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Je veux être Miss France !

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Depuis 1927 et l’élection de Roberte Cusey, le concours Miss France répète chaque année, aux yeux de tous, la plus flagrante et la plus effroyable discrimination jamais pratiquée dans notre pays : en 81 ans d’existence, aucun homme n’a remporté le titre ! Le scandale serait bien moindre si la statistique ne nous apportait pas des informations autrement plus graves sur les visées proprement réactionnaires de ce concours : aucun gay ni aucun garçon de couleur n’a jamais été élu ! Bien pire, les seniors sont sous-représentés dans le palmarès d’un concours qui décidément se refuse à représenter la société française dans toute sa diversité. Que fait donc la Halde ?

Le logiciel libre ne cotise pas chez Besancenot

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Les philosophes étranglent leurs femmes. C’est dans leur nature. Dès que se présente à eux le moment opportun, on les voit refermer leurs paluches sur le cou de leur légitime. Vous voulez en avoir la preuve ? Souvenez-vous de ce qui fit Louis Althusser le 16 novembre 1980 dans l’appartement conjugal de la rue d’Ulm. Stupeur et tremblement !

Peut-on d’un événement singulier ou d’un phénomène marginal tirer une généralité ? Evidemment que non. En bonne logique, le particulier ne dicte jamais sa loi à l’universel. C’est pourtant ce que François-Xavier Ajavon s’est essayé à faire dans ces mêmes colonnes en voulant modéliser l’un ou l’autre épiphénomène (les facéties de Richard Stallman ou encore les Install party dans le Finistère) pour en conclure que le monde du logiciel libre serait une secte un peu bizarroïde, professant une idéologie de beatnik et communiant dans un même rejet du libéralisme et du marché.

Certes, il se trouve bien quelques esprits suffisamment bas du front pour proclamer que les logiciels libres sont une solution « citoyenne » et quasiment révolutionnaire, censée battre en brèche le capitalisme éhonté de ces ignobles sociétés qui osent commercialiser, elles, le fruit de leur travail… Il se trouve bien encore quelques proudhoniens sur le retour pour professer que « la propriété c’est le vol ». Seulement, appliqué aux logiciels libres, ce discours ne tient pas la route trente secondes.

Aux dernières nouvelles, personne n’a encore vu le très standard Tristan Nitot (Mozilla) déballer sa panoplie de garde rouge ni l’excellent Daniel Glazman (Disruptive innovations) faire la couverture d’Anti-Davos hebdo habillé en Che Guevara. Et ça fait même longtemps que personne n’a vu ces deux Stakhanov du logiciel libre en France turbiner au kolkhoze – que deviennent-ils d’ailleurs me demande, insistante, Marie-George Buffet[1. Nous contacter. On transmettra.]. C’est qu’en soi le logiciel libre n’est porteur d’aucune idéologie.

Ni José Bové ni Olivier Besancenot n’ont persuadé le ministère français de la Défense et celui de l’Intérieur de passer à Thunderbird et à Firefox. Ce n’est pas par altermondialisme forcené ni parce qu’il se serait subitement amouraché de Clémentine Autain qu’Hervé Morin a pris en début d’année 2008 la décision que l’administration de la Défense migrerait de Windows XP vers Ubuntu d’ici l’horizon 2013.

Le libre ne s’oppose pas au logiciel propriétaire ; ils répondent l’un comme l’autre à des modèles économiques qui leur sont propres. Dans le cas d’un logiciel propriétaire, le cas de figure est assez simple : une société dépose un brevet, commercialise un logiciel et prospère grâce à la vente de ce dernier. Pour le logiciel libre, les choses sont un peu plus complexes, puisque les revenus qu’il génère ne sont pas liés à la vente dudit logiciel. Ils peuvent concerner la prestation de services, l’assistance, la maintenance, la mise en place de fonctionnalités spécifiques, la formation, la vente de morceaux de code en vue de développer un logiciel propriétaire, etc. En bref, pour parler en maquignon, les développeurs du libre ne vous vendent pas la bête, mais vivent en s’occupant d’elle, en lui trouvant des pâturages plus gras ou en lui tricotant un manteau pour l’hiver. Les idées ne manquent pas quand on est maquignon ou développeur.

Si l’on veut bien y regarder de plus près, l’apparition du logiciel libre ces dernières années a réinscrit le marché des logiciels dans le libéralisme. Pas besoin d’avoir un poster de Friedrich Hayek au-dessus de son lit (de toute façon ce type a quitté depuis un bail Tokio Hotel) pour comprendre que la pire plaie dans une économie libérale c’est le monopole. Or, pour s’en tenir au seul exemple des navigateurs Internet, après la perte de vitesse de Netscape, Microsoft exerçait un quasi monopole avec Internet Explorer, jusqu’à ce que l’apparition de Firefox crée un véritable contexte concurrentiel.

Le logiciel libre est donc bien loin d’être un parangon de l’altermondialisme ou de la lutte contre les aliénations du système capitaliste. La cause est même un peu fichue pour José Bové : le logiciel libre n’est pas autre chose que le plus récent OGM du libéralisme. Pour reprendre ce qu’écrivait en 1980 Alvin Toffler (qui faisait déjà de la futurologie quand Jacques Attali commençait à se faire payer pour faire semblant d’en faire), il se pourrait même bien que le logiciel libre soit l’une des facettes du prosumérisme qu’il décrivait alors. Pour faire bref et ne pas enquiquiner ni le geek,, ni le nerd et encore moins le gerd (sont coriaces, cette race-là comme le dirait Zemmour), Toffler écrit qu’au consommateur, apparu avec la IIe Révolution industrielle, succéderait le prosumer, c’est-à-dire le consommateur qui contribuerait lui-même à produire ce qu’il consomme.

C’est exactement le cas dans la communauté du libre – ou plutôt dans les communautés du libre. Les développeurs y coproduisent ce qu’ils vont « consommer ». Et s’ils existent bien des communautés dans le sens le plus noble du terme, c’est là qu’elles sont : les gens ne s’y rassemblent pas pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils font. L’aspect communautaire n’est pas exogène au logiciel libre, il lui est endogène : c’est l’accès au code source qui permet le développement du logiciel et c’est l’existence d’une communauté active de développeurs qui permet l’innovation maximale.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle causeur a adopté une solution libre : WordPress. Nous ne l’avons pas fait parce que nous nous étions convertis à l’altermondialisme, ni parce qu’Elisabeth Lévy s’était allumé un tarpé gros à virer beatnik, ni même encore pour des raisons financières – on n’est pas des radins. Si nous avons opté pour WordPress, c’est qu’à notre sens c’était la solution qui offrait, grâce à ses caractéristiques et à sa communauté très active de développeurs, le plus de potentialités.

Reste un problème : dans l’esprit du public comme dans celui de quelques confrères journalistes, le logiciel libre reste au mieux une aubaine (moins cher que gratuit, c’est pas cher) ou une version logicielle du piratage MP3 (si tu paies pas, c’est du vol et je taperai sur la tête jusqu’à ce que la fondation Bill Gates te juge suffisamment amoché pour t’aider). Il faudra donc du temps et un surcroît de pédagogie pour qu’ils comprennent de quoi il retourne réellement. Pour le reste, non, le monde du libre n’est pas une secte dont Stallman serait tout à la fois le dieu, le gourou et le prophète : il introduit un peu plus de concurrence dans un modèle voué il y a quelques années au monopole. Une économie n’est jamais libérale quand elle n’offre aucun choix. C’est comme ça, camarade, mais y a pas autrement.

Opposer le logiciel libre au logiciel propriétaire, c’est un peu comme opposer Mac et PC : les gens sont bien libres de choisir un Mac ou un PC. Deux logiques et deux modèles économiques se concurrencent, même si je suis d’avis qu’il faudrait envoyer définitivement à Sainte-Anne les utilisateurs de PC. Foi d’utilisateur de Mac !

La 3ème vague

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Jamais sans mon chien

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Ce mercredi-là commence par un coup de fil : on m’apprend que mon chien m’attend au refuge SPA du coin, il avait été ramassé alors qu’il divaguait sur la voie publique.

Je tente de contrôler mon agacement à l’idée de prendre mon camion pour aller chercher ce couillon qui « divaguait » juste devant chez moi et je remercie très courtoisement mon interlocutrice ; et j’ajoute, (qu’est-ce qui m’a pris ?) que nous sommes, mon chien et moi, un couple libre, qu’il a pris l’habitude de sortir seul et qu’il n’était pas perdu. Mais merci encore.

Le problème avec ces bonnes femmes bénévoles, désœuvrées et mal… disons honorées, enfin qui n’ont plus rien à se mettre, c’est leur besoin de faire la morale au mâle laxiste qui se cache derrière la liberté pour fuir ses responsabilités. Quand elles en tiennent un, il est bon pour le sermon voire pour la zonzon. Une fois sur place pour récupérer le fuyard, je n’y coupe pas. Monsieur, laisser son chien seul dans la rue c’est mal, c’est puni par la loi et la prochaine fois elle pourrait porter plainte, l’emmener à la fourrière et que ça pourrait me coûter 30 000 euros d’amende et 6 mois de prison.

Je tente d’expliquer qu’il n’a jamais mangé de bébé ou alors pas devant moi. Mais va faire comprendre à ces bonnes sœurs qui sauvent la vie d’animaux à qui elles coupent les couilles que c’est un chien anarchiste qui n’a pas besoin d’être attaché pour rester avec son maître, pardon son compagnon humain. Comme on dit de nos jours, il est autonome, quoi.

Va leur dire à ces quiches zoophiles que je n’ai pas de leçons d’éducation à recevoir et que ma méthode qui consiste à faire des allers-retours entre laxisme complet et tout-répressif, je l’ai mise au point sur mes gosses et qu’elle marche très bien sur mon chien.

Va leur expliquer à ces trumeaux qui rêvent de mettre une laisse à tout ce qui a une queue, qu’on est libres, nous, et qu’on prend le risque de se faire écraser par un 38 tonnes plutôt que de passer nos vies à la niche, devant un os en plastique ou Télérama. On est comme le loup de la fable : on ne veut pas la trace du collier.

Ces petites mises au point achevées, je repars avec mon cabot et sous les menaces d’une plainte en justice. Je ne laisse même pas l’amie des bêtes aller au bout de son réquisitoire suraigu, en lui expliquant, posément mais fermement, que, n’étant pas son mari, je ne lui reconnais aucune légitimité à mes les briser plus longtemps.

Bruxelles casse le thermomètre

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Le classement de Shanghaï est l’un des supplices chinois que les universités du monde entier subissent une fois l’an : depuis 2003, les chercheurs de l’université Jiao Tong publient chaque année un classement mondial des universités établi sur des critères assez simples : le nombre de prix Nobel et de médailles Fields parmi les anciens étudiants et les chercheurs, le nombre et le référencement des publications, la performance de l’université par rapport à sa taille. Or, avec Harvard, Stanford et Berkeley, les universités américaines se taillent la part du lion. A la Commission de Bruxelles, on n’est pas content ! Et la réaction ne s’est pas fait attendre : plutôt que d’accélérer la création d’un hypothétique MIT européen qui a déjà englouti quelques millions d’euros en études sans exister encore, l’Union européenne a décidé de créer son propre palmarès des universités mondiales ! Un appel d’offres a été lancé par la Commission et le premier classement sortira en 2010. Il devrait mettre en valeur la qualité des établissements d’enseignement supérieur européens contre l’hégémonie des anglo-saxons. Les commissaires européens ne précisent toutefois pas ce qu’ils entendent faire de Cambridge et Oxford, arrivant chaque année dans les dix premiers rangs du classement de Shanghaï. Elle est pas assez europhile, la perfide Albion ?

Balladur fait sa petite commission

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Après la grosse commission, Edouard Balladur s’attaque à la petite ! Aucun commentateur politique digne de ce nom n’a osé ce très mauvais jeu de mots. Pas tant qu’il soit d’un goût plus que douteux ou que la presse française répugne désormais à emprunter ses titres à L’Almanach Vermot, mais le Comité pour la réforme des collectivités locales que préside depuis cinq semaines l’ancien Premier ministre ne semble intéresser personne. La participation de Pierre Mauroy à ce groupe de travail n’a même pas suscité le millionième des indignations que la collaboration de Jack Lang à la commission de réforme des Institutions avait provoquées. A croire que les collectivités locales ne méritent pas de débat national.

Pourtant, quelques Français – certainement plus nombreux qu’on ne le pense – vivent dans des communes, des départements et des régions, bref dans ce que Ségolène Royal appelle à tout bout de champ « territoires » quand la précaution oratoire la saisit et lui interdit de prononcer le mot honni de « province »… De plus, l’enjeu politique ne serait pas mince si l’opposition voulait bien cesser un moment ses petits meurtres entre amis pour passer aux choses sérieuses. Exclu de l’Elysée depuis 1995 et de Matignon depuis 2002, le Parti socialiste est allé ces dernières années se refaire une santé politique dans la carte de France des collectivités locales. La réforme annoncée est, avant tout, la réforme de pouvoirs locaux qui sont actuellement détenus majoritairement par les socialistes. Où sont-ils pour donner de la voix ? Car c’est bien là qu’on les attend… Certes, il y a eu des réactions, mais reconnaissons qu’on a eu beaucoup de mal à percevoir dans le brouhaha entourant le Congrès de Reims les récriminations très légitimes d’Alain Rousset, président de l’Association des Régions de France, qui trouvait fort de café qu’aucun président de région ni aucun maire n’ait été invité à siéger dans ce Comité… Pourtant, tout indique que les manières feutrées d’Edouard Balladur ne dissimuleront pas longtemps une chose : les réformes que le Comité proposera ne seront pas de simples ajustements techniques et administratifs, elles auront des conséquences très politiques.

Prenez, par exemple, la proposition de Dominique Perben, membre du Comité Balladur : il plaide pour la création de « communautés métropolitaines », dont la taille et le champ de compétences s’étendraient entre les actuelles communautés urbaines et les départements. Les exécutifs de ces nouvelles entités juridiques seraient élus au suffrage universel. De loin, l’idée semble frappée au coin du bon sens. A y regarder de plus près, elle est de nature à bouleverser la donne sur les 14 Communautés urbaines françaises.

Imagine-t-on, tout d’abord, le maire d’une ville-centre élu au suffrage universel cohabiter avec un président de « communauté métropolitaine », également élu au suffrage universel et disposant pour sa part d’un budget comportant la dotation globale, la taxe professionnelle unique, les ressources propres des actuelles communautés urbaines et, conformément à la Constitution, une dotation supplémentaire équilibrant le transfert de charges du Département vers la nouvelle entité. Il ne faut pas être grand clerc pour entrevoir les querelles de personnes, les éventuelles divergences politiques et surtout le conflit de légitimité qu’une telle réforme ferait naître… La proposition Perben pourrait détruire en fin de compte ce que l’intercommunalité avait patiemment tissé depuis 1966.

Car, si la création de telles communautés métropolitaines semble reposer sur une conception essentiellement urbaine du territoire (on recentre l’organisation territoriale autour des grands pôles urbains), c’est tout le contraire qui se passe électoralement : sociologiquement le vote de gauche se concentre sur les villes, tandis que le vote de droite s’éparpille dans les périphéries – résultat de la « rurbanisation » des trente dernières années qui a vu les classes moyennes s’installer en lotissements. La création de communautés métropolitaines aboutirait, sauf à de très rares exceptions, à une situation assez paradoxale : des villes-centres à gauche et des communautés métropolitaines à droite. Bonjour l’entente ! Quand Charles Pasqua faisait du redécoupage électoral au bulldozer, Nicolas Sarkozy y va à la petite cuiller – en or et dans la bouche, cela va de soi.

Il n’est pas impossible que Dominique Perben soit suivi dans cette voie par ses pairs. Il n’est pas non plus exclu que la réforme à laquelle travaille le Comité Balladur s’inspire assez largement des travaux de la mission d’information conduite par le député UMP Jean-Luc Warsmann et dont les conclusions ont été rendues le 8 octobre dernier. Il n’y a qu’à voir la façon dont Edouard Balladur conduit les auditions : les questions que l’ancien Premier ministre pose portent essentiellement sur les conclusions de la mission d’information parlementaire.

Dix principes avaient été retenus par cette mission : fin des financements croisés, spécialisation des collectivités sur des compétences particulières, faculté de délégation de compétences entre échelons territoriaux (vieux principe politique du « je te passe la rhubarbe tu me passes le séné »), réduction du nombre des collectivités (par regroupement volontaire), regroupement des régions et/ou fusion avec les conseils généraux, création de métropoles fusionnant conseil général et intercommunalité, achèvement du processus de l’intercommunalité en 2010, transfert des activités des « pays » aux intercommunalités, création de collectivités uniques intercommunalité-communes…

En clair, cela signifie que, demain, les départements alsaciens du Bas-Rhin et du Haut-Rhin pourront fusionner avec la Région Alsace, tandis que les deux régions de la Haute-Normandie et de la Basse-Normandie fusionneront pour former une grande région de Normandie, sans que les départements ne soient touchés, à l’exception peut-être, si on le veut bien, de la Manche qui aura fusionnée avec la Communauté urbaine de Cherbourg sans que ne soit pour autant réglé le cas de Saint-Lô. Il n’est pas exclu non plus que la Bretagne récupère un ou deux départements actuellement dans le giron de la région Pays de Loire pour former ce qu’il conviendra d’appeler la Grande Bretagne. Les choses se corsent un peu plus lorsqu’on en vient à la fusion entre départements et « communautés métropolitaines » : le rapport de la mission parlementaire indique qu’en cas de fusion de l’échelon départemental et d’une communauté urbaine certaines villes laissées à l’abandon de la communauté métropolitaine nouvellement formée pourraient rejoindre des départements limitrophes. Et si les départements limitrophes ont déjà fusionné de leur côté avec des communautés urbaines ? Oh, vous avez de ces questions, vous ! Quant à la spécialisation des collectivités sur certaines compétences, elle se pratiquera à la gueule du client. Le département du Var pourra avoir compétence sur le sport, tandis qu’en Haute-Marne cela relèvera des communes ou de la Région. Compliqué ? Mais non ! On vous dit que l’on fait tout ça pour sim-pli-fier.

Pour désigner la situation actuelle, les spécialistes usent de métaphores assez peu banales, parfois menuisières (l’enchevêtrement des compétences), parfois pâtissières (le millefeuilles des collectivités locales). Si jamais les conclusions de la mission d’information parlementaire étaient adoptées par le Comité Balladur, c’est dans un autre registre de langue que les spécialistes devraient aller chercher les mots justes. Certes, ils hésiteront un temps entre foutoir et boxon, pour finalement s’accorder sur un terme : bordel organisé. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : organiser le bordel à la va-comme-j’te-pousse – tout le contraire des grandes lois de décentralisation portées par Gaston Defferre. Aucune vision d’ensemble de l’organisation territoriale du pays, aucun choix fort, mais la construction d’une auberge espagnole, où chacun vient prendre ce qu’il veut et où le terme même de département ou de région ne signifie pas la même chose suivant que l’on est Alsacien ou Picard.

Au lieu de se contenter de clarifier les compétences, de favoriser la coopération des collectivités locales (avec, par exemple, le portage unique des politiques publiques – ce qui serait un pas de géant à l’heure actuelle) ou de supprimer un ou plusieurs échelons, on compose avec l’existant d’une manière un peu brouillonne tout en cuisinant une variété institutionnelle jamais vue.

Souvenez-vous du tollé que le ministre de l’Intérieur a provoqué en annonçant la suppression des numéros de département sur les plaques d’immatriculation : imaginez-vous la pagaille que la suppression des départements entrainerait – une suppression qui était, selon le rapport Attali, la seule solution possible pour démêler le fil de la complexité des échelons territoriaux français… Tout laisse accroire que ce n’est pas vers cette voie que l’on s’achemine. C’est qu’une seule chose, en vérité, terrorise aujourd’hui l’Elysée, un cauchemar, une épouvante : des milliers de conseillers généraux, rescapés des comices de Brive et d’Aurillac, de Chaumont et de Moulins, montant à Paris en torpédo et en micheline, récitant pour se donner du cœur à l’ouvrage le nom des préfectures et chefs-lieux d’arrondissement, avant d’aller brayer de Bastille à République : « Sarko, t’es foutu, la province est dans la rue ! » La province ? Les territoires, on vous a dit ! Les territoires.

Rachida garde les sceaux et vire les autres

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Quinze jours après le départ de Patrick Gérard, son directeur de cabinet, c’est son directeur-adjoint, Hervé Machi, qui quitte Rachida Dati. Un autre collaborateur, Jean-Michel Quenet, en a profité pour lui emboîter le pas, tandis qu’à la Chancellerie il se murmure que d’autres membres seraient sur le départ. En dix-neuf mois, près de deux douzaines de proches collaborateurs ont été balancés par Rachida Dati. Y a-t-il quelqu’un pour expliquer à notre chère garde des Sceaux le sens exact de l’expression « balance de la Justice » ?

Libérons-nous du libre

L’informatique aime la mythologie, l’occultisme, les gourous, les « communautés », le religieux. Nous savions déjà que l’histoire de cette technologie s’était écrite à grands coups de mythes et légendes : le destin tragique d’Alan Turing, un mathématicien britannique grand pionnier de l’informatique, qui se suicida en avalant une pomme trempée dans le cyanure, fonde le genre. Suivent le mythe de la création « entre potes », et dans des garages, de futurs empires industriels tels que Microsoft ou Apple (toujours cette foutue pomme…) ; le récit apologétique des conditions de travail « si extraordinaires » au sein des dernières start-up à la mode, où l’on peut jouer au ping-pong dans la salle de réunion et organiser son temps comme l’on veut (à condition de travailler 100 h par semaine…) ; les succès-story époustouflantes d’étudiants boutonneux devenus multimilliardaires grâce à la création de Facebook ou Google ; sans parler de l’emballement médiatique des années 90 autour des « autoroutes de l’information », lorsque la presse pensait encore que le développement du Net allait accoucher d’homo numericus, l’homme touchant du doigt la plénitude, dans l’harmonie glacée d’une vie totalement wired et virtuelle.

Les mythes païens et légendes religieuses sont partout dans l’histoire de l’informatique… On les retrouve aussi lors des grand-messes que savent organiser les professionnels du secteur, et notamment la grande réunion des fanatiques des produits Apple, la « MacWorld Expop » de San Francisco où l’on voit chaque année s’illuminer le visage extatique d’informaticiens barbus devant les discours emphatiques de leur maître à penser, le créateur de l’entreprise, Steve Jobs. Dans un registre légèrement différent, on se souviendra avec une nostalgie consternée du lancement des dernières versions du système d’exploitation de Microsoft Windows : avec ces files d’attente interminables d’inconditionnels de la marque, attendant l’ouverture des magasins dès le milieu de la nuit, et sous la neige, pour pouvoir s’offrir les premiers exemplaires du nouveau logiciel. On se souviendra de ces pèlerins fous se battant presque autour de Bill Gates, pour se faire dédicacer un exemplaire de « Windows » par leur sympathique gourou binoclard.

Il convient d’examiner l’une des dernières expressions de cette religiosité : la mythologie libertaire et « morale » qui entoure les logiciels libres. Qu’est-ce qu’un logiciel libre ? Selon le site francophone du projet GNU (un système d’exploitation « libre ») : « L’expression ‘Logiciel libre’ fait référence à la liberté pour les utilisateurs d’exécuter, de copier, de distribuer, d’étudier, de modifier et d’améliorer le logiciel. » Selon l’encyclopédie « collaborative » Wikipédia : « Un logiciel libre est un logiciel dont la licence dite libre donne à chacun le droit d’utiliser, d’étudier, de modifier, de dupliquer, de donner et de vendre ledit logiciel sans contrepartie. » Ces logiciels « libres » et gratuits s’opposent aux logiciels dits « propriétaires » ou « privateurs » (dans le jargon de cette mouvance). Non seulement ces applications « libres » sont la plupart du temps absolument gratuites, mais elles ont littéralement les tripes à l’air : n’importe qui peut prendre connaissance de leur structure, de leur fonctionnement, et peut les modifier à loisir…

On dirait ces définitions forgées pour notre modernité, dont l’un des moteurs est la perpétuelle apologie de la « liberté », de la « transparence », de « l’interaction », du « collectif », de la « gratuité », etc.

L’Alsace a consacré le 1er décembre un édifiant dossier à la question. Evoquant la visite en grande pompe du mythique programmateur américain Richard Stallman à l’université de Montbéliard, le journal titrait : « Le père des logiciels ‘libres’ en prêche à l’UTBM… » Sous couvert de la farce, et d’une autodérision lucide, cet apôtre du « libre » appuyait jusqu’à l’absurde la dimension prosélyte de sa communauté : « Curieux tableau, vendredi soir, dans le grand amphithéâtre de l’université de technologie de Belfort-Montbéliard. Coiffé d’un disque dur et vêtu d’une aube, un gourou bénit les ordinateurs des étudiants. ‘Je suis Saint Ignucius, de l’église Imax’ lance t-il. Derrière ce prophète farfelu se cache l’un des grands génies de l’informatique mondiale : Richard Stallman (…) activiste de la cause des logiciels libres. » J’apprends dans la presse que de mystérieuses « Install Party » sont presque sur le point de se substituer aux offices catholiques dominicaux, et mettent en péril la suprématie de Microsoft, l’enfant de Bill Gates, notre père à tous… Qu’est-ce qu’une « Install Party » ? Un événement festif, se déroulant souvent dans une « salle polyvalente » municipale, durant lequel des militants associatifs du « libre » sont à la disposition des quidams voulant transformer leurs ordinateurs « infidèles » et asservis aux logiciels commerciaux, en ordinateurs « libérés » et modernes… Ces fêtes geek et techno, d’un nouveau genre, existent. Je les ai rencontrées. Elles se développement même à travers le pays. On pouvait ainsi lire, le 18 mai dernier, dans le Télégramme de Brest : « Une vingtaine de personnes, venues du Sud-Finistère et même de Brest, ont suivi avec intérêt, samedi, un après-midi d’installation du système d’exploitation Linux, à la cybercommune, après-midi animé par Aurélie Le Corre, du Pays Glazik. Install’party ou « fête d’installation » est une réunion qui permet de faire se rencontrer des utilisateurs expérimentés des systèmes basés sur des logiciels libres et des novices. L’objectif est que les novices repartent à la fin de la journée avec leur ordinateur fonctionnant sous un nouveau système d’exploitation, correctement installé, configuré et agrémenté de nombreux logiciels. » À propos d’une autre, dans Centre Presse Aveyron, fin novembre : « Ubuntu… dans une langue africaine, cela veut dire l’humanité vers les autres. C’est un nom, parmi tant d’autres, donné au système d’exploitation Linux. Un système qui a la particularité d’être libre et gratuit, ‘gratuit parce que libre, et non l’inverse’, comme tient à le préciser l’un des responsables de l’association des utilisateurs de logiciels libres Aru 2L. » Ce genre de réunions Tuperware du « logiciel libre » a lieu un peu partout en France, pour « convertir » vertueusement nos vieux PC poussifs, victimes d’une triste addiction aux logiciels commerciaux, en bêtes de course, équipés de pied en cap en applications libres, détachées de tout « marché »… le tout sous le patronage symbolique d’un nom emprunté à une culture sub-saharienne du tiers-monde. C’est dire…

Bref, le « logiciel libre », c’est l’attirail de camping complet : valeurs, philosophie, convictions politiques, fatras new-âge… Stallman, en visite à Montbéliard : « Un programme libre est démocratique. C’est la somme des contributions individuelles de ceux qui l’ont utilisé et transformé. Par contre, un programme privateur de liberté est la dictature de celui qui l’a développé. Un instrument pour imposer son pouvoir aux utilisateurs. » Démocratie versus dictature, rien que ça… fantasme d’un univers « non marchand » – à venir – contre l’atroce marché libéral des flux économiques et des échanges commerciaux , no logo et tutti quanti. Il n’y va pas avec le dos de la cuiller, le gourou open space. Ou plutôt si : le catéchisme anti-mondialiste de base. « Stallman, indique L’Alsace, a volontiers taclé les dirigeants mondiaux – à commencer par George W. Bush et celui qu’il appelle le ‘sarkome[5. Un jeu de mots misérable basé, on l’imagine, sur l’assonance approximative entre le nom de notre président de la République, Sarkozy, et le nom de ce cancer impitoyable de la peau, appelé ‘sarcome…]’ – et emprunté des accents mystiques. C’est que, pour ce militant des droits de l’Homme, la question dépasse largement le cadre de l’informatique. Elle soulève aussi des questions éthiques et politiques. » On imagine que les dirigeants mondiaux ainsi taclés ne s’en sont pas remis. « Le logiciel propriétaire est immoral et ne doit pas exister… », dit-il encore, pas à court d’une sottise. Le monde tremble sur ses bases.

Les « logiciels libres » sont l’objet d’une abondante règlementation sans doute apparue par génération spontanée (L’Alsace) : « Le programme peut être exécuté sans condition / Sa substantifique moelle appelée ‘code source’, peut être étudiée et modifiée. Le programme peut être adapté aux utilisations. / C’est la liberté d’aider le voisin. Elle inclut la distribution des copies exactes du programme, gratuites ou payantes. / Les programmateurs peuvent contribuer à la communauté en distribuant des copies de leurs versions modifiées, gratuites ou payantes. » Les voisins, en prime. Le cauchemar.

Bref, le « logiciel libre » est en pointe dans le combat contre le grand méchant loup libéral, symbolisé par l’infâme Bill Gates qui se nourrit chaque matin de dix enfants innocents, et de deux vierges cuites à l’étouffée. Combat pour la morale comme l’expliquait le 1er décembre Le Monde de l’Education : « Au delà de la question économique, les motivations sont aussi d’ordre philosophique ou éthique : selon Jean-Pierre Archambault, chargé de mission au CNDP : ‘les valeurs de partage et d’indépendance véhiculées par le logiciel libre sont fondamentalement en phase avec les missions de l’école et la culture enseignante’. » On frissonne en imaginant cette « culture enseignante » qui s’oppose à l’Ancien régime de la France moisie… du « privé », des pratiques de consommation individualistes (aller à la Fnac et acheter un logiciel aliéné, créé par des ingénieurs esclaves de leur entreprise…), du repli sur soi, de l’indifférence à autrui, du cynisme, et même d’une forme de proto-fascisme doux… le monde de ceux qui se plient à la vie telle qu’elle est, et non telle qu’elle « devrait » être.

Papy Obama a fait de la résistance

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C’est le Times qui nous l’apprend : feu le grand-père paternel de Barack Obama, Hussein Onyango Obama, a été torturé par l’armée de Sa Gracieuse Majesté pendant la révolte des Mau-Mau en 1949 au Kenya, alors colonie britannique. Le seul crime de Papy Hussein était d’avoir eu des sympathies pour cette insurrection indépendantiste. D’après la veuve d’Hussein Onyango Obama, interviewée par le quotidien londonien, celui-ci, malgré son passé héroïque dans l’armée britannique durant la seconde guerre mondiale, n’a pas été vraiment traité selon les règles de l’habeas corpus : on l’a fouetté, on lui a arraché les ongles et l’on n’a bien sûr pas négligé, comme l’exigeaient les traditions en vigueur, de lui électrocuter les testicules. L’affaire, ancienne, est loin d’être forclose : plusieurs dizaines d’anciens insurgés Mau-Mau encore en vie, victimes de sévices similaires, exigent en vain depuis des années des mesures de réparation du Royaume-Uni. S’il ne veut pas se fâcher, dès sa prise de fonction, avec le futur occupant de la Maison Blanche, Gordon Brown serait bien avisé de régler ce problème, ou plutôt, cette question.

Juge ou voyou ?

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Dès vendredi soir, à ma suggestion, Causeur a été parmi les premiers à évoquer l’affaire Vittorio de Filippis et j’en suis plutôt fier. Attaché à une certaine idée de l’Etat et peu enclin au tir à vue obsessionnel sur la police ou la justice, je me sens très mal à l’aise quand des fonctionnaires se comportent en racailles.

Or, c’est très exactement ce qui s’est passé vendredi dernier au commissariat du Raincy, puis au TGI. A en croire quelques commentaires qui ont suivi ce premier article, certains d’entre vous se sont étonnés de voir Causeur oublier sa défiance envers le Parti des Médias pour sombrer dans une sorte de confraternalisme béat. En substance, certains nous ont reproché d’avoir dénoncé le traitement abject réservé par une juge d’instruction à Vittorio de Filippis, parce que c’était bien fait pour ce sale journaliste, de Libé qui plus est.

On retrouve d’ailleurs exactement le même genre de commentaires sur la plupart des sites généralistes qui évoquent l’affaire et ou une palanquée d’internautes se félicitent qu’un gros poisson soit traité (ou plutôt maltraité) comme tout un chacun. À ceux-là, je le dis gentiment : vous avez tout faux, ce raisonnement est indigent et qui plus est inélégant. Je crois que je leur dirais beaucoup moins gentiment si ce genre de saloperie m’était arrivé à moi ou à un de mes proches.

Pour aggraver mon cas, je suis en accord total avec la façon dont le personnel de Libération pose le problème dans son appel à manifester vendredi prochain : « Les journalistes, disent-ils ne sont pas des citoyens au dessus des lois. Pas plus que les magistrats chargés de les faire respecter. Jusqu’à preuve du contraire, le délit de diffamation ne relève pas de la qualification de terrorisme. » Oui, moi aussi, je crois que si on laisse filer cette fois-là, ce genre de gâterie nous pendra tous au nez.

Car Muriel Josié, la juge s’instruction qui a de toute évidence demandé aux policiers de réserver un traitement « soigné » à Vittorio de Filippis, ne s’en est pas prise à un magnat de la presse. On n’imagine pas un seul instant Patrick de Carolis arrêté et menotté devant ses gosses à l’aube. Ou Arnaud Lagardère soumis à deux reprises à une inspection rectale. On n’imagine même pas le martyr de service Denis Robert placé en garde à vue, pour une banalissime affaire de non-réponse à une convocation. On n’a de toute évidence pas tenté d’humilier cet homme-là parce qu’il avait été, pendant quelque mois PDG du journal (au moment de l’éviction de July), mais parce qu’il n’est plus aujourd’hui que journaliste au service éco de Libération. (En revanche, le plaignant à l’origine de cette affaire n’est pas exactement un justiciable lambda : Xavier Niel est le fondateur de Free, une des principales entreprises françaises de télécoms. Et donc aussi un des plus gros annonceurs du pays. Peut-être en reparlerons-nous…)

Dans cette affaire, Vittorio de Filippis, c’est moi, c’est nous, c’est vous. Vittorio de Filippis, c’est Joseph K, à qui une émule du juge Burgaud a voulu montrer qui était le plus fort, et où était le droit. Moi, qui suis d’ordinaire peu porté sur les happenings corporatifs, c’est pour cela que j’irai manifester vendredi à 13 heures devant le Palais de justice. C’est pour cela que je n’irai pas y réclamer, comme le feront sans doute certains, la démission de la Garde des Sceaux, parce que ça, je m’en contrefous. On n’aurait bien tort de se focaliser sur la pauvre Rachida Dati, qui a certes perdu une 129e occasion de se taire en apportant son soutien à une magistrate dont beaucoup de ses collègues pensent qu’elle maîtrise mal ses nerfs, mais ce n’est plus le problème. On ferait mieux de s’attaquer enfin au fond, à ce qu’on n’a pas su ou pas voulu faire sérieusement après le Tchernobyl d’Outreau: s’en prendre au pouvoir de nuisance hallucinant des juges d’instruction. Ce n’est pas seulement Muriel Josié qu’il faut sanctionner, c’est sa fonction même qu’il faut éliminer.

Boniface qui mal y pense

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Il revient. Et il n’est pas content. À la suite de l’article que j’ai consacré à ses tribulations algéroises, Pascal Boniface nous envoie un droit de réponse dont malheureusement, chers lecteurs, vous ne pourrez lire que les deux paragraphes publiables, Gil Mihaely, directeur de la publication de Causeur, ayant estimé qu’il ne relevait pas du droit de réponse, entre autres raisons parce qu’il contient une série d’appréciations plutôt désobligeants sur quelques amis et surtout sur ma modeste personne, pseudo-journaliste, communautariste refoulée recourant à des méthodes rappelant celles de « la presse d’extrême droite des années 30 » et tutti quanti. Je remercie Boniface pour ses leçons de déontologie et l’invite à publier ses âneries ailleurs – ce dont il ne se prive d’ailleurs pas. Mon admiration pour Alain Finkielkraut et le soutien que je lui ai apporté le défrisent ? C’est son problème. Il n’aime pas mes opinions sur ceci et cela ? Je mentirais en disant que j’en suis désolée. Il trouve que je ne le lis pas assez ? Là, je reconnais que c’est assez bien vu même si, effectivement, j’ai encore en ma possession sa fameuse note intitulée : « Le Proche-Orient, les socialistes, l’équité internationale, l’efficacité électorale » (c’est moi qui souligne). Dans cette note qui lui valut une polémique avec Elie Barnavi et sa suspension de la commission internationale du PS, il écrivait notamment : « À miser sur son poids électoral pour permettre l’impunité du gouvernement israélien, (c’est encore moi qui souligne) la communauté juive est perdante là aussi à moyen terme. La communauté d’origine arabe et/ou musulmane s’organise elle aussi, voudra faire contrepoids et, du moins en France, pèsera vite plus lourd si ce n’est déjà le cas. » Je dois confesser que j’avais totalement oublié qu’outre ses nombreuses qualités il ne manque pas d’humour notre expert international. Il en fallait pour écrire en 2001 que « la communauté d’origine arabe et/ou musulmane pèsera vite plus lourd si ce n’est déjà le cas » (que la communauté juive). Bref, non seulement il comptait les juifs et les arabes mais il faut aussi dire qu’il comptait assez mal. Quant aux juifs qui misaient sur leur poids électoral pour peser sur la politique (hystériquement pro-israélienne comme on le sait) du président Chirac, qu’on me les amène car eux sont carrément des imbéciles. Mais peut-être ce document qui a miraculeusement survécu à quelques déménagements est-il un faux, une sorte de Protocole des sages de Sion dont on a voulu se servir pour faire taire cet expert si dérangeant.

Mais venons-en au fait. Donc, tout ce que j’ai dit, c’étaient que des menteries. Pascal Boniface n’a jamais tenu les propos que lui prête le quotidien El Khabar et dont j’ai utilisé la traduction en français publiée par le journaliste Chawki Freïha sur le site mediarabe. Dans un texte intitulé L’union des faussaires que j’invite les lecteurs de Causeur à lire de toute urgence, il s’étonne du crédit que moi et mes copains faussaires (en l’occurrence Mohamed Sifaoui et l’UPJF) portions du crédit « à ce journal en langue arabe dont on peut supposer que, d’ordinaire », nous ne tenions « pas ce qui y est publié comme vérité absolue ! ». J’avoue humblement n’avoir pas imaginé qu’un quotidien qui a cru bon d’inviter Pascal Boniface à un colloque ait pu déformer ses propos au point de lui faire dire le contraire de ce qu’il disait.

Car c’est de cela dont il s’agit : « Le problème, écrit mon contradicteur, est que les propos qui me sont attribués par ce journal sont à l’inverse de ce que j’ai dit et correspondent aux questions qui m’ont été posées et non aux réponses exactement inverses que j’ai faites. J’ai en effet au contraire déclaré qu’on ne pouvait pas parler de lobby juif en France, car les Juifs français avaient, tant sur le Proche-Orient que sur l’image des Arabes, des avis très différents. Je déclarais que des gens différents (ce qui montre qu’il n’y a pas de lobby juif) comme Lévy, Sifaoui et Val, tout en prenant des postures de courageux résistants, vont dans le sens du vent en développant globalement l’idée que si tous les musulmans ne sont pas terroristes, tous les terroristes sont musulmans, que si tous les musulmans ne sont pas des intégristes, tous les intégristes sont des musulmans. »

Je précise que le Lévy dont il est question est Bernard-Henri, Boniface ne va tout de même pas s’abaisser à citer une « excitée » (un peu faiblard pour votre servante, non ?) qui « squatte les plateaux télé » (pas assez si vous voulez mon avis mais bon, on ne peut pas être d’accord sur tout). Et je dois dire que même ces propos-là, je ne les trouve pas très malins. Je lui accorde volontiers cependant que le trio qu’il affirme avoir cité ne colle pas avec l’idée du lobby juif – si l’on s’en tient à une définition « communautaire » dudit lobby. En tout cas, si Pascal Boniface dit vrai, ce que nous ne saurions exclure par principe, je ne saurais trop lui recommander d’être plus prudent dans le choix des invitations qu’il accepte. Et je suis certaine que les faussaires algériens d’El Khabar – qui sont au moins aussi coupables et fielleux que moi- ont reçu une réponse aussi incendiaire. De même que les journalistes du quotidien francophone Jour d’Algérie qui ont publié le 5 novembre un compte-rendu du colloque. Il nous faut encore remercier Chawki Freïha qui a reproduit sur son site l’intégralité de l’article dont voici quelques extraits.

Médias occidentaux et monde arabe : « Attaquer les musulmans ne coûte pas cher » : Animant une table ronde sur les médias occidentaux et le monde arabe, le stratège français Pascal Boniface, invité mardi au Salon du livre d’Alger, soutient que le lobby arabe en Europe n’est guère puissant, ce qui facilite les attaques contre l’islam et les musulmans. D’emblée, il souligne que beaucoup de médias occidentaux s’acharnent aujourd’hui à diaboliser l’image des musulmans et de l’islam car ils savent qu’en contrepartie ils ne seront ni sanctionnés, ni pénalisés. « Les responsables des médias croient que ce sujet intéresse le public, que ça choque, que ça augmente l’audience alors ils en profitent ! D’autres pensent que dire cela est un courage intellectuel ! C’est considéré même comme de la lucidité et du courage », dit-il, citant au passage quelques français réputés comme Bernard Henry Lévy, Philippe Val et Alain Finkelkraut, des intellectuels français qui s’inscrivent dans ce courant de pensée communautariste et qui reproduisent la pensée de la classe dominante en France et en Europe. Ils font dans le politiquement correct ! « Ces gens disent qu’ils ne sont pas contre les musulmans mais ils s’en prennent à l’islam ! Ils entretiennent un discours contradictoire et diffusent la confusion et l’amalgame. D’ailleurs, ils ouvrent les portes à tous les musulmans qui regagnent leur rang et se trahissent comme Mohamed Sifaoui. » Pour Boniface, les Français de confession musulmane ou d’origine maghrébine ou arabe sont intégrés dans la société française et c’est toute une population qui pousse et qui monte aujourd’hui en Europe. « Quand j’étais lycéen, dans ma classe il n’y avait aucun Français d’origine maghrébine ou arabe. Quand je suis entré à la Faculté, ils étaient quelques étudiants enfants de diplomates. J’enseigne aujourd’hui à l’université, en classe il y a un nombre important d’étudiants français de confession musulmane ou d’origine maghrébine. Les enfants de la cité sont là, ils ne veulent plus laisser leurs êtres aux vestiaires, ils veulent parler et s’exprimer », lâche le conférencier. Illustrant ses dires, il raconte un fait divers rapporté récemment par les médias occidentaux. Une Française a été condamnée à six mois de prison ferme parce qu’elle a contrevenu aux lois canadiennes. Elle a suivi son mari qui a kidnappé ses enfants au Canada ! « Cela a été mis dans les faits divers. Imaginez un instant que son mari ait été d’origine algérienne ou arabe ! Cela aurait fait la une de tous les médias. »

Il est vrai que dans la version française, Pascal Boniface n’aurait pas employé l’expression « lobby juif », mais, ainsi que je l’avais indiqué, ce n’est pas cette formule en soi qui me semble insupportable. J’admets au contraire que l’existence d’un tel lobby peut tout-à-fait être l’objet d’une discussion. Je déplore d’ailleurs à titre personnel que ce lobby, s’il existe, soit bien peu reconnaissant à l’égard de ses fidèles porte-parole. En revanche, je continue à trouver franchement inélégant pour ne pas dire absolument infect d’accuser Val, Lévy et Finkielkraut, de « s’en prendre à l’islam » et « d’ouvrir leur porte aux musulmans qui se trahissent comme Mohamed Sifaoui ». J’aimerais d’ailleurs un éclaircissement sur cette catégorie jusque-là inconnue de moi des « musulmans qui se trahissent ». Il faudra que Boniface m’explique comment je peux être une communautariste aussi échevelée que masquée parce qu’il m’arrive d’observer un certain antisémitisme, tandis que Sifaoui, lui, est un traître au motif que ses choix idéologiques ne sont pas inspirés par son origine. Mais, je le répète, sans doute les propos de Boniface ont-ils également été déformés par le quotidien francophone qui publiera sous peu le droit de réponse envoyé par l’offensé.

Comme l’écrit encore Chawki Freïha « le lecteur se retrouve devant deux versions diamétralement opposées, couvrant un seul et même événement. D’un côté, des journaux algériens qui reproduisent des propos, et de l’autre, l’auteur de ces propos qui les infirme. Qui dit vrai ? Il revient à l’intelligence du lecteur de faire la part des choses, en tenant compte d’une possible tendance des médias algériens à exploiter les propos de Boniface et à les amplifier pour des raisons que personne ne peut ignorer. Mais aussi, il convient de tenir compte de la sensibilité politique et idéologique de Pascal Boniface. Un exercice particulièrement délicat pour comprendre ce qui s’est passé à Alger ». J’ajouterai que si le journaliste de Jour d’Algérie a purement et simplement inventé les propos prêtés à Boniface, cela prouve au moins qu’il suit avec attention les débats en France car comme dit l’autre si non e vero…

J’attends donc avec impatience de recevoir les droits de réponse publiés par ces deux organes de presse dont les journalistes doivent être dénoncés comme les faussaires en chef et je suis certaine qu’ils seront rédigés dans des termes aussi choisis que celui auquel nous avons eu droit. Et s’il s’avère que tout cela est un bidonnage de la pire espèce, et que Pascal Boniface n’a rien dit qui ressemble à ce qu’on lui attribue, je lui présenterai volontiers mes excuses pour avoir cité ces confrères.

Dernière précision. Voilà encore ce qu’écrit Boniface : « Elisabeth Lévy me connaissait très bien dans les années 90 lorsqu’elle travaillait pour le journal Le Temps à Genève. Elle m’appelait alors régulièrement pour entendre mes analyses sur le conflit des Balkans. Jusqu’au jour où je lui ai dit que, si j’étais ravi de lire ses articles où je retrouvais la plupart de mes analyses, j’aurais apprécié qu’elle cite ses sources. » Outre le fait qu’il me reproche curieusement, dans la présente affaire, de citer mes sources, je trouve cette accusation doublement vexante : d’une part, le pillage dont nous sommes souvent victimes à Causeur me fait horreur – je suis connue pour être plutôt tatillonne sur la question – et d’autre part si je devais le pratiquer je ne choisirais pas Pascal Boniface comme victime. Il est vrai cependant qu’il m’est arrivé de l’appeler ainsi que d’autres chercheurs de l’IRIS lorsque je travaillais en Suisse (non pas au Temps mais au Nouveau Quotidien) et je l’ai régulièrement cité, il doit en rester quelques traces dans mes cartons, je me ferai un plaisir de les lui envoyer quand j’aurai le temps de faire de l’archéologie. Ce n’est sans doute pas ce que j’ai fait de mieux. Que voulez-vous, on est con quand on est jeune.

Je veux être Miss France !

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Depuis 1927 et l’élection de Roberte Cusey, le concours Miss France répète chaque année, aux yeux de tous, la plus flagrante et la plus effroyable discrimination jamais pratiquée dans notre pays : en 81 ans d’existence, aucun homme n’a remporté le titre ! Le scandale serait bien moindre si la statistique ne nous apportait pas des informations autrement plus graves sur les visées proprement réactionnaires de ce concours : aucun gay ni aucun garçon de couleur n’a jamais été élu ! Bien pire, les seniors sont sous-représentés dans le palmarès d’un concours qui décidément se refuse à représenter la société française dans toute sa diversité. Que fait donc la Halde ?

Le logiciel libre ne cotise pas chez Besancenot

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Les philosophes étranglent leurs femmes. C’est dans leur nature. Dès que se présente à eux le moment opportun, on les voit refermer leurs paluches sur le cou de leur légitime. Vous voulez en avoir la preuve ? Souvenez-vous de ce qui fit Louis Althusser le 16 novembre 1980 dans l’appartement conjugal de la rue d’Ulm. Stupeur et tremblement !

Peut-on d’un événement singulier ou d’un phénomène marginal tirer une généralité ? Evidemment que non. En bonne logique, le particulier ne dicte jamais sa loi à l’universel. C’est pourtant ce que François-Xavier Ajavon s’est essayé à faire dans ces mêmes colonnes en voulant modéliser l’un ou l’autre épiphénomène (les facéties de Richard Stallman ou encore les Install party dans le Finistère) pour en conclure que le monde du logiciel libre serait une secte un peu bizarroïde, professant une idéologie de beatnik et communiant dans un même rejet du libéralisme et du marché.

Certes, il se trouve bien quelques esprits suffisamment bas du front pour proclamer que les logiciels libres sont une solution « citoyenne » et quasiment révolutionnaire, censée battre en brèche le capitalisme éhonté de ces ignobles sociétés qui osent commercialiser, elles, le fruit de leur travail… Il se trouve bien encore quelques proudhoniens sur le retour pour professer que « la propriété c’est le vol ». Seulement, appliqué aux logiciels libres, ce discours ne tient pas la route trente secondes.

Aux dernières nouvelles, personne n’a encore vu le très standard Tristan Nitot (Mozilla) déballer sa panoplie de garde rouge ni l’excellent Daniel Glazman (Disruptive innovations) faire la couverture d’Anti-Davos hebdo habillé en Che Guevara. Et ça fait même longtemps que personne n’a vu ces deux Stakhanov du logiciel libre en France turbiner au kolkhoze – que deviennent-ils d’ailleurs me demande, insistante, Marie-George Buffet[1. Nous contacter. On transmettra.]. C’est qu’en soi le logiciel libre n’est porteur d’aucune idéologie.

Ni José Bové ni Olivier Besancenot n’ont persuadé le ministère français de la Défense et celui de l’Intérieur de passer à Thunderbird et à Firefox. Ce n’est pas par altermondialisme forcené ni parce qu’il se serait subitement amouraché de Clémentine Autain qu’Hervé Morin a pris en début d’année 2008 la décision que l’administration de la Défense migrerait de Windows XP vers Ubuntu d’ici l’horizon 2013.

Le libre ne s’oppose pas au logiciel propriétaire ; ils répondent l’un comme l’autre à des modèles économiques qui leur sont propres. Dans le cas d’un logiciel propriétaire, le cas de figure est assez simple : une société dépose un brevet, commercialise un logiciel et prospère grâce à la vente de ce dernier. Pour le logiciel libre, les choses sont un peu plus complexes, puisque les revenus qu’il génère ne sont pas liés à la vente dudit logiciel. Ils peuvent concerner la prestation de services, l’assistance, la maintenance, la mise en place de fonctionnalités spécifiques, la formation, la vente de morceaux de code en vue de développer un logiciel propriétaire, etc. En bref, pour parler en maquignon, les développeurs du libre ne vous vendent pas la bête, mais vivent en s’occupant d’elle, en lui trouvant des pâturages plus gras ou en lui tricotant un manteau pour l’hiver. Les idées ne manquent pas quand on est maquignon ou développeur.

Si l’on veut bien y regarder de plus près, l’apparition du logiciel libre ces dernières années a réinscrit le marché des logiciels dans le libéralisme. Pas besoin d’avoir un poster de Friedrich Hayek au-dessus de son lit (de toute façon ce type a quitté depuis un bail Tokio Hotel) pour comprendre que la pire plaie dans une économie libérale c’est le monopole. Or, pour s’en tenir au seul exemple des navigateurs Internet, après la perte de vitesse de Netscape, Microsoft exerçait un quasi monopole avec Internet Explorer, jusqu’à ce que l’apparition de Firefox crée un véritable contexte concurrentiel.

Le logiciel libre est donc bien loin d’être un parangon de l’altermondialisme ou de la lutte contre les aliénations du système capitaliste. La cause est même un peu fichue pour José Bové : le logiciel libre n’est pas autre chose que le plus récent OGM du libéralisme. Pour reprendre ce qu’écrivait en 1980 Alvin Toffler (qui faisait déjà de la futurologie quand Jacques Attali commençait à se faire payer pour faire semblant d’en faire), il se pourrait même bien que le logiciel libre soit l’une des facettes du prosumérisme qu’il décrivait alors. Pour faire bref et ne pas enquiquiner ni le geek,, ni le nerd et encore moins le gerd (sont coriaces, cette race-là comme le dirait Zemmour), Toffler écrit qu’au consommateur, apparu avec la IIe Révolution industrielle, succéderait le prosumer, c’est-à-dire le consommateur qui contribuerait lui-même à produire ce qu’il consomme.

C’est exactement le cas dans la communauté du libre – ou plutôt dans les communautés du libre. Les développeurs y coproduisent ce qu’ils vont « consommer ». Et s’ils existent bien des communautés dans le sens le plus noble du terme, c’est là qu’elles sont : les gens ne s’y rassemblent pas pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils font. L’aspect communautaire n’est pas exogène au logiciel libre, il lui est endogène : c’est l’accès au code source qui permet le développement du logiciel et c’est l’existence d’une communauté active de développeurs qui permet l’innovation maximale.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle causeur a adopté une solution libre : WordPress. Nous ne l’avons pas fait parce que nous nous étions convertis à l’altermondialisme, ni parce qu’Elisabeth Lévy s’était allumé un tarpé gros à virer beatnik, ni même encore pour des raisons financières – on n’est pas des radins. Si nous avons opté pour WordPress, c’est qu’à notre sens c’était la solution qui offrait, grâce à ses caractéristiques et à sa communauté très active de développeurs, le plus de potentialités.

Reste un problème : dans l’esprit du public comme dans celui de quelques confrères journalistes, le logiciel libre reste au mieux une aubaine (moins cher que gratuit, c’est pas cher) ou une version logicielle du piratage MP3 (si tu paies pas, c’est du vol et je taperai sur la tête jusqu’à ce que la fondation Bill Gates te juge suffisamment amoché pour t’aider). Il faudra donc du temps et un surcroît de pédagogie pour qu’ils comprennent de quoi il retourne réellement. Pour le reste, non, le monde du libre n’est pas une secte dont Stallman serait tout à la fois le dieu, le gourou et le prophète : il introduit un peu plus de concurrence dans un modèle voué il y a quelques années au monopole. Une économie n’est jamais libérale quand elle n’offre aucun choix. C’est comme ça, camarade, mais y a pas autrement.

Opposer le logiciel libre au logiciel propriétaire, c’est un peu comme opposer Mac et PC : les gens sont bien libres de choisir un Mac ou un PC. Deux logiques et deux modèles économiques se concurrencent, même si je suis d’avis qu’il faudrait envoyer définitivement à Sainte-Anne les utilisateurs de PC. Foi d’utilisateur de Mac !

La 3ème vague

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Jamais sans mon chien

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Ce mercredi-là commence par un coup de fil : on m’apprend que mon chien m’attend au refuge SPA du coin, il avait été ramassé alors qu’il divaguait sur la voie publique.

Je tente de contrôler mon agacement à l’idée de prendre mon camion pour aller chercher ce couillon qui « divaguait » juste devant chez moi et je remercie très courtoisement mon interlocutrice ; et j’ajoute, (qu’est-ce qui m’a pris ?) que nous sommes, mon chien et moi, un couple libre, qu’il a pris l’habitude de sortir seul et qu’il n’était pas perdu. Mais merci encore.

Le problème avec ces bonnes femmes bénévoles, désœuvrées et mal… disons honorées, enfin qui n’ont plus rien à se mettre, c’est leur besoin de faire la morale au mâle laxiste qui se cache derrière la liberté pour fuir ses responsabilités. Quand elles en tiennent un, il est bon pour le sermon voire pour la zonzon. Une fois sur place pour récupérer le fuyard, je n’y coupe pas. Monsieur, laisser son chien seul dans la rue c’est mal, c’est puni par la loi et la prochaine fois elle pourrait porter plainte, l’emmener à la fourrière et que ça pourrait me coûter 30 000 euros d’amende et 6 mois de prison.

Je tente d’expliquer qu’il n’a jamais mangé de bébé ou alors pas devant moi. Mais va faire comprendre à ces bonnes sœurs qui sauvent la vie d’animaux à qui elles coupent les couilles que c’est un chien anarchiste qui n’a pas besoin d’être attaché pour rester avec son maître, pardon son compagnon humain. Comme on dit de nos jours, il est autonome, quoi.

Va leur dire à ces quiches zoophiles que je n’ai pas de leçons d’éducation à recevoir et que ma méthode qui consiste à faire des allers-retours entre laxisme complet et tout-répressif, je l’ai mise au point sur mes gosses et qu’elle marche très bien sur mon chien.

Va leur expliquer à ces trumeaux qui rêvent de mettre une laisse à tout ce qui a une queue, qu’on est libres, nous, et qu’on prend le risque de se faire écraser par un 38 tonnes plutôt que de passer nos vies à la niche, devant un os en plastique ou Télérama. On est comme le loup de la fable : on ne veut pas la trace du collier.

Ces petites mises au point achevées, je repars avec mon cabot et sous les menaces d’une plainte en justice. Je ne laisse même pas l’amie des bêtes aller au bout de son réquisitoire suraigu, en lui expliquant, posément mais fermement, que, n’étant pas son mari, je ne lui reconnais aucune légitimité à mes les briser plus longtemps.

Bruxelles casse le thermomètre

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Le classement de Shanghaï est l’un des supplices chinois que les universités du monde entier subissent une fois l’an : depuis 2003, les chercheurs de l’université Jiao Tong publient chaque année un classement mondial des universités établi sur des critères assez simples : le nombre de prix Nobel et de médailles Fields parmi les anciens étudiants et les chercheurs, le nombre et le référencement des publications, la performance de l’université par rapport à sa taille. Or, avec Harvard, Stanford et Berkeley, les universités américaines se taillent la part du lion. A la Commission de Bruxelles, on n’est pas content ! Et la réaction ne s’est pas fait attendre : plutôt que d’accélérer la création d’un hypothétique MIT européen qui a déjà englouti quelques millions d’euros en études sans exister encore, l’Union européenne a décidé de créer son propre palmarès des universités mondiales ! Un appel d’offres a été lancé par la Commission et le premier classement sortira en 2010. Il devrait mettre en valeur la qualité des établissements d’enseignement supérieur européens contre l’hégémonie des anglo-saxons. Les commissaires européens ne précisent toutefois pas ce qu’ils entendent faire de Cambridge et Oxford, arrivant chaque année dans les dix premiers rangs du classement de Shanghaï. Elle est pas assez europhile, la perfide Albion ?

Balladur fait sa petite commission

17

Après la grosse commission, Edouard Balladur s’attaque à la petite ! Aucun commentateur politique digne de ce nom n’a osé ce très mauvais jeu de mots. Pas tant qu’il soit d’un goût plus que douteux ou que la presse française répugne désormais à emprunter ses titres à L’Almanach Vermot, mais le Comité pour la réforme des collectivités locales que préside depuis cinq semaines l’ancien Premier ministre ne semble intéresser personne. La participation de Pierre Mauroy à ce groupe de travail n’a même pas suscité le millionième des indignations que la collaboration de Jack Lang à la commission de réforme des Institutions avait provoquées. A croire que les collectivités locales ne méritent pas de débat national.

Pourtant, quelques Français – certainement plus nombreux qu’on ne le pense – vivent dans des communes, des départements et des régions, bref dans ce que Ségolène Royal appelle à tout bout de champ « territoires » quand la précaution oratoire la saisit et lui interdit de prononcer le mot honni de « province »… De plus, l’enjeu politique ne serait pas mince si l’opposition voulait bien cesser un moment ses petits meurtres entre amis pour passer aux choses sérieuses. Exclu de l’Elysée depuis 1995 et de Matignon depuis 2002, le Parti socialiste est allé ces dernières années se refaire une santé politique dans la carte de France des collectivités locales. La réforme annoncée est, avant tout, la réforme de pouvoirs locaux qui sont actuellement détenus majoritairement par les socialistes. Où sont-ils pour donner de la voix ? Car c’est bien là qu’on les attend… Certes, il y a eu des réactions, mais reconnaissons qu’on a eu beaucoup de mal à percevoir dans le brouhaha entourant le Congrès de Reims les récriminations très légitimes d’Alain Rousset, président de l’Association des Régions de France, qui trouvait fort de café qu’aucun président de région ni aucun maire n’ait été invité à siéger dans ce Comité… Pourtant, tout indique que les manières feutrées d’Edouard Balladur ne dissimuleront pas longtemps une chose : les réformes que le Comité proposera ne seront pas de simples ajustements techniques et administratifs, elles auront des conséquences très politiques.

Prenez, par exemple, la proposition de Dominique Perben, membre du Comité Balladur : il plaide pour la création de « communautés métropolitaines », dont la taille et le champ de compétences s’étendraient entre les actuelles communautés urbaines et les départements. Les exécutifs de ces nouvelles entités juridiques seraient élus au suffrage universel. De loin, l’idée semble frappée au coin du bon sens. A y regarder de plus près, elle est de nature à bouleverser la donne sur les 14 Communautés urbaines françaises.

Imagine-t-on, tout d’abord, le maire d’une ville-centre élu au suffrage universel cohabiter avec un président de « communauté métropolitaine », également élu au suffrage universel et disposant pour sa part d’un budget comportant la dotation globale, la taxe professionnelle unique, les ressources propres des actuelles communautés urbaines et, conformément à la Constitution, une dotation supplémentaire équilibrant le transfert de charges du Département vers la nouvelle entité. Il ne faut pas être grand clerc pour entrevoir les querelles de personnes, les éventuelles divergences politiques et surtout le conflit de légitimité qu’une telle réforme ferait naître… La proposition Perben pourrait détruire en fin de compte ce que l’intercommunalité avait patiemment tissé depuis 1966.

Car, si la création de telles communautés métropolitaines semble reposer sur une conception essentiellement urbaine du territoire (on recentre l’organisation territoriale autour des grands pôles urbains), c’est tout le contraire qui se passe électoralement : sociologiquement le vote de gauche se concentre sur les villes, tandis que le vote de droite s’éparpille dans les périphéries – résultat de la « rurbanisation » des trente dernières années qui a vu les classes moyennes s’installer en lotissements. La création de communautés métropolitaines aboutirait, sauf à de très rares exceptions, à une situation assez paradoxale : des villes-centres à gauche et des communautés métropolitaines à droite. Bonjour l’entente ! Quand Charles Pasqua faisait du redécoupage électoral au bulldozer, Nicolas Sarkozy y va à la petite cuiller – en or et dans la bouche, cela va de soi.

Il n’est pas impossible que Dominique Perben soit suivi dans cette voie par ses pairs. Il n’est pas non plus exclu que la réforme à laquelle travaille le Comité Balladur s’inspire assez largement des travaux de la mission d’information conduite par le député UMP Jean-Luc Warsmann et dont les conclusions ont été rendues le 8 octobre dernier. Il n’y a qu’à voir la façon dont Edouard Balladur conduit les auditions : les questions que l’ancien Premier ministre pose portent essentiellement sur les conclusions de la mission d’information parlementaire.

Dix principes avaient été retenus par cette mission : fin des financements croisés, spécialisation des collectivités sur des compétences particulières, faculté de délégation de compétences entre échelons territoriaux (vieux principe politique du « je te passe la rhubarbe tu me passes le séné »), réduction du nombre des collectivités (par regroupement volontaire), regroupement des régions et/ou fusion avec les conseils généraux, création de métropoles fusionnant conseil général et intercommunalité, achèvement du processus de l’intercommunalité en 2010, transfert des activités des « pays » aux intercommunalités, création de collectivités uniques intercommunalité-communes…

En clair, cela signifie que, demain, les départements alsaciens du Bas-Rhin et du Haut-Rhin pourront fusionner avec la Région Alsace, tandis que les deux régions de la Haute-Normandie et de la Basse-Normandie fusionneront pour former une grande région de Normandie, sans que les départements ne soient touchés, à l’exception peut-être, si on le veut bien, de la Manche qui aura fusionnée avec la Communauté urbaine de Cherbourg sans que ne soit pour autant réglé le cas de Saint-Lô. Il n’est pas exclu non plus que la Bretagne récupère un ou deux départements actuellement dans le giron de la région Pays de Loire pour former ce qu’il conviendra d’appeler la Grande Bretagne. Les choses se corsent un peu plus lorsqu’on en vient à la fusion entre départements et « communautés métropolitaines » : le rapport de la mission parlementaire indique qu’en cas de fusion de l’échelon départemental et d’une communauté urbaine certaines villes laissées à l’abandon de la communauté métropolitaine nouvellement formée pourraient rejoindre des départements limitrophes. Et si les départements limitrophes ont déjà fusionné de leur côté avec des communautés urbaines ? Oh, vous avez de ces questions, vous ! Quant à la spécialisation des collectivités sur certaines compétences, elle se pratiquera à la gueule du client. Le département du Var pourra avoir compétence sur le sport, tandis qu’en Haute-Marne cela relèvera des communes ou de la Région. Compliqué ? Mais non ! On vous dit que l’on fait tout ça pour sim-pli-fier.

Pour désigner la situation actuelle, les spécialistes usent de métaphores assez peu banales, parfois menuisières (l’enchevêtrement des compétences), parfois pâtissières (le millefeuilles des collectivités locales). Si jamais les conclusions de la mission d’information parlementaire étaient adoptées par le Comité Balladur, c’est dans un autre registre de langue que les spécialistes devraient aller chercher les mots justes. Certes, ils hésiteront un temps entre foutoir et boxon, pour finalement s’accorder sur un terme : bordel organisé. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : organiser le bordel à la va-comme-j’te-pousse – tout le contraire des grandes lois de décentralisation portées par Gaston Defferre. Aucune vision d’ensemble de l’organisation territoriale du pays, aucun choix fort, mais la construction d’une auberge espagnole, où chacun vient prendre ce qu’il veut et où le terme même de département ou de région ne signifie pas la même chose suivant que l’on est Alsacien ou Picard.

Au lieu de se contenter de clarifier les compétences, de favoriser la coopération des collectivités locales (avec, par exemple, le portage unique des politiques publiques – ce qui serait un pas de géant à l’heure actuelle) ou de supprimer un ou plusieurs échelons, on compose avec l’existant d’une manière un peu brouillonne tout en cuisinant une variété institutionnelle jamais vue.

Souvenez-vous du tollé que le ministre de l’Intérieur a provoqué en annonçant la suppression des numéros de département sur les plaques d’immatriculation : imaginez-vous la pagaille que la suppression des départements entrainerait – une suppression qui était, selon le rapport Attali, la seule solution possible pour démêler le fil de la complexité des échelons territoriaux français… Tout laisse accroire que ce n’est pas vers cette voie que l’on s’achemine. C’est qu’une seule chose, en vérité, terrorise aujourd’hui l’Elysée, un cauchemar, une épouvante : des milliers de conseillers généraux, rescapés des comices de Brive et d’Aurillac, de Chaumont et de Moulins, montant à Paris en torpédo et en micheline, récitant pour se donner du cœur à l’ouvrage le nom des préfectures et chefs-lieux d’arrondissement, avant d’aller brayer de Bastille à République : « Sarko, t’es foutu, la province est dans la rue ! » La province ? Les territoires, on vous a dit ! Les territoires.

Rachida garde les sceaux et vire les autres

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Quinze jours après le départ de Patrick Gérard, son directeur de cabinet, c’est son directeur-adjoint, Hervé Machi, qui quitte Rachida Dati. Un autre collaborateur, Jean-Michel Quenet, en a profité pour lui emboîter le pas, tandis qu’à la Chancellerie il se murmure que d’autres membres seraient sur le départ. En dix-neuf mois, près de deux douzaines de proches collaborateurs ont été balancés par Rachida Dati. Y a-t-il quelqu’un pour expliquer à notre chère garde des Sceaux le sens exact de l’expression « balance de la Justice » ?

Libérons-nous du libre

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L’informatique aime la mythologie, l’occultisme, les gourous, les « communautés », le religieux. Nous savions déjà que l’histoire de cette technologie s’était écrite à grands coups de mythes et légendes : le destin tragique d’Alan Turing, un mathématicien britannique grand pionnier de l’informatique, qui se suicida en avalant une pomme trempée dans le cyanure, fonde le genre. Suivent le mythe de la création « entre potes », et dans des garages, de futurs empires industriels tels que Microsoft ou Apple (toujours cette foutue pomme…) ; le récit apologétique des conditions de travail « si extraordinaires » au sein des dernières start-up à la mode, où l’on peut jouer au ping-pong dans la salle de réunion et organiser son temps comme l’on veut (à condition de travailler 100 h par semaine…) ; les succès-story époustouflantes d’étudiants boutonneux devenus multimilliardaires grâce à la création de Facebook ou Google ; sans parler de l’emballement médiatique des années 90 autour des « autoroutes de l’information », lorsque la presse pensait encore que le développement du Net allait accoucher d’homo numericus, l’homme touchant du doigt la plénitude, dans l’harmonie glacée d’une vie totalement wired et virtuelle.

Les mythes païens et légendes religieuses sont partout dans l’histoire de l’informatique… On les retrouve aussi lors des grand-messes que savent organiser les professionnels du secteur, et notamment la grande réunion des fanatiques des produits Apple, la « MacWorld Expop » de San Francisco où l’on voit chaque année s’illuminer le visage extatique d’informaticiens barbus devant les discours emphatiques de leur maître à penser, le créateur de l’entreprise, Steve Jobs. Dans un registre légèrement différent, on se souviendra avec une nostalgie consternée du lancement des dernières versions du système d’exploitation de Microsoft Windows : avec ces files d’attente interminables d’inconditionnels de la marque, attendant l’ouverture des magasins dès le milieu de la nuit, et sous la neige, pour pouvoir s’offrir les premiers exemplaires du nouveau logiciel. On se souviendra de ces pèlerins fous se battant presque autour de Bill Gates, pour se faire dédicacer un exemplaire de « Windows » par leur sympathique gourou binoclard.

Il convient d’examiner l’une des dernières expressions de cette religiosité : la mythologie libertaire et « morale » qui entoure les logiciels libres. Qu’est-ce qu’un logiciel libre ? Selon le site francophone du projet GNU (un système d’exploitation « libre ») : « L’expression ‘Logiciel libre’ fait référence à la liberté pour les utilisateurs d’exécuter, de copier, de distribuer, d’étudier, de modifier et d’améliorer le logiciel. » Selon l’encyclopédie « collaborative » Wikipédia : « Un logiciel libre est un logiciel dont la licence dite libre donne à chacun le droit d’utiliser, d’étudier, de modifier, de dupliquer, de donner et de vendre ledit logiciel sans contrepartie. » Ces logiciels « libres » et gratuits s’opposent aux logiciels dits « propriétaires » ou « privateurs » (dans le jargon de cette mouvance). Non seulement ces applications « libres » sont la plupart du temps absolument gratuites, mais elles ont littéralement les tripes à l’air : n’importe qui peut prendre connaissance de leur structure, de leur fonctionnement, et peut les modifier à loisir…

On dirait ces définitions forgées pour notre modernité, dont l’un des moteurs est la perpétuelle apologie de la « liberté », de la « transparence », de « l’interaction », du « collectif », de la « gratuité », etc.

L’Alsace a consacré le 1er décembre un édifiant dossier à la question. Evoquant la visite en grande pompe du mythique programmateur américain Richard Stallman à l’université de Montbéliard, le journal titrait : « Le père des logiciels ‘libres’ en prêche à l’UTBM… » Sous couvert de la farce, et d’une autodérision lucide, cet apôtre du « libre » appuyait jusqu’à l’absurde la dimension prosélyte de sa communauté : « Curieux tableau, vendredi soir, dans le grand amphithéâtre de l’université de technologie de Belfort-Montbéliard. Coiffé d’un disque dur et vêtu d’une aube, un gourou bénit les ordinateurs des étudiants. ‘Je suis Saint Ignucius, de l’église Imax’ lance t-il. Derrière ce prophète farfelu se cache l’un des grands génies de l’informatique mondiale : Richard Stallman (…) activiste de la cause des logiciels libres. » J’apprends dans la presse que de mystérieuses « Install Party » sont presque sur le point de se substituer aux offices catholiques dominicaux, et mettent en péril la suprématie de Microsoft, l’enfant de Bill Gates, notre père à tous… Qu’est-ce qu’une « Install Party » ? Un événement festif, se déroulant souvent dans une « salle polyvalente » municipale, durant lequel des militants associatifs du « libre » sont à la disposition des quidams voulant transformer leurs ordinateurs « infidèles » et asservis aux logiciels commerciaux, en ordinateurs « libérés » et modernes… Ces fêtes geek et techno, d’un nouveau genre, existent. Je les ai rencontrées. Elles se développement même à travers le pays. On pouvait ainsi lire, le 18 mai dernier, dans le Télégramme de Brest : « Une vingtaine de personnes, venues du Sud-Finistère et même de Brest, ont suivi avec intérêt, samedi, un après-midi d’installation du système d’exploitation Linux, à la cybercommune, après-midi animé par Aurélie Le Corre, du Pays Glazik. Install’party ou « fête d’installation » est une réunion qui permet de faire se rencontrer des utilisateurs expérimentés des systèmes basés sur des logiciels libres et des novices. L’objectif est que les novices repartent à la fin de la journée avec leur ordinateur fonctionnant sous un nouveau système d’exploitation, correctement installé, configuré et agrémenté de nombreux logiciels. » À propos d’une autre, dans Centre Presse Aveyron, fin novembre : « Ubuntu… dans une langue africaine, cela veut dire l’humanité vers les autres. C’est un nom, parmi tant d’autres, donné au système d’exploitation Linux. Un système qui a la particularité d’être libre et gratuit, ‘gratuit parce que libre, et non l’inverse’, comme tient à le préciser l’un des responsables de l’association des utilisateurs de logiciels libres Aru 2L. » Ce genre de réunions Tuperware du « logiciel libre » a lieu un peu partout en France, pour « convertir » vertueusement nos vieux PC poussifs, victimes d’une triste addiction aux logiciels commerciaux, en bêtes de course, équipés de pied en cap en applications libres, détachées de tout « marché »… le tout sous le patronage symbolique d’un nom emprunté à une culture sub-saharienne du tiers-monde. C’est dire…

Bref, le « logiciel libre », c’est l’attirail de camping complet : valeurs, philosophie, convictions politiques, fatras new-âge… Stallman, en visite à Montbéliard : « Un programme libre est démocratique. C’est la somme des contributions individuelles de ceux qui l’ont utilisé et transformé. Par contre, un programme privateur de liberté est la dictature de celui qui l’a développé. Un instrument pour imposer son pouvoir aux utilisateurs. » Démocratie versus dictature, rien que ça… fantasme d’un univers « non marchand » – à venir – contre l’atroce marché libéral des flux économiques et des échanges commerciaux , no logo et tutti quanti. Il n’y va pas avec le dos de la cuiller, le gourou open space. Ou plutôt si : le catéchisme anti-mondialiste de base. « Stallman, indique L’Alsace, a volontiers taclé les dirigeants mondiaux – à commencer par George W. Bush et celui qu’il appelle le ‘sarkome[5. Un jeu de mots misérable basé, on l’imagine, sur l’assonance approximative entre le nom de notre président de la République, Sarkozy, et le nom de ce cancer impitoyable de la peau, appelé ‘sarcome…]’ – et emprunté des accents mystiques. C’est que, pour ce militant des droits de l’Homme, la question dépasse largement le cadre de l’informatique. Elle soulève aussi des questions éthiques et politiques. » On imagine que les dirigeants mondiaux ainsi taclés ne s’en sont pas remis. « Le logiciel propriétaire est immoral et ne doit pas exister… », dit-il encore, pas à court d’une sottise. Le monde tremble sur ses bases.

Les « logiciels libres » sont l’objet d’une abondante règlementation sans doute apparue par génération spontanée (L’Alsace) : « Le programme peut être exécuté sans condition / Sa substantifique moelle appelée ‘code source’, peut être étudiée et modifiée. Le programme peut être adapté aux utilisations. / C’est la liberté d’aider le voisin. Elle inclut la distribution des copies exactes du programme, gratuites ou payantes. / Les programmateurs peuvent contribuer à la communauté en distribuant des copies de leurs versions modifiées, gratuites ou payantes. » Les voisins, en prime. Le cauchemar.

Bref, le « logiciel libre » est en pointe dans le combat contre le grand méchant loup libéral, symbolisé par l’infâme Bill Gates qui se nourrit chaque matin de dix enfants innocents, et de deux vierges cuites à l’étouffée. Combat pour la morale comme l’expliquait le 1er décembre Le Monde de l’Education : « Au delà de la question économique, les motivations sont aussi d’ordre philosophique ou éthique : selon Jean-Pierre Archambault, chargé de mission au CNDP : ‘les valeurs de partage et d’indépendance véhiculées par le logiciel libre sont fondamentalement en phase avec les missions de l’école et la culture enseignante’. » On frissonne en imaginant cette « culture enseignante » qui s’oppose à l’Ancien régime de la France moisie… du « privé », des pratiques de consommation individualistes (aller à la Fnac et acheter un logiciel aliéné, créé par des ingénieurs esclaves de leur entreprise…), du repli sur soi, de l’indifférence à autrui, du cynisme, et même d’une forme de proto-fascisme doux… le monde de ceux qui se plient à la vie telle qu’elle est, et non telle qu’elle « devrait » être.

Papy Obama a fait de la résistance

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C’est le Times qui nous l’apprend : feu le grand-père paternel de Barack Obama, Hussein Onyango Obama, a été torturé par l’armée de Sa Gracieuse Majesté pendant la révolte des Mau-Mau en 1949 au Kenya, alors colonie britannique. Le seul crime de Papy Hussein était d’avoir eu des sympathies pour cette insurrection indépendantiste. D’après la veuve d’Hussein Onyango Obama, interviewée par le quotidien londonien, celui-ci, malgré son passé héroïque dans l’armée britannique durant la seconde guerre mondiale, n’a pas été vraiment traité selon les règles de l’habeas corpus : on l’a fouetté, on lui a arraché les ongles et l’on n’a bien sûr pas négligé, comme l’exigeaient les traditions en vigueur, de lui électrocuter les testicules. L’affaire, ancienne, est loin d’être forclose : plusieurs dizaines d’anciens insurgés Mau-Mau encore en vie, victimes de sévices similaires, exigent en vain depuis des années des mesures de réparation du Royaume-Uni. S’il ne veut pas se fâcher, dès sa prise de fonction, avec le futur occupant de la Maison Blanche, Gordon Brown serait bien avisé de régler ce problème, ou plutôt, cette question.

Juge ou voyou ?

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Dès vendredi soir, à ma suggestion, Causeur a été parmi les premiers à évoquer l’affaire Vittorio de Filippis et j’en suis plutôt fier. Attaché à une certaine idée de l’Etat et peu enclin au tir à vue obsessionnel sur la police ou la justice, je me sens très mal à l’aise quand des fonctionnaires se comportent en racailles.

Or, c’est très exactement ce qui s’est passé vendredi dernier au commissariat du Raincy, puis au TGI. A en croire quelques commentaires qui ont suivi ce premier article, certains d’entre vous se sont étonnés de voir Causeur oublier sa défiance envers le Parti des Médias pour sombrer dans une sorte de confraternalisme béat. En substance, certains nous ont reproché d’avoir dénoncé le traitement abject réservé par une juge d’instruction à Vittorio de Filippis, parce que c’était bien fait pour ce sale journaliste, de Libé qui plus est.

On retrouve d’ailleurs exactement le même genre de commentaires sur la plupart des sites généralistes qui évoquent l’affaire et ou une palanquée d’internautes se félicitent qu’un gros poisson soit traité (ou plutôt maltraité) comme tout un chacun. À ceux-là, je le dis gentiment : vous avez tout faux, ce raisonnement est indigent et qui plus est inélégant. Je crois que je leur dirais beaucoup moins gentiment si ce genre de saloperie m’était arrivé à moi ou à un de mes proches.

Pour aggraver mon cas, je suis en accord total avec la façon dont le personnel de Libération pose le problème dans son appel à manifester vendredi prochain : « Les journalistes, disent-ils ne sont pas des citoyens au dessus des lois. Pas plus que les magistrats chargés de les faire respecter. Jusqu’à preuve du contraire, le délit de diffamation ne relève pas de la qualification de terrorisme. » Oui, moi aussi, je crois que si on laisse filer cette fois-là, ce genre de gâterie nous pendra tous au nez.

Car Muriel Josié, la juge s’instruction qui a de toute évidence demandé aux policiers de réserver un traitement « soigné » à Vittorio de Filippis, ne s’en est pas prise à un magnat de la presse. On n’imagine pas un seul instant Patrick de Carolis arrêté et menotté devant ses gosses à l’aube. Ou Arnaud Lagardère soumis à deux reprises à une inspection rectale. On n’imagine même pas le martyr de service Denis Robert placé en garde à vue, pour une banalissime affaire de non-réponse à une convocation. On n’a de toute évidence pas tenté d’humilier cet homme-là parce qu’il avait été, pendant quelque mois PDG du journal (au moment de l’éviction de July), mais parce qu’il n’est plus aujourd’hui que journaliste au service éco de Libération. (En revanche, le plaignant à l’origine de cette affaire n’est pas exactement un justiciable lambda : Xavier Niel est le fondateur de Free, une des principales entreprises françaises de télécoms. Et donc aussi un des plus gros annonceurs du pays. Peut-être en reparlerons-nous…)

Dans cette affaire, Vittorio de Filippis, c’est moi, c’est nous, c’est vous. Vittorio de Filippis, c’est Joseph K, à qui une émule du juge Burgaud a voulu montrer qui était le plus fort, et où était le droit. Moi, qui suis d’ordinaire peu porté sur les happenings corporatifs, c’est pour cela que j’irai manifester vendredi à 13 heures devant le Palais de justice. C’est pour cela que je n’irai pas y réclamer, comme le feront sans doute certains, la démission de la Garde des Sceaux, parce que ça, je m’en contrefous. On n’aurait bien tort de se focaliser sur la pauvre Rachida Dati, qui a certes perdu une 129e occasion de se taire en apportant son soutien à une magistrate dont beaucoup de ses collègues pensent qu’elle maîtrise mal ses nerfs, mais ce n’est plus le problème. On ferait mieux de s’attaquer enfin au fond, à ce qu’on n’a pas su ou pas voulu faire sérieusement après le Tchernobyl d’Outreau: s’en prendre au pouvoir de nuisance hallucinant des juges d’instruction. Ce n’est pas seulement Muriel Josié qu’il faut sanctionner, c’est sa fonction même qu’il faut éliminer.

Boniface qui mal y pense

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Il revient. Et il n’est pas content. À la suite de l’article que j’ai consacré à ses tribulations algéroises, Pascal Boniface nous envoie un droit de réponse dont malheureusement, chers lecteurs, vous ne pourrez lire que les deux paragraphes publiables, Gil Mihaely, directeur de la publication de Causeur, ayant estimé qu’il ne relevait pas du droit de réponse, entre autres raisons parce qu’il contient une série d’appréciations plutôt désobligeants sur quelques amis et surtout sur ma modeste personne, pseudo-journaliste, communautariste refoulée recourant à des méthodes rappelant celles de « la presse d’extrême droite des années 30 » et tutti quanti. Je remercie Boniface pour ses leçons de déontologie et l’invite à publier ses âneries ailleurs – ce dont il ne se prive d’ailleurs pas. Mon admiration pour Alain Finkielkraut et le soutien que je lui ai apporté le défrisent ? C’est son problème. Il n’aime pas mes opinions sur ceci et cela ? Je mentirais en disant que j’en suis désolée. Il trouve que je ne le lis pas assez ? Là, je reconnais que c’est assez bien vu même si, effectivement, j’ai encore en ma possession sa fameuse note intitulée : « Le Proche-Orient, les socialistes, l’équité internationale, l’efficacité électorale » (c’est moi qui souligne). Dans cette note qui lui valut une polémique avec Elie Barnavi et sa suspension de la commission internationale du PS, il écrivait notamment : « À miser sur son poids électoral pour permettre l’impunité du gouvernement israélien, (c’est encore moi qui souligne) la communauté juive est perdante là aussi à moyen terme. La communauté d’origine arabe et/ou musulmane s’organise elle aussi, voudra faire contrepoids et, du moins en France, pèsera vite plus lourd si ce n’est déjà le cas. » Je dois confesser que j’avais totalement oublié qu’outre ses nombreuses qualités il ne manque pas d’humour notre expert international. Il en fallait pour écrire en 2001 que « la communauté d’origine arabe et/ou musulmane pèsera vite plus lourd si ce n’est déjà le cas » (que la communauté juive). Bref, non seulement il comptait les juifs et les arabes mais il faut aussi dire qu’il comptait assez mal. Quant aux juifs qui misaient sur leur poids électoral pour peser sur la politique (hystériquement pro-israélienne comme on le sait) du président Chirac, qu’on me les amène car eux sont carrément des imbéciles. Mais peut-être ce document qui a miraculeusement survécu à quelques déménagements est-il un faux, une sorte de Protocole des sages de Sion dont on a voulu se servir pour faire taire cet expert si dérangeant.

Mais venons-en au fait. Donc, tout ce que j’ai dit, c’étaient que des menteries. Pascal Boniface n’a jamais tenu les propos que lui prête le quotidien El Khabar et dont j’ai utilisé la traduction en français publiée par le journaliste Chawki Freïha sur le site mediarabe. Dans un texte intitulé L’union des faussaires que j’invite les lecteurs de Causeur à lire de toute urgence, il s’étonne du crédit que moi et mes copains faussaires (en l’occurrence Mohamed Sifaoui et l’UPJF) portions du crédit « à ce journal en langue arabe dont on peut supposer que, d’ordinaire », nous ne tenions « pas ce qui y est publié comme vérité absolue ! ». J’avoue humblement n’avoir pas imaginé qu’un quotidien qui a cru bon d’inviter Pascal Boniface à un colloque ait pu déformer ses propos au point de lui faire dire le contraire de ce qu’il disait.

Car c’est de cela dont il s’agit : « Le problème, écrit mon contradicteur, est que les propos qui me sont attribués par ce journal sont à l’inverse de ce que j’ai dit et correspondent aux questions qui m’ont été posées et non aux réponses exactement inverses que j’ai faites. J’ai en effet au contraire déclaré qu’on ne pouvait pas parler de lobby juif en France, car les Juifs français avaient, tant sur le Proche-Orient que sur l’image des Arabes, des avis très différents. Je déclarais que des gens différents (ce qui montre qu’il n’y a pas de lobby juif) comme Lévy, Sifaoui et Val, tout en prenant des postures de courageux résistants, vont dans le sens du vent en développant globalement l’idée que si tous les musulmans ne sont pas terroristes, tous les terroristes sont musulmans, que si tous les musulmans ne sont pas des intégristes, tous les intégristes sont des musulmans. »

Je précise que le Lévy dont il est question est Bernard-Henri, Boniface ne va tout de même pas s’abaisser à citer une « excitée » (un peu faiblard pour votre servante, non ?) qui « squatte les plateaux télé » (pas assez si vous voulez mon avis mais bon, on ne peut pas être d’accord sur tout). Et je dois dire que même ces propos-là, je ne les trouve pas très malins. Je lui accorde volontiers cependant que le trio qu’il affirme avoir cité ne colle pas avec l’idée du lobby juif – si l’on s’en tient à une définition « communautaire » dudit lobby. En tout cas, si Pascal Boniface dit vrai, ce que nous ne saurions exclure par principe, je ne saurais trop lui recommander d’être plus prudent dans le choix des invitations qu’il accepte. Et je suis certaine que les faussaires algériens d’El Khabar – qui sont au moins aussi coupables et fielleux que moi- ont reçu une réponse aussi incendiaire. De même que les journalistes du quotidien francophone Jour d’Algérie qui ont publié le 5 novembre un compte-rendu du colloque. Il nous faut encore remercier Chawki Freïha qui a reproduit sur son site l’intégralité de l’article dont voici quelques extraits.

Médias occidentaux et monde arabe : « Attaquer les musulmans ne coûte pas cher » : Animant une table ronde sur les médias occidentaux et le monde arabe, le stratège français Pascal Boniface, invité mardi au Salon du livre d’Alger, soutient que le lobby arabe en Europe n’est guère puissant, ce qui facilite les attaques contre l’islam et les musulmans. D’emblée, il souligne que beaucoup de médias occidentaux s’acharnent aujourd’hui à diaboliser l’image des musulmans et de l’islam car ils savent qu’en contrepartie ils ne seront ni sanctionnés, ni pénalisés. « Les responsables des médias croient que ce sujet intéresse le public, que ça choque, que ça augmente l’audience alors ils en profitent ! D’autres pensent que dire cela est un courage intellectuel ! C’est considéré même comme de la lucidité et du courage », dit-il, citant au passage quelques français réputés comme Bernard Henry Lévy, Philippe Val et Alain Finkelkraut, des intellectuels français qui s’inscrivent dans ce courant de pensée communautariste et qui reproduisent la pensée de la classe dominante en France et en Europe. Ils font dans le politiquement correct ! « Ces gens disent qu’ils ne sont pas contre les musulmans mais ils s’en prennent à l’islam ! Ils entretiennent un discours contradictoire et diffusent la confusion et l’amalgame. D’ailleurs, ils ouvrent les portes à tous les musulmans qui regagnent leur rang et se trahissent comme Mohamed Sifaoui. » Pour Boniface, les Français de confession musulmane ou d’origine maghrébine ou arabe sont intégrés dans la société française et c’est toute une population qui pousse et qui monte aujourd’hui en Europe. « Quand j’étais lycéen, dans ma classe il n’y avait aucun Français d’origine maghrébine ou arabe. Quand je suis entré à la Faculté, ils étaient quelques étudiants enfants de diplomates. J’enseigne aujourd’hui à l’université, en classe il y a un nombre important d’étudiants français de confession musulmane ou d’origine maghrébine. Les enfants de la cité sont là, ils ne veulent plus laisser leurs êtres aux vestiaires, ils veulent parler et s’exprimer », lâche le conférencier. Illustrant ses dires, il raconte un fait divers rapporté récemment par les médias occidentaux. Une Française a été condamnée à six mois de prison ferme parce qu’elle a contrevenu aux lois canadiennes. Elle a suivi son mari qui a kidnappé ses enfants au Canada ! « Cela a été mis dans les faits divers. Imaginez un instant que son mari ait été d’origine algérienne ou arabe ! Cela aurait fait la une de tous les médias. »

Il est vrai que dans la version française, Pascal Boniface n’aurait pas employé l’expression « lobby juif », mais, ainsi que je l’avais indiqué, ce n’est pas cette formule en soi qui me semble insupportable. J’admets au contraire que l’existence d’un tel lobby peut tout-à-fait être l’objet d’une discussion. Je déplore d’ailleurs à titre personnel que ce lobby, s’il existe, soit bien peu reconnaissant à l’égard de ses fidèles porte-parole. En revanche, je continue à trouver franchement inélégant pour ne pas dire absolument infect d’accuser Val, Lévy et Finkielkraut, de « s’en prendre à l’islam » et « d’ouvrir leur porte aux musulmans qui se trahissent comme Mohamed Sifaoui ». J’aimerais d’ailleurs un éclaircissement sur cette catégorie jusque-là inconnue de moi des « musulmans qui se trahissent ». Il faudra que Boniface m’explique comment je peux être une communautariste aussi échevelée que masquée parce qu’il m’arrive d’observer un certain antisémitisme, tandis que Sifaoui, lui, est un traître au motif que ses choix idéologiques ne sont pas inspirés par son origine. Mais, je le répète, sans doute les propos de Boniface ont-ils également été déformés par le quotidien francophone qui publiera sous peu le droit de réponse envoyé par l’offensé.

Comme l’écrit encore Chawki Freïha « le lecteur se retrouve devant deux versions diamétralement opposées, couvrant un seul et même événement. D’un côté, des journaux algériens qui reproduisent des propos, et de l’autre, l’auteur de ces propos qui les infirme. Qui dit vrai ? Il revient à l’intelligence du lecteur de faire la part des choses, en tenant compte d’une possible tendance des médias algériens à exploiter les propos de Boniface et à les amplifier pour des raisons que personne ne peut ignorer. Mais aussi, il convient de tenir compte de la sensibilité politique et idéologique de Pascal Boniface. Un exercice particulièrement délicat pour comprendre ce qui s’est passé à Alger ». J’ajouterai que si le journaliste de Jour d’Algérie a purement et simplement inventé les propos prêtés à Boniface, cela prouve au moins qu’il suit avec attention les débats en France car comme dit l’autre si non e vero…

J’attends donc avec impatience de recevoir les droits de réponse publiés par ces deux organes de presse dont les journalistes doivent être dénoncés comme les faussaires en chef et je suis certaine qu’ils seront rédigés dans des termes aussi choisis que celui auquel nous avons eu droit. Et s’il s’avère que tout cela est un bidonnage de la pire espèce, et que Pascal Boniface n’a rien dit qui ressemble à ce qu’on lui attribue, je lui présenterai volontiers mes excuses pour avoir cité ces confrères.

Dernière précision. Voilà encore ce qu’écrit Boniface : « Elisabeth Lévy me connaissait très bien dans les années 90 lorsqu’elle travaillait pour le journal Le Temps à Genève. Elle m’appelait alors régulièrement pour entendre mes analyses sur le conflit des Balkans. Jusqu’au jour où je lui ai dit que, si j’étais ravi de lire ses articles où je retrouvais la plupart de mes analyses, j’aurais apprécié qu’elle cite ses sources. » Outre le fait qu’il me reproche curieusement, dans la présente affaire, de citer mes sources, je trouve cette accusation doublement vexante : d’une part, le pillage dont nous sommes souvent victimes à Causeur me fait horreur – je suis connue pour être plutôt tatillonne sur la question – et d’autre part si je devais le pratiquer je ne choisirais pas Pascal Boniface comme victime. Il est vrai cependant qu’il m’est arrivé de l’appeler ainsi que d’autres chercheurs de l’IRIS lorsque je travaillais en Suisse (non pas au Temps mais au Nouveau Quotidien) et je l’ai régulièrement cité, il doit en rester quelques traces dans mes cartons, je me ferai un plaisir de les lui envoyer quand j’aurai le temps de faire de l’archéologie. Ce n’est sans doute pas ce que j’ai fait de mieux. Que voulez-vous, on est con quand on est jeune.