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« Moi, proviseure… »: les lettres de noblesse de l’enseignement professionnel

Inlassable défenseur de l’élitisme républicain, notre chroniqueur s’est intéressé à l’une des plus belles réussites de l’enseignement professionnel, ce mal-aimé des bobos et des ministres. En l’occurrence le lycée Lucas-de-Nehou à Paris.


Lucas-de-Nehou ? Ne cherchez pas : c’était un maître verrier du XVIIe siècle, qui a entre autres œuvré à la Galerie des Glaces, à Versailles. L’idée de donner son nom à un lycée spécialisé dans la verrerie d’art, et dont toutes les fenêtres sont des vitraux contemporains magnifiques, allait donc de soi.

L’établissement est installé au 4, rue des Feuillantines. Ne cherchez pas non plus : il occupe l’emplacement d’un ancien couvent où le petit Victor Hugo, 6 ans à l’époque, se dissipait avec ses frangins pendant que son père commandait l’armée napoléonienne en Espagne : « Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants… » Une plaque sur le mur de la rue le rappelle aux passants — et une seconde plaque indique que dans l’institution qui remplaça le couvent sous la Restauration, un certain Louis Pasteur fut élève.

Plaidoyer pour plus d’autonomie des chefs d’établissements

Des références que d’aucuns trouveraient écrasantes, mais que relève fièrement Mahi Traoré, proviseure, comme elle l’écrit dans un livre qui paraît aujourd’hui. Elle dirige un établissement qui, comme bien des lycées professionnels, recrute sur toute la France : l’excellence sans frontières ! Pour 200 places, elle croule sous les demandes : l’artisanat d’art a toujours la cote, et plusieurs des anciens élèves du lycée travaillent sur les vitraux futurs de Notre-Dame-de-Paris.

Incidemment, Lucas-de-Nehou a 100% de réussite au bac, et ses élèves sont immédiatement recrutés, le plus souvent dans les entreprises dans lesquelles ils ont fait leur stage. Et au-delà de la réussite scolaire et professionnelle, quel orgueil pour des élèves de CAP de réaliser un « chef d’œuvre », sur le modèle du compagnonnage !

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Ce recrutement se fait naturellement sans distinction de classes (sociales) : Mahi Traoré se prononce clairement pour une mixité sociale basée sur les seules capacités, pas sur le portefeuille. Ses élèves sont globalement issus de classes moyennes — et non du très chic Vème arrondissement où se trouve la rue des Feuillantines, à deux pas de l’Ecole Normale Supérieure et du Panthéon. Si Henri-IV et Louis-le-Grand se sont accrochés, jusqu’à la réforme Affelnet, à leurs privilèges sociaux et ont rechigné à admettre en seconde des élèves issus d’établissements obscurément périphériques ; si Oudéa-Castéra — réflexe de caste — est entrée en conflit avec l’ancien recteur de Paris parce qu’il souhaitait créer des Prépas réservées aux bons élèves des lycées professionnels ; si nombre d’enseignants de gauche de l’Académie se sont élevés contre une initiative qui bousculait leurs privilèges, ce n’est pas le genre de Mahi Traoré : ses élèves sont sélectionnés en fonction de l’adéquation de leurs ambitions (et de leurs résultats) au projet de son établissement.
Et c’est dans cette direction qu’elle plaide : un chef d’établissement devrait pouvoir recruter des enseignants eux-mêmes en harmonie avec le projet. Et éventuellement les remercier s’ils ne donnent pas satisfaction.

Vitrail républicain

Avant qu’une bonne fée du Rectorat de Paris distingue ses mérites, elle a eu une longue carrière dans des établissements fort variés. Elle n’est dupe ni des avancées du communautarisme (les élèves qui ailleurs s’avancent voilées le font peut-être, feint-elle de s’interroger, « à l’instigation d’une association religieuse »), ni de la difficulté à enseigner la laïcité — alors que c’est un vitrail de l’une de ses élèves qui a été installé au Rectorat pour célébrer la devise de la République ; et que Madame la proviseure, qui a rejoint l’équipe Valeurs de la République animée par mon ami Alain Seksig, a décidé, de sa propre autorité, de consacrer une semaine entière, et pas une minute de silence, à la mémoire de Samuel Paty et de Dominique Bernard.

Et sa parodie toute récente, au micro de RTL, de l’anaphore de François Hollande (« Moi, président ») sonne d’une façon autrement glorieuse que les mensonges du soi-disant socialiste.

Et au final, quelle satisfaction de constater qu’il est des Franco-Maliennes plus à l’aise avec la langue française qu’Aya Nakamura !

Mahi Traoré, Moi, proviseure…, Robert Laffont, octobre 2024, 210 p.

Affaire Auradou-Jégou: la fédé de rugby interdira-t-elle la troisième mi-temps?

Les charges contre Hugo Auradou et Oscar Jegou, poursuivis par la justice argentine après une accusation de viol qui serait survenu dans la nuit du 6 au 7 juillet dans un hôtel à Mendoza, pourraient être abandonnées. Mais, Didier Codorniou, candidat à la présidence de la Fédération Française de Rugby (FFR), estime qu’ils devraient tout de même être sanctionnés.


Je crois bien avoir levé un lièvre. Je m’aventure sur des terres habituellement réservées à d’autres sur Sud Radio : le rugby. L’affaire Auradou-Jégou va susciter un nouveau débat : faut-il supprimer la troisième mi-temps ?

Une affaire judiciaire qui percute une élection capitale

Les deux rugbymen français qui devraient obtenir un non-lieu le 18 octobre prochain ont déjà réintégré leurs clubs. Mais cette affaire percute l’élection du président de la FFR. L’occasion pour le sortant Florian Grill et le challenger, Didier Codorniou, de se lancer dans une compétition de vertu. C’est à celui qui sera le plus raide.

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Hier, M. Codorniou donne un entretien à l’AFP. Selon lui, MM. Auradou et Jégou n’auraient pas dû recommencer à jouer : « Deux joueurs qui portent le maillot de l’équipe de France et rentrent alcoolisés à cinq heures du matin doivent être sanctionnés. J’aurais aimé que la fédération puisse le faire ». Tout le monde a bien compris que c’était en réalité une pique, une pierre lancée dans le jardin de M. Grill, lequel expliquait lundi, toujours à l’AFP, qu’il n’avait pas sanctionné les deux joueurs faute de règles : « Le cadre n’était pas clair et une forme de cadre souple était même admise ». Traduction: c’était la troisième mi-temps, et ça ne choquait personne… Prenez garde, ça va changer ! Si Florian Grill est reconduit, il annonce qu’il fixera « un cadre clair qui permettra de sanctionner. Nous n’aurons pas la main qui tremble ». Le résultat d’accusations de viol très probablement fausses et opportunistes, c’est donc que tout le rugby français va être mis au régime sec.

Un peu de tenue !

On peut exiger une certaine tenue de la part des joueurs, dira-t-on, quand ils portent le maillot de l’équipe de France. Oui, mais uniquement quand ils sont dans une position de représentation (rappelez-vous de nos footballeurs débraillés, les écouteurs dans les oreilles, c’était assez déplorable, par exemple).

Mais j’imagine que nos rugbymen ne portent pas le maillot bleu en boite de nuit… À l’étranger, ils devraient surtout être plus prudents, car ils sont des proies pour les chasseuses de primes. Il faut aussi qu’ils soient un peu discrets, qu’ils se méfient des réseaux sociaux et ne fassent pas preuve de trop de vantardise. Mais le reste, c’est leur vie privée. Je vous vois venir avec l’exemplarité… Nos sportifs doivent être des exemples pour la jeunesse. Admettons : ce sont des exemples de courage et de dépassement de soi. Mais certainement pas des exemples de morale et de vertu. Qui décide de ce qui est moral ou vertueux, d’ailleurs ? Ce n’est quand même pas la FFR ! Désolé, pour ma part, je ne trouve pas immoral d’aller en boite de nuit, d’avoir des relations sexuelles consenties et même de boire. C’est peut-être stupide, nocif et concernant l’alcool il faut bien sûr le boire avec modération, mais nos sportifs sont des adultes.

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Je ne vous refais pas ici le coup de la « tradition ». Les sacrifices humains étaient une tradition chez les incas, et je ne vais pas les recommander pour autant. Ce n’est donc pas au nom de la tradition qu’il faut défendre la troisième mi-temps, mais au nom de la liberté. Ras-le-bol des dames patronnesses et des ligues de vertu. Si le plaisir est souvent déraisonnable, il n’est pas immoral.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin

La face cachée de la francophonie

Selon le linguiste Alain Bentolila, il est aberrant d’enseigner le français à des enfants qui ne maîtrisent même pas les fondamentaux de leur langue maternelle. En continuant sur cette voie, les pays dits francophones ne produiront plus que des analphabètes.


Un enfant ne peut apprendre à lire et à écrire dans une langue qu’il ne parle pas. Quelle que soit la méthode de lecture choisie, quelle que soit la démarche pédagogique empruntée, cet enfant aura fort peu de chance de parvenir à maîtriser la langue écrite, tout simplement parce qu’il ne maîtrisera pas suffisamment la langue orale.

Être confronté à des mots écrits qui ne correspondent à rien dans son intelligence est en effet pour un élève la promesse de ne jamais apprendre à lire. Avant même d’apprendre à lire, un enfant devrait en effet posséder, en moyenne, un répertoire de quelque 1850 mots oraux liés chacun au sens qui lui correspond. C’est cela qui lui permet, lorsqu’on lui parle, de reconnaître le « bruit d’un mot » et d’en comprendre le sens en interrogeant le petit «dictionnaire mental oral » qu’il s’est progressivement constitué. C’est ce même dictionnaire de mots oraux qu’il pourra questionner une fois que son enseignant lui aura appris à traduire en sons ce qu’il aura découvert en lettres. Mais si l’enfant ne possède pas, dans son petit dictionnaire, le mot qu’il a « déchiffré », il n’y aura aucun sens derrière le bruit qu’il a mis tant de soin à construire. Adieu le sens des phrases ! Adieu le sens des textes !

Cette situation dramatique, qui met en difficulté, en France, environ 10% d’enfants, en concerne plus de 50% au Sénégal, au Maroc, en Haïti et dans la plupart des pays dits francophones. Dans ces pays, des maîtres d’école peu formés tentent d’inculquer à leurs élèves les mécanismes qui relient les lettres qui composent les mots aux sons qui leur correspondent. Ces élèves vont ainsi parvenir à mémoriser ces correspondances et être plus ou moins capables de traduire laborieusement en sons ce qu’ils découvrent en lettres. Mais à quoi rime cette capacité de déchiffrage, difficilement acquise, si le bruit du mot fabriqué avec effort par les élèves sénégalais ou haïtiens n’active rien dans des cerveaux qui ne possèdent pas le moindre vocabulaire français ? À rien, bien sûr. Car, ne l’oublions pas, apprendre à lire ce n’est pas apprendre une langue nouvelle, mais retrouver, sous une autre forme, une langue que l’on pratique déjà. Si la pénurie de vocabulaire promet à certains élèves français d’être en difficulté de lecture, la quasi-inexistence de vocabulaire assure à l’immense majorité des élèves des pays dits francophones de devenir analphabètes.

Une École digne de ce nom – où qu’elle soit – doit ainsi enseigner ses apprentissages fondamentaux dans la langue que parlent et comprennent ses élèves. Dans tous les pays où les élèves parlent une langue différente de la langue d’enseignement, c’est leur langue maternelle qui doit leur permettre d’accéder à la lecture et à l’écriture, sauf à confondre récitation et lecture. C’est sur cette base solide qui met la compréhension au centre des apprentissages qu’ils pourront ensuite accéder aux langues d’ouverture. En bref, il y a urgence pédagogique à instaurer en Haïti, au Sénégal, au Maroc… la langue maternelle comme première langue d’apprentissage de l’écrit. Ce n’est qu’une fois satisfaite la nécessité d’appuyer l’apprentissage de la lecture sur la langue maternelle de chaque enfant que l’on pourra envisager avec sagesse la maîtrise de la langue française afin qu’elle constitue une chance supplémentaire de promotion culturelle et sociale.

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Les systèmes éducatifs de certains pays dits francophones sont ainsi des machines à fabriquer de l’analphabétisme et de l’échec parce qu’ils n’ont jamais voulu (ou su) résoudre la question qui les détruit : celles des choix linguistiques. Arriver à cinq ou six ans dans une école et y être accueilli dans une langue que sa mère ne lui a pas apprise est pour un enfant une violence intolérable. Être confronté à des mots écrits qui ne correspondent à rien dans son intelligence est pour un élève la promesse de ne jamais apprendre à lire.

Mais ne confondons pas le cas du petit Haïtien, du petit Sénégalais ou du petit Guyanais qui ne parlent souvent pas un mot de français lorsqu’ils poussent la porte de l’école avec celui du petit Breton, du petit Occitan ou de bien des élèves martiniquais et réunionnais des centres-villes qui parlent convenablement le français et qui, en revanche, maîtrisent fort mal la langue régionale. Dans le premier cas il y a « urgence pédagogique » à instaurer la langue maternelle comme première langue d’apprentissage parce qu’elle est le seul instrument de communication. Mais, pour des élèves qui parlent français, utiliser les langues régionales comme langues d’enseignement n’est justifié ni d’un point de vue politique ni d’un point de vue cognitif. C’est confondre, au nom d’une « diversité linguistique sublimée », une nécessité pédagogique et un respect légitime des identités culturelles. En aucun cas un décret instaurant l’usage d’une langue régionale à l’école (breton, occitan, basque) n’aura le pouvoir de bouleverser la hiérarchie des langues que l’histoire a imposée sur notre territoire. Si l’introduction de la langue catalane dans les écoles de l’Autonomie fut légitime, c’est parce qu’elle fut l’aboutissement d’un processus de transformation politique, administrative et sociale. Alors que la création d’isolats scolaires en Bretagne, en Occitanie ou ailleurs ne se justifie ni sur le plan pédagogique (la plupart des élèves ont pour langue maternelle le français) ni sur le plan social (la langue de promotion est le français). Il s’agit d’une revendication purement idéologique qui ne concerne d’ailleurs qu’une minorité d’enfants plutôt favorisés. Ce qui est étrange, c’est que ce sont les mêmes « bons apôtres » qui encensent la francophonie – dont ils refusent de voir les effets pervers – qui chantent par ailleurs les louanges d’une diversité linguistique mettant en péril l’unité de notre pays.

Attal / Borne: petit arrangement en lousdé

Mardi, alors que tout le monde avait les yeux rivés sur la motion de censure visant le malheureux Michel Barnier, Gabriel Attal et Elisabeth Borne étaient introuvables.


On connaît l’expression « Passez-moi la rhubarbe, je vous passerai le séné ». Cela se dit lorsque deux personnes, agissant par intérêt, se prétendent disposées à s’accorder mutuellement quelques faveurs. Tout cela se fait le plus souvent sous le manteau, le procédé – effectivement entaché d’un fort esprit de magouille – ne sentant pas très bon. Le séné et la rhubarbe, ne l’oublions pas, sont classés laxatifs dans la pharmacopée traditionnelle. Nonobstant, le recours à cet usage est des plus fréquents en politique, domaine, il est vrai, où les professionnels de la profession ne sont pas du genre à se pincer le nez devant ce qui pue.
Edouard Herriot, qui n’était pas avare de formules hilarantes et décapantes, n’avait-il pas coutume de lâcher : « La politique, c’est comme l’andouille. Ça doit sentir un peu la merde, mais pas trop » ? Sur ce point, il faut bien dire que depuis le grand festival séné-rhubarbe de l’entre deux tours des législatives, nous sommes servis. On pourrait même affirmer sans crainte aucune d’être démenti que le « sentir mais pas trop » recommandé par le fin connaisseur Herriot est dépassé de beaucoup.

Rendez-vous secret

Nous en avons eu une – nouvelle et anecdotique – illustration ces jours derniers à l’occasion d’une tractation de ce genre, en catimini, entre deux personnalités de premier rang, puisque passées par Matignon.
Nous sommes mardi dernier. L’actuel hôte de ce même Matignon se trouve confronté à sa première motion de censure. Il est 16h. Il pourrait s’offrir une petite sieste, la gesticulation parlementaire de la gauche fera long feu.
Motion rejetée. Les deux prédécesseurs de l’actuel Premier ministre brillaient par leur absence. Ils avaient – ensemble – ce rendez-vous secret. Une entrevue où devait être discutée quelque chose comme la teneur précise de la rhubarbe et du séné. En jeu, la candidature au poste de secrétaire général du parti Renaissance. Élection prévue en novembre prochain.

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Élisabeth Borne s’est déclarée candidate de longtemps. Mais voilà bien que le jeune et remuant Gabriel Attal se prend à lorgner aussi sur ce trophée, bien qu’il soit déjà président du groupe parlementaire à l’Assemblée. Depuis qu’il a dû lâcher l’os (à moelle) de Matignon, on ne retient plus l’Attal cannibale. Il veut tout. Et tout de suite. L’homme a les belles dents de la jeunesse et il les a très longues. Or, Madame Borne n’entend pas renoncer aussi aisément. Elle trouve que trop c’est trop et que l’Attal, justement, les dépasse, les bornes (Je sais, facile. Mais tellement tentant…).
D’où l’entrevue secrète. Elle a pour cadre le domicile d’un proche du président Macron. Ce qui a intrigué les observateurs à l’affût de ces choses-là, c’est que la rencontre ait eu lieu justement loin des territoires habituels où se jouent les affaires de la politique. Là, on franchissait la Seine, carrément, on s’aventurait dans un de ces quartiers où il n’y a ni ministères, ni institutions d’État. Bref, si vous préférez, là où les gens vivent de leur travail.

Une élection dont les modalités seront connues ce jeudi 10 octobre dans la soirée

Il est clair que l’ambitieux Attal n’est pas venu à ce quatre à cinq sans biscuits, sans quelque arôme particulièrement entêtant à fourrer dans la vapoteuse de Mme Borne. Aura-t-elle été sensible à ses arguments, à ses offres de dédommagement ? Aura-t-il suffi que son challenger se fende d’un mix bien corsé Séné / Rhubarbe ? Nous devrions le savoir très vite.
Après ce sont les militants qui, lors du congrès, auront à se prononcer. Sans surprise aucune, ils le feront dans le sens qui aura été décidé à leur insu, en catimini, lors de cet énième épisode de l’interminable, l’indémodable feuilleton « la démocratie dans le boudoir ». De plus, ils se verront priés d’applaudir très fort et de trouver que tout cela sent malgré tout très bon.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Que nous est-il arrivé?

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Il ne nous a pas fallu une semaine après le 7-Octobre pour faire des victimes des bourreaux. Beaucoup dénient désormais à Israël le droit de se défendre, et l’antisémitisme est de retour, se désole notre contributeur.


Il y a deux jours Georges Malbrunot, journaliste reconnu pour son expertise du Proche-Orient écrivait sur X: « Mme la présidente de l’Assemblée nationale fait mine également d’ignorer que la France, loin de « désarmer Israël », continue de participer au « Dôme de fer » qui permet à Israël d’intercepter des missiles iraniens, par exemple. »

Ainsi pour un certain courant de pensée français favorable aux Palestiniens dont Malbrunot est un représentant éminent, il est convenu de penser et d’écrire qu’Israël n’aurait même pas le droit de se défendre, via le Dôme de fer, des missiles iraniens qui sont régulièrement envoyés en masse sur son territoire. Et il serait honteux que la France ne contribue pas au désarmement d’Israël et fournisse à l’Etat hébreu des composants pour son système de défense aérienne.

Hostilité croissante

Pour ce courant de pensée, donc, Israël n’a plus le droit de se défendre. Quelle est la prochaine étape ? Faudra-t-il interdire aussi aux forces de l’ordre en France de porter assistance aux juifs victimes d’actes antisémites ? J’avoue que ce soir, en découvrant ce tweet, j’ai été bouleversé. Je connaissais les opinions de Malbrunot, mais je ne pensais pas qu’on puisse, en France, en arriver à énoncer des choses pareilles, à l’abri de la pensée dominante. J’en ai pleuré pour mon pays, qui de toute évidence voit s’étendre comme un feu de savane l’hostilité à l’égard d’Israël, mais aussi des juifs.

De culture politique gaulliste, j’ai toujours fait mienne la philosophie politique concernant Israël telle que l’avait exprimée le général de Gaulle en 1967, bien que j’aie toujours regretté qu’il y glissât cette saillie qui peut sembler un peu antisémite, en tout cas injuste et inutile, en parlant du « peuple dominateur ». J’ai regretté aussi que les gouvernements israéliens successifs autorisent l’implantation de colonies juives en Cisjordanie. J’ai longtemps fait mienne, pour les mêmes raisons, la fameuse « solution à deux Etats » dont les chancelleries occidentales font la promotion depuis 40 ans.

Pourtant, bien des choses sont advenues depuis que Rabin et Arafat ont envisagé de faire la paix. Israël a commis des erreurs manifestes, en implantant des colonies, ou en favorisant le Hamas au détriment du Fatah et de l’OLP. Mais peut-on, au nom des erreurs passées, ne pas prendre en compte la nouvelle situation qui est advenue, même si elle résulte de ces erreurs ? Ainsi, beaucoup d’historiens remettent en cause les erreurs de la France dans la gestion du traité de Versailles et sa responsabilité indirecte dans la montée du nazisme. Fallait-il pour autant ne pas déclarer la guerre à l’Allemagne en 1939 ? De même, les occidentaux ont commis des erreurs manifestes vis-à-vis des Russes et les Ukrainiens, dans la gestion de la crise au Donbass depuis 2014. Fallait-il pour autant renoncer à aider l’Ukraine à se défendre contre l’invasion russe ? A l’évidence, non. Les situations créées par les erreurs passées sont là, et il faut les affronter pour les dangers qu’elles représentent aujourd’hui.

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A l’évidence, Israël est aujourd’hui, et plus que jamais depuis le 7 octobre 2023, entourée d’activistes, de miliciens, de terroristes, d’armées, qui lui sont profondément hostiles et qui veulent sa destruction. Au nord avec le Hezbollah, au sud avec le Hamas, au grand est avec l’Iran et dans une moindre mesure la Syrie. Peut-on imaginer dans le cadre de la « solution à deux États » que s’installe au cœur même de son territoire, en Cisjordanie, un État profondément hostile à Israël qui consacrerait toute son énergie et son économie à constituer des stocks de roquettes et de missiles, comme l’a fait depuis 20 ans le Hamas à Gaza redevenue indépendante ? La France accepterait-elle que s’installe en Seine-Saint-Denis un État inféodé à Daech qui enverrait tous les soirs une salve de missiles sur Notre-Dame ?

Les victimes devenues bourreaux

Peut-on faire comme si rien n’avait changé dans la ligne politique palestinienne depuis 2001, ne pas prendre en compte sa mutation d’un mouvement nationaliste arabe vers une idéologie islamiste irréductible pilotée et inspirée par des mollahs qui sèment la terreur au Moyen-Orient depuis 50 ans ? Peut-on demander à Israël de prendre le risque d’être totalement encerclé par des forces qui veulent sa destruction ? Tout honnête homme répondra non, et reconnaîtra à Israël le droit à se défendre et à desserrer l’étau qui l’oppresse. La solution à deux Etats est morte, et ne sert plus que d’élément de langage prêt à l’emploi au Quai d’Orsay ou au Département d’État américain. Un diplomate suisse évoquait récemment une confédération sur le modèle helvétique, dans laquelle deux peuples cohabiteraient dans un même État… C’est peut-être une piste à suivre, en tout cas elle n’est pas encore d’actualité.

Mais revenons à la France. J’ai dit que « tout honnête homme reconnaîtra à Israël le droit à se défendre »… En est-on certain ? Il n’a pas fallu une semaine après le 7 octobre 2023 pour faire des victimes les bourreaux. Et depuis un an monte comme une vague que rien ne semble arrêter l’hostilité à l’encontre d’Israël. Il suffit de parcourir les médias et les réseaux sociaux pour se rendre compte que cette hostilité s’étend aux « sionistes », nom de code pour désigner les juifs. Il serait naïf de penser que cette hostilité ne serait le fait que de la population musulmane qui réside en France. Elle s’implante dans plusieurs secteurs de la population. Chez les musulmans, on l’a dit, et ils sont nombreux. Dans l’extrême gauche, aussi, chez LFI notamment. Mais l’hostilité irradie largement chez ses alliés du PS. Elle fait aussi ressurgir l’antisémitisme de la droite conservatrice, j’en ai été témoin très récemment, en faisant remonter de vieux griefs sur la disparition des chrétiens orientaux. Et surtout, c’est là la masse la plus importante, elle s’implante dans le centre, ce qu’on appelait autrefois le marais, où politiques, médias, intellectuels ou universitaires cherchent des accommodements (ir)raisonnables avec les musulmans, parce qu’ils sont là « et qu’il faut bien faire avec eux » ; les juifs pourraient tout à fait jouer à nouveau ce rôle de bouc-émissaires, surtout dans la jeunesse qui n’a pas connu la Seconde Guerre mondiale et ses répercussions dans la vie politique des Trente glorieuses. Il naît aujourd’hui 23% de musulmans en France et moins de 1% de juifs… Ces chiffres cyniques emportent les calculs de ceux qui ne veulent pas de problèmes avec les banlieues. Les choix sont faits et se feront dans ce sens. Caroline Fourest révélait ainsi lundi 7 octobre sur LCI que Yassine Bellatar, l’activiste musulman bien connu, avait été reçu deux fois à l’Élysée dans la semaine précédant la grande manifestation contre l’antisémitisme en 2023. Il aurait convaincu Emmanuel Macron de ne pas s’y rendre « pour ne pas mécontenter les banlieues ». Le conflit au Proche-Orient a été de facto importé en France quand on a laissé entrer une masse de plus en plus importante et incontrôlée d’orientaux sur notre territoire. C’est une évidence. Mais plus encore ce conflit est révélateur des fractures qui traversent notre société. La culpabilité qui nous ronge (« les sanglots de l’homme blanc » comme l’écrivait Pascal Bruckner) nous divise en profondeur. Il n’est qu’à écouter le Pape qui vient d’inventer sept nouveaux péchés (!) dont « le péché contre les migrants » pour se rendre compte que nous n’avons plus rien à opposer d’autre que notre faiblesse à ceux qui nous stigmatisent à longueur de temps. Nous n’avons plus assez de joues à tendre aux coups de nos ennemis. Israël, lui, répond coup pour coup et révèle la force que nous avons perdue. Il nous reste la honte.

Kim le siphonneur

Des espions nord-coréens infiltrent les entreprises américaines grâce à des postes dans le secteur informatique à pourvoir en télétravail


Voici un argument de plus en défaveur du développement du télétravail que le patronat pourra exploiter pour faire revenir les salariés récalcitrants dans les bureaux…

Le Wall Street Journal vient de révéler que les services nord-coréens sont parvenus à infiltrer de nombreuses sociétés américaines, dans les secteurs de la tech, des médias et de la finance, grâce à des postes de développeur de logiciels à pourvoir en télétravail. À travers la création de faux profils sur LinkedIn ou le vol de l’identité de personnes réelles, des espions ont pu se faire passer pour des travailleurs américains. C’est ainsi que la Corée du Nord a dérobé des données sensibles et siphonné les salaires versés par les entreprises. Pyongyang, affamé de liquidités, notamment pour développer son programme nucléaire, pratique depuis longtemps le cyber-espionnage pour voler des propriétés intellectuelles à l’étranger. Mais si on peut se voir autoriser l’accès aux données directement par les entreprises yankees, et en plus se faire payer… Sans écarter, bien sûr, la possibilité d’installer à tout le moment des malwares dans les boîtes du « plus grand ennemi » du charismatique leader Kim Jong-un…

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Ce stratagème aurait rapporté des centaines de millions de dollars au régime reclus du petit Coréen joufflu, selon le département de la Justice des États-Unis, et ce malgré les sanctions financières internationales strictes qui le frappent. Pour tromper les employeurs, les télétravailleurs coréens se sont appuyés sur des fermes d’ordinateurs portables gérées par des intermédiaires, lesquels installent les logiciels de bureau à distance permettant aux espions de se connecter tout en créant l’impression qu’ils se trouvent aux États-Unis… En mai, des procureurs fédéraux ont dévoilé un acte d’accusation alléguant qu’une femme de l’Arizona faisait partie d’un de ces réseaux de « fermes de laptops », ayant à lui seul permis à plus de 300 entreprises américaines d’embaucher sans le savoir des personnes douteuses, et d’envoyer 6.8 millions de dollars en Corée en usurpant l’identité de soixante Américains.

Sollicitée par le WSJ, la mission diplomatique de la Corée du Nord aux Nations Unies n’a pas pris la peine de répondre… C’était peut-être leur jour de repos ?

«Les piliers porteurs de notre fabrique morale ont lâché»

Profondément marqué par le 7-Octobre, le philosophe voit avec horreur un antisémitisme politique s’installer en France. Pour lui, protéger nos libertés et définir une règle du jeu commune avec les musulmans exige avant tout une réaffirmation de la communauté politique nationale qui s’est effacée devant les droits des individus.


Causeur. Dans Situation de la France, rédigé après les attentats de janvier 2015, vous vous interrogiez sur notre rapport à l’islam, devenu une réalité européenne. Et vous observiez le désaccord entre l’opinion moyenne occidentale et l’opinion moyenne musulmane. Or, dix ans après et singulièrement depuis le 7 octobre 2023, il est évident que ces désaccords sont des fractures abyssales. Pour prendre un seul exemple, selon une étude IFOP de décembre 2023, 45 % des Français musulmans considèrent que le 7 octobre est un acte de résistance. Est-il trop tard ?

Pierre Manent. Il était déjà tard en 2015, c’est encore plus tard aujourd’hui. Surtout qu’après le 7 octobre, la question n’est pas seulement l’islam, mais l’existence d’un parti politique démocratique qui a choisi délibérément, gratuitement, de faire de la haine d’Israël au sens large, c’est-à-dire à la fois de l’État d’Israël et du peuple juif, le fédérateur de son projet politique.

Gratuitement, c’est vite dit, car cette orientation répond à un calcul électoral. Ce qui nous ramène à l’islam ou à certaines expressions de l’islam. Si LFI flatte les sentiments antijuifs et anti-israéliens, c’est qu’ils existent.

En effet, ils travaillent avec le matériau disponible. Cela fait longtemps qu’ils ont choisi de s’appuyer sur l’immigration musulmane pour prospérer en faisant grandir ce nouveau peuple dont ils entendent prendre la direction. Cependant, ils n’étaient pas obligés d’aller aussi loin après le 7 octobre. Ils pouvaient flatter la clientèle musulmane, comme les politiques flattent leur clientèle mais là, ils ont fait vraiment un saut qualitatif, si j’ose dire. Maintenant qu’ils se tiennent clairement à cette nouvelle position, eh bien, en effet, la situation générale est changée. Pour la première fois depuis la guerre, nous avons affaire à un antisémitisme politique explicite. C’est une rupture délibérée avec les présupposés partagés jusqu’ici par tous les partis.

Quelle conséquence cela a-t-il pour la communauté nationale ?

Cela veut dire que nous avons un problème majeur à affronter. La réaction de l’opinion française n’a peut-être pas été particulièrement brillante, mais pas non plus particulièrement odieuse. En comparaison de ce qui s’est passé aux États-Unis et au Royaume-Uni, la population française dans sa grande majorité a été plutôt décente. Cependant, tout cela est très fragile, car d’un côté, il y a des gens qui savent ce qu’ils veulent, et qui le veulent vraiment, et d’autre part, le plus grand nombre des Français qui ne savent pas trop ce qu’ils veulent, parce qu’ils ne savent pas trop ce qu’ils pensent.

Depuis 1945, la politique européenne est surdéterminée, voire obsédée, par la mémoire de la Shoah. Et pourtant, même le 7 octobre n’a pas fait consensus.

À partir des années 1960, la Shoah est venue au centre de la conscience de soi des Occidentaux. Mouvement juste et nécessaire, mais exposé à des détournements. Par passion ou calcul, des militants de causes diverses voulurent s’approprier le crime par excellence. D’où l’importance du mot « génocide ». Aujourd’hui, dans beaucoup d’institutions universitaires, si on n’accepte pas de qualifier de génocide l’action du gouvernement israélien à Gaza, on est exclu de la discussion. Dès lors que le mal par excellence est devenu le critère exclusif d’orientation, toutes les misères de l’humanité sont happées par l’attraction de ce mal, et chaque groupe souffrant est entraîné à revendiquer d’être lui aussi victime de ce mal.

Depuis qu’on a vaincu Hitler, il est partout.

Pour être digne de votre haine, il faut que votre ennemi ressemble à Hitler.

Tout crime est Auschwitz en quelque sorte.

Voyez comment tout crime, tout délit même, est regardé à la lumière du crime ultime. Y compris dans des domaines qui n’ont aucun rapport direct à la politique. Ainsi, l’inconduite sexuelle est jugée dans l’horizon du viol. Quand on s’oriente sur le mal, tout est vu à la lumière de ce mal ultime. Le langage moral est remanié du point de vue exclusif de la victime. Les situations morales sont définies par les souffrances de ceux qui subissent, et non pas par l’action de ceux qui agissent. Et comme « toutes les victimes sont égales », on ne fait pas de différence entre celui qui meurt dans un bombardement et celui qui est tué sauvagement, visé délibérément. Dès lors qu’il y a une victime blessée, mutilée ou tuée, le crime est le même. Nous pensons avoir fait un grand progrès moral en regardant les choses du point de vue des victimes, sans voir qu’alors les distinctions les plus élémentaires sont effacées. Certains aujourd’hui refusent même de distinguer entre les victimes animales et les victimes humaines puisque « nous sommes tous » des animaux sensibles, vulnérables et souffrants.

Rima Hassan lors d’un rassemblement en soutien à la Palestine place de la Nation, Paris, 8 septembre 2024. JEANNE ACCORSINI/SIPA

Cet antisémitisme politique qui renaît non pas en dépit de la centralité de la Shoah mais à travers elle, remet-il en cause la présence juive en Europe et en France ?

La présence juive en Europe et en France est en danger, et elle doit être défendue par tous. Je ne pouvais pas imaginer que cela arriverait si brutalement. Il y a quelques années, il m’est arrivé d’être légèrement agacé par des dénonciations de l’antisémitisme qui me paraissaient exagérément alarmistes. Mais plusieurs meurtres délibérés de personnes juives parce que juives, en particulier celui de Sarah Halimi, avec l’étrange traitement de ce crime par l’institution judiciaire, m’ont conduit à partager l’angoisse de mes compatriotes juifs. Aujourd’hui, des piliers porteurs de notre fabrique morale ont lâché. Plusieurs générations de Français, de toutes orientations, étaient convaincues d’avoir un devoir particulier à l’égard des juifs. Que restera-t-il de cette résolution sincère sous la pression combinée de l’humanitarisme sans frontières et de l’islamisme ?

Les atermoiements d’Emmanuel Macron en attestent. Donc, pour vous la menace la plus urgente, c’est moins la banalisation d’un certain antisémitisme musulman que la relégitimation de l’antisémitisme de gauche ?

Des mauvais sentiments, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Le danger, c’est la cristallisation opérée par l’antisémitisme politique. En plaçant la haine d’Israël en attracteur central, il fait se rejoindre et noue ensemble danger intérieur et menaces extérieures. On a beaucoup commenté, à juste titre, le jeu de LFI après le 7 octobre, beaucoup moins celui du recteur de la mosquée de Paris, qui a reçu en mai 2024 Rima Hassan avec des honneurs qui auraient mérité l’attention du gouvernement. Rien d’étonnant pourtant puisque la grande mosquée de Paris est une expression du gouvernement algérien et que celui-ci compte parmi les plus ardents soutiens du Hamas. Cette « cause commune » entre le recteur de la mosquée et l’égérie de LFI résume les pressions qui pèsent sur notre communauté politique et les déchirements qui la menacent. Les atermoiements du président ne sont pas sans lien avec cette configuration globale. Le problème que nous pose l’islam n’est pas métaphysique. On peut discuter indéfiniment de sa compatibilité, ou non, avec la démocratie. L’urgence est de discerner que ce nœud qui se noue entre l’intérieur et l’extérieur, en même temps qu’il menace la sécurité et la présence des juifs dans notre pays, met en péril l’indépendance de celui-ci.

Revenons à votre diagnostic de 2015. Ce qui nous avait passablement choqués, c’est votre postulat qu’on peut faire société sans avoir les mêmes mœurs.

Croyez-vous que, même en laissant de côté l’islam, les Français aient les « mêmes mœurs » ? D’ailleurs la question n’est pas le souhaitable, mais le possible. Nous partons d’une situation que ni vous ni moi n’avons choisie. Que fait-on ? Une certaine perspective irénique, très partagée dans les élites, soutient que les musulmans vont faire comme les autres, se fondre dans le grand bain de la démocratie européenne et du marché. En attendant, une laïcité ouverte et bienveillante assurera la transition. Et puis, il y a une conception moins irénique et plus militante de la laïcité. On souhaite intégrer les musulmans à condition qu’ils admettent une séparation bien nette entre le religieux et la vie politique et sociale, donc qu’ils renoncent à un certain nombre de conduites liées à leur religion. Cette proposition, qui a pour elle une certaine « logique laïque », me semble prisonnière de notre expérience, celle d’une religion dominante, puis d’une séparation et du caractère finalement satisfaisant de cette séparation. Or, entre 1905 et aujourd’hui, la religion n’est pas la même, la République n’est pas la même, et le rapport entre la religion et la République n’est pas non plus le même. Avec la IIIe République, la nation devient la communauté par excellence, non seulement politique, mais spirituelle. C’est l’autorité de la nation qui donne à la République le droit et la force d’imposer à l’Église la séparation. Après une période où la République s’est montrée passablement illibérale, on parvint à un accommodement réciproque, conduisant à ce qu’on a pu appeler une France « catho-laïque ». Avec l’islam, c’est tout autre chose, parce qu’il ne s’agit pas de séparer de l’État une vieille religion, mais d’accueillir une religion qui n’avait jamais fait partie de la vie nationale. L’autre grande différence, la plus décisive politiquement, c’est que notre République a cessé d’être l’organe politique de la nation française, pour se définir par les « valeurs de la République », c’est-à-dire par les droits humains dont elle se veut le champion – des droits humains qui délégitiment la communauté nationale.

Les valeurs de la République, écrivez-vous, c’est ce qui permet de vivre ensemble quand on n’a rien en commun.

Ce sont des procédures et des droits individuels. Par les évolutions de la jurisprudence, le Conseil constitutionnel, mais aussi les autres juridictions mettent en œuvre ce qui revient à une nouvelle Constitution qui se superpose à la Constitution de la République, et le gouvernement de la République se découvre lié par une foule de règles d’origines diverses – règles européennes, traités internationaux, etc., qui circonscrivent de plus en plus le champ de la loi politique. La nouvelle Constitution est un système d’empêchements. Bref, nous ne sommes plus vraiment dans une République représentative.

Peut-on dire que les droits se retournent contre la loi ? Aujourd’hui, le foisonnement des droits va contre l’idée même de la loi commune.

En effet, la République au sens classique, c’est le gouvernement de la chose commune, sur la base des droits humains certes, mais la fin, l’objectif, c’est bien d’organiser le gouvernement de soi par soi de la chose commune en décidant de la loi commune. Aujourd’hui, nous prétendons régler la vie des hommes simplement par l’administration impartiale de leurs droits, ce qui ne laisse aucune place pour la communauté politique. Il n’y a plus de commandement légitime du commun. Et c’est l’immigré qui fournit pour ainsi dire le test de cette nouvelle légitimité : il a un droit naturel opposable à la loi de la République.

Autrement dit, l’État de droit, tel qu’il est construit par les juges européens, le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État, c’est la défense des individus contre les États ?

Oui, spécialement contre la loi politique nationale. Il faut partir d’un fait très simple : notre hypothèse, l’hypothèse progressiste qui est au fond de toutes nos démarches, c’est que la condition naturelle des hommes est de vivre libres et égaux dans une paix profonde. Malheureusement, l’humanité s’est divisée en unités politiques distinctes qui ont fomenté toutes ces guerres dont il est temps de sortir. La cause de tous nos maux, c’est le corps politique indépendant, donc le corps national. La tâche urgente est donc de disparaître comme nation séparée en formant un espace libre et vide – « l’Europe » – dans lequel accueillir tous ceux qui désirent rejoindre cette humanité nouvelle en formation. De quel droit en effet le leur interdirions-nous ? Vouloir protéger nos frontières, c’est entrer en guerre contre le reste de l’humanité. Ainsi avons-nous transformé la « préférence nationale » en crime contre l’humanité. Mais sans préférence nationale, il n’y a pas de nation.

Revenons au défi que représente l’islam identitaire et politique. Selon vous, on ne va pas le changer, ni par l’autorité, ni par la séduction, il faut donc négocier et céder sur les mœurs. Deux objections : d’une part, là où l’islam est majoritaire, il a tendance à être hégémonique et à imposer et proscrire certaines conduites ; d’autre part le discours des Frères musulmans s’accompagne souvent d’un rejet de la France – je crache sur les flics et j’obéis à l’imam.

Tout cela est vrai, mais si on veut que quelque chose soit possible, il faut proposer aux musulmans une communauté à laquelle ils puissent avoir part, donc les intéresser à la nation. Après tout, s’ils vivent en France, pas en Algérie, pas en Tunisie, c’est qu’ils se sentent mieux en France. Je sais bien que leurs sentiments, comme les nôtres, sont souvent ambigus et mêlés mais enfin, ils ont choisi de vivre ici ! L’horizon pertinent en tout cas n’est pas selon moi l’homogénéité des mœurs, mais une communauté politique qui leur paraisse désirable et qui nous paraisse à nous aussi désirable. Ce qui suppose, en effet, certains accommodements. Mais ces accommodements présupposent, aujourd’hui comme en 2015, l’effectivité du fait national. Or, l’hypothèse de nos gouvernants et de l’opinion commune est qu’entre le Maghreb et nous, il y a une sorte de continuum, et donc qu’il y aurait quelque chose de scandaleux à insister sur l’intégrité du fait national. Je soutiens au contraire que, pour que les Français – les musulmans et les autres – retrouvent un peu de sécurité morale et de tranquillité civique, il faut bien distinguer les nations. Il est urgent de mettre un terme à cette espèce de continuum entre la France et l’Algérie, qui n’est pas traitée comme un pays indépendant, ce qui fait que nous ne sommes pas indépendants de l’Algérie.

Faut-il aller, selon vous, jusqu’à interdire la double nationalité ?

Spontanément, je pense que la double nationalité, surtout quand elle est à ce point répandue, est une mauvaise chose. Des spécialistes me disent que ce n’est pas très important, alors je ne sais pas. Je pense en tout cas que la déchéance de la nationalité française pour les binationaux coupables d’infractions terroristes est bien le moins que l’on puisse faire. Une nation suppose, plus encore qu’une préférence, une allégeance. Il n’y a pas de rupture plus complète de la loyauté que l’on doit à sa nation que l’acte terroriste. Il est important pour chaque citoyen de savoir clairement et fermement à quel pays va sa loyauté. La France aura, elle a déjà une partie musulmane. Si cette part continue de croître indéfiniment, il n’y aura de paix pour personne. Pardonnez-moi de le dire ainsi, mais la laïcité n’y fera rien. On ne peut faire sa part à l’islam sans limiter la part de l’islam, et on ne peut limiter cette part sans rétablir la légitimité politique de la nation.

Mais aujourd’hui, au nom de la liberté pédagogique et de l’égalité, l’État répugne même à définir ce qu’on doit transmettre. Comment créer du commun quand la transmission est assimilée à une domination du professeur sur l’élève ? Que nos députés ne savent plus parler ?

En effet, on demande à l’École d’enseigner la laïcité, mais elle n’arrive pas à enseigner le français, l’orthographe, l’histoire de France…

Et on s’emploie par ailleurs à nier ce que vous appelez la « marque chrétienne » ?

Juste une remarque sur ce sujet qui me tient tant à cœur. Les politiques et l’opinion, qui ne voient que le « progrès » que concrétiseraient les lois sociétales, devraient essayer de prendre une vue un peu large des choses. Telles qu’elles ont été proposées, défendues et sacralisées, ces lois signifient la liquidation d’une bonne partie de l’héritage moral du christianisme, jusqu’à il y a peu largement partagé par le reste du corps civique. En admettant qu’elles rendent justice à des minorités jusque-là lésées, n’est-ce rien de rejeter dans les ténèbres des siècles de civilisation et une forme de vie que beaucoup aujourd’hui parmi nous chérissent encore silencieusement ? Il n’y a pas que les « mœurs musulmanes » qui font obstacle à l’amitié civique.

Emmanuel Macron et son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune, signent à Alger une déclaration conjointe visant à établir un « partenariat renouvelé » entre les deux États, 27 août 2022. Algerian Presidency/Handout via Xinhua/Sipa

Depuis 2015, on n’a pas vraiment avancé vers ce pacte avec les musulmans que vous appeliez de vox vœux. Pensez-vous toujours que nous devons céder sur l’égalité des sexes ?

« Céder sur l’égalité des sexes », non bien sûr, mais que signifie « ne pas céder » ? Interdire efficacement la polygamie, les mutilations génitales, le voile intégral, assurément. Pour le reste, on entre dans un domaine d’appréciation morale et de jugement prudentiel qui n’est pas aisé à normer. La vie est un feuilleté si complexe… Est-ce que l’égalité stricte entre les sexes oblige à la mixité à tous âges et en toutes circonstances ? Franchement, je n’arrive pas à comprendre pourquoi il serait si scandaleux de renoncer à la mixité dans les piscines scolaires pour certaines tranches d’âge à certaines heures si des parents le demandent. Je vous avoue que quant à moi, à 13 ou 14 ans, j’aurais détesté la mixité à la piscine !

Et s’agissant du voile ?

En 2015, j’observais l’installation des mœurs musulmanes dans l’espace public ; aujourd’hui ce phénomène s’est encore considérablement accru. J’étais récemment à Roubaix. Une partie considérable des femmes que l’on croise dans la rue « portent le voile », ou un habit clairement distinctif. C’est une expérience un peu oppressante, car il est vrai que l’espace public en est profondément modifié. Mais que proposez-vous de faire ?

D’accord pour que les femmes qui le veulent se voilent. Mais que fait-on pour l’antisémitisme ?

On revient toujours à la question centrale de l’indépendance de la nation. Nous ne pouvons défendre les juifs que si nous défendons en même temps notre droit de les défendre, notre droit de décider comment nous souhaitons vivre. Non, on ne nous fera pas dire qu’il y a un génocide à Gaza et qu’Israël est le cœur de l’injustice dans le monde. C’est nous qui devons décider de ce que nous faisons, pensons et disons. Or, c’est ce présupposé qui nous fait défaut depuis des décennies. Nous n’avons eu le droit d’aimer la France que dans l’horizon de sa disparition prochaine dans l’« Europe » ou dans le « monde ». Ce qu’on peut reprocher à Emmanuel Macron, c’est de n’avoir pas employé le crédit qui lui était fait pour rétablir une certaine indépendance de la parole et de l’action politiques de la France, chaque mouvement dans cette direction étant immédiatement détourné et perdu dans les fausses symétries du « en même temps ». Ferons-nous enfin un effort sérieux pour desserrer l’étau mortel que j’évoquais plus haut, pris que nous sommes entre l’humanitarisme sans frontières et l’islamisme ? C’est ainsi seulement qu’on luttera sérieusement contre l’antisémitisme.

Vous observez qu’on ne peut plus rien imposer mais pourtant, il y a eu une période assimilationniste de la IIIe République qui imposait, aux Bretons comme aux Italiens, de parler français. Pourquoi n’est-ce plus possible ?

Nous nous sommes retiré le droit de commander, car nous ne pensons pas que ce qui est « à nous » soit bon et digne d’être défendu. Ni notre langue, ni notre histoire, ni notre indépendance, ni notre liberté… Sous la jactance des valeurs, je ne sens qu’un triste désir de mourir.

Foot/Ligue des nations: Israël contraint d’expatrier ses matchs à domicile

L’équipe de France affrontera Israël demain soir. La rencontre est organisée à Budapest.


En match aller de la Ligue des Nations, les Bleus rencontrent ce jeudi soir Israël. Contrairement à la règle, celui-ci ne se disputera pas en Israël mais… en Hongrie. C’est à la demande de l’UEFA, organisatrice de cette toute récente compétition, que la Fédération israélienne (IFA) a excepté d’expatrier ses matches à domicile, en raison du conflit au Proche-Orient. « Décision logique, a convenu son président Moshe Zuares auprès du Journal du dimanche. Nous sommes en état de guerre. Personne ne nous punit (…). C’est simplement la réalité actuelle dictée par la sécurité ». Cela se comprend aisément. Un match international à Tel-Aviv, c’était très certainement l’exposer à une rafale de roquettes depuis Gaza ou le Liban, voire à un tir de missile déclenché depuis le Yémen.

C’est ainsi que la sélection israélienne a déjà reçu son homologue belge le 6 septembre, à huis clos, au Nagyerdei Stadion de Debrecen (troisième plus grande ville hongroise), match qu’elle a perdu par 3 à 1, et l’italienne le 9 au Bozsik Arena de Budapest devant un public confidentiel d’à peine 2000 personnes, qu’elle a également perdu sur le score très honorable de 2 à 1. La France, vice-championne d’Europe et du monde, s’était inclinée au Stade de France devant l’Italie par 1 à 3.

Comme quoi, bien que limitée dans ses moyens, l’exilée équipe d’Israël, privée dès lors du soutien de ses supporters, a été capable de tenir la dragée haute à l’italienne, première de la poule qui regroupe ces quatre sélections nationales, le groupe B.

Kylian Mbappé et Antoine Greizmann ne seront pas présents sur la pelouse hongroise

Jeudi, les Bleus joueront dans le même stade que celui de l’Italie, mais sans Kylian Mbappé ni Antoine Griezmann, l’un non-sélectionné bien que capitaine pour une curieuse raison, l’autre ayant pris une soudaine et surprenante retraite anticipée. Peut-être une aubaine pour Israël et l’heure de la vérité pour la France confrontée à un renouvellement de génération.  

Pour revenir à cette sorte de bannissement dont est l’objet Israël, si on se fie aux déclarations de Moshe Zuares, toujours au JDD de dimanche dernier, il ne lui a pas été évident de se trouver une terre accueil. Même si très diplomatiquement, il dit que « de nombreux membres de l’UEFA se sont montrés courageux et véritables amis et nous ont ouvert la porte en ces temps difficiles » mais se sont en fait abstenus prudemment de passer de la parole à l’acte, à la différence de la Hongrie de Viktor Orban. Il est vrai que ce dernier, longtemps soupçonné d’antisémitisme, affiche son soutien à Benyamin Netanyahou. Ce qui n’est pas le cas des autres gouvernements d’Europe. Ceci expliquant donc cela… « Je remercie particulièrement la Hongrie qui est devenue notre deuxième maison », a tenu à souligner Moshe Zuares, confirmant ainsi indirectement que les autres membres se sont discrètement dérobés le moment venu. Le refus de la Belgique d’accueillir à Bruxelles le match retour et l’embarras dans lequel se trouve la France pour organiser le sien au Stade de France en sont la preuve.

Le match Belgique-Israël, prévu le 17 novembre, se déroulera au même stade hongrois, Nagyerdei Stadion, où avait eu lieu le premier, et sans doute encore à huis clos, et non au stade Roi Baudouin de Bruxelles. Pour justifier cette décision, l’adjoint aux sports de la capitale belge, un écologiste, a dit : « Accueillir Israël, c’est faire entrer la tension géopolitique maximale dans nos quartiers, et prendre un risque démesuré de voir un loup solitaire déclencher un nouvel acte terroriste ». En clair, et en peu de mots, cette déclaration entérine la capitulation de la puissance publique face à la menace islamiste. Bruxelles serait-elle donc déjà terre soumise à l’islamisme ?

Incertitude pour le match retour

La France, elle, hésite. Le dossier est entre les mains du nouveau ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Vu ses positions fermes sur l’immigration et l’islamisme, on peut considérer que le match ne sera pas délocalisé en Hongrie, car ça serait pour lui un humiliant camouflet. Mais où donc aura-t-il lieu ? A l’origine, il était prévu le 14 novembre au Stade de France, situé en Seine-St-Denis. Or ce département est considéré comme un des fiefs du séparatisme islamiste dans l’Hexagone. Le souvenir des graves incidents du 28 mai 2022 qui avaient marqué la rencontre délocalisée Liverpool-Real de Madrid est toujours vivace. En conséquence, il serait envisagé qu’il se dispute au Parc des Princes. Si d’aventure, c’est cette solution de repli qui est retenue, ça serait, qu’on le veuille ou non, un affligeant message de faiblesse adressé à ce courant « antisioniste » de plus en plus ostentatoire qui se manifeste en France depuis le pogrom du 7-Octobre.

Quant à l’Italie, elle fera jouer le match à Udine, petite ville du Frioul, dans le nord-est de la péninsule, après bien des tergiversations. Mais, car il y a un mais, la municipalité de centre-gauche refuse de s’y associer pour ne pas « créer de la division » parmi ses habitants.

Si cette mise au ban déguisée du foot européen persiste, Israël pourrait tôt ou tard se poser la question de son maintien dans l’UEFA en conséquence, UEFA à laquelle le pays n’a adhéré qu’en 1994. De 1954 à 1974, Israël était, en raison de sa situation géographique, membre de la Confédération asiatique de football (CAF) sans que cela ne pose aucun problème à ses voisins musulmans qui en faisaient aussi partie. Son équipe remporta même en 1964 la Coupe d’Asie, équivalent pour la zone à une Coupe d’Europe. Son équipe junior la gagna six fois (1964, 65, 66, 67, 71, 72). Ce n’est qu’à compter des années 70 que le bloc des fédérations de la péninsule arabique, parmi lesquelles celles de Jordanie, d’Arabie saoudite, ou des Émirats firent pression et obtinrent son départ. Après deux décennies de purgatoire, l’UEFA accepta finalement son adhésion qui risque, si Israël est contraint de jouer ses matches à domicile à l’extérieur et est accueilli avec réticence lors des retours, de devenir intenable.

D’autant que la FIFA, l’autorité suprême du foot mondial, a été saisie le 17 mai, à Bangkok, lors de son congrès, par la Fédération palestinienne (oui, elle existe, bien que la Palestine ne soit pas un État reconnu) d’une plainte pour « débordements anti-palestiniens dans plusieurs stades israéliens » – des banderoles et des chants n’auraient pas été sanctionnés par la fédération israélienne. Pour l’instant, comme l’a titré à ce sujet L’Equipe de mardi, « la FIFA joue la montre ». Le quotidien sportif estime de source proche du dossier « qu’il ne faut pas s’attendre (…) à une mise à l’écart des sélections israéliennes », à l’instar des russes après l’intervention militaire en Ukraine en février 2022. La FIFA a rappelé, selon L’Equipe, « qu’il y a 70 conflits dans le monde » et que si elle devait sanctionner chaque fois, « elle ne ferait que ça. » Réflexion hors propos, pourquoi l’a-t-elle donc fait pour la Russie, si elle se garde de le faire les 70 autres fois ? En tout cas, pour Israël, il n’est pas question de quitter de son propre chef l’UEFA comme elle le fit avec la CFA. « L’UEFA est notre foyer, a dit au JDD, Moshe Zuares, nous sommes ici pour rester et grandir. » Si Israël était contraint à partir, le pays serait fatalement rayé de la planète foot, ce dont rêvent les adversaires de l’État juif, et ce qui serait pour lui est un signe avant-coureur de très mauvais augure. Car le sport est bien souvent aujourd’hui, pour reprendre une citation célèbre de Clausewitz, une manière pour d’aucuns de faire la guerre par d’autres moyens…

Enseignant à Tourcoing: un métier à rixe

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Dans la ville de Gérald Darmanin, les caméras de surveillance d’un lycée attestent qu’une enseignante a été vilipendée, puis molestée, parce qu’elle demandait à une élève musulmane de retirer son voile islamique. Les autres élèves ne se sont pas portés à son secours. La délinquante a été placée en garde à vue et a interdiction de mettre les pieds dans le lycée. Le député Darmanin monte au créneau pour dénoncer ces « faits extrêmement graves ». Mais bizarrement, il y a quelques jours, lancien ministre de l’Intérieur jouait la carte victimaire alors qu’il quittait la place Beauvau.


À Tourcoing, une jeune fille voilée a frappé son professeur dans l’enceinte du lycée Sévigné, car l’enseignante lui a demandé d’ôter son voile. L’histoire est révélatrice à bien des niveaux, et en rappelle beaucoup d’autres.

D’abord, cela fait partie de ces signaux récurrents qui montrent l’avancée de l’islamisation chez des jeunes Français. Cela témoigne surtout de leur détermination à imposer les marqueurs de l’islamisme et de la radicalité, là où ils n’ont rien à y faire, mais où leur capacité à l’imposer montre à la fois la force du religieux et la faiblesse de nos institutions.

Je parle de l’école.

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Cette jeune femme suivait une formation technique et médicale, dans le soin à la personne. Or, il y a déjà 10 ans, certaines IFSI, écoles d’infirmières et d’aides-soignantes étaient ciblées par les islamistes, car beaucoup de formations étant faites au sein des lycées, ils y voyaient l’opportunité d’imposer le voile dans ces établissements en jouant sur le fait que nombre de filles devenaient majeures durant la formation… Cela m’avait été signalé dès 2016, mais les professeurs qui ont voulu se battre contre le phénomène ont été sévèrement réprimandés par l’administration qui leur a fait comprendre que sous peine d’être considérés comme des suppôts fascistes, il fallait qu’ils se taisent et que parler à la presse aurait de lourdes conséquences.

Gérald Darmanin, un curieux équilibriste

Ensuite, cet épisode intervient peu de temps après la sortie récente de Gérald Darmanin, alors sur le départ de la place Beauvau, geignant que s’il avait mis en avant son deuxième prénom, Moussa, il n’aurait jamais été ministre de l’Intérieur. Pour régner à Tourcoing, mieux vaut ne pas miser sur la République, la ville est, comme Roubaix, aux mains des islamistes au point que l’on ne se sent plus en France dans certains quartiers. Curieusement, le fait que M. Darmanin l’ait dirigée et qu’il soit l’homme fort du secteur n’a rien changé à cette implantation radicale. Parce qu’il n’a rien fait contre ? C’est en tout cas ce que disent ses opposants. En attendant, la sortie médiatique de l’ancien ministre aux côtés de Bruno Retailleau ne devait rien au hasard. Elle était à la fois communautariste, victimaire et clientéliste. Il faut dire que Gérald « Moussa » Darmanin est double. Ministre de l’Intérieur, il revêt une robe de chambre d’autorité et se pare des insignes de la République. Mais pour garder son territoire de Tourcoing et sa baronnie locale, il n’hésite pas à donner des gages au communautarisme. Des gages identitaires et victimaires, en rejoignant la liste des pleureuses racialistes, donc. En expliquant que s’il avait mis en avant le prénom de Moussa, il n’aurait pu être ministre, Gérald Darmanin semble nous dire que la France est structurellement et hypocritement raciste, puisqu’elle systématiserait le refus d’accès aux responsabilités et qu’elle le ferait au nom de l’appartenance ethnico-religieuse de façon dissimulée pour mieux manipuler ceux qu’elle opprime. Gérald Darmanin a-t-il surjoué la posture républicaine lorsqu’il était au gouvernement, pour mettre moins d’un mois à relancer la carte communautariste et clientéliste en redevenant député de Tourcoing ? Les premiers à qui il semble donner des gages sont donc à aller chercher dans la communauté arabo-musulmane la plus radicalisée, car cette posture victimaire racialiste est évidemment la porte d’accès privilégiée de l’islamisme pour faire des ravages dans les banlieues. Cela ne peut que laisser envieux quant à la souplesse des adducteurs et la malléabilité de la conscience de M. Darmanin, mais démontre qu’il n’est sans doute pas l’homme dont la France a besoin pour résister à la pression du totalitarisme islamiste.

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On pouvait donc à bon droit sourire devant la prise de parole faussement indignée de l’ancien ministre de l’Intérieur. À lui comme aux autres politiciens qui pensent que l’on peut n’avoir aucune colonne vertébrale, car la politique c’est adapter son discours en fonction des intérêts du groupe constitué que l’on a en face, il serait temps de montrer la sortie. Ils sont plus qu’inutiles, ils sont destructeurs. Mais la question est moins celle des renoncements de Gérald Darmanin que la réaction du nouveau gouvernement.

Anne Genetet affiche une certaine fermeté, mais le gouvernement sera-t-il ferme ?

En effet, la fermeté ne se décrète pas, elle se montre. Et pas seulement dans les discours. Elle se base sur une doctrine, autrement dit un regard clair porté sur la montée de l’islamisme, sur la façon dont il s’en prend à la société, sur ses cibles privilégiées, et en face sur la manière dont les institutions peuvent le combattre. Le discours d’Anne Genetet, la ministre de l’Éducation nationale, suite à l’agression, a été assez juste, mais, à la fin, on aimerait quand même des annonces un peu plus consistantes que : « l’élève ne retournera pas dans l’établissement jusqu’à son conseil de discipline ». Si on veut être efficace dans la lutte contre une idéologie politique totalitaire, il faut que cette lutte soit claire, visible et assumée.

Dans un cas pareil, la jeune fille doit évidemment être exclue d’office pour fait de violence et traduite en justice pour atteinte à l’intégrité physique de son professeur. Mais elle devrait aussi être interdite de se présenter à un concours de la fonction publique, et perdre temporairement ses droits citoyens. Bien sûr, tout cela doit être inscrit à son casier judiciaire et ne doit pas en être effacé. En règle générale, on ne devrait pas effacer les faits de violences sur une personne dans un casier judiciaire. Et, bien sûr il faut que l’affaire lui coûte cher, à elle et à sa famille. Une amende très lourde doit être exigée. Et si la jeune fille avait été mineure, il aurait été utile que sa famille perde un certain nombre d’aides (logement social si c’est le cas, aides sociales diverses). En effet, la solidarité nationale suppose que nous partagions un monde commun, que nous soyons unis à travers des principes structurants, comme l’égalité ou les libertés publiques. Ce n’est pas le fait que nous vivions sur le même territoire qui nous unit, mais le fait que nous ayons choisi de partager un destin parce que nous avons su nous doter d’un commun. Celui qui revendique violemment son appartenance à une idéologie qui fait de notre modèle culturel, politique et social, sa cible, n’a rien à faire parmi nous et ne devrait pas bénéficier de la solidarité citoyenne des hommes libres. Celui qui refuse le contrat social qui nous lie n’a pas à en bénéficier.

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Au vu de l’expérience des gouvernements Macron précédents, nous allons attendre pour voir si la promesse de fermeté affichée donne des résultats. Nous avons été habitués depuis trop longtemps à de la communication stérile pour pouvoir encore nous enthousiasmer, et si la réaction de la ministre de l’Éducation est forte, elle n’a en réalité rien de particulièrement disruptif. Nous verrons donc ce qui va concrètement arriver à la jeune islamiste, avant de louer ou de critiquer qui que ce soit. C’est dire à quel point de circonspection nous en sommes face à nos représentants politiques…

Silence coupable

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Marseille: quand des gamins tueurs défient l’État désarmé

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La France se libanise. Marseille a pris une longueur d’avance.


Dans le séparatisme qui vient, Marseille a juste une longueur d’avance. La ville fétiche d’Emmanuel Macron, qui veut en faire avec la Seine-Saint-Denis le symbole de la diversité heureuse, n’en finit pas de sombrer dans le communautarisme criminalisé.

Uberisation du crime

Cette fois, ce sont des enfants tueurs, à la solde de narco-trafiquants, qui sèment l’horreur. Leur dernière victime était un paisible chauffeur VTC, Nessim Ramdame : il a été exécuté d’une balle dans la tête par un adolescent de 14 ans. L’assassin avait été recruté par un dealer, de sa prison grâce à l’un de ses quatre téléphones portables, pour liquider un concurrent en échange de 50000 euros. Le jeune sicaire n’a pas supporté que son conducteur, étranger au trafic de drogue, ait refusé de l’attendre, le temps qu’il aille tuer comme il irait livrer une pizza.


La génération des mineurs isolés, venus du Maghreb, est devenue le vivier des cartels, installés sous la protection des banlieues islamisées. Une ubérisation du crime s’y développe, sans rencontrer l’obstacle de la République désarmée. Ces bombes inhumaines, dénuées de toute empathie, pourraient aussi bien prendre les armes, demain, pour affronter les forces de l’ordre ou les gêneurs. Si une partie de Marseille est prisée pour ce qu’elle est encore dans sa diversité chaleureuse, force est de constater qu’une autre moitié de la ville s’est perdue dans une immigration de masse devenue incontrôlable. Deux mondes s’y affrontent désormais. Non seulement s’observe une libanisation de Marseille, mais la cité prend bien des aspects qui se retrouvent dans les pires narcos-États d’Amérique du Sud.

Une préfiguration de notre avenir

Ce naufrage marseillais préfigure celui de la France. Il ne peut être évité que si l’État décide d’entrer en guerre contre ses ennemis intérieurs. Un désarmement est assurément nécessaire. Mais c’est dans les cités qu’il devrait s’appliquer. La loi des truands s’accorde avec celle de l’islam subversif. Au Liban, le Hezbollah pratique ce même mélange des genres. Le gangsterrorisme en est le produit. Ce qui arrive à Marseille, avec ces démons recrutables sur l’internet, se retrouvera dans d’autres villes atteintes par la même gangrène de la lâcheté, qui affaiblit les autorités publiques. Mais ce naufrage marseillais est également celui du chef de l’État. Emmanuel Macron a échoué à faire de sa « ville de cœur » la pointe avancée et exemplaire de sa France de demain. Les envolées du président sur « Marseille en grand » et ses promesses de « Place nette XXL » sont restées des mots creux. Idem pour les engagements de Gérald Darmanin à « tuer la pieuvre ». Ici comme ailleurs, le récit officiel, qui voudrait faire croire en une cohabitation harmonieuse des cultures, est contredit par les réalités.

La fracture identitaire du pays, que votre serviteur décrivait en 2007[1], a pris des proportions dramatiques. C’est à Tourcoing, fief de Darmanin, qui se flattait de son action contre le séparatisme islamiste, qu’une élève voilée a frappé une enseignante qui lui demandait d’ôter son signe d’appartenance à l’islam. C’est à Sciences-Po Paris et dans certaines universités cornaquées par LFI que sont lancés des appels à l’intifada en France, c’est-à-dire à la guerre civile. Pour l’instant, rien n’arrête la dislocation de la nation. Le monde politique, qui s’empoigne actuellement sur le prix de l’électricité, n’est pas à la hauteur.


Elisabeth Lévy réagit à l’affaire du tueur à gages de Marseille : « Il faut réviser notre conception de l’État de droit »


[1] La fracture identitaire, Fayard

« Moi, proviseure… »: les lettres de noblesse de l’enseignement professionnel

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Mahi Traoré. DR.

Inlassable défenseur de l’élitisme républicain, notre chroniqueur s’est intéressé à l’une des plus belles réussites de l’enseignement professionnel, ce mal-aimé des bobos et des ministres. En l’occurrence le lycée Lucas-de-Nehou à Paris.


Lucas-de-Nehou ? Ne cherchez pas : c’était un maître verrier du XVIIe siècle, qui a entre autres œuvré à la Galerie des Glaces, à Versailles. L’idée de donner son nom à un lycée spécialisé dans la verrerie d’art, et dont toutes les fenêtres sont des vitraux contemporains magnifiques, allait donc de soi.

L’établissement est installé au 4, rue des Feuillantines. Ne cherchez pas non plus : il occupe l’emplacement d’un ancien couvent où le petit Victor Hugo, 6 ans à l’époque, se dissipait avec ses frangins pendant que son père commandait l’armée napoléonienne en Espagne : « Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants… » Une plaque sur le mur de la rue le rappelle aux passants — et une seconde plaque indique que dans l’institution qui remplaça le couvent sous la Restauration, un certain Louis Pasteur fut élève.

Plaidoyer pour plus d’autonomie des chefs d’établissements

Des références que d’aucuns trouveraient écrasantes, mais que relève fièrement Mahi Traoré, proviseure, comme elle l’écrit dans un livre qui paraît aujourd’hui. Elle dirige un établissement qui, comme bien des lycées professionnels, recrute sur toute la France : l’excellence sans frontières ! Pour 200 places, elle croule sous les demandes : l’artisanat d’art a toujours la cote, et plusieurs des anciens élèves du lycée travaillent sur les vitraux futurs de Notre-Dame-de-Paris.

Incidemment, Lucas-de-Nehou a 100% de réussite au bac, et ses élèves sont immédiatement recrutés, le plus souvent dans les entreprises dans lesquelles ils ont fait leur stage. Et au-delà de la réussite scolaire et professionnelle, quel orgueil pour des élèves de CAP de réaliser un « chef d’œuvre », sur le modèle du compagnonnage !

A lire aussi, du même auteur: Génération Ratus

Ce recrutement se fait naturellement sans distinction de classes (sociales) : Mahi Traoré se prononce clairement pour une mixité sociale basée sur les seules capacités, pas sur le portefeuille. Ses élèves sont globalement issus de classes moyennes — et non du très chic Vème arrondissement où se trouve la rue des Feuillantines, à deux pas de l’Ecole Normale Supérieure et du Panthéon. Si Henri-IV et Louis-le-Grand se sont accrochés, jusqu’à la réforme Affelnet, à leurs privilèges sociaux et ont rechigné à admettre en seconde des élèves issus d’établissements obscurément périphériques ; si Oudéa-Castéra — réflexe de caste — est entrée en conflit avec l’ancien recteur de Paris parce qu’il souhaitait créer des Prépas réservées aux bons élèves des lycées professionnels ; si nombre d’enseignants de gauche de l’Académie se sont élevés contre une initiative qui bousculait leurs privilèges, ce n’est pas le genre de Mahi Traoré : ses élèves sont sélectionnés en fonction de l’adéquation de leurs ambitions (et de leurs résultats) au projet de son établissement.
Et c’est dans cette direction qu’elle plaide : un chef d’établissement devrait pouvoir recruter des enseignants eux-mêmes en harmonie avec le projet. Et éventuellement les remercier s’ils ne donnent pas satisfaction.

Vitrail républicain

Avant qu’une bonne fée du Rectorat de Paris distingue ses mérites, elle a eu une longue carrière dans des établissements fort variés. Elle n’est dupe ni des avancées du communautarisme (les élèves qui ailleurs s’avancent voilées le font peut-être, feint-elle de s’interroger, « à l’instigation d’une association religieuse »), ni de la difficulté à enseigner la laïcité — alors que c’est un vitrail de l’une de ses élèves qui a été installé au Rectorat pour célébrer la devise de la République ; et que Madame la proviseure, qui a rejoint l’équipe Valeurs de la République animée par mon ami Alain Seksig, a décidé, de sa propre autorité, de consacrer une semaine entière, et pas une minute de silence, à la mémoire de Samuel Paty et de Dominique Bernard.

Et sa parodie toute récente, au micro de RTL, de l’anaphore de François Hollande (« Moi, président ») sonne d’une façon autrement glorieuse que les mensonges du soi-disant socialiste.

Et au final, quelle satisfaction de constater qu’il est des Franco-Maliennes plus à l’aise avec la langue française qu’Aya Nakamura !

Mahi Traoré, Moi, proviseure…, Robert Laffont, octobre 2024, 210 p.

Affaire Auradou-Jégou: la fédé de rugby interdira-t-elle la troisième mi-temps?

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Oscar Jegou (à droite), Hugo Auradou (au centre) et leur avocat (à gauche), aéroport de Buenos Aires, 3 septembre 2024 © Gustavo Garello/AP/SIPA

Les charges contre Hugo Auradou et Oscar Jegou, poursuivis par la justice argentine après une accusation de viol qui serait survenu dans la nuit du 6 au 7 juillet dans un hôtel à Mendoza, pourraient être abandonnées. Mais, Didier Codorniou, candidat à la présidence de la Fédération Française de Rugby (FFR), estime qu’ils devraient tout de même être sanctionnés.


Je crois bien avoir levé un lièvre. Je m’aventure sur des terres habituellement réservées à d’autres sur Sud Radio : le rugby. L’affaire Auradou-Jégou va susciter un nouveau débat : faut-il supprimer la troisième mi-temps ?

Une affaire judiciaire qui percute une élection capitale

Les deux rugbymen français qui devraient obtenir un non-lieu le 18 octobre prochain ont déjà réintégré leurs clubs. Mais cette affaire percute l’élection du président de la FFR. L’occasion pour le sortant Florian Grill et le challenger, Didier Codorniou, de se lancer dans une compétition de vertu. C’est à celui qui sera le plus raide.

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Hier, M. Codorniou donne un entretien à l’AFP. Selon lui, MM. Auradou et Jégou n’auraient pas dû recommencer à jouer : « Deux joueurs qui portent le maillot de l’équipe de France et rentrent alcoolisés à cinq heures du matin doivent être sanctionnés. J’aurais aimé que la fédération puisse le faire ». Tout le monde a bien compris que c’était en réalité une pique, une pierre lancée dans le jardin de M. Grill, lequel expliquait lundi, toujours à l’AFP, qu’il n’avait pas sanctionné les deux joueurs faute de règles : « Le cadre n’était pas clair et une forme de cadre souple était même admise ». Traduction: c’était la troisième mi-temps, et ça ne choquait personne… Prenez garde, ça va changer ! Si Florian Grill est reconduit, il annonce qu’il fixera « un cadre clair qui permettra de sanctionner. Nous n’aurons pas la main qui tremble ». Le résultat d’accusations de viol très probablement fausses et opportunistes, c’est donc que tout le rugby français va être mis au régime sec.

Un peu de tenue !

On peut exiger une certaine tenue de la part des joueurs, dira-t-on, quand ils portent le maillot de l’équipe de France. Oui, mais uniquement quand ils sont dans une position de représentation (rappelez-vous de nos footballeurs débraillés, les écouteurs dans les oreilles, c’était assez déplorable, par exemple).

Mais j’imagine que nos rugbymen ne portent pas le maillot bleu en boite de nuit… À l’étranger, ils devraient surtout être plus prudents, car ils sont des proies pour les chasseuses de primes. Il faut aussi qu’ils soient un peu discrets, qu’ils se méfient des réseaux sociaux et ne fassent pas preuve de trop de vantardise. Mais le reste, c’est leur vie privée. Je vous vois venir avec l’exemplarité… Nos sportifs doivent être des exemples pour la jeunesse. Admettons : ce sont des exemples de courage et de dépassement de soi. Mais certainement pas des exemples de morale et de vertu. Qui décide de ce qui est moral ou vertueux, d’ailleurs ? Ce n’est quand même pas la FFR ! Désolé, pour ma part, je ne trouve pas immoral d’aller en boite de nuit, d’avoir des relations sexuelles consenties et même de boire. C’est peut-être stupide, nocif et concernant l’alcool il faut bien sûr le boire avec modération, mais nos sportifs sont des adultes.

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Je ne vous refais pas ici le coup de la « tradition ». Les sacrifices humains étaient une tradition chez les incas, et je ne vais pas les recommander pour autant. Ce n’est donc pas au nom de la tradition qu’il faut défendre la troisième mi-temps, mais au nom de la liberté. Ras-le-bol des dames patronnesses et des ligues de vertu. Si le plaisir est souvent déraisonnable, il n’est pas immoral.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin

La face cachée de la francophonie

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La ministre de la Culture Mme Dati accueille le président Macron au 19e Sommet de la francophonie, grand Palais, Paris, 5 octobre 2024 © Chang Martin/SIPA

Selon le linguiste Alain Bentolila, il est aberrant d’enseigner le français à des enfants qui ne maîtrisent même pas les fondamentaux de leur langue maternelle. En continuant sur cette voie, les pays dits francophones ne produiront plus que des analphabètes.


Un enfant ne peut apprendre à lire et à écrire dans une langue qu’il ne parle pas. Quelle que soit la méthode de lecture choisie, quelle que soit la démarche pédagogique empruntée, cet enfant aura fort peu de chance de parvenir à maîtriser la langue écrite, tout simplement parce qu’il ne maîtrisera pas suffisamment la langue orale.

Être confronté à des mots écrits qui ne correspondent à rien dans son intelligence est en effet pour un élève la promesse de ne jamais apprendre à lire. Avant même d’apprendre à lire, un enfant devrait en effet posséder, en moyenne, un répertoire de quelque 1850 mots oraux liés chacun au sens qui lui correspond. C’est cela qui lui permet, lorsqu’on lui parle, de reconnaître le « bruit d’un mot » et d’en comprendre le sens en interrogeant le petit «dictionnaire mental oral » qu’il s’est progressivement constitué. C’est ce même dictionnaire de mots oraux qu’il pourra questionner une fois que son enseignant lui aura appris à traduire en sons ce qu’il aura découvert en lettres. Mais si l’enfant ne possède pas, dans son petit dictionnaire, le mot qu’il a « déchiffré », il n’y aura aucun sens derrière le bruit qu’il a mis tant de soin à construire. Adieu le sens des phrases ! Adieu le sens des textes !

Cette situation dramatique, qui met en difficulté, en France, environ 10% d’enfants, en concerne plus de 50% au Sénégal, au Maroc, en Haïti et dans la plupart des pays dits francophones. Dans ces pays, des maîtres d’école peu formés tentent d’inculquer à leurs élèves les mécanismes qui relient les lettres qui composent les mots aux sons qui leur correspondent. Ces élèves vont ainsi parvenir à mémoriser ces correspondances et être plus ou moins capables de traduire laborieusement en sons ce qu’ils découvrent en lettres. Mais à quoi rime cette capacité de déchiffrage, difficilement acquise, si le bruit du mot fabriqué avec effort par les élèves sénégalais ou haïtiens n’active rien dans des cerveaux qui ne possèdent pas le moindre vocabulaire français ? À rien, bien sûr. Car, ne l’oublions pas, apprendre à lire ce n’est pas apprendre une langue nouvelle, mais retrouver, sous une autre forme, une langue que l’on pratique déjà. Si la pénurie de vocabulaire promet à certains élèves français d’être en difficulté de lecture, la quasi-inexistence de vocabulaire assure à l’immense majorité des élèves des pays dits francophones de devenir analphabètes.

Une École digne de ce nom – où qu’elle soit – doit ainsi enseigner ses apprentissages fondamentaux dans la langue que parlent et comprennent ses élèves. Dans tous les pays où les élèves parlent une langue différente de la langue d’enseignement, c’est leur langue maternelle qui doit leur permettre d’accéder à la lecture et à l’écriture, sauf à confondre récitation et lecture. C’est sur cette base solide qui met la compréhension au centre des apprentissages qu’ils pourront ensuite accéder aux langues d’ouverture. En bref, il y a urgence pédagogique à instaurer en Haïti, au Sénégal, au Maroc… la langue maternelle comme première langue d’apprentissage de l’écrit. Ce n’est qu’une fois satisfaite la nécessité d’appuyer l’apprentissage de la lecture sur la langue maternelle de chaque enfant que l’on pourra envisager avec sagesse la maîtrise de la langue française afin qu’elle constitue une chance supplémentaire de promotion culturelle et sociale.

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Les systèmes éducatifs de certains pays dits francophones sont ainsi des machines à fabriquer de l’analphabétisme et de l’échec parce qu’ils n’ont jamais voulu (ou su) résoudre la question qui les détruit : celles des choix linguistiques. Arriver à cinq ou six ans dans une école et y être accueilli dans une langue que sa mère ne lui a pas apprise est pour un enfant une violence intolérable. Être confronté à des mots écrits qui ne correspondent à rien dans son intelligence est pour un élève la promesse de ne jamais apprendre à lire.

Mais ne confondons pas le cas du petit Haïtien, du petit Sénégalais ou du petit Guyanais qui ne parlent souvent pas un mot de français lorsqu’ils poussent la porte de l’école avec celui du petit Breton, du petit Occitan ou de bien des élèves martiniquais et réunionnais des centres-villes qui parlent convenablement le français et qui, en revanche, maîtrisent fort mal la langue régionale. Dans le premier cas il y a « urgence pédagogique » à instaurer la langue maternelle comme première langue d’apprentissage parce qu’elle est le seul instrument de communication. Mais, pour des élèves qui parlent français, utiliser les langues régionales comme langues d’enseignement n’est justifié ni d’un point de vue politique ni d’un point de vue cognitif. C’est confondre, au nom d’une « diversité linguistique sublimée », une nécessité pédagogique et un respect légitime des identités culturelles. En aucun cas un décret instaurant l’usage d’une langue régionale à l’école (breton, occitan, basque) n’aura le pouvoir de bouleverser la hiérarchie des langues que l’histoire a imposée sur notre territoire. Si l’introduction de la langue catalane dans les écoles de l’Autonomie fut légitime, c’est parce qu’elle fut l’aboutissement d’un processus de transformation politique, administrative et sociale. Alors que la création d’isolats scolaires en Bretagne, en Occitanie ou ailleurs ne se justifie ni sur le plan pédagogique (la plupart des élèves ont pour langue maternelle le français) ni sur le plan social (la langue de promotion est le français). Il s’agit d’une revendication purement idéologique qui ne concerne d’ailleurs qu’une minorité d’enfants plutôt favorisés. Ce qui est étrange, c’est que ce sont les mêmes « bons apôtres » qui encensent la francophonie – dont ils refusent de voir les effets pervers – qui chantent par ailleurs les louanges d’une diversité linguistique mettant en péril l’unité de notre pays.

Attal / Borne: petit arrangement en lousdé

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Elisabeth Borne et Gabriel Attal, Vanves, 29 janvier 2018 © Jacques Witt / Sipa/SIPA

Mardi, alors que tout le monde avait les yeux rivés sur la motion de censure visant le malheureux Michel Barnier, Gabriel Attal et Elisabeth Borne étaient introuvables.


On connaît l’expression « Passez-moi la rhubarbe, je vous passerai le séné ». Cela se dit lorsque deux personnes, agissant par intérêt, se prétendent disposées à s’accorder mutuellement quelques faveurs. Tout cela se fait le plus souvent sous le manteau, le procédé – effectivement entaché d’un fort esprit de magouille – ne sentant pas très bon. Le séné et la rhubarbe, ne l’oublions pas, sont classés laxatifs dans la pharmacopée traditionnelle. Nonobstant, le recours à cet usage est des plus fréquents en politique, domaine, il est vrai, où les professionnels de la profession ne sont pas du genre à se pincer le nez devant ce qui pue.
Edouard Herriot, qui n’était pas avare de formules hilarantes et décapantes, n’avait-il pas coutume de lâcher : « La politique, c’est comme l’andouille. Ça doit sentir un peu la merde, mais pas trop » ? Sur ce point, il faut bien dire que depuis le grand festival séné-rhubarbe de l’entre deux tours des législatives, nous sommes servis. On pourrait même affirmer sans crainte aucune d’être démenti que le « sentir mais pas trop » recommandé par le fin connaisseur Herriot est dépassé de beaucoup.

Rendez-vous secret

Nous en avons eu une – nouvelle et anecdotique – illustration ces jours derniers à l’occasion d’une tractation de ce genre, en catimini, entre deux personnalités de premier rang, puisque passées par Matignon.
Nous sommes mardi dernier. L’actuel hôte de ce même Matignon se trouve confronté à sa première motion de censure. Il est 16h. Il pourrait s’offrir une petite sieste, la gesticulation parlementaire de la gauche fera long feu.
Motion rejetée. Les deux prédécesseurs de l’actuel Premier ministre brillaient par leur absence. Ils avaient – ensemble – ce rendez-vous secret. Une entrevue où devait être discutée quelque chose comme la teneur précise de la rhubarbe et du séné. En jeu, la candidature au poste de secrétaire général du parti Renaissance. Élection prévue en novembre prochain.

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Élisabeth Borne s’est déclarée candidate de longtemps. Mais voilà bien que le jeune et remuant Gabriel Attal se prend à lorgner aussi sur ce trophée, bien qu’il soit déjà président du groupe parlementaire à l’Assemblée. Depuis qu’il a dû lâcher l’os (à moelle) de Matignon, on ne retient plus l’Attal cannibale. Il veut tout. Et tout de suite. L’homme a les belles dents de la jeunesse et il les a très longues. Or, Madame Borne n’entend pas renoncer aussi aisément. Elle trouve que trop c’est trop et que l’Attal, justement, les dépasse, les bornes (Je sais, facile. Mais tellement tentant…).
D’où l’entrevue secrète. Elle a pour cadre le domicile d’un proche du président Macron. Ce qui a intrigué les observateurs à l’affût de ces choses-là, c’est que la rencontre ait eu lieu justement loin des territoires habituels où se jouent les affaires de la politique. Là, on franchissait la Seine, carrément, on s’aventurait dans un de ces quartiers où il n’y a ni ministères, ni institutions d’État. Bref, si vous préférez, là où les gens vivent de leur travail.

Une élection dont les modalités seront connues ce jeudi 10 octobre dans la soirée

Il est clair que l’ambitieux Attal n’est pas venu à ce quatre à cinq sans biscuits, sans quelque arôme particulièrement entêtant à fourrer dans la vapoteuse de Mme Borne. Aura-t-elle été sensible à ses arguments, à ses offres de dédommagement ? Aura-t-il suffi que son challenger se fende d’un mix bien corsé Séné / Rhubarbe ? Nous devrions le savoir très vite.
Après ce sont les militants qui, lors du congrès, auront à se prononcer. Sans surprise aucune, ils le feront dans le sens qui aura été décidé à leur insu, en catimini, lors de cet énième épisode de l’interminable, l’indémodable feuilleton « la démocratie dans le boudoir ». De plus, ils se verront priés d’applaudir très fort et de trouver que tout cela sent malgré tout très bon.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Que nous est-il arrivé?

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Marche contre l'antisémitisme, Paris, 12 novembre 2023 © Jacques Witt/SIPA

Il ne nous a pas fallu une semaine après le 7-Octobre pour faire des victimes des bourreaux. Beaucoup dénient désormais à Israël le droit de se défendre, et l’antisémitisme est de retour, se désole notre contributeur.


Il y a deux jours Georges Malbrunot, journaliste reconnu pour son expertise du Proche-Orient écrivait sur X: « Mme la présidente de l’Assemblée nationale fait mine également d’ignorer que la France, loin de « désarmer Israël », continue de participer au « Dôme de fer » qui permet à Israël d’intercepter des missiles iraniens, par exemple. »

Ainsi pour un certain courant de pensée français favorable aux Palestiniens dont Malbrunot est un représentant éminent, il est convenu de penser et d’écrire qu’Israël n’aurait même pas le droit de se défendre, via le Dôme de fer, des missiles iraniens qui sont régulièrement envoyés en masse sur son territoire. Et il serait honteux que la France ne contribue pas au désarmement d’Israël et fournisse à l’Etat hébreu des composants pour son système de défense aérienne.

Hostilité croissante

Pour ce courant de pensée, donc, Israël n’a plus le droit de se défendre. Quelle est la prochaine étape ? Faudra-t-il interdire aussi aux forces de l’ordre en France de porter assistance aux juifs victimes d’actes antisémites ? J’avoue que ce soir, en découvrant ce tweet, j’ai été bouleversé. Je connaissais les opinions de Malbrunot, mais je ne pensais pas qu’on puisse, en France, en arriver à énoncer des choses pareilles, à l’abri de la pensée dominante. J’en ai pleuré pour mon pays, qui de toute évidence voit s’étendre comme un feu de savane l’hostilité à l’égard d’Israël, mais aussi des juifs.

De culture politique gaulliste, j’ai toujours fait mienne la philosophie politique concernant Israël telle que l’avait exprimée le général de Gaulle en 1967, bien que j’aie toujours regretté qu’il y glissât cette saillie qui peut sembler un peu antisémite, en tout cas injuste et inutile, en parlant du « peuple dominateur ». J’ai regretté aussi que les gouvernements israéliens successifs autorisent l’implantation de colonies juives en Cisjordanie. J’ai longtemps fait mienne, pour les mêmes raisons, la fameuse « solution à deux Etats » dont les chancelleries occidentales font la promotion depuis 40 ans.

Pourtant, bien des choses sont advenues depuis que Rabin et Arafat ont envisagé de faire la paix. Israël a commis des erreurs manifestes, en implantant des colonies, ou en favorisant le Hamas au détriment du Fatah et de l’OLP. Mais peut-on, au nom des erreurs passées, ne pas prendre en compte la nouvelle situation qui est advenue, même si elle résulte de ces erreurs ? Ainsi, beaucoup d’historiens remettent en cause les erreurs de la France dans la gestion du traité de Versailles et sa responsabilité indirecte dans la montée du nazisme. Fallait-il pour autant ne pas déclarer la guerre à l’Allemagne en 1939 ? De même, les occidentaux ont commis des erreurs manifestes vis-à-vis des Russes et les Ukrainiens, dans la gestion de la crise au Donbass depuis 2014. Fallait-il pour autant renoncer à aider l’Ukraine à se défendre contre l’invasion russe ? A l’évidence, non. Les situations créées par les erreurs passées sont là, et il faut les affronter pour les dangers qu’elles représentent aujourd’hui.

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A l’évidence, Israël est aujourd’hui, et plus que jamais depuis le 7 octobre 2023, entourée d’activistes, de miliciens, de terroristes, d’armées, qui lui sont profondément hostiles et qui veulent sa destruction. Au nord avec le Hezbollah, au sud avec le Hamas, au grand est avec l’Iran et dans une moindre mesure la Syrie. Peut-on imaginer dans le cadre de la « solution à deux États » que s’installe au cœur même de son territoire, en Cisjordanie, un État profondément hostile à Israël qui consacrerait toute son énergie et son économie à constituer des stocks de roquettes et de missiles, comme l’a fait depuis 20 ans le Hamas à Gaza redevenue indépendante ? La France accepterait-elle que s’installe en Seine-Saint-Denis un État inféodé à Daech qui enverrait tous les soirs une salve de missiles sur Notre-Dame ?

Les victimes devenues bourreaux

Peut-on faire comme si rien n’avait changé dans la ligne politique palestinienne depuis 2001, ne pas prendre en compte sa mutation d’un mouvement nationaliste arabe vers une idéologie islamiste irréductible pilotée et inspirée par des mollahs qui sèment la terreur au Moyen-Orient depuis 50 ans ? Peut-on demander à Israël de prendre le risque d’être totalement encerclé par des forces qui veulent sa destruction ? Tout honnête homme répondra non, et reconnaîtra à Israël le droit à se défendre et à desserrer l’étau qui l’oppresse. La solution à deux Etats est morte, et ne sert plus que d’élément de langage prêt à l’emploi au Quai d’Orsay ou au Département d’État américain. Un diplomate suisse évoquait récemment une confédération sur le modèle helvétique, dans laquelle deux peuples cohabiteraient dans un même État… C’est peut-être une piste à suivre, en tout cas elle n’est pas encore d’actualité.

Mais revenons à la France. J’ai dit que « tout honnête homme reconnaîtra à Israël le droit à se défendre »… En est-on certain ? Il n’a pas fallu une semaine après le 7 octobre 2023 pour faire des victimes les bourreaux. Et depuis un an monte comme une vague que rien ne semble arrêter l’hostilité à l’encontre d’Israël. Il suffit de parcourir les médias et les réseaux sociaux pour se rendre compte que cette hostilité s’étend aux « sionistes », nom de code pour désigner les juifs. Il serait naïf de penser que cette hostilité ne serait le fait que de la population musulmane qui réside en France. Elle s’implante dans plusieurs secteurs de la population. Chez les musulmans, on l’a dit, et ils sont nombreux. Dans l’extrême gauche, aussi, chez LFI notamment. Mais l’hostilité irradie largement chez ses alliés du PS. Elle fait aussi ressurgir l’antisémitisme de la droite conservatrice, j’en ai été témoin très récemment, en faisant remonter de vieux griefs sur la disparition des chrétiens orientaux. Et surtout, c’est là la masse la plus importante, elle s’implante dans le centre, ce qu’on appelait autrefois le marais, où politiques, médias, intellectuels ou universitaires cherchent des accommodements (ir)raisonnables avec les musulmans, parce qu’ils sont là « et qu’il faut bien faire avec eux » ; les juifs pourraient tout à fait jouer à nouveau ce rôle de bouc-émissaires, surtout dans la jeunesse qui n’a pas connu la Seconde Guerre mondiale et ses répercussions dans la vie politique des Trente glorieuses. Il naît aujourd’hui 23% de musulmans en France et moins de 1% de juifs… Ces chiffres cyniques emportent les calculs de ceux qui ne veulent pas de problèmes avec les banlieues. Les choix sont faits et se feront dans ce sens. Caroline Fourest révélait ainsi lundi 7 octobre sur LCI que Yassine Bellatar, l’activiste musulman bien connu, avait été reçu deux fois à l’Élysée dans la semaine précédant la grande manifestation contre l’antisémitisme en 2023. Il aurait convaincu Emmanuel Macron de ne pas s’y rendre « pour ne pas mécontenter les banlieues ». Le conflit au Proche-Orient a été de facto importé en France quand on a laissé entrer une masse de plus en plus importante et incontrôlée d’orientaux sur notre territoire. C’est une évidence. Mais plus encore ce conflit est révélateur des fractures qui traversent notre société. La culpabilité qui nous ronge (« les sanglots de l’homme blanc » comme l’écrivait Pascal Bruckner) nous divise en profondeur. Il n’est qu’à écouter le Pape qui vient d’inventer sept nouveaux péchés (!) dont « le péché contre les migrants » pour se rendre compte que nous n’avons plus rien à opposer d’autre que notre faiblesse à ceux qui nous stigmatisent à longueur de temps. Nous n’avons plus assez de joues à tendre aux coups de nos ennemis. Israël, lui, répond coup pour coup et révèle la force que nous avons perdue. Il nous reste la honte.

Kim le siphonneur

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DR.

Des espions nord-coréens infiltrent les entreprises américaines grâce à des postes dans le secteur informatique à pourvoir en télétravail


Voici un argument de plus en défaveur du développement du télétravail que le patronat pourra exploiter pour faire revenir les salariés récalcitrants dans les bureaux…

Le Wall Street Journal vient de révéler que les services nord-coréens sont parvenus à infiltrer de nombreuses sociétés américaines, dans les secteurs de la tech, des médias et de la finance, grâce à des postes de développeur de logiciels à pourvoir en télétravail. À travers la création de faux profils sur LinkedIn ou le vol de l’identité de personnes réelles, des espions ont pu se faire passer pour des travailleurs américains. C’est ainsi que la Corée du Nord a dérobé des données sensibles et siphonné les salaires versés par les entreprises. Pyongyang, affamé de liquidités, notamment pour développer son programme nucléaire, pratique depuis longtemps le cyber-espionnage pour voler des propriétés intellectuelles à l’étranger. Mais si on peut se voir autoriser l’accès aux données directement par les entreprises yankees, et en plus se faire payer… Sans écarter, bien sûr, la possibilité d’installer à tout le moment des malwares dans les boîtes du « plus grand ennemi » du charismatique leader Kim Jong-un…

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Ce stratagème aurait rapporté des centaines de millions de dollars au régime reclus du petit Coréen joufflu, selon le département de la Justice des États-Unis, et ce malgré les sanctions financières internationales strictes qui le frappent. Pour tromper les employeurs, les télétravailleurs coréens se sont appuyés sur des fermes d’ordinateurs portables gérées par des intermédiaires, lesquels installent les logiciels de bureau à distance permettant aux espions de se connecter tout en créant l’impression qu’ils se trouvent aux États-Unis… En mai, des procureurs fédéraux ont dévoilé un acte d’accusation alléguant qu’une femme de l’Arizona faisait partie d’un de ces réseaux de « fermes de laptops », ayant à lui seul permis à plus de 300 entreprises américaines d’embaucher sans le savoir des personnes douteuses, et d’envoyer 6.8 millions de dollars en Corée en usurpant l’identité de soixante Américains.

Sollicitée par le WSJ, la mission diplomatique de la Corée du Nord aux Nations Unies n’a pas pris la peine de répondre… C’était peut-être leur jour de repos ?

«Les piliers porteurs de notre fabrique morale ont lâché»

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Pierre Manent © Hannah Assouline

Profondément marqué par le 7-Octobre, le philosophe voit avec horreur un antisémitisme politique s’installer en France. Pour lui, protéger nos libertés et définir une règle du jeu commune avec les musulmans exige avant tout une réaffirmation de la communauté politique nationale qui s’est effacée devant les droits des individus.


Causeur. Dans Situation de la France, rédigé après les attentats de janvier 2015, vous vous interrogiez sur notre rapport à l’islam, devenu une réalité européenne. Et vous observiez le désaccord entre l’opinion moyenne occidentale et l’opinion moyenne musulmane. Or, dix ans après et singulièrement depuis le 7 octobre 2023, il est évident que ces désaccords sont des fractures abyssales. Pour prendre un seul exemple, selon une étude IFOP de décembre 2023, 45 % des Français musulmans considèrent que le 7 octobre est un acte de résistance. Est-il trop tard ?

Pierre Manent. Il était déjà tard en 2015, c’est encore plus tard aujourd’hui. Surtout qu’après le 7 octobre, la question n’est pas seulement l’islam, mais l’existence d’un parti politique démocratique qui a choisi délibérément, gratuitement, de faire de la haine d’Israël au sens large, c’est-à-dire à la fois de l’État d’Israël et du peuple juif, le fédérateur de son projet politique.

Gratuitement, c’est vite dit, car cette orientation répond à un calcul électoral. Ce qui nous ramène à l’islam ou à certaines expressions de l’islam. Si LFI flatte les sentiments antijuifs et anti-israéliens, c’est qu’ils existent.

En effet, ils travaillent avec le matériau disponible. Cela fait longtemps qu’ils ont choisi de s’appuyer sur l’immigration musulmane pour prospérer en faisant grandir ce nouveau peuple dont ils entendent prendre la direction. Cependant, ils n’étaient pas obligés d’aller aussi loin après le 7 octobre. Ils pouvaient flatter la clientèle musulmane, comme les politiques flattent leur clientèle mais là, ils ont fait vraiment un saut qualitatif, si j’ose dire. Maintenant qu’ils se tiennent clairement à cette nouvelle position, eh bien, en effet, la situation générale est changée. Pour la première fois depuis la guerre, nous avons affaire à un antisémitisme politique explicite. C’est une rupture délibérée avec les présupposés partagés jusqu’ici par tous les partis.

Quelle conséquence cela a-t-il pour la communauté nationale ?

Cela veut dire que nous avons un problème majeur à affronter. La réaction de l’opinion française n’a peut-être pas été particulièrement brillante, mais pas non plus particulièrement odieuse. En comparaison de ce qui s’est passé aux États-Unis et au Royaume-Uni, la population française dans sa grande majorité a été plutôt décente. Cependant, tout cela est très fragile, car d’un côté, il y a des gens qui savent ce qu’ils veulent, et qui le veulent vraiment, et d’autre part, le plus grand nombre des Français qui ne savent pas trop ce qu’ils veulent, parce qu’ils ne savent pas trop ce qu’ils pensent.

Depuis 1945, la politique européenne est surdéterminée, voire obsédée, par la mémoire de la Shoah. Et pourtant, même le 7 octobre n’a pas fait consensus.

À partir des années 1960, la Shoah est venue au centre de la conscience de soi des Occidentaux. Mouvement juste et nécessaire, mais exposé à des détournements. Par passion ou calcul, des militants de causes diverses voulurent s’approprier le crime par excellence. D’où l’importance du mot « génocide ». Aujourd’hui, dans beaucoup d’institutions universitaires, si on n’accepte pas de qualifier de génocide l’action du gouvernement israélien à Gaza, on est exclu de la discussion. Dès lors que le mal par excellence est devenu le critère exclusif d’orientation, toutes les misères de l’humanité sont happées par l’attraction de ce mal, et chaque groupe souffrant est entraîné à revendiquer d’être lui aussi victime de ce mal.

Depuis qu’on a vaincu Hitler, il est partout.

Pour être digne de votre haine, il faut que votre ennemi ressemble à Hitler.

Tout crime est Auschwitz en quelque sorte.

Voyez comment tout crime, tout délit même, est regardé à la lumière du crime ultime. Y compris dans des domaines qui n’ont aucun rapport direct à la politique. Ainsi, l’inconduite sexuelle est jugée dans l’horizon du viol. Quand on s’oriente sur le mal, tout est vu à la lumière de ce mal ultime. Le langage moral est remanié du point de vue exclusif de la victime. Les situations morales sont définies par les souffrances de ceux qui subissent, et non pas par l’action de ceux qui agissent. Et comme « toutes les victimes sont égales », on ne fait pas de différence entre celui qui meurt dans un bombardement et celui qui est tué sauvagement, visé délibérément. Dès lors qu’il y a une victime blessée, mutilée ou tuée, le crime est le même. Nous pensons avoir fait un grand progrès moral en regardant les choses du point de vue des victimes, sans voir qu’alors les distinctions les plus élémentaires sont effacées. Certains aujourd’hui refusent même de distinguer entre les victimes animales et les victimes humaines puisque « nous sommes tous » des animaux sensibles, vulnérables et souffrants.

Rima Hassan lors d’un rassemblement en soutien à la Palestine place de la Nation, Paris, 8 septembre 2024. JEANNE ACCORSINI/SIPA

Cet antisémitisme politique qui renaît non pas en dépit de la centralité de la Shoah mais à travers elle, remet-il en cause la présence juive en Europe et en France ?

La présence juive en Europe et en France est en danger, et elle doit être défendue par tous. Je ne pouvais pas imaginer que cela arriverait si brutalement. Il y a quelques années, il m’est arrivé d’être légèrement agacé par des dénonciations de l’antisémitisme qui me paraissaient exagérément alarmistes. Mais plusieurs meurtres délibérés de personnes juives parce que juives, en particulier celui de Sarah Halimi, avec l’étrange traitement de ce crime par l’institution judiciaire, m’ont conduit à partager l’angoisse de mes compatriotes juifs. Aujourd’hui, des piliers porteurs de notre fabrique morale ont lâché. Plusieurs générations de Français, de toutes orientations, étaient convaincues d’avoir un devoir particulier à l’égard des juifs. Que restera-t-il de cette résolution sincère sous la pression combinée de l’humanitarisme sans frontières et de l’islamisme ?

Les atermoiements d’Emmanuel Macron en attestent. Donc, pour vous la menace la plus urgente, c’est moins la banalisation d’un certain antisémitisme musulman que la relégitimation de l’antisémitisme de gauche ?

Des mauvais sentiments, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Le danger, c’est la cristallisation opérée par l’antisémitisme politique. En plaçant la haine d’Israël en attracteur central, il fait se rejoindre et noue ensemble danger intérieur et menaces extérieures. On a beaucoup commenté, à juste titre, le jeu de LFI après le 7 octobre, beaucoup moins celui du recteur de la mosquée de Paris, qui a reçu en mai 2024 Rima Hassan avec des honneurs qui auraient mérité l’attention du gouvernement. Rien d’étonnant pourtant puisque la grande mosquée de Paris est une expression du gouvernement algérien et que celui-ci compte parmi les plus ardents soutiens du Hamas. Cette « cause commune » entre le recteur de la mosquée et l’égérie de LFI résume les pressions qui pèsent sur notre communauté politique et les déchirements qui la menacent. Les atermoiements du président ne sont pas sans lien avec cette configuration globale. Le problème que nous pose l’islam n’est pas métaphysique. On peut discuter indéfiniment de sa compatibilité, ou non, avec la démocratie. L’urgence est de discerner que ce nœud qui se noue entre l’intérieur et l’extérieur, en même temps qu’il menace la sécurité et la présence des juifs dans notre pays, met en péril l’indépendance de celui-ci.

Revenons à votre diagnostic de 2015. Ce qui nous avait passablement choqués, c’est votre postulat qu’on peut faire société sans avoir les mêmes mœurs.

Croyez-vous que, même en laissant de côté l’islam, les Français aient les « mêmes mœurs » ? D’ailleurs la question n’est pas le souhaitable, mais le possible. Nous partons d’une situation que ni vous ni moi n’avons choisie. Que fait-on ? Une certaine perspective irénique, très partagée dans les élites, soutient que les musulmans vont faire comme les autres, se fondre dans le grand bain de la démocratie européenne et du marché. En attendant, une laïcité ouverte et bienveillante assurera la transition. Et puis, il y a une conception moins irénique et plus militante de la laïcité. On souhaite intégrer les musulmans à condition qu’ils admettent une séparation bien nette entre le religieux et la vie politique et sociale, donc qu’ils renoncent à un certain nombre de conduites liées à leur religion. Cette proposition, qui a pour elle une certaine « logique laïque », me semble prisonnière de notre expérience, celle d’une religion dominante, puis d’une séparation et du caractère finalement satisfaisant de cette séparation. Or, entre 1905 et aujourd’hui, la religion n’est pas la même, la République n’est pas la même, et le rapport entre la religion et la République n’est pas non plus le même. Avec la IIIe République, la nation devient la communauté par excellence, non seulement politique, mais spirituelle. C’est l’autorité de la nation qui donne à la République le droit et la force d’imposer à l’Église la séparation. Après une période où la République s’est montrée passablement illibérale, on parvint à un accommodement réciproque, conduisant à ce qu’on a pu appeler une France « catho-laïque ». Avec l’islam, c’est tout autre chose, parce qu’il ne s’agit pas de séparer de l’État une vieille religion, mais d’accueillir une religion qui n’avait jamais fait partie de la vie nationale. L’autre grande différence, la plus décisive politiquement, c’est que notre République a cessé d’être l’organe politique de la nation française, pour se définir par les « valeurs de la République », c’est-à-dire par les droits humains dont elle se veut le champion – des droits humains qui délégitiment la communauté nationale.

Les valeurs de la République, écrivez-vous, c’est ce qui permet de vivre ensemble quand on n’a rien en commun.

Ce sont des procédures et des droits individuels. Par les évolutions de la jurisprudence, le Conseil constitutionnel, mais aussi les autres juridictions mettent en œuvre ce qui revient à une nouvelle Constitution qui se superpose à la Constitution de la République, et le gouvernement de la République se découvre lié par une foule de règles d’origines diverses – règles européennes, traités internationaux, etc., qui circonscrivent de plus en plus le champ de la loi politique. La nouvelle Constitution est un système d’empêchements. Bref, nous ne sommes plus vraiment dans une République représentative.

Peut-on dire que les droits se retournent contre la loi ? Aujourd’hui, le foisonnement des droits va contre l’idée même de la loi commune.

En effet, la République au sens classique, c’est le gouvernement de la chose commune, sur la base des droits humains certes, mais la fin, l’objectif, c’est bien d’organiser le gouvernement de soi par soi de la chose commune en décidant de la loi commune. Aujourd’hui, nous prétendons régler la vie des hommes simplement par l’administration impartiale de leurs droits, ce qui ne laisse aucune place pour la communauté politique. Il n’y a plus de commandement légitime du commun. Et c’est l’immigré qui fournit pour ainsi dire le test de cette nouvelle légitimité : il a un droit naturel opposable à la loi de la République.

Autrement dit, l’État de droit, tel qu’il est construit par les juges européens, le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État, c’est la défense des individus contre les États ?

Oui, spécialement contre la loi politique nationale. Il faut partir d’un fait très simple : notre hypothèse, l’hypothèse progressiste qui est au fond de toutes nos démarches, c’est que la condition naturelle des hommes est de vivre libres et égaux dans une paix profonde. Malheureusement, l’humanité s’est divisée en unités politiques distinctes qui ont fomenté toutes ces guerres dont il est temps de sortir. La cause de tous nos maux, c’est le corps politique indépendant, donc le corps national. La tâche urgente est donc de disparaître comme nation séparée en formant un espace libre et vide – « l’Europe » – dans lequel accueillir tous ceux qui désirent rejoindre cette humanité nouvelle en formation. De quel droit en effet le leur interdirions-nous ? Vouloir protéger nos frontières, c’est entrer en guerre contre le reste de l’humanité. Ainsi avons-nous transformé la « préférence nationale » en crime contre l’humanité. Mais sans préférence nationale, il n’y a pas de nation.

Revenons au défi que représente l’islam identitaire et politique. Selon vous, on ne va pas le changer, ni par l’autorité, ni par la séduction, il faut donc négocier et céder sur les mœurs. Deux objections : d’une part, là où l’islam est majoritaire, il a tendance à être hégémonique et à imposer et proscrire certaines conduites ; d’autre part le discours des Frères musulmans s’accompagne souvent d’un rejet de la France – je crache sur les flics et j’obéis à l’imam.

Tout cela est vrai, mais si on veut que quelque chose soit possible, il faut proposer aux musulmans une communauté à laquelle ils puissent avoir part, donc les intéresser à la nation. Après tout, s’ils vivent en France, pas en Algérie, pas en Tunisie, c’est qu’ils se sentent mieux en France. Je sais bien que leurs sentiments, comme les nôtres, sont souvent ambigus et mêlés mais enfin, ils ont choisi de vivre ici ! L’horizon pertinent en tout cas n’est pas selon moi l’homogénéité des mœurs, mais une communauté politique qui leur paraisse désirable et qui nous paraisse à nous aussi désirable. Ce qui suppose, en effet, certains accommodements. Mais ces accommodements présupposent, aujourd’hui comme en 2015, l’effectivité du fait national. Or, l’hypothèse de nos gouvernants et de l’opinion commune est qu’entre le Maghreb et nous, il y a une sorte de continuum, et donc qu’il y aurait quelque chose de scandaleux à insister sur l’intégrité du fait national. Je soutiens au contraire que, pour que les Français – les musulmans et les autres – retrouvent un peu de sécurité morale et de tranquillité civique, il faut bien distinguer les nations. Il est urgent de mettre un terme à cette espèce de continuum entre la France et l’Algérie, qui n’est pas traitée comme un pays indépendant, ce qui fait que nous ne sommes pas indépendants de l’Algérie.

Faut-il aller, selon vous, jusqu’à interdire la double nationalité ?

Spontanément, je pense que la double nationalité, surtout quand elle est à ce point répandue, est une mauvaise chose. Des spécialistes me disent que ce n’est pas très important, alors je ne sais pas. Je pense en tout cas que la déchéance de la nationalité française pour les binationaux coupables d’infractions terroristes est bien le moins que l’on puisse faire. Une nation suppose, plus encore qu’une préférence, une allégeance. Il n’y a pas de rupture plus complète de la loyauté que l’on doit à sa nation que l’acte terroriste. Il est important pour chaque citoyen de savoir clairement et fermement à quel pays va sa loyauté. La France aura, elle a déjà une partie musulmane. Si cette part continue de croître indéfiniment, il n’y aura de paix pour personne. Pardonnez-moi de le dire ainsi, mais la laïcité n’y fera rien. On ne peut faire sa part à l’islam sans limiter la part de l’islam, et on ne peut limiter cette part sans rétablir la légitimité politique de la nation.

Mais aujourd’hui, au nom de la liberté pédagogique et de l’égalité, l’État répugne même à définir ce qu’on doit transmettre. Comment créer du commun quand la transmission est assimilée à une domination du professeur sur l’élève ? Que nos députés ne savent plus parler ?

En effet, on demande à l’École d’enseigner la laïcité, mais elle n’arrive pas à enseigner le français, l’orthographe, l’histoire de France…

Et on s’emploie par ailleurs à nier ce que vous appelez la « marque chrétienne » ?

Juste une remarque sur ce sujet qui me tient tant à cœur. Les politiques et l’opinion, qui ne voient que le « progrès » que concrétiseraient les lois sociétales, devraient essayer de prendre une vue un peu large des choses. Telles qu’elles ont été proposées, défendues et sacralisées, ces lois signifient la liquidation d’une bonne partie de l’héritage moral du christianisme, jusqu’à il y a peu largement partagé par le reste du corps civique. En admettant qu’elles rendent justice à des minorités jusque-là lésées, n’est-ce rien de rejeter dans les ténèbres des siècles de civilisation et une forme de vie que beaucoup aujourd’hui parmi nous chérissent encore silencieusement ? Il n’y a pas que les « mœurs musulmanes » qui font obstacle à l’amitié civique.

Emmanuel Macron et son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune, signent à Alger une déclaration conjointe visant à établir un « partenariat renouvelé » entre les deux États, 27 août 2022. Algerian Presidency/Handout via Xinhua/Sipa

Depuis 2015, on n’a pas vraiment avancé vers ce pacte avec les musulmans que vous appeliez de vox vœux. Pensez-vous toujours que nous devons céder sur l’égalité des sexes ?

« Céder sur l’égalité des sexes », non bien sûr, mais que signifie « ne pas céder » ? Interdire efficacement la polygamie, les mutilations génitales, le voile intégral, assurément. Pour le reste, on entre dans un domaine d’appréciation morale et de jugement prudentiel qui n’est pas aisé à normer. La vie est un feuilleté si complexe… Est-ce que l’égalité stricte entre les sexes oblige à la mixité à tous âges et en toutes circonstances ? Franchement, je n’arrive pas à comprendre pourquoi il serait si scandaleux de renoncer à la mixité dans les piscines scolaires pour certaines tranches d’âge à certaines heures si des parents le demandent. Je vous avoue que quant à moi, à 13 ou 14 ans, j’aurais détesté la mixité à la piscine !

Et s’agissant du voile ?

En 2015, j’observais l’installation des mœurs musulmanes dans l’espace public ; aujourd’hui ce phénomène s’est encore considérablement accru. J’étais récemment à Roubaix. Une partie considérable des femmes que l’on croise dans la rue « portent le voile », ou un habit clairement distinctif. C’est une expérience un peu oppressante, car il est vrai que l’espace public en est profondément modifié. Mais que proposez-vous de faire ?

D’accord pour que les femmes qui le veulent se voilent. Mais que fait-on pour l’antisémitisme ?

On revient toujours à la question centrale de l’indépendance de la nation. Nous ne pouvons défendre les juifs que si nous défendons en même temps notre droit de les défendre, notre droit de décider comment nous souhaitons vivre. Non, on ne nous fera pas dire qu’il y a un génocide à Gaza et qu’Israël est le cœur de l’injustice dans le monde. C’est nous qui devons décider de ce que nous faisons, pensons et disons. Or, c’est ce présupposé qui nous fait défaut depuis des décennies. Nous n’avons eu le droit d’aimer la France que dans l’horizon de sa disparition prochaine dans l’« Europe » ou dans le « monde ». Ce qu’on peut reprocher à Emmanuel Macron, c’est de n’avoir pas employé le crédit qui lui était fait pour rétablir une certaine indépendance de la parole et de l’action politiques de la France, chaque mouvement dans cette direction étant immédiatement détourné et perdu dans les fausses symétries du « en même temps ». Ferons-nous enfin un effort sérieux pour desserrer l’étau mortel que j’évoquais plus haut, pris que nous sommes entre l’humanitarisme sans frontières et l’islamisme ? C’est ainsi seulement qu’on luttera sérieusement contre l’antisémitisme.

Vous observez qu’on ne peut plus rien imposer mais pourtant, il y a eu une période assimilationniste de la IIIe République qui imposait, aux Bretons comme aux Italiens, de parler français. Pourquoi n’est-ce plus possible ?

Nous nous sommes retiré le droit de commander, car nous ne pensons pas que ce qui est « à nous » soit bon et digne d’être défendu. Ni notre langue, ni notre histoire, ni notre indépendance, ni notre liberté… Sous la jactance des valeurs, je ne sens qu’un triste désir de mourir.

Foot/Ligue des nations: Israël contraint d’expatrier ses matchs à domicile

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Giacomo Raspadori (Italie) et Idan Nachmias (Israël), Budapest, 9 septembre 2024 © IPA/SIPA

L’équipe de France affrontera Israël demain soir. La rencontre est organisée à Budapest.


En match aller de la Ligue des Nations, les Bleus rencontrent ce jeudi soir Israël. Contrairement à la règle, celui-ci ne se disputera pas en Israël mais… en Hongrie. C’est à la demande de l’UEFA, organisatrice de cette toute récente compétition, que la Fédération israélienne (IFA) a excepté d’expatrier ses matches à domicile, en raison du conflit au Proche-Orient. « Décision logique, a convenu son président Moshe Zuares auprès du Journal du dimanche. Nous sommes en état de guerre. Personne ne nous punit (…). C’est simplement la réalité actuelle dictée par la sécurité ». Cela se comprend aisément. Un match international à Tel-Aviv, c’était très certainement l’exposer à une rafale de roquettes depuis Gaza ou le Liban, voire à un tir de missile déclenché depuis le Yémen.

C’est ainsi que la sélection israélienne a déjà reçu son homologue belge le 6 septembre, à huis clos, au Nagyerdei Stadion de Debrecen (troisième plus grande ville hongroise), match qu’elle a perdu par 3 à 1, et l’italienne le 9 au Bozsik Arena de Budapest devant un public confidentiel d’à peine 2000 personnes, qu’elle a également perdu sur le score très honorable de 2 à 1. La France, vice-championne d’Europe et du monde, s’était inclinée au Stade de France devant l’Italie par 1 à 3.

Comme quoi, bien que limitée dans ses moyens, l’exilée équipe d’Israël, privée dès lors du soutien de ses supporters, a été capable de tenir la dragée haute à l’italienne, première de la poule qui regroupe ces quatre sélections nationales, le groupe B.

Kylian Mbappé et Antoine Greizmann ne seront pas présents sur la pelouse hongroise

Jeudi, les Bleus joueront dans le même stade que celui de l’Italie, mais sans Kylian Mbappé ni Antoine Griezmann, l’un non-sélectionné bien que capitaine pour une curieuse raison, l’autre ayant pris une soudaine et surprenante retraite anticipée. Peut-être une aubaine pour Israël et l’heure de la vérité pour la France confrontée à un renouvellement de génération.  

Pour revenir à cette sorte de bannissement dont est l’objet Israël, si on se fie aux déclarations de Moshe Zuares, toujours au JDD de dimanche dernier, il ne lui a pas été évident de se trouver une terre accueil. Même si très diplomatiquement, il dit que « de nombreux membres de l’UEFA se sont montrés courageux et véritables amis et nous ont ouvert la porte en ces temps difficiles » mais se sont en fait abstenus prudemment de passer de la parole à l’acte, à la différence de la Hongrie de Viktor Orban. Il est vrai que ce dernier, longtemps soupçonné d’antisémitisme, affiche son soutien à Benyamin Netanyahou. Ce qui n’est pas le cas des autres gouvernements d’Europe. Ceci expliquant donc cela… « Je remercie particulièrement la Hongrie qui est devenue notre deuxième maison », a tenu à souligner Moshe Zuares, confirmant ainsi indirectement que les autres membres se sont discrètement dérobés le moment venu. Le refus de la Belgique d’accueillir à Bruxelles le match retour et l’embarras dans lequel se trouve la France pour organiser le sien au Stade de France en sont la preuve.

Le match Belgique-Israël, prévu le 17 novembre, se déroulera au même stade hongrois, Nagyerdei Stadion, où avait eu lieu le premier, et sans doute encore à huis clos, et non au stade Roi Baudouin de Bruxelles. Pour justifier cette décision, l’adjoint aux sports de la capitale belge, un écologiste, a dit : « Accueillir Israël, c’est faire entrer la tension géopolitique maximale dans nos quartiers, et prendre un risque démesuré de voir un loup solitaire déclencher un nouvel acte terroriste ». En clair, et en peu de mots, cette déclaration entérine la capitulation de la puissance publique face à la menace islamiste. Bruxelles serait-elle donc déjà terre soumise à l’islamisme ?

Incertitude pour le match retour

La France, elle, hésite. Le dossier est entre les mains du nouveau ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Vu ses positions fermes sur l’immigration et l’islamisme, on peut considérer que le match ne sera pas délocalisé en Hongrie, car ça serait pour lui un humiliant camouflet. Mais où donc aura-t-il lieu ? A l’origine, il était prévu le 14 novembre au Stade de France, situé en Seine-St-Denis. Or ce département est considéré comme un des fiefs du séparatisme islamiste dans l’Hexagone. Le souvenir des graves incidents du 28 mai 2022 qui avaient marqué la rencontre délocalisée Liverpool-Real de Madrid est toujours vivace. En conséquence, il serait envisagé qu’il se dispute au Parc des Princes. Si d’aventure, c’est cette solution de repli qui est retenue, ça serait, qu’on le veuille ou non, un affligeant message de faiblesse adressé à ce courant « antisioniste » de plus en plus ostentatoire qui se manifeste en France depuis le pogrom du 7-Octobre.

Quant à l’Italie, elle fera jouer le match à Udine, petite ville du Frioul, dans le nord-est de la péninsule, après bien des tergiversations. Mais, car il y a un mais, la municipalité de centre-gauche refuse de s’y associer pour ne pas « créer de la division » parmi ses habitants.

Si cette mise au ban déguisée du foot européen persiste, Israël pourrait tôt ou tard se poser la question de son maintien dans l’UEFA en conséquence, UEFA à laquelle le pays n’a adhéré qu’en 1994. De 1954 à 1974, Israël était, en raison de sa situation géographique, membre de la Confédération asiatique de football (CAF) sans que cela ne pose aucun problème à ses voisins musulmans qui en faisaient aussi partie. Son équipe remporta même en 1964 la Coupe d’Asie, équivalent pour la zone à une Coupe d’Europe. Son équipe junior la gagna six fois (1964, 65, 66, 67, 71, 72). Ce n’est qu’à compter des années 70 que le bloc des fédérations de la péninsule arabique, parmi lesquelles celles de Jordanie, d’Arabie saoudite, ou des Émirats firent pression et obtinrent son départ. Après deux décennies de purgatoire, l’UEFA accepta finalement son adhésion qui risque, si Israël est contraint de jouer ses matches à domicile à l’extérieur et est accueilli avec réticence lors des retours, de devenir intenable.

D’autant que la FIFA, l’autorité suprême du foot mondial, a été saisie le 17 mai, à Bangkok, lors de son congrès, par la Fédération palestinienne (oui, elle existe, bien que la Palestine ne soit pas un État reconnu) d’une plainte pour « débordements anti-palestiniens dans plusieurs stades israéliens » – des banderoles et des chants n’auraient pas été sanctionnés par la fédération israélienne. Pour l’instant, comme l’a titré à ce sujet L’Equipe de mardi, « la FIFA joue la montre ». Le quotidien sportif estime de source proche du dossier « qu’il ne faut pas s’attendre (…) à une mise à l’écart des sélections israéliennes », à l’instar des russes après l’intervention militaire en Ukraine en février 2022. La FIFA a rappelé, selon L’Equipe, « qu’il y a 70 conflits dans le monde » et que si elle devait sanctionner chaque fois, « elle ne ferait que ça. » Réflexion hors propos, pourquoi l’a-t-elle donc fait pour la Russie, si elle se garde de le faire les 70 autres fois ? En tout cas, pour Israël, il n’est pas question de quitter de son propre chef l’UEFA comme elle le fit avec la CFA. « L’UEFA est notre foyer, a dit au JDD, Moshe Zuares, nous sommes ici pour rester et grandir. » Si Israël était contraint à partir, le pays serait fatalement rayé de la planète foot, ce dont rêvent les adversaires de l’État juif, et ce qui serait pour lui est un signe avant-coureur de très mauvais augure. Car le sport est bien souvent aujourd’hui, pour reprendre une citation célèbre de Clausewitz, une manière pour d’aucuns de faire la guerre par d’autres moyens…

Enseignant à Tourcoing: un métier à rixe

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Lors des questions au gouvernement, la ministre Anne Genetet a affirmé que "menacer un professeur, c'est menacer la République", Assemblée nationale, 8 octobre 2024. Capture La Chaine Parlementaire / Youtube.

Dans la ville de Gérald Darmanin, les caméras de surveillance d’un lycée attestent qu’une enseignante a été vilipendée, puis molestée, parce qu’elle demandait à une élève musulmane de retirer son voile islamique. Les autres élèves ne se sont pas portés à son secours. La délinquante a été placée en garde à vue et a interdiction de mettre les pieds dans le lycée. Le député Darmanin monte au créneau pour dénoncer ces « faits extrêmement graves ». Mais bizarrement, il y a quelques jours, lancien ministre de l’Intérieur jouait la carte victimaire alors qu’il quittait la place Beauvau.


À Tourcoing, une jeune fille voilée a frappé son professeur dans l’enceinte du lycée Sévigné, car l’enseignante lui a demandé d’ôter son voile. L’histoire est révélatrice à bien des niveaux, et en rappelle beaucoup d’autres.

D’abord, cela fait partie de ces signaux récurrents qui montrent l’avancée de l’islamisation chez des jeunes Français. Cela témoigne surtout de leur détermination à imposer les marqueurs de l’islamisme et de la radicalité, là où ils n’ont rien à y faire, mais où leur capacité à l’imposer montre à la fois la force du religieux et la faiblesse de nos institutions.

Je parle de l’école.

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Cette jeune femme suivait une formation technique et médicale, dans le soin à la personne. Or, il y a déjà 10 ans, certaines IFSI, écoles d’infirmières et d’aides-soignantes étaient ciblées par les islamistes, car beaucoup de formations étant faites au sein des lycées, ils y voyaient l’opportunité d’imposer le voile dans ces établissements en jouant sur le fait que nombre de filles devenaient majeures durant la formation… Cela m’avait été signalé dès 2016, mais les professeurs qui ont voulu se battre contre le phénomène ont été sévèrement réprimandés par l’administration qui leur a fait comprendre que sous peine d’être considérés comme des suppôts fascistes, il fallait qu’ils se taisent et que parler à la presse aurait de lourdes conséquences.

Gérald Darmanin, un curieux équilibriste

Ensuite, cet épisode intervient peu de temps après la sortie récente de Gérald Darmanin, alors sur le départ de la place Beauvau, geignant que s’il avait mis en avant son deuxième prénom, Moussa, il n’aurait jamais été ministre de l’Intérieur. Pour régner à Tourcoing, mieux vaut ne pas miser sur la République, la ville est, comme Roubaix, aux mains des islamistes au point que l’on ne se sent plus en France dans certains quartiers. Curieusement, le fait que M. Darmanin l’ait dirigée et qu’il soit l’homme fort du secteur n’a rien changé à cette implantation radicale. Parce qu’il n’a rien fait contre ? C’est en tout cas ce que disent ses opposants. En attendant, la sortie médiatique de l’ancien ministre aux côtés de Bruno Retailleau ne devait rien au hasard. Elle était à la fois communautariste, victimaire et clientéliste. Il faut dire que Gérald « Moussa » Darmanin est double. Ministre de l’Intérieur, il revêt une robe de chambre d’autorité et se pare des insignes de la République. Mais pour garder son territoire de Tourcoing et sa baronnie locale, il n’hésite pas à donner des gages au communautarisme. Des gages identitaires et victimaires, en rejoignant la liste des pleureuses racialistes, donc. En expliquant que s’il avait mis en avant le prénom de Moussa, il n’aurait pu être ministre, Gérald Darmanin semble nous dire que la France est structurellement et hypocritement raciste, puisqu’elle systématiserait le refus d’accès aux responsabilités et qu’elle le ferait au nom de l’appartenance ethnico-religieuse de façon dissimulée pour mieux manipuler ceux qu’elle opprime. Gérald Darmanin a-t-il surjoué la posture républicaine lorsqu’il était au gouvernement, pour mettre moins d’un mois à relancer la carte communautariste et clientéliste en redevenant député de Tourcoing ? Les premiers à qui il semble donner des gages sont donc à aller chercher dans la communauté arabo-musulmane la plus radicalisée, car cette posture victimaire racialiste est évidemment la porte d’accès privilégiée de l’islamisme pour faire des ravages dans les banlieues. Cela ne peut que laisser envieux quant à la souplesse des adducteurs et la malléabilité de la conscience de M. Darmanin, mais démontre qu’il n’est sans doute pas l’homme dont la France a besoin pour résister à la pression du totalitarisme islamiste.

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On pouvait donc à bon droit sourire devant la prise de parole faussement indignée de l’ancien ministre de l’Intérieur. À lui comme aux autres politiciens qui pensent que l’on peut n’avoir aucune colonne vertébrale, car la politique c’est adapter son discours en fonction des intérêts du groupe constitué que l’on a en face, il serait temps de montrer la sortie. Ils sont plus qu’inutiles, ils sont destructeurs. Mais la question est moins celle des renoncements de Gérald Darmanin que la réaction du nouveau gouvernement.

Anne Genetet affiche une certaine fermeté, mais le gouvernement sera-t-il ferme ?

En effet, la fermeté ne se décrète pas, elle se montre. Et pas seulement dans les discours. Elle se base sur une doctrine, autrement dit un regard clair porté sur la montée de l’islamisme, sur la façon dont il s’en prend à la société, sur ses cibles privilégiées, et en face sur la manière dont les institutions peuvent le combattre. Le discours d’Anne Genetet, la ministre de l’Éducation nationale, suite à l’agression, a été assez juste, mais, à la fin, on aimerait quand même des annonces un peu plus consistantes que : « l’élève ne retournera pas dans l’établissement jusqu’à son conseil de discipline ». Si on veut être efficace dans la lutte contre une idéologie politique totalitaire, il faut que cette lutte soit claire, visible et assumée.

Dans un cas pareil, la jeune fille doit évidemment être exclue d’office pour fait de violence et traduite en justice pour atteinte à l’intégrité physique de son professeur. Mais elle devrait aussi être interdite de se présenter à un concours de la fonction publique, et perdre temporairement ses droits citoyens. Bien sûr, tout cela doit être inscrit à son casier judiciaire et ne doit pas en être effacé. En règle générale, on ne devrait pas effacer les faits de violences sur une personne dans un casier judiciaire. Et, bien sûr il faut que l’affaire lui coûte cher, à elle et à sa famille. Une amende très lourde doit être exigée. Et si la jeune fille avait été mineure, il aurait été utile que sa famille perde un certain nombre d’aides (logement social si c’est le cas, aides sociales diverses). En effet, la solidarité nationale suppose que nous partagions un monde commun, que nous soyons unis à travers des principes structurants, comme l’égalité ou les libertés publiques. Ce n’est pas le fait que nous vivions sur le même territoire qui nous unit, mais le fait que nous ayons choisi de partager un destin parce que nous avons su nous doter d’un commun. Celui qui revendique violemment son appartenance à une idéologie qui fait de notre modèle culturel, politique et social, sa cible, n’a rien à faire parmi nous et ne devrait pas bénéficier de la solidarité citoyenne des hommes libres. Celui qui refuse le contrat social qui nous lie n’a pas à en bénéficier.

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Au vu de l’expérience des gouvernements Macron précédents, nous allons attendre pour voir si la promesse de fermeté affichée donne des résultats. Nous avons été habitués depuis trop longtemps à de la communication stérile pour pouvoir encore nous enthousiasmer, et si la réaction de la ministre de l’Éducation est forte, elle n’a en réalité rien de particulièrement disruptif. Nous verrons donc ce qui va concrètement arriver à la jeune islamiste, avant de louer ou de critiquer qui que ce soit. C’est dire à quel point de circonspection nous en sommes face à nos représentants politiques…

Silence coupable

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Marseille: quand des gamins tueurs défient l’État désarmé

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Funérailles du chauffeur de taxi Nessim Ramdame, Marseille, 8 octobre 2024 © Nessim Ramdane Alain ROBERT/SIPA

La France se libanise. Marseille a pris une longueur d’avance.


Dans le séparatisme qui vient, Marseille a juste une longueur d’avance. La ville fétiche d’Emmanuel Macron, qui veut en faire avec la Seine-Saint-Denis le symbole de la diversité heureuse, n’en finit pas de sombrer dans le communautarisme criminalisé.

Uberisation du crime

Cette fois, ce sont des enfants tueurs, à la solde de narco-trafiquants, qui sèment l’horreur. Leur dernière victime était un paisible chauffeur VTC, Nessim Ramdame : il a été exécuté d’une balle dans la tête par un adolescent de 14 ans. L’assassin avait été recruté par un dealer, de sa prison grâce à l’un de ses quatre téléphones portables, pour liquider un concurrent en échange de 50000 euros. Le jeune sicaire n’a pas supporté que son conducteur, étranger au trafic de drogue, ait refusé de l’attendre, le temps qu’il aille tuer comme il irait livrer une pizza.


La génération des mineurs isolés, venus du Maghreb, est devenue le vivier des cartels, installés sous la protection des banlieues islamisées. Une ubérisation du crime s’y développe, sans rencontrer l’obstacle de la République désarmée. Ces bombes inhumaines, dénuées de toute empathie, pourraient aussi bien prendre les armes, demain, pour affronter les forces de l’ordre ou les gêneurs. Si une partie de Marseille est prisée pour ce qu’elle est encore dans sa diversité chaleureuse, force est de constater qu’une autre moitié de la ville s’est perdue dans une immigration de masse devenue incontrôlable. Deux mondes s’y affrontent désormais. Non seulement s’observe une libanisation de Marseille, mais la cité prend bien des aspects qui se retrouvent dans les pires narcos-États d’Amérique du Sud.

Une préfiguration de notre avenir

Ce naufrage marseillais préfigure celui de la France. Il ne peut être évité que si l’État décide d’entrer en guerre contre ses ennemis intérieurs. Un désarmement est assurément nécessaire. Mais c’est dans les cités qu’il devrait s’appliquer. La loi des truands s’accorde avec celle de l’islam subversif. Au Liban, le Hezbollah pratique ce même mélange des genres. Le gangsterrorisme en est le produit. Ce qui arrive à Marseille, avec ces démons recrutables sur l’internet, se retrouvera dans d’autres villes atteintes par la même gangrène de la lâcheté, qui affaiblit les autorités publiques. Mais ce naufrage marseillais est également celui du chef de l’État. Emmanuel Macron a échoué à faire de sa « ville de cœur » la pointe avancée et exemplaire de sa France de demain. Les envolées du président sur « Marseille en grand » et ses promesses de « Place nette XXL » sont restées des mots creux. Idem pour les engagements de Gérald Darmanin à « tuer la pieuvre ». Ici comme ailleurs, le récit officiel, qui voudrait faire croire en une cohabitation harmonieuse des cultures, est contredit par les réalités.

La fracture identitaire du pays, que votre serviteur décrivait en 2007[1], a pris des proportions dramatiques. C’est à Tourcoing, fief de Darmanin, qui se flattait de son action contre le séparatisme islamiste, qu’une élève voilée a frappé une enseignante qui lui demandait d’ôter son signe d’appartenance à l’islam. C’est à Sciences-Po Paris et dans certaines universités cornaquées par LFI que sont lancés des appels à l’intifada en France, c’est-à-dire à la guerre civile. Pour l’instant, rien n’arrête la dislocation de la nation. Le monde politique, qui s’empoigne actuellement sur le prix de l’électricité, n’est pas à la hauteur.


Elisabeth Lévy réagit à l’affaire du tueur à gages de Marseille : « Il faut réviser notre conception de l’État de droit »


[1] La fracture identitaire, Fayard

La fracture identitaire (LITT.GENE.)

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