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Toussaint rouge

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Photo : peasap

1.
Les premiers étonnés furent les services du ministère de l’Intérieur. Les rapports étaient formels. En ce lundi de la Toussaint, vers midi, un rassemblement de grande ampleur semblait prendre forme sur la place de la République. On comptait des milliers de personnes qui affluaient par le boulevard Voltaire et le boulevard Magenta. Dans son bureau, Brice Hortefeux, qui cherchait une nouvelle couleur (rouge gland ?) pour qualifier le niveau d’alerte vigie pirate avant la manif du 6 novembre, se montra extrêmement surpris et contrarié.

2.
A Montreuil, au siège de la CGT, on téléphona à la CFDT. La CFDT téléphona à SUD. SUD téléphona à FO. FO téléphona à la CFTC. La CFTC téléphona à l’UNSA. L’UNSA téléphona à la CGT. La boucle était bouclée. Personne n’était au courant de rien. On s’était tous soupçonnés les uns les autres de vouloir « faire un coup » avant le 6, mais on fut rassuré. On envoya cependant des observateurs sur le terrain.
Pendant ce temps-là, la foule affluait toujours sur la place de la République.

3.
Au ministère, on demanda à la Préfecture de Police de faire le nécessaire. On envoya les CRS et puis aussi des hommes de la DCRI en éclaireurs avec mission, si possible, de s’infiltrer chez les manifestants. L’un d’entre eux, à peine arrivé, téléphona directement au Préfet de Police : « On ne peut pas les infiltrer, monsieur le Préfet ! Ils sont déguisés. Oui, c’est ça, déguisés ! Et c’est très ressemblant ! On croirait des vrais ! »
Le Préfet de Police faillit leur dire de se déguiser en clowns, ça leur rappellerait le coup de Tarnac. Mais il s’abstint prudemment. La DCRI avait un chef plutôt susceptible.

4.
A la CGT, on fut aussi légèrement dérouté. Les copains envoyés sur place parlaient d’ouvriers habillés comme dans les années trente ou de mineurs avec leurs barrettes en cuir. Et pourtant tout le monde savait que les derniers puits de mine en France avaient fermé au début du XXIème siècle pour cause de mondialisation. On voyait beaucoup de femmes, aussi, avec des tabliers, des blouses et des fichus.
Et le nombre ne cessait d’augmenter.

5.
« – Est-ce qu’il y a des jeunes ? demanda le ministre de l’Intérieur de plus en plus inquiet au Préfet de Police
– Oui, monsieur le ministre.
– Je le savais, je le savais. Des casseurs ! De la caillera ! Ah ah ! Rappeurs et compagnie ! Faites foncer dans le tas, provoquez-les, allez-y et que ça saute ! Cons je jeunes ! Et faites attention à ceux qui auraient des colis à la main, ce sont surement des anarchistes grecs !
– Ce n’est pas vraiment ce qu’on me rapporte, monsieur le ministre. La plupart sont hauts comme trois pommes et s’ils ont des casquettes, c’est pas le genre zyva. Plutôt genre poulbot, vous voyez ? Et puis, ils chantent de vieux trucs.
– Quoi, par exemple ?
– Euh… « Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire/Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau. » »

Pendant un bref instant, Brice Hortefeux se demanda s’il n’était pas en train de perdre pied, voire de devenir fou. Il aurait bien pris un rhum. Non, pas un rhum. Ce n’était pas une bonne idée.

6.
Sur un trottoir, un vieux monsieur regardait la place de la République, maintenant noire de monde. Il était bien content même si tout ces gens là étaient drôlement accoutrés. A un moment, il crut reconnaître son pote Paulo, avec qui il avait bossé chez Renaud à l’époque de l’île Seguin et avec qui, aussi, il avait fait les grèves de juin 36. Mais c’était pas possible. Paulo était mort en 43, fusillé comme otage communiste, au Mont Valérien. Pourtant, qu’est-ce qu’il lui ressemblait à Paulo, ce gonze…

7.
Le ministre de l’Intérieur décida vers 14 heures de faire charger les CRS. Après tout, cette manif n’était pas autorisée.
Place de la République, il y eut un profond désarroi chez les forces de l’ordre. Les grenades lacrymogènes ne semblaient nullement incommoder les manifestants. Pire, quand un commissaire de police ordonna à une compagnie de charger un groupe isolé, composé d’hommes barbus en redingote et haut de forme portant une banderole presque effacée qui proclamait « Vive la Commune », les tonfas et autres matraques traversèrent les corps sans les toucher.
Dans les mois qui suivirent, on nota une nette recrudescence de dépressions nerveuses chez les policiers présents ce jour-là.

8.
Laurence Ferrari, au 20 heures de TF1, eut l’air encore plus ahuri que d’habitude, en face de son invitée, une femme aux cheveux gris réunis dans un chignon très strict et vêtue d’une robe noire élimée montant haut sur le cou.
« – Mais enfin, Madame Louise Michel, quel est le sens de ce défilé qui a duré plus de dix heures ?
– Eh bien, l’ensemble du mouvement social depuis 1830 a voulu apporter son soutien à celui de 2010 que vous avez voulu enterrer un peu vite et nous avons ainsi assuré la jointure avec la manifestation prévue le 6 novembre, car un combat n’est jamais perdu d’avance. »

9.
Les syndicats dénombrèrent plusieurs millions de manifestants ce jour-là.
Après quelques heures de réflexion, le ministère de l’Intérieur donna sa propre estimation.
Il y aurait eu, ce 1er novembre, d’après la place Beauveau, zéro manifestant.
On n’allait pas compter les fantômes, en plus…

Matignon Académie

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Enfin voici venu l’heure de la finale de la Matignon-académie. La Matignon-académie fait moins d’audience que la Star-academy ou Secret-Story. En revanche, elle est actuellement très en vogue dans le secteur des éditorialistes de plus de cinquante ans.

Résumé des épisodes précédents :

Michelle, longtemps favorite, a été éliminée. Christine n’avait pas l’envie, ni la testostérone. Brice s’est fait détester par tous les téléspectateurs. Et la semaine dernière, l’option de la jeunesse a été écartée puisque les petits Baroin et Lemaire nous quittaient.

Restent donc en piste François, tenant du titre, et Jean-Louis. Nous rappelons que le jury ne compte qu’un juré, l’impitoyable Nicolas. Ce n’est pas la peine, chers téléspectateurs, de taper 1, ni de taper 2. Vous pouvez néanmoins envoyer vos SMS pour donner vos impressions et vos commentaires sur les derniers candidats en lice.

Présentation des finalistes :

À tout seigneur, tout honneur, François a déjà gagné la Matignon-académie en 2007. Il nous vient de Sablé-sur-Sarthe. Il aime l’alpinisme, l’automobile et les bilans comptables. Ses atouts : il est a-du-lé par les députés UMP qui lui font un triomphe chaque semaine et il ne se plaint pas quand on l’humilie. Ses handicaps : il a pris un peu la grosse tête et il est a-du-lé par Jean-Michel Aphatie.

Jean-Louis, lui, vient de Valenciennes. Il s’est relouqué dans le but de plaire au jury qui n’aime pas quand on se néglige. Il aime le foot, la belote et les Grenelles. Ses atouts : il est dé-tes-té par Jean-Michel Aphatie, il a l’avantage de la nouveauté et il ne se plaindra pas non plus lorsqu’on l’humiliera. Ses handicaps : les députés l’appellent Columbo et il a une image[1. Assez surfaite, d’ailleurs.] de poivrot.

Le jury décidera quand bon lui semblera. On dit que ce sera sans doute ce mois-ci mais on n’est pas à l’abri d’une prolongation. D’ici là, les deux candidats sont incités à poursuivre leurs tentatives de séduction. Chansons, poèmes, démonstration de claquettes et performances athlétiques sont au programme.

Le péril jeune en vacances

Le "mouvement lycéen" : radical, citoyen et vacancier.

Avec les vacances de la Toussaint, le « mouvement lycéen » est entré dans une phase de ralentissement. Quelques centaines d’étudiants se sont rassemblés le 26 octobre. Sans les jeunes socialistes, ceux du Front de gauche, de la FSU et de la CNT, ils auraient eu piteuse allure.

Présenté comme radical et citoyen, ce mouvement de la jeunesse ne s’est pas essoufflé à cause de Sarko, l’homme de fer, mais en raison de l’absence de ces ados pré-pubères qui, après avoir quitté les bancs de l’école, ont déserté les rues pour se retirer sur d’autres terres.

Les jeunes dans la galère ont donc mis le cap sur les vacances. Il faut dire qu’ils avaient besoin de reprendre des forces : battre le pavé en gesticulant et en hurlant à tue-tête pendant des heures, ça fatigue ! À ce propos, les heures passées à manifester ne devraient-elles pas être comptabilisées dans le calcul des retraites ?[access capability= »lire_inedits »]

Le droit de partir en vacances a donc été plus fort que le droit de manifester et tout le monde trouve ça normal, à commencer par les organisations syndicales lycéennes et étudiantes.
Partir en vacances alors même que la réforme sur les retraites, perçue comme injuste et illégitime, est à deux doigt d’être promulguée ? L’indifférence des leaders du mouvement protestataire est absolument fascinante. Ne s’agit-il pas d’une désertion ? Un militant en vacances, n’est-ce pas un oxymore en période de lutte ?

Où est passée l’éthique de conviction ?

Un militant à mi-temps, ça n’existe pas. Où est donc passée, dans cette mobilisation de la jeunesse, l’éthique de conviction, principe structurant de l’action syndicale, comme le remarquait Max Weber dans Le Savant et le politique ? Serait-elle active seulement le temps d’une manif et visible momentanément sur les profils Facebook ? Ou alors, il faut croire que l’enjeu de la mobilisation n’est pas aussi crucial que le clament les syndicats et l’opposition.

Le pire, c’est que le dilemme moral ne s’est même pas posé. Absence totale de cas de conscience. On n’a pas observé le moindre déchirement entre le plaisir privé et le devoir, pas la moindre tempête sous les crânes lycéens, peut-être parce que leurs maîtres-protestateurs, les présidents de la FIDL et de l’UNEF, ne les ont pas appelés au devoir de faire la grève de leurs vacances. Pourtant, cet appel aurait été doublement payant, pour la dynamique du mouvement et pour la crédibilité de l’engagement politique des jeunes, célébré avec enthousiasme au plus fort de la mobilisation.

C’est que le mot « devoir » aurait réactivé la glande sébacée de nos ados. Alors, non merci ! Pas touche aux vacances des lycéens, bien plus sacrées que l’union avec les salariés et les retraités. Faut pas charrier : déjà que les vieux vont piquer les boulots des jeunes… Si, en prime, ils les privent de leurs vacances, ils vont finir par la faire pour de bon, cette révolution. [/access]

Tout a un prix

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Causeur n’est pas seulement un salon où l’on cause, on y lit également. Et point maladroitement, si l’on en juge par les résultats d’attribution des premiers prix littéraires : Maillé-le-très-brillant-timide, l’homme du plateau de Millevaches, comme l’autre l’était de la plaine, pertinent autant qu’on peut l’être, impertinent comme on l’est rarement, Bruno Maillé, donc, avait vanté les qualités de La Croisade des enfants, de Florina Ilis Roman hanté en Transylvanie – Causeur.fr. Résonnez musettes ! Le livre reçut le prix Courrier International Florina Ilis : on vous avait prévenu – Causeur.fr.
Or, voici quelque temps, votre humble et dévoué serviteur chantait les louanges du roman de Maylis de Kerangal, Naissance d’un pont Dessine-moi un beau pont – Causeur.fr. Sonnez grelots ! Le prix Médicis lui a été attribué, à l’unanimité. Nous sommes très heureux de constater que les jurés de ces deux aréopages partagent les goûts de Causeur en matière de littérature : on ne peut pas toujours être en désaccord avec tout le monde…

La France perd-elle son AME ?

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L’AME (aide médicale d’Etat) permet aux étrangers en situation irrégulière d’être soignés gratuitement sur le sol français. Comme toutes les aides sociales, ce dispositif constitue une incitation à l’immigration illégale : on peut trouver dans les pays d’Afrique et du Maghreb un fascicule rédigé en français et en arabe qui explique comment en bénéficier. Il peut paraître paradoxal que des immigrés entrés en France clandestinement puissent voir leurs frais de santé pris en charge par l’Etat, comme ils peuvent travailler, se loger ou scolariser leurs enfants. Mais la République peut s’honorer de traiter avec humanité les hommes et les femmes qui résident sur son territoire, légalement ou pas.

Comme on pouvait s’y attendre, le système dérape, victime de dérives, de fraudes et d’abus. Dominique Tian, Député UMP et membre de la Commission des Affaires sociales, déclare dans une interview que « sur les contrôles effectués en 2009 dans 106 caisses primaires d’assurance maladie sur 5% des bénéficiaires de l’AME, il est montré que 50% des dossiers sont faux. Une étude de l’Onu met en avant des trafics organisés, indiquant que 20 à 25% du Subutex (substitut à l’héroïne, ndlr) distribué via l’AME, part vers des marchés illicites. »

Un article paru il y a quelques semaines dans Libération racontait l’histoire d’un Camerounais polygame, mari de deux femmes et père de 7 enfants restés au pays, qui rencontre une femme en France. Tous deux sont clandestins, l’homme est séropositif et la femme ne parvient pas à tomber enceinte. En effet, le couple désire avoir un enfant et demande à bénéficier de l’AME pour une fécondation in vitro. L’aide est accordée et la femme qui vit en foyer attend aujourd’hui un heureux événement.

Cette générosité a un coût. En 2009, 540 millions d’euros ont été débloqués pour soigner 215000 sans-papiers et la somme augmente chaque année. Pour réduire les déficits et la dette sociale, le gouvernement qui impose aux Français des réductions constantes des remboursements de leurs médicaments ou de leurs frais d’hôpitaux, envisage de restreindre l’accès et de poser quelques modestes conditions à l’obtention de cette aide.

Les députés UMP qui demandent une réforme souhaitent notamment que la fécondation in vitro soit exclue de ce dispositif ainsi que le traitement des pathologies qui sont traitées dans le pays d’origine des demandeurs s’ils résident à moins de 20 kilomètres d’un centre de soins et demandent que les bénéficiaires participent aux frais à hauteur de 30 euros par an, ce qui couvrirait 1% des coûts. L’aide serait aussi limitée aux conjoints et aux enfants et contrôlée par les préfectures.

Même si l’AME est réformée, la France restera le pays le plus généreux du monde avec ses immigrés clandestins

L’urgence médicale n’est pas menacée et les étrangers qui ont un besoin vital de soins seront toujours admis à l’hôpital avec femme et enfants. Malgré cela, les restrictions envisagées provoquent des réactions indignées des associations d’aide aux sans-papiers, de certains humanitaires qui jugent que la déontologie médicale n’admet aucune limite et de certains députés de l’opposition qui parlent, comme c’est original, de stigmatisation des immigrés et de discrimination entre malades français et étrangers.

J’aimerais entendre ces âmes généreuses expliquer aux étrangers entrés chez nous légalement, qui respectent nos lois, payent des impôts et cotisent aux caisses d’assurance- maladie au nom de quel droit des immigrés entrés illégalement devraient bénéficier de plus de droits qu’eux.

J’attends leurs arguments quand ils tenteront de convaincre les Français qui se serrent la ceinture pour éviter la ruine et dont certains n’ont plus les moyens de se soigner que seul ce poste budgétaire ne saurait souffrir la moindre mesure d’économies.
La France est le pays le plus généreux du monde avec ses immigrés clandestins et le restera même si l’AME est réformée. Si rien ne change, elle perdra les moyens nécessaires à l’intégration et à la générosité, ce qui est un peu la même chose. Dissuader l’immigration illégale qui empêche l’intégration et limiter des déficits qui menacent la pérennité des systèmes de protection sociale, sans renoncer à porter assistance à des personnes en danger, c’est l’équilibre qu’il nous faut trouver. Garder ce que nos ainés ont bâti sans perdre notre âme, entre une gauche généreuse et irresponsable et une extrême droite qui rêve d’un protectionnisme ethnique, c’est ce qu’on peut espérer de mieux pour la République. Mettons là sur la voie du milieu. Et restons zen.

Salauds d’Américains !

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Pendant longtemps, nos observateurs habituels n’avaient pas voulu y croire : leur icône post-raciale, postmoderne, post-tout, Barack Obama, allait se ramasser une raclée majeure aux élections de midterm. Jusqu’à ce que les sondages, dans une lassante répétition, restent bloqués sur le vert pour les Républicains et sur le rouge pour les Démocrates, on avait espéré, dans les principales rédactions françaises que la « magie Obama » allait transformer à nouveau la citrouille en carrosse. Lorsqu’il s’est avéré que cela ne serait pas le cas, il fallait trouver un responsable à cet incroyable comportement de l’électorat d’outre-Atlantique.

Comme il était inconcevable, pour les obamaniaques officiant chez nous dans la politique et les médias, de formuler la moindre critique de l’action du président des Etats-Unis, il fallait trouver d’autres coupables. « Obama dans la bouse, c’est la faute à Fox News. Le peuple n’a rien compris, à cause du Tea Party ! ».

Le modèle explicatif de cette défaite annoncée a pris le ton, en France d’une virulente dénonciation de cette « Amérique que nous haïssons », que l’on avait cru balayée en novembre 2008 avec la déroute des Républicains à l’issue de deux mandats de George W. Bush. Obama n’allait pas perdre, on allait « l’abattre », comme le titrait dramatiquement Libération à la veille du scrutin.

C’est tout juste si on ne suggérait pas qu’on allait assister à une nouvelle forme de lynchage dont les meneurs seraient Glen Beck, le pittbull conservateur de Fox News, et Sarah Palin, la mama grizzly de l’Alaska. On laisse également entendre que le vieux fond de racisme de la société américaine est à l’œuvre dans cette entreprise de démolition du premier président noir de l’Union…

Obama, trop à gauche pour diriger l’Amérique ?

Et si la vraie raison était tout simplement que la majorité des Américains trouvent que Barack Obama est un mauvais président ? Si on a une lecture « européenne » de ses deux premières années de mandat, on ne comprend pas que les électeurs ne lui tiennent pas gré d’avoir étendu la couverture sociale à plus de trente millions de leurs concitoyens, et d’avoir rétabli l’image des Etats-Unis dans le monde.
Sauf que la classe moyenne a découvert que cette extension de la sécu aux plus pauvres augmentait considérablement les tarifs des mutuelles-santé, puisque ce sont les assurances privées qui sont maintenant contraintes, par la loi, d’offrir leurs services à des gens qui ne peuvent pas en payer le prix. Cela vaut particulièrement pour les gens actifs dans le small business ou les travailleurs indépendants qui estiment, en cette période de crise, n’avoir aucunement besoin de ce surcroît de charges. Le plan de relance, dit « stimulus » n’a pas donné les résultats escomptés en termes d’emplois, en dépit d’une injection de 800 milliards de dollars dans l’économie. Quant à la politique étrangère, dont on a fait dans ces colonnes un examen sans concessions, elle n’a pratiquement joué aucun rôle dans ces élections.
Et si Obama était definitely, comme on dit là-bas, trop liberal, à gauche pour diriger un pays dont les valeurs de gauche ne sont pas ancrées dans les profondeurs du peuple ? Les préjugés dont il a pu être victime au cours de ses deux premières années de mandat tiennent d’ailleurs plus à son image d’intello, prof à Harvard qu’à la couleur de sa peau.

L’échec du Tea Party, un succès pour les Républicains

Et maintenant que va-t-il faire ? Que sera sa vie ? Ses amis démocrates se plaisent à évoquer le scénario de Clinton, étrillé aux midterm de 1994 et réélu triomphalement en 1996.
Peut-être, mais peu probable, à moins que l’on assiste à une rapide amélioration de la situation économique. Tout d’abord une nécessaire lapalissade : Obama n’est pas Clinton, et ne dispose pas de la souplesse idéologique de l’ancien président. Ensuite, son « recentrage » nécessaire pour cogérer le pays avec une Chambre hostile et un Sénat dont il faudra ménager les Démocrates conservateurs peut brouiller définitivement son image et lui aliéner les liberals. Ce sont eux, d’ailleurs qui on causé la défaite d’Al Gore en 2000, en dispersant leurs voix sur le candidat « de gauche » Ralph Nader. Enfin, quoi que puissent penser nos commentateurs patentés, les Républicains ne sont pas des buses. Ils ont tiré les leçons de l’élection de 1996, et ne laisseront pas Obama leur faire porter le chapeau des décisions politiques impopulaires comme Clinton le fit avec succès aux dépens de Newt Gringrich, le président républicain de la Chambre.

Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012, l’état-major républicain peut aussi se réjouir de l’échec relatif des candidats étiquetés Tea Party, qui est la cause du maintien d’une courte majorité démocrate au Sénat. Tous les analystes sont d’accord pour estimer que la défaite de Sharron Angle au Nevada et de Christine O’Donnell dans le Delaware, toutes deux pasionarias du Tea Party a privé les Républicains de ces deux sièges cruciaux, qui n’auraient pas échappé aux candidats plus modérés battus lors des primaires. Il ne reste plus à Obama et ses amis à rêver que sa concurrente en 2012 soit Sarah Palin, jugée plus facile à battre qu’un Républicain mainstream. Un pari risqué, car la dame en question a beaucoup, beaucoup appris ces derniers mois. Les paris sont ouverts, aux commentateurs d’établir la cote…

Non à la riposte panique

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Salle de prière de la Mosquée de Paris.

C’est bien, vos conversations autour de Riposte Laïque. Le papier de Radu Stoenescu, pas mal non plus. Il nous aide à comprendre la peur des Européens. Ils ne sont pas méchants, pas racistes, pas néo-nazis. Juste, ils ont peur. Rien de plus épouvantable que la peur. Elle t’amène à des choses terribles, dont tu n’aurais jamais été capable. La trouille au ventre, tu fais n’importe quoi. Comme le racisme les dégoûte, ils n’osent pas dire ce qu’ils pensent. R.L. met les pieds dans le plat sans pudeur. L’islam égale le mal. Au moins, c’est clair. Si Riposte Laïque n’existait pas, il faudrait voter une loi pour l’instituer. Ils couchent noir sur blanc et pas trop mal d’ailleurs, des idées qui trottent dans la tête d’une ribambelle d’Européens, moins en France qu’ailleurs mais quand même chez des millions ici aussi.

Leur peur est plus grosse que le danger

Ces gens-là ont-ils raison d’avoir peur ? À mes yeux, leur peur est plus grosse que le danger. D’abord, « on n’a jamais raison d’avoir peur ». Un peuple, ça ne s’administre pas avec la peur. On traite sereinement les maux quand ils se déclarent, on prévient autant que ce peut, on ne connaît pas d’autre mode de gouvernement.

La population française est à 10 % musulmane. Ça ne vous plait pas ? Dommage pour vous. 40 % des écoliers parisiens ont un parent ou deux étrangers. Ça vous ennuie ? C’est regrettable. En chiffre absolu, ramadan s’observe davantage que le carême. Ça vous dérange ? Va falloir vous y faire. Il y aura bientôt plus d’imams que de curés. Il y a plus de musulmans en France que dans une bonne demi-douzaine d’États arabes. Les prisons sont à moitié peuplées d’étrangers. Dieu sait combien de sans-papiers (pas moi, je me suis mis en règle). Tous les dealers (ou presque) s’appellent Mohamed. C’est la France ! La France comme elle est, pas comme je la rêvais avant de m’y établir.

Ils sont ici, ils resteront. C’est à prendre ou à laisser

Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse. Que je réexpédie ces 6 millions chez eux ? C’est au-dessus de mes forces. Des vôtres. Même si Allah s’y mettait, il calerait. Ils sont ici, ils resteront. Faut bien vous l’enfoncer dans la tête : ils resteront. Très probablement en plus grand nombre. Vous n’avez pas le choix. C’est à prendre ou à laisser. Comme vous n’avez aucune envie de laisser, faut que vous preniez. Pas comme vous les voudriez, comme ils sont.

Le vendredi, ils bouchent la rue Myrrha à l’heure de la prière. Je comprends que ça vous ennuie, mais il faut savoir ce que vous voulez. Cent nouvelles grandes mosquées à Paris comme on en aurait besoin ? Si pas cent mosquées, la rue Myrrha. Comme tu veux, tu choises. Tu as toujours la faculté d’interdire le culte, pourquoi pas ? Essaie, non mais essaie. On verra ce qui se passera. Tu vois bien, sauciflard et pinard ne règlent rien.

Alors tu dis : il faut qu’ils s’intègrent. Mais ils ne font que ça. Cite moi un journal en arabe. C’est quand même bizarre, tu trouves pas ? Six millions, pas un journal. Pas un député. Pas une école, si ce n’est ces trois établissements, moins de 200 élèves à eux trois. Tu sais pourquoi il n’y a ni journaux, ni école ? Ils n’en veulent pas. Rien ne serait plus facile que de les créer, subventionnées et tout. Ils veulent étudier le français. Ils ne parlent (hélas) même plus leur langue. Pourquoi ? Parents et enfants préfèrent le français. Leur seul rêve : fuir le ghetto et habiter le 7e arrondissement. Comme toi. Tu vois qu’ils sont intégrés.

Je préfère vivre dans un pays attirant que dans un répugnant

L’islam est, pensez-vous, une abomination, il n’y a qu’à lire le Coran. Mais dis donc, tu as jeté un œil sur les autres livres sacrés ? Sais-tu que violer le shabbat est passible de la peine de mort ? Des bouquins écrits deux mille ans en arrière, qu’est-ce tu veux y trouver ? Le Code civil ? Et les islamistes, me diras-tu. Ben, oui, c’est un souci. D’abord pour les pays musulmans. Comme on est, un peu, un pays musulman, un casse-tête pour nous aussi. Moi, j’ai la réponse. Tu mets les RG au boulot et tu attends que ça passe. Avant moi, tous les gouvernements français et européens ont mis en œuvre ce système de protection. Ca ne marche pas trop mal. Quand le dernier attentat en France ? Tout le monde a oublié. Gaffe au prochain ? Oui, gaffe. Tu as un autre remède ? La burqa t’ennuie ? Tu l’as interdite, tu devrais être content. Tu as vu comme c’est mieux depuis. Enfin, on respire.

Va à Tunis, va à Alger, au Caire. La rue. 100 % d’Arabes. Pas une tronche d’étranger. Ils se sont tous carapatés. Irrespirable. Tu as envie d’être Le Caire ? Va à Londres, à New York, à Berlin et bientôt à Pékin. Des Métèques partout. Je préfère vivre dans un pays attirant que dans un répugnant. Les alliages ont tout l’air féconds. Les pays riches et libres sont métissés. Les homogènes crèvent de faim et de dictature. Qu’est-ce tu préfères ?

Causeur n° 29 : avis au populo !

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Si le populisme – thème du dossier de ce numéro 29 – consiste, d’après ces contempteurs, à flatter les plus bas instincts de l’électorat, la rédaction de Causeur ne mange certainement pas de ce pain-là. On ne flattera donc pas les bas instincts du lectorat (à supposer qu’il en ait, hein !) en lui promettant en échange de son abonnement des iPad solaires, des séjours gratuits au Club Med de Bassorah ou les œuvres complètes de Socrate reliées plein cuir.

En revanche, il faudra bien s’abonner ou se réabonner avant jeudi soir pour recevoir ce numéro et les suivants ou y avoir accès par le net. Là encore, aucun parallèle possible avec la politique, puisqu’il y a de fortes chances que nous tenions nos promesses…

« Tout démocrate doit être un peu populiste »

Marcel Gauchet

On ne sait plus si c’est une insulte ou un compliment, si ça vient d’en haut ou d’en bas. En tout cas, ça fait la « une » des magazines. Les populistes sont partout : à Causeur bien sûr mais aussi au Monde ou à Canal +. Et ce n’est pas nous qui le disons mais les Inrocks, c’est dire si c’est sérieux. Alors, nous avions bien une définition à vous proposer, mais elle est un peu étroite pour accueillir tout ce beau monde. Jusque-là, on croyait que le populisme consistait à flatter les bas instincts du peuple pour mieux lui ravir le pouvoir.

Opératoirement, ça se passe souvent comme ça. Mais si on s’en tient là, on ne comprend rien au phénomène actuel, qui se caractérise par une progression simultanée du populisme et de sa dénonciation. Sans compter qu’il s’agit d’une notion difficile à appréhender, puisqu’elle n’a pas de contraire.

Alors, repartons de zéro : c’est quoi, le populisme ?

Dans ce monde formidable où les esprits sont tellement ouverts, on ne sait plus où on est. Commençons donc par le plus simple : basiquement, le populisme est un mouvement anti-élites.

D’accord mais quand les élites sont contre les élites, on fait quoi ? Sans doute est-il temps de rechercher une signification cachée derrière les mots.

Essayons. Le populisme est d’abord une rhétorique politique qui consiste à dénoncer chez l’autre des travers dans lesquels on tombe allègrement soi-même.

Avant d’aller plus loin, il faut donner ici une définition de la démocratie. Aussi brutale soit-elle, je n’en vois pas de meilleure que celle-ci : la démocratie, c’est la concurrence des démagogies ! Immense progrès quand même par rapport au monopole de la démagogie qu’incarnait le totalitarisme. Quand la démagogie est tempérée par la concurrence, elle ouvre des espaces où on peut apercevoir un peu de réalité.

[access capability= »lire_inedits »]Populisme, démagogie, c’est quoi la différence ?

Le populiste est une variante privilégiée de démagogue : pour lui, ses concurrents sont des représentants d’intérêts étrangers au peuple, tandis que lui est branché sur le vrai peuple et ses aspirations. Or le peuple présente cet avantage rhétorique extraordinaire que tout le monde peut parler en son nom puisque personne ne sait précisément où il est. On voit bien que nous sommes dans un piège verbal sans fond et sans issue.

Bon alors quoi ? On change la une de Causeur et on dit qu’en fait c’était un sujet idiot ?

Non ! Le populisme est un concept caoutchouteux, insupportable, absurde, mais inexpulsable, à la fois du discours et de la réalité.

C’est difficile dans la mesure où il désigne tout et son contraire et renaît sans cesse de ses cendres sous une nouvelle identité…

Dans un régime de démocratie représentative, les pouvoirs sont élus par le peuple mais ils ne sont pas le peuple. Ils ont même une tendance chronique à oublier qui les a élus, et que se soucier de la vie des populations fait partie de leur devoir. C’est qu’en réalité les représentants ne savent pas très bien ce que veulent les représentés : le hiatus est inévitable, et il se trouve donc forcément des gens pour en appeler au peuple contre la trahison des élites, des oligarchies et des représentants. D’où l’extrême variété des populismes.

S’il est impossible de définir le populisme, c’est donc parce que le peuple est introuvable ?

Le peuple, c’est comme la vierge Marie : il faut être illuminé pour l’apercevoir !

Pardon ? (Basile de Koch)

Disons « touché par la grâce » ce dont j’ai été privé ou épargné. Tentons quand même d’y voir un peu plus clair : le peuple, c’est tout le monde, même les riches ; personne, même Mélenchon, ne propose de leur retirer le droit de vote. Reste à définir la vérité du peuple. Dans une logique populiste, il s’agit de distinguer le vrai peuple du faux peuple électoral.

Pays légal, pays réel ?

En quelque sorte. Mais si le vrai peuple a eu un nom, ce fut celui de « prolétariat ». Il y avait la classe ouvrière qui luttait pour son émancipation et, en face, une infime minorité d’exploiteurs. Si la question populiste a ressurgi dans le courant des années 1980, c’est même parce que ces brumes-là se dissipaient. Les « masses » ont disparu du champ sémantique et politique. Il n’y a plus que Lutte ouvrière et le dictionnaire de l’Académie française pour avoir une notion claire de ce que sont les travailleuses et les travailleurs. Même Besancenot n’a pas l’air très au point sur la question.

Diriez-vous que les Bolcheviks étaient populistes ?

Bien au contraire ! Reconnaissons au camarade Lénine le fait d’avoir été le plus authentique antipopuliste de l’Histoire. Lui au moins savait que le peuple ne se préoccupe que de ses intérêts matériels et se fiche de faire la révolution. Voilà pourquoi il fallait lui fermer le clapet et lui substituer de petits bourgeois qui, contrairement aux prolétaires, savaient scientifiquement quels étaient les intérêts du prolétariat.

Alors Sarkozy, populiste ou léniniste ?

Nicolas Sarkozy a commis l’acte antipopuliste par excellence en passant outre le vote négatif des Français au Traité constitutionnel européen. Cela revenait à dire au peuple : « Je vous emmerde ! » En même temps, il s’oppose aux élites sur le terrain décisif de la sécurité. Et, si on en croit ce qui se dit au bistrot, il a raison d’être populiste sur ce point car, contrairement à ce que répètent les élites, c’est un problème réel. Sauf que quand on est aux affaires, on ne peut pas durablement activer le sujet sans rien faire…

Y a-t-il quand même un « bon populisme » qui pourrait être utile à une « bonne démocratie » ?

Je ne vois pas comment on peut être démocrate sans être populiste. La démocratie consiste à chercher la meilleure adéquation possible entre les orientations du pouvoir en place et le vœu du plus grand nombre. Seulement, comme le peuple concret est hétéroclite et ses vœux parfois obscurs, il est raisonnable d’organiser des élections fréquentes…

Pourquoi vivons-nous aujourd’hui un « moment populiste » ?

Entre la conduite des élites et les aspirations des peuples, il y a des moments de convergence et des moments de divergence. Aujourd’hui, nous vivons clairement une phase de divergence organisée. Nous avons en Europe l’exemple même d’un système politique clairement antipopuliste. On concède aux bons peuples le droit de désigner leurs représentants ; mais les détenteurs du pouvoir, qui sont les représentants de représentants, n’ont strictement rien à faire des électeurs. Tous les gouvernements européens pourraient être battus à plate couture sans que cela n’affecte en rien la Commission de Monsieur Barroso.

Récusez-vous absolument l’idée d’un « danger populiste » ?

Tant qu’on se réclame du peuple et qu’on le laisse causer, donc se diviser, le populisme est inoffensif. Il devient dangereux quand il prétend disposer d’un critère pour délimiter le vrai peuple et parler en son nom. Ainsi quand Le Pen mobilise le « peuple de France » contre le « cosmopolitisme » des élites dirigeantes. Mais il y a une protestation dite populiste qui me semble légitime voire salutaire. Comme dans nos sociétés il y a plus de perdants que de gagnants dans la mondialisation, la divergence entre gouvernants et gouvernés s’accentue nettement. Devant ces résistances, nous avons donc assisté à un recyclage du cynisme léniniste sur la rive opposée, la bonne société où le pan-capitalisme a remplacé l’internationalisme socialiste. Il s’agit toujours d’emmener les peuples là où ils n’ont pas envie d’aller, pour leur bien, naturellement, sauf que le bien n’est plus le même. Il est de promouvoir le libre-échange et la juste rémunération des meilleurs. Cette nouvelle version de l’avant-garde ne me parait pas plus supportable que la précédente.

Le populisme permettrait donc de comprendre à la fois l’angoisse des élites et celle des masses ? (Voire le succès de notre site ?)

La dénonciation du populisme permet à ces élites déterritorialisées de s’en prendre à tout ce qui n’est pas convenable. Le peuple présente des symptômes fâcheux de méconnaissance de ses véritables intérêts. Il ne voit pas pourquoi il devrait, seul avec ses petits bras, relever le défi de la féroce concurrence avec le prolétariat chinois, comme le lui recommandent ses guides éclairés.

D’où l’antipopulisme de nos élites ?

D’où l’apparition d’une rhétorique inédite du mépris ouvert ou larvé du peuple. Un peuple décidément composé de beaufs attachés à des valeurs d’un autre âge, de racistes inaccessibles à l’idée de la libre circulation des hommes et des marchandises, de ringards qui ne comprennent rien au monde dans lequel ils vivent… Un tel mépris suscite des réactions qui peuvent légitimement être taxées de populistes.

C’est bien parce que ces réactions, sous diverses formes, s’observent dans toute l’Europe qu’on brandit aujourd’hui la « menace populiste ».

C’est logique ! L’Union européenne a pour effet, entre autres, de déposséder les Etats du contrôle de leur politique migratoire. Ça provoque des mouvements de protestation, qui vont d’une vague inquiétude sur l’identité collective à la xénophobie radicale. Et puis il faut bien poser le problème spécifique de l’islam qui n’est pas seulement une culture, comme on parle de culture hip-hop ou de culture gay, mais une civilisation. Qu’on le veuille ou non, une civilisation, un peuple, c’est un héritage historique commun. Si on oublie cela, on est tous mûrs pour le populisme. Et pas forcément dans sa version populaire.

Philosophe, historien, fin connaisseur des mouvements des idées, Marcel Gauchet dirige, avec Pierre Nora, la revue Le Débat (Gallimard). Il vient de publier le troisième tome de sa réflexion sur la démocratie : « A l’épreuve des totalitarismes ». (Gallimard).

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Héroïne malgré elle

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Un procès peu commun oppose ces jours-ci les services de la protection de l’enfance de l’État de Pennsylvanie à une citoyenne du même État.

Trois jours après avoir accouché, Elizabeth Mort avait reçu la visite, dans sa chambre d’hôpital, des services de l’enfance et de la jeunesse, qui se sont aussitôt emparé du nouveau-né. Motif ? La prise de sang effectuée avant l’accouchement avait révélé que la maman s’adonnait aux opiacés.

Sauf qu’en vrai celle-ci n’était pas héroïnomane, elle avait juste mangé un bagel aux graines de pavot. Ce n’est que cinq jours plus tard que la petite Isabella a été rendue à ses parents…

Toussaint rouge

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Photo : peasap
Photo : peasap

1.
Les premiers étonnés furent les services du ministère de l’Intérieur. Les rapports étaient formels. En ce lundi de la Toussaint, vers midi, un rassemblement de grande ampleur semblait prendre forme sur la place de la République. On comptait des milliers de personnes qui affluaient par le boulevard Voltaire et le boulevard Magenta. Dans son bureau, Brice Hortefeux, qui cherchait une nouvelle couleur (rouge gland ?) pour qualifier le niveau d’alerte vigie pirate avant la manif du 6 novembre, se montra extrêmement surpris et contrarié.

2.
A Montreuil, au siège de la CGT, on téléphona à la CFDT. La CFDT téléphona à SUD. SUD téléphona à FO. FO téléphona à la CFTC. La CFTC téléphona à l’UNSA. L’UNSA téléphona à la CGT. La boucle était bouclée. Personne n’était au courant de rien. On s’était tous soupçonnés les uns les autres de vouloir « faire un coup » avant le 6, mais on fut rassuré. On envoya cependant des observateurs sur le terrain.
Pendant ce temps-là, la foule affluait toujours sur la place de la République.

3.
Au ministère, on demanda à la Préfecture de Police de faire le nécessaire. On envoya les CRS et puis aussi des hommes de la DCRI en éclaireurs avec mission, si possible, de s’infiltrer chez les manifestants. L’un d’entre eux, à peine arrivé, téléphona directement au Préfet de Police : « On ne peut pas les infiltrer, monsieur le Préfet ! Ils sont déguisés. Oui, c’est ça, déguisés ! Et c’est très ressemblant ! On croirait des vrais ! »
Le Préfet de Police faillit leur dire de se déguiser en clowns, ça leur rappellerait le coup de Tarnac. Mais il s’abstint prudemment. La DCRI avait un chef plutôt susceptible.

4.
A la CGT, on fut aussi légèrement dérouté. Les copains envoyés sur place parlaient d’ouvriers habillés comme dans les années trente ou de mineurs avec leurs barrettes en cuir. Et pourtant tout le monde savait que les derniers puits de mine en France avaient fermé au début du XXIème siècle pour cause de mondialisation. On voyait beaucoup de femmes, aussi, avec des tabliers, des blouses et des fichus.
Et le nombre ne cessait d’augmenter.

5.
« – Est-ce qu’il y a des jeunes ? demanda le ministre de l’Intérieur de plus en plus inquiet au Préfet de Police
– Oui, monsieur le ministre.
– Je le savais, je le savais. Des casseurs ! De la caillera ! Ah ah ! Rappeurs et compagnie ! Faites foncer dans le tas, provoquez-les, allez-y et que ça saute ! Cons je jeunes ! Et faites attention à ceux qui auraient des colis à la main, ce sont surement des anarchistes grecs !
– Ce n’est pas vraiment ce qu’on me rapporte, monsieur le ministre. La plupart sont hauts comme trois pommes et s’ils ont des casquettes, c’est pas le genre zyva. Plutôt genre poulbot, vous voyez ? Et puis, ils chantent de vieux trucs.
– Quoi, par exemple ?
– Euh… « Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire/Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau. » »

Pendant un bref instant, Brice Hortefeux se demanda s’il n’était pas en train de perdre pied, voire de devenir fou. Il aurait bien pris un rhum. Non, pas un rhum. Ce n’était pas une bonne idée.

6.
Sur un trottoir, un vieux monsieur regardait la place de la République, maintenant noire de monde. Il était bien content même si tout ces gens là étaient drôlement accoutrés. A un moment, il crut reconnaître son pote Paulo, avec qui il avait bossé chez Renaud à l’époque de l’île Seguin et avec qui, aussi, il avait fait les grèves de juin 36. Mais c’était pas possible. Paulo était mort en 43, fusillé comme otage communiste, au Mont Valérien. Pourtant, qu’est-ce qu’il lui ressemblait à Paulo, ce gonze…

7.
Le ministre de l’Intérieur décida vers 14 heures de faire charger les CRS. Après tout, cette manif n’était pas autorisée.
Place de la République, il y eut un profond désarroi chez les forces de l’ordre. Les grenades lacrymogènes ne semblaient nullement incommoder les manifestants. Pire, quand un commissaire de police ordonna à une compagnie de charger un groupe isolé, composé d’hommes barbus en redingote et haut de forme portant une banderole presque effacée qui proclamait « Vive la Commune », les tonfas et autres matraques traversèrent les corps sans les toucher.
Dans les mois qui suivirent, on nota une nette recrudescence de dépressions nerveuses chez les policiers présents ce jour-là.

8.
Laurence Ferrari, au 20 heures de TF1, eut l’air encore plus ahuri que d’habitude, en face de son invitée, une femme aux cheveux gris réunis dans un chignon très strict et vêtue d’une robe noire élimée montant haut sur le cou.
« – Mais enfin, Madame Louise Michel, quel est le sens de ce défilé qui a duré plus de dix heures ?
– Eh bien, l’ensemble du mouvement social depuis 1830 a voulu apporter son soutien à celui de 2010 que vous avez voulu enterrer un peu vite et nous avons ainsi assuré la jointure avec la manifestation prévue le 6 novembre, car un combat n’est jamais perdu d’avance. »

9.
Les syndicats dénombrèrent plusieurs millions de manifestants ce jour-là.
Après quelques heures de réflexion, le ministère de l’Intérieur donna sa propre estimation.
Il y aurait eu, ce 1er novembre, d’après la place Beauveau, zéro manifestant.
On n’allait pas compter les fantômes, en plus…

Matignon Académie

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Enfin voici venu l’heure de la finale de la Matignon-académie. La Matignon-académie fait moins d’audience que la Star-academy ou Secret-Story. En revanche, elle est actuellement très en vogue dans le secteur des éditorialistes de plus de cinquante ans.

Résumé des épisodes précédents :

Michelle, longtemps favorite, a été éliminée. Christine n’avait pas l’envie, ni la testostérone. Brice s’est fait détester par tous les téléspectateurs. Et la semaine dernière, l’option de la jeunesse a été écartée puisque les petits Baroin et Lemaire nous quittaient.

Restent donc en piste François, tenant du titre, et Jean-Louis. Nous rappelons que le jury ne compte qu’un juré, l’impitoyable Nicolas. Ce n’est pas la peine, chers téléspectateurs, de taper 1, ni de taper 2. Vous pouvez néanmoins envoyer vos SMS pour donner vos impressions et vos commentaires sur les derniers candidats en lice.

Présentation des finalistes :

À tout seigneur, tout honneur, François a déjà gagné la Matignon-académie en 2007. Il nous vient de Sablé-sur-Sarthe. Il aime l’alpinisme, l’automobile et les bilans comptables. Ses atouts : il est a-du-lé par les députés UMP qui lui font un triomphe chaque semaine et il ne se plaint pas quand on l’humilie. Ses handicaps : il a pris un peu la grosse tête et il est a-du-lé par Jean-Michel Aphatie.

Jean-Louis, lui, vient de Valenciennes. Il s’est relouqué dans le but de plaire au jury qui n’aime pas quand on se néglige. Il aime le foot, la belote et les Grenelles. Ses atouts : il est dé-tes-té par Jean-Michel Aphatie, il a l’avantage de la nouveauté et il ne se plaindra pas non plus lorsqu’on l’humiliera. Ses handicaps : les députés l’appellent Columbo et il a une image[1. Assez surfaite, d’ailleurs.] de poivrot.

Le jury décidera quand bon lui semblera. On dit que ce sera sans doute ce mois-ci mais on n’est pas à l’abri d’une prolongation. D’ici là, les deux candidats sont incités à poursuivre leurs tentatives de séduction. Chansons, poèmes, démonstration de claquettes et performances athlétiques sont au programme.

Le péril jeune en vacances

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Le
Le "mouvement lycéen" : radical, citoyen et vacancier.

Le "mouvement lycéen" : radical, citoyen et vacancier.

Avec les vacances de la Toussaint, le « mouvement lycéen » est entré dans une phase de ralentissement. Quelques centaines d’étudiants se sont rassemblés le 26 octobre. Sans les jeunes socialistes, ceux du Front de gauche, de la FSU et de la CNT, ils auraient eu piteuse allure.

Présenté comme radical et citoyen, ce mouvement de la jeunesse ne s’est pas essoufflé à cause de Sarko, l’homme de fer, mais en raison de l’absence de ces ados pré-pubères qui, après avoir quitté les bancs de l’école, ont déserté les rues pour se retirer sur d’autres terres.

Les jeunes dans la galère ont donc mis le cap sur les vacances. Il faut dire qu’ils avaient besoin de reprendre des forces : battre le pavé en gesticulant et en hurlant à tue-tête pendant des heures, ça fatigue ! À ce propos, les heures passées à manifester ne devraient-elles pas être comptabilisées dans le calcul des retraites ?[access capability= »lire_inedits »]

Le droit de partir en vacances a donc été plus fort que le droit de manifester et tout le monde trouve ça normal, à commencer par les organisations syndicales lycéennes et étudiantes.
Partir en vacances alors même que la réforme sur les retraites, perçue comme injuste et illégitime, est à deux doigt d’être promulguée ? L’indifférence des leaders du mouvement protestataire est absolument fascinante. Ne s’agit-il pas d’une désertion ? Un militant en vacances, n’est-ce pas un oxymore en période de lutte ?

Où est passée l’éthique de conviction ?

Un militant à mi-temps, ça n’existe pas. Où est donc passée, dans cette mobilisation de la jeunesse, l’éthique de conviction, principe structurant de l’action syndicale, comme le remarquait Max Weber dans Le Savant et le politique ? Serait-elle active seulement le temps d’une manif et visible momentanément sur les profils Facebook ? Ou alors, il faut croire que l’enjeu de la mobilisation n’est pas aussi crucial que le clament les syndicats et l’opposition.

Le pire, c’est que le dilemme moral ne s’est même pas posé. Absence totale de cas de conscience. On n’a pas observé le moindre déchirement entre le plaisir privé et le devoir, pas la moindre tempête sous les crânes lycéens, peut-être parce que leurs maîtres-protestateurs, les présidents de la FIDL et de l’UNEF, ne les ont pas appelés au devoir de faire la grève de leurs vacances. Pourtant, cet appel aurait été doublement payant, pour la dynamique du mouvement et pour la crédibilité de l’engagement politique des jeunes, célébré avec enthousiasme au plus fort de la mobilisation.

C’est que le mot « devoir » aurait réactivé la glande sébacée de nos ados. Alors, non merci ! Pas touche aux vacances des lycéens, bien plus sacrées que l’union avec les salariés et les retraités. Faut pas charrier : déjà que les vieux vont piquer les boulots des jeunes… Si, en prime, ils les privent de leurs vacances, ils vont finir par la faire pour de bon, cette révolution. [/access]

Tout a un prix

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Causeur n’est pas seulement un salon où l’on cause, on y lit également. Et point maladroitement, si l’on en juge par les résultats d’attribution des premiers prix littéraires : Maillé-le-très-brillant-timide, l’homme du plateau de Millevaches, comme l’autre l’était de la plaine, pertinent autant qu’on peut l’être, impertinent comme on l’est rarement, Bruno Maillé, donc, avait vanté les qualités de La Croisade des enfants, de Florina Ilis Roman hanté en Transylvanie – Causeur.fr. Résonnez musettes ! Le livre reçut le prix Courrier International Florina Ilis : on vous avait prévenu – Causeur.fr.
Or, voici quelque temps, votre humble et dévoué serviteur chantait les louanges du roman de Maylis de Kerangal, Naissance d’un pont Dessine-moi un beau pont – Causeur.fr. Sonnez grelots ! Le prix Médicis lui a été attribué, à l’unanimité. Nous sommes très heureux de constater que les jurés de ces deux aréopages partagent les goûts de Causeur en matière de littérature : on ne peut pas toujours être en désaccord avec tout le monde…

La France perd-elle son AME ?

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L’AME (aide médicale d’Etat) permet aux étrangers en situation irrégulière d’être soignés gratuitement sur le sol français. Comme toutes les aides sociales, ce dispositif constitue une incitation à l’immigration illégale : on peut trouver dans les pays d’Afrique et du Maghreb un fascicule rédigé en français et en arabe qui explique comment en bénéficier. Il peut paraître paradoxal que des immigrés entrés en France clandestinement puissent voir leurs frais de santé pris en charge par l’Etat, comme ils peuvent travailler, se loger ou scolariser leurs enfants. Mais la République peut s’honorer de traiter avec humanité les hommes et les femmes qui résident sur son territoire, légalement ou pas.

Comme on pouvait s’y attendre, le système dérape, victime de dérives, de fraudes et d’abus. Dominique Tian, Député UMP et membre de la Commission des Affaires sociales, déclare dans une interview que « sur les contrôles effectués en 2009 dans 106 caisses primaires d’assurance maladie sur 5% des bénéficiaires de l’AME, il est montré que 50% des dossiers sont faux. Une étude de l’Onu met en avant des trafics organisés, indiquant que 20 à 25% du Subutex (substitut à l’héroïne, ndlr) distribué via l’AME, part vers des marchés illicites. »

Un article paru il y a quelques semaines dans Libération racontait l’histoire d’un Camerounais polygame, mari de deux femmes et père de 7 enfants restés au pays, qui rencontre une femme en France. Tous deux sont clandestins, l’homme est séropositif et la femme ne parvient pas à tomber enceinte. En effet, le couple désire avoir un enfant et demande à bénéficier de l’AME pour une fécondation in vitro. L’aide est accordée et la femme qui vit en foyer attend aujourd’hui un heureux événement.

Cette générosité a un coût. En 2009, 540 millions d’euros ont été débloqués pour soigner 215000 sans-papiers et la somme augmente chaque année. Pour réduire les déficits et la dette sociale, le gouvernement qui impose aux Français des réductions constantes des remboursements de leurs médicaments ou de leurs frais d’hôpitaux, envisage de restreindre l’accès et de poser quelques modestes conditions à l’obtention de cette aide.

Les députés UMP qui demandent une réforme souhaitent notamment que la fécondation in vitro soit exclue de ce dispositif ainsi que le traitement des pathologies qui sont traitées dans le pays d’origine des demandeurs s’ils résident à moins de 20 kilomètres d’un centre de soins et demandent que les bénéficiaires participent aux frais à hauteur de 30 euros par an, ce qui couvrirait 1% des coûts. L’aide serait aussi limitée aux conjoints et aux enfants et contrôlée par les préfectures.

Même si l’AME est réformée, la France restera le pays le plus généreux du monde avec ses immigrés clandestins

L’urgence médicale n’est pas menacée et les étrangers qui ont un besoin vital de soins seront toujours admis à l’hôpital avec femme et enfants. Malgré cela, les restrictions envisagées provoquent des réactions indignées des associations d’aide aux sans-papiers, de certains humanitaires qui jugent que la déontologie médicale n’admet aucune limite et de certains députés de l’opposition qui parlent, comme c’est original, de stigmatisation des immigrés et de discrimination entre malades français et étrangers.

J’aimerais entendre ces âmes généreuses expliquer aux étrangers entrés chez nous légalement, qui respectent nos lois, payent des impôts et cotisent aux caisses d’assurance- maladie au nom de quel droit des immigrés entrés illégalement devraient bénéficier de plus de droits qu’eux.

J’attends leurs arguments quand ils tenteront de convaincre les Français qui se serrent la ceinture pour éviter la ruine et dont certains n’ont plus les moyens de se soigner que seul ce poste budgétaire ne saurait souffrir la moindre mesure d’économies.
La France est le pays le plus généreux du monde avec ses immigrés clandestins et le restera même si l’AME est réformée. Si rien ne change, elle perdra les moyens nécessaires à l’intégration et à la générosité, ce qui est un peu la même chose. Dissuader l’immigration illégale qui empêche l’intégration et limiter des déficits qui menacent la pérennité des systèmes de protection sociale, sans renoncer à porter assistance à des personnes en danger, c’est l’équilibre qu’il nous faut trouver. Garder ce que nos ainés ont bâti sans perdre notre âme, entre une gauche généreuse et irresponsable et une extrême droite qui rêve d’un protectionnisme ethnique, c’est ce qu’on peut espérer de mieux pour la République. Mettons là sur la voie du milieu. Et restons zen.

Salauds d’Américains !

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Pendant longtemps, nos observateurs habituels n’avaient pas voulu y croire : leur icône post-raciale, postmoderne, post-tout, Barack Obama, allait se ramasser une raclée majeure aux élections de midterm. Jusqu’à ce que les sondages, dans une lassante répétition, restent bloqués sur le vert pour les Républicains et sur le rouge pour les Démocrates, on avait espéré, dans les principales rédactions françaises que la « magie Obama » allait transformer à nouveau la citrouille en carrosse. Lorsqu’il s’est avéré que cela ne serait pas le cas, il fallait trouver un responsable à cet incroyable comportement de l’électorat d’outre-Atlantique.

Comme il était inconcevable, pour les obamaniaques officiant chez nous dans la politique et les médias, de formuler la moindre critique de l’action du président des Etats-Unis, il fallait trouver d’autres coupables. « Obama dans la bouse, c’est la faute à Fox News. Le peuple n’a rien compris, à cause du Tea Party ! ».

Le modèle explicatif de cette défaite annoncée a pris le ton, en France d’une virulente dénonciation de cette « Amérique que nous haïssons », que l’on avait cru balayée en novembre 2008 avec la déroute des Républicains à l’issue de deux mandats de George W. Bush. Obama n’allait pas perdre, on allait « l’abattre », comme le titrait dramatiquement Libération à la veille du scrutin.

C’est tout juste si on ne suggérait pas qu’on allait assister à une nouvelle forme de lynchage dont les meneurs seraient Glen Beck, le pittbull conservateur de Fox News, et Sarah Palin, la mama grizzly de l’Alaska. On laisse également entendre que le vieux fond de racisme de la société américaine est à l’œuvre dans cette entreprise de démolition du premier président noir de l’Union…

Obama, trop à gauche pour diriger l’Amérique ?

Et si la vraie raison était tout simplement que la majorité des Américains trouvent que Barack Obama est un mauvais président ? Si on a une lecture « européenne » de ses deux premières années de mandat, on ne comprend pas que les électeurs ne lui tiennent pas gré d’avoir étendu la couverture sociale à plus de trente millions de leurs concitoyens, et d’avoir rétabli l’image des Etats-Unis dans le monde.
Sauf que la classe moyenne a découvert que cette extension de la sécu aux plus pauvres augmentait considérablement les tarifs des mutuelles-santé, puisque ce sont les assurances privées qui sont maintenant contraintes, par la loi, d’offrir leurs services à des gens qui ne peuvent pas en payer le prix. Cela vaut particulièrement pour les gens actifs dans le small business ou les travailleurs indépendants qui estiment, en cette période de crise, n’avoir aucunement besoin de ce surcroît de charges. Le plan de relance, dit « stimulus » n’a pas donné les résultats escomptés en termes d’emplois, en dépit d’une injection de 800 milliards de dollars dans l’économie. Quant à la politique étrangère, dont on a fait dans ces colonnes un examen sans concessions, elle n’a pratiquement joué aucun rôle dans ces élections.
Et si Obama était definitely, comme on dit là-bas, trop liberal, à gauche pour diriger un pays dont les valeurs de gauche ne sont pas ancrées dans les profondeurs du peuple ? Les préjugés dont il a pu être victime au cours de ses deux premières années de mandat tiennent d’ailleurs plus à son image d’intello, prof à Harvard qu’à la couleur de sa peau.

L’échec du Tea Party, un succès pour les Républicains

Et maintenant que va-t-il faire ? Que sera sa vie ? Ses amis démocrates se plaisent à évoquer le scénario de Clinton, étrillé aux midterm de 1994 et réélu triomphalement en 1996.
Peut-être, mais peu probable, à moins que l’on assiste à une rapide amélioration de la situation économique. Tout d’abord une nécessaire lapalissade : Obama n’est pas Clinton, et ne dispose pas de la souplesse idéologique de l’ancien président. Ensuite, son « recentrage » nécessaire pour cogérer le pays avec une Chambre hostile et un Sénat dont il faudra ménager les Démocrates conservateurs peut brouiller définitivement son image et lui aliéner les liberals. Ce sont eux, d’ailleurs qui on causé la défaite d’Al Gore en 2000, en dispersant leurs voix sur le candidat « de gauche » Ralph Nader. Enfin, quoi que puissent penser nos commentateurs patentés, les Républicains ne sont pas des buses. Ils ont tiré les leçons de l’élection de 1996, et ne laisseront pas Obama leur faire porter le chapeau des décisions politiques impopulaires comme Clinton le fit avec succès aux dépens de Newt Gringrich, le président républicain de la Chambre.

Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012, l’état-major républicain peut aussi se réjouir de l’échec relatif des candidats étiquetés Tea Party, qui est la cause du maintien d’une courte majorité démocrate au Sénat. Tous les analystes sont d’accord pour estimer que la défaite de Sharron Angle au Nevada et de Christine O’Donnell dans le Delaware, toutes deux pasionarias du Tea Party a privé les Républicains de ces deux sièges cruciaux, qui n’auraient pas échappé aux candidats plus modérés battus lors des primaires. Il ne reste plus à Obama et ses amis à rêver que sa concurrente en 2012 soit Sarah Palin, jugée plus facile à battre qu’un Républicain mainstream. Un pari risqué, car la dame en question a beaucoup, beaucoup appris ces derniers mois. Les paris sont ouverts, aux commentateurs d’établir la cote…

Non à la riposte panique

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Salle de prière de la Mosquée de Paris.
Salle de prière de la Mosquée de Paris.

C’est bien, vos conversations autour de Riposte Laïque. Le papier de Radu Stoenescu, pas mal non plus. Il nous aide à comprendre la peur des Européens. Ils ne sont pas méchants, pas racistes, pas néo-nazis. Juste, ils ont peur. Rien de plus épouvantable que la peur. Elle t’amène à des choses terribles, dont tu n’aurais jamais été capable. La trouille au ventre, tu fais n’importe quoi. Comme le racisme les dégoûte, ils n’osent pas dire ce qu’ils pensent. R.L. met les pieds dans le plat sans pudeur. L’islam égale le mal. Au moins, c’est clair. Si Riposte Laïque n’existait pas, il faudrait voter une loi pour l’instituer. Ils couchent noir sur blanc et pas trop mal d’ailleurs, des idées qui trottent dans la tête d’une ribambelle d’Européens, moins en France qu’ailleurs mais quand même chez des millions ici aussi.

Leur peur est plus grosse que le danger

Ces gens-là ont-ils raison d’avoir peur ? À mes yeux, leur peur est plus grosse que le danger. D’abord, « on n’a jamais raison d’avoir peur ». Un peuple, ça ne s’administre pas avec la peur. On traite sereinement les maux quand ils se déclarent, on prévient autant que ce peut, on ne connaît pas d’autre mode de gouvernement.

La population française est à 10 % musulmane. Ça ne vous plait pas ? Dommage pour vous. 40 % des écoliers parisiens ont un parent ou deux étrangers. Ça vous ennuie ? C’est regrettable. En chiffre absolu, ramadan s’observe davantage que le carême. Ça vous dérange ? Va falloir vous y faire. Il y aura bientôt plus d’imams que de curés. Il y a plus de musulmans en France que dans une bonne demi-douzaine d’États arabes. Les prisons sont à moitié peuplées d’étrangers. Dieu sait combien de sans-papiers (pas moi, je me suis mis en règle). Tous les dealers (ou presque) s’appellent Mohamed. C’est la France ! La France comme elle est, pas comme je la rêvais avant de m’y établir.

Ils sont ici, ils resteront. C’est à prendre ou à laisser

Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse. Que je réexpédie ces 6 millions chez eux ? C’est au-dessus de mes forces. Des vôtres. Même si Allah s’y mettait, il calerait. Ils sont ici, ils resteront. Faut bien vous l’enfoncer dans la tête : ils resteront. Très probablement en plus grand nombre. Vous n’avez pas le choix. C’est à prendre ou à laisser. Comme vous n’avez aucune envie de laisser, faut que vous preniez. Pas comme vous les voudriez, comme ils sont.

Le vendredi, ils bouchent la rue Myrrha à l’heure de la prière. Je comprends que ça vous ennuie, mais il faut savoir ce que vous voulez. Cent nouvelles grandes mosquées à Paris comme on en aurait besoin ? Si pas cent mosquées, la rue Myrrha. Comme tu veux, tu choises. Tu as toujours la faculté d’interdire le culte, pourquoi pas ? Essaie, non mais essaie. On verra ce qui se passera. Tu vois bien, sauciflard et pinard ne règlent rien.

Alors tu dis : il faut qu’ils s’intègrent. Mais ils ne font que ça. Cite moi un journal en arabe. C’est quand même bizarre, tu trouves pas ? Six millions, pas un journal. Pas un député. Pas une école, si ce n’est ces trois établissements, moins de 200 élèves à eux trois. Tu sais pourquoi il n’y a ni journaux, ni école ? Ils n’en veulent pas. Rien ne serait plus facile que de les créer, subventionnées et tout. Ils veulent étudier le français. Ils ne parlent (hélas) même plus leur langue. Pourquoi ? Parents et enfants préfèrent le français. Leur seul rêve : fuir le ghetto et habiter le 7e arrondissement. Comme toi. Tu vois qu’ils sont intégrés.

Je préfère vivre dans un pays attirant que dans un répugnant

L’islam est, pensez-vous, une abomination, il n’y a qu’à lire le Coran. Mais dis donc, tu as jeté un œil sur les autres livres sacrés ? Sais-tu que violer le shabbat est passible de la peine de mort ? Des bouquins écrits deux mille ans en arrière, qu’est-ce tu veux y trouver ? Le Code civil ? Et les islamistes, me diras-tu. Ben, oui, c’est un souci. D’abord pour les pays musulmans. Comme on est, un peu, un pays musulman, un casse-tête pour nous aussi. Moi, j’ai la réponse. Tu mets les RG au boulot et tu attends que ça passe. Avant moi, tous les gouvernements français et européens ont mis en œuvre ce système de protection. Ca ne marche pas trop mal. Quand le dernier attentat en France ? Tout le monde a oublié. Gaffe au prochain ? Oui, gaffe. Tu as un autre remède ? La burqa t’ennuie ? Tu l’as interdite, tu devrais être content. Tu as vu comme c’est mieux depuis. Enfin, on respire.

Va à Tunis, va à Alger, au Caire. La rue. 100 % d’Arabes. Pas une tronche d’étranger. Ils se sont tous carapatés. Irrespirable. Tu as envie d’être Le Caire ? Va à Londres, à New York, à Berlin et bientôt à Pékin. Des Métèques partout. Je préfère vivre dans un pays attirant que dans un répugnant. Les alliages ont tout l’air féconds. Les pays riches et libres sont métissés. Les homogènes crèvent de faim et de dictature. Qu’est-ce tu préfères ?

Causeur n° 29 : avis au populo !

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Si le populisme – thème du dossier de ce numéro 29 – consiste, d’après ces contempteurs, à flatter les plus bas instincts de l’électorat, la rédaction de Causeur ne mange certainement pas de ce pain-là. On ne flattera donc pas les bas instincts du lectorat (à supposer qu’il en ait, hein !) en lui promettant en échange de son abonnement des iPad solaires, des séjours gratuits au Club Med de Bassorah ou les œuvres complètes de Socrate reliées plein cuir.

En revanche, il faudra bien s’abonner ou se réabonner avant jeudi soir pour recevoir ce numéro et les suivants ou y avoir accès par le net. Là encore, aucun parallèle possible avec la politique, puisqu’il y a de fortes chances que nous tenions nos promesses…

« Tout démocrate doit être un peu populiste »

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Marcel Gauchet morale

Marcel Gauchet

On ne sait plus si c’est une insulte ou un compliment, si ça vient d’en haut ou d’en bas. En tout cas, ça fait la « une » des magazines. Les populistes sont partout : à Causeur bien sûr mais aussi au Monde ou à Canal +. Et ce n’est pas nous qui le disons mais les Inrocks, c’est dire si c’est sérieux. Alors, nous avions bien une définition à vous proposer, mais elle est un peu étroite pour accueillir tout ce beau monde. Jusque-là, on croyait que le populisme consistait à flatter les bas instincts du peuple pour mieux lui ravir le pouvoir.

Opératoirement, ça se passe souvent comme ça. Mais si on s’en tient là, on ne comprend rien au phénomène actuel, qui se caractérise par une progression simultanée du populisme et de sa dénonciation. Sans compter qu’il s’agit d’une notion difficile à appréhender, puisqu’elle n’a pas de contraire.

Alors, repartons de zéro : c’est quoi, le populisme ?

Dans ce monde formidable où les esprits sont tellement ouverts, on ne sait plus où on est. Commençons donc par le plus simple : basiquement, le populisme est un mouvement anti-élites.

D’accord mais quand les élites sont contre les élites, on fait quoi ? Sans doute est-il temps de rechercher une signification cachée derrière les mots.

Essayons. Le populisme est d’abord une rhétorique politique qui consiste à dénoncer chez l’autre des travers dans lesquels on tombe allègrement soi-même.

Avant d’aller plus loin, il faut donner ici une définition de la démocratie. Aussi brutale soit-elle, je n’en vois pas de meilleure que celle-ci : la démocratie, c’est la concurrence des démagogies ! Immense progrès quand même par rapport au monopole de la démagogie qu’incarnait le totalitarisme. Quand la démagogie est tempérée par la concurrence, elle ouvre des espaces où on peut apercevoir un peu de réalité.

[access capability= »lire_inedits »]Populisme, démagogie, c’est quoi la différence ?

Le populiste est une variante privilégiée de démagogue : pour lui, ses concurrents sont des représentants d’intérêts étrangers au peuple, tandis que lui est branché sur le vrai peuple et ses aspirations. Or le peuple présente cet avantage rhétorique extraordinaire que tout le monde peut parler en son nom puisque personne ne sait précisément où il est. On voit bien que nous sommes dans un piège verbal sans fond et sans issue.

Bon alors quoi ? On change la une de Causeur et on dit qu’en fait c’était un sujet idiot ?

Non ! Le populisme est un concept caoutchouteux, insupportable, absurde, mais inexpulsable, à la fois du discours et de la réalité.

C’est difficile dans la mesure où il désigne tout et son contraire et renaît sans cesse de ses cendres sous une nouvelle identité…

Dans un régime de démocratie représentative, les pouvoirs sont élus par le peuple mais ils ne sont pas le peuple. Ils ont même une tendance chronique à oublier qui les a élus, et que se soucier de la vie des populations fait partie de leur devoir. C’est qu’en réalité les représentants ne savent pas très bien ce que veulent les représentés : le hiatus est inévitable, et il se trouve donc forcément des gens pour en appeler au peuple contre la trahison des élites, des oligarchies et des représentants. D’où l’extrême variété des populismes.

S’il est impossible de définir le populisme, c’est donc parce que le peuple est introuvable ?

Le peuple, c’est comme la vierge Marie : il faut être illuminé pour l’apercevoir !

Pardon ? (Basile de Koch)

Disons « touché par la grâce » ce dont j’ai été privé ou épargné. Tentons quand même d’y voir un peu plus clair : le peuple, c’est tout le monde, même les riches ; personne, même Mélenchon, ne propose de leur retirer le droit de vote. Reste à définir la vérité du peuple. Dans une logique populiste, il s’agit de distinguer le vrai peuple du faux peuple électoral.

Pays légal, pays réel ?

En quelque sorte. Mais si le vrai peuple a eu un nom, ce fut celui de « prolétariat ». Il y avait la classe ouvrière qui luttait pour son émancipation et, en face, une infime minorité d’exploiteurs. Si la question populiste a ressurgi dans le courant des années 1980, c’est même parce que ces brumes-là se dissipaient. Les « masses » ont disparu du champ sémantique et politique. Il n’y a plus que Lutte ouvrière et le dictionnaire de l’Académie française pour avoir une notion claire de ce que sont les travailleuses et les travailleurs. Même Besancenot n’a pas l’air très au point sur la question.

Diriez-vous que les Bolcheviks étaient populistes ?

Bien au contraire ! Reconnaissons au camarade Lénine le fait d’avoir été le plus authentique antipopuliste de l’Histoire. Lui au moins savait que le peuple ne se préoccupe que de ses intérêts matériels et se fiche de faire la révolution. Voilà pourquoi il fallait lui fermer le clapet et lui substituer de petits bourgeois qui, contrairement aux prolétaires, savaient scientifiquement quels étaient les intérêts du prolétariat.

Alors Sarkozy, populiste ou léniniste ?

Nicolas Sarkozy a commis l’acte antipopuliste par excellence en passant outre le vote négatif des Français au Traité constitutionnel européen. Cela revenait à dire au peuple : « Je vous emmerde ! » En même temps, il s’oppose aux élites sur le terrain décisif de la sécurité. Et, si on en croit ce qui se dit au bistrot, il a raison d’être populiste sur ce point car, contrairement à ce que répètent les élites, c’est un problème réel. Sauf que quand on est aux affaires, on ne peut pas durablement activer le sujet sans rien faire…

Y a-t-il quand même un « bon populisme » qui pourrait être utile à une « bonne démocratie » ?

Je ne vois pas comment on peut être démocrate sans être populiste. La démocratie consiste à chercher la meilleure adéquation possible entre les orientations du pouvoir en place et le vœu du plus grand nombre. Seulement, comme le peuple concret est hétéroclite et ses vœux parfois obscurs, il est raisonnable d’organiser des élections fréquentes…

Pourquoi vivons-nous aujourd’hui un « moment populiste » ?

Entre la conduite des élites et les aspirations des peuples, il y a des moments de convergence et des moments de divergence. Aujourd’hui, nous vivons clairement une phase de divergence organisée. Nous avons en Europe l’exemple même d’un système politique clairement antipopuliste. On concède aux bons peuples le droit de désigner leurs représentants ; mais les détenteurs du pouvoir, qui sont les représentants de représentants, n’ont strictement rien à faire des électeurs. Tous les gouvernements européens pourraient être battus à plate couture sans que cela n’affecte en rien la Commission de Monsieur Barroso.

Récusez-vous absolument l’idée d’un « danger populiste » ?

Tant qu’on se réclame du peuple et qu’on le laisse causer, donc se diviser, le populisme est inoffensif. Il devient dangereux quand il prétend disposer d’un critère pour délimiter le vrai peuple et parler en son nom. Ainsi quand Le Pen mobilise le « peuple de France » contre le « cosmopolitisme » des élites dirigeantes. Mais il y a une protestation dite populiste qui me semble légitime voire salutaire. Comme dans nos sociétés il y a plus de perdants que de gagnants dans la mondialisation, la divergence entre gouvernants et gouvernés s’accentue nettement. Devant ces résistances, nous avons donc assisté à un recyclage du cynisme léniniste sur la rive opposée, la bonne société où le pan-capitalisme a remplacé l’internationalisme socialiste. Il s’agit toujours d’emmener les peuples là où ils n’ont pas envie d’aller, pour leur bien, naturellement, sauf que le bien n’est plus le même. Il est de promouvoir le libre-échange et la juste rémunération des meilleurs. Cette nouvelle version de l’avant-garde ne me parait pas plus supportable que la précédente.

Le populisme permettrait donc de comprendre à la fois l’angoisse des élites et celle des masses ? (Voire le succès de notre site ?)

La dénonciation du populisme permet à ces élites déterritorialisées de s’en prendre à tout ce qui n’est pas convenable. Le peuple présente des symptômes fâcheux de méconnaissance de ses véritables intérêts. Il ne voit pas pourquoi il devrait, seul avec ses petits bras, relever le défi de la féroce concurrence avec le prolétariat chinois, comme le lui recommandent ses guides éclairés.

D’où l’antipopulisme de nos élites ?

D’où l’apparition d’une rhétorique inédite du mépris ouvert ou larvé du peuple. Un peuple décidément composé de beaufs attachés à des valeurs d’un autre âge, de racistes inaccessibles à l’idée de la libre circulation des hommes et des marchandises, de ringards qui ne comprennent rien au monde dans lequel ils vivent… Un tel mépris suscite des réactions qui peuvent légitimement être taxées de populistes.

C’est bien parce que ces réactions, sous diverses formes, s’observent dans toute l’Europe qu’on brandit aujourd’hui la « menace populiste ».

C’est logique ! L’Union européenne a pour effet, entre autres, de déposséder les Etats du contrôle de leur politique migratoire. Ça provoque des mouvements de protestation, qui vont d’une vague inquiétude sur l’identité collective à la xénophobie radicale. Et puis il faut bien poser le problème spécifique de l’islam qui n’est pas seulement une culture, comme on parle de culture hip-hop ou de culture gay, mais une civilisation. Qu’on le veuille ou non, une civilisation, un peuple, c’est un héritage historique commun. Si on oublie cela, on est tous mûrs pour le populisme. Et pas forcément dans sa version populaire.

Philosophe, historien, fin connaisseur des mouvements des idées, Marcel Gauchet dirige, avec Pierre Nora, la revue Le Débat (Gallimard). Il vient de publier le troisième tome de sa réflexion sur la démocratie : « A l’épreuve des totalitarismes ». (Gallimard).

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Héroïne malgré elle

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Un procès peu commun oppose ces jours-ci les services de la protection de l’enfance de l’État de Pennsylvanie à une citoyenne du même État.

Trois jours après avoir accouché, Elizabeth Mort avait reçu la visite, dans sa chambre d’hôpital, des services de l’enfance et de la jeunesse, qui se sont aussitôt emparé du nouveau-né. Motif ? La prise de sang effectuée avant l’accouchement avait révélé que la maman s’adonnait aux opiacés.

Sauf qu’en vrai celle-ci n’était pas héroïnomane, elle avait juste mangé un bagel aux graines de pavot. Ce n’est que cinq jours plus tard que la petite Isabella a été rendue à ses parents…