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Poudre miraculeuse à Lourdes

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C’est le genre de scénario ou de synopsis que vous refusent systématiquement éditeurs et producteurs. Un réseau international de trafic de cocaïne vient d’être démantelé à Barcelone après qu’un important laboratoire de raffinage y a été découvert. La drogue provenait pour l’essentiel du Paraguay et de la République Dominicaine. Pour éviter d’attirer l’attention et multiplier les voies d’accès en Europe, les trafiquants avaient également décidé d’utiliser de faux pèlerins qui passaient par Lourdes avant de revenir en Catalogne par autobus.

L’Eglise refuse pour l’instant de se prononcer sur une éventuelle hausse des apparitions de la Vierge consécutive à ce trafic. On ne saura donc pas si la religion est désormais la cocaïne du peuple mais ce dont on est certain, c’est que pour les trafiquants, il n’y a pas eu de miracle.

La casse du siècle

Bon, je sais que tout le monde est très occupé, cet été, avec la guerre civile.
Je voulais juste signaler au passage que la France a vu en 2009 la destruction de près de 256 000 emplois. C’est vrai, ce n’est pas très important quand on sait qu’Hannibal est à nos portes et que des feux nourris éclatent chaque nuit aux quatre coins du pays à cause de voyous bientôt apatrides, sauf les brigands qui pourront exciper d’au moins trois générations d’honnête truanderie, si j’ai bien compris le raisonnement présidentiel. Mais tout de même, 256 000, c’est tout de même beaucoup, non ?

La population d’une grande ville

Bon, on sait, ça ne veut pas dire 256 000 chômeurs de plus mais le chiffre a quelque chose d’inquiétant, je trouve. 256 000, tiens, c’est à peu près la population d’une grande ville. Une grande ville comme Grenoble, par exemple. Avant, Grenoble était célèbre pour son gratin, ses noix, ses jeux olympiques d’hiver et accessoirement pour avoir vu naître Stendhal. Maintenant, elle est entrée dans l’histoire pour ses braquages de casino, ses snipers suburbains qui mettent en danger la République, et ses discours sécuritaires qui inventent une nouvelle conception de la nationalité et ses brillantes opérations de police qui ont eu pour premier résultat l’arrestation de quatre braqueurs ou complices présumés à la Villeneuve, tous relâchés. On imagine qu’il en ira de même pour les arrestations télévisées de mardi matin …
Ah j’oubliais, la police grenobloise a aussi arrêté et gardé à vue trois jeunes communistes qui collaient des caricatures de Sarkozy. Sarkozy veut bien qu’on caricature le Prophète au nom de la liberté d’expression comme il le déclara au moment du procès intenté à Charlie Hebdo mais il ne veut pas qu’on le caricature lui. Sans doute parce qu’il sait que nul n’est prophète en son pays et que 2012 approche ou alors parce qu’il estime qu’en matière de caricatures, on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Je tiens tout de même à féliciter la police grenobloise : parvenir à trouver trois jeunes communistes d’un seul coup en plein cœur de l’été est un véritable exploit qui me réchauffe le cœur et me rend confiance en la vitalité du PCF. Et puis, c’est un double exploit, parce que la police grenobloise, malgré son nouveau préfet que l’on nous a présenté comme l’inspecteur Harry de l’Isère, en plus pêchu, eh bien figurez vous qu’elle n’a pas le droit à un poste en plus, comme nous l’apprend Europe 1 (qui n’est pas spécialement une radio d’opposition) et même va perdre 21 policiers de terrain d’ici la fin de l’année. Comme quoi, le cœur sécuritaire a ses raisons que la raison budgétaire ne connaît pas.

Dis, c’est quoi l’industrie ?

Les 21 policiers grenoblois ne sont évidemment pas comptabilisés dans les 256 000 destructions d’emploi de 2009. Pas plus que les profs ou les fonctionnaires – si on devait en plus compter ceux-là (en gros 120 000 d’ici la fin du quinquennat), on arriverait facile à deux fois la population de Grenoble. Les 256 000 destructions d’emploi de 2009, un peu comme le niveau atteint sur le droitomètre national depuis quelques semaines, sont un record depuis l’après-guerre. Ce sont des chiffres communiqués par Pôle Emploi, qui lui-même en a détruit pas mal des emplois. La fusion de l’ANPE et de l’ASSEDIC a en effet produit de brillants résultats dont peuvent témoigner tous les chômeurs.

Le gros du bataillon du cercle des emplois disparus est fourni par le secteur industriel. L’industrie, vous vous rappelez ? Non ? Pas trop ? C’est vrai qu’on n’en voit plus beaucoup. Dans certaines régions, même, il faut demander aux anciens de raconter. Dis, comment c’était l’industrie, grand-père ? Mais le grand-père ne répond pas souvent. Il essaie de comprendre ce qui se passe. Il a été mis à la préretraite par son patron avec les aides de l’Etat à 54 piges en moyenne et là, quand la télé a fini de lui monter comment son pays est devenu l’Irak, on lui explique très vite qu’il va falloir que la génération d’après bosse jusqu’à 62 ans (en fait, 67) alors qu’aucun de ses petits-fils n’a encore trouvé de boulot et que tous passent leur temps à faire des cartons sur les forces de l’ordre. Classes glandeuses, classes dangereuses ?

L’Industrie, c’étaient des usines. Les usines étaient des endroits où des ouvriers travaillaient. Ils construisaient des voitures, coulaient de l’acier ou fabriquaient des machines-outils. C’étaient aussi des chantiers où ils construisaient des logements sauf pour les gens du voyage qui passent leur temps à forcer des barrages de police entre deux vols de poules, deux jettatura et l’achat d’une Mercédès dernier modèle. Les ouvriers avaient souvent des revendications. En ce temps-là, savoir si leur voisin était algérien, français ou italien les préoccupait moyennement. Ce qu’ils cherchaient, c’était à obtenir la meilleure paie possible face à un patron qui cherchait à obtenir la meilleure productivité possible. Chacun était dans son rôle et les Renault étaient fabriquées en France. Ensuite, les Renault ont été fabriquées en Roumanie parce que l’ouvrier français était trop cher. L’ouvrier a alors quitté son bleu de travail et on lui a fait remarquer, pour qu’il pense à autre chose, on lui a fait remarquer que sous son bleu, untel était Noir, untel était Arabe et untel était Blanc. C’est comme ça, pour faire vite, que le Front National est à 15 % depuis bientôt trente ans.

Schumpeter for ever !

Le libéral, quand on lui dit 256 000 destructions d’emploi, est un peu comme la Pythie de Delphes : il prononce une phrase mystérieuse présumée pleine de sens et supposée annoncer l’avenir. Il vous dit : « Oui, mais c’est de la destruction créatrice comme l’a bien expliqué Schumpeter. » Schumpeter n’est pas un dieu de l’Olympe mais un économiste morave. Pour faire simple, et je cite un cas authentique, la destruction créatrice veut dire qu’une activité économique détruite est remplacée par une autre, donc qu’on ne perd pas d’emplois : l’ouvrier des hauts-fourneaux de la Comilog à Boulogne-sur-Mer jusqu’à leur fermeture en 2004, n’a qu’à travailler sur une plate-forme de vente par téléphone. Ça n’a pas tellement fonctionné parce que tout le monde a vu que l’ouvrier risquait de se mettre en colère ou d’être moyennement convaincant avec son accent boulonnais quand on lui demanderait de vendre un gel exfoliant aux pépins de raisins.
256 000 destructions destructrices, vous ne trouvez pas qu’ils sont là, les vrais problèmes, en ce moment ?

Le Marché, ça a eu marché

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Wall Street

Les marchés financiers sont-ils bons pour la société ? Le progrès technologique, l’augmentation ininterrompue de la productivité et l’amélioration incontestable de nos conditions de vie de ces dernières décennies sont, après tout, redevables au marché libre. Celui-ci n’a-t-il pas, de surcroît, engendré la concurrence, et avec elle la baisse généralisée des prix ?

Le marché se vend au plus offrant

Pourtant, la spécificité même de ce marché le rend également insupportable. Dépourvu de toute idéologie, il se vend au plus offrant : autrement dit, il est sans conscience. Bien que prises en toute liberté, les décisions et actions des individus n’en sont pas moins orientées en fonction de leurs seuls intérêts matériels, forcément inversement proportionnels aux intérêts de la société. Le jeu du marché étant un jeu à somme nulle, l’individu ne maximisera ses profits qu’au prix des pertes de la partie adverse, c’est-à-dire de la société. Du coup, le marché libre devient la plate-forme de tous les égoïsmes, une sorte de Dieu gourmand et capricieux ne cessant de réclamer toujours plus de sacrifices humains ou, plus prosaïquement, le vecteur idéal de toutes les manipulations…

[access capability= »lire_inedits »]C’est ainsi qu’une banque − en quête de bénéfices plus élevés − titrise des prêts peu solvables avant de les vendre aux investisseurs, faisant au passage appel à des agences de notation bienveillantes dont l’intérêt est de satisfaire cette banque afin que toute la chaîne des intervenants optimise ses profits… C’est ainsi que l’augmentation du prix de ces actifs attire d’autres investisseurs alléchés par une construction digne de Ponzi où seuls les plus rapides et ceux qui se situent le plus loin de la base de la pyramide s’en sortent gagnants…

Faudrait-il donc démanteler ce marché libre amoral − ou immoral, c’est selon − et, dans l’affirmative, quelle serait l’alternative ? Le retour de l’État sonnera-t-il le retour en grâce d’une justice qui a disparu du vocabulaire capitalistique ? L’action publique est-elle synonyme de conscience ? L’État peut-il être juge et partie ? Le renforcement de l’État −  défendu à juste titre en ces temps de crise − est-il susceptible de créer les conditions de l’épanouissement de l’homme, apanage pourtant incontestable du marché libre ?

Il y a fort à craindre que la régulation accrue de demain ne soit qu’un phénomène éphémère préparant le terrain à un retour en force de la divinité féroce du marché libre.[/access]

Un monde libre?

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Quand on traite le milliardaire en parasite et en exploiteur, quand on lui prend la moitié de ce qu’il gagne et pas un sou de moins, quand on appelle « cadeau » la moitié qu’on ne lui prend pas, quand on le somme de vivre dans la culpabilité et dans l’expiation du péché, il le prend mal: le riche est susceptible. Il devient alors aigri, hautain et paranoïaque. Déconnecté des réalités, il tente désespérément de fuir ses compatriotes, de planquer son magot, de corrompre les politiques et dans les cas les plus graves, il peut même tomber entre les griffes de gigolos qui l’arnaquent.Le riche est comme ça, il faut savoir le prendre.

Au pays de la jungle ultralibérale, là où l’homme est un loup pour son frère et où les renards ont leurs entrées dans les poulaillers, 40 milliardaires américains ont décidé, à l’initiative de Warren Buffet et sans que personne ne leur demande rien, de donner aux pauvres la moitié de leur fortune.

Ce qu’on ne lui prend pas, et à condition qu’on soit gentil avec lui, le riche le donne. On appelle ça le monde libre.

Maastricht et la libre circulation du shit

Si vous autres Européens, vous en teniez à votre pinard, avec ou sans saucisson, l’Union coulerait des heures plus tranquilles. Mais l’affaire opposant, devant la Cour de justice de l’Union européenne, le tenancier d’un coffee-shop de Maastricht au bourgmestre de la ville Gerd Leers, rappelle qu’en Europe, les joints tournent sans frontières. Et pour Leers, c’est bien là le problème. Pour lutter contre le « tourisme de la drogue », il a donc décidé de réserver l’accès des coffee-shops aux seuls résidents néerlandais. Pris en flagrant délit alors qu’il servait des fumeurs de pétard venus d’ailleurs, Marc Josemans a été contraint, sur décision du bourgmestre, de fermer son établissement. Invoquant une discrimination des citoyens de l’Union européenne, Josemans a saisi le Raad van State (Conseil d’Etat), lequel a demandé à son tour à la Cour de justice de l’Union européenne de se prononcer sur l’euro-compatibilité de l’exclusion des ressortissants communautaires des coffee-shops. De fait, les conclusions rendues par l’avocat général le 15 juillet montrent que pour la cohérence européenne, on repassera. Le pétard.

Ce sont en effet quelque trois à cinq mille Français, Belges et Allemands qui arrivent chaque jour à Maastricht. Pas en pèlerinage sur la tombe de Saint-Servais, ni pour s’attabler dans l’un des six restaurants étoilés de la ville, encore moins pour admirer l’étonnant édifice du musée Bonnefanten. Autant dire que ces « touristes de la drogue », comme les désigne le jargon médiatique et administratif, n’ont en commun avec les touristes tout court que la brièveté de leur passage et les dégâts qui en découlent.

Situé au croisement des autoroutes trans-européennes, à deux heures de Bruxelles et d’Amsterdam, Maastricht a d’abord tenté, tant bien que mal, de résoudre le problème en le refilant aux communes voisines. Les premières lignes du projet « coffee-corners », qui prévoyait de délocaliser la moitié des quinze coffee-shops autorisés du centre-ville vers les quartiers périphériques – en l’occurrence dans la direction de la frontière belge, ont été rédigées en 2003

Tentation prohibitionniste

L’exemple de Gerd Leers, accusé de jouer cavalier seul sans jamais avoir tenté d’instaurer un dialogue avec ses homologues wallons ou flamands, a sans doute été pour quelque chose dans le choix radical fait par deux communes du Brabant septentrional néerlandais, Roosendaal et Bergen-op-Zoom. Voyant ces bourgades, paisibles sinon somnolentes, se transformer en « bourbiers » pour citer Michel Marijen, bourgmestre de Roosendaal, les municipalités ont décidé de retirer leur licence aux coffee-shops locaux. Désormais, les habitants doivent se rendre à Amsterdam pour s’approvisionner en cannabis.

Pourquoi, demandera-t-on, ne pas appliquer alors la même méthode à Maastricht ou, tout simplement, aux Pays-Bas, dès lors que le « tourisme de la drogue » est supposé constituer une menace réelle à l’ordre public.

La première raison est que la société néerlandaise ne semble pas être prête à affronter l’interdiction de la vente du cannabis. La politique de tolérance vis-à-vis des « drogues douces » est l’expérimentation hollandaise la plus célèbre. Elle s’est appuyée dès le départ sur un postulat audacieux : « Si nous ne sommes pas capables de prévenir le mal, essayons au moins de le contrôler. » En conséquence, depuis 1976 la possession de « drogues douces » pour usage personnel est décriminalisée, et leur vente dans les coffee-shops, bien qu’interdite par la loi, tolérée. Toutefois, en vertu des directives du ministère public, ceux-ci ne peuvent pas vendre plus de cinq grammes de cannabis par personne et par jour, et le stock ne doit pas excéder cinq cents grammes. Inutile de préciser que la pratique est assez éloignée de ce cadre sobre. À Maastricht, on évalue à une centaine le nombre de « one kilo houses », grossistes soupçonnés de vendre également de la cocaïne et de l’héroïne. Les contrôles effectués dans l’un des coffee-shops le plus célèbres de Hollande, le Checkpoint à Terneuzen, ont révélé que son stock dépassait deux cents kilos.

Résultat, les Pays-Bas supportent de moins en moins bien leur statut d’« îlot de la liberté » en Europe. Pour autant, rien ne permet de pronostiquer l’abandon de l’approche ultra-libérale. Même les chrétiens conservateurs du CDA, pourtant très remontés, n’ont pas la moindre idée de ce qu’il faudrait faire. Et les habitants de Maastricht tiennent à leur réputation de gens « sympas ».

La deuxième raison pour laquelle le retour à la prohibition est difficile à imposer tient au fait, qu’en dépit des nuisances causées par le développement de trafics illégaux en marge des activités autorisées des coffee-shops, les Hollandais se droguent moins que les autres Européens – selon le dernier rapport annuel de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, la Hollande se situe loin derrière l’Espagne, l’Italie, la France et le Royaume-Uni. De ce point de vue, l’expérience est un succès.

Enfin, la troisième raison du maintien du statu quo est d’ordre économique. Selon une étude récente, les coffee-shops de Maastricht apportent quelques 140 millions d’euros au budget de la ville. Argument de poids qu’André Beckers, l’avocat de Josemans, ne se prive pas d’employer : pour lui, le business du cannabis est « de facto légal » puisque les propriétaires de coffee-shops sont obligés de payer des taxes et des impôts sur leurs revenus. « De surcroît, ajoute-t-il, la nationalité des clients n’a aucune incidence économique ».

Cannabis, une marchandise comme une autre ?

Les conclusions de l’avocat général à la Cour de justice, Yves Bot, risquent de créer un précédent. Car celui-ci a rappelé qu’en dépit du fait que la vente des « drogues douces » est tolérée dans les coffee-shops néerlandais, elle reste néanmoins interdite par l’ensemble des Etats membres. De plus, n’étant pas tenus de consommer le cannabis sur place, les clients ressortissants d’autres Etats de l’Union peuvent l’emporter dans leurs pays et s’exposer ainsi à des poursuites pénales pour exportation ou importation illicites de stupéfiants. Comme le constate Yves Bot, les drogues ne sont pas des marchandises comme les autres. La vente du cannabis échappe donc à la liberté de circulation garantie par l’UE. En conséquence la mesure adoptée par la commune de Maastricht n’est pas considérée comme une restriction à la liberté du commerce.

Curieusement, le représentant de la Commission européenne, Hubert van Vliet, a au contraire soutenu la position d’André Beckers : exclure les coffee-shops néerlandais du marché unique ne peut, selon lui, qu’accroître les problèmes et ébranler la fragile citoyenneté européenne. Les Belges réclament explicitement « plus d’Europe » – ce qui, en l’occurrence signifie : pas de discrimination entre fumeurs de pétards. Quant aux Néerlandais ils continuent de pratiquer leur politique baroque consistant à tolérer la vente tout en interdisant strictement la production. Lors d’une réunion de communes néerlandaises frontalières, à Almere en 2008, le bourgmestre d’Eindhoven a provoqué la consternation en proposant que les coffee-shops soient approvisionnés par des « plantations communales ».

Les conclusions de l’avocat général ne lient pas la Cour de justice. Les juges commencent à peine à délibérer. L’arrêt ne sera rendu pas avant plusieurs mois. Si la Cour suit l’avocat général et exclut les coffee-shops de la législation communautaire, l’affaire sera jugée par le Tribunal de la Haye.

Vous n’avez rien compris ? Vous vous sentez personnellement discriminé par la décision du bourgmestre ? N’hésitez pas à le faire savoir aux instances européennes. Mais oui, l’Union est l’affaire de tous ! Votre opinion compte ! Enfin, pas encore, mais bientôt, quand il suffira d’un million de signatures provenant d’un tiers des Etats membres pour qu’une proposition de législation soit mise à l’étude par la Commission européenne. Ainsi les citoyens seront-ils théoriquement placés au même niveau que le Conseil et le Parlement européen. Notez cependant que les propositions « dénuées de sérieux » ne seront pas retenues. Inutile de commencer à collecter des signatures en faveur de la distribution gratuite de pinard.

Arizona drame pour Obama

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Barack Obama
Barack Obama.

On peut parier une canette de Budweiser que Barack Obama aurait bien voulu oublier cette épineuse question. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles ses adversaires du Grand Vieux Parti (GOP, Grand Old Party, sobriquet du Parti républicain américain) entendent le contraindre à s’y intéresser.

Tout a commencé dans l’Arizona, un État du Sud-Ouest américain faiblement peuplé (grand comme 40 % de la France pour 7 millions d’habitants) où 4 habitants sur 10 ont au moins un ancêtre hispanique. Une frontière de plus 600 kilomètres sépare l’Arizona des provinces mexicaines de Baja California et de Sonora. Frontière largement fictive car, malgré d’énormes moyens investis – y compris des escadrons de drones –, immigrés et drogue continuent de la traverser. Si l’on ajoute à cela les tensions suscitées par une crise économique et budgétaire qui a vu le taux de chômage tripler en 2008, passant de moins de 4 % (plein emploi) à plus de 9 %, on comprend pourquoi la question de l’immigration mexicaine domine le débat politique.

[access capability= »lire_inedits »]À Phoenix, la capitale, on blâme Washington, car il s’agit d’une frontière internationale entre deux États souverains (les États-Unis et le Mexique) dont le contrôle incombe au ministère de la Sécurité intérieure (Homeland Security), confié aujourd’hui à Janet Napolitano. Sauf qu’il est difficile d’utiliser contre ce ministre l’éventail traditionnel des arguments antifédéraux primaires (« bureaucrates déconnectés du terrain », etc.), pour la simple et bonne raison qu’avant de rejoindre l’équipe Obama, Mme Napolitano occupa pendant six ans le poste de gouverneur de l’Arizona… Cette parcelle de la frontière américano-mexicaine (20 % de sa longueur totale), elle la connaît par cœur. Bien entendu, cela n’a pas empêché son successeur, la conservatrice Jan Brewer (« pro-life » et pro-armes à feu) et les républicains d’Arizona de tendre une embuscade politique à la Maison Blanche et à la majorité nationale.

En avril, le gouverneur Brewer a promulgué une loi aux termes de laquelle le séjour illégal sera désormais considéré comme un crime en Arizona. Si cette tentative des Arizoniens de mener leur propre politique d’immigration a déjà fait grincer quelques dents washingtoniennes − notamment celles du conseiller spécial David Axelrod −, certaines dispositions de ladite loi ont été considérées par la Maison Blanche comme totalement inacceptables. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est l’article permettant à un policier de vérifier les papiers d’une personne interpellée pour n’importe quelle raison « s’il juge un tel contrôle pertinent ». Autrement dit : à la gueule du client ou « au faciès ».

« Un sujet toxique pour les démocrates »

La loi devant entrer en vigueur le 29 juillet, le gouvernement fédéral a décidé d’intervenir. Le procureur général fédéral − ministre de la Justice − a attaqué le gouvernement de l’Arizona devant un tribunal fédéral, arguant qu’il s’agissait d’un dispositif raciste.

Secondée par les deux sénateurs républicains de l’Arizona, dont John McCain, candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2008, Mme Brewer semble avoir trouvé des alliés jusque dans le camp démocrate. Ainsi, plusieurs gouverneurs démocrates, réunis pour leur convention annuelle, n’ont pas caché, devant le président Obama, leurs profondes inquiétudes face à la position prise par la Maison Blanche dans ce dossier sensible. Dix-neuf gouverneurs démocrates vont quitter leur poste ou briguer leur réélection dans les mois qui viennent, et ce débat leur fait peur. Ainsi, selon le New York Times, Phil Bredesen, le gouverneur démocrate du Tennessee et membre éminent du parti, a-t-il déploré le fait qu’au lieu de parler de l’emploi pendant les campagnes qui les attendent, ils allaient être contraints de se prononcer sur l’immigration, qui est selon lui « un sujet toxique dans un moment crucial pour les démocrates ».

Un risque sérieux pour Obama

En décidant de relever le défi lancé par l’Arizona, Obama prend un risque sérieux. Il sait mieux que quiconque que son intervention touche la question sensible des relations entre les États et le gouvernement fédéral, le cœur même des clivages politiques et idéologiques les plus profonds au sein de la démocratie américaine. Politiquement parlant, cette guerre menée à coups de symboles forts à quelques mois des élections de mi-mandat peut être dangereuse. Après l’essoufflement du débat sur l’assurance-maladie, qui s’est soldé par une victoire de l’Administration et, dans la foulée, du mouvement de contestation populaire contre Obama, cette question risque de relancer la gronde « tea-party ». Sans doute Obama espère-t-il qu’il pourra aussi mobiliser son propre camp autour de ses valeurs les plus emblématiques.

Au-delà de ces considérations, l’immigration devient un sujet presque aussi sensible qu’en France, dans un pays dont elle constitue pourtant l’ADN. Selon un sondage réalisé en avril, quelques jours après la promulgation de la loi par le gouverneur de l’Arizona, le pari présidentiel pourrait se révéler risqué : presque quatre républicains sur cinq et un démocrate sur deux se déclaraient favorables au texte. Autrement dit, plus de la moitié des électeurs américains semblent être séduits par une politique plus musclée contre l’immigration illégale. Contrairement à une idée reçue, la crise économique n’est pas le seul facteur de ce durcissement de la société : la politique des chiffres et des quotas a été introduite pendant la décennie 1920 (notamment par la loi de 1924), qui fut plutôt une période d’expansion économique. Un taux de chômage élevé contribue sans doute à la crispation de la société d’accueil − et quand la crise est mondiale, elle booste en même temps le nombre des candidats à l’immigration, − mais ne saurait l’expliquer seul. Les questions identitaires ont rarement été aussi brûlantes depuis l’invention de l’État-nation. « Qui sommes-nous ? » : cette question qui nous est devenue si familière hante aussi les Américains.[/access]

Top 50 , c’est reparti comme en 40!

Deux fois par an, le Journal du Dimanche publie un « Top 50 » des personnalités préférées des français. C’est devenu un rituel, un passage obligé, un marronnier de presse. Tous les journalistes s’empressent, en janvier et en août, de relayer les deux enquêtes d’opinion menées par l’Ifop, qui nous apprennent toujours que sont en tête, dans un ordre qui diffère peu d’une enquête à l’autre Mimie Mathy, Zinedine Zidane, Yannick Noah ou encore Jamel Debbouze.

Une interrogation pourrait émerger : pourquoi est-ce toujours le même genre de personnalités que l’ont retrouve dans ce Top 50 ? Ceci appelle une remarque de méthode sur l’enquête menée par l’Ifop. Car la question posée aux sondés n’est pas « Quelle est votre personnalité française préférée? ». Comme nous l’apprend la fiche technique de la précédente enquête « Top 50 », la méthode choisie est: « Dans une série de 50 noms, les interviewés ont eu à choisir parmi ceux qu’ils connaissent, les 10 personnalités qui comptent le plus pour eux ou qu’ils aiment le mieux. » C’est ainsi parmi une liste imposée de 50 noms, présélectionnés par l’institut de sondage (avec, on l’imagine, son client le JDD), que les sondés ont eu à choisir. On est donc autorisé à plébisciter Bernadette Chirac, mais pas NKM. Tandis que s’il est possible d’aimer Rama Yade, impossible d’aimer Rachida Dati. Idem avec Claire Chazal, qui n’aura pas à affronter la concurrence de Laurence Ferrari…

Un questionnaire véritablement ouvert nous aurait peut-être permis d’observer des choses surprenantes, telles la présence de moins de « retraités », de plus d’artistes, et de davantage de personnalités politiques issues de familles non représentées commele centrisme ou les extrêmes. Mais cela ferait évidemment mauvais genre…

Dany boude

Histoire d’éveiller ses amis Verts à un semblant de maturité politique, Daniel Cohn-Bendit leur avait fait deux propositions un rien provocatrices en vue des Universités d’été qui doivent se tenir du 19 au 21 Août à Nantes : inviter Rama Yade et inscrire un atelier foot au programme des débats. Zéro pointé : Rama sera finalement interdite de séjour et l’atelier foot aussi. Dany, le fraternel, veut parler avec tout le monde. Dany, le pragmatique, désire élargir la vision de l’écologie politique. Mais voilà, une fois de plus, le leader d’Europe Écologie, s’est cassé le nez sur la légendaire rigidité dogmatique des Verts.

Mais qu’a-t-il cru ? Que les Verts pouvaient donc débattre avec « une personne qui soutient et fait partie d’un gouvernement anti-social, anti-écolo, anti-immigrés» ?[1. Propos tenus par la porte-parole nationale des Verts, Djamila Sonzogni, dans le JDD du week-end 31 juillet-1er août 2010]. Dany a donc dépassé les bornes. Dany a voulu convier à la table des justes, le symbole absolu de l’hypocrisie du sarkozysme, Rama Yade, « la midinette du gouvernement faussement rebelle, faussement issue de banlieue », comme certains militants furieux la désignent.

Va pour la non-invitation de Rama. Mais pourquoi ne pas avoir au moins entériné l’atelier foot si cher à DCB ? Et bien parce que seuls les sujets environnementaux ou assimilés ont droit de cité dans l’espace public des Verts. Les autres sont frappés d’ostracisme. L’écolo de base, si soucieux de réguler sa consommation d’énergie, ne saurait gaspiller sa salive pour parler d’un sujet aussi populaire et populiste que le foot. C’est vrai ça : quel est l’intérêt d’engager un débat public auquel tout le monde pourrait participer ?

Le foot, c’est forcément de droite

Non, hors sujet, le foot pour les Verts, pas assez élitiste, et surtout trop marqué à droite. Depuis que Nicolas Sarkozy a reçu Thierry Henri à l’Élysée et qu’il a réclamé des états généraux du football, les Verts ont décrété que parler foot c’était s’afficher à droite. Le comportement honteux de l’équipe de France lors du Mondial n’appartient donc qu’au passé et il n’y a aucune leçon à en tirer. Chez les militants Verts, comme chez les poissons rouges, la mémoire est immédiate, elle ne dure pas.

Les Verts ne préfèrent voir que la seule image du foot business, symbole de démesure du capitalisme. Une fois encore, leur sectarisme les arrange bien. Ils évitent ainsi la pratique du débat, l’exposition et la confrontation avec plusieurs points de vue sur un sujet relevant de l’intérêt général. Car les thématiques pensées par Daniel Cohn-Bendit (de la marchandisation du sport à la question de l’intégration par le football) n’étaient ni de gauche, ni de droite, ni du centre et pas même, c’est vrai, purement écolos.

Le leader d’Europe Écologie avait inséré le foot au sein d’une réflexion plus globale sur la société française. L’atelier foot était donc l’occasion pour les Verts de parler de l’intégration, du mérite, du lien social, de la crise de l’autorité et de l’éducation, bref de tous les problèmes auxquels la débâcle des Bleus renvoyait. Les entendre sur ces sujets était une façon de sortir de leur credo écologiste pour rendre leur projet alternatif audible à tous les Français. Mais leur sectarisme a été trop fort. Les Verts ont refusé de faire véritablement de la politique.

Non, en proposant qu’on cause foot à Nantes, Dany, l’inconditionnel du ballon rond, n’a pas cédé au principe de plaisir, comme le prétendent ses pourfendeurs. Bien au contraire, il a fait preuve d’un réalisme responsable. Dans la logique de son Appel du 22 mars, qui avait si bien réussi à son camp pour les européennes, il s’est comporté en véritable homme politique, qui a compris que son parti, Europe Écologie, doit s’ouvrir au monde tel qu’il est et non pas tel que les Verts voudraient qu’il soit.

Dany a poussé les Verts dans leurs retranchements et leur sectarisme a prouvé, une fois de plus, les limites d’ouverture du mouvement écologiste, trop empêtré dans une logique doctrinaire et bureaucratique pour envisager une nouvelle mutation en phase, cette fois, avec un scrutin présidentiel.

Alors oui Dany boude les Verts, et à raison.

La crise de la Bastille

Bastille

C’est malin. Normalement, pour leurs numéros d’été, les journaux ont à cœur de ne pas prendre la tête de leurs lecteurs. Et comme on n’est pas plus chiens que nos confrères, lorsque, réunis en conclave, nous avons choisi le thème – et le titre – de ce dossier, nous n’avions pas l’intention de pourrir vos vacances ni les nôtres. Enfin pas totalement. Nous savions que réfléchir à l’état de notre pays ne serait pas seulement une partie de plaisir mais nous pensions, en creusant sous les pavés, trouver quelques vestiges de ce « bonheur français » qui était hier un objet d’étude pour chercheurs étrangers.

Puis les articles sont arrivés, hésitant entre mélancolie et colère, flirtant au mieux avec la nostalgie, au pire avec le désespoir.

On pouvait s’attendre à ce que Renaud Camus, prolifique commentateur du désastre et talentueux exécuteur des amis d’icelui, livre une analyse qui s’apparente plus à un acte de décès qu’à un programme pour l’avenir – encore que sa proposition d’une éducation qui ne serait plus une obligation, mais un privilège réservé à ceux qui le désirent, mériterait d’être étudiée. On n’espérait pas de Basile de Koch ou de Jérôme Leroy qu’ils célèbrent la France comme elle va. On n’imaginait pas non plus, du reste, que ce dernier en viendrait à regretter Hélène et les garçons, ce qui dit où nous sommes rendus. Pour ceux-là et tous les autres contributeurs réguliers de Causeur, la messe est dite : nous sommes « réactionnaires », terme générique qui, sous la plume de ceux qui nous en affublent, signifie que nous préférons le passé au présent et, plus généralement, que nous n’avons pas sur le monde le même point de vue qu’eux. Ainsi, Les Inrockuptibles ont-ils récemment étalé, sur une petite dizaine de pages, cette thèse encore moins nouvelle que lesdits « réacs » livrés à la vindicte de leurs lecteurs. Aveuglés par une idéologie pernicieuse et archaïque, insensibles aux charmes de la postmodernité, nous ne saurions que chanter le refrain d’une « France déchirée par ses fractures sociales, ethniques, communautaires sur fond de déliquescence de l’autorité et de pertes des valeurs ». On se demande bien où nous sommes allés chercher tout ça.

L’ennui, c’est que cette humeur cafardeuse semble avoir contaminé des personnalités fort respectables n’appartenant ni de près ni de loin à notre « mouvance » − que je serais d’ailleurs bien en peine de définir. Dans l’entretien qu’il a accordé à Gil Mihaely, Christophe Prochasson, historien de gauche et de la gauche, ne décèle pas de ce côté de l’échiquier politique un espoir de lendemains qui, à défaut de chanter, cesseraient de broyer du noir.

[access capability= »lire_inedits »]L’avenir, c’était mieux avant

Il y a quelques années, alors que le thème des « néo-réacs » faisait son apparition dans le paysage, Laurent Joffrin avait lâché cet aveu confondant de lucidité : « Ce n’est pas la droite qui est réactionnaire, c’est la réalité. » Nous y sommes : ce pessimisme de mauvais aloi, qui était jusque-là la marque de fabrique de quelques archéos, semble aujourd’hui frapper toutes les couches sociologiques et tous les camps politiques. De plus en plus de gens se laissent secrètement aller à penser que « c’était mieux avant » : quand l’École transmettait des savoirs, quand la gauche portait une espérance, quand on pouvait s’engueuler sur le Moyen-Orient sans se faire traiter d’antisémite ou de tueur d’enfant, quand on trouvait un emploi digne des années passées sur les bancs de l’Université, quand les Français de souche récente ne qualifiaient pas les autres de « Gaulois ». J’avoue que je pense un peu comme tous ces ploucs et que, comme eux, je suis consciente de tout ce qui est mieux qu’« avant » – notamment l’incomparable liberté dont nous jouissons dans nos existences privées. De plus, « avant », Internet n’existait pas. Et sans Internet, pas de Causeur.

On sait aujourd’hui que l’Histoire n’a pas de sens et qu’elle refuse de se plier à une Loi, aussi brillants soient les esprits qui l’ont énoncée. Elle charrie du mieux et du pire, du bonheur et du malheur, de l’avancée et du recul. Il est vrai que, sous cet aspect, le bilan de l’époque me paraît globalement négatif et que les méfaits des mutations en cours me semblent excéder leurs bienfaits. Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas le choix entre nous diriger avec allégresse vers le futur ou revenir sur nos pas pour ressusciter un improbable âge d’or.

Le « bonheur français » n’a pas disparu, mais on dirait qu’il s’est exclusivement réfugié dans la sphère privée. Le bonheur d’être français, en revanche, semble évanoui même si, pour célébrer un 14-Juillet amputé de ses fastes élyséens, un sondage un peu moins déprimant que les autres nous assurait récemment qu’une majorité de nos concitoyens étaient encore « fiers d’être français ». Encore faudrait-il savoir ce que cela signifie. Et sur ce point, il faut bien dire que, des Inrocks à Causeur, nous sommes tous dans le même brouillard. Nous ne savons plus qui nous sommes : en langage commun, on appelle ça une « crise d’identité ». Et cette incapacité à nous définir, donc à produire collectivement un avenir commun, explique la déliquescence de ce qu’on appelle, comme par antiphrase, le « vivre-ensemble ».

Ainsi va la France : on adore y débattre, mais entre gens qui pensent la même chose

Dans ces conditions, il est regrettable que nos confrères, et avec eux une bonne partie de la gauche culturelle, préfèrent se pincer le nez et évoquer les « heures sombres » quand on prononce le mot « identité nationale », plutôt que de s’atteler à donner à celle-ci les contours qui leur conviendraient. Quand bien même il aurait été inspiré par des arrière-pensées politiciennes, le débat lancé par le gouvernement aurait pu avoir plus d’allure que les criailleries outragées dont l’unique ambition, assumée d’ailleurs, était d’empêcher qu’il eût lieu. Ainsi va la France : on adore y débattre, mais entre gens de bonne compagnie, c’est-à-dire qui pensent la même chose. Les chantres de la diversité n’aiment guère qu’elle se déploie dans le domaine des idées. Aussi imagine-t-on sans peine les clameurs irritées que déclenchera le tableau brossé par Renaud Camus dans le cas improbable où l’un de nos procureurs s’aventurerait à lire un écrivain décrété infréquentable – parce que raciste ou assimilé. Pour ma part, je reprocherais plutôt à Camus de sacrifier l’universalisme qui fait partie de notre ADN à la défense de peuples qu’il estime menacés de disparition. Son analyse – qui n’a rien de raciste – devrait faire réagir, appeler une contre-argumentation. Cette discussion aura lieu, mais seulement entre nous. Dommage.

Le combat d’idées, à la loyale, nous sommes preneurs. Nous ne pensons pas détenir la vérité. Même dans Astérix, on ne trouve pas la formule magique qui nous dirait comment concilier l’universalisme et les singularités concrètes, la patrie charnelle et la nation politique, la nécessité de la permanence et l’impératif du mouvement. Ainsi, sur la question de l’islam et de son acclimatation à l’habitus français, qui hante les esprits et les colonnes de Causeur, m’arrive-t-il souvent de me demander si je n’ai pas tendance à noircir la réalité au prétexte que d’autres s’acharnent à la repeindre en rose. Ainsi Basile de Koch rappelle-t-il justement à ceux qui, parmi nous, pointent avec angoisse la progression dans l’espace public d’une revendication identitaire islamique, que le « communautarisme », mot-valise qui traduit le renforcement de l’emprise du groupe sur les individus, est aussi au travail parmi les juifs de France. On peut juger que la thèse de Basile a le défaut de renvoyer dos à dos des appartenances dont les expressions diffèrent très largement. Elle a le mérite d’obliger chacun à sortir du beau rôle et à secouer ses certitudes. On ne résoudra pas l’équation du « nous » en se contentant paresseusement de désigner un « eux ».

Ça va mal dans les cités, ça va mal dans la Cité

On pourrait penser que ces arguties sont des problèmes de riches, rappeler que, quand on doit gagner sa croûte, on n’a pas le loisir de s’examiner le nombril. Du reste, si on suit François Miclo, cette capacité à se torturer avec des questions existentielles est une spécialité aussi française que le bœuf mironton. Sauf qu’aujourd’hui, elles semblent nous exploser à la figure, pas seulement dans les polémiques parisiennes ou sur nos écrans, mais dans la vraie vie. Il ne s’agit plus de névrose chronique, mais de passage à l’acte. De la lamentable équipée sud-africaine des Bleus au délétère feuilleton Woerth-Bettencourt, de policiers tués en cités embrasées, les catastrophes se succèdent à un rythme frénétique, au point qu’on ne trouve ni les mots pour les décrire, ni les concepts pour les penser[1. C’est pour cette raison que Causeur a été plutôt en retrait dans l’affaire Woerth-Bettencourt. Dans le tourbillon de révélations réelles ou supposées livrées par les confrères, il était presque impossible de se forger une opinion.]. Vivons-nous une crise de régime, les prémices d’une guerre civile, la fin du « modèle français », tout cela à la fois ? On se gardera bien de fournir ici une réponse clés en main. Reste une certitude qui fait consensus : ça va mal dans la Cité.

Dans les dîners en ville et sur les plages, dans les bistrots et les rédactions, on ne parle que de ça. En conséquence, on n’y coupera pas ici. L’affaire Bettencourt, devenue l’affaire Woerth et peut-être, demain, l’affaire Sarkozy, a au moins pour heureuse conséquence d’épargner aux journaux et magazines la chute des ventes qu’ils enregistrent habituellement durant cette période. En effet, le public se passionne pour les intrigues et cabales orchestrées, sur fond de haines familiales recuites, autour d’une vieille dame immensément riche qui trompait son ennui avec un jeune artiste.

Nous voilà revenus au bon vieux temps des « affaires ». Les « investigateurs » se fantasment en tombeurs de Nicolas Sarkozy, à commencer par Edwy Plenel, qui se verrait bien apporter sur un plateau la tête du président à son ami Dominique de Villepin. Une flopée de documents confidentiels est quotidiennement débitée en tranches dans la presse. Pas de jaloux : il y en a pour tout le monde et de toutes origines. Du PV d’interrogatoire au relevé d’écoute sauvage, de l’agenda de l’un au journal intime de l’autre, le « journalisme de procès-verbal », selon la belle formule de Pascale Robert-Diard, se déchaîne. Au nom du « droit de savoir » et du « devoir d’informer », on publie les transcriptions de conversations privées entre une vieille dame immensément riche et son banquier personnel, enregistrées en loucedé par un majordome probablement acquis à l’un des clans qui font la danse du scalp autour du magot. C’est par le truchement de cette conversation qu’Eric Woerth entre en scène. Peu importent les méthodes, seul le résultat compte, proclame la profession. S’il faut fouiller dans les poubelles pour dévoiler les turpitudes des puissants, enfilons de bons gants et allons-y. Ce monde dans lequel tout ce que vous direz, y compris dans la stricte intimité, peut être retenu contre vous, pour peu que l’on vous en veuille suffisamment pour vous espionner, me fiche la trouille. Mais il faut reconnaître que l’argumentation de nos fins limiers se défend : s’il n’y avait rien à trouver, ils ne trouveraient pas.

Que nous ont, en fin de compte, appris ces semaines de révélations ? Les pratiques dont est soupçonné Eric Woerth relèvent de deux catégories : le conflit d’intérêts et le financement illégal. C’est sur ce deuxième terrain que les commentateurs concentrent leur tir. Ils se scandalisent, invoquent la morale et la politique ou plutôt leur divorce qui nourrit, s’alarment-ils, le « Tous pourris ! » et le vote en faveur de Marine Le Pen. (La gauche, elle, en rêve, de son 21-Avril à l’envers…) De fait, tout cela n’est pas glorieux. Les conflits d’intérêts qui ne relèvent pas de la loi, mais de la décence commune, me semblent infiniment plus graves. Comment un ministre chargé de faire payer le plus d’impôt possible à Mme Bettencourt peut-il tolérer que son épouse ait comme mission de lui en faire payer le moins possible ? Sur le papier, rien ne s’oppose à ce que le mari soit au service de l’intérêt général et la femme à celui d’un intérêt particulier directement contraire au premier. Cela suppose une conception du couple très moderne.

Dans notre imaginaire, la richesse est toujours mal acquise

Ce déballage, nous dit-on, creuse le fossé entre gouvernants et gouvernés. Sans doute, mais cela n’a pas grand-chose à voir avec la morale : si les Français étaient convaincus que Nicolas Sarkozy et son équipe travaillent dans la bonne direction pour le bien commun, ils se ficheraient éperdument qu’ils aient financé leur campagne grâce aux largesses de leurs amis fortunés. Et, pour tout dire, moi aussi. J’entends d’ici les cris d’orfraie que cette affirmation suscitera. Comment ? Les gouvernants seraient-ils au-dessus des lois ? Et la démocratie ? Et la transparence ? Je le jure, je suis pour l’une et l’autre − dans une certaine mesure. Je préférerais que nos gouvernants soient aussi vertueux que la femme de César. Mais je sais aussi, comme tous mes confrères d’ailleurs, que la politique a besoin d’argent et que cet argent n’est jamais et nulle part totalement propre. À tout prendre, il est moins grave d’accepter quelques enveloppes de ses amis nantis que de toucher des commissions occultes sur les contrats remportés par les entreprises françaises. Et puis ces petits arrangements avec la loi ont cours à tous les étages et dans tous les milieux, de même que le passe-droit et le coup de fil intéressé, abondamment pratiqué par les journalistes. Téléphoner à un copain bien placé pour lui demander de pistonner son rejeton, c’est déjà du trafic d’influence.

La crise de confiance, réelle, n’est pas spécifiquement française. On ne les croit plus, nos gouvernants, pas parce qu’ils prennent quelques libertés avec la vertu ou avec la loi, mais parce qu’ils ne gouvernent pas. Reste que la saga Bettencourt nous dit autre chose, de plus profond, sur nous-mêmes, parce qu’elle a pour personnage principal l’Argent, que les Français détestent, en particulier chez les autres, et qu’ils adorent, raison pour laquelle ils jouent assidûment au Loto. Dans notre imaginaire collectif, la richesse est toujours plus ou moins mal acquise. Cette passion de l’égalité, qui est au fondement de la méritocratie, a aussi quelque chose d’ambigu ou de mesquin quand elle nourrit les passions tristes que sont l’envie et le ressentiment. Comme me le souffle Gil Mihaely, l’égalité à la française, ce n’est pas l’abolition des privilèges, mais des privilèges pour tous.

Tout le problème de Nicolas Sarkozy est là. On dirait qu’il ne comprend rien au pays qu’il dirige parce qu’il ne le fréquente pas. Et ses amis non plus. Les dirigeants de l’UMP n’ont pas les mains plus sales (ni plus propres) que ceux du PS. Mais à force de passer leur temps sur les champs de courses et dans les propriétés paradisiaques de leurs copains friqués, ils semblent croire que tout le monde vit comme ça. Dans leur monde, personne ne va au pressing et au supermarché, personne ne perd ses 12 points de permis à force de flashages, personne ne se fait voler les jantes de sa Twingo, personne n’a un fils au chômage.

Il y a une dizaine d’années, Régis Debray proposait de déplacer le siège de l’ONU à Jérusalem pour régler la question du Proche-Orient. Au lieu d’annuler bêtement une garden-party qui faisait partie de ces fastes royaux qu’aime la France républicaine, Nicolas Sarkozy aurait dû l’organiser à Villiers-le-Bel. Pour présider la France, il faut peut-être oublier Neuilly.[/access]

Le dimanche au soleil

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C’est la dernière mode qui déferle sur la Côte d’Azur. Presque tous les maires du littoral des Alpes-Maritimes ont fait voter ces jours-ci par leurs conseils municipaux des délibérations visant à autoriser l’ouverture dominicale des commerces. Il en va ainsi à Saint-Laurent-du-Var, une commune limitrophe de Nice, qui abrite Cap 300, le principal centre commercial du département. L’argument du maire UMP, relayé par Nice Matin est imparable et lumineux comme un mantra sarkozyste: « Il faut mettre la France au travail! »

Hélas, hélas, le parti des feignasses ne l’entend pas de cette oreille. Lui aussi interrogé par Nice Matin, le porte-parole des opposants à cette mesure, Luc Lévy, répond vertement à l’édile weekendophobe: « Les maires se fourvoient. (…) L’ouverture dominicale correspond au mode de consommation américain mais pas français ». Vous allez me dire qu’il est bien normal que les syndicalistes fassent du syndicalisme et qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil, fut-il niçois. Sauf que Luc Lévy ne milite ni à la CGT, ni à la CFTC, ni à FO, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il ne sait pas de quoi il parle: il est président de l’association des commerçants de Cap 3000…

Poudre miraculeuse à Lourdes

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C’est le genre de scénario ou de synopsis que vous refusent systématiquement éditeurs et producteurs. Un réseau international de trafic de cocaïne vient d’être démantelé à Barcelone après qu’un important laboratoire de raffinage y a été découvert. La drogue provenait pour l’essentiel du Paraguay et de la République Dominicaine. Pour éviter d’attirer l’attention et multiplier les voies d’accès en Europe, les trafiquants avaient également décidé d’utiliser de faux pèlerins qui passaient par Lourdes avant de revenir en Catalogne par autobus.

L’Eglise refuse pour l’instant de se prononcer sur une éventuelle hausse des apparitions de la Vierge consécutive à ce trafic. On ne saura donc pas si la religion est désormais la cocaïne du peuple mais ce dont on est certain, c’est que pour les trafiquants, il n’y a pas eu de miracle.

La casse du siècle

219

Bon, je sais que tout le monde est très occupé, cet été, avec la guerre civile.
Je voulais juste signaler au passage que la France a vu en 2009 la destruction de près de 256 000 emplois. C’est vrai, ce n’est pas très important quand on sait qu’Hannibal est à nos portes et que des feux nourris éclatent chaque nuit aux quatre coins du pays à cause de voyous bientôt apatrides, sauf les brigands qui pourront exciper d’au moins trois générations d’honnête truanderie, si j’ai bien compris le raisonnement présidentiel. Mais tout de même, 256 000, c’est tout de même beaucoup, non ?

La population d’une grande ville

Bon, on sait, ça ne veut pas dire 256 000 chômeurs de plus mais le chiffre a quelque chose d’inquiétant, je trouve. 256 000, tiens, c’est à peu près la population d’une grande ville. Une grande ville comme Grenoble, par exemple. Avant, Grenoble était célèbre pour son gratin, ses noix, ses jeux olympiques d’hiver et accessoirement pour avoir vu naître Stendhal. Maintenant, elle est entrée dans l’histoire pour ses braquages de casino, ses snipers suburbains qui mettent en danger la République, et ses discours sécuritaires qui inventent une nouvelle conception de la nationalité et ses brillantes opérations de police qui ont eu pour premier résultat l’arrestation de quatre braqueurs ou complices présumés à la Villeneuve, tous relâchés. On imagine qu’il en ira de même pour les arrestations télévisées de mardi matin …
Ah j’oubliais, la police grenobloise a aussi arrêté et gardé à vue trois jeunes communistes qui collaient des caricatures de Sarkozy. Sarkozy veut bien qu’on caricature le Prophète au nom de la liberté d’expression comme il le déclara au moment du procès intenté à Charlie Hebdo mais il ne veut pas qu’on le caricature lui. Sans doute parce qu’il sait que nul n’est prophète en son pays et que 2012 approche ou alors parce qu’il estime qu’en matière de caricatures, on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Je tiens tout de même à féliciter la police grenobloise : parvenir à trouver trois jeunes communistes d’un seul coup en plein cœur de l’été est un véritable exploit qui me réchauffe le cœur et me rend confiance en la vitalité du PCF. Et puis, c’est un double exploit, parce que la police grenobloise, malgré son nouveau préfet que l’on nous a présenté comme l’inspecteur Harry de l’Isère, en plus pêchu, eh bien figurez vous qu’elle n’a pas le droit à un poste en plus, comme nous l’apprend Europe 1 (qui n’est pas spécialement une radio d’opposition) et même va perdre 21 policiers de terrain d’ici la fin de l’année. Comme quoi, le cœur sécuritaire a ses raisons que la raison budgétaire ne connaît pas.

Dis, c’est quoi l’industrie ?

Les 21 policiers grenoblois ne sont évidemment pas comptabilisés dans les 256 000 destructions d’emploi de 2009. Pas plus que les profs ou les fonctionnaires – si on devait en plus compter ceux-là (en gros 120 000 d’ici la fin du quinquennat), on arriverait facile à deux fois la population de Grenoble. Les 256 000 destructions d’emploi de 2009, un peu comme le niveau atteint sur le droitomètre national depuis quelques semaines, sont un record depuis l’après-guerre. Ce sont des chiffres communiqués par Pôle Emploi, qui lui-même en a détruit pas mal des emplois. La fusion de l’ANPE et de l’ASSEDIC a en effet produit de brillants résultats dont peuvent témoigner tous les chômeurs.

Le gros du bataillon du cercle des emplois disparus est fourni par le secteur industriel. L’industrie, vous vous rappelez ? Non ? Pas trop ? C’est vrai qu’on n’en voit plus beaucoup. Dans certaines régions, même, il faut demander aux anciens de raconter. Dis, comment c’était l’industrie, grand-père ? Mais le grand-père ne répond pas souvent. Il essaie de comprendre ce qui se passe. Il a été mis à la préretraite par son patron avec les aides de l’Etat à 54 piges en moyenne et là, quand la télé a fini de lui monter comment son pays est devenu l’Irak, on lui explique très vite qu’il va falloir que la génération d’après bosse jusqu’à 62 ans (en fait, 67) alors qu’aucun de ses petits-fils n’a encore trouvé de boulot et que tous passent leur temps à faire des cartons sur les forces de l’ordre. Classes glandeuses, classes dangereuses ?

L’Industrie, c’étaient des usines. Les usines étaient des endroits où des ouvriers travaillaient. Ils construisaient des voitures, coulaient de l’acier ou fabriquaient des machines-outils. C’étaient aussi des chantiers où ils construisaient des logements sauf pour les gens du voyage qui passent leur temps à forcer des barrages de police entre deux vols de poules, deux jettatura et l’achat d’une Mercédès dernier modèle. Les ouvriers avaient souvent des revendications. En ce temps-là, savoir si leur voisin était algérien, français ou italien les préoccupait moyennement. Ce qu’ils cherchaient, c’était à obtenir la meilleure paie possible face à un patron qui cherchait à obtenir la meilleure productivité possible. Chacun était dans son rôle et les Renault étaient fabriquées en France. Ensuite, les Renault ont été fabriquées en Roumanie parce que l’ouvrier français était trop cher. L’ouvrier a alors quitté son bleu de travail et on lui a fait remarquer, pour qu’il pense à autre chose, on lui a fait remarquer que sous son bleu, untel était Noir, untel était Arabe et untel était Blanc. C’est comme ça, pour faire vite, que le Front National est à 15 % depuis bientôt trente ans.

Schumpeter for ever !

Le libéral, quand on lui dit 256 000 destructions d’emploi, est un peu comme la Pythie de Delphes : il prononce une phrase mystérieuse présumée pleine de sens et supposée annoncer l’avenir. Il vous dit : « Oui, mais c’est de la destruction créatrice comme l’a bien expliqué Schumpeter. » Schumpeter n’est pas un dieu de l’Olympe mais un économiste morave. Pour faire simple, et je cite un cas authentique, la destruction créatrice veut dire qu’une activité économique détruite est remplacée par une autre, donc qu’on ne perd pas d’emplois : l’ouvrier des hauts-fourneaux de la Comilog à Boulogne-sur-Mer jusqu’à leur fermeture en 2004, n’a qu’à travailler sur une plate-forme de vente par téléphone. Ça n’a pas tellement fonctionné parce que tout le monde a vu que l’ouvrier risquait de se mettre en colère ou d’être moyennement convaincant avec son accent boulonnais quand on lui demanderait de vendre un gel exfoliant aux pépins de raisins.
256 000 destructions destructrices, vous ne trouvez pas qu’ils sont là, les vrais problèmes, en ce moment ?

Le Marché, ça a eu marché

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Wall Street

Wall Street

Les marchés financiers sont-ils bons pour la société ? Le progrès technologique, l’augmentation ininterrompue de la productivité et l’amélioration incontestable de nos conditions de vie de ces dernières décennies sont, après tout, redevables au marché libre. Celui-ci n’a-t-il pas, de surcroît, engendré la concurrence, et avec elle la baisse généralisée des prix ?

Le marché se vend au plus offrant

Pourtant, la spécificité même de ce marché le rend également insupportable. Dépourvu de toute idéologie, il se vend au plus offrant : autrement dit, il est sans conscience. Bien que prises en toute liberté, les décisions et actions des individus n’en sont pas moins orientées en fonction de leurs seuls intérêts matériels, forcément inversement proportionnels aux intérêts de la société. Le jeu du marché étant un jeu à somme nulle, l’individu ne maximisera ses profits qu’au prix des pertes de la partie adverse, c’est-à-dire de la société. Du coup, le marché libre devient la plate-forme de tous les égoïsmes, une sorte de Dieu gourmand et capricieux ne cessant de réclamer toujours plus de sacrifices humains ou, plus prosaïquement, le vecteur idéal de toutes les manipulations…

[access capability= »lire_inedits »]C’est ainsi qu’une banque − en quête de bénéfices plus élevés − titrise des prêts peu solvables avant de les vendre aux investisseurs, faisant au passage appel à des agences de notation bienveillantes dont l’intérêt est de satisfaire cette banque afin que toute la chaîne des intervenants optimise ses profits… C’est ainsi que l’augmentation du prix de ces actifs attire d’autres investisseurs alléchés par une construction digne de Ponzi où seuls les plus rapides et ceux qui se situent le plus loin de la base de la pyramide s’en sortent gagnants…

Faudrait-il donc démanteler ce marché libre amoral − ou immoral, c’est selon − et, dans l’affirmative, quelle serait l’alternative ? Le retour de l’État sonnera-t-il le retour en grâce d’une justice qui a disparu du vocabulaire capitalistique ? L’action publique est-elle synonyme de conscience ? L’État peut-il être juge et partie ? Le renforcement de l’État −  défendu à juste titre en ces temps de crise − est-il susceptible de créer les conditions de l’épanouissement de l’homme, apanage pourtant incontestable du marché libre ?

Il y a fort à craindre que la régulation accrue de demain ne soit qu’un phénomène éphémère préparant le terrain à un retour en force de la divinité féroce du marché libre.[/access]

Un monde libre?

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Quand on traite le milliardaire en parasite et en exploiteur, quand on lui prend la moitié de ce qu’il gagne et pas un sou de moins, quand on appelle « cadeau » la moitié qu’on ne lui prend pas, quand on le somme de vivre dans la culpabilité et dans l’expiation du péché, il le prend mal: le riche est susceptible. Il devient alors aigri, hautain et paranoïaque. Déconnecté des réalités, il tente désespérément de fuir ses compatriotes, de planquer son magot, de corrompre les politiques et dans les cas les plus graves, il peut même tomber entre les griffes de gigolos qui l’arnaquent.Le riche est comme ça, il faut savoir le prendre.

Au pays de la jungle ultralibérale, là où l’homme est un loup pour son frère et où les renards ont leurs entrées dans les poulaillers, 40 milliardaires américains ont décidé, à l’initiative de Warren Buffet et sans que personne ne leur demande rien, de donner aux pauvres la moitié de leur fortune.

Ce qu’on ne lui prend pas, et à condition qu’on soit gentil avec lui, le riche le donne. On appelle ça le monde libre.

Maastricht et la libre circulation du shit

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Si vous autres Européens, vous en teniez à votre pinard, avec ou sans saucisson, l’Union coulerait des heures plus tranquilles. Mais l’affaire opposant, devant la Cour de justice de l’Union européenne, le tenancier d’un coffee-shop de Maastricht au bourgmestre de la ville Gerd Leers, rappelle qu’en Europe, les joints tournent sans frontières. Et pour Leers, c’est bien là le problème. Pour lutter contre le « tourisme de la drogue », il a donc décidé de réserver l’accès des coffee-shops aux seuls résidents néerlandais. Pris en flagrant délit alors qu’il servait des fumeurs de pétard venus d’ailleurs, Marc Josemans a été contraint, sur décision du bourgmestre, de fermer son établissement. Invoquant une discrimination des citoyens de l’Union européenne, Josemans a saisi le Raad van State (Conseil d’Etat), lequel a demandé à son tour à la Cour de justice de l’Union européenne de se prononcer sur l’euro-compatibilité de l’exclusion des ressortissants communautaires des coffee-shops. De fait, les conclusions rendues par l’avocat général le 15 juillet montrent que pour la cohérence européenne, on repassera. Le pétard.

Ce sont en effet quelque trois à cinq mille Français, Belges et Allemands qui arrivent chaque jour à Maastricht. Pas en pèlerinage sur la tombe de Saint-Servais, ni pour s’attabler dans l’un des six restaurants étoilés de la ville, encore moins pour admirer l’étonnant édifice du musée Bonnefanten. Autant dire que ces « touristes de la drogue », comme les désigne le jargon médiatique et administratif, n’ont en commun avec les touristes tout court que la brièveté de leur passage et les dégâts qui en découlent.

Situé au croisement des autoroutes trans-européennes, à deux heures de Bruxelles et d’Amsterdam, Maastricht a d’abord tenté, tant bien que mal, de résoudre le problème en le refilant aux communes voisines. Les premières lignes du projet « coffee-corners », qui prévoyait de délocaliser la moitié des quinze coffee-shops autorisés du centre-ville vers les quartiers périphériques – en l’occurrence dans la direction de la frontière belge, ont été rédigées en 2003

Tentation prohibitionniste

L’exemple de Gerd Leers, accusé de jouer cavalier seul sans jamais avoir tenté d’instaurer un dialogue avec ses homologues wallons ou flamands, a sans doute été pour quelque chose dans le choix radical fait par deux communes du Brabant septentrional néerlandais, Roosendaal et Bergen-op-Zoom. Voyant ces bourgades, paisibles sinon somnolentes, se transformer en « bourbiers » pour citer Michel Marijen, bourgmestre de Roosendaal, les municipalités ont décidé de retirer leur licence aux coffee-shops locaux. Désormais, les habitants doivent se rendre à Amsterdam pour s’approvisionner en cannabis.

Pourquoi, demandera-t-on, ne pas appliquer alors la même méthode à Maastricht ou, tout simplement, aux Pays-Bas, dès lors que le « tourisme de la drogue » est supposé constituer une menace réelle à l’ordre public.

La première raison est que la société néerlandaise ne semble pas être prête à affronter l’interdiction de la vente du cannabis. La politique de tolérance vis-à-vis des « drogues douces » est l’expérimentation hollandaise la plus célèbre. Elle s’est appuyée dès le départ sur un postulat audacieux : « Si nous ne sommes pas capables de prévenir le mal, essayons au moins de le contrôler. » En conséquence, depuis 1976 la possession de « drogues douces » pour usage personnel est décriminalisée, et leur vente dans les coffee-shops, bien qu’interdite par la loi, tolérée. Toutefois, en vertu des directives du ministère public, ceux-ci ne peuvent pas vendre plus de cinq grammes de cannabis par personne et par jour, et le stock ne doit pas excéder cinq cents grammes. Inutile de préciser que la pratique est assez éloignée de ce cadre sobre. À Maastricht, on évalue à une centaine le nombre de « one kilo houses », grossistes soupçonnés de vendre également de la cocaïne et de l’héroïne. Les contrôles effectués dans l’un des coffee-shops le plus célèbres de Hollande, le Checkpoint à Terneuzen, ont révélé que son stock dépassait deux cents kilos.

Résultat, les Pays-Bas supportent de moins en moins bien leur statut d’« îlot de la liberté » en Europe. Pour autant, rien ne permet de pronostiquer l’abandon de l’approche ultra-libérale. Même les chrétiens conservateurs du CDA, pourtant très remontés, n’ont pas la moindre idée de ce qu’il faudrait faire. Et les habitants de Maastricht tiennent à leur réputation de gens « sympas ».

La deuxième raison pour laquelle le retour à la prohibition est difficile à imposer tient au fait, qu’en dépit des nuisances causées par le développement de trafics illégaux en marge des activités autorisées des coffee-shops, les Hollandais se droguent moins que les autres Européens – selon le dernier rapport annuel de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, la Hollande se situe loin derrière l’Espagne, l’Italie, la France et le Royaume-Uni. De ce point de vue, l’expérience est un succès.

Enfin, la troisième raison du maintien du statu quo est d’ordre économique. Selon une étude récente, les coffee-shops de Maastricht apportent quelques 140 millions d’euros au budget de la ville. Argument de poids qu’André Beckers, l’avocat de Josemans, ne se prive pas d’employer : pour lui, le business du cannabis est « de facto légal » puisque les propriétaires de coffee-shops sont obligés de payer des taxes et des impôts sur leurs revenus. « De surcroît, ajoute-t-il, la nationalité des clients n’a aucune incidence économique ».

Cannabis, une marchandise comme une autre ?

Les conclusions de l’avocat général à la Cour de justice, Yves Bot, risquent de créer un précédent. Car celui-ci a rappelé qu’en dépit du fait que la vente des « drogues douces » est tolérée dans les coffee-shops néerlandais, elle reste néanmoins interdite par l’ensemble des Etats membres. De plus, n’étant pas tenus de consommer le cannabis sur place, les clients ressortissants d’autres Etats de l’Union peuvent l’emporter dans leurs pays et s’exposer ainsi à des poursuites pénales pour exportation ou importation illicites de stupéfiants. Comme le constate Yves Bot, les drogues ne sont pas des marchandises comme les autres. La vente du cannabis échappe donc à la liberté de circulation garantie par l’UE. En conséquence la mesure adoptée par la commune de Maastricht n’est pas considérée comme une restriction à la liberté du commerce.

Curieusement, le représentant de la Commission européenne, Hubert van Vliet, a au contraire soutenu la position d’André Beckers : exclure les coffee-shops néerlandais du marché unique ne peut, selon lui, qu’accroître les problèmes et ébranler la fragile citoyenneté européenne. Les Belges réclament explicitement « plus d’Europe » – ce qui, en l’occurrence signifie : pas de discrimination entre fumeurs de pétards. Quant aux Néerlandais ils continuent de pratiquer leur politique baroque consistant à tolérer la vente tout en interdisant strictement la production. Lors d’une réunion de communes néerlandaises frontalières, à Almere en 2008, le bourgmestre d’Eindhoven a provoqué la consternation en proposant que les coffee-shops soient approvisionnés par des « plantations communales ».

Les conclusions de l’avocat général ne lient pas la Cour de justice. Les juges commencent à peine à délibérer. L’arrêt ne sera rendu pas avant plusieurs mois. Si la Cour suit l’avocat général et exclut les coffee-shops de la législation communautaire, l’affaire sera jugée par le Tribunal de la Haye.

Vous n’avez rien compris ? Vous vous sentez personnellement discriminé par la décision du bourgmestre ? N’hésitez pas à le faire savoir aux instances européennes. Mais oui, l’Union est l’affaire de tous ! Votre opinion compte ! Enfin, pas encore, mais bientôt, quand il suffira d’un million de signatures provenant d’un tiers des Etats membres pour qu’une proposition de législation soit mise à l’étude par la Commission européenne. Ainsi les citoyens seront-ils théoriquement placés au même niveau que le Conseil et le Parlement européen. Notez cependant que les propositions « dénuées de sérieux » ne seront pas retenues. Inutile de commencer à collecter des signatures en faveur de la distribution gratuite de pinard.

Arizona drame pour Obama

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Barack Obama
Barack Obama.
Barack Obama
Barack Obama.

On peut parier une canette de Budweiser que Barack Obama aurait bien voulu oublier cette épineuse question. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles ses adversaires du Grand Vieux Parti (GOP, Grand Old Party, sobriquet du Parti républicain américain) entendent le contraindre à s’y intéresser.

Tout a commencé dans l’Arizona, un État du Sud-Ouest américain faiblement peuplé (grand comme 40 % de la France pour 7 millions d’habitants) où 4 habitants sur 10 ont au moins un ancêtre hispanique. Une frontière de plus 600 kilomètres sépare l’Arizona des provinces mexicaines de Baja California et de Sonora. Frontière largement fictive car, malgré d’énormes moyens investis – y compris des escadrons de drones –, immigrés et drogue continuent de la traverser. Si l’on ajoute à cela les tensions suscitées par une crise économique et budgétaire qui a vu le taux de chômage tripler en 2008, passant de moins de 4 % (plein emploi) à plus de 9 %, on comprend pourquoi la question de l’immigration mexicaine domine le débat politique.

[access capability= »lire_inedits »]À Phoenix, la capitale, on blâme Washington, car il s’agit d’une frontière internationale entre deux États souverains (les États-Unis et le Mexique) dont le contrôle incombe au ministère de la Sécurité intérieure (Homeland Security), confié aujourd’hui à Janet Napolitano. Sauf qu’il est difficile d’utiliser contre ce ministre l’éventail traditionnel des arguments antifédéraux primaires (« bureaucrates déconnectés du terrain », etc.), pour la simple et bonne raison qu’avant de rejoindre l’équipe Obama, Mme Napolitano occupa pendant six ans le poste de gouverneur de l’Arizona… Cette parcelle de la frontière américano-mexicaine (20 % de sa longueur totale), elle la connaît par cœur. Bien entendu, cela n’a pas empêché son successeur, la conservatrice Jan Brewer (« pro-life » et pro-armes à feu) et les républicains d’Arizona de tendre une embuscade politique à la Maison Blanche et à la majorité nationale.

En avril, le gouverneur Brewer a promulgué une loi aux termes de laquelle le séjour illégal sera désormais considéré comme un crime en Arizona. Si cette tentative des Arizoniens de mener leur propre politique d’immigration a déjà fait grincer quelques dents washingtoniennes − notamment celles du conseiller spécial David Axelrod −, certaines dispositions de ladite loi ont été considérées par la Maison Blanche comme totalement inacceptables. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est l’article permettant à un policier de vérifier les papiers d’une personne interpellée pour n’importe quelle raison « s’il juge un tel contrôle pertinent ». Autrement dit : à la gueule du client ou « au faciès ».

« Un sujet toxique pour les démocrates »

La loi devant entrer en vigueur le 29 juillet, le gouvernement fédéral a décidé d’intervenir. Le procureur général fédéral − ministre de la Justice − a attaqué le gouvernement de l’Arizona devant un tribunal fédéral, arguant qu’il s’agissait d’un dispositif raciste.

Secondée par les deux sénateurs républicains de l’Arizona, dont John McCain, candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2008, Mme Brewer semble avoir trouvé des alliés jusque dans le camp démocrate. Ainsi, plusieurs gouverneurs démocrates, réunis pour leur convention annuelle, n’ont pas caché, devant le président Obama, leurs profondes inquiétudes face à la position prise par la Maison Blanche dans ce dossier sensible. Dix-neuf gouverneurs démocrates vont quitter leur poste ou briguer leur réélection dans les mois qui viennent, et ce débat leur fait peur. Ainsi, selon le New York Times, Phil Bredesen, le gouverneur démocrate du Tennessee et membre éminent du parti, a-t-il déploré le fait qu’au lieu de parler de l’emploi pendant les campagnes qui les attendent, ils allaient être contraints de se prononcer sur l’immigration, qui est selon lui « un sujet toxique dans un moment crucial pour les démocrates ».

Un risque sérieux pour Obama

En décidant de relever le défi lancé par l’Arizona, Obama prend un risque sérieux. Il sait mieux que quiconque que son intervention touche la question sensible des relations entre les États et le gouvernement fédéral, le cœur même des clivages politiques et idéologiques les plus profonds au sein de la démocratie américaine. Politiquement parlant, cette guerre menée à coups de symboles forts à quelques mois des élections de mi-mandat peut être dangereuse. Après l’essoufflement du débat sur l’assurance-maladie, qui s’est soldé par une victoire de l’Administration et, dans la foulée, du mouvement de contestation populaire contre Obama, cette question risque de relancer la gronde « tea-party ». Sans doute Obama espère-t-il qu’il pourra aussi mobiliser son propre camp autour de ses valeurs les plus emblématiques.

Au-delà de ces considérations, l’immigration devient un sujet presque aussi sensible qu’en France, dans un pays dont elle constitue pourtant l’ADN. Selon un sondage réalisé en avril, quelques jours après la promulgation de la loi par le gouverneur de l’Arizona, le pari présidentiel pourrait se révéler risqué : presque quatre républicains sur cinq et un démocrate sur deux se déclaraient favorables au texte. Autrement dit, plus de la moitié des électeurs américains semblent être séduits par une politique plus musclée contre l’immigration illégale. Contrairement à une idée reçue, la crise économique n’est pas le seul facteur de ce durcissement de la société : la politique des chiffres et des quotas a été introduite pendant la décennie 1920 (notamment par la loi de 1924), qui fut plutôt une période d’expansion économique. Un taux de chômage élevé contribue sans doute à la crispation de la société d’accueil − et quand la crise est mondiale, elle booste en même temps le nombre des candidats à l’immigration, − mais ne saurait l’expliquer seul. Les questions identitaires ont rarement été aussi brûlantes depuis l’invention de l’État-nation. « Qui sommes-nous ? » : cette question qui nous est devenue si familière hante aussi les Américains.[/access]

Top 50 , c’est reparti comme en 40!

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Deux fois par an, le Journal du Dimanche publie un « Top 50 » des personnalités préférées des français. C’est devenu un rituel, un passage obligé, un marronnier de presse. Tous les journalistes s’empressent, en janvier et en août, de relayer les deux enquêtes d’opinion menées par l’Ifop, qui nous apprennent toujours que sont en tête, dans un ordre qui diffère peu d’une enquête à l’autre Mimie Mathy, Zinedine Zidane, Yannick Noah ou encore Jamel Debbouze.

Une interrogation pourrait émerger : pourquoi est-ce toujours le même genre de personnalités que l’ont retrouve dans ce Top 50 ? Ceci appelle une remarque de méthode sur l’enquête menée par l’Ifop. Car la question posée aux sondés n’est pas « Quelle est votre personnalité française préférée? ». Comme nous l’apprend la fiche technique de la précédente enquête « Top 50 », la méthode choisie est: « Dans une série de 50 noms, les interviewés ont eu à choisir parmi ceux qu’ils connaissent, les 10 personnalités qui comptent le plus pour eux ou qu’ils aiment le mieux. » C’est ainsi parmi une liste imposée de 50 noms, présélectionnés par l’institut de sondage (avec, on l’imagine, son client le JDD), que les sondés ont eu à choisir. On est donc autorisé à plébisciter Bernadette Chirac, mais pas NKM. Tandis que s’il est possible d’aimer Rama Yade, impossible d’aimer Rachida Dati. Idem avec Claire Chazal, qui n’aura pas à affronter la concurrence de Laurence Ferrari…

Un questionnaire véritablement ouvert nous aurait peut-être permis d’observer des choses surprenantes, telles la présence de moins de « retraités », de plus d’artistes, et de davantage de personnalités politiques issues de familles non représentées commele centrisme ou les extrêmes. Mais cela ferait évidemment mauvais genre…

Dany boude

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Histoire d’éveiller ses amis Verts à un semblant de maturité politique, Daniel Cohn-Bendit leur avait fait deux propositions un rien provocatrices en vue des Universités d’été qui doivent se tenir du 19 au 21 Août à Nantes : inviter Rama Yade et inscrire un atelier foot au programme des débats. Zéro pointé : Rama sera finalement interdite de séjour et l’atelier foot aussi. Dany, le fraternel, veut parler avec tout le monde. Dany, le pragmatique, désire élargir la vision de l’écologie politique. Mais voilà, une fois de plus, le leader d’Europe Écologie, s’est cassé le nez sur la légendaire rigidité dogmatique des Verts.

Mais qu’a-t-il cru ? Que les Verts pouvaient donc débattre avec « une personne qui soutient et fait partie d’un gouvernement anti-social, anti-écolo, anti-immigrés» ?[1. Propos tenus par la porte-parole nationale des Verts, Djamila Sonzogni, dans le JDD du week-end 31 juillet-1er août 2010]. Dany a donc dépassé les bornes. Dany a voulu convier à la table des justes, le symbole absolu de l’hypocrisie du sarkozysme, Rama Yade, « la midinette du gouvernement faussement rebelle, faussement issue de banlieue », comme certains militants furieux la désignent.

Va pour la non-invitation de Rama. Mais pourquoi ne pas avoir au moins entériné l’atelier foot si cher à DCB ? Et bien parce que seuls les sujets environnementaux ou assimilés ont droit de cité dans l’espace public des Verts. Les autres sont frappés d’ostracisme. L’écolo de base, si soucieux de réguler sa consommation d’énergie, ne saurait gaspiller sa salive pour parler d’un sujet aussi populaire et populiste que le foot. C’est vrai ça : quel est l’intérêt d’engager un débat public auquel tout le monde pourrait participer ?

Le foot, c’est forcément de droite

Non, hors sujet, le foot pour les Verts, pas assez élitiste, et surtout trop marqué à droite. Depuis que Nicolas Sarkozy a reçu Thierry Henri à l’Élysée et qu’il a réclamé des états généraux du football, les Verts ont décrété que parler foot c’était s’afficher à droite. Le comportement honteux de l’équipe de France lors du Mondial n’appartient donc qu’au passé et il n’y a aucune leçon à en tirer. Chez les militants Verts, comme chez les poissons rouges, la mémoire est immédiate, elle ne dure pas.

Les Verts ne préfèrent voir que la seule image du foot business, symbole de démesure du capitalisme. Une fois encore, leur sectarisme les arrange bien. Ils évitent ainsi la pratique du débat, l’exposition et la confrontation avec plusieurs points de vue sur un sujet relevant de l’intérêt général. Car les thématiques pensées par Daniel Cohn-Bendit (de la marchandisation du sport à la question de l’intégration par le football) n’étaient ni de gauche, ni de droite, ni du centre et pas même, c’est vrai, purement écolos.

Le leader d’Europe Écologie avait inséré le foot au sein d’une réflexion plus globale sur la société française. L’atelier foot était donc l’occasion pour les Verts de parler de l’intégration, du mérite, du lien social, de la crise de l’autorité et de l’éducation, bref de tous les problèmes auxquels la débâcle des Bleus renvoyait. Les entendre sur ces sujets était une façon de sortir de leur credo écologiste pour rendre leur projet alternatif audible à tous les Français. Mais leur sectarisme a été trop fort. Les Verts ont refusé de faire véritablement de la politique.

Non, en proposant qu’on cause foot à Nantes, Dany, l’inconditionnel du ballon rond, n’a pas cédé au principe de plaisir, comme le prétendent ses pourfendeurs. Bien au contraire, il a fait preuve d’un réalisme responsable. Dans la logique de son Appel du 22 mars, qui avait si bien réussi à son camp pour les européennes, il s’est comporté en véritable homme politique, qui a compris que son parti, Europe Écologie, doit s’ouvrir au monde tel qu’il est et non pas tel que les Verts voudraient qu’il soit.

Dany a poussé les Verts dans leurs retranchements et leur sectarisme a prouvé, une fois de plus, les limites d’ouverture du mouvement écologiste, trop empêtré dans une logique doctrinaire et bureaucratique pour envisager une nouvelle mutation en phase, cette fois, avec un scrutin présidentiel.

Alors oui Dany boude les Verts, et à raison.

La crise de la Bastille

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Bastille

Bastille

C’est malin. Normalement, pour leurs numéros d’été, les journaux ont à cœur de ne pas prendre la tête de leurs lecteurs. Et comme on n’est pas plus chiens que nos confrères, lorsque, réunis en conclave, nous avons choisi le thème – et le titre – de ce dossier, nous n’avions pas l’intention de pourrir vos vacances ni les nôtres. Enfin pas totalement. Nous savions que réfléchir à l’état de notre pays ne serait pas seulement une partie de plaisir mais nous pensions, en creusant sous les pavés, trouver quelques vestiges de ce « bonheur français » qui était hier un objet d’étude pour chercheurs étrangers.

Puis les articles sont arrivés, hésitant entre mélancolie et colère, flirtant au mieux avec la nostalgie, au pire avec le désespoir.

On pouvait s’attendre à ce que Renaud Camus, prolifique commentateur du désastre et talentueux exécuteur des amis d’icelui, livre une analyse qui s’apparente plus à un acte de décès qu’à un programme pour l’avenir – encore que sa proposition d’une éducation qui ne serait plus une obligation, mais un privilège réservé à ceux qui le désirent, mériterait d’être étudiée. On n’espérait pas de Basile de Koch ou de Jérôme Leroy qu’ils célèbrent la France comme elle va. On n’imaginait pas non plus, du reste, que ce dernier en viendrait à regretter Hélène et les garçons, ce qui dit où nous sommes rendus. Pour ceux-là et tous les autres contributeurs réguliers de Causeur, la messe est dite : nous sommes « réactionnaires », terme générique qui, sous la plume de ceux qui nous en affublent, signifie que nous préférons le passé au présent et, plus généralement, que nous n’avons pas sur le monde le même point de vue qu’eux. Ainsi, Les Inrockuptibles ont-ils récemment étalé, sur une petite dizaine de pages, cette thèse encore moins nouvelle que lesdits « réacs » livrés à la vindicte de leurs lecteurs. Aveuglés par une idéologie pernicieuse et archaïque, insensibles aux charmes de la postmodernité, nous ne saurions que chanter le refrain d’une « France déchirée par ses fractures sociales, ethniques, communautaires sur fond de déliquescence de l’autorité et de pertes des valeurs ». On se demande bien où nous sommes allés chercher tout ça.

L’ennui, c’est que cette humeur cafardeuse semble avoir contaminé des personnalités fort respectables n’appartenant ni de près ni de loin à notre « mouvance » − que je serais d’ailleurs bien en peine de définir. Dans l’entretien qu’il a accordé à Gil Mihaely, Christophe Prochasson, historien de gauche et de la gauche, ne décèle pas de ce côté de l’échiquier politique un espoir de lendemains qui, à défaut de chanter, cesseraient de broyer du noir.

[access capability= »lire_inedits »]L’avenir, c’était mieux avant

Il y a quelques années, alors que le thème des « néo-réacs » faisait son apparition dans le paysage, Laurent Joffrin avait lâché cet aveu confondant de lucidité : « Ce n’est pas la droite qui est réactionnaire, c’est la réalité. » Nous y sommes : ce pessimisme de mauvais aloi, qui était jusque-là la marque de fabrique de quelques archéos, semble aujourd’hui frapper toutes les couches sociologiques et tous les camps politiques. De plus en plus de gens se laissent secrètement aller à penser que « c’était mieux avant » : quand l’École transmettait des savoirs, quand la gauche portait une espérance, quand on pouvait s’engueuler sur le Moyen-Orient sans se faire traiter d’antisémite ou de tueur d’enfant, quand on trouvait un emploi digne des années passées sur les bancs de l’Université, quand les Français de souche récente ne qualifiaient pas les autres de « Gaulois ». J’avoue que je pense un peu comme tous ces ploucs et que, comme eux, je suis consciente de tout ce qui est mieux qu’« avant » – notamment l’incomparable liberté dont nous jouissons dans nos existences privées. De plus, « avant », Internet n’existait pas. Et sans Internet, pas de Causeur.

On sait aujourd’hui que l’Histoire n’a pas de sens et qu’elle refuse de se plier à une Loi, aussi brillants soient les esprits qui l’ont énoncée. Elle charrie du mieux et du pire, du bonheur et du malheur, de l’avancée et du recul. Il est vrai que, sous cet aspect, le bilan de l’époque me paraît globalement négatif et que les méfaits des mutations en cours me semblent excéder leurs bienfaits. Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas le choix entre nous diriger avec allégresse vers le futur ou revenir sur nos pas pour ressusciter un improbable âge d’or.

Le « bonheur français » n’a pas disparu, mais on dirait qu’il s’est exclusivement réfugié dans la sphère privée. Le bonheur d’être français, en revanche, semble évanoui même si, pour célébrer un 14-Juillet amputé de ses fastes élyséens, un sondage un peu moins déprimant que les autres nous assurait récemment qu’une majorité de nos concitoyens étaient encore « fiers d’être français ». Encore faudrait-il savoir ce que cela signifie. Et sur ce point, il faut bien dire que, des Inrocks à Causeur, nous sommes tous dans le même brouillard. Nous ne savons plus qui nous sommes : en langage commun, on appelle ça une « crise d’identité ». Et cette incapacité à nous définir, donc à produire collectivement un avenir commun, explique la déliquescence de ce qu’on appelle, comme par antiphrase, le « vivre-ensemble ».

Ainsi va la France : on adore y débattre, mais entre gens qui pensent la même chose

Dans ces conditions, il est regrettable que nos confrères, et avec eux une bonne partie de la gauche culturelle, préfèrent se pincer le nez et évoquer les « heures sombres » quand on prononce le mot « identité nationale », plutôt que de s’atteler à donner à celle-ci les contours qui leur conviendraient. Quand bien même il aurait été inspiré par des arrière-pensées politiciennes, le débat lancé par le gouvernement aurait pu avoir plus d’allure que les criailleries outragées dont l’unique ambition, assumée d’ailleurs, était d’empêcher qu’il eût lieu. Ainsi va la France : on adore y débattre, mais entre gens de bonne compagnie, c’est-à-dire qui pensent la même chose. Les chantres de la diversité n’aiment guère qu’elle se déploie dans le domaine des idées. Aussi imagine-t-on sans peine les clameurs irritées que déclenchera le tableau brossé par Renaud Camus dans le cas improbable où l’un de nos procureurs s’aventurerait à lire un écrivain décrété infréquentable – parce que raciste ou assimilé. Pour ma part, je reprocherais plutôt à Camus de sacrifier l’universalisme qui fait partie de notre ADN à la défense de peuples qu’il estime menacés de disparition. Son analyse – qui n’a rien de raciste – devrait faire réagir, appeler une contre-argumentation. Cette discussion aura lieu, mais seulement entre nous. Dommage.

Le combat d’idées, à la loyale, nous sommes preneurs. Nous ne pensons pas détenir la vérité. Même dans Astérix, on ne trouve pas la formule magique qui nous dirait comment concilier l’universalisme et les singularités concrètes, la patrie charnelle et la nation politique, la nécessité de la permanence et l’impératif du mouvement. Ainsi, sur la question de l’islam et de son acclimatation à l’habitus français, qui hante les esprits et les colonnes de Causeur, m’arrive-t-il souvent de me demander si je n’ai pas tendance à noircir la réalité au prétexte que d’autres s’acharnent à la repeindre en rose. Ainsi Basile de Koch rappelle-t-il justement à ceux qui, parmi nous, pointent avec angoisse la progression dans l’espace public d’une revendication identitaire islamique, que le « communautarisme », mot-valise qui traduit le renforcement de l’emprise du groupe sur les individus, est aussi au travail parmi les juifs de France. On peut juger que la thèse de Basile a le défaut de renvoyer dos à dos des appartenances dont les expressions diffèrent très largement. Elle a le mérite d’obliger chacun à sortir du beau rôle et à secouer ses certitudes. On ne résoudra pas l’équation du « nous » en se contentant paresseusement de désigner un « eux ».

Ça va mal dans les cités, ça va mal dans la Cité

On pourrait penser que ces arguties sont des problèmes de riches, rappeler que, quand on doit gagner sa croûte, on n’a pas le loisir de s’examiner le nombril. Du reste, si on suit François Miclo, cette capacité à se torturer avec des questions existentielles est une spécialité aussi française que le bœuf mironton. Sauf qu’aujourd’hui, elles semblent nous exploser à la figure, pas seulement dans les polémiques parisiennes ou sur nos écrans, mais dans la vraie vie. Il ne s’agit plus de névrose chronique, mais de passage à l’acte. De la lamentable équipée sud-africaine des Bleus au délétère feuilleton Woerth-Bettencourt, de policiers tués en cités embrasées, les catastrophes se succèdent à un rythme frénétique, au point qu’on ne trouve ni les mots pour les décrire, ni les concepts pour les penser[1. C’est pour cette raison que Causeur a été plutôt en retrait dans l’affaire Woerth-Bettencourt. Dans le tourbillon de révélations réelles ou supposées livrées par les confrères, il était presque impossible de se forger une opinion.]. Vivons-nous une crise de régime, les prémices d’une guerre civile, la fin du « modèle français », tout cela à la fois ? On se gardera bien de fournir ici une réponse clés en main. Reste une certitude qui fait consensus : ça va mal dans la Cité.

Dans les dîners en ville et sur les plages, dans les bistrots et les rédactions, on ne parle que de ça. En conséquence, on n’y coupera pas ici. L’affaire Bettencourt, devenue l’affaire Woerth et peut-être, demain, l’affaire Sarkozy, a au moins pour heureuse conséquence d’épargner aux journaux et magazines la chute des ventes qu’ils enregistrent habituellement durant cette période. En effet, le public se passionne pour les intrigues et cabales orchestrées, sur fond de haines familiales recuites, autour d’une vieille dame immensément riche qui trompait son ennui avec un jeune artiste.

Nous voilà revenus au bon vieux temps des « affaires ». Les « investigateurs » se fantasment en tombeurs de Nicolas Sarkozy, à commencer par Edwy Plenel, qui se verrait bien apporter sur un plateau la tête du président à son ami Dominique de Villepin. Une flopée de documents confidentiels est quotidiennement débitée en tranches dans la presse. Pas de jaloux : il y en a pour tout le monde et de toutes origines. Du PV d’interrogatoire au relevé d’écoute sauvage, de l’agenda de l’un au journal intime de l’autre, le « journalisme de procès-verbal », selon la belle formule de Pascale Robert-Diard, se déchaîne. Au nom du « droit de savoir » et du « devoir d’informer », on publie les transcriptions de conversations privées entre une vieille dame immensément riche et son banquier personnel, enregistrées en loucedé par un majordome probablement acquis à l’un des clans qui font la danse du scalp autour du magot. C’est par le truchement de cette conversation qu’Eric Woerth entre en scène. Peu importent les méthodes, seul le résultat compte, proclame la profession. S’il faut fouiller dans les poubelles pour dévoiler les turpitudes des puissants, enfilons de bons gants et allons-y. Ce monde dans lequel tout ce que vous direz, y compris dans la stricte intimité, peut être retenu contre vous, pour peu que l’on vous en veuille suffisamment pour vous espionner, me fiche la trouille. Mais il faut reconnaître que l’argumentation de nos fins limiers se défend : s’il n’y avait rien à trouver, ils ne trouveraient pas.

Que nous ont, en fin de compte, appris ces semaines de révélations ? Les pratiques dont est soupçonné Eric Woerth relèvent de deux catégories : le conflit d’intérêts et le financement illégal. C’est sur ce deuxième terrain que les commentateurs concentrent leur tir. Ils se scandalisent, invoquent la morale et la politique ou plutôt leur divorce qui nourrit, s’alarment-ils, le « Tous pourris ! » et le vote en faveur de Marine Le Pen. (La gauche, elle, en rêve, de son 21-Avril à l’envers…) De fait, tout cela n’est pas glorieux. Les conflits d’intérêts qui ne relèvent pas de la loi, mais de la décence commune, me semblent infiniment plus graves. Comment un ministre chargé de faire payer le plus d’impôt possible à Mme Bettencourt peut-il tolérer que son épouse ait comme mission de lui en faire payer le moins possible ? Sur le papier, rien ne s’oppose à ce que le mari soit au service de l’intérêt général et la femme à celui d’un intérêt particulier directement contraire au premier. Cela suppose une conception du couple très moderne.

Dans notre imaginaire, la richesse est toujours mal acquise

Ce déballage, nous dit-on, creuse le fossé entre gouvernants et gouvernés. Sans doute, mais cela n’a pas grand-chose à voir avec la morale : si les Français étaient convaincus que Nicolas Sarkozy et son équipe travaillent dans la bonne direction pour le bien commun, ils se ficheraient éperdument qu’ils aient financé leur campagne grâce aux largesses de leurs amis fortunés. Et, pour tout dire, moi aussi. J’entends d’ici les cris d’orfraie que cette affirmation suscitera. Comment ? Les gouvernants seraient-ils au-dessus des lois ? Et la démocratie ? Et la transparence ? Je le jure, je suis pour l’une et l’autre − dans une certaine mesure. Je préférerais que nos gouvernants soient aussi vertueux que la femme de César. Mais je sais aussi, comme tous mes confrères d’ailleurs, que la politique a besoin d’argent et que cet argent n’est jamais et nulle part totalement propre. À tout prendre, il est moins grave d’accepter quelques enveloppes de ses amis nantis que de toucher des commissions occultes sur les contrats remportés par les entreprises françaises. Et puis ces petits arrangements avec la loi ont cours à tous les étages et dans tous les milieux, de même que le passe-droit et le coup de fil intéressé, abondamment pratiqué par les journalistes. Téléphoner à un copain bien placé pour lui demander de pistonner son rejeton, c’est déjà du trafic d’influence.

La crise de confiance, réelle, n’est pas spécifiquement française. On ne les croit plus, nos gouvernants, pas parce qu’ils prennent quelques libertés avec la vertu ou avec la loi, mais parce qu’ils ne gouvernent pas. Reste que la saga Bettencourt nous dit autre chose, de plus profond, sur nous-mêmes, parce qu’elle a pour personnage principal l’Argent, que les Français détestent, en particulier chez les autres, et qu’ils adorent, raison pour laquelle ils jouent assidûment au Loto. Dans notre imaginaire collectif, la richesse est toujours plus ou moins mal acquise. Cette passion de l’égalité, qui est au fondement de la méritocratie, a aussi quelque chose d’ambigu ou de mesquin quand elle nourrit les passions tristes que sont l’envie et le ressentiment. Comme me le souffle Gil Mihaely, l’égalité à la française, ce n’est pas l’abolition des privilèges, mais des privilèges pour tous.

Tout le problème de Nicolas Sarkozy est là. On dirait qu’il ne comprend rien au pays qu’il dirige parce qu’il ne le fréquente pas. Et ses amis non plus. Les dirigeants de l’UMP n’ont pas les mains plus sales (ni plus propres) que ceux du PS. Mais à force de passer leur temps sur les champs de courses et dans les propriétés paradisiaques de leurs copains friqués, ils semblent croire que tout le monde vit comme ça. Dans leur monde, personne ne va au pressing et au supermarché, personne ne perd ses 12 points de permis à force de flashages, personne ne se fait voler les jantes de sa Twingo, personne n’a un fils au chômage.

Il y a une dizaine d’années, Régis Debray proposait de déplacer le siège de l’ONU à Jérusalem pour régler la question du Proche-Orient. Au lieu d’annuler bêtement une garden-party qui faisait partie de ces fastes royaux qu’aime la France républicaine, Nicolas Sarkozy aurait dû l’organiser à Villiers-le-Bel. Pour présider la France, il faut peut-être oublier Neuilly.[/access]

Le dimanche au soleil

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C’est la dernière mode qui déferle sur la Côte d’Azur. Presque tous les maires du littoral des Alpes-Maritimes ont fait voter ces jours-ci par leurs conseils municipaux des délibérations visant à autoriser l’ouverture dominicale des commerces. Il en va ainsi à Saint-Laurent-du-Var, une commune limitrophe de Nice, qui abrite Cap 300, le principal centre commercial du département. L’argument du maire UMP, relayé par Nice Matin est imparable et lumineux comme un mantra sarkozyste: « Il faut mettre la France au travail! »

Hélas, hélas, le parti des feignasses ne l’entend pas de cette oreille. Lui aussi interrogé par Nice Matin, le porte-parole des opposants à cette mesure, Luc Lévy, répond vertement à l’édile weekendophobe: « Les maires se fourvoient. (…) L’ouverture dominicale correspond au mode de consommation américain mais pas français ». Vous allez me dire qu’il est bien normal que les syndicalistes fassent du syndicalisme et qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil, fut-il niçois. Sauf que Luc Lévy ne milite ni à la CGT, ni à la CFTC, ni à FO, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il ne sait pas de quoi il parle: il est président de l’association des commerçants de Cap 3000…