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Il faut sauver le soldat Shalit

Il faut sauver le soldat Shalit
Peinture murale représentant Gilad Shalit, dans la ville de Gaza. Photo Flickr / plasmastik.
Peinture murale représentant Gilad Shalit, dans la ville de Gaza.
Peinture murale représentant Gilad Shalit, dans la ville de Gaza.

Ils sont venus, ils étaient presque tous là, cette semaine au Trocadéro, pour manifester le soutien de la communauté juive de France à Israël et surtout marquer les quatre ans de l’enlèvement du soldat Shalit, captif depuis le 25 juin 2006 quelque part dans le minuscule territoire de Gaza, 36 km de long pour 10 km de large. Première grande manifestation officielle depuis l’épisode du Mavi Marmara. Jusque-là rien à dire. Les différents orateurs se sont succédé à la tribune après les danses folkloriques d’usage – et d’un autre âge[1. Comme me l’a fait remarquer Alain Finkielkraut avec son inimitable drôlerie, tout en disant son émotion d’avoir été présent à cette manifestation (où je n’étais pas), “avec les juifs, tout finit en bar mitzvah”. Notons que notre ami (dont Patrick Anidjar n’a pas entendu l’intervention) a été acclamé lorsqu’il a déclaré qu’aujourd’hui, tout le monde devrait être sioniste mais que l’assistance a tangué lorsqu’il a ajouté que le sionisme n’était pas synonyme d’alignement sur la politique de tout gouvernement israélien. C’est pour ce courage qui consiste à dire à ses amis ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre qu’on l’admire, notre FInkie. Et pour bien d’autres choses encore. EL ] – ont évidemment fait vibrer un public tout entier acquis et qui ne sait ou ne veut ou ne peut voir combien Israël s’est métamorphosé depuis le temps lointain des pionniers. Entre temps, rappelons-le, il y a eu d’autres guerres, l’occupation a fait des ravages, le clivage entre religieux et laïcs s’est creusé, de plus en plus de pauvres et de riches, de plus en plus de divorces, de moins en moins de kibboutzim. Un autre pays.

Les presque antisémites : le concept qui vient de sortir

D’une voix vibrante, des dirigeants communautaires ont expliqué au micro qu’Israël est “la seule démocratie” du Proche-Orient et que c’est la raison pour laquelle “on observe le moindre de ses faits et gestes”. Applaudissements. D’autres ont préféré jeter à la vindicte une liste de personnalités françaises, que je choisis délibérément de ne pas nommer, qui sont de l’autre camp, celui des “ennemis”. Au passage, ces mêmes personnalités dîtes hostiles, se sont vues affublées d’un nouveau concept qui n’a surpris que certaines ouïes particulièrement affûtées : “presque antisémite” ou encore “quasiment antisémite”. C’est nouveau, ça vient de sortir, comme disait un autre inventeur de concepts, plus drôle celui-là. Il y avait les philo-sémites, les antisémites, voilà désormais les presque-antisémites. Un vrai casse-tête en perspective pour les instituts de sondage. Mais le message est passé. La foule, “presque” ou “quasiment” dans son ensemble, fut conquise et en repartit revigorée. Le monde entier est toujours contre nous, tout est donc dans l’ordre normal des choses, rentrons chez nous. Pardon, j’allais oublier le petit Shalit.

Rappelons d’abord que ce conscrit, capturé par les brigades Ezzedine al-Qassam, le bras armé du Hamas qui contrôle Gaza depuis son coup de force de juin 2007, vit depuis 4 ans confiné dans une cache inaccessible, bien gardée et entourée d’explosifs. Les services secrets israéliens savent probablement où il se trouve bien qu’il ait été déplacé au moins trois fois, lorsque la probabilité d’une opération israélienne pour le libérer grandissait. Tout porte à croire que si une telle opération avait eu lieu, le jeune Gilad, 19 ans lors de son enlèvement, ne serait plus de ce monde, ses ravisseurs préférant probablement mourir plutôt que le relâcher à la force du fusil.

Un prisonnier de guerre privé de la protection des lois de la guerre

Gilad est un soldat, capturé par des hommes armés, dans une conjoncture guerrière sans équivoque. Et pourtant aucune des lois en vigueur dans un conflit ne sont appliquées à cet otage. La Croix Rouge n’a pas été autorisée par le Hamas à lui rendre visite ne serait-ce qu’une seule fois. Un message audio en 2007 et une vidéo en 2009 ont simplement permis de confirmer qu’il était bien en vie à ces différentes périodes et en bonne santé. Mais depuis octobre dernier, aucune information relative à son état n’a été publiée.

L’actuel Premier ministre Benjamin Netanyahu promet régulièrement de “tout mettre en œuvre pour le faire libérer”, mais associe systématiquement son propos à son refus de céder à toutes les exigences du Hamas : la libération de centaines de détenus palestiniens dont des responsables d’attaques sanglantes contre des civils et des militaires israéliens. “Nous ne libérerons pas de prisonniers pour les relâcher là où ils pourront tuer des Israéliens”, a déclaré le Premier ministre devant une commission parlementaire. Netanyahu et son cabinet sont cependant d’accord pour libérer 450 prisonniers, une proposition soumise au Hamas par un médiateur allemand et qui est pour l’heure sans réponse.

Résultat : deux Premier ministres, deux ministres de la Défense et deux chefs d’état-major se sont déjà succédé aux commandes depuis sa capture. Et rien ne permet de penser que cet état de fait va s’améliorer, chacune des parties campant sur ses positions. “Après 4 ans, il est temps de prendre la décision qui s’impose même si elle est impopulaire et même si cela ne fait plaisir à personne de voir de dangereux terroristes remis en liberté”, s’est récemment emporté le père du soldat, Noam Shalit, dans un entretien à Haaretz. M. Shalit ne cherche plus à masquer sa colère vis-à-vis du Premier ministre, surtout après l’annonce de ce dernier d’un allègement du blocus sur la bande de Gaza. Netanyahu apprend apparemment à céder aux pressions internationales, surtout après le fiasco de la flottille turco-humanitaire. Ce n’est donc pas par hasard que les manifestations pour la libération de son fils se terminent systématiquement par des marches convergeant vers la résidence du Premier ministre à Jérusalem où est par ailleurs en permanence dressée une tente de veille.

Shalit n’est pas Clotilde Reiss

Et à Paris, la communauté juive a manifesté. Notamment sa colère à l’encontre du pouvoir français accusé de ne pas en faire suffisamment pour sauver le soldat israélien des mains de ses ravisseurs. Une requête qui pourrait s’expliquer par le fait que le jeune sergent est aussi détenteur d’un passeport français. Autre grief : le refus de la mairie de Paris d’accrocher un portrait géant du militaire israélien sur la façade de la mairie de Paris. Ce qui a valu à Anne Hidalgo, adjointe au maire, de se faire conspuer aux cris de “la photo à la mairie”. Rappelons par souci d’équité que la famille Shalit a été reçue à plusieurs occasions à l’Elysée, que M. Sarkozy n’a jamais fait l’économie d’une déclaration en faveur de la libération du jeune homme, que le soldat a été fait citoyen d’honneur de la ville de Paris et que son portrait est dressé dans les jardins Yitzhak Rabin dans le Parc de Bercy (12e arrondissement). Une médiation française via Damas a aussi permis de lui faire passer des lettres et de recevoir des messages. Mais tout ceci n’a pas apaisé les critiques communautaires à l’égard du pouvoir français qui aurait été plus actif pour régler le dossier Clotilde Reiss. Des critiques d’autant plus étranges que Shalit n’est pas Clotilde Reiss pour laquelle le gouvernement français avait d’excellentes raisons d’intervenir directement et de tout son poids si l’on en juge par des déclarations fin mai d’un ancien agent de la DGSE selon lesquelles la jeune étudiante française avait fourni des informations à l’ambassade de France en Iran, notamment pendant les manifestations de l’opposition. Il revient directement au gouvernement israélien de veiller à faire respecter cette loi d’airain en vigueur de son armée : ne jamais laisser personne en arrière, ni morts ni prisonniers tombés entre les mains de l’ennemi. Dommage qu’on n’ait pas à Paris scandé de slogans enjoignant Benjamin Netanyahu de prendre ses responsabilités en écoutant les parents de Gilad Shalit.

Des skinheads arborant l’étoile de David

Mais j’ai gardé le meilleur pour la fin. Bernard-Henri Levy est un ardent défenseur d’Israël. Il le fait autant à Paris qu’à l’université de Tel Aviv, ce qui n’est évidemment n’est pas du goût de tous. Mais pas de ceux que vous croyez. Il ne s’agit ni de Christophe Ayad, ni de Pascal Boniface, qui polémiquent avec lui en toute courtoisie (Libération du 23 juin) après la publication de sa tribune “Pourquoi je défends Israël”, ni de ses détracteurs habituels. Mais plutôt de certaines franges de la communauté juive de France, marginales, certes comme le sont souvent les franges, mais extrêmement bruyantes et en fin de compte nuisibles.

A l’étranger depuis de longues années, cela faisait des lustres que je n’avais assisté à un rassemblement pro-israélien en France. J’avais de l’époque un vague souvenir de quelques-uns de mes coreligionnaires qui se montraient plus agressifs que d’autres, militaient plus haut et plus fort, et qui parfois, rarement, cherchaient à en découdre avec divers services d’ordre comme ceux de la LCR ou autres. Les enjeux étaient différents. À l’époque, les préoccupations de la communauté juive étaient centrées sur le sort des refuzniks, l’attentat de la rue Copernic, puis la première guerre du Liban. Mais voir la centaine de “skinheads” arborant de lourdes étoiles de David autour de leur cou de taureau, le regard au couteau, le poing serré, à l’image de leur emblème, et le verbe fulminant, évocation des diatribes de leur gourou assassiné à New York en 1990 par un islamiste, m’a, je dois l’avouer, laissé perplexe. De dos, ils évoquent d’autres crânes rasés. De face, on ne peut s’y tromper même s’ils invectivent d’autres juifs, insultent ceux qui les contredisent, provoquent des passants et des CRS qui n’attendent que ça. Plusieurs participants à la manifestation ont essayé de leur faire entendre raison, d’en appeler à “la fraternité” et à “la solidarité”, ne réussissant à leur tour qu’à se faire arroser d’insultes. Pas de débats possibles avec eux, essayer serait malheureusement peine perdue, tout le monde l’aura compris. Pourquoi des centaines de manifestants se sont-ils laissés trainer par le bout du nez par ces voyous lorsque BHL est monté à la tribune en scandant “JCall dehors, BHL collabo” ! Lévy doit-il justifier son engagement à faire entendre raison aux différentes parties au conflit qui ensanglante le Proche-Orient ? Un homme qui évoque “le silence, en France comme ailleurs, sur l’incroyable attitude du Hamas qui, maintenant que la cargaison de la flottille a rempli son office symbolique, maintenant qu’elle a permis de prendre l’Etat juif en défaut et de relancer comme jamais la mécanique de sa diabolisation”, a-t-il des preuves à apporter concernant ses sympathies ? Apparemment oui. Les responsables de la communauté juive française feraient bien de réfléchir aux agissements de ces groupuscules et à l’influence radicale qu’ils exercent déjà sur une partie du judaïsme français.


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Patrick Anidjar, journaliste et écrivain, a travaillé en Europe, au Proche-Orient et aux Etats-Unis pour une agence de presse internationale. Il a collaboré à de nombreux médias français, européens et canadiens. Il est l’auteur d’un livre paru en 2008 aux éditions du Seuil, <em>La Bombe Iranienne, Israël Face à la Menace Nucléaire.</em>

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