Histoire d’éveiller ses amis Verts à un semblant de maturité politique, Daniel Cohn-Bendit leur avait fait deux propositions un rien provocatrices en vue des Universités d’été qui doivent se tenir du 19 au 21 Août à Nantes : inviter Rama Yade et inscrire un atelier foot au programme des débats. Zéro pointé : Rama sera finalement interdite de séjour et l’atelier foot aussi. Dany, le fraternel, veut parler avec tout le monde. Dany, le pragmatique, désire élargir la vision de l’écologie politique. Mais voilà, une fois de plus, le leader d’Europe Écologie, s’est cassé le nez sur la légendaire rigidité dogmatique des Verts.

Mais qu’a-t-il cru ? Que les Verts pouvaient donc débattre avec « une personne qui soutient et fait partie d’un gouvernement anti-social, anti-écolo, anti-immigrés» ?[1. Propos tenus par la porte-parole nationale des Verts, Djamila Sonzogni, dans le JDD du week-end 31 juillet-1er août 2010]. Dany a donc dépassé les bornes. Dany a voulu convier à la table des justes, le symbole absolu de l’hypocrisie du sarkozysme, Rama Yade, « la midinette du gouvernement faussement rebelle, faussement issue de banlieue », comme certains militants furieux la désignent.

Va pour la non-invitation de Rama. Mais pourquoi ne pas avoir au moins entériné l’atelier foot si cher à DCB ? Et bien parce que seuls les sujets environnementaux ou assimilés ont droit de cité dans l’espace public des Verts. Les autres sont frappés d’ostracisme. L’écolo de base, si soucieux de réguler sa consommation d’énergie, ne saurait gaspiller sa salive pour parler d’un sujet aussi populaire et populiste que le foot. C’est vrai ça : quel est l’intérêt d’engager un débat public auquel tout le monde pourrait participer ?

Le foot, c’est forcément de droite

Non, hors sujet, le foot pour les Verts, pas assez élitiste, et surtout trop marqué à droite. Depuis que Nicolas Sarkozy a reçu Thierry Henri à l’Élysée et qu’il a réclamé des états généraux du football, les Verts ont décrété que parler foot c’était s’afficher à droite. Le comportement honteux de l’équipe de France lors du Mondial n’appartient donc qu’au passé et il n’y a aucune leçon à en tirer. Chez les militants Verts, comme chez les poissons rouges, la mémoire est immédiate, elle ne dure pas.

Les Verts ne préfèrent voir que la seule image du foot business, symbole de démesure du capitalisme. Une fois encore, leur sectarisme les arrange bien. Ils évitent ainsi la pratique du débat, l’exposition et la confrontation avec plusieurs points de vue sur un sujet relevant de l’intérêt général. Car les thématiques pensées par Daniel Cohn-Bendit (de la marchandisation du sport à la question de l’intégration par le football) n’étaient ni de gauche, ni de droite, ni du centre et pas même, c’est vrai, purement écolos.

Le leader d’Europe Écologie avait inséré le foot au sein d’une réflexion plus globale sur la société française. L’atelier foot était donc l’occasion pour les Verts de parler de l’intégration, du mérite, du lien social, de la crise de l’autorité et de l’éducation, bref de tous les problèmes auxquels la débâcle des Bleus renvoyait. Les entendre sur ces sujets était une façon de sortir de leur credo écologiste pour rendre leur projet alternatif audible à tous les Français. Mais leur sectarisme a été trop fort. Les Verts ont refusé de faire véritablement de la politique.

Non, en proposant qu’on cause foot à Nantes, Dany, l’inconditionnel du ballon rond, n’a pas cédé au principe de plaisir, comme le prétendent ses pourfendeurs. Bien au contraire, il a fait preuve d’un réalisme responsable. Dans la logique de son Appel du 22 mars, qui avait si bien réussi à son camp pour les européennes, il s’est comporté en véritable homme politique, qui a compris que son parti, Europe Écologie, doit s’ouvrir au monde tel qu’il est et non pas tel que les Verts voudraient qu’il soit.

Dany a poussé les Verts dans leurs retranchements et leur sectarisme a prouvé, une fois de plus, les limites d’ouverture du mouvement écologiste, trop empêtré dans une logique doctrinaire et bureaucratique pour envisager une nouvelle mutation en phase, cette fois, avec un scrutin présidentiel.

Alors oui Dany boude les Verts, et à raison.

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