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Pourquoi il fallait laisser Rima Hassan parler à Sciences-Po

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Interdite de conférence à l’école, Rima Hassan se victimise en dénonçant la « censure des voix qui dénoncent le génocide en cours ».


L’eurodéputée Rima Hassan devait intervenir vendredi, mais le directeur de Sciences-Po a annulé l’événement en invoquant un risque de troubles à l’ordre public.

La décision discutable de Luis Vassy

On le sait, depuis le 7-Octobre, Sciences-Po était accusée de laxisme face aux agitateurs qui se disent propalestiniens mais sont en réalité pro-Hamas. Beaucoup de gens saluent donc la fermeté de Luis Vassy. Ils ont tort.

Sciences-Po Paris occupée en soutien à la Palestine, 26 avril 2024. © HOUPLINE RENARD/SIPA

Je déteste les idées de Rima Hassan et je n’aime guère sa personne, tout entière vouée à sa haine d’Israël. L’eurodéputée LFI est très populaire dans la jeunesse universitaire, donc politiquement dangereuse. Rappelons d’ailleurs qu’elle est poursuivie pour apologie du terrorisme après des déclarations complaisantes sur le 7-Octobre.

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Elle est une des premières propagatrices de l’accusation de génocide qui fait des Israéliens les nouveaux nazis. D’ailleurs, elle vient de dénoncer sur X la « censure des voix qui dénoncent le génocide en cours à Gaza ».

De plus, elle et ses amis politiques se sont fait une spécialité d’empêcher leurs contradicteurs de s’exprimer par la menace voire la pression physique. On se souvient des conférences annulées par le passé de François Hollande ou Alain Finkielkraut, par exemple. Mme Hassan manifestait devant TF1 quand ils ont interviewé Netanyahou, elle a aussi menacé BFMTV plus récemment. Bref, Madame Hassan et ses amis détestent la liberté.

Mais alors, pourquoi la laisser s’exprimer ?

Pour une raison pratique, d’abord. On se souvient qu’à Dauphine, une annulation avait été annulée par le Tribunal administratif. Mme Hassan, qui annonce déposer un référé-liberté, pourrait donc non seulement finalement intervenir mais en plus se draper dans la légitimité judiciaire…

Mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est que ce serait une défaite de se comporter comme les Insoumis. Pas de liberté pour les ennemis de la Liberté, dit Saint-Just. Eh bien si, au contraire. Il faut utiliser la liberté comme une arme de destruction massive, les obliger à jouer le jeu de la confrontation loyale, dissoudre leur idéologie par l’argumentation. 

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Sciences-Po ne devrait pas interdire cette intervention, mais imposer les conditions d’un débat à la loyale conforme à sa mission. Argument contre argument, idée contre idée : c’est l’esprit des Lumières.

Nous devrions dire à Mme Hassan : vous pouvez débattre, mais pas faire un meeting. Donc nous exigeons une tribune pluraliste et la garantie que tout étudiant pourra y assister et intervenir. Mettons-la face à M. Bellamy (pour prendre un eurodéputé) et on verra ce qu’il reste de l’aura de Madame Hassan… Du reste, elle se serait dégonflée. Madame Hassan ne parle pas aux sionistes.

Faire taire Rima Hassan ne nous aidera pas. Les inconvénients de la liberté sont infiniment préférables à ceux de la censure. 

Le trophée des trop fats

Le président d’Avocats sans frontières lance un grand concours. Et la compétition s’annonce serrée.


J’organise ce mois-ci un grand concours pour célébrer le membre du Nouveau Front populaire qui se sera le plus distingué pour sa sottise, sa bassesse, son ignorance ou sa turpitude. Ces différents critères n’étant évidemment pas incompatibles entre eux, mais plutôt complémentaires. Le vainqueur recevra la Coupe de l’extrémiste le plus à la Hamas.

La liste des compétiteurs pouvant espérer être élus étant trop nombreuse, il m’a fallu arbitrairement, de manière déchirante et sans doute injuste, retenir seulement dix noms parmi 7 645 préalablement sélectionnés. Que les 7 635 éliminés veuillent bien me pardonner.

Sont donc retenus pour la compétition :

Thibault Ritchy, assistant parlementaire de la députée Insoumise Ersilia Soudais. Pour avoir notamment appelé à la constitution de milices d’ultra-gauche dans le but d’agresser la police française, « cette enfant de Pétain » selon lui. Détail vocal qui justifie notre choix : Ritchy, quand il appelle courageusement à l’insurrection, a très exactement la même voix que Super Résistant dans Papy fait de la Résistance. Nous ne croyons pas aux coïncidences.

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Soudais Ersilia, l’assistée du précédent, poursuivie par Avocats sans frontières pour intelligence avec une organisation classée terroriste, en l’espèce le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). L’intelligence requise pourrait lui faire espérer un non-lieu. Notre motivation supplémentaire pour justifier notre dilection : le recours d’Ersilia à des vêtements clownesques pour renouer avec la tradition du cirque populaire. Le tout agrémenté d’un rire satisfait et ridicule, qui réjouit les petits comme les grands dans leur chaumière.

Kerbrat Andy, député Insoumis. Pour avoir acheté de la drogue à un mineur tout en ayant déclaré vouloir faire la guerre à la drogue. Ses chances sont réelles tant sa tartufferie a un aspect stupéfiant.

Portes Thomas, député Insoumis, porte(s)-parole du Hamas. Pour l’ensemble de son œuvre.

Delogu Sébastien, député Insoumis, chauffeur et garde du corps d’un Monsieur Doriochon, et accessoirement déchiffreur réputé de l’alphabet latin moderne, pour autant qu’on lui en laisse le temps.

Le sieur Caron, député Insoumis. Se protège des moustiques sans user d’insecticides, avec uniquement de l’essence de vétiver. Protecteur de toutes les espèces animales à l’exception notable d’une seule, l’humaine, avec une aversion particulière pour une ethnie ayant le cuir trop dur pour son cœur trop pur.

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Rousseau Sandrine, députée écologiste. Considère que le bras d’honneur est le signe du masculinisme. Surprise néanmoins à faire un bras d’honneur à des messieurs. Végétarienne revendiquée. Surprise néanmoins à dîner en compagnie du même Doriochon, avec entre les dents un morceau de jambon.

Miller Gérard, psychanalyste. Donneur de leçons de morale gratuites. Marchand de sommeil – masseur kinésithérapeute.

Obono Danielle, députée Insoumise, compagne de la résistance antijuive. Décorée par Jeremy Corbyn de l’Ordre de Bouteldja.

Rima Rien. Sans profession. Sans raison. Pour rien. Par pure inclination.

Nos lecteurs disposent d’un mois pour voter. Le nom du gagnant sera annoncé dans la prochaine livraison de Causeur aux abonnés à jour de leur paiement. Le lauréat sélectionné aura, outre la coupe, le droit de partir en vacances à Saint-Déni. L’apéritif lui sera offert par la maison Lévy.

Gustave Le Bon: qu’est-ce qu’une foule?

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À l’heure où les agriculteurs manifestent leur exaspération et où le pouvoir craint que le mouvement contestataire des gilets jaunes ne soit pas complètement mort, il faut relire ce spécialiste de la « psychologie des foules ». Ce penseur (1841-1931) estimait que c’est la foule qui de tout temps est le grand « accélérateur » de l’histoire.


Il y a des livres intemporels, tellement précis et pertinents que nous pouvons les lire un siècle après leur parution en étant convaincus qu’ils ont été écrits hier. C’est le cas de celui-ci, Psychologie des foules, de l’inévitable et pourtant trop peu lu Gustave Le Bon.

De formation scientifique et médicale, passionné par les questions sociales et sociologiques, curieux de comprendre les grands mécanismes des sociétés humaines, Gustave Le Bon est un penseur de la chose publique avec lequel notre époque mériterait de se réconcilier tant sa précision analytique, sa compréhension des phénomènes et la finesse de son esprit de synthèse sont des boussoles qui, aujourd’hui encore, nous aident à comprendre ce qu’il se passe autour de nous et quelles directions prendront inévitablement nos sociétés. Il y a dans Psychologie des foules ce que l’on retrouve dans le reste de son œuvre : à la fois une compréhension limpide du passé et une évaluation précise du futur. Si bien que ce livre, publié en 1895, nous concerne encore et parvient à nous dire, à nous expliquer pourquoi notre société a pris les virages que nous lui connaissons et comment cela modifiera à terme ses ramifications profondes.

L’objet de son observation ici est la foule. Qu’est-ce qu’une foule ? Peut-on lui attribuer un profil psychologique, et ce profil peut-il expliquer à lui seul qu’une foule en mouvement puisse influencer le cours des événements ? Gustave Le Bon refuse de croire que les grands changements sont le fait d’hommes isolés, providentiels ou mystiques. Même dans le cas d’un Napoléon, d’un César, d’un Constantin (ou plus tard d’un Emmanuel Macron), il analyse que rien dans leurs réalisations, pas même leur ascension jusqu’au pouvoir, n’aurait été possible si l’on n’avait pas observé d’abord des changements dans « les idées profondes des peuples » ; ces mêmes peuples qui fournissent ensuite le contingent des foules actives. Les grands décideurs politiques, dans ces conditions, au lieu d’orienter le peuple sont orientés par lui au moins jusqu’à leur accession au pouvoir, puis, une fois au pouvoir, sont contraints de tenir compte de ses humeurs dans la mesure où de ce peuple peut surgir une foule, masse mobile, imprévisible, dont le fonctionnement psychologique est par définition trop mouvant pour être appréhendé, compris et satisfait. Tout le travail du pouvoir politique est donc de ménager les humeurs du peuple, leur donner satisfaction ou feindre habilement de le faire, pour s’assurer qu’il restera toujours dans ses foyers.

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Pour autant, bien qu’ils en soient conscients, les décideurs politiques modernes persistent à vouloir prendre des directions sociales, sociologiques, historiques et morales différentes de celles auxquelles aspirent les peuples. Le clivage devenu insoutenable entre les velléités d’une élite déconnectée et un peuple qui accepte pour l’instant de subir rend inévitable le moment où la foule reprendra son droit légitime à entrer en scène pour faire entendre sa protestation. La crise des gilets jaunes est à ce titre un avant-goût de ce qui attend nos dirigeants, comme celle des agriculteurs en colère, pour ne citer que deux des exemples les plus visibles de ces dernières années. Mais au-delà de ces exemples démonstratifs il y a le travail silencieux, lent, souterrain qui ronge actuellement notre modèle de société, créant les conditions d’un conflit qui dépassera ce que les pouvoirs publics seront en mesure de contenir, et créera une situation finalement assez nouvelle dans l’Histoire où le conflit ne concernera plus seulement une foule dirigée contre l’ordre, mais une multitude de foules toutes dirigées contre lui en plus d’être en grave confrontation entre elles.

Ces prévisions pessimistes ne sortent pas d’une boule de cristal. Gustave Le Bon n’était pas un magicien mais un penseur et c’est à la lumière de l’expérience humaine et historique qu’il a tiré les leçons et délivré aux lecteurs les moyens politiques et intellectuels de comprendre, éventuellement d’anticiper, les événements en question. Lorsque le désordre sera partout installé, personne ne pourra prétendre qu’il ne savait pas, personne ne pourra dire qu’il ne comprend pas car tout ce qui se passe actuellement répond à des schémas historiques déjà plusieurs fois éprouvés par l’expérience. Que les dirigeants les ignorent ne signifient pas que ces schémas mécaniques s’annulent ou qu’ils ont disparu ; c’est au contraire parce qu’ils ont décidé de les ignorer qu’ils ont laissé se mettre en place les conditions du grand effondrement « prédit » par Gustave Le Bon. Pour le moment, ce qui nous préserve de ce grand effondrement réside dans les moyens que les pouvoirs publics ont mis en place pour s’assurer la tranquillité : d’une part ils laissent abrutir les peuples par la multiplication des moyens de la jouissance immédiate (nourriture à volonté, bouquets de chaînes télévisées, lieux de détente divers, accès facilité à toutes sortes de divertissement) et, lorsque les souffrances notamment sociales deviennent trop importantes pour être contenues par « le pain et les jeux de cirque » (Panem et circenses), ce sont les cordons de gendarmes et de CRS qui sont utilisés par le pouvoir pour intimider les peuples et les dissuader de convertir leurs souffrances en révolte. L’ordre actuel, structurellement défaillant et d’ores et déjà condamné à tomber, ne tient plus que par la force des habitudes, par l’illusion de sa force plutôt que par sa force réelle, et par l’intimidation exercée sur la population par les moyens de répression mis en avant pour servir d’avertissements.

Pendant que l’élite, depuis sa citadelle parisienne, s’imagine avoir ainsi pérennisé son ordre, partout ailleurs et dans la citadelle même, la colère gronde et déjà les conditions sont réunies pour que la foule finisse par reprendre son rôle de grand accélérateur de l’Histoire.

165 pages.

Psychologie des foules

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Islamisme, laïcité et désarmement judiciaire

Un homme jugé pour avoir appelé à brûler vif le proviseur du lycée Ravel à Paris vient d’être condamné à un simple stage de citoyenneté !


En février 2024, le proviseur du lycée Maurice Ravel (Paris 20e) Philippe Le Guillou demande à une élève d’enlever son voile, c’est-à-dire de respecter la loi. Refus, altercation, elle rameute les frères, les cousins et l’islamosphère. Après avoir reçu des torrents de boue et de menaces, le proviseur finit par jeter l’éponge et part en retraite par anticipation.

Une justice pas exemplaire

Ibni-Akram A., 27 ans, frère d’une élève de Ravel, tweete alors : «Ma sœur m’a raconté, c’est une dinguerie faut le brûler vif ce chien».  L’individu a été jugé le 2 octobre pour « provocation publique non suivie d’effet à commettre une atteinte volontaire à la vie ». Il écope de 600 euros d’amende et d’un stage de citoyenneté (le Parquet demandait un an de prison avec sursis). En prime, comme il travaille, il évite l’inscription au casier judiciaire !

L’avocat du proviseur dénonce un « jugement stupéfiant qui banalise les discours de haine contre les chefs d’établissement ». Du reste, le Parquet fait appel.

À noter que le 11 septembre, dans la même affaire, l’auteur d’un message similaire avait été condamné en appel à Caen à de simples travaux d’intérêt général. Voilà qui doit faire bien peur !

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Ce jugement intervient alors que huit prévenus comparaissent dans le même temps pour des agissements similaires, mais qui eux ont été suivis d’effet puisque Samuel Paty a été assassiné. Cette coïncidence n’a pas frappé les magistrats. Puisqu’aucun tueur n’a entendu l’appel de Monsieur A, ils n’ont pas voulu l’accabler. Pendant que l’exécutif et quasiment toute la classe politique proclament que plus jamais ça, que nous ne cèderons pas, que toucher à l’École c’est toucher à la République, blablabla, des juges se couchent.

Critiquer les décisions de justice, c’est populiste, non ?

Mais pourquoi les magistrats seraient-ils la seule corporation immunisée contre la critique ? Ils assignent Nicolas Bedos à résidence pendant six mois, mais donnent une tape sur les doigts à l’auteur de menaces de mort. On me dira qu’on ne peut pas condamner aussi lourdement des propos et des actes aussi dérisoires soient-ils. Sauf que des propos de ce genre ont déjà tué. Et puisque Monsieur A. a dit comprendre lors de l’audience la gravité de son acte, il aurait surement compris une peine plus lourde qui aurait servi d’exemple – et peut-être dissuadé les candidats au lynchage dans de prochaines affaires.

Il parait que nous sommes en guerre contre l’islamisme. Et pourtant, il ne cesse d’étendre son emprise mortifère sur la jeunesse musulmane. Dans cette guerre que nous ne menons pas ou si mollement, certains juges, loin de nous protéger, nous désarment. Les islamistes ont dû sabler le jus d’orange hier soir.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin

SNCF: l’exemplaire ponctualité

Grêve dans les trains à Noël : le président de la SNCF Jean-Pierre Farandou met un coup de pression aux cheminots. Il les invite à «rester du côté des Français».


Ce qu’il y a de remarquable avec la SNCF c’est en effet sa culture de la ponctualité. Les choses y sont réglées avec la rigueur, la précision qui font la réputation de l’horlogerie suisse. Je ne parle pas ici du respect des horaires de départ et d’arrivée des trains, bien évidemment, mais de la régularité calendaire avec laquelle tombent les préavis de grève. À chaque Noël le sien. À chacune des grandes transhumances d’été les leurs. 

La tradition n’a pas toujours du bon

Cette année 2024 n’échappe pas à la tradition. Un préavis de grève illimitée reconductible à partir mercredi 11 décembre est tombé à l’initiative de l’intersyndicale regroupant la CGT cheminots, UNSA ferroviaire, Sud Rail et CFDT Cheminots. Avec un petit tour de chauffe pour le jeudi de cette semaine. Une mise en bouche, en quelque sorte.

En cause, la disparition de Fret SNCF à compter du 1er janvier 2025, l’ouverture à la concurrence, une éventuelle insuffisance d’investissements dans le réseau. On s’en doute, le fait que la période coïncide avec l’ouverture des négociations salariales annuelles obligatoires n’est qu’une regrettable coïncidence. « Notre volonté n’est pas de faire du chantage », assure d’ailleurs Thierry Nier, secrétaire général de la fédération CGT cheminots. Loin de nous une telle pensée, allons donc!

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Devant la perspective de ce nouveau blocage, de ces nouvelles marées humaines à la dérive dans les halls et sur les quais de gare, Jean-Pierre Farandou, le PGG de la SNCF, tente une opération de dissuasion. Dans les colonnes de La Tribune Dimanche, il en appelle « au sens de la responsabilité des cheminots ». « Restez du côté des Français » les exhorte-t-il. Air maintes fois entonné, rarement avec succès. Dans une période aussi compliquée que celle que nous traversons, où les difficultés s’accumulent, ajoute-t-il, « les Français ne comprendraient pas qu’on les empêche de rejoindre leur famille pour les fêtes de fin d’année ». Des usagers qui, par ailleurs, pourraient bien être tentés à la fin de lancer un préavis de patience limitée, quelque chose de ce genre, considérant que cette fois la coupe est pleine. Nous verrons.

Gréviculture

Il en faudra sans doute davantage pour que ces syndicats de gauche renoncent à leur sacro-sainte « gréviculture », pour reprendre l’expression de Marine Le Pen. Il en faudra plus aussi, probablement, que les arguments de raison exposés par Jean-Pierre Farandou. Avec la réforme, imposée par la commission européenne en accord avec le gouvernement français, « l’activité fret serait en bien meilleure forme économique qu’avant, plaide-t-il, puisque nous bénéficierons d’une aide d’État supplémentaire au secteur de 30 millions par an. Étant donné les difficultés budgétaires du pays, c’est un signe fort. Sans compter que la surcotisation pour la retraite des cheminots transférés continuera d’être prise en charge à hauteur de 20 millions annuels par la SNCF ».

De plus, le PDG s’est engagé à « retrouver une place dans le groupe pour les cinq cents disparitions de poste ». Pour quoi y faire au juste ? pourrait s’interroger un esprit taquin.

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Enfin, le président Farandou n’omet pas de suggérer qu’à la SNCF il y a souvent une sorte de Noël avant Noël. Il rappelle ainsi que les salaires ont progressé de 17% (21% pour les plus bas) entre 2022 et 2024 pour une inflation à 13%, que la rémunération de base dans l’entreprise est de 10% supérieure au SMIC, que 17100 recrutements ont été effectués en deux ans et que si, depuis six semestres consécutifs, les comptes sont au vert et l’entreprise bénéficiaire, chaque jour de grève coûte quelque 20 millions d’euros. Quand on sait qu’une rame neuve vaut 35 millions, on a vite fait de calculer que tous les deux jours de blocage on rate un train entier. Et même quelques wagons de plus. Du beau boulot, vraiment…

Reprenant la proposition des sénateurs Marseille (centriste) et Tabarot (LR), Éric Ciotti plaide pour un système à l’italienne interdisant les grèves de transports à certaines périodes, Fêtes de fin d’année, grands départs… M. Attal, qui entend sans doute se ménager une bonne place dans le TGV terminus Élysée de 2027, s’est déclaré résolument contre. Il y voit un biais de non-constitutionnalité, le droit de grève étant inscrit dans la Constitution française. Le droit de grève sans aucun doute. Le droit de grève avec prise d’otages, je n’en suis pas absolument convaincu. Car de quoi s’agit-il d’autre, en vérité ? Un jour, il faudra bien que les politiques aient le courage d’appréhender le problème sous cet angle. À mon humble avis, il n’est que temps.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Intervilles, ses vachettes et la télé d’antan

Antispécisme. L’agaçant Nagui (et ses rires sur commande irritants) va relancer le jeu populaire « Intervilles ». Sans ses vachettes. Le producteur déclare dans Ouest France vouloir apporter de la « modernité à cette grande kermesse avec diversité, parité et respect de tous les êtres ». Plusieurs municipalités annoncent qu’elles vont boycotter le jeu. « J’entends les discours de tradition. Mais que des déclarations comme ça sortent au moment où une loi veut interdire des mineurs dans les spectacles de tauromachie, ce n’est pas un hasard » veut croire la vedette de la télé.


Dax – Mont-de-Marsan. J’ai appris à situer ces deux villes sur une carte de France au fil des saisons d’Intervilles. Leur querelle de clochers était à l’émission télévisée ce que représente un Lyon – Sainté pour les passionnés de ballon rond ou un Biarritz – Bayonne pour les férus d’Ovalie. A l’époque, celle des années 90, je sortais de l’enfance ; nous avions quelques chaînes pour nous distraire ; un soir par semaine, dans la touffeur estivale qu’adoucissaient les glaces à l’eau, nous regardions donc en famille les candidats de deux cités s’affronter, avec au cœur de l’arène une vachette déchaînée.

Nagui est végétarien depuis 2016. Et nous fatigue depuis plus longtemps encore

Après plusieurs interruptions, le programme s’apprête à faire son retour, produit et animé par Nagui – qui fait partie de la catégorie d’animateurs que bon nombre de Français, pour reprendre une expression de ma grand-mère, « sortiraient de leur télé » tant ils ont le don d’agacer. Seulement, l’homme se situe dans le camp du bien et est un grand défenseur de la cause animale : Intervilles se déroulera donc sans ses intrépides protagonistes qui faisaient tantôt chuter, tantôt fuir des gladiateurs plus ou moins téméraires. Elles seront remplacées par une structure « en mousse ». Contactées par la production pour participer en juillet prochain à l’émission, Dax et Mont-de-Marsan ont décliné l’invitation : pour les deux rivales landaises, Intervilles sans vachette, c’est « une kermesse » ou « un jeu télévisé quelconque » et y participer viendrait à cautionner l’idée d’une souffrance infligée à l’animal.

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Pour les moins de trente ans, Intervilles, outre ses vachettes, ce furent des épreuves faites de plans inclinés à gravir à la force des bras, de seaux d’eau qui se déversent sur les candidats maladroits, de plongeons sur un tapis savonné et de chutes malencontreuses, le tout accompagné d’un entêtant refrain composé par le groupe Citizen’s. Ce furent aussi et surtout des animateurs jamais oubliés : Guy Lux, Léon Zitrone, Simone Garnier, Fabrice, Jean-Pierre Foucault, Nathalie Simon et Olivier Chiabodo, tous un peu (ou beaucoup) de mauvaise foi.

Une France bon enfant

Surtout, Intervilles nous replonge dans une autre France, celle allant de Charles de Gaulle à Jacques Chirac, des querelles picrocholines qui n’avaient rien à voir avec la guerre qui se dessine aujourd’hui dans les quartiers des villes, celle où le pain n’était pas encore rassis et les jeux encore bon enfant, celle où les cyclistes français gagnaient encore le Tour, celle des petits arrangements en sous-préfecture, celle où tout le monde était finalement heureux malgré les rudesses de la vie.  

Dans cette autre France, la télévision était aussi différente : on y regardait les Jeux de vingt heures avec Maître Capello, L’île aux enfants et Casimir, Bernard Pivot mettant en lumière les écrivains qui avaient encore du talent, Columbo et Derrick ; il n’y avait pas encore d’Arcom pour sanctionner les dérapages et les speakerines annonçaient les programmes. L’offre télévisuelle était réduite à un nombre limité de chaînes et quelques émissions qui auront marqué des générations autant qu’elles ont façonné des souvenirs partagés. Rien que pour cela, rendez-nous Intervilles, ses vachettes et les Dax – Mont-de-Marsan. Avec si possible, à la présentation, des animateurs que l’on souhaiterait ne pas sortir de notre télé.

Hazanavicius: un film d’animation digne de ce nom

Le film d’animation La Plus Précieuse des marchandises, un documentaire insoumis, mais insignifiant, et le grand Ophüls pour couronner le tout : ainsi va en novembre le cinéma dans les salles obscures…


Fable

La Plus Précieuse des marchandises, de Michel Hazanavicius

Sortie le 20 novembre

Michel Hazanavicius prend manifestement un malin plaisir à n’être jamais là où on l’attend. Un jour, il redonne vie à un OSS 117 aussi crétin que réjouissant sous les traits de Jean Dujardin. Un autre, il égratigne avec brio la statue de Godard. Un troisième, il rend hommage au cinéma muet et remporte un Oscar pour cela. Cinéaste cinéphile adepte de détournements d’images et de sons, il nous revient cette fois avec un drôle d’objet cinématographique. On le savait scénariste et réalisateur, on le découvre aujourd’hui dessinateur et capable même de bâtir un splendide film d’animation. Certes, un studio tout entier s’est mobilisé derrière lui pour créer des images à partir de ses dessins mais l’auteur, c’est bien lui et lui seul. Cet étonnement sur la forme vient à l’appui d’une surprise sur le fond du propos. Délaissant la blague, le pas de côté ou l’exercice de style, Hazanavicius adapte un court texte de Jean-Claude Grunberg, La Plus Pécieuse des marchandises, le récit d’un bébé juif sauvé d’une mort certaine par l’épouse d’un « pauvre bûcheron ». Le tout dans un pays indéterminé mais néanmoins situé le long d’une sinistre voie ferrée dont le terminus pourrait s’appeler Auschwitz.

C’est à l’évidence une fable, avec son lot de belles âmes et de noirceur, d’espoir et d’abattement, de rires et de larmes. Le « Il était une fois » traditionnel se pare ici des vertus d’une évocation historique que seuls les esprits faibles trouveront superflue. À l’heure où des chiffres catastrophiques prouvent l’ignorance crasse des collégiens et des lycéens français à l’égard de l’extermination des juifs d’Europe par les nazis, un tel film ne peut qu’être d’utilité publique et de première nécessité. Refusant toute facilité narrative comme tout effet voyeuriste et complaisant, Hazanavicius se montre d’une fidélité totale à l’esprit et à la lettre du texte de Grunberg. Et c’est précisément dans ce récit littéraire que réside l’un des atouts majeurs du film. Loin de faire la malin, le cinéaste a repris pour son scénario des pans entiers d’un texte écrit à la pointe sèche. En le donnant à lire à Jean-Louis Trintignant, il en a renforcé l’incroyable portée crépusculaire. C’est en fait le dernier « travail » de l’acteur devenu presque aveugle et que la mort a fini par emporter en juin 2022. L’enregistrement de la voix off du film est intervenu bien avant l’achèvement de l’objet cinématographique proprement dit. Comme s’il y avait eu bel et bien urgence à confier à l’incroyable phrasé chuchoté de Trintignant la lourde responsabilité d’incarner le conteur. C’est alors une voix d’outre-tombe qui porte les images du film, comme un testament artistique majeur. Les deux autres voix principales (les acteurs Dominique Blanc et Gregory Gadebois) sont parfaitement à la hauteur de cette dimension atteinte par Trintignant.

En choisissant le noir et blanc pour son dessin, Hazanavicius renforce une exigence faite d’intelligence et de sensibilité. Son trait est tout à la fois précis et mouvant, alerte et profond. La neige s’anime comme jamais et chaque arbre d’une forêt-refuge prend des allures humaines. Cette forme animée ne doit rien au hasard. Tout ici ressort d’un projet artistique longuement pensé et mûri. Le temps très long de l’animation, de sa fabrication, de sa finalisation permet évidemment d’atteindre ces objectifs ambitieux. Mais ici, on est encore un cran au-dessus de la moyenne. Idéalement, il faudrait que ce film irradie dans les collèges et les lycées. Mais on frémit à l’idée que les soubresauts de l’histoire immédiate paralysent certains enseignants et les empêchent de montrer La Plus Précieuse des marchandises à leurs classes ignares. Ce serait une nouvelle victoire de l’obscurantisme et de l’impossibilité à penser l’histoire. Resteraient alors les parents, dépositaires d’un devoir de transmission. Et après tout, ce film s’adresse aussi à eux. Voir un film en famille, est-ce trop demander ?


Foutaise

Au boulot !, de Gilles Perret et François Ruffin

Sortie le 6 novembre

La démagogie est la chose la mieux partagée au monde et n’a pas de limites. On arrive rapidement à cette conclusion en découvrant Au boulot !, le nouveau documentaire de Gilles Perret réalisé avec François Ruffin. Le premier aime manifestement filmer les Insoumis, car son précédent film était un portrait complaisant de Mélenchon. En s’alliant cette fois avec le député Ruffin, il fait preuve d’une belle constance idéologique. Les deux auteurs ont décidé de défier l’avocate Sarah Saldmann, habituée des plateaux télé et des formules à l’emporte-pièce. On se croirait sur Canal + tendance historique tant les ficelles sont grosses : il s’agit de mettre la Saldmann bling-bling face à la France d’en bas, des premiers de cordée dont personne ne songe à remettre en cause et l’abnégation et le courage au quotidien. Mais quel est l’intérêt profond d’une telle démarche, sinon de se payer, et pour pas cher, une figure médiatique ? L’avocate n’aurait jamais dû accepter le principe d’un tel « documentaire ». Nul ne l’a forcée et le piège s’est refermé sur elle. Le résultat est une curée assez facile qui se termine sur une plage du Nord par un sommet de complaisance veule.

Le député d’extrème gauche François Ruffin dans son dernier film © Les 400 Clous

Feux d’artifice

Trois films de Max Ophüls en version restaurée

Sortie le 6 novembre

Évidemment, il y a Vigo, Renoir, Grémillon, Pagnol et Guitry, entre autres. Mais au milieu trônent Max Ophüls et ses films qui n’en finissent pas de nous charmer. Trois d’entre eux ressortent sur les écrans et l’on s’en réjouit bigrement. Deux chefs-d’œuvre, Le Plaisir (1952), Madame de… (1953)et une rareté, Sans lendemain (1939). Trois occasions de plonger ou de replonger dans l’univers délicat, magique, tragique et profondément mélancolique du cinéma d’Ophüls. Lui dont Truffaut a dit un jour : « Il était pour quelques-uns d’entre nous le meilleur cinéaste français avec Jean Renoir. » Lui qui a su si bien rendre compte de l’extrême fragilité des sentiments humains. Lui dont le cinéma est comme une ode à l’élégance.

La faiblesse d’Antonio Guterres

Le secrétaire général des Nations unies manifeste depuis des années une préférence déroutante pour le monde musulman et une hostilité constante, voire douteuse, à l’endroit d’Israël. Itinéraire d’un Occidental redoutablement conformiste.


La Journée internationale de lutte contre l’islamophobie est l’une des fiertés d’Antonio Guterres. Programmée le 15 mars de chaque année, elle est le fruit d’un ambitieux programme antiraciste, baptisé « Stratégie et plan d’action pour la lutte contre les discours de haine », dont le secrétaire général de l’ONU a conçu le projet il y a cinq ans.

La date du 15 mars n’a pas été choisie au hasard. Elle marque l’anniversaire de l’attentat de Christchurch, cette tuerie commise en 2019 par un Australien d’extrême droite, Brenton Tarrant qui, armé de plusieurs fusils d’assaut, a assassiné ce jour-là 51 musulmans dans deux mosquées de la deuxième ville néo-zélandaise.

Autocensure

La première Journée internationale de lutte contre l’islamophobie a été célébrée le 15 mars 2022. Comme toujours en pareille circonstance, l’Assemblée générale de l’ONU a salué l’avènement en votant une résolution solennelle. Dans ce texte, référencé 75/187, on peut lire une phrase pour le moins inquiétante, qui a été rajoutée à la demande de la République islamique du Pakistan avec l’assentiment de Guterres : « Le terrorisme et l’extrémisme pouvant conduire au terrorisme ne peuvent ni ne doivent être associés à aucune religion, nationalité ou civilisation ni à aucun groupe ethnique. »

Voilà donc comment on prie à l’ONU. Car c’est bien d’une prière qu’il s’agit. D’une croyance absurde selon laquelle le mal se conjure en niant ce qui l’inspire. Prière de se taire sur les rapports entre terrorisme et islam. D’ignorer que le mot « Hamas » est l’acronyme de « Harakat al-Muqawma al-Islemiyya » (Mouvement de résistance islamique). Que Boko Haram se présente comme un « groupe sunnite pour la prédication ». Que le Hezbollah est littéralement le « parti d’Allah ».

Rappeler la nationalité allemande d’Adolf Hitler attise-t-il la germanophobie ? Préciser la nature catholique de l’Inquisition fait-il le lit de la christianophobie ? Antonio Guterres mesure-t-il combien l’idée de protéger les musulmans par l’autocensure revient en réalité à les traiter comme des enfants, c’est-à-dire comme d’éternels colonisés ? Comprend-il qu’il n’y a rien de haineux à établir un lien entre un attentat djihadiste et la religion de ses auteurs, surtout s’ils la brandissent en étendard ?

Il n’est un mystère pour personne que le secrétaire général de l’ONU, en poste depuis bientôt huit ans, nourrit une grande affection pour la religion musulmane. Ainsi, le 2 avril 2019, quelques jours après Christchurch, ce catholique, qui s’est notamment distingué par le passé en prenant position contre l’IVG, se rendait à la mosquée Al-Azhar, au Caire, pour saluer « le saint Coran » – tel qu’il l’appelle – et remercier l’islam de professer selon lui « la plus belle prescription de protection des réfugiés de l’histoire du monde ».

Eaux troubles

Comment expliquer une telle déférence ? Tous les diplomates que nous avons interrogés formulent peu ou prou la même hypothèse : à force de baigner depuis près de deux décennies dans le bain des Nations unies – avant d’être élu secrétaire général, l’ancien Premier ministre portugais a été pendant dix ans haut-commissaire pour les réfugiés –, Guterres a fini par adopter la doxa onusienne, elle-même sous l’influence du wokisme ambiant à New York, mais aussi de la puissante propagande de l’Organisation de la conférence islamique (OCI, regroupant 57 pays musulmans), véritable État dans l’État aux Nations unies, où elle est officiellement reconnue comme « deuxième plus grande organisation internationale après l’ONU ».

Dans ces conditions, personne ne s’est étonné lorsque, l’année dernière, le Portugais a fustigé, à mots couverts, la circulaire d’interdiction de l’abaya à l’école prise par Gabriel Attal. Il avait notamment glissé lors d’un discours : « Dans certains pays, les femmes et les filles sont punies parce qu’elles portent trop de vêtements. Dans d’autres, parce qu’elles n’en portent pas assez. » Nulle surprise non plus quand, en novembre 2023, on apprit que Guterres n’avait émis aucune objection à ce que le forum social du Conseil des droits de l’homme, un événement annuel organisé au palais des Nations à Genève, soit présidé, pour l’édition 2023, par… la République islamique d’Iran.

Mais c’est surtout dans sa manière de traiter Israël que transparaît le mieux sa faiblesse coupable. Ainsi, s’il a bien condamné les attaques du 7-Octobre, le secrétaire général de l’ONU a jugé utile de tempérer aussitôt ses critiques en accordant quelques circonstances atténuantes aux terroristes.

Le 24 octobre 2023, lors d’une réunion au Conseil de sécurité, Guterres déclarait : « Nous devons également réaliser que les attaques du Hamas ne sont pas sorties de nulle part. Le peuple palestinien a été soumis à cinquante-six ans d’occupation étouffante, et il est témoin de la violence et de la saisie progressive de ses terres par les colonies. Son économie a été détruite, il a été déplacé, ses maisons ont été démolies. Ses espoirs d’une solution politique se sont évanouis. »

Aux Nations unies, certains disent ces choses encore plus clairement. Par exemple, Francesca Albanese, rapporteuse spécial de l’ONU pour les territoires palestiniens, dont les tweets ne laissent aucun doute sur ses faveurs dans le conflit en cours. Ainsi le 10 février, l’Italienne prétendait sur X que « les victimes du 7/10 n’ont pas été tuées à cause de leur judaïsme, mais en réaction à l’oppression d’Israël ». Et le 10 août, toujours sur X, elle écrivait que Gaza est « le plus grand et le plus honteux camp de concentration du xxie siècle ».

Il est loin le temps où le secrétaire général de l’ONU reconnaissait, devant le Congrès juif mondial : « La forme moderne de l’antisémitisme est de nier l’existence de l’État d’Israël » (23 avril 2017). Le 21 août dernier, quand il inaugure la Journée internationale d’hommage aux victimes du terrorisme, aucune mention n’est faite au 7-Octobre, ni dans l’exposition organisée au siège de l’ONU, ni dans le film projeté pour l’occasion.

Depuis que Guterres est en poste, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une centaine de résolutions condamnant Israël. Soit au moins autant que pour tous les autres pays réunis ! L’État hébreu a sans doute bien des choses à se reprocher. Mais qui peut s’imaginer qu’à lui tout seul, avec moins de 0,2 % de la population mondiale, il puisse représenter la moitié des turpitudes de la planète ? Guterres visiblement…

Le 12 juin dernier, lors d’un point de presse à Genève, le secrétaire général de l’ONU s’exprimait en ces termes sur la guerre à Gaza : « Nous avons été témoins et nous sommes parfaitement conscients de ce qui était un niveau unique de destruction et un niveau unique de victimes dans la population palestinienne pendant ces mois de guerre qui n’a pas de précédent dans aucune autre situation que j’ai vécue en tant que secrétaire général des Nations unies. » Curieuse hiérarchie. C’est sous son mandat qu’a débuté, il y a quatre ans, la guerre du Tigré en Éthiopie. Selon la BBC, entre 2020 et 2022, ce conflit a causé 800 000 morts. Il est vrai qu’ils n’ont pas été tués par des Israéliens.

Démocratie, mon beau prétexte

Il ne manquait plus que lui ! Notre chroniqueur, sans attaches du côté du RN, jamais encarté où que ce soit, revient sur les réquisitions du Parquet qui cherche à toute force à rendre Marine Le Pen inéligible. Alors que de l’aveu même de son procureur, qui manque de preuves, ça lui ferait mal de ne pas inculper les prévenus.


On se souvient de la formule de Pascal : « La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. » Sans doute correspondait-elle à ce XVIIe siècle où le pouvoir prospérait dans l’arbitraire : vous aviez déplu, on vous mettait à la Bastille. Ou, comme Fouquet, à Pignerol pendant 18 ans — il y faisait frais, surtout dans ce petit âge glaciaire.

Alléluia, nous avons trouvé un jour la démocratie sous un sapin de Noël, et nous vivons désormais en des temps où la justice et la force vivent en harmonie…

Qui le croit ? Même si le destin politique de Marine Le Pen est un détail de l’histoire contemporaine, il faut bien reconnaître que le réquisitoire du récent procès de la dirigeante du RN et de quelques attachés parlementaires, tous accusés de détournements de fonds européens, marque le retour en fanfare de la force, qui ne s’est jamais trop souciée de la justice, sinon pour soigner les apparences.

Faut-il que la possibilité d’un renversement de l’ordre établi par une conjugaison de la colère des peuples et du laminage des classes moyennes fasse peur aux puissants de ce monde pour qu’ils prennent le risque d’afficher la couleur ! Ils n’utilisent la justice que dans leur intérêt, sanctionnent de temps en temps des élus en fin de carrière (Fillon), exagérément démonstratifs (Cahuzac) ou gênants (Bayrou), et quand la menace cesse d’être fantôme, ils dégainent et dégomment qui pourrait leur faire de l’ombre.

Yaël Braun-Pivet se dit effarée par les commentaires qui disqualifient un tribunal dont les réquisitions sont taillées sur mesure pour éliminer la dirigeante du RN. « C’est quand même ahurissant, a-t-elle souligné. Les Français veulent des élus exemplaires… »

Est-ce si sûr ? C’est avec des raisonnements de ce calibre que la Chambre élit Paul Deschanel contre Georges Clemenceau. Personnellement, je préfèrerais Mazarin à Barnier — ou à qui que ce soit dans le personnel politique contemporain. Mazarin qui arrivé gueux en France est mort en laissant à ses nièces près de 70 millions de livres / or. Acquis bien sûr en toute honnêteté. Oui — mais il a gagné la Guerre de Trente ans. Et installé solidement Louis XIV sur le trône.

Dans le duel à distance que se livrent les nations du Sud, qui favorisent paraît-il la magouille et exaltent le Capo di tutti capi, et les pays du Nord, englués de vertu et de protestantisme, la France est en train de basculer, sous la pression de l’UE – un refuge de petits saints, comme chacun sait. Nous voudrions des élus exemplaires, des dragueurs déconstruits, des femmes frigides et des artistes dépourvus de talent — c’est plus sûr — et de passions mauvaises.

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Ceux qui ont le pouvoir ne sont pas disposés à le lâcher. Ils tiennent les cordons de la bourse. Ils alarment les pauvres gens avec des contes à dormir debout sur le poids de la dette — dont ils sont les premiers à soutirer les bénéfices. Ils se livrent à des expérimentations sur l’obéissance des peuples à l’occasion d’une épidémie finalement bégnine. Ils clament bien haut qu’ils sont exemplaires, alors que depuis des années — rappelez-vous déjà l’affaire Urba, en 1987-1989, où les socialistes au pouvoir avaient donné la pleine mesure de leur vertu — les uns et les autres se servent dans la caisse alimentée par les peuples, que l’on pressure tout en les culpabilisant. En ce moment, on cible les retraités, toujours trop payés à ne rien faire, chacun sait cela. Ou les enseignants qui n’en fichent pas une rame, c’est de notoriété publique, depuis que Madame Oudéa-Castéra a trouvé des instituteurs grévistes dans une école où il n’y en avait pas.

Le procès intenté à Marine Le Pen et à ses parlementaires est une plaisanterie significative. Une façon pour le Camp du Bien de s’accrocher au pouvoir. Peut-être vous souvenez-vous de la « taxe anti-Zemmour », une idée de l’écologiste Benjamin Lucas qui en 2022 a proposé de taxer à 90% (au lieu de 5,15%) les médias qui pensent mal, en sanctionnant « toute diffusion de propos faisant l’objet d’une condamnation pour incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination ».

Tout est tellement pourri que la vertu ne peut s’en tirer qu’en inventant des délits nouveaux. Le vote de la loi Sapin 2 (décembre 2016) fut une merveilleuse idée pour sanctionner des agissements préalablement repérés, non encore criminels — mais criminalisés après coup afin de faire tomber tel ou tel personnage, tel ou tel parti.

Ce qui est sûr, c’est que désormais, chaque fois qu’un responsable politique invoque la « démocratie », il est urgent de le gifler. La démocratie était un système inventé par des cités indépendantes, regroupant quelques milliers d’hommes libres, il y a 2500 ans. C’est un système qui a fait long feu : dès la guerre du Péloponnèse, les Spartiates ont expliqué manu militari aux Athéniens ce qu’était un vrai État — et ce n’était pas une démocratie.

Montesquieu ne dit pas autre chose, en soulignant la différence entre la République, qui est un système cohérent et autoritaire, et la Démocratie, qui est une dictature molle. La direction de l’UE n’est pas une démocratie — ou alors, qu’elle rende publics les mails échangés avec Pfizer, par exemple.

Évidemment, aucun des arguments utilisés aujourd’hui par le RN ne va au fond de choses, parce que ce parti, qui manque un peu d’intellectuels véritables, joue toujours la carte de la dédiabolisation, et veut à toute force faire croire qu’il respectera la « démocratie », ce magnifique outil au service de capitalistes et de néo-libéraux qui trinquent tous les jours à votre santé. D’où leur stigmatisation des régimes « illibéraux ».

Il faut rétablir la République, et faire passer devant des tribunaux populaires tous ceux qui se sont gavés de belles paroles pour faire suer le burnous aux peuples effarés. Nous n’avons plus de guillotine, nous n’avons pas de mines de sel, mais nous avons des rizières, en Camargue, qui manquent de bras.

L'école sous emprise

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Samedi à Auteuil ou la parenthèse exquise

Salomon Malka, journaliste et écrivain, a déjà consacré de nombreux ouvrages à Lévinas. Cette fois-ci, dans Samedi prochain à Auteuil, il tente de retrouver les premières traces de la rencontre avec le Maître lorsqu’il était encore adolescent et qu’il suivait les cours de celui-ci. Ce faisant, il nous offre des moments originels ; réminiscences d’un temps révolu où Auteuil ressemblait à la province…


Savez-vous ce qu’est une péricope ? Rassurez-vous, je l’ignorais jusqu’à aujourd’hui. Une péricope dérive du substantif grec ancien « perikope » qui signifie « découpage », « le terme étant utilisé dans un contexte liturgique pour distinguer un récit constituant une unité littéraire. ». Tous les samedi matin, le narrateur assiste à un cours où le Maître champenois comme il l’appelle se penche sur la péricope du jour. Le maître ? Emmanuel Lévinas, qui donne également des cours de littérature l’après-midi et des cours de philosophie en semaine.

Promenades d’autrefois

Salomon Malka retrouve un journal tenu durant son adolescence et en refait un à partir de ses souvenirs mêlant ses amitiés d’alors, ses amours, ses promenades dans ce quartier provincial du 16ème arrondissement, et, surtout essaie de retrouver l’atmosphère si particulière qui régnait durant les 20 minutes de la péricope, pas une de plus, que le Maître concluait par un trait d’humour, voire un grand éclat de rire.

Le samedi 1er février, « au milieu de toute une séquence sociale qui suit d’ailleurs la lecture des Dix commandements, où il est question de s’éloigner du mensonge, de rejeter la corruption, de ne pas léser l’étranger, on trouve ce commandement visant non pas à privilégier le riche et le puissant mais au contraire à ne pas privilégier le pauvre et l’indigent. » Pourquoi ? Parce qu’« il ne fallait pas expulser le pauvre de la condition humaine. Il ne fallait pas lui ôter sa dignité d’homme, lui réserver une justice particulière, comme s’il n’avait pas droit à la justice de tous. » Le Maître est particulièrement inspiré par ce verset sur lequel il reviendra un autre samedi et que notre justice d’aujourd’hui devrait absolument méditer. « Il dégage l’idée que la compassion n’est pas du domaine de la justice. Ce sont deux ordres qui doivent communiquer entre eux, mais qui sont séparés. Et voilà pourquoi il est demandé à la justice de ne pas se montrer indulgente envers les faibles et impitoyable avec les puissants. »

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Un autre jour, c’est un texte de l’Exode qui est abordé, où il est dit que la faute des pères se poursuit jusqu’à la 3ème ou 4ème génération mais que la bienveillance du créateur s’étend sur mille. « La disgrâce ne vaut que pour trois ou quatre générations, soit le temps d’une vie d’homme qui peut agir, dans le meilleur des cas, sur des enfants, des petits-enfants et à la rigueur sur des arrière-petits-enfants. Il (cet homme) peut faire rayonner son exemple sur tout cet arc, en revendiquer la charge, et en porter une part de responsabilité. Mais la grâce, elle, est infinie. Elle s’étend sur mille ans. C’est-à-dire qu’au fond, elle est éternelle. Le bien fait à son prochain ne connaît pas de limite. Le mal qui est fait retentit sur la descendance. »

C’est l’absolue prééminence de l’éthique qui caractérise la pensée d’Emmanuel Lévinas qu’on retrouve chaque samedi, éthique qui ne se distingue pas, comme on a trop voulu le faire croire, de la sainteté. Dernière péricope qui la concerne, introduite par la lecture de l’élève : « Vois, j’ai désigné nommément Betzalel, fils d’Ouri, fils de Hour, de la tribu de Juda, et je l’ai rempli d’une inspiration divine, de sagesse, d’intelligence, de connaissance… » Et chacune de ces expressions donne lieu au commentaire suivant : « La sagesse ; ce qu’un homme entend des autres et apprend. L’intelligence ; ce qu’un homme comprend de lui-même à partir des choses qu’il a apprises. La connaissance ; l’esprit saint.

Commentaires de commentaires…

Le maître incarne les propos qu’il tient. Le narrateur nous dit qu’il commente toujours le commentaire de son maître à lui, qu’il témoigne ainsi de la transmission qui fait la génération. Et quant à l’auteur du livre qui nous restitue ces moments précieux, son écriture témoigne d’une rare simplicité, s’inspirant sans doute de ce qu’il dit de celle de la Bible et, notamment, du début de l’histoire de Job : « Ce n’est jamais pompeux, jamais lourd. Ce sont des phrases assez simples, avec un sujet, un verbe et un complément, sans toute cette part de finesse et de fausse élégance que donne quelquefois la littérature. Il faut écrire comme la Bible. »

Et c’est ainsi, que de samedi en samedi, de péricope en péricope, nous suivons avec Salomon Malka le cours du petit homme rond et jovial, entre deux considérations sur le quartier, ses bâtiments, les noms de ses rues, et les souvenirs aussi, pour finir, d’autres personnes comme Jean d’Ormesson et Robert Hossein, pour lesquels la Bible fut le socle fondamental.

Samedi prochain à Auteuil. Les leçons de Lévinas, 204 pages.

Pourquoi il fallait laisser Rima Hassan parler à Sciences-Po

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© ISA HARSIN/SIPA

Interdite de conférence à l’école, Rima Hassan se victimise en dénonçant la « censure des voix qui dénoncent le génocide en cours ».


L’eurodéputée Rima Hassan devait intervenir vendredi, mais le directeur de Sciences-Po a annulé l’événement en invoquant un risque de troubles à l’ordre public.

La décision discutable de Luis Vassy

On le sait, depuis le 7-Octobre, Sciences-Po était accusée de laxisme face aux agitateurs qui se disent propalestiniens mais sont en réalité pro-Hamas. Beaucoup de gens saluent donc la fermeté de Luis Vassy. Ils ont tort.

Sciences-Po Paris occupée en soutien à la Palestine, 26 avril 2024. © HOUPLINE RENARD/SIPA

Je déteste les idées de Rima Hassan et je n’aime guère sa personne, tout entière vouée à sa haine d’Israël. L’eurodéputée LFI est très populaire dans la jeunesse universitaire, donc politiquement dangereuse. Rappelons d’ailleurs qu’elle est poursuivie pour apologie du terrorisme après des déclarations complaisantes sur le 7-Octobre.

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Elle est une des premières propagatrices de l’accusation de génocide qui fait des Israéliens les nouveaux nazis. D’ailleurs, elle vient de dénoncer sur X la « censure des voix qui dénoncent le génocide en cours à Gaza ».

De plus, elle et ses amis politiques se sont fait une spécialité d’empêcher leurs contradicteurs de s’exprimer par la menace voire la pression physique. On se souvient des conférences annulées par le passé de François Hollande ou Alain Finkielkraut, par exemple. Mme Hassan manifestait devant TF1 quand ils ont interviewé Netanyahou, elle a aussi menacé BFMTV plus récemment. Bref, Madame Hassan et ses amis détestent la liberté.

Mais alors, pourquoi la laisser s’exprimer ?

Pour une raison pratique, d’abord. On se souvient qu’à Dauphine, une annulation avait été annulée par le Tribunal administratif. Mme Hassan, qui annonce déposer un référé-liberté, pourrait donc non seulement finalement intervenir mais en plus se draper dans la légitimité judiciaire…

Mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est que ce serait une défaite de se comporter comme les Insoumis. Pas de liberté pour les ennemis de la Liberté, dit Saint-Just. Eh bien si, au contraire. Il faut utiliser la liberté comme une arme de destruction massive, les obliger à jouer le jeu de la confrontation loyale, dissoudre leur idéologie par l’argumentation. 

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Sciences-Po ne devrait pas interdire cette intervention, mais imposer les conditions d’un débat à la loyale conforme à sa mission. Argument contre argument, idée contre idée : c’est l’esprit des Lumières.

Nous devrions dire à Mme Hassan : vous pouvez débattre, mais pas faire un meeting. Donc nous exigeons une tribune pluraliste et la garantie que tout étudiant pourra y assister et intervenir. Mettons-la face à M. Bellamy (pour prendre un eurodéputé) et on verra ce qu’il reste de l’aura de Madame Hassan… Du reste, elle se serait dégonflée. Madame Hassan ne parle pas aux sionistes.

Faire taire Rima Hassan ne nous aidera pas. Les inconvénients de la liberté sont infiniment préférables à ceux de la censure. 

Le trophée des trop fats

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Gilles-William Goldnadel © Hannah Assouline

Le président d’Avocats sans frontières lance un grand concours. Et la compétition s’annonce serrée.


J’organise ce mois-ci un grand concours pour célébrer le membre du Nouveau Front populaire qui se sera le plus distingué pour sa sottise, sa bassesse, son ignorance ou sa turpitude. Ces différents critères n’étant évidemment pas incompatibles entre eux, mais plutôt complémentaires. Le vainqueur recevra la Coupe de l’extrémiste le plus à la Hamas.

La liste des compétiteurs pouvant espérer être élus étant trop nombreuse, il m’a fallu arbitrairement, de manière déchirante et sans doute injuste, retenir seulement dix noms parmi 7 645 préalablement sélectionnés. Que les 7 635 éliminés veuillent bien me pardonner.

Sont donc retenus pour la compétition :

Thibault Ritchy, assistant parlementaire de la députée Insoumise Ersilia Soudais. Pour avoir notamment appelé à la constitution de milices d’ultra-gauche dans le but d’agresser la police française, « cette enfant de Pétain » selon lui. Détail vocal qui justifie notre choix : Ritchy, quand il appelle courageusement à l’insurrection, a très exactement la même voix que Super Résistant dans Papy fait de la Résistance. Nous ne croyons pas aux coïncidences.

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Soudais Ersilia, l’assistée du précédent, poursuivie par Avocats sans frontières pour intelligence avec une organisation classée terroriste, en l’espèce le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). L’intelligence requise pourrait lui faire espérer un non-lieu. Notre motivation supplémentaire pour justifier notre dilection : le recours d’Ersilia à des vêtements clownesques pour renouer avec la tradition du cirque populaire. Le tout agrémenté d’un rire satisfait et ridicule, qui réjouit les petits comme les grands dans leur chaumière.

Kerbrat Andy, député Insoumis. Pour avoir acheté de la drogue à un mineur tout en ayant déclaré vouloir faire la guerre à la drogue. Ses chances sont réelles tant sa tartufferie a un aspect stupéfiant.

Portes Thomas, député Insoumis, porte(s)-parole du Hamas. Pour l’ensemble de son œuvre.

Delogu Sébastien, député Insoumis, chauffeur et garde du corps d’un Monsieur Doriochon, et accessoirement déchiffreur réputé de l’alphabet latin moderne, pour autant qu’on lui en laisse le temps.

Le sieur Caron, député Insoumis. Se protège des moustiques sans user d’insecticides, avec uniquement de l’essence de vétiver. Protecteur de toutes les espèces animales à l’exception notable d’une seule, l’humaine, avec une aversion particulière pour une ethnie ayant le cuir trop dur pour son cœur trop pur.

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Rousseau Sandrine, députée écologiste. Considère que le bras d’honneur est le signe du masculinisme. Surprise néanmoins à faire un bras d’honneur à des messieurs. Végétarienne revendiquée. Surprise néanmoins à dîner en compagnie du même Doriochon, avec entre les dents un morceau de jambon.

Miller Gérard, psychanalyste. Donneur de leçons de morale gratuites. Marchand de sommeil – masseur kinésithérapeute.

Obono Danielle, députée Insoumise, compagne de la résistance antijuive. Décorée par Jeremy Corbyn de l’Ordre de Bouteldja.

Rima Rien. Sans profession. Sans raison. Pour rien. Par pure inclination.

Nos lecteurs disposent d’un mois pour voter. Le nom du gagnant sera annoncé dans la prochaine livraison de Causeur aux abonnés à jour de leur paiement. Le lauréat sélectionné aura, outre la coupe, le droit de partir en vacances à Saint-Déni. L’apéritif lui sera offert par la maison Lévy.

Gustave Le Bon: qu’est-ce qu’une foule?

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Gustave Le Bon. DR.

À l’heure où les agriculteurs manifestent leur exaspération et où le pouvoir craint que le mouvement contestataire des gilets jaunes ne soit pas complètement mort, il faut relire ce spécialiste de la « psychologie des foules ». Ce penseur (1841-1931) estimait que c’est la foule qui de tout temps est le grand « accélérateur » de l’histoire.


Il y a des livres intemporels, tellement précis et pertinents que nous pouvons les lire un siècle après leur parution en étant convaincus qu’ils ont été écrits hier. C’est le cas de celui-ci, Psychologie des foules, de l’inévitable et pourtant trop peu lu Gustave Le Bon.

De formation scientifique et médicale, passionné par les questions sociales et sociologiques, curieux de comprendre les grands mécanismes des sociétés humaines, Gustave Le Bon est un penseur de la chose publique avec lequel notre époque mériterait de se réconcilier tant sa précision analytique, sa compréhension des phénomènes et la finesse de son esprit de synthèse sont des boussoles qui, aujourd’hui encore, nous aident à comprendre ce qu’il se passe autour de nous et quelles directions prendront inévitablement nos sociétés. Il y a dans Psychologie des foules ce que l’on retrouve dans le reste de son œuvre : à la fois une compréhension limpide du passé et une évaluation précise du futur. Si bien que ce livre, publié en 1895, nous concerne encore et parvient à nous dire, à nous expliquer pourquoi notre société a pris les virages que nous lui connaissons et comment cela modifiera à terme ses ramifications profondes.

L’objet de son observation ici est la foule. Qu’est-ce qu’une foule ? Peut-on lui attribuer un profil psychologique, et ce profil peut-il expliquer à lui seul qu’une foule en mouvement puisse influencer le cours des événements ? Gustave Le Bon refuse de croire que les grands changements sont le fait d’hommes isolés, providentiels ou mystiques. Même dans le cas d’un Napoléon, d’un César, d’un Constantin (ou plus tard d’un Emmanuel Macron), il analyse que rien dans leurs réalisations, pas même leur ascension jusqu’au pouvoir, n’aurait été possible si l’on n’avait pas observé d’abord des changements dans « les idées profondes des peuples » ; ces mêmes peuples qui fournissent ensuite le contingent des foules actives. Les grands décideurs politiques, dans ces conditions, au lieu d’orienter le peuple sont orientés par lui au moins jusqu’à leur accession au pouvoir, puis, une fois au pouvoir, sont contraints de tenir compte de ses humeurs dans la mesure où de ce peuple peut surgir une foule, masse mobile, imprévisible, dont le fonctionnement psychologique est par définition trop mouvant pour être appréhendé, compris et satisfait. Tout le travail du pouvoir politique est donc de ménager les humeurs du peuple, leur donner satisfaction ou feindre habilement de le faire, pour s’assurer qu’il restera toujours dans ses foyers.

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Pour autant, bien qu’ils en soient conscients, les décideurs politiques modernes persistent à vouloir prendre des directions sociales, sociologiques, historiques et morales différentes de celles auxquelles aspirent les peuples. Le clivage devenu insoutenable entre les velléités d’une élite déconnectée et un peuple qui accepte pour l’instant de subir rend inévitable le moment où la foule reprendra son droit légitime à entrer en scène pour faire entendre sa protestation. La crise des gilets jaunes est à ce titre un avant-goût de ce qui attend nos dirigeants, comme celle des agriculteurs en colère, pour ne citer que deux des exemples les plus visibles de ces dernières années. Mais au-delà de ces exemples démonstratifs il y a le travail silencieux, lent, souterrain qui ronge actuellement notre modèle de société, créant les conditions d’un conflit qui dépassera ce que les pouvoirs publics seront en mesure de contenir, et créera une situation finalement assez nouvelle dans l’Histoire où le conflit ne concernera plus seulement une foule dirigée contre l’ordre, mais une multitude de foules toutes dirigées contre lui en plus d’être en grave confrontation entre elles.

Ces prévisions pessimistes ne sortent pas d’une boule de cristal. Gustave Le Bon n’était pas un magicien mais un penseur et c’est à la lumière de l’expérience humaine et historique qu’il a tiré les leçons et délivré aux lecteurs les moyens politiques et intellectuels de comprendre, éventuellement d’anticiper, les événements en question. Lorsque le désordre sera partout installé, personne ne pourra prétendre qu’il ne savait pas, personne ne pourra dire qu’il ne comprend pas car tout ce qui se passe actuellement répond à des schémas historiques déjà plusieurs fois éprouvés par l’expérience. Que les dirigeants les ignorent ne signifient pas que ces schémas mécaniques s’annulent ou qu’ils ont disparu ; c’est au contraire parce qu’ils ont décidé de les ignorer qu’ils ont laissé se mettre en place les conditions du grand effondrement « prédit » par Gustave Le Bon. Pour le moment, ce qui nous préserve de ce grand effondrement réside dans les moyens que les pouvoirs publics ont mis en place pour s’assurer la tranquillité : d’une part ils laissent abrutir les peuples par la multiplication des moyens de la jouissance immédiate (nourriture à volonté, bouquets de chaînes télévisées, lieux de détente divers, accès facilité à toutes sortes de divertissement) et, lorsque les souffrances notamment sociales deviennent trop importantes pour être contenues par « le pain et les jeux de cirque » (Panem et circenses), ce sont les cordons de gendarmes et de CRS qui sont utilisés par le pouvoir pour intimider les peuples et les dissuader de convertir leurs souffrances en révolte. L’ordre actuel, structurellement défaillant et d’ores et déjà condamné à tomber, ne tient plus que par la force des habitudes, par l’illusion de sa force plutôt que par sa force réelle, et par l’intimidation exercée sur la population par les moyens de répression mis en avant pour servir d’avertissements.

Pendant que l’élite, depuis sa citadelle parisienne, s’imagine avoir ainsi pérennisé son ordre, partout ailleurs et dans la citadelle même, la colère gronde et déjà les conditions sont réunies pour que la foule finisse par reprendre son rôle de grand accélérateur de l’Histoire.

165 pages.

Psychologie des foules

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Islamisme, laïcité et désarmement judiciaire

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Le chef de l'établissement parisien Maurice Ravel a annoncé quitter ses fonctions par sécurité pour lui et pour le lycée, l'État va porter plainte contre l'éleve pour dénonciation calomnieuse... 28 / 03 / 2024 © lionel urman/SIPA

Un homme jugé pour avoir appelé à brûler vif le proviseur du lycée Ravel à Paris vient d’être condamné à un simple stage de citoyenneté !


En février 2024, le proviseur du lycée Maurice Ravel (Paris 20e) Philippe Le Guillou demande à une élève d’enlever son voile, c’est-à-dire de respecter la loi. Refus, altercation, elle rameute les frères, les cousins et l’islamosphère. Après avoir reçu des torrents de boue et de menaces, le proviseur finit par jeter l’éponge et part en retraite par anticipation.

Une justice pas exemplaire

Ibni-Akram A., 27 ans, frère d’une élève de Ravel, tweete alors : «Ma sœur m’a raconté, c’est une dinguerie faut le brûler vif ce chien».  L’individu a été jugé le 2 octobre pour « provocation publique non suivie d’effet à commettre une atteinte volontaire à la vie ». Il écope de 600 euros d’amende et d’un stage de citoyenneté (le Parquet demandait un an de prison avec sursis). En prime, comme il travaille, il évite l’inscription au casier judiciaire !

L’avocat du proviseur dénonce un « jugement stupéfiant qui banalise les discours de haine contre les chefs d’établissement ». Du reste, le Parquet fait appel.

À noter que le 11 septembre, dans la même affaire, l’auteur d’un message similaire avait été condamné en appel à Caen à de simples travaux d’intérêt général. Voilà qui doit faire bien peur !

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Ce jugement intervient alors que huit prévenus comparaissent dans le même temps pour des agissements similaires, mais qui eux ont été suivis d’effet puisque Samuel Paty a été assassiné. Cette coïncidence n’a pas frappé les magistrats. Puisqu’aucun tueur n’a entendu l’appel de Monsieur A, ils n’ont pas voulu l’accabler. Pendant que l’exécutif et quasiment toute la classe politique proclament que plus jamais ça, que nous ne cèderons pas, que toucher à l’École c’est toucher à la République, blablabla, des juges se couchent.

Critiquer les décisions de justice, c’est populiste, non ?

Mais pourquoi les magistrats seraient-ils la seule corporation immunisée contre la critique ? Ils assignent Nicolas Bedos à résidence pendant six mois, mais donnent une tape sur les doigts à l’auteur de menaces de mort. On me dira qu’on ne peut pas condamner aussi lourdement des propos et des actes aussi dérisoires soient-ils. Sauf que des propos de ce genre ont déjà tué. Et puisque Monsieur A. a dit comprendre lors de l’audience la gravité de son acte, il aurait surement compris une peine plus lourde qui aurait servi d’exemple – et peut-être dissuadé les candidats au lynchage dans de prochaines affaires.

Il parait que nous sommes en guerre contre l’islamisme. Et pourtant, il ne cesse d’étendre son emprise mortifère sur la jeunesse musulmane. Dans cette guerre que nous ne menons pas ou si mollement, certains juges, loin de nous protéger, nous désarment. Les islamistes ont dû sabler le jus d’orange hier soir.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin

SNCF: l’exemplaire ponctualité

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Manifestation des syndicats Sud, CGT, CFDT cheminots pour demander un moratoire sur la liquidation de Fret SNCF, Paris, 28 mai 2024 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Grêve dans les trains à Noël : le président de la SNCF Jean-Pierre Farandou met un coup de pression aux cheminots. Il les invite à «rester du côté des Français».


Ce qu’il y a de remarquable avec la SNCF c’est en effet sa culture de la ponctualité. Les choses y sont réglées avec la rigueur, la précision qui font la réputation de l’horlogerie suisse. Je ne parle pas ici du respect des horaires de départ et d’arrivée des trains, bien évidemment, mais de la régularité calendaire avec laquelle tombent les préavis de grève. À chaque Noël le sien. À chacune des grandes transhumances d’été les leurs. 

La tradition n’a pas toujours du bon

Cette année 2024 n’échappe pas à la tradition. Un préavis de grève illimitée reconductible à partir mercredi 11 décembre est tombé à l’initiative de l’intersyndicale regroupant la CGT cheminots, UNSA ferroviaire, Sud Rail et CFDT Cheminots. Avec un petit tour de chauffe pour le jeudi de cette semaine. Une mise en bouche, en quelque sorte.

En cause, la disparition de Fret SNCF à compter du 1er janvier 2025, l’ouverture à la concurrence, une éventuelle insuffisance d’investissements dans le réseau. On s’en doute, le fait que la période coïncide avec l’ouverture des négociations salariales annuelles obligatoires n’est qu’une regrettable coïncidence. « Notre volonté n’est pas de faire du chantage », assure d’ailleurs Thierry Nier, secrétaire général de la fédération CGT cheminots. Loin de nous une telle pensée, allons donc!

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Devant la perspective de ce nouveau blocage, de ces nouvelles marées humaines à la dérive dans les halls et sur les quais de gare, Jean-Pierre Farandou, le PGG de la SNCF, tente une opération de dissuasion. Dans les colonnes de La Tribune Dimanche, il en appelle « au sens de la responsabilité des cheminots ». « Restez du côté des Français » les exhorte-t-il. Air maintes fois entonné, rarement avec succès. Dans une période aussi compliquée que celle que nous traversons, où les difficultés s’accumulent, ajoute-t-il, « les Français ne comprendraient pas qu’on les empêche de rejoindre leur famille pour les fêtes de fin d’année ». Des usagers qui, par ailleurs, pourraient bien être tentés à la fin de lancer un préavis de patience limitée, quelque chose de ce genre, considérant que cette fois la coupe est pleine. Nous verrons.

Gréviculture

Il en faudra sans doute davantage pour que ces syndicats de gauche renoncent à leur sacro-sainte « gréviculture », pour reprendre l’expression de Marine Le Pen. Il en faudra plus aussi, probablement, que les arguments de raison exposés par Jean-Pierre Farandou. Avec la réforme, imposée par la commission européenne en accord avec le gouvernement français, « l’activité fret serait en bien meilleure forme économique qu’avant, plaide-t-il, puisque nous bénéficierons d’une aide d’État supplémentaire au secteur de 30 millions par an. Étant donné les difficultés budgétaires du pays, c’est un signe fort. Sans compter que la surcotisation pour la retraite des cheminots transférés continuera d’être prise en charge à hauteur de 20 millions annuels par la SNCF ».

De plus, le PDG s’est engagé à « retrouver une place dans le groupe pour les cinq cents disparitions de poste ». Pour quoi y faire au juste ? pourrait s’interroger un esprit taquin.

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Enfin, le président Farandou n’omet pas de suggérer qu’à la SNCF il y a souvent une sorte de Noël avant Noël. Il rappelle ainsi que les salaires ont progressé de 17% (21% pour les plus bas) entre 2022 et 2024 pour une inflation à 13%, que la rémunération de base dans l’entreprise est de 10% supérieure au SMIC, que 17100 recrutements ont été effectués en deux ans et que si, depuis six semestres consécutifs, les comptes sont au vert et l’entreprise bénéficiaire, chaque jour de grève coûte quelque 20 millions d’euros. Quand on sait qu’une rame neuve vaut 35 millions, on a vite fait de calculer que tous les deux jours de blocage on rate un train entier. Et même quelques wagons de plus. Du beau boulot, vraiment…

Reprenant la proposition des sénateurs Marseille (centriste) et Tabarot (LR), Éric Ciotti plaide pour un système à l’italienne interdisant les grèves de transports à certaines périodes, Fêtes de fin d’année, grands départs… M. Attal, qui entend sans doute se ménager une bonne place dans le TGV terminus Élysée de 2027, s’est déclaré résolument contre. Il y voit un biais de non-constitutionnalité, le droit de grève étant inscrit dans la Constitution française. Le droit de grève sans aucun doute. Le droit de grève avec prise d’otages, je n’en suis pas absolument convaincu. Car de quoi s’agit-il d’autre, en vérité ? Un jour, il faudra bien que les politiques aient le courage d’appréhender le problème sous cet angle. À mon humble avis, il n’est que temps.

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Intervilles, ses vachettes et la télé d’antan

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L'animateur télé Nagui © Lionel GUERICOLAS /MPP/SIPA

Antispécisme. L’agaçant Nagui (et ses rires sur commande irritants) va relancer le jeu populaire « Intervilles ». Sans ses vachettes. Le producteur déclare dans Ouest France vouloir apporter de la « modernité à cette grande kermesse avec diversité, parité et respect de tous les êtres ». Plusieurs municipalités annoncent qu’elles vont boycotter le jeu. « J’entends les discours de tradition. Mais que des déclarations comme ça sortent au moment où une loi veut interdire des mineurs dans les spectacles de tauromachie, ce n’est pas un hasard » veut croire la vedette de la télé.


Dax – Mont-de-Marsan. J’ai appris à situer ces deux villes sur une carte de France au fil des saisons d’Intervilles. Leur querelle de clochers était à l’émission télévisée ce que représente un Lyon – Sainté pour les passionnés de ballon rond ou un Biarritz – Bayonne pour les férus d’Ovalie. A l’époque, celle des années 90, je sortais de l’enfance ; nous avions quelques chaînes pour nous distraire ; un soir par semaine, dans la touffeur estivale qu’adoucissaient les glaces à l’eau, nous regardions donc en famille les candidats de deux cités s’affronter, avec au cœur de l’arène une vachette déchaînée.

Nagui est végétarien depuis 2016. Et nous fatigue depuis plus longtemps encore

Après plusieurs interruptions, le programme s’apprête à faire son retour, produit et animé par Nagui – qui fait partie de la catégorie d’animateurs que bon nombre de Français, pour reprendre une expression de ma grand-mère, « sortiraient de leur télé » tant ils ont le don d’agacer. Seulement, l’homme se situe dans le camp du bien et est un grand défenseur de la cause animale : Intervilles se déroulera donc sans ses intrépides protagonistes qui faisaient tantôt chuter, tantôt fuir des gladiateurs plus ou moins téméraires. Elles seront remplacées par une structure « en mousse ». Contactées par la production pour participer en juillet prochain à l’émission, Dax et Mont-de-Marsan ont décliné l’invitation : pour les deux rivales landaises, Intervilles sans vachette, c’est « une kermesse » ou « un jeu télévisé quelconque » et y participer viendrait à cautionner l’idée d’une souffrance infligée à l’animal.

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Pour les moins de trente ans, Intervilles, outre ses vachettes, ce furent des épreuves faites de plans inclinés à gravir à la force des bras, de seaux d’eau qui se déversent sur les candidats maladroits, de plongeons sur un tapis savonné et de chutes malencontreuses, le tout accompagné d’un entêtant refrain composé par le groupe Citizen’s. Ce furent aussi et surtout des animateurs jamais oubliés : Guy Lux, Léon Zitrone, Simone Garnier, Fabrice, Jean-Pierre Foucault, Nathalie Simon et Olivier Chiabodo, tous un peu (ou beaucoup) de mauvaise foi.

Une France bon enfant

Surtout, Intervilles nous replonge dans une autre France, celle allant de Charles de Gaulle à Jacques Chirac, des querelles picrocholines qui n’avaient rien à voir avec la guerre qui se dessine aujourd’hui dans les quartiers des villes, celle où le pain n’était pas encore rassis et les jeux encore bon enfant, celle où les cyclistes français gagnaient encore le Tour, celle des petits arrangements en sous-préfecture, celle où tout le monde était finalement heureux malgré les rudesses de la vie.  

Dans cette autre France, la télévision était aussi différente : on y regardait les Jeux de vingt heures avec Maître Capello, L’île aux enfants et Casimir, Bernard Pivot mettant en lumière les écrivains qui avaient encore du talent, Columbo et Derrick ; il n’y avait pas encore d’Arcom pour sanctionner les dérapages et les speakerines annonçaient les programmes. L’offre télévisuelle était réduite à un nombre limité de chaînes et quelques émissions qui auront marqué des générations autant qu’elles ont façonné des souvenirs partagés. Rien que pour cela, rendez-nous Intervilles, ses vachettes et les Dax – Mont-de-Marsan. Avec si possible, à la présentation, des animateurs que l’on souhaiterait ne pas sortir de notre télé.

Hazanavicius: un film d’animation digne de ce nom

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© STUDIOCANAL

Le film d’animation La Plus Précieuse des marchandises, un documentaire insoumis, mais insignifiant, et le grand Ophüls pour couronner le tout : ainsi va en novembre le cinéma dans les salles obscures…


Fable

La Plus Précieuse des marchandises, de Michel Hazanavicius

Sortie le 20 novembre

Michel Hazanavicius prend manifestement un malin plaisir à n’être jamais là où on l’attend. Un jour, il redonne vie à un OSS 117 aussi crétin que réjouissant sous les traits de Jean Dujardin. Un autre, il égratigne avec brio la statue de Godard. Un troisième, il rend hommage au cinéma muet et remporte un Oscar pour cela. Cinéaste cinéphile adepte de détournements d’images et de sons, il nous revient cette fois avec un drôle d’objet cinématographique. On le savait scénariste et réalisateur, on le découvre aujourd’hui dessinateur et capable même de bâtir un splendide film d’animation. Certes, un studio tout entier s’est mobilisé derrière lui pour créer des images à partir de ses dessins mais l’auteur, c’est bien lui et lui seul. Cet étonnement sur la forme vient à l’appui d’une surprise sur le fond du propos. Délaissant la blague, le pas de côté ou l’exercice de style, Hazanavicius adapte un court texte de Jean-Claude Grunberg, La Plus Pécieuse des marchandises, le récit d’un bébé juif sauvé d’une mort certaine par l’épouse d’un « pauvre bûcheron ». Le tout dans un pays indéterminé mais néanmoins situé le long d’une sinistre voie ferrée dont le terminus pourrait s’appeler Auschwitz.

C’est à l’évidence une fable, avec son lot de belles âmes et de noirceur, d’espoir et d’abattement, de rires et de larmes. Le « Il était une fois » traditionnel se pare ici des vertus d’une évocation historique que seuls les esprits faibles trouveront superflue. À l’heure où des chiffres catastrophiques prouvent l’ignorance crasse des collégiens et des lycéens français à l’égard de l’extermination des juifs d’Europe par les nazis, un tel film ne peut qu’être d’utilité publique et de première nécessité. Refusant toute facilité narrative comme tout effet voyeuriste et complaisant, Hazanavicius se montre d’une fidélité totale à l’esprit et à la lettre du texte de Grunberg. Et c’est précisément dans ce récit littéraire que réside l’un des atouts majeurs du film. Loin de faire la malin, le cinéaste a repris pour son scénario des pans entiers d’un texte écrit à la pointe sèche. En le donnant à lire à Jean-Louis Trintignant, il en a renforcé l’incroyable portée crépusculaire. C’est en fait le dernier « travail » de l’acteur devenu presque aveugle et que la mort a fini par emporter en juin 2022. L’enregistrement de la voix off du film est intervenu bien avant l’achèvement de l’objet cinématographique proprement dit. Comme s’il y avait eu bel et bien urgence à confier à l’incroyable phrasé chuchoté de Trintignant la lourde responsabilité d’incarner le conteur. C’est alors une voix d’outre-tombe qui porte les images du film, comme un testament artistique majeur. Les deux autres voix principales (les acteurs Dominique Blanc et Gregory Gadebois) sont parfaitement à la hauteur de cette dimension atteinte par Trintignant.

En choisissant le noir et blanc pour son dessin, Hazanavicius renforce une exigence faite d’intelligence et de sensibilité. Son trait est tout à la fois précis et mouvant, alerte et profond. La neige s’anime comme jamais et chaque arbre d’une forêt-refuge prend des allures humaines. Cette forme animée ne doit rien au hasard. Tout ici ressort d’un projet artistique longuement pensé et mûri. Le temps très long de l’animation, de sa fabrication, de sa finalisation permet évidemment d’atteindre ces objectifs ambitieux. Mais ici, on est encore un cran au-dessus de la moyenne. Idéalement, il faudrait que ce film irradie dans les collèges et les lycées. Mais on frémit à l’idée que les soubresauts de l’histoire immédiate paralysent certains enseignants et les empêchent de montrer La Plus Précieuse des marchandises à leurs classes ignares. Ce serait une nouvelle victoire de l’obscurantisme et de l’impossibilité à penser l’histoire. Resteraient alors les parents, dépositaires d’un devoir de transmission. Et après tout, ce film s’adresse aussi à eux. Voir un film en famille, est-ce trop demander ?


Foutaise

Au boulot !, de Gilles Perret et François Ruffin

Sortie le 6 novembre

La démagogie est la chose la mieux partagée au monde et n’a pas de limites. On arrive rapidement à cette conclusion en découvrant Au boulot !, le nouveau documentaire de Gilles Perret réalisé avec François Ruffin. Le premier aime manifestement filmer les Insoumis, car son précédent film était un portrait complaisant de Mélenchon. En s’alliant cette fois avec le député Ruffin, il fait preuve d’une belle constance idéologique. Les deux auteurs ont décidé de défier l’avocate Sarah Saldmann, habituée des plateaux télé et des formules à l’emporte-pièce. On se croirait sur Canal + tendance historique tant les ficelles sont grosses : il s’agit de mettre la Saldmann bling-bling face à la France d’en bas, des premiers de cordée dont personne ne songe à remettre en cause et l’abnégation et le courage au quotidien. Mais quel est l’intérêt profond d’une telle démarche, sinon de se payer, et pour pas cher, une figure médiatique ? L’avocate n’aurait jamais dû accepter le principe d’un tel « documentaire ». Nul ne l’a forcée et le piège s’est refermé sur elle. Le résultat est une curée assez facile qui se termine sur une plage du Nord par un sommet de complaisance veule.

Le député d’extrème gauche François Ruffin dans son dernier film © Les 400 Clous

Feux d’artifice

Trois films de Max Ophüls en version restaurée

Sortie le 6 novembre

Évidemment, il y a Vigo, Renoir, Grémillon, Pagnol et Guitry, entre autres. Mais au milieu trônent Max Ophüls et ses films qui n’en finissent pas de nous charmer. Trois d’entre eux ressortent sur les écrans et l’on s’en réjouit bigrement. Deux chefs-d’œuvre, Le Plaisir (1952), Madame de… (1953)et une rareté, Sans lendemain (1939). Trois occasions de plonger ou de replonger dans l’univers délicat, magique, tragique et profondément mélancolique du cinéma d’Ophüls. Lui dont Truffaut a dit un jour : « Il était pour quelques-uns d’entre nous le meilleur cinéaste français avec Jean Renoir. » Lui qui a su si bien rendre compte de l’extrême fragilité des sentiments humains. Lui dont le cinéma est comme une ode à l’élégance.

La faiblesse d’Antonio Guterres

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Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, au poste-frontière de Rafah entre l'Égypte et la bande de Gaza, 23 mars 2024 © AP Photo/Amr Nabil/SIPA

Le secrétaire général des Nations unies manifeste depuis des années une préférence déroutante pour le monde musulman et une hostilité constante, voire douteuse, à l’endroit d’Israël. Itinéraire d’un Occidental redoutablement conformiste.


La Journée internationale de lutte contre l’islamophobie est l’une des fiertés d’Antonio Guterres. Programmée le 15 mars de chaque année, elle est le fruit d’un ambitieux programme antiraciste, baptisé « Stratégie et plan d’action pour la lutte contre les discours de haine », dont le secrétaire général de l’ONU a conçu le projet il y a cinq ans.

La date du 15 mars n’a pas été choisie au hasard. Elle marque l’anniversaire de l’attentat de Christchurch, cette tuerie commise en 2019 par un Australien d’extrême droite, Brenton Tarrant qui, armé de plusieurs fusils d’assaut, a assassiné ce jour-là 51 musulmans dans deux mosquées de la deuxième ville néo-zélandaise.

Autocensure

La première Journée internationale de lutte contre l’islamophobie a été célébrée le 15 mars 2022. Comme toujours en pareille circonstance, l’Assemblée générale de l’ONU a salué l’avènement en votant une résolution solennelle. Dans ce texte, référencé 75/187, on peut lire une phrase pour le moins inquiétante, qui a été rajoutée à la demande de la République islamique du Pakistan avec l’assentiment de Guterres : « Le terrorisme et l’extrémisme pouvant conduire au terrorisme ne peuvent ni ne doivent être associés à aucune religion, nationalité ou civilisation ni à aucun groupe ethnique. »

Voilà donc comment on prie à l’ONU. Car c’est bien d’une prière qu’il s’agit. D’une croyance absurde selon laquelle le mal se conjure en niant ce qui l’inspire. Prière de se taire sur les rapports entre terrorisme et islam. D’ignorer que le mot « Hamas » est l’acronyme de « Harakat al-Muqawma al-Islemiyya » (Mouvement de résistance islamique). Que Boko Haram se présente comme un « groupe sunnite pour la prédication ». Que le Hezbollah est littéralement le « parti d’Allah ».

Rappeler la nationalité allemande d’Adolf Hitler attise-t-il la germanophobie ? Préciser la nature catholique de l’Inquisition fait-il le lit de la christianophobie ? Antonio Guterres mesure-t-il combien l’idée de protéger les musulmans par l’autocensure revient en réalité à les traiter comme des enfants, c’est-à-dire comme d’éternels colonisés ? Comprend-il qu’il n’y a rien de haineux à établir un lien entre un attentat djihadiste et la religion de ses auteurs, surtout s’ils la brandissent en étendard ?

Il n’est un mystère pour personne que le secrétaire général de l’ONU, en poste depuis bientôt huit ans, nourrit une grande affection pour la religion musulmane. Ainsi, le 2 avril 2019, quelques jours après Christchurch, ce catholique, qui s’est notamment distingué par le passé en prenant position contre l’IVG, se rendait à la mosquée Al-Azhar, au Caire, pour saluer « le saint Coran » – tel qu’il l’appelle – et remercier l’islam de professer selon lui « la plus belle prescription de protection des réfugiés de l’histoire du monde ».

Eaux troubles

Comment expliquer une telle déférence ? Tous les diplomates que nous avons interrogés formulent peu ou prou la même hypothèse : à force de baigner depuis près de deux décennies dans le bain des Nations unies – avant d’être élu secrétaire général, l’ancien Premier ministre portugais a été pendant dix ans haut-commissaire pour les réfugiés –, Guterres a fini par adopter la doxa onusienne, elle-même sous l’influence du wokisme ambiant à New York, mais aussi de la puissante propagande de l’Organisation de la conférence islamique (OCI, regroupant 57 pays musulmans), véritable État dans l’État aux Nations unies, où elle est officiellement reconnue comme « deuxième plus grande organisation internationale après l’ONU ».

Dans ces conditions, personne ne s’est étonné lorsque, l’année dernière, le Portugais a fustigé, à mots couverts, la circulaire d’interdiction de l’abaya à l’école prise par Gabriel Attal. Il avait notamment glissé lors d’un discours : « Dans certains pays, les femmes et les filles sont punies parce qu’elles portent trop de vêtements. Dans d’autres, parce qu’elles n’en portent pas assez. » Nulle surprise non plus quand, en novembre 2023, on apprit que Guterres n’avait émis aucune objection à ce que le forum social du Conseil des droits de l’homme, un événement annuel organisé au palais des Nations à Genève, soit présidé, pour l’édition 2023, par… la République islamique d’Iran.

Mais c’est surtout dans sa manière de traiter Israël que transparaît le mieux sa faiblesse coupable. Ainsi, s’il a bien condamné les attaques du 7-Octobre, le secrétaire général de l’ONU a jugé utile de tempérer aussitôt ses critiques en accordant quelques circonstances atténuantes aux terroristes.

Le 24 octobre 2023, lors d’une réunion au Conseil de sécurité, Guterres déclarait : « Nous devons également réaliser que les attaques du Hamas ne sont pas sorties de nulle part. Le peuple palestinien a été soumis à cinquante-six ans d’occupation étouffante, et il est témoin de la violence et de la saisie progressive de ses terres par les colonies. Son économie a été détruite, il a été déplacé, ses maisons ont été démolies. Ses espoirs d’une solution politique se sont évanouis. »

Aux Nations unies, certains disent ces choses encore plus clairement. Par exemple, Francesca Albanese, rapporteuse spécial de l’ONU pour les territoires palestiniens, dont les tweets ne laissent aucun doute sur ses faveurs dans le conflit en cours. Ainsi le 10 février, l’Italienne prétendait sur X que « les victimes du 7/10 n’ont pas été tuées à cause de leur judaïsme, mais en réaction à l’oppression d’Israël ». Et le 10 août, toujours sur X, elle écrivait que Gaza est « le plus grand et le plus honteux camp de concentration du xxie siècle ».

Il est loin le temps où le secrétaire général de l’ONU reconnaissait, devant le Congrès juif mondial : « La forme moderne de l’antisémitisme est de nier l’existence de l’État d’Israël » (23 avril 2017). Le 21 août dernier, quand il inaugure la Journée internationale d’hommage aux victimes du terrorisme, aucune mention n’est faite au 7-Octobre, ni dans l’exposition organisée au siège de l’ONU, ni dans le film projeté pour l’occasion.

Depuis que Guterres est en poste, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une centaine de résolutions condamnant Israël. Soit au moins autant que pour tous les autres pays réunis ! L’État hébreu a sans doute bien des choses à se reprocher. Mais qui peut s’imaginer qu’à lui tout seul, avec moins de 0,2 % de la population mondiale, il puisse représenter la moitié des turpitudes de la planète ? Guterres visiblement…

Le 12 juin dernier, lors d’un point de presse à Genève, le secrétaire général de l’ONU s’exprimait en ces termes sur la guerre à Gaza : « Nous avons été témoins et nous sommes parfaitement conscients de ce qui était un niveau unique de destruction et un niveau unique de victimes dans la population palestinienne pendant ces mois de guerre qui n’a pas de précédent dans aucune autre situation que j’ai vécue en tant que secrétaire général des Nations unies. » Curieuse hiérarchie. C’est sous son mandat qu’a débuté, il y a quatre ans, la guerre du Tigré en Éthiopie. Selon la BBC, entre 2020 et 2022, ce conflit a causé 800 000 morts. Il est vrai qu’ils n’ont pas été tués par des Israéliens.

Démocratie, mon beau prétexte

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Jean-Paul Brighelli. © Hannah ASSOULINE

Il ne manquait plus que lui ! Notre chroniqueur, sans attaches du côté du RN, jamais encarté où que ce soit, revient sur les réquisitions du Parquet qui cherche à toute force à rendre Marine Le Pen inéligible. Alors que de l’aveu même de son procureur, qui manque de preuves, ça lui ferait mal de ne pas inculper les prévenus.


On se souvient de la formule de Pascal : « La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. » Sans doute correspondait-elle à ce XVIIe siècle où le pouvoir prospérait dans l’arbitraire : vous aviez déplu, on vous mettait à la Bastille. Ou, comme Fouquet, à Pignerol pendant 18 ans — il y faisait frais, surtout dans ce petit âge glaciaire.

Alléluia, nous avons trouvé un jour la démocratie sous un sapin de Noël, et nous vivons désormais en des temps où la justice et la force vivent en harmonie…

Qui le croit ? Même si le destin politique de Marine Le Pen est un détail de l’histoire contemporaine, il faut bien reconnaître que le réquisitoire du récent procès de la dirigeante du RN et de quelques attachés parlementaires, tous accusés de détournements de fonds européens, marque le retour en fanfare de la force, qui ne s’est jamais trop souciée de la justice, sinon pour soigner les apparences.

Faut-il que la possibilité d’un renversement de l’ordre établi par une conjugaison de la colère des peuples et du laminage des classes moyennes fasse peur aux puissants de ce monde pour qu’ils prennent le risque d’afficher la couleur ! Ils n’utilisent la justice que dans leur intérêt, sanctionnent de temps en temps des élus en fin de carrière (Fillon), exagérément démonstratifs (Cahuzac) ou gênants (Bayrou), et quand la menace cesse d’être fantôme, ils dégainent et dégomment qui pourrait leur faire de l’ombre.

Yaël Braun-Pivet se dit effarée par les commentaires qui disqualifient un tribunal dont les réquisitions sont taillées sur mesure pour éliminer la dirigeante du RN. « C’est quand même ahurissant, a-t-elle souligné. Les Français veulent des élus exemplaires… »

Est-ce si sûr ? C’est avec des raisonnements de ce calibre que la Chambre élit Paul Deschanel contre Georges Clemenceau. Personnellement, je préfèrerais Mazarin à Barnier — ou à qui que ce soit dans le personnel politique contemporain. Mazarin qui arrivé gueux en France est mort en laissant à ses nièces près de 70 millions de livres / or. Acquis bien sûr en toute honnêteté. Oui — mais il a gagné la Guerre de Trente ans. Et installé solidement Louis XIV sur le trône.

Dans le duel à distance que se livrent les nations du Sud, qui favorisent paraît-il la magouille et exaltent le Capo di tutti capi, et les pays du Nord, englués de vertu et de protestantisme, la France est en train de basculer, sous la pression de l’UE – un refuge de petits saints, comme chacun sait. Nous voudrions des élus exemplaires, des dragueurs déconstruits, des femmes frigides et des artistes dépourvus de talent — c’est plus sûr — et de passions mauvaises.

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Ceux qui ont le pouvoir ne sont pas disposés à le lâcher. Ils tiennent les cordons de la bourse. Ils alarment les pauvres gens avec des contes à dormir debout sur le poids de la dette — dont ils sont les premiers à soutirer les bénéfices. Ils se livrent à des expérimentations sur l’obéissance des peuples à l’occasion d’une épidémie finalement bégnine. Ils clament bien haut qu’ils sont exemplaires, alors que depuis des années — rappelez-vous déjà l’affaire Urba, en 1987-1989, où les socialistes au pouvoir avaient donné la pleine mesure de leur vertu — les uns et les autres se servent dans la caisse alimentée par les peuples, que l’on pressure tout en les culpabilisant. En ce moment, on cible les retraités, toujours trop payés à ne rien faire, chacun sait cela. Ou les enseignants qui n’en fichent pas une rame, c’est de notoriété publique, depuis que Madame Oudéa-Castéra a trouvé des instituteurs grévistes dans une école où il n’y en avait pas.

Le procès intenté à Marine Le Pen et à ses parlementaires est une plaisanterie significative. Une façon pour le Camp du Bien de s’accrocher au pouvoir. Peut-être vous souvenez-vous de la « taxe anti-Zemmour », une idée de l’écologiste Benjamin Lucas qui en 2022 a proposé de taxer à 90% (au lieu de 5,15%) les médias qui pensent mal, en sanctionnant « toute diffusion de propos faisant l’objet d’une condamnation pour incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination ».

Tout est tellement pourri que la vertu ne peut s’en tirer qu’en inventant des délits nouveaux. Le vote de la loi Sapin 2 (décembre 2016) fut une merveilleuse idée pour sanctionner des agissements préalablement repérés, non encore criminels — mais criminalisés après coup afin de faire tomber tel ou tel personnage, tel ou tel parti.

Ce qui est sûr, c’est que désormais, chaque fois qu’un responsable politique invoque la « démocratie », il est urgent de le gifler. La démocratie était un système inventé par des cités indépendantes, regroupant quelques milliers d’hommes libres, il y a 2500 ans. C’est un système qui a fait long feu : dès la guerre du Péloponnèse, les Spartiates ont expliqué manu militari aux Athéniens ce qu’était un vrai État — et ce n’était pas une démocratie.

Montesquieu ne dit pas autre chose, en soulignant la différence entre la République, qui est un système cohérent et autoritaire, et la Démocratie, qui est une dictature molle. La direction de l’UE n’est pas une démocratie — ou alors, qu’elle rende publics les mails échangés avec Pfizer, par exemple.

Évidemment, aucun des arguments utilisés aujourd’hui par le RN ne va au fond de choses, parce que ce parti, qui manque un peu d’intellectuels véritables, joue toujours la carte de la dédiabolisation, et veut à toute force faire croire qu’il respectera la « démocratie », ce magnifique outil au service de capitalistes et de néo-libéraux qui trinquent tous les jours à votre santé. D’où leur stigmatisation des régimes « illibéraux ».

Il faut rétablir la République, et faire passer devant des tribunaux populaires tous ceux qui se sont gavés de belles paroles pour faire suer le burnous aux peuples effarés. Nous n’avons plus de guillotine, nous n’avons pas de mines de sel, mais nous avons des rizières, en Camargue, qui manquent de bras.

L'école sous emprise

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Samedi à Auteuil ou la parenthèse exquise

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Avenue de Versailles, à Paris. DR.

Salomon Malka, journaliste et écrivain, a déjà consacré de nombreux ouvrages à Lévinas. Cette fois-ci, dans Samedi prochain à Auteuil, il tente de retrouver les premières traces de la rencontre avec le Maître lorsqu’il était encore adolescent et qu’il suivait les cours de celui-ci. Ce faisant, il nous offre des moments originels ; réminiscences d’un temps révolu où Auteuil ressemblait à la province…


Savez-vous ce qu’est une péricope ? Rassurez-vous, je l’ignorais jusqu’à aujourd’hui. Une péricope dérive du substantif grec ancien « perikope » qui signifie « découpage », « le terme étant utilisé dans un contexte liturgique pour distinguer un récit constituant une unité littéraire. ». Tous les samedi matin, le narrateur assiste à un cours où le Maître champenois comme il l’appelle se penche sur la péricope du jour. Le maître ? Emmanuel Lévinas, qui donne également des cours de littérature l’après-midi et des cours de philosophie en semaine.

Promenades d’autrefois

Salomon Malka retrouve un journal tenu durant son adolescence et en refait un à partir de ses souvenirs mêlant ses amitiés d’alors, ses amours, ses promenades dans ce quartier provincial du 16ème arrondissement, et, surtout essaie de retrouver l’atmosphère si particulière qui régnait durant les 20 minutes de la péricope, pas une de plus, que le Maître concluait par un trait d’humour, voire un grand éclat de rire.

Le samedi 1er février, « au milieu de toute une séquence sociale qui suit d’ailleurs la lecture des Dix commandements, où il est question de s’éloigner du mensonge, de rejeter la corruption, de ne pas léser l’étranger, on trouve ce commandement visant non pas à privilégier le riche et le puissant mais au contraire à ne pas privilégier le pauvre et l’indigent. » Pourquoi ? Parce qu’« il ne fallait pas expulser le pauvre de la condition humaine. Il ne fallait pas lui ôter sa dignité d’homme, lui réserver une justice particulière, comme s’il n’avait pas droit à la justice de tous. » Le Maître est particulièrement inspiré par ce verset sur lequel il reviendra un autre samedi et que notre justice d’aujourd’hui devrait absolument méditer. « Il dégage l’idée que la compassion n’est pas du domaine de la justice. Ce sont deux ordres qui doivent communiquer entre eux, mais qui sont séparés. Et voilà pourquoi il est demandé à la justice de ne pas se montrer indulgente envers les faibles et impitoyable avec les puissants. »

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Un autre jour, c’est un texte de l’Exode qui est abordé, où il est dit que la faute des pères se poursuit jusqu’à la 3ème ou 4ème génération mais que la bienveillance du créateur s’étend sur mille. « La disgrâce ne vaut que pour trois ou quatre générations, soit le temps d’une vie d’homme qui peut agir, dans le meilleur des cas, sur des enfants, des petits-enfants et à la rigueur sur des arrière-petits-enfants. Il (cet homme) peut faire rayonner son exemple sur tout cet arc, en revendiquer la charge, et en porter une part de responsabilité. Mais la grâce, elle, est infinie. Elle s’étend sur mille ans. C’est-à-dire qu’au fond, elle est éternelle. Le bien fait à son prochain ne connaît pas de limite. Le mal qui est fait retentit sur la descendance. »

C’est l’absolue prééminence de l’éthique qui caractérise la pensée d’Emmanuel Lévinas qu’on retrouve chaque samedi, éthique qui ne se distingue pas, comme on a trop voulu le faire croire, de la sainteté. Dernière péricope qui la concerne, introduite par la lecture de l’élève : « Vois, j’ai désigné nommément Betzalel, fils d’Ouri, fils de Hour, de la tribu de Juda, et je l’ai rempli d’une inspiration divine, de sagesse, d’intelligence, de connaissance… » Et chacune de ces expressions donne lieu au commentaire suivant : « La sagesse ; ce qu’un homme entend des autres et apprend. L’intelligence ; ce qu’un homme comprend de lui-même à partir des choses qu’il a apprises. La connaissance ; l’esprit saint.

Commentaires de commentaires…

Le maître incarne les propos qu’il tient. Le narrateur nous dit qu’il commente toujours le commentaire de son maître à lui, qu’il témoigne ainsi de la transmission qui fait la génération. Et quant à l’auteur du livre qui nous restitue ces moments précieux, son écriture témoigne d’une rare simplicité, s’inspirant sans doute de ce qu’il dit de celle de la Bible et, notamment, du début de l’histoire de Job : « Ce n’est jamais pompeux, jamais lourd. Ce sont des phrases assez simples, avec un sujet, un verbe et un complément, sans toute cette part de finesse et de fausse élégance que donne quelquefois la littérature. Il faut écrire comme la Bible. »

Et c’est ainsi, que de samedi en samedi, de péricope en péricope, nous suivons avec Salomon Malka le cours du petit homme rond et jovial, entre deux considérations sur le quartier, ses bâtiments, les noms de ses rues, et les souvenirs aussi, pour finir, d’autres personnes comme Jean d’Ormesson et Robert Hossein, pour lesquels la Bible fut le socle fondamental.

Samedi prochain à Auteuil. Les leçons de Lévinas, 204 pages.

Samedi prochain à Auteuil: Les leçons de Levinas

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