Accueil Site Page 2

Combien de «tout blancs tout moches» pour parrainer Mélenchon en 2027?

A la tribune mercredi soir, le leader de LFI s’est amusé devant ses soutiens des polémiques qu’il suscite dans le pays avec ses allusions répétées à la « Nouvelle France », aux « racisés » ou à la créolisation. « Vous avez vu les histoires que je me suis faites avec des réacs en leur disant Ah ben oui, la basilique Saint-Denis, pas moyen de la faire si vous n’aviez pas demandé aux musulmans comment on fait. Ils se sont tous mis à hurler » a-t-il notamment avancé. « Ils ont le front de venir me dire que c’est les Goths qui ont inventé les arcs brisés. Ça ne va pas, les Goths ils étaient juste capables de briser les arcs et c’est tout. (…) Il a bien fallu un jour qu’un, ou une, se mette debout sur ses pattes, à l’autre bout du continent africain, pour qu’à la fin, ici, vous soyez en train de faire les malins, tout blancs, tout moches que vous êtes. »


Pour que sa candidature à l’élection présidentielle soit dûment validée, M. Mélenchon, comme tous les autres candidats, devra être en mesure de se prévaloir du parrainage de cinq-cents élus. Telle est la loi adoptée en 1962, visant à éviter – ou tout au moins limiter – les candidatures trop manifestement fantaisistes.

Selon cette loi, sont habilités à parrainer un candidat un certain nombre d’élus dont les députés, les sénateurs, les maires, les présidents des communautés urbaines, d’agglomération, de communautés de communes, etc…

Nous ne nous abaisserons pas ici à faire le décompte de la proportion parmi eux des « tout blancs, tout moches » et de ceux qui, selon la doctrine mélenchonienne pourraient être classés dans la catégorie toute nouvelle des « tout beaux parce que pas tout blancs ».

S’en trouvera-t-il cinq cents, de ces « tout moches », le moment venu pour oublier et glisser sous le tapis l’avalanche de monstruosités, de mensonges, d’injures, de menaces proférés par le potentiel candidat Mélenchon ces derniers mois, ces dernières années, et, toute honte bue, toute dignité balancée à la poubelle, lui apporter leur soutien ?

A lire aussi, du même auteur: Saint-Denis, nécropole électorale d’une certaine France?

Soutiens qui, convient-il de rappeler, obéissent à certaines règles. Ils doivent émaner d’élus d’au moins trente départements ou collectivités d’outre-mer différents, sans que leur nombre dépasse 10% (soit 50 parrainages) pour un même département ou une même collectivité. De plus, chaque élu ne peut parrainer qu’un seul candidat, et son choix est irrévocable. Non seulement irrévocable mais rendu public. Autrement dit, l’élu soutenant, par exemple M. Mélenchon, aura à assumer ce choix devant ses électeurs, auprès des citoyens. Cela non seulement au moment des élections, mais fort longtemps après. Les soutiens sont rendus publics au fur et à mesure de la réception des parrainages et la liste définitive de ces parrainages – avec nom, prénom et qualité des élus –  est publiée dans son intégralité huit jours au moins avant le premier tour du scrutin sur le site du Conseil constitutionnel et au Journal officiel.

Sauf à imaginer que M. Mélenchon puisse obtenir le parrainage de cinq-cents élus créolisés – son rêve éveillé, il est vrai – il lui faudra bien se résigner à aller séduire une bonne palanquée de « tout Blancs, tout moches ».

Et c’est alors que le pays, les citoyens, les électeurs, auront la joie sans pareille de débusquer qui, parmi leurs élus, est soumis à l’Insoumis en chef au point d’accepter de s’abaisser à faire fi des crachats, des insultes reçus, des ignominies et mensonges proférés, comme on l’a constaté encore récemment lors du lynchage du jeune Quentin Deranque.

Non seulement en faire fi, mais, à la vérité, en redemander.

Aussi, se prend-on à espérer quelque chose comme une conjuration des cinq-cents, une fronde, un front du refus. Refus du parrainage anti-blanc, anti-civilisation française, anti-France pour tout dire. Voilà qui constituerait, selon moi, ce qu’on pourrait qualifier à juste titre d’acte de résistance. Pour de bon.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

Guerre en Iran: prendre notre part

Depuis que les Iraniens ont entamé une stratégie de généralisation du conflit pour contraindre les Etats-Unis à cesser les combats sous la pression des pétromonarchies effrayées par le désordre économique, la nouvelle guerre du Golfe prend une perspective mondiale.


Certains commentateurs (notamment dans la diplomatie française) reprochent aux Etats-Unis d’avoir entrepris cette guerre comme ils le leur avaient reproché à juste titre en 2003 lors de l’invasion de l’Irak. Comparaison n’est pas raison. En 2003 l’Irak n’avait attaqué ni ne menaçait personne et les preuves apportées par les Américains étaient falsifiées. Dans le cas présent, les preuves de la nocivité de l’Iran et de son bellicisme sont innombrables. L’Iran attaque Israël depuis 20 ans directement ou indirectement via ses alliés du Hezbollah , du Hamas, de la Syrie ou des Houtis. Il attaque aujourd’hui les Emirats. Il est à cet égard très étrange de voir la diplomatie française traditionnellement pro-arabe adopter une attitude de conciliation avec l’Iran alors que ses alliés arabes sont attaqués !

Gare aux téméraires

Qu’on soit pour ou contre Trump n’y change rien. Que les Etats-Unis aient eu tort ou pas d’engager cette guerre n’y change rien non plus. Le fait est qu’elle est là et qu’elle révèle à son paroxysme que l’Iran est un danger immense pour la stabilité du Moyen Orient et même pour la paix du monde.

Car c’est bien d’elle qu’il s’agit désormais, qu’on le veuille ou non. Si le pire devait arriver, c’est à dire si les Etats-Unis devaient se retirer sur une victoire à la Pyrrhus, c’est à dire en prétendant avoir détruit le potentiel militaire iranien mais laissé le régime en place bloquer le détroit d’Ormuz, alors les ennemis de l’Occident y verraient un point de faiblesse tragique pour les Américains et encore plus pour l’Europe qui n’aurait même pas tenté d’intervenir pour sauvegarder ses intérêts. L’Iran détiendrait la clé de la circulation dans le détroit d’Ormuz (et sans doute aussi dans celui de Bab el Mandeb via la menace Houti) et s’installerait comme la puissance dominante de la région. Il deviendrait même le porte-drapeau du « Sud global » qui prend sa revanche sur l’Occident.

A lire aussi: Le test Israël

Le renoncement à contraindre l’Iran à la reddition serait une catastrophe géostratégique. Il n’est même pas question ici de parler, dans une optique néo-conservatrice – qui n’est pas du tout la mienne – du renoncement à la libération du peuple iranien qui resterait sous les joug des mollahs, ni des droits de l’homme, mais plus égoïstement et plus gravement de la paix mondiale. Car cet aveu de faiblesse de la part de l’Occident serait très sérieusement interprété par la Chine et par la Russie comme un permis de faire ce qu’elles veulent. S’emparer de Taïwan et bloquer le détroit de Formose pour la première et envahir les pays baltes pour la seconde. La faiblesse appelle la témérité.

A l’inverse, si les Etats-Unis soumettent l’Iran à la reddition et dans l’idéal abattent son régime théocratique, alors nous prolongeons la paix mondiale de 20 ans. Car ni la Chine, ni la Russie n’oseront s’engager dans des guerres aventureuses qui pourraient déboucher sur une guerre mondiale. Si au contraire nous y renonçons, il faut nous préparer dans trois ans à nous battre en Europe et les Américains dans le Pacifique. Bis repetita placent…

Tenir notre rang

C’est pourquoi la France (et l’Angleterre) qui sont membres fondateurs du Conseil de sécurité doivent prendre leur part du fardeau pour rétablir la libre circulation des détroits. C’est le droit international qui est en jeu ici. Cela tombe bien car nous nous en gargarisons tous les jours. Cela tombe bien aussi parce que nous entretenons à (très) grands frais une escadre aéronavale dont c’est la vocation que de maintenir la libre circulation des mers et la préservation de nos intérêts. A quoi bon dépenser dix millards pour le futur porte-avions « la France libre » si nous claironnons au monde entier que jamais nous ne l’utiliserons ? Le monde qui s’ouvre à nous depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie est celui de la force. Nous pouvons encore y tenir notre rang si nous savons la montrer quand nos intérêts, le droit international et la justice sont en jeu.

France, terroir de la Terreur

La Terreur de 1793 a légitimé la violence, jusqu’au crime de masse, pour écraser toute forme d’opposition. Un modèle suivi par toutes les dictatures modernes. Mais cette violence révolutionnaire n’a jamais quitté la vie politique française: elle est prônée par l’extrême gauche au fil des générations, et trouve aujourd’hui ses adeptes chez LFI.


La France, dans son rapport à la violence politique révolutionnaire, se caractérise par deux traits constitutifs instaurés en 1793 par la Terreur : la légitimation par un pouvoir d’une violence politique et criminelle de masse, et partant de ses modalités de mise en œuvre ; et par suite la structuration à titre définitif dans la société française d’un groupe révolutionnaire héritier de la Terreur, dont la permanence, depuis deux siècles, est sans équivalent au monde.

L’Ancien Régime a été abattu par une double révolution. La révolution libérale et bourgeoise de 1789 – qui n’aurait pas eu lieu sans l’apport décisif de la noblesse bleue et du bas clergé –, qui a fait éclater les cadres malthusiens inégalitaires de la société politique et économique d’Ancien Régime ; elle fut principalement tournée contre l’absolutisme royal et les privilèges fiscaux de la noblesse et du clergé. Cette première révolution s’inscrit dans la continuité de la révolution américaine de 1776, posant les bases du libéralisme économique et politique des Lumières appelé à façonner l’Occident moderne.

Sartre: jamais assez

Puis en 1793-1794, la révolution radicale et autoritaire destinée à combattre les ennemis de la Révolution, à éradiquer les contre-révolutionnaires, et jusqu’aux marques et traces idéologiques et nominales de l’Ancien Régime. Après l’exécution du roi et la mort provoquée de son fils, celle-ci se retourne contre l’Église à laquelle elle entend se substituer en tant qu’instance idéologique suprême. Elle invente pour ce faire la violence d’extrême gauche du parti des coupeurs de têtes. Cent quatre-vingts ans plus tard, le philosophe Jean-Paul Sartre s’est posé en héritier et laudateur de cette Terreur : « Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas là d’autres moyens que la mort. On peut toujours sortir d’une prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué » (entretien à Actuel en février 1973). La Terreur a fait au minimum de 35 000 à 40 000 morts (J.-C. Martin) sur les échafauds, devant les pelotons d’exécution et dans les prisons du régime, et 170 000 Vendéens de tous âges ont été massacrés sans autre forme de procès (nonobstant Lyonnais et Toulonnais). Ce n’était pas assez pour Sartre.

A lire aussi, Gil Mihaely: Ennemi politique n° 1

De nos jours, les héritiers des coupeurs de têtes ont toujours pignon sur rue dans la scène politique française. Leurs traits saillants n’ont pas changé : la haine politique qui sert de carburant ; la violence verbale, politique et physique qu’elle induit ; et le mensonge, qui sert à occulter les crimes qui en sont le produit. De même qu’il a fallu deux siècles pour que le génocide vendéen soit reconnu du bout des lèvres, il n’est pas recommandé d’enseigner dans les lycées français que Lénine a été « l’inventeur du totalitarisme » – une vérité historique pourtant établie par les historiens –, et il est peu probable que les protecteurs des assassins de Quentin Deranque, le jeune Franco-Péruvien de 23 ans massacré à Lyon le jour de la Saint-Valentin 2026, reconnaissent la nature politique de ce crime avant des décennies.

Avec le recul historique et la longue durée, la culture politique mondiale et française a été puissamment marquée par les héritages révolutionnaires de la Terreur. Il serait faux et mensonger d’imputer toute forme de violence politique à cette tradition révolutionnaire. La pratique de la violence politique n’est hélas l’apanage d’aucune civilisation ni d’aucune époque, seuls ses formes et la fréquence, ou le contexte, de ses usages varient. La nature humaine est portée à une violence atavique et gratuite, que seuls les processus d’éducation et de civilisation des mœurs sont à même de canaliser, de marginaliser, de symboliser, et pour un temps plus ou moins long, d’endiguer. Pour autant, l’irruption de la modernité politique à travers la Révolution française et l’épisode de la Terreur en particulier ont été le support historique de formes inédites de violence politique que le monde n’a cessé d’adopter, de reproduire et de sophistiquer depuis deux siècles.

Marque indélébile

Le plus étonnant est que cette violence meurtrière de masse, quoiqu’elle ait fait vivre la bourgeoisie française dans la peur tout au long du xixe siècle, au point de la pousser à intervalles réguliers à des contre-violences politiques de masse, a gardé jusqu’à nos jours des adeptes et des partisans : tel est le destin du « parti révolutionnaire français », qui se renouvelle de génération en génération, legs de deux siècles et marque indélébile de la culture politique française. Aucun autre pays au monde – surtout en Occident – ne peut se targuer, trente-cinq ans après la chute de l’URSS, de posséder simultanément trois formations trotskystes marxistes-léninistes, un parti communiste et le parti dit « insoumis », d’obédience trotskyste, installé au cœur des institutions républicaines : son programme est non seulement de « bordéliser » la République, mais de créer un climat préinsurrectionnel, avec le soutien de pans entiers des élites bourgeoises, notamment économiques et intellectuelles.

Non seulement le président Macron n’est pas parvenu à résorber cette exception française mais, qu’il l’ait voulu ou non, ses deux quinquennats ont contribué à la conforter.

Revenons aux origines. 1793 et la Terreur ont inventé les formes modernes de la dictature politique, et les moyens d’écraser toutes formes d’opposition : la suspension de la légalité ; le terrorisme (qui a donné son nom au régime) ; la loi des suspects ; le Tribunal révolutionnaire ; la violation des droits politiques des accusés ; l’abolition des droits de la défense dans le procès politique ; la confusion entre droits communs et prisonniers politiques ; l’usage extensif de la guillotine et des exécutions sommaires ; l’élimination physique des ennemis idéologiques par tout moyen (noyades, massacres, extermination, etc.) ; le vote truqué des instances électorales ; le vandalisme et le pillage comme mode de régulation révolutionnaire ; le populicide mis en place en Vendée, que l’on finit par qualifier de génocide au xxe siècle ; le libre cours donné aux pratiques meurtrières les plus barbares et dont la « guerre de Vendée » a été le réceptacle, la déshumanisation de l’ennemi autorisant l’élimination de populations entières hors de toute menace réelle.

A lire aussi, Martin Pimentel: Jean-Luc Mélenchon: l’ivresse de la radicalité

Michel Onfray a utilement rappelé que Jean-Luc Mélenchon, entrant à l’OCI en 1972 – le mouvement trotskyste lambertiste – a choisi pour pseudonyme Antoine Joseph « Santerre », personnage historique de la Terreur et brasseur parisien devenu général révolutionnaire sans talent. Jules Verne le présente ainsi dans un roman historique : « La Convention, effrayée, ordonna de détruire le sol de la Vendée et d’en chasser les “populations”. Le général Santerre demanda des mines pour faire sauter le pays, et des fumées soporifiques pour l’étouffer ; il voulait procéder par l’asphyxie générale. Les Mayençais furent chargés de “créer le désert” décrété par le comité de salut public. » On ne saurait mieux annoncer les techniques d’extermination mises en place par les régimes totalitaires du xxe siècle, qui ne se sont pas privés de puiser dans l’arsenal des tactiques et moyens inventés ou conçus sous la Terreur pour éliminer leurs adversaires et imposer leurs idées par la force.

La Révolution dévorant ses enfants par vagues a fini par engloutir les Montagnards, porteurs de cette violence inouïe dans une société « civilisée », et par susciter la réaction thermidorienne qui a éradiqué le parti robespierriste et sa bande criminelle. L’épisode n’en eut pas moins de telles conséquences qu’il peut être regardé comme une porte d’entrée dans la modernité, que l’on a voulu occulter ou relativiser. La Terreur déconsidère en effet l’entreprise révolutionnaire, et contredit le discours sur le progrès universel et le « sens de l’histoire », mantra du progressisme français. Mais on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs…

En marquant profondément le subconscient des élites bourgeoises et politiques françaises du xixe siècle, la Terreur a suscité en retour peur et contre-violence. Rappelons la violence extrême de la répression des épisodes révolutionnaires français de 1830, 1848 et 18711.  En 1912, le roman d’Anatole France, Les dieux ont soif, met en scène le sinistre Évariste Gamelin, juré au Tribunal révolutionnaire, dont le fanatisme au front bas a épouvanté et créé le Parti de l’ordre qu’est devenue la République. Au xxe siècle, les deux guerres mondiales et les guerres coloniales ont certainement permis de mettre au pas, voire d’éliminer de manière plus invisible nombre de militants révolutionnaires.

La tradition

Le second héritage de la Terreur, loin d’avoir disparu, est que son attirail politique a créé une tradition politique féconde et pérenne. Le « parti révolutionnaire » n’a cessé de ressurgir au xixe siècle puis aux deux siècles suivants. Il s’est structuré et doté de pratiques politiques et d’un corpus transmis de génération en génération. C’est en France que le socialisme, puis le communisme – la Commune de Paris – ont été conçus et inventés, que la révolution est devenue une tradition politique, doublée d’un puissant imaginaire qu’aucun drame humain ou historique ne parvient à désacraliser. Au xxe siècle, le Parti communiste français, par sa puissance d’attraction et de répression, a longtemps permis d’encadrer et de neutraliser les éléments incontrôlables du « parti révolutionnaire ». La résurgence Mélenchon de ce début de xxie siècle est permise par la quasi-disparition du PCF, et sa mainmise sur une large partie de la gauche a été rendue possible par l’affaissement inédit des appareils syndicaux et du Parti socialiste.

A lire aussi, Charles Rojzman: L’électeur n’existe pas!

Enfin, du fait de la centralité politique internationale de la France et de sa culture politique au xixe siècle, mais aussi de la circulation des élites politiques occidentales et coloniales à Paris dans la première moitié du xxe siècle, les idées révolutionnaires, potentialisées par Lénine, se sont mondialisées. Lénine fut le concepteur du parti politique moderne qui, dans sa forme révolutionnaire (structure politique légale vs structure révolutionnaire clandestine), a permis la diffusion de la culture révolutionnaire et sa contagion au xxe siècle. Ainsi métamorphosé, cet héritage français est devenu un produit d’exportation qui a triomphé dans le monde entier, notamment dans les plus grands empires de la planète (Russie, Empires ottoman et perse, Chine, Vietnam, Corée, etc.).

Les graves événements que la France a traversés en février 2026, de même que la subversion d’une partie de la jeunesse étudiante, invitée à déployer un antisémitisme virulent que l’on pensait éradiqué, avec le soutien de structures partisanes quoiqu’elles s’en dédisent, s’inscrit dans la longue histoire qui nous ramène aux temps révolutionnaires. De même, la haine anticatholique, qui a renoué ses canaux d’expression (qu’illustre la récente litanie de destructions de biens religieux et de lieux de culte), et qui est palpable dans l’affaire Quentin Deranque, renvoie à la tradition révolutionnaire française, qui fut d’abord anticléricale. Cette dimension est à méditer dans un pays où l’Église et le catholicisme ont été si puissants qu’ils ont nourri une haine inextinguible, que véhicule le parti révolutionnaire. Cette singularité historique française n’a pas encore trouvé son historien. Elle est pourtant de toute première importance au regard de son ancienneté, de sa permanence et de sa puissance historique. Quels sont ses modes de transmission, de sociabilité, ses instituts de formation, au point que ses militants, ses apprentis et ses maîtres, de génération en génération, transmettent une histoire qui les dépasse ? Le parti révolutionnaire français a cessé d’être ouvrier et parisien. Il s’est provincialisé et embourgeoisé, il a migré vers les universités et les salles de rédaction, mais sa fonction tribunitienne et sa capacité subversive sont parmi nous. L’islam révolutionnaire est son nouvel horizon, même s’il faut convenir que la convergence des luttes demeure assez rhétorique de ce côté de la nouvelle société française, tant il est difficile de marier les contraires hors de toute tradition intellectuelle et historique.


On a cassé la république: 150 ans d'histoire de la nation

Price: ---

0 used & new available from

  1. Pierre Vermeren, On a cassé la République. 150 ans d’histoire de la nation, Tallandier, Paris, 2020. ↩︎

«Ancien gilet jaune, ce que les ronds-points m’ont appris sur la mort de nos centres-villes»

On n’a pas assez parlé du déclin de l’attractivité des centres de nos villes et des difficultés du petit commerce, dans la campagne électorale qui s’achève. Une grande tribune propose d’agir: nos centres-bourgs représentent encore des millions d’emplois non délocalisables – il faut davantage s’en préoccuper.


Je suis aujourd’hui associé dans une entreprise du bâtiment. Mais il y a quelques années, comme beaucoup de Français, j’ai passé des week-ends entiers sur des ronds-points avec un gilet jaune sur le dos.

On a beaucoup caricaturé ces moments. Pourtant, quand on repense à ce qui s’y disait, il ne s’agissait pas seulement du prix du carburant ou d’une colère passagère. Sur ces ronds-points, des gens qui ne se connaissaient pas ont commencé à parler de leur vie quotidienne. Et très vite, une réalité est apparue : dans beaucoup de provinces, la vie devient de plus en plus difficile. Les commerces ferment. Les services disparaissent. Les centres-villes se vident.

Sentiment d’impuissance

Cette colère racontait déjà quelque chose de profond : le sentiment que le cœur de nos villes et de nos villages s’éteint peu à peu dans l’indifférence générale, à commencer par celle de nos dirigeants. Notre sentiment d’impuissance, aussi, face à l’effacement progressif de notre mode de vie, de notre joie, de notre monde. Une France oubliée. Une France qui devient déserte. Elle est celle où la jeunesse manque le plus d’opportunités professionnelles. Une France timide qui n’ose pas demander d’aides, qu’on ne voit pas se plaindre sur les plateaux de télévision. Et pour cause, elle n’est pas invitée.

A lire aussi: KFC, Quick, Five Guys… Quand le halal fait recette

Hors des grandes métropoles, point de salut. Les municipales devraient pourtant être l’occasion de rappeler l’existence de ces centaines de petites villes qui faisaient autrefois la beauté et la spécificité de la France. De Carcassonne à Montceau-les-Mines en passant par Dax, Clermont, Quimper et Maubeuge, les vitrines ferment et les bistrots sont remplacés par des enseignes de fast-food. Où sont les grands plans Marshall et autres comités Théodule quand on a besoin d’eux ?

Je travaille dans le bâtiment. Mon métier me fait entrer partout : dans des boutiques, des immeubles, des cellules commerciales. Et depuis vingt ans, je vois la même scène se répéter. Une vitrine qui ferme, puis une autre. Un rideau métallique qui reste baissé pendant des mois. Parfois des années. On nous explique que si nos centres-villes se vident, si nos rideaux restent baissés, si nos commerces ferment les uns après les autres, ce serait la faute des plateformes chinoises et américaines, de Shein, d’Amazon ou de Temu. C’est pratique. C’est lointain. Bien sûr, elles ont changé les habitudes de consommation. Mais elles n’expliquent pas le phénomène. Ce n’est pas depuis Pékin ou San Francisco qu’on ferme nos boulangeries et qu’on coupe nos lignes de TER ! La vérité est plus simple et dérangeante : nous avons méthodiquement étouffé la vie dans nos centres-villes.

La France en vacance (commerciale)

D’abord parce que l’économie des petits commerces est devenue fragile. Dans certaines rues, les loyers commerciaux atteignent des niveaux que seuls les grands réseaux peuvent supporter. Les indépendants disparaissent peu à peu, et les locaux restent vides dans l’attente d’un locataire solvable. Ensuite parce que les règles se sont accumulées au fil des années. Normes d’accessibilité, contraintes énergétiques, procédures administratives : chacune peut se justifier. Mais leur empilement finit par décourager ceux qui voudraient se lancer. Beaucoup de commerçants passent aujourd’hui plus de temps à gérer des formalités qu’à développer leur activité.

Selon les données des fédérations du commerce et de cabinets spécialisés, le taux de vacance commerciale dans les centres-villes français dépasse 12% en moyenne, et atteint 15 à 20% dans de nombreuses villes moyennes, voire plus. Les loyers commerciaux en hypercentre peuvent représenter jusqu’à 10 à 15% du chiffre d’affaires d’un petit commerçant, un seuil considéré comme critique pour la rentabilité.

A lire aussi: Néolibéralisme: pourquoi tant de haine?

Les commerçants dénoncent une accumulation de normes (accessibilité, sécurité incendie, affichage environnemental, gestion des déchets, terrasses, enseignes…) dont le coût peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros lors d’une installation ou d’une mise aux normes. Dans certaines communes, la suppression de places de stationnement a atteint 20 à 30% en dix ans, sans alternative de transport crédible. Pourtant, la vie quotidienne d’une famille, c’est souvent la voiture plutôt que la marche ou le vélo. Lorsque venir en centre-ville devient compliqué, les clients se tournent vers les zones commerciales ou vers Internet. Et quand les clients disparaissent, les commerces suivent.

Les vacances commerciales sont patentes dans les villes dites moyennes. Des villes comme Saint-Étienne, Béziers, Perpignan, Calais, Nevers, Carcassonne ou encore Châteauroux, sont tout particulièrement touchées. Ce sont des villes de gilets jaunes. Des villes qui ne veulent pas s’éteindre en silence.

“Plan Clochers Vivants” : Sauvons nos centres-villes !

C’est pour alerter sur cette situation que j’ai lancé le Plan et la pétition « Clochers Vivants ». Le nom ne doit rien au hasard. Dans nos villes et nos villages, les clochers ont longtemps été les repères autour desquels s’organise la vie collective. Ils dominent encore les centres-villes. Mais trop souvent, ils dominent désormais des artères exsangues. Pourtant, rien n’est irréversible. La revitalisation des centres-villes ne demande pas des plans technocratiques complexes. Elle demande surtout du pragmatisme. De se retrousser les manches une bonne fois pour toutes.

Il faut aussi alléger la pression fiscale et administrative qui pèse sur les petits commerçants. Il est urgent de traiter sans tabou la question de l’accessibilité des centres-villes, afin qu’ils restent des lieux de vie pour les habitants et les familles. Car derrière chaque commerce qui ferme, il y a plus qu’une activité économique. Il y a un emploi qui disparaît, un apprenti qui ne sera pas formé, un lieu de rencontre qui s’éteint. La vitalité d’un pays ne se mesure pas seulement à ses grandes métropoles. Elle se voit aussi dans l’état des rues commerçantes de ses villes petites et moyennes. Les causes de ce déclin sont ici, chez nous. Les solutions aussi.  

L’électeur n’existe pas!

L’islamo-gauchiste David Guiraud à Roubaix ou le bobo Emmanuel Grégoire à Paris pensent avoir convaincu les électeurs avec leurs propositions politiques singulières. En réalité, observe notre contributeur sociologue, les territoires électoraux sont des blocs humains, des mondes distincts où l’on vote comme on vit. Analyse


À chaque élection, le même théâtre se rejoue. Les commentateurs dissèquent les alliances, scrutent les stratégies d’appareil, mesurent les rapports de force entre partis comme s’il s’agissait d’un jeu abstrait, presque autonome. Qui s’unit avec qui, qui trahit, qui résiste — toute l’attention se porte sur les combinaisons visibles de la scène politique.

L’angle mort territorial

Mais cette lecture, pour familière qu’elle soit, passe à côté de l’essentiel.

Car avant les alliances, avant les programmes, avant même les figures politiques, il y a une réalité plus profonde, plus déterminante, et pourtant largement ignorée: celle des territoires.

Ce ne sont pas les états-majors qui fabriquent les votes. Ce sont les milieux de vie. Les espaces habités. Les formes de coexistence concrètes. Les manières d’être ensemble — ou séparés.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Saint-Denis, nécropole électorale d’une certaine France?

Un territoire n’est pas un simple décor. C’est un système de relations, de normes, de perceptions. C’est un climat social qui façonne, en profondeur, ce qui est pensable, dicible, votable. On croit analyser des choix politiques. On observe en réalité des comportements collectifs inscrits dans des mondes distincts. Tant que cette dimension territoriale reste dans l’angle mort de l’analyse, les résultats électoraux apparaissent comme des surprises, des anomalies, des accidents. Dès qu’on la prend au sérieux, ils deviennent lisibles.

Car ce ne sont pas seulement des électeurs qui votent. Ce sont des territoires qui s’expriment. 

Le mythe de l’individu électeur — et la France des appartenances

On persiste à enseigner que la démocratie est le règne de l’individu. Un homme seul, éclairé, libre, qui choisit dans le secret de l’isoloir. Mais cette figure n’existe pas.

Ce que révèlent les cartes électorales, ce ne sont pas des consciences : ce sont des territoires. Des blocs humains. Des mondes. Et chaque monde vote comme il vit.

Roubaix, Seine-Saint-Denis: le vote comme climat

À Roubaix, dans de larges parties de la Seine-Saint-Denis, on ne vote pas au sens où l’entendent les manuels. On vit d’abord dans un espace dense, saturé de relations, de voisinages, de liens familiaux, de réseaux informels. Les existences s’y croisent, s’y superposent, s’y observent. Rien n’y est totalement privé. Dans ces territoires, les appartenances sont visibles. Elles s’affichent dans les manières de se vêtir, de parler, de se regrouper, de se tenir dans l’espace public. Elles produisent un sentiment de continuité — et parfois de séparation. Il ne s’agit pas simplement de religion. Il s’agit d’un climat. Un climat où certaines normes s’imposent, où certaines attitudes deviennent attendues, où l’individu est constamment renvoyé à son inscription dans un groupe.

Dans ces conditions, le vote ne relève plus d’un choix abstrait.
Il devient un prolongement du milieu. La France insoumise s’y déploie non comme une doctrine, mais comme une évidence sociale. Elle capte un état déjà constitué: défiance envers les institutions, sentiment d’être à part, perception d’une opposition entre « eux » et « nous ». Son discours ne crée pas cette disposition. Il l’accompagne. Il la formalise.

Et il circule comme circulent toutes les choses importantes ici: par les réseaux, par les conversations, par les regards. C’est un vote d’atmosphère. Un vote qui s’impose sans s’énoncer.

Les centres des métropoles: le vote comme conformité

À l’opposé, dans les centres de Paris, de Lyon, de Bordeaux, un autre climat règne. Un climat feutré, homogène, sûr de lui. Cadres supérieurs, diplômés, professions intellectuelles : ici aussi, l’entre-soi est puissant — mais il est invisible à ceux qui en font partie. Il se présente comme la normalité. On y vit dans un monde où certaines idées sont spontanément disqualifiées, non parce qu’elles seraient réfutées, mais parce qu’elles n’appartiennent pas au langage du milieu.

Le Rassemblement national ne s’y heurte pas à une barrière juridique ou morale explicite. Il se heurte à quelque chose de plus solide : une impossibilité sociale. Voter pour lui, ce serait sortir du groupe, rompre avec les codes, perdre sa place symbolique. Et les milieux intégrés sont ceux qui transgressent le moins. Ainsi se maintient, sans violence apparente, un plafond de verre presque parfait.

Les périphéries: le vote comme rupture

Dans les villes moyennes, les zones périurbaines, les anciens territoires industriels, la logique s’inverse. Ici, le cadre s’est défait. Les repères ont disparu. Les protections se sont érodées. Le vote devient un geste brut.

A lire aussi: 🎙️ Atlanti’Causeur: ni pour, ni contre, bien au contraire !

Hénin-Beaumont, certaines zones de l’Est, du Nord, du Sud rural : le vote pour le Rassemblement national y exprime moins une adhésion doctrinale qu’un refus. Refus d’un monde perçu comme éloigné, fermé, indifférent. Ce n’est pas un vote de confort. C’est un vote de rupture.

Marseille: la coexistence des fractures

Et puis il y a Marseille. Marseille n’est pas une métropole au sens classique. C’est une juxtaposition de mondes. Des territoires populaires très denses, des zones intermédiaires fragiles, des espaces plus aisés — sans qu’aucune norme unique ne parvienne à s’imposer. Les appartenances y sont visibles, parfois revendiquées, parfois opposées. Mais justement : aucune ne domine totalement.

Franck Allisio, candidat à la mairie de Marseille, 15 mars 2026 © Alain ROBERT/SIPA

Cette fragmentation empêche la formation d’un plafond de verre comparable à celui des grandes métropoles homogènes. Et surtout, le réel y est plus brut. L’insécurité, les trafics, les tensions ne sont pas des objets de discours : ils font partie de la vie quotidienne. Le vote s’y ancre davantage dans l’expérience que dans les codes.

L’électeur n’existe pas

On continue pourtant de parler de choix individuels. Mais l’individu est une fiction utile. En réalité, chacun est pris dans un monde : un territoire, des relations, des normes, des attentes. Il vote seul dans l’isoloir. Mais il vote avec tout cela en lui.

Une démocratie des milieux

Ainsi se dessine la véritable carte du pays :

Roubaix vote comme un territoire dense et structuré par des appartenances visibles. La Seine-Saint-Denis vote comme un espace où les logiques communautaires et les rapports de distance avec le reste de la société pèsent fortement. Les centres métropolitains votent comme des milieux normés et protégés. Les périphéries votent comme des mondes blessés. Marseille vote comme une ville éclatée.

Et certaines forces politiques prospèrent là où leur langage correspond à un climat déjà là, tandis que d’autres se heurtent à des frontières invisibles. La démocratie moderne célèbre l’individu. Mais elle fonctionne, en silence, comme une géographie des appartenances. Et c’est peut-être là ce qu’elle refuse de voir: nous ne votons pas seulement avec nos idées. Nous votons depuis le monde auquel nous appartenons.

La société malade

Price: ---

0 used & new available from

Le rayonnement par la main

La France rayonne encore à travers le monde dans un domaine: l’artisanat d’art. Des talents d’exception sont repérés chaque année mais peinent parfois à se faire connaître. La fondation Bettencourt-Schueller les accompagne donc de la création à la promotion.


Les caisses de l’État sont vides. Malgré cela, le budget alloué à la Culture continue d’alimenter à coups de milliards d’euros les DRAC et les FRAC pour que ces institutions hors sol poursuivent leur politique d’acquisition d’œuvres contemporaines (le plus souvent des installations militantes promouvant l’indigénisme, l’éco-déclinisme, le décolonialisme et autres joyeusetés d’un wokisme crasse). Peu de différences dans le discours des cheveux bleus de Berlin à Barcelone en passant par Paris.

Un patrimoine vivant

Il demeure cependant une exception française, un domaine où, depuis Colbert, la France occupe la première place: les métiers d’art. On en recense plus de 280 différents. Doreurs, ébénistes, marqueteurs, orfèvres, brodeurs, plumassiers, céramistes, souffleurs de verres… Ces artisanats de pointe, à la croisée de l’art, de la tradition, de la technique et de la création pure, ont vu progressivement leur prestige pâlir depuis le règne de Louis XIV: le travail de la main aurait quelque-chose de dégradant. Mais ces dernières années, le regard porté sur ces métiers a changé, jusqu’à ce qu’on les considère, à juste titre, comme un pan à part entière de notre patrimoine. Un patrimoine bien vivant qu’il est nécessaire de défendre et de promouvoir.

Côté politique, c’est en 2018 que le regard a commencé à changer, lorsque l’Éducation nationale a amorcé la promotion de la voie professionnelle. Et en 2022, le ministère a mis en avant la « voie pro » comme étant « au cœur des métiers d’avenir ». Il est encore trop tôt pour en tirer quelque résultat.

A lire aussi: «Ancien gilet jaune, ce que les ronds-points m’ont appris sur la mort de nos centres-villes»

Dès 1999 pourtant, la fondation Bettencourt-Schueller a créé le Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main afin de soutenir publiquement l’artisanat d’art. L’héritière de L’Oréal était consciente qu’il contribuait au rayonnement de la France et qu’il était impérieux de l’encourager. Prix, bourses et médiatisation de cet engagement ont contribué au changement de mentalités dans le monde culturel et du grand public. Aujourd’hui à la tête de la fondation, sa fille, Françoise Bettencourt Meyers, poursuit cette action philanthropique en faveur de l’excellence française. Tout en poursuivant des partenariats avec différentes écoles, elle amplifie son mécénat là où l’État brille par ses réductions de budgets. Trois institutions sont ainsi mises à l’honneur: la Villa Kujoyama, à Kyoto ; la Villa Albertine, à New York ; la Villa Médicis, à Rome.

9.5 millions d’investissements dans les cinq ans

La première est soutenue par la fondation depuis 2014 et les deux autres depuis les années 2020. Mais pour chacune d’elles, des projets spécifiques ont été développés afin de faire de ces vitrines du savoir-faire français l’écosystème d’un « mécénat global ». Ainsi, au Japon, sont privilégiées l’interdisciplinarité et l’innovation. Aux États-Unis, outre leur immersion dans l’univers culturel, les créateurs sont accompagnés sur le marché de l’art et du design – pragmatisme du monde de l’entreprise : un artiste doit savoir (se) vendre ! Et en Italie, où siège la plus ancienne et prestigieuse résidence d’artistes français à l’étranger, sont valorisées la création et l’excellence de l’architecture d’intérieur à travers le réaménagement de six nouvelles chambres historiques de la villa et neuf pavillons Carlu – les pavillons des pensionnaires dans le jardin.

La fondation Bettencourt-Schueller prévoit d’investir ces cinq prochaines années 9,5 millions d’euros pour ces trois villas, de quoi soutenir quelque soixante-cinq résidences de métiers d’art et de design et d’accompagner environ cent-vingt projets post-résidence. Pour autant, la fondation n’intervient pas dans la sélection des artistes qui bénéficient de son mécénat. Quelques figures du monde artistique seraient bien inspirées d’adopter une telle discrétion et humilité.

Projet Studiolo par Léa Padovani et Sébastien Kieffer avec Atelier Veneer (Romain Boulais et Félix Levêque) © Danièle Molajoli

Des débats, mais vers le haut?

A Paris, Rachida Dati et Emmanuel Grégoire ont finalement accepté de débattre à la télévision dans l’entre deux tours. Si les journalistes de BFMTV nous ont présenté leur émission de mercredi comme un évènement extra et susceptible de rebattre les cartes, le citoyen passionné de politique est toujours déçu par ce genre de débats. Quant au citoyen que la politique n’intéresse que de loin, il verra bien dimanche ce qu’il décide de faire…


Pourquoi les citoyens passionnés de politique sont-ils, en général, déçus par les débats médiatiques ? En effet, je n’ai jamais entendu, dans mon environnement, qui que ce soit se féliciter d’une confrontation télévisuelle ou radiophonique après avoir écouté des responsables politiques de tous partis. La plupart du temps, on a droit à cette banalité: c’était nettement mieux avant ; les hommes et les femmes politiques avaient une autre allure, une autre culture et de la courtoisie. C’est sans doute vrai, même si, par contraste, on surestime la qualité d’hier. Pour ma part, je récuse ce pessimisme global qui voudrait, en permanence, nous faire tomber dans la dérision ou, pire, dans l’opprobre face à n’importe quelle joute médiatique, qu’elle soit bien ou mal maîtrisée par les journalistes qui la dirigent ou l’animent. Il me semble, au contraire, qu’on apprend toujours quelque chose d’un débat. Prenons l’exemple de celui, sur BFM TV, ayant opposé les trois candidats à la mairie de Paris pour l’élection du 22 mars. Je pourrais aisément généraliser, tant on retrouve souvent des frustrations et une aigreur identiques. Si le fond est rarement développé, d’autres leçons sont données aux citoyens. Certes, lorsque ceux-ci attendent de la précision, des détails sur les projets, ils sont fréquemment dans une vaine attente, parce qu’il est rare, dans une émission politique, de trouver satisfaction sur ce plan. D’abord parce que les journalistes ne posent pas forcément les bonnes questions ou que celles-ci sont trop longues – ils n’ont pas tous le même talent que Caroline Roux dans ce registre ! — , ensuite parce que les candidats préfèrent trop souvent se réfugier dans les banalités plutôt que d’affronter l’exposé précis de leur programme. À la suite de n’importe quelle confrontation – et, en ce sens, tous les débats nous élèvent -, on en apprend beaucoup sur le candidat ou la candidate, et sur les candidats entre eux, par une appréhension à la fois singulière et collective. La psychologie, le caractère, le tempérament, l’écoute, la politesse, la maîtrise de la parole, la capacité à laisser une place au contradicteur, une forme de respect pour ce qu’il y a de démocratique dans l’exercice constituent un formidable vivier où chaque citoyen peut puiser, au-delà de ses propres convictions, de quoi se faire une idée éclairée de celui ou celle qui le représentera s’il est élu. J’admets qu’on puisse se tromper dans cette vie prise de plein fouet, qui nous donne à voir, médiatiquement, ce qu’elle est : sa surface, ses ombres possibles, ses lumières indiscutables, son identité. Cette vision, d’une richesse inouïe, permet non pas de négliger le fond, mais de le mesurer – s’il a pu, ne serait-ce qu’un peu, être exprimé – à l’aune de l’être qui nous sollicite et cherche à nous convaincre qu’il est, de toute façon, le meilleur.

A lire aussi: Nantes: la gauche panique

Pour la mairie de Paris comme pour la future élection présidentielle, on en sait déjà long : en 2027, on ne sera pas à court de jugements ! Il faut avoir la passion d’écouter, de comprendre, avant de stigmatiser par principe.

Le citoyen, lui aussi, doit être à la hauteur…

Merah, quatorze ans après: l’impuissance érigée en politique

0

On a un peu oublié la barbarie des attaques de l’islamiste Mohammed Merah à Toulouse. Ce midi, le député LFI François Piquemal, possible maire de la ville dimanche prochain, a été sifflé lors d’une commémoration. « Honte à vous Piquemal !« , « Dehors, LFI !« , « Antijuif !« , « Vous n’avez rien à faire ici, honte à vous le parti de l’islamisme ! » a-t-on notamment entendu, rapporte ICI. Lors du débat de hier soir, son rival Jean-Luc Moudenc lui avait demandé de se « distancier » des propos récents de M. Mélenchon « à la veille de cette journée funeste ». Face à l’islamisme, il faut tenir une ligne de fer dans la durée, affirme dans cette analyse Jean Messiha.


Quatorze ans ont passé, lourds comme un linceul, sur les tueries de Toulouse et Montauban. Nulle commémoration solennelle, nulle procession de ministres en deuil de façade. Seulement le silence embarrassé des puissants, des bougies éteintes depuis longtemps et des discours creux, quand ils existent, aussi vides que les serments d’un courtisan. Et pourtant, le diagnostic demeure, implacable comme la sentence de Camus : « Le fléau n’est pas une chose qui passe, c’est une chose qui reste. » Le terrorisme islamique réclame des réponses tranchantes, assumées, impitoyables. Pas de la tiédeur, de la mièvrerie, de la pusillanimité. « Le terrorisme est un crime qu’on ne peut excuser », tranchait Camus dans ses Actuelles. Nommer le monstre. Agir sans merci. Ou périr en souriant, tandis que le loup, repu, se lèche les babines. Voltaire l’avait déjà cloué : « Le fanatisme est un monstre qui ose se dire le fils de la religion. »

Illumination perverse

Mars 2012. Toulouse. Montauban. En quelques jours d’une barbarie froide et calculée, Mohammed Merah, vingt-trois ans à peine, enfant des Izards à Toulouse, délinquant endurci passé du vol sordide à la kalachnikov djihadiste, se radicalise en prison comme un poison qui infuse lentement dans les veines d’un corps affaibli. « L’enfer, c’est les autres », murmurait Sartre ; pour Merah, l’enfer fut d’abord lui-même, puis les barreaux pénitentiaires complices – et surtout cette violence qui se drape toujours des fards avenants de la contre-violence, c’est-à-dire pour une riposte à la violence de l’autre, comme le diagnostiquait le philosophe dans sa Critique de la raison dialectique. Une résistance à une violence fantasmée qui légitime sa propre cruauté.

A lire aussi: L’Arabe qui sourit jaune

Janvier 2008 : jeté en cellule pour un vol crapleux, il rumine son ressentiment. Puis vient l’illumination perverse. Extrait de sa prison pour une audience, il échappe miraculeusement à la justice des hommes. « Les gendarmes étaient à côté de leurs pompes… Cela fut pour moi une preuve d’Allah », avouera-t-il plus tard. Un Allah qui couvre le vol et le mensonge ? Peu importe. Sa conversion est fulgurante. Il dévore le Coran seul dans l’ombre de sa geôle, prie avec une ferveur nouvelle sous le regard indifférent des gardiens. Son frère Abdelkader (celui que le futur ex garde des sceaux Éric Dupond-Moretti se dira « fier » de défendre), salafiste fanatique surnommé « Ben Laden » dans le quartier, devient son guide invisible: visites répétées, livres empoisonnés, CD de haine, images de La Mecque pour nourrir la flamme. La prison, cette université du mal, transforme le voyou en guerrier de l’ombre. La radicalisation en prison, à l’époque, n’intéresse pas un système politique qui y voit un fantasme d’extrême-droite. Pas de surveillance digne de ce nom de ce phénomène pourtant inquiétant. Pas de déradicalisation, en dehors de stages bidons au cours desquels les radicalisés caressent des hamsters. Rien. Une fois dehors, le disciple file vers l’Orient: Égypte, Syrie, Liban, puis les camps de la mort en Afghanistan et au Pakistan. Stage chez les talibans et Al-Qaïda. Retour en France, fiché S depuis 2006, surveillé mollement, presque recruté comme indic. Il opère alors en artiste du néant: scooter volé, GoPro pour filmer ses massacres, armes froides et précises. Baudelaire l’avait pressenti : « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan ». Dans le cas de Merah, Satan y a élu demeure et en monopole.

Prologue sanglant au terrorisme islamiste hexagonal

Le 11 mars 2012 à Toulouse, il attire Imad Ibn Ziaten dans un piège, l’abat d’une balle dans la tête en crachant sa haine. Le 15 mars à Montauban, il exécute froidement deux militaires devant un distributeur de billets. Le 19 mars, devant l’école Ozar Hatorah, il abat le rabbin Jonathan Sandler et ses deux petits garçons, puis poursuit la petite Myriam, huit ans, dans une course aussi insensée qu’impitoyable. Il finit par l’attraper par les cheveux, la soulever de terre et lui mettre une balle de 11.43 à bout touchant dans la tête. Sept âmes fauchées au nom de l’islam radical – cette peste qui rêve d’ériger un califat sur les ruines fumantes de notre civilisation crépusculaire.

Quatorze ans. Quatorze ans que ce sang crie dans le désert de notre mémoire. Et nos élites, de Sarkozy à Macron, n’ont rien vu, rien appris, rien changé. Merah n’était que le prologue sanglant. Vinrent les Kouachi, radicalisés dans les mêmes geôles, massacrant Charlie Hebdo ; Coulibaly, frère d’armes, égorgeant et rafalant dans l’Hyper Casher ; puis, le 13 novembre 2015, le Bataclan, le Stade de France, les terrasses: cent trente morts en une nuit de cauchemar. Tous issus des immigrations arabo-afro-islamiques et du même terreau idéologique antinational qui gangrène nos institutions : prisons pouponnières, fichés S négligés, voyages en terre de guerre tolérés, expulsions avortées dans les méandres judiciaires. Comme le fléau dans La Peste de Camus, le mal ne passe pas, il s’installe. Avant lui, Victor Hugo l’avait pourtant prophétisé : « Toutes les violences ont un lendemain. »

Pire : nous avons renoncé à la seule victoire possible, celle théorisée par Malraux quand il écrit : « la civilisation, c’est la violence maîtrisée, la victoire toujours inachevée sur l’agressivité du primate ». Quant à nous, nous avons choisi la défaite. « Appartenir à l’histoire, c’est appartenir à la haine », ajoutait-il. Et nous y sommes. Plongés jusqu’au cou.

A lire aussi: Chiites et sunnites, les Frères musulmans en armes

Nommer, ce n’est pas amalgamer: c’est disséquer avec précision. C’est séparer l’idéologie de mort de la foi sincère. Mais nos grands esprits tremblent. « Mal nommer un objet, ajoutait Camus, c’est ajouter au malheur de ce monde. » On préfère l’euphémisme lâche: « extrémisme violent », « déséquilibre psychiatrique » quand ce n’est pas « conséquence des injustices sociales et des inégalités ». Des voiles pudiques jetés sur la peste. Montaigne nous avait pourtant prévenus : « Qui ne voit pas la vérité, la déguise ». Et qui la déguise ne la voit pas venir et exploser sous nos yeux. Nommer ne suffit pas. Il faut agir. Agir, c’est appliquer les lois sans faiblesse. Agir, c’est expulser sans remords ceux qui ont trahi. Agir, c’est reprendre le contrôle de nos frontières et de nos prisons. Agir, c’est investir dans le renseignement véritable et non dans les prières laïques du « vivre-ensemble ». Agir, c’est enfin parler vrai, sans cette langue de bois qui dissout les responsabilités comme un acide lent.

Quatorze ans après Merah, la France n’a même plus la force… de faire des commémorations de pacotille. Il n’empêche. Les Français réclament cohérence, constance et courage. Protéger n’est pas pleurer. Protéger est choisir. Protéger est trancher. Protéger est tenir, dans la durée, une ligne de fer. Saint-Exupéry le disait avec la clarté des étoiles: « Être homme, c’est précisément être responsable. »

La mémoire des sept innocents l’exige. Elle nous somme de sortir des postures et surtout, des impostures. Et d’inscrire enfin l’action dans une stratégie implacable: identifier le mal, appliquer les règles, écraser la menace, tenir la ligne. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que le silence coupable des puissants cessera d’être une mascarade et deviendra le premier pas vers une France qui refuse de plier devant ses pires ennemis.

Dimanche, c’est à droite, toute!

Les trois candidats en lice pour la mairie de Paris ont débattu ensemble hier soir. Si Rachida Dati s’est montrée moins convaincante qu’espéré, elle a en revanche martelé un message clair : M. Grégoire et la municipalité sortante, en raison de leur défaillance dans la gestion des ressources humaines de l’encadrement périscolaire — défaillance ayant conduit à des abus sexuels sur des jeunes enfants — auraient dû être disqualifiés d’emblée dans un pays normal.


Le débat ne fut pas toujours aisé à suivre. Certaines réponses ne furent pas assez précises. Mais tout le monde convint que la dame en rose l’avait emporté haut la main dans le débat triangulaire opposant, hier 18 mars, sur BFMTV, les trois candidats à la mairie de Paris. Morceau de choix ! La dame en rose n’avait rien à perdre et tout à gagner. Aussi donna-t-elle des coups à son camarade de gauche, très à la peine, et marqua une complicité sur certains points avec Dati. Le champion de la gauche encaissa les coups venus de sa droite et ne trouva, à sa gauche, que des parades maladroites, comme tenter de faire monter les enchères lepéniste, homophobe, ou encore lancer une attaque personnelle à Dati. Quant à Rachida Dati, si elle n’a pas renversé la table et paru moins combative que d’habitude, pour ne pas paraître le bulldozer qu’elle est souvent, afin de ne pas effrayer ses électeurs, elle se montra volontaire, professionnelle, convaincue et rassurante. Mais il est regrettable de s’être défendue de recevoir les voix de Sarah Knafo avec qui elle dit avoir des points communs comme dix pour cent des Parisiens. N’aurait-elle pas, personnellement, avantage à rejeter ce prêt-à-porter de la pensée qui voit du fascisme partout, pour revenir au style haute couture auquel elle nous avait, jadis, habitués ?

Grégoire veut faire de Paris un HLM géant

Le programme des candidats est suffisamment connu pour qu’on y insiste ici. Suffit de dire que la gauche, toute la gauche, reste la gauche, en tout et pour tout. Aucune régulation annoncée du flux de migrants, 60.000 logements sociaux en plus, toujours plus de vélos. Qui croit encore en eux – les politiques ? Même Grégoire était à la peine faute de feu sacré : il est vrai que dix années passées avec Madame Hidalgo fatiguent son homme. Dati, elle, fut simple, nette et sobre sur les dossiers chauds de la capitale: immigration, sécurité et propreté de la ville, rétablissement de la circulation, rue de Rivoli, paquet mis sur les commerces de proximité, qualité de l’enseignement, réduction des dépenses. Certes, le soleil de Knafo manquait mais ce n’est peut-être qu’une éclipse momentanée. Dati fut surtout très ferme sur deux points : le dossier des migrants, les réfugiés de Barbès et du pont Jean-Jaurès, dénonçant avec force le déni de la gauche sur le sujet. Elle le fut aussi sur les dossiers scandaleux des abus sexuels sur les enfants dans le périscolaire, qui remontent à 2015 et que la gauche a négligés ! Problème systémique mis à jour voire réseau criminel ? Nouvelle affaire Bétharram ? Où scolariser son enfant en toute sécurité ? Telle est désormais la grande préoccupation des parents, dans notre capitale. Quel pavé dans les bottes de la gauche que ces scandales !

A lire aussi: Y’a pas de débat!

Gagner le débat n’est pas gagner les élections. L’enjeu est historique. Il ne s’agit pas d’avoir des états d’âme, des valses hésitation, des pas de deux et trois ratés, des entrechats compliqués, des arrière-pensées, des pudeurs de violette ni de gazelle, des hauts-le cœur d’indignation, des reflux de moralité, des aigreurs, des seins qu’on ne saurait voir, des plus jamais ça qui tournent en eau de boudin et en alliances honteuses. Pas de lézard ! Dimanche, c’est à droite, toute ! Pareille opportunité ne se représentera plus de si tôt !

Union des droites contre RATP du vélo, choisis ton Paris !

Le problème est simple. Veut-on que Paris reste à gauche ou passe à droite ? Si c’est le cas, à droite, toute ! La vie politique ce n’est pas un coup d’éclat ni un coup de cœur. C’est un choix intelligent. Grégoire, « un maire fier et fiable » comme il se définit lui-même ? Allons donc ! Va-t-on rempiler dans des rues sans commerces, avec des mulots dans les jardins publics, avec une immigration incontrôlée, une enfance en insécurité, une dette exponentielle ? Des rues coupe-gorges ? Du trafic de drogue en bas de chez soi ? Pourquoi pas dans la cour de votre immeuble ?

A lire aussi: Que vaut la parole d’un socialiste?

Le plat ne repassera pas deux fois. Dimanche, il faut voter, et bien. L’union des droites s’impose sans discussion aucune. Finie la guerre des chefs ! Finies les vieilles lunes : c’est Chikirou qui l’a dit ! Grégoire a tenté, en vain, de ramener l’ombre maléfique des années sombres de la France. Lui aussi, il faut qu’il prenne un bain de jouvence ! Mais le pompon revient à Chikirou et « sa politique du vélo » — mon ordinateur avait écrit « voile », j’ai dû corriger. Avez-vous remarqué, a dit la dame en rose, « la forte demande en vélos » de la capitale ? Non, j’avoue ne pas avoir vu « cette forte demande » autour de moi. Je pensais justement qu’on allait voir la fin des forêts de guidons qui défigurent nos rues, avec ces cyclistes casqués, branchés qui pédalent, pédalent, brûlent les feux rouges, fauchent les piétons sur les trottoirs et font des bras d’honneur à tous/ t/e/s. Eh bien, je me trompais ! La dame LFI – et avec elle la gauche écolo branchée de notre capitale qui broute la sarriette qu’elle fait pousser sur son balcon – propose une régie nouvelle du vélo ! Un service public du vélo ! Une école d’apprentissage du vélo ! Des cours de vélo ! Une clinique du vélo ! En un mot comme en dix, une démocratisation du vélo ! Vélos de tous les pays, unissez-vous !

Alors, dimanche, c’est à droite, toute !

🎙️Podcast: Trump et la fracture du mouvement MAGA

0

Avec Harold Hyman et Jeremy Stubbs.


Le mouvement MAGA est en train de se fracturer : certains des influenceurs et des personnalités qui y jouent un rôle clé considèrent que, en déclenchant une guerre en Iran, Donald Trump a trahi sa promesse de ne pas intervenir militairement à grande échelle dans des conflits à l’étranger. Ils sont nombreux à inviter dans leur podcast ou talk show Joe Kent, qui a démissionné de son poste de directeur du Centre national de l’anti-terrorisme et qui prétend, à qui veut l’entendre, que l’Iran ne représentait pas une « menace imminente » pour les Etats-Unis.

Pourtant, Kent n’est pas un expert du renseignement international et son témoignage minimise la dimension nucléaire de la menace iranienne. D’ailleurs, les acteurs les plus influents du mouvement MAGA ignorent superbement la question, aussi actuelle qu’inquiétante, de la prolifération des armes nucléaires. Jusqu’à présent, l’Iran et la Corée du Nord travaillaient main dans la main pour développer une capacité nucléaire dont le reste du monde aurait tout à craindre.

A lire aussi: Gaza, le Liban et la guerre révélée

Donald Trump n’avait donc pas nécessairement tort de saisir cette opportunité pour neutraliser la menace iranienne. S’il lui sera difficile de mettre fin aux opérations militaires pour rentrer dans les bonnes grâces de ses électeurs à temps pour les élections législatives en novembre, ce ne sera pas nécessairement impossible.

Cinq pays européens – dont la France, le Royaume Uni, l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas – ainsi que le Japon, viennent d’annoncer qu’ils sont prêts à contribuer à des efforts pour garder ouvert le détroit d’Ormuz. Ces alliés traditionnels des Etats-Unis s’étaient montrés jusqu’ici réticents à donner un coup de main à Donald Trump. Pourtant, l’Iran est leur ennemi aussi et, s’ils veulent faire baisser le prix du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL), ils ont intérêt à sécuriser les livraisons en provenance des pays du Golfe.

Combien de «tout blancs tout moches» pour parrainer Mélenchon en 2027?

0
Capture YouTube.

A la tribune mercredi soir, le leader de LFI s’est amusé devant ses soutiens des polémiques qu’il suscite dans le pays avec ses allusions répétées à la « Nouvelle France », aux « racisés » ou à la créolisation. « Vous avez vu les histoires que je me suis faites avec des réacs en leur disant Ah ben oui, la basilique Saint-Denis, pas moyen de la faire si vous n’aviez pas demandé aux musulmans comment on fait. Ils se sont tous mis à hurler » a-t-il notamment avancé. « Ils ont le front de venir me dire que c’est les Goths qui ont inventé les arcs brisés. Ça ne va pas, les Goths ils étaient juste capables de briser les arcs et c’est tout. (…) Il a bien fallu un jour qu’un, ou une, se mette debout sur ses pattes, à l’autre bout du continent africain, pour qu’à la fin, ici, vous soyez en train de faire les malins, tout blancs, tout moches que vous êtes. »


Pour que sa candidature à l’élection présidentielle soit dûment validée, M. Mélenchon, comme tous les autres candidats, devra être en mesure de se prévaloir du parrainage de cinq-cents élus. Telle est la loi adoptée en 1962, visant à éviter – ou tout au moins limiter – les candidatures trop manifestement fantaisistes.

Selon cette loi, sont habilités à parrainer un candidat un certain nombre d’élus dont les députés, les sénateurs, les maires, les présidents des communautés urbaines, d’agglomération, de communautés de communes, etc…

Nous ne nous abaisserons pas ici à faire le décompte de la proportion parmi eux des « tout blancs, tout moches » et de ceux qui, selon la doctrine mélenchonienne pourraient être classés dans la catégorie toute nouvelle des « tout beaux parce que pas tout blancs ».

S’en trouvera-t-il cinq cents, de ces « tout moches », le moment venu pour oublier et glisser sous le tapis l’avalanche de monstruosités, de mensonges, d’injures, de menaces proférés par le potentiel candidat Mélenchon ces derniers mois, ces dernières années, et, toute honte bue, toute dignité balancée à la poubelle, lui apporter leur soutien ?

A lire aussi, du même auteur: Saint-Denis, nécropole électorale d’une certaine France?

Soutiens qui, convient-il de rappeler, obéissent à certaines règles. Ils doivent émaner d’élus d’au moins trente départements ou collectivités d’outre-mer différents, sans que leur nombre dépasse 10% (soit 50 parrainages) pour un même département ou une même collectivité. De plus, chaque élu ne peut parrainer qu’un seul candidat, et son choix est irrévocable. Non seulement irrévocable mais rendu public. Autrement dit, l’élu soutenant, par exemple M. Mélenchon, aura à assumer ce choix devant ses électeurs, auprès des citoyens. Cela non seulement au moment des élections, mais fort longtemps après. Les soutiens sont rendus publics au fur et à mesure de la réception des parrainages et la liste définitive de ces parrainages – avec nom, prénom et qualité des élus –  est publiée dans son intégralité huit jours au moins avant le premier tour du scrutin sur le site du Conseil constitutionnel et au Journal officiel.

Sauf à imaginer que M. Mélenchon puisse obtenir le parrainage de cinq-cents élus créolisés – son rêve éveillé, il est vrai – il lui faudra bien se résigner à aller séduire une bonne palanquée de « tout Blancs, tout moches ».

Et c’est alors que le pays, les citoyens, les électeurs, auront la joie sans pareille de débusquer qui, parmi leurs élus, est soumis à l’Insoumis en chef au point d’accepter de s’abaisser à faire fi des crachats, des insultes reçus, des ignominies et mensonges proférés, comme on l’a constaté encore récemment lors du lynchage du jeune Quentin Deranque.

Non seulement en faire fi, mais, à la vérité, en redemander.

Aussi, se prend-on à espérer quelque chose comme une conjuration des cinq-cents, une fronde, un front du refus. Refus du parrainage anti-blanc, anti-civilisation française, anti-France pour tout dire. Voilà qui constituerait, selon moi, ce qu’on pourrait qualifier à juste titre d’acte de résistance. Pour de bon.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

Guerre en Iran: prendre notre part

0
Photo diffusée par la marine royale thaïlandaise montrant le navire thaïlandais Mayuree Naree en feu après une attaque d’un drone de surface iranien (USV) dans le détroit d’Ormuz, le mercredi 11 mars © 2026 EPN/Newscom/SIPA

Depuis que les Iraniens ont entamé une stratégie de généralisation du conflit pour contraindre les Etats-Unis à cesser les combats sous la pression des pétromonarchies effrayées par le désordre économique, la nouvelle guerre du Golfe prend une perspective mondiale.


Certains commentateurs (notamment dans la diplomatie française) reprochent aux Etats-Unis d’avoir entrepris cette guerre comme ils le leur avaient reproché à juste titre en 2003 lors de l’invasion de l’Irak. Comparaison n’est pas raison. En 2003 l’Irak n’avait attaqué ni ne menaçait personne et les preuves apportées par les Américains étaient falsifiées. Dans le cas présent, les preuves de la nocivité de l’Iran et de son bellicisme sont innombrables. L’Iran attaque Israël depuis 20 ans directement ou indirectement via ses alliés du Hezbollah , du Hamas, de la Syrie ou des Houtis. Il attaque aujourd’hui les Emirats. Il est à cet égard très étrange de voir la diplomatie française traditionnellement pro-arabe adopter une attitude de conciliation avec l’Iran alors que ses alliés arabes sont attaqués !

Gare aux téméraires

Qu’on soit pour ou contre Trump n’y change rien. Que les Etats-Unis aient eu tort ou pas d’engager cette guerre n’y change rien non plus. Le fait est qu’elle est là et qu’elle révèle à son paroxysme que l’Iran est un danger immense pour la stabilité du Moyen Orient et même pour la paix du monde.

Car c’est bien d’elle qu’il s’agit désormais, qu’on le veuille ou non. Si le pire devait arriver, c’est à dire si les Etats-Unis devaient se retirer sur une victoire à la Pyrrhus, c’est à dire en prétendant avoir détruit le potentiel militaire iranien mais laissé le régime en place bloquer le détroit d’Ormuz, alors les ennemis de l’Occident y verraient un point de faiblesse tragique pour les Américains et encore plus pour l’Europe qui n’aurait même pas tenté d’intervenir pour sauvegarder ses intérêts. L’Iran détiendrait la clé de la circulation dans le détroit d’Ormuz (et sans doute aussi dans celui de Bab el Mandeb via la menace Houti) et s’installerait comme la puissance dominante de la région. Il deviendrait même le porte-drapeau du « Sud global » qui prend sa revanche sur l’Occident.

A lire aussi: Le test Israël

Le renoncement à contraindre l’Iran à la reddition serait une catastrophe géostratégique. Il n’est même pas question ici de parler, dans une optique néo-conservatrice – qui n’est pas du tout la mienne – du renoncement à la libération du peuple iranien qui resterait sous les joug des mollahs, ni des droits de l’homme, mais plus égoïstement et plus gravement de la paix mondiale. Car cet aveu de faiblesse de la part de l’Occident serait très sérieusement interprété par la Chine et par la Russie comme un permis de faire ce qu’elles veulent. S’emparer de Taïwan et bloquer le détroit de Formose pour la première et envahir les pays baltes pour la seconde. La faiblesse appelle la témérité.

A l’inverse, si les Etats-Unis soumettent l’Iran à la reddition et dans l’idéal abattent son régime théocratique, alors nous prolongeons la paix mondiale de 20 ans. Car ni la Chine, ni la Russie n’oseront s’engager dans des guerres aventureuses qui pourraient déboucher sur une guerre mondiale. Si au contraire nous y renonçons, il faut nous préparer dans trois ans à nous battre en Europe et les Américains dans le Pacifique. Bis repetita placent…

Tenir notre rang

C’est pourquoi la France (et l’Angleterre) qui sont membres fondateurs du Conseil de sécurité doivent prendre leur part du fardeau pour rétablir la libre circulation des détroits. C’est le droit international qui est en jeu ici. Cela tombe bien car nous nous en gargarisons tous les jours. Cela tombe bien aussi parce que nous entretenons à (très) grands frais une escadre aéronavale dont c’est la vocation que de maintenir la libre circulation des mers et la préservation de nos intérêts. A quoi bon dépenser dix millards pour le futur porte-avions « la France libre » si nous claironnons au monde entier que jamais nous ne l’utiliserons ? Le monde qui s’ouvre à nous depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie est celui de la force. Nous pouvons encore y tenir notre rang si nous savons la montrer quand nos intérêts, le droit international et la justice sont en jeu.

France, terroir de la Terreur

0
Pierre Vermeren © Hannah Assouline

La Terreur de 1793 a légitimé la violence, jusqu’au crime de masse, pour écraser toute forme d’opposition. Un modèle suivi par toutes les dictatures modernes. Mais cette violence révolutionnaire n’a jamais quitté la vie politique française: elle est prônée par l’extrême gauche au fil des générations, et trouve aujourd’hui ses adeptes chez LFI.


La France, dans son rapport à la violence politique révolutionnaire, se caractérise par deux traits constitutifs instaurés en 1793 par la Terreur : la légitimation par un pouvoir d’une violence politique et criminelle de masse, et partant de ses modalités de mise en œuvre ; et par suite la structuration à titre définitif dans la société française d’un groupe révolutionnaire héritier de la Terreur, dont la permanence, depuis deux siècles, est sans équivalent au monde.

L’Ancien Régime a été abattu par une double révolution. La révolution libérale et bourgeoise de 1789 – qui n’aurait pas eu lieu sans l’apport décisif de la noblesse bleue et du bas clergé –, qui a fait éclater les cadres malthusiens inégalitaires de la société politique et économique d’Ancien Régime ; elle fut principalement tournée contre l’absolutisme royal et les privilèges fiscaux de la noblesse et du clergé. Cette première révolution s’inscrit dans la continuité de la révolution américaine de 1776, posant les bases du libéralisme économique et politique des Lumières appelé à façonner l’Occident moderne.

Sartre: jamais assez

Puis en 1793-1794, la révolution radicale et autoritaire destinée à combattre les ennemis de la Révolution, à éradiquer les contre-révolutionnaires, et jusqu’aux marques et traces idéologiques et nominales de l’Ancien Régime. Après l’exécution du roi et la mort provoquée de son fils, celle-ci se retourne contre l’Église à laquelle elle entend se substituer en tant qu’instance idéologique suprême. Elle invente pour ce faire la violence d’extrême gauche du parti des coupeurs de têtes. Cent quatre-vingts ans plus tard, le philosophe Jean-Paul Sartre s’est posé en héritier et laudateur de cette Terreur : « Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas là d’autres moyens que la mort. On peut toujours sortir d’une prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué » (entretien à Actuel en février 1973). La Terreur a fait au minimum de 35 000 à 40 000 morts (J.-C. Martin) sur les échafauds, devant les pelotons d’exécution et dans les prisons du régime, et 170 000 Vendéens de tous âges ont été massacrés sans autre forme de procès (nonobstant Lyonnais et Toulonnais). Ce n’était pas assez pour Sartre.

A lire aussi, Gil Mihaely: Ennemi politique n° 1

De nos jours, les héritiers des coupeurs de têtes ont toujours pignon sur rue dans la scène politique française. Leurs traits saillants n’ont pas changé : la haine politique qui sert de carburant ; la violence verbale, politique et physique qu’elle induit ; et le mensonge, qui sert à occulter les crimes qui en sont le produit. De même qu’il a fallu deux siècles pour que le génocide vendéen soit reconnu du bout des lèvres, il n’est pas recommandé d’enseigner dans les lycées français que Lénine a été « l’inventeur du totalitarisme » – une vérité historique pourtant établie par les historiens –, et il est peu probable que les protecteurs des assassins de Quentin Deranque, le jeune Franco-Péruvien de 23 ans massacré à Lyon le jour de la Saint-Valentin 2026, reconnaissent la nature politique de ce crime avant des décennies.

Avec le recul historique et la longue durée, la culture politique mondiale et française a été puissamment marquée par les héritages révolutionnaires de la Terreur. Il serait faux et mensonger d’imputer toute forme de violence politique à cette tradition révolutionnaire. La pratique de la violence politique n’est hélas l’apanage d’aucune civilisation ni d’aucune époque, seuls ses formes et la fréquence, ou le contexte, de ses usages varient. La nature humaine est portée à une violence atavique et gratuite, que seuls les processus d’éducation et de civilisation des mœurs sont à même de canaliser, de marginaliser, de symboliser, et pour un temps plus ou moins long, d’endiguer. Pour autant, l’irruption de la modernité politique à travers la Révolution française et l’épisode de la Terreur en particulier ont été le support historique de formes inédites de violence politique que le monde n’a cessé d’adopter, de reproduire et de sophistiquer depuis deux siècles.

Marque indélébile

Le plus étonnant est que cette violence meurtrière de masse, quoiqu’elle ait fait vivre la bourgeoisie française dans la peur tout au long du xixe siècle, au point de la pousser à intervalles réguliers à des contre-violences politiques de masse, a gardé jusqu’à nos jours des adeptes et des partisans : tel est le destin du « parti révolutionnaire français », qui se renouvelle de génération en génération, legs de deux siècles et marque indélébile de la culture politique française. Aucun autre pays au monde – surtout en Occident – ne peut se targuer, trente-cinq ans après la chute de l’URSS, de posséder simultanément trois formations trotskystes marxistes-léninistes, un parti communiste et le parti dit « insoumis », d’obédience trotskyste, installé au cœur des institutions républicaines : son programme est non seulement de « bordéliser » la République, mais de créer un climat préinsurrectionnel, avec le soutien de pans entiers des élites bourgeoises, notamment économiques et intellectuelles.

Non seulement le président Macron n’est pas parvenu à résorber cette exception française mais, qu’il l’ait voulu ou non, ses deux quinquennats ont contribué à la conforter.

Revenons aux origines. 1793 et la Terreur ont inventé les formes modernes de la dictature politique, et les moyens d’écraser toutes formes d’opposition : la suspension de la légalité ; le terrorisme (qui a donné son nom au régime) ; la loi des suspects ; le Tribunal révolutionnaire ; la violation des droits politiques des accusés ; l’abolition des droits de la défense dans le procès politique ; la confusion entre droits communs et prisonniers politiques ; l’usage extensif de la guillotine et des exécutions sommaires ; l’élimination physique des ennemis idéologiques par tout moyen (noyades, massacres, extermination, etc.) ; le vote truqué des instances électorales ; le vandalisme et le pillage comme mode de régulation révolutionnaire ; le populicide mis en place en Vendée, que l’on finit par qualifier de génocide au xxe siècle ; le libre cours donné aux pratiques meurtrières les plus barbares et dont la « guerre de Vendée » a été le réceptacle, la déshumanisation de l’ennemi autorisant l’élimination de populations entières hors de toute menace réelle.

A lire aussi, Martin Pimentel: Jean-Luc Mélenchon: l’ivresse de la radicalité

Michel Onfray a utilement rappelé que Jean-Luc Mélenchon, entrant à l’OCI en 1972 – le mouvement trotskyste lambertiste – a choisi pour pseudonyme Antoine Joseph « Santerre », personnage historique de la Terreur et brasseur parisien devenu général révolutionnaire sans talent. Jules Verne le présente ainsi dans un roman historique : « La Convention, effrayée, ordonna de détruire le sol de la Vendée et d’en chasser les “populations”. Le général Santerre demanda des mines pour faire sauter le pays, et des fumées soporifiques pour l’étouffer ; il voulait procéder par l’asphyxie générale. Les Mayençais furent chargés de “créer le désert” décrété par le comité de salut public. » On ne saurait mieux annoncer les techniques d’extermination mises en place par les régimes totalitaires du xxe siècle, qui ne se sont pas privés de puiser dans l’arsenal des tactiques et moyens inventés ou conçus sous la Terreur pour éliminer leurs adversaires et imposer leurs idées par la force.

La Révolution dévorant ses enfants par vagues a fini par engloutir les Montagnards, porteurs de cette violence inouïe dans une société « civilisée », et par susciter la réaction thermidorienne qui a éradiqué le parti robespierriste et sa bande criminelle. L’épisode n’en eut pas moins de telles conséquences qu’il peut être regardé comme une porte d’entrée dans la modernité, que l’on a voulu occulter ou relativiser. La Terreur déconsidère en effet l’entreprise révolutionnaire, et contredit le discours sur le progrès universel et le « sens de l’histoire », mantra du progressisme français. Mais on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs…

En marquant profondément le subconscient des élites bourgeoises et politiques françaises du xixe siècle, la Terreur a suscité en retour peur et contre-violence. Rappelons la violence extrême de la répression des épisodes révolutionnaires français de 1830, 1848 et 18711.  En 1912, le roman d’Anatole France, Les dieux ont soif, met en scène le sinistre Évariste Gamelin, juré au Tribunal révolutionnaire, dont le fanatisme au front bas a épouvanté et créé le Parti de l’ordre qu’est devenue la République. Au xxe siècle, les deux guerres mondiales et les guerres coloniales ont certainement permis de mettre au pas, voire d’éliminer de manière plus invisible nombre de militants révolutionnaires.

La tradition

Le second héritage de la Terreur, loin d’avoir disparu, est que son attirail politique a créé une tradition politique féconde et pérenne. Le « parti révolutionnaire » n’a cessé de ressurgir au xixe siècle puis aux deux siècles suivants. Il s’est structuré et doté de pratiques politiques et d’un corpus transmis de génération en génération. C’est en France que le socialisme, puis le communisme – la Commune de Paris – ont été conçus et inventés, que la révolution est devenue une tradition politique, doublée d’un puissant imaginaire qu’aucun drame humain ou historique ne parvient à désacraliser. Au xxe siècle, le Parti communiste français, par sa puissance d’attraction et de répression, a longtemps permis d’encadrer et de neutraliser les éléments incontrôlables du « parti révolutionnaire ». La résurgence Mélenchon de ce début de xxie siècle est permise par la quasi-disparition du PCF, et sa mainmise sur une large partie de la gauche a été rendue possible par l’affaissement inédit des appareils syndicaux et du Parti socialiste.

A lire aussi, Charles Rojzman: L’électeur n’existe pas!

Enfin, du fait de la centralité politique internationale de la France et de sa culture politique au xixe siècle, mais aussi de la circulation des élites politiques occidentales et coloniales à Paris dans la première moitié du xxe siècle, les idées révolutionnaires, potentialisées par Lénine, se sont mondialisées. Lénine fut le concepteur du parti politique moderne qui, dans sa forme révolutionnaire (structure politique légale vs structure révolutionnaire clandestine), a permis la diffusion de la culture révolutionnaire et sa contagion au xxe siècle. Ainsi métamorphosé, cet héritage français est devenu un produit d’exportation qui a triomphé dans le monde entier, notamment dans les plus grands empires de la planète (Russie, Empires ottoman et perse, Chine, Vietnam, Corée, etc.).

Les graves événements que la France a traversés en février 2026, de même que la subversion d’une partie de la jeunesse étudiante, invitée à déployer un antisémitisme virulent que l’on pensait éradiqué, avec le soutien de structures partisanes quoiqu’elles s’en dédisent, s’inscrit dans la longue histoire qui nous ramène aux temps révolutionnaires. De même, la haine anticatholique, qui a renoué ses canaux d’expression (qu’illustre la récente litanie de destructions de biens religieux et de lieux de culte), et qui est palpable dans l’affaire Quentin Deranque, renvoie à la tradition révolutionnaire française, qui fut d’abord anticléricale. Cette dimension est à méditer dans un pays où l’Église et le catholicisme ont été si puissants qu’ils ont nourri une haine inextinguible, que véhicule le parti révolutionnaire. Cette singularité historique française n’a pas encore trouvé son historien. Elle est pourtant de toute première importance au regard de son ancienneté, de sa permanence et de sa puissance historique. Quels sont ses modes de transmission, de sociabilité, ses instituts de formation, au point que ses militants, ses apprentis et ses maîtres, de génération en génération, transmettent une histoire qui les dépasse ? Le parti révolutionnaire français a cessé d’être ouvrier et parisien. Il s’est provincialisé et embourgeoisé, il a migré vers les universités et les salles de rédaction, mais sa fonction tribunitienne et sa capacité subversive sont parmi nous. L’islam révolutionnaire est son nouvel horizon, même s’il faut convenir que la convergence des luttes demeure assez rhétorique de ce côté de la nouvelle société française, tant il est difficile de marier les contraires hors de toute tradition intellectuelle et historique.


On a cassé la république: 150 ans d'histoire de la nation

Price: ---

0 used & new available from

  1. Pierre Vermeren, On a cassé la République. 150 ans d’histoire de la nation, Tallandier, Paris, 2020. ↩︎

«Ancien gilet jaune, ce que les ronds-points m’ont appris sur la mort de nos centres-villes»

0
Quimper, dans le Finistère. Photo d'illustration DR.

On n’a pas assez parlé du déclin de l’attractivité des centres de nos villes et des difficultés du petit commerce, dans la campagne électorale qui s’achève. Une grande tribune propose d’agir: nos centres-bourgs représentent encore des millions d’emplois non délocalisables – il faut davantage s’en préoccuper.


Je suis aujourd’hui associé dans une entreprise du bâtiment. Mais il y a quelques années, comme beaucoup de Français, j’ai passé des week-ends entiers sur des ronds-points avec un gilet jaune sur le dos.

On a beaucoup caricaturé ces moments. Pourtant, quand on repense à ce qui s’y disait, il ne s’agissait pas seulement du prix du carburant ou d’une colère passagère. Sur ces ronds-points, des gens qui ne se connaissaient pas ont commencé à parler de leur vie quotidienne. Et très vite, une réalité est apparue : dans beaucoup de provinces, la vie devient de plus en plus difficile. Les commerces ferment. Les services disparaissent. Les centres-villes se vident.

Sentiment d’impuissance

Cette colère racontait déjà quelque chose de profond : le sentiment que le cœur de nos villes et de nos villages s’éteint peu à peu dans l’indifférence générale, à commencer par celle de nos dirigeants. Notre sentiment d’impuissance, aussi, face à l’effacement progressif de notre mode de vie, de notre joie, de notre monde. Une France oubliée. Une France qui devient déserte. Elle est celle où la jeunesse manque le plus d’opportunités professionnelles. Une France timide qui n’ose pas demander d’aides, qu’on ne voit pas se plaindre sur les plateaux de télévision. Et pour cause, elle n’est pas invitée.

A lire aussi: KFC, Quick, Five Guys… Quand le halal fait recette

Hors des grandes métropoles, point de salut. Les municipales devraient pourtant être l’occasion de rappeler l’existence de ces centaines de petites villes qui faisaient autrefois la beauté et la spécificité de la France. De Carcassonne à Montceau-les-Mines en passant par Dax, Clermont, Quimper et Maubeuge, les vitrines ferment et les bistrots sont remplacés par des enseignes de fast-food. Où sont les grands plans Marshall et autres comités Théodule quand on a besoin d’eux ?

Je travaille dans le bâtiment. Mon métier me fait entrer partout : dans des boutiques, des immeubles, des cellules commerciales. Et depuis vingt ans, je vois la même scène se répéter. Une vitrine qui ferme, puis une autre. Un rideau métallique qui reste baissé pendant des mois. Parfois des années. On nous explique que si nos centres-villes se vident, si nos rideaux restent baissés, si nos commerces ferment les uns après les autres, ce serait la faute des plateformes chinoises et américaines, de Shein, d’Amazon ou de Temu. C’est pratique. C’est lointain. Bien sûr, elles ont changé les habitudes de consommation. Mais elles n’expliquent pas le phénomène. Ce n’est pas depuis Pékin ou San Francisco qu’on ferme nos boulangeries et qu’on coupe nos lignes de TER ! La vérité est plus simple et dérangeante : nous avons méthodiquement étouffé la vie dans nos centres-villes.

La France en vacance (commerciale)

D’abord parce que l’économie des petits commerces est devenue fragile. Dans certaines rues, les loyers commerciaux atteignent des niveaux que seuls les grands réseaux peuvent supporter. Les indépendants disparaissent peu à peu, et les locaux restent vides dans l’attente d’un locataire solvable. Ensuite parce que les règles se sont accumulées au fil des années. Normes d’accessibilité, contraintes énergétiques, procédures administratives : chacune peut se justifier. Mais leur empilement finit par décourager ceux qui voudraient se lancer. Beaucoup de commerçants passent aujourd’hui plus de temps à gérer des formalités qu’à développer leur activité.

Selon les données des fédérations du commerce et de cabinets spécialisés, le taux de vacance commerciale dans les centres-villes français dépasse 12% en moyenne, et atteint 15 à 20% dans de nombreuses villes moyennes, voire plus. Les loyers commerciaux en hypercentre peuvent représenter jusqu’à 10 à 15% du chiffre d’affaires d’un petit commerçant, un seuil considéré comme critique pour la rentabilité.

A lire aussi: Néolibéralisme: pourquoi tant de haine?

Les commerçants dénoncent une accumulation de normes (accessibilité, sécurité incendie, affichage environnemental, gestion des déchets, terrasses, enseignes…) dont le coût peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros lors d’une installation ou d’une mise aux normes. Dans certaines communes, la suppression de places de stationnement a atteint 20 à 30% en dix ans, sans alternative de transport crédible. Pourtant, la vie quotidienne d’une famille, c’est souvent la voiture plutôt que la marche ou le vélo. Lorsque venir en centre-ville devient compliqué, les clients se tournent vers les zones commerciales ou vers Internet. Et quand les clients disparaissent, les commerces suivent.

Les vacances commerciales sont patentes dans les villes dites moyennes. Des villes comme Saint-Étienne, Béziers, Perpignan, Calais, Nevers, Carcassonne ou encore Châteauroux, sont tout particulièrement touchées. Ce sont des villes de gilets jaunes. Des villes qui ne veulent pas s’éteindre en silence.

“Plan Clochers Vivants” : Sauvons nos centres-villes !

C’est pour alerter sur cette situation que j’ai lancé le Plan et la pétition « Clochers Vivants ». Le nom ne doit rien au hasard. Dans nos villes et nos villages, les clochers ont longtemps été les repères autour desquels s’organise la vie collective. Ils dominent encore les centres-villes. Mais trop souvent, ils dominent désormais des artères exsangues. Pourtant, rien n’est irréversible. La revitalisation des centres-villes ne demande pas des plans technocratiques complexes. Elle demande surtout du pragmatisme. De se retrousser les manches une bonne fois pour toutes.

Il faut aussi alléger la pression fiscale et administrative qui pèse sur les petits commerçants. Il est urgent de traiter sans tabou la question de l’accessibilité des centres-villes, afin qu’ils restent des lieux de vie pour les habitants et les familles. Car derrière chaque commerce qui ferme, il y a plus qu’une activité économique. Il y a un emploi qui disparaît, un apprenti qui ne sera pas formé, un lieu de rencontre qui s’éteint. La vitalité d’un pays ne se mesure pas seulement à ses grandes métropoles. Elle se voit aussi dans l’état des rues commerçantes de ses villes petites et moyennes. Les causes de ce déclin sont ici, chez nous. Les solutions aussi.  

L’électeur n’existe pas!

0
Le Lfiste David Guiraud, ici photographié le 13 mars 2026, a remporté 47% des suffrages au premier tour à Roubaix © Fievez/SIPA

L’islamo-gauchiste David Guiraud à Roubaix ou le bobo Emmanuel Grégoire à Paris pensent avoir convaincu les électeurs avec leurs propositions politiques singulières. En réalité, observe notre contributeur sociologue, les territoires électoraux sont des blocs humains, des mondes distincts où l’on vote comme on vit. Analyse


À chaque élection, le même théâtre se rejoue. Les commentateurs dissèquent les alliances, scrutent les stratégies d’appareil, mesurent les rapports de force entre partis comme s’il s’agissait d’un jeu abstrait, presque autonome. Qui s’unit avec qui, qui trahit, qui résiste — toute l’attention se porte sur les combinaisons visibles de la scène politique.

L’angle mort territorial

Mais cette lecture, pour familière qu’elle soit, passe à côté de l’essentiel.

Car avant les alliances, avant les programmes, avant même les figures politiques, il y a une réalité plus profonde, plus déterminante, et pourtant largement ignorée: celle des territoires.

Ce ne sont pas les états-majors qui fabriquent les votes. Ce sont les milieux de vie. Les espaces habités. Les formes de coexistence concrètes. Les manières d’être ensemble — ou séparés.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Saint-Denis, nécropole électorale d’une certaine France?

Un territoire n’est pas un simple décor. C’est un système de relations, de normes, de perceptions. C’est un climat social qui façonne, en profondeur, ce qui est pensable, dicible, votable. On croit analyser des choix politiques. On observe en réalité des comportements collectifs inscrits dans des mondes distincts. Tant que cette dimension territoriale reste dans l’angle mort de l’analyse, les résultats électoraux apparaissent comme des surprises, des anomalies, des accidents. Dès qu’on la prend au sérieux, ils deviennent lisibles.

Car ce ne sont pas seulement des électeurs qui votent. Ce sont des territoires qui s’expriment. 

Le mythe de l’individu électeur — et la France des appartenances

On persiste à enseigner que la démocratie est le règne de l’individu. Un homme seul, éclairé, libre, qui choisit dans le secret de l’isoloir. Mais cette figure n’existe pas.

Ce que révèlent les cartes électorales, ce ne sont pas des consciences : ce sont des territoires. Des blocs humains. Des mondes. Et chaque monde vote comme il vit.

Roubaix, Seine-Saint-Denis: le vote comme climat

À Roubaix, dans de larges parties de la Seine-Saint-Denis, on ne vote pas au sens où l’entendent les manuels. On vit d’abord dans un espace dense, saturé de relations, de voisinages, de liens familiaux, de réseaux informels. Les existences s’y croisent, s’y superposent, s’y observent. Rien n’y est totalement privé. Dans ces territoires, les appartenances sont visibles. Elles s’affichent dans les manières de se vêtir, de parler, de se regrouper, de se tenir dans l’espace public. Elles produisent un sentiment de continuité — et parfois de séparation. Il ne s’agit pas simplement de religion. Il s’agit d’un climat. Un climat où certaines normes s’imposent, où certaines attitudes deviennent attendues, où l’individu est constamment renvoyé à son inscription dans un groupe.

Dans ces conditions, le vote ne relève plus d’un choix abstrait.
Il devient un prolongement du milieu. La France insoumise s’y déploie non comme une doctrine, mais comme une évidence sociale. Elle capte un état déjà constitué: défiance envers les institutions, sentiment d’être à part, perception d’une opposition entre « eux » et « nous ». Son discours ne crée pas cette disposition. Il l’accompagne. Il la formalise.

Et il circule comme circulent toutes les choses importantes ici: par les réseaux, par les conversations, par les regards. C’est un vote d’atmosphère. Un vote qui s’impose sans s’énoncer.

Les centres des métropoles: le vote comme conformité

À l’opposé, dans les centres de Paris, de Lyon, de Bordeaux, un autre climat règne. Un climat feutré, homogène, sûr de lui. Cadres supérieurs, diplômés, professions intellectuelles : ici aussi, l’entre-soi est puissant — mais il est invisible à ceux qui en font partie. Il se présente comme la normalité. On y vit dans un monde où certaines idées sont spontanément disqualifiées, non parce qu’elles seraient réfutées, mais parce qu’elles n’appartiennent pas au langage du milieu.

Le Rassemblement national ne s’y heurte pas à une barrière juridique ou morale explicite. Il se heurte à quelque chose de plus solide : une impossibilité sociale. Voter pour lui, ce serait sortir du groupe, rompre avec les codes, perdre sa place symbolique. Et les milieux intégrés sont ceux qui transgressent le moins. Ainsi se maintient, sans violence apparente, un plafond de verre presque parfait.

Les périphéries: le vote comme rupture

Dans les villes moyennes, les zones périurbaines, les anciens territoires industriels, la logique s’inverse. Ici, le cadre s’est défait. Les repères ont disparu. Les protections se sont érodées. Le vote devient un geste brut.

A lire aussi: 🎙️ Atlanti’Causeur: ni pour, ni contre, bien au contraire !

Hénin-Beaumont, certaines zones de l’Est, du Nord, du Sud rural : le vote pour le Rassemblement national y exprime moins une adhésion doctrinale qu’un refus. Refus d’un monde perçu comme éloigné, fermé, indifférent. Ce n’est pas un vote de confort. C’est un vote de rupture.

Marseille: la coexistence des fractures

Et puis il y a Marseille. Marseille n’est pas une métropole au sens classique. C’est une juxtaposition de mondes. Des territoires populaires très denses, des zones intermédiaires fragiles, des espaces plus aisés — sans qu’aucune norme unique ne parvienne à s’imposer. Les appartenances y sont visibles, parfois revendiquées, parfois opposées. Mais justement : aucune ne domine totalement.

Franck Allisio, candidat à la mairie de Marseille, 15 mars 2026 © Alain ROBERT/SIPA

Cette fragmentation empêche la formation d’un plafond de verre comparable à celui des grandes métropoles homogènes. Et surtout, le réel y est plus brut. L’insécurité, les trafics, les tensions ne sont pas des objets de discours : ils font partie de la vie quotidienne. Le vote s’y ancre davantage dans l’expérience que dans les codes.

L’électeur n’existe pas

On continue pourtant de parler de choix individuels. Mais l’individu est une fiction utile. En réalité, chacun est pris dans un monde : un territoire, des relations, des normes, des attentes. Il vote seul dans l’isoloir. Mais il vote avec tout cela en lui.

Une démocratie des milieux

Ainsi se dessine la véritable carte du pays :

Roubaix vote comme un territoire dense et structuré par des appartenances visibles. La Seine-Saint-Denis vote comme un espace où les logiques communautaires et les rapports de distance avec le reste de la société pèsent fortement. Les centres métropolitains votent comme des milieux normés et protégés. Les périphéries votent comme des mondes blessés. Marseille vote comme une ville éclatée.

Et certaines forces politiques prospèrent là où leur langage correspond à un climat déjà là, tandis que d’autres se heurtent à des frontières invisibles. La démocratie moderne célèbre l’individu. Mais elle fonctionne, en silence, comme une géographie des appartenances. Et c’est peut-être là ce qu’elle refuse de voir: nous ne votons pas seulement avec nos idées. Nous votons depuis le monde auquel nous appartenons.

La société malade

Price: ---

0 used & new available from

Le rayonnement par la main

0
Projet Stratus Surprisus par Constance Guisset Studio avec Signature Murale (Pierre Gouazé) & Arcam Glass (Simon Muller). © Danièle Molajoli

La France rayonne encore à travers le monde dans un domaine: l’artisanat d’art. Des talents d’exception sont repérés chaque année mais peinent parfois à se faire connaître. La fondation Bettencourt-Schueller les accompagne donc de la création à la promotion.


Les caisses de l’État sont vides. Malgré cela, le budget alloué à la Culture continue d’alimenter à coups de milliards d’euros les DRAC et les FRAC pour que ces institutions hors sol poursuivent leur politique d’acquisition d’œuvres contemporaines (le plus souvent des installations militantes promouvant l’indigénisme, l’éco-déclinisme, le décolonialisme et autres joyeusetés d’un wokisme crasse). Peu de différences dans le discours des cheveux bleus de Berlin à Barcelone en passant par Paris.

Un patrimoine vivant

Il demeure cependant une exception française, un domaine où, depuis Colbert, la France occupe la première place: les métiers d’art. On en recense plus de 280 différents. Doreurs, ébénistes, marqueteurs, orfèvres, brodeurs, plumassiers, céramistes, souffleurs de verres… Ces artisanats de pointe, à la croisée de l’art, de la tradition, de la technique et de la création pure, ont vu progressivement leur prestige pâlir depuis le règne de Louis XIV: le travail de la main aurait quelque-chose de dégradant. Mais ces dernières années, le regard porté sur ces métiers a changé, jusqu’à ce qu’on les considère, à juste titre, comme un pan à part entière de notre patrimoine. Un patrimoine bien vivant qu’il est nécessaire de défendre et de promouvoir.

Côté politique, c’est en 2018 que le regard a commencé à changer, lorsque l’Éducation nationale a amorcé la promotion de la voie professionnelle. Et en 2022, le ministère a mis en avant la « voie pro » comme étant « au cœur des métiers d’avenir ». Il est encore trop tôt pour en tirer quelque résultat.

A lire aussi: «Ancien gilet jaune, ce que les ronds-points m’ont appris sur la mort de nos centres-villes»

Dès 1999 pourtant, la fondation Bettencourt-Schueller a créé le Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main afin de soutenir publiquement l’artisanat d’art. L’héritière de L’Oréal était consciente qu’il contribuait au rayonnement de la France et qu’il était impérieux de l’encourager. Prix, bourses et médiatisation de cet engagement ont contribué au changement de mentalités dans le monde culturel et du grand public. Aujourd’hui à la tête de la fondation, sa fille, Françoise Bettencourt Meyers, poursuit cette action philanthropique en faveur de l’excellence française. Tout en poursuivant des partenariats avec différentes écoles, elle amplifie son mécénat là où l’État brille par ses réductions de budgets. Trois institutions sont ainsi mises à l’honneur: la Villa Kujoyama, à Kyoto ; la Villa Albertine, à New York ; la Villa Médicis, à Rome.

9.5 millions d’investissements dans les cinq ans

La première est soutenue par la fondation depuis 2014 et les deux autres depuis les années 2020. Mais pour chacune d’elles, des projets spécifiques ont été développés afin de faire de ces vitrines du savoir-faire français l’écosystème d’un « mécénat global ». Ainsi, au Japon, sont privilégiées l’interdisciplinarité et l’innovation. Aux États-Unis, outre leur immersion dans l’univers culturel, les créateurs sont accompagnés sur le marché de l’art et du design – pragmatisme du monde de l’entreprise : un artiste doit savoir (se) vendre ! Et en Italie, où siège la plus ancienne et prestigieuse résidence d’artistes français à l’étranger, sont valorisées la création et l’excellence de l’architecture d’intérieur à travers le réaménagement de six nouvelles chambres historiques de la villa et neuf pavillons Carlu – les pavillons des pensionnaires dans le jardin.

La fondation Bettencourt-Schueller prévoit d’investir ces cinq prochaines années 9,5 millions d’euros pour ces trois villas, de quoi soutenir quelque soixante-cinq résidences de métiers d’art et de design et d’accompagner environ cent-vingt projets post-résidence. Pour autant, la fondation n’intervient pas dans la sélection des artistes qui bénéficient de son mécénat. Quelques figures du monde artistique seraient bien inspirées d’adopter une telle discrétion et humilité.

Projet Studiolo par Léa Padovani et Sébastien Kieffer avec Atelier Veneer (Romain Boulais et Félix Levêque) © Danièle Molajoli

Des débats, mais vers le haut?

0
Débat télévisé entre Sophia Chikirou, Emmanuel Grégoire et Rachida Dati, élection municipale à Paris, 18 mars 2026 © Stephane Lemouton/SIPA

A Paris, Rachida Dati et Emmanuel Grégoire ont finalement accepté de débattre à la télévision dans l’entre deux tours. Si les journalistes de BFMTV nous ont présenté leur émission de mercredi comme un évènement extra et susceptible de rebattre les cartes, le citoyen passionné de politique est toujours déçu par ce genre de débats. Quant au citoyen que la politique n’intéresse que de loin, il verra bien dimanche ce qu’il décide de faire…


Pourquoi les citoyens passionnés de politique sont-ils, en général, déçus par les débats médiatiques ? En effet, je n’ai jamais entendu, dans mon environnement, qui que ce soit se féliciter d’une confrontation télévisuelle ou radiophonique après avoir écouté des responsables politiques de tous partis. La plupart du temps, on a droit à cette banalité: c’était nettement mieux avant ; les hommes et les femmes politiques avaient une autre allure, une autre culture et de la courtoisie. C’est sans doute vrai, même si, par contraste, on surestime la qualité d’hier. Pour ma part, je récuse ce pessimisme global qui voudrait, en permanence, nous faire tomber dans la dérision ou, pire, dans l’opprobre face à n’importe quelle joute médiatique, qu’elle soit bien ou mal maîtrisée par les journalistes qui la dirigent ou l’animent. Il me semble, au contraire, qu’on apprend toujours quelque chose d’un débat. Prenons l’exemple de celui, sur BFM TV, ayant opposé les trois candidats à la mairie de Paris pour l’élection du 22 mars. Je pourrais aisément généraliser, tant on retrouve souvent des frustrations et une aigreur identiques. Si le fond est rarement développé, d’autres leçons sont données aux citoyens. Certes, lorsque ceux-ci attendent de la précision, des détails sur les projets, ils sont fréquemment dans une vaine attente, parce qu’il est rare, dans une émission politique, de trouver satisfaction sur ce plan. D’abord parce que les journalistes ne posent pas forcément les bonnes questions ou que celles-ci sont trop longues – ils n’ont pas tous le même talent que Caroline Roux dans ce registre ! — , ensuite parce que les candidats préfèrent trop souvent se réfugier dans les banalités plutôt que d’affronter l’exposé précis de leur programme. À la suite de n’importe quelle confrontation – et, en ce sens, tous les débats nous élèvent -, on en apprend beaucoup sur le candidat ou la candidate, et sur les candidats entre eux, par une appréhension à la fois singulière et collective. La psychologie, le caractère, le tempérament, l’écoute, la politesse, la maîtrise de la parole, la capacité à laisser une place au contradicteur, une forme de respect pour ce qu’il y a de démocratique dans l’exercice constituent un formidable vivier où chaque citoyen peut puiser, au-delà de ses propres convictions, de quoi se faire une idée éclairée de celui ou celle qui le représentera s’il est élu. J’admets qu’on puisse se tromper dans cette vie prise de plein fouet, qui nous donne à voir, médiatiquement, ce qu’elle est : sa surface, ses ombres possibles, ses lumières indiscutables, son identité. Cette vision, d’une richesse inouïe, permet non pas de négliger le fond, mais de le mesurer – s’il a pu, ne serait-ce qu’un peu, être exprimé – à l’aune de l’être qui nous sollicite et cherche à nous convaincre qu’il est, de toute façon, le meilleur.

A lire aussi: Nantes: la gauche panique

Pour la mairie de Paris comme pour la future élection présidentielle, on en sait déjà long : en 2027, on ne sera pas à court de jugements ! Il faut avoir la passion d’écouter, de comprendre, avant de stigmatiser par principe.

Le citoyen, lui aussi, doit être à la hauteur…

Merah, quatorze ans après: l’impuissance érigée en politique

0
DR

On a un peu oublié la barbarie des attaques de l’islamiste Mohammed Merah à Toulouse. Ce midi, le député LFI François Piquemal, possible maire de la ville dimanche prochain, a été sifflé lors d’une commémoration. « Honte à vous Piquemal !« , « Dehors, LFI !« , « Antijuif !« , « Vous n’avez rien à faire ici, honte à vous le parti de l’islamisme ! » a-t-on notamment entendu, rapporte ICI. Lors du débat de hier soir, son rival Jean-Luc Moudenc lui avait demandé de se « distancier » des propos récents de M. Mélenchon « à la veille de cette journée funeste ». Face à l’islamisme, il faut tenir une ligne de fer dans la durée, affirme dans cette analyse Jean Messiha.


Quatorze ans ont passé, lourds comme un linceul, sur les tueries de Toulouse et Montauban. Nulle commémoration solennelle, nulle procession de ministres en deuil de façade. Seulement le silence embarrassé des puissants, des bougies éteintes depuis longtemps et des discours creux, quand ils existent, aussi vides que les serments d’un courtisan. Et pourtant, le diagnostic demeure, implacable comme la sentence de Camus : « Le fléau n’est pas une chose qui passe, c’est une chose qui reste. » Le terrorisme islamique réclame des réponses tranchantes, assumées, impitoyables. Pas de la tiédeur, de la mièvrerie, de la pusillanimité. « Le terrorisme est un crime qu’on ne peut excuser », tranchait Camus dans ses Actuelles. Nommer le monstre. Agir sans merci. Ou périr en souriant, tandis que le loup, repu, se lèche les babines. Voltaire l’avait déjà cloué : « Le fanatisme est un monstre qui ose se dire le fils de la religion. »

Illumination perverse

Mars 2012. Toulouse. Montauban. En quelques jours d’une barbarie froide et calculée, Mohammed Merah, vingt-trois ans à peine, enfant des Izards à Toulouse, délinquant endurci passé du vol sordide à la kalachnikov djihadiste, se radicalise en prison comme un poison qui infuse lentement dans les veines d’un corps affaibli. « L’enfer, c’est les autres », murmurait Sartre ; pour Merah, l’enfer fut d’abord lui-même, puis les barreaux pénitentiaires complices – et surtout cette violence qui se drape toujours des fards avenants de la contre-violence, c’est-à-dire pour une riposte à la violence de l’autre, comme le diagnostiquait le philosophe dans sa Critique de la raison dialectique. Une résistance à une violence fantasmée qui légitime sa propre cruauté.

A lire aussi: L’Arabe qui sourit jaune

Janvier 2008 : jeté en cellule pour un vol crapleux, il rumine son ressentiment. Puis vient l’illumination perverse. Extrait de sa prison pour une audience, il échappe miraculeusement à la justice des hommes. « Les gendarmes étaient à côté de leurs pompes… Cela fut pour moi une preuve d’Allah », avouera-t-il plus tard. Un Allah qui couvre le vol et le mensonge ? Peu importe. Sa conversion est fulgurante. Il dévore le Coran seul dans l’ombre de sa geôle, prie avec une ferveur nouvelle sous le regard indifférent des gardiens. Son frère Abdelkader (celui que le futur ex garde des sceaux Éric Dupond-Moretti se dira « fier » de défendre), salafiste fanatique surnommé « Ben Laden » dans le quartier, devient son guide invisible: visites répétées, livres empoisonnés, CD de haine, images de La Mecque pour nourrir la flamme. La prison, cette université du mal, transforme le voyou en guerrier de l’ombre. La radicalisation en prison, à l’époque, n’intéresse pas un système politique qui y voit un fantasme d’extrême-droite. Pas de surveillance digne de ce nom de ce phénomène pourtant inquiétant. Pas de déradicalisation, en dehors de stages bidons au cours desquels les radicalisés caressent des hamsters. Rien. Une fois dehors, le disciple file vers l’Orient: Égypte, Syrie, Liban, puis les camps de la mort en Afghanistan et au Pakistan. Stage chez les talibans et Al-Qaïda. Retour en France, fiché S depuis 2006, surveillé mollement, presque recruté comme indic. Il opère alors en artiste du néant: scooter volé, GoPro pour filmer ses massacres, armes froides et précises. Baudelaire l’avait pressenti : « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan ». Dans le cas de Merah, Satan y a élu demeure et en monopole.

Prologue sanglant au terrorisme islamiste hexagonal

Le 11 mars 2012 à Toulouse, il attire Imad Ibn Ziaten dans un piège, l’abat d’une balle dans la tête en crachant sa haine. Le 15 mars à Montauban, il exécute froidement deux militaires devant un distributeur de billets. Le 19 mars, devant l’école Ozar Hatorah, il abat le rabbin Jonathan Sandler et ses deux petits garçons, puis poursuit la petite Myriam, huit ans, dans une course aussi insensée qu’impitoyable. Il finit par l’attraper par les cheveux, la soulever de terre et lui mettre une balle de 11.43 à bout touchant dans la tête. Sept âmes fauchées au nom de l’islam radical – cette peste qui rêve d’ériger un califat sur les ruines fumantes de notre civilisation crépusculaire.

Quatorze ans. Quatorze ans que ce sang crie dans le désert de notre mémoire. Et nos élites, de Sarkozy à Macron, n’ont rien vu, rien appris, rien changé. Merah n’était que le prologue sanglant. Vinrent les Kouachi, radicalisés dans les mêmes geôles, massacrant Charlie Hebdo ; Coulibaly, frère d’armes, égorgeant et rafalant dans l’Hyper Casher ; puis, le 13 novembre 2015, le Bataclan, le Stade de France, les terrasses: cent trente morts en une nuit de cauchemar. Tous issus des immigrations arabo-afro-islamiques et du même terreau idéologique antinational qui gangrène nos institutions : prisons pouponnières, fichés S négligés, voyages en terre de guerre tolérés, expulsions avortées dans les méandres judiciaires. Comme le fléau dans La Peste de Camus, le mal ne passe pas, il s’installe. Avant lui, Victor Hugo l’avait pourtant prophétisé : « Toutes les violences ont un lendemain. »

Pire : nous avons renoncé à la seule victoire possible, celle théorisée par Malraux quand il écrit : « la civilisation, c’est la violence maîtrisée, la victoire toujours inachevée sur l’agressivité du primate ». Quant à nous, nous avons choisi la défaite. « Appartenir à l’histoire, c’est appartenir à la haine », ajoutait-il. Et nous y sommes. Plongés jusqu’au cou.

A lire aussi: Chiites et sunnites, les Frères musulmans en armes

Nommer, ce n’est pas amalgamer: c’est disséquer avec précision. C’est séparer l’idéologie de mort de la foi sincère. Mais nos grands esprits tremblent. « Mal nommer un objet, ajoutait Camus, c’est ajouter au malheur de ce monde. » On préfère l’euphémisme lâche: « extrémisme violent », « déséquilibre psychiatrique » quand ce n’est pas « conséquence des injustices sociales et des inégalités ». Des voiles pudiques jetés sur la peste. Montaigne nous avait pourtant prévenus : « Qui ne voit pas la vérité, la déguise ». Et qui la déguise ne la voit pas venir et exploser sous nos yeux. Nommer ne suffit pas. Il faut agir. Agir, c’est appliquer les lois sans faiblesse. Agir, c’est expulser sans remords ceux qui ont trahi. Agir, c’est reprendre le contrôle de nos frontières et de nos prisons. Agir, c’est investir dans le renseignement véritable et non dans les prières laïques du « vivre-ensemble ». Agir, c’est enfin parler vrai, sans cette langue de bois qui dissout les responsabilités comme un acide lent.

Quatorze ans après Merah, la France n’a même plus la force… de faire des commémorations de pacotille. Il n’empêche. Les Français réclament cohérence, constance et courage. Protéger n’est pas pleurer. Protéger est choisir. Protéger est trancher. Protéger est tenir, dans la durée, une ligne de fer. Saint-Exupéry le disait avec la clarté des étoiles: « Être homme, c’est précisément être responsable. »

La mémoire des sept innocents l’exige. Elle nous somme de sortir des postures et surtout, des impostures. Et d’inscrire enfin l’action dans une stratégie implacable: identifier le mal, appliquer les règles, écraser la menace, tenir la ligne. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que le silence coupable des puissants cessera d’être une mascarade et deviendra le premier pas vers une France qui refuse de plier devant ses pires ennemis.

Dimanche, c’est à droite, toute!

0
Emmanuel Grégoire et Rachida Dati, sur le plateau de BFMTV, 18 mars 2026 © Stephane Lemouton/SIPA

Les trois candidats en lice pour la mairie de Paris ont débattu ensemble hier soir. Si Rachida Dati s’est montrée moins convaincante qu’espéré, elle a en revanche martelé un message clair : M. Grégoire et la municipalité sortante, en raison de leur défaillance dans la gestion des ressources humaines de l’encadrement périscolaire — défaillance ayant conduit à des abus sexuels sur des jeunes enfants — auraient dû être disqualifiés d’emblée dans un pays normal.


Le débat ne fut pas toujours aisé à suivre. Certaines réponses ne furent pas assez précises. Mais tout le monde convint que la dame en rose l’avait emporté haut la main dans le débat triangulaire opposant, hier 18 mars, sur BFMTV, les trois candidats à la mairie de Paris. Morceau de choix ! La dame en rose n’avait rien à perdre et tout à gagner. Aussi donna-t-elle des coups à son camarade de gauche, très à la peine, et marqua une complicité sur certains points avec Dati. Le champion de la gauche encaissa les coups venus de sa droite et ne trouva, à sa gauche, que des parades maladroites, comme tenter de faire monter les enchères lepéniste, homophobe, ou encore lancer une attaque personnelle à Dati. Quant à Rachida Dati, si elle n’a pas renversé la table et paru moins combative que d’habitude, pour ne pas paraître le bulldozer qu’elle est souvent, afin de ne pas effrayer ses électeurs, elle se montra volontaire, professionnelle, convaincue et rassurante. Mais il est regrettable de s’être défendue de recevoir les voix de Sarah Knafo avec qui elle dit avoir des points communs comme dix pour cent des Parisiens. N’aurait-elle pas, personnellement, avantage à rejeter ce prêt-à-porter de la pensée qui voit du fascisme partout, pour revenir au style haute couture auquel elle nous avait, jadis, habitués ?

Grégoire veut faire de Paris un HLM géant

Le programme des candidats est suffisamment connu pour qu’on y insiste ici. Suffit de dire que la gauche, toute la gauche, reste la gauche, en tout et pour tout. Aucune régulation annoncée du flux de migrants, 60.000 logements sociaux en plus, toujours plus de vélos. Qui croit encore en eux – les politiques ? Même Grégoire était à la peine faute de feu sacré : il est vrai que dix années passées avec Madame Hidalgo fatiguent son homme. Dati, elle, fut simple, nette et sobre sur les dossiers chauds de la capitale: immigration, sécurité et propreté de la ville, rétablissement de la circulation, rue de Rivoli, paquet mis sur les commerces de proximité, qualité de l’enseignement, réduction des dépenses. Certes, le soleil de Knafo manquait mais ce n’est peut-être qu’une éclipse momentanée. Dati fut surtout très ferme sur deux points : le dossier des migrants, les réfugiés de Barbès et du pont Jean-Jaurès, dénonçant avec force le déni de la gauche sur le sujet. Elle le fut aussi sur les dossiers scandaleux des abus sexuels sur les enfants dans le périscolaire, qui remontent à 2015 et que la gauche a négligés ! Problème systémique mis à jour voire réseau criminel ? Nouvelle affaire Bétharram ? Où scolariser son enfant en toute sécurité ? Telle est désormais la grande préoccupation des parents, dans notre capitale. Quel pavé dans les bottes de la gauche que ces scandales !

A lire aussi: Y’a pas de débat!

Gagner le débat n’est pas gagner les élections. L’enjeu est historique. Il ne s’agit pas d’avoir des états d’âme, des valses hésitation, des pas de deux et trois ratés, des entrechats compliqués, des arrière-pensées, des pudeurs de violette ni de gazelle, des hauts-le cœur d’indignation, des reflux de moralité, des aigreurs, des seins qu’on ne saurait voir, des plus jamais ça qui tournent en eau de boudin et en alliances honteuses. Pas de lézard ! Dimanche, c’est à droite, toute ! Pareille opportunité ne se représentera plus de si tôt !

Union des droites contre RATP du vélo, choisis ton Paris !

Le problème est simple. Veut-on que Paris reste à gauche ou passe à droite ? Si c’est le cas, à droite, toute ! La vie politique ce n’est pas un coup d’éclat ni un coup de cœur. C’est un choix intelligent. Grégoire, « un maire fier et fiable » comme il se définit lui-même ? Allons donc ! Va-t-on rempiler dans des rues sans commerces, avec des mulots dans les jardins publics, avec une immigration incontrôlée, une enfance en insécurité, une dette exponentielle ? Des rues coupe-gorges ? Du trafic de drogue en bas de chez soi ? Pourquoi pas dans la cour de votre immeuble ?

A lire aussi: Que vaut la parole d’un socialiste?

Le plat ne repassera pas deux fois. Dimanche, il faut voter, et bien. L’union des droites s’impose sans discussion aucune. Finie la guerre des chefs ! Finies les vieilles lunes : c’est Chikirou qui l’a dit ! Grégoire a tenté, en vain, de ramener l’ombre maléfique des années sombres de la France. Lui aussi, il faut qu’il prenne un bain de jouvence ! Mais le pompon revient à Chikirou et « sa politique du vélo » — mon ordinateur avait écrit « voile », j’ai dû corriger. Avez-vous remarqué, a dit la dame en rose, « la forte demande en vélos » de la capitale ? Non, j’avoue ne pas avoir vu « cette forte demande » autour de moi. Je pensais justement qu’on allait voir la fin des forêts de guidons qui défigurent nos rues, avec ces cyclistes casqués, branchés qui pédalent, pédalent, brûlent les feux rouges, fauchent les piétons sur les trottoirs et font des bras d’honneur à tous/ t/e/s. Eh bien, je me trompais ! La dame LFI – et avec elle la gauche écolo branchée de notre capitale qui broute la sarriette qu’elle fait pousser sur son balcon – propose une régie nouvelle du vélo ! Un service public du vélo ! Une école d’apprentissage du vélo ! Des cours de vélo ! Une clinique du vélo ! En un mot comme en dix, une démocratisation du vélo ! Vélos de tous les pays, unissez-vous !

Alors, dimanche, c’est à droite, toute !

🎙️Podcast: Trump et la fracture du mouvement MAGA

0
shutterstock41366087_000003
Char pour la fête de Purim comprenant une statue de Donald Trump, le lion de Juda et une limousiné dorée. La parade a été annulée à cause de la guerre. Jérusalem, le 18 mars 2026. Debbie Hill/UPI/Shutterstock/SIPA

Avec Harold Hyman et Jeremy Stubbs.


Le mouvement MAGA est en train de se fracturer : certains des influenceurs et des personnalités qui y jouent un rôle clé considèrent que, en déclenchant une guerre en Iran, Donald Trump a trahi sa promesse de ne pas intervenir militairement à grande échelle dans des conflits à l’étranger. Ils sont nombreux à inviter dans leur podcast ou talk show Joe Kent, qui a démissionné de son poste de directeur du Centre national de l’anti-terrorisme et qui prétend, à qui veut l’entendre, que l’Iran ne représentait pas une « menace imminente » pour les Etats-Unis.

Pourtant, Kent n’est pas un expert du renseignement international et son témoignage minimise la dimension nucléaire de la menace iranienne. D’ailleurs, les acteurs les plus influents du mouvement MAGA ignorent superbement la question, aussi actuelle qu’inquiétante, de la prolifération des armes nucléaires. Jusqu’à présent, l’Iran et la Corée du Nord travaillaient main dans la main pour développer une capacité nucléaire dont le reste du monde aurait tout à craindre.

A lire aussi: Gaza, le Liban et la guerre révélée

Donald Trump n’avait donc pas nécessairement tort de saisir cette opportunité pour neutraliser la menace iranienne. S’il lui sera difficile de mettre fin aux opérations militaires pour rentrer dans les bonnes grâces de ses électeurs à temps pour les élections législatives en novembre, ce ne sera pas nécessairement impossible.

Cinq pays européens – dont la France, le Royaume Uni, l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas – ainsi que le Japon, viennent d’annoncer qu’ils sont prêts à contribuer à des efforts pour garder ouvert le détroit d’Ormuz. Ces alliés traditionnels des Etats-Unis s’étaient montrés jusqu’ici réticents à donner un coup de main à Donald Trump. Pourtant, l’Iran est leur ennemi aussi et, s’ils veulent faire baisser le prix du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL), ils ont intérêt à sécuriser les livraisons en provenance des pays du Golfe.