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Il faut sauver le soldat Shalit

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Peinture murale représentant Gilad Shalit, dans la ville de Gaza.
Peinture murale représentant Gilad Shalit, dans la ville de Gaza.

Ils sont venus, ils étaient presque tous là, cette semaine au Trocadéro, pour manifester le soutien de la communauté juive de France à Israël et surtout marquer les quatre ans de l’enlèvement du soldat Shalit, captif depuis le 25 juin 2006 quelque part dans le minuscule territoire de Gaza, 36 km de long pour 10 km de large. Première grande manifestation officielle depuis l’épisode du Mavi Marmara. Jusque-là rien à dire. Les différents orateurs se sont succédé à la tribune après les danses folkloriques d’usage – et d’un autre âge[1. Comme me l’a fait remarquer Alain Finkielkraut avec son inimitable drôlerie, tout en disant son émotion d’avoir été présent à cette manifestation (où je n’étais pas), « avec les juifs, tout finit en bar mitzvah ». Notons que notre ami (dont Patrick Anidjar n’a pas entendu l’intervention) a été acclamé lorsqu’il a déclaré qu’aujourd’hui, tout le monde devrait être sioniste mais que l’assistance a tangué lorsqu’il a ajouté que le sionisme n’était pas synonyme d’alignement sur la politique de tout gouvernement israélien. C’est pour ce courage qui consiste à dire à ses amis ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre qu’on l’admire, notre FInkie. Et pour bien d’autres choses encore. EL ] – ont évidemment fait vibrer un public tout entier acquis et qui ne sait ou ne veut ou ne peut voir combien Israël s’est métamorphosé depuis le temps lointain des pionniers. Entre temps, rappelons-le, il y a eu d’autres guerres, l’occupation a fait des ravages, le clivage entre religieux et laïcs s’est creusé, de plus en plus de pauvres et de riches, de plus en plus de divorces, de moins en moins de kibboutzim. Un autre pays.

Les presque antisémites : le concept qui vient de sortir

D’une voix vibrante, des dirigeants communautaires ont expliqué au micro qu’Israël est « la seule démocratie » du Proche-Orient et que c’est la raison pour laquelle « on observe le moindre de ses faits et gestes ». Applaudissements. D’autres ont préféré jeter à la vindicte une liste de personnalités françaises, que je choisis délibérément de ne pas nommer, qui sont de l’autre camp, celui des « ennemis ». Au passage, ces mêmes personnalités dîtes hostiles, se sont vues affublées d’un nouveau concept qui n’a surpris que certaines ouïes particulièrement affûtées : « presque antisémite » ou encore « quasiment antisémite ». C’est nouveau, ça vient de sortir, comme disait un autre inventeur de concepts, plus drôle celui-là. Il y avait les philo-sémites, les antisémites, voilà désormais les presque-antisémites. Un vrai casse-tête en perspective pour les instituts de sondage. Mais le message est passé. La foule, « presque » ou « quasiment » dans son ensemble, fut conquise et en repartit revigorée. Le monde entier est toujours contre nous, tout est donc dans l’ordre normal des choses, rentrons chez nous. Pardon, j’allais oublier le petit Shalit.

Rappelons d’abord que ce conscrit, capturé par les brigades Ezzedine al-Qassam, le bras armé du Hamas qui contrôle Gaza depuis son coup de force de juin 2007, vit depuis 4 ans confiné dans une cache inaccessible, bien gardée et entourée d’explosifs. Les services secrets israéliens savent probablement où il se trouve bien qu’il ait été déplacé au moins trois fois, lorsque la probabilité d’une opération israélienne pour le libérer grandissait. Tout porte à croire que si une telle opération avait eu lieu, le jeune Gilad, 19 ans lors de son enlèvement, ne serait plus de ce monde, ses ravisseurs préférant probablement mourir plutôt que le relâcher à la force du fusil.

Un prisonnier de guerre privé de la protection des lois de la guerre

Gilad est un soldat, capturé par des hommes armés, dans une conjoncture guerrière sans équivoque. Et pourtant aucune des lois en vigueur dans un conflit ne sont appliquées à cet otage. La Croix Rouge n’a pas été autorisée par le Hamas à lui rendre visite ne serait-ce qu’une seule fois. Un message audio en 2007 et une vidéo en 2009 ont simplement permis de confirmer qu’il était bien en vie à ces différentes périodes et en bonne santé. Mais depuis octobre dernier, aucune information relative à son état n’a été publiée.

L’actuel Premier ministre Benjamin Netanyahu promet régulièrement de « tout mettre en œuvre pour le faire libérer », mais associe systématiquement son propos à son refus de céder à toutes les exigences du Hamas : la libération de centaines de détenus palestiniens dont des responsables d’attaques sanglantes contre des civils et des militaires israéliens. « Nous ne libérerons pas de prisonniers pour les relâcher là où ils pourront tuer des Israéliens », a déclaré le Premier ministre devant une commission parlementaire. Netanyahu et son cabinet sont cependant d’accord pour libérer 450 prisonniers, une proposition soumise au Hamas par un médiateur allemand et qui est pour l’heure sans réponse.

Résultat : deux Premier ministres, deux ministres de la Défense et deux chefs d’état-major se sont déjà succédé aux commandes depuis sa capture. Et rien ne permet de penser que cet état de fait va s’améliorer, chacune des parties campant sur ses positions. « Après 4 ans, il est temps de prendre la décision qui s’impose même si elle est impopulaire et même si cela ne fait plaisir à personne de voir de dangereux terroristes remis en liberté », s’est récemment emporté le père du soldat, Noam Shalit, dans un entretien à Haaretz. M. Shalit ne cherche plus à masquer sa colère vis-à-vis du Premier ministre, surtout après l’annonce de ce dernier d’un allègement du blocus sur la bande de Gaza. Netanyahu apprend apparemment à céder aux pressions internationales, surtout après le fiasco de la flottille turco-humanitaire. Ce n’est donc pas par hasard que les manifestations pour la libération de son fils se terminent systématiquement par des marches convergeant vers la résidence du Premier ministre à Jérusalem où est par ailleurs en permanence dressée une tente de veille.

Shalit n’est pas Clotilde Reiss

Et à Paris, la communauté juive a manifesté. Notamment sa colère à l’encontre du pouvoir français accusé de ne pas en faire suffisamment pour sauver le soldat israélien des mains de ses ravisseurs. Une requête qui pourrait s’expliquer par le fait que le jeune sergent est aussi détenteur d’un passeport français. Autre grief : le refus de la mairie de Paris d’accrocher un portrait géant du militaire israélien sur la façade de la mairie de Paris. Ce qui a valu à Anne Hidalgo, adjointe au maire, de se faire conspuer aux cris de « la photo à la mairie ». Rappelons par souci d’équité que la famille Shalit a été reçue à plusieurs occasions à l’Elysée, que M. Sarkozy n’a jamais fait l’économie d’une déclaration en faveur de la libération du jeune homme, que le soldat a été fait citoyen d’honneur de la ville de Paris et que son portrait est dressé dans les jardins Yitzhak Rabin dans le Parc de Bercy (12e arrondissement). Une médiation française via Damas a aussi permis de lui faire passer des lettres et de recevoir des messages. Mais tout ceci n’a pas apaisé les critiques communautaires à l’égard du pouvoir français qui aurait été plus actif pour régler le dossier Clotilde Reiss. Des critiques d’autant plus étranges que Shalit n’est pas Clotilde Reiss pour laquelle le gouvernement français avait d’excellentes raisons d’intervenir directement et de tout son poids si l’on en juge par des déclarations fin mai d’un ancien agent de la DGSE selon lesquelles la jeune étudiante française avait fourni des informations à l’ambassade de France en Iran, notamment pendant les manifestations de l’opposition. Il revient directement au gouvernement israélien de veiller à faire respecter cette loi d’airain en vigueur de son armée : ne jamais laisser personne en arrière, ni morts ni prisonniers tombés entre les mains de l’ennemi. Dommage qu’on n’ait pas à Paris scandé de slogans enjoignant Benjamin Netanyahu de prendre ses responsabilités en écoutant les parents de Gilad Shalit.

Des skinheads arborant l’étoile de David

Mais j’ai gardé le meilleur pour la fin. Bernard-Henri Levy est un ardent défenseur d’Israël. Il le fait autant à Paris qu’à l’université de Tel Aviv, ce qui n’est évidemment n’est pas du goût de tous. Mais pas de ceux que vous croyez. Il ne s’agit ni de Christophe Ayad, ni de Pascal Boniface, qui polémiquent avec lui en toute courtoisie (Libération du 23 juin) après la publication de sa tribune « Pourquoi je défends Israël », ni de ses détracteurs habituels. Mais plutôt de certaines franges de la communauté juive de France, marginales, certes comme le sont souvent les franges, mais extrêmement bruyantes et en fin de compte nuisibles.

A l’étranger depuis de longues années, cela faisait des lustres que je n’avais assisté à un rassemblement pro-israélien en France. J’avais de l’époque un vague souvenir de quelques-uns de mes coreligionnaires qui se montraient plus agressifs que d’autres, militaient plus haut et plus fort, et qui parfois, rarement, cherchaient à en découdre avec divers services d’ordre comme ceux de la LCR ou autres. Les enjeux étaient différents. À l’époque, les préoccupations de la communauté juive étaient centrées sur le sort des refuzniks, l’attentat de la rue Copernic, puis la première guerre du Liban. Mais voir la centaine de « skinheads » arborant de lourdes étoiles de David autour de leur cou de taureau, le regard au couteau, le poing serré, à l’image de leur emblème, et le verbe fulminant, évocation des diatribes de leur gourou assassiné à New York en 1990 par un islamiste, m’a, je dois l’avouer, laissé perplexe. De dos, ils évoquent d’autres crânes rasés. De face, on ne peut s’y tromper même s’ils invectivent d’autres juifs, insultent ceux qui les contredisent, provoquent des passants et des CRS qui n’attendent que ça. Plusieurs participants à la manifestation ont essayé de leur faire entendre raison, d’en appeler à « la fraternité » et à « la solidarité », ne réussissant à leur tour qu’à se faire arroser d’insultes. Pas de débats possibles avec eux, essayer serait malheureusement peine perdue, tout le monde l’aura compris. Pourquoi des centaines de manifestants se sont-ils laissés trainer par le bout du nez par ces voyous lorsque BHL est monté à la tribune en scandant « JCall dehors, BHL collabo » ! Lévy doit-il justifier son engagement à faire entendre raison aux différentes parties au conflit qui ensanglante le Proche-Orient ? Un homme qui évoque « le silence, en France comme ailleurs, sur l’incroyable attitude du Hamas qui, maintenant que la cargaison de la flottille a rempli son office symbolique, maintenant qu’elle a permis de prendre l’Etat juif en défaut et de relancer comme jamais la mécanique de sa diabolisation », a-t-il des preuves à apporter concernant ses sympathies ? Apparemment oui. Les responsables de la communauté juive française feraient bien de réfléchir aux agissements de ces groupuscules et à l’influence radicale qu’ils exercent déjà sur une partie du judaïsme français.

Tu veux du beau ballon ? Vote Mélenchon !

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Vous êtes particulièrement effondré par la prestation sportive et civique du Onze tricolore lors de cette coupe du monde 2010. Il y a une solution, et une seule, pour éviter lors de l’Euro 2012 une déception de la même ampleur. Mais avant, pour vous convaincre, regardons l’histoire des performances françaises en la matière depuis un quart de siècle. Les Bleus sont champions d’Europe une première fois en 1984 avec la plus belle équipe de l’histoire, celle de Platini entraînée par Hidalgo. Or, qui est au pouvoir ? François Mitterrand. L’incroyable épopée qui nous mènera ensuite à devenir champion du monde en 1998 a lieu alors que la dream team de Jospin (35 heures, CMU, emplois jeunes, baisse du chômage et croissance continue) dirige les destinées du pays.

Deux ans plus tard, en 2000, sous le même gouvernement, les Bleus réussissent un exploit unique : enchaîner ce triomphe par un autre, et être à nouveau champion d’Europe en battant l’Italie. On remarquera d’ailleurs que dans les deux cas, la ministre des sports, Marie-George Buffet, faisait partie des ministres communistes. Les conclusions s’imposent d’elles-mêmes : on gagne seulement quand une gauche très à gauche est au pouvoir. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire si vous voulez oublier le cauchemar Domenech et voir à nouveau la France victorieuse de l’Euro polono-ukrainien de 2012…

Une manif, et hop, au lit ?

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Référendum

Baroud d’honneur or not baroud d’honneur ? That is indubitablement la question. Bon, OK, il y avait du monde dans la rue. Nettement plus que pour les précédentes promenades rituelles sur les retraites. Et pour cause: cette fois, il y avait vraiment de la colère dans l’air. Et portée par des coléreux qui sortaient en masse du casting standard des manifestants. Comme aux beaux jours de l’avant-Crise mondiale, comme le 29 janvier 2009, on a vu le petit peuple des salariés d’en bas se réapproprier le trajet République-Nation, trop souvent chasse gardée des bonzes syndicaux et de leurs obligés.

Contrat rempli, l’honneur des confédérations est donc sauf. Personne ne pourra prétendre qu’elles ont laissé passer le projet Woerth comme une lettre à la Poste d’avant son introduction au CAC 40. Ouf ! La gauche politique, elle aussi, sauve ses fesses. Présents en masse dans les cortèges, socialistes, communistes et mélenchonistes ont fait le job. On ne pourra pas dire qu’ils ont loupé le coche. Sauf que si.

L’efficacité du bulldozer gouvernemental

Car après ça, on fait quoi? Peut-on sérieusement croire à la proposition de Bernard Thibault, de « maintenir la pression pendant tout l’été » ? Ah oui, et comment ça ? Des manifs en short à Saint-Trop’ ? Des sit-in sous parapluie au Guilvinec ? Des merguez-parties citoyennes à Gérardmer ? Des ébats participatifs au Cap d’Agde?

Un peu léger comme perspective face au bulldozer gouvernemental. Soyons bon joueurs : on ne s’est pas privé d’asticoter ici les communicants de l’UMP et de l’Elysée pour leur gestion lamentable de l’affaire de l’EPAD ou de la nomination de Proglio à la tête d’EDF. Alors quand les mêmes se retroussent les manches, triturent leurs cervelles et font des miracles, on ne va pas contester le point. Scénarios-catastrophes fournis clés en main par des experts-au-dessus-de-tout-soupçon. Sondages maquillés comme une Porsche 911 d’occasion à 5 000 euros. Tartufferie de la réforme du régime des retraites parlementaires. Pâté d’alouette sur la mise à contribution des grandes fortunes. Complaisance récurrente des grands médias, y compris de gauche, quant à l’inéluctabilité de l’allongement de la durée de travail: à Libé ou au Monde, on adore compatir au sort des nouveaux pauvres, mais on n’a jamais assez de mépris pour les salariés qui défendent leurs acquis, pardon leurs privilèges… Le tout aura culminé avec la question à deux balles posée en chœur par tous les journaux à la veille de l’annonce du projet gouvernemental : « Est-ce que vous préférez 62 ans, comme le souhaite Sarkozy, ou plutôt 63, comme le préconise Fillon ? ». Autant nous demander si on préfère la grippe aviaire au choléra, Madame de Fontenay à Zahia, ou Domenech à Anelka… Mais ce choix ubuesque, force est de constater qu’il est rentré comme papa dans maman. Dont acte. C’est de façon magistrale et finaude que la droite aura traité ce feuilleton des retraites.

En face de ça, la gauche et les syndicats ne cessent depuis un an de se prendre les pieds dans le tapis. Faites le test autour de vous : personne n’est capable de résumer leurs propositions alternatives en quelques mots simples (tel le credo d’en face: retraite à 62 ans pour sauver le système). Faute d’avoir eu les coucougnettes de mettre à nu point par point la vulgate Essec-HEC-Sup de Co qui sous-tend la réforme (ce qui se comprend aisément, ce corpus nunucho-libéral est aussi de fond de commerce de DSK), nos degauche sont à poil. Résultat, hormis le maintien du statu quo, que l’opinion, et pas seulement celle qui vote UMP, juge intenable, on n’a rien à proposer, si ce n’est des garde-fous immédiatement récupérés et vidés de leur substance par le gouvernement (pénibilité pour de rire, taxounette sur les revenus du capital).

À défaut de savoir ce qu’on veut, il faut dire clairement ce qu’on ne veut pas

Est-ce à dire que toute cette mobilisation, à l’image de celle de janvier 2009 débouchera forcément sur le grand nulle part ? Pas obligé. À condition que les opposants s’opposent et cessent de se la jouer responsables et proposants. La seule issue, désormais, c’est de capitaliser et faire exploser le mécontentement, l’hostilité bien réelle des salariés à la réforme. Une excellente consœur suggérait mercredi soir chez Hondelatte sur RTL que plutôt qu’un énième slogan alambiqué, les syndicats devraient avoir un seul mot d’ordre inscrit sur les banderoles de tête des cortèges : Ré-fé-ren-dum ! C’est évidemment la voix du bon sens, et la seule façon pour la gauche de ne pas désespérer ses électeurs naturels, de ne pas leur prouver qu’ils auront bien raison de faire abstentionnistes en 2012.

Arrêtons de dire ce qu’on veut, ça ne le fait manifestement pas, mais disons fort et clair ce dont ne veut pas. Lors de sa campagne électorale, le président s’est formellement engagé à ne pas toucher à l’âge légal du départ en retraite. Il est revenu sur ses engagements, ce qui n’est pas très cool, mais qui, honnêtement, n’est pas un crime de haute trahison. Il n’est pas interdit de changer d’avis, mais alors, il est juste réglo de nous demander notre avis. Quand chez Canal Plus, chez Darty ou chez Orange, les termes du contrat changent en cours d’engagement, et bien on vous demande d’accepter ou de refuser les nouvelles clauses. Chiche, Nicolas ?

Nous voulons un référendum. On veut qu’on nous pose cette question toute bête : êtes-vous vous favorable, oui ou non au projet de loi sur les retraites? Et on veut juste avoir le droit de pouvoir dire non, non et non ! Ce n’est certes pas un programme très sophistiqué, c’est pas fouillé comme du Piketty ou sophistiqué comme du Badiou, mais purée, c’est facile à comprendre, populiste en diable et parole, le T-shirt « J’veux un référendum! », ça va faire un malheur sur les plages!

Le Monde, c’est de la marque !

Le Monde

Longtemps, je me suis levé de bonne heure. Et sans rechigne, en plus, car c’est avec l’enthousiasme de la jeunesse que j’affrontais les petits matins blêmes pour rejoindre mon bureau au 4ème étage de l’immeuble sis 5, rue des Italiens, dans le neuvième arrondissement de Paris. Dès sept heures du matin, les trois journalistes chargés de l’Europe, qui partageaient le bureau avec une secrétaire, établissaient le « menu » du jour de leur secteur : papiers des correspondants, synthèse de dépêches d’agences, brèves, à 7h 25 le service au complet se réunissait autour de son chef, Jacques Amalric, le père de l’acteur qui ne l’était pas encore, pour établir le contenu des pages internationales en fonction de l’espace accordé par la rédaction en chef. En moins d’un quart d’heure, l’affaire était bouclée, les arbitrages rendus entre les continents dont les responsables avaient tenté de vendre au mieux les événements qui étaient survenus au cours des vingt-quatre heures précédentes. Le thème du  » bulletin de l’étranger », colonne non signée en « une » était également choisi, et sa rédaction dévolue à celui ou celle censé connaître la question.

Le Monde d’avant : alcool, tabagie….

Pendant que le chef descendait à la fameuse réunion debout dans le bureau du directeur du journal, qui était alors André Fontaine, le petit peuple des journalistes s’accordait une pause café au bistrot d’en bas, sur le boulevard Haussmann. Au comptoir, les ouvriers du livre en étaient déjà au café-calva avant de rejoindre le sous-sol abritant les rotatives et les linotypes alimentées au plomb fondu.
Peu après huit heures, le chef remontait avec le résultat des courses, en général fort peu différent du menu établi dans le service, sauf les jours où André Fontaine avait émis un avis sur l’ampleur à donner à un sujet, ou s’était mis en tête que le bulletin de l’étranger devait être consacré à une autre région du monde que celle proposée par les gens du quatrième…

Puis c’était trois heures la tête dans le guidon, en l’occurrence une machine à écrire Erika sur laquelle, avec deux doigts pour la plupart d’entre nous, nous rédigions brèves et synthèses, corrigions les papiers de correspondants parfois à peine francophones. Seul le rédacteur du fameux bulletin avait le droit de dicter son œuvre à la secrétaire qui disposait d’une machine à écrire IBM à boule, le grand luxe, avant de le descendre, tremblant, dans le bureau du directeur, qui ne manquait pas d’y porter ses corrections d’un stylo rageur sous le regard anxieux du rédacteur planté devant son bureau…

La matinée se terminait, après le bouclage, par l’apéro dans le bureau du chef (whisky ou champagne, selon les jours). Cela se passait dans les années quatre-vingt du siècle dernier, avant que les progrès de l’informatique, l’extension à l’infini des zones non-fumeurs et non-buveurs dans des locaux « paysagés » n’aient transformé une activité à visage humain en une chaine de production éditoriale en continu alimentée par des soutiers rongés par l’angoisse sur l’avenir de leur entreprise.

C’était l’époque où la plupart des journalistes ne sortaient pas des écoles censées former au carré les professionnels de la profession, mais atterrissaient là après des parcours plus ou moins chaotiques, dans les universités ou ailleurs, comme le chef du service étranger qui ne manquait pas de rappeler, avec son accent de Montauban qu’il avait « cassé du fell' » pendant vingt-huit mois dans les djebels, ou ce célèbre chroniqueur judiciaire dont les mains portaient encore les traces des tortures dans les locaux de la Gestapo.

Le principal quotidien maoïste

Ce Monde là n’est plus, et celui qui va être mis en vente vendredi porte, certes, le même nom que celui évoqué plus haut, mais n’a plus rien à voir avec ce qu’il fut jadis. Ce n’est plus un journal, c’est une « marque » dont des cadors de la presse et de la finance se disputent l’acquisition, pour la mettre au service de leur stratégie politico-économique, ou peut-être même, qui sait, pour la revendre avec une confortable plus-value après l’avoir « downsizée » grave.

Et pourtant, en jetant un regard rétrospectif sur cette institution à laquelle j’ai consacré près de vingt ans de ma vie, il me faut bien quitter la petite musique nostalgique fredonnée jusqu’ici pour faire litière de quelques idées reçues qui traînent dans les mémoires des vieux lecteurs du Monde et les jeunes têtes bien faites de Sciences-po. Par exemple que Le Monde d’Hubert Beuve-Méry était un parangon de vertu journalistique, où jamais l’idéologie ne prenait le pas sur l’exposé des faits et autres balivernes. Il suffit de se plonger dans les collections jaunies du journal du grand Beuve pour y découvrir des choses qui ne collent pas tout à fait avec l’image pieuse proposée à notre adoration. On constate, entre autres, que le journaliste chargé de couvrir le blocus de Berlin par les Soviétiques en 1948 était à la botte du haut commandement de l’Armée rouge à Berlin-Est, rendant compte des événements en paraphrasant les communiqués émis par les Russes.

À la fin des années soixante, l’enthousiasme du correspondant du Monde à Pékin pour la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne du grand timonier Mao Zedong ne connaissait de limite que celle du nombre de feuillets qu’on lui accordait pour en tresser les louanges. Des sinologues proches de l’Internationale situationniste désignaient alors Le Monde comme le principal quotidien maoïste paraissant hors de Chine, mais qui écoutait alors ces farfelus de René Vienet et Simon Leys ?

Ce ne sont là que deux exemples concernant la politique étrangère, mais on pourrait en trouver d’autres, en politique française par exemple, où Jacques Fauvet, successeur de Beuve-Méry prédisait à longueur de colonnes que le PCF allait garder son hégémonie sur la gauche pendant des décennies…

Tous ces péchés ont été absous au nom du rôle éminent joué par Le Monde dans la dénonciation des tortures perpétrées par des militaires français sur des membres du FLN pendant la guerre d’Algérie.

De grands journalistes lui ont, certes, apporté leur talent, mais Le Monde n’était pas à l’abri des nuisances causées par des médiocres ou des sectaires.

La propriété du personnel et le royaume des coups tordus

L’autre idée reçue à laquelle il convient de tordre le cou est celle consistant à poser le principe que la propriété de l’entreprise par son personnel est un garant de son indépendance rédactionnelle et de l’harmonie entre les diverses catégories contribuant à sa fabrication : ouvriers, employés et cadres administratifs, journalistes.

Pendant les deux décennies que j’ai passées au sein de cette rédaction, la guerre ouverte des clans déclenchée à l’occasion de la succession de Jacques Fauvet en 1982 , et celle d’André Fontaine en 1992 n’a pas cessé un instant : « julienistes» contre « amalriciens » d’abord, puis  » vernetistes » contre « colombanistes » se battaient pour le poste de directeur, et lorsqu’il était impossible de départager les poids lourds, un compromis se faisait autour d’un tiers, André Laurens, puis Jacques Lesourne, vite balayés par des complots ourdis dans l’ombre. Inutile de préciser qu’Edwy Plenel et Alain Minc se sont montrés plutôt habiles dans cet exercice où ils furent complices avant de se fâcher à mort.

Pendant ce temps-là, l’entreprise, jadis prospère, s’enfonçait dans un déficit structurel faute d’avoir fait les bons choix économiques, et ouvert son capital pour préparer l’avenir.

J’étais à peu près le seul à proposer, dans les années 1990, de dissoudre la Société des Rédacteurs, de vendre nos parts au plus offrant alors qu’elles valaient encore quelque chose, et de nous consacrer à plein temps à notre métier au lieu de nous épuiser en vaines querelles pour un pouvoir qui allait bientôt se révéler totalement illusoire…  » Si on avait su… » se lamentent aujourd’hui quelques-uns de mes collègues d’alors qui regardaient, effarés, de leur balcon de retraité, les exploits financiers et journalistiques du trio Colombani-Plenel-Minc, de l’esbroufe à la limite de la carambouille…

Lorsque le ministre des Finances peut vous mettre pouce en haut ou pouce en bas en coupant les crédits bancaires, on a tendance à le ménager, même s’il s’appelle Nicolas Sarkozy… Mais l’essentiel était sauf : le droit des journalistes de choisir le patron qui s’aplatira devant les puissants.

Cette hypocrisie va prendre fin dans quelques jours, et j’avoue que je me fiche complètement de savoir qui va l’emporter de BNP (Bergé Niel Pigasse) ou de POP (Perdriel Orange Prisa) pour accrocher la plume  » Le Monde » à son chapeau. Je préfère retourner dans le monde rassurant de mes souvenirs.

Gros sous et sous-marins

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sous-marin

L’affaire des sous-marins vendus au Pakistan se corse : selon le juge Marc Trevidic, chargé de l’enquête sur l’attentat de Karachi au cours duquel 11 employés de la Direction des Constructions Navales (DCN) ont été tués en 2002. Des « rétro-commissions illicites » ont bel et bien été versées en marge de ce contrat géant d’armements. La confirmation par le juge d’instruction de ce qui était jusqu’alors des hypothèses de journalistes est sans doute un développement important dans cette affaire où le chef de l’Etat Nicolas Sarkozy, pourrait être impliqué. Ministre du budget dans le gouvernement Balladur à l’époque de la signature du contrat, Sarkozy est en tout cas mentionné dans la presse comme l’un des architectes du « contrat parallèle » et du mécanisme qui devait permettre le versement des rétro-commissions.

Onze hommes assassinés pour des pots-de-vin non versés ?

Sans minimiser l’importance de la dimension française de l’affaire on ne peut que s’étonner du silence sur la responsabilité pakistanaise. Si le juge Trevidic a raison, il faut en effet en tirer deux conclusions. La première est que certains hommes politiques français sont corrompus, ce qui est fâcheux. Mais il serait mille fois plus grave encore que des responsables politiques et militaires pakistanais aient froidement assassiné onze Français parce que le versement des pots-de-vin promis avait cessé. Selon la thèse de Trevidic, pour récupérer leurs sous, ces Pakistanais n’auraient pas hésité à tuer, histoire d’envoyer « un message » à Paris et exprimer leur mécontentement. « Strictly business, nothing personal ».

Nous aurions affaire ici à une bande de mafieux en costume-cravate ou en uniformes militaires, des gens dont la corruption est le vice le plus sympathique. Dans ces conditions, le silence devient assourdissant. Que l’implication des hommes politiques français dans cette affaire suscite l’intérêt des médias en France, rien de plus normal. Que personne ne dise rien sur le caractère atroce et abject des Pakistanais impliqués dans ce crime est un véritable scandale. Même les familles des victimes ne songent pas à manifester devant l’ambassade de Pakistan ou à réclamer des indemnisations de Karachi comme s’il était bien naturel qu’un Pakistanais ne soit pas un être humain responsable mais une bête sauvage réagissant mécaniquement à une provocation.

Un pays trop dangereux pour les journalistes

Il est vrai que la presse française ne peut pas enquêter au Pakistan, car la longévité d’un journaliste qui entreprendrait une telle mission se mesure en jours sinon en heures. L’exemple de Daniel Pearl du Wall Street Journal, est présent dans tous les esprits. Au cours de son enquête sur le parcours de Richard Reid (l’homme qui avait essayé de faire sauter un avion avec une charge explosive dissimulée dans ses baskets) au Pakistan, Pearl a été kidnappé et plus tard décapité par des islamistes dont certains entretenaient des liens un peu ambigus avec le ISI (Inter Service Intelligence), les renseignements pakistanais.

Le Pakistan est un pays trop important pour que la France puisse le sanctionner et encore moins rompre avec lui, ne serait-ce qu’en raison de son rôle et de son influence dans le conflit afghan. Mais si la France officielle, pour de raisons économiques et géostratégiques légitimes, est obligée d’avaler ce genre de couleuvres, les responsables politiques ont au moins le devoir de faire la lumière sur le rôle des services pakistanais dans ce meurtre prémédité. S’il faut faire des affaires avec eux, sachons au moins à qui on a affaire : à des barbares.

Retraite à 62 ans : une manip à la limite de l’acceptable

Etonnants sondages… Le Figaro, et c’est de bonne guerre, a commandé à l’IFOP un sondage sur les retraites qui va évidemment dans le sens des mesures annoncées par Eric Woerth. On peut notamment lire que 58% des Français estiment « acceptable » le recul de l’âge de départ à la retraite à 62 ans. C’est intéressant, le mot « acceptable ». On sent qu’il a été choisi avec soin par les sondeurs. Ils n’ont pas bêtement demandé aux personnes interrogées si elles acceptaient la retraite à 62 ans, mais si elles la trouvaient « acceptable », ce qui n’est pas du tout la même chose.

Le suffixe en –able marque la possibilité et certainement pas la volonté et encore moins le désir. C’est à ces petits détails que l’on voit les grosses manipulations qui contribuent à entretenir dans la population l’idée qu’il n’y a pas d’autre politique possible. Et puis tout dépend, également, de la manière dont on pose la question et de l’alternative qui va avec. Si Causeur m’y autorisait, j’en commanderais un vite fait bien fait, moi, de sondage avec la question suivante : « Préféreriez-vous vivre dans une société réellement communiste ou que vos enfants se prostituent ? » J’ai comme l’impression que je pourrais titrer juste après sur le retour en force de l’hypothèse communiste…

Libé prend le maquis

Villiers-le-Bel

« Une bonne partie de l’antifascisme d’aujourd’hui (…) est soit naïf et stupide, soit prétextuel et de mauvaise foi ; en effet, elle combat ou fait semblant de combattre un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C’est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos »
Pier Paolo Pasolini[1. Ecrits corsaires, Flammarion, 1976.]

Ces derniers jours, la déroute des Bleus – qui ont rarement aussi bien porté leur nom- a éclipsé un événement médiatico-judiciaire potentiellement explosif. Un énième rebondissement de l’affaire Clearstream ? Les pérégrinations du couple Woerth ? Encore mieux : une pétition soutenant ouvertement des individus soupçonnés d’avoir tiré à balles réelles sur des officiers de police. Aux manettes, l’indécrottable Libération jadis parangon de la cause des peuples, aujourd’hui recyclé dans le libéralisme libertaire[2. Mutation qui fut remarquablement disséquée par Guy Hocquenghem dans sa Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary Club (1986).] à la sauce eurobéate. Au menu, une resucée mal digérée de Franz Fanon faisant des délinquants armés les nouveaux damnés de la terre.

Le tir aux pigeons sur flics justifié au nom du romantisme

Dès les premières lignes de l’appel, le ton est donné.

Jugez plutôt : « A Villiers-le-Bel, les 25 et 26 novembre 2007, un renversement s’est produit : ces gamins que la police s’amuse de mois en mois à shooter ont à leur tour pris leurs aises avec ceux qui les ciblent. Ces quartiers submergés par une occupation devenue militaire ont, un temps, submergé les forces d’occupation ». Vous ne rêvez pas : la France est un Etat néo- impérialiste qui s’ignore ! En lisant ce premier paragraphe, on hésite entre le rire et les larmes. Dans ce prêchi-prêcha mi-haineux mi-compatissant, Villiers-le-Bel est implicitement comparé à Gaza et le maintien de l’ordre républicain assimilé aux opérations coups de poings de l’armée israélienne. Last but not least, ce verbiage digne des Indigènes de la République traite l’institution policière de force d’occupation coloniale qu’il faudrait déloger desdits quartiers. En ressuscitant tous les poncifs du genre –de l’anticolonialisme à la Commune en passant par 1789- les signataires du manifeste justifient le tir aux pigeons sur flics au nom du romantisme révolutionnaire. Ils auraient pu se contenter de dénoncer les méthodes d’extorsion des aveux, qui furent apparemment aussi maladroits que brutaux, tant la police sembla agir dans l’urgence. Ou bien rappeler la présomption d’innocence des inculpés. Mais non, ces thuriféraires de la révolution bétonnée exigent carrément l’abandon de toute procédure judiciaire à l’encontre des tireurs.

Maniant l’art de l’euphémisme, ils persiflent dans la commisération à sens unique en confondant la défense du « peuple de Villiers-le-Bel » avec celle d’une minorité de sauvageons déstructurés qui forment le nouveau lumpenprolétariat urbain. Certes, la mort accidentelle de deux adolescents dans la collision de leur scooter avec un véhicule de police est une tragédie regrettable. Mais est-ce les honorer que de transmuer son chagrin et son indignation en haine anti-policière ? Les signataires du texte, pourtant avocats du Bien éternel et univoque, réhabilitent même la loi du Talion en justifiant l’injustifiable, ajoutant qu’il était de bonne guerre pour ces policiers infâmes que d’« avoir reçu quelques plombs dans l’épaisseur de leurs gilets pare-balles « . Dans un glissement sémantique comme seuls les professionnels de l’indignation en ont le secret, on dénonce la lutte contre les bandes comme une véritable « guerre aux banlieues » au racisme larvé. Les paisibles habitants des mal-nommées cités apprécieront.

Des révolutionnaires à petits pieds défendent les bourreaux du petit peuple

L’ironie de l’histoire veut en effet que des révolutionnaires à petits pieds défendent les bourreaux du petit peuple. Ceux-là mêmes qui empoisonnement le quotidien de millions de Français de toutes origines. Là où la sarkozie n’a que le flash-ball à la bouche, une certaine gôche bêbête répète l’erreur de Jospin en victimisant systématiquement les sauvageons. Quand bien même il s’agirait de les aider, la prise de conscience de leurs méfaits reste indispensable à toute rédemption ultérieure. Ce que Finkielkraut résuma un jour dans une formule lapidaire : « il faut leur faire honte pour les aider » !

D’ailleurs, si l’on veut entendre un autre son de cloche, laissons la parole à SGP-FO, bastion du néo-colonialisme cocardier, c’est bien connu. Sur son tract de soutien, on apprend que 96 gardiens de l’ordre se sont portés parties civiles après que cinq d’entre eux ont été visés par balles au vu et au su de tout le voisinage. « Un commissaire roué de coups, des bâtiments publics et des commerces détruits », est-ce cela la praxis révolutionnaire ?

En vérité, n’importe quel lecteur de Simon Leys reconnaîtra là la propagande classique des systèmes totalitaires. Ces derniers doivent gérer le mécontentement des masses en dévoyant leur colère pour la rediriger vers des ennemis imaginaires. Mao manipula ainsi le grondement des masses paysannes contre la bureaucratie du Parti-Etat en sacrifiant quelques hiérarques habilement choisis. La clé de voûte d’un tel procédé consiste à développer une fiction idéologique capable d’assurer le maintien du système. Dans la Chine communiste, il s’agissait de nettoyer le Parti des éléments « droitiers » ou déviationnistes. Or, la société qui nous gouverne sécrète sa propre pensée unique –sans intervention verticale d’un quelconque Big Brother- déclinée en autant de faux clivages. D’un côté, l’alliance de la droite d’argent et du patronat fustige la masse des fonctionnaires privilégiés et autres supposés profiteurs, afin de mieux compartimenter les luttes sociales et d’empêcher leur convergence. De l’autre, la gauche libérale se complait dans un angélisme anti-sécuritaire et une dévotion béate envers tout ce qui s’oppose à la « France moisie ».

Cette illusion paléo-jospinienne lui fait prendre des vessies pour des lanternes à mesure qu’elle substitue à l’idéal d’égalité l’imposture de la diversité ethnique. Multiculturelle, festive, délocalisatrice et privatisatrice, la gauche américaine se rapproche de plus en plus d’une droite en déshérence intellectuelle, qui n’a plus que les mânes du général De Gaulle pour tenter de faire illusion. Bref, forte avec les faibles (les pauvres hères qui voient leur entreprise délocalisée du fait de l’euro fort et du dogme libre-échangiste), la gauche boboïde se montre faible avec les forts. Les caïds des banlieues se gaussent à bon droit d’avocats aussi naïfs – ou qui feignent de l’être. À l’instar de certains qui bannissent toute critique de l’équipe de France sous prétexte de la couleur de ses joueurs, l’origine ethnique est régulièrement avancée comme facteur de victimisation perpétuelle. Comme si négrier désignait une couleur de peau et non la qualité sociale d’exploiteur !

La caillera, agent de la révolution… ultralibérale !

Heureusement, en marge des discussions de salon, il demeure un courant intellectuel socialiste lucide de la réalité des rapports de classes. Dans un texte resté célèbre, le philosophe Jean-Claude Michéa[3. La caillera et son intégration, 1999.] revenait sur le système d’exploitation mafieux que les caudillos des banlieues font subir à l’immense majorité de la population. En termes d’intégration économique, la caillera remplit pleinement son rôle. Elle fait subir son joug à des quartiers entiers où les immigrés figurent au nombre de leurs victimes – fait omis par les signataires de l’appel… En fait d’agent révolutionnaire, le voyou de base constitue le parfait télégraphiste du marché : « en assignant à toute activité humaine un objectif unique (la thune), un modèle unique (la transaction violente ou bizness) et un modèle anthropologique unique (être un vrai chacal), la Caillera se contente, en effet de recycler, à l’usage des périphéries du système, la pratique et l’imaginaire qui en définissent le Centre et le Sommet », précise Michéa. Autant dire que les hydres de l’UMP, à travers leur discours sécuritaire, apparaissent comme des quasi gauchistes lorsqu’on les met en rapport avec l’anarchisme libéral qui est celui des cailleras et de leurs avocats.

Il faut restaurer l’ordre dans les Territoires perdus de la République

Vouloir restaurer l’ordre et la sécurité dans les territoires perdus de la République est en soi un but louable. Sarkozy n’a pas pêché dans les objectifs affichés mais plutôt dans les moyens : politique du tout-carcéral, accent mis sur la seule répression, mépris de la question sociale, acceptation de fait de la privatisation de certaines zones de non-droit… Depuis 2002, la mayonnaise ne prend pas. Mais au lieu de prendre la droite sécuritaire au mot, une gauche intelligente devrait déjouer le piège qui lui est tendu et renoncer à l’angélisme. Restaurer la puissance de l’Etat de droit, renouer avec la police de proximité, conjuguer intelligemment prévention et répression, sans quoi toute conquête de l’ordre est d’avance condamnée.

Au lieu de cela, sous couvert d’antiracisme, les éternels traîne-patins du social-libéralisme défendent le pouvoir des bandes et l’oppression du peuple par les caïds. À croire qu’il faille brûler un gymnase ou des voitures de prolétaires pour se faire entendre… Michéa ironisait à raison contre « les intellectuels et les cinéastes de la classe dominante, dont la mauvaise conscience constitutive les dispose toujours à espérer qu’il existe une façon romantique d’extorquer la plus-value ».

In fine, prétendre que l’on mettra fin aux incivilités en se contentant d’injecter de l’argent dans les banlieues et/ou en promouvant des politiques de discrimination positive révèle l’erreur ontologique de la gauche sociétale. Prétendre réguler l’ensemble des relations sociales par les seules interventions du droit et du marché est une chimère libérale. Notons au passage que cette absence d’éthique personnelle, l’équipe de France de football n’a cessé de la pratiquer tout au long de la coupe du Monde. Insulter son supérieur, injurier le drapeau et l’hymne, cracher sur la Nation et mépriser les petites gens : n’en jetez plus, c’est le comportement subversif de l’hypercapitaliste de base.

À tel point qu’un seul nom semble manquer à la liste des premiers signataires de la pétition : celui de Nicolas Anelka….

Mondial : l’autre scénario

Nicolas Anelka et Raymond Domenech
Nicolas Anelka et Raymond Domenech.

11 juin, France-Uruguay : 2-0
Match disputé, mais la France marque dans le dernier quart d’heure par Anelka, et par Gourcuff dans le temps additionnel.

Elysée : « Finalement, la retraite, ce sera 63 ans. Pour commencer. Tu peux aller l’annoncer, Eric »

17 juin, France-Mexique : 3-1
Anelka blessé, c’est un festival de Ribery qui réussit son premier « coup du chapeau » avec un but à la 5ème minute, un deuxième juste avant la mi-temps et un troisième à la 67ème. Il a d’autant plus de mérite que l’exclusion de Gallas au bout de vingt minutes de jeu. On lui pardonne son individualisme forcené pour son insolente réussite dans les duels.

Elysée : « Le gel du salaires des fonctionnaires, c’est le bon moment, non ? Quand on voit ces jeunes types qui se défoncent sur le terrain, on ne va pas filer du blé à des feignasses de profs qui critiquent toujours tout. Nos joueurs nous invitent à nous dépasser, à prendre tous les risques. Il faut encourager ça. »

22 juin, France-Afrique du Sud : 6-0
Un carton plein. Tout le monde, ou presque, a pu mettre son but. Ribery, Anelka, Gourcuff, Malouda (2 fois) et même Thierry Henry rentré pour les dix dernières minutes. Dommage qu’un but d’Evra ait été refusé pour hors-jeu, on aurait égalé le carton du Portugal contre la Corée.

Elysée : « On la fait passer maintenant, la TVA à 15% sur l’alimentation ? Bon, Brice et Eric, vous pouvez peut-être vous bougez les miches, là, pour les expulsions ? Personne ne verra rien, de toute façon… »

26 juin, huitième de finale, France-Corée du Sud : 3-2
Un match difficile. Les Coréens ont ouvert le score dès la première minute de jeu par Park. On en est encore de 2 à 1 à la mi-temps. Heureusement, Malouda et Henry remettent les pendules à l’heure à la 55ème et à la 59ème minute.

Elysée : « Mais si, mais si, on peut étouffer le scandale de la femme d’Eric Woerth qui gérait la fortune Bettencourt. Et dites à Christian que s’il veut se goudronner les poumons aux frais du contribuable, il n’y a pas de problèmes. Tant qu’il garde son souffle pour le Grand Paris, il peut bien en fumer dix par jour, de ces barreaux de chaise. On ne lui demande pas de courir sur le terrain, hein. Putain, on peut lui dire merci à Raymond ! Je ne vais pas être obligé de le nommer à la place de Roselyne, tout de même. Si ? Ah, dis-moi, François, pendant qu’on y est, tu ne veux pas l’annoncer discrètement la liste de déremboursement de cent-cinquante médicaments ? »

2 juillet, quart de finale, France-Serbie : 1-1
La France gagne par 6 tirs au but à 4. Match très rude. En plus, deux jours auparavant, il y a eu un problème avec Gourcuff. Ribery l’a dénoncé par ce qu’il lisait un livre en cachette au lieu de jouer à la Wi. Domenech l’a interdit d’entraînement : -Tu n’es plus un exemple pour la jeunesse, Yohann. Tu…Tu lis ! )

Elysée : « Tu te dépêches pour le projet de loi sur la semaine à 45 heures, Eric ? Et Luc Châtel, qu’est-ce qu’il attend pour annoncer la suppression automatique des allocs aux familles des absentéistes et des délinquants. Il me le ressort quand, là, son nouveau statut du prof automatiquement bivalent. Et puis tiens, qu’il passe en force avec sa journée à l’allemande. Foot pour tout le monde l’après-midi et liquidation de la philo et des sciences éco. Allez, allez, faut pulser, là… »

6 juillet, demi-Finale, France-Brésil : 1-0
Match assez violent avec cinq cartons jaunes et deux rouges. Un pour Kaka et un pour Loris, le gardien, dans les prolongations. On échappe à la catastrophe sur un but très litigieux de Thierry Henry dans les toutes dernières secondes. Un but de la main, comme d’habitude. )

Elysée : « Ah, que c’est bon, trois millions de Français dans la rue ! Oubliées les manifs du 24 ! Je les ai à ma pogne, les syndicats ! Eric, tu me prépares un projet de loi pour en finir avec les CDI. On va aller vers le contrat unique, là. Et remonte le bouclier fiscal, pendant qu’on y est…Tout passe, en ce moment… »

11 juillet, finale, France-Argentine : 2-0
La sélection de Maradona, épuisée, est sur les genoux et joue très mal. Doublé d’Anelka à la 13ème et à la 89ème minute. La France est championne du monde.

Elysée : « Je vous le dis les mecs, c’est le moment où jamais pour des élections présidentielles anticipées en septembre. Vous avez vu les sondages ? Non, mais vous avez vu les sondages ? Je vais passer les doigts dans le nez ! »

Tribulations d’un euro en Europe

Pièce d'un euro
"Si ce type pouvait s'arrêter de me tripoter avec sa main moite."

4 janvier 2002 : Saint-Malo
J’aurais pu tomber plus mal. Pour mon début dans la vie, je me retrouve dans une boulangerie de Saint-Malo. La boulangère m’a retirée du rouleau et m’a regardée un peu perplexe. « Ça ressemble à une pièce de 10 balles ! On va encore confondre… », a-t-elle soupiré.

Je ne suis pas restée longtemps dans le tiroir-caisse. J’ai fait partie de la monnaie rendue par la boulangère sur un billet de 100 francs tout crasseux donné par une vieille dame assez chic qui venait acheter une galette des Rois. Elle a parlé avec la boulangère. Elle était contente parce que ses enfants allaient venir déjeuner. Elles ont aussi dit du mal de moi. Que je leur compliquais la vie !

La boulangère a tapé sur une petite calculette bleue pour faire la conversion. C’est comme ça que j’ai appris que je valais 6,55957 francs. Vous vous rendez compte ! Je crois bien que je suis… comment dire ? Oui, c’est ça, que je suis unique en mon genre. Voilà : je suis la monnaie unique !

Il n’empêche : la vieille s’est trompée en prenant sa monnaie et m’a mise avec les francs.

L’atmosphère a été glaciale. J’ai entendu une pièce de 5 dire assez fort pour que je l’entende : « J’ai quand même plus de gueule que cette petite ronde, non ? » Et puis une pièce de 1 franc a craqué : « Tu es qui, toi, d’abord ? Tu sais quel âge j’ai ? J’ai été frappée en 1961 ! Je connais ce pays comme personne ! J’ai une mémoire, moi, ma fille. En 68, figure-toi que je me suis retrouvée dans la poche de Jacques Chirac qui négociait en loucedé avec la CGT. Oui, celui qui est président, maintenant. Tu ne peux pas en dire autant, toi ! »

21 avril 2002 : Paris
Si ce type pouvait arrêter de me tripoter avec sa main moite dans le fond de sa poche, ça m’arrangerait. C’est fou ce qu’il est nerveux avec l’heure qui avance. Il est 19 h 30. D’après ce que j’ai compris, on est rue Saint-Martin, à l’Atelier, et ce grand frisé à l’air pas marrant qui me triture spasmodiquement, ça ne va pas fort pour lui.
Je repense aux derniers mois. Par rapport à mes copines, je n’ai pas eu tellement de chance. La vieille dame, celle de la galette des Rois, m’a donnée le jour même à son petit-fils qui m’a mise dès son retour à Paris dans une tirelire où je me suis retrouvée tout seule.

La semaine d’après, deux ou trois gamines de 50 centimes sont venues me rejoindre. Elles m’ont dit des trucs incroyables. Elles avaient fait des rencontres superbes : des jolies pièces qui venaient d’Italie, d’Espagne et de Belgique. Toutes très jolies, très propres sur elles. Une Luxembourgeoise nous a aussi rejointes. Très snob, parce que rare.

On s’ennuyait sec dans cette tirelire. Le petit-fils n’économisait pas beaucoup. Il devait claquer tout son argent de poche pour s’acheter des carambars. Il paraît qu’à cause de moi, tout a augmenté…

[access capability= »lire_inedits »]Fin février, une pièce grecque de 2 euros est arrivée. Elle baillait tout le temps. Il a fallu lui tirer les vers du nez pour avoir quelques infos. C’était quoi, sa face nationale ? Elle a daigné répondre qu’elle représentait « l’enlèvement d’Europe par Zeus ». J’ai pensé que c’était tout de même pas très bon signe pour nous, ça, « l’enlèvement de l’Europe »…

Non vraiment, elle était indolente. Elle était arrivée dans la tirelire directement rapportée de Santorin par une grande sœur en voyage scolaire. Elle nous a parlé du grand bleu, des heures à traîner au soleil sur une coupelle blanche dans l’odeur du poulpe grillé, de l’ouzo et des citronniers. Une des filles, la Luxembourgeoise de 20 centimes, lui a fait remarquer que ça ne faisait pas trop sérieux, tout ça, pour une monnaie forte, et la Grecque lui a dit de se taire et qu’elles n’avaient pas gardé les paradis fiscaux ensemble. La Luxembourgeoise a boudé. Bonjour l’ambiance.

C’est seulement il y a une petite semaine que le môme, pris d’un coup de folie, nous a dépensées dans une bijouterie fantaisie pour acheter un bracelet à son amoureuse. Et deux jours plus tard, je me suis retrouvée dans la poche du grand frisé.
Je me suis aperçue qu’il n’y avait plus de francs et c’est une toute petite gamine de 1 centime qui m’a expliqué que les francs n’avaient plus cours depuis le 17 février. Bon débarras !

Mais ça y est, voilà que le grand frisé me fait tourner à toute vitesse entre ses doigts, au fond de la poche.

Il y a plein de monde dans le bureau :
« − Alors, c’est foutu ?
− Je crois que oui, Lionel… On peut attendre les grandes villes avant que tu réagisses, mais…
− Ça va, j’ai compris, Gérard. C’est toi le spécialiste des sondages, tu m’avais prévenu. J’aurais dû t’écouter et accepter la proposition de Taubira. »

On sort. Il me laisse tranquille au fond de sa poche. Il commence à parler dans un silence de mort.
− « … j’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique… »
Des cris. Des pleurs. Des larmes. Un instant, je me dis que, si ça se trouve, tout ça, c’est de ma faute.

5 décembre 2003 : Tarbes
Sale année. Le grand frisé m’a donnée pour acheter un journal quand il est retourné se reposer à l’île de Ré. Je me suis retrouvée dans la poche d’un ingénieur. L’ingénieur, revenu de vacances en pleine canicule, avec des vieux qui mourraient partout, a appris que son entreprise délocalisait. Sa femme s’est barrée avec les enfants. Il s’est laissé aller et je me suis retrouvée à la rue avec lui. Il m’a filé à un autre SDF en échange de deux kils de rouge. Mon nouveau SDF est descendu vers le sud. Mais l’hiver nous mordait les talons. On est arrivé à Tarbes. Il ne faisait pas plus chaud et mon SDF était de plus en plus faible. Il s’est assis sur un banc du square de la Cathédrale et il est mort de froid la nuit dernière. Il s’appelait Jean-Marc.

2 septembre 2004 : Saussignac
J’ai du sang partout. Je ne crois pas que l’inspecteur du travail qui m’a récupérée en achetant un paquet de cigarettes avait prévu de se faire tuer par un agriculteur avec de la chevrotine gros grains. Ça va encore être de ma faute, je le sens. Je commence à déprimer. Je me ternis.

14 novembre 2005 : Clichy-sous-Bois
Je suis remontée vers le nord. Banlieue parisienne. Je traîne toute la journée dans un treillis de CRS. C’est l’état d’urgence depuis une semaine. Il n’a même pas le temps de revenir à la caserne pour me glisser dans la machine à café. Ça sent le brûlé un peu partout. Ça sent l’émeute.

7 mars 2006 : Rouen
Ça va mieux. Un jean d’étudiante en économie de Rouen qui manifeste contre le CPE. C’est chaud et joyeux. En plus, elle a des projets de vacances en Irlande.

14 septembre 2007 : Irlande
L’étudiante m’a laissée dans un pub de Galway. Dommage. Je suis restée coincée sur cette île un peu trop pluvieuse. J’ai rencontré des Portugaises de 10 centimes qui avaient vraiment le mal du pays. Mais là, retour en France ! C’est la Coupe de monde de rugby et un supporter du XV du Trèfle vient de me laisser à un vendeur de frites du Stade de France.

10 novembre 2008 : Clairoix
Panique générale ! C’est la crise des subprimes ! Du coup, l’économie réelle en prend un coup. Et me voilà de nouveau enfermée. Cette fois-ci, c’est dans un pot à café avec d’autres pièces et quelques billets. Je suis dans un HLM à Clairoix, près de Compiègne, et je crois comprendre que je fais partie des économies de bout de chandelle d’un ménage ouvrier de chez Continental.

10 juillet 2009 : Salonique
Finalement, ils m’ont dépensée chez le pharmacien. Qui est parti en Grèce en vacances et, coïncidence, parmi les millions de pièces en circulation, voilà que je retrouve ma copine grecque de 2002, dans le tablier d’un serveur de Salonique. Elle a à peine vieilli !

5 mai 2010 : Athènes
Athènes est à feu et à sang. Les Grecs et d’autres parlent de se débarrasser de nous. Un manifestant chargé par la police vient de me perdre dans le caniveau. Un chien passe et me pisse dessus dans la fumée des lacrymos.
J’ai comme l’impression qu’on ne m’aime plus beaucoup. Qu’on me déteste, même, pour dire les choses comme elles sont.[/access]

Tous ensemble, tous ensemble !

11

Contrairement à ce qu’il avait annoncé il y a quelques jours, Le PS a finalement renoncé à retransmettre hier après-midi le match France-Afrique du Sud dans la cour de Solferino. Un lâchage que l’UMP déplore: d’après Dominique Paillé, celle prévue sur écran géant au siège de l’UMP a été maintenue, a-t-il annoncé, tout en déplorant le comportement des joueurs tricolores. Quant au PCF, il a carrément organisé un point de presse exclusivement consacré à la « faillite générale » des Bleus. De son côté, François Bayrou prend de la hauteur et explique sans rire « Le naufrage de l’équipe de France nous dit quelque chose des faiblesses de la France ». Pendant ce temps la sur I-Télé, JMLP réclame la tête de Bachelot sur un plateau…

Merci donc à Raymond Domenech, à Jean-Pierre Escalettes et aux Bleus de nous avoir offert un moment trop rare d’unité nationale, comme on n’en n’avait pas vu depuis le 12 juillet 2008.

Il faut sauver le soldat Shalit

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Peinture murale représentant Gilad Shalit, dans la ville de Gaza.
Peinture murale représentant Gilad Shalit, dans la ville de Gaza. Photo Flickr / plasmastik.
Peinture murale représentant Gilad Shalit, dans la ville de Gaza.
Peinture murale représentant Gilad Shalit, dans la ville de Gaza.

Ils sont venus, ils étaient presque tous là, cette semaine au Trocadéro, pour manifester le soutien de la communauté juive de France à Israël et surtout marquer les quatre ans de l’enlèvement du soldat Shalit, captif depuis le 25 juin 2006 quelque part dans le minuscule territoire de Gaza, 36 km de long pour 10 km de large. Première grande manifestation officielle depuis l’épisode du Mavi Marmara. Jusque-là rien à dire. Les différents orateurs se sont succédé à la tribune après les danses folkloriques d’usage – et d’un autre âge[1. Comme me l’a fait remarquer Alain Finkielkraut avec son inimitable drôlerie, tout en disant son émotion d’avoir été présent à cette manifestation (où je n’étais pas), « avec les juifs, tout finit en bar mitzvah ». Notons que notre ami (dont Patrick Anidjar n’a pas entendu l’intervention) a été acclamé lorsqu’il a déclaré qu’aujourd’hui, tout le monde devrait être sioniste mais que l’assistance a tangué lorsqu’il a ajouté que le sionisme n’était pas synonyme d’alignement sur la politique de tout gouvernement israélien. C’est pour ce courage qui consiste à dire à ses amis ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre qu’on l’admire, notre FInkie. Et pour bien d’autres choses encore. EL ] – ont évidemment fait vibrer un public tout entier acquis et qui ne sait ou ne veut ou ne peut voir combien Israël s’est métamorphosé depuis le temps lointain des pionniers. Entre temps, rappelons-le, il y a eu d’autres guerres, l’occupation a fait des ravages, le clivage entre religieux et laïcs s’est creusé, de plus en plus de pauvres et de riches, de plus en plus de divorces, de moins en moins de kibboutzim. Un autre pays.

Les presque antisémites : le concept qui vient de sortir

D’une voix vibrante, des dirigeants communautaires ont expliqué au micro qu’Israël est « la seule démocratie » du Proche-Orient et que c’est la raison pour laquelle « on observe le moindre de ses faits et gestes ». Applaudissements. D’autres ont préféré jeter à la vindicte une liste de personnalités françaises, que je choisis délibérément de ne pas nommer, qui sont de l’autre camp, celui des « ennemis ». Au passage, ces mêmes personnalités dîtes hostiles, se sont vues affublées d’un nouveau concept qui n’a surpris que certaines ouïes particulièrement affûtées : « presque antisémite » ou encore « quasiment antisémite ». C’est nouveau, ça vient de sortir, comme disait un autre inventeur de concepts, plus drôle celui-là. Il y avait les philo-sémites, les antisémites, voilà désormais les presque-antisémites. Un vrai casse-tête en perspective pour les instituts de sondage. Mais le message est passé. La foule, « presque » ou « quasiment » dans son ensemble, fut conquise et en repartit revigorée. Le monde entier est toujours contre nous, tout est donc dans l’ordre normal des choses, rentrons chez nous. Pardon, j’allais oublier le petit Shalit.

Rappelons d’abord que ce conscrit, capturé par les brigades Ezzedine al-Qassam, le bras armé du Hamas qui contrôle Gaza depuis son coup de force de juin 2007, vit depuis 4 ans confiné dans une cache inaccessible, bien gardée et entourée d’explosifs. Les services secrets israéliens savent probablement où il se trouve bien qu’il ait été déplacé au moins trois fois, lorsque la probabilité d’une opération israélienne pour le libérer grandissait. Tout porte à croire que si une telle opération avait eu lieu, le jeune Gilad, 19 ans lors de son enlèvement, ne serait plus de ce monde, ses ravisseurs préférant probablement mourir plutôt que le relâcher à la force du fusil.

Un prisonnier de guerre privé de la protection des lois de la guerre

Gilad est un soldat, capturé par des hommes armés, dans une conjoncture guerrière sans équivoque. Et pourtant aucune des lois en vigueur dans un conflit ne sont appliquées à cet otage. La Croix Rouge n’a pas été autorisée par le Hamas à lui rendre visite ne serait-ce qu’une seule fois. Un message audio en 2007 et une vidéo en 2009 ont simplement permis de confirmer qu’il était bien en vie à ces différentes périodes et en bonne santé. Mais depuis octobre dernier, aucune information relative à son état n’a été publiée.

L’actuel Premier ministre Benjamin Netanyahu promet régulièrement de « tout mettre en œuvre pour le faire libérer », mais associe systématiquement son propos à son refus de céder à toutes les exigences du Hamas : la libération de centaines de détenus palestiniens dont des responsables d’attaques sanglantes contre des civils et des militaires israéliens. « Nous ne libérerons pas de prisonniers pour les relâcher là où ils pourront tuer des Israéliens », a déclaré le Premier ministre devant une commission parlementaire. Netanyahu et son cabinet sont cependant d’accord pour libérer 450 prisonniers, une proposition soumise au Hamas par un médiateur allemand et qui est pour l’heure sans réponse.

Résultat : deux Premier ministres, deux ministres de la Défense et deux chefs d’état-major se sont déjà succédé aux commandes depuis sa capture. Et rien ne permet de penser que cet état de fait va s’améliorer, chacune des parties campant sur ses positions. « Après 4 ans, il est temps de prendre la décision qui s’impose même si elle est impopulaire et même si cela ne fait plaisir à personne de voir de dangereux terroristes remis en liberté », s’est récemment emporté le père du soldat, Noam Shalit, dans un entretien à Haaretz. M. Shalit ne cherche plus à masquer sa colère vis-à-vis du Premier ministre, surtout après l’annonce de ce dernier d’un allègement du blocus sur la bande de Gaza. Netanyahu apprend apparemment à céder aux pressions internationales, surtout après le fiasco de la flottille turco-humanitaire. Ce n’est donc pas par hasard que les manifestations pour la libération de son fils se terminent systématiquement par des marches convergeant vers la résidence du Premier ministre à Jérusalem où est par ailleurs en permanence dressée une tente de veille.

Shalit n’est pas Clotilde Reiss

Et à Paris, la communauté juive a manifesté. Notamment sa colère à l’encontre du pouvoir français accusé de ne pas en faire suffisamment pour sauver le soldat israélien des mains de ses ravisseurs. Une requête qui pourrait s’expliquer par le fait que le jeune sergent est aussi détenteur d’un passeport français. Autre grief : le refus de la mairie de Paris d’accrocher un portrait géant du militaire israélien sur la façade de la mairie de Paris. Ce qui a valu à Anne Hidalgo, adjointe au maire, de se faire conspuer aux cris de « la photo à la mairie ». Rappelons par souci d’équité que la famille Shalit a été reçue à plusieurs occasions à l’Elysée, que M. Sarkozy n’a jamais fait l’économie d’une déclaration en faveur de la libération du jeune homme, que le soldat a été fait citoyen d’honneur de la ville de Paris et que son portrait est dressé dans les jardins Yitzhak Rabin dans le Parc de Bercy (12e arrondissement). Une médiation française via Damas a aussi permis de lui faire passer des lettres et de recevoir des messages. Mais tout ceci n’a pas apaisé les critiques communautaires à l’égard du pouvoir français qui aurait été plus actif pour régler le dossier Clotilde Reiss. Des critiques d’autant plus étranges que Shalit n’est pas Clotilde Reiss pour laquelle le gouvernement français avait d’excellentes raisons d’intervenir directement et de tout son poids si l’on en juge par des déclarations fin mai d’un ancien agent de la DGSE selon lesquelles la jeune étudiante française avait fourni des informations à l’ambassade de France en Iran, notamment pendant les manifestations de l’opposition. Il revient directement au gouvernement israélien de veiller à faire respecter cette loi d’airain en vigueur de son armée : ne jamais laisser personne en arrière, ni morts ni prisonniers tombés entre les mains de l’ennemi. Dommage qu’on n’ait pas à Paris scandé de slogans enjoignant Benjamin Netanyahu de prendre ses responsabilités en écoutant les parents de Gilad Shalit.

Des skinheads arborant l’étoile de David

Mais j’ai gardé le meilleur pour la fin. Bernard-Henri Levy est un ardent défenseur d’Israël. Il le fait autant à Paris qu’à l’université de Tel Aviv, ce qui n’est évidemment n’est pas du goût de tous. Mais pas de ceux que vous croyez. Il ne s’agit ni de Christophe Ayad, ni de Pascal Boniface, qui polémiquent avec lui en toute courtoisie (Libération du 23 juin) après la publication de sa tribune « Pourquoi je défends Israël », ni de ses détracteurs habituels. Mais plutôt de certaines franges de la communauté juive de France, marginales, certes comme le sont souvent les franges, mais extrêmement bruyantes et en fin de compte nuisibles.

A l’étranger depuis de longues années, cela faisait des lustres que je n’avais assisté à un rassemblement pro-israélien en France. J’avais de l’époque un vague souvenir de quelques-uns de mes coreligionnaires qui se montraient plus agressifs que d’autres, militaient plus haut et plus fort, et qui parfois, rarement, cherchaient à en découdre avec divers services d’ordre comme ceux de la LCR ou autres. Les enjeux étaient différents. À l’époque, les préoccupations de la communauté juive étaient centrées sur le sort des refuzniks, l’attentat de la rue Copernic, puis la première guerre du Liban. Mais voir la centaine de « skinheads » arborant de lourdes étoiles de David autour de leur cou de taureau, le regard au couteau, le poing serré, à l’image de leur emblème, et le verbe fulminant, évocation des diatribes de leur gourou assassiné à New York en 1990 par un islamiste, m’a, je dois l’avouer, laissé perplexe. De dos, ils évoquent d’autres crânes rasés. De face, on ne peut s’y tromper même s’ils invectivent d’autres juifs, insultent ceux qui les contredisent, provoquent des passants et des CRS qui n’attendent que ça. Plusieurs participants à la manifestation ont essayé de leur faire entendre raison, d’en appeler à « la fraternité » et à « la solidarité », ne réussissant à leur tour qu’à se faire arroser d’insultes. Pas de débats possibles avec eux, essayer serait malheureusement peine perdue, tout le monde l’aura compris. Pourquoi des centaines de manifestants se sont-ils laissés trainer par le bout du nez par ces voyous lorsque BHL est monté à la tribune en scandant « JCall dehors, BHL collabo » ! Lévy doit-il justifier son engagement à faire entendre raison aux différentes parties au conflit qui ensanglante le Proche-Orient ? Un homme qui évoque « le silence, en France comme ailleurs, sur l’incroyable attitude du Hamas qui, maintenant que la cargaison de la flottille a rempli son office symbolique, maintenant qu’elle a permis de prendre l’Etat juif en défaut et de relancer comme jamais la mécanique de sa diabolisation », a-t-il des preuves à apporter concernant ses sympathies ? Apparemment oui. Les responsables de la communauté juive française feraient bien de réfléchir aux agissements de ces groupuscules et à l’influence radicale qu’ils exercent déjà sur une partie du judaïsme français.

Tu veux du beau ballon ? Vote Mélenchon !

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Vous êtes particulièrement effondré par la prestation sportive et civique du Onze tricolore lors de cette coupe du monde 2010. Il y a une solution, et une seule, pour éviter lors de l’Euro 2012 une déception de la même ampleur. Mais avant, pour vous convaincre, regardons l’histoire des performances françaises en la matière depuis un quart de siècle. Les Bleus sont champions d’Europe une première fois en 1984 avec la plus belle équipe de l’histoire, celle de Platini entraînée par Hidalgo. Or, qui est au pouvoir ? François Mitterrand. L’incroyable épopée qui nous mènera ensuite à devenir champion du monde en 1998 a lieu alors que la dream team de Jospin (35 heures, CMU, emplois jeunes, baisse du chômage et croissance continue) dirige les destinées du pays.

Deux ans plus tard, en 2000, sous le même gouvernement, les Bleus réussissent un exploit unique : enchaîner ce triomphe par un autre, et être à nouveau champion d’Europe en battant l’Italie. On remarquera d’ailleurs que dans les deux cas, la ministre des sports, Marie-George Buffet, faisait partie des ministres communistes. Les conclusions s’imposent d’elles-mêmes : on gagne seulement quand une gauche très à gauche est au pouvoir. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire si vous voulez oublier le cauchemar Domenech et voir à nouveau la France victorieuse de l’Euro polono-ukrainien de 2012…

Une manif, et hop, au lit ?

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Référendum

Référendum

Baroud d’honneur or not baroud d’honneur ? That is indubitablement la question. Bon, OK, il y avait du monde dans la rue. Nettement plus que pour les précédentes promenades rituelles sur les retraites. Et pour cause: cette fois, il y avait vraiment de la colère dans l’air. Et portée par des coléreux qui sortaient en masse du casting standard des manifestants. Comme aux beaux jours de l’avant-Crise mondiale, comme le 29 janvier 2009, on a vu le petit peuple des salariés d’en bas se réapproprier le trajet République-Nation, trop souvent chasse gardée des bonzes syndicaux et de leurs obligés.

Contrat rempli, l’honneur des confédérations est donc sauf. Personne ne pourra prétendre qu’elles ont laissé passer le projet Woerth comme une lettre à la Poste d’avant son introduction au CAC 40. Ouf ! La gauche politique, elle aussi, sauve ses fesses. Présents en masse dans les cortèges, socialistes, communistes et mélenchonistes ont fait le job. On ne pourra pas dire qu’ils ont loupé le coche. Sauf que si.

L’efficacité du bulldozer gouvernemental

Car après ça, on fait quoi? Peut-on sérieusement croire à la proposition de Bernard Thibault, de « maintenir la pression pendant tout l’été » ? Ah oui, et comment ça ? Des manifs en short à Saint-Trop’ ? Des sit-in sous parapluie au Guilvinec ? Des merguez-parties citoyennes à Gérardmer ? Des ébats participatifs au Cap d’Agde?

Un peu léger comme perspective face au bulldozer gouvernemental. Soyons bon joueurs : on ne s’est pas privé d’asticoter ici les communicants de l’UMP et de l’Elysée pour leur gestion lamentable de l’affaire de l’EPAD ou de la nomination de Proglio à la tête d’EDF. Alors quand les mêmes se retroussent les manches, triturent leurs cervelles et font des miracles, on ne va pas contester le point. Scénarios-catastrophes fournis clés en main par des experts-au-dessus-de-tout-soupçon. Sondages maquillés comme une Porsche 911 d’occasion à 5 000 euros. Tartufferie de la réforme du régime des retraites parlementaires. Pâté d’alouette sur la mise à contribution des grandes fortunes. Complaisance récurrente des grands médias, y compris de gauche, quant à l’inéluctabilité de l’allongement de la durée de travail: à Libé ou au Monde, on adore compatir au sort des nouveaux pauvres, mais on n’a jamais assez de mépris pour les salariés qui défendent leurs acquis, pardon leurs privilèges… Le tout aura culminé avec la question à deux balles posée en chœur par tous les journaux à la veille de l’annonce du projet gouvernemental : « Est-ce que vous préférez 62 ans, comme le souhaite Sarkozy, ou plutôt 63, comme le préconise Fillon ? ». Autant nous demander si on préfère la grippe aviaire au choléra, Madame de Fontenay à Zahia, ou Domenech à Anelka… Mais ce choix ubuesque, force est de constater qu’il est rentré comme papa dans maman. Dont acte. C’est de façon magistrale et finaude que la droite aura traité ce feuilleton des retraites.

En face de ça, la gauche et les syndicats ne cessent depuis un an de se prendre les pieds dans le tapis. Faites le test autour de vous : personne n’est capable de résumer leurs propositions alternatives en quelques mots simples (tel le credo d’en face: retraite à 62 ans pour sauver le système). Faute d’avoir eu les coucougnettes de mettre à nu point par point la vulgate Essec-HEC-Sup de Co qui sous-tend la réforme (ce qui se comprend aisément, ce corpus nunucho-libéral est aussi de fond de commerce de DSK), nos degauche sont à poil. Résultat, hormis le maintien du statu quo, que l’opinion, et pas seulement celle qui vote UMP, juge intenable, on n’a rien à proposer, si ce n’est des garde-fous immédiatement récupérés et vidés de leur substance par le gouvernement (pénibilité pour de rire, taxounette sur les revenus du capital).

À défaut de savoir ce qu’on veut, il faut dire clairement ce qu’on ne veut pas

Est-ce à dire que toute cette mobilisation, à l’image de celle de janvier 2009 débouchera forcément sur le grand nulle part ? Pas obligé. À condition que les opposants s’opposent et cessent de se la jouer responsables et proposants. La seule issue, désormais, c’est de capitaliser et faire exploser le mécontentement, l’hostilité bien réelle des salariés à la réforme. Une excellente consœur suggérait mercredi soir chez Hondelatte sur RTL que plutôt qu’un énième slogan alambiqué, les syndicats devraient avoir un seul mot d’ordre inscrit sur les banderoles de tête des cortèges : Ré-fé-ren-dum ! C’est évidemment la voix du bon sens, et la seule façon pour la gauche de ne pas désespérer ses électeurs naturels, de ne pas leur prouver qu’ils auront bien raison de faire abstentionnistes en 2012.

Arrêtons de dire ce qu’on veut, ça ne le fait manifestement pas, mais disons fort et clair ce dont ne veut pas. Lors de sa campagne électorale, le président s’est formellement engagé à ne pas toucher à l’âge légal du départ en retraite. Il est revenu sur ses engagements, ce qui n’est pas très cool, mais qui, honnêtement, n’est pas un crime de haute trahison. Il n’est pas interdit de changer d’avis, mais alors, il est juste réglo de nous demander notre avis. Quand chez Canal Plus, chez Darty ou chez Orange, les termes du contrat changent en cours d’engagement, et bien on vous demande d’accepter ou de refuser les nouvelles clauses. Chiche, Nicolas ?

Nous voulons un référendum. On veut qu’on nous pose cette question toute bête : êtes-vous vous favorable, oui ou non au projet de loi sur les retraites? Et on veut juste avoir le droit de pouvoir dire non, non et non ! Ce n’est certes pas un programme très sophistiqué, c’est pas fouillé comme du Piketty ou sophistiqué comme du Badiou, mais purée, c’est facile à comprendre, populiste en diable et parole, le T-shirt « J’veux un référendum! », ça va faire un malheur sur les plages!

Le Monde, c’est de la marque !

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Le Monde

Le Monde

Longtemps, je me suis levé de bonne heure. Et sans rechigne, en plus, car c’est avec l’enthousiasme de la jeunesse que j’affrontais les petits matins blêmes pour rejoindre mon bureau au 4ème étage de l’immeuble sis 5, rue des Italiens, dans le neuvième arrondissement de Paris. Dès sept heures du matin, les trois journalistes chargés de l’Europe, qui partageaient le bureau avec une secrétaire, établissaient le « menu » du jour de leur secteur : papiers des correspondants, synthèse de dépêches d’agences, brèves, à 7h 25 le service au complet se réunissait autour de son chef, Jacques Amalric, le père de l’acteur qui ne l’était pas encore, pour établir le contenu des pages internationales en fonction de l’espace accordé par la rédaction en chef. En moins d’un quart d’heure, l’affaire était bouclée, les arbitrages rendus entre les continents dont les responsables avaient tenté de vendre au mieux les événements qui étaient survenus au cours des vingt-quatre heures précédentes. Le thème du  » bulletin de l’étranger », colonne non signée en « une » était également choisi, et sa rédaction dévolue à celui ou celle censé connaître la question.

Le Monde d’avant : alcool, tabagie….

Pendant que le chef descendait à la fameuse réunion debout dans le bureau du directeur du journal, qui était alors André Fontaine, le petit peuple des journalistes s’accordait une pause café au bistrot d’en bas, sur le boulevard Haussmann. Au comptoir, les ouvriers du livre en étaient déjà au café-calva avant de rejoindre le sous-sol abritant les rotatives et les linotypes alimentées au plomb fondu.
Peu après huit heures, le chef remontait avec le résultat des courses, en général fort peu différent du menu établi dans le service, sauf les jours où André Fontaine avait émis un avis sur l’ampleur à donner à un sujet, ou s’était mis en tête que le bulletin de l’étranger devait être consacré à une autre région du monde que celle proposée par les gens du quatrième…

Puis c’était trois heures la tête dans le guidon, en l’occurrence une machine à écrire Erika sur laquelle, avec deux doigts pour la plupart d’entre nous, nous rédigions brèves et synthèses, corrigions les papiers de correspondants parfois à peine francophones. Seul le rédacteur du fameux bulletin avait le droit de dicter son œuvre à la secrétaire qui disposait d’une machine à écrire IBM à boule, le grand luxe, avant de le descendre, tremblant, dans le bureau du directeur, qui ne manquait pas d’y porter ses corrections d’un stylo rageur sous le regard anxieux du rédacteur planté devant son bureau…

La matinée se terminait, après le bouclage, par l’apéro dans le bureau du chef (whisky ou champagne, selon les jours). Cela se passait dans les années quatre-vingt du siècle dernier, avant que les progrès de l’informatique, l’extension à l’infini des zones non-fumeurs et non-buveurs dans des locaux « paysagés » n’aient transformé une activité à visage humain en une chaine de production éditoriale en continu alimentée par des soutiers rongés par l’angoisse sur l’avenir de leur entreprise.

C’était l’époque où la plupart des journalistes ne sortaient pas des écoles censées former au carré les professionnels de la profession, mais atterrissaient là après des parcours plus ou moins chaotiques, dans les universités ou ailleurs, comme le chef du service étranger qui ne manquait pas de rappeler, avec son accent de Montauban qu’il avait « cassé du fell' » pendant vingt-huit mois dans les djebels, ou ce célèbre chroniqueur judiciaire dont les mains portaient encore les traces des tortures dans les locaux de la Gestapo.

Le principal quotidien maoïste

Ce Monde là n’est plus, et celui qui va être mis en vente vendredi porte, certes, le même nom que celui évoqué plus haut, mais n’a plus rien à voir avec ce qu’il fut jadis. Ce n’est plus un journal, c’est une « marque » dont des cadors de la presse et de la finance se disputent l’acquisition, pour la mettre au service de leur stratégie politico-économique, ou peut-être même, qui sait, pour la revendre avec une confortable plus-value après l’avoir « downsizée » grave.

Et pourtant, en jetant un regard rétrospectif sur cette institution à laquelle j’ai consacré près de vingt ans de ma vie, il me faut bien quitter la petite musique nostalgique fredonnée jusqu’ici pour faire litière de quelques idées reçues qui traînent dans les mémoires des vieux lecteurs du Monde et les jeunes têtes bien faites de Sciences-po. Par exemple que Le Monde d’Hubert Beuve-Méry était un parangon de vertu journalistique, où jamais l’idéologie ne prenait le pas sur l’exposé des faits et autres balivernes. Il suffit de se plonger dans les collections jaunies du journal du grand Beuve pour y découvrir des choses qui ne collent pas tout à fait avec l’image pieuse proposée à notre adoration. On constate, entre autres, que le journaliste chargé de couvrir le blocus de Berlin par les Soviétiques en 1948 était à la botte du haut commandement de l’Armée rouge à Berlin-Est, rendant compte des événements en paraphrasant les communiqués émis par les Russes.

À la fin des années soixante, l’enthousiasme du correspondant du Monde à Pékin pour la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne du grand timonier Mao Zedong ne connaissait de limite que celle du nombre de feuillets qu’on lui accordait pour en tresser les louanges. Des sinologues proches de l’Internationale situationniste désignaient alors Le Monde comme le principal quotidien maoïste paraissant hors de Chine, mais qui écoutait alors ces farfelus de René Vienet et Simon Leys ?

Ce ne sont là que deux exemples concernant la politique étrangère, mais on pourrait en trouver d’autres, en politique française par exemple, où Jacques Fauvet, successeur de Beuve-Méry prédisait à longueur de colonnes que le PCF allait garder son hégémonie sur la gauche pendant des décennies…

Tous ces péchés ont été absous au nom du rôle éminent joué par Le Monde dans la dénonciation des tortures perpétrées par des militaires français sur des membres du FLN pendant la guerre d’Algérie.

De grands journalistes lui ont, certes, apporté leur talent, mais Le Monde n’était pas à l’abri des nuisances causées par des médiocres ou des sectaires.

La propriété du personnel et le royaume des coups tordus

L’autre idée reçue à laquelle il convient de tordre le cou est celle consistant à poser le principe que la propriété de l’entreprise par son personnel est un garant de son indépendance rédactionnelle et de l’harmonie entre les diverses catégories contribuant à sa fabrication : ouvriers, employés et cadres administratifs, journalistes.

Pendant les deux décennies que j’ai passées au sein de cette rédaction, la guerre ouverte des clans déclenchée à l’occasion de la succession de Jacques Fauvet en 1982 , et celle d’André Fontaine en 1992 n’a pas cessé un instant : « julienistes» contre « amalriciens » d’abord, puis  » vernetistes » contre « colombanistes » se battaient pour le poste de directeur, et lorsqu’il était impossible de départager les poids lourds, un compromis se faisait autour d’un tiers, André Laurens, puis Jacques Lesourne, vite balayés par des complots ourdis dans l’ombre. Inutile de préciser qu’Edwy Plenel et Alain Minc se sont montrés plutôt habiles dans cet exercice où ils furent complices avant de se fâcher à mort.

Pendant ce temps-là, l’entreprise, jadis prospère, s’enfonçait dans un déficit structurel faute d’avoir fait les bons choix économiques, et ouvert son capital pour préparer l’avenir.

J’étais à peu près le seul à proposer, dans les années 1990, de dissoudre la Société des Rédacteurs, de vendre nos parts au plus offrant alors qu’elles valaient encore quelque chose, et de nous consacrer à plein temps à notre métier au lieu de nous épuiser en vaines querelles pour un pouvoir qui allait bientôt se révéler totalement illusoire…  » Si on avait su… » se lamentent aujourd’hui quelques-uns de mes collègues d’alors qui regardaient, effarés, de leur balcon de retraité, les exploits financiers et journalistiques du trio Colombani-Plenel-Minc, de l’esbroufe à la limite de la carambouille…

Lorsque le ministre des Finances peut vous mettre pouce en haut ou pouce en bas en coupant les crédits bancaires, on a tendance à le ménager, même s’il s’appelle Nicolas Sarkozy… Mais l’essentiel était sauf : le droit des journalistes de choisir le patron qui s’aplatira devant les puissants.

Cette hypocrisie va prendre fin dans quelques jours, et j’avoue que je me fiche complètement de savoir qui va l’emporter de BNP (Bergé Niel Pigasse) ou de POP (Perdriel Orange Prisa) pour accrocher la plume  » Le Monde » à son chapeau. Je préfère retourner dans le monde rassurant de mes souvenirs.

Gros sous et sous-marins

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sous-marin

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L’affaire des sous-marins vendus au Pakistan se corse : selon le juge Marc Trevidic, chargé de l’enquête sur l’attentat de Karachi au cours duquel 11 employés de la Direction des Constructions Navales (DCN) ont été tués en 2002. Des « rétro-commissions illicites » ont bel et bien été versées en marge de ce contrat géant d’armements. La confirmation par le juge d’instruction de ce qui était jusqu’alors des hypothèses de journalistes est sans doute un développement important dans cette affaire où le chef de l’Etat Nicolas Sarkozy, pourrait être impliqué. Ministre du budget dans le gouvernement Balladur à l’époque de la signature du contrat, Sarkozy est en tout cas mentionné dans la presse comme l’un des architectes du « contrat parallèle » et du mécanisme qui devait permettre le versement des rétro-commissions.

Onze hommes assassinés pour des pots-de-vin non versés ?

Sans minimiser l’importance de la dimension française de l’affaire on ne peut que s’étonner du silence sur la responsabilité pakistanaise. Si le juge Trevidic a raison, il faut en effet en tirer deux conclusions. La première est que certains hommes politiques français sont corrompus, ce qui est fâcheux. Mais il serait mille fois plus grave encore que des responsables politiques et militaires pakistanais aient froidement assassiné onze Français parce que le versement des pots-de-vin promis avait cessé. Selon la thèse de Trevidic, pour récupérer leurs sous, ces Pakistanais n’auraient pas hésité à tuer, histoire d’envoyer « un message » à Paris et exprimer leur mécontentement. « Strictly business, nothing personal ».

Nous aurions affaire ici à une bande de mafieux en costume-cravate ou en uniformes militaires, des gens dont la corruption est le vice le plus sympathique. Dans ces conditions, le silence devient assourdissant. Que l’implication des hommes politiques français dans cette affaire suscite l’intérêt des médias en France, rien de plus normal. Que personne ne dise rien sur le caractère atroce et abject des Pakistanais impliqués dans ce crime est un véritable scandale. Même les familles des victimes ne songent pas à manifester devant l’ambassade de Pakistan ou à réclamer des indemnisations de Karachi comme s’il était bien naturel qu’un Pakistanais ne soit pas un être humain responsable mais une bête sauvage réagissant mécaniquement à une provocation.

Un pays trop dangereux pour les journalistes

Il est vrai que la presse française ne peut pas enquêter au Pakistan, car la longévité d’un journaliste qui entreprendrait une telle mission se mesure en jours sinon en heures. L’exemple de Daniel Pearl du Wall Street Journal, est présent dans tous les esprits. Au cours de son enquête sur le parcours de Richard Reid (l’homme qui avait essayé de faire sauter un avion avec une charge explosive dissimulée dans ses baskets) au Pakistan, Pearl a été kidnappé et plus tard décapité par des islamistes dont certains entretenaient des liens un peu ambigus avec le ISI (Inter Service Intelligence), les renseignements pakistanais.

Le Pakistan est un pays trop important pour que la France puisse le sanctionner et encore moins rompre avec lui, ne serait-ce qu’en raison de son rôle et de son influence dans le conflit afghan. Mais si la France officielle, pour de raisons économiques et géostratégiques légitimes, est obligée d’avaler ce genre de couleuvres, les responsables politiques ont au moins le devoir de faire la lumière sur le rôle des services pakistanais dans ce meurtre prémédité. S’il faut faire des affaires avec eux, sachons au moins à qui on a affaire : à des barbares.

Retraite à 62 ans : une manip à la limite de l’acceptable

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Etonnants sondages… Le Figaro, et c’est de bonne guerre, a commandé à l’IFOP un sondage sur les retraites qui va évidemment dans le sens des mesures annoncées par Eric Woerth. On peut notamment lire que 58% des Français estiment « acceptable » le recul de l’âge de départ à la retraite à 62 ans. C’est intéressant, le mot « acceptable ». On sent qu’il a été choisi avec soin par les sondeurs. Ils n’ont pas bêtement demandé aux personnes interrogées si elles acceptaient la retraite à 62 ans, mais si elles la trouvaient « acceptable », ce qui n’est pas du tout la même chose.

Le suffixe en –able marque la possibilité et certainement pas la volonté et encore moins le désir. C’est à ces petits détails que l’on voit les grosses manipulations qui contribuent à entretenir dans la population l’idée qu’il n’y a pas d’autre politique possible. Et puis tout dépend, également, de la manière dont on pose la question et de l’alternative qui va avec. Si Causeur m’y autorisait, j’en commanderais un vite fait bien fait, moi, de sondage avec la question suivante : « Préféreriez-vous vivre dans une société réellement communiste ou que vos enfants se prostituent ? » J’ai comme l’impression que je pourrais titrer juste après sur le retour en force de l’hypothèse communiste…

Libé prend le maquis

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Villiers-le-Bel

Villiers-le-Bel

« Une bonne partie de l’antifascisme d’aujourd’hui (…) est soit naïf et stupide, soit prétextuel et de mauvaise foi ; en effet, elle combat ou fait semblant de combattre un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C’est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos »
Pier Paolo Pasolini[1. Ecrits corsaires, Flammarion, 1976.]

Ces derniers jours, la déroute des Bleus – qui ont rarement aussi bien porté leur nom- a éclipsé un événement médiatico-judiciaire potentiellement explosif. Un énième rebondissement de l’affaire Clearstream ? Les pérégrinations du couple Woerth ? Encore mieux : une pétition soutenant ouvertement des individus soupçonnés d’avoir tiré à balles réelles sur des officiers de police. Aux manettes, l’indécrottable Libération jadis parangon de la cause des peuples, aujourd’hui recyclé dans le libéralisme libertaire[2. Mutation qui fut remarquablement disséquée par Guy Hocquenghem dans sa Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary Club (1986).] à la sauce eurobéate. Au menu, une resucée mal digérée de Franz Fanon faisant des délinquants armés les nouveaux damnés de la terre.

Le tir aux pigeons sur flics justifié au nom du romantisme

Dès les premières lignes de l’appel, le ton est donné.

Jugez plutôt : « A Villiers-le-Bel, les 25 et 26 novembre 2007, un renversement s’est produit : ces gamins que la police s’amuse de mois en mois à shooter ont à leur tour pris leurs aises avec ceux qui les ciblent. Ces quartiers submergés par une occupation devenue militaire ont, un temps, submergé les forces d’occupation ». Vous ne rêvez pas : la France est un Etat néo- impérialiste qui s’ignore ! En lisant ce premier paragraphe, on hésite entre le rire et les larmes. Dans ce prêchi-prêcha mi-haineux mi-compatissant, Villiers-le-Bel est implicitement comparé à Gaza et le maintien de l’ordre républicain assimilé aux opérations coups de poings de l’armée israélienne. Last but not least, ce verbiage digne des Indigènes de la République traite l’institution policière de force d’occupation coloniale qu’il faudrait déloger desdits quartiers. En ressuscitant tous les poncifs du genre –de l’anticolonialisme à la Commune en passant par 1789- les signataires du manifeste justifient le tir aux pigeons sur flics au nom du romantisme révolutionnaire. Ils auraient pu se contenter de dénoncer les méthodes d’extorsion des aveux, qui furent apparemment aussi maladroits que brutaux, tant la police sembla agir dans l’urgence. Ou bien rappeler la présomption d’innocence des inculpés. Mais non, ces thuriféraires de la révolution bétonnée exigent carrément l’abandon de toute procédure judiciaire à l’encontre des tireurs.

Maniant l’art de l’euphémisme, ils persiflent dans la commisération à sens unique en confondant la défense du « peuple de Villiers-le-Bel » avec celle d’une minorité de sauvageons déstructurés qui forment le nouveau lumpenprolétariat urbain. Certes, la mort accidentelle de deux adolescents dans la collision de leur scooter avec un véhicule de police est une tragédie regrettable. Mais est-ce les honorer que de transmuer son chagrin et son indignation en haine anti-policière ? Les signataires du texte, pourtant avocats du Bien éternel et univoque, réhabilitent même la loi du Talion en justifiant l’injustifiable, ajoutant qu’il était de bonne guerre pour ces policiers infâmes que d’« avoir reçu quelques plombs dans l’épaisseur de leurs gilets pare-balles « . Dans un glissement sémantique comme seuls les professionnels de l’indignation en ont le secret, on dénonce la lutte contre les bandes comme une véritable « guerre aux banlieues » au racisme larvé. Les paisibles habitants des mal-nommées cités apprécieront.

Des révolutionnaires à petits pieds défendent les bourreaux du petit peuple

L’ironie de l’histoire veut en effet que des révolutionnaires à petits pieds défendent les bourreaux du petit peuple. Ceux-là mêmes qui empoisonnement le quotidien de millions de Français de toutes origines. Là où la sarkozie n’a que le flash-ball à la bouche, une certaine gôche bêbête répète l’erreur de Jospin en victimisant systématiquement les sauvageons. Quand bien même il s’agirait de les aider, la prise de conscience de leurs méfaits reste indispensable à toute rédemption ultérieure. Ce que Finkielkraut résuma un jour dans une formule lapidaire : « il faut leur faire honte pour les aider » !

D’ailleurs, si l’on veut entendre un autre son de cloche, laissons la parole à SGP-FO, bastion du néo-colonialisme cocardier, c’est bien connu. Sur son tract de soutien, on apprend que 96 gardiens de l’ordre se sont portés parties civiles après que cinq d’entre eux ont été visés par balles au vu et au su de tout le voisinage. « Un commissaire roué de coups, des bâtiments publics et des commerces détruits », est-ce cela la praxis révolutionnaire ?

En vérité, n’importe quel lecteur de Simon Leys reconnaîtra là la propagande classique des systèmes totalitaires. Ces derniers doivent gérer le mécontentement des masses en dévoyant leur colère pour la rediriger vers des ennemis imaginaires. Mao manipula ainsi le grondement des masses paysannes contre la bureaucratie du Parti-Etat en sacrifiant quelques hiérarques habilement choisis. La clé de voûte d’un tel procédé consiste à développer une fiction idéologique capable d’assurer le maintien du système. Dans la Chine communiste, il s’agissait de nettoyer le Parti des éléments « droitiers » ou déviationnistes. Or, la société qui nous gouverne sécrète sa propre pensée unique –sans intervention verticale d’un quelconque Big Brother- déclinée en autant de faux clivages. D’un côté, l’alliance de la droite d’argent et du patronat fustige la masse des fonctionnaires privilégiés et autres supposés profiteurs, afin de mieux compartimenter les luttes sociales et d’empêcher leur convergence. De l’autre, la gauche libérale se complait dans un angélisme anti-sécuritaire et une dévotion béate envers tout ce qui s’oppose à la « France moisie ».

Cette illusion paléo-jospinienne lui fait prendre des vessies pour des lanternes à mesure qu’elle substitue à l’idéal d’égalité l’imposture de la diversité ethnique. Multiculturelle, festive, délocalisatrice et privatisatrice, la gauche américaine se rapproche de plus en plus d’une droite en déshérence intellectuelle, qui n’a plus que les mânes du général De Gaulle pour tenter de faire illusion. Bref, forte avec les faibles (les pauvres hères qui voient leur entreprise délocalisée du fait de l’euro fort et du dogme libre-échangiste), la gauche boboïde se montre faible avec les forts. Les caïds des banlieues se gaussent à bon droit d’avocats aussi naïfs – ou qui feignent de l’être. À l’instar de certains qui bannissent toute critique de l’équipe de France sous prétexte de la couleur de ses joueurs, l’origine ethnique est régulièrement avancée comme facteur de victimisation perpétuelle. Comme si négrier désignait une couleur de peau et non la qualité sociale d’exploiteur !

La caillera, agent de la révolution… ultralibérale !

Heureusement, en marge des discussions de salon, il demeure un courant intellectuel socialiste lucide de la réalité des rapports de classes. Dans un texte resté célèbre, le philosophe Jean-Claude Michéa[3. La caillera et son intégration, 1999.] revenait sur le système d’exploitation mafieux que les caudillos des banlieues font subir à l’immense majorité de la population. En termes d’intégration économique, la caillera remplit pleinement son rôle. Elle fait subir son joug à des quartiers entiers où les immigrés figurent au nombre de leurs victimes – fait omis par les signataires de l’appel… En fait d’agent révolutionnaire, le voyou de base constitue le parfait télégraphiste du marché : « en assignant à toute activité humaine un objectif unique (la thune), un modèle unique (la transaction violente ou bizness) et un modèle anthropologique unique (être un vrai chacal), la Caillera se contente, en effet de recycler, à l’usage des périphéries du système, la pratique et l’imaginaire qui en définissent le Centre et le Sommet », précise Michéa. Autant dire que les hydres de l’UMP, à travers leur discours sécuritaire, apparaissent comme des quasi gauchistes lorsqu’on les met en rapport avec l’anarchisme libéral qui est celui des cailleras et de leurs avocats.

Il faut restaurer l’ordre dans les Territoires perdus de la République

Vouloir restaurer l’ordre et la sécurité dans les territoires perdus de la République est en soi un but louable. Sarkozy n’a pas pêché dans les objectifs affichés mais plutôt dans les moyens : politique du tout-carcéral, accent mis sur la seule répression, mépris de la question sociale, acceptation de fait de la privatisation de certaines zones de non-droit… Depuis 2002, la mayonnaise ne prend pas. Mais au lieu de prendre la droite sécuritaire au mot, une gauche intelligente devrait déjouer le piège qui lui est tendu et renoncer à l’angélisme. Restaurer la puissance de l’Etat de droit, renouer avec la police de proximité, conjuguer intelligemment prévention et répression, sans quoi toute conquête de l’ordre est d’avance condamnée.

Au lieu de cela, sous couvert d’antiracisme, les éternels traîne-patins du social-libéralisme défendent le pouvoir des bandes et l’oppression du peuple par les caïds. À croire qu’il faille brûler un gymnase ou des voitures de prolétaires pour se faire entendre… Michéa ironisait à raison contre « les intellectuels et les cinéastes de la classe dominante, dont la mauvaise conscience constitutive les dispose toujours à espérer qu’il existe une façon romantique d’extorquer la plus-value ».

In fine, prétendre que l’on mettra fin aux incivilités en se contentant d’injecter de l’argent dans les banlieues et/ou en promouvant des politiques de discrimination positive révèle l’erreur ontologique de la gauche sociétale. Prétendre réguler l’ensemble des relations sociales par les seules interventions du droit et du marché est une chimère libérale. Notons au passage que cette absence d’éthique personnelle, l’équipe de France de football n’a cessé de la pratiquer tout au long de la coupe du Monde. Insulter son supérieur, injurier le drapeau et l’hymne, cracher sur la Nation et mépriser les petites gens : n’en jetez plus, c’est le comportement subversif de l’hypercapitaliste de base.

À tel point qu’un seul nom semble manquer à la liste des premiers signataires de la pétition : celui de Nicolas Anelka….

Mondial : l’autre scénario

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Nicolas Anelka et Raymond Domenech
Nicolas Anelka et Raymond Domenech.
Nicolas Anelka et Raymond Domenech
Nicolas Anelka et Raymond Domenech.

11 juin, France-Uruguay : 2-0
Match disputé, mais la France marque dans le dernier quart d’heure par Anelka, et par Gourcuff dans le temps additionnel.

Elysée : « Finalement, la retraite, ce sera 63 ans. Pour commencer. Tu peux aller l’annoncer, Eric »

17 juin, France-Mexique : 3-1
Anelka blessé, c’est un festival de Ribery qui réussit son premier « coup du chapeau » avec un but à la 5ème minute, un deuxième juste avant la mi-temps et un troisième à la 67ème. Il a d’autant plus de mérite que l’exclusion de Gallas au bout de vingt minutes de jeu. On lui pardonne son individualisme forcené pour son insolente réussite dans les duels.

Elysée : « Le gel du salaires des fonctionnaires, c’est le bon moment, non ? Quand on voit ces jeunes types qui se défoncent sur le terrain, on ne va pas filer du blé à des feignasses de profs qui critiquent toujours tout. Nos joueurs nous invitent à nous dépasser, à prendre tous les risques. Il faut encourager ça. »

22 juin, France-Afrique du Sud : 6-0
Un carton plein. Tout le monde, ou presque, a pu mettre son but. Ribery, Anelka, Gourcuff, Malouda (2 fois) et même Thierry Henry rentré pour les dix dernières minutes. Dommage qu’un but d’Evra ait été refusé pour hors-jeu, on aurait égalé le carton du Portugal contre la Corée.

Elysée : « On la fait passer maintenant, la TVA à 15% sur l’alimentation ? Bon, Brice et Eric, vous pouvez peut-être vous bougez les miches, là, pour les expulsions ? Personne ne verra rien, de toute façon… »

26 juin, huitième de finale, France-Corée du Sud : 3-2
Un match difficile. Les Coréens ont ouvert le score dès la première minute de jeu par Park. On en est encore de 2 à 1 à la mi-temps. Heureusement, Malouda et Henry remettent les pendules à l’heure à la 55ème et à la 59ème minute.

Elysée : « Mais si, mais si, on peut étouffer le scandale de la femme d’Eric Woerth qui gérait la fortune Bettencourt. Et dites à Christian que s’il veut se goudronner les poumons aux frais du contribuable, il n’y a pas de problèmes. Tant qu’il garde son souffle pour le Grand Paris, il peut bien en fumer dix par jour, de ces barreaux de chaise. On ne lui demande pas de courir sur le terrain, hein. Putain, on peut lui dire merci à Raymond ! Je ne vais pas être obligé de le nommer à la place de Roselyne, tout de même. Si ? Ah, dis-moi, François, pendant qu’on y est, tu ne veux pas l’annoncer discrètement la liste de déremboursement de cent-cinquante médicaments ? »

2 juillet, quart de finale, France-Serbie : 1-1
La France gagne par 6 tirs au but à 4. Match très rude. En plus, deux jours auparavant, il y a eu un problème avec Gourcuff. Ribery l’a dénoncé par ce qu’il lisait un livre en cachette au lieu de jouer à la Wi. Domenech l’a interdit d’entraînement : -Tu n’es plus un exemple pour la jeunesse, Yohann. Tu…Tu lis ! )

Elysée : « Tu te dépêches pour le projet de loi sur la semaine à 45 heures, Eric ? Et Luc Châtel, qu’est-ce qu’il attend pour annoncer la suppression automatique des allocs aux familles des absentéistes et des délinquants. Il me le ressort quand, là, son nouveau statut du prof automatiquement bivalent. Et puis tiens, qu’il passe en force avec sa journée à l’allemande. Foot pour tout le monde l’après-midi et liquidation de la philo et des sciences éco. Allez, allez, faut pulser, là… »

6 juillet, demi-Finale, France-Brésil : 1-0
Match assez violent avec cinq cartons jaunes et deux rouges. Un pour Kaka et un pour Loris, le gardien, dans les prolongations. On échappe à la catastrophe sur un but très litigieux de Thierry Henry dans les toutes dernières secondes. Un but de la main, comme d’habitude. )

Elysée : « Ah, que c’est bon, trois millions de Français dans la rue ! Oubliées les manifs du 24 ! Je les ai à ma pogne, les syndicats ! Eric, tu me prépares un projet de loi pour en finir avec les CDI. On va aller vers le contrat unique, là. Et remonte le bouclier fiscal, pendant qu’on y est…Tout passe, en ce moment… »

11 juillet, finale, France-Argentine : 2-0
La sélection de Maradona, épuisée, est sur les genoux et joue très mal. Doublé d’Anelka à la 13ème et à la 89ème minute. La France est championne du monde.

Elysée : « Je vous le dis les mecs, c’est le moment où jamais pour des élections présidentielles anticipées en septembre. Vous avez vu les sondages ? Non, mais vous avez vu les sondages ? Je vais passer les doigts dans le nez ! »

Tribulations d’un euro en Europe

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Pièce d'un euro
"Si ce type pouvait s'arrêter de me tripoter avec sa main moite."
Pièce d'un euro
"Si ce type pouvait s'arrêter de me tripoter avec sa main moite."

4 janvier 2002 : Saint-Malo
J’aurais pu tomber plus mal. Pour mon début dans la vie, je me retrouve dans une boulangerie de Saint-Malo. La boulangère m’a retirée du rouleau et m’a regardée un peu perplexe. « Ça ressemble à une pièce de 10 balles ! On va encore confondre… », a-t-elle soupiré.

Je ne suis pas restée longtemps dans le tiroir-caisse. J’ai fait partie de la monnaie rendue par la boulangère sur un billet de 100 francs tout crasseux donné par une vieille dame assez chic qui venait acheter une galette des Rois. Elle a parlé avec la boulangère. Elle était contente parce que ses enfants allaient venir déjeuner. Elles ont aussi dit du mal de moi. Que je leur compliquais la vie !

La boulangère a tapé sur une petite calculette bleue pour faire la conversion. C’est comme ça que j’ai appris que je valais 6,55957 francs. Vous vous rendez compte ! Je crois bien que je suis… comment dire ? Oui, c’est ça, que je suis unique en mon genre. Voilà : je suis la monnaie unique !

Il n’empêche : la vieille s’est trompée en prenant sa monnaie et m’a mise avec les francs.

L’atmosphère a été glaciale. J’ai entendu une pièce de 5 dire assez fort pour que je l’entende : « J’ai quand même plus de gueule que cette petite ronde, non ? » Et puis une pièce de 1 franc a craqué : « Tu es qui, toi, d’abord ? Tu sais quel âge j’ai ? J’ai été frappée en 1961 ! Je connais ce pays comme personne ! J’ai une mémoire, moi, ma fille. En 68, figure-toi que je me suis retrouvée dans la poche de Jacques Chirac qui négociait en loucedé avec la CGT. Oui, celui qui est président, maintenant. Tu ne peux pas en dire autant, toi ! »

21 avril 2002 : Paris
Si ce type pouvait arrêter de me tripoter avec sa main moite dans le fond de sa poche, ça m’arrangerait. C’est fou ce qu’il est nerveux avec l’heure qui avance. Il est 19 h 30. D’après ce que j’ai compris, on est rue Saint-Martin, à l’Atelier, et ce grand frisé à l’air pas marrant qui me triture spasmodiquement, ça ne va pas fort pour lui.
Je repense aux derniers mois. Par rapport à mes copines, je n’ai pas eu tellement de chance. La vieille dame, celle de la galette des Rois, m’a donnée le jour même à son petit-fils qui m’a mise dès son retour à Paris dans une tirelire où je me suis retrouvée tout seule.

La semaine d’après, deux ou trois gamines de 50 centimes sont venues me rejoindre. Elles m’ont dit des trucs incroyables. Elles avaient fait des rencontres superbes : des jolies pièces qui venaient d’Italie, d’Espagne et de Belgique. Toutes très jolies, très propres sur elles. Une Luxembourgeoise nous a aussi rejointes. Très snob, parce que rare.

On s’ennuyait sec dans cette tirelire. Le petit-fils n’économisait pas beaucoup. Il devait claquer tout son argent de poche pour s’acheter des carambars. Il paraît qu’à cause de moi, tout a augmenté…

[access capability= »lire_inedits »]Fin février, une pièce grecque de 2 euros est arrivée. Elle baillait tout le temps. Il a fallu lui tirer les vers du nez pour avoir quelques infos. C’était quoi, sa face nationale ? Elle a daigné répondre qu’elle représentait « l’enlèvement d’Europe par Zeus ». J’ai pensé que c’était tout de même pas très bon signe pour nous, ça, « l’enlèvement de l’Europe »…

Non vraiment, elle était indolente. Elle était arrivée dans la tirelire directement rapportée de Santorin par une grande sœur en voyage scolaire. Elle nous a parlé du grand bleu, des heures à traîner au soleil sur une coupelle blanche dans l’odeur du poulpe grillé, de l’ouzo et des citronniers. Une des filles, la Luxembourgeoise de 20 centimes, lui a fait remarquer que ça ne faisait pas trop sérieux, tout ça, pour une monnaie forte, et la Grecque lui a dit de se taire et qu’elles n’avaient pas gardé les paradis fiscaux ensemble. La Luxembourgeoise a boudé. Bonjour l’ambiance.

C’est seulement il y a une petite semaine que le môme, pris d’un coup de folie, nous a dépensées dans une bijouterie fantaisie pour acheter un bracelet à son amoureuse. Et deux jours plus tard, je me suis retrouvée dans la poche du grand frisé.
Je me suis aperçue qu’il n’y avait plus de francs et c’est une toute petite gamine de 1 centime qui m’a expliqué que les francs n’avaient plus cours depuis le 17 février. Bon débarras !

Mais ça y est, voilà que le grand frisé me fait tourner à toute vitesse entre ses doigts, au fond de la poche.

Il y a plein de monde dans le bureau :
« − Alors, c’est foutu ?
− Je crois que oui, Lionel… On peut attendre les grandes villes avant que tu réagisses, mais…
− Ça va, j’ai compris, Gérard. C’est toi le spécialiste des sondages, tu m’avais prévenu. J’aurais dû t’écouter et accepter la proposition de Taubira. »

On sort. Il me laisse tranquille au fond de sa poche. Il commence à parler dans un silence de mort.
− « … j’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique… »
Des cris. Des pleurs. Des larmes. Un instant, je me dis que, si ça se trouve, tout ça, c’est de ma faute.

5 décembre 2003 : Tarbes
Sale année. Le grand frisé m’a donnée pour acheter un journal quand il est retourné se reposer à l’île de Ré. Je me suis retrouvée dans la poche d’un ingénieur. L’ingénieur, revenu de vacances en pleine canicule, avec des vieux qui mourraient partout, a appris que son entreprise délocalisait. Sa femme s’est barrée avec les enfants. Il s’est laissé aller et je me suis retrouvée à la rue avec lui. Il m’a filé à un autre SDF en échange de deux kils de rouge. Mon nouveau SDF est descendu vers le sud. Mais l’hiver nous mordait les talons. On est arrivé à Tarbes. Il ne faisait pas plus chaud et mon SDF était de plus en plus faible. Il s’est assis sur un banc du square de la Cathédrale et il est mort de froid la nuit dernière. Il s’appelait Jean-Marc.

2 septembre 2004 : Saussignac
J’ai du sang partout. Je ne crois pas que l’inspecteur du travail qui m’a récupérée en achetant un paquet de cigarettes avait prévu de se faire tuer par un agriculteur avec de la chevrotine gros grains. Ça va encore être de ma faute, je le sens. Je commence à déprimer. Je me ternis.

14 novembre 2005 : Clichy-sous-Bois
Je suis remontée vers le nord. Banlieue parisienne. Je traîne toute la journée dans un treillis de CRS. C’est l’état d’urgence depuis une semaine. Il n’a même pas le temps de revenir à la caserne pour me glisser dans la machine à café. Ça sent le brûlé un peu partout. Ça sent l’émeute.

7 mars 2006 : Rouen
Ça va mieux. Un jean d’étudiante en économie de Rouen qui manifeste contre le CPE. C’est chaud et joyeux. En plus, elle a des projets de vacances en Irlande.

14 septembre 2007 : Irlande
L’étudiante m’a laissée dans un pub de Galway. Dommage. Je suis restée coincée sur cette île un peu trop pluvieuse. J’ai rencontré des Portugaises de 10 centimes qui avaient vraiment le mal du pays. Mais là, retour en France ! C’est la Coupe de monde de rugby et un supporter du XV du Trèfle vient de me laisser à un vendeur de frites du Stade de France.

10 novembre 2008 : Clairoix
Panique générale ! C’est la crise des subprimes ! Du coup, l’économie réelle en prend un coup. Et me voilà de nouveau enfermée. Cette fois-ci, c’est dans un pot à café avec d’autres pièces et quelques billets. Je suis dans un HLM à Clairoix, près de Compiègne, et je crois comprendre que je fais partie des économies de bout de chandelle d’un ménage ouvrier de chez Continental.

10 juillet 2009 : Salonique
Finalement, ils m’ont dépensée chez le pharmacien. Qui est parti en Grèce en vacances et, coïncidence, parmi les millions de pièces en circulation, voilà que je retrouve ma copine grecque de 2002, dans le tablier d’un serveur de Salonique. Elle a à peine vieilli !

5 mai 2010 : Athènes
Athènes est à feu et à sang. Les Grecs et d’autres parlent de se débarrasser de nous. Un manifestant chargé par la police vient de me perdre dans le caniveau. Un chien passe et me pisse dessus dans la fumée des lacrymos.
J’ai comme l’impression qu’on ne m’aime plus beaucoup. Qu’on me déteste, même, pour dire les choses comme elles sont.[/access]

Tous ensemble, tous ensemble !

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Contrairement à ce qu’il avait annoncé il y a quelques jours, Le PS a finalement renoncé à retransmettre hier après-midi le match France-Afrique du Sud dans la cour de Solferino. Un lâchage que l’UMP déplore: d’après Dominique Paillé, celle prévue sur écran géant au siège de l’UMP a été maintenue, a-t-il annoncé, tout en déplorant le comportement des joueurs tricolores. Quant au PCF, il a carrément organisé un point de presse exclusivement consacré à la « faillite générale » des Bleus. De son côté, François Bayrou prend de la hauteur et explique sans rire « Le naufrage de l’équipe de France nous dit quelque chose des faiblesses de la France ». Pendant ce temps la sur I-Télé, JMLP réclame la tête de Bachelot sur un plateau…

Merci donc à Raymond Domenech, à Jean-Pierre Escalettes et aux Bleus de nous avoir offert un moment trop rare d’unité nationale, comme on n’en n’avait pas vu depuis le 12 juillet 2008.