Né sur les réseaux sociaux, le « decline porn » désigne des vidéos consacrées au déclin visible de certaines villes occidentales.
Afin de lever toute ambiguïté, précisons que le terme ne désigne aucune des catégories glauques que l’on retrouve sur les sites pornographiques : le « decline porn » renvoie aux contenus vidéo mettant sous les projecteurs le déclin avancé des villes occidentales et ses causes multiples : immigration de masse, trafic de drogue, saleté aux effluves vomitives, insécurité croissante… Toutes ces réalités étant souvent tues par les médias traditionnels et de service public, qui leur préfèrent la fable du multiculturalisme heureux, ce sont des influenceurs qui s’adonnent à la délicate et parfois dangereuse tâche de montrer le réel tel qu’il est.
Bruxelles, laboratoire du déclin
Je vais commencer par la ville que je connais le mieux, puisqu’elle m’a vu naître, grandir et que j’arpente encore chaque jour ses artères autrefois accueillantes : Bruxelles. Depuis des années, sa vertigineuse chute s’accélère et il est impossible de pouvoir encore se rassurer en martelant que « jusqu’ici, tout va bien ». Les rues sont congestionnées autant par le trafic – la faute aux plans de mobilité qui ont échoué – que par les amas d’immondices transformant la ville en poubelle à ciel ouvert ; les fusillades et règlements de compte se multiplient sur fond de trafic de drogue ; certains quartiers sont désormais totalement islamisés ou africanisés – le plus célèbre d’entre eux étant Matonge – ; les tags, les graffitis et les stickers enlaidissent encore plus l’ensemble.
Two Mad Explorers, couple d’Européens aux centaines de milliers de vues, y a récemment promené sa caméra, notamment dans le quartier de la Gare du Nord, peut-être le pire de tous, puisqu’aux maux évoqués ci-dessus vient s’ajouter la prostitution et ses réseaux. Pendant leur reportage, les deux vidéastes furent confrontés aux hères traînant leur dangerosité dans la capitale belge et qui ne semblent pas en mesure de payer nos retraites. La réalité est cataclysmique, mais les journalistes préfèrent dénoncer ces« youtubeurs étrangers parfois proches des sphères d’extrême droite ». On rétorquera à Jonas Legge, journaliste à La Libre Belgique et auteur de cette formule sans doute rédigée depuis une lointaine planète déconnectée du réel, que bien des personnes non politisées ne reconnaissent plus leur ville. Après, me direz-vous, amis français, Bruxelles devrait être habituée : Baudelaire avait publié le pamphlet à charge Pauvre Belgique après avoir passé deux ans dans la capitale belge.
Si ce n’est en Europe de l’Est, où des violences résiduelles peuvent encore avoir lieu autour de rivalités… footballistiques, le constat est à peu près le même partout : à Rome, au pied de l’auguste Colisée, des touristes se font chaque jour racketter – et pas par des hommes en cothurnes – ; à Stockholm, l’insécurité a crû à mesure que les gouvernements ont laissé entrer des vagues de migrants ; à Athènes, le berceau de notre civilisation européenne est par endroits devenu son tombeau ; dans les villes françaises, jusque dans les villages, les dealers, la racaille et l’extrême gauche crado dictent leur loi.
Quand les journalistes détournent les yeux
Le grand problème se situe justement dans l’incapacité de nombre de journalistes, semblant être sous soma, la drogue utilisée dans Le Meilleur des mondes, à mettre des mots sur les réalités ; en fait, et même si je n’aime pas ces aphorismes qui lassent à force d’être trop répétés, à simplement « voir ce qu’ils voient ». Et quand certains s’y risquent, ils le font à leurs dépens. Ainsi en est-il de Jan Segers, journaliste flamand, qui a récemment décrit Charleroi comme un endroit où la « misère suinte des murs » et qui fut gourmandé par le bourgmestre, évidemment socialiste, de la ville souvent qualifiée de « plus laide du monde ». Une énième version de la lune, du doigt et de l’idiot.
Le mérite des vidéastes amateurs est de cerner la réalité dans sa forme la plus brute, en captant les nuisances et les incivilités, sans le voile idéologique, en réalité un tissu de mensonges, imposé par le discours officiel. Sans eux, accusés de stigmatiser, nous ne saurions d’ailleurs rien de ce qui se passe actuellement à Ceuta où, selon le discours officiel, les migrants ayant déferlé par vagues au mois d’août ont tous quitté les lieux. Dutch Traveler Maniac, influenceur néerlandais haut en couleurs et fort autant en gueule qu’en carrure, s’est rendu sur place et n’a pu que constater que le problème est loin d’être réglé et que nombre des individus ayant traversé la frontière viendront alourdir la facture dans toutes les cités d’Europe déjà fortement éventrées, martyrisées, dilacérées.
Le bloc central aimerait circonscrire le débat de la prochaine élection présidentielle à la situation économique délicate du pays. Le pouvoir zombifié sortant ne voit d’ingérences que chez les Russes, critique évidemment la proposition de référendum de Marine Le Pen sur le voile et passe sous silence l’islamisation du pays, persifle notre chroniqueur.
Les islamistes sont bienheureux en France. Le régime se charge de leur protection. A peine le RN avait-il émis, dimanche par la voix de Jean-Philippe Tanguy, l’idée encore bancale d’interdire le voile dans l’espace public, que les indignations fusaient. Les stratèges de la conquête coranique et de sa visibilité n’ont pas eu à lever le petit doigt. La France (in)soumise (LFI) a immédiatement dénoncé une islamophobie et une stigmatisation des femmes musulmanes. La Ligue des droits de l’Homme a promis de poursuivre pénalement, pour discrimination religieuse, ceux qui soutiendraient la proposition de Marine Le Pen d’en appeler aussi à un référendum : une issue décrétée interdite par l’extrême centre. Bruno Retailleau s’est joint au chœur des aquoibonistes en dénonçant, mardi sur RTL, « le populisme et la démagogie » du RN.
Ceci n’est pas un vêtement
Rares sont les téméraires qui encouragent à dénoncer ce signe distinctif, présenté à tort comme religieux. Le voile, tel qu’il est exhibé par des jeunes femmes sous la pression contestataire des Frères musulmans notamment, est devenu le symbole d’une allégeance politique à une idéologie suprémaciste, qui appelle les musulmans à se séparer des juifs et des chrétiens. Cet impératif est d’ailleurs communément récité avec la sourate Al-Fatiha (« Guide-nous dans le droit chemin, le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, et non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés »). Après l’avoir entendue psalmodiée, le 15 juillet lors du centenaire de la Grande mosquée de Paris, Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, avait salué « le message de tolérance et d’humanité » qu’il croyait y avoir perçu… Cette candeur des somnambules est l’aubaine des colonisateurs.
L’acceptation tacite de l’infiltration islamiste illustre l’incompétence de la classe politique. Le régime zombifié ne voit d’ingérences que chez les Russes. Le système médiatique va tenter de réduire le périmètre moral du débat présidentiel aux seules questions liées à l’endettement, au pouvoir d’achat, à la gestion du budget de l’Etat. L’immigration de peuplement doit rester, pour la pensée progressiste, l’éléphant dans le salon. Pour sa part, Sarah Knafo demande avec raison, dans Le casse du siècle (Fayard) qui sort ce mercredi, de « rendre l’argent aux Français ». Mais il faut préalablement leur rendre leur souveraineté. Leur âme, en somme. Or ce terrain civilisationnel, qui invite à faire participer le peuple aux prises de décisions les plus importantes, est redouté par l’oligarchie. Celle-ci est à l’image du Grand Orient de France, dirigé par Guillaume Trichard. Ce dernier désigne les « identitaires » et les « populistes », c’est-à-dire les gens ordinaires, comme « adversaires » de la franc-maçonnerie, tout en prônant un « idéal de pacification » (Le Figaro, 29 août).
60% des citoyens favorables à l’interdiction
Une étude de la Fondapol (1) montre pourtant que 78% des électeurs considèrent que « la manière de vivre en France, ses traditions et ses habitudes de vie sont menacées ». Selon un sondage CSA pour CNews, publié mardi, 60 % des citoyens approuveraient une interdiction du voile dans l’espace public. Pourquoi dès lors redouter que cet uniforme soit démocratiquement décrété indésirable ?
À l’écoute de France Inter, Jean-Luc Mélenchon panique: ce Sapincache selon lui une forêt de « fachos »…
Un tweet de Jean-Luc Mélenchon m’a fait bondir. « C’est d’une telle tristesse. France Inter après France Culture : la colonisation par les fachos est commencée. Comme quoi, la guerre menée par eux contre le service public a payé. Les chefs espèrent rester en poste après la victoire de Le Pen », écrit le leader LFI avant de rappeler que c’est lui qui gagnera. Ces « fachos » qui colonisent sournoisement l’audiovisuel public sont Charles Sapin, numéro 2 de l’hebdomadaire Valeurs actuelles recruté comme éditorialiste sur France Inter, et le matinalier de France Culture, Guillaume Erner, victime d’une chasse à l’homme haineuse au début de l’été pour avoir mal interprété un propos de Mélenchon — en réalité pour son sionisme persistant.
Ce tweet résume la ligne anti-voltairienne des Insoumis, y compris du sympathique François Piquemal, intervenu hier matin à ce micro, en matière de pluralisme : « Je ne partage pas vos idées et je me battrai pour vous faire taire. » Or, cette intolérance fanatique fièrement revendiquée par LFI sévit désormais dans des lieux où devrait souffler l’esprit de liberté : les facs et de nombreux médias. Soixante-dix universitaires viennent par exemple de demander hier au Conseil d’État de fermer CNews et Europe 1 (comme Louis Boyard aux universités d’été de LFI). En quelques semaines, on a vu les rédactions de France Télévisions se mobiliser contre l’arrivée d’Eugénie Bastié du Figaro sur France 2, celle de BFMTV brandir des gousses d’ail devant Céline Pina et celle de France Inter éructer contre Charles Sapin, donc. Autrement dit, les journalistes, ceux-là mêmes qui devraient combattre la censure, en sont les zélés promoteurs. C’est un climat stalinien. Tous ceux qui contredisent la ligne du Parti sont des ennemis du peuple.
Mais cet esprit totalitaire reste minoritaire, se rassure-t-on. Peut-être, mais la mélenchonisation des esprits contamine tout le « camp du Bien », donc imprègne l’esprit du temps. Elle prolifère grâce à un sophisme paresseux : le RN, c’est l’extrême droite, des « nazis au petit pied », dit Sophia Chikirou toute honte bue. Avec les nazis, on ne cause pas, on cogne. On interdit, on bannit, on dénonce. Dans ce monde, le sectarisme est un héroïsme. De LFI aux universitaires, un élu RN n’est pas un adversaire, mais un ennemi, un nuisible.
Or, la démocratie, ce n’est pas seulement des procédures, des votes, etc., mais une conversation civique. Un peuple, ce sont des gens d’accord pour être en désaccord et régler pacifiquement leurs conflits. C’est l’esprit des Lumières, la discorde civilisée, donc l’esprit français. Pour Mélenchon, en paraphrasant Clausewitz, la politique est au contraire la poursuite de la guerre civile par d’autres moyens.
Ses électeurs, ceux qui croient vraiment qu’il fera régner plus de justice et ramènera la prospérité, doivent savoir à quoi ressemblerait une France présidée par Jean-Luc Mélenchon. Un enfer pour ses opposants. ET pour tous ceux qui, parce qu’ils aiment vraiment la liberté, défendent celle de leurs adversaires.
Présenté comme une solution intermédiaire entre l’envoi de troupes et la poursuite de l’aide à distance, SkyShield promettrait de sécuriser l’arrière ukrainien tout en maintenant les forces européennes loin du front. Une ambition séduisante, dont la faisabilité technique paraît moins problématique que les conséquences stratégiques: jusqu’où peut-on intervenir dans une guerre sans devenir soi-même belligérant ?
Le débat diffusé sur LCI le 31 août entre Renaud Girard et Aurélien Duchêne a résumé, dans un échange particulièrement vif, le dilemme auquel les Européens sont confrontés depuis le début de l’invasion de l’Ukraine : jusqu’où peuvent-ils aller pour protéger les Ukrainiens sans provoquer un affrontement direct avec la Russie ? La crainte de franchir le seuil de la belligérance avait déjà accompagné la livraison des missiles antichars, des canons à longue portée, des chars occidentaux, puis des missiles de croisière et des avions F-16. Chaque fois, les lignes rouges initialement invoquées ont finalement été déplacées sans déclencher de confrontation directe entre la Russie et l’OTAN. La discussion portait cette fois sur le projet SkyShield, qui prévoit de confier à des avions de combat européens la protection d’une partie du ciel ukrainien contre les drones et les missiles russes, tout en maintenant ces appareils loin du front. Nous reviendrons plus loin sur le fonctionnement précis de ce dispositif.
Une zone envisagée à plus de 200 km des lignes de combat
Renaud Girard a mis l’accent sur le risque d’escalade. Faire patrouiller des avions européens dans le ciel ukrainien et leur confier la mission d’abattre des missiles russes reviendrait, selon lui, à franchir une étape décisive vers la belligérance. Il a également soulevé la question de la légalité internationale d’une telle intervention.
Aurélien Duchêne a défendu la position inverse. Pour lui, protéger, à la demande de Kyiv, une partie du territoire d’un État agressé ne signifierait pas nécessairement attaquer la Russie. Le dispositif envisagé serait défensif, géographiquement limité et soumis à des règles d’engagement strictes. Son objectif ne serait ni de conquérir un territoire, ni de frapper la Russie, ni même d’intervenir directement sur le front, mais d’empêcher des missiles et des drones d’atteindre des villes et des infrastructures civiles.
Merci à @Michel_Goya, qui avait brillamment démontré la faisabilité de #SkyShield devant les près de 1 000 personnes que nous avions rassemblé en peu de temps Salle Gavaud l’an dernier, pour ce billet qui devrait achever de convaincre des esprits réticents ⤵️ https://t.co/27yhN98UAj
Derrière la vivacité de l’affrontement se trouve donc une véritable divergence stratégique. Girard considère que l’engagement direct de moyens militaires européens ferait courir un risque disproportionné d’extension de la guerre. Duchêne estime au contraire que la peur de l’escalade permet à Moscou de fixer unilatéralement les limites de l’aide occidentale et de poursuivre ses frappes contre l’arrière ukrainien.
SkyShield, ou European Sky Shield for Ukraine, est un projet de « zone intégrée de protection aérienne » couvrant l’ouest et une partie du centre de l’Ukraine. Des avions de combat européens y intercepteraient les drones et les missiles russes visant les villes et les infrastructures critiques, tout en restant éloignés du front et sans chercher à affronter directement l’aviation russe. Il ne doit pas être confondu avec l’European Sky Shield Initiative, lancée par l’Allemagne pour coordonner l’acquisition européenne de systèmes terrestres de défense antiaérienne.
Concrètement, le projet prévoit qu’une coalition de pays européens volontaires mobilise jusqu’à environ 120 avions de combat (F-16, Rafale, Eurofighter Typhoon, Gripen ou éventuellement F-35) afin de protéger principalement Kyiv, Lviv, Odesa, les centrales nucléaires encore en activité et plusieurs corridors économiques essentiels. Ces avions opéreraient dans le cadre d’une coalition distincte du commandement formel de l’OTAN. Ils pourraient décoller de bases situées notamment en Pologne ou en Roumanie et effectuer des patrouilles au-dessus de l’ouest, du centre et d’une partie du sud de l’Ukraine.
Le projet a été élaboré par d’anciens planificateurs de la Royal Air Force en coordination avec les forces ukrainiennes. Il est notamment soutenu par les anciens responsables de l’OTAN Philip Breedlove et Richard Shirreff. Le chiffre de 120 appareils ne signifie toutefois pas que 120 chasseurs seraient constamment en vol. Il correspondrait plutôt au parc nécessaire pour assurer les rotations, l’entretien, l’entraînement des équipages et la permanence opérationnelle.
SkyShield ne serait pas une no-fly zone. Une zone d’exclusion aérienne suppose généralement d’interdire tout vol hostile dans un espace déterminé et, pour faire respecter cette interdiction, d’être prêt à abattre les avions adverses ainsi qu’à neutraliser les défenses antiaériennes susceptibles de menacer les patrouilles.
Le projet SkyShield est plus limité. Les avions européens auraient principalement pour mission d’intercepter les drones de type Shahed ou Geran et les missiles de croisière pénétrant dans la zone protégée. Ils ne seraient pas chargés de poursuivre les appareils russes jusqu’au front, de frapper leurs bases ou de détruire systématiquement les batteries antiaériennes installées en Russie, en Crimée ou dans les territoires occupés.
La zone envisagée resterait éloignée de plus de 200 kilomètres des principales lignes de combat. Les avions russes ne pénètrent d’ailleurs presque plus profondément dans l’espace aérien ukrainien depuis 2022. Généralement ils lancent leurs missiles et bombes planantes depuis la Russie, les territoires occupés ou les abords immédiats du front. Cette séparation géographique est l’un des principaux arguments avancés par les concepteurs du projet pour limiter le risque de rencontre directe entre avions russes et européens.
Faut-il préalablement détruire la défense antiaérienne russe ? En principe, non. La suppression préalable de l’ensemble de la défense antiaérienne russe ne fait pas partie du concept. SkyShield éviterait les secteurs les plus exposés et intercepterait les menaces lorsqu’elles entrent dans l’espace protégé. Cela ne signifie cependant pas que la défense russe serait sans importance. Certains systèmes S-300 et S-400 peuvent, selon leur position, leur radar et le type de missile employé, menacer des appareils volant à grande distance. Les avions européens devraient donc adapter leurs trajectoires, bénéficier d’un important dispositif de renseignement et de guerre électronique et disposer de règles précises en cas de verrouillage radar ou de tir russe. Si une batterie russe attaquait un appareil européen, celui-ci pourrait être autorisé à agir en légitime défense. Une telle riposte risquerait alors d’entraîner une opération de neutralisation ponctuelle et, par conséquent, une escalade. Il serait donc excessif d’affirmer que SkyShield exclut tout affrontement avec les forces russes. Le concept cherche à réduire ce risque, non à le faire disparaître.
Les chasseurs seraient surtout utiles contre les missiles de croisière et certains drones à longue portée. Ces engins sont relativement lents, suivent souvent des trajectoires prévisibles et peuvent être détruits par des missiles air-air ou, dans certaines conditions, par le canon de bord. En revanche, les avions de combat ne constituent pas une réponse suffisante aux missiles balistiques, aux missiles hypersoniques ou aux attaques de saturation particulièrement complexes. Leur interception continuerait à dépendre de systèmes terrestres tels que Patriot, SAMP/T, IRIS-T ou NASAMS. L’intérêt militaire de SkyShield serait donc également indirect et consisteraient à prendre en charge une partie des drones et des missiles de croisière visant l’arrière du pays, et ainsi permettre à l’Ukraine de redéployer vers l’est certains de ses systèmes antiaériens et d’économiser ses missiles Patriot, rares et coûteux.
Pas de véritables difficultés juridiques
Contrairement à ce qui a pu être suggéré pendant le débat, une résolution préalable du Conseil de sécurité des Nations unies ne serait pas nécessairement indispensable. L’article 51 de la Charte des Nations unies reconnaît le droit de légitime défense « individuelle ou collective » lorsqu’un État membre est victime d’une agression armée. Les mesures adoptées doivent être portées à la connaissance du Conseil de sécurité, mais elles ne sont pas subordonnées à son autorisation préalable. L’Ukraine pourrait ainsi demander officiellement à des États européens de l’aider à défendre son espace aérien. Cette invitation fournirait une base juridique sérieuse à l’intervention, à condition que les mesures employées respectent les principes de nécessité et de proportionnalité. La difficulté serait donc moins juridique que politique et stratégique. Une opération peut être conforme au droit international tout en comportant un risque militaire considérable. La Russie qualifierait probablement la coalition de partie au conflit, même si les États participants présentaient leur mission comme strictement défensive.
L’objectif affiché serait prioritairement de protéger les populations, les villes, les centrales nucléaires et les infrastructures économiques situées loin du front. Une telle protection pourrait réduire les destructions, favoriser le maintien ou le retour d’une partie de la population et permettre une reconstruction économique partielle.
Il serait toutefois artificiel de prétendre que cette mission n’aurait aucun effet militaire. Protéger les voies ferrées, les installations énergétiques, les ports et les centres urbains renforcerait nécessairement la capacité de résistance de l’État ukrainien. La zone couverte comprendrait probablement aussi des installations militaires ou appartenant à la base industrielle et technologique de défense. Enfin, SkyShield permettrait à l’Ukraine de redéployer vers le front une partie des moyens antiaériens jusqu’alors consacrés à la protection de l’arrière, lui procurant ainsi un avantage opérationnel supplémentaire. Le caractère civil et défensif de l’objectif ne supprimerait donc ni l’utilité militaire de l’opération ni les risques qui en résulteraient.
SkyShield paraît techniquement réalisable, à condition de réunir suffisamment d’avions, de pilotes, de ravitailleurs, d’avions radar, de capacités de renseignement et de moyens de coordination. Il ne nécessite pas, en théorie, de détruire préalablement toute la défense antiaérienne russe ni d’établir une supériorité aérienne sur l’ensemble de l’Ukraine. Mais ses partisans ne peuvent garantir l’absence totale d’affrontement. Une erreur d’identification, un tir russe ou une interception près d’une zone sensible pourrait provoquer une crise grave. Inversement, renoncer à toute intervention signifie laisser la Russie poursuivre ses campagnes de missiles et de drones contre les villes et les infrastructures ukrainiennes.
C’est précisément ce que révélait le débat entre Renaud Girard et Aurélien Duchêne. Leur désaccord ne portait pas seulement sur la faisabilité de SkyShield. Il concernait la nature même du risque. Pour les uns, le principal danger réside dans l’engagement direct des Européens. Pour les autres, il réside dans une prudence sans cesse exploitée par Moscou pour imposer ses propres règles et continuer à frapper l’Ukraine en profondeur.
SkyShield n’est donc ni une solution sans danger ni le prélude automatique à une guerre générale. C’est un dispositif défensif comportant un risque d’escalade réel, mais susceptible d’être limité par sa géographie, ses missions et ses règles d’engagement. La question décisive n’est pas de savoir s’il est parfaitement sûr mais si le risque pris par une action visant à protéger le ciel ukrainien serait inférieur à celui créé par la poursuite de l’inaction.
Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur, entre autres, de Cyrano de Bergerac, du Hussard sur le toit ou du Sauvage est mort l’âge de 94 ans. Il s’était raconté avec l’aide de Kéthévane Davrichewy dans Vive Allure aux éditions Grasset à l’automne 2025. Monsieur Nostalgie, admiratif de ce cinéma gracieux et littéraire, se souvient…
À l’heure du déconstruit, Rappeneau a cultivé l’art du détail et de l’ellipse, voilà ce que j’écrivais, il y a huit mois, à la sortie de ses « mémoires ». Il prenait son temps. Sa lenteur était proverbiale dans le métier. Comme si la productivité était le signe d’une créativité foisonnante. Comme s’il fallait ramener une filmographie à une performance vulgairement quantifiée. Pour ce réalisateur né en 1932, ayant passé son enfance sur l’axe Auxerre-Orléans, huit films jusqu’à aujourd’hui fut un score tout à fait honorable. Respectable. Enviable même. Ses longs-métrages s’appellent : Cyrano de Bergerac, Les Mariés de l’An II, Le Sauvage, Tout feu, tout flamme ou l’inoubliable La Vie de château. Cette filmographie « réduite » est l’expression de notre exception culturelle, une qualité France qui se dégage dans le soin apporté à la narration, aux costumes, à l’atmosphère, au ping-pong verbal ; le juste équilibre patiemment dosé, longuement réfléchi entre la sincérité et l’émotion.
Rappeneau, c’est la France des préfectures décaties, des bâtisses alanguies, des rapports de classe étouffés, de notre belle langue tourangelle, de l’amour courtois et des frisottis du destin. Rappeneau, c’est le contraire des vies réglées en province car l’aventure arrive par la porte de service, la fantaisie vient contrecarrer l’éducation. Qui n’a pas vu Adjani en polytechnicienne sensuelle et désuète ne peut comprendre les élans incertains du cœur. Qui n’a pas vu Deneuve lisant dans un hamac ou allongée dans un champ de blé en mousseline faussement sage ne connaît rien des blondeurs assassines. Rappeneau, élégamment, sans la brusquerie maladroite a emprunté ce chemin étroit de la dissidence amusée, de l’intrusion poétique, de l’emballement buissonnier, du plaisir enfantin d’imaginer la vie. Alors que tout semble installé, immuable, la bourgeoisie se repose sur ses lauriers, elle dort tranquille, un élément fantasque, un héros irrégulier, une peine intime vont entraîner une mécanique nouvelle. Chez Rappeneau, le spectateur n’était pas agressé, il n’était pas le punching-ball des idées confuses, il est ce promeneur sensible à la beauté, totalement perméable à l’inattendu. Rappeneau savait des histoires (comme dans la chanson de Reggiani), l’année dernière, il nous les a contées dans Vive allure, entre secrets de fabrication, souvenirs de tournage et points de vue esthétique. Les cinéphiles en apprirent plus sur ses rapports avec Louis Malle, Daniel Boulanger, Claude Sautet et Roman Polanski. Et le compagnonnage avec son frère « ennemi », Philippe de Broca. Rappeneau a participé activement au scénario de L’Homme de Rio, du Magnifique, de Tendre Poulet ou du Cavaleur. Ces deux-là se sont aimés et brouillés en même temps. Une relation particulière qui « se transformera au cours des années en une amitié forte et complexe, faite de rivalité » écrivait-il. Il nous expliquait sa façon de concevoir un film, la patience, les doutes ; il s’amusait du caractère d’un Montand égocentré, il louait le charme et l’intelligence d’Anne Brochet, il n’avait pas été satisfait de la voix d’Olivier Martinez et se rappelait l’agacement de voir son nom mal orthographié au générique de L’Homme de Rio, il manquait un « p » ! Rappeneau a fait notre éducation cinématographique, notre imaginaire lui doit beaucoup. Sans le savoir, il a façonné les hommes murs d’aujourd’hui. Grâce à lui, nous avons rencontré le beau et le sensible. Il n’a pas aigri nos sentiments, il n’a pas sali nos foucades, il nous a inculqué le culte de la légèreté, il a nourri notre sentimentalisme. Ce soir, dans la nuit triste des rentrées scolaires, on repensera à l’élégance joufflue de Noiret, au panache révolutionnaire de Jean-Paul Belmondo, à la pudeur érotique de Marlène Jobert, au verbe chaud et puissant de Depardieu et à l’incandescence naturelle d’Isabelle Adjani. Nous revisiterons notre patrimoine.
Vive Allure de Jean-Paul Rappeneau avec Kéthévane Davrichewy – Grasset 256 pages
Marine Le Pen a été condamnée et nul n’est tenu de lui donner l’absolution. Les vertueux dénoncent sa coupable légèreté avec l’argent du contribuable européen. Mais avec Superphénix, Fessenheim ou Notre-Dame-des Landes, les dirigeants du « cercle de la raison » ont jeté par les fenêtres des dizaines de milliards d’euros sans jamais en répondre devant un juge. Drôle de morale publique.
Marine Le Pen, condamnée une deuxième fois par la justice de son pays, la France qui pense bien sait à quoi s’en tenir à son sujet. Elle a été reconnue coupable à deux reprises de détournement de plus de 2 millions de fonds publics. Deux jugements assortis d’une inéligibilité qui, bien que réduite en appel, la frappe d’un opprobre mérité. Toutes choses qui auraient dû, à l’évidence, la conduire à renoncer à se présenter à l’élection présidentielle. Suite logique que le bon sens imposait, face à l’ignominie de ce dossier des assistants parlementaires européens, le Rassemblement national se serait abstenu de présenter tout candidat – un suicide rituel de l’ensemble de ses cadres au milieu de Montretout en flammes aurait même constitué une expiation honorable. Mais on ne peut rien attendre de tel chez des démons fascistes. Plus de 2 millions d’euros pris dans la poche des Français. Et elle ose y aller !
Face à tant de pudibonderie surjouée, faire quelques pas de côté pour réfléchir deux secondes aux enjeux et au contexte ne nuit pas. Depuis quarante-cinq ans, nous sommes gouvernés par des gens appartenant au « cercle de la raison », qui ont consciencieusement ruiné leur pays chéri et défait son héritage pompido-gaullien. Sans faire l’historique de nos 3 000 milliards de dettes (une fastidieuse encyclopédie en huit volumes), intéressons-nous à quelques dossiers dont on aimerait pouvoir rire. Sept dossiers menés dans une parfaite légalité, il va sans dire, et qui n’ont valu à leurs responsables aucun souci avec la justice.
Lionel Jospin et Dominique Voynet ouvrent ce bal des traîtres faux-culs, avec, en 1997, l’arrêt de Superphénix, réacteur nucléaire de pointe, sacrifié sur l’autel de la gauche plurielle (paix à son âme) pour 9 à 12 milliards de dégâts. Dix ans après, Sarkozy et Fillon lancent Ecomouv, une éco-taxe dont les bonnets rouges auront raison, et que François Hollande et Jean-Marc Ayrault préféreront enterrer pour un milliard d’euros, sans parler des 10 milliards de recettes annoncées. Après avoir fait définitivement valider par référendum le projet de Notre-Dame-des-Landes – du moins le croyait-on – l’État que dirigeaient Emmanuel Macron et Édouard Philippe l’a finalement abandonné. Les votants ne savaient pas qu’on allait s’asseoir sur la démocratie et leur présenter une addition d’environ un milliard.
Revenons au terrain de jeu favori du « cercle de la raison », le nucléaire (hou méchant le nucléaire). Macron a vendu aux Américains la filiale d’Alstom spécialisée dans les turbines (Arabelle) puis l’a fait racheter en catastrophe huit ans plus tard – au prix fort, il va sans dire. Suite à un accord électoral entre les Verts – encore eux – et François Hollande, Emmanuel Macron et Édouard Philippe valident le sabotage et plantent un dernier clou dans le cercueil de Fessenheim. Juste avant de relancer le nucléaire, évidemment (qui a ri ?). Une blague qui, je l’espère, vous aura fait pouffer comme moi, surtout quand on sait que l’addition se situe entre 2 et 5 milliards d’euros. Tous ces chiffres figurent au demeurant dans les nombreux rapports de la Cour des comptes, mais ces messieurs-dames du gouvernement qui entretiennent généralement une relation symbiotique avec l’État de droit (loué soit son nom) n’aiment guère être confrontés aux conséquences de leur nullité.
Le « cercle de la raison » nous expliquera – trémolos républicains poignants, arguments techniques imparables en bandoulière – que cela n’a rien à voir avec (le révoltant) dossier du RN. Et ils auront raison. Sans avoir besoin d’y ajouter d’autres fiascos – tel le logiciel de paie Louvois, avec un modeste gâchis de 500 millions d’euros – la somme des lâchetés et des incompétences réunies ci-dessus tutoie les 27 milliards d’euros. Un montant environ 12 millions de fois supérieur à l’affaire des assistants parlementaires du RN (vous avez bien lu : 12 millions). Une affaire qui, rappelons-le, n’a de surcroît pas coûté un euro aux contribuables français ou européens. Que les assistants parlementaires du RN tondent la pelouse de Marine ou phosphorent sur une loi fixant la hauteur minimale des socquettes, les 2,3 millions d’euros auraient été dépensés. Du point de vue des fonds publics, il ne s’est rien passé.
En ce qui concerne les Fessenheim, Superphénix et consorts, les règles ayant été, en revanche, scrupuleusement respectées (notamment le bras d’honneur aux votants du référendum de Notre-Dame-des-Landes), aucun des protagonistes cités ne sera jamais inquiété par un juge. Malgré le coût astronomique de décisions ineptes qui ont grandement nui aux finances et à la souveraineté des Français, ils demeurent tous parfaitement éligibles et Hollande compte bien se représenter. Pourquoi se gêner ?
À titre personnel, je préférerais des élites corrompues, mais efficaces – sur le modèle de Richelieu ou Mazarin (« Qui ça ? » demande Mathilde Panot). Je serais prêt rétroactivement à laisser Macron piquer un milliard dans la caisse s’il nous avait épargnés de tout ce qui précède et (pourquoi ne pas rêver) renoncé à nous endetter de mille milliards supplémentaires. J’aurais toléré des orgies au Fort de Brégançon aux frais du contribuable pour une remise en ordre de l’État. À défaut, je suis preneur d’une loi spéciale pour traduire tout ce consternant aréopage de traîtres cyniques devant un tribunal d’exception (sans explicitement exiger le rétablissement de la peine de mort pour haute trahison, humanisme oblige). J’enrage que tous les irresponsables qui nous dirigent le soient à ce point. Ou que mes contemporains fassent semblant de croire que la faute de MLP (pour qui je ne voterai pas, car elle est aussi nulle en économie que François Mitterrand) serait autre chose qu’un péché véniel et un pur prétexte pour lui mettre des bâtons dans les roues. Je remercie toutefois la possibilité du pourvoi en cassation – preuve concrète des bienfaits de l’État de droit dont le « cercle de la raison » tarde, pour des motifs ayant sans doute trait à la variabilité de la géométrie, à se réjouir avec moi.
Quand la peur de déplaire sur YouTube et la pression politique annulent une amitié
En 1958, l’Internationale situationniste définissait les situations comme des « moment[s] de la vie, concrètement et délibérément construit[s] par l’organisation collective d’une ambiance unitaire et d’un jeu d’événements ». Avec Léna Situations (de son vrai nom Léna Mahfouf) aussi, il y a des situations : la célèbre influenceuse de 28 ans expose depuis une dizaine d’années son quotidien sur les réseaux sociaux, fait de bamboches autour de la piscine et autres joies post-adolescentes apparemment spontanées, mais où rien n’échappe à un contrôle absolu de l’image.
Si vous n’avez pas d’élevage d’adolescentes à la maison ou si vous vivez réfugié sur la planète Zébulon, vous avez pu échapper au phénomène. Sur Instagram, la starlette atteint les 4,9 millions de followers — à peine 2 millions de moins qu’Emmanuel Macron. Un filon exploité à l’envi, jusque dans les librairies, avec des ouvrages parus : Toujours plus (titre honteusement piqué à François de Closets !) et Encore mieux. Frédéric Beigbeder avait écrit à leur sujet : « Entre l’Être et le Néant, Léna Situations privilégie plutôt la seconde option ».
Une campagne de haine accélérée par Rima Hassan
Une communication maîtrisée à l’extrême, ce qui n’empêche pas les erreurs de parcours. Léna Situations vient d’en commettre une. Dans sa bande d’amis avec qui elle fait la java des étés entiers, on apercevait jusque-là une certaine Gisèle Journo, agente d’influenceurs1. Celle-ci passait encore l’été 2026 à l’île de Ré avec Léna au milieu de la joyeuse bande. Oui mais voilà, Gisèle Journo est juive. Au lendemain du 7 octobre 2023, elle a liké et posté des vidéos en soutien à l’armée israélienne, et publié un message rendant hommage à un soldat tombé au combat qu’elle connaissait personnellement. Une vague de haine antisémite s’est alors déchaînée contre elle durant l’été 2026, avec des amabilités comme : « Mourrez bande de sionistes », « Vous serez chassés, traqués, tabassés », ou encore « À la douche vulgaire insecte ». À la mi-août dernièr, la campagne a été relayée et accélérée par l’eurodéputée lfiste Rima Hassan.
Après le lancement de cette campagne de haine, le changement d’ambiance fut total parmi notre bande de noceurs. Pas un petit camarade pour adresser une marque de sympathie à Gisèle Journo ; au contraire. Celle-ci est même désormais coupée sur plusieurs montages. Sur certaines vidéos, elle est carrément floutée, à la manière de Joe dans l’épisode Blanc comme neige de Black Mirror, qui n’apparaît plus dans la rue que pixellisé après son inscription sur la liste des délinquants sexuels, dans un monde où interactions sociales et fonctions des réseaux sociaux se sont complètement rejointes.
Ami, si tu tombes…
Mieux encore, Léna Situations a même adressé un like sur la publication de Rima Hassan appelant au boycott de son amie ! Elle s’est aussi désabonnée des réseaux de son amie et a effacé toute trace de sa relation passée avec celle-ci. Étonnante façon de traiter une personne avec qui Léna Situations barbotait encore autour de la piscine il y a quelques semaines. Léger Ça antisémite de l’influenceuse ou bien crainte absolue de perdre des fans et des suiveurs, au sein d’une génération (les 15-25 ans) où l’hostilité à Israël fait office de kit idéologique de base depuis que la troupe de Mélenchon est plus ou moins parvenue à mettre dans leur tête un signe égal entre « sionisme » et « nazisme » et passe son temps à dire que l’armée israélienne commet un « génocide » ? En tout cas, c’est une bien cruelle façon de concevoir l’amitié au moment où Clémence Guetté compte élever cette notion et la substituer à la famille traditionnelle. En attendant, Léna Situations recevait ce lundi 20 000 de ses fans à Bercy pour la fin de la diffusion de ses vlogs du mois d’août — l’équivalent moderne des séances diapos chez tante Yvette.
Invasion à Ceuta. «Après les 30 et 31 juillet, il y a eu une diffusion de rumeurs et de désinformation, de la part de réseaux sociaux liés aussi bien à la Russie qu’à Israël, et à une internationale d’ultradroite qui utilise toujours la migration non seulement pour attaquer l’Espagne mais aussi pour attaquer l’Europe et la diviser» estime le Premier ministre espagnol.
Pedro Sanchez, Thierry Breton: le pas-de-deux des faux-culs. Les deux ont en effet, toute honte bue, livré la même explication de la submersion qu’a connue cet été l’enclave espagnole de Ceuta, au Maroc. Si 70 000 à 80 000 migrants ont mis le pied sur le sol de ce territoire, ce serait la faute — je vous le donne en mille — à la Russie, à Israël et aux partis et mouvements d’extrême droite européens.
Ces malfaisants auraient en effet fabriqué et lancé de fausses informations que les réseaux sociaux, habilement manipulés, se seraient empressés de relayer. Fausses informations selon lesquelles « la Cour suprême espagnole interdirait désormais l’expulsion vers le Maroc de toute personne arrivée par la mer, à la nage à Ceuta ». Certaines infos fallacieuses auraient affirmé en outre que les candidats à l’émigration trouveraient frontière ouverte, à défaut de tapis rouge.
Avant-hier, le 31 août, interviewé par la radio espagnole Cadena SER — entretien repris par le quotidien anglais The Guardian —, le Premier ministre Sanchez livrait donc l’explication que nous venons d’évoquer, dédouanant au passage le Maroc de toute implication dans l’intrusion de cette marée humaine. Marée humaine composée, comme le plus souvent dans ces mouvements migratoires, de 90 % à 95 % d’éléments masculins, donnée qu’il serait tout de même intéressant de prendre en compte quand on prétend analyser et gérer ces flux massifs. Est-il besoin de souligner qu’un tel déséquilibre, qui n’existe dans aucune population de par le monde, ne va pas sans poser quelques problèmes pour les sociétés qui en héritent ?
Sur BFMTV, où il semble bien qu’il ait au chaud son rond de serviette, Monsieur Thierry Breton, brushing impeccable, nous servit la même explication. Sortant de sa poche, avec la théâtralité qui convient, son téléphone portable, il déclara, péremptoire, que les responsables de la massive marée humaine de Ceuta étaient à chercher dans ce petit objet de haute technologie, et donc du côté des abominables auteurs des affreuses et insidieuses fausses informations que nous venons de mentionner.
Bien évidemment, le premier comme le second s’abstiennent de poser la vraie question, de soulever le vrai problème.
Qu’est-ce qui a rendu non seulement possibles, mais crédibles ces informations diffusées sur les réseaux, si ce n’est la politique totalement irresponsable et potentiellement suicidaire du Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sanchez ? Lui qui se fait une gloire de vouloir régulariser quelque cinq cent mille clandestins ? Information plutôt biaisée elle aussi, puisque, selon certaines sources très proches du gouvernement de Madrid, le vrai nombre serait en fait d’un million à un million deux.
Les vrais responsables de Ceuta sont donc bien Sanchez, sa politique et son gouvernement. Comme le seraient en France, à Mayotte par exemple, les Bretons bretonnants tendance Thierry-le-bien-coiffé et le Medef, ce dernier affirmant le plus sérieusement du monde que notre pays aurait le plus grand et le plus urgent besoin de trois millions et quelques d’immigrés supplémentaires. Personne n’est dupe : en fait, ce dont le Medef a besoin, c’est du bas salaire à foison, un prolétariat plus ou moins déclassé aux exigences bien tempérées. Comme si la prospérité d’un pays pouvait se bâtir sur l’accroissement des bataillons de chômeurs — le chômage est de beaucoup plus important chez les travailleurs issus de l’immigration que chez les autres — et la prolifération de bas salaires dont l’apport dans le dynamisme de l’économie marchande du pays est donc, par le fait même, limité. Il faut croire qu’au Medef on en est convaincu, dans les rangs duquel, lors du tournoi à sept de Roland-Garros, on a applaudi si chaleureusement aux propos pro-immigration de la candidate écolo.
En fait, au petit bal des faux-culs où brillent MM. Sanchez et Breton, on en serait presque à se bousculer pour entrer dans la danse. De mon point de vue, vraiment pas de quoi applaudir…
Encore un film avec Virginie Efira? Oui, mais celui-ci mérite tout particulièrement le détour. Avec Soudain, Ryūsuke Hamaguchi livre une œuvre magnifique sur la vieillesse, la maladie et la mort, mais aussi sur cette mystérieuse force qui nous pousse à vivre.
Avec Soudain, le formidable cinéaste japonais Ryūsuke Hamaguchi, auteur de nombreux très beaux longs-métrages — Senses (2015), fresque magistrale disséquant le quotidien et les secrets de quatre amies à Kobe ; Asako I & II (2018), drame romantique hypnotique sur une femme amoureuse successivement de deux parfaits sosies ; Contes du hasard et autres fantaisies (2021), triptyque subtil sur les coïncidences qui bouleversent les relations humaines ; Drive My Car (2021), chef-d’œuvre sur le deuil, la reconstruction et la puissance du théâtre ; Le Mal n’existe pas (2023), fable écologique et politique sur l’affrontement entre promoteurs et communauté rurale — signe une nouvelle fois un grand film, d’une beauté, d’une intelligence et d’une profondeur bouleversantes. La rencontre entre deux femmes devient peu à peu une extraordinaire méditation sur le vieillissement, la maladie, Alzheimer, la souffrance, la mort, mais surtout sur ce qui demeure lorsque le corps et la mémoire vacillent : le désir et la force de vivre.
Deux actrices magnifiques
Il faut saluer ici l’extraordinaire travail de Virginie Efira et Tao Okamoto, qui portent le film avec une intensité exceptionnelle. Leur interprétation a justement été récompensée à Cannes : les deux comédiennes ont obtenu conjointement le Prix d’interprétation féminine du Festival de Cannes 2026. Virginie Efira est magnifique de présence, de fragilité et de détermination. Tao Okamoto lui répond avec une force intérieure bouleversante. Deux femmes, deux cultures, deux langues, deux expériences de la maladie et de la vie qui se rencontrent, se confrontent et finissent par s’enrichir mutuellement.
Hamaguchi fait de cette rencontre un véritable espace de pensée. Chez lui, les dialogues ne sont jamais de simples dialogues : ils deviennent des combats intérieurs, des interrogations philosophiques, des tentatives parfois désespérées pour comprendre l’autre et, à travers l’autre, tenter de se comprendre soi-même.
L’humanitude contre la logique de l’abandon
Soudain est aussi un film profondément politique. Hamaguchi montre des soignants confrontés à des femmes et des hommes vieillissants qui ne sont pas simplement des corps à nourrir, laver, déplacer ou médicaliser. Ce sont des êtres humains qui continuent à éprouver, à désirer, à aimer, à souffrir, à se souvenir, à rire et à vouloir vivre. C’est là que le film devient profondément politique : quelle place notre société accorde-t-elle encore à ceux qui ne produisent plus, qui ne travaillent plus, qui dépendent des autres et dont le corps est devenu fragile ?
À travers l’EHPAD, Hamaguchi interroge notre civilisation. Il oppose à la logique comptable, à la pénurie de personnel, à l’épuisement des soignants et à la tentation de considérer la vieillesse comme une charge une autre conception de l’être humain: celle d’un individu dont la dignité ne disparaît jamais avec l’âge. Et cette vision entre évidemment en résonance avec le débat contemporain sur la fin de vie et les lois sur l’euthanasie votées par les gouvernements de certains pays défaillants moralement. Soudain rappelle avec une force singulière qu’une existence diminuée n’est pas une existence sans valeur. La dépendance n’abolit pas le désir de vivre. La souffrance n’annule pas la dignité. La vieillesse n’est pas une maladie.
Absence de l’âme
Mais c’est précisément ici que surgit la limite, et peut-être une certaine faiblesse du film. Hamaguchi filme admirablement la souffrance du corps et celle de l’esprit. Il filme la maladie, Alzheimer, la perte de mémoire, la peur de mourir, l’angoisse de la disparition. Il filme avec une immense humanité les gestes des soignants et leur volonté de préserver jusqu’au bout la dignité de ceux dont ils ont la charge.
Mais où est l’âme ? Où est la spiritualité ? Où est cette part mystérieuse de l’être humain qui ne se réduit ni à son corps, ni à son cerveau, ni à sa mémoire, ni même à ses sentiments ? Où est Dieu ? Le film ne pose pratiquement jamais cette question. Il semble considérer l’être humain dans sa totalité corporelle et psychologique, mais il laisse dans l’ombre cette dimension spirituelle qui, pour des millions d’hommes et de femmes, constitue pourtant une part essentielle de leur rapport à la mort. Naoko affirme que lorsqu’elle mourra, il ne subsistera plus rien d’elle. Cette phrase terrible est peut-être l’une des clés du film. Elle exprime une conception radicalement matérialiste de la disparition : lorsque le corps s’éteint, lorsque la mémoire disparaît, lorsque le cerveau cesse de fonctionner, tout s’achève.
C’est peut-être là que se situe la frontière de l’Humanitude défendue par les soignants. Elle restitue magnifiquement l’humanité à ceux qui souffrent, mais elle ne répond pas à la question de ce qui pourrait subsister lorsque toute humanité corporelle aura disparu. Le film est immense lorsqu’il parle de la dignité de vivre. Il devient plus limité lorsqu’il s’agit de penser le mystère de mourir.
Un film qui défend la vie
Cette réserve n’enlève rien à mon admiration pour Soudain. Les grands films sont ceux qui continuent à nous interroger après la projection, ceux avec lesquels nous pouvons être profondément en accord tout en discutant de leurs limites. Hamaguchi filme la fragilité sans jamais réduire l’être humain à sa fragilité. Il filme la vieillesse sans mépris, la maladie sans voyeurisme, les soignants sans angélisme et la mort sans facilité. Et surtout, il nous rappelle quelque chose d’essentiel : tant qu’un être humain désire vivre, il n’appartient à personne de décider que sa vie ne vaut plus la peine d’être vécue. Un film humaniste d’une grande douceur.
Bizarrement, l’actualité médiatique me confronte à des réflexions qui concernent deux de mes amies : Élisabeth Lévy, qui a écrit dans le nouveau magazine Causeurun éditorial intitulé « Liberté, liberté cherra », et Sonia Mabrouk, qui fait l’objet d’une polémique parce qu’elle inviterait sur BFMTV des personnalités de droite ou d’extrême droite.
Cette dernière a répondu sur France Inter à Benjamin Duhamel de manière à la fois convaincante et acide.
Il n’empêche qu’on a le droit de s’interroger sur la liberté intellectuelle et médiatique ainsi que sur le pluralisme.
Il me semble que deux écueils principaux menacent la première.
D’abord, bien sûr, l’absence de pluralisme, que la gauche ou la droite en soit victime. Sur CNews, la gauche n’était pas vraiment souhaitée, ou alors sur un mode étique.
Que des personnalités de droite, journalistes ou analystes, soient invitées sur BFMTV n’est pas un problème. Cela ne le deviendrait que s’il n’y avait plus la moindre imprévisibilité ni la moindre spontanéité dans l’expression de leur pensée sur la France, la société ou l’état du monde.
C’est parce qu’il existe, en réalité, des esprits systématiquement partisans, enkystés dans leurs certitudes, que le défaut de pluralisme est un fléau. Sur BFM, une atmosphère rafraîchissante a précisément surgi lorsque de véritables débats contradictoires ont été organisés.
Le second écueil, à l’inverse, consiste à ranger sous le pavillon de la liberté d’expression des postures qui n’en relèvent pas — à confondre l’exercice, même provocateur ou dérangeant, d’une pensée libre avec l’allégeance à une cause ou à une puissance qui la dicte. C’est précisément ce que l’éditorial à la fois brillant et, selon moi, discutable d’Élisabeth Lévy me conduit à interroger.
En substance, elle considère que Franz-Olivier Giesbert (ciblé par l’Arcom pour certains propos tenus sans contradiction sur CNews), des rassemblements libertins interdits et Xénia Fedorova (ostensiblement et constamment prorusse) auraient dû être protégés au nom de la liberté d’expression : ce beau pavillon devrait donc recouvrir n’importe quelle marchandise, n’importe quelle posture intellectuelle et médiatique.
L’assimilation qu’elle opère entre ces trois problématiques me semble confondre l’exercice d’une liberté honorable, aussi discutable et controversé puisse-t-il être, avec l’asservissement à une puissance étrangère, responsable et coupable de l’invasion de l’Ukraine.
De FOG, on peut, j’en suis persuadé, espérer, sur tel ou tel thème, des glissements, des variations, l’affirmation d’une solitude intellectuelle évolutive qui, par exemple, l’inciterait un jour à ne plus cracher systématiquement sur la justice.
De Xénia Fedorova, aucune imprévisibilité à attendre ni à espérer : le même sillon est sans cesse creusé. Mais le plus grave, ce qui à mes yeux lui interdit de se réclamer de la protection d’une liberté d’expression démocratique, n’est pas là.
Il réside dans le constat que ses propos et ses écrits procèdent d’une même source et d’une même inspiration, qu’ils sont prémédités, organisés, commandés, peut-être rémunérés. On n’est pas libre quand sa dépendance est tarifée, quand on pense sur ordre et qu’on déroule un récit venu d’ailleurs. Et je n’évoque même pas son contenu, qui a cette particularité de constituer la victime en coupable, avec un cynisme qui dépasse l’entendement.
Oui, la liberté se mérite, doit se mériter. Je ne crois pas, avec ce billet, trahir la passion commune qu’Élisabeth Lévy et moi éprouvons pour la plus belle liberté qui soit : celle de penser, d’écrire ou de parler sans être immédiatement judiciarisé.
À condition qu’elle émane d’une personne elle-même libre, non inféodée, non soumise.
Capture d'écran YouTube d'une vidéo de l'influenceur Dutch Travel Maniac consacrée à Bruxelles. Septembre 2025.
Né sur les réseaux sociaux, le « decline porn » désigne des vidéos consacrées au déclin visible de certaines villes occidentales.
Afin de lever toute ambiguïté, précisons que le terme ne désigne aucune des catégories glauques que l’on retrouve sur les sites pornographiques : le « decline porn » renvoie aux contenus vidéo mettant sous les projecteurs le déclin avancé des villes occidentales et ses causes multiples : immigration de masse, trafic de drogue, saleté aux effluves vomitives, insécurité croissante… Toutes ces réalités étant souvent tues par les médias traditionnels et de service public, qui leur préfèrent la fable du multiculturalisme heureux, ce sont des influenceurs qui s’adonnent à la délicate et parfois dangereuse tâche de montrer le réel tel qu’il est.
Bruxelles, laboratoire du déclin
Je vais commencer par la ville que je connais le mieux, puisqu’elle m’a vu naître, grandir et que j’arpente encore chaque jour ses artères autrefois accueillantes : Bruxelles. Depuis des années, sa vertigineuse chute s’accélère et il est impossible de pouvoir encore se rassurer en martelant que « jusqu’ici, tout va bien ». Les rues sont congestionnées autant par le trafic – la faute aux plans de mobilité qui ont échoué – que par les amas d’immondices transformant la ville en poubelle à ciel ouvert ; les fusillades et règlements de compte se multiplient sur fond de trafic de drogue ; certains quartiers sont désormais totalement islamisés ou africanisés – le plus célèbre d’entre eux étant Matonge – ; les tags, les graffitis et les stickers enlaidissent encore plus l’ensemble.
Two Mad Explorers, couple d’Européens aux centaines de milliers de vues, y a récemment promené sa caméra, notamment dans le quartier de la Gare du Nord, peut-être le pire de tous, puisqu’aux maux évoqués ci-dessus vient s’ajouter la prostitution et ses réseaux. Pendant leur reportage, les deux vidéastes furent confrontés aux hères traînant leur dangerosité dans la capitale belge et qui ne semblent pas en mesure de payer nos retraites. La réalité est cataclysmique, mais les journalistes préfèrent dénoncer ces« youtubeurs étrangers parfois proches des sphères d’extrême droite ». On rétorquera à Jonas Legge, journaliste à La Libre Belgique et auteur de cette formule sans doute rédigée depuis une lointaine planète déconnectée du réel, que bien des personnes non politisées ne reconnaissent plus leur ville. Après, me direz-vous, amis français, Bruxelles devrait être habituée : Baudelaire avait publié le pamphlet à charge Pauvre Belgique après avoir passé deux ans dans la capitale belge.
Si ce n’est en Europe de l’Est, où des violences résiduelles peuvent encore avoir lieu autour de rivalités… footballistiques, le constat est à peu près le même partout : à Rome, au pied de l’auguste Colisée, des touristes se font chaque jour racketter – et pas par des hommes en cothurnes – ; à Stockholm, l’insécurité a crû à mesure que les gouvernements ont laissé entrer des vagues de migrants ; à Athènes, le berceau de notre civilisation européenne est par endroits devenu son tombeau ; dans les villes françaises, jusque dans les villages, les dealers, la racaille et l’extrême gauche crado dictent leur loi.
Quand les journalistes détournent les yeux
Le grand problème se situe justement dans l’incapacité de nombre de journalistes, semblant être sous soma, la drogue utilisée dans Le Meilleur des mondes, à mettre des mots sur les réalités ; en fait, et même si je n’aime pas ces aphorismes qui lassent à force d’être trop répétés, à simplement « voir ce qu’ils voient ». Et quand certains s’y risquent, ils le font à leurs dépens. Ainsi en est-il de Jan Segers, journaliste flamand, qui a récemment décrit Charleroi comme un endroit où la « misère suinte des murs » et qui fut gourmandé par le bourgmestre, évidemment socialiste, de la ville souvent qualifiée de « plus laide du monde ». Une énième version de la lune, du doigt et de l’idiot.
Le mérite des vidéastes amateurs est de cerner la réalité dans sa forme la plus brute, en captant les nuisances et les incivilités, sans le voile idéologique, en réalité un tissu de mensonges, imposé par le discours officiel. Sans eux, accusés de stigmatiser, nous ne saurions d’ailleurs rien de ce qui se passe actuellement à Ceuta où, selon le discours officiel, les migrants ayant déferlé par vagues au mois d’août ont tous quitté les lieux. Dutch Traveler Maniac, influenceur néerlandais haut en couleurs et fort autant en gueule qu’en carrure, s’est rendu sur place et n’a pu que constater que le problème est loin d’être réglé et que nombre des individus ayant traversé la frontière viendront alourdir la facture dans toutes les cités d’Europe déjà fortement éventrées, martyrisées, dilacérées.
Le bloc central aimerait circonscrire le débat de la prochaine élection présidentielle à la situation économique délicate du pays. Le pouvoir zombifié sortant ne voit d’ingérences que chez les Russes, critique évidemment la proposition de référendum de Marine Le Pen sur le voile et passe sous silence l’islamisation du pays, persifle notre chroniqueur.
Les islamistes sont bienheureux en France. Le régime se charge de leur protection. A peine le RN avait-il émis, dimanche par la voix de Jean-Philippe Tanguy, l’idée encore bancale d’interdire le voile dans l’espace public, que les indignations fusaient. Les stratèges de la conquête coranique et de sa visibilité n’ont pas eu à lever le petit doigt. La France (in)soumise (LFI) a immédiatement dénoncé une islamophobie et une stigmatisation des femmes musulmanes. La Ligue des droits de l’Homme a promis de poursuivre pénalement, pour discrimination religieuse, ceux qui soutiendraient la proposition de Marine Le Pen d’en appeler aussi à un référendum : une issue décrétée interdite par l’extrême centre. Bruno Retailleau s’est joint au chœur des aquoibonistes en dénonçant, mardi sur RTL, « le populisme et la démagogie » du RN.
Ceci n’est pas un vêtement
Rares sont les téméraires qui encouragent à dénoncer ce signe distinctif, présenté à tort comme religieux. Le voile, tel qu’il est exhibé par des jeunes femmes sous la pression contestataire des Frères musulmans notamment, est devenu le symbole d’une allégeance politique à une idéologie suprémaciste, qui appelle les musulmans à se séparer des juifs et des chrétiens. Cet impératif est d’ailleurs communément récité avec la sourate Al-Fatiha (« Guide-nous dans le droit chemin, le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, et non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés »). Après l’avoir entendue psalmodiée, le 15 juillet lors du centenaire de la Grande mosquée de Paris, Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, avait salué « le message de tolérance et d’humanité » qu’il croyait y avoir perçu… Cette candeur des somnambules est l’aubaine des colonisateurs.
L’acceptation tacite de l’infiltration islamiste illustre l’incompétence de la classe politique. Le régime zombifié ne voit d’ingérences que chez les Russes. Le système médiatique va tenter de réduire le périmètre moral du débat présidentiel aux seules questions liées à l’endettement, au pouvoir d’achat, à la gestion du budget de l’Etat. L’immigration de peuplement doit rester, pour la pensée progressiste, l’éléphant dans le salon. Pour sa part, Sarah Knafo demande avec raison, dans Le casse du siècle (Fayard) qui sort ce mercredi, de « rendre l’argent aux Français ». Mais il faut préalablement leur rendre leur souveraineté. Leur âme, en somme. Or ce terrain civilisationnel, qui invite à faire participer le peuple aux prises de décisions les plus importantes, est redouté par l’oligarchie. Celle-ci est à l’image du Grand Orient de France, dirigé par Guillaume Trichard. Ce dernier désigne les « identitaires » et les « populistes », c’est-à-dire les gens ordinaires, comme « adversaires » de la franc-maçonnerie, tout en prônant un « idéal de pacification » (Le Figaro, 29 août).
60% des citoyens favorables à l’interdiction
Une étude de la Fondapol (1) montre pourtant que 78% des électeurs considèrent que « la manière de vivre en France, ses traditions et ses habitudes de vie sont menacées ». Selon un sondage CSA pour CNews, publié mardi, 60 % des citoyens approuveraient une interdiction du voile dans l’espace public. Pourquoi dès lors redouter que cet uniforme soit démocratiquement décrété indésirable ?
Le journaliste Charles Sapin interrogé sur TMC en 2023. Capture.
À l’écoute de France Inter, Jean-Luc Mélenchon panique: ce Sapincache selon lui une forêt de « fachos »…
Un tweet de Jean-Luc Mélenchon m’a fait bondir. « C’est d’une telle tristesse. France Inter après France Culture : la colonisation par les fachos est commencée. Comme quoi, la guerre menée par eux contre le service public a payé. Les chefs espèrent rester en poste après la victoire de Le Pen », écrit le leader LFI avant de rappeler que c’est lui qui gagnera. Ces « fachos » qui colonisent sournoisement l’audiovisuel public sont Charles Sapin, numéro 2 de l’hebdomadaire Valeurs actuelles recruté comme éditorialiste sur France Inter, et le matinalier de France Culture, Guillaume Erner, victime d’une chasse à l’homme haineuse au début de l’été pour avoir mal interprété un propos de Mélenchon — en réalité pour son sionisme persistant.
Ce tweet résume la ligne anti-voltairienne des Insoumis, y compris du sympathique François Piquemal, intervenu hier matin à ce micro, en matière de pluralisme : « Je ne partage pas vos idées et je me battrai pour vous faire taire. » Or, cette intolérance fanatique fièrement revendiquée par LFI sévit désormais dans des lieux où devrait souffler l’esprit de liberté : les facs et de nombreux médias. Soixante-dix universitaires viennent par exemple de demander hier au Conseil d’État de fermer CNews et Europe 1 (comme Louis Boyard aux universités d’été de LFI). En quelques semaines, on a vu les rédactions de France Télévisions se mobiliser contre l’arrivée d’Eugénie Bastié du Figaro sur France 2, celle de BFMTV brandir des gousses d’ail devant Céline Pina et celle de France Inter éructer contre Charles Sapin, donc. Autrement dit, les journalistes, ceux-là mêmes qui devraient combattre la censure, en sont les zélés promoteurs. C’est un climat stalinien. Tous ceux qui contredisent la ligne du Parti sont des ennemis du peuple.
Mais cet esprit totalitaire reste minoritaire, se rassure-t-on. Peut-être, mais la mélenchonisation des esprits contamine tout le « camp du Bien », donc imprègne l’esprit du temps. Elle prolifère grâce à un sophisme paresseux : le RN, c’est l’extrême droite, des « nazis au petit pied », dit Sophia Chikirou toute honte bue. Avec les nazis, on ne cause pas, on cogne. On interdit, on bannit, on dénonce. Dans ce monde, le sectarisme est un héroïsme. De LFI aux universitaires, un élu RN n’est pas un adversaire, mais un ennemi, un nuisible.
Or, la démocratie, ce n’est pas seulement des procédures, des votes, etc., mais une conversation civique. Un peuple, ce sont des gens d’accord pour être en désaccord et régler pacifiquement leurs conflits. C’est l’esprit des Lumières, la discorde civilisée, donc l’esprit français. Pour Mélenchon, en paraphrasant Clausewitz, la politique est au contraire la poursuite de la guerre civile par d’autres moyens.
Ses électeurs, ceux qui croient vraiment qu’il fera régner plus de justice et ramènera la prospérité, doivent savoir à quoi ressemblerait une France présidée par Jean-Luc Mélenchon. Un enfer pour ses opposants. ET pour tous ceux qui, parce qu’ils aiment vraiment la liberté, défendent celle de leurs adversaires.
Présenté comme une solution intermédiaire entre l’envoi de troupes et la poursuite de l’aide à distance, SkyShield promettrait de sécuriser l’arrière ukrainien tout en maintenant les forces européennes loin du front. Une ambition séduisante, dont la faisabilité technique paraît moins problématique que les conséquences stratégiques: jusqu’où peut-on intervenir dans une guerre sans devenir soi-même belligérant ?
Le débat diffusé sur LCI le 31 août entre Renaud Girard et Aurélien Duchêne a résumé, dans un échange particulièrement vif, le dilemme auquel les Européens sont confrontés depuis le début de l’invasion de l’Ukraine : jusqu’où peuvent-ils aller pour protéger les Ukrainiens sans provoquer un affrontement direct avec la Russie ? La crainte de franchir le seuil de la belligérance avait déjà accompagné la livraison des missiles antichars, des canons à longue portée, des chars occidentaux, puis des missiles de croisière et des avions F-16. Chaque fois, les lignes rouges initialement invoquées ont finalement été déplacées sans déclencher de confrontation directe entre la Russie et l’OTAN. La discussion portait cette fois sur le projet SkyShield, qui prévoit de confier à des avions de combat européens la protection d’une partie du ciel ukrainien contre les drones et les missiles russes, tout en maintenant ces appareils loin du front. Nous reviendrons plus loin sur le fonctionnement précis de ce dispositif.
Une zone envisagée à plus de 200 km des lignes de combat
Renaud Girard a mis l’accent sur le risque d’escalade. Faire patrouiller des avions européens dans le ciel ukrainien et leur confier la mission d’abattre des missiles russes reviendrait, selon lui, à franchir une étape décisive vers la belligérance. Il a également soulevé la question de la légalité internationale d’une telle intervention.
Aurélien Duchêne a défendu la position inverse. Pour lui, protéger, à la demande de Kyiv, une partie du territoire d’un État agressé ne signifierait pas nécessairement attaquer la Russie. Le dispositif envisagé serait défensif, géographiquement limité et soumis à des règles d’engagement strictes. Son objectif ne serait ni de conquérir un territoire, ni de frapper la Russie, ni même d’intervenir directement sur le front, mais d’empêcher des missiles et des drones d’atteindre des villes et des infrastructures civiles.
Merci à @Michel_Goya, qui avait brillamment démontré la faisabilité de #SkyShield devant les près de 1 000 personnes que nous avions rassemblé en peu de temps Salle Gavaud l’an dernier, pour ce billet qui devrait achever de convaincre des esprits réticents ⤵️ https://t.co/27yhN98UAj
Derrière la vivacité de l’affrontement se trouve donc une véritable divergence stratégique. Girard considère que l’engagement direct de moyens militaires européens ferait courir un risque disproportionné d’extension de la guerre. Duchêne estime au contraire que la peur de l’escalade permet à Moscou de fixer unilatéralement les limites de l’aide occidentale et de poursuivre ses frappes contre l’arrière ukrainien.
SkyShield, ou European Sky Shield for Ukraine, est un projet de « zone intégrée de protection aérienne » couvrant l’ouest et une partie du centre de l’Ukraine. Des avions de combat européens y intercepteraient les drones et les missiles russes visant les villes et les infrastructures critiques, tout en restant éloignés du front et sans chercher à affronter directement l’aviation russe. Il ne doit pas être confondu avec l’European Sky Shield Initiative, lancée par l’Allemagne pour coordonner l’acquisition européenne de systèmes terrestres de défense antiaérienne.
Concrètement, le projet prévoit qu’une coalition de pays européens volontaires mobilise jusqu’à environ 120 avions de combat (F-16, Rafale, Eurofighter Typhoon, Gripen ou éventuellement F-35) afin de protéger principalement Kyiv, Lviv, Odesa, les centrales nucléaires encore en activité et plusieurs corridors économiques essentiels. Ces avions opéreraient dans le cadre d’une coalition distincte du commandement formel de l’OTAN. Ils pourraient décoller de bases situées notamment en Pologne ou en Roumanie et effectuer des patrouilles au-dessus de l’ouest, du centre et d’une partie du sud de l’Ukraine.
Le projet a été élaboré par d’anciens planificateurs de la Royal Air Force en coordination avec les forces ukrainiennes. Il est notamment soutenu par les anciens responsables de l’OTAN Philip Breedlove et Richard Shirreff. Le chiffre de 120 appareils ne signifie toutefois pas que 120 chasseurs seraient constamment en vol. Il correspondrait plutôt au parc nécessaire pour assurer les rotations, l’entretien, l’entraînement des équipages et la permanence opérationnelle.
SkyShield ne serait pas une no-fly zone. Une zone d’exclusion aérienne suppose généralement d’interdire tout vol hostile dans un espace déterminé et, pour faire respecter cette interdiction, d’être prêt à abattre les avions adverses ainsi qu’à neutraliser les défenses antiaériennes susceptibles de menacer les patrouilles.
Le projet SkyShield est plus limité. Les avions européens auraient principalement pour mission d’intercepter les drones de type Shahed ou Geran et les missiles de croisière pénétrant dans la zone protégée. Ils ne seraient pas chargés de poursuivre les appareils russes jusqu’au front, de frapper leurs bases ou de détruire systématiquement les batteries antiaériennes installées en Russie, en Crimée ou dans les territoires occupés.
La zone envisagée resterait éloignée de plus de 200 kilomètres des principales lignes de combat. Les avions russes ne pénètrent d’ailleurs presque plus profondément dans l’espace aérien ukrainien depuis 2022. Généralement ils lancent leurs missiles et bombes planantes depuis la Russie, les territoires occupés ou les abords immédiats du front. Cette séparation géographique est l’un des principaux arguments avancés par les concepteurs du projet pour limiter le risque de rencontre directe entre avions russes et européens.
Faut-il préalablement détruire la défense antiaérienne russe ? En principe, non. La suppression préalable de l’ensemble de la défense antiaérienne russe ne fait pas partie du concept. SkyShield éviterait les secteurs les plus exposés et intercepterait les menaces lorsqu’elles entrent dans l’espace protégé. Cela ne signifie cependant pas que la défense russe serait sans importance. Certains systèmes S-300 et S-400 peuvent, selon leur position, leur radar et le type de missile employé, menacer des appareils volant à grande distance. Les avions européens devraient donc adapter leurs trajectoires, bénéficier d’un important dispositif de renseignement et de guerre électronique et disposer de règles précises en cas de verrouillage radar ou de tir russe. Si une batterie russe attaquait un appareil européen, celui-ci pourrait être autorisé à agir en légitime défense. Une telle riposte risquerait alors d’entraîner une opération de neutralisation ponctuelle et, par conséquent, une escalade. Il serait donc excessif d’affirmer que SkyShield exclut tout affrontement avec les forces russes. Le concept cherche à réduire ce risque, non à le faire disparaître.
Les chasseurs seraient surtout utiles contre les missiles de croisière et certains drones à longue portée. Ces engins sont relativement lents, suivent souvent des trajectoires prévisibles et peuvent être détruits par des missiles air-air ou, dans certaines conditions, par le canon de bord. En revanche, les avions de combat ne constituent pas une réponse suffisante aux missiles balistiques, aux missiles hypersoniques ou aux attaques de saturation particulièrement complexes. Leur interception continuerait à dépendre de systèmes terrestres tels que Patriot, SAMP/T, IRIS-T ou NASAMS. L’intérêt militaire de SkyShield serait donc également indirect et consisteraient à prendre en charge une partie des drones et des missiles de croisière visant l’arrière du pays, et ainsi permettre à l’Ukraine de redéployer vers l’est certains de ses systèmes antiaériens et d’économiser ses missiles Patriot, rares et coûteux.
Pas de véritables difficultés juridiques
Contrairement à ce qui a pu être suggéré pendant le débat, une résolution préalable du Conseil de sécurité des Nations unies ne serait pas nécessairement indispensable. L’article 51 de la Charte des Nations unies reconnaît le droit de légitime défense « individuelle ou collective » lorsqu’un État membre est victime d’une agression armée. Les mesures adoptées doivent être portées à la connaissance du Conseil de sécurité, mais elles ne sont pas subordonnées à son autorisation préalable. L’Ukraine pourrait ainsi demander officiellement à des États européens de l’aider à défendre son espace aérien. Cette invitation fournirait une base juridique sérieuse à l’intervention, à condition que les mesures employées respectent les principes de nécessité et de proportionnalité. La difficulté serait donc moins juridique que politique et stratégique. Une opération peut être conforme au droit international tout en comportant un risque militaire considérable. La Russie qualifierait probablement la coalition de partie au conflit, même si les États participants présentaient leur mission comme strictement défensive.
L’objectif affiché serait prioritairement de protéger les populations, les villes, les centrales nucléaires et les infrastructures économiques situées loin du front. Une telle protection pourrait réduire les destructions, favoriser le maintien ou le retour d’une partie de la population et permettre une reconstruction économique partielle.
Il serait toutefois artificiel de prétendre que cette mission n’aurait aucun effet militaire. Protéger les voies ferrées, les installations énergétiques, les ports et les centres urbains renforcerait nécessairement la capacité de résistance de l’État ukrainien. La zone couverte comprendrait probablement aussi des installations militaires ou appartenant à la base industrielle et technologique de défense. Enfin, SkyShield permettrait à l’Ukraine de redéployer vers le front une partie des moyens antiaériens jusqu’alors consacrés à la protection de l’arrière, lui procurant ainsi un avantage opérationnel supplémentaire. Le caractère civil et défensif de l’objectif ne supprimerait donc ni l’utilité militaire de l’opération ni les risques qui en résulteraient.
SkyShield paraît techniquement réalisable, à condition de réunir suffisamment d’avions, de pilotes, de ravitailleurs, d’avions radar, de capacités de renseignement et de moyens de coordination. Il ne nécessite pas, en théorie, de détruire préalablement toute la défense antiaérienne russe ni d’établir une supériorité aérienne sur l’ensemble de l’Ukraine. Mais ses partisans ne peuvent garantir l’absence totale d’affrontement. Une erreur d’identification, un tir russe ou une interception près d’une zone sensible pourrait provoquer une crise grave. Inversement, renoncer à toute intervention signifie laisser la Russie poursuivre ses campagnes de missiles et de drones contre les villes et les infrastructures ukrainiennes.
C’est précisément ce que révélait le débat entre Renaud Girard et Aurélien Duchêne. Leur désaccord ne portait pas seulement sur la faisabilité de SkyShield. Il concernait la nature même du risque. Pour les uns, le principal danger réside dans l’engagement direct des Européens. Pour les autres, il réside dans une prudence sans cesse exploitée par Moscou pour imposer ses propres règles et continuer à frapper l’Ukraine en profondeur.
SkyShield n’est donc ni une solution sans danger ni le prélude automatique à une guerre générale. C’est un dispositif défensif comportant un risque d’escalade réel, mais susceptible d’être limité par sa géographie, ses missions et ses règles d’engagement. La question décisive n’est pas de savoir s’il est parfaitement sûr mais si le risque pris par une action visant à protéger le ciel ukrainien serait inférieur à celui créé par la poursuite de l’inaction.
Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur, entre autres, de Cyrano de Bergerac, du Hussard sur le toit ou du Sauvage est mort l’âge de 94 ans. Il s’était raconté avec l’aide de Kéthévane Davrichewy dans Vive Allure aux éditions Grasset à l’automne 2025. Monsieur Nostalgie, admiratif de ce cinéma gracieux et littéraire, se souvient…
À l’heure du déconstruit, Rappeneau a cultivé l’art du détail et de l’ellipse, voilà ce que j’écrivais, il y a huit mois, à la sortie de ses « mémoires ». Il prenait son temps. Sa lenteur était proverbiale dans le métier. Comme si la productivité était le signe d’une créativité foisonnante. Comme s’il fallait ramener une filmographie à une performance vulgairement quantifiée. Pour ce réalisateur né en 1932, ayant passé son enfance sur l’axe Auxerre-Orléans, huit films jusqu’à aujourd’hui fut un score tout à fait honorable. Respectable. Enviable même. Ses longs-métrages s’appellent : Cyrano de Bergerac, Les Mariés de l’An II, Le Sauvage, Tout feu, tout flamme ou l’inoubliable La Vie de château. Cette filmographie « réduite » est l’expression de notre exception culturelle, une qualité France qui se dégage dans le soin apporté à la narration, aux costumes, à l’atmosphère, au ping-pong verbal ; le juste équilibre patiemment dosé, longuement réfléchi entre la sincérité et l’émotion.
Rappeneau, c’est la France des préfectures décaties, des bâtisses alanguies, des rapports de classe étouffés, de notre belle langue tourangelle, de l’amour courtois et des frisottis du destin. Rappeneau, c’est le contraire des vies réglées en province car l’aventure arrive par la porte de service, la fantaisie vient contrecarrer l’éducation. Qui n’a pas vu Adjani en polytechnicienne sensuelle et désuète ne peut comprendre les élans incertains du cœur. Qui n’a pas vu Deneuve lisant dans un hamac ou allongée dans un champ de blé en mousseline faussement sage ne connaît rien des blondeurs assassines. Rappeneau, élégamment, sans la brusquerie maladroite a emprunté ce chemin étroit de la dissidence amusée, de l’intrusion poétique, de l’emballement buissonnier, du plaisir enfantin d’imaginer la vie. Alors que tout semble installé, immuable, la bourgeoisie se repose sur ses lauriers, elle dort tranquille, un élément fantasque, un héros irrégulier, une peine intime vont entraîner une mécanique nouvelle. Chez Rappeneau, le spectateur n’était pas agressé, il n’était pas le punching-ball des idées confuses, il est ce promeneur sensible à la beauté, totalement perméable à l’inattendu. Rappeneau savait des histoires (comme dans la chanson de Reggiani), l’année dernière, il nous les a contées dans Vive allure, entre secrets de fabrication, souvenirs de tournage et points de vue esthétique. Les cinéphiles en apprirent plus sur ses rapports avec Louis Malle, Daniel Boulanger, Claude Sautet et Roman Polanski. Et le compagnonnage avec son frère « ennemi », Philippe de Broca. Rappeneau a participé activement au scénario de L’Homme de Rio, du Magnifique, de Tendre Poulet ou du Cavaleur. Ces deux-là se sont aimés et brouillés en même temps. Une relation particulière qui « se transformera au cours des années en une amitié forte et complexe, faite de rivalité » écrivait-il. Il nous expliquait sa façon de concevoir un film, la patience, les doutes ; il s’amusait du caractère d’un Montand égocentré, il louait le charme et l’intelligence d’Anne Brochet, il n’avait pas été satisfait de la voix d’Olivier Martinez et se rappelait l’agacement de voir son nom mal orthographié au générique de L’Homme de Rio, il manquait un « p » ! Rappeneau a fait notre éducation cinématographique, notre imaginaire lui doit beaucoup. Sans le savoir, il a façonné les hommes murs d’aujourd’hui. Grâce à lui, nous avons rencontré le beau et le sensible. Il n’a pas aigri nos sentiments, il n’a pas sali nos foucades, il nous a inculqué le culte de la légèreté, il a nourri notre sentimentalisme. Ce soir, dans la nuit triste des rentrées scolaires, on repensera à l’élégance joufflue de Noiret, au panache révolutionnaire de Jean-Paul Belmondo, à la pudeur érotique de Marlène Jobert, au verbe chaud et puissant de Depardieu et à l’incandescence naturelle d’Isabelle Adjani. Nous revisiterons notre patrimoine.
Vive Allure de Jean-Paul Rappeneau avec Kéthévane Davrichewy – Grasset 256 pages
Marine Le Pen a été condamnée et nul n’est tenu de lui donner l’absolution. Les vertueux dénoncent sa coupable légèreté avec l’argent du contribuable européen. Mais avec Superphénix, Fessenheim ou Notre-Dame-des Landes, les dirigeants du « cercle de la raison » ont jeté par les fenêtres des dizaines de milliards d’euros sans jamais en répondre devant un juge. Drôle de morale publique.
Marine Le Pen, condamnée une deuxième fois par la justice de son pays, la France qui pense bien sait à quoi s’en tenir à son sujet. Elle a été reconnue coupable à deux reprises de détournement de plus de 2 millions de fonds publics. Deux jugements assortis d’une inéligibilité qui, bien que réduite en appel, la frappe d’un opprobre mérité. Toutes choses qui auraient dû, à l’évidence, la conduire à renoncer à se présenter à l’élection présidentielle. Suite logique que le bon sens imposait, face à l’ignominie de ce dossier des assistants parlementaires européens, le Rassemblement national se serait abstenu de présenter tout candidat – un suicide rituel de l’ensemble de ses cadres au milieu de Montretout en flammes aurait même constitué une expiation honorable. Mais on ne peut rien attendre de tel chez des démons fascistes. Plus de 2 millions d’euros pris dans la poche des Français. Et elle ose y aller !
Face à tant de pudibonderie surjouée, faire quelques pas de côté pour réfléchir deux secondes aux enjeux et au contexte ne nuit pas. Depuis quarante-cinq ans, nous sommes gouvernés par des gens appartenant au « cercle de la raison », qui ont consciencieusement ruiné leur pays chéri et défait son héritage pompido-gaullien. Sans faire l’historique de nos 3 000 milliards de dettes (une fastidieuse encyclopédie en huit volumes), intéressons-nous à quelques dossiers dont on aimerait pouvoir rire. Sept dossiers menés dans une parfaite légalité, il va sans dire, et qui n’ont valu à leurs responsables aucun souci avec la justice.
Lionel Jospin et Dominique Voynet ouvrent ce bal des traîtres faux-culs, avec, en 1997, l’arrêt de Superphénix, réacteur nucléaire de pointe, sacrifié sur l’autel de la gauche plurielle (paix à son âme) pour 9 à 12 milliards de dégâts. Dix ans après, Sarkozy et Fillon lancent Ecomouv, une éco-taxe dont les bonnets rouges auront raison, et que François Hollande et Jean-Marc Ayrault préféreront enterrer pour un milliard d’euros, sans parler des 10 milliards de recettes annoncées. Après avoir fait définitivement valider par référendum le projet de Notre-Dame-des-Landes – du moins le croyait-on – l’État que dirigeaient Emmanuel Macron et Édouard Philippe l’a finalement abandonné. Les votants ne savaient pas qu’on allait s’asseoir sur la démocratie et leur présenter une addition d’environ un milliard.
Revenons au terrain de jeu favori du « cercle de la raison », le nucléaire (hou méchant le nucléaire). Macron a vendu aux Américains la filiale d’Alstom spécialisée dans les turbines (Arabelle) puis l’a fait racheter en catastrophe huit ans plus tard – au prix fort, il va sans dire. Suite à un accord électoral entre les Verts – encore eux – et François Hollande, Emmanuel Macron et Édouard Philippe valident le sabotage et plantent un dernier clou dans le cercueil de Fessenheim. Juste avant de relancer le nucléaire, évidemment (qui a ri ?). Une blague qui, je l’espère, vous aura fait pouffer comme moi, surtout quand on sait que l’addition se situe entre 2 et 5 milliards d’euros. Tous ces chiffres figurent au demeurant dans les nombreux rapports de la Cour des comptes, mais ces messieurs-dames du gouvernement qui entretiennent généralement une relation symbiotique avec l’État de droit (loué soit son nom) n’aiment guère être confrontés aux conséquences de leur nullité.
Le « cercle de la raison » nous expliquera – trémolos républicains poignants, arguments techniques imparables en bandoulière – que cela n’a rien à voir avec (le révoltant) dossier du RN. Et ils auront raison. Sans avoir besoin d’y ajouter d’autres fiascos – tel le logiciel de paie Louvois, avec un modeste gâchis de 500 millions d’euros – la somme des lâchetés et des incompétences réunies ci-dessus tutoie les 27 milliards d’euros. Un montant environ 12 millions de fois supérieur à l’affaire des assistants parlementaires du RN (vous avez bien lu : 12 millions). Une affaire qui, rappelons-le, n’a de surcroît pas coûté un euro aux contribuables français ou européens. Que les assistants parlementaires du RN tondent la pelouse de Marine ou phosphorent sur une loi fixant la hauteur minimale des socquettes, les 2,3 millions d’euros auraient été dépensés. Du point de vue des fonds publics, il ne s’est rien passé.
En ce qui concerne les Fessenheim, Superphénix et consorts, les règles ayant été, en revanche, scrupuleusement respectées (notamment le bras d’honneur aux votants du référendum de Notre-Dame-des-Landes), aucun des protagonistes cités ne sera jamais inquiété par un juge. Malgré le coût astronomique de décisions ineptes qui ont grandement nui aux finances et à la souveraineté des Français, ils demeurent tous parfaitement éligibles et Hollande compte bien se représenter. Pourquoi se gêner ?
À titre personnel, je préférerais des élites corrompues, mais efficaces – sur le modèle de Richelieu ou Mazarin (« Qui ça ? » demande Mathilde Panot). Je serais prêt rétroactivement à laisser Macron piquer un milliard dans la caisse s’il nous avait épargnés de tout ce qui précède et (pourquoi ne pas rêver) renoncé à nous endetter de mille milliards supplémentaires. J’aurais toléré des orgies au Fort de Brégançon aux frais du contribuable pour une remise en ordre de l’État. À défaut, je suis preneur d’une loi spéciale pour traduire tout ce consternant aréopage de traîtres cyniques devant un tribunal d’exception (sans explicitement exiger le rétablissement de la peine de mort pour haute trahison, humanisme oblige). J’enrage que tous les irresponsables qui nous dirigent le soient à ce point. Ou que mes contemporains fassent semblant de croire que la faute de MLP (pour qui je ne voterai pas, car elle est aussi nulle en économie que François Mitterrand) serait autre chose qu’un péché véniel et un pur prétexte pour lui mettre des bâtons dans les roues. Je remercie toutefois la possibilité du pourvoi en cassation – preuve concrète des bienfaits de l’État de droit dont le « cercle de la raison » tarde, pour des motifs ayant sans doute trait à la variabilité de la géométrie, à se réjouir avec moi.
Quand la peur de déplaire sur YouTube et la pression politique annulent une amitié
En 1958, l’Internationale situationniste définissait les situations comme des « moment[s] de la vie, concrètement et délibérément construit[s] par l’organisation collective d’une ambiance unitaire et d’un jeu d’événements ». Avec Léna Situations (de son vrai nom Léna Mahfouf) aussi, il y a des situations : la célèbre influenceuse de 28 ans expose depuis une dizaine d’années son quotidien sur les réseaux sociaux, fait de bamboches autour de la piscine et autres joies post-adolescentes apparemment spontanées, mais où rien n’échappe à un contrôle absolu de l’image.
Si vous n’avez pas d’élevage d’adolescentes à la maison ou si vous vivez réfugié sur la planète Zébulon, vous avez pu échapper au phénomène. Sur Instagram, la starlette atteint les 4,9 millions de followers — à peine 2 millions de moins qu’Emmanuel Macron. Un filon exploité à l’envi, jusque dans les librairies, avec des ouvrages parus : Toujours plus (titre honteusement piqué à François de Closets !) et Encore mieux. Frédéric Beigbeder avait écrit à leur sujet : « Entre l’Être et le Néant, Léna Situations privilégie plutôt la seconde option ».
Une campagne de haine accélérée par Rima Hassan
Une communication maîtrisée à l’extrême, ce qui n’empêche pas les erreurs de parcours. Léna Situations vient d’en commettre une. Dans sa bande d’amis avec qui elle fait la java des étés entiers, on apercevait jusque-là une certaine Gisèle Journo, agente d’influenceurs1. Celle-ci passait encore l’été 2026 à l’île de Ré avec Léna au milieu de la joyeuse bande. Oui mais voilà, Gisèle Journo est juive. Au lendemain du 7 octobre 2023, elle a liké et posté des vidéos en soutien à l’armée israélienne, et publié un message rendant hommage à un soldat tombé au combat qu’elle connaissait personnellement. Une vague de haine antisémite s’est alors déchaînée contre elle durant l’été 2026, avec des amabilités comme : « Mourrez bande de sionistes », « Vous serez chassés, traqués, tabassés », ou encore « À la douche vulgaire insecte ». À la mi-août dernièr, la campagne a été relayée et accélérée par l’eurodéputée lfiste Rima Hassan.
Après le lancement de cette campagne de haine, le changement d’ambiance fut total parmi notre bande de noceurs. Pas un petit camarade pour adresser une marque de sympathie à Gisèle Journo ; au contraire. Celle-ci est même désormais coupée sur plusieurs montages. Sur certaines vidéos, elle est carrément floutée, à la manière de Joe dans l’épisode Blanc comme neige de Black Mirror, qui n’apparaît plus dans la rue que pixellisé après son inscription sur la liste des délinquants sexuels, dans un monde où interactions sociales et fonctions des réseaux sociaux se sont complètement rejointes.
Ami, si tu tombes…
Mieux encore, Léna Situations a même adressé un like sur la publication de Rima Hassan appelant au boycott de son amie ! Elle s’est aussi désabonnée des réseaux de son amie et a effacé toute trace de sa relation passée avec celle-ci. Étonnante façon de traiter une personne avec qui Léna Situations barbotait encore autour de la piscine il y a quelques semaines. Léger Ça antisémite de l’influenceuse ou bien crainte absolue de perdre des fans et des suiveurs, au sein d’une génération (les 15-25 ans) où l’hostilité à Israël fait office de kit idéologique de base depuis que la troupe de Mélenchon est plus ou moins parvenue à mettre dans leur tête un signe égal entre « sionisme » et « nazisme » et passe son temps à dire que l’armée israélienne commet un « génocide » ? En tout cas, c’est une bien cruelle façon de concevoir l’amitié au moment où Clémence Guetté compte élever cette notion et la substituer à la famille traditionnelle. En attendant, Léna Situations recevait ce lundi 20 000 de ses fans à Bercy pour la fin de la diffusion de ses vlogs du mois d’août — l’équivalent moderne des séances diapos chez tante Yvette.
Invasion à Ceuta. «Après les 30 et 31 juillet, il y a eu une diffusion de rumeurs et de désinformation, de la part de réseaux sociaux liés aussi bien à la Russie qu’à Israël, et à une internationale d’ultradroite qui utilise toujours la migration non seulement pour attaquer l’Espagne mais aussi pour attaquer l’Europe et la diviser» estime le Premier ministre espagnol.
Pedro Sanchez, Thierry Breton: le pas-de-deux des faux-culs. Les deux ont en effet, toute honte bue, livré la même explication de la submersion qu’a connue cet été l’enclave espagnole de Ceuta, au Maroc. Si 70 000 à 80 000 migrants ont mis le pied sur le sol de ce territoire, ce serait la faute — je vous le donne en mille — à la Russie, à Israël et aux partis et mouvements d’extrême droite européens.
Ces malfaisants auraient en effet fabriqué et lancé de fausses informations que les réseaux sociaux, habilement manipulés, se seraient empressés de relayer. Fausses informations selon lesquelles « la Cour suprême espagnole interdirait désormais l’expulsion vers le Maroc de toute personne arrivée par la mer, à la nage à Ceuta ». Certaines infos fallacieuses auraient affirmé en outre que les candidats à l’émigration trouveraient frontière ouverte, à défaut de tapis rouge.
Avant-hier, le 31 août, interviewé par la radio espagnole Cadena SER — entretien repris par le quotidien anglais The Guardian —, le Premier ministre Sanchez livrait donc l’explication que nous venons d’évoquer, dédouanant au passage le Maroc de toute implication dans l’intrusion de cette marée humaine. Marée humaine composée, comme le plus souvent dans ces mouvements migratoires, de 90 % à 95 % d’éléments masculins, donnée qu’il serait tout de même intéressant de prendre en compte quand on prétend analyser et gérer ces flux massifs. Est-il besoin de souligner qu’un tel déséquilibre, qui n’existe dans aucune population de par le monde, ne va pas sans poser quelques problèmes pour les sociétés qui en héritent ?
Sur BFMTV, où il semble bien qu’il ait au chaud son rond de serviette, Monsieur Thierry Breton, brushing impeccable, nous servit la même explication. Sortant de sa poche, avec la théâtralité qui convient, son téléphone portable, il déclara, péremptoire, que les responsables de la massive marée humaine de Ceuta étaient à chercher dans ce petit objet de haute technologie, et donc du côté des abominables auteurs des affreuses et insidieuses fausses informations que nous venons de mentionner.
Bien évidemment, le premier comme le second s’abstiennent de poser la vraie question, de soulever le vrai problème.
Qu’est-ce qui a rendu non seulement possibles, mais crédibles ces informations diffusées sur les réseaux, si ce n’est la politique totalement irresponsable et potentiellement suicidaire du Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sanchez ? Lui qui se fait une gloire de vouloir régulariser quelque cinq cent mille clandestins ? Information plutôt biaisée elle aussi, puisque, selon certaines sources très proches du gouvernement de Madrid, le vrai nombre serait en fait d’un million à un million deux.
Les vrais responsables de Ceuta sont donc bien Sanchez, sa politique et son gouvernement. Comme le seraient en France, à Mayotte par exemple, les Bretons bretonnants tendance Thierry-le-bien-coiffé et le Medef, ce dernier affirmant le plus sérieusement du monde que notre pays aurait le plus grand et le plus urgent besoin de trois millions et quelques d’immigrés supplémentaires. Personne n’est dupe : en fait, ce dont le Medef a besoin, c’est du bas salaire à foison, un prolétariat plus ou moins déclassé aux exigences bien tempérées. Comme si la prospérité d’un pays pouvait se bâtir sur l’accroissement des bataillons de chômeurs — le chômage est de beaucoup plus important chez les travailleurs issus de l’immigration que chez les autres — et la prolifération de bas salaires dont l’apport dans le dynamisme de l’économie marchande du pays est donc, par le fait même, limité. Il faut croire qu’au Medef on en est convaincu, dans les rangs duquel, lors du tournoi à sept de Roland-Garros, on a applaudi si chaleureusement aux propos pro-immigration de la candidate écolo.
En fait, au petit bal des faux-culs où brillent MM. Sanchez et Breton, on en serait presque à se bousculer pour entrer dans la danse. De mon point de vue, vraiment pas de quoi applaudir…
Encore un film avec Virginie Efira? Oui, mais celui-ci mérite tout particulièrement le détour. Avec Soudain, Ryūsuke Hamaguchi livre une œuvre magnifique sur la vieillesse, la maladie et la mort, mais aussi sur cette mystérieuse force qui nous pousse à vivre.
Avec Soudain, le formidable cinéaste japonais Ryūsuke Hamaguchi, auteur de nombreux très beaux longs-métrages — Senses (2015), fresque magistrale disséquant le quotidien et les secrets de quatre amies à Kobe ; Asako I & II (2018), drame romantique hypnotique sur une femme amoureuse successivement de deux parfaits sosies ; Contes du hasard et autres fantaisies (2021), triptyque subtil sur les coïncidences qui bouleversent les relations humaines ; Drive My Car (2021), chef-d’œuvre sur le deuil, la reconstruction et la puissance du théâtre ; Le Mal n’existe pas (2023), fable écologique et politique sur l’affrontement entre promoteurs et communauté rurale — signe une nouvelle fois un grand film, d’une beauté, d’une intelligence et d’une profondeur bouleversantes. La rencontre entre deux femmes devient peu à peu une extraordinaire méditation sur le vieillissement, la maladie, Alzheimer, la souffrance, la mort, mais surtout sur ce qui demeure lorsque le corps et la mémoire vacillent : le désir et la force de vivre.
Deux actrices magnifiques
Il faut saluer ici l’extraordinaire travail de Virginie Efira et Tao Okamoto, qui portent le film avec une intensité exceptionnelle. Leur interprétation a justement été récompensée à Cannes : les deux comédiennes ont obtenu conjointement le Prix d’interprétation féminine du Festival de Cannes 2026. Virginie Efira est magnifique de présence, de fragilité et de détermination. Tao Okamoto lui répond avec une force intérieure bouleversante. Deux femmes, deux cultures, deux langues, deux expériences de la maladie et de la vie qui se rencontrent, se confrontent et finissent par s’enrichir mutuellement.
Hamaguchi fait de cette rencontre un véritable espace de pensée. Chez lui, les dialogues ne sont jamais de simples dialogues : ils deviennent des combats intérieurs, des interrogations philosophiques, des tentatives parfois désespérées pour comprendre l’autre et, à travers l’autre, tenter de se comprendre soi-même.
L’humanitude contre la logique de l’abandon
Soudain est aussi un film profondément politique. Hamaguchi montre des soignants confrontés à des femmes et des hommes vieillissants qui ne sont pas simplement des corps à nourrir, laver, déplacer ou médicaliser. Ce sont des êtres humains qui continuent à éprouver, à désirer, à aimer, à souffrir, à se souvenir, à rire et à vouloir vivre. C’est là que le film devient profondément politique : quelle place notre société accorde-t-elle encore à ceux qui ne produisent plus, qui ne travaillent plus, qui dépendent des autres et dont le corps est devenu fragile ?
À travers l’EHPAD, Hamaguchi interroge notre civilisation. Il oppose à la logique comptable, à la pénurie de personnel, à l’épuisement des soignants et à la tentation de considérer la vieillesse comme une charge une autre conception de l’être humain: celle d’un individu dont la dignité ne disparaît jamais avec l’âge. Et cette vision entre évidemment en résonance avec le débat contemporain sur la fin de vie et les lois sur l’euthanasie votées par les gouvernements de certains pays défaillants moralement. Soudain rappelle avec une force singulière qu’une existence diminuée n’est pas une existence sans valeur. La dépendance n’abolit pas le désir de vivre. La souffrance n’annule pas la dignité. La vieillesse n’est pas une maladie.
Absence de l’âme
Mais c’est précisément ici que surgit la limite, et peut-être une certaine faiblesse du film. Hamaguchi filme admirablement la souffrance du corps et celle de l’esprit. Il filme la maladie, Alzheimer, la perte de mémoire, la peur de mourir, l’angoisse de la disparition. Il filme avec une immense humanité les gestes des soignants et leur volonté de préserver jusqu’au bout la dignité de ceux dont ils ont la charge.
Mais où est l’âme ? Où est la spiritualité ? Où est cette part mystérieuse de l’être humain qui ne se réduit ni à son corps, ni à son cerveau, ni à sa mémoire, ni même à ses sentiments ? Où est Dieu ? Le film ne pose pratiquement jamais cette question. Il semble considérer l’être humain dans sa totalité corporelle et psychologique, mais il laisse dans l’ombre cette dimension spirituelle qui, pour des millions d’hommes et de femmes, constitue pourtant une part essentielle de leur rapport à la mort. Naoko affirme que lorsqu’elle mourra, il ne subsistera plus rien d’elle. Cette phrase terrible est peut-être l’une des clés du film. Elle exprime une conception radicalement matérialiste de la disparition : lorsque le corps s’éteint, lorsque la mémoire disparaît, lorsque le cerveau cesse de fonctionner, tout s’achève.
C’est peut-être là que se situe la frontière de l’Humanitude défendue par les soignants. Elle restitue magnifiquement l’humanité à ceux qui souffrent, mais elle ne répond pas à la question de ce qui pourrait subsister lorsque toute humanité corporelle aura disparu. Le film est immense lorsqu’il parle de la dignité de vivre. Il devient plus limité lorsqu’il s’agit de penser le mystère de mourir.
Un film qui défend la vie
Cette réserve n’enlève rien à mon admiration pour Soudain. Les grands films sont ceux qui continuent à nous interroger après la projection, ceux avec lesquels nous pouvons être profondément en accord tout en discutant de leurs limites. Hamaguchi filme la fragilité sans jamais réduire l’être humain à sa fragilité. Il filme la vieillesse sans mépris, la maladie sans voyeurisme, les soignants sans angélisme et la mort sans facilité. Et surtout, il nous rappelle quelque chose d’essentiel : tant qu’un être humain désire vivre, il n’appartient à personne de décider que sa vie ne vaut plus la peine d’être vécue. Un film humaniste d’une grande douceur.
Bizarrement, l’actualité médiatique me confronte à des réflexions qui concernent deux de mes amies : Élisabeth Lévy, qui a écrit dans le nouveau magazine Causeurun éditorial intitulé « Liberté, liberté cherra », et Sonia Mabrouk, qui fait l’objet d’une polémique parce qu’elle inviterait sur BFMTV des personnalités de droite ou d’extrême droite.
Cette dernière a répondu sur France Inter à Benjamin Duhamel de manière à la fois convaincante et acide.
Il n’empêche qu’on a le droit de s’interroger sur la liberté intellectuelle et médiatique ainsi que sur le pluralisme.
Il me semble que deux écueils principaux menacent la première.
D’abord, bien sûr, l’absence de pluralisme, que la gauche ou la droite en soit victime. Sur CNews, la gauche n’était pas vraiment souhaitée, ou alors sur un mode étique.
Que des personnalités de droite, journalistes ou analystes, soient invitées sur BFMTV n’est pas un problème. Cela ne le deviendrait que s’il n’y avait plus la moindre imprévisibilité ni la moindre spontanéité dans l’expression de leur pensée sur la France, la société ou l’état du monde.
C’est parce qu’il existe, en réalité, des esprits systématiquement partisans, enkystés dans leurs certitudes, que le défaut de pluralisme est un fléau. Sur BFM, une atmosphère rafraîchissante a précisément surgi lorsque de véritables débats contradictoires ont été organisés.
Le second écueil, à l’inverse, consiste à ranger sous le pavillon de la liberté d’expression des postures qui n’en relèvent pas — à confondre l’exercice, même provocateur ou dérangeant, d’une pensée libre avec l’allégeance à une cause ou à une puissance qui la dicte. C’est précisément ce que l’éditorial à la fois brillant et, selon moi, discutable d’Élisabeth Lévy me conduit à interroger.
En substance, elle considère que Franz-Olivier Giesbert (ciblé par l’Arcom pour certains propos tenus sans contradiction sur CNews), des rassemblements libertins interdits et Xénia Fedorova (ostensiblement et constamment prorusse) auraient dû être protégés au nom de la liberté d’expression : ce beau pavillon devrait donc recouvrir n’importe quelle marchandise, n’importe quelle posture intellectuelle et médiatique.
L’assimilation qu’elle opère entre ces trois problématiques me semble confondre l’exercice d’une liberté honorable, aussi discutable et controversé puisse-t-il être, avec l’asservissement à une puissance étrangère, responsable et coupable de l’invasion de l’Ukraine.
De FOG, on peut, j’en suis persuadé, espérer, sur tel ou tel thème, des glissements, des variations, l’affirmation d’une solitude intellectuelle évolutive qui, par exemple, l’inciterait un jour à ne plus cracher systématiquement sur la justice.
De Xénia Fedorova, aucune imprévisibilité à attendre ni à espérer : le même sillon est sans cesse creusé. Mais le plus grave, ce qui à mes yeux lui interdit de se réclamer de la protection d’une liberté d’expression démocratique, n’est pas là.
Il réside dans le constat que ses propos et ses écrits procèdent d’une même source et d’une même inspiration, qu’ils sont prémédités, organisés, commandés, peut-être rémunérés. On n’est pas libre quand sa dépendance est tarifée, quand on pense sur ordre et qu’on déroule un récit venu d’ailleurs. Et je n’évoque même pas son contenu, qui a cette particularité de constituer la victime en coupable, avec un cynisme qui dépasse l’entendement.
Oui, la liberté se mérite, doit se mériter. Je ne crois pas, avec ce billet, trahir la passion commune qu’Élisabeth Lévy et moi éprouvons pour la plus belle liberté qui soit : celle de penser, d’écrire ou de parler sans être immédiatement judiciarisé.
À condition qu’elle émane d’une personne elle-même libre, non inféodée, non soumise.