Monsieur Nostalgie nous conseille d’aller faire un tour en Italie dans les années 1980 en compagnie d’un ex-joueur de tennis professionnel fragile et de son jeune élève besogneux pour une série de défaites qui sont autant de victoires personnelles. Il Maestro d’Andrea Di Stefano est une balle de tennis indécise comme la vie, à cheval sur le filet. Où tombera-t-on ? Du bon ou du mauvais côté du terrain ?
Raul Gatti (Pierfrancesco Favino) est un ancien pro crédible, puissant et à bout de nerf. Fanfaron et apeuré. Caricatural et tendre. Il porte un haut de survêtement en velours de la marque Fila largement ouvert sur un poitrail nu et velu, un short court et des lunettes de soleil de type aviateur. Il roule dans une Jaguar qui ne lui appartient pas. Il s’endort dans les tribunes quand les balles sont trop hautes. Il déteste l’immobilisme de la ligne de fond de court et les lobs soporifiques. Il drague à tout-va, au bar de l’hôtel ou au camping. Il a l’endurance d’un James Hunt au lit et la désinvolture racée d’un Vitas Gerulaitis sans le palmarès, ni l’argent des deux. Il est sous traitement médicamenteux. Hautement explosif. Il sort de clinique. Il va mal.
Il tente d’oublier son passé en souriant obstinément à la vie devant une glace. Cet homme-là souffre. Il aurait atteint les huitièmes de finale au tournoi de Rome, il y a quelques années déjà. Felice (Tiziano Menichelli), treize ans, vit avec sa famille dans une HLM, son père ingénieur en télécoms se saigne pour qu’il devienne joueur professionnel, il donne des cours de mathématiques aux enfants de l’immeuble et répare du petit électroménager, sa grande sœur le déteste car l’argent du ménage passe dans une utopique carrière et sa mère pleure comme toutes les mères italiennes. Felice a-t-il le potentiel de devenir un grand ?
À l’âge des premiers émois, il s’entraîne comme un forcené, mécaniquement, studieusement, laborieusement. Les filles ne l’intéressent pas. Il s’applique une discipline de fer sans goût, ni déplaisir. Il récite à la perfection un tennis défensif, ennuyeux et efficace. Il suit même un régime alimentaire et des règles martiales qui lui ouvrent les portes des tournois nationaux. Son père est aux anges, sa sœur l’insulte et sa mère pleure de joie ou de peine, on ne sait jamais vraiment. Pour passer le cap et progresser, le père aimant et tortionnaire comme tous les pères d’hypothétiques champions fait appel à un Raul Gatti sur la touche, miné par les fantômes de sa jeunesse. Cet ancien pro, à l’humeur changeante, passant du playboy latin au neurasthénique suicidaire sera le tuteur et l’entraîneur du jeune garçon durant un été orageux. Ce vieux beau cabossé et charmeur aimerait avoir l’audace d’être un autre. Il se rêve en Guillermo Vilas, poète incompris et bambocheur notoire. Il professe un tennis offensif, un tennis jouissif, un tennis de gosses de riches qui n’ont pas peur de monter à la volée pour conclure un point. Un tennis champagne qui ne cadre plus vraiment avec ses terreurs nocturnes. Le tennis est ici un prétexte, un décor de vacances, une atmosphère d’époque, celle des années 1980, l’engouement populaire pour un sport longtemps pratiqué par une élite, sa démocratisation accélérée, sa médiatisation et les rêves d’ascenseur social pour les classes moyennes. Le tennis est ici le miroir d’une société qui cherche une voie, une lumière, une accalmie, une idole, une échappatoire.
On retrouve la flambe et la dramaturgie des années 1980, le vieux monde est en train de mourir, les idéaux sont absents des conversations, le fric a pris possession des derniers espaces de liberté, le factice l’emportera sur la sincérité, la sensualité jette son dernier coup de rein, le feu d’artifice est triste. Déjà, la raideur morale et la réussite matérielle sont en marche. Plus rien ne les arrêtera. « Il maestro » a le charme ébréché des contes d’été sans la lenteur de Rohmer. Les filles sont belles comme des promesses d’avenir, la musique dansante panse les blessures et les Hommes, malgré le poids de leurs errances, continuent d’avancer. Cette comédie amère sur l’entraide entre un enfant en devenir et un adulte à la dérive n’est pas révolutionnaire, elle est mieux que ça, elle est juste. On suit la déambulation de ces deux-là sur la bande étroite de leur destin. Et puis, dans un couloir d’hôpital, on croise le regard d’Edwige Fenech. Alors, on sourit à la vie.
A l’exception notable de « Gabegie le Magnifique » – Emmanuel Grégoire – à Paris, qui pense pouvoir l’emporter face à Rachida Dati sans l’aide de LFI, et malgré les grandiloquentes déclarations de premier tour fustigeant les allusions soi-disant antisémites du parti de Jean-Luc Mélenchon, la gauche pactise dans de nombreuses villes avec le parti pestiféré afin de conserver des places. Plutôt honteux… Face à l’enjeu civilisationnel qu’il perçoit dans ces municipales, notre chroniqueur ne voit d’issue possible que dans un sursaut des abstentionnistes.
La gauche s’allie et se salit. Son engagement solennel à ne pas rejoindre la France Insoumise et ses vitupérations judéophobes n’aura duré que quelques jours. En fait, les socialistes amoraux sont semblables aux multi-délinquants: leur sentiment d’impunité explique leur récidive dans leur ralliement à Jean-Luc Mélenchon et son projet d’une « nouvelle France » islamisée et anti-occidentale.
Celui qui a trompé une fois recommencera !
Cette énième trahison de prétendus « humanistes » ajoute au dégoût que les Français disent ressentir, dans les sondages, devant les cuisines politicardes des donneurs de leçons. Mais cette fois, la caution apportée par les « progressistes » en déroute à la France « créolisée » bouleverse les enjeux du second tour des municipales. Les intérêts ne sont plus seulement locaux. Ils deviennent civilisationnels. A Nantes, par exemple, une victoire de la maire PS Johanna Rolland, ralliée à LFI (comme bien d’autres) pour tenter de contrer la percée à droite de Foulques Chombart de Lauwe, précipiterait définitivement la Cité des Ducs de Bretagne dans le grand remplacement conflictuel recherché par Mélenchon, qui se présente comme « Maghrébin français ».
A Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko (LFI) a été élu dès le premier tour dans ce qu’il appelle la ville « des rois de France et du peuple vivant ». Il explique :« Nous ne serons jamais du côté de ceux qui veulent gentrifier une population et faire en sorte que nos populations historiques quittent le territoire. » Les populations historiques sont celles de l’immigration récente. Ses supporters ont scandé, à son élection : « Nous sommes tous des enfants de Gaza ! ». Dans la basilique qui voisine la mairie, le gisant de Charles Martel, qui repoussa les Sarrasins à Poitiers en 732, est à portée de main de possibles revanchards.
Contexte tendu
La France française est en légitime défense. Dans ce contexte tendu, puisse le parti des abstentionnistes, premier parti de France, redescendre de son Aventin ! La fracturation de la nation est un processus qui peut encore être stoppé si les citoyens, fâchés avec la démocratie bloquée, le décident. Ceux qui, majoritairement, réclament un référendum sur l’immigration de masse ont l’occasion dès à présent de résister au projet remplaciste conçu par Mélenchon, qui n’est fort que de la lâcheté de la gauche socialiste d’Olivier Faure et de la déroute des Républicains de Bruno Retailleau. Ce dernier a poussé Sarah Knafo (Reconquête) à se retirer, mardi soir, de la course parisienne sans avoir obtenu d’accord avec Rachida Dati. Parallèlement, Retailleau a encouragé Martine Vassal (LR) à se maintenir à Marseille pour entraver la dynamique de Franck Allisio (RN). Ce faisant, il a achevé de décrédibiliser son mouvement comme force de résistance et d’alternance.
De surcroit le patron LR a confirmé, dans sa soumission à la droite molle, une faiblesse de caractère l’empêchant de rompre avec ceux de son groupe qui persistent à diaboliser, par réflexe de classe, la droite populaire. Ceci sous les encouragements de la gauche sans vergogne qui se précipite, elle, dans les bras de la 5e colonne islamo-gauchiste.
Une victoire d’Éric Ciotti à Nice, issue probable ce dimanche, serait le couronnement de sa stratégie d’union des droites refusée par LR. Dès lors, l’histoire se ferait sans eux.
La France doit impérativement et réellement relancer sa filière nucléaire, sans se préoccuper de ce que feront les autres pays membres de l’UE, l’Allemagne en tête.
En Allemagne, au début des années 2000, la coalition entre les sociaux-démocrates (SPD) du chancelier Gerhard Schröder et les Verts (Die Grünen) entérine le programme de sortie du nucléaire prévue pour 2020. Gerhard Schröder soutient alors le projet du gazoduc Nord Stream visant à assurer à l’Allemagne un approvisionnement en gaz russe à des prix extrêmement compétitifs – à peine retiré de la vie politique, Gerhard Schröder sera d’ailleurs nommé à la tête du consortium chargé de la construction dudit gazoduc dont le partenaire principal est la société russe Gazprom. Les centrales à gaz et à charbon suppléent des énergies renouvelables qui présentent le défaut d’être surtout intermittentes et non pilotables. Paradoxe: le pays qui se targue d’être écologiste par excellence est depuis des années, et de loin, le premier émetteur de gaz à effet de serre en Europe. Par ailleurs, sa production électrique étant périodiquement insuffisante, l’Allemagne importe régulièrement de l’électricité française issue de… notre filière nucléaire. En juin 2024, une étude de l’Université norvégienne des Sciences et de la Technologie de Trondheim a révélé que si l’Allemagne avait maintenu son parc nucléaire de 2002 au lieu d’arrêter progressivement les centrales, elle aurait économisé 600 milliards d’euros et au moins autant de CO2 qu’avec la sortie du nucléaire et le développement massif des énergies renouvelables. De plus, affirme la même étude, si l’Allemagne avait investi dans de nouvelles centrales nucléaires, elle aurait quasiment pu atteindre son objectif en matière d’émissions de gaz à effet de serre en réalisant une réduction de 73% des émissions en plus des résultats actuellement obtenus et aurait réduit les dépenses totales de moitié par rapport à la politique énergétique actuelle.
Depuis quarante ans, sous la pression du GIEC, d’ONG fanatiques et de mouvements écologistes sectaires, un dogme climatique délirant, anxiogène et mortifère s’est imposé en Europe et a conduit à la catastrophe économique que l’on sait. La Commission européenne, sous la férule de l’Allemagne, a participé, en l’amplifiant, à ce saccage. Ursula von der Leyen a-t-elle pris connaissance du rapport susmentionné, a-t-elle été influencée par le chancelier allemand affirmant il y a quelques semaines que l’Allemagne avait commis une « erreur stratégique » en sortant du nucléaire, ou a-t-elle enfin entendu les récriminations des chefs d’entreprises allemands et, plus globalement, de ses compatriotes subissant depuis des années les augmentations délirantes du prix de l’électricité, aujourd’hui le plus élevé de l’UE ? Nul ne sait mais… la présidente allemande de la Commission européenne vient de déclarer : « Alors qu’en 1990, un tiers de l’électricité européenne provenait du nucléaire, aujourd’hui cette part est tombée à environ 15%. Cette réduction de la part du nucléaire était un choix. Je pense que c’était une erreur stratégique de la part de l’Europe de se détourner d’une source fiable et abordable d’énergie à faibles émissions. […] Nous avons maintenant l’ambition de progresser rapidement et à grande échelle pour que l’Europe soit un pôle mondial de l’énergie nucléaire de la prochaine génération. » Trente ans de mensonges, de corruption idéologique, de manigances politiques menées principalement par l’Allemagne pour nuire à la France et à sa très compétitive énergie nucléaire… et un brusque retournement dû uniquement au fait que le pays qui mène la barque européenne depuis des décennies se voit rattrapé par la triste réalité d’une économie qui s’effondre. Entendre Mme von der Leyen annoncer comme une révélation ce que tout le monde sensé sait depuis des années serait à pleurer de rire si la situation n’était pas aussi désastreuse.
Retour en arrière. L’accident de Fukushima, en 2011, a été une aubaine pour les écologistes européens, surtout allemands, qui n’hésitèrent pas à manipuler l’opinion publique et à exiger des gouvernements un plan d’arrêt à moyen terme des politiques nucléaires des différents pays.
Avenir radieux
L’Allemagne se frotte alors les mains : le démantèlement d’EDF qu’elle orchestrait depuis des années avec la complicité des Verts français, Dominique Voynet et Cécile Duflot en tête, s’accélère au moment où le candidat François Hollande promet, s’il est élu, de déclencher la procédure permettant de fermer la centrale de Fessenheim et de réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique français à 50%. En 2020, Élisabeth Borne planche sur une formation sur la transition écologique obligatoire pour les 25 000 cadres supérieurs de la fonction publique et se réjouit de la fermeture définitive de Fessenheim: « Ça fait des années qu’on disait : “Il faut fermer des centrales nucléaires”. Il y a ceux qui en parlent, et puis il y a ceux qui le font. » Emmanuel Macron est radieux : cette fermeture n’est que le début d’un programme – piloté en sous-main par l’UE et l’Allemagne – prévoyant la fermeture de 12 autres réacteurs avant 2035. Les subventions publiques pleuvent sur les marchands d’éoliennes – allemands, danois, espagnols et chinois – et de panneaux photovoltaïques produits à 95% par la Chine. Le prix de l’électricité a doublé en dix ans alors que « nous devrions avoir une électricité encore moins chère qu’il y a quinze ans », affirme Henri Proglio. Dans un entretien donné au Figaro en juillet 2025, l’ancien président d’EDF de 2009 à 2014, énonce clairement ce que devrait être le programme électrique de la France si notre gouvernement avait pour priorité la défense des intérêts de ses compatriotes: sortie des règles de tarification du marché européen de l’électricité, allongement de la durée de vie des centrales existantes, fin des investissements publics dans les énergies non pilotables (éolien et photovoltaïque) et donc arrêt des nouveaux projets d’énergies intermittentes, extension du parc nucléaire. Sans reconnaître aucune erreur, Emmanuel Macron vient de déclarer à son tour: « Le nucléaire est clé pour réconcilier à la fois l’indépendance et donc la souveraineté énergétique, la décarbonation et donc la neutralité carbone à horizon 2050, et la compétitivité et donc la création d’emplois de nos économies. » Le culot de cet homme est sans limite. Aucune remise en cause, aucune excuse, aucun regret. Jupiter, maître de la foudre, a plongé la France dans une semi-obscurité mais n’a nullement l’intention de se reprocher quoi que ce soit. « Nous Européens, on a été très mauvais sur le nucléaire », affirme-t-il, comme s’il n’y avait pas eu de nombreux Européens, des Français en tête, ingénieurs, économistes, scientifiques, pour tirer la sonnette d’alarme depuis des années et réclamer une relance réelle et à grande échelle d’une politique énergétique en faveur du nucléaire, seul garant de notre indépendance.
Le président Macron visite les travaux à la centrale nucleaire de Penly a Petit-Caux sur la cote de la Manche, en Seine-Maritime, le 12 mars 2026 (C) DOMINIQUE JACOVIDES -POOL/SIPA
Egarements
Il serait trop long de détailler ici tous les égarements idéologiques, toutes les « erreurs stratégiques », toutes les magouilles politiques qui ont conduit à l’incroyable déchéance de la France en termes d’indépendance, de souveraineté et de compétitivité énergétiques.
Mais récapitulons à gros traits: arrêt de Superphénix sous Jospin, tripatouillages électoralistes concoctés par Martine Aubry et Cécile Duflot et conduisant à la programmation des fermetures de centrales sous Hollande, forfaiture de Dominique Voynet au Parlement européen, arrêt du programme Astrid sous Macron, asservissement de la France à l’UE et donc à l’Allemagne anti-nucléaire, aliénation idéologique entretenue par le GIEC, les COP, les écologistes et d’innombrables ONG subventionnées par Dieu sait qui, investissements publics surdimensionnés et ruineux dans les énergies intermittentes et, conséquemment, désengagement dans le nucléaire, domaine dans lequel la France excellait.
Espérons que tout cela est derrière nous et que le changement annoncé n’est pas un nouveau miroir aux alouettes, un piège à pigeons – nous avons malheureusement l’habitude de ce genre d’entourloupes. Par exemple, que va-t-il advenir de la PPE3 décrétée par le gouvernement Lecornu ? Logiquement, suite aux annonces solennelles de M. Macron, cette programmation énergétique, qui prévoit de financer les énergies intermittentes à hauteur de 300 milliards d’euros sur dix ans, devrait finir à la poubelle…
Errare humanum est. Ne nous attendons pas à une salve de mea culpa de la part de nos dirigeants successifs qui, comme par magie, pourraient découvrir qu’ils ont commis plusieurs autres « erreurs stratégiques » majeures résultant en particulier de leur soumission aux directives de l’UE, celles concernant en premier lieu l’immigration, l’agriculture et l’industrie, et ayant abouti à la fragmentation ethno-religieuse de la société, à l’insécurité physique et culturelle, au déclin des services publics, à la perte de notre souveraineté alimentaire, à l’abandon de pans entiers de notre industrie, à la liquidation de nos entreprises de pointe, au chômage endémique, à la clochardisation d’une grande partie de la population, au désespoir grandissant d’un peuple malmené par des « élites » ayant transformé notre pays en un rafiot à la dérive. Dans ces domaines, il semblerait bien que la diabolica perseverantia reste malheureusement d’actualité…
La carte électorale confirme ce que chacun pressent: la France ne se divise plus seulement politiquement, elle se sépare culturellement. « On peut se demander si nous sommes encore un peuple » lance Elisabeth Lévy dans sa chronique radio matinale. Nous vous proposons de l’écouter.
Au lendemain des municipales, la France apparaît plus divisée que jamais. Archipellisée, fracturée, « kaléidoscopisée » : le sondeur Jérôme Fourquet et les commentateurs ne savent plus à quel mot se vouer. Mais une chose, visible pour tous, s’impose : il y a plusieurs France qui semblent dériver loin les unes des autres.
Toute typologie est forcément schématique, et donc en partie mensongère. Mais, au-delà des divisions partisanes, la carte électorale révèle des sensibilités culturelles. Le progressisme d’atmosphère domine dans les centres-villes socialo-macronistes des métropoles, où vivent les nowhere, les saute-frontières, à l’aise dans la mondialisation. Toutes les nuances du conservatisme et du populisme prédominent dans la France des villes moyennes et des campagnes, où l’on est de quelque part. Enfin, on observe une forme de sécession post-nationale dans les quartiers immigrés, où l’on célèbre la « nouvelle France » en scandant : « Nous sommes tous les enfants de Gaza. »
On n’est plus d’accord pour s’engueuler
Mais ne nous énervons pas. Dans un pays qui a décapité son Roi et une bonne partie de ses élites, la nouveauté n’est pas tant qu’il y ait des affrontements idéologiques. Dans les années 50 et 60, on se traitait bien d’agents de Moscou ou de suppôts du capitalisme. Mais, de part et d’autre de la lutte des classes, il y avait alors un monde commun. On était d’accord pour s’engueuler.
Aujourd’hui, ce n’est plus franchement le cas. L’autre n’est plus vraiment un partenaire de dispute, mais une menace, un danger social et moral avec lequel tout contact est interdit. La nouvelle grammaire de la politique, c’est : « Vade retro, Satanas. » Chacun est devenu le facho de quelqu’un. Dans la tripartition évoquée plus haut, le cercle de la raison, au centre du jeu, observe toutes ces peuplades étranges qui votent mal. Pour le bobo parisien, qui conjugue de confortables revenus et un sentiment de supériorité morale à toute épreuve, le diable s’habille en Sarah, Rachida ou même Sophia. Après la fusion des listes Bournazel-Dati, Clément Beaune a des vapeurs, comme si on lui proposait de rejoindre des nazis. Au PS, le prétendu danger de la droite alliée à l’extrême droite justifie les accords avec des Insoumis que l’on taxait hier, avec raison, d’antisémitisme et d’extrémisme — lesquels continuent d’insulter la volaille socialiste qu’ils entendent plumer.
Chacun dans sa bulle
La politique, normalement, c’est le lieu où les mondes se rencontrent, la scène où l’on représente les conflits. Le théâtre où il n’y a pas d’ennemis, mais des adversaires. Elle suppose un imaginaire partagé, un passé assumé par tous – même les derniers arrivés. Si la politique ne joue plus ce rôle, si elle échoue à dégager des consensus et des majorités, c’est précisément que nous n’avons plus de langue commune. De quoi se demander si nous sommes encore un peuple.
Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Patrick Roger sur Sud Radio
Dans les grandes villes, le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen semble confronté à un plafond de verre. Même s’il pourrait créer la surprise à Marseille ou à Toulon dimanche.
Les élections municipales de 2026 étaient présentées par certains comme le moment d’un basculement politique majeur en faveur du RN et de son enracinement local. Le parti espérait transformer sa dynamique nationale en conquêtes territoriales massives.
Le séisme annoncé n’a pourtant pas eu lieu. Il y a de quoi s’interroger vraiment en amont des enjeux du scrutin présidentiel de 2027. Un parti dont le candidat dans la capitale obtient seulement 1,61 % des suffrages peut-il conquérir le pays ?
Certes, plusieurs maires RN ont été réélus au premier tour et le mouvement a gagné quelques positions supplémentaires, principalement dans des villes moyennes de moins de 100.000 habitants. Mais le raz-de-marée promis par une partie du discours militant ne s’est pas matérialisé. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder la réalité politique du pays telle qu’elle ressort de ces municipales.
Une popularité nationale qui ne se transforme pas localement
La première limite du RN demeure son incapacité à percer durablement dans les grandes agglomérations. Dans les métropoles, le même mécanisme continue de fonctionner. Si le candidat du RN n’arrive pas en tête au premier tour, un front de barrage se constitue presque mécaniquement au second. Ce phénomène empêche le RN de convertir une base électorale importante en victoires locales. Dans un scrutin municipal, où les alliances et les coalitions jouent un rôle déterminant, cette logique constitue un handicap structurel.
La seconde faiblesse est organisationnelle. La popularité nationale de Jordan Bardella reste largement un phénomène d’image politique, amplifié par les sondages et par une forte visibilité médiatique. Mais la politique municipale repose sur une autre réalité : l’implantation territoriale. Or le RN reste encore insuffisamment structuré dans les zones périurbaines et dans les grandes agglomérations. Le parti est solide dans certaines zones rurales ou dans des villes moyennes, mais il ne dispose pas d’un réseau d’élus locaux, d’associations et de relais militants qui permettent de gagner durablement une municipalité. Si Emmanuel Macron constitue une exception notable, l’histoire électorale française montre pourtant une constante : on ne gagne pas l’État sans d’abord gagner les territoires.
Le barrage républicain reste actif
Les municipales confirment également que le barrage républicain continue de fonctionner. Dans de nombreuses configurations locales, des alliances se forment encore pour empêcher une victoire du RN. Malgré leurs divergences idéologiques, le PS et LFI peuvent s’appuyer mutuellement pour l’emporter dans certaines municipalités. Ce mécanisme prolonge en réalité les logiques déjà observées lors des élections législatives de 2024. Il permet de maintenir un équilibre politique dans lequel un bloc central, social-démocrate et macroniste, reste minoritaire dans l’opinion mais encore structuré dans les institutions.
La progression électorale du RN repose largement sur une colère sociale et territoriale réelle: sentiment d’abandon des territoires, pression économique sur les classes moyennes, défiance envers les institutions. Mais cette colère ne se transforme pas automatiquement en victoire municipale. Car une élection locale exige autre chose: des équipes enracinées, des projets municipaux crédibles, une capacité à nouer des alliances. Sur ces trois points, le RN reste encore en phase de construction.
Une vie politique prise dans une tenaille
La vie politique française se retrouve ainsi prise dans une double radicalisation. D’un côté, le RN prospère sur la colère du portefeuille et l’abandon territorial. De l’autre LFI capte la colère identitaire et anti-système, notamment dans les grandes villes et auprès d’une partie de la jeunesse. Entre ces deux forces, le système politique construit depuis trente ans continue de fonctionner mais de plus en plus difficilement.
Ces municipales montrent finalement une chose: la colère politique est réelle, mais elle reste fragmentée. Le RN ne peut pas gagner durablement sans conquérir les métropoles et sans renforcer son implantation territoriale. Et plus largement, aucune force politique ne pourra stabiliser le pays tant qu’elle ne proposera pas un projet capable de réconcilier la France des métropoles et la France périphérique. Car sans reconstruction politique lisible et crédible, la France restera un pays fragmenté, traversé par des colères concurrentes. Et dans ce paysage, les victoires électorales resteront partielles, instables et insuffisantes pour gouverner durablement.
La plupart de nos éditorialistes regardent actuellement avec gourmandise le président américain ne pas obtenir l’aide qu’il réclame pour la guerre en Iran, et la situation au détroit d’Ormuz compromettre la bonne santé de l’économie mondiale…
Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali viennent de publier Paris-Téhéran, le grand dévoilement où ils analysent le long aveuglement de la France devant la nature totalitaire du régime iranien. La guerre actuelle prouve qu’au lieu d’ouvrir les yeux des aveugles, cette longue complaisance persiste chez beaucoup d’intellectuels, de journalistes et même de généraux français.
Chaque nouvel épisode du conflit est ainsi commenté en faveur des mollahs et en défaveur des Etats-Unis et d’Israël. Il ne s’agit pas de mensonges flagrants, plutôt d’un biais qui consiste à cacher certaines informations ou à retarder le plus possible leur publication et, pour chaque fait avéré, à donner l’explication la plus favorable à l’Iran.
“Iran” est une métonymie simplificatrice qui pour moi désigne son exécrable gouvernement et non 80% du peuple iranien, victime de ce régime sanguinaire.
Trois exemples de cette lecture systématiquement biaisée. Alors qu’il était déjà copieusement écrasé de bombes, l’Iran se met à lancer des missiles et des drones sur tous ses voisins. Les médias nous expliquent que cette “résilience” est le résultat d’une tactique organisée de longue main par les mollahs, la défense en mosaïque, où chaque commandant d’une zone militaire se met en autonomie pour décider de ses attaques. L’explication inverse : l’Iran fait n’importe quoi, asperge de bombes des pays qui se voulaient neutres ou même amicaux, parce que les chaînes de commandement sont cassées, les chefs sont morts, les routes encombrées de gravats, les téléphones coupés. La culture persane ne comportant sans doute pas les pigeons voyageurs ou les signaux de fumée, chaque colonel provincial n’en fait qu’à sa tête. Les médias français n’effleurent jamais cette hypothèse. Les Iraniens sont si “résilients”, le président américain et les centaines d’experts du Pentagone si bêtes !
Si malins…
Les mines du détroit d’Ormuz : jeudi elles étaient à l’honneur, elles flottaient partout dans ce détroit stratégique pour l’économie mondiale. Malins les Iraniens, c’était la réponse du faible au fort, cet idiot de Trump ne l’avait pas prévu ! Vendredi, plus un mot sur les mines, il n’y en avait jamais eu, elles ne sont pas assez intelligentes pour distinguer un gentil cargo pétrolier chinois d’un méchant destroyer américain. Les mollahs veulent continuer à se remplir les poches en vendant leur pétrole, de mines il n’est plus question sur LCI et C dans l’air.
“Donald Trump appelle la France au secours pour débloquer le détroit d’Ormuz” affiche le bandeau de LCI pendant des heures. Peu importe que cette formulation soit due à l’AFP, officine gauchiste payée par nos impôts, ou à la rédaction de LCI, les deux participent à la même vision biaisée de toute information. Le général Yakovleff qui maintenant ajoute à son antiaméricanisme viscéral et à sa phobie étrange de toute prise de risque une grossièreté que personne ne lui reproche, déclare avec fureur : « Ils se sont mis dans la merde, maintenant qu’ils se démerdent ! » Un peu plus tard, on apprend que Donald Trump a invité un certain nombre de gouvernements, dont la Chine, à l’aider à libérer ce détroit puisque son blocage pénalise l’économie de leurs pays. Quoi de plus logique que de dire : “Vous ne voulez pas que le prix du pétrole monte, alors aidez-moi à le faire baisser”. Défi ironique, il sait bien que personne ne viendra. S’agissant de la France, on peut faire une lecture plus poussée de ce prétendu appel au secours. Le président français pratique une ahurissante posture de “guerre uniquement défensive”. Il est fier de parader sur le pont du Charles de Gaulle, et sa marine de guerre n’a d’autre but que mettre en valeur sa personnalité, elle ne doit surtout pas se mêler d’un conflit. Donald Trump a voulu le mettre au pied du mur. Tu fais le beau à Chypre, viens faire l’utile à Ormuz. Il est souvent impératif de choisir son camp, Emmanuel Macron n’a jamais su le faire, après la guerre il récoltera le mépris et l’inimitié d’Israël et des Etats-Unis. Limite du “en même temps” : si on se tient toujours à mi-distance dans les conflits, on finit haï de tout le monde. Strictement personne n’a évoqué la possibilité que cet “appel au secours” vise à se moquer de l’incohérence française.
Un bon point pour Frédéric Encel. Dans les questions des téléspectateurs qui suivaient le C dans l’air du 10 mars, quelqu’un demandait si l’Iran serait le Vietnam de Trump. Le journaliste a répondu que les deux situations n’avaient rien à voir, le Vietcong n’ayant pas massacré sa propre population et commis des attentats sur la terre entière. Et puis il a ajouté, goguenard, en regardant le général Lapétoche de service sur ce plateau : “Bien sûr, ce serait le rêve de beaucoup de journalistes français, et de généraux…” Et puis un : “Je ne parle pas de vous évidemment” de pure politesse. Moment béni où le soleil de la vérité perce enfin les nuages d’hypocrisie et de jalousie recuite !
Nos populistes n’osent pas soutenir le président américain dans cette drôle d’atmosphère
Grave problème cognitif : les Européens ont perdu tout sens du Kairos, de l’occasion à saisir au vol. Il existe dans la mythologie grecque un petit dieu méconnu, parfois représenté sur les bas-reliefs en enfant ailé, voletant de façon capricieuse parmi les humains, c’est Kairos, le Dieu du Moment Opportun. Certains sont capables de l’attraper par les ailes, beaucoup le laissent repartir. Kairos la présence simultanée au sommet de deux Etats démocratiques de dirigeants qui n’ont pas peur du risque, c’est le moins qu’on puisse dire. Kairos la féroce répression de la jeunesse iranienne par les mollahs en janvier, qui a rendu légitime tout vengeur qui entreprendrait de les punir, devenant ainsi un héros universel de la liberté. Kairos la guerre des Douze Jours qui a fonctionné comme une répétition générale en montrant ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. Trump s’était arrêté trop tôt, il a maintenant surmonté sa crainte bien compréhensible des guerres embourbées. Il est invraisemblable qu’il arrête cette guerre du jour au lendemain à cause de l’inconstance que lui attribuent la plupart des commentateurs. Ceux-ci ont d’ailleurs parfaitement raison de penser que sa victoire entraînera celle des partis européens qualifiés d’extrême-droite. Sainte horreur ! Bardella mégote avec Trump, il ne peut faire autrement, tant l’atmosphère française est remplie de pollution antitrumpienne. Mais en juin de l’an prochain, il serait loyal de remercier qui de droit.
Les midterms aussi font partie du Kairos. On répète à l’envie que Trump les perdra, ce qui arrive rituellement à chaque président américain. On ne suppose jamais qu’il part en guerre fin février parce qu’il pourrait avoir les mains liées en novembre. La volaille médiatique se permet de renvoyer dos-à-dos une démocratie et une tyrannie, elle loue la clarté de langage de l’Iran et se moque du langage contradictoire d’un dirigeant de démocratie, obligé de dire un jour que la guerre est quasiment finie pour faire baisser le prix du pétrole et le lendemain qu’il ira jusqu’au bout, affirmation destinée à casser le moral des mollahs.
Kairos aussi, le fameux renseignement sur la réunion du Club des Tortionnaires de leur propre pays à 10 heures du matin le samedi 28 février. Rater une pareille occasion aurait été un péché, comme disent les Italiens.
La France n’interviendra pas, elle restera accoudée au balcon de l’histoire, son prestige au Moyen-Orient s’effondrera. Le “pays des droits de l’Homme et de la Révolution” sera une contrée banalement lâche. Elle ne participera pas au grand élan économique que suscitera la reconstruction de l’Iran et des pays voisins atteints par les drones. Notre honneur national en sera rabougri, les Américains railleront notre impuissance militaire. Depuis le livre injuste de Robert Paxton sur la Résistance comme mythe inventé par de Gaulle, ils nous considèrent comme des soldats d’opérette, indignes descendants de ceux de Valmy et d’Austerlitz. La moue de mépris s’aggravera.
Genre. La Hongrie est ciblée par la Cour de justice de l’UE qui entend imposer son idéologie « woke » en dépassant une fois encore ses compétences et en remettant en cause la souveraineté nationale. Enfin, attendons quand même que passent les élections…
La Cour Européenne est-elle en train de transformer l’UE en un club woke au sein duquel l’idéologie LGBT, et l’identité de genre en particulier, sont légalement contraignantes, au mépris des constitutions nationales, et ce, même si l’UE n’a aucune compétence en la matière ?
Que la Cour de l’UE outrepasse ses compétences et qu’elle se comporte en législateur, rien de nouveau, c’est sa marque de fabrique depuis sa création. La technique est bien rodée : point de rattachement douteux au droit européen afin de faire basculer des pans entiers de compétences nationales dans son escarcelle, raisonnements juridiques « créatifs », primauté exorbitante du droit européen et une interprétation biaisée en faveur d’une EU « sans cesse plus étroite ». Ce qui est plus récent, en revanche, c’est un activisme idéologique dévoyé qui cherche à imposer les aspects les plus extrémistes du délire woke. Notamment, l’identité de genre, cette grotesque stupidité qui nie la biologie la plus évidente et désarme les élites globalistes avec la question la plus simple qui soit : qu’est-ce qu’une femme ? La Cour, elle, ne semble guère gênée d’affirmer que tout dépend du ressenti personnel et que les Etats membres ont l’obligation de le reconnaître au nom des valeurs européennes.
La Cour a choisi son camp, mais ne s’apprête nullement à stopper sa longue marche vers une Union légalement woke. Au contraire, elle est sur le point de porter l’assaut final dans la mère de toutes les batailles pour la défense des « droits de l’Homme », dixit ILGA, organisation grassement subventionnée par la Commission européenne, fer de lance du culte de genre en Europe. A savoir : l’infraction lancée par Bruxelles contre la Hongrie au sujet de sa loi sur la protection de l’enfance qui empêche la sexualisation des mineurs, en proscrivant (entre autres) la pornographie et l’idéologie de genre. Que l’on approuve ou pas pareil projet législatif, l’Union n’a pas un millimètre de compétence dans ce domaine et pourtant, cette loi nationale a suscité une levée de boucliers sans précédent.
Dès sa promulgation, en juin 2021, Mme Von der Leyen la qualifia de « honte », lança une infraction vitesse grand V et confisqua des centaines de millions d’euros à la Hongrie sans même attendre l’arrêt de la Cour. En outre, seize Etats membres (toute l’Europe occidentale plus la Slovénie), du jamais vu, ont soutenu la Commission contre la Hongrie. Un véritable schisme woke Ouest/Est au sein de l’Union !
Un cas qui fera date, en effet, car derrière sa charge idéologique, il cache un développement juridique crucial contocté par la Commission et la Cour en deux temps: tout d’abord, octroyer des effets juridiques à l’article 2 du Traité européen qui reprend les valeurs de l’Union ; deuxièmement, faire de la Cour du Luxembourg le garant de ces valeurs et la transformer en une deuxième Cour Européenne des Droits de l’Homme. Les juges vont s’autoproclamer arbitres des élégances idéologiques européennes, même si personne ne le leur a rien demandé. Et, en passant, ils augmentent exponentiellement leurs pouvoirs. Un coup d’état de droit déjà annoncé dans les conclusions de l’Avocat Général de juin 2025 et que Bruxelles et compagnie attendent avec… patience.
Pas pressés
Oui, avec patience car l’arrêt aurait déjà dû être publié il y a belle lurette mais il est soigneusement reporté après les élections hongroises d’avril. En moyenne, le délai entre l’audience et l’arrêt est de 200 jours, et dans ce cas, celle-ci eut lieu le 19 novembre 2024, il y a donc plus de… 450 jours.
Activisme judiciaire, quand tu nous tiens, car cet arrêt aurait bien évidemment un impact électoral dans un pays qui, dans son immense majorité, peut parfaitement définir une femme et a des idées très claires sur la protection des enfants face à des idéologies qui mènent dans de nombreux cas à des mutilations irreversibles. Un arrêt qui aurait embarrassé le candidat soutenu corps et âme par l’UE s’il avait dû prendre position… Un écueil que la noble, sage et objective Cour de Luxembourg va lui épargner au nom d’une Union « sans cesse plus étroite ». Et woke, bien entendu, impérativement woke.
Alors qu’à Cuba tout part à vau l’eau, que les jours de la dictature militaire castriste sont comptés, et que la capitale mythique de l’île caribéenne est une ville morte, c’est le moment de lire Aller à La Havane: le grand écrivain cubain Leonardo Padura s’en fait l’irremplaçable mémorialiste.
Une capitale enténébrée: voilà le sort auquel est réduit La Havane. Déserte, exsangue, autarcique, sans joie. Privée de transports, d’électricité, de victuailles, la ville agonise. Désespérée, elle attend sa “movida”. La crise énergétique a mis l’île entière à l’arrêt.
Panique politique sur l’île communiste
Tandis que Diaz-Canel, le président cubain, les traits marqués par l’épuisement (ou l’appréhension ?) affiche un visage de plus en plus grisâtre et émacié dans ses allocutions fumeuses, évanescentes, devenues inaudibles, les insurrections se multiplient en province, minimisées par le pouvoir et réprimées sans ménagement. La menace étasunienne d’un protectorat économique annonce ouvertement la chute d’une dictature à bout de souffle: le clan Castro et les hiérarques du régime paniquent; ils n’ont pas tort.
Aller à La Havane? Le titre se charge aujourd’hui d’une cruelle ironie. Dans ce recueil, Leonardo Padura, – cf. entre autres chefs d’œuvres L’homme qui aimait les chiens– réunit, ponctués d’extraits de ses propres ouvrages de fiction, un certain nombre de textes qui cousent le récit haut en couleur de la capitale cubaine depuis les années de la Révolution, mais aussi en deçà de la date fatidique de 1958. Ensemble, ceux-ci racontent, de manière fascinante, les fortunes et infortunes de cette ville mythique, personnage à part entière de tous ses livres. Né dans le quartier lointain de Mantilla, qu’il n’a jamais quitté et qu’il habite toujours aujourd’hui, Leonardo Padura, 71 ans, revendique un attachement viscéral à la cité dont son œuvre engrange les illusions perdues…
Photos : Julien San Frax, octobre 2025.
De fait, à La Havane, en cette fin mars 2026, personne, mais vraiment personne n’y va plus: vols suspendus, hôtels fermés faute de clients, tourisme en chute libre. La plupart des Cubains forcés de rester au pays à leur corps défendant faute d’argent (en trois ans, ce sont encore deux millions d’entre eux qui ont pu prendre la route de l’exil) ne rêvent que de fuir cet enfer de pénuries en tous genres. Et pourtant, pour qui connaît de l’intérieur la métropole portuaire de deux millions d’âmes, l’expression “aller à La Havane” se redouble d’un autre sens : aux chauffeurs des lignes de taxis collectifs qui, avant la crise, joignaient pour 100, voire 200 pesos (l’inflation est galopante!) les quartiers périphériques ou excentrés à la Vieille Havane, on indiquait en effet: “ para La Habana”, précisément pour s’assurer que le véhicule allait bien jusqu’au centre-ville.
Intouchable
Dans une première partie, le présent ouvrage conjugue, d’une part, sur un mode autobiographique, l’actuelle remémoration que fait, dans son âge canonique, le scripteur de sa ville hantée de mille fantômes; d’autre part, exhumés de ses romans dont le personnage de l’enquêteur Mario Conde figure son propre double sous les auspices de la fiction, ces extraits significatifs de l’extrême porosité de sa prose romanesque avec l’existence concrète et bien réelle du citadin Padura.
Ainsi, fondues dans la mémoire urbaine, ces “mémoires” du plus grand écrivain vivant de Cuba (avec, peut-être, Pedro Juan Gutiérrez, l’auteur fameux de Trilogie sale de La Havane ou de Animal tropical) retracent-ils, au-delà des pathétiques voire, tragiques métamorphoses de ses aires, le parcours atypique d’un journaliste partie prenante du sérail communiste, réchappé de toutes les purges, parvenu sans se renier à accéder au statut enviable – et durablement protecteur – de Grand écrivain: traduit, célébré, invité à l’étranger, donc figure devenue quasiment intouchable sur le plan de la diplomatie culturelle du régime. Et ce quoique Padura décrive sans fard, de l’intérieur, la déliquescence d’une société prise en otage par cette interminable dictature, cyniquement grimée aux fards du socialisme.
A ne pas manquer, notre reportage de février: Cuba à l’agonie
Habilement non frontale, cette posture critique biaisée aura permis à Padura d’esquiver le pilori – au contraire, en leur temps, des regrettés Reinaldo Arenas ou Heberto Padilla, ostracisés, persécutés au point de ne devoir leur salut qu’à l’exil… On peut s’en réjouir tout de même : car à l’inverse d’une Zoe Valdès qui, confortablement installée en France, capitalise depuis 30 ans sur son statut de dissidente en cultivant, sans risque et dans une langue assez pauvre, sa vaine nostalgie hargneuse et vengeresse, Leonardo Padura, lui, reste ce témoin à demeure, vigie irremplaçable, chroniqueur sourcilleux et subtil, drôle et lucide autant qu’érudit, saisissant par la vivacité du trait : “une ville est faite de couches, comme un oignon”, écrit-il. “Tu vois une couche, mais en dessous, il y en a une autre, plusieurs autres. Ce sont comme des masques que tu dois soulever pour voir le visage, qui peut être maquillé et cache des taches et des rides qui t’empêchent encore d’observer, de connaître, de palper toute la réalité de la peau qui recouvre les muscles, les cartilages et les os”. Bouleversant est ici, par exemple, le récit qu’il fait de la fameuse ‘’Periodo especial en Tiempo de Paz’’ ainsi décrétée sans rire par le Comandante Fidel Castro à l’orée des funestes années 1990, et dont les temps présents apparaissent comme la grinçante réplique… Padura, alors, aurait pu filer, il en avait les moyens, et tous les soutiens requis à l’étranger – mais non: “ J’ai dit encore et encore que dans ces années sombres, mon choix de vie avait été de rester à Cuba et, dans ma maison havanaise, de m’accrocher presque jusqu’à l’irrationnel à mon sentiment d’appartenance et, surtout, de commencer à écrire comme un fou pour ne pas devenir fou”. De telle sorte que “la capitale cubaine s’est révélée être plus qu’un décor” […], un organisme vivant qui a un effet sur l’existence de ceux qui l’habitent”. Cette organicité de la cité est sans doute le marqueur essentiel d’une œuvre qui, par là, pourrait bien être à La Havane du tournant du millénaire ce que fut à la capitale française le Tableau de Paris d’un Louis-Sébastien Mercier dans le XVIIIème siècle finissant.
Phase terminale
Paru en espagnol il y a deux ans, Ir a La Habana, dans la belle traduction française de René Solis, nous arrive en 2026, alors que Cuba, de longue date frappée de maladie incurable, entre décidément en phase terminale. Signés Carlos T. Cairo, ami de l’auteur, millésimés de 2017 à 2024, les portfolios photographiques qui encadrent le recueil sont d’un réalisme un peu superflu. La mélancolie profonde de l’époque s’exprime bien mieux dans la conclusion de Padura, aux accents déchirants: “Comme tout organisme vivant, les villes ont besoin d’affection et, depuis des décennies, La Havane en a reçu bien moins que ce qu’il faudrait. Aujourd’hui, elle reçoit peut-être moins de caresses que jamais. Et mon sentiment d’appartenance souffre de ce processus qui me fait me demander même si un jour, à force d’être étrangère et par moments si hostile, si défigurée et à l’âme si en peine, moi aussi je cesserai de sentir que La Havane est encore ma ville”.
Plus consolante que cet épilogue, la deuxième partie du livre, sous l’intitulé “La ville, mémoire de quelques quartiers et de quelques personnages”, exhume un certain nombre de chroniques, reportages ou études édités à Cuba, ici et là, à différentes époques de la carrière du journaliste que fut, plus jeune, Leonardo Padura. On se régale à lire le chapitre consacré au “plus célèbre proxénète cubain”, le “roi” du quartier de San Isidro, Alberto Yarini y Ponce de Leon (1882-1910), qui sera tué par son rival, le souteneur français Louis Lotot, lequel sera assassiné à son tour, la guerre des maquereaux n’en finissant pas pour autant.
Passionnants également, ces deux textes, le premier faisant l’historique du quartier chinois de La Havane, désormais réduit à peau de chagrin et sinistrement paupérisé; le second portant sur la bi-séculaire mémoire catalane de Cuba – version condensée du texte original, paru en 1990 dans Juventud rebelde (“Jeunesse rebelle”), ce quotidien communiste qui, pour la petite histoire, à côté de l’organe de propagande officiel Granma, existait toujours début 2026… sans être d’ailleurs plus lu par personne de sensé. Depuis mars, crise énergétique oblige, la pagination de ces deux feuilles de choux s’est vue fortement réduite; elles ne paraissent plus qu’une fois par semaine, le mardi.
Il est heureux que Leonaro Padura soit connu, traduit et lu dans le monde entier: s’il ne devait compter que sur Cuba pour être édité, son Aller à La Havane s’achèverait en cul-de-sac.
A lire : Aller à La Havane, par Leonardo Padura. (Photographies Carlos T.Cairo). 316 p., Métailié, 2026
La confiscation automatique de certains biens liés au trafic de drogue a été déclarée inconstitutionnelle. Elisabeth Lévy réagit à cette décision dans sa chronique. Nous vous proposons de l’écouter.
Le Conseil constitutionnel censure la loi narcotrafic. Nous pouvons être fiers : dans notre pays, on ne transige pas avec les droits des délinquants. Ni avec ceux des juges. À l’occasion d’une question prioritaire de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel a censuré une disposition de la loi qui imposait aux juges de prononcer la confiscation automatique de certains biens en cas de condamnation pour trafic de stupéfiants. D’après le Conseil, l’automaticité de cette peine contrevient à un principe cardinal de l’État de droit : l’individualisation des peines. Autrement dit, cela prive les juges de leur pouvoir de décider au cas par cas. Et ça, c’est inacceptable. Surtout pour les juges.
Les policiers, eux, sont unanimes : il faut frapper les trafiquants au portefeuille. Si vous ne pouvez pas jouir des fruits de vos trafics, vous ne trafiquez pas. La saisie des biens est donc un instrument efficace. Probablement le seul. Et l’automaticité empêche les avocats de trouver mille arguties pour la contester… Alors que nous sommes supposés être en guerre contre le narcotrafic, personne ne peut qualifier de sages les juges qui ont pris une décision aussi absurde.
Mais enfin, ils ne font là qu’appliquer le droit, s’écrient en chœur nos progressistes tatillons ! Le droit n’est pas une science exacte. Et l’appliquer, c’est donc l’interpréter. En l’occurrence, le Conseil constitutionnel l’interprète toujours dans le même sens: les Sages de la rue de Montpensier défendent le droit des individus, y compris des délinquants, contre le droit de la collectivité de se défendre. Saisi par des députés de gauche, également intraitables sur les droits des mafieux, le Conseil constitutionnel avait déjà censuré plusieurs dispositions en juin. Il avait alors validé les quartiers de haute sécurité tout en émettant des réserves sur les fouilles intégrales. Il avait aussi estimé que les visioconférences pour les prévenus en détention provisoire portaient une « atteinte excessive aux droits de la défense ». Et pour les gardiens tués lors de transports inutiles, est-ce une atteinte légitime ? On parle de gens qui commanditent des meurtres, empoisonnent des jeunes et font régner la terreur dans beaucoup de quartiers.
Mais surtout, respectons leur dignité et leur droit de propriété ! Alors qu’on déplore, à raison, l’abstention croissante dans les urnes, le Conseil constitutionnel adresse aux électeurs un message clair: vous pouvez aller voter et désigner des élus qui feront les lois. Mais, en réalité, les lois, c’est nous qui les faisons. Alors inutile de vous déplacer.
Brest et Clermont-Ferrand qui placent la droite en tête, dégagisme dans toutes les têtes, et en même temps, des résultats qui montrent une prime au sortant : voici comment on pourrait résumer à gros traits les résultats de ce premier tour des municipales 2026.
Depuis que le Parti socialiste les a brutalement politisées en 1977, étiquetant ses candidats, elles annoncent souvent les secousses nationales avant les élections nationales elles-mêmes. Jusque-là, les maires rassemblaient large, alignaient sur leurs listes commerçants, médecins, instituteurs, radicaux fatigués et gaullistes accommodants. On gouvernait la commune au ras des champs, souvent loin des vols d’aigle idéologiques de la politique nationale. La droite finit par s’y résoudre en investissant à son tour ses candidats. Depuis, les municipales sont devenues un baromètre politique assez fiable. Elles annoncent souvent les basculements nationaux, y compris dans ces villes moyennes de trente mille habitants où l’on pourrait penser que les différences politiques et idéologiques entre candidats sont limitées…
1977 annonçait de loin la défaite de Giscard, avec notamment les prises de Rennes et Nantes. En 1983, la lourde défaite de la gauche municipale annonce la victoire de la droite aux législatives de 1986. En 2001, malgré les prises spectaculaires de Lyon et de Paris, la poussée générale de la droite annonce déjà la déroute de Lionel Jospin l’année suivante. En 2008, c’est au tour de la droite au pouvoir de subir la curée municipale, avant que les socialistes ne perdent, en 2014, l’essentiel de leurs conquêtes.
Arlequin électoral
Oublions 2020, campagne masquée par le Covid. En 2026, cette fois, la radiographie politique ne donne qu’un signal brouillé : la carte électorale ressemble à une tenue d’Arlequin où quatre blocs se disputent l’espace sans que l’on distingue clairement la logique d’ensemble. On trouve une gauche molle, une droite molle, une gauche radicale et une droite radicale. Mais qui a gagné ? Bruno Retailleau se félicite de la conquête de quelques villes moyennes ; Marine Le Pen compte vingt-deux victoires dès le premier tour et une consolidation dans ses bastions ; LFI claironne ses percées urbaines ; la gauche de gouvernement, elle, se félicite de résister dans les métropoles. Au soir du scrutin, chacun revendique son trophée. Égalité générale : tout le monde a gagné, comme chez Jacques Martin.
Indiscutablement, certains maires sortants ont pu sortir le champagne et défaire leurs cartons. De nombreux réélus au premier tour, des équipes que l’on pensait défaites d’avance comme à Lyon ou Bordeaux et qui pourraient retrouver leur siège, même des partis clivants tels RN ou LFI qui font triomphalement réélire leurs poulains. En vérité, les municipales retrouvent une vieille pente conservatrice après avoir longtemps servi de défouloir national, comme en 2008 et en 2014.
Au commencement de l’élection des maires au suffrage universel, la vie municipale oscille entre centre gauche et centre droit, entre listes de notables, radicaux-socialistes un jour, indépendants le lendemain, démocrates-chrétiens à l’occasion, selon les humeurs du moment ou l’identité de leur territoire. Les modérés, les indépendants, les notables tiennent bon. Retailleau peut en effet afficher sa satisfaction en conservant une bonne centaine de mairies, sans compter les formations satellites ou amies. Dans les beaux quartiers, la droite reconduit ses potentats municipaux avec des scores de dictateurs africains : Fromentin à Neuilly, Ceccaldi-Raynaud à Puteaux. On cherche son notable, l’homme qui rassure et apaise. Ce phénomène autrefois réservé à quelques figures légendaires, Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux, André Labarrère à Pau, Pierre Mauroy à Lille, Jean Royer à Tours, pourrait se généraliser.
Une politique municipale dépolitisée ?
Il faut dire que la politique municipale s’est elle-même dépolitisée. Les mairies ont perdu une partie de leur pouvoir : transféré aux métropoles, rogné par la baisse des ressources locales et la disparition de la taxe d’habitation. Les préfets donnent parfois l’agenda aux maires. Dans ces conditions, les électeurs cherchent moins une doctrine qu’une figure locale : quelqu’un de connu, de rassurant, capable de couper les rubans rouges, ramasser les crottes de chien et arbitrer les querelles de voisinage.
Autrefois, la droite française possédait une architecture lisible, RPR d’un côté, UDF de l’autre, chacun avec sa sociologie et sa tradition. Aujourd’hui, l’électeur de droite ou de centre droit se retrouve devant un empilement indistinct : Renaissance, MoDem, Horizons, UDI, morceaux de LR… une sorte de coalition permanente dont personne ne distingue vraiment les nuances. Le macronisme a aspiré les divergences comme un trou noir : d’Olivier Faure à Bruno Retailleau, tout peut finir dans la même coalition municipale. Résultat : un électeur socialiste peut très bien voter pour une municipalité à droite. C’est ainsi qu’il faut comprendre les signes envoyés par la carte électorale, souvent contradictoires. Les sortants de gauche tiennent bon dans plusieurs grandes villes. La droite aura du mal à conserver Toulouse, encore plus à reprendre Bordeaux ou à conquérir Lyon. Mais, dans le même temps, elle menace Nantes, bastion socialiste depuis la victoire de Jean-Marc Ayrault en 1983, et certains fiefs roses pourraient vaciller : Brest, Cherbourg, Clermont-Ferrand. Dans ces villes, comme à Limoges en 2014 ou à Lorient en 2020, passées à droite, les candidats avancent sous des étiquettes modérées. On y voit fleurir les listes « d’ouverture », « ouvertes à la société civile », souvent composées d’acteurs associatifs ou d’élus proches des anciennes majorités socialistes. Les intercommunalités y sont parfois cogérées entre diverses droites et diverses gauches. Cette droite rassure au moins autant l’électeur rose-pâle qu’une municipalité socialiste usée par plusieurs décennies de pouvoir et le soupçon de compromissions avec LFI.
Le RN au défi de la notabilisation
Dans ce paysage brouillé, le RN affiche une progression réelle mais limitée. À Paris, la liste de Thierry Mariani plafonne à 1,5 %. On se demande dans quelle démocratie au monde un parti qui espère obtenir le pouvoir dans un an peut peser aussi peu dans sa capitale (surtout dans un pays aussi centralisé et concentré). À Toulouse, Julien Leonardi atteint à peine 5 %. À Lille, Matthieu Vallet tourne autour de 10 %. À Bordeaux ou Lyon, le parti à la flamme reste sous ce seuil symbolique. Dans les métropoles, il n’y a pas de quoi pavoiser. Face à des notables solidement installés, le RN se heurte à la résistance d’un système local souvent impopulaire mais profondément enraciné. Le parti dispose d’un électorat puissant mais d’encore peu de notables locaux : peu d’entrepreneurs, d’acteurs associatifs, de figures identifiables sont prêtes à assumer publiquement l’étiquette dont le coût social reste souvent prohibitif. Beaucoup d’élites locales préfèrent encore l’éviter. Les notables, eux, ne s’y rallient que guère spontanément.
En revanche, là où le RN est élu, il se notabilise. Sur les dix-sept communes conquises en 2020, presque toutes reconduisent leurs maires dès le premier tour, de Perpignan, où Louis Aliot repasse la barre des 50%, aux petites citadelles municipales comme Hénin-Beaumont, Beaucaire ou Hayange. Dans ces bastions, l’élection ressemble de plus en plus à une formalité administrative. Ailleurs, le RN progresse par percées plutôt que par vagues : au coude-à-coude à Marseille, en tête à Toulon et Nîmes sans victoire acquise, et même en position favorable à Carcassonne, où son candidat arrive en tête du premier tour. Dans le Pas-de-Calais, le RN manque Lens de quelques centaines de voix et pourrait ravir au parti communiste et au parti socialiste une belle poignée de communes. La carte qui se dessine est nette : un parti solide dans ses enclaves, capable de conquêtes ponctuelles, mais encore loin de transformer sa poussée nationale en domination municipale généralisée. Ses électeurs ne votent qu’aux présidentielles. Cependant, là où il est fort, le RN se renforce.
A l’examen, ces municipales ne dessinent plus une carte politique ni même une tendance générale : elles montrent un puzzle. La vie politique française n’est même plus archipélisée, elle est éclatée en fiefs, en territoires distincts, chacun vivant selon ses équilibres, sa sociologie et ses notables. Ici une gauche installée tient bon, là une droite locale se conforte ailleurs le RN consolide ses citadelles.
Et dans les métropoles, LFI confirme le succès de sa coalition électorale. À mesure que les partis nationaux se diluent, le maire et son équipe sortante deviennent souvent le seul pôle de stabilité politique. Comme si la France entrait doucement dans une forme de libanisation municipale : une mosaïque de pouvoirs locaux solides pendant que, au-dessus, la politique nationale se fragmente.
Monsieur Nostalgie nous conseille d’aller faire un tour en Italie dans les années 1980 en compagnie d’un ex-joueur de tennis professionnel fragile et de son jeune élève besogneux pour une série de défaites qui sont autant de victoires personnelles. Il Maestro d’Andrea Di Stefano est une balle de tennis indécise comme la vie, à cheval sur le filet. Où tombera-t-on ? Du bon ou du mauvais côté du terrain ?
Raul Gatti (Pierfrancesco Favino) est un ancien pro crédible, puissant et à bout de nerf. Fanfaron et apeuré. Caricatural et tendre. Il porte un haut de survêtement en velours de la marque Fila largement ouvert sur un poitrail nu et velu, un short court et des lunettes de soleil de type aviateur. Il roule dans une Jaguar qui ne lui appartient pas. Il s’endort dans les tribunes quand les balles sont trop hautes. Il déteste l’immobilisme de la ligne de fond de court et les lobs soporifiques. Il drague à tout-va, au bar de l’hôtel ou au camping. Il a l’endurance d’un James Hunt au lit et la désinvolture racée d’un Vitas Gerulaitis sans le palmarès, ni l’argent des deux. Il est sous traitement médicamenteux. Hautement explosif. Il sort de clinique. Il va mal.
Il tente d’oublier son passé en souriant obstinément à la vie devant une glace. Cet homme-là souffre. Il aurait atteint les huitièmes de finale au tournoi de Rome, il y a quelques années déjà. Felice (Tiziano Menichelli), treize ans, vit avec sa famille dans une HLM, son père ingénieur en télécoms se saigne pour qu’il devienne joueur professionnel, il donne des cours de mathématiques aux enfants de l’immeuble et répare du petit électroménager, sa grande sœur le déteste car l’argent du ménage passe dans une utopique carrière et sa mère pleure comme toutes les mères italiennes. Felice a-t-il le potentiel de devenir un grand ?
À l’âge des premiers émois, il s’entraîne comme un forcené, mécaniquement, studieusement, laborieusement. Les filles ne l’intéressent pas. Il s’applique une discipline de fer sans goût, ni déplaisir. Il récite à la perfection un tennis défensif, ennuyeux et efficace. Il suit même un régime alimentaire et des règles martiales qui lui ouvrent les portes des tournois nationaux. Son père est aux anges, sa sœur l’insulte et sa mère pleure de joie ou de peine, on ne sait jamais vraiment. Pour passer le cap et progresser, le père aimant et tortionnaire comme tous les pères d’hypothétiques champions fait appel à un Raul Gatti sur la touche, miné par les fantômes de sa jeunesse. Cet ancien pro, à l’humeur changeante, passant du playboy latin au neurasthénique suicidaire sera le tuteur et l’entraîneur du jeune garçon durant un été orageux. Ce vieux beau cabossé et charmeur aimerait avoir l’audace d’être un autre. Il se rêve en Guillermo Vilas, poète incompris et bambocheur notoire. Il professe un tennis offensif, un tennis jouissif, un tennis de gosses de riches qui n’ont pas peur de monter à la volée pour conclure un point. Un tennis champagne qui ne cadre plus vraiment avec ses terreurs nocturnes. Le tennis est ici un prétexte, un décor de vacances, une atmosphère d’époque, celle des années 1980, l’engouement populaire pour un sport longtemps pratiqué par une élite, sa démocratisation accélérée, sa médiatisation et les rêves d’ascenseur social pour les classes moyennes. Le tennis est ici le miroir d’une société qui cherche une voie, une lumière, une accalmie, une idole, une échappatoire.
On retrouve la flambe et la dramaturgie des années 1980, le vieux monde est en train de mourir, les idéaux sont absents des conversations, le fric a pris possession des derniers espaces de liberté, le factice l’emportera sur la sincérité, la sensualité jette son dernier coup de rein, le feu d’artifice est triste. Déjà, la raideur morale et la réussite matérielle sont en marche. Plus rien ne les arrêtera. « Il maestro » a le charme ébréché des contes d’été sans la lenteur de Rohmer. Les filles sont belles comme des promesses d’avenir, la musique dansante panse les blessures et les Hommes, malgré le poids de leurs errances, continuent d’avancer. Cette comédie amère sur l’entraide entre un enfant en devenir et un adulte à la dérive n’est pas révolutionnaire, elle est mieux que ça, elle est juste. On suit la déambulation de ces deux-là sur la bande étroite de leur destin. Et puis, dans un couloir d’hôpital, on croise le regard d’Edwige Fenech. Alors, on sourit à la vie.
A l’exception notable de « Gabegie le Magnifique » – Emmanuel Grégoire – à Paris, qui pense pouvoir l’emporter face à Rachida Dati sans l’aide de LFI, et malgré les grandiloquentes déclarations de premier tour fustigeant les allusions soi-disant antisémites du parti de Jean-Luc Mélenchon, la gauche pactise dans de nombreuses villes avec le parti pestiféré afin de conserver des places. Plutôt honteux… Face à l’enjeu civilisationnel qu’il perçoit dans ces municipales, notre chroniqueur ne voit d’issue possible que dans un sursaut des abstentionnistes.
La gauche s’allie et se salit. Son engagement solennel à ne pas rejoindre la France Insoumise et ses vitupérations judéophobes n’aura duré que quelques jours. En fait, les socialistes amoraux sont semblables aux multi-délinquants: leur sentiment d’impunité explique leur récidive dans leur ralliement à Jean-Luc Mélenchon et son projet d’une « nouvelle France » islamisée et anti-occidentale.
Celui qui a trompé une fois recommencera !
Cette énième trahison de prétendus « humanistes » ajoute au dégoût que les Français disent ressentir, dans les sondages, devant les cuisines politicardes des donneurs de leçons. Mais cette fois, la caution apportée par les « progressistes » en déroute à la France « créolisée » bouleverse les enjeux du second tour des municipales. Les intérêts ne sont plus seulement locaux. Ils deviennent civilisationnels. A Nantes, par exemple, une victoire de la maire PS Johanna Rolland, ralliée à LFI (comme bien d’autres) pour tenter de contrer la percée à droite de Foulques Chombart de Lauwe, précipiterait définitivement la Cité des Ducs de Bretagne dans le grand remplacement conflictuel recherché par Mélenchon, qui se présente comme « Maghrébin français ».
A Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko (LFI) a été élu dès le premier tour dans ce qu’il appelle la ville « des rois de France et du peuple vivant ». Il explique :« Nous ne serons jamais du côté de ceux qui veulent gentrifier une population et faire en sorte que nos populations historiques quittent le territoire. » Les populations historiques sont celles de l’immigration récente. Ses supporters ont scandé, à son élection : « Nous sommes tous des enfants de Gaza ! ». Dans la basilique qui voisine la mairie, le gisant de Charles Martel, qui repoussa les Sarrasins à Poitiers en 732, est à portée de main de possibles revanchards.
Contexte tendu
La France française est en légitime défense. Dans ce contexte tendu, puisse le parti des abstentionnistes, premier parti de France, redescendre de son Aventin ! La fracturation de la nation est un processus qui peut encore être stoppé si les citoyens, fâchés avec la démocratie bloquée, le décident. Ceux qui, majoritairement, réclament un référendum sur l’immigration de masse ont l’occasion dès à présent de résister au projet remplaciste conçu par Mélenchon, qui n’est fort que de la lâcheté de la gauche socialiste d’Olivier Faure et de la déroute des Républicains de Bruno Retailleau. Ce dernier a poussé Sarah Knafo (Reconquête) à se retirer, mardi soir, de la course parisienne sans avoir obtenu d’accord avec Rachida Dati. Parallèlement, Retailleau a encouragé Martine Vassal (LR) à se maintenir à Marseille pour entraver la dynamique de Franck Allisio (RN). Ce faisant, il a achevé de décrédibiliser son mouvement comme force de résistance et d’alternance.
De surcroit le patron LR a confirmé, dans sa soumission à la droite molle, une faiblesse de caractère l’empêchant de rompre avec ceux de son groupe qui persistent à diaboliser, par réflexe de classe, la droite populaire. Ceci sous les encouragements de la gauche sans vergogne qui se précipite, elle, dans les bras de la 5e colonne islamo-gauchiste.
Une victoire d’Éric Ciotti à Nice, issue probable ce dimanche, serait le couronnement de sa stratégie d’union des droites refusée par LR. Dès lors, l’histoire se ferait sans eux.
La France doit impérativement et réellement relancer sa filière nucléaire, sans se préoccuper de ce que feront les autres pays membres de l’UE, l’Allemagne en tête.
En Allemagne, au début des années 2000, la coalition entre les sociaux-démocrates (SPD) du chancelier Gerhard Schröder et les Verts (Die Grünen) entérine le programme de sortie du nucléaire prévue pour 2020. Gerhard Schröder soutient alors le projet du gazoduc Nord Stream visant à assurer à l’Allemagne un approvisionnement en gaz russe à des prix extrêmement compétitifs – à peine retiré de la vie politique, Gerhard Schröder sera d’ailleurs nommé à la tête du consortium chargé de la construction dudit gazoduc dont le partenaire principal est la société russe Gazprom. Les centrales à gaz et à charbon suppléent des énergies renouvelables qui présentent le défaut d’être surtout intermittentes et non pilotables. Paradoxe: le pays qui se targue d’être écologiste par excellence est depuis des années, et de loin, le premier émetteur de gaz à effet de serre en Europe. Par ailleurs, sa production électrique étant périodiquement insuffisante, l’Allemagne importe régulièrement de l’électricité française issue de… notre filière nucléaire. En juin 2024, une étude de l’Université norvégienne des Sciences et de la Technologie de Trondheim a révélé que si l’Allemagne avait maintenu son parc nucléaire de 2002 au lieu d’arrêter progressivement les centrales, elle aurait économisé 600 milliards d’euros et au moins autant de CO2 qu’avec la sortie du nucléaire et le développement massif des énergies renouvelables. De plus, affirme la même étude, si l’Allemagne avait investi dans de nouvelles centrales nucléaires, elle aurait quasiment pu atteindre son objectif en matière d’émissions de gaz à effet de serre en réalisant une réduction de 73% des émissions en plus des résultats actuellement obtenus et aurait réduit les dépenses totales de moitié par rapport à la politique énergétique actuelle.
Depuis quarante ans, sous la pression du GIEC, d’ONG fanatiques et de mouvements écologistes sectaires, un dogme climatique délirant, anxiogène et mortifère s’est imposé en Europe et a conduit à la catastrophe économique que l’on sait. La Commission européenne, sous la férule de l’Allemagne, a participé, en l’amplifiant, à ce saccage. Ursula von der Leyen a-t-elle pris connaissance du rapport susmentionné, a-t-elle été influencée par le chancelier allemand affirmant il y a quelques semaines que l’Allemagne avait commis une « erreur stratégique » en sortant du nucléaire, ou a-t-elle enfin entendu les récriminations des chefs d’entreprises allemands et, plus globalement, de ses compatriotes subissant depuis des années les augmentations délirantes du prix de l’électricité, aujourd’hui le plus élevé de l’UE ? Nul ne sait mais… la présidente allemande de la Commission européenne vient de déclarer : « Alors qu’en 1990, un tiers de l’électricité européenne provenait du nucléaire, aujourd’hui cette part est tombée à environ 15%. Cette réduction de la part du nucléaire était un choix. Je pense que c’était une erreur stratégique de la part de l’Europe de se détourner d’une source fiable et abordable d’énergie à faibles émissions. […] Nous avons maintenant l’ambition de progresser rapidement et à grande échelle pour que l’Europe soit un pôle mondial de l’énergie nucléaire de la prochaine génération. » Trente ans de mensonges, de corruption idéologique, de manigances politiques menées principalement par l’Allemagne pour nuire à la France et à sa très compétitive énergie nucléaire… et un brusque retournement dû uniquement au fait que le pays qui mène la barque européenne depuis des décennies se voit rattrapé par la triste réalité d’une économie qui s’effondre. Entendre Mme von der Leyen annoncer comme une révélation ce que tout le monde sensé sait depuis des années serait à pleurer de rire si la situation n’était pas aussi désastreuse.
Retour en arrière. L’accident de Fukushima, en 2011, a été une aubaine pour les écologistes européens, surtout allemands, qui n’hésitèrent pas à manipuler l’opinion publique et à exiger des gouvernements un plan d’arrêt à moyen terme des politiques nucléaires des différents pays.
Avenir radieux
L’Allemagne se frotte alors les mains : le démantèlement d’EDF qu’elle orchestrait depuis des années avec la complicité des Verts français, Dominique Voynet et Cécile Duflot en tête, s’accélère au moment où le candidat François Hollande promet, s’il est élu, de déclencher la procédure permettant de fermer la centrale de Fessenheim et de réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique français à 50%. En 2020, Élisabeth Borne planche sur une formation sur la transition écologique obligatoire pour les 25 000 cadres supérieurs de la fonction publique et se réjouit de la fermeture définitive de Fessenheim: « Ça fait des années qu’on disait : “Il faut fermer des centrales nucléaires”. Il y a ceux qui en parlent, et puis il y a ceux qui le font. » Emmanuel Macron est radieux : cette fermeture n’est que le début d’un programme – piloté en sous-main par l’UE et l’Allemagne – prévoyant la fermeture de 12 autres réacteurs avant 2035. Les subventions publiques pleuvent sur les marchands d’éoliennes – allemands, danois, espagnols et chinois – et de panneaux photovoltaïques produits à 95% par la Chine. Le prix de l’électricité a doublé en dix ans alors que « nous devrions avoir une électricité encore moins chère qu’il y a quinze ans », affirme Henri Proglio. Dans un entretien donné au Figaro en juillet 2025, l’ancien président d’EDF de 2009 à 2014, énonce clairement ce que devrait être le programme électrique de la France si notre gouvernement avait pour priorité la défense des intérêts de ses compatriotes: sortie des règles de tarification du marché européen de l’électricité, allongement de la durée de vie des centrales existantes, fin des investissements publics dans les énergies non pilotables (éolien et photovoltaïque) et donc arrêt des nouveaux projets d’énergies intermittentes, extension du parc nucléaire. Sans reconnaître aucune erreur, Emmanuel Macron vient de déclarer à son tour: « Le nucléaire est clé pour réconcilier à la fois l’indépendance et donc la souveraineté énergétique, la décarbonation et donc la neutralité carbone à horizon 2050, et la compétitivité et donc la création d’emplois de nos économies. » Le culot de cet homme est sans limite. Aucune remise en cause, aucune excuse, aucun regret. Jupiter, maître de la foudre, a plongé la France dans une semi-obscurité mais n’a nullement l’intention de se reprocher quoi que ce soit. « Nous Européens, on a été très mauvais sur le nucléaire », affirme-t-il, comme s’il n’y avait pas eu de nombreux Européens, des Français en tête, ingénieurs, économistes, scientifiques, pour tirer la sonnette d’alarme depuis des années et réclamer une relance réelle et à grande échelle d’une politique énergétique en faveur du nucléaire, seul garant de notre indépendance.
Le président Macron visite les travaux à la centrale nucleaire de Penly a Petit-Caux sur la cote de la Manche, en Seine-Maritime, le 12 mars 2026 (C) DOMINIQUE JACOVIDES -POOL/SIPA
Egarements
Il serait trop long de détailler ici tous les égarements idéologiques, toutes les « erreurs stratégiques », toutes les magouilles politiques qui ont conduit à l’incroyable déchéance de la France en termes d’indépendance, de souveraineté et de compétitivité énergétiques.
Mais récapitulons à gros traits: arrêt de Superphénix sous Jospin, tripatouillages électoralistes concoctés par Martine Aubry et Cécile Duflot et conduisant à la programmation des fermetures de centrales sous Hollande, forfaiture de Dominique Voynet au Parlement européen, arrêt du programme Astrid sous Macron, asservissement de la France à l’UE et donc à l’Allemagne anti-nucléaire, aliénation idéologique entretenue par le GIEC, les COP, les écologistes et d’innombrables ONG subventionnées par Dieu sait qui, investissements publics surdimensionnés et ruineux dans les énergies intermittentes et, conséquemment, désengagement dans le nucléaire, domaine dans lequel la France excellait.
Espérons que tout cela est derrière nous et que le changement annoncé n’est pas un nouveau miroir aux alouettes, un piège à pigeons – nous avons malheureusement l’habitude de ce genre d’entourloupes. Par exemple, que va-t-il advenir de la PPE3 décrétée par le gouvernement Lecornu ? Logiquement, suite aux annonces solennelles de M. Macron, cette programmation énergétique, qui prévoit de financer les énergies intermittentes à hauteur de 300 milliards d’euros sur dix ans, devrait finir à la poubelle…
Errare humanum est. Ne nous attendons pas à une salve de mea culpa de la part de nos dirigeants successifs qui, comme par magie, pourraient découvrir qu’ils ont commis plusieurs autres « erreurs stratégiques » majeures résultant en particulier de leur soumission aux directives de l’UE, celles concernant en premier lieu l’immigration, l’agriculture et l’industrie, et ayant abouti à la fragmentation ethno-religieuse de la société, à l’insécurité physique et culturelle, au déclin des services publics, à la perte de notre souveraineté alimentaire, à l’abandon de pans entiers de notre industrie, à la liquidation de nos entreprises de pointe, au chômage endémique, à la clochardisation d’une grande partie de la population, au désespoir grandissant d’un peuple malmené par des « élites » ayant transformé notre pays en un rafiot à la dérive. Dans ces domaines, il semblerait bien que la diabolica perseverantia reste malheureusement d’actualité…
La carte électorale confirme ce que chacun pressent: la France ne se divise plus seulement politiquement, elle se sépare culturellement. « On peut se demander si nous sommes encore un peuple » lance Elisabeth Lévy dans sa chronique radio matinale. Nous vous proposons de l’écouter.
Au lendemain des municipales, la France apparaît plus divisée que jamais. Archipellisée, fracturée, « kaléidoscopisée » : le sondeur Jérôme Fourquet et les commentateurs ne savent plus à quel mot se vouer. Mais une chose, visible pour tous, s’impose : il y a plusieurs France qui semblent dériver loin les unes des autres.
Toute typologie est forcément schématique, et donc en partie mensongère. Mais, au-delà des divisions partisanes, la carte électorale révèle des sensibilités culturelles. Le progressisme d’atmosphère domine dans les centres-villes socialo-macronistes des métropoles, où vivent les nowhere, les saute-frontières, à l’aise dans la mondialisation. Toutes les nuances du conservatisme et du populisme prédominent dans la France des villes moyennes et des campagnes, où l’on est de quelque part. Enfin, on observe une forme de sécession post-nationale dans les quartiers immigrés, où l’on célèbre la « nouvelle France » en scandant : « Nous sommes tous les enfants de Gaza. »
On n’est plus d’accord pour s’engueuler
Mais ne nous énervons pas. Dans un pays qui a décapité son Roi et une bonne partie de ses élites, la nouveauté n’est pas tant qu’il y ait des affrontements idéologiques. Dans les années 50 et 60, on se traitait bien d’agents de Moscou ou de suppôts du capitalisme. Mais, de part et d’autre de la lutte des classes, il y avait alors un monde commun. On était d’accord pour s’engueuler.
Aujourd’hui, ce n’est plus franchement le cas. L’autre n’est plus vraiment un partenaire de dispute, mais une menace, un danger social et moral avec lequel tout contact est interdit. La nouvelle grammaire de la politique, c’est : « Vade retro, Satanas. » Chacun est devenu le facho de quelqu’un. Dans la tripartition évoquée plus haut, le cercle de la raison, au centre du jeu, observe toutes ces peuplades étranges qui votent mal. Pour le bobo parisien, qui conjugue de confortables revenus et un sentiment de supériorité morale à toute épreuve, le diable s’habille en Sarah, Rachida ou même Sophia. Après la fusion des listes Bournazel-Dati, Clément Beaune a des vapeurs, comme si on lui proposait de rejoindre des nazis. Au PS, le prétendu danger de la droite alliée à l’extrême droite justifie les accords avec des Insoumis que l’on taxait hier, avec raison, d’antisémitisme et d’extrémisme — lesquels continuent d’insulter la volaille socialiste qu’ils entendent plumer.
Chacun dans sa bulle
La politique, normalement, c’est le lieu où les mondes se rencontrent, la scène où l’on représente les conflits. Le théâtre où il n’y a pas d’ennemis, mais des adversaires. Elle suppose un imaginaire partagé, un passé assumé par tous – même les derniers arrivés. Si la politique ne joue plus ce rôle, si elle échoue à dégager des consensus et des majorités, c’est précisément que nous n’avons plus de langue commune. De quoi se demander si nous sommes encore un peuple.
Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Patrick Roger sur Sud Radio
Dans les grandes villes, le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen semble confronté à un plafond de verre. Même s’il pourrait créer la surprise à Marseille ou à Toulon dimanche.
Les élections municipales de 2026 étaient présentées par certains comme le moment d’un basculement politique majeur en faveur du RN et de son enracinement local. Le parti espérait transformer sa dynamique nationale en conquêtes territoriales massives.
Le séisme annoncé n’a pourtant pas eu lieu. Il y a de quoi s’interroger vraiment en amont des enjeux du scrutin présidentiel de 2027. Un parti dont le candidat dans la capitale obtient seulement 1,61 % des suffrages peut-il conquérir le pays ?
Certes, plusieurs maires RN ont été réélus au premier tour et le mouvement a gagné quelques positions supplémentaires, principalement dans des villes moyennes de moins de 100.000 habitants. Mais le raz-de-marée promis par une partie du discours militant ne s’est pas matérialisé. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder la réalité politique du pays telle qu’elle ressort de ces municipales.
Une popularité nationale qui ne se transforme pas localement
La première limite du RN demeure son incapacité à percer durablement dans les grandes agglomérations. Dans les métropoles, le même mécanisme continue de fonctionner. Si le candidat du RN n’arrive pas en tête au premier tour, un front de barrage se constitue presque mécaniquement au second. Ce phénomène empêche le RN de convertir une base électorale importante en victoires locales. Dans un scrutin municipal, où les alliances et les coalitions jouent un rôle déterminant, cette logique constitue un handicap structurel.
La seconde faiblesse est organisationnelle. La popularité nationale de Jordan Bardella reste largement un phénomène d’image politique, amplifié par les sondages et par une forte visibilité médiatique. Mais la politique municipale repose sur une autre réalité : l’implantation territoriale. Or le RN reste encore insuffisamment structuré dans les zones périurbaines et dans les grandes agglomérations. Le parti est solide dans certaines zones rurales ou dans des villes moyennes, mais il ne dispose pas d’un réseau d’élus locaux, d’associations et de relais militants qui permettent de gagner durablement une municipalité. Si Emmanuel Macron constitue une exception notable, l’histoire électorale française montre pourtant une constante : on ne gagne pas l’État sans d’abord gagner les territoires.
Le barrage républicain reste actif
Les municipales confirment également que le barrage républicain continue de fonctionner. Dans de nombreuses configurations locales, des alliances se forment encore pour empêcher une victoire du RN. Malgré leurs divergences idéologiques, le PS et LFI peuvent s’appuyer mutuellement pour l’emporter dans certaines municipalités. Ce mécanisme prolonge en réalité les logiques déjà observées lors des élections législatives de 2024. Il permet de maintenir un équilibre politique dans lequel un bloc central, social-démocrate et macroniste, reste minoritaire dans l’opinion mais encore structuré dans les institutions.
La progression électorale du RN repose largement sur une colère sociale et territoriale réelle: sentiment d’abandon des territoires, pression économique sur les classes moyennes, défiance envers les institutions. Mais cette colère ne se transforme pas automatiquement en victoire municipale. Car une élection locale exige autre chose: des équipes enracinées, des projets municipaux crédibles, une capacité à nouer des alliances. Sur ces trois points, le RN reste encore en phase de construction.
Une vie politique prise dans une tenaille
La vie politique française se retrouve ainsi prise dans une double radicalisation. D’un côté, le RN prospère sur la colère du portefeuille et l’abandon territorial. De l’autre LFI capte la colère identitaire et anti-système, notamment dans les grandes villes et auprès d’une partie de la jeunesse. Entre ces deux forces, le système politique construit depuis trente ans continue de fonctionner mais de plus en plus difficilement.
Ces municipales montrent finalement une chose: la colère politique est réelle, mais elle reste fragmentée. Le RN ne peut pas gagner durablement sans conquérir les métropoles et sans renforcer son implantation territoriale. Et plus largement, aucune force politique ne pourra stabiliser le pays tant qu’elle ne proposera pas un projet capable de réconcilier la France des métropoles et la France périphérique. Car sans reconstruction politique lisible et crédible, la France restera un pays fragmenté, traversé par des colères concurrentes. Et dans ce paysage, les victoires électorales resteront partielles, instables et insuffisantes pour gouverner durablement.
La plupart de nos éditorialistes regardent actuellement avec gourmandise le président américain ne pas obtenir l’aide qu’il réclame pour la guerre en Iran, et la situation au détroit d’Ormuz compromettre la bonne santé de l’économie mondiale…
Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali viennent de publier Paris-Téhéran, le grand dévoilement où ils analysent le long aveuglement de la France devant la nature totalitaire du régime iranien. La guerre actuelle prouve qu’au lieu d’ouvrir les yeux des aveugles, cette longue complaisance persiste chez beaucoup d’intellectuels, de journalistes et même de généraux français.
Chaque nouvel épisode du conflit est ainsi commenté en faveur des mollahs et en défaveur des Etats-Unis et d’Israël. Il ne s’agit pas de mensonges flagrants, plutôt d’un biais qui consiste à cacher certaines informations ou à retarder le plus possible leur publication et, pour chaque fait avéré, à donner l’explication la plus favorable à l’Iran.
“Iran” est une métonymie simplificatrice qui pour moi désigne son exécrable gouvernement et non 80% du peuple iranien, victime de ce régime sanguinaire.
Trois exemples de cette lecture systématiquement biaisée. Alors qu’il était déjà copieusement écrasé de bombes, l’Iran se met à lancer des missiles et des drones sur tous ses voisins. Les médias nous expliquent que cette “résilience” est le résultat d’une tactique organisée de longue main par les mollahs, la défense en mosaïque, où chaque commandant d’une zone militaire se met en autonomie pour décider de ses attaques. L’explication inverse : l’Iran fait n’importe quoi, asperge de bombes des pays qui se voulaient neutres ou même amicaux, parce que les chaînes de commandement sont cassées, les chefs sont morts, les routes encombrées de gravats, les téléphones coupés. La culture persane ne comportant sans doute pas les pigeons voyageurs ou les signaux de fumée, chaque colonel provincial n’en fait qu’à sa tête. Les médias français n’effleurent jamais cette hypothèse. Les Iraniens sont si “résilients”, le président américain et les centaines d’experts du Pentagone si bêtes !
Si malins…
Les mines du détroit d’Ormuz : jeudi elles étaient à l’honneur, elles flottaient partout dans ce détroit stratégique pour l’économie mondiale. Malins les Iraniens, c’était la réponse du faible au fort, cet idiot de Trump ne l’avait pas prévu ! Vendredi, plus un mot sur les mines, il n’y en avait jamais eu, elles ne sont pas assez intelligentes pour distinguer un gentil cargo pétrolier chinois d’un méchant destroyer américain. Les mollahs veulent continuer à se remplir les poches en vendant leur pétrole, de mines il n’est plus question sur LCI et C dans l’air.
“Donald Trump appelle la France au secours pour débloquer le détroit d’Ormuz” affiche le bandeau de LCI pendant des heures. Peu importe que cette formulation soit due à l’AFP, officine gauchiste payée par nos impôts, ou à la rédaction de LCI, les deux participent à la même vision biaisée de toute information. Le général Yakovleff qui maintenant ajoute à son antiaméricanisme viscéral et à sa phobie étrange de toute prise de risque une grossièreté que personne ne lui reproche, déclare avec fureur : « Ils se sont mis dans la merde, maintenant qu’ils se démerdent ! » Un peu plus tard, on apprend que Donald Trump a invité un certain nombre de gouvernements, dont la Chine, à l’aider à libérer ce détroit puisque son blocage pénalise l’économie de leurs pays. Quoi de plus logique que de dire : “Vous ne voulez pas que le prix du pétrole monte, alors aidez-moi à le faire baisser”. Défi ironique, il sait bien que personne ne viendra. S’agissant de la France, on peut faire une lecture plus poussée de ce prétendu appel au secours. Le président français pratique une ahurissante posture de “guerre uniquement défensive”. Il est fier de parader sur le pont du Charles de Gaulle, et sa marine de guerre n’a d’autre but que mettre en valeur sa personnalité, elle ne doit surtout pas se mêler d’un conflit. Donald Trump a voulu le mettre au pied du mur. Tu fais le beau à Chypre, viens faire l’utile à Ormuz. Il est souvent impératif de choisir son camp, Emmanuel Macron n’a jamais su le faire, après la guerre il récoltera le mépris et l’inimitié d’Israël et des Etats-Unis. Limite du “en même temps” : si on se tient toujours à mi-distance dans les conflits, on finit haï de tout le monde. Strictement personne n’a évoqué la possibilité que cet “appel au secours” vise à se moquer de l’incohérence française.
Un bon point pour Frédéric Encel. Dans les questions des téléspectateurs qui suivaient le C dans l’air du 10 mars, quelqu’un demandait si l’Iran serait le Vietnam de Trump. Le journaliste a répondu que les deux situations n’avaient rien à voir, le Vietcong n’ayant pas massacré sa propre population et commis des attentats sur la terre entière. Et puis il a ajouté, goguenard, en regardant le général Lapétoche de service sur ce plateau : “Bien sûr, ce serait le rêve de beaucoup de journalistes français, et de généraux…” Et puis un : “Je ne parle pas de vous évidemment” de pure politesse. Moment béni où le soleil de la vérité perce enfin les nuages d’hypocrisie et de jalousie recuite !
Nos populistes n’osent pas soutenir le président américain dans cette drôle d’atmosphère
Grave problème cognitif : les Européens ont perdu tout sens du Kairos, de l’occasion à saisir au vol. Il existe dans la mythologie grecque un petit dieu méconnu, parfois représenté sur les bas-reliefs en enfant ailé, voletant de façon capricieuse parmi les humains, c’est Kairos, le Dieu du Moment Opportun. Certains sont capables de l’attraper par les ailes, beaucoup le laissent repartir. Kairos la présence simultanée au sommet de deux Etats démocratiques de dirigeants qui n’ont pas peur du risque, c’est le moins qu’on puisse dire. Kairos la féroce répression de la jeunesse iranienne par les mollahs en janvier, qui a rendu légitime tout vengeur qui entreprendrait de les punir, devenant ainsi un héros universel de la liberté. Kairos la guerre des Douze Jours qui a fonctionné comme une répétition générale en montrant ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. Trump s’était arrêté trop tôt, il a maintenant surmonté sa crainte bien compréhensible des guerres embourbées. Il est invraisemblable qu’il arrête cette guerre du jour au lendemain à cause de l’inconstance que lui attribuent la plupart des commentateurs. Ceux-ci ont d’ailleurs parfaitement raison de penser que sa victoire entraînera celle des partis européens qualifiés d’extrême-droite. Sainte horreur ! Bardella mégote avec Trump, il ne peut faire autrement, tant l’atmosphère française est remplie de pollution antitrumpienne. Mais en juin de l’an prochain, il serait loyal de remercier qui de droit.
Les midterms aussi font partie du Kairos. On répète à l’envie que Trump les perdra, ce qui arrive rituellement à chaque président américain. On ne suppose jamais qu’il part en guerre fin février parce qu’il pourrait avoir les mains liées en novembre. La volaille médiatique se permet de renvoyer dos-à-dos une démocratie et une tyrannie, elle loue la clarté de langage de l’Iran et se moque du langage contradictoire d’un dirigeant de démocratie, obligé de dire un jour que la guerre est quasiment finie pour faire baisser le prix du pétrole et le lendemain qu’il ira jusqu’au bout, affirmation destinée à casser le moral des mollahs.
Kairos aussi, le fameux renseignement sur la réunion du Club des Tortionnaires de leur propre pays à 10 heures du matin le samedi 28 février. Rater une pareille occasion aurait été un péché, comme disent les Italiens.
La France n’interviendra pas, elle restera accoudée au balcon de l’histoire, son prestige au Moyen-Orient s’effondrera. Le “pays des droits de l’Homme et de la Révolution” sera une contrée banalement lâche. Elle ne participera pas au grand élan économique que suscitera la reconstruction de l’Iran et des pays voisins atteints par les drones. Notre honneur national en sera rabougri, les Américains railleront notre impuissance militaire. Depuis le livre injuste de Robert Paxton sur la Résistance comme mythe inventé par de Gaulle, ils nous considèrent comme des soldats d’opérette, indignes descendants de ceux de Valmy et d’Austerlitz. La moue de mépris s’aggravera.
Genre. La Hongrie est ciblée par la Cour de justice de l’UE qui entend imposer son idéologie « woke » en dépassant une fois encore ses compétences et en remettant en cause la souveraineté nationale. Enfin, attendons quand même que passent les élections…
La Cour Européenne est-elle en train de transformer l’UE en un club woke au sein duquel l’idéologie LGBT, et l’identité de genre en particulier, sont légalement contraignantes, au mépris des constitutions nationales, et ce, même si l’UE n’a aucune compétence en la matière ?
Que la Cour de l’UE outrepasse ses compétences et qu’elle se comporte en législateur, rien de nouveau, c’est sa marque de fabrique depuis sa création. La technique est bien rodée : point de rattachement douteux au droit européen afin de faire basculer des pans entiers de compétences nationales dans son escarcelle, raisonnements juridiques « créatifs », primauté exorbitante du droit européen et une interprétation biaisée en faveur d’une EU « sans cesse plus étroite ». Ce qui est plus récent, en revanche, c’est un activisme idéologique dévoyé qui cherche à imposer les aspects les plus extrémistes du délire woke. Notamment, l’identité de genre, cette grotesque stupidité qui nie la biologie la plus évidente et désarme les élites globalistes avec la question la plus simple qui soit : qu’est-ce qu’une femme ? La Cour, elle, ne semble guère gênée d’affirmer que tout dépend du ressenti personnel et que les Etats membres ont l’obligation de le reconnaître au nom des valeurs européennes.
La Cour a choisi son camp, mais ne s’apprête nullement à stopper sa longue marche vers une Union légalement woke. Au contraire, elle est sur le point de porter l’assaut final dans la mère de toutes les batailles pour la défense des « droits de l’Homme », dixit ILGA, organisation grassement subventionnée par la Commission européenne, fer de lance du culte de genre en Europe. A savoir : l’infraction lancée par Bruxelles contre la Hongrie au sujet de sa loi sur la protection de l’enfance qui empêche la sexualisation des mineurs, en proscrivant (entre autres) la pornographie et l’idéologie de genre. Que l’on approuve ou pas pareil projet législatif, l’Union n’a pas un millimètre de compétence dans ce domaine et pourtant, cette loi nationale a suscité une levée de boucliers sans précédent.
Dès sa promulgation, en juin 2021, Mme Von der Leyen la qualifia de « honte », lança une infraction vitesse grand V et confisqua des centaines de millions d’euros à la Hongrie sans même attendre l’arrêt de la Cour. En outre, seize Etats membres (toute l’Europe occidentale plus la Slovénie), du jamais vu, ont soutenu la Commission contre la Hongrie. Un véritable schisme woke Ouest/Est au sein de l’Union !
Un cas qui fera date, en effet, car derrière sa charge idéologique, il cache un développement juridique crucial contocté par la Commission et la Cour en deux temps: tout d’abord, octroyer des effets juridiques à l’article 2 du Traité européen qui reprend les valeurs de l’Union ; deuxièmement, faire de la Cour du Luxembourg le garant de ces valeurs et la transformer en une deuxième Cour Européenne des Droits de l’Homme. Les juges vont s’autoproclamer arbitres des élégances idéologiques européennes, même si personne ne le leur a rien demandé. Et, en passant, ils augmentent exponentiellement leurs pouvoirs. Un coup d’état de droit déjà annoncé dans les conclusions de l’Avocat Général de juin 2025 et que Bruxelles et compagnie attendent avec… patience.
Pas pressés
Oui, avec patience car l’arrêt aurait déjà dû être publié il y a belle lurette mais il est soigneusement reporté après les élections hongroises d’avril. En moyenne, le délai entre l’audience et l’arrêt est de 200 jours, et dans ce cas, celle-ci eut lieu le 19 novembre 2024, il y a donc plus de… 450 jours.
Activisme judiciaire, quand tu nous tiens, car cet arrêt aurait bien évidemment un impact électoral dans un pays qui, dans son immense majorité, peut parfaitement définir une femme et a des idées très claires sur la protection des enfants face à des idéologies qui mènent dans de nombreux cas à des mutilations irreversibles. Un arrêt qui aurait embarrassé le candidat soutenu corps et âme par l’UE s’il avait dû prendre position… Un écueil que la noble, sage et objective Cour de Luxembourg va lui épargner au nom d’une Union « sans cesse plus étroite ». Et woke, bien entendu, impérativement woke.
Alors qu’à Cuba tout part à vau l’eau, que les jours de la dictature militaire castriste sont comptés, et que la capitale mythique de l’île caribéenne est une ville morte, c’est le moment de lire Aller à La Havane: le grand écrivain cubain Leonardo Padura s’en fait l’irremplaçable mémorialiste.
Une capitale enténébrée: voilà le sort auquel est réduit La Havane. Déserte, exsangue, autarcique, sans joie. Privée de transports, d’électricité, de victuailles, la ville agonise. Désespérée, elle attend sa “movida”. La crise énergétique a mis l’île entière à l’arrêt.
Panique politique sur l’île communiste
Tandis que Diaz-Canel, le président cubain, les traits marqués par l’épuisement (ou l’appréhension ?) affiche un visage de plus en plus grisâtre et émacié dans ses allocutions fumeuses, évanescentes, devenues inaudibles, les insurrections se multiplient en province, minimisées par le pouvoir et réprimées sans ménagement. La menace étasunienne d’un protectorat économique annonce ouvertement la chute d’une dictature à bout de souffle: le clan Castro et les hiérarques du régime paniquent; ils n’ont pas tort.
Aller à La Havane? Le titre se charge aujourd’hui d’une cruelle ironie. Dans ce recueil, Leonardo Padura, – cf. entre autres chefs d’œuvres L’homme qui aimait les chiens– réunit, ponctués d’extraits de ses propres ouvrages de fiction, un certain nombre de textes qui cousent le récit haut en couleur de la capitale cubaine depuis les années de la Révolution, mais aussi en deçà de la date fatidique de 1958. Ensemble, ceux-ci racontent, de manière fascinante, les fortunes et infortunes de cette ville mythique, personnage à part entière de tous ses livres. Né dans le quartier lointain de Mantilla, qu’il n’a jamais quitté et qu’il habite toujours aujourd’hui, Leonardo Padura, 71 ans, revendique un attachement viscéral à la cité dont son œuvre engrange les illusions perdues…
Photos : Julien San Frax, octobre 2025.
De fait, à La Havane, en cette fin mars 2026, personne, mais vraiment personne n’y va plus: vols suspendus, hôtels fermés faute de clients, tourisme en chute libre. La plupart des Cubains forcés de rester au pays à leur corps défendant faute d’argent (en trois ans, ce sont encore deux millions d’entre eux qui ont pu prendre la route de l’exil) ne rêvent que de fuir cet enfer de pénuries en tous genres. Et pourtant, pour qui connaît de l’intérieur la métropole portuaire de deux millions d’âmes, l’expression “aller à La Havane” se redouble d’un autre sens : aux chauffeurs des lignes de taxis collectifs qui, avant la crise, joignaient pour 100, voire 200 pesos (l’inflation est galopante!) les quartiers périphériques ou excentrés à la Vieille Havane, on indiquait en effet: “ para La Habana”, précisément pour s’assurer que le véhicule allait bien jusqu’au centre-ville.
Intouchable
Dans une première partie, le présent ouvrage conjugue, d’une part, sur un mode autobiographique, l’actuelle remémoration que fait, dans son âge canonique, le scripteur de sa ville hantée de mille fantômes; d’autre part, exhumés de ses romans dont le personnage de l’enquêteur Mario Conde figure son propre double sous les auspices de la fiction, ces extraits significatifs de l’extrême porosité de sa prose romanesque avec l’existence concrète et bien réelle du citadin Padura.
Ainsi, fondues dans la mémoire urbaine, ces “mémoires” du plus grand écrivain vivant de Cuba (avec, peut-être, Pedro Juan Gutiérrez, l’auteur fameux de Trilogie sale de La Havane ou de Animal tropical) retracent-ils, au-delà des pathétiques voire, tragiques métamorphoses de ses aires, le parcours atypique d’un journaliste partie prenante du sérail communiste, réchappé de toutes les purges, parvenu sans se renier à accéder au statut enviable – et durablement protecteur – de Grand écrivain: traduit, célébré, invité à l’étranger, donc figure devenue quasiment intouchable sur le plan de la diplomatie culturelle du régime. Et ce quoique Padura décrive sans fard, de l’intérieur, la déliquescence d’une société prise en otage par cette interminable dictature, cyniquement grimée aux fards du socialisme.
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Habilement non frontale, cette posture critique biaisée aura permis à Padura d’esquiver le pilori – au contraire, en leur temps, des regrettés Reinaldo Arenas ou Heberto Padilla, ostracisés, persécutés au point de ne devoir leur salut qu’à l’exil… On peut s’en réjouir tout de même : car à l’inverse d’une Zoe Valdès qui, confortablement installée en France, capitalise depuis 30 ans sur son statut de dissidente en cultivant, sans risque et dans une langue assez pauvre, sa vaine nostalgie hargneuse et vengeresse, Leonardo Padura, lui, reste ce témoin à demeure, vigie irremplaçable, chroniqueur sourcilleux et subtil, drôle et lucide autant qu’érudit, saisissant par la vivacité du trait : “une ville est faite de couches, comme un oignon”, écrit-il. “Tu vois une couche, mais en dessous, il y en a une autre, plusieurs autres. Ce sont comme des masques que tu dois soulever pour voir le visage, qui peut être maquillé et cache des taches et des rides qui t’empêchent encore d’observer, de connaître, de palper toute la réalité de la peau qui recouvre les muscles, les cartilages et les os”. Bouleversant est ici, par exemple, le récit qu’il fait de la fameuse ‘’Periodo especial en Tiempo de Paz’’ ainsi décrétée sans rire par le Comandante Fidel Castro à l’orée des funestes années 1990, et dont les temps présents apparaissent comme la grinçante réplique… Padura, alors, aurait pu filer, il en avait les moyens, et tous les soutiens requis à l’étranger – mais non: “ J’ai dit encore et encore que dans ces années sombres, mon choix de vie avait été de rester à Cuba et, dans ma maison havanaise, de m’accrocher presque jusqu’à l’irrationnel à mon sentiment d’appartenance et, surtout, de commencer à écrire comme un fou pour ne pas devenir fou”. De telle sorte que “la capitale cubaine s’est révélée être plus qu’un décor” […], un organisme vivant qui a un effet sur l’existence de ceux qui l’habitent”. Cette organicité de la cité est sans doute le marqueur essentiel d’une œuvre qui, par là, pourrait bien être à La Havane du tournant du millénaire ce que fut à la capitale française le Tableau de Paris d’un Louis-Sébastien Mercier dans le XVIIIème siècle finissant.
Phase terminale
Paru en espagnol il y a deux ans, Ir a La Habana, dans la belle traduction française de René Solis, nous arrive en 2026, alors que Cuba, de longue date frappée de maladie incurable, entre décidément en phase terminale. Signés Carlos T. Cairo, ami de l’auteur, millésimés de 2017 à 2024, les portfolios photographiques qui encadrent le recueil sont d’un réalisme un peu superflu. La mélancolie profonde de l’époque s’exprime bien mieux dans la conclusion de Padura, aux accents déchirants: “Comme tout organisme vivant, les villes ont besoin d’affection et, depuis des décennies, La Havane en a reçu bien moins que ce qu’il faudrait. Aujourd’hui, elle reçoit peut-être moins de caresses que jamais. Et mon sentiment d’appartenance souffre de ce processus qui me fait me demander même si un jour, à force d’être étrangère et par moments si hostile, si défigurée et à l’âme si en peine, moi aussi je cesserai de sentir que La Havane est encore ma ville”.
Plus consolante que cet épilogue, la deuxième partie du livre, sous l’intitulé “La ville, mémoire de quelques quartiers et de quelques personnages”, exhume un certain nombre de chroniques, reportages ou études édités à Cuba, ici et là, à différentes époques de la carrière du journaliste que fut, plus jeune, Leonardo Padura. On se régale à lire le chapitre consacré au “plus célèbre proxénète cubain”, le “roi” du quartier de San Isidro, Alberto Yarini y Ponce de Leon (1882-1910), qui sera tué par son rival, le souteneur français Louis Lotot, lequel sera assassiné à son tour, la guerre des maquereaux n’en finissant pas pour autant.
Passionnants également, ces deux textes, le premier faisant l’historique du quartier chinois de La Havane, désormais réduit à peau de chagrin et sinistrement paupérisé; le second portant sur la bi-séculaire mémoire catalane de Cuba – version condensée du texte original, paru en 1990 dans Juventud rebelde (“Jeunesse rebelle”), ce quotidien communiste qui, pour la petite histoire, à côté de l’organe de propagande officiel Granma, existait toujours début 2026… sans être d’ailleurs plus lu par personne de sensé. Depuis mars, crise énergétique oblige, la pagination de ces deux feuilles de choux s’est vue fortement réduite; elles ne paraissent plus qu’une fois par semaine, le mardi.
Il est heureux que Leonaro Padura soit connu, traduit et lu dans le monde entier: s’il ne devait compter que sur Cuba pour être édité, son Aller à La Havane s’achèverait en cul-de-sac.
A lire : Aller à La Havane, par Leonardo Padura. (Photographies Carlos T.Cairo). 316 p., Métailié, 2026
La confiscation automatique de certains biens liés au trafic de drogue a été déclarée inconstitutionnelle. Elisabeth Lévy réagit à cette décision dans sa chronique. Nous vous proposons de l’écouter.
Le Conseil constitutionnel censure la loi narcotrafic. Nous pouvons être fiers : dans notre pays, on ne transige pas avec les droits des délinquants. Ni avec ceux des juges. À l’occasion d’une question prioritaire de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel a censuré une disposition de la loi qui imposait aux juges de prononcer la confiscation automatique de certains biens en cas de condamnation pour trafic de stupéfiants. D’après le Conseil, l’automaticité de cette peine contrevient à un principe cardinal de l’État de droit : l’individualisation des peines. Autrement dit, cela prive les juges de leur pouvoir de décider au cas par cas. Et ça, c’est inacceptable. Surtout pour les juges.
Les policiers, eux, sont unanimes : il faut frapper les trafiquants au portefeuille. Si vous ne pouvez pas jouir des fruits de vos trafics, vous ne trafiquez pas. La saisie des biens est donc un instrument efficace. Probablement le seul. Et l’automaticité empêche les avocats de trouver mille arguties pour la contester… Alors que nous sommes supposés être en guerre contre le narcotrafic, personne ne peut qualifier de sages les juges qui ont pris une décision aussi absurde.
Mais enfin, ils ne font là qu’appliquer le droit, s’écrient en chœur nos progressistes tatillons ! Le droit n’est pas une science exacte. Et l’appliquer, c’est donc l’interpréter. En l’occurrence, le Conseil constitutionnel l’interprète toujours dans le même sens: les Sages de la rue de Montpensier défendent le droit des individus, y compris des délinquants, contre le droit de la collectivité de se défendre. Saisi par des députés de gauche, également intraitables sur les droits des mafieux, le Conseil constitutionnel avait déjà censuré plusieurs dispositions en juin. Il avait alors validé les quartiers de haute sécurité tout en émettant des réserves sur les fouilles intégrales. Il avait aussi estimé que les visioconférences pour les prévenus en détention provisoire portaient une « atteinte excessive aux droits de la défense ». Et pour les gardiens tués lors de transports inutiles, est-ce une atteinte légitime ? On parle de gens qui commanditent des meurtres, empoisonnent des jeunes et font régner la terreur dans beaucoup de quartiers.
Mais surtout, respectons leur dignité et leur droit de propriété ! Alors qu’on déplore, à raison, l’abstention croissante dans les urnes, le Conseil constitutionnel adresse aux électeurs un message clair: vous pouvez aller voter et désigner des élus qui feront les lois. Mais, en réalité, les lois, c’est nous qui les faisons. Alors inutile de vous déplacer.
Brest et Clermont-Ferrand qui placent la droite en tête, dégagisme dans toutes les têtes, et en même temps, des résultats qui montrent une prime au sortant : voici comment on pourrait résumer à gros traits les résultats de ce premier tour des municipales 2026.
Depuis que le Parti socialiste les a brutalement politisées en 1977, étiquetant ses candidats, elles annoncent souvent les secousses nationales avant les élections nationales elles-mêmes. Jusque-là, les maires rassemblaient large, alignaient sur leurs listes commerçants, médecins, instituteurs, radicaux fatigués et gaullistes accommodants. On gouvernait la commune au ras des champs, souvent loin des vols d’aigle idéologiques de la politique nationale. La droite finit par s’y résoudre en investissant à son tour ses candidats. Depuis, les municipales sont devenues un baromètre politique assez fiable. Elles annoncent souvent les basculements nationaux, y compris dans ces villes moyennes de trente mille habitants où l’on pourrait penser que les différences politiques et idéologiques entre candidats sont limitées…
1977 annonçait de loin la défaite de Giscard, avec notamment les prises de Rennes et Nantes. En 1983, la lourde défaite de la gauche municipale annonce la victoire de la droite aux législatives de 1986. En 2001, malgré les prises spectaculaires de Lyon et de Paris, la poussée générale de la droite annonce déjà la déroute de Lionel Jospin l’année suivante. En 2008, c’est au tour de la droite au pouvoir de subir la curée municipale, avant que les socialistes ne perdent, en 2014, l’essentiel de leurs conquêtes.
Arlequin électoral
Oublions 2020, campagne masquée par le Covid. En 2026, cette fois, la radiographie politique ne donne qu’un signal brouillé : la carte électorale ressemble à une tenue d’Arlequin où quatre blocs se disputent l’espace sans que l’on distingue clairement la logique d’ensemble. On trouve une gauche molle, une droite molle, une gauche radicale et une droite radicale. Mais qui a gagné ? Bruno Retailleau se félicite de la conquête de quelques villes moyennes ; Marine Le Pen compte vingt-deux victoires dès le premier tour et une consolidation dans ses bastions ; LFI claironne ses percées urbaines ; la gauche de gouvernement, elle, se félicite de résister dans les métropoles. Au soir du scrutin, chacun revendique son trophée. Égalité générale : tout le monde a gagné, comme chez Jacques Martin.
Indiscutablement, certains maires sortants ont pu sortir le champagne et défaire leurs cartons. De nombreux réélus au premier tour, des équipes que l’on pensait défaites d’avance comme à Lyon ou Bordeaux et qui pourraient retrouver leur siège, même des partis clivants tels RN ou LFI qui font triomphalement réélire leurs poulains. En vérité, les municipales retrouvent une vieille pente conservatrice après avoir longtemps servi de défouloir national, comme en 2008 et en 2014.
Au commencement de l’élection des maires au suffrage universel, la vie municipale oscille entre centre gauche et centre droit, entre listes de notables, radicaux-socialistes un jour, indépendants le lendemain, démocrates-chrétiens à l’occasion, selon les humeurs du moment ou l’identité de leur territoire. Les modérés, les indépendants, les notables tiennent bon. Retailleau peut en effet afficher sa satisfaction en conservant une bonne centaine de mairies, sans compter les formations satellites ou amies. Dans les beaux quartiers, la droite reconduit ses potentats municipaux avec des scores de dictateurs africains : Fromentin à Neuilly, Ceccaldi-Raynaud à Puteaux. On cherche son notable, l’homme qui rassure et apaise. Ce phénomène autrefois réservé à quelques figures légendaires, Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux, André Labarrère à Pau, Pierre Mauroy à Lille, Jean Royer à Tours, pourrait se généraliser.
Une politique municipale dépolitisée ?
Il faut dire que la politique municipale s’est elle-même dépolitisée. Les mairies ont perdu une partie de leur pouvoir : transféré aux métropoles, rogné par la baisse des ressources locales et la disparition de la taxe d’habitation. Les préfets donnent parfois l’agenda aux maires. Dans ces conditions, les électeurs cherchent moins une doctrine qu’une figure locale : quelqu’un de connu, de rassurant, capable de couper les rubans rouges, ramasser les crottes de chien et arbitrer les querelles de voisinage.
Autrefois, la droite française possédait une architecture lisible, RPR d’un côté, UDF de l’autre, chacun avec sa sociologie et sa tradition. Aujourd’hui, l’électeur de droite ou de centre droit se retrouve devant un empilement indistinct : Renaissance, MoDem, Horizons, UDI, morceaux de LR… une sorte de coalition permanente dont personne ne distingue vraiment les nuances. Le macronisme a aspiré les divergences comme un trou noir : d’Olivier Faure à Bruno Retailleau, tout peut finir dans la même coalition municipale. Résultat : un électeur socialiste peut très bien voter pour une municipalité à droite. C’est ainsi qu’il faut comprendre les signes envoyés par la carte électorale, souvent contradictoires. Les sortants de gauche tiennent bon dans plusieurs grandes villes. La droite aura du mal à conserver Toulouse, encore plus à reprendre Bordeaux ou à conquérir Lyon. Mais, dans le même temps, elle menace Nantes, bastion socialiste depuis la victoire de Jean-Marc Ayrault en 1983, et certains fiefs roses pourraient vaciller : Brest, Cherbourg, Clermont-Ferrand. Dans ces villes, comme à Limoges en 2014 ou à Lorient en 2020, passées à droite, les candidats avancent sous des étiquettes modérées. On y voit fleurir les listes « d’ouverture », « ouvertes à la société civile », souvent composées d’acteurs associatifs ou d’élus proches des anciennes majorités socialistes. Les intercommunalités y sont parfois cogérées entre diverses droites et diverses gauches. Cette droite rassure au moins autant l’électeur rose-pâle qu’une municipalité socialiste usée par plusieurs décennies de pouvoir et le soupçon de compromissions avec LFI.
Le RN au défi de la notabilisation
Dans ce paysage brouillé, le RN affiche une progression réelle mais limitée. À Paris, la liste de Thierry Mariani plafonne à 1,5 %. On se demande dans quelle démocratie au monde un parti qui espère obtenir le pouvoir dans un an peut peser aussi peu dans sa capitale (surtout dans un pays aussi centralisé et concentré). À Toulouse, Julien Leonardi atteint à peine 5 %. À Lille, Matthieu Vallet tourne autour de 10 %. À Bordeaux ou Lyon, le parti à la flamme reste sous ce seuil symbolique. Dans les métropoles, il n’y a pas de quoi pavoiser. Face à des notables solidement installés, le RN se heurte à la résistance d’un système local souvent impopulaire mais profondément enraciné. Le parti dispose d’un électorat puissant mais d’encore peu de notables locaux : peu d’entrepreneurs, d’acteurs associatifs, de figures identifiables sont prêtes à assumer publiquement l’étiquette dont le coût social reste souvent prohibitif. Beaucoup d’élites locales préfèrent encore l’éviter. Les notables, eux, ne s’y rallient que guère spontanément.
En revanche, là où le RN est élu, il se notabilise. Sur les dix-sept communes conquises en 2020, presque toutes reconduisent leurs maires dès le premier tour, de Perpignan, où Louis Aliot repasse la barre des 50%, aux petites citadelles municipales comme Hénin-Beaumont, Beaucaire ou Hayange. Dans ces bastions, l’élection ressemble de plus en plus à une formalité administrative. Ailleurs, le RN progresse par percées plutôt que par vagues : au coude-à-coude à Marseille, en tête à Toulon et Nîmes sans victoire acquise, et même en position favorable à Carcassonne, où son candidat arrive en tête du premier tour. Dans le Pas-de-Calais, le RN manque Lens de quelques centaines de voix et pourrait ravir au parti communiste et au parti socialiste une belle poignée de communes. La carte qui se dessine est nette : un parti solide dans ses enclaves, capable de conquêtes ponctuelles, mais encore loin de transformer sa poussée nationale en domination municipale généralisée. Ses électeurs ne votent qu’aux présidentielles. Cependant, là où il est fort, le RN se renforce.
A l’examen, ces municipales ne dessinent plus une carte politique ni même une tendance générale : elles montrent un puzzle. La vie politique française n’est même plus archipélisée, elle est éclatée en fiefs, en territoires distincts, chacun vivant selon ses équilibres, sa sociologie et ses notables. Ici une gauche installée tient bon, là une droite locale se conforte ailleurs le RN consolide ses citadelles.
Et dans les métropoles, LFI confirme le succès de sa coalition électorale. À mesure que les partis nationaux se diluent, le maire et son équipe sortante deviennent souvent le seul pôle de stabilité politique. Comme si la France entrait doucement dans une forme de libanisation municipale : une mosaïque de pouvoirs locaux solides pendant que, au-dessus, la politique nationale se fragmente.