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Le Maroc ciblé par l’Open Society?

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Le Maroc brutalise-t-il les migrants subsahariens qui franchissent sa frontière avec l’aide des Européens ? C’est ce qu’avance un collectif, appelé Lighthouse Report.


Mardi, Le Monde publiait un étonnant article sur les migrations entre la Mauritanie et le Maroc. Son titre ? Dans le Sahara, « les policiers marocains ont lâché les chiens sur nous »1. Illustré par des photos floutées de migrants subsahariens, l’article se veut un réquisitoire contre les violences que subiraient les candidats à l’exil franchissant les frontières du royaume chérifien en quête d’une vie meilleure. S’il est vrai que les migrants peuvent avoir des parcours de vie tragiques, cet article ne présente aucune preuve tangible comme l’indique sa rédaction au conditionnel et les motifs de sa publication peuvent poser question.

L’Open Society cible-t-elle le Maroc ?

En effet, il est signé par un collectif appelé Lighthouse Report et non par un journaliste habituel de la rédaction. Cette officine semble spécialisée dans les articles traitant de l’immigration, unique sujet pour lequel Le Monde fait appel à cette équipe. Au menu des quelques papiers de Lighthouse Report pour le grand journal de gauche :  une charge contre l’algorithme de la CAF qui aurait le tort de pouvoir prédire « les risques de fraude », des attaques contre Frontex, ou encore des critiques contre la politique migratoire européenne perçue comme particulièrement sévère – le Français moyen l’aura remarqué au quotidien.

Se présentant comme une organisation pionnière « du journalisme collectif travaillant avec les plus grands médias » et mettant en avant son indépendance, Lighthouse Report n’est pourtant pas d’une totale neutralité. Il suffit ainsi de consulter leur dernier rapport annuel pour découvrir, sans grande surprise, qui l’on trouve à l’Open Society Foundation parmi leurs principaux sponsors. Fondée par George Soros mais actuellement présidée par son fils Alexander, l’Open Society est en pointe de toutes les luttes prétendument « progressistes » et constitue une force de poids dans le lobbying pro-immigration au sein des institutions européennes. L’ONG est aussi derrière les « Sleeping Giants » dont l’activisme prive de nombreux médias conservateurs de revenus publicitaires. Une ONG dont les activités dépassent d’ailleurs désormais la famille Soros elle-même, avalée par l’ampleur de la « machine » Open Society qu’elle ne contrôle plus véritablement. 

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Lighthouse Report est donc un groupement de journalistes qui colle à l’agenda politique de son bailleur de fonds, la main qui donne étant toujours au-dessus de celle qui reçoit. Et ce bailleur de fonds n’a qu’une idée en tête : ouvrir en grand les frontières européennes. Pour cela, les migrants qu’il entend faire venir chez nous doivent d’abord franchir les portes marocaines. C’est ainsi qu’il faut comprendre la publication de l’article. Un autre élément peut aussi être pris en considération. Mi-avril dernier, Viktor Orban a rencontré à Marrakech le Premier ministre marocain Aziz Akhannouch. Il ne s’agissait pas d’une visite bilatérale mais d’un atelier de travail de IDC-CDI, coalition réunissant différents partis chrétiens-démocrates et conservateurs modérés. Las, cet innocent évènement aurait déplu à Monsieur Soros qui aimerait faire du dirigeant magyar un pestiféré.

Il n’en fallait sûrement pas plus pour mobiliser l’Open Society, qui a toujours en magasin quelques journalistes proches des mouvements d’extrême-gauche « no borders » pour se charger de ces tâches. Ce lien financier et idéologique entre Lighthouse Report et l’Open Society soulève des questions sur l’objectivité et les motivations de ce collectif. Utiliser des accusations non vérifiées et des récits dramatiques, sans preuve tangible, pour influencer l’opinion publique est une stratégie dangereuse. Sous couvert d’une intégrité factice, la propagande globaliste divise nos sociétés en imposant à des États souverains des vagues d’immigration que leurs populations respectives considèrent désormais indésirables. Sur la question migratoire ou encore les sujets de mœurs tel que le phénomène de la transsexualité, les désinformateurs sont bien souvent du côté de ceux qui ont fait de ces sujets l’apha et l’omega d’une idéologie de la fin de l’Histoire où les peuples comme leurs coutumes doivent s’effacer au profit d’un « homme nouveau » dont le migrant serait l’Adam.

Une propagande qui peut mettre en danger une collaboration cruciale pour réguler les flux migratoires

Le discours présentant le Maroc en État qui ne respecterait pas les droits élémentaires des migrants est particulièrement dangereux parce qu’il affaiblit la crédibilité d’un pays qui agit comme un filtre pour notre continent. La crise sécuritaire sahélienne est une bombe à retardement qui pourrait provoquer la submersion de l’Europe. Dans ce cadre, l’Afrique du Nord et singulièrement le Maroc auront un rôle essentiel à jouer. Le Maroc est d’ailleurs aujourd’hui un pays de passage et un pays d’installation d’une immigration de plus en plus importante. Sous l’impulsion de Mohammed VI, le Maroc s’est ainsi imposé au fil du temps comme un acteur clé dans la gestion des migrations en Afrique du Nord. Contrairement à ce qu’avancent parfois les médias, Rabat a mis en place une politique migratoire pensée autour de l’intégration des Subsahariens qui sont désormais nombreux à être régularisés.

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Depuis 2013, le Maroc a notamment lancé deux campagnes de régularisation des migrants en situation irrégulière. La première, en 2014, a permis de régulariser plus de 23 000 migrants, et la seconde, en 2017, a abouti à la régularisation de plus de 28 000 autres. Ces initiatives ont offert une nouvelle vie à des milliers de personnes, leur permettant d’accéder aux soins de santé, à l’éducation et au marché du travail. Ce sont d’ailleurs d’autant moins de migrants qui ne sont pas venus en Europe…

Nous avons signé plusieurs accords de coopération entre l’Union européenne et le Maroc pour une gestion concertée des migrations. De quoi faire dire à Antonio Vitorino, directeur général de l’Organisation internationale humanitaire, que « le Maroc représentait un modèle à suivre pour la gestion des migrations en Afrique ». Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les « no borders » qui sévissent à bord de l’Ocean Viking, dans les mairies LFI, ou au sein de Lighthouse Report, ne veulent pas une approche pragmatique et humaniste de l’immigration. Ils veulent qu’il n’y ait plus de frontières et plus de peuples historiques. Qu’on puisse franchir toutes les frontières sans aucune contrainte. C’est un projet que nous devons refuser. C’est d’ailleurs pour cela qu’il ne faut pas laisser dire les agitateurs qui veulent salir les pays qui ont des politiques rationnelles en la matière tout en restant fidèles à des principes humanistes, ce qui correspond assez bien aux grandes orientations de politique migratoire sous Mohamed VI. 


  1. https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/05/21/migrations-dans-le-sahara-les-policiers-marocains-ont-lache-les-chiens-sur-nous_6234480_3212.html ↩︎

Et pendant ce temps, Mayotte a soif

Alors que le président Macron est attendu outre-mer en Nouvelle-Calédonie, la situation de l’île de l’Océan indien, 101e département français, reste également très préoccupante, avec la réapparition du choléra.


Nous le pensions disparu du territoire français pour de bon, voici que le choléra est de retour, à Mayotte. Les calamités n’ont décidément pas fini de s’abattre dans le 101e département français. Une tragédie de plus, une énième, sur ce territoire, pour lequel l’enchaînement quotidien de désastres s’apparente au livre de l’Apocalypse. Hélas, la crise de l’eau n’a été que la Genèse d’une descente aux enfers ces derniers mois, source de réelles difficultés en matière de santé publique, avec les conséquences que nous observons. Un mort, une enfant de trois ans et des malades, dénombrés par plusieurs dizaines. Qui aurait imaginé qu’un département français soit asséché de telle sorte, restreignant la population dans sa consommation la plus primaire, source de vie et d’hygiène ? Quelles ont été les failles à l’origine de cette conjoncture ? Des projets malheureusement inaboutis, un assainissement de l’eau qui peine à convaincre, une seule usine de dessalement pour près d’un demi-million d’habitants et une dépendance à l’hexagone ainsi qu’à la Réunion pour l’acheminement d’eau en bouteille ; Mayotte a soif.

Une île submergée par les migrants comoriens

Force est de constater que l’ « ile aux fleurs », ce joyau de la vanille et de l’ylang-ylang, n’est plus le paradis tant espéré, que sa population est à la merci des événements qui rythment son triste quotidien, où l’espoir s’amenuise quant au retour des jours heureux. Une prospérité rêvée pour ce département à la fois le plus jeune et le plus pauvre du territoire.

Confrontée à une submersion migratoire en provenance des Comores voisines, impactant l’intégrité du sol français et mettant à bas la sécurité, Mayotte agonise, menacée d’une guerre civile entre populations, sous les yeux d’un État défait et d’une Union européenne aux abonnés absents. Une île plus peuplée que la Corse, pour laquelle le conseil départemental et les communes s’acharnent à pallier le retard de développement et à compenser les investissements manquants, fragilisés par des contraintes budgétaires, difficilement extensibles. Il est indubitable que les pouvoirs locaux se démènent au quotidien quant à la survie de leur terre, ignorée d’une part, envahie d’une autre.

Loin des yeux, près du cœur… ou plutôt loin du cœur, c’est à se demander si la distance n’est autre qu’un facteur d’ignorance.  Dans le pays où le soleil ne se couche jamais, présent dans chaque océan, l’Outre-mer qui est notre richesse semble se métamorphoser en outre-tombe. Championne de la décentralisation et du mille-feuille administratif, la France contraint-elle nos territoires d’Outre-mer aux mêmes exigences qu’en hexagone ? Cette rigueur si bleu-blanc-rouge, héritée de Napoléon et dont la promesse républicaine est un objectif central. Celle d’une réelle continuité de l’État français, d’égalité des chances et d’accès aux services publics pour tous les citoyens en vertu du respect de l’article premier de notre Constitution, d’« une République une et indivisible ». Au-delà des éternelles questions de fiscalité, de droit commun et de répartition des compétences, la départementalisation du territoire en 2010, telle que voulue par Nicolas Sarkozy, a-t-elle répondu aux objectifs engagés par l’État ?

Le sursaut ou le chaos

Liberté, égalité, fraternité, auxquels nous pourrions ajouter dignité, des principes de la République française qui semblent remis en question. Où est la liberté lorsqu’être Français sur son propre sol n’est plus une garantie de libre circulation, en raison d’un danger permanent à toute heure ? Où est l’égalité quand les établissements scolaires, saturés, ne permettent plus d’enseigner tel qu’ils le devraient ? Où est la fraternité lorsque l’État n’est plus en mesure de garantir la solidarité de notre système ? Enfin, où est la dignité face au système médical à bout de souffle, qui peine à pouvoir soigner décemment la population ?

Un sursaut est essentiel pour Mayotte, mais plus largement l’ensemble de nos Outre-mer. Ne disposant plus d’un propre ministère, mais d’un simple ministère délégué, pourquoi un tel rejet de trois millions de Français ? Le centralisme décentralisé français, comble d’un paradoxe, atteint ses limites… Subséquemment aux budgets, chèques et financements, la nécessité d’un véritable projet et surtout d’une vision, est inconditionnelle. Chérissons nos Outre-mer.

Non, les patrons ne sont pas tous des salauds!

C’est une « règle d’or » hexagonale: on déteste toujours celui qui est plus riche que soi.


Tout est une question d’argent, bien sûr ! Les Français n’aiment pas les riches, on le sait bien. Et au rythme des matchs de foot et des annonces de dividendes du CAC 40, cela se confirme jour après jour.
Le joueur qui marque mérite d’être milliardaire, parait-il. Alors, on se venge sur le patron qui, lui, faute de jouer à la baballe, joue pourtant gros en dirigeant sa boîte.

Pourquoi tant de haine ?

Pourquoi cette mauvaise réputation des chefs d’entreprise ? Et encore, j’emploie ici le terme « chef d’entreprise », quand celui de « patron » connoté négativement est plus fréquemment employé par la presse ou les syndicats. Le « patron » est l’ennemi déclaré ; ce mot charrie ses relents d’accusation implicite d’esclavagisme !
« Vous avez vu ce qu’il encaisse alors que j’ai du mal à finir le mois ? » Tout est dit. Et notre ignorance crasse en matière d’économie fait le reste et nous laisse mariner dans cette jalousie chronique : « pourquoi lui, et pas moi ? »

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Les pourfendeurs de l’inégalité le répètent sans arrêt : le patron ne serait pas riche sans ses salariés. Ce n’est pas faux. Il est inutile de s’étendre sur le talent de ceux qui créent, dirigent, inventent les produits ou services à succès, sur le labo qui trouve le vaccin miraculeux, la nouvelle marque qui cartonne, le restau étoilé qui régale, la voiture qui fait rêver, la haute joaillerie qui fait briller les jolies femmes, etc. Mais oui : le salaire des employés est souvent trop faible. Au passage, ces derniers ont été recrutés, et sont souvent contents de leur emploi. Mais qui voudra bien regarder ce qui empêche nos salariés d’empocher une somme nettement plus importante ? Qui voudra bien regarder ce qu’il y a derrière tout cela ?

L’argent qui coule à flots, ça ne coule pas de source !

D’abord, pour que 100€ de salaire supplémentaires arrivent jusqu’au portefeuille d’un salarié (célibataire) à plein temps au SMIC, son patron doit débourser… 483€. Relisez bien : 483 euros ! Et davantage encore pour un salarié payé légèrement plus que le SMIC. Cet écart est un record mondial. Alors, les prélèvements, on nous le répète, sont là pour notre bien. D’ailleurs, cela ne s’appelle plus des « charges » sociales, mais des « cotisations » sociales dorénavant ; c’est nettement plus sympa. Pour mieux faire passer la pilule, autant aussi « simplifier » la fiche de paye ! Mais attention : pas question de bâcler ce chef-d’œuvre administratif, la nouvelle loi est formelle et exigeante[1]. Préparez-vous quand même à jongler encore avec quelques mentions obligatoires : identité de l’employeur, rémunération brute, cotisations sociales et j’en passe. Sans oublier la petite nouveauté 2024 : le fameux montant net social. Et si jamais vous avez le malheur de découvrir une erreur dans ce petit bijou, pas de panique, vous avez trois ans pour contester; oui, trois belles années… Y a-t-il dans cette fausse simplification un objectif réel ? Si oui, alors lequel ? Si on détaillait mieux ce que vous avez payé tous les mois depuis des années pour votre retraite, vous seriez révolté !

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Quant aux « patrons » et leur argent forcément indécent, il faut quand même admettre que s’ils étaient moins pleins aux as, on serait certes moins outrés, mais certainement pas plus riches. Le fameux « y’a qu’à prendre l’argent là où il est » des incultes non seulement de la syntaxe, mais aussi des fonctionnements de l’économie, est d’une affligeante bêtise qui continue de faire ses ravages.
Mais quel réconfort d’imaginer aller piquer le pognon des nantis ! Rappelons qu’une fois qu’on le leur aura piqué, ils iront le gagner ailleurs et sans espoir de retour, laissant sur le pavé ceux qui, avec un sentiment de justice rendue, iront réfléchir à Pôle Emploi – pardon ! France Travail.

Détester les riches, c’est pauvre

Le problème est aussi que les nouveaux Robespierre trouveront toujours un plus riche que soi. Et pourtant : qui a donné l’exemple et l’élan des dons pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris, il y a cinq ans, en donnant 300 millions d’euros ? Bernard Arnault, PDG de LVMH, et François Pinault, patron de Kering ! On s’est empressé, en guise de remerciement, de les accuser de faire cela pour défiscaliser. Lamentable !
Qui offre 100 actions à chacun de ses employés (ayant au moins cinq ans d’ancienneté) à l’occasion des 100 ans du groupe ? Patrick Pouyanné, le PDG de Total Energies, l’ennemi public numéro 1.

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Mais on nous dit que tous ces gestes altruistes ne sont là que pour se disculper de gagner autant… que c’est parce qu’ils ont tellement d’argent qu’ils en ont honte… que ce n’est rien par rapport aux bénéfices… etc.
On ne compte plus non plus le nombre de chefs d’entreprise qui créent des fondations destinées à soutenir des projets formidables, dans tous les domaines, en France et à l’international, et pour des millions d’euros par an. J’en compte pour vous une petite partie : Sisley (le handicap mental) CMA-CGM (l’aide humanitaire et l’éducation), LVMH (l’art et la culture), L’Oréal (aux côtés des femmes), Hermès (la biodiversité et les écosystèmes)… Mais rien à faire : nous restons dans un engrenage de jalousies assaisonnées de revendications et de menaces. Le climat du pays s’en ressent dangereusement, on en vient à souhaiter un dictateur… libéral !

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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[1] https://www.bfmtv.com/economie/economie-social/france/simplification-de-la-fiche-de-paie-ce-qui-va-changer-pour-les-salaries-et-les-entreprises_AN-202404270139.html

Transactivisme, wokisme et transsubstantiation

Nous sommes l’humanité la plus rationnelle de l’Histoire, se gargarise-t-on. Mais comment diable le wokisme, cette religion de notre temps, parvient-il à nous faire croire à l’indistinction des sexes ? Mystère…


Puisque ces sujets sont manifestement devenus inévitables aujourd’hui, je propose ces quelques lignes susceptibles de pouvoir entraîner la réflexion de chacun dans des directions qui, je l’espère, lui permettront de mieux saisir quels enjeux sont sur la table. Ces lignes s’adressent à tous, croyants et athées, et j’espère qu’elles seront correctement comprises par tous, croyants et athées. Il ne s’agit pas ici d’une querelle théologique ni d’ailleurs d’un acte d’apostolat. Je parle de culture, d’équilibres des vertus, d’héritages et de structures de société.

Donc.

Le modernisme anti-chrétien a travaillé depuis des siècles, plus activement encore depuis des décennies pour nous détourner de la religion de nos pères sous prétexte que cette religion nous faisait croire dans des fadaises anti-scientifiques comme par exemple la transsubstantiation, soit le fait de pouvoir, par l’action du Saint Esprit, transformer l’eau en vin, c’est-à-dire de faire changer la nature d’une chose de façon extra-naturelle ou, si vous voulez, extra-scientifique.

Abandon de la foi et de ses mystères

Car le nouveau monde ne voulait plus croire en rien tant que ce n’était pas prouvé et démontré par la science. Les nouveaux prêtres, qui sont devenus malgré eux les nouveaux moralistes et les nouveaux précepteurs, ne portaient plus la soutane mais la blouse blanche et tout le militantisme anti-religieux s’est bâti sur la prétendue opposition entre l’une et l’autre. Des millions de gens, par adhésion aux principes de la science, se sont alors détournés de la foi et des mystères parce qu’on leur avait mis dans la tête que l’on ne pouvait pas être croyant et rationnel, chrétien et scientifique.

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Et donc notre monde a renoncé à la foi et aux mystères, résolu à ne plus se laisser embarquer dans d’obscures magies improuvables, pour se jeter tout entier dans les bras de la rationalité pure et dure, dans la démonstration scientifique, tangible, véritable, reproductible, fiable, démontrable, tout ça avec la conviction que les sociétés humaines sortiraient grandies de cette bienheureuse apostasie.

Il paraît donc, d’après la légende, que nous sommes l’humanité la plus rationnelle de l’Histoire, la plus cartésienne, la moins loufoque et la plus structurée d’après les évidences de la rigueur scientifique. Pour arriver à ce stade que l’on nous vend comme le stade ultime de la libération, de l’émancipation et donc de la joie, du bonheur et de la liberté, nous avons accepté d’être privés de la foi, c’est-à-dire de la consolation, de l’amour divin, des grâces, de l’espérance, soit toute une série de vertus qui, quoi qu’on en dise, étaient d’un immense secours dans une existence toujours secouée par les drames, les malheurs, les imprévus, les douleurs et les incertitudes.

Le wokisme grand-remplace la religion d’autrefois

Et puis, d’un coup d’un seul, voilà le wokisme qui débarque dans nos vies avec dans ses bagages le transactivisme qui prétend qu’un homme devient une femme et inversement sitôt qu’il a décidé qu’au lieu d’être ce que la science disait qu’il était, il était ce qu’il avait décidé d’être. Autrement dit que la substance était modifiable à volonté à partir du moment où, d’autorité, on prétendait la modifier. Ce n’est plus l’Esprit saint qui réalise surnaturellement la transsubstantiation, soit le passage d’un état substantiel à un autre, mais la paire de chaussures à talons, la jupe, le bâton de rouge à lèvres qui, sitôt qu’ils viennent se déposer sur un homme, réalise sa transsubstantiation en femme.

Le transactivisme, accouché par le wokisme lui-même né de la révolte moderniste contre les ordres anciens, prétend donc, sur les ruines des mystères de la foi qu’il est ravi d’avoir achevés, refaire ce que précisément ses géniteurs idéologiques ont désiré abattre dans la religion : la croyance que l’on peut, en dehors de tout cadre scientifique et rationnel, changer l’état substantiel d’une chose par la simple déclaration d’intention magique.

Autrement dit, nous avons été poussés à renier la foi de nos ancêtres, la foi grâce à laquelle nos ancêtres avaient fondé la civilisation, nous avons été poussés à ne plus croire, à ne plus espérer, à ne plus chercher dans les mystères et dans l’amour divin les consolations, la paix, le réconfort ; nous avons été poussés à renier ce qui faisait de nous des êtres complexes et spirituels, autant dire que nous avons accepté de n’être plus que des corps en mouvement, de la matière, des centres nerveux soumis aux stimulations de l’appétit et de la libido, des organismes uniquement physiologiques, tout ça au nom de la rationalité cartésienne et de la science observationnelle triomphante qui devaient, en nous libérant des superstitions débilitantes, faire de nous des êtres aboutis et des consciences raisonnables.

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Nous avons tout rejeté, tout perdu de ce précieux héritage afin que s’instaure à sa place le règne matérialiste, pour finalement subir les assauts d’une nouvelle contre-religion qui, après que nous avons renoncé à croire que le Christ pouvait changer l’eau en vin, nous impose de croire que le rouge à lèvres peut changer l’homme en femme.

Or, à tout prendre, s’il faut que nous croyons dans des choses que la science ne peut expliquer ni cautionner, je préfère croire dans l’Immaculée conception qui me fait aimer Marie, dans la résurrection du Christ qui me fait espérer dans l’au-delà, dans la Pentecôte qui m’imbibe de l’énergie sainte, plutôt que dans le transactivisme qui est loin de pouvoir en faire autant.

Par principe, nous ne devons pas accepter de perdre ce qui a tant fait bâtir pour le remplacer par ce qui va tout détruire, que l’on soit croyants ou athées. À plus forte raison maintenant que nous vérifions, peut-être trop tard hélas, que ce que nous avons accepté de laisser détruire avait en réalité une valeur civilisationnelle incomparablement supérieure à tout ce qui est né dans les ruines. Quel athée, ayant apostasié la foi par refus de croire dans des activités extra-scientifiques, peut accepter le terrible glissement moderne vers le transactivisme qui est fondamentalement anti-scientifique ; et quel croyant, ringardisé tous les jours par un monde qui se moque de sa capacité à croire dans des activités extra-scientifiques, peut accepter que le transactivisme, anti-scientifique, parvienne à obtenir par l’intimidation, l’activisme, le lobbying et le jeu judiciaire, de se rendre acceptable dans une société qui prétend continuer de rire de la foi des religions ? En réalité, lorsque l’on veut bien poser les termes comme j’essaie de le faire dans ces lignes, nous arrivons fatalement à la seule conclusion possible qui est que personne, absolument personne ne peut accepter ce qui se passe actuellement. Alors pourquoi cela se passe-t-il malgré tout ?

A mort les kouffars

Les lynchages de Samara et Shemseddine ont révélé que des musulmans français vivent – et parfois meurent – sous la coupe d’une police des mœurs islamiques. En abandonnant sa mission, l’École prive toute une jeunesse de notre culture et laisse prospérer la loi du clan et l’hyperviolence.


Maurice Ravel, Arthur Rimbaud… des figures parmi tant d’autres, innombrables, qui peuplent la culture française. On a beaucoup entendu leur nom ces dernières semaines, mais ce n’était pas pour parler littérature ou musique. Ils étaient tristement associés, dans des faits qui ne sont divers qu’en apparence, à ce qui nie radicalement la France et sa culture.

C’est au lycée Maurice-Ravel, à Paris, qu’un proviseur a été poussé à la démission par des menaces de mort sur les réseaux sociaux. Sa faute ? Avoir exigé d’une étudiante le retrait de son voile au sein de l’établissement, conformément à la loi (qu’elle n’ignorait pas et défiait sciemment). C’est devant le collège Arthur-Rimbaud de Montpellier qu’une élève de 13 ans, Samara, a subi une agression d’une violence extrême. Sa faute ? S’habiller « à l’européenne », ce qui n’était pas du goût des adolescents qui l’ont laissée pour morte.

L’islamisme, ça arrive près de chez vous

Dans ces deux cas, l’islamisme est à la manœuvre, crachant sa haine de la laïcité en feignant de la croire oppressive, et sa détestation de l’Occident en punissant ceux (et surtout celles) qui seraient tentés de lui ressembler. L’affaire de la jeune fille voilée n’est pas nouvelle : on a désormais l’habitude de cet entrisme islamiste, qui passe par la provocation, le retournement victimaire puis la menace. Cette stratégie est depuis longtemps théorisée et prônée par les Frères musulmans pour déstabiliser des sociétés qu’ils savent enclines à battre leur coulpe et à se reprocher un racisme en réalité largement fantasmé. Ce sont les islamistes, rappelons-le, qui ont imposé le concept d’« islamophobie » pour interdire toute critique en l’assimilant à un discours haineux.

Ce qui est inédit, et que révèle l’agression de Samara, c’est la mise en place sur le sol français d’une véritable police des mœurs, au sein de la communauté musulmane, pour contrôler les pratiques des uns et des autres : désormais les pressions, les menaces, le lynchage médiatique, voire physique s’exercent aussi entre coreligionnaires, certains s’érigeant en défenseurs de la morale et de la foi. Les juifs et les chrétiens ne sont plus les seules cibles : les « mauvais » musulmans viennent grossir les rangs des victimes potentielles du fanatisme, et peuvent devenir au même titre que les non-musulmans des « kouffars » à éliminer. Personne en France ne connaissait ce terme il y a trente ans, personne n’aurait pensé qu’un jour on puisse sur notre sol condamner à mort au motif d’une mécréance réelle ou supposée…

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Le jeune Shemseddine, 15 ans, s’est fait massacrer près de son collège de Viry-Châtillon parce qu’il échangeait des messages avec la sœur de ses futurs assassins ; ceux-ci ont cru bon de défendre la réputation de la famille en s’acharnant à coups de pied sur la tête du « coupable ». Tous les agresseurs obéissent ici à une logique clanique, à l’échelle de la famille ou du quartier, qui repose essentiellement sur la défense de l’honneur : le sens de l’honneur est en soi une vertu, mais où est l’honneur dans la mise au pas et jusqu’à la mise à mort de ceux, à peine émancipés, par qui le scandale arrive ?

Ce qui a frappé les esprits dans ces affaires d’extrême violence, c’est le très jeune âge des agresseurs. Et les médias de s’interroger sur ce qu’il est maintenant convenu de nommer « ensauvagement » ou « décivilisation ». Le constat d’une violence exponentielle ne peut plus faire débat. Mais on s’arrange encore pour éviter les explications qui fâchent : on relativise cette nouvelle barbarie en pointant l’hyperviolence de toute la société, ou bien en la ramenant à l’existence de toute éternité des affrontements entre jeunes gens (en gros, toute une sociologie idéologisée – pléonasme – nous dit « circulez, y a rien à voir ! »). Et bien sûr on nous fait le coup des réseaux sociaux, Emmanuel Macron en tête, dont la brillante analyse mettait déjà en avant TikTok et l’oisiveté des jeunes pour expliquer les émeutes dévastatrices de juin 2023. S’en tenir à leur seule responsabilité dans le processus actuel d’ensauvagement relève du déni, de la lâcheté intellectuelle ou de la manœuvre politicienne.

Agression de Samara à Montpellier : le personnel du collège Arthur-Rimbaud, en grève, affiche sa colère, 22 avril 2024. © D.R

Si les réseaux avaient existé il y a cinquante ans, aurions-nous été confrontés à un tel délitement ? Non, car le pays était culturellement beaucoup plus homogène et souscrivait globalement à une forme de common decency garante de la paix sociale. La plupart des violences que notre société connaît aujourd’hui sont liées à des conflits ethnoreligieux qu’une immigration massive, voire incontrôlée a importés sur notre sol. Les expéditions punitives qu’on a vues relèvent de codes et de pratiques qui ne sont pas les nôtres, mais ceux de musulmans fanatisés punissant par la mort ce qu’ils perçoivent comme une offense à leur religion ou leur clan. Ne pas le voir, ne pas le comprendre, ne pas le dire, par naïveté ou par idéologie, c’est s’empêcher d’endiguer le phénomène et se condamner à la répétition. En ce sens, la réaction du maire de Viry-Châtillon, après le meurtre de Shemseddine, est éloquente : ses larmes et son désarroi, qu’on peut juger sincères, disaient son incompréhension, il n’avait que son chagrin à opposer à la barbarie. On peut rappeler utilement que ce même édile, en 2022, déposa une plainte pour diffamation contre Éric Zemmour qui avait comparé sa ville, comme celles de Trappes ou Roubaix, à l’Afghanistan. Shemseddine est mort pour avoir échangé des messages avec une jeune fille. CQFD… On pourra toujours dire qu’en Afghanistan la jeune fille aussi aurait été mise à mort, et sans doute par ses propres frères.

Le hara-kiri de l’enseignement

Quid de l’école dans ce contexte ? Le jeune âge des protagonistes et le lieu des agressions nous y ramènent. « L’école est un sanctuaire », répète comme un mantra la ministre Nicole Belloubet, cherchant à se convaincre de la vertu performative de sa formule. On rirait si la situation n’était aussi tragique. Il y a bien longtemps que l’école n’est plus le sanctuaire qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : plus personne ne considère le savoir comme sacré, à commencer par l’institution elle-même, qui lui préfère l’acquisition de vagues « compétences » ; par voie de conséquence, plus personne ne considère le professeur comme sacré, et un principe d’égalité devenu fou, en instaurant l’horizontalité des rapports avec l’élève, a entériné sa mise à mort symbolique ; d’ailleurs, comment respecter un individu, dans une société qui confond réussite et montant des revenus, quand on sait qu’il gagne à la fin du mois beaucoup moins d’argent qu’un chouf de 13 ans en bas de l’immeuble ?

L’école a tout fait pour ne plus être un sanctuaire, par l’effondrement de la transmission, par la relégation du professeur, mais aussi par l’injonction qui a été faite aux élèves, au nom du respect des différences, de venir comme ils sont. La classe devrait être le lieu provisoire de l’oubli de soi, où l’on cherche à s’élever plus haut que sa personne, où l’on s’arrache aux déterminismes de ses origines, qu’il faut apprendre à reconnaître pour ce qu’ils sont, pure contingence. On doit se déprendre pour apprendre. Cela suppose d’admettre une hiérarchie entre ignorance et savoir, entre ce que je crois être et ce que je m’apprête à devenir, entre le maître et moi, et cela demande une forme de patience et d’humilité dont sont incapables beaucoup d’adolescents shootés à la contemplation de leur nombril sur les réseaux et à la gratification immédiate de leurs likes. Puisque l’école McDo n’exige plus de discipline sur soi, elle devient le lieu de toutes les pulsions et de toutes les violences. Un sanctuaire, qu’y disaient…

On devrait pouvoir civiliser par l’école, y affiner un rapport sensible et réflexif au monde, à soi-même et aux autres. La littérature est essentielle dans ce processus, irremplaçable dans ce qu’elle donne à voir de l’être humain, de ses méandres intérieurs, de sa complexité, de sa fragile condition. Mettre en place des « cours d’empathie » pour lutter contre les violences est ridicule : l’empathie ne s’apprend pas en s’obligeant à embrasser son voisin, mais en découvrant par la littérature ce qu’est une vie humaine, dans laquelle on peut se projeter ou se reconnaître, et même reconnaître l’autre en soi.

A lire aussi : De l’entrisme islamiste à l’école de la République

Ceux qui ont assassiné Shemseddine à proximité du collège Arthur-Rimbaud savent-ils ce que recouvre ce nom ? Savent-ils qu’il s’agit d’un poète ? Savent-ils, par une tragique ironie qui devrait les couvrir de honte, qu’ils ont le même âge que lui lorsqu’il écrivait ses premiers vers ? Quelqu’un leur a-t-il dit un jour que le jeune Rimbaud bouillait d’une révolte intérieure, mais qu’il l’a nourrie de ses lectures et qu’il l’a mise en mots ? Leur a-t-on appris par son exemple qu’on peut conjuguer l’irrévérence et la sensibilité, et que la colère n’empêche pas la retenue ?

Ils ne savent probablement rien de tout cela, et n’en veulent rien savoir, comme à peu près toute leur génération qui n’accorde aucun intérêt à la lecture et lui préfère massivement la facilité des écrans. Ce plébiscite est à la fois cause et conséquence de l’effondrement de la langue. Mais là encore l’école porte une responsabilité directe, en ayant renoncé à l’apprentissage systématique et rigoureux du français, seule condition de l’accès aux textes.

C’est un truisme d’établir un rapport entre une langue en déshérence et la montée de la barbarie : une langue maîtrisée structure un rapport au monde qui passe par la conversation, la civilité, la nuance, l’humour, quand l’impuissance verbale, qui vaut frustration, convoque la brutalité de la pulsion. Le barbare pour les Grecs était bien, littéralement, celui qui ne se fait pas comprendre. Si Rimbaud le rebelle versifiait à 15 ans, c’est que sa parfaite maîtrise de la langue, appuyée sur une solide connaissance du grec et du latin, lui donnait la possibilité d’exprimer son rejet des ordres établis sans devenir un voyou.

Le péché de l’assimiliation

Les barbares qui ont tué Shemseddine ne savent rien d’Arthur Rimbaud. Mais sans doute l’indifférence chez eux confine-t-elle au mépris parce que Rimbaud est français, qu’il représente un pan de cette culture dont ils rejettent toutes les manifestations. Notre culture est haïssable, ou si elle ne l’est pas, elle ne les concerne pas, il faut se tenir à distance de peur d’être contaminé. Les pressions exercées sur les membres de leur communauté trahissent bien cette peur de les voir se comporter comme des Français… L’assimilation est perçue comme une trahison, voire un péché, ce qu’Erdogan ne manque pas de rappeler régulièrement aux populations turques implantées en Europe.

Il serait temps que les responsables politiques prennent la mesure du problème : le refus de l’assimilation couplé à une volonté de conquête islamiste ne peut que très mal se terminer. Les gesticulations ne suffiront pas, personne ne croit après chaque atteinte à la laïcité, après chaque attaque au couteau, après chaque attentat, que le gouvernement sera « intraitable » et ne laissera rien passer, comme il se plaît à le répéter sur un ton pathétique et martial. On le croira lorsqu’il sanctionnera les élèves, lorsqu’il soutiendra les personnels menacés, sans travestir la peur des menaces de mort en « convenances personnelles », on le croira lorsqu’il s’interdira toute complaisance judiciaire pour acheter la paix sociale, on le croira lorsqu’il réduira drastiquement les flux migratoires en provenance de pays dont les codes sont aux antipodes des nôtres, et lorsqu’il imposera une assimilation culturelle, seule capable d’empêcher ou d’accroître une partition du pays déjà en marche. Tant que cela n’est pas fait, rien n’est fait.

Rimbaud, encore lui, écrivit un jour à Georges Izambard : « Que voulez-vous, je m’entête affreusement à adorer la liberté libre. » Le gouvernement devrait se souvenir que les Français aussi adorent la « liberté libre » et qu’ils détestent tout ce qui la menace.

Glucksmann: la reconquête d’un Sud-ouest perdu

À gauche, le chouchou des sondages Raphaël Glucksmann tenait ce weekend un meeting politique dans une petite bourgade landaise, un véritable « village gaulois » de socialistes. Et d’ailleurs, avec un discours de gauche à la papa calibré pour cet électorat local, et assez éloigné des discours tenus sur les plateaux de télé à Paris.


« Faisons ici un carton, car si nous le ne faisons pas ici, nous ne le ferons nulle part ailleurs ! » C’est par cette exhortation à la victoire que Raphaël Glucksmann a conclu, le 17 mai en fin de journée à Morcenx-le-Nouvelle (Landes), bras en croix, sous les applaudissements de près d’un millier de personnes, son unique meeting des Européennes dans le sud-ouest aquitain. Située à mi-chemin entre Bordeaux et Bayonne, en plein cœur de la forêt landaise, la plus vaste d’Europe, créée par Napoléon III pour assainir une région marécageuse, un peu loin de tout, Morcenx-la-Nouvelle est une ville de 5 000 habitants. Pourquoi avoir choisi une si petite commune pour l’y tenir, et non pas Mont-de-Marsan, la préfecture, qui en compte six fois plus, ou mieux, Bordeaux, capitale de la Nouvelle-Aquitaine, dont la métropole dépasse les 800 000 âmes ?

L’appel de la forêt

Par amitié, certes, comme Glucksmann l’a répété, pour le maire socialiste, Paul Carrère, qui cinq ans plus tôt, lors des précédentes européennes, l’avait accueilli alors que le PS était en quenouilles et que les « éléphants » du parti le snobaient, le considérant comme une pièce rapportée incongrue, à la différence d’aujourd’hui, où peu ou prou, ils se sont ralliés à lui grâce à sa percée sondagière et fait soudain figure de sauveur. Mais surtout parce que Morcenx-la-Nouvelle est aux socialistes ce qu’est « le village gaulois » à Astérix. Elle est l’un des très rares bastions dans la région qui a résisté en 2017 au brutal reflux de l’hégémonie du parti de Briand, Jaurès, Blum, Mitterrand. « Je viens ici (car) Les Landes sont véritablement une terre socialiste (…) même quand les choses étaient difficiles », a-t-il affirmé avec emphase.

Aux dernières municipales, la liste du maire a été reconduite avec 73% des voix. Le député de la circonscription, Boris Vallaud, président du groupe à l’Assemblée, y a recueilli 72%, et son rival du second tour du RN a à peine dépassé les 20%.  En conséquence, les socialistes en ont fait symboliquement – la politique se nourrit de symboles et de mythes – leur tête de pont pour partir à la reconquête de cette terre laïque, franc-maçonne, de chasseurs, d’amateurs de corrida et de courses de vaches, autre art taurin, de rugby, et aujourd’hui de surfeurs nonchalants et peu enclins à la politique, dont ils semblaient inexpugnables.

A la présidentielle de 2012, François Hollande avait fait dans les cinq départements qui composaient l’ancienne Aquitaine (la Nouvelle issue de la réforme régionale imposée par ce dernier en compte douze, ce qui fait d’elle la plus étendue de France), au premier tour, une moyenne de 30% et au second au-dessus de 55%, légèrement un peu inférieur à ceux de Mitterrand en 1981. A celle de 2017, c’est l’effondrement. A la fois vampirisé par Macron et Mélenchon, Hamon recueille une moyenne de 7%. Aux législatives, le PS parvient de justesse à ne conserver qu’une circonscription sur les trois qu’il monopolisait depuis toujours, la 3ème, celle de feu Henri Emmanuelli, un des pontes du Mitterrandisme, très à gauche à Paris, beaucoup plus modéré localement. A la dernière présidentielle, c’est la catastrophe. Hidalgo dégringole aux alentours de 2%. Son meilleur résultat, un maigre 6,5%, elle le réalise dans Les Landes où Vallaud réussit de justesse à sauver son siège avec 50,55%.

En route vers la seconde place ?

Pourtant, malgré cet apparent contexte très défavorable, l’appel de Glucksmann « à faire un carton » ne relève pas de l’incantation, ni du défi illusoire. Au vu des sondages qui font état d’un sérieux affaissement de Renaissance et des Insoumis, il n’est pas exclu que sa liste Parti socialiste-Place publique ait une forte probabilité de décrocher la seconde place le 9 juin, ni voire tout à fait utopique qu’elle puisse arriver en tête devant celle de Jordan Bardella qui a le vent en poupe à l’échelle de l’hexagone. Même si Marine Le Pen a fait un peu au-dessus de 40% à la présidentielle et décroché cinq sièges de députés sur les 28 que comptent les cinq départements aquitains, le RN y stagne à 20%. Donc, il est fort possible que les électeurs qui abandonnent Macron et Mélenchon se reportent sur la liste Glucksmann, le RN étant toujours perçu dans cette région culturellement de gauche comme un parti d’extrême droite. Si cette reconquête s’avère, le PS se remettrait en selle pour 2027…

Indubitablement, dans sa longue et parfois enfiévrée intervention de Morcenx-la-Nouvelle, Glucksmann visait à récupérer cet électorat plus sensible aux questions sociales que sociétales. Devant une assistance où les plus jeunes avaient une bonne cinquantaine, au vu de la prédominance des crânes chauves et des cheveux blancs – « on a fait un peu les fonds de tiroir en adhérents et sympathisants », dira avec un sourire dépité un participant à l’auteur de ces lignes -, il a éludé, pour être consensuel avec les centristes, toutes les questions embarrassantes concernant l’Union Européenne : les chasses traditionnelles propres à la région qu’une directive de la Commission interdit, la corrida au sujet de laquelle au parlement tente de se constituer un lobby « à la sensibilité de gauche » pour l’interdire, les revendications LGBT, la PMA, l’immigration alors que la réunion se tenait, ironie fortuite, dans une salle du centre culturel de la commune appelée salle du Maroc (pourquoi cette dénomination? Mystère). Au contraire, il s’est livré à un panégyrique, un peu habité, d’une « Europe puissante, écologique, sociale, juste, intègre, féministe, humaniste, démocratique… » (tiens, pas pacifiste) qui sera la panacée à tous les maux de l’époque… Le programme qu’il a débité implique un transfert massif des compétences nationales à celle-ci, au point de réduire les Etats des 27 membres à de simples chambres d’enregistrement. En catimini, Gucksmann prône la formation d’un supra-Etat européen…

Mais cette Europe qu’il faut « réveiller » est menacée. Par qui ? Par, bien sûr, une extrême-droite qui fait alliance avec la droite classique comme aux Pays-Bas et en Suède. Et le seul barrage à cette « vague puissante qui menace de nous emporter dans l’abîme… » qui se lève, ce sera l’envoi d’un fort groupe socialiste au parlement. À cet instant, un participant s’est levé et a crié en levant le poing « No pasaran », sans toutefois que le public ne reprenne en chœur l’interjection, comme ça aurait été le cas autrefois… Est-ce à dire que le spectre de la menace fasciste n’opérerait plus à gauche ?

Par contre, Glucksmann a, lui, rebondi en disant : « No pasaran à condition qu’on combatte ce qui la nourrit. Pour cela il faut réindustrialiser l’Europe et instaurer un protectionnisme à ses frontières ». Donc la mondialisation n’est plus cette aubaine tant promise et le protectionnisme un archaïsme dérisoire. Réindustrialisation pose néanmoins, ses tenants tous bords, un sérieux problème, l’UE manquant de main-d’œuvre à tout faire. En conséquence, ne serait-ce pas un aspirateur à immigration, bien entendu « régulée » ?

Une autre menace rode autour de cette Europe qui vit « un moment de bascule », c’est « l’impérialisme russe » qu’il faut tenir en échec « en augmentant massivement le soutien à l’Ukraine ». Car « la tyrannie parle russe ». En gros, l’Ukraine serait notre guerre d’Espagne et Poutine le nouveau Franco. Le syndrome du « no pasaran » a trouvé son substitut…

Mais pour un socialiste, l’Europe ne peut qu’être sociale… Pour le prouver, le commissaire européen aux questions sociales, le camarade luxembourgeois Nicolas Schmit, avait tout spécialement fait le déplacement jusqu’à Morcenx-la-Nouvelle, dont il ignorait l’existence jusqu’à sa venue, comme il l’a confié dans son intervention, avant de vanter le rude combat qu’il avait dû mener pour instaurer un salaire minimun à l’échelle de l’Union… dont l’effet pervers pourrait être d’entraîner les autres à la baisse, et l’adoption du statut des employés des plateformes, à côté desquels les congés payés et la semaine de 48 heures du Front populaire sont roupie de sansonnet.

Pour que l’Europe devienne « un vecteur fort d’émancipation, individuelle et collective, de solidarité et de redistribution » et pour financer la désormais impérative transition écologique, c’est tout simple, il n’y a qu’à faire payer les riches en taxant leur patrimoine à hauteur de 2%, les « superprofits des multinationales et des profiteurs de guerre » entre autres ponctions fiscales. Une pétition qualifiée naturellement de « citoyenne » et intitulée en bon français « Tax the Rich » (donc traduction pas nécessaire), circule au niveau européen qui aurait reçu un million de signatures ce qui obligerait la Commission à se pencher sur le sujet…

Ces élections « sont les plus importantes de l’histoire », a redit Glusksmann, mais peut-être pas au sens où il l’entend, à savoir qu’elles doivent faire de l’Europe « une véritable puissance écologique et politique ». Si la participation est inférieure à 50% et si la jeunesse boude les urnes, comme prévu, elles seront bien historiques car elles seront un indéniable désaveu de la tournure qu’a pris sa construction qui conduit à gommer la mosaïque identitaire et culturelle qu’elle est au sein d’une même civilisation.

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Tempête sur Israël aux États-Unis

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L’année universitaire touche à sa fin, et le nombre d’incidents teintés d’antisémitisme sur les campus pourrait se réduire aux États-Unis. Toutefois, les militants les plus radicaux entendent à présent peser de tout leur poids dans l’élection présidentielle à venir.


Le mouvement anti-israélien qui a déferlé sur de nombreuses universités américaines au cours des dernières semaines a commencé à s’estomper avec l’arrivée des cérémonies de remise des diplômes. Celles-ci ont été néanmoins souvent perturbées. Des étudiants, dans plusieurs universités, sont venus chercher leur diplôme en brandissant un drapeau palestinien, d’autres l’ont déchiré sitôt reçu. La Duke University, en Caroline du Nord, avait invité l’humoriste Jerry Seinfeld à s’adresser aux étudiants, et lorsqu’il a commencé à parler, quelques dizaines d’entre eux se sont levés et ont quitté leur siège: Jerry Seinfeld n’a pas parlé du Proche-Orient, mais il est juif, et ce simple fait a semblé insupportable à ceux qui sont partis, et le mouvement, de fait, n’a pas été seulement anti-israélien: il a été aussi, très souvent, antisémite. Des étudiants et des professeurs juifs n’ont plus eu la possibilité de se rendre à l’université où ils étudiaient ou enseignaient sans être insultés, harcelés, parfois agressés. Le mouvement n’a pas été non plus “pro-palestinien”, comme cela s’est écrit ici ou là. Il a été éxplicitement pro-Hamas, et les slogans qui l’ont accompagné n’ont, sur ce point, pas laissé place au doute. L’expression “du fleuve à la mer, la Palestine sera libre”, qui est un appel explicite à la destruction d’Israël a été sur des centaines de banderoles. Des participants ont crié “nous voulons dix, cent, mille 7 octobre”, ce qui constitue un appel à un massacre génocidaire anti-juif de grande ampleur. Des panneaux brandis ont même porté les mots “solution finale”. Les keffiehs ont été omniprésents, tout comme les drapeaux palestiniens, et des drapeaux noirs du Hamas ont été brandis.

Un inquiétant tableau

Ce mouvement n’a pas été surprenant. Il s’est situé dans la continuation des manifestations qui ont marqué les campus des mêmes universités dans les jours et les semaines qui ont suivi l’atroce massacre du 7 octobre 2023. Et à l’époque, les slogans, les cris, les banderoles et les panneaux avaient, peu ou prou, été identiques.

Rassemblement en soutien à la Palestine à l’université d’Harvard (Massachusetts), 14 octobre 2023 © Joseph Prezioso / AFP

Ce mouvement ne se limite pas aux universités. Il a un impact sur toute la société américaine. Des manifestations parfois violentes avaient envahi en octobre-novembre 2023 les rues des grandes villes du pays, et avaient été porteuses d’une haine d’Israël et d’un soutien au Hamas identiques à ceux qu’on a trouvés récemment dans les universités.

A lire aussi, Jeremy Stubbs : Columbia, Sciences-Po: les étudiants, les idiots utiles du Hamas

Et il faut regarder la réalité en face: les universités américaines, à de rares exceptions près, ne sont plus ce qu’elles étaient. Elles ne sont plus même ce qu’elles étaient à l’époque de la contre-culture et de la contestation de la guerre du Vietnam. Si des secteurs tels ceux des sciences exactes y sont encore intacts, d’autres, ceux des sciences humaines et celui de l’histoire ne le sont plus du tout, n’assurent plus la transmission des connaissances, et jouent surtout un rôle d’endoctrinement radical. Des professeurs gauchistes y inculquent une haine des Etats-Unis et de la civilisation occidentale, au sein de laquelle la haine d’Israël, et le soutien au terrorisme islamique ont toute leur place.   

Il y a, derrière cela, une stratégie. Au tout début des années 1960, des intellectuels américains imprégnés d’idées marxistes, dont le chef de file était le sociologue marxiste C. Wright Mills, ont constitué ce qui s’est appelé à l’époque la “nouvelle gauche”. Ils ont repris à leur compte les idées du communiste italien Antonio Gramsci, et ont fait leur l’expression du gauchiste allemand Rudi Dutschke. Ils ont enclenché une “longue marche au travers des institutions” aux fins de subvertir et détruire l’ordre établi. Ils ont considéré, à juste titre, que les universités étaient des lieux cruciaux, puisqu’on y forme l’essentiel des personnes structurant une société: les enseignants des lycées et collèges, les juristes, les historiens, les économistes, les journalistes, les entrepreneurs, et les dirigeants politiques. Ils ont pensé qu’en tenant des secteurs universitaires cruciaux, ils obtiendraient la dissémination de leurs idées, et l’effet de cette dissémination. Ils sont largement parvenus à leurs fins. Ils ont rapidement considéré que l’islam radical était un vecteur d’hostilité envers le monde occidental, utile pour leur action de destruction, et ils se sont ouverts à lui. La “cause palestinienne” est vite devenue pour eux et leurs continuateurs une cause sacrée. Israël a été défini par eux, en ce cadre, comme un pays aussi détestable que les Etats-Unis: une “colonie impérialiste occidentale” que le monde musulman doit effacer de la carte du monde. Leur combat contre Israël et leur soutien à ce qu’ils appellent la “résistance anti-sioniste” fait, à leurs yeux, partie intégrante de leur combat “anti-impérialiste” et “anti-occidental”.

Le résultat est là, très inquiétant. Et s’il y a eu, au cours des récentes décennies, d’autres mouvements imprégnés de haine anti-israélienne aux États-Unis, ils n’ont pas été aussi virulents. Le soutien au terrorisme islamique le plus cruel et le plus barbare n’a jamais été aussi visible, le soutien explicite aux attentats non plus. Le soutien à un massacre anti-juif de grande ampleur aurait été, il y a quelques années encore, strictement impensable.

Le parti démocrate divisé sur la question du Proche-Orient

Le mouvement anti-israélien en cours ne va pas disparaitre avec l’été qui vient. Les conventions désignant les candidats à la présidence auront lieu prochainement, et on doit s’attendre à ce que des manifestations, voire des émeutes, les accompagnent. Ce sera sans doute le cas à Milwaukee, dans le Wisconsin, où la convention républicaine se tiendra à la mi-juillet: Donald Trump, ennemi détesté de toute la gauche américaine, sera désigné candidat, et la détestation de Trump sera au rendez-vous à proximité de la convention. Ce sera le cas bien plus encore à Chicago, où se tiendra au mois d’août la convention démocrate: Joe Biden sera, à son tour, désigné candidat, mais cela n’ira pas sans troubles: il y a maintenant au sein du parti démocrate une faction radicalement anti-israélienne et pro-Hamas qui entend peser et faire entendre sa voix. Et ses chefs de file, Ilhan Omar, Rashida Tlaib, Jamaal Bowman, Alexandria Ocasio-Cortez, ne resteront pas silencieux. Ceux qui ont occupé les campus universitaires viendront s’exprimer pour que Joe Biden accentue ses pressions sur Israël. Les critiques acerbes qu’il a énoncées concernant l’action de l’armée israélienne a Gaza, et la récente suspension des livraisons d’armes à Israël, ne leur suffisent pas. Ils veulent beaucoup plus. Ils savent que Joe Biden a besoin de leurs voix, et de celles de l’électorat musulman du Michigan pour espérer gagner le 5 novembre.

DR.

Quand bien même le mouvement anti-israélien en cours est minoritaire, il repose sur une minorité très agissante et sur des organisations d’extrême gauche disposant de moyens financiers importants (Students for Justice in Palestine, Jewish Voices for Peace), et entraine derrière lui des millions de gens sous influence. Et le nombre de ces gens grandit, et pourrait grandir encore.

Le soutien à Israël aux États-Unis était bipartisan voici deux décennies encore, il ne l’est plus. Les sondages montrent que si les électeurs républicains et indépendants soutiennent toujours très nettement Israël, les électeurs démocrates sont désormais une majorité à être très hostiles à Israël (un récent sondage a montré qu’ils sont aujourd’hui 39% à soutenir la “cause palestinienne” et 35% seulement à soutenir Israël). 

A lire aussi, Gil Mihaely: Vrais ennemis et faux-semblants

Les élections présidentielles américaines ne se jouent en général pas sur des questions de politique étrangère, et l’élection du 5 novembre 2024 ne fera pas exception à la règle. Elle n’en aura pas moins un impact en matière de politique étrangère, et son impact sera très net pour ce qui concerne Israël et le Proche-Orient.  

La réélection de Joe Biden signifierait que le soutien américain à Israël, dans les années à venir, fléchirait encore, et qu’Israël devrait compter surtout sur ses propres forces.

Un parallèle a été fait dans les médias francais entre ce qui se passe aux Etats-Unis et ce qui se passe en Europe, et ce parallèle existe. Le mouvement anti-israélien qui affecte les campus americains fait partie depuis longtemps du combat “anti-impérialiste” et “anti-occidental” mené par l’extrême gauche européenne, qui voit en Israël la quintessence de l’impérialisme occidental et qui s’est faite l’alliée, depuis longtemps là encore, de la vision islamiste du monde. Ce qui s’est passé à Malmö lors du concours Eurovision de la chanson en raison de la participation au concours d’Eden Golan, une jeune chanteuse israélienne, a été sordide, honteux, incontestablement antisémite, et, dans ce contexte, effroyablement logique. La couverture du magazine britannique The Economist montrait, voici quelques semaines, un drapeau israélien dans la tempête, et l’illustration accompagnait un titre: Israel alone. Israël est seul. Il y a des années que politiquement, les dirigeants européens ne montrent qu’une amitié extrêmement modérée envers Israël, les États-Unis étaient, depuis plus d’un demi-siècle, le grand ami et le grand allié d’Israël. Si cette amitié et cette alliance devaient vaciller, ce serait infiniment plus grave pour Israël.

Gérard Depardieu, un monstre sacré comme un autre

Un livre sur Depardieu écrit par deux journalistes du Monde ? On s’attendait à une analyse haineuse et malhonnête. Pas du tout ! L’enquête de Bacqué et Blumenfeld retrace la vie mouvementée, les blessures et le génie d’un géant français.


Une affaire très française - Depardieu, l'enquête inédite

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En ouvrant Une affaire très française – livre-enquête sur le cas Depardieu – de Raphaëlle Bacqué et Samuel Blumenfeld, tous deux journalistes au Monde, je m’attendais, je l’avoue, à une analyse malhonnête, haineuse et à charge totalement dépourvue de nuance. Je m’attendais aussi à un tas de mensonges, d’informations imprécises, tronquées, tordues dans tous les sens et manipulées, afin de noircir le tableau encore et encore. Il faut dire que la promo de leur livre commençait mal ! Commentant dans Le Nouvel Obs l’intervention d’Emmanuel Macron pour défendre Depardieu, Bacqué déclare : « D’abord, c’est parce que Depardieu lui-même lui a téléphoné. Tout comme sa fille Julie, qui a plaidé la cause. » Julie aurait téléphoné au président pour plaider la cause de son père ? Je la connais, ça ne lui ressemble pas. D’ailleurs, elle m’a dit que c’était faux. D’où Bacqué tient-elle cette information ?

Un homme blessé

Rien que pour m’énerver, j’ai quand même souhaité lire cette Affaire très française. Et surprise : bonne surprise ! Je m’étais trompé. Ce livre est avant tout le portrait d’un monstre sacré. Il raconte ce qu’on a toujours raconté sur cette race particulière. Avec parfois, en ingrédient nouveau, le petit plaisir de voir le monstre tomber. Bon, peut-être pas le plaisir, mais au moins, particulièrement dans les dernières pages, l’idée que c’est justice qu’il soit tombé, parce que, vraiment, il est allé trop loin. Cependant, ce n’est pas le ton général du livre. En vérité, cette Affaire très française est l’une des choses les plus positives faites sur Depardieu (en l’occurrence pas pour Depardieu) depuis que le scandale a éclaté. Ces pages viennent doucement estomper l’image de gros porc odieux et d’ordure inhumaine qui collait à la peau de l’acteur depuis plusieurs mois. Elles décrivent une force de la nature fragile, un homme blessé, déchiré, à vif, tentant de vivre avec ses blessures, de se débattre avec son génie – ce soleil, noir parfois – comme il le peut. Même dans le chapitre consacré à la relation mouvementée Pialat-Depardieu, et notamment aux tournages de Police et de Sous le soleil de Satan, violents selon plusieurs acteurs, la star apparaît plus humaine que jamais. Au travers des humiliations qu’il inflige notamment à Sophie Marceau, c’est à lui-même qu’il semble faire du mal. Du reste, même cela, il le fait pour plaire. Toujours plaire. Être aimé. De qui ? En l’occurrence de Pialat qui – écorché vif et monstre génial lui aussi – en devenait toxique pour les autres. Depardieu suivait ce grand maître qu’il admirait. Dans sa relation avec le réalisateur, les auteurs décrivent Depardieu comme un « petit garçon anxieux et turbulent » qui « cherche à plaire à son désormais mentor ».

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Les auteurs n’éludent pas la face solaire de l’artiste. « Gérard est toujours généreux avec les autres. Certaines stars, une fois hors champ, ne se préoccupent plus des autres acteurs. Depardieu, c’est tout le contraire. Il accepte de refaire dix fois une prise, donne à nouveau la réplique, soutient du regard son partenaire, afin qu’il donne sa pleine mesure. » Surtout, et c’est son immense mérite, le livre ne fait nullement l’impasse sur le génie de Depardieu qui est sans cesse rappelé, analysé et encensé. Je déplore souvent que l’art ne soit plus le sujet (les réactions à la tribune « N’effacez pas Gérard Depardieu » l’ont largement prouvé[1]). Ici, ce n’est pas le cas. Bacqué et Blumenfeld ne dissocient pas les blessures de l’acteur de son génie, de ses débordements, de son autodestruction. C’est un lot. Les multiples faces du monstre se nourrissent les unes les autres. « Or, si Gérard Depardieu est si grand – sur un écran de cinéma et une scène de théâtre s’entend –, il affiche aussi, mieux que quiconque, les affres de cette grandeur. » Eh oui ! Le génie se paye. Et ça, il faut reconnaître que le duo du Monde ne le conteste pas.Ils comparent longuement Depardieu à Marlon Brando. Ils auraient pu citer une chanson de Guillaume, son fils, contenue dans l’album Post Mortem – paru après sa mort prématurée. Dans « Marlon », Guillaume Depardieu adopte le point de vue de Cheyenne – la fille de l’acteur américain – frappée par un destin tragique elle aussi. « Marlon cet égoïste / ce monstre d’amour noir », hurle-t-il accompagné des accords délicats et sombres d’un piano seul. « Marlon ce mal-aimé / s’est tiré comme un crevard / sur une île il m’a laissé / dans le ruisseau me noyer / dans son regard, dans son regard. » Guillaume comparait souvent son père à Brando. Depardieu, ce mal-aimé qui a du mal à aimer. Et s’il aime, peut-être a-t-il du mal à le montrer. Peut-être souhaite-t-il laisser penser le contraire et fuir, ou détruire et se détruire. Bacqué et Blumenfeld reconnaissent également la part de provocation chez l’acteur. « Alors, comme souvent lorsqu’il est attaqué, Depardieu en rajoute », écrivent-ils au sujet de sa rencontre avec Kadyrov succédant à celle, très critiquée, avec Poutine, qui se serait transformée en (vraie ou fausse ?) amitié. Ils vont même jusqu’à s’interroger sur la véracité de certains propos de Depardieu, notamment ceux sur sa jeunesse à Châteauroux où il prétend avoir participé à des viols dès l’âge de 9 ans. « Pendant des années, l’acteur a réécrit l’histoire du petit loubard de Châteauroux, en soulignant – inventant ? – les scènes les plus crues. La violence de son enfance est comme la garantie de sa vérité d’acteur. Il s’en vante pour coller au personnage des Valseuses, il choque le bourgeois pour exister au sein d’un cinéma friand de transgression. » Le viol, justement parlons-en ! Évoquées à la fin du livre, les accusations demeurent un détail de cette « affaire très française ». Bacqué et Blumenfeld ne dressent absolument pas le portrait d’un violeur ou d’un prédateur avide de sexe, mais celui d’un homme aux mains baladeuses et aux réflexions déplacées. Gaulois, paillard, obscène jusqu’à l’étourdissement. Du reste, les auteurs rapportent que, sur les tournages, cela faisait rire tout le monde, sauf – parfois – ceux qui en étaient les destinataires. Le faisait-il uniquement pour asseoir son pouvoir comme nos deux journalistes le pensent ? Ou simplement pour amuser la galerie et, encore une fois, plaire, être aimé ? Lui qui ne sait pas communiquer semble traîner ses pitreries scabreuses comme autant de vieux gimmicks fatigués.

Gérard Depardieu dans Police de Maurice Pialat (1985). D.R

Sexualité sans sexe

Quoi qu’il en soit, ces comportements ne semblent nullement exprimer un désir sexuel. À ce sujet, le duo écrit d’ailleurs : « Il impose à celles et ceux qui ne peuvent rien contre lui sa frustration brutale. Une forme de sexualité sans sexe, débordante, où les mains intrusives et les mots obscènes compensent l’impuissance à susciter un amour consenti. » Une forme de sexualité sans sexe, on ne saurait mieux dire. En revanche, ils se trompent en affirmant que Depardieu impose ces comportements à ceux qui ne peuvent rien contre lui. Un réalisateur très célèbre m’a parlé d’un tournage pas si ancien : « Lorsque Gérard arrivait sur le tournage, la première chose qu’il faisait, c’était de venir me caresser les couilles ! Ça me faisait marrer. » Le directeur de production Pascal Lamargot (qui a travaillé sur plusieurs tournages avec Depardieu) m’a confié n’avoir jamais vu l’acteur avoir des gestes déplacés avec les femmes : « Moi, je n’ai jamais vu ça. Grivois, vulgaire ou grossier soit, mais je ne l’ai jamais vu faire un geste obscène sur quelqu’un. » Les gestes étaient-ils plus rares que les mots ?

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Reste enfin le scandale suscité par la tribune de soutien à l’acteur « N’effacez pas Gérard Depardieu », parue dans Le Figaro le 25 décembre dernier. Étant l’auteur et l’initiateur du texte, je peux affirmer que, sur ce sujet, les deux journalistes disent n’importe quoi. « Depardieu réclame le soutien de sa famille et de ses compagnons de cinéma, quitte à les compromettre. Une semaine après la diffusion de « Complément d’enquête », une cinquantaine d’artistes dont Nathalie Baye, Nadine Trintignant, Pierre Richard, Arielle Dombasle, ou Carla Bruni signent une tribune dénonçant un “lynchage” […]. Un à un les signataires les plus emblématiques, son ancienne compagne Carole Bouquet, son partenaire dans Cyrano, Jacques Weber, son compère Pierre Richard retirent leur signature. » Je peux attester que Depardieu n’a jamais « réclamé » le soutien de personne, pas même celui de sa fille Julie, qui avait été à l’origine d’un autre texte, signé par la famille Depardieu. Pour la tribune des artistes, c’est moi qui ai sollicité ses compagnons et admirateurs. Depardieu n’a pas appelé un seul signataire. Il n’est aucunement intervenu, sauf pour déclarer que cela lui avait fait plaisir. Depardieu n’est pas du genre à demander de l’aide. Et pour finir, les signataires ne se sont pas retirés les uns après les autres. Seuls 10 sur 56 l’ont fait – certains sous la pression de producteurs, agents ou de people croisés dans les dîners en ville.

La dernière star du cinéma français

Ce livre n’en reste pas moins intéressant. Il raconte le danger du génie, la difficulté de la création. Il raconte une œuvre magistrale au prix d’une vie brûlée. Le génie de Depardieu naît en partie de ses souffrances, de ses frustrations, de sa difficulté d’être. On aimerait avoir le génie sans le lourd et sombre cortège qui l’escorte ? Ça ne fonctionne pas comme ça ! On prend tout, ou on ne prend rien. Il est vrai que, si Depardieu a dépassé les limites, c’est parce qu’on l’a laissé faire. Mais pourquoi l’a-t-on laissé faire ? Pas seulement parce qu’il rapportait de l’argent ! Surtout parce qu’il est unique, irremplaçable. Parce qu’il est le plus grand. Le dernier monstre sacré. Et cela, Bacqué et Blumenfeld ne manquent pas non plus de le reconnaître. On passait tout à Michel Simon. À Raimu également. Ces immenses acteurs étaient des tyrans. Céder à leurs pires caprices, c’était un peu comme une preuve d’amour. Il en va de même de Depardieu. « Il est insupportable, mais quand on fait le tour du monument, on finit par lui dire merci », confie son agent aux deux journalistes. Dressant le portrait de Sarah Bernhardt et du tragédien Édouard de Max, Cocteau écrivait : « Qu’avaient-ils donc à faire avec le comme il faut, le tact, la mesure, ces princes du comme-il-ne-faut-pas, ces tigres qui se lèchent et bâillent devant tout le monde, ces forces de l’artifice aux prises avec cette force de la nature : le public ? » C’est une époque révolue. Des monstres comme Depardieu ne se retrouveront plus devant les caméras. Ils resteront chez eux, en prison ou à l’asile ! Sa chute est le signe du crépuscule de l’art. Samuel Blumenfeld ne semble pas s’en réjouir. Lorsqu’André Bercoff, au micro de Sud Radio, lui fait remarquer que le cinéma français ne brille plus par ses chefs-d’œuvre, Blumenfeld acquiesce. Et lorsque l’animateur lui demande « Mais où sont les monstres sacrés ?! », il répond : « Les stars de cinéma n’existent plus. Il y a des vedettes, il y a des people. Mais la star telle que nous l’avons connue, c’est fini. Gérard Depardieu est la dernière star, sans doute, du cinéma français. » Nous avons été nourris par l’immense génie de Depardieu. Nous aurons éprouvé grâce à lui des émotions incomparables. Et tout cela au prix de sa vie. Grâce aux films qui demeurent, nous n’avons pas fini d’en profiter, et lui, de le payer.

Une affaire très française, Raphaëlle Bacqué et Samuel Blumenfeld, Albin Michel, 2024

Une affaire très française - Depardieu, l'enquête inédite

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[1] Lire à ce sujet « Et l’art c’est du poulet ? », Yannis Ezziadi, Causeur 122, avril 2024.

Nouvelle-Calédonie: émeutes sociales, politiques ou raciales ?

La Nouvelle-Calédonie, territoire français situé dans le Pacifique Sud, possède une histoire complexe. Le passé colonial et les inégalités économiques ont créé des clivages sociaux profonds, souvent centrés sur des questions raciales et identitaires qui ressortent sur le « Caillou » depuis le début des dernières émeutes. Le président Macron part en mission sur ce territoire en proie au chaos depuis plusieurs jours. 200 entreprises y ont été brûlées et anéanties.


Collectivité « sui generis », la Nouvelle-Calédonie est secouée par de violentes émeutes depuis une semaine. Tout a commencé le 15 mai, lorsque l’Assemblée nationale à Paris a adopté un projet de loi réformant les conditions du droit de vote en Nouvelle-Calédonie, élargissant le corps électoral aux métropolitains (communément appelés « Zoreilles »[1]) installés sur le « Caillou » depuis 1998. De facto, ils sont désormais autorisés à participer aux élections provinciales et aux référendums locaux jusqu’ici réservés aux Kanaks et aux Caldoches.

Macron, qui chamboule son agenda, est attendu sur place

Pour les indépendantistes néo-calédoniens, cette réforme représente une menace pour leur influence politique et pourrait compromettre toute possibilité de l’île de prendre en main son destin. L’adoption du texte a déclenché la colère des jeunes Kanaks, qui ont manifesté dans les rues et érigé des barrages, en particulier sur les grands axes de Nouméa, forçant la population à se confiner.

Les violences ont entraîné des incendies de voitures et de résidence, des pillages de commerces, des actes de vandalisme contre des entreprises, causant des dommages estimés à 1 milliard d’euros selon la Chambre de commerce et d’industrie de Nouméa. Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Gabriel Attal a rapidement décidé de prendre des mesures strictes, notamment en coupant l’accès au réseau social TikTok, très populaire parmi les Kanaks, en imposant un couvre-feu et en déployant d’importants renforts de gendarmerie et de militaires pour rétablir « l’ordre républicain ». 

Inégalités

Ces émeutes ont déjà causé la mort de six personnes, dont deux gendarmes. Depuis la métropole, de nombreuses voix se sont élevées pour condamner un racisme anti-blanc en Nouvelle-Calédonie, spécifiquement dirigé contre la communauté européenne, et plus précisément les Caldoches. Concentrés principalement dans le sud de l’île aux côtés des métropolitains, les Caldoches représentent 25% de la population locale. Descendants des bagnards envoyés sur l’île, des colons venus s’installer au XIXe siècle ou des Pieds-noirs débarqués après la guerre d’Algérie, tous ont contribué à forger une identité commune au fil des siècles. Dotés encore d’une certaine influence et d’un pouvoir économique conséquent, les Caldoches suscitent l’ire des indépendantistes kanaks (40% de la population) qui vivent souvent dans des conditions socio-économiques moins favorables que les Européens. Le chômage touche plus durement les Kanaks que les  « blancs  » (19,7 % des Kanaks sont sans emploi, soit six points au-dessus de celui de l’ensemble de la population selon les statistiques fournies par le gouvernement), et beaucoup d’entre eux, concentrés dans le nord, vivent sans accès à l’électricité ou à l’eau courante, peinant à obtenir un logement.

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Les inégalités criantes, jamais vraiment atténuées, ont déjà été à l’origine de fortes tensions entre les deux communautés, notamment dans les années 80, marquées par un référendum sur l’indépendance rejetée à 98% par les néo-calédoniens (1987) et par la prise d’otages de gendarmes dans la grotte d’Ouvéa par les indépendantistes du FLNKS. (1988). La réponse du gouvernement Chirac de l’époque (sous cohabitation avec Mitterrand, et à 10 jours des élections, NDLR) avait été brutale et tragique, se soldant par la mort de 19 militants Kanaks et de deux gendarmes. Les accords de Matignon, signés la même année, avaient cependant scellé une réconciliation entre les deux peuples, malgré leurs différences profondes. Une décennie plus tard, les accords de Nouméa avaient accordé à la Nouvelle-Calédonie un statut autonome unique et presque fédéral au sein de la République française, assorti de trois référendums sur l’indépendance. Organisés en 2018, 2020 et 2021, ces scrutins ont cependant ravivé les disparités entre les Kanaks et les Caldoches. À mesure que le « Non » l’emportait, la position des partis indépendantistes kanaks s’est radicalisée, arguant que la pandémie de Covid-19 avait empêché une mobilisation claire de l’île et avait rendu ainsi le troisième scrutin illégitime, renforcé par un soutien venu de l’Azerbaïdjan.

Les émeutiers les plus violents sont des racistes anti-blancs

Selon plusieurs témoins locaux, dès les premières heures des émeutes, des appels à « chasser les blancs » auraient été proférés, voire diffusés sur les réseaux sociaux. Retranchés chez eux, des Européens se sont organisés en « milices de défense », érigeant leurs propres barricades pour protéger leurs quartiers des éventuelles attaques incendiaires. Cette atmosphère d’état d’urgence a donné l’impression d’un début de guerre civile sur le territoire français, que certains internautes n’ont pas hésité à comparer avec les émeutes des banlieues en juin 2023.

Relayée par les médias métropolitains qui qualifient désormais les émeutiers d’insurgés, cette perception a été confirmée par un sondage de l’institut CSA. Selon cette enquête d’opinion, 57% des Français interrogés estiment qu’il existe un « racisme anti-blanc » évident dans les événements en cours, tandis que 17% expriment leur désaccord avec cette notion et 26% préfèrent ne pas se prononcer. Le député Renaissance Nicolas Metzdorf est catégorique quant à la motivation raciale des émeutiers : « On a face à nous la branche très radicalisée des indépendantistes, qui est raciste et xénophobe, et qui ne reconnaît pas la victoire des Calédoniens dans les référendums pour la France, par trois fois », déclare-t-il avec fermeté au JDD. Des propos similaires tenus par Sonia Backès, ancienne secrétaire d’État chargée de la Citoyenneté et actuelle présidente de la Province Sud de la Nouvelle-Calédonie. « (…) Ils disent aux Calédoniens, qui pour la plupart sont nés ici et sont là depuis plusieurs générations, de rentrer chez eux. Les gens sont aujourd’hui terrorisés en Nouvelle-Calédonie », explique-t-elle sur BFM, avant d’ajouter : « Tous ceux qui n’ont pas d’ancêtres kanaks sont considérés comme devant rentrer chez eux, alors que les Calédoniens n’ont pas d’autre chez eux qu’ici. On est dans un racisme qu’on peut considérer anti-blanc, mais aussi contre les asiatiques, les métisses…».

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La gauche se trompe encore

À l’opposé de ces discours, d’autres voix en métropole cherchent à minimiser ces propos, notamment du côté de la gauche. Fabien Roussel, par exemple, affirme qu’ils ne représentent pas l’opinion majoritaire. « Ces propos sont minoritaires en Nouvelle-Calédonie puisque l’ensemble des forces y compris les formes indépendantistes appellent au calme et le retour du processus qui depuis 1988 crée les conditions d’un dialogue, d’une vie ensemble avec toutes les communautés existantes dans un esprit de respect mutuel », a déclaré le secrétaire général du Parti communiste français (PCF) sur CNEWS, exprimant toutefois son soutien à l’indépendance de l’île sur laquelle la Chine lorgne en raison des gisements de nickel très importants en Nouvelle-Calédonie. Un discours similaire émane également de La France Insoumise, qui a dénoncé le néo-colonialisme de la France en Nouvelle-Calédonie, par le biais de Jean-Luc Mélenchon lors d’un discours à Dakar, où il a rencontré le nouveau président sénégalais. « Cent soixante-dix ans d’acharnement n’ont pas suffi à abattre la volonté kanake de redevenir souveraine de son destin et nul n’y parviendra jamais […]. Il n’y a pas d’[autre] issue à une situation coloniale que la décolonisation et tout le reste est une perte de temps », a déclaré le leader de La France Insoumise. 

L’impasse

Emmanuel Macron va se rendre dès ce soir sur place pour installer « une mission », a annoncé mardi 21 mai à l’issue du Conseil des ministres la porte-parole du gouvernement Prisca Thevenot.
Face au manque de compréhension du président Emmanuel Macron et du Premier ministre Gabriel Attal à l’égard de la situation en outre-mer, en particulier en Nouvelle-Calédonie, la seule solution pour apaiser les tensions, qui pourraient rapidement escalader vers un conflit sanglant, serait de retirer le projet de réforme institutionnelle.
Cette demande a été émise par quatre présidents des exécutifs d’Outre-mer, qui la considèrent comme une condition préalable à la reprise d’un dialogue pacifique, ainsi que pour la nomination d’un médiateur impartial. Un négociateur qui serait toutefois bien informé sur le dossier néo-calédonien, capable de réunir les deux communautés qui se retrouvent maintenant dans une impasse, en raison de l’adoption forcée d’un projet qui n’a jamais véritablement été soutenu par les Kanaks et les Caldoches.


[1] Ce surnom viendrait du fait que, comprenant mal le créole ou la langue des autochtones, les Français feraient constamment répéter et passeraient ainsi pour être «durs d’oreille».

Les Iraniens sont loin de tous pleurer la mort de Raïssi

Toutefois, le Conseil de Sécurité de l’ONU a accordé une minute de silence pour le boucher de Téhéran.


Climat maussade à la frontière entre l’Iran et l’Azerbaidjan: qui a fumé du Chiite ?

Un « martyr qui a sacrifié sa vie pour sa patrie ». On n’en attendait pas moins de la part des autorités iraniennes après la mort du président Raïssi. Il parait qu’un message Telegram des Brigades Al Qassam du Hamas soulevait la thèse de l’attentat israélien. Ce ne serait pas uniquement le temps qui aurait été maussade, mais le pilote également qui s’appellerait… Eli Copter (!). Bien peu probable, certes, mais cette mort n’a pas fait pleurer tout le monde et on a vu des manifestations de liesse en Iran même. N’en tirons cependant pas des conclusions hâtives, car le régime tient la population iranienne d’une main de fer, et le successeur n’a aucune chance d’être un modéré.

Avec sa barbe bien taillée, sa démarche grave et son turban noir de descendant du Prophète, Raïssi était un criminel et un inculte. Les Iraniens se moquaient de ses fautes de syntaxe, de sa parole pâteuse et de son ignorance. Il n’avait étudié à l’école que des matières religieuses mais n’avait pas atteint le titre d’ayatollah, ce qui d’ailleurs avait été aussi le cas de son mentor, Ali Khamenei, avant que ce dernier ne soit nommé Guide Suprême. Raïssi était l’un des favoris pour sa succession, sa personnalité médiocre et son conservatisme garantissaient qu’il laisserait la réalité du pouvoir aux Gardiens de la Révolution, aujourd’hui les vrais maitres de l’Iran. Le Ministre des Affaires étrangères, Hossein Amirabdollahian, mort dans le même accident d’hélicoptère, spécialiste du monde arabe et beaucoup plus talentueux que Raïssi, était leur homme de confiance dans le gouvernement.

Une personnalité médiocre qui était appelée à prendre le pouvoir suprême

Si le président décédé était un intellectuel minable, c’était surtout un tueur. Tueur de bureau, mais tueur de masse. En 1988, la guerre avec l’Irak terminée, l’ayatollah Khomeini règle ses comptes avec l’opposition de gauche qui l’avait pourtant soutenu au début de sa révolution. Au nom de Allah, le miséricordieux, on interroge les détenus sur leur rapport à l’islam. Ceux qui ne répondent pas bien sont considérés ennemis de Dieu, et la fatwa est formelle: ils seront exécutés, souvent après avoir été torturés. On connait le nom de cinq juges qui ont envoyé à la mort entre 5000 et 30 000 prisonniers dans le pays: deux sont devenus Ministres de la Justice, un président de la Cour disciplinaire des Juges et un autre membre de la puissante Assemblée des Experts. Le dernier est Ebrahim Raïssi, qui a œuvré dans les prisons de la capitale et en a tiré son surnom de « boucher de Téhéran ». 

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Mais ses exploits ne se sont pas arrêtés là. En septembre 2022, une jeune femme kurde, Mahsa Amini, arrêtée et violemment frappée par la police des mœurs parce que son foulard n’était pas réglementaire, décède après trois jours de prison. Des manifestations vont soulever le pays. Le duo Khamenei – Raïssi poussera à la répression et six mois plus tard, les protestations seront étouffées dans le sang. Aujourd’hui, l’Iran est un pays où les pendaisons sont monnaie courante. De nombreuses femmes en sont les victimes, ce qui n’émeut pas particulièrement nos féministes wokistes transsectionnelles. Un an après la mort de Mahsa Amini, le parlement iranien a renforcé les sanctions contre les femmes qui ne portent pas le voile en public. Une Commission de l’ONU, instituée en 2022, n’a toujours pas été admise à enquêter en Iran. Ce n’est pas grave, son mandat a simplement été prorogé. Il n’y a que quand Israël est en cause que le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU considère qu’il  y a urgence à condamner…

La loi américaine dite « Mahsa »

Une loi, dite loi Mahsa, élaborée par la Chambre des Représentants américaine, aggrave les sanctions contre les dirigeants iraniens et spécifiquement contre Ebrahim Raïssi. Elle a été signée le 24 avril par Joe Biden, alors que l’un des proches du président, Ben Cardin, président de la Commission des Affaires étrangères, pourtant considéré comme un ami d’Israël, avait essayé de la bloquer au Sénat. Car derrière la scène, les négociations se poursuivent entre les États-Unis et un Iran en voie d’accession à l’énergie nucléaire, qui, malgré les sanctions, vend deux millions de barils de pétrole par jour, qui profitent au régime et à ses affidés, et ne ruissellent pas vers le peuple iranien. La loi Mahsa renforce les sanctions contre les dirigeants iraniens et spécifiquement contre Ebrahim Raïssi. Mais celui-ci n’aura souffert d’aucune incrimination par la justice internationale, ce qui contraste avec le mandat d’arrêt scandaleux de la CPI contre Benjamin Netanyahu, émis le jour même de la mort du boucher de Téhéran.

Terrible symbole, ce mandat a été adressé contre des dirigeants israéliens qui mènent une guerre  dont la justification est évidente au regard des massacres commis par le Hamas le 7 octobre. Il aurait dû être émis contre Raïssi car sans l’aide des Iraniens, ces massacres n’auraient pas eu lieu. 

Aujourd’hui, malgré sa férocité, malgré la situation économique catastrophique où il maintient sa population, le sinistre régime iranien, loin d’être devenu un paria, n’a jamais été aussi influent. Son poids dans l’islam ne fait qu’augmenter. Les Frères Musulmans en sont les vecteurs les plus efficaces dans le monde sunnite, et même ses rivaux les plus acharnés, tels l’Arabie Saoudite, l’Égypte et les Émirats doivent composer avec l’Iran. Le Pakistan, pays ennemi il y a peu, décrète un jour de deuil national en signe de solidarité fraternelle. On n’est pas étonné de la chaleur des messages de condoléances à la mort de Raïssi des partenaires de l’Iran dans l’actuelle reconfiguration antioccidentale du monde : la Chine, la Russie, la Turquie, mais aussi l’Inde et l’ensemble des BRICS. On l’est plus par la minute de silence accordée par le Conseil de Sécurité de l’ONU, qui n’est  pas coutumier de cet honneur.

Mais dans sa brièveté, la palme revient au président du Conseil Européen, le Belge Charles Michel, qui exprime ses « sincères condoléances ». De deux choses l’une, soit ses condoléances ne sont pas sincères et c’est un menteur, soit elles le sont et c’est un salaud. Il y a des limites à la complaisance, mais certains dirigeants occidentaux s’obstinent à les tester.

Le Maroc ciblé par l’Open Society?

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Migrants subsahariens jouant au babyfoot à Casablanca, décembre 2018 © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Le Maroc brutalise-t-il les migrants subsahariens qui franchissent sa frontière avec l’aide des Européens ? C’est ce qu’avance un collectif, appelé Lighthouse Report.


Mardi, Le Monde publiait un étonnant article sur les migrations entre la Mauritanie et le Maroc. Son titre ? Dans le Sahara, « les policiers marocains ont lâché les chiens sur nous »1. Illustré par des photos floutées de migrants subsahariens, l’article se veut un réquisitoire contre les violences que subiraient les candidats à l’exil franchissant les frontières du royaume chérifien en quête d’une vie meilleure. S’il est vrai que les migrants peuvent avoir des parcours de vie tragiques, cet article ne présente aucune preuve tangible comme l’indique sa rédaction au conditionnel et les motifs de sa publication peuvent poser question.

L’Open Society cible-t-elle le Maroc ?

En effet, il est signé par un collectif appelé Lighthouse Report et non par un journaliste habituel de la rédaction. Cette officine semble spécialisée dans les articles traitant de l’immigration, unique sujet pour lequel Le Monde fait appel à cette équipe. Au menu des quelques papiers de Lighthouse Report pour le grand journal de gauche :  une charge contre l’algorithme de la CAF qui aurait le tort de pouvoir prédire « les risques de fraude », des attaques contre Frontex, ou encore des critiques contre la politique migratoire européenne perçue comme particulièrement sévère – le Français moyen l’aura remarqué au quotidien.

Se présentant comme une organisation pionnière « du journalisme collectif travaillant avec les plus grands médias » et mettant en avant son indépendance, Lighthouse Report n’est pourtant pas d’une totale neutralité. Il suffit ainsi de consulter leur dernier rapport annuel pour découvrir, sans grande surprise, qui l’on trouve à l’Open Society Foundation parmi leurs principaux sponsors. Fondée par George Soros mais actuellement présidée par son fils Alexander, l’Open Society est en pointe de toutes les luttes prétendument « progressistes » et constitue une force de poids dans le lobbying pro-immigration au sein des institutions européennes. L’ONG est aussi derrière les « Sleeping Giants » dont l’activisme prive de nombreux médias conservateurs de revenus publicitaires. Une ONG dont les activités dépassent d’ailleurs désormais la famille Soros elle-même, avalée par l’ampleur de la « machine » Open Society qu’elle ne contrôle plus véritablement. 

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Lighthouse Report est donc un groupement de journalistes qui colle à l’agenda politique de son bailleur de fonds, la main qui donne étant toujours au-dessus de celle qui reçoit. Et ce bailleur de fonds n’a qu’une idée en tête : ouvrir en grand les frontières européennes. Pour cela, les migrants qu’il entend faire venir chez nous doivent d’abord franchir les portes marocaines. C’est ainsi qu’il faut comprendre la publication de l’article. Un autre élément peut aussi être pris en considération. Mi-avril dernier, Viktor Orban a rencontré à Marrakech le Premier ministre marocain Aziz Akhannouch. Il ne s’agissait pas d’une visite bilatérale mais d’un atelier de travail de IDC-CDI, coalition réunissant différents partis chrétiens-démocrates et conservateurs modérés. Las, cet innocent évènement aurait déplu à Monsieur Soros qui aimerait faire du dirigeant magyar un pestiféré.

Il n’en fallait sûrement pas plus pour mobiliser l’Open Society, qui a toujours en magasin quelques journalistes proches des mouvements d’extrême-gauche « no borders » pour se charger de ces tâches. Ce lien financier et idéologique entre Lighthouse Report et l’Open Society soulève des questions sur l’objectivité et les motivations de ce collectif. Utiliser des accusations non vérifiées et des récits dramatiques, sans preuve tangible, pour influencer l’opinion publique est une stratégie dangereuse. Sous couvert d’une intégrité factice, la propagande globaliste divise nos sociétés en imposant à des États souverains des vagues d’immigration que leurs populations respectives considèrent désormais indésirables. Sur la question migratoire ou encore les sujets de mœurs tel que le phénomène de la transsexualité, les désinformateurs sont bien souvent du côté de ceux qui ont fait de ces sujets l’apha et l’omega d’une idéologie de la fin de l’Histoire où les peuples comme leurs coutumes doivent s’effacer au profit d’un « homme nouveau » dont le migrant serait l’Adam.

Une propagande qui peut mettre en danger une collaboration cruciale pour réguler les flux migratoires

Le discours présentant le Maroc en État qui ne respecterait pas les droits élémentaires des migrants est particulièrement dangereux parce qu’il affaiblit la crédibilité d’un pays qui agit comme un filtre pour notre continent. La crise sécuritaire sahélienne est une bombe à retardement qui pourrait provoquer la submersion de l’Europe. Dans ce cadre, l’Afrique du Nord et singulièrement le Maroc auront un rôle essentiel à jouer. Le Maroc est d’ailleurs aujourd’hui un pays de passage et un pays d’installation d’une immigration de plus en plus importante. Sous l’impulsion de Mohammed VI, le Maroc s’est ainsi imposé au fil du temps comme un acteur clé dans la gestion des migrations en Afrique du Nord. Contrairement à ce qu’avancent parfois les médias, Rabat a mis en place une politique migratoire pensée autour de l’intégration des Subsahariens qui sont désormais nombreux à être régularisés.

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Depuis 2013, le Maroc a notamment lancé deux campagnes de régularisation des migrants en situation irrégulière. La première, en 2014, a permis de régulariser plus de 23 000 migrants, et la seconde, en 2017, a abouti à la régularisation de plus de 28 000 autres. Ces initiatives ont offert une nouvelle vie à des milliers de personnes, leur permettant d’accéder aux soins de santé, à l’éducation et au marché du travail. Ce sont d’ailleurs d’autant moins de migrants qui ne sont pas venus en Europe…

Nous avons signé plusieurs accords de coopération entre l’Union européenne et le Maroc pour une gestion concertée des migrations. De quoi faire dire à Antonio Vitorino, directeur général de l’Organisation internationale humanitaire, que « le Maroc représentait un modèle à suivre pour la gestion des migrations en Afrique ». Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les « no borders » qui sévissent à bord de l’Ocean Viking, dans les mairies LFI, ou au sein de Lighthouse Report, ne veulent pas une approche pragmatique et humaniste de l’immigration. Ils veulent qu’il n’y ait plus de frontières et plus de peuples historiques. Qu’on puisse franchir toutes les frontières sans aucune contrainte. C’est un projet que nous devons refuser. C’est d’ailleurs pour cela qu’il ne faut pas laisser dire les agitateurs qui veulent salir les pays qui ont des politiques rationnelles en la matière tout en restant fidèles à des principes humanistes, ce qui correspond assez bien aux grandes orientations de politique migratoire sous Mohamed VI. 


  1. https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/05/21/migrations-dans-le-sahara-les-policiers-marocains-ont-lache-les-chiens-sur-nous_6234480_3212.html ↩︎

Et pendant ce temps, Mayotte a soif

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Migrants comoriens dans le camp de Cavani, Mamoudzou (97), 20 avril 2024 © Alain ROBERT/SIPA

Alors que le président Macron est attendu outre-mer en Nouvelle-Calédonie, la situation de l’île de l’Océan indien, 101e département français, reste également très préoccupante, avec la réapparition du choléra.


Nous le pensions disparu du territoire français pour de bon, voici que le choléra est de retour, à Mayotte. Les calamités n’ont décidément pas fini de s’abattre dans le 101e département français. Une tragédie de plus, une énième, sur ce territoire, pour lequel l’enchaînement quotidien de désastres s’apparente au livre de l’Apocalypse. Hélas, la crise de l’eau n’a été que la Genèse d’une descente aux enfers ces derniers mois, source de réelles difficultés en matière de santé publique, avec les conséquences que nous observons. Un mort, une enfant de trois ans et des malades, dénombrés par plusieurs dizaines. Qui aurait imaginé qu’un département français soit asséché de telle sorte, restreignant la population dans sa consommation la plus primaire, source de vie et d’hygiène ? Quelles ont été les failles à l’origine de cette conjoncture ? Des projets malheureusement inaboutis, un assainissement de l’eau qui peine à convaincre, une seule usine de dessalement pour près d’un demi-million d’habitants et une dépendance à l’hexagone ainsi qu’à la Réunion pour l’acheminement d’eau en bouteille ; Mayotte a soif.

Une île submergée par les migrants comoriens

Force est de constater que l’ « ile aux fleurs », ce joyau de la vanille et de l’ylang-ylang, n’est plus le paradis tant espéré, que sa population est à la merci des événements qui rythment son triste quotidien, où l’espoir s’amenuise quant au retour des jours heureux. Une prospérité rêvée pour ce département à la fois le plus jeune et le plus pauvre du territoire.

Confrontée à une submersion migratoire en provenance des Comores voisines, impactant l’intégrité du sol français et mettant à bas la sécurité, Mayotte agonise, menacée d’une guerre civile entre populations, sous les yeux d’un État défait et d’une Union européenne aux abonnés absents. Une île plus peuplée que la Corse, pour laquelle le conseil départemental et les communes s’acharnent à pallier le retard de développement et à compenser les investissements manquants, fragilisés par des contraintes budgétaires, difficilement extensibles. Il est indubitable que les pouvoirs locaux se démènent au quotidien quant à la survie de leur terre, ignorée d’une part, envahie d’une autre.

Loin des yeux, près du cœur… ou plutôt loin du cœur, c’est à se demander si la distance n’est autre qu’un facteur d’ignorance.  Dans le pays où le soleil ne se couche jamais, présent dans chaque océan, l’Outre-mer qui est notre richesse semble se métamorphoser en outre-tombe. Championne de la décentralisation et du mille-feuille administratif, la France contraint-elle nos territoires d’Outre-mer aux mêmes exigences qu’en hexagone ? Cette rigueur si bleu-blanc-rouge, héritée de Napoléon et dont la promesse républicaine est un objectif central. Celle d’une réelle continuité de l’État français, d’égalité des chances et d’accès aux services publics pour tous les citoyens en vertu du respect de l’article premier de notre Constitution, d’« une République une et indivisible ». Au-delà des éternelles questions de fiscalité, de droit commun et de répartition des compétences, la départementalisation du territoire en 2010, telle que voulue par Nicolas Sarkozy, a-t-elle répondu aux objectifs engagés par l’État ?

Le sursaut ou le chaos

Liberté, égalité, fraternité, auxquels nous pourrions ajouter dignité, des principes de la République française qui semblent remis en question. Où est la liberté lorsqu’être Français sur son propre sol n’est plus une garantie de libre circulation, en raison d’un danger permanent à toute heure ? Où est l’égalité quand les établissements scolaires, saturés, ne permettent plus d’enseigner tel qu’ils le devraient ? Où est la fraternité lorsque l’État n’est plus en mesure de garantir la solidarité de notre système ? Enfin, où est la dignité face au système médical à bout de souffle, qui peine à pouvoir soigner décemment la population ?

Un sursaut est essentiel pour Mayotte, mais plus largement l’ensemble de nos Outre-mer. Ne disposant plus d’un propre ministère, mais d’un simple ministère délégué, pourquoi un tel rejet de trois millions de Français ? Le centralisme décentralisé français, comble d’un paradoxe, atteint ses limites… Subséquemment aux budgets, chèques et financements, la nécessité d’un véritable projet et surtout d’une vision, est inconditionnelle. Chérissons nos Outre-mer.

Non, les patrons ne sont pas tous des salauds!

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© Unsplash

C’est une « règle d’or » hexagonale: on déteste toujours celui qui est plus riche que soi.


Tout est une question d’argent, bien sûr ! Les Français n’aiment pas les riches, on le sait bien. Et au rythme des matchs de foot et des annonces de dividendes du CAC 40, cela se confirme jour après jour.
Le joueur qui marque mérite d’être milliardaire, parait-il. Alors, on se venge sur le patron qui, lui, faute de jouer à la baballe, joue pourtant gros en dirigeant sa boîte.

Pourquoi tant de haine ?

Pourquoi cette mauvaise réputation des chefs d’entreprise ? Et encore, j’emploie ici le terme « chef d’entreprise », quand celui de « patron » connoté négativement est plus fréquemment employé par la presse ou les syndicats. Le « patron » est l’ennemi déclaré ; ce mot charrie ses relents d’accusation implicite d’esclavagisme !
« Vous avez vu ce qu’il encaisse alors que j’ai du mal à finir le mois ? » Tout est dit. Et notre ignorance crasse en matière d’économie fait le reste et nous laisse mariner dans cette jalousie chronique : « pourquoi lui, et pas moi ? »

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Les pourfendeurs de l’inégalité le répètent sans arrêt : le patron ne serait pas riche sans ses salariés. Ce n’est pas faux. Il est inutile de s’étendre sur le talent de ceux qui créent, dirigent, inventent les produits ou services à succès, sur le labo qui trouve le vaccin miraculeux, la nouvelle marque qui cartonne, le restau étoilé qui régale, la voiture qui fait rêver, la haute joaillerie qui fait briller les jolies femmes, etc. Mais oui : le salaire des employés est souvent trop faible. Au passage, ces derniers ont été recrutés, et sont souvent contents de leur emploi. Mais qui voudra bien regarder ce qui empêche nos salariés d’empocher une somme nettement plus importante ? Qui voudra bien regarder ce qu’il y a derrière tout cela ?

L’argent qui coule à flots, ça ne coule pas de source !

D’abord, pour que 100€ de salaire supplémentaires arrivent jusqu’au portefeuille d’un salarié (célibataire) à plein temps au SMIC, son patron doit débourser… 483€. Relisez bien : 483 euros ! Et davantage encore pour un salarié payé légèrement plus que le SMIC. Cet écart est un record mondial. Alors, les prélèvements, on nous le répète, sont là pour notre bien. D’ailleurs, cela ne s’appelle plus des « charges » sociales, mais des « cotisations » sociales dorénavant ; c’est nettement plus sympa. Pour mieux faire passer la pilule, autant aussi « simplifier » la fiche de paye ! Mais attention : pas question de bâcler ce chef-d’œuvre administratif, la nouvelle loi est formelle et exigeante[1]. Préparez-vous quand même à jongler encore avec quelques mentions obligatoires : identité de l’employeur, rémunération brute, cotisations sociales et j’en passe. Sans oublier la petite nouveauté 2024 : le fameux montant net social. Et si jamais vous avez le malheur de découvrir une erreur dans ce petit bijou, pas de panique, vous avez trois ans pour contester; oui, trois belles années… Y a-t-il dans cette fausse simplification un objectif réel ? Si oui, alors lequel ? Si on détaillait mieux ce que vous avez payé tous les mois depuis des années pour votre retraite, vous seriez révolté !

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Quant aux « patrons » et leur argent forcément indécent, il faut quand même admettre que s’ils étaient moins pleins aux as, on serait certes moins outrés, mais certainement pas plus riches. Le fameux « y’a qu’à prendre l’argent là où il est » des incultes non seulement de la syntaxe, mais aussi des fonctionnements de l’économie, est d’une affligeante bêtise qui continue de faire ses ravages.
Mais quel réconfort d’imaginer aller piquer le pognon des nantis ! Rappelons qu’une fois qu’on le leur aura piqué, ils iront le gagner ailleurs et sans espoir de retour, laissant sur le pavé ceux qui, avec un sentiment de justice rendue, iront réfléchir à Pôle Emploi – pardon ! France Travail.

Détester les riches, c’est pauvre

Le problème est aussi que les nouveaux Robespierre trouveront toujours un plus riche que soi. Et pourtant : qui a donné l’exemple et l’élan des dons pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris, il y a cinq ans, en donnant 300 millions d’euros ? Bernard Arnault, PDG de LVMH, et François Pinault, patron de Kering ! On s’est empressé, en guise de remerciement, de les accuser de faire cela pour défiscaliser. Lamentable !
Qui offre 100 actions à chacun de ses employés (ayant au moins cinq ans d’ancienneté) à l’occasion des 100 ans du groupe ? Patrick Pouyanné, le PDG de Total Energies, l’ennemi public numéro 1.

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Mais on nous dit que tous ces gestes altruistes ne sont là que pour se disculper de gagner autant… que c’est parce qu’ils ont tellement d’argent qu’ils en ont honte… que ce n’est rien par rapport aux bénéfices… etc.
On ne compte plus non plus le nombre de chefs d’entreprise qui créent des fondations destinées à soutenir des projets formidables, dans tous les domaines, en France et à l’international, et pour des millions d’euros par an. J’en compte pour vous une petite partie : Sisley (le handicap mental) CMA-CGM (l’aide humanitaire et l’éducation), LVMH (l’art et la culture), L’Oréal (aux côtés des femmes), Hermès (la biodiversité et les écosystèmes)… Mais rien à faire : nous restons dans un engrenage de jalousies assaisonnées de revendications et de menaces. Le climat du pays s’en ressent dangereusement, on en vient à souhaiter un dictateur… libéral !

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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[1] https://www.bfmtv.com/economie/economie-social/france/simplification-de-la-fiche-de-paie-ce-qui-va-changer-pour-les-salaries-et-les-entreprises_AN-202404270139.html

Transactivisme, wokisme et transsubstantiation

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DR.

Nous sommes l’humanité la plus rationnelle de l’Histoire, se gargarise-t-on. Mais comment diable le wokisme, cette religion de notre temps, parvient-il à nous faire croire à l’indistinction des sexes ? Mystère…


Puisque ces sujets sont manifestement devenus inévitables aujourd’hui, je propose ces quelques lignes susceptibles de pouvoir entraîner la réflexion de chacun dans des directions qui, je l’espère, lui permettront de mieux saisir quels enjeux sont sur la table. Ces lignes s’adressent à tous, croyants et athées, et j’espère qu’elles seront correctement comprises par tous, croyants et athées. Il ne s’agit pas ici d’une querelle théologique ni d’ailleurs d’un acte d’apostolat. Je parle de culture, d’équilibres des vertus, d’héritages et de structures de société.

Donc.

Le modernisme anti-chrétien a travaillé depuis des siècles, plus activement encore depuis des décennies pour nous détourner de la religion de nos pères sous prétexte que cette religion nous faisait croire dans des fadaises anti-scientifiques comme par exemple la transsubstantiation, soit le fait de pouvoir, par l’action du Saint Esprit, transformer l’eau en vin, c’est-à-dire de faire changer la nature d’une chose de façon extra-naturelle ou, si vous voulez, extra-scientifique.

Abandon de la foi et de ses mystères

Car le nouveau monde ne voulait plus croire en rien tant que ce n’était pas prouvé et démontré par la science. Les nouveaux prêtres, qui sont devenus malgré eux les nouveaux moralistes et les nouveaux précepteurs, ne portaient plus la soutane mais la blouse blanche et tout le militantisme anti-religieux s’est bâti sur la prétendue opposition entre l’une et l’autre. Des millions de gens, par adhésion aux principes de la science, se sont alors détournés de la foi et des mystères parce qu’on leur avait mis dans la tête que l’on ne pouvait pas être croyant et rationnel, chrétien et scientifique.

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Et donc notre monde a renoncé à la foi et aux mystères, résolu à ne plus se laisser embarquer dans d’obscures magies improuvables, pour se jeter tout entier dans les bras de la rationalité pure et dure, dans la démonstration scientifique, tangible, véritable, reproductible, fiable, démontrable, tout ça avec la conviction que les sociétés humaines sortiraient grandies de cette bienheureuse apostasie.

Il paraît donc, d’après la légende, que nous sommes l’humanité la plus rationnelle de l’Histoire, la plus cartésienne, la moins loufoque et la plus structurée d’après les évidences de la rigueur scientifique. Pour arriver à ce stade que l’on nous vend comme le stade ultime de la libération, de l’émancipation et donc de la joie, du bonheur et de la liberté, nous avons accepté d’être privés de la foi, c’est-à-dire de la consolation, de l’amour divin, des grâces, de l’espérance, soit toute une série de vertus qui, quoi qu’on en dise, étaient d’un immense secours dans une existence toujours secouée par les drames, les malheurs, les imprévus, les douleurs et les incertitudes.

Le wokisme grand-remplace la religion d’autrefois

Et puis, d’un coup d’un seul, voilà le wokisme qui débarque dans nos vies avec dans ses bagages le transactivisme qui prétend qu’un homme devient une femme et inversement sitôt qu’il a décidé qu’au lieu d’être ce que la science disait qu’il était, il était ce qu’il avait décidé d’être. Autrement dit que la substance était modifiable à volonté à partir du moment où, d’autorité, on prétendait la modifier. Ce n’est plus l’Esprit saint qui réalise surnaturellement la transsubstantiation, soit le passage d’un état substantiel à un autre, mais la paire de chaussures à talons, la jupe, le bâton de rouge à lèvres qui, sitôt qu’ils viennent se déposer sur un homme, réalise sa transsubstantiation en femme.

Le transactivisme, accouché par le wokisme lui-même né de la révolte moderniste contre les ordres anciens, prétend donc, sur les ruines des mystères de la foi qu’il est ravi d’avoir achevés, refaire ce que précisément ses géniteurs idéologiques ont désiré abattre dans la religion : la croyance que l’on peut, en dehors de tout cadre scientifique et rationnel, changer l’état substantiel d’une chose par la simple déclaration d’intention magique.

Autrement dit, nous avons été poussés à renier la foi de nos ancêtres, la foi grâce à laquelle nos ancêtres avaient fondé la civilisation, nous avons été poussés à ne plus croire, à ne plus espérer, à ne plus chercher dans les mystères et dans l’amour divin les consolations, la paix, le réconfort ; nous avons été poussés à renier ce qui faisait de nous des êtres complexes et spirituels, autant dire que nous avons accepté de n’être plus que des corps en mouvement, de la matière, des centres nerveux soumis aux stimulations de l’appétit et de la libido, des organismes uniquement physiologiques, tout ça au nom de la rationalité cartésienne et de la science observationnelle triomphante qui devaient, en nous libérant des superstitions débilitantes, faire de nous des êtres aboutis et des consciences raisonnables.

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Nous avons tout rejeté, tout perdu de ce précieux héritage afin que s’instaure à sa place le règne matérialiste, pour finalement subir les assauts d’une nouvelle contre-religion qui, après que nous avons renoncé à croire que le Christ pouvait changer l’eau en vin, nous impose de croire que le rouge à lèvres peut changer l’homme en femme.

Or, à tout prendre, s’il faut que nous croyons dans des choses que la science ne peut expliquer ni cautionner, je préfère croire dans l’Immaculée conception qui me fait aimer Marie, dans la résurrection du Christ qui me fait espérer dans l’au-delà, dans la Pentecôte qui m’imbibe de l’énergie sainte, plutôt que dans le transactivisme qui est loin de pouvoir en faire autant.

Par principe, nous ne devons pas accepter de perdre ce qui a tant fait bâtir pour le remplacer par ce qui va tout détruire, que l’on soit croyants ou athées. À plus forte raison maintenant que nous vérifions, peut-être trop tard hélas, que ce que nous avons accepté de laisser détruire avait en réalité une valeur civilisationnelle incomparablement supérieure à tout ce qui est né dans les ruines. Quel athée, ayant apostasié la foi par refus de croire dans des activités extra-scientifiques, peut accepter le terrible glissement moderne vers le transactivisme qui est fondamentalement anti-scientifique ; et quel croyant, ringardisé tous les jours par un monde qui se moque de sa capacité à croire dans des activités extra-scientifiques, peut accepter que le transactivisme, anti-scientifique, parvienne à obtenir par l’intimidation, l’activisme, le lobbying et le jeu judiciaire, de se rendre acceptable dans une société qui prétend continuer de rire de la foi des religions ? En réalité, lorsque l’on veut bien poser les termes comme j’essaie de le faire dans ces lignes, nous arrivons fatalement à la seule conclusion possible qui est que personne, absolument personne ne peut accepter ce qui se passe actuellement. Alors pourquoi cela se passe-t-il malgré tout ?

A mort les kouffars

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Hommage à Shemseddine, assassiné quelques jours plus tôt à proximité du collège des Sablons à Viry Châtillon (Essonne), 12 avril 2024. © ISA HARSIN/SIPA

Les lynchages de Samara et Shemseddine ont révélé que des musulmans français vivent – et parfois meurent – sous la coupe d’une police des mœurs islamiques. En abandonnant sa mission, l’École prive toute une jeunesse de notre culture et laisse prospérer la loi du clan et l’hyperviolence.


Maurice Ravel, Arthur Rimbaud… des figures parmi tant d’autres, innombrables, qui peuplent la culture française. On a beaucoup entendu leur nom ces dernières semaines, mais ce n’était pas pour parler littérature ou musique. Ils étaient tristement associés, dans des faits qui ne sont divers qu’en apparence, à ce qui nie radicalement la France et sa culture.

C’est au lycée Maurice-Ravel, à Paris, qu’un proviseur a été poussé à la démission par des menaces de mort sur les réseaux sociaux. Sa faute ? Avoir exigé d’une étudiante le retrait de son voile au sein de l’établissement, conformément à la loi (qu’elle n’ignorait pas et défiait sciemment). C’est devant le collège Arthur-Rimbaud de Montpellier qu’une élève de 13 ans, Samara, a subi une agression d’une violence extrême. Sa faute ? S’habiller « à l’européenne », ce qui n’était pas du goût des adolescents qui l’ont laissée pour morte.

L’islamisme, ça arrive près de chez vous

Dans ces deux cas, l’islamisme est à la manœuvre, crachant sa haine de la laïcité en feignant de la croire oppressive, et sa détestation de l’Occident en punissant ceux (et surtout celles) qui seraient tentés de lui ressembler. L’affaire de la jeune fille voilée n’est pas nouvelle : on a désormais l’habitude de cet entrisme islamiste, qui passe par la provocation, le retournement victimaire puis la menace. Cette stratégie est depuis longtemps théorisée et prônée par les Frères musulmans pour déstabiliser des sociétés qu’ils savent enclines à battre leur coulpe et à se reprocher un racisme en réalité largement fantasmé. Ce sont les islamistes, rappelons-le, qui ont imposé le concept d’« islamophobie » pour interdire toute critique en l’assimilant à un discours haineux.

Ce qui est inédit, et que révèle l’agression de Samara, c’est la mise en place sur le sol français d’une véritable police des mœurs, au sein de la communauté musulmane, pour contrôler les pratiques des uns et des autres : désormais les pressions, les menaces, le lynchage médiatique, voire physique s’exercent aussi entre coreligionnaires, certains s’érigeant en défenseurs de la morale et de la foi. Les juifs et les chrétiens ne sont plus les seules cibles : les « mauvais » musulmans viennent grossir les rangs des victimes potentielles du fanatisme, et peuvent devenir au même titre que les non-musulmans des « kouffars » à éliminer. Personne en France ne connaissait ce terme il y a trente ans, personne n’aurait pensé qu’un jour on puisse sur notre sol condamner à mort au motif d’une mécréance réelle ou supposée…

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Le jeune Shemseddine, 15 ans, s’est fait massacrer près de son collège de Viry-Châtillon parce qu’il échangeait des messages avec la sœur de ses futurs assassins ; ceux-ci ont cru bon de défendre la réputation de la famille en s’acharnant à coups de pied sur la tête du « coupable ». Tous les agresseurs obéissent ici à une logique clanique, à l’échelle de la famille ou du quartier, qui repose essentiellement sur la défense de l’honneur : le sens de l’honneur est en soi une vertu, mais où est l’honneur dans la mise au pas et jusqu’à la mise à mort de ceux, à peine émancipés, par qui le scandale arrive ?

Ce qui a frappé les esprits dans ces affaires d’extrême violence, c’est le très jeune âge des agresseurs. Et les médias de s’interroger sur ce qu’il est maintenant convenu de nommer « ensauvagement » ou « décivilisation ». Le constat d’une violence exponentielle ne peut plus faire débat. Mais on s’arrange encore pour éviter les explications qui fâchent : on relativise cette nouvelle barbarie en pointant l’hyperviolence de toute la société, ou bien en la ramenant à l’existence de toute éternité des affrontements entre jeunes gens (en gros, toute une sociologie idéologisée – pléonasme – nous dit « circulez, y a rien à voir ! »). Et bien sûr on nous fait le coup des réseaux sociaux, Emmanuel Macron en tête, dont la brillante analyse mettait déjà en avant TikTok et l’oisiveté des jeunes pour expliquer les émeutes dévastatrices de juin 2023. S’en tenir à leur seule responsabilité dans le processus actuel d’ensauvagement relève du déni, de la lâcheté intellectuelle ou de la manœuvre politicienne.

Agression de Samara à Montpellier : le personnel du collège Arthur-Rimbaud, en grève, affiche sa colère, 22 avril 2024. © D.R

Si les réseaux avaient existé il y a cinquante ans, aurions-nous été confrontés à un tel délitement ? Non, car le pays était culturellement beaucoup plus homogène et souscrivait globalement à une forme de common decency garante de la paix sociale. La plupart des violences que notre société connaît aujourd’hui sont liées à des conflits ethnoreligieux qu’une immigration massive, voire incontrôlée a importés sur notre sol. Les expéditions punitives qu’on a vues relèvent de codes et de pratiques qui ne sont pas les nôtres, mais ceux de musulmans fanatisés punissant par la mort ce qu’ils perçoivent comme une offense à leur religion ou leur clan. Ne pas le voir, ne pas le comprendre, ne pas le dire, par naïveté ou par idéologie, c’est s’empêcher d’endiguer le phénomène et se condamner à la répétition. En ce sens, la réaction du maire de Viry-Châtillon, après le meurtre de Shemseddine, est éloquente : ses larmes et son désarroi, qu’on peut juger sincères, disaient son incompréhension, il n’avait que son chagrin à opposer à la barbarie. On peut rappeler utilement que ce même édile, en 2022, déposa une plainte pour diffamation contre Éric Zemmour qui avait comparé sa ville, comme celles de Trappes ou Roubaix, à l’Afghanistan. Shemseddine est mort pour avoir échangé des messages avec une jeune fille. CQFD… On pourra toujours dire qu’en Afghanistan la jeune fille aussi aurait été mise à mort, et sans doute par ses propres frères.

Le hara-kiri de l’enseignement

Quid de l’école dans ce contexte ? Le jeune âge des protagonistes et le lieu des agressions nous y ramènent. « L’école est un sanctuaire », répète comme un mantra la ministre Nicole Belloubet, cherchant à se convaincre de la vertu performative de sa formule. On rirait si la situation n’était aussi tragique. Il y a bien longtemps que l’école n’est plus le sanctuaire qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : plus personne ne considère le savoir comme sacré, à commencer par l’institution elle-même, qui lui préfère l’acquisition de vagues « compétences » ; par voie de conséquence, plus personne ne considère le professeur comme sacré, et un principe d’égalité devenu fou, en instaurant l’horizontalité des rapports avec l’élève, a entériné sa mise à mort symbolique ; d’ailleurs, comment respecter un individu, dans une société qui confond réussite et montant des revenus, quand on sait qu’il gagne à la fin du mois beaucoup moins d’argent qu’un chouf de 13 ans en bas de l’immeuble ?

L’école a tout fait pour ne plus être un sanctuaire, par l’effondrement de la transmission, par la relégation du professeur, mais aussi par l’injonction qui a été faite aux élèves, au nom du respect des différences, de venir comme ils sont. La classe devrait être le lieu provisoire de l’oubli de soi, où l’on cherche à s’élever plus haut que sa personne, où l’on s’arrache aux déterminismes de ses origines, qu’il faut apprendre à reconnaître pour ce qu’ils sont, pure contingence. On doit se déprendre pour apprendre. Cela suppose d’admettre une hiérarchie entre ignorance et savoir, entre ce que je crois être et ce que je m’apprête à devenir, entre le maître et moi, et cela demande une forme de patience et d’humilité dont sont incapables beaucoup d’adolescents shootés à la contemplation de leur nombril sur les réseaux et à la gratification immédiate de leurs likes. Puisque l’école McDo n’exige plus de discipline sur soi, elle devient le lieu de toutes les pulsions et de toutes les violences. Un sanctuaire, qu’y disaient…

On devrait pouvoir civiliser par l’école, y affiner un rapport sensible et réflexif au monde, à soi-même et aux autres. La littérature est essentielle dans ce processus, irremplaçable dans ce qu’elle donne à voir de l’être humain, de ses méandres intérieurs, de sa complexité, de sa fragile condition. Mettre en place des « cours d’empathie » pour lutter contre les violences est ridicule : l’empathie ne s’apprend pas en s’obligeant à embrasser son voisin, mais en découvrant par la littérature ce qu’est une vie humaine, dans laquelle on peut se projeter ou se reconnaître, et même reconnaître l’autre en soi.

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Ceux qui ont assassiné Shemseddine à proximité du collège Arthur-Rimbaud savent-ils ce que recouvre ce nom ? Savent-ils qu’il s’agit d’un poète ? Savent-ils, par une tragique ironie qui devrait les couvrir de honte, qu’ils ont le même âge que lui lorsqu’il écrivait ses premiers vers ? Quelqu’un leur a-t-il dit un jour que le jeune Rimbaud bouillait d’une révolte intérieure, mais qu’il l’a nourrie de ses lectures et qu’il l’a mise en mots ? Leur a-t-on appris par son exemple qu’on peut conjuguer l’irrévérence et la sensibilité, et que la colère n’empêche pas la retenue ?

Ils ne savent probablement rien de tout cela, et n’en veulent rien savoir, comme à peu près toute leur génération qui n’accorde aucun intérêt à la lecture et lui préfère massivement la facilité des écrans. Ce plébiscite est à la fois cause et conséquence de l’effondrement de la langue. Mais là encore l’école porte une responsabilité directe, en ayant renoncé à l’apprentissage systématique et rigoureux du français, seule condition de l’accès aux textes.

C’est un truisme d’établir un rapport entre une langue en déshérence et la montée de la barbarie : une langue maîtrisée structure un rapport au monde qui passe par la conversation, la civilité, la nuance, l’humour, quand l’impuissance verbale, qui vaut frustration, convoque la brutalité de la pulsion. Le barbare pour les Grecs était bien, littéralement, celui qui ne se fait pas comprendre. Si Rimbaud le rebelle versifiait à 15 ans, c’est que sa parfaite maîtrise de la langue, appuyée sur une solide connaissance du grec et du latin, lui donnait la possibilité d’exprimer son rejet des ordres établis sans devenir un voyou.

Le péché de l’assimiliation

Les barbares qui ont tué Shemseddine ne savent rien d’Arthur Rimbaud. Mais sans doute l’indifférence chez eux confine-t-elle au mépris parce que Rimbaud est français, qu’il représente un pan de cette culture dont ils rejettent toutes les manifestations. Notre culture est haïssable, ou si elle ne l’est pas, elle ne les concerne pas, il faut se tenir à distance de peur d’être contaminé. Les pressions exercées sur les membres de leur communauté trahissent bien cette peur de les voir se comporter comme des Français… L’assimilation est perçue comme une trahison, voire un péché, ce qu’Erdogan ne manque pas de rappeler régulièrement aux populations turques implantées en Europe.

Il serait temps que les responsables politiques prennent la mesure du problème : le refus de l’assimilation couplé à une volonté de conquête islamiste ne peut que très mal se terminer. Les gesticulations ne suffiront pas, personne ne croit après chaque atteinte à la laïcité, après chaque attaque au couteau, après chaque attentat, que le gouvernement sera « intraitable » et ne laissera rien passer, comme il se plaît à le répéter sur un ton pathétique et martial. On le croira lorsqu’il sanctionnera les élèves, lorsqu’il soutiendra les personnels menacés, sans travestir la peur des menaces de mort en « convenances personnelles », on le croira lorsqu’il s’interdira toute complaisance judiciaire pour acheter la paix sociale, on le croira lorsqu’il réduira drastiquement les flux migratoires en provenance de pays dont les codes sont aux antipodes des nôtres, et lorsqu’il imposera une assimilation culturelle, seule capable d’empêcher ou d’accroître une partition du pays déjà en marche. Tant que cela n’est pas fait, rien n’est fait.

Rimbaud, encore lui, écrivit un jour à Georges Izambard : « Que voulez-vous, je m’entête affreusement à adorer la liberté libre. » Le gouvernement devrait se souvenir que les Français aussi adorent la « liberté libre » et qu’ils détestent tout ce qui la menace.

Glucksmann: la reconquête d’un Sud-ouest perdu

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"Est-ce un coin à champignons, Monsieur le député européen ?" Le Haillan (33), 17 mai 2024 © UGO AMEZ/SIPA

À gauche, le chouchou des sondages Raphaël Glucksmann tenait ce weekend un meeting politique dans une petite bourgade landaise, un véritable « village gaulois » de socialistes. Et d’ailleurs, avec un discours de gauche à la papa calibré pour cet électorat local, et assez éloigné des discours tenus sur les plateaux de télé à Paris.


« Faisons ici un carton, car si nous le ne faisons pas ici, nous ne le ferons nulle part ailleurs ! » C’est par cette exhortation à la victoire que Raphaël Glucksmann a conclu, le 17 mai en fin de journée à Morcenx-le-Nouvelle (Landes), bras en croix, sous les applaudissements de près d’un millier de personnes, son unique meeting des Européennes dans le sud-ouest aquitain. Située à mi-chemin entre Bordeaux et Bayonne, en plein cœur de la forêt landaise, la plus vaste d’Europe, créée par Napoléon III pour assainir une région marécageuse, un peu loin de tout, Morcenx-la-Nouvelle est une ville de 5 000 habitants. Pourquoi avoir choisi une si petite commune pour l’y tenir, et non pas Mont-de-Marsan, la préfecture, qui en compte six fois plus, ou mieux, Bordeaux, capitale de la Nouvelle-Aquitaine, dont la métropole dépasse les 800 000 âmes ?

L’appel de la forêt

Par amitié, certes, comme Glucksmann l’a répété, pour le maire socialiste, Paul Carrère, qui cinq ans plus tôt, lors des précédentes européennes, l’avait accueilli alors que le PS était en quenouilles et que les « éléphants » du parti le snobaient, le considérant comme une pièce rapportée incongrue, à la différence d’aujourd’hui, où peu ou prou, ils se sont ralliés à lui grâce à sa percée sondagière et fait soudain figure de sauveur. Mais surtout parce que Morcenx-la-Nouvelle est aux socialistes ce qu’est « le village gaulois » à Astérix. Elle est l’un des très rares bastions dans la région qui a résisté en 2017 au brutal reflux de l’hégémonie du parti de Briand, Jaurès, Blum, Mitterrand. « Je viens ici (car) Les Landes sont véritablement une terre socialiste (…) même quand les choses étaient difficiles », a-t-il affirmé avec emphase.

Aux dernières municipales, la liste du maire a été reconduite avec 73% des voix. Le député de la circonscription, Boris Vallaud, président du groupe à l’Assemblée, y a recueilli 72%, et son rival du second tour du RN a à peine dépassé les 20%.  En conséquence, les socialistes en ont fait symboliquement – la politique se nourrit de symboles et de mythes – leur tête de pont pour partir à la reconquête de cette terre laïque, franc-maçonne, de chasseurs, d’amateurs de corrida et de courses de vaches, autre art taurin, de rugby, et aujourd’hui de surfeurs nonchalants et peu enclins à la politique, dont ils semblaient inexpugnables.

A la présidentielle de 2012, François Hollande avait fait dans les cinq départements qui composaient l’ancienne Aquitaine (la Nouvelle issue de la réforme régionale imposée par ce dernier en compte douze, ce qui fait d’elle la plus étendue de France), au premier tour, une moyenne de 30% et au second au-dessus de 55%, légèrement un peu inférieur à ceux de Mitterrand en 1981. A celle de 2017, c’est l’effondrement. A la fois vampirisé par Macron et Mélenchon, Hamon recueille une moyenne de 7%. Aux législatives, le PS parvient de justesse à ne conserver qu’une circonscription sur les trois qu’il monopolisait depuis toujours, la 3ème, celle de feu Henri Emmanuelli, un des pontes du Mitterrandisme, très à gauche à Paris, beaucoup plus modéré localement. A la dernière présidentielle, c’est la catastrophe. Hidalgo dégringole aux alentours de 2%. Son meilleur résultat, un maigre 6,5%, elle le réalise dans Les Landes où Vallaud réussit de justesse à sauver son siège avec 50,55%.

En route vers la seconde place ?

Pourtant, malgré cet apparent contexte très défavorable, l’appel de Glucksmann « à faire un carton » ne relève pas de l’incantation, ni du défi illusoire. Au vu des sondages qui font état d’un sérieux affaissement de Renaissance et des Insoumis, il n’est pas exclu que sa liste Parti socialiste-Place publique ait une forte probabilité de décrocher la seconde place le 9 juin, ni voire tout à fait utopique qu’elle puisse arriver en tête devant celle de Jordan Bardella qui a le vent en poupe à l’échelle de l’hexagone. Même si Marine Le Pen a fait un peu au-dessus de 40% à la présidentielle et décroché cinq sièges de députés sur les 28 que comptent les cinq départements aquitains, le RN y stagne à 20%. Donc, il est fort possible que les électeurs qui abandonnent Macron et Mélenchon se reportent sur la liste Glucksmann, le RN étant toujours perçu dans cette région culturellement de gauche comme un parti d’extrême droite. Si cette reconquête s’avère, le PS se remettrait en selle pour 2027…

Indubitablement, dans sa longue et parfois enfiévrée intervention de Morcenx-la-Nouvelle, Glucksmann visait à récupérer cet électorat plus sensible aux questions sociales que sociétales. Devant une assistance où les plus jeunes avaient une bonne cinquantaine, au vu de la prédominance des crânes chauves et des cheveux blancs – « on a fait un peu les fonds de tiroir en adhérents et sympathisants », dira avec un sourire dépité un participant à l’auteur de ces lignes -, il a éludé, pour être consensuel avec les centristes, toutes les questions embarrassantes concernant l’Union Européenne : les chasses traditionnelles propres à la région qu’une directive de la Commission interdit, la corrida au sujet de laquelle au parlement tente de se constituer un lobby « à la sensibilité de gauche » pour l’interdire, les revendications LGBT, la PMA, l’immigration alors que la réunion se tenait, ironie fortuite, dans une salle du centre culturel de la commune appelée salle du Maroc (pourquoi cette dénomination? Mystère). Au contraire, il s’est livré à un panégyrique, un peu habité, d’une « Europe puissante, écologique, sociale, juste, intègre, féministe, humaniste, démocratique… » (tiens, pas pacifiste) qui sera la panacée à tous les maux de l’époque… Le programme qu’il a débité implique un transfert massif des compétences nationales à celle-ci, au point de réduire les Etats des 27 membres à de simples chambres d’enregistrement. En catimini, Gucksmann prône la formation d’un supra-Etat européen…

Mais cette Europe qu’il faut « réveiller » est menacée. Par qui ? Par, bien sûr, une extrême-droite qui fait alliance avec la droite classique comme aux Pays-Bas et en Suède. Et le seul barrage à cette « vague puissante qui menace de nous emporter dans l’abîme… » qui se lève, ce sera l’envoi d’un fort groupe socialiste au parlement. À cet instant, un participant s’est levé et a crié en levant le poing « No pasaran », sans toutefois que le public ne reprenne en chœur l’interjection, comme ça aurait été le cas autrefois… Est-ce à dire que le spectre de la menace fasciste n’opérerait plus à gauche ?

Par contre, Glucksmann a, lui, rebondi en disant : « No pasaran à condition qu’on combatte ce qui la nourrit. Pour cela il faut réindustrialiser l’Europe et instaurer un protectionnisme à ses frontières ». Donc la mondialisation n’est plus cette aubaine tant promise et le protectionnisme un archaïsme dérisoire. Réindustrialisation pose néanmoins, ses tenants tous bords, un sérieux problème, l’UE manquant de main-d’œuvre à tout faire. En conséquence, ne serait-ce pas un aspirateur à immigration, bien entendu « régulée » ?

Une autre menace rode autour de cette Europe qui vit « un moment de bascule », c’est « l’impérialisme russe » qu’il faut tenir en échec « en augmentant massivement le soutien à l’Ukraine ». Car « la tyrannie parle russe ». En gros, l’Ukraine serait notre guerre d’Espagne et Poutine le nouveau Franco. Le syndrome du « no pasaran » a trouvé son substitut…

Mais pour un socialiste, l’Europe ne peut qu’être sociale… Pour le prouver, le commissaire européen aux questions sociales, le camarade luxembourgeois Nicolas Schmit, avait tout spécialement fait le déplacement jusqu’à Morcenx-la-Nouvelle, dont il ignorait l’existence jusqu’à sa venue, comme il l’a confié dans son intervention, avant de vanter le rude combat qu’il avait dû mener pour instaurer un salaire minimun à l’échelle de l’Union… dont l’effet pervers pourrait être d’entraîner les autres à la baisse, et l’adoption du statut des employés des plateformes, à côté desquels les congés payés et la semaine de 48 heures du Front populaire sont roupie de sansonnet.

Pour que l’Europe devienne « un vecteur fort d’émancipation, individuelle et collective, de solidarité et de redistribution » et pour financer la désormais impérative transition écologique, c’est tout simple, il n’y a qu’à faire payer les riches en taxant leur patrimoine à hauteur de 2%, les « superprofits des multinationales et des profiteurs de guerre » entre autres ponctions fiscales. Une pétition qualifiée naturellement de « citoyenne » et intitulée en bon français « Tax the Rich » (donc traduction pas nécessaire), circule au niveau européen qui aurait reçu un million de signatures ce qui obligerait la Commission à se pencher sur le sujet…

Ces élections « sont les plus importantes de l’histoire », a redit Glusksmann, mais peut-être pas au sens où il l’entend, à savoir qu’elles doivent faire de l’Europe « une véritable puissance écologique et politique ». Si la participation est inférieure à 50% et si la jeunesse boude les urnes, comme prévu, elles seront bien historiques car elles seront un indéniable désaveu de la tournure qu’a pris sa construction qui conduit à gommer la mosaïque identitaire et culturelle qu’elle est au sein d’une même civilisation.

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Tempête sur Israël aux États-Unis

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Blocage propalestinien de l'université George Washington, Washington, Etats-Unis d'Amérlique, 1er mai 2024 © SOPA Images/SIPA

L’année universitaire touche à sa fin, et le nombre d’incidents teintés d’antisémitisme sur les campus pourrait se réduire aux États-Unis. Toutefois, les militants les plus radicaux entendent à présent peser de tout leur poids dans l’élection présidentielle à venir.


Le mouvement anti-israélien qui a déferlé sur de nombreuses universités américaines au cours des dernières semaines a commencé à s’estomper avec l’arrivée des cérémonies de remise des diplômes. Celles-ci ont été néanmoins souvent perturbées. Des étudiants, dans plusieurs universités, sont venus chercher leur diplôme en brandissant un drapeau palestinien, d’autres l’ont déchiré sitôt reçu. La Duke University, en Caroline du Nord, avait invité l’humoriste Jerry Seinfeld à s’adresser aux étudiants, et lorsqu’il a commencé à parler, quelques dizaines d’entre eux se sont levés et ont quitté leur siège: Jerry Seinfeld n’a pas parlé du Proche-Orient, mais il est juif, et ce simple fait a semblé insupportable à ceux qui sont partis, et le mouvement, de fait, n’a pas été seulement anti-israélien: il a été aussi, très souvent, antisémite. Des étudiants et des professeurs juifs n’ont plus eu la possibilité de se rendre à l’université où ils étudiaient ou enseignaient sans être insultés, harcelés, parfois agressés. Le mouvement n’a pas été non plus “pro-palestinien”, comme cela s’est écrit ici ou là. Il a été éxplicitement pro-Hamas, et les slogans qui l’ont accompagné n’ont, sur ce point, pas laissé place au doute. L’expression “du fleuve à la mer, la Palestine sera libre”, qui est un appel explicite à la destruction d’Israël a été sur des centaines de banderoles. Des participants ont crié “nous voulons dix, cent, mille 7 octobre”, ce qui constitue un appel à un massacre génocidaire anti-juif de grande ampleur. Des panneaux brandis ont même porté les mots “solution finale”. Les keffiehs ont été omniprésents, tout comme les drapeaux palestiniens, et des drapeaux noirs du Hamas ont été brandis.

Un inquiétant tableau

Ce mouvement n’a pas été surprenant. Il s’est situé dans la continuation des manifestations qui ont marqué les campus des mêmes universités dans les jours et les semaines qui ont suivi l’atroce massacre du 7 octobre 2023. Et à l’époque, les slogans, les cris, les banderoles et les panneaux avaient, peu ou prou, été identiques.

Rassemblement en soutien à la Palestine à l’université d’Harvard (Massachusetts), 14 octobre 2023 © Joseph Prezioso / AFP

Ce mouvement ne se limite pas aux universités. Il a un impact sur toute la société américaine. Des manifestations parfois violentes avaient envahi en octobre-novembre 2023 les rues des grandes villes du pays, et avaient été porteuses d’une haine d’Israël et d’un soutien au Hamas identiques à ceux qu’on a trouvés récemment dans les universités.

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Et il faut regarder la réalité en face: les universités américaines, à de rares exceptions près, ne sont plus ce qu’elles étaient. Elles ne sont plus même ce qu’elles étaient à l’époque de la contre-culture et de la contestation de la guerre du Vietnam. Si des secteurs tels ceux des sciences exactes y sont encore intacts, d’autres, ceux des sciences humaines et celui de l’histoire ne le sont plus du tout, n’assurent plus la transmission des connaissances, et jouent surtout un rôle d’endoctrinement radical. Des professeurs gauchistes y inculquent une haine des Etats-Unis et de la civilisation occidentale, au sein de laquelle la haine d’Israël, et le soutien au terrorisme islamique ont toute leur place.   

Il y a, derrière cela, une stratégie. Au tout début des années 1960, des intellectuels américains imprégnés d’idées marxistes, dont le chef de file était le sociologue marxiste C. Wright Mills, ont constitué ce qui s’est appelé à l’époque la “nouvelle gauche”. Ils ont repris à leur compte les idées du communiste italien Antonio Gramsci, et ont fait leur l’expression du gauchiste allemand Rudi Dutschke. Ils ont enclenché une “longue marche au travers des institutions” aux fins de subvertir et détruire l’ordre établi. Ils ont considéré, à juste titre, que les universités étaient des lieux cruciaux, puisqu’on y forme l’essentiel des personnes structurant une société: les enseignants des lycées et collèges, les juristes, les historiens, les économistes, les journalistes, les entrepreneurs, et les dirigeants politiques. Ils ont pensé qu’en tenant des secteurs universitaires cruciaux, ils obtiendraient la dissémination de leurs idées, et l’effet de cette dissémination. Ils sont largement parvenus à leurs fins. Ils ont rapidement considéré que l’islam radical était un vecteur d’hostilité envers le monde occidental, utile pour leur action de destruction, et ils se sont ouverts à lui. La “cause palestinienne” est vite devenue pour eux et leurs continuateurs une cause sacrée. Israël a été défini par eux, en ce cadre, comme un pays aussi détestable que les Etats-Unis: une “colonie impérialiste occidentale” que le monde musulman doit effacer de la carte du monde. Leur combat contre Israël et leur soutien à ce qu’ils appellent la “résistance anti-sioniste” fait, à leurs yeux, partie intégrante de leur combat “anti-impérialiste” et “anti-occidental”.

Le résultat est là, très inquiétant. Et s’il y a eu, au cours des récentes décennies, d’autres mouvements imprégnés de haine anti-israélienne aux États-Unis, ils n’ont pas été aussi virulents. Le soutien au terrorisme islamique le plus cruel et le plus barbare n’a jamais été aussi visible, le soutien explicite aux attentats non plus. Le soutien à un massacre anti-juif de grande ampleur aurait été, il y a quelques années encore, strictement impensable.

Le parti démocrate divisé sur la question du Proche-Orient

Le mouvement anti-israélien en cours ne va pas disparaitre avec l’été qui vient. Les conventions désignant les candidats à la présidence auront lieu prochainement, et on doit s’attendre à ce que des manifestations, voire des émeutes, les accompagnent. Ce sera sans doute le cas à Milwaukee, dans le Wisconsin, où la convention républicaine se tiendra à la mi-juillet: Donald Trump, ennemi détesté de toute la gauche américaine, sera désigné candidat, et la détestation de Trump sera au rendez-vous à proximité de la convention. Ce sera le cas bien plus encore à Chicago, où se tiendra au mois d’août la convention démocrate: Joe Biden sera, à son tour, désigné candidat, mais cela n’ira pas sans troubles: il y a maintenant au sein du parti démocrate une faction radicalement anti-israélienne et pro-Hamas qui entend peser et faire entendre sa voix. Et ses chefs de file, Ilhan Omar, Rashida Tlaib, Jamaal Bowman, Alexandria Ocasio-Cortez, ne resteront pas silencieux. Ceux qui ont occupé les campus universitaires viendront s’exprimer pour que Joe Biden accentue ses pressions sur Israël. Les critiques acerbes qu’il a énoncées concernant l’action de l’armée israélienne a Gaza, et la récente suspension des livraisons d’armes à Israël, ne leur suffisent pas. Ils veulent beaucoup plus. Ils savent que Joe Biden a besoin de leurs voix, et de celles de l’électorat musulman du Michigan pour espérer gagner le 5 novembre.

DR.

Quand bien même le mouvement anti-israélien en cours est minoritaire, il repose sur une minorité très agissante et sur des organisations d’extrême gauche disposant de moyens financiers importants (Students for Justice in Palestine, Jewish Voices for Peace), et entraine derrière lui des millions de gens sous influence. Et le nombre de ces gens grandit, et pourrait grandir encore.

Le soutien à Israël aux États-Unis était bipartisan voici deux décennies encore, il ne l’est plus. Les sondages montrent que si les électeurs républicains et indépendants soutiennent toujours très nettement Israël, les électeurs démocrates sont désormais une majorité à être très hostiles à Israël (un récent sondage a montré qu’ils sont aujourd’hui 39% à soutenir la “cause palestinienne” et 35% seulement à soutenir Israël). 

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Les élections présidentielles américaines ne se jouent en général pas sur des questions de politique étrangère, et l’élection du 5 novembre 2024 ne fera pas exception à la règle. Elle n’en aura pas moins un impact en matière de politique étrangère, et son impact sera très net pour ce qui concerne Israël et le Proche-Orient.  

La réélection de Joe Biden signifierait que le soutien américain à Israël, dans les années à venir, fléchirait encore, et qu’Israël devrait compter surtout sur ses propres forces.

Un parallèle a été fait dans les médias francais entre ce qui se passe aux Etats-Unis et ce qui se passe en Europe, et ce parallèle existe. Le mouvement anti-israélien qui affecte les campus americains fait partie depuis longtemps du combat “anti-impérialiste” et “anti-occidental” mené par l’extrême gauche européenne, qui voit en Israël la quintessence de l’impérialisme occidental et qui s’est faite l’alliée, depuis longtemps là encore, de la vision islamiste du monde. Ce qui s’est passé à Malmö lors du concours Eurovision de la chanson en raison de la participation au concours d’Eden Golan, une jeune chanteuse israélienne, a été sordide, honteux, incontestablement antisémite, et, dans ce contexte, effroyablement logique. La couverture du magazine britannique The Economist montrait, voici quelques semaines, un drapeau israélien dans la tempête, et l’illustration accompagnait un titre: Israel alone. Israël est seul. Il y a des années que politiquement, les dirigeants européens ne montrent qu’une amitié extrêmement modérée envers Israël, les États-Unis étaient, depuis plus d’un demi-siècle, le grand ami et le grand allié d’Israël. Si cette amitié et cette alliance devaient vaciller, ce serait infiniment plus grave pour Israël.

Gérard Depardieu, un monstre sacré comme un autre

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Gérard Depardieu dans Maigret de Patrice Leconte (2022). © F COMME FILM/ PASCAL CHANTIER

Un livre sur Depardieu écrit par deux journalistes du Monde ? On s’attendait à une analyse haineuse et malhonnête. Pas du tout ! L’enquête de Bacqué et Blumenfeld retrace la vie mouvementée, les blessures et le génie d’un géant français.


Une affaire très française - Depardieu, l'enquête inédite

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En ouvrant Une affaire très française – livre-enquête sur le cas Depardieu – de Raphaëlle Bacqué et Samuel Blumenfeld, tous deux journalistes au Monde, je m’attendais, je l’avoue, à une analyse malhonnête, haineuse et à charge totalement dépourvue de nuance. Je m’attendais aussi à un tas de mensonges, d’informations imprécises, tronquées, tordues dans tous les sens et manipulées, afin de noircir le tableau encore et encore. Il faut dire que la promo de leur livre commençait mal ! Commentant dans Le Nouvel Obs l’intervention d’Emmanuel Macron pour défendre Depardieu, Bacqué déclare : « D’abord, c’est parce que Depardieu lui-même lui a téléphoné. Tout comme sa fille Julie, qui a plaidé la cause. » Julie aurait téléphoné au président pour plaider la cause de son père ? Je la connais, ça ne lui ressemble pas. D’ailleurs, elle m’a dit que c’était faux. D’où Bacqué tient-elle cette information ?

Un homme blessé

Rien que pour m’énerver, j’ai quand même souhaité lire cette Affaire très française. Et surprise : bonne surprise ! Je m’étais trompé. Ce livre est avant tout le portrait d’un monstre sacré. Il raconte ce qu’on a toujours raconté sur cette race particulière. Avec parfois, en ingrédient nouveau, le petit plaisir de voir le monstre tomber. Bon, peut-être pas le plaisir, mais au moins, particulièrement dans les dernières pages, l’idée que c’est justice qu’il soit tombé, parce que, vraiment, il est allé trop loin. Cependant, ce n’est pas le ton général du livre. En vérité, cette Affaire très française est l’une des choses les plus positives faites sur Depardieu (en l’occurrence pas pour Depardieu) depuis que le scandale a éclaté. Ces pages viennent doucement estomper l’image de gros porc odieux et d’ordure inhumaine qui collait à la peau de l’acteur depuis plusieurs mois. Elles décrivent une force de la nature fragile, un homme blessé, déchiré, à vif, tentant de vivre avec ses blessures, de se débattre avec son génie – ce soleil, noir parfois – comme il le peut. Même dans le chapitre consacré à la relation mouvementée Pialat-Depardieu, et notamment aux tournages de Police et de Sous le soleil de Satan, violents selon plusieurs acteurs, la star apparaît plus humaine que jamais. Au travers des humiliations qu’il inflige notamment à Sophie Marceau, c’est à lui-même qu’il semble faire du mal. Du reste, même cela, il le fait pour plaire. Toujours plaire. Être aimé. De qui ? En l’occurrence de Pialat qui – écorché vif et monstre génial lui aussi – en devenait toxique pour les autres. Depardieu suivait ce grand maître qu’il admirait. Dans sa relation avec le réalisateur, les auteurs décrivent Depardieu comme un « petit garçon anxieux et turbulent » qui « cherche à plaire à son désormais mentor ».

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Les auteurs n’éludent pas la face solaire de l’artiste. « Gérard est toujours généreux avec les autres. Certaines stars, une fois hors champ, ne se préoccupent plus des autres acteurs. Depardieu, c’est tout le contraire. Il accepte de refaire dix fois une prise, donne à nouveau la réplique, soutient du regard son partenaire, afin qu’il donne sa pleine mesure. » Surtout, et c’est son immense mérite, le livre ne fait nullement l’impasse sur le génie de Depardieu qui est sans cesse rappelé, analysé et encensé. Je déplore souvent que l’art ne soit plus le sujet (les réactions à la tribune « N’effacez pas Gérard Depardieu » l’ont largement prouvé[1]). Ici, ce n’est pas le cas. Bacqué et Blumenfeld ne dissocient pas les blessures de l’acteur de son génie, de ses débordements, de son autodestruction. C’est un lot. Les multiples faces du monstre se nourrissent les unes les autres. « Or, si Gérard Depardieu est si grand – sur un écran de cinéma et une scène de théâtre s’entend –, il affiche aussi, mieux que quiconque, les affres de cette grandeur. » Eh oui ! Le génie se paye. Et ça, il faut reconnaître que le duo du Monde ne le conteste pas.Ils comparent longuement Depardieu à Marlon Brando. Ils auraient pu citer une chanson de Guillaume, son fils, contenue dans l’album Post Mortem – paru après sa mort prématurée. Dans « Marlon », Guillaume Depardieu adopte le point de vue de Cheyenne – la fille de l’acteur américain – frappée par un destin tragique elle aussi. « Marlon cet égoïste / ce monstre d’amour noir », hurle-t-il accompagné des accords délicats et sombres d’un piano seul. « Marlon ce mal-aimé / s’est tiré comme un crevard / sur une île il m’a laissé / dans le ruisseau me noyer / dans son regard, dans son regard. » Guillaume comparait souvent son père à Brando. Depardieu, ce mal-aimé qui a du mal à aimer. Et s’il aime, peut-être a-t-il du mal à le montrer. Peut-être souhaite-t-il laisser penser le contraire et fuir, ou détruire et se détruire. Bacqué et Blumenfeld reconnaissent également la part de provocation chez l’acteur. « Alors, comme souvent lorsqu’il est attaqué, Depardieu en rajoute », écrivent-ils au sujet de sa rencontre avec Kadyrov succédant à celle, très critiquée, avec Poutine, qui se serait transformée en (vraie ou fausse ?) amitié. Ils vont même jusqu’à s’interroger sur la véracité de certains propos de Depardieu, notamment ceux sur sa jeunesse à Châteauroux où il prétend avoir participé à des viols dès l’âge de 9 ans. « Pendant des années, l’acteur a réécrit l’histoire du petit loubard de Châteauroux, en soulignant – inventant ? – les scènes les plus crues. La violence de son enfance est comme la garantie de sa vérité d’acteur. Il s’en vante pour coller au personnage des Valseuses, il choque le bourgeois pour exister au sein d’un cinéma friand de transgression. » Le viol, justement parlons-en ! Évoquées à la fin du livre, les accusations demeurent un détail de cette « affaire très française ». Bacqué et Blumenfeld ne dressent absolument pas le portrait d’un violeur ou d’un prédateur avide de sexe, mais celui d’un homme aux mains baladeuses et aux réflexions déplacées. Gaulois, paillard, obscène jusqu’à l’étourdissement. Du reste, les auteurs rapportent que, sur les tournages, cela faisait rire tout le monde, sauf – parfois – ceux qui en étaient les destinataires. Le faisait-il uniquement pour asseoir son pouvoir comme nos deux journalistes le pensent ? Ou simplement pour amuser la galerie et, encore une fois, plaire, être aimé ? Lui qui ne sait pas communiquer semble traîner ses pitreries scabreuses comme autant de vieux gimmicks fatigués.

Gérard Depardieu dans Police de Maurice Pialat (1985). D.R

Sexualité sans sexe

Quoi qu’il en soit, ces comportements ne semblent nullement exprimer un désir sexuel. À ce sujet, le duo écrit d’ailleurs : « Il impose à celles et ceux qui ne peuvent rien contre lui sa frustration brutale. Une forme de sexualité sans sexe, débordante, où les mains intrusives et les mots obscènes compensent l’impuissance à susciter un amour consenti. » Une forme de sexualité sans sexe, on ne saurait mieux dire. En revanche, ils se trompent en affirmant que Depardieu impose ces comportements à ceux qui ne peuvent rien contre lui. Un réalisateur très célèbre m’a parlé d’un tournage pas si ancien : « Lorsque Gérard arrivait sur le tournage, la première chose qu’il faisait, c’était de venir me caresser les couilles ! Ça me faisait marrer. » Le directeur de production Pascal Lamargot (qui a travaillé sur plusieurs tournages avec Depardieu) m’a confié n’avoir jamais vu l’acteur avoir des gestes déplacés avec les femmes : « Moi, je n’ai jamais vu ça. Grivois, vulgaire ou grossier soit, mais je ne l’ai jamais vu faire un geste obscène sur quelqu’un. » Les gestes étaient-ils plus rares que les mots ?

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Reste enfin le scandale suscité par la tribune de soutien à l’acteur « N’effacez pas Gérard Depardieu », parue dans Le Figaro le 25 décembre dernier. Étant l’auteur et l’initiateur du texte, je peux affirmer que, sur ce sujet, les deux journalistes disent n’importe quoi. « Depardieu réclame le soutien de sa famille et de ses compagnons de cinéma, quitte à les compromettre. Une semaine après la diffusion de « Complément d’enquête », une cinquantaine d’artistes dont Nathalie Baye, Nadine Trintignant, Pierre Richard, Arielle Dombasle, ou Carla Bruni signent une tribune dénonçant un “lynchage” […]. Un à un les signataires les plus emblématiques, son ancienne compagne Carole Bouquet, son partenaire dans Cyrano, Jacques Weber, son compère Pierre Richard retirent leur signature. » Je peux attester que Depardieu n’a jamais « réclamé » le soutien de personne, pas même celui de sa fille Julie, qui avait été à l’origine d’un autre texte, signé par la famille Depardieu. Pour la tribune des artistes, c’est moi qui ai sollicité ses compagnons et admirateurs. Depardieu n’a pas appelé un seul signataire. Il n’est aucunement intervenu, sauf pour déclarer que cela lui avait fait plaisir. Depardieu n’est pas du genre à demander de l’aide. Et pour finir, les signataires ne se sont pas retirés les uns après les autres. Seuls 10 sur 56 l’ont fait – certains sous la pression de producteurs, agents ou de people croisés dans les dîners en ville.

La dernière star du cinéma français

Ce livre n’en reste pas moins intéressant. Il raconte le danger du génie, la difficulté de la création. Il raconte une œuvre magistrale au prix d’une vie brûlée. Le génie de Depardieu naît en partie de ses souffrances, de ses frustrations, de sa difficulté d’être. On aimerait avoir le génie sans le lourd et sombre cortège qui l’escorte ? Ça ne fonctionne pas comme ça ! On prend tout, ou on ne prend rien. Il est vrai que, si Depardieu a dépassé les limites, c’est parce qu’on l’a laissé faire. Mais pourquoi l’a-t-on laissé faire ? Pas seulement parce qu’il rapportait de l’argent ! Surtout parce qu’il est unique, irremplaçable. Parce qu’il est le plus grand. Le dernier monstre sacré. Et cela, Bacqué et Blumenfeld ne manquent pas non plus de le reconnaître. On passait tout à Michel Simon. À Raimu également. Ces immenses acteurs étaient des tyrans. Céder à leurs pires caprices, c’était un peu comme une preuve d’amour. Il en va de même de Depardieu. « Il est insupportable, mais quand on fait le tour du monument, on finit par lui dire merci », confie son agent aux deux journalistes. Dressant le portrait de Sarah Bernhardt et du tragédien Édouard de Max, Cocteau écrivait : « Qu’avaient-ils donc à faire avec le comme il faut, le tact, la mesure, ces princes du comme-il-ne-faut-pas, ces tigres qui se lèchent et bâillent devant tout le monde, ces forces de l’artifice aux prises avec cette force de la nature : le public ? » C’est une époque révolue. Des monstres comme Depardieu ne se retrouveront plus devant les caméras. Ils resteront chez eux, en prison ou à l’asile ! Sa chute est le signe du crépuscule de l’art. Samuel Blumenfeld ne semble pas s’en réjouir. Lorsqu’André Bercoff, au micro de Sud Radio, lui fait remarquer que le cinéma français ne brille plus par ses chefs-d’œuvre, Blumenfeld acquiesce. Et lorsque l’animateur lui demande « Mais où sont les monstres sacrés ?! », il répond : « Les stars de cinéma n’existent plus. Il y a des vedettes, il y a des people. Mais la star telle que nous l’avons connue, c’est fini. Gérard Depardieu est la dernière star, sans doute, du cinéma français. » Nous avons été nourris par l’immense génie de Depardieu. Nous aurons éprouvé grâce à lui des émotions incomparables. Et tout cela au prix de sa vie. Grâce aux films qui demeurent, nous n’avons pas fini d’en profiter, et lui, de le payer.

Une affaire très française, Raphaëlle Bacqué et Samuel Blumenfeld, Albin Michel, 2024

Une affaire très française - Depardieu, l'enquête inédite

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[1] Lire à ce sujet « Et l’art c’est du poulet ? », Yannis Ezziadi, Causeur 122, avril 2024.

Nouvelle-Calédonie: émeutes sociales, politiques ou raciales ?

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Le centre ville de Nouméa (98), anormalement calme, 17 mai 2024 © Nicolas Job/SIPA

La Nouvelle-Calédonie, territoire français situé dans le Pacifique Sud, possède une histoire complexe. Le passé colonial et les inégalités économiques ont créé des clivages sociaux profonds, souvent centrés sur des questions raciales et identitaires qui ressortent sur le « Caillou » depuis le début des dernières émeutes. Le président Macron part en mission sur ce territoire en proie au chaos depuis plusieurs jours. 200 entreprises y ont été brûlées et anéanties.


Collectivité « sui generis », la Nouvelle-Calédonie est secouée par de violentes émeutes depuis une semaine. Tout a commencé le 15 mai, lorsque l’Assemblée nationale à Paris a adopté un projet de loi réformant les conditions du droit de vote en Nouvelle-Calédonie, élargissant le corps électoral aux métropolitains (communément appelés « Zoreilles »[1]) installés sur le « Caillou » depuis 1998. De facto, ils sont désormais autorisés à participer aux élections provinciales et aux référendums locaux jusqu’ici réservés aux Kanaks et aux Caldoches.

Macron, qui chamboule son agenda, est attendu sur place

Pour les indépendantistes néo-calédoniens, cette réforme représente une menace pour leur influence politique et pourrait compromettre toute possibilité de l’île de prendre en main son destin. L’adoption du texte a déclenché la colère des jeunes Kanaks, qui ont manifesté dans les rues et érigé des barrages, en particulier sur les grands axes de Nouméa, forçant la population à se confiner.

Les violences ont entraîné des incendies de voitures et de résidence, des pillages de commerces, des actes de vandalisme contre des entreprises, causant des dommages estimés à 1 milliard d’euros selon la Chambre de commerce et d’industrie de Nouméa. Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Gabriel Attal a rapidement décidé de prendre des mesures strictes, notamment en coupant l’accès au réseau social TikTok, très populaire parmi les Kanaks, en imposant un couvre-feu et en déployant d’importants renforts de gendarmerie et de militaires pour rétablir « l’ordre républicain ». 

Inégalités

Ces émeutes ont déjà causé la mort de six personnes, dont deux gendarmes. Depuis la métropole, de nombreuses voix se sont élevées pour condamner un racisme anti-blanc en Nouvelle-Calédonie, spécifiquement dirigé contre la communauté européenne, et plus précisément les Caldoches. Concentrés principalement dans le sud de l’île aux côtés des métropolitains, les Caldoches représentent 25% de la population locale. Descendants des bagnards envoyés sur l’île, des colons venus s’installer au XIXe siècle ou des Pieds-noirs débarqués après la guerre d’Algérie, tous ont contribué à forger une identité commune au fil des siècles. Dotés encore d’une certaine influence et d’un pouvoir économique conséquent, les Caldoches suscitent l’ire des indépendantistes kanaks (40% de la population) qui vivent souvent dans des conditions socio-économiques moins favorables que les Européens. Le chômage touche plus durement les Kanaks que les  « blancs  » (19,7 % des Kanaks sont sans emploi, soit six points au-dessus de celui de l’ensemble de la population selon les statistiques fournies par le gouvernement), et beaucoup d’entre eux, concentrés dans le nord, vivent sans accès à l’électricité ou à l’eau courante, peinant à obtenir un logement.

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Les inégalités criantes, jamais vraiment atténuées, ont déjà été à l’origine de fortes tensions entre les deux communautés, notamment dans les années 80, marquées par un référendum sur l’indépendance rejetée à 98% par les néo-calédoniens (1987) et par la prise d’otages de gendarmes dans la grotte d’Ouvéa par les indépendantistes du FLNKS. (1988). La réponse du gouvernement Chirac de l’époque (sous cohabitation avec Mitterrand, et à 10 jours des élections, NDLR) avait été brutale et tragique, se soldant par la mort de 19 militants Kanaks et de deux gendarmes. Les accords de Matignon, signés la même année, avaient cependant scellé une réconciliation entre les deux peuples, malgré leurs différences profondes. Une décennie plus tard, les accords de Nouméa avaient accordé à la Nouvelle-Calédonie un statut autonome unique et presque fédéral au sein de la République française, assorti de trois référendums sur l’indépendance. Organisés en 2018, 2020 et 2021, ces scrutins ont cependant ravivé les disparités entre les Kanaks et les Caldoches. À mesure que le « Non » l’emportait, la position des partis indépendantistes kanaks s’est radicalisée, arguant que la pandémie de Covid-19 avait empêché une mobilisation claire de l’île et avait rendu ainsi le troisième scrutin illégitime, renforcé par un soutien venu de l’Azerbaïdjan.

Les émeutiers les plus violents sont des racistes anti-blancs

Selon plusieurs témoins locaux, dès les premières heures des émeutes, des appels à « chasser les blancs » auraient été proférés, voire diffusés sur les réseaux sociaux. Retranchés chez eux, des Européens se sont organisés en « milices de défense », érigeant leurs propres barricades pour protéger leurs quartiers des éventuelles attaques incendiaires. Cette atmosphère d’état d’urgence a donné l’impression d’un début de guerre civile sur le territoire français, que certains internautes n’ont pas hésité à comparer avec les émeutes des banlieues en juin 2023.

Relayée par les médias métropolitains qui qualifient désormais les émeutiers d’insurgés, cette perception a été confirmée par un sondage de l’institut CSA. Selon cette enquête d’opinion, 57% des Français interrogés estiment qu’il existe un « racisme anti-blanc » évident dans les événements en cours, tandis que 17% expriment leur désaccord avec cette notion et 26% préfèrent ne pas se prononcer. Le député Renaissance Nicolas Metzdorf est catégorique quant à la motivation raciale des émeutiers : « On a face à nous la branche très radicalisée des indépendantistes, qui est raciste et xénophobe, et qui ne reconnaît pas la victoire des Calédoniens dans les référendums pour la France, par trois fois », déclare-t-il avec fermeté au JDD. Des propos similaires tenus par Sonia Backès, ancienne secrétaire d’État chargée de la Citoyenneté et actuelle présidente de la Province Sud de la Nouvelle-Calédonie. « (…) Ils disent aux Calédoniens, qui pour la plupart sont nés ici et sont là depuis plusieurs générations, de rentrer chez eux. Les gens sont aujourd’hui terrorisés en Nouvelle-Calédonie », explique-t-elle sur BFM, avant d’ajouter : « Tous ceux qui n’ont pas d’ancêtres kanaks sont considérés comme devant rentrer chez eux, alors que les Calédoniens n’ont pas d’autre chez eux qu’ici. On est dans un racisme qu’on peut considérer anti-blanc, mais aussi contre les asiatiques, les métisses…».

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La gauche se trompe encore

À l’opposé de ces discours, d’autres voix en métropole cherchent à minimiser ces propos, notamment du côté de la gauche. Fabien Roussel, par exemple, affirme qu’ils ne représentent pas l’opinion majoritaire. « Ces propos sont minoritaires en Nouvelle-Calédonie puisque l’ensemble des forces y compris les formes indépendantistes appellent au calme et le retour du processus qui depuis 1988 crée les conditions d’un dialogue, d’une vie ensemble avec toutes les communautés existantes dans un esprit de respect mutuel », a déclaré le secrétaire général du Parti communiste français (PCF) sur CNEWS, exprimant toutefois son soutien à l’indépendance de l’île sur laquelle la Chine lorgne en raison des gisements de nickel très importants en Nouvelle-Calédonie. Un discours similaire émane également de La France Insoumise, qui a dénoncé le néo-colonialisme de la France en Nouvelle-Calédonie, par le biais de Jean-Luc Mélenchon lors d’un discours à Dakar, où il a rencontré le nouveau président sénégalais. « Cent soixante-dix ans d’acharnement n’ont pas suffi à abattre la volonté kanake de redevenir souveraine de son destin et nul n’y parviendra jamais […]. Il n’y a pas d’[autre] issue à une situation coloniale que la décolonisation et tout le reste est une perte de temps », a déclaré le leader de La France Insoumise. 

L’impasse

Emmanuel Macron va se rendre dès ce soir sur place pour installer « une mission », a annoncé mardi 21 mai à l’issue du Conseil des ministres la porte-parole du gouvernement Prisca Thevenot.
Face au manque de compréhension du président Emmanuel Macron et du Premier ministre Gabriel Attal à l’égard de la situation en outre-mer, en particulier en Nouvelle-Calédonie, la seule solution pour apaiser les tensions, qui pourraient rapidement escalader vers un conflit sanglant, serait de retirer le projet de réforme institutionnelle.
Cette demande a été émise par quatre présidents des exécutifs d’Outre-mer, qui la considèrent comme une condition préalable à la reprise d’un dialogue pacifique, ainsi que pour la nomination d’un médiateur impartial. Un négociateur qui serait toutefois bien informé sur le dossier néo-calédonien, capable de réunir les deux communautés qui se retrouvent maintenant dans une impasse, en raison de l’adoption forcée d’un projet qui n’a jamais véritablement été soutenu par les Kanaks et les Caldoches.


[1] Ce surnom viendrait du fait que, comprenant mal le créole ou la langue des autochtones, les Français feraient constamment répéter et passeraient ainsi pour être «durs d’oreille».

Les Iraniens sont loin de tous pleurer la mort de Raïssi

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Des Iraniens pleurent leur présient, Téhéran, 20 mai 2024 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Toutefois, le Conseil de Sécurité de l’ONU a accordé une minute de silence pour le boucher de Téhéran.


Climat maussade à la frontière entre l’Iran et l’Azerbaidjan: qui a fumé du Chiite ?

Un « martyr qui a sacrifié sa vie pour sa patrie ». On n’en attendait pas moins de la part des autorités iraniennes après la mort du président Raïssi. Il parait qu’un message Telegram des Brigades Al Qassam du Hamas soulevait la thèse de l’attentat israélien. Ce ne serait pas uniquement le temps qui aurait été maussade, mais le pilote également qui s’appellerait… Eli Copter (!). Bien peu probable, certes, mais cette mort n’a pas fait pleurer tout le monde et on a vu des manifestations de liesse en Iran même. N’en tirons cependant pas des conclusions hâtives, car le régime tient la population iranienne d’une main de fer, et le successeur n’a aucune chance d’être un modéré.

Avec sa barbe bien taillée, sa démarche grave et son turban noir de descendant du Prophète, Raïssi était un criminel et un inculte. Les Iraniens se moquaient de ses fautes de syntaxe, de sa parole pâteuse et de son ignorance. Il n’avait étudié à l’école que des matières religieuses mais n’avait pas atteint le titre d’ayatollah, ce qui d’ailleurs avait été aussi le cas de son mentor, Ali Khamenei, avant que ce dernier ne soit nommé Guide Suprême. Raïssi était l’un des favoris pour sa succession, sa personnalité médiocre et son conservatisme garantissaient qu’il laisserait la réalité du pouvoir aux Gardiens de la Révolution, aujourd’hui les vrais maitres de l’Iran. Le Ministre des Affaires étrangères, Hossein Amirabdollahian, mort dans le même accident d’hélicoptère, spécialiste du monde arabe et beaucoup plus talentueux que Raïssi, était leur homme de confiance dans le gouvernement.

Une personnalité médiocre qui était appelée à prendre le pouvoir suprême

Si le président décédé était un intellectuel minable, c’était surtout un tueur. Tueur de bureau, mais tueur de masse. En 1988, la guerre avec l’Irak terminée, l’ayatollah Khomeini règle ses comptes avec l’opposition de gauche qui l’avait pourtant soutenu au début de sa révolution. Au nom de Allah, le miséricordieux, on interroge les détenus sur leur rapport à l’islam. Ceux qui ne répondent pas bien sont considérés ennemis de Dieu, et la fatwa est formelle: ils seront exécutés, souvent après avoir été torturés. On connait le nom de cinq juges qui ont envoyé à la mort entre 5000 et 30 000 prisonniers dans le pays: deux sont devenus Ministres de la Justice, un président de la Cour disciplinaire des Juges et un autre membre de la puissante Assemblée des Experts. Le dernier est Ebrahim Raïssi, qui a œuvré dans les prisons de la capitale et en a tiré son surnom de « boucher de Téhéran ». 

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Mais ses exploits ne se sont pas arrêtés là. En septembre 2022, une jeune femme kurde, Mahsa Amini, arrêtée et violemment frappée par la police des mœurs parce que son foulard n’était pas réglementaire, décède après trois jours de prison. Des manifestations vont soulever le pays. Le duo Khamenei – Raïssi poussera à la répression et six mois plus tard, les protestations seront étouffées dans le sang. Aujourd’hui, l’Iran est un pays où les pendaisons sont monnaie courante. De nombreuses femmes en sont les victimes, ce qui n’émeut pas particulièrement nos féministes wokistes transsectionnelles. Un an après la mort de Mahsa Amini, le parlement iranien a renforcé les sanctions contre les femmes qui ne portent pas le voile en public. Une Commission de l’ONU, instituée en 2022, n’a toujours pas été admise à enquêter en Iran. Ce n’est pas grave, son mandat a simplement été prorogé. Il n’y a que quand Israël est en cause que le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU considère qu’il  y a urgence à condamner…

La loi américaine dite « Mahsa »

Une loi, dite loi Mahsa, élaborée par la Chambre des Représentants américaine, aggrave les sanctions contre les dirigeants iraniens et spécifiquement contre Ebrahim Raïssi. Elle a été signée le 24 avril par Joe Biden, alors que l’un des proches du président, Ben Cardin, président de la Commission des Affaires étrangères, pourtant considéré comme un ami d’Israël, avait essayé de la bloquer au Sénat. Car derrière la scène, les négociations se poursuivent entre les États-Unis et un Iran en voie d’accession à l’énergie nucléaire, qui, malgré les sanctions, vend deux millions de barils de pétrole par jour, qui profitent au régime et à ses affidés, et ne ruissellent pas vers le peuple iranien. La loi Mahsa renforce les sanctions contre les dirigeants iraniens et spécifiquement contre Ebrahim Raïssi. Mais celui-ci n’aura souffert d’aucune incrimination par la justice internationale, ce qui contraste avec le mandat d’arrêt scandaleux de la CPI contre Benjamin Netanyahu, émis le jour même de la mort du boucher de Téhéran.

Terrible symbole, ce mandat a été adressé contre des dirigeants israéliens qui mènent une guerre  dont la justification est évidente au regard des massacres commis par le Hamas le 7 octobre. Il aurait dû être émis contre Raïssi car sans l’aide des Iraniens, ces massacres n’auraient pas eu lieu. 

Aujourd’hui, malgré sa férocité, malgré la situation économique catastrophique où il maintient sa population, le sinistre régime iranien, loin d’être devenu un paria, n’a jamais été aussi influent. Son poids dans l’islam ne fait qu’augmenter. Les Frères Musulmans en sont les vecteurs les plus efficaces dans le monde sunnite, et même ses rivaux les plus acharnés, tels l’Arabie Saoudite, l’Égypte et les Émirats doivent composer avec l’Iran. Le Pakistan, pays ennemi il y a peu, décrète un jour de deuil national en signe de solidarité fraternelle. On n’est pas étonné de la chaleur des messages de condoléances à la mort de Raïssi des partenaires de l’Iran dans l’actuelle reconfiguration antioccidentale du monde : la Chine, la Russie, la Turquie, mais aussi l’Inde et l’ensemble des BRICS. On l’est plus par la minute de silence accordée par le Conseil de Sécurité de l’ONU, qui n’est  pas coutumier de cet honneur.

Mais dans sa brièveté, la palme revient au président du Conseil Européen, le Belge Charles Michel, qui exprime ses « sincères condoléances ». De deux choses l’une, soit ses condoléances ne sont pas sincères et c’est un menteur, soit elles le sont et c’est un salaud. Il y a des limites à la complaisance, mais certains dirigeants occidentaux s’obstinent à les tester.