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La France n’a plus qu’un carburant: la haine…

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À force de laisser la haine envahir l’espace public et l’invective tenir lieu de politique, on ne reconnait plus la France.


On va soutenir que c’est normal, que notre président a totalement démérité… Pourtant, il me semble qu’on a dépassé ce que la démocratie, même la plus tolérante, se doit d’accepter quand une bande de voyous, a hurlé, au passage du président quittant Trappes, cette cité tragiquement meurtrie : « Nique ta mère, Macron ! »

Cela n’affecterait-il que le pouvoir dans son expression officielle que ce serait déjà un scandale. Comme si beaucoup n’étaient plus capables de maîtriser leur verbe collectif en lui permettant de retrouver une légitimité, une crédibilité. Pour être assurés d’être écoutés, sinon entendus. Mais il y a une tradition nationale qui interdit la moindre complaisance avec les autorités et impose une contestation en toutes circonstances, un réflexe dont on ne veut à aucun prix se débarrasser. Comme s’il nous faisait honneur alors qu’il devrait nous faire honte. Rien n’est plus ridicule que ces opposants compulsifs qui, même si quelque chose de bien était accompli, continueraient, dans une mécanique folle, à vociférer sans savoir pourquoi. Le pire est que ce poison a gangrené l’ensemble du pays, et notamment ses activités politiques, sociales et médiatiques. Il y a des délires qui versent dans le maximalisme, dans l’annonce de manifestations avant que celle en cours ne soit terminée, dans l’inversion des responsabilités, dans une fureur se nourrissant elle-même et réclamant des solutions que même le temps long ne parviendrait pas à trouver. Le jeunisme, cette peur panique d’être en retard d’une démagogie, ne cesse de frapper. Les lycéens et les étudiants sont sanctifiés par principe et on s’obstine à ne pas voir que leurs revendications, en apparence concrètes, ne sont que la formulation d’un mal de vivre avec « un vague des passions et des concepts » contre lequel on ne peut rien. Jean-Luc Mélenchon est fier de nous menacer de défilés et de violences à répétition si le pouvoir « ne cède pas ». C’est-à-dire s’efface totalement. Il est vrai que des extrémistes clament encore leur indignation et réclament qu’Emmanuel Macron parte avant l’heure, alors que déjà ses possibilités d’action sont moribondes et que certains citoyens s’en félicitent plus qu’ils ne le regrettent. Dans quel monde vit-on pour que le pouvoir soit déclaré responsable des violences et des dévastations du 17 octobre quand, pour avoir il est vrai été maladroit, il a eu affaire à des brutes, des incendiaires et des pillards ? Dans quel climat respire-t-on pour que le 24 octobre apparaisse comme un succès, même relatif, alors qu’on sait déjà que l’avenir sera très angoissant ? Deux échéances au moins verront des forces coalisées se dresser contre un pouvoir qui ne sait plus sur quel pied danser, et contre ceux qui protègent nos personnes et nos biens, les titulaires de la force légitime. Quelle étrange manière, dans certains médias, de parler de « camp retranché » à propos du congrès du RN du 24 octobre, comme si ce parti n’avait pas été contraint de se retrancher face à une multitude d’opposants qui, pourtant, n’avaient que le mot de démocratie à la bouche, mais considéraient que la favorite pour accéder au second tour de 2027 n’y avait pas droit. Sans comprendre qu’ils lui donnaient ainsi du grain à moudre et alimentaient à foison l’exigence d’ordre… Entendre Olivier Faure dans Le Grand Jury du 25 octobre ne pouvait que laisser stupéfait ou, pire, effondré. Quelle haine sournoise, élégante et complice dans cette manière de justifier les slogans abjects du 24 octobre, comme pour ne pas paraître dépassé par l’ignominie collective ! Cette hostilité – un euphémisme – a trouvé sa cible, au-delà d’Emmanuel Macron, en tous ceux qui, désespérément, cherchent à apaiser, qu’ils soient opposants ou non, car il y a une manière intelligente et mesurée d’exprimer sa colère. Tout particulièrement à l’encontre de Raphaël Glucksmann qui, encore à Amiens, a dû subir et payer la rançon de son entêtement à ne pas ériger la morale et la politique en foire d’empoigne. Cette France-là, dont le seul carburant est aujourd’hui la haine, est en partie la conséquence d’une pratique présidentielle qui a multiplié les fautes, sans être véritablement sourde aux attentes des Français, mais en demeurant constamment décalée par rapport à elles. Le résultat est qu’il n’est plus absurde de prévoir la présence de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon au second tour de l’élection présidentielle de 2027, malgré le large écart qui les sépare. Si le second l’emportait, la haine serait au pouvoir. Avec la première, dominerait une impossibilité tragique de rassemblement. Ce n’est pas la même chose. Marine Le Pen se pose effectivement, de manière anticipée, comme la présidente et, en tout cas, comme celle qui, dans un pays qui a perdu ses marques et ses repères, parce que la haine et l’invective lui ont fait oublier ce qu’étaient la pensée et la politesse républicaine, se contente d’engranger ce que le réel, en permanence, lui apporte. Il aurait été facile, mais fastidieux, de poursuivre cette litanie qui démontre, dans la France elle-même et d’où qu’on l’observe, la domination de la haine et le refus absolu de mettre à bas les frontières partisanes, tandis que les convictions sont étouffées par les instincts et les humeurs. L’obsession de la concorde ne serait pas, pour 2027, le plus médiocre des impératifs.

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Chine : après avoir perdu trois sponsors, Mbappé tente de rattraper sa bourde sur le «dictateur chinois»

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La plaisanterie sur Mao Zedong a déjà coûté cher à Kylian Mbappé. Trois entreprises chinoises ont rompu avec lui, des contenus à son image ont disparu de plusieurs plateformes et la télévision d’État aurait suspendu des retransmissions de Liga. Mardi, le capitaine des Bleus a finalement publié un communiqué d’excuses pour tenter d’éteindre l’incendie. Une opération de rattrapage qui intervient après les premières sanctions commerciales et médiatiques.


Quelques heures après avoir perdu le Ballon d’Or face à Harry Kane, Kylian Mbappé a découvert qu’une plaisanterie de quelques secondes pouvait lui coûter bien davantage qu’un trophée individuel. La séquence, extraite d’une conversation où le Français évoquait les détournements de son image qui l’amusent le plus, le montre parlant d’un montage avec « un mec, un dictateur chinois je crois » avant qu’apparaisse un mème associant son visage à Mao Zedong. Reuters et l’AFP ont indiqué ne pas avoir pu authentifier indépendamment la vidéo lorsqu’elle a commencé à circuler.

En Chine, la réaction a été presque immédiate. Dongpeng Beverage et le groupe laitier Mengniu ont annoncé la fin de toute collaboration avec l’attaquant du Real Madrid. Shanghai Milkground a ensuite pris la même décision. Les entreprises ont invoqué des propos ou comportements portant atteinte aux « sentiments du peuple chinois » ou aux « sentiments nationaux », une formule particulièrement lourde dans le contexte politique chinois.

Mbappé présente ses excuses

Face à l’ampleur prise par l’affaire, Mbappé a fini par réagir directement. Dans un communiqué publié mardi sur son compte X, le Français reconnaît que son commentaire était irréfléchi, explique comprendre qu’il ait pu blesser des personnes en Chine ainsi que des membres de la communauté chinoise dans le monde, et assure qu’il n’avait aucune intention d’offenser. Il exprime également son respect pour le peuple chinois et pour son histoire.

Le calendrier donne forcément à ce message des allures d’opération de rattrapage. Les excuses interviennent après l’annonce des ruptures de contrats et alors que la polémique a déjà dépassé le seul terrain publicitaire. On ne peut évidemment pas connaître les motivations exactes du joueur, mais son communiqué cherche clairement à limiter les dégâts d’une phrase dont les conséquences commerciales sont désormais très concrètes.

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BFMTV montre l’ampleur de la crise

BFMTV a également consacré une séquence à l’affaire mardi, au moment où les excuses de Mbappé commençaient à circuler. La chaîne revient sur les partenaires chinois qui ont pris leurs distances et sur la vitesse avec laquelle une plaisanterie prononcée dans un contexte détendu s’est transformée en crise d’image internationale.

Le contraste est spectaculaire avec la situation du Français quelques jours plus tôt. Mbappé était jusqu’ici une figure extrêmement valorisée par les annonceurs chinois. Pendant la Coupe du monde 2026, Dongpeng avait notamment utilisé son image dans de vastes campagnes publicitaires. Sa popularité locale dépassait largement les seuls supporters du Real Madrid et de l’équipe de France.

La télévision et les plateformes chinoises s’en mêlent

Selon plusieurs médias, les conséquences ne se limitent plus aux sponsors. CCTV, la télévision publique chinoise, aurait suspendu certaines retransmissions de Liga et retiré des contenus associés à Mbappé. Des plateformes sportives chinoises ont également supprimé ou modifié des contenus dans lesquels il apparaissait, tandis que les appels à son boycott se multipliaient sur Weibo.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a lui-même été interrogé. Son porte-parole Guo Jiakun a déclaré que les paroles et les actes blessant les sentiments du peuple chinois rencontreraient naturellement l’opposition de la société chinoise. Pékin n’a pas annoncé de sanction officielle contre le joueur, mais cette prise de parole suffit à montrer que l’affaire a quitté le seul domaine du marketing.

Trois contrats perdus pour une blague

Le plus étonnant reste la disproportion apparente entre la scène d’origine et ses conséquences. Mbappé ne prononce pas un discours politique construit sur la Chine. Il répond à une question sur un mème qui le fait rire et semble lui-même hésiter sur l’identité du personnage représenté. Mais Mao Zedong reste une figure centrale et extrêmement sensible de l’histoire officielle chinoise. Ce qui pouvait passer pour une plaisanterie banale dans une conversation européenne a donc été reçu comme une offense politique.

Pour une célébrité mondiale, cette différence de contexte est précisément le risque. Les contrats publicitaires internationaux ne vendent pas seulement des performances sportives : ils vendent une image compatible avec les sensibilités de marchés très différents. En Chine, où les marques réagissent rapidement aux controverses touchant à la souveraineté, à l’histoire ou aux symboles nationaux, quelques mots peuvent suffire à rendre une égérie beaucoup plus coûteuse qu’elle ne rapporte.

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Les excuses suffiront-elles ?

C’est désormais toute la question. Mbappé essaie manifestement de refermer la parenthèse avant qu’elle ne compromette durablement sa valeur commerciale en Chine. Son communiqué est calibré pour cela : reconnaissance d’une maladresse, absence d’intention hostile, respect du peuple chinois et de son histoire. Il ne cherche pas à défendre la qualification de Mao ni à prolonger la discussion historique. Il tente de sortir du terrain politique sur lequel sa plaisanterie l’a conduit.

Mais les premières décisions ont déjà été prises. Trois partenaires ont rompu avec lui et son image a commencé à disparaître de certains médias et services chinois. Il est donc trop tôt pour savoir si les excuses permettront de sauver le reste de ses activités dans le pays.

En moins de vingt-quatre heures, Mbappé aura ainsi connu deux déconvenues très différentes. Harry Kane lui a pris le Ballon d’Or à Londres. En Chine, une plaisanterie sur un « dictateur » lui a fait perdre plusieurs sponsors et l’oblige maintenant à présenter publiquement ses excuses. La première défaite est sportive. La seconde pourrait être beaucoup plus chère.

Les Lumières et le candélabre

Certains courants orthodoxes et nationalistes, de plus en plus influents en Israël, pensent que la démocratie libérale est la marque du seul Occident chrétien, et qu’à ce titre, l’État juif doit divorcer des Lumières. Plus que jamais, l’avenir du pays dépend de la résistance des modernes à cette offensive obscurantiste.


Durant les siècles de l’Exil, la première dimension de la vie juive a été l’impuissance. Les Juifs étaient à la merci de leurs voisins non-juifs. Parfois tolérés, souvent discriminés et humiliés, régulièrement massacrés, ils n’avaient d’autre recours que d’en appeler à la clémence des goyim. On tournait en ridicule leur prétention à être le peuple élu – élu pour quoi ? –, on ricanait de leur enseignement talmudique – un pilpul vain et vide –, on moquait leur rêve d’avenir meilleur – compte là-dessus ! Pour expliquer leur disgrâce, les Juifs devaient accepter, au moins en partie, les griefs de leurs ennemis – ils étaient punis pour leurs péchés. Quels péchés ? Les chrétiens les accusaient de déicide tandis que musulmans et chrétiens leur reprochaient d’avoir refusé la nouvelle (et la vraie) Révélation de Jésus ou Mahomet. Pour les Gentils, ce refus condamnait les Juifs à une vie dépourvue de sens. De cela, ils devaient être punis.

Attente amère

Du point de vue de leur propre tradition, leur défaite permanente et leur précarité n’étaient pas imputables à leur refus des nouvelles révélations, mais à leur insuffisante ferveur vis-à-vis de l’ancienne. En tout état de cause, la vie présente des Juifs se résumait à une attente amère entre un passé glorieux et un avenir messianique tout aussi glorieux. Et seul le temps dirait quand cette infortune finirait.

Et soudain, en 1948, les Juifs ont repris le pouvoir. Que ce soit dû au sionisme ou au plan de Dieu, ils ont recouvré leur souveraineté et, avec elle, la maîtrise de leur destin. Pour les Juifs, ou en tout cas pour les citoyens juifs d’Israël, la souveraineté signifiait qu’ils n’étaient plus obligés de baisser les yeux, ce qui était la norme de leur existence en diaspora. Peu importe ce que diront les goyim affirmait Ben Gourion. Ce qui compte, c’est ce que les Juifs feront.

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Pour les Juifs laïques, la naissance d’Israël ne signifiait pas seulement qu’ils étaient enfin libérés des persécutions, mais qu’ils avaient le droit d’être « comme toutes les nations », c’est-à-dire, du point de vue des autorités israéliennes d’alors, comme les nations occidentales. Désireux d’être invités à la fête, ils étaient prêts à accepter le dress code.

Pour la majorité des chefs religieux en Israël, c’était le contraire : ils se moquaient d’être conviés à la table de l’Occident, ils voulaient précisément en finir avec le dress code imposé aux Juifs en diaspora. Peu importait désormais ce que disaient les goyim, les Juifs pouvaient être fiers de leurs différences, de leurs coutumes et de leurs valeurs. En termes religieux, cela se traduisait non seulement par le droit d’adopter sans peur la voie juive vers la justice et le salut, mais aussi par un rejet des valeurs occidentales, qui n’étaient plus considérées comme universelles mais comme chrétiennes, c’est-à-dire étrangères.

Jew pride

Au départ, cette affirmation religieuse ressemblait à n’importe quelle pride : nous sommes ce que nous sommes et nous n’allons pas nous excuser pour ça. Cependant, avec le temps, l’idéal orthodoxe ne s’est plus limité à défendre la légitimité du mode de vie juif, il a de plus en plus cherché à s’affranchir des cadres de pensée des Lumières.

Comme leurs voisins non-juifs, les Juifs des xixe et xxe siècles s’étaient adaptés aux nouvelles idées, influencées par les idéaux des Lumières – singulièrement l’égalité entre Juifs et non-juifs, religieux et non religieux, hommes et femmes. Dans la diaspora, ces idées constituaient une critique des élites chrétiennes, qui se révélait potentiellement favorable aux Juifs. Mais en 1967, la victoire dans la guerre des Six Jours inaugure un basculement : littéralement interprétée comme le résultat d’une intervention divine et la preuve du soutien du Très-Haut au nouveau pouvoir juif, elle encourage un nombre croissant de rabbins et sommités religieuses à contester les idées des Lumières, dénoncées comme un dévoiement des principes authentiques de l’éthique juive. Parmi ces principes « authentiques », celui de l’inégalité entre Juifs et non-juifs bénéficie des avocats les plus bruyants. Plus besoin de se cacher ou de trouver des excuses pour postuler que les Juifs sont meilleurs que les goyim.

Les Juifs ultra-orthodoxes (haredim) sont convaincus que leurs privilèges, au premier chef l’exemption du service militaire, tout comme l’existence de limites claires à l’égalité des sexes, découlent naturellement de la tradition « authentique ». Des athées et laïques (au mieux tolérés) aux grands sages, virtuoses de la foi qui sont à leurs yeux les dirigeants légitimes de la société juive, toute la société israélienne devrait accepter la hiérarchie des religieux. Certes, les activités profanes, qu’il s’agisse du service militaire ou du ramassage des ordures, sont nécessaires, mais elles demeurent inférieures et subordonnées à l’étude de la Torah. Bien sûr, pour les Juifs laïques et semi-laïques (qu’on appelle traditionalistes en Israël), cette vision du monde pose quelques problèmes. Mais avec le temps, une partie des idées ultra-orthodoxes, particulièrement les plus nationalistes et suprémacistes, sont devenues acceptables pour de larges pans de la société.

Elus pour guider la société

Il faut préciser que les deux branches principales de l’orthodoxie israélienne – les ultra-orthodoxes ou haredim, et les sionistes-religieux ou nationaux-religieux – n’ont pas la même conception de l’État ni le même rapport avec lui. Pour les haredim, l’État est un instrument profane qui leur permet d’avoir le mode de vie de leur choix. Ils vouent leur existence à l’étude des textes sacrés du judaïsme, à charge pour l’État de payer et de fournir les infrastructures, les services publics et la sécurité. Pour les sionistes-religieux, l’État d’Israël est une étape du plan divin dont ils sont les accoucheurs et les futurs dirigeants. Toutefois, les deux groupes ont en commun le fait de se croire élus pour guider la société (et même le peuple juif) vers un mode de vie qui tourne radicalement le dos au modèle occidental, à ses idéaux d’égalité et de droits universels. Ils partagent également une détestation profonde du mode de vie profane, décrié comme faible et futile.

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Le conflit avec les Palestiniens a conféré une dimension explosive à cette guerre culturelle. La méfiance et l’hostilité suscitées par la guerre s’accommodent naturellement des préceptes religieux selon lesquels la violence débridée est moralement acceptable. La tradition juive abonde en justifications à ce sujet. De nombreuses règles halakhiques, élaborées durant les âges de faiblesse juive dans l’espérance de la fin des temps, se sont soudainement révélées pertinentes ici et maintenant. Trop de rabbins assimilent les Palestiniens aux sept nations qui gouvernaient la Terre promise avant sa conquête par Josué (qui précéda leur extermination) ou à la version contemporaine des Amalécites.  Trop de rabbins admettent, voire proclament que, dans une guerre entre le Dieu d’Israël et les ennemis d’Israël, il n’y a pas de civils innocents ni de spectateurs neutres, de sorte qu’il n’y a pas de limite aux dommages collatéraux acceptables. Dès lors que l’ennemi, qui comprend aussi les non-engagés, ne mérite pas la protection du droit de la guerre, les Juifs « authentiques » n’ont pas à se soumettre aux limitations des usages de la force édictés par les goyim. De plus, tous ceux qui critiquent Israël aujourd’hui ont fait bien pire. L’ère de la faiblesse et de la passivité juives est révolue. Maintenant que « la main d’Israël est puissante », formule religieuse qui signifie qu’il n’y a plus lieu de craindre les représailles des Gentils, la retenue politique n’est plus de mise.

Or, dans l’Israël d’après le 7-Octobre cette thématique de la main puissante exerce une séduction fatale sur une partie de la société. Quand il s’agit de déshumaniser l’ennemi, les ultra-orthodoxes opposés au service militaire sont tout aussi radicaux que leurs rivaux sionistes-religieux. Dans l’échelle de leur détestation, les Palestiniens sont suivis par les gens de gauche, traités de collabos. On peine à trouver un rabbin orthodoxe de poids qui exprime sa compassion pour les victimes palestiniennes innocentes. En revanche, il n’en manque pas pour proclamer que l’absence de pitié est un devoir religieux.

Encouragés par l’extrémisme croissant du gouvernement Netanyahou, choqués par le 7-Octobre, certains Juifs sont séduits par ce fantasme d’un retour au monde d’avant les Lumières au nom de la lignée et de la religion, antidotes indispensables face à un Occident tiédasse et velléitaire. Reste que beaucoup d’autres croient toujours à l’universel, aussi singulières (et tortueuses) soient les voies pour y parvenir. Profondément attachés aux idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité, ceux-là sont convaincus, comme l’étaient les pères fondateurs d’Israël, qu’Israël peut et doit être à la fois un État juif et démocratique.

Iris Mittenaere et Antoine Dupont : cette photo au Stade de France qui confirme que le couple ne se cache plus

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Après plusieurs mois sans apparition officielle ensemble, Iris Mittenaere et Antoine Dupont ont posé côte à côte dimanche au Stade de France. Le capitaine du XV de France donnait le coup d’envoi du premier match de saison régulière de NFL organisé en France.


Ils avaient officialisé leur relation cet été, mais restaient depuis relativement discrets. Dimanche 25 octobre, Iris Mittenaere et Antoine Dupont ont de nouveau accepté de poser ensemble devant les photographes au Stade de France. L’ancienne Miss Univers accompagnait le capitaine du XV de France à l’occasion du premier match de saison régulière de NFL organisé en France.

Antoine Dupont avait été choisi, avec Teddy Riner, pour donner le coup d’envoi de la rencontre entre les New Orleans Saints et les Pittsburgh Steelers. Leur apparition a immédiatement été relevée par la presse people : le couple n’avait plus réellement posé ensemble lors d’un grand événement public depuis plusieurs mois.

Une relation longtemps entourée de rumeurs

Avant leur officialisation, les apparitions communes du rugbyman et de l’ancienne Miss France avaient alimenté les spéculations. Le doute avait pris fin cet été lorsqu’Antoine Dupont avait publié une série de photographies de vacances comprenant une image où le couple s’embrassait.

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Le Stade de France offrait un décor idéal à cette nouvelle apparition : un événement sportif inédit, des dizaines de milliers de spectateurs et Antoine Dupont invité cette fois non comme joueur mais comme célébrité. Le couple n’a fait aucune déclaration supplémentaire. La photographie a suffi.

Attentat de Trappes : qui est Kévin T., le suspect traité pour schizophrénie ?

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Le suspect de 39 ans est accusé d’avoir ouvert le feu à Trappes et La Verrière, tuant Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et blessant cinq personnes, dont une fillette de 12 ans. L’enquête antiterroriste privilégie un mobile raciste. Son profil psychiatrique, son passé judiciaire, les armes retrouvées et la préparation de son appartement permettent désormais de mieux cerner un homme qui était inconnu des services de renseignement.


Vendredi 23 octobre, un homme circulant en Renault Clio a tiré en rafales dans les rues de Trappes puis de La Verrière. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, espoir du MMA d’origine congolaise, a été tué. Cinq autres personnes ont été blessées, dont une enfant de 12 ans grièvement touchée. Kévin T., 39 ans, a été interpellé peu après par des policiers de la BAC à Coignières. Le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour assassinat et tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance d’une appartenance vraie ou supposée à une race, une ethnie, une nation ou une religion.

Le suspect n’était pas fiché S et était inconnu de la DGSI et du renseignement territorial avant l’attaque. Il était en revanche connu de la police et son casier fait apparaître quatre anciennes condamnations selon les informations communiquées par des sources proches de l’enquête. Le Parisien cite notamment des antécédents liés à l’alcool au volant, au vol, au vol à l’étalage et aux stupéfiants.

Un appartement piégé et un pistolet-mitrailleur dans la voiture

Les constatations effectuées après son arrestation donnent une dimension supplémentaire à l’affaire. Avant les tirs, Kévin T. avait piégé son appartement de Plaisir avec des bouteilles de gaz et des fils électriques reliés à un minuteur, selon le Parquet national antiterroriste. Dans sa voiture, les enquêteurs ont découvert un pistolet-mitrailleur de type Sten ainsi qu’une bombe lacrymogène.

À son domicile, un exemplaire de Mein Kampf aurait été retrouvé, ainsi qu’une Bible et un Coran. Plusieurs proches l’ont décrit aux enquêteurs comme raciste. Ces éléments alimentent l’hypothèse d’un mobile idéologique, mais l’enquête doit encore déterminer précisément comment ses convictions, son état psychiatrique et sa consommation de stupéfiants ont pu intervenir dans le passage à l’acte.

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Schizophrénie, cannabis et cocaïne

Lors d’une première audition consacrée à son identité et à son parcours, Kévin T. a déclaré aux enquêteurs souffrir de schizophrénie et suivre un traitement. Selon plusieurs sources proches de l’enquête, ce diagnostic et ce suivi médical sont connus des enquêteurs. Après un examen psychiatrique réalisé samedi soir, sa garde à vue a été levée et il a été transféré à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police pour une période d’observation pouvant durer 48 heures. L’objectif est de déterminer si son état est compatible avec la reprise des auditions.

Le Parquet national antiterroriste a également annoncé que les analyses toxicologiques avaient révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang au moment des faits. Ces données ne suffisent pas à déterminer son discernement au moment de l’attaque. En droit pénal, les experts devront distinguer une éventuelle altération du discernement, qui n’empêche pas les poursuites, d’une abolition du discernement, susceptible d’entraîner une irresponsabilité pénale.

Le fait qu’un suspect soit atteint de schizophrénie ne permet pas, en lui-même, d’expliquer un passage à l’acte violent : l’immense majorité des personnes souffrant de cette maladie ne commettent pas de violences. Dans ce dossier, les enquêteurs doivent précisément éviter de confondre trois dimensions différentes : une pathologie psychiatrique déclarée, une possible motivation raciste documentée par plusieurs éléments matériels et une consommation de drogues au moment des faits.

Attentat de Trappes : le profil du suspect déroute les enquêteurs

Le profil de Kévin T. étonne parce qu’il ne correspond pas complètement aux catégories habituelles. Inconnu de la DGSI et du renseignement territorial avant l’attaque, il n’était pas identifié comme militant appartenant à une organisation structurée. Les enquêteurs disposent pourtant d’éléments laissant envisager une préparation de son passage à l’acte et un possible mobile idéologique. À cela s’ajoute un parcours psychiatrique désormais au centre des investigations.

Cette combinaison rappelle, avec toutes les précautions nécessaires, certains profils de « loups solitaires » rencontrés dans des affaires djihadistes. Non parce que leurs idéologies seraient comparables, mais parce que plusieurs passages à l’acte terroristes commis par des individus isolés ont posé la même difficulté aux enquêteurs : déterminer ce qui relève de la conviction idéologique, de troubles psychiatriques, d’une trajectoire personnelle chaotique ou de l’interaction entre ces différents facteurs. Un individu peut être radicalisé sans appartenir à un réseau et présenter parallèlement des troubles psychiques importants.

Le cas de Kévin T. oblige à poser exactement ces questions. Il a déclaré souffrir de schizophrénie et suivre un traitement. Des analyses ont également révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son organisme. Son état a justifié la suspension de sa garde à vue et son placement en observation psychiatrique. Mais d’autres éléments matériels conduisent les enquêteurs à ne pas réduire l’affaire à celle d’un homme déséquilibré ayant agi au hasard : arme, préparation de son appartement, choix des victimes et éléments susceptibles d’éclairer un mobile raciste doivent être examinés séparément.

Il faut ici éviter un raccourci. La schizophrénie n’est pas synonyme de violence et l’immense majorité des personnes qui en souffrent ne commettent évidemment aucun attentat. La question judiciaire est beaucoup plus précise : dans quel état mental Kévin T. se trouvait-il au moment des faits, son discernement était-il intact, altéré ou aboli, et quelle place une éventuelle idéologie raciste occupait-elle dans son passage à l’acte ?

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La vieille question du terroriste et du déséquilibré

L’affaire fait ainsi ressurgir un débat que la France connaît depuis les années d’attentats djihadistes. Après plusieurs attaques commises par des individus présentant des antécédents psychiatriques ou des trajectoires personnelles particulièrement instables, une question revenait régulièrement : a-t-on affaire à un malade qui se saisit d’une idéologie pour donner un sens à sa violence, à un terroriste souffrant parallèlement de troubles psychiatriques, ou aux deux à la fois ?

Il n’existe pas de réponse générale. Chaque dossier est différent et l’expertise psychiatrique ne peut être remplacée par une lecture politique. Mais Kévin T. rappelle combien les auteurs isolés constituent un défi pour les services de renseignement. Un réseau laisse des contacts, des communications, des déplacements et parfois des financements. Un individu qui se radicalise seul, dont le comportement se mêle à des troubles psychiques ou à une consommation de stupéfiants, peut être beaucoup plus difficile à détecter avant son passage à l’acte.

C’est peut-être l’aspect le plus inquiétant de l’affaire de Trappes. Après plus d’une décennie marquée par les attentats islamistes, les attaques commises par des individus isolés et désormais la crainte de violences provenant d’autres radicalités politiques, la France reste confrontée à la même difficulté : repérer avant qu’ils ne frappent des individus qui se situent à la frontière de la radicalisation, de la haine et parfois de la psychiatrie.

Aucun dispositif de renseignement ne permet de supprimer totalement ce risque. L’affaire de Trappes ne permet pas davantage de conclure à une nouvelle vague terroriste. Elle montre en revanche que la question du passage à l’acte individuel reste saillante dans une société française déjà profondément marquée par la violence politique et terroriste. Entre radicalisation idéologique, troubles psychiatriques et circulation des armes, la prévention se heurte toujours au même problème : certains individus ne deviennent visibles qu’au moment où ils passent à l’acte.

Ses parents et plusieurs proches placés en garde à vue

Quatre membres de l’entourage familial et amical du suspect ont été placés en garde à vue après l’attaque, parmi lesquels ses parents. Cette mesure vise notamment à reconstituer son parcours récent, ses propos, son accès aux armes et la préparation des faits. Elle ne signifie pas que ces proches sont soupçonnés d’avoir participé à l’attaque.

Un autre point impose une prudence particulière : dans les heures ayant suivi la fusillade, la photographie et le nom complet d’un autre homme portant le même prénom et la même initiale de nom ont circulé massivement sur X, Facebook et Instagram. Le Monde a confirmé auprès d’une source judiciaire que cet homme avait été accusé à tort. Certaines publications erronées ont dépassé plusieurs centaines de milliers de vues. L’identité complète du véritable suspect n’a donc pas à être déduite de ces publications.

À ce stade, les faits matériels sont lourds : une attaque préparée, une arme automatique, un appartement piégé, un mort et cinq blessés, des éléments racistes relevés par les enquêteurs et une saisine du parquet antiterroriste. Le profil psychiatrique de Kévin T. est désormais une question centrale de la procédure, mais il ne remplace pas l’enquête sur ses motivations. Les experts doivent déterminer son état mental ; les policiers et magistrats, eux, doivent établir pourquoi il a choisi ses victimes et jusqu’à quel point son attaque avait été préméditée.

Moody’s ne dégrade pas la France : pourquoi ce n’est pas forcément une bonne nouvelle

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L’agence américaine a maintenu vendredi la note française à Aa3, assortie d’une perspective négative. Le gouvernement s’en félicite, mais les marchés continuent de demander à la France une rémunération élevée pour lui prêter de l’argent.


Le couperet n’est pas tombé. Moody’s a décidé de conserver la note souveraine de la France à Aa3, soit la quatrième meilleure évaluation de son échelle. La perspective reste cependant négative. Le gouvernement a accueilli la décision comme un signe de résistance de l’économie française, mais le soulagement doit être relativisé : Fitch et S&P ont déjà abaissé leur appréciation de la dette française.

Le signal le plus concret vient désormais du marché obligataire. Le taux français à dix ans a franchi 5 % ces derniers jours et l’écart avec l’Allemagne s’est nettement creusé. BFM Business s’est ainsi demandé si les marchés commençaient à « s’attaquer » à la France. L’expression est spectaculaire : il s’agit surtout d’investisseurs qui demandent une rémunération supérieure lorsqu’ils estiment que le risque augmente.

Note de la France : Moody’s fait un pari sur les prochains mois

Le maintien de la note suppose que la France parvienne à adopter un budget crédible, à réduire progressivement son déficit et à retrouver davantage de stabilité politique. Moody’s ne dit donc pas que le problème français est réglé. L’agence considère qu’il peut encore être contenu.

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Pour les ménages, la notation ne modifie pas directement le taux d’un crédit immobilier du jour au lendemain. Mais un État qui se finance durablement plus cher finit par peser sur les conditions de financement du reste de l’économie. La décision de Moody’s évite une mauvaise nouvelle supplémentaire ; elle ne ramène ni les taux ni le déficit à leur niveau antérieur.

Marine Le Pen lance sa campagne à Orléans et caracole dans les sondages

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Devant 8 500 militants réunis dimanche au congrès du Rassemblement national, Marine Le Pen a donné le coup d’envoi de sa campagne présidentielle autour d’un mot, la « renaissance ». À six mois du scrutin, elle aborde cette séquence en position de force : les dernières enquêtes la placent nettement en tête du premier tour, entre 32 % et 36 % selon les instituts.


Le congrès devait renouveler les instances du parti. Il s’est transformé en lancement de campagne. Réuni les 24 et 25 octobre à Orléans, le Rassemblement national a réélu Jordan Bardella à sa présidence avant de laisser la scène à Marine Le Pen pour son premier grand meeting de la présidentielle. Les organisateurs revendiquaient environ 8 500 personnes dans la salle. À l’extérieur, plusieurs milliers de manifestants opposés au RN avaient défilé la veille, tandis que le dispositif policier autour du congrès était particulièrement important.

Marine Le Pen a choisi de présenter son projet sous le thème de la « renaissance ». « Je ne vous propose pas de refaire la France d’avant, je vous propose de concevoir et de construire la France de demain », a-t-elle déclaré. Elle a défini cette renaissance comme « une méthode, pas une rupture brutale et encore moins une révolution destructrice », mais comme « l’élévation progressive de tout un pays vers le beau, le vrai, le juste, vers la sécurité, la prospérité, la créativité ».

Des sondages très favorables à Marine Le Pen : Bardella à Matignon en cas de victoire

Le discours a aussi permis de clarifier l’architecture du pouvoir imaginée par la candidate. En cas de victoire, Marine Le Pen veut former un gouvernement « d’union nationale » et « pluraliste », dirigé par Jordan Bardella. Elle justifie cette ouverture par « la situation d’un pays fracturé » et par un « désir d’unité des Français ». Le président du RN, réélu pour trois ans, a lui-même présenté le parti comme prêt à gouverner « dans quelques mois aux côtés de Marine Le Pen ».

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Sur le fond, Marine Le Pen a repris les grands axes de son programme : immigration, sécurité, autorité de l’État, école, économie et protection sociale. La candidate veut aussi inscrire sa campagne dans un registre plus optimiste que lors de ses précédentes présidentielles. « Nous ne sommes pas dans le “c’était mieux avant”. Nous disons : “C’était bien avant, ce sera mieux demain” », a-t-elle lancé.

En tête des sondages : Marine Le Pen entre 32 et 36 % au premier tour

Cette mise en scène intervient alors que Marine Le Pen domine nettement les intentions de vote. L’enquête Ipsos bva-CESI publiée le 24 octobre pour Le Parisien la place entre 32 % et 33,5 % dans les quatre configurations testées. Deux autres enquêtes publiées le 23 octobre, OpinionWay pour le JDD et Toluna Harris Interactive pour RTL-M6, la donnent à 36 %. Dans cette dernière, Jean-Luc Mélenchon est deuxième à 17 %, devant Raphaël Glucksmann et Édouard Philippe à 12 %.

Il faut évidemment rappeler qu’un sondage six mois avant une présidentielle ne constitue pas une prédiction du résultat. Mais la stabilité de Marine Le Pen au-dessus de 30 % et l’éparpillement de ses concurrents lui donnent aujourd’hui une avance inhabituelle pour un premier tour. Ipsos souligne également le recul du bloc central, tandis que Jean-Luc Mélenchon progresse et se qualifierait pour le second tour dans les scénarios testés.

Le défi du RN n’est donc plus seulement de se qualifier. Marine Le Pen cherche désormais à élargir son électorat et à rendre crédible l’idée d’une majorité de gouvernement. Son insistance sur « l’union nationale », la désignation anticipée de Bardella pour Matignon et le vocabulaire de la « renaissance » répondent directement à cette stratégie. À Orléans, le RN a moins cherché à démontrer qu’il pouvait arriver au second tour qu’à installer l’idée qu’il pouvait gagner le second.

Élection en Israël: le parfum de la discorde

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À la veille des élections, les « parlements » israéliens ne désemplissent pas. Dans les cafés, les kiosques et les jardins publics, on s’engueule, on s’insulte et on refait le monde autour d’un café. Mais après trois années de guerre, une question se pose. Les Israéliens sauront-ils encore se retrouver après la dispute ?


L’automne à Rehovot a une odeur particulière, celle des goyaves qui mûrissent dans les jardins des vieux quartiers. Fondée en 1890 par des pionniers de la première aliyah, cette ancienne colonie agricole est devenue une ville où cohabitent les chercheurs de l’Institut Weizmann, les familles d’origine yéménite des quartiers de Sha’arayim et Marmorek, les hassidim de Kretchnif, les notables issus des familles de planteurs d’orangers (devenus promoteurs immobiliers) et les religieux nationaux de la yeshiva Hadarom, liée au mouvement religieux national Bnei Akiva. Autant de mondes qui se croisent sans nécessairement se mélanger. La ville est devenue si représentative de la diversité israélienne que les grands médias y envoient leurs reporters prendre la température du pays réel. Mais tous connaissent l’odeur des goyaves. Difficile d’y échapper. La goyave est probablement le fruit le plus clivant d’Israël. On adore son parfum ou on ne le supporte pas. L’indifférence est rare. À la veille des élections, la politique israélienne ressemble à une goyave. Elle embaume pour les uns, empeste pour les autres, et personne ne peut faire comme si elle n’existait pas.

Les GG du Moyen-Orient

Pour prendre le pouls du pays, il faut visiter ses parlements. Pas la Knesset, à Jérusalem, mais ces assemblées informelles qui se réunissent chaque matin autour d’un café. L’un des plus anciens et des plus célèbres est le « Parlement de Rishon », né dans l’ancienne colonie agricole de Rishon LeZion. Ses membres, des hommes du cru, se retrouvaient au café du bourg pour commenter l’actualité dans une langue directe et imagée. Parmi ses fondateurs figurait Uri Porat, journaliste à Yedioth Aharonoth, qui deviendra conseiller de Menahem Begin puis directeur général de l’audiovisuel public. Ce petit cercle de notables et de grandes gueules acquit une notoriété nationale lorsque Galei Tsahal, la radio de l’armée, lui accorda une rubrique régulière dans son émission de l’après-midi, Shatayim Mishtayim (« Deux heures à partir de deux heures »).

The Parliement, série diffusée entre 2012 et 2014. DR.

En 1982, pendant la première guerre du Liban, les parlementaires voulurent profiter de leur tribune pour louer le ministre de la Défense Ariel Sharon et le chef d’état-major Rafael Eitan. Les responsables de l’émission refusèrent, invoquant une consigne interdisant d’aborder les questions controversées liées aux combats. Deux membres du parlement, Amnon Nahmias et Yigal Becker, dénoncèrent une censure politique et accusèrent la radio militaire de favoriser la gauche. La collaboration prit fin. Même autour d’une table de café, les querelles israéliennes pouvaient devenir des affaires nationales.

Depuis, les parlements se sont multipliés. On en trouve dans les villes, les quartiers et les villages. Quelques chaises en plastique, un coin d’ombre, du café et deux ou trois grandes gueules suffisent pour en faire naître un. Le lendemain, les mêmes reviennent, souvent à la même place. Un habitué s’absente et on s’inquiète. Un nouveau arrive et doit faire ses preuves. Certains parlements ont un président, d’autres un doyen, tous ont leurs bavards et leurs contradicteurs attitrés. La télévision israélienne en a même tiré une caricature avec Shauli, personnage incarné par Assi Cohen dans Le Parlement, dont les emportements et les certitudes poussent jusqu’à l’absurde les travers de ces discussions. Et du pays.

Un reportage publié en 2015 dans la presse locale de Rishon LeZion montre à quel point l’institution conserve sa vitalité. Une dizaine de retraités occupent leur table habituelle, encombrée de journaux et de tasses de café. En un quart d’heure, la conversation passe de la politique au football, puis aux souvenirs de la ville. Les voix montent, les interlocuteurs se coupent la parole et le patron intervient pour ramener un peu de calme. Personne ne songe à partir. La discussion reprendra le lendemain.

Troisième lieu

Les sociologues parleraient d’un « troisième lieu », ni domicile ni travail, fonction longtemps remplie par le café européen. On y lisait les journaux, échangeait des informations, discutait des affaires publiques et entretenait des relations. Le parlement israélien appartient à cette famille, avec une particularité. Le café n’est souvent qu’un prétexte. On ne vient pas seulement retrouver des gens avec lesquels on est d’accord. On vient surtout retrouver ceux avec lesquels on ne l’est jamais, se moquer d’eux, leur faire admettre qu’ils sont cons. Et finir par se battre avec eux pour le droit de payer la tournée.

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Cette institution conserve quelque chose des anciens bourgs agricoles de la plaine côtière, notamment Rehovot et Rishon LeZion, fondés à la fin du XIXe siècle. Les habitants s’y connaissaient, les familles avaient des histoires communes et les désaccords politiques se mêlaient aux rivalités personnelles. Des hommes comme Meirovitch, digne descendant de la première aliyah, prolongent cette tradition. Ils parlent politique comme on parle des affaires de famille, en se référant à la vie sexuelle et les pires travers des bisaïeux de son interlocuteur et avec la familiarité de ceux qui se connaissent depuis longtemps et n’ont aucune raison de ménager les uns les autres.

Ici, le dougri, le parler franc, est une vertu. Le mot vient du turc doğru, qui signifie « droit » ou « vrai ». Passé dans l’arabe familier du Proche-Orient, il est entré dans l’hébreu parlé au contact de la population arabe à l’époque du Yichouv, avant la création de l’État. Parler dougri, c’est aller droit au but, sans détour ni précaution oratoire. Cette franchise brutale est devenue l’un des traits revendiqués de la culture israélienne. Dans les parlements, on coupe la parole, on hausse le ton, on s’insulte parfois. Les formules de politesse passent pour des précautions inutiles, voire pour de l’hypocrisie. On peut traiter son voisin d’imbécile et lui demander quelques minutes plus tard des nouvelles de ses petits-enfants. La violence verbale n’interdit pas la proximité. Elle en est parfois une manifestation.

Naftali Bennett, un habitué

Naftali Bennett semble avoir compris l’intérêt politique de ces parlements et de cette culture dougri. Comme Daniel dans la fosse aux lions, l’ancien Premier ministre les fréquente à travers le pays, acceptant de se soumettre aux questions, mais surtout aux interruptions et aux insultes des habitués. Ces parlements constituent une sorte de place publique israélienne, où les responsables politiques peuvent rencontrer les électeurs sans la protection des plateaux de télévision ni le contrôle de leurs équipes de communication. Bennett en a fait un élément de sa stratégie de campagne. L’exercice lui permet de montrer qu’il n’a pas peur de la contradiction et de transformer chaque confrontation en séquence susceptible de circuler sur les réseaux sociaux. Il semble notamment séduire une partie des jeunes électeurs, qui découvrent ces échanges sur leurs écrans plutôt qu’autour des tables de café.

Mais ces parlements ne sont pas seulement des lieux où les hommes politiques viennent chercher des électeurs. Ils remplissent une fonction plus ancienne et peut-être plus importante. On se souvient de la célèbre caricature de Caran d’Ache, publiée dans Le Figaro pendant l’affaire Dreyfus. Deux dessins montrent un dîner de famille. Sous le premier, « Surtout ! ne parlons pas de l’affaire Dreyfus ! ». Sous le second, où les convives se battent au milieu des meubles renversés, « Ils en ont parlé… ». Dans les parlements israéliens, au contraire, on vient précisément pour en parler. Il ne s’agit pas de convaincre, encore moins de parvenir à un accord. Il s’agit de participer à une dispute commune, surtout pas l’éviter ! Après les cris, les insultes et les accusations, on commande un autre café, on échange une plaisanterie et on se donne rendez-vous pour le lendemain. La dispute a lieu à l’intérieur d’un monde partagé.

Mais à la veille de ces élections, quelque chose semble avoir changé. Les enjeux sont d’une gravité sans précédent depuis 1948. Trois années de guerre, des morts, des otages, des familles endeuillées, des réservistes mobilisés à répétition, des pertes économiques considérables, parfois jusqu’à la ruine. Les désaccords ne portent plus seulement sur les partis, les dirigeants ou les décisions du gouvernement. Ils touchent au 7-Octobre, à la conduite de la guerre, à la responsabilité de l’État, à la religion et à la définition même du pays. Derrière les divergences politiques se cachent désormais des expériences personnelles douloureuses. Les mots sont souvent les mêmes, mais ils ne produisent plus nécessairement les mêmes effets. Une insulte qui aurait autrefois provoqué un éclat de rire peut désormais laisser une rancune.

De plus en plus de parlementaires se demandent si, cette fois encore, ils pourront recoller les morceaux. Car la démocratie des chaises en plastique repose sur une condition que personne n’avait besoin de formuler. On peut se disputer toute la matinée à condition de pouvoir se retrouver le lendemain. C’est précisément cette certitude qui semble être en jeu.

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Villepin façon puzzle…

Marion Maréchal et Dominique de Villepin ont confronté leurs opinions chez Maxime Switek et Sonia Mabrouk sur BFMTV, jeudi dernier. La nièce de Marine Le Pen a rhabillé l’ancien Premier ministre pour l’hiver.


Ce débat, c’était en fait la confrontation entre la grandiloquence du verbe creux et la tranquille affirmation du réel. Inutile de préciser, semble-t-il, qui des deux participants jouait de la grandiloquence et qui avançait sous la bannière du réel.

Villepin n’est à l’aise que dans la prédication sans obstacle, sans contradiction, lorsqu’il peut déployer ses longues périodes oratoires, ses morceaux de bravoure qui, d’ailleurs, le plus souvent, au bout du bout, nous font penser au Trissotin de Molière dont on ne manquait pas de se gausser. « On cherche ce qu’il a dit après qu’il a parlé », ironisait-on. Même sentiment en écoutant M. de Villepin, tant son propos est filandreux, nébuleux, bavard.

Là, face à Marion Maréchal, la mécanique ne pouvait pas marcher, la péroraison n’ayant pas la latitude de se déployer, de remplir sa petite fonction quasi hypnotique.

En réalité, il y avait également dans cette joute, serrée mais toujours courtoise, l’opposition entre deux époques de la vie publique du pays. M. de Villepin se croit encore dans les années 70/80, où la politique s’inspirait encore des bons vieux accommodements de la tradition radicale-socialiste, tendance cassoulet de la Quatrième République. Sous le discours, sous l’aisance rhétorique, la faconde, l’immobilisme en majesté. Le vide.

Sur tous les sujets (le climat insurrectionnel de ces derniers jours, l’immigration, l’intégration, la transition écologique), Villepin s’est trouvé dépassé. Dépassé par l’insigne talent de Marion Maréchal, c’est un fait, mais aussi, encore une fois, par la puissance argumentaire que constitue à elle seule l’évocation de « la réalité vraie », comme dirait l’autre.

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Cela était particulièrement patent lorsque l’ex-Premier ministre s’égarait à contester la légitimité du recours au référendum prôné par la droite nationale (sur l’immigration par exemple), se fourvoyant jusqu’à condamner cette initiative au motif qu’elle serait antirépublicaine. Avec son charmant sourire, son opposante se fit un plaisir de souligner que, si tel était le cas, le général de Gaulle s’était montré lui-même antirépublicain. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. À mesure que les sujets étaient abordés, le même décalage se constatait : d’un côté, le vent du verbe politicien à l’ancienne ; de l’autre, la référence solide, argumentée, au concret des enjeux et de la vie du pays telle qu’elle est.

On atteint des sommets sur le plan des principes lorsque se trouve abordée la notion de « Français de souche ». Pour Villepin, dans la République, le Français de souche n’existe pas. Je ne fais que citer son propos, hélas. Alors Marion Maréchal, toujours un aimable sourire aux lèvres, de lui rappeler tranquillement que, dans son remarquable et remarqué discours à l’ONU en 2003, il avait ouvert sa prestation en évoquant « ce vieux pays » au nom duquel il parlait. Qu’était-ce donc que le peuple de ce vieux pays ? questionna malicieusement Marion. Pas de réponse, évidemment. Des sommets encore, lorsque lui est rappelée la molle bienveillance dont il a fait preuve, aux affaires, pour les Frères musulmans et leur stratégie d’entrisme dans les rouages de notre République. Là, il n’eut d’autre échappatoire que la mauvaise foi. « Vous mentez », eut alors beau jeu de lui lancer sa contradictrice.

Villepin, niant l’existence du « Français de souche dans la République », commet une erreur gravissime, qui consiste tout simplement à évacuer la réalité supérieure qu’est la nation. La nation, qui s’impose en premier quel que soit le régime sous lequel elle se trouve régie à tel ou tel moment de son histoire. Et la nation, c’est bien sûr avant tout un peuple, un peuple clairement identifié. En l’occurrence, le nôtre. La tare majeure des élites de notre pays ces temps-ci est bel et bien à dénicher dans ce genre de trahison intellectuelle.

En fait, M. de Villepin est sorti de là « façon puzzle », comme il est dit dans Les Tontons flingueurs. Sa pensée politique, éculée, usée, tragiquement impuissante, est ramenée à ce qu’elle est : un exercice de fin de dîner entre soi dans les beaux quartiers.

Il faut dire que, d’entrée de jeu, Sonia Mabrouk avait quelque peu sonné la charge. « Vous êtes un coucou. Vous ne savez plus où vous habitez », devait-elle asséner, elle aussi souriante. Elle mettait ainsi en exergue le fait que cet homme supposé de droite triomphait avec grand plaisir à la fête de l’Huma et pouvait se flatter d’engranger les caresses répétées et plutôt lourdingues de Mediapart.

En effet, il ne sait plus où il habite, M. de Villepin. Il n’est pas le seul dans son petit monde politique sans couleur et sans saveur, sans conviction, sans exigence vraie, relique de temps déjà anciens et surtout totalement dépassés. Il ne sait peut-être pas où il habite, mais ce soir de débat, c’est bel et bien dans sa cour que son adversaire l’a renvoyé jouer.

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« Classes » dangereuses: le rôle des réseaux associaux et de l’IA pointé du doigt

L’exécutif reconnait que Snapchat ou TikTok, et l’intelligence artificielle, lui compliquent la tâche dans la maitrise des débordements en marge du soulèvement lycéen (casseurs, black bloc, pilleurs, etc.) Analyses.


La promesse de l’intelligence artificielle, capable, selon ses créateurs ou experts, d’améliorer le monde comme de le détruire, dépasse largement le cadre d’une nouvelle révolution technologique. Le spectre de l’intelligence artificielle, qui s’est immiscé, lui aussi, dans le mouvement lycéen, hante les fondements fragilisés de notre société.


« ChatGPT, rédige-moi un tract pour la manif. » « ChatGPT, crée-moi une image de confrontation musclée entre les jeunes et la police. » Comme toute activité humaine de nos jours ou presque, le mouvement lycéen, qui secoue la France depuis plusieurs semaines, possède son double numérique. Et ce double numérique serait probablement, si l’on en croit le dernier classement PISA, plus intelligent que la plupart des adolescents qui dénoncent la pénurie de professeurs et le manque de moyens dans les établissements d’enseignement français.

Couper Internet arrêterait-il la protestation ?

Depuis le début de la crise, partie du lycée professionnel Antoine-de-Saint-Exupéry de Créteil à la mi-septembre, les algorithmes de l’intelligence artificielle ont œuvré à la diffusion massive, sur les réseaux sociaux, de tracts rédigés par des assistants virtuels de type ChatGPT, mais aussi de vidéos et de visuels, souvent truqués, qui agissent sur les adolescents comme un véritable Red Bull émotionnel.

Lors de son audition devant la commission de l’Assemblée nationale, le 7 octobre dernier, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a souligné l’impact considérable de l’IA et des réseaux sociaux dans l’amplification du mouvement, ainsi que les difficultés du gouvernement à contrer cet élan.

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Internet et les réseaux sociaux avaient déjà joué un rôle prépondérant lors de l’émergence des gilets jaunes, il y a huit ans. L’IA a permis de porter l’action protestataire actuelle à un autre niveau, en assurant cette fois non seulement la coordination entre les différents groupes de manifestants, mais également en les guidant dans leurs choix de messages et d’images pour amplifier le mouvement.

« Tout se fait sur nos téléphones », ont raconté les filles du lycée Paul-Cornu, à Lisieux, au journal Ouest-France, le 9 octobre dernier. « On n’a pas vraiment de porte-parole, ça se joue plus sur la personne qui va prendre les devants. Mais c’est très suivi, en général. »

Par le passé, les figures des luttes populaires se sont appelées Robespierre, Trotski, Che Guevara ou Cohn-Bendit. Aujourd’hui, elles se prénomment ChatGPT, Claude et Gemini ! D’ailleurs c’est un outil IA qui a permis de concevoir, spécialement pour les manifestations du samedi 17 octobre, l’application qui avait pour objectif de cartographier en temps réel les positions des forces de l’ordre, afin de permettre aux black blocs de maximiser la casse en toute impunité.

Elon Musk dans les pas de Karl Marx

Cette capacité de l’intelligence artificielle à s’immiscer dans le fonctionnement politico-social de notre société s’affirme davantage chaque jour, et pas uniquement en France. Au mois de juillet, Elon Musk, encore lui, a déclaré, lors d’un entretien accordé au magazine The Economist, que, dans dix ans, l’humanité n’aurait plus besoin d’argent. Car l’intelligence artificielle et les robots fourniraient davantage de produits et de services que nous pourrions consommer !

L’hypothèse avancée par l’homme le plus riche de la planète traduit l’ambition réelle des fondateurs du Golem 2.0 : ne pas se contenter d’un rôle dominant dans le secteur traditionnel des géants de la tech. L’ivresse provoquée par la puissance des algorithmes, capables d’écrire des livres, de composer de la musique et de résoudre des problèmes mathématiques sur lesquels des chercheurs ont buté pendant des décennies, propulse l’intelligence artificielle au rang des forces susceptibles de bouleverser l’ordre social actuel dans les pays occidentaux, déjà fragilisés par la perte de multiples repères traditionnels.

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« Quand auront disparu les sources de la richesse collective et que tous les ressorts de la richesse collective jailliront avec plus d’abondance, alors seulement l’horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux : De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! » Cette promesse, formulée un siècle et demi avant Elon Musk par Karl Marx dans sa célèbre Critique du programme de Gotha, écrite en 1875, frappe par les parallèles troublants entre les discours des deux hommes. À une différence près : Marx misait sur l’homme, dont l’erreur est le propre, tandis que Musk promeut la logique implacable des microprocesseurs, qui ne doutent jamais.

La doctrine marxiste a conditionné l’évolution du monde pendant de nombreuses décennies. Il a fallu des dizaines de millions de morts dans les révolutions communistes russe et chinoise, ainsi qu’une guerre parmi les plus atroces de l’histoire de l’humanité, dont l’une des causes fut la peur paranoïaque du Troisième Reich face au prétendu « judéo-bolchevisme » mondialisé, pour finalement parvenir au constat qu’un régime totalitaire ne pouvait constituer une issue convenable pour une société égalitaire.

Le monde va changer de base…

La percée de l’intelligence artificielle dans tous les secteurs de l’activité humaine ne rencontre, pour le moment, aucun obstacle majeur sur son chemin. La logique du progrès technologique, qui constitue depuis les origines de l’humanité l’un des principaux moteurs de l’évolution des civilisations, laisse présager la généralisation des robots dans tous les domaines d’activité.

Selon un rapport publié par Goldman Sachs, l’IA pourrait remplacer, en 2026, l’équivalent de 25 millions d’emplois à temps plein dans le monde. Ce chiffre atteindrait 270 millions d’ici à 2030. Un autre rapport, celui du Forum économique mondial, affirme que, sur la même période, la percée de l’IA permettrait de créer 78 millions d’emplois. Les statistiques peuvent naturellement varier, mais l’équation homme-robot sur le marché du travail ne semble pas favorable à l’homme.

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En attendant, les grands patrons de l’intelligence artificielle jouent sur le terrain des valeurs morales de leur créature. Au mois de mai dernier, Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic et de son « ami qui nous veut du bien », Claude, l’assistant d’IA, s’est rendu au Vatican pour évoquer avec le pape Léon XIV la question d’une « conscience artificielle », dont les robots pourraient, selon cet entrepreneur de 34 ans, être dotés. En d’autres termes, pour M. Olah, la conception d’un robot serait comparable à la création divine de l’homme racontée dans la Bible. Sam Altman, le patron d’OpenAI et principal rival d’Anthropic, avait, quant à lui, parlé il y a quelques années de l’IA comme d’une « intelligence magique dans le ciel ».

« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, il s’agit maintenant de le transformer », écrivait Karl Marx en son temps. La toute-puissance de l’intelligence artificielle, revendiquée par ses créateurs, capable du meilleur comme du pire, place la technologie du supercalcul informatique au cœur des doctrines sociétales et de nouvelles croyances, que le monde n’avait plus vu émerger avec une telle ambition depuis la chute du mur de Berlin.

On aurait tellement aimé que l’intelligence artificielle, à laquelle ses créateurs ne fixent aucune limite, sache soigner les maladies incurables, aider à prévenir les incendies ravageurs dans les forêts ou agir lors des crises migratoires, comme celle de Ceuta en août dernier. Mais c’est dans le registre politico-social que l’impact des algorithmes et des calculs surpuissants risque d’être le plus considérable. En nous promettant des bouleversements sans précédent, un monde nouveau et, peut-être, un monde heureux et juste. C’était comment, déjà, dans le chant de L’Internationale ?

Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !

[…]

Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

La France n’a plus qu’un carburant: la haine…

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Des lycéens présentent leurs pancartes injurieuses dans le métro parisien, le 1 octobre 2026 © Frederic MUNSCH/SIPA

À force de laisser la haine envahir l’espace public et l’invective tenir lieu de politique, on ne reconnait plus la France.


On va soutenir que c’est normal, que notre président a totalement démérité… Pourtant, il me semble qu’on a dépassé ce que la démocratie, même la plus tolérante, se doit d’accepter quand une bande de voyous, a hurlé, au passage du président quittant Trappes, cette cité tragiquement meurtrie : « Nique ta mère, Macron ! »

Cela n’affecterait-il que le pouvoir dans son expression officielle que ce serait déjà un scandale. Comme si beaucoup n’étaient plus capables de maîtriser leur verbe collectif en lui permettant de retrouver une légitimité, une crédibilité. Pour être assurés d’être écoutés, sinon entendus. Mais il y a une tradition nationale qui interdit la moindre complaisance avec les autorités et impose une contestation en toutes circonstances, un réflexe dont on ne veut à aucun prix se débarrasser. Comme s’il nous faisait honneur alors qu’il devrait nous faire honte. Rien n’est plus ridicule que ces opposants compulsifs qui, même si quelque chose de bien était accompli, continueraient, dans une mécanique folle, à vociférer sans savoir pourquoi. Le pire est que ce poison a gangrené l’ensemble du pays, et notamment ses activités politiques, sociales et médiatiques. Il y a des délires qui versent dans le maximalisme, dans l’annonce de manifestations avant que celle en cours ne soit terminée, dans l’inversion des responsabilités, dans une fureur se nourrissant elle-même et réclamant des solutions que même le temps long ne parviendrait pas à trouver. Le jeunisme, cette peur panique d’être en retard d’une démagogie, ne cesse de frapper. Les lycéens et les étudiants sont sanctifiés par principe et on s’obstine à ne pas voir que leurs revendications, en apparence concrètes, ne sont que la formulation d’un mal de vivre avec « un vague des passions et des concepts » contre lequel on ne peut rien. Jean-Luc Mélenchon est fier de nous menacer de défilés et de violences à répétition si le pouvoir « ne cède pas ». C’est-à-dire s’efface totalement. Il est vrai que des extrémistes clament encore leur indignation et réclament qu’Emmanuel Macron parte avant l’heure, alors que déjà ses possibilités d’action sont moribondes et que certains citoyens s’en félicitent plus qu’ils ne le regrettent. Dans quel monde vit-on pour que le pouvoir soit déclaré responsable des violences et des dévastations du 17 octobre quand, pour avoir il est vrai été maladroit, il a eu affaire à des brutes, des incendiaires et des pillards ? Dans quel climat respire-t-on pour que le 24 octobre apparaisse comme un succès, même relatif, alors qu’on sait déjà que l’avenir sera très angoissant ? Deux échéances au moins verront des forces coalisées se dresser contre un pouvoir qui ne sait plus sur quel pied danser, et contre ceux qui protègent nos personnes et nos biens, les titulaires de la force légitime. Quelle étrange manière, dans certains médias, de parler de « camp retranché » à propos du congrès du RN du 24 octobre, comme si ce parti n’avait pas été contraint de se retrancher face à une multitude d’opposants qui, pourtant, n’avaient que le mot de démocratie à la bouche, mais considéraient que la favorite pour accéder au second tour de 2027 n’y avait pas droit. Sans comprendre qu’ils lui donnaient ainsi du grain à moudre et alimentaient à foison l’exigence d’ordre… Entendre Olivier Faure dans Le Grand Jury du 25 octobre ne pouvait que laisser stupéfait ou, pire, effondré. Quelle haine sournoise, élégante et complice dans cette manière de justifier les slogans abjects du 24 octobre, comme pour ne pas paraître dépassé par l’ignominie collective ! Cette hostilité – un euphémisme – a trouvé sa cible, au-delà d’Emmanuel Macron, en tous ceux qui, désespérément, cherchent à apaiser, qu’ils soient opposants ou non, car il y a une manière intelligente et mesurée d’exprimer sa colère. Tout particulièrement à l’encontre de Raphaël Glucksmann qui, encore à Amiens, a dû subir et payer la rançon de son entêtement à ne pas ériger la morale et la politique en foire d’empoigne. Cette France-là, dont le seul carburant est aujourd’hui la haine, est en partie la conséquence d’une pratique présidentielle qui a multiplié les fautes, sans être véritablement sourde aux attentes des Français, mais en demeurant constamment décalée par rapport à elles. Le résultat est qu’il n’est plus absurde de prévoir la présence de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon au second tour de l’élection présidentielle de 2027, malgré le large écart qui les sépare. Si le second l’emportait, la haine serait au pouvoir. Avec la première, dominerait une impossibilité tragique de rassemblement. Ce n’est pas la même chose. Marine Le Pen se pose effectivement, de manière anticipée, comme la présidente et, en tout cas, comme celle qui, dans un pays qui a perdu ses marques et ses repères, parce que la haine et l’invective lui ont fait oublier ce qu’étaient la pensée et la politesse républicaine, se contente d’engranger ce que le réel, en permanence, lui apporte. Il aurait été facile, mais fastidieux, de poursuivre cette litanie qui démontre, dans la France elle-même et d’où qu’on l’observe, la domination de la haine et le refus absolu de mettre à bas les frontières partisanes, tandis que les convictions sont étouffées par les instincts et les humeurs. L’obsession de la concorde ne serait pas, pour 2027, le plus médiocre des impératifs.

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Chine : après avoir perdu trois sponsors, Mbappé tente de rattraper sa bourde sur le «dictateur chinois»

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Kylian Mbappé a perdu plusieurs sponsors en Chine après une plaisanterie maladroite sur Mao Zedong, qualifié de dictateur.
SHANGHAI, CHINA - JUNE 30: An advertisement featuring French footballer Kylian Mbappe for Dongpeng electrolyte drink is displayed at a subway station on June 30, 2026 in Shanghai, China. The campaign promotes the beverage brand across public transit locations. (Photo by Chen Yuyu/VCG ) Photo via Newscom/vcgphotos466191/Chen Yuyu/VCG/Newscom/SIPA/2610270837

La plaisanterie sur Mao Zedong a déjà coûté cher à Kylian Mbappé. Trois entreprises chinoises ont rompu avec lui, des contenus à son image ont disparu de plusieurs plateformes et la télévision d’État aurait suspendu des retransmissions de Liga. Mardi, le capitaine des Bleus a finalement publié un communiqué d’excuses pour tenter d’éteindre l’incendie. Une opération de rattrapage qui intervient après les premières sanctions commerciales et médiatiques.


Quelques heures après avoir perdu le Ballon d’Or face à Harry Kane, Kylian Mbappé a découvert qu’une plaisanterie de quelques secondes pouvait lui coûter bien davantage qu’un trophée individuel. La séquence, extraite d’une conversation où le Français évoquait les détournements de son image qui l’amusent le plus, le montre parlant d’un montage avec « un mec, un dictateur chinois je crois » avant qu’apparaisse un mème associant son visage à Mao Zedong. Reuters et l’AFP ont indiqué ne pas avoir pu authentifier indépendamment la vidéo lorsqu’elle a commencé à circuler.

En Chine, la réaction a été presque immédiate. Dongpeng Beverage et le groupe laitier Mengniu ont annoncé la fin de toute collaboration avec l’attaquant du Real Madrid. Shanghai Milkground a ensuite pris la même décision. Les entreprises ont invoqué des propos ou comportements portant atteinte aux « sentiments du peuple chinois » ou aux « sentiments nationaux », une formule particulièrement lourde dans le contexte politique chinois.

Mbappé présente ses excuses

Face à l’ampleur prise par l’affaire, Mbappé a fini par réagir directement. Dans un communiqué publié mardi sur son compte X, le Français reconnaît que son commentaire était irréfléchi, explique comprendre qu’il ait pu blesser des personnes en Chine ainsi que des membres de la communauté chinoise dans le monde, et assure qu’il n’avait aucune intention d’offenser. Il exprime également son respect pour le peuple chinois et pour son histoire.

Le calendrier donne forcément à ce message des allures d’opération de rattrapage. Les excuses interviennent après l’annonce des ruptures de contrats et alors que la polémique a déjà dépassé le seul terrain publicitaire. On ne peut évidemment pas connaître les motivations exactes du joueur, mais son communiqué cherche clairement à limiter les dégâts d’une phrase dont les conséquences commerciales sont désormais très concrètes.

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BFMTV montre l’ampleur de la crise

BFMTV a également consacré une séquence à l’affaire mardi, au moment où les excuses de Mbappé commençaient à circuler. La chaîne revient sur les partenaires chinois qui ont pris leurs distances et sur la vitesse avec laquelle une plaisanterie prononcée dans un contexte détendu s’est transformée en crise d’image internationale.

Le contraste est spectaculaire avec la situation du Français quelques jours plus tôt. Mbappé était jusqu’ici une figure extrêmement valorisée par les annonceurs chinois. Pendant la Coupe du monde 2026, Dongpeng avait notamment utilisé son image dans de vastes campagnes publicitaires. Sa popularité locale dépassait largement les seuls supporters du Real Madrid et de l’équipe de France.

La télévision et les plateformes chinoises s’en mêlent

Selon plusieurs médias, les conséquences ne se limitent plus aux sponsors. CCTV, la télévision publique chinoise, aurait suspendu certaines retransmissions de Liga et retiré des contenus associés à Mbappé. Des plateformes sportives chinoises ont également supprimé ou modifié des contenus dans lesquels il apparaissait, tandis que les appels à son boycott se multipliaient sur Weibo.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a lui-même été interrogé. Son porte-parole Guo Jiakun a déclaré que les paroles et les actes blessant les sentiments du peuple chinois rencontreraient naturellement l’opposition de la société chinoise. Pékin n’a pas annoncé de sanction officielle contre le joueur, mais cette prise de parole suffit à montrer que l’affaire a quitté le seul domaine du marketing.

Trois contrats perdus pour une blague

Le plus étonnant reste la disproportion apparente entre la scène d’origine et ses conséquences. Mbappé ne prononce pas un discours politique construit sur la Chine. Il répond à une question sur un mème qui le fait rire et semble lui-même hésiter sur l’identité du personnage représenté. Mais Mao Zedong reste une figure centrale et extrêmement sensible de l’histoire officielle chinoise. Ce qui pouvait passer pour une plaisanterie banale dans une conversation européenne a donc été reçu comme une offense politique.

Pour une célébrité mondiale, cette différence de contexte est précisément le risque. Les contrats publicitaires internationaux ne vendent pas seulement des performances sportives : ils vendent une image compatible avec les sensibilités de marchés très différents. En Chine, où les marques réagissent rapidement aux controverses touchant à la souveraineté, à l’histoire ou aux symboles nationaux, quelques mots peuvent suffire à rendre une égérie beaucoup plus coûteuse qu’elle ne rapporte.

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Les excuses suffiront-elles ?

C’est désormais toute la question. Mbappé essaie manifestement de refermer la parenthèse avant qu’elle ne compromette durablement sa valeur commerciale en Chine. Son communiqué est calibré pour cela : reconnaissance d’une maladresse, absence d’intention hostile, respect du peuple chinois et de son histoire. Il ne cherche pas à défendre la qualification de Mao ni à prolonger la discussion historique. Il tente de sortir du terrain politique sur lequel sa plaisanterie l’a conduit.

Mais les premières décisions ont déjà été prises. Trois partenaires ont rompu avec lui et son image a commencé à disparaître de certains médias et services chinois. Il est donc trop tôt pour savoir si les excuses permettront de sauver le reste de ses activités dans le pays.

En moins de vingt-quatre heures, Mbappé aura ainsi connu deux déconvenues très différentes. Harry Kane lui a pris le Ballon d’Or à Londres. En Chine, une plaisanterie sur un « dictateur » lui a fait perdre plusieurs sponsors et l’oblige maintenant à présenter publiquement ses excuses. La première défaite est sportive. La seconde pourrait être beaucoup plus chère.

Les Lumières et le candélabre

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Manifestation de milliers de juifs ultra-orthodoxes contre l’enrôlement militaire, devant la prison 10, près de Kfar Yona, 20 juillet 2026 © Hilel Ben Or/JNA Press/Sipa USA

Certains courants orthodoxes et nationalistes, de plus en plus influents en Israël, pensent que la démocratie libérale est la marque du seul Occident chrétien, et qu’à ce titre, l’État juif doit divorcer des Lumières. Plus que jamais, l’avenir du pays dépend de la résistance des modernes à cette offensive obscurantiste.


Durant les siècles de l’Exil, la première dimension de la vie juive a été l’impuissance. Les Juifs étaient à la merci de leurs voisins non-juifs. Parfois tolérés, souvent discriminés et humiliés, régulièrement massacrés, ils n’avaient d’autre recours que d’en appeler à la clémence des goyim. On tournait en ridicule leur prétention à être le peuple élu – élu pour quoi ? –, on ricanait de leur enseignement talmudique – un pilpul vain et vide –, on moquait leur rêve d’avenir meilleur – compte là-dessus ! Pour expliquer leur disgrâce, les Juifs devaient accepter, au moins en partie, les griefs de leurs ennemis – ils étaient punis pour leurs péchés. Quels péchés ? Les chrétiens les accusaient de déicide tandis que musulmans et chrétiens leur reprochaient d’avoir refusé la nouvelle (et la vraie) Révélation de Jésus ou Mahomet. Pour les Gentils, ce refus condamnait les Juifs à une vie dépourvue de sens. De cela, ils devaient être punis.

Attente amère

Du point de vue de leur propre tradition, leur défaite permanente et leur précarité n’étaient pas imputables à leur refus des nouvelles révélations, mais à leur insuffisante ferveur vis-à-vis de l’ancienne. En tout état de cause, la vie présente des Juifs se résumait à une attente amère entre un passé glorieux et un avenir messianique tout aussi glorieux. Et seul le temps dirait quand cette infortune finirait.

Et soudain, en 1948, les Juifs ont repris le pouvoir. Que ce soit dû au sionisme ou au plan de Dieu, ils ont recouvré leur souveraineté et, avec elle, la maîtrise de leur destin. Pour les Juifs, ou en tout cas pour les citoyens juifs d’Israël, la souveraineté signifiait qu’ils n’étaient plus obligés de baisser les yeux, ce qui était la norme de leur existence en diaspora. Peu importe ce que diront les goyim affirmait Ben Gourion. Ce qui compte, c’est ce que les Juifs feront.

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Pour les Juifs laïques, la naissance d’Israël ne signifiait pas seulement qu’ils étaient enfin libérés des persécutions, mais qu’ils avaient le droit d’être « comme toutes les nations », c’est-à-dire, du point de vue des autorités israéliennes d’alors, comme les nations occidentales. Désireux d’être invités à la fête, ils étaient prêts à accepter le dress code.

Pour la majorité des chefs religieux en Israël, c’était le contraire : ils se moquaient d’être conviés à la table de l’Occident, ils voulaient précisément en finir avec le dress code imposé aux Juifs en diaspora. Peu importait désormais ce que disaient les goyim, les Juifs pouvaient être fiers de leurs différences, de leurs coutumes et de leurs valeurs. En termes religieux, cela se traduisait non seulement par le droit d’adopter sans peur la voie juive vers la justice et le salut, mais aussi par un rejet des valeurs occidentales, qui n’étaient plus considérées comme universelles mais comme chrétiennes, c’est-à-dire étrangères.

Jew pride

Au départ, cette affirmation religieuse ressemblait à n’importe quelle pride : nous sommes ce que nous sommes et nous n’allons pas nous excuser pour ça. Cependant, avec le temps, l’idéal orthodoxe ne s’est plus limité à défendre la légitimité du mode de vie juif, il a de plus en plus cherché à s’affranchir des cadres de pensée des Lumières.

Comme leurs voisins non-juifs, les Juifs des xixe et xxe siècles s’étaient adaptés aux nouvelles idées, influencées par les idéaux des Lumières – singulièrement l’égalité entre Juifs et non-juifs, religieux et non religieux, hommes et femmes. Dans la diaspora, ces idées constituaient une critique des élites chrétiennes, qui se révélait potentiellement favorable aux Juifs. Mais en 1967, la victoire dans la guerre des Six Jours inaugure un basculement : littéralement interprétée comme le résultat d’une intervention divine et la preuve du soutien du Très-Haut au nouveau pouvoir juif, elle encourage un nombre croissant de rabbins et sommités religieuses à contester les idées des Lumières, dénoncées comme un dévoiement des principes authentiques de l’éthique juive. Parmi ces principes « authentiques », celui de l’inégalité entre Juifs et non-juifs bénéficie des avocats les plus bruyants. Plus besoin de se cacher ou de trouver des excuses pour postuler que les Juifs sont meilleurs que les goyim.

Les Juifs ultra-orthodoxes (haredim) sont convaincus que leurs privilèges, au premier chef l’exemption du service militaire, tout comme l’existence de limites claires à l’égalité des sexes, découlent naturellement de la tradition « authentique ». Des athées et laïques (au mieux tolérés) aux grands sages, virtuoses de la foi qui sont à leurs yeux les dirigeants légitimes de la société juive, toute la société israélienne devrait accepter la hiérarchie des religieux. Certes, les activités profanes, qu’il s’agisse du service militaire ou du ramassage des ordures, sont nécessaires, mais elles demeurent inférieures et subordonnées à l’étude de la Torah. Bien sûr, pour les Juifs laïques et semi-laïques (qu’on appelle traditionalistes en Israël), cette vision du monde pose quelques problèmes. Mais avec le temps, une partie des idées ultra-orthodoxes, particulièrement les plus nationalistes et suprémacistes, sont devenues acceptables pour de larges pans de la société.

Elus pour guider la société

Il faut préciser que les deux branches principales de l’orthodoxie israélienne – les ultra-orthodoxes ou haredim, et les sionistes-religieux ou nationaux-religieux – n’ont pas la même conception de l’État ni le même rapport avec lui. Pour les haredim, l’État est un instrument profane qui leur permet d’avoir le mode de vie de leur choix. Ils vouent leur existence à l’étude des textes sacrés du judaïsme, à charge pour l’État de payer et de fournir les infrastructures, les services publics et la sécurité. Pour les sionistes-religieux, l’État d’Israël est une étape du plan divin dont ils sont les accoucheurs et les futurs dirigeants. Toutefois, les deux groupes ont en commun le fait de se croire élus pour guider la société (et même le peuple juif) vers un mode de vie qui tourne radicalement le dos au modèle occidental, à ses idéaux d’égalité et de droits universels. Ils partagent également une détestation profonde du mode de vie profane, décrié comme faible et futile.

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Le conflit avec les Palestiniens a conféré une dimension explosive à cette guerre culturelle. La méfiance et l’hostilité suscitées par la guerre s’accommodent naturellement des préceptes religieux selon lesquels la violence débridée est moralement acceptable. La tradition juive abonde en justifications à ce sujet. De nombreuses règles halakhiques, élaborées durant les âges de faiblesse juive dans l’espérance de la fin des temps, se sont soudainement révélées pertinentes ici et maintenant. Trop de rabbins assimilent les Palestiniens aux sept nations qui gouvernaient la Terre promise avant sa conquête par Josué (qui précéda leur extermination) ou à la version contemporaine des Amalécites.  Trop de rabbins admettent, voire proclament que, dans une guerre entre le Dieu d’Israël et les ennemis d’Israël, il n’y a pas de civils innocents ni de spectateurs neutres, de sorte qu’il n’y a pas de limite aux dommages collatéraux acceptables. Dès lors que l’ennemi, qui comprend aussi les non-engagés, ne mérite pas la protection du droit de la guerre, les Juifs « authentiques » n’ont pas à se soumettre aux limitations des usages de la force édictés par les goyim. De plus, tous ceux qui critiquent Israël aujourd’hui ont fait bien pire. L’ère de la faiblesse et de la passivité juives est révolue. Maintenant que « la main d’Israël est puissante », formule religieuse qui signifie qu’il n’y a plus lieu de craindre les représailles des Gentils, la retenue politique n’est plus de mise.

Or, dans l’Israël d’après le 7-Octobre cette thématique de la main puissante exerce une séduction fatale sur une partie de la société. Quand il s’agit de déshumaniser l’ennemi, les ultra-orthodoxes opposés au service militaire sont tout aussi radicaux que leurs rivaux sionistes-religieux. Dans l’échelle de leur détestation, les Palestiniens sont suivis par les gens de gauche, traités de collabos. On peine à trouver un rabbin orthodoxe de poids qui exprime sa compassion pour les victimes palestiniennes innocentes. En revanche, il n’en manque pas pour proclamer que l’absence de pitié est un devoir religieux.

Encouragés par l’extrémisme croissant du gouvernement Netanyahou, choqués par le 7-Octobre, certains Juifs sont séduits par ce fantasme d’un retour au monde d’avant les Lumières au nom de la lignée et de la religion, antidotes indispensables face à un Occident tiédasse et velléitaire. Reste que beaucoup d’autres croient toujours à l’universel, aussi singulières (et tortueuses) soient les voies pour y parvenir. Profondément attachés aux idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité, ceux-là sont convaincus, comme l’étaient les pères fondateurs d’Israël, qu’Israël peut et doit être à la fois un État juif et démocratique.

Iris Mittenaere et Antoine Dupont : cette photo au Stade de France qui confirme que le couple ne se cache plus

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Iris Mittenaere (centre) et Antoine Dupont (gauche) au Stade de France.
French model and former Miss France Iris Mittenaere (C), wearing the jersey ot Toulouse, meets Antoine Dupont (L) at the end of the French Top 14 rugby union final between Stade Toulousain (Toulouse) and Montpellier Herault Rugby (MHR) at Stade de France in Saint-Denis, near Paris, FRANCE - 27/06/2026.//JEE_toulmon.07/Credit:J.E.E/SIPA/2606282118

Après plusieurs mois sans apparition officielle ensemble, Iris Mittenaere et Antoine Dupont ont posé côte à côte dimanche au Stade de France. Le capitaine du XV de France donnait le coup d’envoi du premier match de saison régulière de NFL organisé en France.


Ils avaient officialisé leur relation cet été, mais restaient depuis relativement discrets. Dimanche 25 octobre, Iris Mittenaere et Antoine Dupont ont de nouveau accepté de poser ensemble devant les photographes au Stade de France. L’ancienne Miss Univers accompagnait le capitaine du XV de France à l’occasion du premier match de saison régulière de NFL organisé en France.

Antoine Dupont avait été choisi, avec Teddy Riner, pour donner le coup d’envoi de la rencontre entre les New Orleans Saints et les Pittsburgh Steelers. Leur apparition a immédiatement été relevée par la presse people : le couple n’avait plus réellement posé ensemble lors d’un grand événement public depuis plusieurs mois.

Une relation longtemps entourée de rumeurs

Avant leur officialisation, les apparitions communes du rugbyman et de l’ancienne Miss France avaient alimenté les spéculations. Le doute avait pris fin cet été lorsqu’Antoine Dupont avait publié une série de photographies de vacances comprenant une image où le couple s’embrassait.

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Le Stade de France offrait un décor idéal à cette nouvelle apparition : un événement sportif inédit, des dizaines de milliers de spectateurs et Antoine Dupont invité cette fois non comme joueur mais comme célébrité. Le couple n’a fait aucune déclaration supplémentaire. La photographie a suffi.

Attentat de Trappes : qui est Kévin T., le suspect traité pour schizophrénie ?

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Un suspect a été interpellé après l'attentat de Trappes, du vendredi 23 octobre 2026. Ce que l'on sait.
The ESSO service station suffered a terrorist attack with an automatic weapon on friday october 23, 2026. Trappes (west of Paris) France. PHOTO: CHRISTOPHE SAIDI / SIPA.//SAIDICHRISTOPHE_saidi0565/Credit:CHRISTOPHE SAIDI/SIPA/2610231751

Le suspect de 39 ans est accusé d’avoir ouvert le feu à Trappes et La Verrière, tuant Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et blessant cinq personnes, dont une fillette de 12 ans. L’enquête antiterroriste privilégie un mobile raciste. Son profil psychiatrique, son passé judiciaire, les armes retrouvées et la préparation de son appartement permettent désormais de mieux cerner un homme qui était inconnu des services de renseignement.


Vendredi 23 octobre, un homme circulant en Renault Clio a tiré en rafales dans les rues de Trappes puis de La Verrière. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, espoir du MMA d’origine congolaise, a été tué. Cinq autres personnes ont été blessées, dont une enfant de 12 ans grièvement touchée. Kévin T., 39 ans, a été interpellé peu après par des policiers de la BAC à Coignières. Le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour assassinat et tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance d’une appartenance vraie ou supposée à une race, une ethnie, une nation ou une religion.

Le suspect n’était pas fiché S et était inconnu de la DGSI et du renseignement territorial avant l’attaque. Il était en revanche connu de la police et son casier fait apparaître quatre anciennes condamnations selon les informations communiquées par des sources proches de l’enquête. Le Parisien cite notamment des antécédents liés à l’alcool au volant, au vol, au vol à l’étalage et aux stupéfiants.

Un appartement piégé et un pistolet-mitrailleur dans la voiture

Les constatations effectuées après son arrestation donnent une dimension supplémentaire à l’affaire. Avant les tirs, Kévin T. avait piégé son appartement de Plaisir avec des bouteilles de gaz et des fils électriques reliés à un minuteur, selon le Parquet national antiterroriste. Dans sa voiture, les enquêteurs ont découvert un pistolet-mitrailleur de type Sten ainsi qu’une bombe lacrymogène.

À son domicile, un exemplaire de Mein Kampf aurait été retrouvé, ainsi qu’une Bible et un Coran. Plusieurs proches l’ont décrit aux enquêteurs comme raciste. Ces éléments alimentent l’hypothèse d’un mobile idéologique, mais l’enquête doit encore déterminer précisément comment ses convictions, son état psychiatrique et sa consommation de stupéfiants ont pu intervenir dans le passage à l’acte.

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Schizophrénie, cannabis et cocaïne

Lors d’une première audition consacrée à son identité et à son parcours, Kévin T. a déclaré aux enquêteurs souffrir de schizophrénie et suivre un traitement. Selon plusieurs sources proches de l’enquête, ce diagnostic et ce suivi médical sont connus des enquêteurs. Après un examen psychiatrique réalisé samedi soir, sa garde à vue a été levée et il a été transféré à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police pour une période d’observation pouvant durer 48 heures. L’objectif est de déterminer si son état est compatible avec la reprise des auditions.

Le Parquet national antiterroriste a également annoncé que les analyses toxicologiques avaient révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang au moment des faits. Ces données ne suffisent pas à déterminer son discernement au moment de l’attaque. En droit pénal, les experts devront distinguer une éventuelle altération du discernement, qui n’empêche pas les poursuites, d’une abolition du discernement, susceptible d’entraîner une irresponsabilité pénale.

Le fait qu’un suspect soit atteint de schizophrénie ne permet pas, en lui-même, d’expliquer un passage à l’acte violent : l’immense majorité des personnes souffrant de cette maladie ne commettent pas de violences. Dans ce dossier, les enquêteurs doivent précisément éviter de confondre trois dimensions différentes : une pathologie psychiatrique déclarée, une possible motivation raciste documentée par plusieurs éléments matériels et une consommation de drogues au moment des faits.

Attentat de Trappes : le profil du suspect déroute les enquêteurs

Le profil de Kévin T. étonne parce qu’il ne correspond pas complètement aux catégories habituelles. Inconnu de la DGSI et du renseignement territorial avant l’attaque, il n’était pas identifié comme militant appartenant à une organisation structurée. Les enquêteurs disposent pourtant d’éléments laissant envisager une préparation de son passage à l’acte et un possible mobile idéologique. À cela s’ajoute un parcours psychiatrique désormais au centre des investigations.

Cette combinaison rappelle, avec toutes les précautions nécessaires, certains profils de « loups solitaires » rencontrés dans des affaires djihadistes. Non parce que leurs idéologies seraient comparables, mais parce que plusieurs passages à l’acte terroristes commis par des individus isolés ont posé la même difficulté aux enquêteurs : déterminer ce qui relève de la conviction idéologique, de troubles psychiatriques, d’une trajectoire personnelle chaotique ou de l’interaction entre ces différents facteurs. Un individu peut être radicalisé sans appartenir à un réseau et présenter parallèlement des troubles psychiques importants.

Le cas de Kévin T. oblige à poser exactement ces questions. Il a déclaré souffrir de schizophrénie et suivre un traitement. Des analyses ont également révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son organisme. Son état a justifié la suspension de sa garde à vue et son placement en observation psychiatrique. Mais d’autres éléments matériels conduisent les enquêteurs à ne pas réduire l’affaire à celle d’un homme déséquilibré ayant agi au hasard : arme, préparation de son appartement, choix des victimes et éléments susceptibles d’éclairer un mobile raciste doivent être examinés séparément.

Il faut ici éviter un raccourci. La schizophrénie n’est pas synonyme de violence et l’immense majorité des personnes qui en souffrent ne commettent évidemment aucun attentat. La question judiciaire est beaucoup plus précise : dans quel état mental Kévin T. se trouvait-il au moment des faits, son discernement était-il intact, altéré ou aboli, et quelle place une éventuelle idéologie raciste occupait-elle dans son passage à l’acte ?

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La vieille question du terroriste et du déséquilibré

L’affaire fait ainsi ressurgir un débat que la France connaît depuis les années d’attentats djihadistes. Après plusieurs attaques commises par des individus présentant des antécédents psychiatriques ou des trajectoires personnelles particulièrement instables, une question revenait régulièrement : a-t-on affaire à un malade qui se saisit d’une idéologie pour donner un sens à sa violence, à un terroriste souffrant parallèlement de troubles psychiatriques, ou aux deux à la fois ?

Il n’existe pas de réponse générale. Chaque dossier est différent et l’expertise psychiatrique ne peut être remplacée par une lecture politique. Mais Kévin T. rappelle combien les auteurs isolés constituent un défi pour les services de renseignement. Un réseau laisse des contacts, des communications, des déplacements et parfois des financements. Un individu qui se radicalise seul, dont le comportement se mêle à des troubles psychiques ou à une consommation de stupéfiants, peut être beaucoup plus difficile à détecter avant son passage à l’acte.

C’est peut-être l’aspect le plus inquiétant de l’affaire de Trappes. Après plus d’une décennie marquée par les attentats islamistes, les attaques commises par des individus isolés et désormais la crainte de violences provenant d’autres radicalités politiques, la France reste confrontée à la même difficulté : repérer avant qu’ils ne frappent des individus qui se situent à la frontière de la radicalisation, de la haine et parfois de la psychiatrie.

Aucun dispositif de renseignement ne permet de supprimer totalement ce risque. L’affaire de Trappes ne permet pas davantage de conclure à une nouvelle vague terroriste. Elle montre en revanche que la question du passage à l’acte individuel reste saillante dans une société française déjà profondément marquée par la violence politique et terroriste. Entre radicalisation idéologique, troubles psychiatriques et circulation des armes, la prévention se heurte toujours au même problème : certains individus ne deviennent visibles qu’au moment où ils passent à l’acte.

Ses parents et plusieurs proches placés en garde à vue

Quatre membres de l’entourage familial et amical du suspect ont été placés en garde à vue après l’attaque, parmi lesquels ses parents. Cette mesure vise notamment à reconstituer son parcours récent, ses propos, son accès aux armes et la préparation des faits. Elle ne signifie pas que ces proches sont soupçonnés d’avoir participé à l’attaque.

Un autre point impose une prudence particulière : dans les heures ayant suivi la fusillade, la photographie et le nom complet d’un autre homme portant le même prénom et la même initiale de nom ont circulé massivement sur X, Facebook et Instagram. Le Monde a confirmé auprès d’une source judiciaire que cet homme avait été accusé à tort. Certaines publications erronées ont dépassé plusieurs centaines de milliers de vues. L’identité complète du véritable suspect n’a donc pas à être déduite de ces publications.

À ce stade, les faits matériels sont lourds : une attaque préparée, une arme automatique, un appartement piégé, un mort et cinq blessés, des éléments racistes relevés par les enquêteurs et une saisine du parquet antiterroriste. Le profil psychiatrique de Kévin T. est désormais une question centrale de la procédure, mais il ne remplace pas l’enquête sur ses motivations. Les experts doivent déterminer son état mental ; les policiers et magistrats, eux, doivent établir pourquoi il a choisi ses victimes et jusqu’à quel point son attaque avait été préméditée.

Moody’s ne dégrade pas la France : pourquoi ce n’est pas forcément une bonne nouvelle

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L'agence Moody's a décidé de ne pas baisser la note de la France.
Euro banknotes are pictured overlaid with a graphic illustrating France’s public debt. The country’s public debt reached 3,595.5 billion euros at the end of the second quarter of 2026, equivalent to 119% of gross domestic product (GDP), while the public deficit stood at 5.1% of GDP in 2025, according to France’s national statistics institute INSEE, in an illustrative photograph taken on October 14,2026.(Yassine Mahjoub/SIPA)//MAHJOUBYASSINE_BY2F5566/Credit:Yassine Mahjoub/SIPA/2610141722

L’agence américaine a maintenu vendredi la note française à Aa3, assortie d’une perspective négative. Le gouvernement s’en félicite, mais les marchés continuent de demander à la France une rémunération élevée pour lui prêter de l’argent.


Le couperet n’est pas tombé. Moody’s a décidé de conserver la note souveraine de la France à Aa3, soit la quatrième meilleure évaluation de son échelle. La perspective reste cependant négative. Le gouvernement a accueilli la décision comme un signe de résistance de l’économie française, mais le soulagement doit être relativisé : Fitch et S&P ont déjà abaissé leur appréciation de la dette française.

Le signal le plus concret vient désormais du marché obligataire. Le taux français à dix ans a franchi 5 % ces derniers jours et l’écart avec l’Allemagne s’est nettement creusé. BFM Business s’est ainsi demandé si les marchés commençaient à « s’attaquer » à la France. L’expression est spectaculaire : il s’agit surtout d’investisseurs qui demandent une rémunération supérieure lorsqu’ils estiment que le risque augmente.

Note de la France : Moody’s fait un pari sur les prochains mois

Le maintien de la note suppose que la France parvienne à adopter un budget crédible, à réduire progressivement son déficit et à retrouver davantage de stabilité politique. Moody’s ne dit donc pas que le problème français est réglé. L’agence considère qu’il peut encore être contenu.

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Pour les ménages, la notation ne modifie pas directement le taux d’un crédit immobilier du jour au lendemain. Mais un État qui se finance durablement plus cher finit par peser sur les conditions de financement du reste de l’économie. La décision de Moody’s évite une mauvaise nouvelle supplémentaire ; elle ne ramène ni les taux ni le déficit à leur niveau antérieur.

Marine Le Pen lance sa campagne à Orléans et caracole dans les sondages

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Marine Le Pen caracole en tête des sondages pour la prochaine élection présidentielle.
Marine Le Pen. Far-right party Rassemblement National (RN) candidate in France's 2027 presidential election Marine Le Pen delivers a speech at the end of her campaign kickoff rally as part of the party congress in Orleans, central France on October 25, 2026. Marine Le Pen, candidate du parti Rassemblement National (RN) à l'élection présidentielle française de 2027, prononce un discours à l'issue du meeting marquant le coup d'envoi de sa campagne, dans le cadre du congrès du parti a Orleans le dimanche 25 octobre 2026 //ALAINROBERT_1Y8A9999/Credit:Alain ROBERT/SIPA/2610260958

Devant 8 500 militants réunis dimanche au congrès du Rassemblement national, Marine Le Pen a donné le coup d’envoi de sa campagne présidentielle autour d’un mot, la « renaissance ». À six mois du scrutin, elle aborde cette séquence en position de force : les dernières enquêtes la placent nettement en tête du premier tour, entre 32 % et 36 % selon les instituts.


Le congrès devait renouveler les instances du parti. Il s’est transformé en lancement de campagne. Réuni les 24 et 25 octobre à Orléans, le Rassemblement national a réélu Jordan Bardella à sa présidence avant de laisser la scène à Marine Le Pen pour son premier grand meeting de la présidentielle. Les organisateurs revendiquaient environ 8 500 personnes dans la salle. À l’extérieur, plusieurs milliers de manifestants opposés au RN avaient défilé la veille, tandis que le dispositif policier autour du congrès était particulièrement important.

Marine Le Pen a choisi de présenter son projet sous le thème de la « renaissance ». « Je ne vous propose pas de refaire la France d’avant, je vous propose de concevoir et de construire la France de demain », a-t-elle déclaré. Elle a défini cette renaissance comme « une méthode, pas une rupture brutale et encore moins une révolution destructrice », mais comme « l’élévation progressive de tout un pays vers le beau, le vrai, le juste, vers la sécurité, la prospérité, la créativité ».

Des sondages très favorables à Marine Le Pen : Bardella à Matignon en cas de victoire

Le discours a aussi permis de clarifier l’architecture du pouvoir imaginée par la candidate. En cas de victoire, Marine Le Pen veut former un gouvernement « d’union nationale » et « pluraliste », dirigé par Jordan Bardella. Elle justifie cette ouverture par « la situation d’un pays fracturé » et par un « désir d’unité des Français ». Le président du RN, réélu pour trois ans, a lui-même présenté le parti comme prêt à gouverner « dans quelques mois aux côtés de Marine Le Pen ».

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Sur le fond, Marine Le Pen a repris les grands axes de son programme : immigration, sécurité, autorité de l’État, école, économie et protection sociale. La candidate veut aussi inscrire sa campagne dans un registre plus optimiste que lors de ses précédentes présidentielles. « Nous ne sommes pas dans le “c’était mieux avant”. Nous disons : “C’était bien avant, ce sera mieux demain” », a-t-elle lancé.

En tête des sondages : Marine Le Pen entre 32 et 36 % au premier tour

Cette mise en scène intervient alors que Marine Le Pen domine nettement les intentions de vote. L’enquête Ipsos bva-CESI publiée le 24 octobre pour Le Parisien la place entre 32 % et 33,5 % dans les quatre configurations testées. Deux autres enquêtes publiées le 23 octobre, OpinionWay pour le JDD et Toluna Harris Interactive pour RTL-M6, la donnent à 36 %. Dans cette dernière, Jean-Luc Mélenchon est deuxième à 17 %, devant Raphaël Glucksmann et Édouard Philippe à 12 %.

Il faut évidemment rappeler qu’un sondage six mois avant une présidentielle ne constitue pas une prédiction du résultat. Mais la stabilité de Marine Le Pen au-dessus de 30 % et l’éparpillement de ses concurrents lui donnent aujourd’hui une avance inhabituelle pour un premier tour. Ipsos souligne également le recul du bloc central, tandis que Jean-Luc Mélenchon progresse et se qualifierait pour le second tour dans les scénarios testés.

Le défi du RN n’est donc plus seulement de se qualifier. Marine Le Pen cherche désormais à élargir son électorat et à rendre crédible l’idée d’une majorité de gouvernement. Son insistance sur « l’union nationale », la désignation anticipée de Bardella pour Matignon et le vocabulaire de la « renaissance » répondent directement à cette stratégie. À Orléans, le RN a moins cherché à démontrer qu’il pouvait arriver au second tour qu’à installer l’idée qu’il pouvait gagner le second.

Élection en Israël: le parfum de la discorde

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Rassemblement organisé par le Conseil d'octobre, appelant les Israéliens à voter contre le Premier ministre Benyamin Netanyahou lors des prochaines élections, place des Otages à Tel Aviv, 24 octobre 2026 © Paulina Patimer/ZUMA/SIPA

À la veille des élections, les « parlements » israéliens ne désemplissent pas. Dans les cafés, les kiosques et les jardins publics, on s’engueule, on s’insulte et on refait le monde autour d’un café. Mais après trois années de guerre, une question se pose. Les Israéliens sauront-ils encore se retrouver après la dispute ?


L’automne à Rehovot a une odeur particulière, celle des goyaves qui mûrissent dans les jardins des vieux quartiers. Fondée en 1890 par des pionniers de la première aliyah, cette ancienne colonie agricole est devenue une ville où cohabitent les chercheurs de l’Institut Weizmann, les familles d’origine yéménite des quartiers de Sha’arayim et Marmorek, les hassidim de Kretchnif, les notables issus des familles de planteurs d’orangers (devenus promoteurs immobiliers) et les religieux nationaux de la yeshiva Hadarom, liée au mouvement religieux national Bnei Akiva. Autant de mondes qui se croisent sans nécessairement se mélanger. La ville est devenue si représentative de la diversité israélienne que les grands médias y envoient leurs reporters prendre la température du pays réel. Mais tous connaissent l’odeur des goyaves. Difficile d’y échapper. La goyave est probablement le fruit le plus clivant d’Israël. On adore son parfum ou on ne le supporte pas. L’indifférence est rare. À la veille des élections, la politique israélienne ressemble à une goyave. Elle embaume pour les uns, empeste pour les autres, et personne ne peut faire comme si elle n’existait pas.

Les GG du Moyen-Orient

Pour prendre le pouls du pays, il faut visiter ses parlements. Pas la Knesset, à Jérusalem, mais ces assemblées informelles qui se réunissent chaque matin autour d’un café. L’un des plus anciens et des plus célèbres est le « Parlement de Rishon », né dans l’ancienne colonie agricole de Rishon LeZion. Ses membres, des hommes du cru, se retrouvaient au café du bourg pour commenter l’actualité dans une langue directe et imagée. Parmi ses fondateurs figurait Uri Porat, journaliste à Yedioth Aharonoth, qui deviendra conseiller de Menahem Begin puis directeur général de l’audiovisuel public. Ce petit cercle de notables et de grandes gueules acquit une notoriété nationale lorsque Galei Tsahal, la radio de l’armée, lui accorda une rubrique régulière dans son émission de l’après-midi, Shatayim Mishtayim (« Deux heures à partir de deux heures »).

The Parliement, série diffusée entre 2012 et 2014. DR.

En 1982, pendant la première guerre du Liban, les parlementaires voulurent profiter de leur tribune pour louer le ministre de la Défense Ariel Sharon et le chef d’état-major Rafael Eitan. Les responsables de l’émission refusèrent, invoquant une consigne interdisant d’aborder les questions controversées liées aux combats. Deux membres du parlement, Amnon Nahmias et Yigal Becker, dénoncèrent une censure politique et accusèrent la radio militaire de favoriser la gauche. La collaboration prit fin. Même autour d’une table de café, les querelles israéliennes pouvaient devenir des affaires nationales.

Depuis, les parlements se sont multipliés. On en trouve dans les villes, les quartiers et les villages. Quelques chaises en plastique, un coin d’ombre, du café et deux ou trois grandes gueules suffisent pour en faire naître un. Le lendemain, les mêmes reviennent, souvent à la même place. Un habitué s’absente et on s’inquiète. Un nouveau arrive et doit faire ses preuves. Certains parlements ont un président, d’autres un doyen, tous ont leurs bavards et leurs contradicteurs attitrés. La télévision israélienne en a même tiré une caricature avec Shauli, personnage incarné par Assi Cohen dans Le Parlement, dont les emportements et les certitudes poussent jusqu’à l’absurde les travers de ces discussions. Et du pays.

Un reportage publié en 2015 dans la presse locale de Rishon LeZion montre à quel point l’institution conserve sa vitalité. Une dizaine de retraités occupent leur table habituelle, encombrée de journaux et de tasses de café. En un quart d’heure, la conversation passe de la politique au football, puis aux souvenirs de la ville. Les voix montent, les interlocuteurs se coupent la parole et le patron intervient pour ramener un peu de calme. Personne ne songe à partir. La discussion reprendra le lendemain.

Troisième lieu

Les sociologues parleraient d’un « troisième lieu », ni domicile ni travail, fonction longtemps remplie par le café européen. On y lisait les journaux, échangeait des informations, discutait des affaires publiques et entretenait des relations. Le parlement israélien appartient à cette famille, avec une particularité. Le café n’est souvent qu’un prétexte. On ne vient pas seulement retrouver des gens avec lesquels on est d’accord. On vient surtout retrouver ceux avec lesquels on ne l’est jamais, se moquer d’eux, leur faire admettre qu’ils sont cons. Et finir par se battre avec eux pour le droit de payer la tournée.

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Cette institution conserve quelque chose des anciens bourgs agricoles de la plaine côtière, notamment Rehovot et Rishon LeZion, fondés à la fin du XIXe siècle. Les habitants s’y connaissaient, les familles avaient des histoires communes et les désaccords politiques se mêlaient aux rivalités personnelles. Des hommes comme Meirovitch, digne descendant de la première aliyah, prolongent cette tradition. Ils parlent politique comme on parle des affaires de famille, en se référant à la vie sexuelle et les pires travers des bisaïeux de son interlocuteur et avec la familiarité de ceux qui se connaissent depuis longtemps et n’ont aucune raison de ménager les uns les autres.

Ici, le dougri, le parler franc, est une vertu. Le mot vient du turc doğru, qui signifie « droit » ou « vrai ». Passé dans l’arabe familier du Proche-Orient, il est entré dans l’hébreu parlé au contact de la population arabe à l’époque du Yichouv, avant la création de l’État. Parler dougri, c’est aller droit au but, sans détour ni précaution oratoire. Cette franchise brutale est devenue l’un des traits revendiqués de la culture israélienne. Dans les parlements, on coupe la parole, on hausse le ton, on s’insulte parfois. Les formules de politesse passent pour des précautions inutiles, voire pour de l’hypocrisie. On peut traiter son voisin d’imbécile et lui demander quelques minutes plus tard des nouvelles de ses petits-enfants. La violence verbale n’interdit pas la proximité. Elle en est parfois une manifestation.

Naftali Bennett, un habitué

Naftali Bennett semble avoir compris l’intérêt politique de ces parlements et de cette culture dougri. Comme Daniel dans la fosse aux lions, l’ancien Premier ministre les fréquente à travers le pays, acceptant de se soumettre aux questions, mais surtout aux interruptions et aux insultes des habitués. Ces parlements constituent une sorte de place publique israélienne, où les responsables politiques peuvent rencontrer les électeurs sans la protection des plateaux de télévision ni le contrôle de leurs équipes de communication. Bennett en a fait un élément de sa stratégie de campagne. L’exercice lui permet de montrer qu’il n’a pas peur de la contradiction et de transformer chaque confrontation en séquence susceptible de circuler sur les réseaux sociaux. Il semble notamment séduire une partie des jeunes électeurs, qui découvrent ces échanges sur leurs écrans plutôt qu’autour des tables de café.

Mais ces parlements ne sont pas seulement des lieux où les hommes politiques viennent chercher des électeurs. Ils remplissent une fonction plus ancienne et peut-être plus importante. On se souvient de la célèbre caricature de Caran d’Ache, publiée dans Le Figaro pendant l’affaire Dreyfus. Deux dessins montrent un dîner de famille. Sous le premier, « Surtout ! ne parlons pas de l’affaire Dreyfus ! ». Sous le second, où les convives se battent au milieu des meubles renversés, « Ils en ont parlé… ». Dans les parlements israéliens, au contraire, on vient précisément pour en parler. Il ne s’agit pas de convaincre, encore moins de parvenir à un accord. Il s’agit de participer à une dispute commune, surtout pas l’éviter ! Après les cris, les insultes et les accusations, on commande un autre café, on échange une plaisanterie et on se donne rendez-vous pour le lendemain. La dispute a lieu à l’intérieur d’un monde partagé.

Mais à la veille de ces élections, quelque chose semble avoir changé. Les enjeux sont d’une gravité sans précédent depuis 1948. Trois années de guerre, des morts, des otages, des familles endeuillées, des réservistes mobilisés à répétition, des pertes économiques considérables, parfois jusqu’à la ruine. Les désaccords ne portent plus seulement sur les partis, les dirigeants ou les décisions du gouvernement. Ils touchent au 7-Octobre, à la conduite de la guerre, à la responsabilité de l’État, à la religion et à la définition même du pays. Derrière les divergences politiques se cachent désormais des expériences personnelles douloureuses. Les mots sont souvent les mêmes, mais ils ne produisent plus nécessairement les mêmes effets. Une insulte qui aurait autrefois provoqué un éclat de rire peut désormais laisser une rancune.

De plus en plus de parlementaires se demandent si, cette fois encore, ils pourront recoller les morceaux. Car la démocratie des chaises en plastique repose sur une condition que personne n’avait besoin de formuler. On peut se disputer toute la matinée à condition de pouvoir se retrouver le lendemain. C’est précisément cette certitude qui semble être en jeu.

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Villepin façon puzzle…

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De gauche à droite, Dominique de Villepin, Sonia Mabrouk et Marion Maréchal. Captures BFMTV / Open AI.

Marion Maréchal et Dominique de Villepin ont confronté leurs opinions chez Maxime Switek et Sonia Mabrouk sur BFMTV, jeudi dernier. La nièce de Marine Le Pen a rhabillé l’ancien Premier ministre pour l’hiver.


Ce débat, c’était en fait la confrontation entre la grandiloquence du verbe creux et la tranquille affirmation du réel. Inutile de préciser, semble-t-il, qui des deux participants jouait de la grandiloquence et qui avançait sous la bannière du réel.

Villepin n’est à l’aise que dans la prédication sans obstacle, sans contradiction, lorsqu’il peut déployer ses longues périodes oratoires, ses morceaux de bravoure qui, d’ailleurs, le plus souvent, au bout du bout, nous font penser au Trissotin de Molière dont on ne manquait pas de se gausser. « On cherche ce qu’il a dit après qu’il a parlé », ironisait-on. Même sentiment en écoutant M. de Villepin, tant son propos est filandreux, nébuleux, bavard.

Là, face à Marion Maréchal, la mécanique ne pouvait pas marcher, la péroraison n’ayant pas la latitude de se déployer, de remplir sa petite fonction quasi hypnotique.

En réalité, il y avait également dans cette joute, serrée mais toujours courtoise, l’opposition entre deux époques de la vie publique du pays. M. de Villepin se croit encore dans les années 70/80, où la politique s’inspirait encore des bons vieux accommodements de la tradition radicale-socialiste, tendance cassoulet de la Quatrième République. Sous le discours, sous l’aisance rhétorique, la faconde, l’immobilisme en majesté. Le vide.

Sur tous les sujets (le climat insurrectionnel de ces derniers jours, l’immigration, l’intégration, la transition écologique), Villepin s’est trouvé dépassé. Dépassé par l’insigne talent de Marion Maréchal, c’est un fait, mais aussi, encore une fois, par la puissance argumentaire que constitue à elle seule l’évocation de « la réalité vraie », comme dirait l’autre.

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Cela était particulièrement patent lorsque l’ex-Premier ministre s’égarait à contester la légitimité du recours au référendum prôné par la droite nationale (sur l’immigration par exemple), se fourvoyant jusqu’à condamner cette initiative au motif qu’elle serait antirépublicaine. Avec son charmant sourire, son opposante se fit un plaisir de souligner que, si tel était le cas, le général de Gaulle s’était montré lui-même antirépublicain. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. À mesure que les sujets étaient abordés, le même décalage se constatait : d’un côté, le vent du verbe politicien à l’ancienne ; de l’autre, la référence solide, argumentée, au concret des enjeux et de la vie du pays telle qu’elle est.

On atteint des sommets sur le plan des principes lorsque se trouve abordée la notion de « Français de souche ». Pour Villepin, dans la République, le Français de souche n’existe pas. Je ne fais que citer son propos, hélas. Alors Marion Maréchal, toujours un aimable sourire aux lèvres, de lui rappeler tranquillement que, dans son remarquable et remarqué discours à l’ONU en 2003, il avait ouvert sa prestation en évoquant « ce vieux pays » au nom duquel il parlait. Qu’était-ce donc que le peuple de ce vieux pays ? questionna malicieusement Marion. Pas de réponse, évidemment. Des sommets encore, lorsque lui est rappelée la molle bienveillance dont il a fait preuve, aux affaires, pour les Frères musulmans et leur stratégie d’entrisme dans les rouages de notre République. Là, il n’eut d’autre échappatoire que la mauvaise foi. « Vous mentez », eut alors beau jeu de lui lancer sa contradictrice.

Villepin, niant l’existence du « Français de souche dans la République », commet une erreur gravissime, qui consiste tout simplement à évacuer la réalité supérieure qu’est la nation. La nation, qui s’impose en premier quel que soit le régime sous lequel elle se trouve régie à tel ou tel moment de son histoire. Et la nation, c’est bien sûr avant tout un peuple, un peuple clairement identifié. En l’occurrence, le nôtre. La tare majeure des élites de notre pays ces temps-ci est bel et bien à dénicher dans ce genre de trahison intellectuelle.

En fait, M. de Villepin est sorti de là « façon puzzle », comme il est dit dans Les Tontons flingueurs. Sa pensée politique, éculée, usée, tragiquement impuissante, est ramenée à ce qu’elle est : un exercice de fin de dîner entre soi dans les beaux quartiers.

Il faut dire que, d’entrée de jeu, Sonia Mabrouk avait quelque peu sonné la charge. « Vous êtes un coucou. Vous ne savez plus où vous habitez », devait-elle asséner, elle aussi souriante. Elle mettait ainsi en exergue le fait que cet homme supposé de droite triomphait avec grand plaisir à la fête de l’Huma et pouvait se flatter d’engranger les caresses répétées et plutôt lourdingues de Mediapart.

En effet, il ne sait plus où il habite, M. de Villepin. Il n’est pas le seul dans son petit monde politique sans couleur et sans saveur, sans conviction, sans exigence vraie, relique de temps déjà anciens et surtout totalement dépassés. Il ne sait peut-être pas où il habite, mais ce soir de débat, c’est bel et bien dans sa cour que son adversaire l’a renvoyé jouer.

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« Classes » dangereuses: le rôle des réseaux associaux et de l’IA pointé du doigt

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Des contenus générés par l'intelligence artificielle et postés sur les réseaux sociaux, ont amplifié la mobilisation des jeunes. Image : capture du journal de 13 h de France 2 du 6 octobre.

L’exécutif reconnait que Snapchat ou TikTok, et l’intelligence artificielle, lui compliquent la tâche dans la maitrise des débordements en marge du soulèvement lycéen (casseurs, black bloc, pilleurs, etc.) Analyses.


La promesse de l’intelligence artificielle, capable, selon ses créateurs ou experts, d’améliorer le monde comme de le détruire, dépasse largement le cadre d’une nouvelle révolution technologique. Le spectre de l’intelligence artificielle, qui s’est immiscé, lui aussi, dans le mouvement lycéen, hante les fondements fragilisés de notre société.


« ChatGPT, rédige-moi un tract pour la manif. » « ChatGPT, crée-moi une image de confrontation musclée entre les jeunes et la police. » Comme toute activité humaine de nos jours ou presque, le mouvement lycéen, qui secoue la France depuis plusieurs semaines, possède son double numérique. Et ce double numérique serait probablement, si l’on en croit le dernier classement PISA, plus intelligent que la plupart des adolescents qui dénoncent la pénurie de professeurs et le manque de moyens dans les établissements d’enseignement français.

Couper Internet arrêterait-il la protestation ?

Depuis le début de la crise, partie du lycée professionnel Antoine-de-Saint-Exupéry de Créteil à la mi-septembre, les algorithmes de l’intelligence artificielle ont œuvré à la diffusion massive, sur les réseaux sociaux, de tracts rédigés par des assistants virtuels de type ChatGPT, mais aussi de vidéos et de visuels, souvent truqués, qui agissent sur les adolescents comme un véritable Red Bull émotionnel.

Lors de son audition devant la commission de l’Assemblée nationale, le 7 octobre dernier, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a souligné l’impact considérable de l’IA et des réseaux sociaux dans l’amplification du mouvement, ainsi que les difficultés du gouvernement à contrer cet élan.

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Internet et les réseaux sociaux avaient déjà joué un rôle prépondérant lors de l’émergence des gilets jaunes, il y a huit ans. L’IA a permis de porter l’action protestataire actuelle à un autre niveau, en assurant cette fois non seulement la coordination entre les différents groupes de manifestants, mais également en les guidant dans leurs choix de messages et d’images pour amplifier le mouvement.

« Tout se fait sur nos téléphones », ont raconté les filles du lycée Paul-Cornu, à Lisieux, au journal Ouest-France, le 9 octobre dernier. « On n’a pas vraiment de porte-parole, ça se joue plus sur la personne qui va prendre les devants. Mais c’est très suivi, en général. »

Par le passé, les figures des luttes populaires se sont appelées Robespierre, Trotski, Che Guevara ou Cohn-Bendit. Aujourd’hui, elles se prénomment ChatGPT, Claude et Gemini ! D’ailleurs c’est un outil IA qui a permis de concevoir, spécialement pour les manifestations du samedi 17 octobre, l’application qui avait pour objectif de cartographier en temps réel les positions des forces de l’ordre, afin de permettre aux black blocs de maximiser la casse en toute impunité.

Elon Musk dans les pas de Karl Marx

Cette capacité de l’intelligence artificielle à s’immiscer dans le fonctionnement politico-social de notre société s’affirme davantage chaque jour, et pas uniquement en France. Au mois de juillet, Elon Musk, encore lui, a déclaré, lors d’un entretien accordé au magazine The Economist, que, dans dix ans, l’humanité n’aurait plus besoin d’argent. Car l’intelligence artificielle et les robots fourniraient davantage de produits et de services que nous pourrions consommer !

L’hypothèse avancée par l’homme le plus riche de la planète traduit l’ambition réelle des fondateurs du Golem 2.0 : ne pas se contenter d’un rôle dominant dans le secteur traditionnel des géants de la tech. L’ivresse provoquée par la puissance des algorithmes, capables d’écrire des livres, de composer de la musique et de résoudre des problèmes mathématiques sur lesquels des chercheurs ont buté pendant des décennies, propulse l’intelligence artificielle au rang des forces susceptibles de bouleverser l’ordre social actuel dans les pays occidentaux, déjà fragilisés par la perte de multiples repères traditionnels.

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« Quand auront disparu les sources de la richesse collective et que tous les ressorts de la richesse collective jailliront avec plus d’abondance, alors seulement l’horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux : De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! » Cette promesse, formulée un siècle et demi avant Elon Musk par Karl Marx dans sa célèbre Critique du programme de Gotha, écrite en 1875, frappe par les parallèles troublants entre les discours des deux hommes. À une différence près : Marx misait sur l’homme, dont l’erreur est le propre, tandis que Musk promeut la logique implacable des microprocesseurs, qui ne doutent jamais.

La doctrine marxiste a conditionné l’évolution du monde pendant de nombreuses décennies. Il a fallu des dizaines de millions de morts dans les révolutions communistes russe et chinoise, ainsi qu’une guerre parmi les plus atroces de l’histoire de l’humanité, dont l’une des causes fut la peur paranoïaque du Troisième Reich face au prétendu « judéo-bolchevisme » mondialisé, pour finalement parvenir au constat qu’un régime totalitaire ne pouvait constituer une issue convenable pour une société égalitaire.

Le monde va changer de base…

La percée de l’intelligence artificielle dans tous les secteurs de l’activité humaine ne rencontre, pour le moment, aucun obstacle majeur sur son chemin. La logique du progrès technologique, qui constitue depuis les origines de l’humanité l’un des principaux moteurs de l’évolution des civilisations, laisse présager la généralisation des robots dans tous les domaines d’activité.

Selon un rapport publié par Goldman Sachs, l’IA pourrait remplacer, en 2026, l’équivalent de 25 millions d’emplois à temps plein dans le monde. Ce chiffre atteindrait 270 millions d’ici à 2030. Un autre rapport, celui du Forum économique mondial, affirme que, sur la même période, la percée de l’IA permettrait de créer 78 millions d’emplois. Les statistiques peuvent naturellement varier, mais l’équation homme-robot sur le marché du travail ne semble pas favorable à l’homme.

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En attendant, les grands patrons de l’intelligence artificielle jouent sur le terrain des valeurs morales de leur créature. Au mois de mai dernier, Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic et de son « ami qui nous veut du bien », Claude, l’assistant d’IA, s’est rendu au Vatican pour évoquer avec le pape Léon XIV la question d’une « conscience artificielle », dont les robots pourraient, selon cet entrepreneur de 34 ans, être dotés. En d’autres termes, pour M. Olah, la conception d’un robot serait comparable à la création divine de l’homme racontée dans la Bible. Sam Altman, le patron d’OpenAI et principal rival d’Anthropic, avait, quant à lui, parlé il y a quelques années de l’IA comme d’une « intelligence magique dans le ciel ».

« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, il s’agit maintenant de le transformer », écrivait Karl Marx en son temps. La toute-puissance de l’intelligence artificielle, revendiquée par ses créateurs, capable du meilleur comme du pire, place la technologie du supercalcul informatique au cœur des doctrines sociétales et de nouvelles croyances, que le monde n’avait plus vu émerger avec une telle ambition depuis la chute du mur de Berlin.

On aurait tellement aimé que l’intelligence artificielle, à laquelle ses créateurs ne fixent aucune limite, sache soigner les maladies incurables, aider à prévenir les incendies ravageurs dans les forêts ou agir lors des crises migratoires, comme celle de Ceuta en août dernier. Mais c’est dans le registre politico-social que l’impact des algorithmes et des calculs surpuissants risque d’être le plus considérable. En nous promettant des bouleversements sans précédent, un monde nouveau et, peut-être, un monde heureux et juste. C’était comment, déjà, dans le chant de L’Internationale ?

Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !

[…]

Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !