agents croisent des familles de détenus ou des ex-détenus eux-mêmes.

Les téléphones, les produits stupéfiants mais aussi les couteaux en céramique (que l’on retrouvait déjà il y a plus de 10 ans dans les prisons, même dans celles dites « sécuritaires ») circulent presque librement, grâce à des drones, grâce à des projections par-dessus les murs d’enceintes, ou introduits par les parloirs. Il faut bien se souvenir que c’est sous le quinquennat Sarkozy que les fouilles systématiques des détenus, et notamment à leur retour de parloir, ont été interdites.

Bien souvent, un laxisme s’installe quant à la lutte contre l’usage de stupéfiants. Les odeurs de cannabis parfument bien souvent les coursives, et les surveillants ne cherchent plus à savoir de quelle cellule cela provient car ils savent pertinemment que la finalité sera : l’absence de sanction, et la promesse de relations conflictuelles avec les détenus.

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Cette gestion de la détention manquant de fermeté est du pain béni pour la hiérarchie et la direction, afin d’acheter au mieux la paix sociale dans une culture du « pas de vague », mais elle met tôt ou tard le personnel en danger.

Le danger provient aussi des échanges téléphoniques. Il y a des téléphones fixes à disposition dans les cellules ou les coursives, mais surtout, des milliers de téléphones portables dont des smartphones.

Pour les téléphones fixes, il y a là un manque de moyens humains dans leur contrôle. Bien souvent, il n’y a qu’un surveillant pour l’ensemble de l’établissement pénitentiaire qui est en charge des écoutes. Outre le fait que ce surveillant puisse aussi être chargé d’effectuer d’autres missions, il est souvent dans l’impossibilité de comprendre l’ensemble des dialectes utilisés dans les conversations entres les détenus et leurs interlocuteurs.

Quant aux téléphones portables, c’est un fléau qu’il faut endiguer pour empêcher les détenus de continuer à gérer leur trafic de stupéfiants tout en étant incarcéré, mais aussi pour les empêcher de préparer une évasion. L’administration ne fait pas tout son possible pour empêcher qu’ils rentrent à l’intérieur des établissements, ni pour empêcher leur utilisation grâce à des brouilleurs qui souvent, sont inefficaces sur le réseau 5G, et qui parfois, ne sont pas mis en service dans le but, toujours, d’acheter la paix sociale.

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Peut-on être surpris de la mort de deux surveillants dans l’exercice de leur mission? Quand j’ai quitté la Maison Centrale d’Arles en 2014, je suis parti en ayant en tête qu’un surveillant perdrait tôt ou tard la vie sur la coursive. Finalement, à Arles, il s’agira d’un détenu, et quel détenu… Yvan Colonna. Détenu que j’ai eu l’occasion d’avoir sous ma garde et qui n’avait aucune dérive comportementale envers le personnel.

Il y a un an, en tant que vice-président de la commission d’enquête parlementaire sur les dysfonctionnements de l’Administration Pénitentiaire ayant conduit à son meurtre, j’ai pu mettre en exergue toutes les failles que je ne connaissais que trop bien, et qui mettent en danger ce personnel courageux.

Les escortes pénitentiaires sont une autre partie du métier de surveillant pénitentiaire. Une chose à savoir : les escortes, lorsqu’elles sont médicales, sont toujours effectuées par des agents non armés. Trop souvent, et notamment lorsque j’effectuais mon service de nuit, nous nous retrouvions à deux agents en compagnie d’un détenu à l’Hôpital Nord de Marseille, et ce, une bonne partie de la nuit, en plein milieu du service des urgences souvent fréquenté par les voyous du coin.

Le drame du 14 mai dernier était malheureusement à prévoir car à plusieurs reprises, des agents avaient échappé de peu à la mort lors d’une escorte. En octobre 2011, à l’hôpital d’Aix-en-Provence, un surveillant avait pris une balle dans la jambe lors d’une escorte médicale par un individu qui faisait évader le détenu dont il avait la garde. En janvier 2019, aux abords du tribunal de Tarascon, une escorte judiciaire était attaquée par un commando lourdement armé qui avait tiré sur le véhicule des agents et qui faisait là aussi évader le détenu.

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Les surveillants me le disent. Il arrive très fréquemment que les escortes soient suivies ou poursuivies par des personnes cherchant à les intimider. Malgré cela, l’administration n’hésite pas à revoir fréquemment à la baisse le niveau de l’escorte, par manque de personnel pénitentiaire ou par absence de disponibilité des forces de Police afin que le transfert du détenu puisse tout de même s’effectuer.

Malheureusement, il aura peut-être fallu passer par la mort de ces deux hommes pour faire obtenir à cette administration davantage de moyens assurant leur sécurité. C’est en tout cas la prédiction que je partageais au Garde des Sceaux en octobre dernier.

Je veux vraiment rendre hommage à toutes ces femmes et ces hommes qui effectuent une mission essentielle pour notre société, et qui pourtant, sont souvent les grands oubliés. J’espère que nos gouvernants, au-delà des mots, traiteront véritablement les maux.