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La Reine à la rue

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La crise n’épargne décidément personne. Les comptes de la Reine d’Angleterre, révélés cette semaine de très transparente façon jusqu’à ses achats les plus intimes, démontrent qu’en 2012, pour son jubilé de diamant, la malheureuse sera en rupture de paiement. Sa liste civile étant gelée jusqu’à nouvel ordre à 62 pence par Britannique et par an, les 38,2 millions de livres du State support ne suffiront pas à lui éviter de puiser dans son petit magot personnel. Sur ses 15,2 millions de livres en banque, 7,2 millions seront nécessaires cette année pour rééquilibrer son budget. Autrement dit, dans deux ans, c’est la banqueroute, la clé sous la porte. Avant d’envisager la contrainte par corps pour tous les Windsor, le très compassé Sir Alan Reid, keeper du privy purse (gardien du larfeuille privé, en français dans le texte) a reconnu que les dépenses royales étaient scrutées à la loupe et comprimées au maximum.

Solidaire de son peuple dans la tourmente comme ses parents dans le blitz, Elizabeth II va faire connaissance avec les voyages en charter, les ordinateurs de seconde main, le personnel vieillissant non remplacé (elle pourrait commencer par le prince Philip et son fils), la cuisine des restes, les manteaux retournés, le chapeaux retouchés, les Rolls au diesel… Toutes les menues ficelles bien connues désormais de nos gouvernements seront explorées.

Seules les garden-parties royales échappent au massacre. 600 000 livres certes, mais il y a des symboles auxquels on ne touche pas.

Les raisons d’un boycott

A 5 heures de Paris

Quel coup de pub pour le jeune réalisateur Léon Prudovsky ! Premier long-métrage,À 5 heures de Paris, et premières polémiques !

Mais pouvait-il deviner que sa comédie romantique, véritable hymne à Paris et à la culture populaire française dont le conflit israélo-palestinien est totalement absent, allait être victime d’un boycott mené par le réseau de distribution Utopia lors de sa sortie en France le 23 juin dernier ? Certainement pas.

Comment ne pas être surpris face à l’injustice de ce boycott et surtout face aux arguments développés par la fondatrice du réseau de distribution Utopia, Mme Anne-Marie Faucon, dans sa lettre adressée aux professionnels du cinéma[1. Lettre publiée sur le site de Mediapart] ?

Une censure qui ne dit pas son nom

N’osant ni évoquer le mot « boycott », ni encore moins celui de « censure », sans doute à cause de ses connotations despotiques, elle définit le refus de programmer À 5 heures de Paris comme « un geste symbolique » qui répond à l’arraisonnement meurtrier de la flottille pro-palestinienne par Tsahal le 31 mai dernier. La sempiternelle conscience morale est alors invoquée ! Déprogrammer À 5 heures de Paris pour condamner Israël revient à accomplir son devoir de citoyen !

Faut-il rappeler à Mme Faucon que Léon Prudovsky n’est pas responsable de la stratégie des forces armées israélienne qui ont lancé l’opération d’arraisonnement de la flottille désormais mondialement célèbre ?

Mais s’agit-il simplement dans le cas d’À 5 heures de Paris d’une prise d’otage médiatique due à l’actualité d’Israël, pays du jeune réalisateur ? Sans doute, mais pas seulement.

En fait, la coïncidence de calendrier entre l’assaut de la flottille et la date de sortie du film sert plutôt de couverture pour cacher le véritable reproche adressé au cinéaste.

S’il y a une chose à propos de laquelle Léon Prudovsky est bien responsable, c’est le sujet de son film. À 5 heures de Paris n’est pas un film engagé, n’est pas un film pacifiste et encore moins un film antisioniste.

Il a donc peu de chance de plaire au réseau de distribution Utopia, proche des associations anticapitalistes et qui se targue de programmer de nombreux films israéliens et palestiniens engagés.

Pour Mme Faucon, la relation amoureuse qui se noue à travers un jeu de séduction plein de charme et de délicatesse, entre Yigal, le chauffeur de taxi divorcé et Lina, la très séduisante professeur de piano de son fils, est une preuve d’indécence comparée à la souffrance des palestiniens dans la bande de Gaza. A ses yeux, l’inadéquation du film romantique et de la tragique réalité est condamnable.

De quoi Léon Prudovsky est-il donc coupable ?

D’avoir tenté de briser le lien tautologique qui enferme Israël dans le conflit israélo-palestinien. D’avoir fait exister Israël en tant qu’entité séparée, peuplée d’individus qui s’aiment, qui se trompent et qui se séparent. A travers l’histoire de Yigal et Lina, à travers l’amour qui les unit, le réalisateur véhicule une autre facette d’Israël et l’intègre au monde commun.

Ce film n’a pas pris pour sujet des thèmes exclusifs liés au contexte politique ô combien polémique ou bien en rapport avec les rites et les mœurs des communautés religieuses, mais bien des thèmes inclusifs, comme l’amour et la musique, à travers lesquels tout le monde peut se projeter et s’identifier aux personnages qui les incarnent.

Coupable de non-engagement…

Les films non-engagés ne méritent pas d’exister pour Mme Faucon.

A croire que l’art n’acquiert ses lettres de noblesses qu’en traitant le réel, plutôt qu’en le sublimant dans une création où l’artiste expose sa vision subjective d’un monde.

Léon Prudovsky a déserté les lieux des combats pour séjourner dans le monde de l’art. C’est son droit en tant que cinéaste, citoyen et être humain. Mais visiblement, ce n’est pas l’avis de Mme Faucon.

Au-delà de l’instrumentalisation du film pour condamner la politique d’Israël, il y a une volonté indéniable de contester le droit d’appartenir à une même communauté humaine.

Ce n’est ni en raison des évènements, ni à cause de la nationalité du réalisateur, mais bien en raison du thème trop universel, trop humain que ce film a été boycotté.

Si À 5 heures de Paris avait été un film engagé, comme les aime le réseau Utopia, il n’aurait jamais été boycotté, flottille ou pas flottille. Preuve en est, la diffusion de « Rachel », un film documentaire à charge contre Israël, à sa place.

L’enquête menée par la réalisatrice, Simone Bitton, sur les circonstances de la mort d’une jeune militante pacifiste américaine, Rachel Corrie, convient parfaitement au réseau de distribution. Enfin un film engagé qui a le mérité de « participer au débat démocratique » se réjouit la fondatrice d’Utopia. Voilà une drôle conception du débat !

Il faudrait qu’on explique comment ce réquisitoire, sous-tendu par la vision manichéenne entre bourreaux israéliens d’un côté et victimes palestiniennes et humanitaires de l’autre, peut favoriser l’expression de la pluralité de points de vue propre à un débat authentique.

Il faut savoir que la mort de cette militante écrasée en 2003 par un bulldozer israélien, a été instrumentalisée par la propagande antisioniste pour diaboliser Israël. La manipulation des clichés a permis de faire croire que Rachel se tenait devant la maison d’un Palestinien alors qu’elle se tenait dans une tranchée afin de protéger l’un des dizaines de tunnels d’infiltration d’armes, creusés pendant la Deuxième Intifada, qui reliaient l’Egypte à la bande de gaza et par où transitaient armes et militants destinés à la lutte anti-israélienne.

Les films engagés que diffusent le réseau Utopia ne sont donc engagés que dans un seul sens. Ils ne présentent les faits qu’à partir d’un seul angle de vue qui est loin d’être impartial. Ce qui importe à ce réseau de distribution, c’est finalement de renforcer la stigmatisation d’Israël à travers l’adéquation entre une actualité et un cinéma qui présente Israël comme un Etat belliciste et colonialiste, un Etat prêt à violer le droit international, à massacrer des civils palestiniens, à tuer des « humanitaires »… Et cela, dans l’unique but de mettre encore plus à dos l’opinion publique internationale de plus en plus judéophobe.

Mais tout est mal qui finit à peu près bien : le 14 juillet, il semblerait que les salles du réseau Utopia vont lever leur boycott et diffuser enfin le film de Leon Prudovsky.

Et le vieil homme réveilla le chat…

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Bronislaw Komorowski
Bronislaw Komorowski.

J’aurais aimé rédiger un texte sérieux et bien documenté sur la présidentielle polonaise. Un texte qui aurait donné aux Français une idée plus précise de celui avec qui leur Président sera amené à échanger poignées de mains et secrets d’Etat, notamment au deuxième semestre 2011, quand la Pologne présidera l’Union européenne.

J’aurais aimé partager avec les Français quelques informations sur ce que chacun des deux candidats à la présidence de la République polonaise, Jaroslaw Kaczynski et Bronislaw Komorowski, proposait à mes compatriotes en matière de politique budgétaire, d’économie, d’affaires internationales, de sécurité sociale, de santé ou encore, pourquoi pas, de culture et de médias.

Malheureusement, la campagne présidentielle en Pologne n’a donné lieu à aucun débat sérieux entre les deux candidats en lice. Moi-même et les trente millions de Polonais censés élire le Président de leur pays le 4 juillet 2010, avons assisté à des échanges plus loufoques les uns que les autres entre Kaczynski et Komorowski. Difficile de ne pas reconnaître que Kaczynski a eu une longueur d’avance sur Komorowski la compétition tacite qui consistait à faire rire les électeurs. Inoubliable sa déclaration selon laquelle, en tant que président, il achèverait le retrait des troupes polonaises d’Afghanistan avant même celui des Américains. Comme si les Polonais avaient une raison particulière d’y rester sans les Américains.

Mais soyons honnêtes. Ces deux derniers mois, ce n’est pas que par le rire que l’on a tenté de nous séduire. Nous, les électeurs, avons également appris de qui et de quoi nous devions avoir peur. Kaczynski s’est acharné à nous convaincre qu’il fallait avoir peur de Komorowski et du Premier ministre Donald Tusk. Komorowski n’a pas arrêté de répéter qu’il fallait avoir peur de Kaczynski et de son parti, Droit et Justice.

Reste que je serais incapable de dire aux Français, à ceux d’entre eux du moins qui n’ont pas complètement perdu tout intérêt pour les affaires européennes, ce qu’était la position de chacun des candidats par rapport à la division de l’Union entre les pays de la zone Euro et les autres, ni comment ils envisageaient la coopération entre les pays-membres face à la perte progressive d’influence de la Commission européenne, ni surtout ce que le nouveau Président polonais serait prêt à faire pour soutenir son gouvernement dans la bataille en faveur du maintien du Fonds de cohésion dont la sauvegarde reste vitale pour le futur développement de la Pologne. Je suis ainsi contrainte de conclure ce paragraphe en me bornant à dire que Bronislaw Komorowski est supposé représenter une formation politique décidément pro-européenne, alors que Jaroslaw Kaczynski aurait pu nous réserver de belles surprises en la matière. C’est en effet son jumeau Lech, récemment disparu dans un accident d’avion, qui toujours s’est occupé des questions européennes.

« Kaczynski aime les chats mais il n’est le père de rien ni de personne »

Faute d’un texte sérieux, je me contenterai alors de raconter l’histoire du vieil homme qui a réveillé le chat… Il ne s’agit pas de n’importe quel vieil homme, bien évidemment, pas plus que de n’importe quel chat. Le vieil homme porte un nom et un passé chargés d’actes de bravoure et de courage hors du commun. Il s’appelle Wladyslaw Bartoszewski et a 88 ans. Pendant la seconde Guerre mondiale, il a été envoyé par les nazis à Auschwitz. Libéré grâce à l’action de la Croix-Rouge polonaise, il s’est engagé dans la Commission d’Aide aux Juifs et a participé activement aux préparatifs de l’insurrection du ghetto de Varsovie. C’est pour ces faits que lui a été décerné le titre de « Juste parmi les Nations », une distinction qu’il a mérité tout au long de sa vie, notamment en présidant le Conseil international du Musée d’Auschwitz et en conseillant l’actuel Premier ministre polonais pour le dialogue judéo-polonais.

Lors de la dernière campagne présidentielle, le vieil homme a accepté de chapeauter le Comité honoraire de soutien à Bronislaw Komorowski. Il s’était déclaré prêt à défendre jusqu’à son dernier souffle la candidature de celui-ci, afin d’éviter à la Pologne de « descendre au rang de la Grèce, de la Bulgarie et de la Roumanie en termes de stabilité, de confiance et de possibilités ». Si l’engagement du vieil homme s’était arrêté là, je n’aurais pas eu d’histoire à raconter. Mais le vieil homme est un homme de parole, un homme honnête. Il a non seulement tenté de défendre jusqu’au dernier souffle la candidature de Komorowski mais, en même temps, il a tout fait pour décrédibiliser celle de Kaczynski. Il faut croire que c’est précisément dans ce but qu’il a prononcé les propos qui lui ont valu des menaces de mort d’une part, et la protection d’une garde rapprochée de l’autre. Qu’a-t-il dit ? Eh bien, il nous a avertis que si nous voulions que la Pologne suscite autant d’intérêt dans le monde que le Rwanda ou le Burundi, nous n’avions qu’à voter pour Kaczynski, « quelqu’un qui n’a d’expérience que dans l’élevage des animaux de compagnie mais qui n’est le père de rien ni de personne ».

Le décryptage de l’allusion s’impose. Bronislaw Komorowski est le père accompli de cinq enfants, un époux fidèle et dévoué. Jaroslaw Kaczynski, contrairement à son frère décédé, est un vieux garçon connu pour sa passion pour les chats, dont le dernier, Alik, a même été source d’inspiration pour un slogan électoral : « Ton chat voterait pour Jaroslaw ! ».

Wladyslaw Bartoszewski a pris des précautions oratoires : « Je ne suis qu’un vieil homme sclérosé, qui a beaucoup d’humour et qui n’appartient à aucun parti politique ». Elles ont été vaines. « Tes jours sont comptés ! », « Tu vas crever comme un chien ! », « Crève, sale juif ! », « Hitler t’a rien appris, mais nous on va te donner une leçon ! », « Tu en as trop dit, confident des juifs, traître à la Pologne ! », tels ont été, entre autres gracieusetés les propos contenus dans la centaine de lettres anonymes adressées à la Chancellerie du Premier ministre, dont Bartoszewski est le secrétaire d’Etat. Anonymes, mais signées « un vrai Polonais ».

Le pays des « vrais Polonais »

La morale de l’histoire et une information sérieuse destinée à tous les Français qui persistent à s’intéresser à la politique européenne :

Peu importe qui a gagné les élections présidentielles en Pologne et peu importe avec qui le Président français échangera une poignée de main lors d’un prochain sommet européen. Peu importe car la Pologne restera encore longtemps le pays des « vrais Polonais ». En dépit d’une mobilisation formidable de milliers de personnes témoignant de leur solidarité avec Wladyslaw Bartoszewski, en dépit de la défaite de son candidat, le camp de la droite radicale polonaise ne s’amollira pas. Jaroslaw Kaczynski sera sommé de rester le dépositaire de la mémoire de son frère défunt, le gardien du patriotisme chauvin et le guide éternel de la droite traditionaliste. Un rôle qui ne lui déplait pas forcément… Ses sympathisants continueront de s’identifier comme martyrs de la fidélité à Dieu, à l’Honneur et à la Patrie. Ils continueront à décrire la Pologne comme un pays encerclé par des ennemis visibles et invisibles, déstabilisé par les traîtres, bradé et déshonoré. Ils seront renforcés dans cette vision par l’attitude de la majorité de l’Episcopat polonais et de l’Eglise catholique.

Pourquoi alors puis-je quand même me réjouir de la victoire de Komorowski ? Pour trois raisons très simples.

D’abord, parce que la victoire de Komorowski signifie l’échec de Kaczynski. Et plus précisément parce qu’elle sanctionne l’idéologie et l’expression, insupportablement violentes, d’un national-catholicisme évoquant l’époque du « renouveau moral » de l’entre-deux-guerres.

Ensuite, parce qu’elle donne le pouvoir à quelqu’un qui, certes, n’améliorera pas le fonctionnement de la démocratie polonaise, mais qui à coup sûr ne la détruira pas. C’est déjà ça et ce n’est pas rien.

Enfin parce que si Komorowski n’a pas la carrure d’un grand homme d’Etat, il se situe dans la moyenne européenne. Il s’agit donc dans une certaine mesure de la victoire d’un style, pour ne pas dire d’une esthétique. Adam Michnik, le rédacteur en chef du quotidien à grand tirage, Gazeta Wyborcza, a exprimé cela en des termes qui diront tout aux Français : « Ces élections ont une dimension symbolique. Au niveau des déclarations, il y a eu peu de différences entre les deux candidats. En revanche, il y a une différence énorme entre eux au niveau de la pratique, la même qu’entre les partisans de de Gaulle et ceux de Le Pen. ».

C’est une révolte ? Non, une Vélorution !

Evidemment on va dire que je suis toujours au mauvais endroit, au mauvais moment. Cela s’est encore vérifié le week-end dernier où je me suis fait piéger par un embouteillage monstre, en plein cœur de Paris, causé par une « Vélorution ».

Qu’est-ce donc ? C’est très simple: il s’agit d’un cortège de gentils militants de la bicyclette, qui cherchent à atteindre une «masse critique» face aux méchants automobilistes, comme me l’a dit une jeune femme à roulettes aux cheveux bleus, auprès de qui je me suis enquis des raisons profondes de ce défilé bariolé. Elle m’expliqua qu’il y avait une volonté acharnée – au sein de ce mouvement militant écolo – de faire prendre conscience à la population des méfaits des véhicules motorisés. Tout l’attirail des manifs était au rendez-vous : pancartes peintes à la main, slogans pompés sur ceux des grands-parents de la génération 68, vuvuzelas, cornes de brume, et même quelques artistes de cirque sur des monocycles de concours.

Le site web de la « Vélorution » le dit sans ambages : « Pendant ces quatre jours de fête, des cyclistes du monde entier se donneront rendez-vous pour célébrer la joie de vivre à bicyclette, et le plaisir de circuler sans contrainte ». On découvre aussi – sur leur site – que ces associatifs réclament l’ouverture à Paris d’une « Maison du vélo », et se posent des questions existentielles du type : « Le Vélib est-il vraiment à nous ? ». A la manière des athlètes du Tour de France, les révoltés de la petite Reine –qui ont sauvé mon samedi de la morosité- ont fini glorieusement leur course sur les Champs-Elysées. L’histoire ne dit pas si des contrôles anti-dopage les attendaient au-delà de la ligne d’arrivée.…

Cheveux courts et idées longues

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Skinheads

Pitié les skins ! D’abord, il n’y en a presque plus, ils devraient être classés comme espèce protégée par Greenpeace. En plus c’est des gentils, un peu bourrus certes, mais gentils. Je peux en causer, j’en ai connu plein. Alors, bien sûr, il y a Batskin, le méchant skin fasciste homologué, qui est ressorti du congélateur pour animer une assez belle manif de nazis le 6 mai dernier, mais quand même… Nous laisserons ici les spéculations sur les raisons de ce relatif succès – 700 crânes rasés et autres gudards dans les rues, pour nous concentrer sur l’essentiel : les skins ne ressemblent pas à la caricature qui en est ressassée.

On oublie un peu vite qu ils sont les dépositaires d’une sous-culture qui a plus de quarante ans. Et il faut respecter les vieux. Sans les skins, pas de magasin Doc Martens aux Halles ni de boutique Fred Perry rue des Rosiers. Sans les skins, pas de coupe à la tondeuse chez votre coiffeur et pas le moindre 501 disponible en rayon. Et puis soyons sérieux : à quoi ressembleraient les supporters du PSG s’ils avaient des baggys et les cheveux aux fesses?

Cette histoire de longueur de cheveux est primordiale pour des gens qui se désignent eux-mêmes par le fait qu’on est supposé apercevoir la peau de leur crâne. Et, comme nous l’allons montrer, ce problème de pilosité renvoie à des questions de classe.

Une brève histoire des skinheads

Pour restituer l’histoire dans son contexte, précisons tout de suite que les skinheads ne sont pas tombés du ciel : ils se situent dans la mouvance et la prolongation du mouvement Mod. Au début des années 60, on désignait sous ce diminutif les «modernists», élite branchée qui préférait les costards français au cuir noir, les scooters rutilants aux Triumphs graisseuses et se gavait d’amphétamines pour danser jusqu’à l’aube au son des hits Tamla Motown. Vers 1964-65 les Mods étaient devenus un mouvement de masse, rassemblant des dizaines de milliers de jeunes qui allaient se fritter avec les rockers pendant les vacances d’été, sur la plage de Brighton. Je n’en dis pas plus : le film Quadrophenia, d’après l’opéra-rock éponyme des Who, raconte parfaitement l’histoire. Il montre aussi l’épuisement d’un mouvement coincé dans ses propres contradictions, au moment où ceux qui allaient devenir les hippies se cherchaient une autre voie, socialement et culturellement plus motivante que les histoires de bandes.

Les Mods se sont donc laissés pousser les cheveux et, à l’image des groupes phares issus du mouvement (Who, Small Faces, Kinks…) ont exploré d’autres horizons, se diluant dans la génération Woodstock. Mais les grands changements créent toujours des frustrés. Certains ont visiblement trouvé la transition un peu trop brutale et les campus universitaires de 1968 peu attractifs pour des jeunes ouvriers moyens. Des poches de « hard Mods » se sont donc maintenues dans les quartiers prolétaires des villes de province. Les cheveux demeuraient relativement courts et le look étriqué, mais en y introduisant des éléments faisant référence à la tradition vestimentaire ouvrière pour se démarquer au maximum des petits-bourgeois : godillots (Dr Martens), vestes de dockers à épaules renforcées, vêtements de sport.

Vivant dans les quartiers populaires et déjà adeptes de la soul music, ceux qui allaient devenir les skinheads ont adopté les rythmes jamaïcains de l’époque : ska, rocksteady (ancêtres du reggae) et se mêler aux jeunes antillais fantasmant sur les « rude boys », les gangsters jamaïcains. Costards noirs, chapeaux plats «porkpie», les skinheads et les rude boys s’habillaient pareil, écoutaient la même musique et se retrouvaient dans les mêmes discothèques voire les mêmes bandes.

Certains chanteurs et groupes d’origine jamaïcaine – noirs faut-il le préciser ? – se sont même spécialisés dans la musique à destination des skins : Laurel Aitken, Symarip. Ces derniers ont d’ailleurs laissé deux classiques incontournables aux titres explicites, « Skinhead Girl » et « Skinhead Moonstomp ».

Années 70 : Rentre dedans et rage sociale

Au tournant des années 1970, les skinheads évoluèrent et des sous-courants apparurent: Bootboys (associés aux gangs et au hooliganisme), Suedeheads (aux cheveux mi-longs et branchés costumes chics), Smoothies (cheveux aux épaules). Toujours aussi réfractaire à la «musique pop» et au rock « progressif », la jeunesse ouvrière du nord de l’Angleterre s’accrochait aux débris de la soul façon Tamla (mouvement Northern Soul) tandis que nombre de skins succombaient au charme du glitter. Un fameux groupe de postskinheads symbolise cette évolution : Slade.

Un peu en retrait au moment des débuts « arty » du punk (1976-77), les skinheads vont finir par se reconnaître dans son style rentre-dedans et ses textes sociaux. D’autant que l’idée est toujours la même : en finir avec les fastes ringards du showbiz et la récupération dont a été l’objet le mouvement hippie et ses suites. Mieux, la dégringolade du punk va renforcer considérablement la mouvance skinhead qui opère son grand retour. On voit alors apparaître toute une génération de groupes skins ou à public quasi exclusivement skin : UK Subs, Sham 69, Cockney Rejects, Angelic Upstarts…  En 1980 le journaliste Gary Bushell de l’hebdomadaire musical Sounds nomme cette scène Oï, en référence aux borborygmes du chanteur des Cockney Rejects.

Le glissement à l’extrême droite et …à l’extrême gauche

C’est à peu près à ce moment que la crise économique, combinée au recul du mouvement ouvrier organisé, allait laisser le champ libre à une extrême droite virulente, en particulier le National Front. Ces convulsions nationalistes (toujours latentes en Grande Bretagne aujourd’hui) n’épargnèrent naturellement pas la base « working class » du mouvement skin qui dégagea pour la première fois une aile clairement marquée à droite politiquement. Mais une aile significative du mouvement s’engagea dans l’initiative Rock Against Racism, qui culmina en 1978 avec un concert de 80 000 personnes avec Clash mais aussi Sham 69 en vedette.

En 1979, le groupe de Coventry The Specials lance un revival ska, dans une version musclée par l’après punk. C’est un succès foudroyant qui voit le groupe multiracial devenir n°1 en Grande Bretagne et s’engouffrer derrière lui des dizaines de groupes dont les plus connus demeurent Madness, The Beat, Bad Manners, The Selecter… C’est l’heure de gloire des skinheads et des rude boys, auxquels sont mêlés des centaines d’adeptes du Mod-revival déclenché par le succès du groupe The Jam.

Survie du rebelle prolo

Depuis, il faut avouer que les skinheads se survivent à eux-mêmes. La roue a tourné et les héros des scènes Oï ou Ska ont disparu depuis longtemps ou se sont laissé aller à leur tour à des digressions trop commerciales si ce n’est, à l’inverse, franchement prétentieuses. Depuis 1984-85 l’essentiel de l’attention médiatique va aux provocations des Boneheads nazis et à leurs supposées bagarres avec les Redskins… Mais tout ceci est bien loin de la musique bien qu’elle serve de prétexte aux rassemblements sporadiques des uns et des autres.

Le skin de base, ni coco ni trop facho, se languit. Le seul terrain qui lui reste c’est le terrain de foot. Mais là aussi, ça devient de plus en plus compliqué, principalement avec les bobbys. Tandis qu’une petite fraction s’accroche à la tradition du label ska / rock steady Trojan, la majorité des skins s’est fondue dans la mouvance Casual : les hooligans qui ne veulent pas se faire repérer par les sheriffs portent des fringues discrètes, même si souvent référencées : Lyle & Scott, Fred Perry, Henri Lloyd, Adidas etc.

Du coup, s’il n’y a (presque) plus de skinheads, l’esthétique skin n’a jamais eu autant de succès, touchant un public de plus en plus significatif. Allez, les skins ont donné de l’énergie et contribué à la Cause. A leur manière, ils incarnent une forme de résistance très « rock » à l’emprise des modes pré-fabriquées et au poids du show business. Ces rebelles prolos ne sont pas très présentables, mais la classe ouvrière ne l’est jamais tout à fait, non ?

Texte publié initialement sur le blog de Carnet Debord

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Asie : le libre-échange, mais ailleurs

Mao
Le protectionnisme fleurit au pays du président Mao.

C’est un des mythes les plus tenaces de la théorie économique : le développement du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine démontrerait les bienfaits du libre-échange. Et si c’était l’inverse qui était vrai ?

Libre-échange chez les autres, protectionnistes chez eux

En fait, la réalité du développement économique de ces pays est tout autre. Les plus grandes puissances économiques du Sud-est Asiatique comptent sur l’ouverture commerciale des autres pays pour pousser leur exportation le plus loin possible tout en protégeant fortement leur marché intérieur et leurs entreprises. Ce n’est pas un hasard si plus de 95 % des voitures vendues dans ces trois pays sont produites localement, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis et en Europe.

L’exemple de la Chine est particulièrement parlant. Il y a une vingtaine d’années, ce pays a décidé de développer une industrie automobile. L’Etat a donc mis en place des droits de douane de plus de 100 % sur les importations de véhicules, imposant à tous les constructeurs d’ouvrir des usines de montage sur place. Et pour s’assurer un transfert de technologie, la Chine a également imposé qu’un partenaire local détienne la moitié de l’entreprise. Dans un second temps, la Chine a remonté les droits de douane sur les pièces détachées pour faire venir l’ensemble de la filière sur son territoire.

Ensuite, une fois la pompe amorcée, les droits de douane sur les véhicules importés ont été diminués (à 35 % tout de même) et les anciens partenaires des constructeurs occidentaux se sont lancés eux-mêmes dans la production leurs propres véhicules, souvent des copies de modèles occidentaux au démarrage. Finalement, la filière s’apprête à passer bientôt à la phase ultime – l’exportation.

Un modèle dirigiste, protectionniste et patriote

Même si le chemin n’est pas exactement le même, il est difficile de ne pas voir dans la politique de la Chine une réplique du modèle japonais. Les pays asiatiques ont compris qu’une ouverture anarchique et dogmatique de leur marché intérieur les empêchera de construire une forte industrie locale. Comme une jeune pousse, une Il une industrie naissante a besoin de protection pour lui permettre de se développer, se renforcer et, en fin de processus, se tourner vers l’exportation. Voilà ce que montre le modèle asiatique.

Et d’ailleurs la douane n’est pas le seul outil utilisé par les pays asiatiques conservent une protection de leur marché intérieur. Comme le montre l’article de Hexaconso publié par Marianne2, normes et des règlements sont aussi mobilisées pour favoriser les industries locales au détriment des industriels occidentaux. Ce patriotisme économique donne une base arrière solide aux entreprises locales, qui, grâce aux prix plus élevés obtenus sous le parapluie protecteur de l’Etat, assure une stabilité propice aux investissements pour l’avenir.

Le modèle de développement asiatique, bien loin des idéaux néolibéraux, est dirigiste, protectionniste et patriote. À travers une politique industrielle menée dans la durée, l’Etat donne une direction ferme à l’économie et protège son territoire national de l’anarchie commerciale. En gros, ce modèle de développement est l’exact contraire de la voie suivie par l’Europe d’aujourd’hui, libérale, libre-échangiste et supranationale. La divergence des taux de croissance donne sans doute une bonne indication de la pertinence des deux modèles

Un président qui rassure

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Laurent Blanc
Laurent Blanc fixe ses conditions.

Il fallait boucler la boucle. En terminer avec toute cette série d’articles sur l’équipe de France dans un carnet politique. Et le faire en sachant que le football se soit séparé une bonne fois pour toute de la politique et ait retrouvé son seul compagnon légitime : le sport.

Le foot français : un bal des égos ?

Le sport, on l’a beaucoup oublié ces derniers temps. Comme en politique, le bal des égos étouffait tout le reste. Un sélectionneur boursouflé par l’importance de sa petite personne, allant jusqu’à faire sa demande en mariage en direct à la télé aussitôt l’élimination de la France actée au championnat d’Europe 2008 ; un président de Fédé qui le reconduit, encouragé par un directeur national technique, Gérard Houillier, pas connu pour son humilité non plus, lequel préférant que reste en place un sélectionneur affaibli. Et, c’était sans compter les joueurs. Ceux sur lesquels comptait justement Raymond Domenech. Son épine dorsale, Gallas, Abidal, Malouda, Anelka, Evra et Ribéry, les lideurs sur lesquels il comptait s’appuyer. Ceux-là, aussi, ont décidé d’arrêter de faire du sport. En snobant honteusement une ministre, laquelle, il est vrai, n’était pas très inspirée. En mettant de côté, le joueur éduqué, poli, et trop amoureux de considérations technico-tactiques, qu’était Yoann Gourcuff, ils se comportaient certes un peu comme des caïds de collège, mais plus encore comme ces personnalités politiques qui étouffent dans l’œuf les jeunes talents qui pourraient leur faire de l’ombre. Une histoire de sponsors et de gros sous, mais surtout d’égos d’autant plus surdimensionnés que les cervelles étaient petites. Et puis cette histoire de bus, un dimanche. Pitoyable. Des mecs qui refusent de s’entraîner parce que l’un des leurs avait été exclu pour avoir insulté le sélectionneur qui lui avait tendu la main quelques années auparavant, alors qu’il était tricard, ce même joueur qui accepte de jouer pour les couleurs d’un peuple qu’il trouve hypocrite.

On ne fera croire à personne, et d’ailleurs personne ne le croit vraiment, que les vingt-trois joueurs aient tous trouvé cette idée géniale. Cette pantalonnade[1. J’ai trop de respect pour le droit de grève pour l’utiliser à propos de ce triste refus de s’entraîner. La sélection nationale est un cadeau. On ne fait pas grève de cadeaux.], qui s’est terminée par notre défaite logique contre l’Afrique du Sud, était menée par quelques uns. Les autres n’ont eu qu’à suivre. Il nous reste à savoir si ce suivisme était dû à l’intimidation, à leur faiblesse, la lassitude ou un mélange savant des trois. Les différents meneurs ont eu beau jeu d’assurer le contraire à leur retour à Paris, personne n’est vraiment dupe[2. Au passage, je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi c’est précisément l’un d’entre eux que le Président de la République a reçu à l’Elysée. Dans tous les cas, il ne pouvait pas s’agir d’un hommage à la grève – une vraie, celle-ci – qui rassemblait plusieurs millions de personnes ce jour là.].

Laurent Blanc : une solution pour l’équipe de France ?

Et puis vint Laurent Blanc. Certes, on peut dire que de l’avoir choisi si tôt a sans doute encore affaibli davantage Domenech dans son autorité. Certes, cela avait sans doute aussi déstabilisé l’équipe bordelaise dont Blanc était toujours l’entraîneur au point que le onze girondin ratait complètement sa fin de saison 2009-2010. Mais c’était à l’évidence un bon choix ; le dernier, et sans doute le seul, du Président de la fédération aujourd’hui démissionnaire. Les différentes interventions du nouveau sélectionneur sont rassurantes. Parce qu’il ne fait pas de politique, lui. Parce ce qu’il cause sport, envie de jouer, philosophie tactique. Et qu’il veut faire à nouveau aimer l’équipe de France, alors que son prédécesseur prenait un malin plaisir à la faire détester. Sa première décision n’est pas anodine : il interdit les fameux casques que les joueurs portaient sur leurs oreilles à la sortie du bus, ignorant superbement le public qui les attendait. Symboles de leur fermeture au monde extérieur, de la bulle dans laquelle ils étaient reclus. Avec Laurent Blanc, il faudra adhérer au projet de jeu. Ou s’en aller. Dans l’absolu, dit-il, un bon joueur avec une mentalité pourrie peut être sélectionné à condition qu’on puisse le faire évoluer dans le bon sens ; s’il refuse, il s’exclura de lui-même. On ne saurait mieux dire. Thuram lui a sans doute rendu un grand service en demandant des sanctions lourdes contre certains meneurs. Son ancien partenaire de France 98 a joué un rôle de poisson-pilote en tordant le bâton le plus loin possible, comme aurait dit Lénine. Plus généreux mais non moins ferme, Blanc dit à Ribéry, Evra ou Abidal : vous pouvez revenir, mais à mes conditions ; d’autres que moi vous auraient exclus.

On nous reprochera sans doute de faire dans le « tout nouveau, tout beau ». Peut-être. Il n’empêche que Laurent Blanc rassure par ses premières décisions et son discours axé sur le seul sport. Il rassure aussi par son charisme. Ce n’est pas pour rien que, dès le début de sa carrière, il a été surnommé le Président. Doté d’une autorité naturelle, on se plaît à le respecter et on se sent tranquillisé, protégé. Ce Président qui rassure, pour l’équipe de France, m’inspire confiance. Je pense ne pas être le seul. Mais avons-nous vraiment le choix devant le champ de ruines que laissent Abidal, Evra, Henry, Anelka ou Domenech ?

Affaire al Doura : un échec en forme de victoire

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Après avoir gagné son procès en diffamation contre Canal+, Philippe Karsenty a été débouté de sa plainte contre L’Express. Mais certaines défaites font plus pour la cause défendue qu’une victoire, et la lecture du jugement rendu le 1er juillet ne fait que renforcer celui du 10 juin dans le procès Karsenty/Canal+. Rappelons que la chaîne cryptée avait diffusé le 24 avril 2008 un documentaire mettant en parallèle les révisionnistes des attentats du 11 septembre et ceux qui s’opposent à France 2 et Charles Enderlin dans le cadre de l’affaire al Doura. Le jour même de la diffusion du film sur Canal+, le site internet de L’Express a publié un article consacré au documentaire et signé par Vincent Hugeux. Elogieux, le journaliste de L’Express déclarait d’emblée à ses lecteurs qu’il s’agit non moins d’un « documentaire d’utilité publique » pour leur raconter par la suite que « Stéphane Malterre a pris soin de rencontrer acteurs et témoins, tel le père du petit Mohammed ou le brancardier qui a acheminé son corps sans vie jusqu’à la morgue, pour démonter le procès instruit contre l’un des chroniqueurs les plus aguerris et les plus honnêtes du conflit israélo-palestinien ». Louanges que les juges de la 1re chambre n’auraient très probablement pas partagés. Selon eux, Hugeux s’est trompé concernant la qualité du travail de Malterre où ils discernent « un manque d’objectivité exclusif de la bonne foi alléguée ». La cour quant à elle, a estimé qu’il s’agit plutôt d’« allégations diffamatoires »… Or, à la différence de Stéphane Malterre, l’auteur du film, les mêmes juges ont cette fois-ci conclu que malgré le caractère clairement diffamatoire de ses propos, Vincent Hugeux a agi de bonne foi, estimant à tort que l’enquête bâclée et tendancieuse diffusé par Canal+ était un travail de journaliste professionnel. On peut donc difficilement parler de victoire pour ceux qui rêvent d’imposer une version officielle et unique de l’affaire Enderlin…

Woerth, et après ?

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Eric Woerth
Eric Woerth.

Je ne sais fichtre pas de quoi Eric Woerth est coupable, et donc de quoi il est innocent. Au sens judiciaire, s’entend. Et ce n’est pas une copie de cassette audio ou un PV d’audition à la Brigade financière qui me fabriqueront une opinion. Ceux qui ont déjà tranché, ceux qui considèrent qu’un majordome ou qu’une comptable ne peuvent dire que la vérité absolue sont manifestement amateurs de justice expéditive. C’est un choix qui peut à la rigueur se défendre, sauf qu’en général les lyncheurs du moment n’ont jamais de mots assez vibrants pour rappeler leur attachement viscéral à l’Etat de droit. Je rigole.

Étant assez peu confiant en la justice de mon pays, je ne me cacherai même pas derrière l’attente d’une éventuelle décision pénale pour me faire une opinion. Ni Roland Dumas, ni Jacques Chirac n’ont fait un seul jour de prison, ça ne les rend pas forcément plus innocents que le clampin qui s’est fait coincer par les gendarmes au volant d’une Twingo volée.

Cela dit, si je n’ai pas d’opinion technique sur le dossier, j’ai une opinion politique. C’est que Woerth mérite des claques. Si la femme de César doit être insoupçonnable, c’est tout aussi vrai pour celle du ministre du Budget. Et il aurait dû incontestablement demander à son épouse de se chercher du travail ailleurs que chez la première contribuable de France. Il va de soi que dans un couple civilisé, on discute : Madame aurait parfaitement pu insister mordicus pour aller bosser chez Liliane, mais alors, là, c’était à Eric de démissionner de Bercy. Ça s’appelle le principe de précaution, et je croyais bêtement que, sauf moi, tout le monde était pour. Ce grand principe, on l’a oublié juste au moment où il fallait pas, pour le plus grand tort de l’UMP, du président et d’Eric Woerth. Gageons que les deux premiers s’en sortiront tant bien que mal, ce qui est loin d’être gagné pour le dernier. Les claques dont je parlais plus haut, c’est le ministre-trésorier qui devrait se les coller à lui-même, si ce n’est déjà fait.

Ce scénario vertueux du non-mélange des genres restera donc imaginaire. Eut-il pris corps, Florence Woerth serait-elle allé exercer ses compétences financières à la Croix-Rouge ou chez Emmaüs, notre vie politique en aurait-elle été assainie ? Euh… Si on veut bien me laisser être sérieux deux minutes, chacun sait qu’il n’y a pas d’argent propre en politique. Qui honnêtement croit dans ce pays que les ressources des partis proviennent uniquement des militants, des sympathisants et du financement public tel qu’il est encadré par loi ?

Personne n’y croit, ou alors les petits enfants, ou quelques personnes très âgées. Chacun sait qu’il n’y a pas qu’à Neuilly qu’on glisse des grosses coupures dans des enveloppes kraft demi format (note à l’attention de Me Kiejman : « Neuilly » a bien entendu ici une acception métaphorique, je ne parle de personne en particulier). Il y a une longue histoire d’amour franco-française entre les partis et l’argent liquide. Et quand ce n’est pas du cash, ce sera un chèque versé opportunément à une association d’insertion six mois avant l’ouverture d’un hypermarché. Ou bien, s’il s’agit de babioles d’une autre ampleur, une rétro-commission de plusieurs milliards sur un compte aux Iles Cayman. Chacun donne ce qu’il peut, c’est ça aussi la démocratie.

Non, il n’y a pas d’argent propre en politique, il n’y a que des pauvres couillons qui se font gauler, alors que d’autres passent entre les mailles. J’ai la faiblesse de penser que l’immense majorité des électeurs en ont conscience, et que, comme moi, ça ne les dérange pas plus que ça. À preuve, ça ne les a pas empêchés de réélire triomphalement Alain Juppé, Jean-Paul Huchon et bien d’autres, malgré leur condamnations judiciaires.

Sans financement occulte, pas de partis politiques. Sans partis, pas de démocratie. Réfléchissez et choisissez !

Bac à lauréats ?

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Bac

A quoi peut encore servir le baccalauréat, diplôme dévalué, puisqu’on le donne à tout le monde ? Pas loin de 90 % des élèves vont l’obtenir, pour s’apercevoir qu’il n’est qu’une hypocrisie et une supercherie…

La télé nous montre tous les ans les mêmes images : des lycéens qui font la queue devant des feuilles A4 placardées à la porte des lycées de France et de Navarre. Il y a ceux qui exultent, et quelques-uns, plus rares qui font la tête : il va falloir qu’ils en passent par le rattrapage.

Au bout du compte, ils auront presque tous obtenus un diplôme qui ne leur servira à rien.
Que peut-on faire avec son bachot ? Entrer à l’université ? De moins en moins. Les entrées dans les universités sont de plus en plus sélectives. Autre hypocrisie, qui veut que l’on sélectionne sans le dire. Alors va pour l’université : des centaines milliers de bacheliers frais émoulus vont encombrer des facs de première année et, au bout du compte, il se trouvera peut-être 15 % d’étudiants qui obtiendront un diplôme. Les autres auront perdu leur temps, et le contribuable de l’argent. Les filières des sciences humaines et des langues ressembleront aux autoroutes les jours de mauvaise humeur de Bison futé et les étudiants, ainsi que leurs professeurs, s’apercevront qu’ils ne savent toujours pas écrire le français, parce que dans les délires de l’Education nationale on préfère toujours faire des têtes bien faites que des têtes bien pleines.

Hypocrisie tout du long, mensonge public. Il y a des lustres que l’on ne peut plus rien faire de son bac. Il en va du « premier diplôme universitaire » comme il en est allé du fameux « brevet des collèges » : sert à rien, donné à tout le monde.

Le bac, faudrait le donner à tout le monde

Peut-être, pour économiser du temps et de l’argent, faudrait-il, en effet, le donner à tout le monde, sans épreuve. Les quinze pour cent d’élèves les moins bien notés redoubleraient et l’obtiendraient l’année suivante. Il n’y a que les ânes, comme Jean-Pierre Bêle-Fort, inventeur de cette honteuse galéjade, qui se regorgent encore de ces résultats de succès qui frisent les cent pour cent. Une grande victoire républicaine en effet…

Les autres ont bien compris : dans les lycées l’esprit de compétition fait des ravages. On se met en lice pour les prépas. Hors les grandes écoles, point de salut. L’égalitarisme républicain trouve ses limites. Ou bien l’on s’en va étudier dans des universités prestigieuses, cotées et très chères à l’étranger; à condition de présenter un dossier en béton et passer des épreuves d’admission.

Autre hypocrisie, donc, l’égalité républicaine consiste à transformer un diplôme en chiffon de papier, un bon coup de démagogie, alors tout le monde sait que les vraies diplômes, et les vraies bonnes places, seront pour les gamins les plus futés et les plus riches qui se les garderont. Les plus futés et les plus riches, avez-vous remarqué, ce sont les mêmes. Et des générations d’énarques, issus pour la plupart, de ces milieux favorisés ont bétonné le système, institutionnalisant l’injustice.

Il est beaucoup plus difficile de passer le permis de conduire que d’obtenir son bac, et l’on gagne beaucoup plus d’argent en faisant un CAP de cuisinier ou un BEP de boulanger qu’en tentant de devenir sociologue, comme tous ceux qui ne savent pas quoi faire de leur vie et qui répugnent à travailler de leurs mains.

Alors, qui sera assez conséquent pour dire et décider que le bac est lié à des efforts et du travail, et qu’il est aussi un instrument de sélection ? La sélection ? Quoi qu’en disent les sentencieux, la sélection est une vertu républicaine. Une vertu, parfaitement, en ce qu’elle endigue la médiocrité, le moyennisme de l’égalitarisme borné. Car l’égalité républicaine est une égalité des chances, par une égalité de résultats… Ce serait trop facile autrement.

La Reine à la rue

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La crise n’épargne décidément personne. Les comptes de la Reine d’Angleterre, révélés cette semaine de très transparente façon jusqu’à ses achats les plus intimes, démontrent qu’en 2012, pour son jubilé de diamant, la malheureuse sera en rupture de paiement. Sa liste civile étant gelée jusqu’à nouvel ordre à 62 pence par Britannique et par an, les 38,2 millions de livres du State support ne suffiront pas à lui éviter de puiser dans son petit magot personnel. Sur ses 15,2 millions de livres en banque, 7,2 millions seront nécessaires cette année pour rééquilibrer son budget. Autrement dit, dans deux ans, c’est la banqueroute, la clé sous la porte. Avant d’envisager la contrainte par corps pour tous les Windsor, le très compassé Sir Alan Reid, keeper du privy purse (gardien du larfeuille privé, en français dans le texte) a reconnu que les dépenses royales étaient scrutées à la loupe et comprimées au maximum.

Solidaire de son peuple dans la tourmente comme ses parents dans le blitz, Elizabeth II va faire connaissance avec les voyages en charter, les ordinateurs de seconde main, le personnel vieillissant non remplacé (elle pourrait commencer par le prince Philip et son fils), la cuisine des restes, les manteaux retournés, le chapeaux retouchés, les Rolls au diesel… Toutes les menues ficelles bien connues désormais de nos gouvernements seront explorées.

Seules les garden-parties royales échappent au massacre. 600 000 livres certes, mais il y a des symboles auxquels on ne touche pas.

Les raisons d’un boycott

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A 5 heures de Paris

A 5 heures de Paris

Quel coup de pub pour le jeune réalisateur Léon Prudovsky ! Premier long-métrage,À 5 heures de Paris, et premières polémiques !

Mais pouvait-il deviner que sa comédie romantique, véritable hymne à Paris et à la culture populaire française dont le conflit israélo-palestinien est totalement absent, allait être victime d’un boycott mené par le réseau de distribution Utopia lors de sa sortie en France le 23 juin dernier ? Certainement pas.

Comment ne pas être surpris face à l’injustice de ce boycott et surtout face aux arguments développés par la fondatrice du réseau de distribution Utopia, Mme Anne-Marie Faucon, dans sa lettre adressée aux professionnels du cinéma[1. Lettre publiée sur le site de Mediapart] ?

Une censure qui ne dit pas son nom

N’osant ni évoquer le mot « boycott », ni encore moins celui de « censure », sans doute à cause de ses connotations despotiques, elle définit le refus de programmer À 5 heures de Paris comme « un geste symbolique » qui répond à l’arraisonnement meurtrier de la flottille pro-palestinienne par Tsahal le 31 mai dernier. La sempiternelle conscience morale est alors invoquée ! Déprogrammer À 5 heures de Paris pour condamner Israël revient à accomplir son devoir de citoyen !

Faut-il rappeler à Mme Faucon que Léon Prudovsky n’est pas responsable de la stratégie des forces armées israélienne qui ont lancé l’opération d’arraisonnement de la flottille désormais mondialement célèbre ?

Mais s’agit-il simplement dans le cas d’À 5 heures de Paris d’une prise d’otage médiatique due à l’actualité d’Israël, pays du jeune réalisateur ? Sans doute, mais pas seulement.

En fait, la coïncidence de calendrier entre l’assaut de la flottille et la date de sortie du film sert plutôt de couverture pour cacher le véritable reproche adressé au cinéaste.

S’il y a une chose à propos de laquelle Léon Prudovsky est bien responsable, c’est le sujet de son film. À 5 heures de Paris n’est pas un film engagé, n’est pas un film pacifiste et encore moins un film antisioniste.

Il a donc peu de chance de plaire au réseau de distribution Utopia, proche des associations anticapitalistes et qui se targue de programmer de nombreux films israéliens et palestiniens engagés.

Pour Mme Faucon, la relation amoureuse qui se noue à travers un jeu de séduction plein de charme et de délicatesse, entre Yigal, le chauffeur de taxi divorcé et Lina, la très séduisante professeur de piano de son fils, est une preuve d’indécence comparée à la souffrance des palestiniens dans la bande de Gaza. A ses yeux, l’inadéquation du film romantique et de la tragique réalité est condamnable.

De quoi Léon Prudovsky est-il donc coupable ?

D’avoir tenté de briser le lien tautologique qui enferme Israël dans le conflit israélo-palestinien. D’avoir fait exister Israël en tant qu’entité séparée, peuplée d’individus qui s’aiment, qui se trompent et qui se séparent. A travers l’histoire de Yigal et Lina, à travers l’amour qui les unit, le réalisateur véhicule une autre facette d’Israël et l’intègre au monde commun.

Ce film n’a pas pris pour sujet des thèmes exclusifs liés au contexte politique ô combien polémique ou bien en rapport avec les rites et les mœurs des communautés religieuses, mais bien des thèmes inclusifs, comme l’amour et la musique, à travers lesquels tout le monde peut se projeter et s’identifier aux personnages qui les incarnent.

Coupable de non-engagement…

Les films non-engagés ne méritent pas d’exister pour Mme Faucon.

A croire que l’art n’acquiert ses lettres de noblesses qu’en traitant le réel, plutôt qu’en le sublimant dans une création où l’artiste expose sa vision subjective d’un monde.

Léon Prudovsky a déserté les lieux des combats pour séjourner dans le monde de l’art. C’est son droit en tant que cinéaste, citoyen et être humain. Mais visiblement, ce n’est pas l’avis de Mme Faucon.

Au-delà de l’instrumentalisation du film pour condamner la politique d’Israël, il y a une volonté indéniable de contester le droit d’appartenir à une même communauté humaine.

Ce n’est ni en raison des évènements, ni à cause de la nationalité du réalisateur, mais bien en raison du thème trop universel, trop humain que ce film a été boycotté.

Si À 5 heures de Paris avait été un film engagé, comme les aime le réseau Utopia, il n’aurait jamais été boycotté, flottille ou pas flottille. Preuve en est, la diffusion de « Rachel », un film documentaire à charge contre Israël, à sa place.

L’enquête menée par la réalisatrice, Simone Bitton, sur les circonstances de la mort d’une jeune militante pacifiste américaine, Rachel Corrie, convient parfaitement au réseau de distribution. Enfin un film engagé qui a le mérité de « participer au débat démocratique » se réjouit la fondatrice d’Utopia. Voilà une drôle conception du débat !

Il faudrait qu’on explique comment ce réquisitoire, sous-tendu par la vision manichéenne entre bourreaux israéliens d’un côté et victimes palestiniennes et humanitaires de l’autre, peut favoriser l’expression de la pluralité de points de vue propre à un débat authentique.

Il faut savoir que la mort de cette militante écrasée en 2003 par un bulldozer israélien, a été instrumentalisée par la propagande antisioniste pour diaboliser Israël. La manipulation des clichés a permis de faire croire que Rachel se tenait devant la maison d’un Palestinien alors qu’elle se tenait dans une tranchée afin de protéger l’un des dizaines de tunnels d’infiltration d’armes, creusés pendant la Deuxième Intifada, qui reliaient l’Egypte à la bande de gaza et par où transitaient armes et militants destinés à la lutte anti-israélienne.

Les films engagés que diffusent le réseau Utopia ne sont donc engagés que dans un seul sens. Ils ne présentent les faits qu’à partir d’un seul angle de vue qui est loin d’être impartial. Ce qui importe à ce réseau de distribution, c’est finalement de renforcer la stigmatisation d’Israël à travers l’adéquation entre une actualité et un cinéma qui présente Israël comme un Etat belliciste et colonialiste, un Etat prêt à violer le droit international, à massacrer des civils palestiniens, à tuer des « humanitaires »… Et cela, dans l’unique but de mettre encore plus à dos l’opinion publique internationale de plus en plus judéophobe.

Mais tout est mal qui finit à peu près bien : le 14 juillet, il semblerait que les salles du réseau Utopia vont lever leur boycott et diffuser enfin le film de Leon Prudovsky.

Et le vieil homme réveilla le chat…

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Bronislaw Komorowski
Bronislaw Komorowski.
Bronislaw Komorowski
Bronislaw Komorowski.

J’aurais aimé rédiger un texte sérieux et bien documenté sur la présidentielle polonaise. Un texte qui aurait donné aux Français une idée plus précise de celui avec qui leur Président sera amené à échanger poignées de mains et secrets d’Etat, notamment au deuxième semestre 2011, quand la Pologne présidera l’Union européenne.

J’aurais aimé partager avec les Français quelques informations sur ce que chacun des deux candidats à la présidence de la République polonaise, Jaroslaw Kaczynski et Bronislaw Komorowski, proposait à mes compatriotes en matière de politique budgétaire, d’économie, d’affaires internationales, de sécurité sociale, de santé ou encore, pourquoi pas, de culture et de médias.

Malheureusement, la campagne présidentielle en Pologne n’a donné lieu à aucun débat sérieux entre les deux candidats en lice. Moi-même et les trente millions de Polonais censés élire le Président de leur pays le 4 juillet 2010, avons assisté à des échanges plus loufoques les uns que les autres entre Kaczynski et Komorowski. Difficile de ne pas reconnaître que Kaczynski a eu une longueur d’avance sur Komorowski la compétition tacite qui consistait à faire rire les électeurs. Inoubliable sa déclaration selon laquelle, en tant que président, il achèverait le retrait des troupes polonaises d’Afghanistan avant même celui des Américains. Comme si les Polonais avaient une raison particulière d’y rester sans les Américains.

Mais soyons honnêtes. Ces deux derniers mois, ce n’est pas que par le rire que l’on a tenté de nous séduire. Nous, les électeurs, avons également appris de qui et de quoi nous devions avoir peur. Kaczynski s’est acharné à nous convaincre qu’il fallait avoir peur de Komorowski et du Premier ministre Donald Tusk. Komorowski n’a pas arrêté de répéter qu’il fallait avoir peur de Kaczynski et de son parti, Droit et Justice.

Reste que je serais incapable de dire aux Français, à ceux d’entre eux du moins qui n’ont pas complètement perdu tout intérêt pour les affaires européennes, ce qu’était la position de chacun des candidats par rapport à la division de l’Union entre les pays de la zone Euro et les autres, ni comment ils envisageaient la coopération entre les pays-membres face à la perte progressive d’influence de la Commission européenne, ni surtout ce que le nouveau Président polonais serait prêt à faire pour soutenir son gouvernement dans la bataille en faveur du maintien du Fonds de cohésion dont la sauvegarde reste vitale pour le futur développement de la Pologne. Je suis ainsi contrainte de conclure ce paragraphe en me bornant à dire que Bronislaw Komorowski est supposé représenter une formation politique décidément pro-européenne, alors que Jaroslaw Kaczynski aurait pu nous réserver de belles surprises en la matière. C’est en effet son jumeau Lech, récemment disparu dans un accident d’avion, qui toujours s’est occupé des questions européennes.

« Kaczynski aime les chats mais il n’est le père de rien ni de personne »

Faute d’un texte sérieux, je me contenterai alors de raconter l’histoire du vieil homme qui a réveillé le chat… Il ne s’agit pas de n’importe quel vieil homme, bien évidemment, pas plus que de n’importe quel chat. Le vieil homme porte un nom et un passé chargés d’actes de bravoure et de courage hors du commun. Il s’appelle Wladyslaw Bartoszewski et a 88 ans. Pendant la seconde Guerre mondiale, il a été envoyé par les nazis à Auschwitz. Libéré grâce à l’action de la Croix-Rouge polonaise, il s’est engagé dans la Commission d’Aide aux Juifs et a participé activement aux préparatifs de l’insurrection du ghetto de Varsovie. C’est pour ces faits que lui a été décerné le titre de « Juste parmi les Nations », une distinction qu’il a mérité tout au long de sa vie, notamment en présidant le Conseil international du Musée d’Auschwitz et en conseillant l’actuel Premier ministre polonais pour le dialogue judéo-polonais.

Lors de la dernière campagne présidentielle, le vieil homme a accepté de chapeauter le Comité honoraire de soutien à Bronislaw Komorowski. Il s’était déclaré prêt à défendre jusqu’à son dernier souffle la candidature de celui-ci, afin d’éviter à la Pologne de « descendre au rang de la Grèce, de la Bulgarie et de la Roumanie en termes de stabilité, de confiance et de possibilités ». Si l’engagement du vieil homme s’était arrêté là, je n’aurais pas eu d’histoire à raconter. Mais le vieil homme est un homme de parole, un homme honnête. Il a non seulement tenté de défendre jusqu’au dernier souffle la candidature de Komorowski mais, en même temps, il a tout fait pour décrédibiliser celle de Kaczynski. Il faut croire que c’est précisément dans ce but qu’il a prononcé les propos qui lui ont valu des menaces de mort d’une part, et la protection d’une garde rapprochée de l’autre. Qu’a-t-il dit ? Eh bien, il nous a avertis que si nous voulions que la Pologne suscite autant d’intérêt dans le monde que le Rwanda ou le Burundi, nous n’avions qu’à voter pour Kaczynski, « quelqu’un qui n’a d’expérience que dans l’élevage des animaux de compagnie mais qui n’est le père de rien ni de personne ».

Le décryptage de l’allusion s’impose. Bronislaw Komorowski est le père accompli de cinq enfants, un époux fidèle et dévoué. Jaroslaw Kaczynski, contrairement à son frère décédé, est un vieux garçon connu pour sa passion pour les chats, dont le dernier, Alik, a même été source d’inspiration pour un slogan électoral : « Ton chat voterait pour Jaroslaw ! ».

Wladyslaw Bartoszewski a pris des précautions oratoires : « Je ne suis qu’un vieil homme sclérosé, qui a beaucoup d’humour et qui n’appartient à aucun parti politique ». Elles ont été vaines. « Tes jours sont comptés ! », « Tu vas crever comme un chien ! », « Crève, sale juif ! », « Hitler t’a rien appris, mais nous on va te donner une leçon ! », « Tu en as trop dit, confident des juifs, traître à la Pologne ! », tels ont été, entre autres gracieusetés les propos contenus dans la centaine de lettres anonymes adressées à la Chancellerie du Premier ministre, dont Bartoszewski est le secrétaire d’Etat. Anonymes, mais signées « un vrai Polonais ».

Le pays des « vrais Polonais »

La morale de l’histoire et une information sérieuse destinée à tous les Français qui persistent à s’intéresser à la politique européenne :

Peu importe qui a gagné les élections présidentielles en Pologne et peu importe avec qui le Président français échangera une poignée de main lors d’un prochain sommet européen. Peu importe car la Pologne restera encore longtemps le pays des « vrais Polonais ». En dépit d’une mobilisation formidable de milliers de personnes témoignant de leur solidarité avec Wladyslaw Bartoszewski, en dépit de la défaite de son candidat, le camp de la droite radicale polonaise ne s’amollira pas. Jaroslaw Kaczynski sera sommé de rester le dépositaire de la mémoire de son frère défunt, le gardien du patriotisme chauvin et le guide éternel de la droite traditionaliste. Un rôle qui ne lui déplait pas forcément… Ses sympathisants continueront de s’identifier comme martyrs de la fidélité à Dieu, à l’Honneur et à la Patrie. Ils continueront à décrire la Pologne comme un pays encerclé par des ennemis visibles et invisibles, déstabilisé par les traîtres, bradé et déshonoré. Ils seront renforcés dans cette vision par l’attitude de la majorité de l’Episcopat polonais et de l’Eglise catholique.

Pourquoi alors puis-je quand même me réjouir de la victoire de Komorowski ? Pour trois raisons très simples.

D’abord, parce que la victoire de Komorowski signifie l’échec de Kaczynski. Et plus précisément parce qu’elle sanctionne l’idéologie et l’expression, insupportablement violentes, d’un national-catholicisme évoquant l’époque du « renouveau moral » de l’entre-deux-guerres.

Ensuite, parce qu’elle donne le pouvoir à quelqu’un qui, certes, n’améliorera pas le fonctionnement de la démocratie polonaise, mais qui à coup sûr ne la détruira pas. C’est déjà ça et ce n’est pas rien.

Enfin parce que si Komorowski n’a pas la carrure d’un grand homme d’Etat, il se situe dans la moyenne européenne. Il s’agit donc dans une certaine mesure de la victoire d’un style, pour ne pas dire d’une esthétique. Adam Michnik, le rédacteur en chef du quotidien à grand tirage, Gazeta Wyborcza, a exprimé cela en des termes qui diront tout aux Français : « Ces élections ont une dimension symbolique. Au niveau des déclarations, il y a eu peu de différences entre les deux candidats. En revanche, il y a une différence énorme entre eux au niveau de la pratique, la même qu’entre les partisans de de Gaulle et ceux de Le Pen. ».

C’est une révolte ? Non, une Vélorution !

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Evidemment on va dire que je suis toujours au mauvais endroit, au mauvais moment. Cela s’est encore vérifié le week-end dernier où je me suis fait piéger par un embouteillage monstre, en plein cœur de Paris, causé par une « Vélorution ».

Qu’est-ce donc ? C’est très simple: il s’agit d’un cortège de gentils militants de la bicyclette, qui cherchent à atteindre une «masse critique» face aux méchants automobilistes, comme me l’a dit une jeune femme à roulettes aux cheveux bleus, auprès de qui je me suis enquis des raisons profondes de ce défilé bariolé. Elle m’expliqua qu’il y avait une volonté acharnée – au sein de ce mouvement militant écolo – de faire prendre conscience à la population des méfaits des véhicules motorisés. Tout l’attirail des manifs était au rendez-vous : pancartes peintes à la main, slogans pompés sur ceux des grands-parents de la génération 68, vuvuzelas, cornes de brume, et même quelques artistes de cirque sur des monocycles de concours.

Le site web de la « Vélorution » le dit sans ambages : « Pendant ces quatre jours de fête, des cyclistes du monde entier se donneront rendez-vous pour célébrer la joie de vivre à bicyclette, et le plaisir de circuler sans contrainte ». On découvre aussi – sur leur site – que ces associatifs réclament l’ouverture à Paris d’une « Maison du vélo », et se posent des questions existentielles du type : « Le Vélib est-il vraiment à nous ? ». A la manière des athlètes du Tour de France, les révoltés de la petite Reine –qui ont sauvé mon samedi de la morosité- ont fini glorieusement leur course sur les Champs-Elysées. L’histoire ne dit pas si des contrôles anti-dopage les attendaient au-delà de la ligne d’arrivée.…

Cheveux courts et idées longues

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Skinheads

Skinheads

Pitié les skins ! D’abord, il n’y en a presque plus, ils devraient être classés comme espèce protégée par Greenpeace. En plus c’est des gentils, un peu bourrus certes, mais gentils. Je peux en causer, j’en ai connu plein. Alors, bien sûr, il y a Batskin, le méchant skin fasciste homologué, qui est ressorti du congélateur pour animer une assez belle manif de nazis le 6 mai dernier, mais quand même… Nous laisserons ici les spéculations sur les raisons de ce relatif succès – 700 crânes rasés et autres gudards dans les rues, pour nous concentrer sur l’essentiel : les skins ne ressemblent pas à la caricature qui en est ressassée.

On oublie un peu vite qu ils sont les dépositaires d’une sous-culture qui a plus de quarante ans. Et il faut respecter les vieux. Sans les skins, pas de magasin Doc Martens aux Halles ni de boutique Fred Perry rue des Rosiers. Sans les skins, pas de coupe à la tondeuse chez votre coiffeur et pas le moindre 501 disponible en rayon. Et puis soyons sérieux : à quoi ressembleraient les supporters du PSG s’ils avaient des baggys et les cheveux aux fesses?

Cette histoire de longueur de cheveux est primordiale pour des gens qui se désignent eux-mêmes par le fait qu’on est supposé apercevoir la peau de leur crâne. Et, comme nous l’allons montrer, ce problème de pilosité renvoie à des questions de classe.

Une brève histoire des skinheads

Pour restituer l’histoire dans son contexte, précisons tout de suite que les skinheads ne sont pas tombés du ciel : ils se situent dans la mouvance et la prolongation du mouvement Mod. Au début des années 60, on désignait sous ce diminutif les «modernists», élite branchée qui préférait les costards français au cuir noir, les scooters rutilants aux Triumphs graisseuses et se gavait d’amphétamines pour danser jusqu’à l’aube au son des hits Tamla Motown. Vers 1964-65 les Mods étaient devenus un mouvement de masse, rassemblant des dizaines de milliers de jeunes qui allaient se fritter avec les rockers pendant les vacances d’été, sur la plage de Brighton. Je n’en dis pas plus : le film Quadrophenia, d’après l’opéra-rock éponyme des Who, raconte parfaitement l’histoire. Il montre aussi l’épuisement d’un mouvement coincé dans ses propres contradictions, au moment où ceux qui allaient devenir les hippies se cherchaient une autre voie, socialement et culturellement plus motivante que les histoires de bandes.

Les Mods se sont donc laissés pousser les cheveux et, à l’image des groupes phares issus du mouvement (Who, Small Faces, Kinks…) ont exploré d’autres horizons, se diluant dans la génération Woodstock. Mais les grands changements créent toujours des frustrés. Certains ont visiblement trouvé la transition un peu trop brutale et les campus universitaires de 1968 peu attractifs pour des jeunes ouvriers moyens. Des poches de « hard Mods » se sont donc maintenues dans les quartiers prolétaires des villes de province. Les cheveux demeuraient relativement courts et le look étriqué, mais en y introduisant des éléments faisant référence à la tradition vestimentaire ouvrière pour se démarquer au maximum des petits-bourgeois : godillots (Dr Martens), vestes de dockers à épaules renforcées, vêtements de sport.

Vivant dans les quartiers populaires et déjà adeptes de la soul music, ceux qui allaient devenir les skinheads ont adopté les rythmes jamaïcains de l’époque : ska, rocksteady (ancêtres du reggae) et se mêler aux jeunes antillais fantasmant sur les « rude boys », les gangsters jamaïcains. Costards noirs, chapeaux plats «porkpie», les skinheads et les rude boys s’habillaient pareil, écoutaient la même musique et se retrouvaient dans les mêmes discothèques voire les mêmes bandes.

Certains chanteurs et groupes d’origine jamaïcaine – noirs faut-il le préciser ? – se sont même spécialisés dans la musique à destination des skins : Laurel Aitken, Symarip. Ces derniers ont d’ailleurs laissé deux classiques incontournables aux titres explicites, « Skinhead Girl » et « Skinhead Moonstomp ».

Années 70 : Rentre dedans et rage sociale

Au tournant des années 1970, les skinheads évoluèrent et des sous-courants apparurent: Bootboys (associés aux gangs et au hooliganisme), Suedeheads (aux cheveux mi-longs et branchés costumes chics), Smoothies (cheveux aux épaules). Toujours aussi réfractaire à la «musique pop» et au rock « progressif », la jeunesse ouvrière du nord de l’Angleterre s’accrochait aux débris de la soul façon Tamla (mouvement Northern Soul) tandis que nombre de skins succombaient au charme du glitter. Un fameux groupe de postskinheads symbolise cette évolution : Slade.

Un peu en retrait au moment des débuts « arty » du punk (1976-77), les skinheads vont finir par se reconnaître dans son style rentre-dedans et ses textes sociaux. D’autant que l’idée est toujours la même : en finir avec les fastes ringards du showbiz et la récupération dont a été l’objet le mouvement hippie et ses suites. Mieux, la dégringolade du punk va renforcer considérablement la mouvance skinhead qui opère son grand retour. On voit alors apparaître toute une génération de groupes skins ou à public quasi exclusivement skin : UK Subs, Sham 69, Cockney Rejects, Angelic Upstarts…  En 1980 le journaliste Gary Bushell de l’hebdomadaire musical Sounds nomme cette scène Oï, en référence aux borborygmes du chanteur des Cockney Rejects.

Le glissement à l’extrême droite et …à l’extrême gauche

C’est à peu près à ce moment que la crise économique, combinée au recul du mouvement ouvrier organisé, allait laisser le champ libre à une extrême droite virulente, en particulier le National Front. Ces convulsions nationalistes (toujours latentes en Grande Bretagne aujourd’hui) n’épargnèrent naturellement pas la base « working class » du mouvement skin qui dégagea pour la première fois une aile clairement marquée à droite politiquement. Mais une aile significative du mouvement s’engagea dans l’initiative Rock Against Racism, qui culmina en 1978 avec un concert de 80 000 personnes avec Clash mais aussi Sham 69 en vedette.

En 1979, le groupe de Coventry The Specials lance un revival ska, dans une version musclée par l’après punk. C’est un succès foudroyant qui voit le groupe multiracial devenir n°1 en Grande Bretagne et s’engouffrer derrière lui des dizaines de groupes dont les plus connus demeurent Madness, The Beat, Bad Manners, The Selecter… C’est l’heure de gloire des skinheads et des rude boys, auxquels sont mêlés des centaines d’adeptes du Mod-revival déclenché par le succès du groupe The Jam.

Survie du rebelle prolo

Depuis, il faut avouer que les skinheads se survivent à eux-mêmes. La roue a tourné et les héros des scènes Oï ou Ska ont disparu depuis longtemps ou se sont laissé aller à leur tour à des digressions trop commerciales si ce n’est, à l’inverse, franchement prétentieuses. Depuis 1984-85 l’essentiel de l’attention médiatique va aux provocations des Boneheads nazis et à leurs supposées bagarres avec les Redskins… Mais tout ceci est bien loin de la musique bien qu’elle serve de prétexte aux rassemblements sporadiques des uns et des autres.

Le skin de base, ni coco ni trop facho, se languit. Le seul terrain qui lui reste c’est le terrain de foot. Mais là aussi, ça devient de plus en plus compliqué, principalement avec les bobbys. Tandis qu’une petite fraction s’accroche à la tradition du label ska / rock steady Trojan, la majorité des skins s’est fondue dans la mouvance Casual : les hooligans qui ne veulent pas se faire repérer par les sheriffs portent des fringues discrètes, même si souvent référencées : Lyle & Scott, Fred Perry, Henri Lloyd, Adidas etc.

Du coup, s’il n’y a (presque) plus de skinheads, l’esthétique skin n’a jamais eu autant de succès, touchant un public de plus en plus significatif. Allez, les skins ont donné de l’énergie et contribué à la Cause. A leur manière, ils incarnent une forme de résistance très « rock » à l’emprise des modes pré-fabriquées et au poids du show business. Ces rebelles prolos ne sont pas très présentables, mais la classe ouvrière ne l’est jamais tout à fait, non ?

Texte publié initialement sur le blog de Carnet Debord

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Asie : le libre-échange, mais ailleurs

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Mao
Le protectionnisme fleurit au pays du président Mao.
Mao
Le protectionnisme fleurit au pays du président Mao.

C’est un des mythes les plus tenaces de la théorie économique : le développement du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine démontrerait les bienfaits du libre-échange. Et si c’était l’inverse qui était vrai ?

Libre-échange chez les autres, protectionnistes chez eux

En fait, la réalité du développement économique de ces pays est tout autre. Les plus grandes puissances économiques du Sud-est Asiatique comptent sur l’ouverture commerciale des autres pays pour pousser leur exportation le plus loin possible tout en protégeant fortement leur marché intérieur et leurs entreprises. Ce n’est pas un hasard si plus de 95 % des voitures vendues dans ces trois pays sont produites localement, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis et en Europe.

L’exemple de la Chine est particulièrement parlant. Il y a une vingtaine d’années, ce pays a décidé de développer une industrie automobile. L’Etat a donc mis en place des droits de douane de plus de 100 % sur les importations de véhicules, imposant à tous les constructeurs d’ouvrir des usines de montage sur place. Et pour s’assurer un transfert de technologie, la Chine a également imposé qu’un partenaire local détienne la moitié de l’entreprise. Dans un second temps, la Chine a remonté les droits de douane sur les pièces détachées pour faire venir l’ensemble de la filière sur son territoire.

Ensuite, une fois la pompe amorcée, les droits de douane sur les véhicules importés ont été diminués (à 35 % tout de même) et les anciens partenaires des constructeurs occidentaux se sont lancés eux-mêmes dans la production leurs propres véhicules, souvent des copies de modèles occidentaux au démarrage. Finalement, la filière s’apprête à passer bientôt à la phase ultime – l’exportation.

Un modèle dirigiste, protectionniste et patriote

Même si le chemin n’est pas exactement le même, il est difficile de ne pas voir dans la politique de la Chine une réplique du modèle japonais. Les pays asiatiques ont compris qu’une ouverture anarchique et dogmatique de leur marché intérieur les empêchera de construire une forte industrie locale. Comme une jeune pousse, une Il une industrie naissante a besoin de protection pour lui permettre de se développer, se renforcer et, en fin de processus, se tourner vers l’exportation. Voilà ce que montre le modèle asiatique.

Et d’ailleurs la douane n’est pas le seul outil utilisé par les pays asiatiques conservent une protection de leur marché intérieur. Comme le montre l’article de Hexaconso publié par Marianne2, normes et des règlements sont aussi mobilisées pour favoriser les industries locales au détriment des industriels occidentaux. Ce patriotisme économique donne une base arrière solide aux entreprises locales, qui, grâce aux prix plus élevés obtenus sous le parapluie protecteur de l’Etat, assure une stabilité propice aux investissements pour l’avenir.

Le modèle de développement asiatique, bien loin des idéaux néolibéraux, est dirigiste, protectionniste et patriote. À travers une politique industrielle menée dans la durée, l’Etat donne une direction ferme à l’économie et protège son territoire national de l’anarchie commerciale. En gros, ce modèle de développement est l’exact contraire de la voie suivie par l’Europe d’aujourd’hui, libérale, libre-échangiste et supranationale. La divergence des taux de croissance donne sans doute une bonne indication de la pertinence des deux modèles

Un président qui rassure

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Laurent Blanc
Laurent Blanc fixe ses conditions.
Laurent Blanc
Laurent Blanc fixe ses conditions.

Il fallait boucler la boucle. En terminer avec toute cette série d’articles sur l’équipe de France dans un carnet politique. Et le faire en sachant que le football se soit séparé une bonne fois pour toute de la politique et ait retrouvé son seul compagnon légitime : le sport.

Le foot français : un bal des égos ?

Le sport, on l’a beaucoup oublié ces derniers temps. Comme en politique, le bal des égos étouffait tout le reste. Un sélectionneur boursouflé par l’importance de sa petite personne, allant jusqu’à faire sa demande en mariage en direct à la télé aussitôt l’élimination de la France actée au championnat d’Europe 2008 ; un président de Fédé qui le reconduit, encouragé par un directeur national technique, Gérard Houillier, pas connu pour son humilité non plus, lequel préférant que reste en place un sélectionneur affaibli. Et, c’était sans compter les joueurs. Ceux sur lesquels comptait justement Raymond Domenech. Son épine dorsale, Gallas, Abidal, Malouda, Anelka, Evra et Ribéry, les lideurs sur lesquels il comptait s’appuyer. Ceux-là, aussi, ont décidé d’arrêter de faire du sport. En snobant honteusement une ministre, laquelle, il est vrai, n’était pas très inspirée. En mettant de côté, le joueur éduqué, poli, et trop amoureux de considérations technico-tactiques, qu’était Yoann Gourcuff, ils se comportaient certes un peu comme des caïds de collège, mais plus encore comme ces personnalités politiques qui étouffent dans l’œuf les jeunes talents qui pourraient leur faire de l’ombre. Une histoire de sponsors et de gros sous, mais surtout d’égos d’autant plus surdimensionnés que les cervelles étaient petites. Et puis cette histoire de bus, un dimanche. Pitoyable. Des mecs qui refusent de s’entraîner parce que l’un des leurs avait été exclu pour avoir insulté le sélectionneur qui lui avait tendu la main quelques années auparavant, alors qu’il était tricard, ce même joueur qui accepte de jouer pour les couleurs d’un peuple qu’il trouve hypocrite.

On ne fera croire à personne, et d’ailleurs personne ne le croit vraiment, que les vingt-trois joueurs aient tous trouvé cette idée géniale. Cette pantalonnade[1. J’ai trop de respect pour le droit de grève pour l’utiliser à propos de ce triste refus de s’entraîner. La sélection nationale est un cadeau. On ne fait pas grève de cadeaux.], qui s’est terminée par notre défaite logique contre l’Afrique du Sud, était menée par quelques uns. Les autres n’ont eu qu’à suivre. Il nous reste à savoir si ce suivisme était dû à l’intimidation, à leur faiblesse, la lassitude ou un mélange savant des trois. Les différents meneurs ont eu beau jeu d’assurer le contraire à leur retour à Paris, personne n’est vraiment dupe[2. Au passage, je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi c’est précisément l’un d’entre eux que le Président de la République a reçu à l’Elysée. Dans tous les cas, il ne pouvait pas s’agir d’un hommage à la grève – une vraie, celle-ci – qui rassemblait plusieurs millions de personnes ce jour là.].

Laurent Blanc : une solution pour l’équipe de France ?

Et puis vint Laurent Blanc. Certes, on peut dire que de l’avoir choisi si tôt a sans doute encore affaibli davantage Domenech dans son autorité. Certes, cela avait sans doute aussi déstabilisé l’équipe bordelaise dont Blanc était toujours l’entraîneur au point que le onze girondin ratait complètement sa fin de saison 2009-2010. Mais c’était à l’évidence un bon choix ; le dernier, et sans doute le seul, du Président de la fédération aujourd’hui démissionnaire. Les différentes interventions du nouveau sélectionneur sont rassurantes. Parce qu’il ne fait pas de politique, lui. Parce ce qu’il cause sport, envie de jouer, philosophie tactique. Et qu’il veut faire à nouveau aimer l’équipe de France, alors que son prédécesseur prenait un malin plaisir à la faire détester. Sa première décision n’est pas anodine : il interdit les fameux casques que les joueurs portaient sur leurs oreilles à la sortie du bus, ignorant superbement le public qui les attendait. Symboles de leur fermeture au monde extérieur, de la bulle dans laquelle ils étaient reclus. Avec Laurent Blanc, il faudra adhérer au projet de jeu. Ou s’en aller. Dans l’absolu, dit-il, un bon joueur avec une mentalité pourrie peut être sélectionné à condition qu’on puisse le faire évoluer dans le bon sens ; s’il refuse, il s’exclura de lui-même. On ne saurait mieux dire. Thuram lui a sans doute rendu un grand service en demandant des sanctions lourdes contre certains meneurs. Son ancien partenaire de France 98 a joué un rôle de poisson-pilote en tordant le bâton le plus loin possible, comme aurait dit Lénine. Plus généreux mais non moins ferme, Blanc dit à Ribéry, Evra ou Abidal : vous pouvez revenir, mais à mes conditions ; d’autres que moi vous auraient exclus.

On nous reprochera sans doute de faire dans le « tout nouveau, tout beau ». Peut-être. Il n’empêche que Laurent Blanc rassure par ses premières décisions et son discours axé sur le seul sport. Il rassure aussi par son charisme. Ce n’est pas pour rien que, dès le début de sa carrière, il a été surnommé le Président. Doté d’une autorité naturelle, on se plaît à le respecter et on se sent tranquillisé, protégé. Ce Président qui rassure, pour l’équipe de France, m’inspire confiance. Je pense ne pas être le seul. Mais avons-nous vraiment le choix devant le champ de ruines que laissent Abidal, Evra, Henry, Anelka ou Domenech ?

Affaire al Doura : un échec en forme de victoire

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Après avoir gagné son procès en diffamation contre Canal+, Philippe Karsenty a été débouté de sa plainte contre L’Express. Mais certaines défaites font plus pour la cause défendue qu’une victoire, et la lecture du jugement rendu le 1er juillet ne fait que renforcer celui du 10 juin dans le procès Karsenty/Canal+. Rappelons que la chaîne cryptée avait diffusé le 24 avril 2008 un documentaire mettant en parallèle les révisionnistes des attentats du 11 septembre et ceux qui s’opposent à France 2 et Charles Enderlin dans le cadre de l’affaire al Doura. Le jour même de la diffusion du film sur Canal+, le site internet de L’Express a publié un article consacré au documentaire et signé par Vincent Hugeux. Elogieux, le journaliste de L’Express déclarait d’emblée à ses lecteurs qu’il s’agit non moins d’un « documentaire d’utilité publique » pour leur raconter par la suite que « Stéphane Malterre a pris soin de rencontrer acteurs et témoins, tel le père du petit Mohammed ou le brancardier qui a acheminé son corps sans vie jusqu’à la morgue, pour démonter le procès instruit contre l’un des chroniqueurs les plus aguerris et les plus honnêtes du conflit israélo-palestinien ». Louanges que les juges de la 1re chambre n’auraient très probablement pas partagés. Selon eux, Hugeux s’est trompé concernant la qualité du travail de Malterre où ils discernent « un manque d’objectivité exclusif de la bonne foi alléguée ». La cour quant à elle, a estimé qu’il s’agit plutôt d’« allégations diffamatoires »… Or, à la différence de Stéphane Malterre, l’auteur du film, les mêmes juges ont cette fois-ci conclu que malgré le caractère clairement diffamatoire de ses propos, Vincent Hugeux a agi de bonne foi, estimant à tort que l’enquête bâclée et tendancieuse diffusé par Canal+ était un travail de journaliste professionnel. On peut donc difficilement parler de victoire pour ceux qui rêvent d’imposer une version officielle et unique de l’affaire Enderlin…

Woerth, et après ?

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Eric Woerth
Eric Woerth.

Je ne sais fichtre pas de quoi Eric Woerth est coupable, et donc de quoi il est innocent. Au sens judiciaire, s’entend. Et ce n’est pas une copie de cassette audio ou un PV d’audition à la Brigade financière qui me fabriqueront une opinion. Ceux qui ont déjà tranché, ceux qui considèrent qu’un majordome ou qu’une comptable ne peuvent dire que la vérité absolue sont manifestement amateurs de justice expéditive. C’est un choix qui peut à la rigueur se défendre, sauf qu’en général les lyncheurs du moment n’ont jamais de mots assez vibrants pour rappeler leur attachement viscéral à l’Etat de droit. Je rigole.

Étant assez peu confiant en la justice de mon pays, je ne me cacherai même pas derrière l’attente d’une éventuelle décision pénale pour me faire une opinion. Ni Roland Dumas, ni Jacques Chirac n’ont fait un seul jour de prison, ça ne les rend pas forcément plus innocents que le clampin qui s’est fait coincer par les gendarmes au volant d’une Twingo volée.

Cela dit, si je n’ai pas d’opinion technique sur le dossier, j’ai une opinion politique. C’est que Woerth mérite des claques. Si la femme de César doit être insoupçonnable, c’est tout aussi vrai pour celle du ministre du Budget. Et il aurait dû incontestablement demander à son épouse de se chercher du travail ailleurs que chez la première contribuable de France. Il va de soi que dans un couple civilisé, on discute : Madame aurait parfaitement pu insister mordicus pour aller bosser chez Liliane, mais alors, là, c’était à Eric de démissionner de Bercy. Ça s’appelle le principe de précaution, et je croyais bêtement que, sauf moi, tout le monde était pour. Ce grand principe, on l’a oublié juste au moment où il fallait pas, pour le plus grand tort de l’UMP, du président et d’Eric Woerth. Gageons que les deux premiers s’en sortiront tant bien que mal, ce qui est loin d’être gagné pour le dernier. Les claques dont je parlais plus haut, c’est le ministre-trésorier qui devrait se les coller à lui-même, si ce n’est déjà fait.

Ce scénario vertueux du non-mélange des genres restera donc imaginaire. Eut-il pris corps, Florence Woerth serait-elle allé exercer ses compétences financières à la Croix-Rouge ou chez Emmaüs, notre vie politique en aurait-elle été assainie ? Euh… Si on veut bien me laisser être sérieux deux minutes, chacun sait qu’il n’y a pas d’argent propre en politique. Qui honnêtement croit dans ce pays que les ressources des partis proviennent uniquement des militants, des sympathisants et du financement public tel qu’il est encadré par loi ?

Personne n’y croit, ou alors les petits enfants, ou quelques personnes très âgées. Chacun sait qu’il n’y a pas qu’à Neuilly qu’on glisse des grosses coupures dans des enveloppes kraft demi format (note à l’attention de Me Kiejman : « Neuilly » a bien entendu ici une acception métaphorique, je ne parle de personne en particulier). Il y a une longue histoire d’amour franco-française entre les partis et l’argent liquide. Et quand ce n’est pas du cash, ce sera un chèque versé opportunément à une association d’insertion six mois avant l’ouverture d’un hypermarché. Ou bien, s’il s’agit de babioles d’une autre ampleur, une rétro-commission de plusieurs milliards sur un compte aux Iles Cayman. Chacun donne ce qu’il peut, c’est ça aussi la démocratie.

Non, il n’y a pas d’argent propre en politique, il n’y a que des pauvres couillons qui se font gauler, alors que d’autres passent entre les mailles. J’ai la faiblesse de penser que l’immense majorité des électeurs en ont conscience, et que, comme moi, ça ne les dérange pas plus que ça. À preuve, ça ne les a pas empêchés de réélire triomphalement Alain Juppé, Jean-Paul Huchon et bien d’autres, malgré leur condamnations judiciaires.

Sans financement occulte, pas de partis politiques. Sans partis, pas de démocratie. Réfléchissez et choisissez !

Bac à lauréats ?

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Bac

Bac

A quoi peut encore servir le baccalauréat, diplôme dévalué, puisqu’on le donne à tout le monde ? Pas loin de 90 % des élèves vont l’obtenir, pour s’apercevoir qu’il n’est qu’une hypocrisie et une supercherie…

La télé nous montre tous les ans les mêmes images : des lycéens qui font la queue devant des feuilles A4 placardées à la porte des lycées de France et de Navarre. Il y a ceux qui exultent, et quelques-uns, plus rares qui font la tête : il va falloir qu’ils en passent par le rattrapage.

Au bout du compte, ils auront presque tous obtenus un diplôme qui ne leur servira à rien.
Que peut-on faire avec son bachot ? Entrer à l’université ? De moins en moins. Les entrées dans les universités sont de plus en plus sélectives. Autre hypocrisie, qui veut que l’on sélectionne sans le dire. Alors va pour l’université : des centaines milliers de bacheliers frais émoulus vont encombrer des facs de première année et, au bout du compte, il se trouvera peut-être 15 % d’étudiants qui obtiendront un diplôme. Les autres auront perdu leur temps, et le contribuable de l’argent. Les filières des sciences humaines et des langues ressembleront aux autoroutes les jours de mauvaise humeur de Bison futé et les étudiants, ainsi que leurs professeurs, s’apercevront qu’ils ne savent toujours pas écrire le français, parce que dans les délires de l’Education nationale on préfère toujours faire des têtes bien faites que des têtes bien pleines.

Hypocrisie tout du long, mensonge public. Il y a des lustres que l’on ne peut plus rien faire de son bac. Il en va du « premier diplôme universitaire » comme il en est allé du fameux « brevet des collèges » : sert à rien, donné à tout le monde.

Le bac, faudrait le donner à tout le monde

Peut-être, pour économiser du temps et de l’argent, faudrait-il, en effet, le donner à tout le monde, sans épreuve. Les quinze pour cent d’élèves les moins bien notés redoubleraient et l’obtiendraient l’année suivante. Il n’y a que les ânes, comme Jean-Pierre Bêle-Fort, inventeur de cette honteuse galéjade, qui se regorgent encore de ces résultats de succès qui frisent les cent pour cent. Une grande victoire républicaine en effet…

Les autres ont bien compris : dans les lycées l’esprit de compétition fait des ravages. On se met en lice pour les prépas. Hors les grandes écoles, point de salut. L’égalitarisme républicain trouve ses limites. Ou bien l’on s’en va étudier dans des universités prestigieuses, cotées et très chères à l’étranger; à condition de présenter un dossier en béton et passer des épreuves d’admission.

Autre hypocrisie, donc, l’égalité républicaine consiste à transformer un diplôme en chiffon de papier, un bon coup de démagogie, alors tout le monde sait que les vraies diplômes, et les vraies bonnes places, seront pour les gamins les plus futés et les plus riches qui se les garderont. Les plus futés et les plus riches, avez-vous remarqué, ce sont les mêmes. Et des générations d’énarques, issus pour la plupart, de ces milieux favorisés ont bétonné le système, institutionnalisant l’injustice.

Il est beaucoup plus difficile de passer le permis de conduire que d’obtenir son bac, et l’on gagne beaucoup plus d’argent en faisant un CAP de cuisinier ou un BEP de boulanger qu’en tentant de devenir sociologue, comme tous ceux qui ne savent pas quoi faire de leur vie et qui répugnent à travailler de leurs mains.

Alors, qui sera assez conséquent pour dire et décider que le bac est lié à des efforts et du travail, et qu’il est aussi un instrument de sélection ? La sélection ? Quoi qu’en disent les sentencieux, la sélection est une vertu républicaine. Une vertu, parfaitement, en ce qu’elle endigue la médiocrité, le moyennisme de l’égalitarisme borné. Car l’égalité républicaine est une égalité des chances, par une égalité de résultats… Ce serait trop facile autrement.