A quoi peut encore servir le baccalauréat, diplôme dévalué, puisqu’on le donne à tout le monde ? Pas loin de 90 % des élèves vont l’obtenir, pour s’apercevoir qu’il n’est qu’une hypocrisie et une supercherie…

La télé nous montre tous les ans les mêmes images : des lycéens qui font la queue devant des feuilles A4 placardées à la porte des lycées de France et de Navarre. Il y a ceux qui exultent, et quelques-uns, plus rares qui font la tête : il va falloir qu’ils en passent par le rattrapage.

Au bout du compte, ils auront presque tous obtenus un diplôme qui ne leur servira à rien.
Que peut-on faire avec son bachot ? Entrer à l’université ? De moins en moins. Les entrées dans les universités sont de plus en plus sélectives. Autre hypocrisie, qui veut que l’on sélectionne sans le dire. Alors va pour l’université : des centaines milliers de bacheliers frais émoulus vont encombrer des facs de première année et, au bout du compte, il se trouvera peut-être 15 % d’étudiants qui obtiendront un diplôme. Les autres auront perdu leur temps, et le contribuable de l’argent. Les filières des sciences humaines et des langues ressembleront aux autoroutes les jours de mauvaise humeur de Bison futé et les étudiants, ainsi que leurs professeurs, s’apercevront qu’ils ne savent toujours pas écrire le français, parce que dans les délires de l’Education nationale on préfère toujours faire des têtes bien faites que des têtes bien pleines.

Hypocrisie tout du long, mensonge public. Il y a des lustres que l’on ne peut plus rien faire de son bac. Il en va du « premier diplôme universitaire » comme il en est allé du fameux « brevet des collèges » : sert à rien, donné à tout le monde.

Le bac, faudrait le donner à tout le monde

Peut-être, pour économiser du temps et de l’argent, faudrait-il, en effet, le donner à tout le monde, sans épreuve. Les quinze pour cent d’élèves les moins bien notés redoubleraient et l’obtiendraient l’année suivante. Il n’y a que les ânes, comme Jean-Pierre Bêle-Fort, inventeur de cette honteuse galéjade, qui se regorgent encore de ces résultats de succès qui frisent les cent pour cent. Une grande victoire républicaine en effet…

Les autres ont bien compris : dans les lycées l’esprit de compétition fait des ravages. On se met en lice pour les prépas. Hors les grandes écoles, point de salut. L’égalitarisme républicain trouve ses limites. Ou bien l’on s’en va étudier dans des universités prestigieuses, cotées et très chères à l’étranger; à condition de présenter un dossier en béton et passer des épreuves d’admission.

Autre hypocrisie, donc, l’égalité républicaine consiste à transformer un diplôme en chiffon de papier, un bon coup de démagogie, alors tout le monde sait que les vraies diplômes, et les vraies bonnes places, seront pour les gamins les plus futés et les plus riches qui se les garderont. Les plus futés et les plus riches, avez-vous remarqué, ce sont les mêmes. Et des générations d’énarques, issus pour la plupart, de ces milieux favorisés ont bétonné le système, institutionnalisant l’injustice.

Il est beaucoup plus difficile de passer le permis de conduire que d’obtenir son bac, et l’on gagne beaucoup plus d’argent en faisant un CAP de cuisinier ou un BEP de boulanger qu’en tentant de devenir sociologue, comme tous ceux qui ne savent pas quoi faire de leur vie et qui répugnent à travailler de leurs mains.

Alors, qui sera assez conséquent pour dire et décider que le bac est lié à des efforts et du travail, et qu’il est aussi un instrument de sélection ? La sélection ? Quoi qu’en disent les sentencieux, la sélection est une vertu républicaine. Une vertu, parfaitement, en ce qu’elle endigue la médiocrité, le moyennisme de l’égalitarisme borné. Car l’égalité républicaine est une égalité des chances, par une égalité de résultats… Ce serait trop facile autrement.

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