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Le Vicomte et le juif allemand

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Philippe de Villiers abandonne son fief vendéen.

La politique étant avant tout l’art de durer, c’est avec une bonne dose de scepticisme que l’on doit accueillir l’annonce, par Dany Cohn-Bendit et Philippe de Villiers, de leur prochain retrait de la vie politique, européenne pour le premier, vendéenne, pour le second. Promis juré, Dany ne sollicitera pas un nouveau mandat à Strasbourg en 2014. D’ailleurs, notent les observateurs perspicaces, il place des pions pour une future reconversion en devenant consultant foot à Canal +.

Philippe de Villiers, dit le Vicomte, abandonne, lui, son fief vendéen et la présidence du conseil général de ce département, mais reste président de son parti, le MPF et député européen champion de l’absentéisme parlementaire. Beaucoup d’eau peut pourtant encore couler dans le Rhin et dans la Sèvre nantaise avant que la trace de ces deux personnages ait totalement disparu des écrans radars scrutant le ciel politique hexagonal.

Ces précautions liminaires étant prises, on peut tout de même juger relativement crédibles les annonces d’effacement programmé de la scène politique de ces deux personnalités, car on y retrouve à la fois le désir d’apparaître comme le maître de son destin et la perception réaliste d’une situation politique dégradée.

On s’adresse à beaucoup plus de gens en parlant football qu’écologie

Commençons par Dany le rouge-vert. Il aura 69 ans en 2014, un âge où les travailleurs estiment avoir eu droit depuis longtemps au passage de l’autre côté du guichet de la redistribution (je n’écris, ni ne prononce plus le vocable maudit qui fait flipper toute une nation !). La plupart des hommes politiques français jugent qu’à cet âge, ils peuvent rendre encore d’immenses services à la collectivité en conservant les sièges divers et variés qu’ils occupent. Mais il semble bien que Dany, après quatre décennies de vie militante, puis politique ait fait le tour des bénéfices narcissiques procurés par son statut de monstre sacré de la planète verte. On s’adresse à beaucoup plus de gens en parlant football qu’écologie. Et en plus, pour qui l’écoute un peu attentivement, le mouvement de translation vers la droite qui affecte souvent les plus stricts des gauchistes, l’âge venant, ne l’a pas totalement épargné. Ainsi, il n’était pas vraiment d’accord avec le rejet, par la gauche (y compris les verts français) et les syndicats du projet de réforme des modes de vie après le travail présentés par le gouvernement et Nicolas Sarkozy. Il pointait, dans ses dernières interventions, la contradiction entre la construction européenne et le cavalier seul de la gauche française pour maintenir à 60 ans la cessation d’activité salariée dans notre beau pays alors que nos partenaires vont au chagrin jusqu’à 65, voire 67 ans. Dans le débat présidentiel de 2012, il ne sera pas en première ligne, car ce sera Eva Joly, sa créature politique (qui lui a partiellement échappé) qui sera la vedette, avec une probabilité non négligeable qu’elle se plante grave, vu l’incompatibilité du style de la dame avec l’esprit du pays qu’elle aspire à diriger. Il y a donc fort à parier qu’on ne verra pas beaucoup Dany sur les estrades au printemps 2012. D’ailleurs, il sera fort occupé par les préparatifs de son grand film sur la Coupe du monde de football de 2014 au Brésil.

Mais n’ayons crainte, ses adieux au public dureront au moins aussi longtemps que ceux de Maurice Chevalier, et les rappels enthousiastes qui ne manqueront pas de saluer ses diverses prestations feront un bien fou à son moral de jeune vieillard.

Villiers, seul en son château

Bien plus triste est l’histoire de Philippe de Villiers qui vient de se faire proprement éjecter d’un terroir dont il fit la conquête politique[1. Contrairement à une idée largement répandue, mais fausse, la famille de Villiers n’est pas originaire de Vendée, mais de la Manche, en Normandie.] au début des années 1980. Quelque soit le jugement que l’on porte sur ses orientations politiques, le récit de la «  chute de la maison Villiers », que nous narre avec autant de talent que de cruauté Mathieu Deslandes dans le JDD est de nature à provoquer la compassion des sans-cœur que nous sommes. Cet aristocrate vieille France vient de voir étaler sur la place publique de sales petits secrets de famille, où l’un de ses fils accuse son frère aîné de viols répétés. Après avoir vaincu un cancer de l’œil, il se retrouve seul en son château, son épouse l’ayant quitté, lasse de trop d’infidélités. Ses obligés et ses valets le trahissent les uns après les autres avant de se partager son fief en une sinistre bacchanale. Le destin de Villiers est digne d’une pièce de Shakespeare où le sang gicle sur les murs alors que le souverain, abandonné de tous, tente de conjurer la fatalité qui l’accable. Il y a là matière à nourrir un nouveau spectacle au Puy du Fou, entreprise à laquelle, dit-on, il entend consacrer prioritairement le reste de son existence.

Aussi éloignés qu’ils puissent être l’un de l’autre par leurs origines et leur orientation, Cohn-Bendit et de Villiers ont en commun ce petit grain de génie, ou de folie, qui transforme un homme politique banal en personnage de roman, sinon d’Histoire. On rêve d’une pièce de théâtre où, dans le style de ce que firent naguère Claude Rich (Fouché) et Claude Brasseur (Talleyrand) dans Le souper, ils nous referaient le match de trente ans de politique française. Ils sont assez cabots pour en accepter le défi.

Hello Tristesse

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Bret Easton Ellis
Bret Easton Ellis.

Les larbins, pour reprendre le scud envoyé par Jean-Luc Mélenchon, sont souvent des journalistes. Et quand il s’agit de littérature, le larbin est soit un roquet – Yann Moix, lorsqu’il ne défend pas courageusement Polanski – soit un nain rockuptible, culturel et branché, politique mais pas trop, intransigeant toujours. Sauf devant Houellebecq et Ellis.

Le nain rockuptible ne se rend pas compte que Ellis, comme Houellebecq, se gausse des ronds-de-jambes interminables et de la jouissance si peu intime du journaliste qui se croit accepté dans le royaume du « grantécrivain ». Tout ça parce que le nain a eu le privilège de voir son maître allumer des cigarettes dans un lieu non-fumeur et ouvrir une canette de redbull dans un loft de la Cité des Anges.
On en est là : le loft et le redbull font le papier. Ce qui évite de fouiller la carcasse des hommes et des mots.

Golden boys à bout de souffle

Avec Suite(s) Impériale(s), Ellis nous parle d’hier et d’aujourd’hui, c’est-à-dire des soubresauts désabusés d’un monde déjà mort au milieu des années 1980. Dans son entreprise, il n’est guère éloigné d’Oliver Stone replongeant Gordon Gekko, sorti de prison, dans l’enfer de Wall street.

Vingt-cinq ans après, Ellis retrouve Clay, le héros de son premier roman Moins que zéro, entre autres ombres plus ou moins vivantes de la vieille jeunesse dorée de Los Angeles : « Ils avaient fait un film sur nous. Le film était adapté d’un livre écrit par un type qu’on connaissait. Le livre était un truc simple: quatre semaines dans la ville où nous avions grandi et c’était un portrait assez juste, pour l’essentiel […] Par exemple, il y avait vraiment eu une projection d’un snuff film dans cette chambre de Malibu, un après-midi de janvier, et oui, j’étais sorti sur la terrasse qui donnait sur le Pacifique, et c’était là que l’auteur avait essayé de me consoler en m’assurant que les cris des enfants torturés étaient simulés, mais il avait souri en disant ça et j’avais dû m’éloigner. »

La mise en bouche d’Ellis, glacée et très tranquille, ravive l’écho des mots de Fitzgerald à Hemingway : « Les gens riches sont différents de vous et moi. » Et le souvenir, aussi, de Bright lights, bright city de Jay McInerney. Sur le fumier de l’Amérique de Reagan, les golden boys ont cru réaliser leurs rêves minuscules, oubliant qu’ils étaient perdus depuis longtemps. Toujours plus d’argent, de coke, de filles faciles, de paillettes, de mauvais alcools. Leur histoire ne se répète qu’en farce tragique. Et ils n’ont pas lu Marx, et la mélancolie peine à percer sous le masque de la paranoïa. Pourtant, dixit Ellis dans Suite(s) impériale(s): « La tristesse : elle est partout. »

Bonjour tristesse

Elle suinte, en effet, de chaque page de ce roman noir, seconde peau de l’auteur qui, bien plus que dans l’autobiographique et fantasmé Lunar Park, met son coeur à nu. Si le Patrick Bateman de American psycho, c’était lui, Clay c’est encore Ellis. Scénariste à Hollywood parce que les filles n’aiment plus les écrivains, il joue de son éphémère pouvoir pour draguer profs de gym, apprentie actrice et call girl du ouèbe. Idiot inutile et pervers de la grande machine à broyer les êtres, il tombe amoureux. Ca fait partie du jeu et de la panoplie. Elle s’appelle Rain, veut un rôle dans une série qui n’existera jamais, ne croit qu’à la gloire et à la beauté. Entre elle et Clay, il y aura des promesses non tenues, du sexe en pleine débâcle, la peur qui obsède, des rails de poudre et du gin, et la mort comme une Jeep aux vitres teintées en arrêt devant le Doheny Plaza.

Que sont devenus les golden boys ? Ils sont à bout de souffle, illusions définitivement crevées. A la fin de Suite(s) Impériale(s), exorcisme ou balle dans la tête, cette phrase : « Je n’ai jamais aimé personne et j’ai peur des gens. »

Suite(s) impériale(s)

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Faut-il interdire L’Huma ?

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J’avoue avoir été assez réjoui par la lecture du compte-rendu de la conférence-débat de Jean-Marie Le Pen de jeudi dernier au Centre de Formation des Journalistes sur le site Humanité.fr. Sous le titre tout en finesse « Le Pen vante le nazisme devant de futurs journalistes », l’auteur, Grégory Marin, n’a pas de mots assez durs pour condamner cette invitation : « En voie de banalisation dans les médias, le discours de haine du FN doit-il intégrer la boîte à outils du journaliste dès sa formation, fût-ce dans l’école dirigée par un ancien journaliste politique du très à droite hebdomadaire Le Point? »

On pourra s’indigner des amalgames hâtifs de ce jeune collègue. On sera encore plus avisé de s’en amuser. En effet, une grande majorité des commentaires de l’article sont ouvertement favorables aux idées du Front !

D’aucuns penseront que c’est tout à l’honneur du site du quotidien communiste de les avoir publiés sans censure. Mais je fais confiance à Grégory Marin pour titrer son prochain article : « Le discours de haine du FN en voie de banalisation dans L’Huma ? »

Protégez-nous des jeunes

Manifestation anti-CPE.

Si je n’ai pas connu les affreux jeunes des années 1980 parce que mes couches-culottes m’interdisaient encore d’être admis dans leur noble confrérie, je m’étais néanmoins juré, à l’âge de six ans, de ne jamais leur ressembler : petit montagnard perdu dans un bled du Vercors où le seul camarade issu de ce qui ne s’appelait pas encore la « diversité » était un fils de maçon portugais, on nous obligea à porter, comme un talisman destiné à lutter contre notre infamie congénitale, la main jaune des Potes. Je fis serment, dans la cour dont l’odeur des marronniers embaume pour toujours de mélancolie enfantine le mois de septembre, de ne jamais être des leurs. Les jeunes étaient déjà des cons, je le pressentais, et le resteraient toujours. Ces « jeunes » dont l’époque a fait les pires ennemis de la jeunesse.

Depuis, j’ai eu l’occasion de vérifier le bien-fondé de ma révolte infantile. Les années 1995 et 1996, la quinzaine anti-Le Pen, cette « shame pride » si chère à Muray, les défilés anti-CPE où la frange consciente des futurs travailleurs occidentaux scandait en bas de mes fenêtres « C comme caca, P comme pipi, E comme excrément », et maintenant leur enjouement contre la réforme des retraites m’ont appris empiriquement ce que, comme beaucoup, je savais déjà : qu’il ne s’agit jamais pour toutes ces classes successives de manifestants que d’un jeu répétant comiquement ce que leur aïeux firent en 1968.

Il y a, en d’autres lieux, en d’autres occasions, de vraies batailles livrées par la jeunesse : elles sont à Athènes, elles furent à Gênes, à Göteborg, à Bruxelles et à Barcelone, elles furent violentes et elles eurent leur quota de morts et de blessés. Ces batailles furent tragiques, et c’est parce qu’elles luttaient véritablement contre le Spectacle et contre son mode technique et consommatoire. Elles ne se firent à l’appel d’aucun syndicat jaune, d’aucun parti, d’aucune organisation, elles n’eurent aucun allié dans la place : c’est qu’elles n’étaient pas des escarmouches d’opportunité pour faire tomber un gouvernement, mais une lutte à mort pour réintégrer le monde des vivants.

On ne peut pas croire une seule seconde que les lycéens qui proclament la grève dans leurs établissements le feraient s’ils pensaient qu’ils avaient quoi que ce soit à perdre. Ils luttent au contraire pour la perpétuation de leur société sans risque où, toujours, ils ont le beau rôle. Ils se moquent comme de leur premier Diesel du sort des ouvriers du Nord-Pas-de-Calais. Las ! Leur conscience politique est enfermée depuis longtemps dans les photos de leur profil Facebook, où ils consultent à l’aide de leur iPhone les dernières nouvelles de leur « mur ». Leur vision du monde se résume à un écran, c’est-à-dire à ce qui voile, la frange avancée de cette révolution étant ces « jeunes de banlieue » qui pratiquent déjà la reprise individuelle dont ce monde entièrement néo-libéral leur a indiqué la voie.
Ces jeunes, enfin, ne se battent pas pour leur grand-père, mais pour le grand-père qu’ils seront, modernes préparant − Péguy le savait − leur retraite comme le chrétien prépare son salut.

Un pas en avant, deux en arrière !

Il y a quelques années, le grand Umberto Eco publiait un piquant recueil d’articles intitulé À reculons comme une écrevisse, dénonçant un monde moderne allant cul par-dessus-tête… C’est à cette image que j’ai immédiatement songé en apprenant qu’une manif « à reculons » s’est tenue, ce samedi, dans les rues de Paris et de quelques villes provinciales à l’appel d’un collectif d’artistes. Dans le cadre de la 4e édition de « Rue Libre ! » – journée internationale (accrochez-vous bien…) des « arts de la rue et de la libre expression dans l’espace public » – les participants à ce défilé bouffon ont suivi un parcours revendicatif – à rebours – en brandissant des pancartes ironiques interdisant de chanter et de sourire.

Nullement rouges de honte, à l’image des crustacés décapodes d’Umberto Eco qui évoluent à reculons, nos petits révoltés en sucre d’orge (et sur monocycles) ont surtout regretté bruyamment la baisse des subventions publiques à leur endroit et la menace diffuse d’un nébuleux « recul des libertés ». Parlaient-ils de la liberté d’échapper, précisément, à l’omniprésence de ces « arts de rue », lorsque l’on descend simplement acheter son journal, ou promener son chien ? Que nenni ! L’artiste de rue est partout chez lui, même quand il est chez vous! Il entend prendre la rue d’autorité, avec le projet utopique de vous rendre – par une médiation culturelle parfois douteuse – ce qui vous appartenait quasiment déjà. Avez-vous déjà pu échapper à l’impérieuse démonstration d’un jongleur citoyen au détour d’une ruelle sombre ? Connaissez-vous l’expérience traumatisante de devoir subir une éco-déambulation d’échassiers sur le thème des OGM place de la Contrescarpe ?

A l’heure où la ferveur populaire et syndicale contre la réforme gouvernementale des retraites retombe doucement, victime des frimas automnaux et de cette éternelle tendance des syndicalistes à partir en vacances quand on leur demande, ce courageux mouvement des indispensables artistes de Rue s’imposait incontestablement à la France sarkozyste meurtrie… Pas de blague. Soutenons ce mouvement, chers Causeurs ! Ne laissons pas les artistes de rue devenir des artistes d’impasses ! Ils pourraient en venir à manifester dans le bon sens.

À reculons comme une écrevisse

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Coetzee et la mer de glace

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John Maxwell Coetzee.

Elles s’appellent Julia, Margot, Adriana, Sophie. Elles le trouvent d’une tristesse insoutenable, mou, fade, maladroit, indécis, raté, asexué. Elles le disent mauvais amant, homme piètre, écrivain surfait. Il n’a pas, il n’a guère, il a parfois mais si peu, si fugacement, illuminé leurs vies. Elles ont existé pour lui bien davantage qu’il n’a existé pour elles. C’est ce qu’elles disent. Et, jusqu’au bout, nous ne saurons strictement rien du rapport entre leurs paroles et la vérité. Voilà la règle du jeu.

Ça dit je, ça vit

Il est froid jusqu’à l’écœurement et bouge, selon les paroles d’Adriana la danseuse, « comme si son corps était un cheval qu’il montait, un cheval qui n’aimait pas son cavalier et qui regimbait ». Il ne veut pas se libérer du fardeau de son moi en accueillant en lui l’amour d’une femme. Il est incapable d’aimer, c’est-à-dire, simplement, de dire je de tout son être, de tout son corps. Il refuse de risquer un je. Toute son existence n’a consisté qu’à fuir l’épreuve de vérité de l’altérité féminine, qui aurait pu le rendre réel et lui faire atteindre le lieu houleux et béni, où, après la traversée de tous les miroirs narcissiques, en deçà de toute image, ça dit je, ça vit.

L’été de la vie de John Coetzee nous fait entendre ces quatre femmes dans leurs dialogues avec le Dr Frankl, qui a résolu d’écrire une biographie de Coetzee après la mort de celui-ci. Ces cinq entretiens sont encadrés par des extraits des carnets autobiographiques de Coetzee, dans lesquels celui-ci parle obstinément de lui-même à la troisième personne.

L’été de la vie, troisième tome de l’autobiographie fictive de John Coetzee, est donc à proprement parler une hétérobiographie, puisque Coetzee y passe à la moulinette d’un tiers imaginaire nommé Frankl. Et même une hétérohétérobiographie, puisqu’elle doit passer par l’altérité plus sérieuse et plus redoutable de quatre femmes. Quatre femmes qui nous disent que John Coetzee ne sait rien du pays des femmes. Qu’il s’est intéressé, tout au plus, à des images, mais à peu près jamais à elles.

Son roman nous fait pourtant bel et bien entendre ces quatre voix féminines. Et ce, on ne peut plus charnellement, avec un souverain effet de réel. Il constitue donc la démonstration en acte du contraire. La forme romanesque de L’été de la vie est celle d’une déroutante contradiction performative.

Trois points communs avec Houellebecq

L’été de la vie possède trois points communs avec La carte et le territoire de Michel Houellebecq. D’abord, la violence qui y est faite au narcissisme humain élémentaire, la violence extrême dans la description d’un personnage portant le nom de l’auteur. Dans le cas de Houellebecq, la part d’humour et de jeu semble plus grande. Dans celui de Coetzee, même si ces dimensions sont présentes aussi, L’été de la vie donne le sentiment d’une cruauté contre soi plus réelle, d’une lutte avec soi plus serrée et douloureuse.

La seconde parenté avec La carte et le territoire est le motif du rapport entre père et fils. Le personnage nommé Coetzee vit en formant un étrange couple solitaire avec son père malade. Ce couple semble constituer pour lui un rempart inconscient contre les femmes, une forteresse désolée dans laquelle il se terre, à l’abri de leur amour. Un père qui semble être, en dépit des soins prodigués par son fils, l’objet d’une haine tenace. Chez Houellebecq, la fidélité du fils – Jed Martin – est celle de l’amour. Chez Coetzee, l’amour lutte timidement contre la fidélité de la haine.

Forte composante bloomesque

Il y a enfin une parenté entre les personnages nommés Coetzee et Houellebecq. Elle réside dans la forte composante bloomesque de leur personnalité. Le Bloom, tel que Tiqqun l’a dépeint dans la Théorie du Bloom, est la forme de subjectivité contemporaine dominante, qui se caractérise par une radicale absence à soi et au monde. Le Bloom désigne la torpeur de l’étrangeté, du déracinement, le sentiment permanent que notre vie est vécue par un inconnu qui nous est entièrement indifférent. Le Bloom est inséparablement le comble de la lucidité sur soi et le comble de l’impuissance, de la paralysie vitale. Il se voit il dans le miroir.

Dans L’été de la vie, nous pouvons vérifier que si le Bloom ne ressent jamais rien, c’est parce qu’il ressent toujours tout. C’est précisément parce que ses affects sont d’une immense intensité qu’il les dissimule au fond de son corps et les anesthésie sous une épaisse couche de glace. Qu’il viole sa chair en la transformant en pierre qui ne sait et ne sent rien.

Les trois secrets que le personnage nommé Coetzee a enfouis sous la glace sont la situation historique tragique de son pays, la haine torturante vouée à son père et – comme Jed Martin – la mort précoce de sa mère, à propos de laquelle il garde farouchement le silence.

Pourtant, L’été de la vie constitue la preuve que John Coetzee est, comme nous tous, un Bloom manqué. Puisque sa littérature, selon les vœux de Kafka, parvient à briser en nous la « mer de glace ».

Mamoudzou tient toujours

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Dans une projection désirante typique, comme on dit en psychanalyse, le gouvernement estime que le mouvement social est en net recul. On pourra sourire quand on pense que le net recul a mis deux millions de personnes dans la rue pour une manifestation et une journée de grève organisées en pleines vacances de la Toussaint et alors que la loi a été votée à l’asssemblée à la vitesse d’un TGV jaune. En tout cas, à Mamoudzou (Mayotte), la mobilisation n’a pas faibli et a réuni comme d’habitude plusieurs centaines de personnes qui ont occupé dans la bonne humeur les services fiscaux, la mairie et le conseil général. Aux revendications métropolitaines s’ajoutaient celles liées à la départementalisation , comme la comptabilisation des années travaillées avant le changement de statut. Les manifestants de Mamoudzou, à l’issue de cette journée, ont pris rendez-vous, eux-aussi, pour le samedi 6 novembre avec une belle détermination. Ce qui nous rappelle que ce ne serait pas la première fois que la France serait sauvée par son Empire.

Pas de fatwa contre Riposte Laïque

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Le dossier de Causeur consacré à l’islam contient deux articles attaquant plus ou moins directement Riposte Laïque, dont je suis un des rédacteurs.

D’une part, Jérôme Leroy affirme qu’il n’a « pas de problème avec l’islam », mais avec « les boutefeux de la guerre civile ethnique qui n’ont pas fait leur service militaire mais veulent rouler des mécaniques rue Myrha ». RL serait composée « d’ayatollahs d’une droite ethnico-saucissono-pinardière ». D’autre part, l’article de Malakine, intitulé Le djihad laïque, ça suffit !, nous qualifie de « nouveaux croisés », languissant après un hypothétique « martyre laïque ». Nous serions extrêmement dangereux, car ajoute Malakine « la situation peut exploser à la moindre étincelle ».

Ces analyses ne nous convainquent pas que nous avons tort sur l’essentiel, à savoir que des conflits violents entre musulmans et non-musulmans sont prévisibles. Du reste, sur le fond, leurs auteurs doivent faire le même constat que nous : une libanisation de la France est effectivement possible. Mais c’est attribuer à notre petit journal en ligne une bien grande capacité d’influence que de le rendre responsable de cet état de choses, alors que nous essayons de toutes nos modestes forces de conjurer cette perspective.

Nous pensons que l’affrontement avec l’islam est culturel et national. Jérôme Leroy pense que le seul champ de bataille de la guerre moderne, c’est l’économie, et donc qu’on ne peut la gagner que par la voie de la lutte sociale. Pour moi, les motivations thymotiques, comme les appelle Peter Sloterdijk, la fierté, la dignité, le respect de soi, de sa patrie et de sa culture, sont aussi importantes que les déterminismes économiques, c’est-à-dire érotiques[1. « Il faut sans doute revenir alors au point de vue fondamental de la psychologie philosophique chez les Grecs, d’après laquelle l’âme ne s’exprime pas seulement dans l’éros et dans ses intentions sur l’un et le multiple, mais tout autant à travers les impulsions du thymos (le foyer d’excitation du Soi fier, dans la psyché grecque). Alors que l’érotisme désigne des voies vers des « objets » qui nous manquent et par la possession ou la proximité desquels nous nous sentons complétés, la thymotique ouvre aux hommes les voies où ils font valoir ce qu’ils ont, ce qu’ils peuvent, ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent être. » Colère et temps, Méta-éditions, p. 22.]. Mais Leroy explique que si les Turcs votent pour un parti islamiste, c’est parce qu’ils « se sentent humiliés » par le refus de l’UE de les admettre. On aimerait savoir pourquoi, en ce cas, les Français ne pourraient pas se sentir humiliés par la diffusion sur leur sol de la propagande anti-française de ceux qui veulent imposer ici la charia. Les Turcs pro-islamistes seraient des « humiliés » armés d’une juste colère, tandis que les Français islamophobes ne seraient que des extrémistes crypto-fascistes ?

Le principal reproche qu’il nous fait est d’avoir organisé une manifestation ponctuelle avec le Bloc Identitaire, le 18 juin 2010. Nous avons fait nôtre la philosophie des « associations volontaires » américaines, « fondées dans un but à court terme bien défini, et qui disparaissent quand ce but a été atteint ». C’est pourquoi nous discutons avec tous ceux qui nous invitent, et nous acceptons de travailler avec tous ceux qui poursuivent un objectif bien défini, dans le cadre de la loi. Dans le cas de « l’apéro saucisson-pinard », il s’agissait de faire connaître à la France entière la situation inacceptable de l’occupation des rues à la Goutte d’Or. Mission accomplie, au revoir le Bloc Identitaire.

Jérôme Leroy s’étonne « qu’on soit islamophobe dans un pays comme le nôtre où, dès qu’un problème se posait en la matière, il était jusqu’à maintenant résolu avec la fermeté républicaine qui s’impose. Le voile à l’Ecole ? Une loi. […] La burqa ? Une loi initiée par mon camarade André Gérin. » Il est paradoxal de se féliciter de cette « fermeté républicaine » et de conspuer RL dans les lignes suivantes. Car ces victoires sont partiellement le fruit du militantisme de RL qui a été auditionnée, en la personne de Pascal Hilout, par la mission parlementaire sur le voile intégral. De même, RL avait lancé une pétition contre la burqa, que MM. Gérin et Myard ont signée.

Devons-nous être machiavéliques ?

L’article de Malakine me laisse plus perplexe. À lire ses propositions, on se demande vraiment ce qu’il a contre Riposte Laïque. Il souhaite « stopper l’immigration », « durcir les conditions d’octroi de la nationalité », « fabriquer un islam de France, débarrassé du contexte culturel moyen-oriental pour ne conserver que le message spirituel et les pratiques proprement religieuses » : nous aussi !

Dans le fond, ce que nous reproche Malakine, c’est de n’être pas assez machiavéliques. Nous ne devrions pas clamer si fort que l’islam est ennemi de nos lois et de nos valeurs. Nous faisons preuve d’un manque de ruse tactique, d’un défaut de takkya car, en connaisseur de la logique thymotique, Malakine pense qu’une « culture agressée et niée ne peut que se radicaliser par réaction ». La meilleure preuve que nous ne sommes pas les frères jumeaux des islamistes, c’est justement notre franchise, alors que ceux-ci utilisent d’une manière hypocrite la démocratie et la liberté d’expression pour faire progresser leur agenda totalitaire.

Ce que Malakine ne veut pas voir, c’est que c’est tout d’abord notre culture française qui est « agressée et niée » par l’islam, et que c’est pour cela qu’elle est en train de « se radicaliser par réaction ». Nous incarnons en partie cette riposte légitime. Mais, comme on dit à la récré, c’est pas nous qui avons commencé. Entre « offensive de l’islam ou réaction à l’islamophobie », il ne s’agit pas « d’un vrai problème d’œuf et de poule ». L’islam ne se radicalise pas parce qu’on s’oppose à son invasion, il est radicalement invasif et conflictuel. Le djihad, selon le jus ad bellum islamique, doit être décrété non seulement pour défendre les musulmans, mais aussi pour contrer les obstacles à la propagation de l’islam.

Malakine veut être machiavélique, mais il ne réussit qu’à être inconséquent. Car s’il souhaitait véritablement que soient prises les mesures qu’il énumère à la fin de son article, alors il oeuvrerait pour qu’une force politique, une volonté républicaine radicale émerge pour s’opposer à l’agression qu’est le développement de l’islamisme sur notre sol. Or, il est contre cette riposte, qu’il appelle le « djihad laïque ».

Notre contradicteur reprend dans cet article l’idée girardienne devenue folle selon laquelle deux camps opposés seraient en fait des frères jumeaux, des doubles mimétiques. Pour lui, la défense active de la France est de même nature que son agression par une idéologie obscurantiste et suprématiste. C’est aussi en vertu de cette fausse bonne idée que Malakine renvoie dos à dos islam et culture contemporaine. On aurait tort de s’en prendre à l’islam, parce que notre culture actuelle ne vaudrait pas mieux. Mais l’existence d’un mal – à supposer que mal il y ait – ne légitime pas l’existence d’un autre.

Surtout, la culture occidentale a un avantage de taille : c’est la nôtre. Certes, on peut déplorer que le sentiment d’appartenance fasse « cruellement défaut dans le pays de la laïcité ». Mais ce n’est certainement pas en frappant notre culture de la même nullité que l’islamisme que Malakine réveillera ce sentiment d’appartenance dont il a la nostalgie. Au contraire, c’est parce que l’on n’en finit pas de nous culpabiliser d’être occidentaux et que même le beau mot de patriote a été transformé en insulte que la « crise des valeurs » européenne se perpétue.

Jérôme Leroy nous reproche le choix du terrain, Malakine celui des armes. Mais ni l’un ni l’autre ne parviennent à éloigner de façon convaincante la perspective de la guerre. Car on ne choisit pas son ennemi : « C’est l’ennemi qui vous désigne[2. C’est le mot de Julien Freund à Jean Hyppolite. Voir Julien Freund, de Pierre-André Taguieff, Ed. La table ronde, p.100.]. »

La guerre contre l’Iran a commencé

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Mahmoud Ahmadinejad.

La France étant plongée dans une de ses crises sociales récurrentes comme la fièvre quarte, elle est toute occupée à se regarder le nombril et à se lamenter sur elle-même. C’est pourquoi elle ne prête pas trop d’attention à des événements lointains et peu spectaculaires : aucune image de télé n’est disponible les concernant, et la quasi-totalité des budgets transmissions des grandes chaînes ont été dépensés dans la couverture de l’épopée souterraine des mineurs chiliens.

Et pourtant, la première guerre high tech du XXIe siècle a bel et bien commencé, et elle oppose Israël soutenue par le Pentagone[1. Les « couacs » entre le Pentagone et la Maison Blanche viennent de faire l’objet d’un livre de Bob Woodward Obama’s wars. Une « autonomisation » de l’action du Pentagone, dans certaines limites, n’est pas totalement à exclure…] à l’Iran et ses succursales syriennes, libanaises et gazaouites.

On se doutait bien que les autorités de Washington et de Jérusalem ne restaient pas totalement inertes devant les provocations répétées de Téhéran et l’échec patent de la politique de la main tendue d’Obama et de l’Union européenne pour mettre un terme aux ambitions nucléaires du régime des mollahs. Planification, négociations politico-stratégiques et préparatifs logistiques allaient bon train en coulisses pendant que les grands leaders distrayaient le grand public en focalisant leur attention sur la question mineure[2. Avis aux commentateurs : d’un point de vue géopolitique, ce conflit reste mineur en dépit de sa durée et des litres d’encre et de salive qu’il fait couler.] du conflit israélo-palestinien.

Mystérieuse explosion à Khorammabad

Ce qui est nouveau, en revanche, c’est que les acteurs de ce conflit de l’ombre commencent à « communiquer » par des canaux parallèles, mais bien connus de ceux qui suivent attentivement ces questions.

Au cours de ce mois d’octobre, on a successivement appris :

1. Qu’un virus nommé Stuxnet, mis au point dans le cadre d’une étroite coopération entre les services israéliens et américains avait mis le souk dans les systèmes de gestion de la centrale nucléaire iranienne de Bushehr.

2. Qu’une « mystérieuse explosion » s’était produite le 12 octobre dans la base souterraine ultra-secrète de Khorramabad, à l’ouest de l’Iran, abritant des missiles à moyenne portée, provoquant la mort de plusieurs dizaines (certains disent même plusieurs centaines) de Pasdarans chargés de leur garde. Comme par hasard, cette explosion s’est produite au moment où Mahmoud Ahmadinejad défiait verbalement Israël à quelques kilomètres de sa frontière nord.

3. Que le Hezbollah libanais était approvisionné, via la Syrie, en missiles d’une portée de 250 km, permettant d’atteindre les centres vitaux d’Israël à partir de bases situées hors de la zone théoriquement contrôlée par la FINUL (Force d’interposition des Nations Unies au Liban).

Téhéran a minimisé les deux premières affaires en parlant « d’accident » pour l’explosion dans la base des missiles, et en niant officiellement qu’un virus informatique soit la raison des retards répétés dans la mise en route de la centrale de Bushehr.

On ne commente pas non plus ces deux affaires à Jérusalem et à Washington, mais les canaux par lesquels elles sont parvenues à la connaissance du public[3. Notamment le journaliste indépendant israélien Jacques Benillouche (Slate.fr) et Stéphane Juffa, le patron de Metula News Agency.] et les précisions avec lesquelles ces informations sont rapportées est un signe qui ne trompe pas : les services spéciaux israéliens ne sont pas totalement étrangers à ces affaires et tiennent à le faire savoir.

Quant aux informations sur les nouvelles capacités militaires de la milice du Hezbollah, elles ont donné lieu à un « scoop » récent du journaliste du Figaro Georges Malbrunot, ancien otage en Irak, qui sert habituellement de « petit télégraphiste » lorsque les services syriens ont un message à faire passer. C’est ainsi qu’au mois de juillet dernier, la révélation par ce même Malbrunot de l’utilisation par le Qatar de sociétés de sécurité israéliennes avait rendu fou de rage Serge Dassault, propriétaire du Figaro engagé dans de délicates négociations pour la vente de « Rafale » à l’émirat du Qatar…

Pour l’instant, cette guerre contre l’Iran est à mi-chemin entre le stade de la gesticulation et les premières escarmouches annonciatrice de la grande confrontation.

La suite dépend du nouveau cours que prendra la politique étrangère d’Obama après la débâcle démocrate annoncée lors des midterm du 2 novembre. Le départ de Rahm Emmanuel de la Maison Blanche et celui, annoncé pour juin, de son plus proche conseiller David Axelrod marque sans doute la fin de la tentative de faire plier Benyamin Netanyahou sur la question des constructions dans les implantations.

Mais qu’adviendra-t-il ensuite ? Quelques augures conservateurs, comme l’ancien représentant américain à l’ONU John Bolton prédisent le pire : ligoté par un Congrès républicain en politique intérieure, Obama serait tenté de se concentrer sur des objectifs internationaux, par exemple en exigeant d’Israël qu’il adhère au Traité de non-prolifération nucléaire en échange du renoncement, par Téhéran à se doter d’armes atomiques. Ils annoncent aussi, en cas de blocage des pourparlers directs entre Palestiniens et Israéliens, que les Etats-Unis pourraient soutenir à l’ONU une résolution établissant un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza dans les frontières de 1967.

On ne voit pas comment Hillary Clinton (qui n’a pas perdu espoir de succéder, en 2016, à Barack Obama) pourrait souscrire à une telle ligne, et rien ne permet de penser que le successeur de James Jones à la tête du Conseil national de sécurité sera en mesure de « vendre » cette politique au Pentagone et au Congrès. Ce dernier tient, rappelons-le, les cordons de la bourse, et peut ainsi s’opposer au Président en coupant les vivres de projets qui lui sont chers. Il faudrait alors que cette politique d’Obama soit plébiscitée par l’opinion pour qu’elle ait quelque chance de s’imposer.

En attendant, au Proche-Orient, les bruits de bottes sont de plus en plus sonores…

Mon cambriolage, je l’ai pas volé

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Ces dernières semaines, j’ai pu constater la disparition, dans mon chalet d’alpage, d’une chaine de tronçonneuse, d’un piège à souris d’un modèle que je me garderai bien de définir plus avant, sous peine d’être accusé d’homophobie, et d’une loupe habituellement utilisée par mes petits-enfants pour mettre le feu à des brins de paille en concentrant les rayons du soleil.

Je n’avais pas fait le rapprochement de ces disparitions mystérieuses avec le fait d’avoir abordé, sur Causeur, l’affaire Bettencourt-Woerth. En y réfléchissant selon la méthode Plenel, il est maintenant clair que l’on a voulu, du côté de l’Elysée, me faire passer le message suivant : « Tu es fait comme un rat, on t’a à l’œil et si tu te t’écrases pas, on te découpe en rondelles… »

Le Vicomte et le juif allemand

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Philippe de Villiers abandonne son fief vendéen.
Philippe de Villiers abandonne son fief vendéen.

La politique étant avant tout l’art de durer, c’est avec une bonne dose de scepticisme que l’on doit accueillir l’annonce, par Dany Cohn-Bendit et Philippe de Villiers, de leur prochain retrait de la vie politique, européenne pour le premier, vendéenne, pour le second. Promis juré, Dany ne sollicitera pas un nouveau mandat à Strasbourg en 2014. D’ailleurs, notent les observateurs perspicaces, il place des pions pour une future reconversion en devenant consultant foot à Canal +.

Philippe de Villiers, dit le Vicomte, abandonne, lui, son fief vendéen et la présidence du conseil général de ce département, mais reste président de son parti, le MPF et député européen champion de l’absentéisme parlementaire. Beaucoup d’eau peut pourtant encore couler dans le Rhin et dans la Sèvre nantaise avant que la trace de ces deux personnages ait totalement disparu des écrans radars scrutant le ciel politique hexagonal.

Ces précautions liminaires étant prises, on peut tout de même juger relativement crédibles les annonces d’effacement programmé de la scène politique de ces deux personnalités, car on y retrouve à la fois le désir d’apparaître comme le maître de son destin et la perception réaliste d’une situation politique dégradée.

On s’adresse à beaucoup plus de gens en parlant football qu’écologie

Commençons par Dany le rouge-vert. Il aura 69 ans en 2014, un âge où les travailleurs estiment avoir eu droit depuis longtemps au passage de l’autre côté du guichet de la redistribution (je n’écris, ni ne prononce plus le vocable maudit qui fait flipper toute une nation !). La plupart des hommes politiques français jugent qu’à cet âge, ils peuvent rendre encore d’immenses services à la collectivité en conservant les sièges divers et variés qu’ils occupent. Mais il semble bien que Dany, après quatre décennies de vie militante, puis politique ait fait le tour des bénéfices narcissiques procurés par son statut de monstre sacré de la planète verte. On s’adresse à beaucoup plus de gens en parlant football qu’écologie. Et en plus, pour qui l’écoute un peu attentivement, le mouvement de translation vers la droite qui affecte souvent les plus stricts des gauchistes, l’âge venant, ne l’a pas totalement épargné. Ainsi, il n’était pas vraiment d’accord avec le rejet, par la gauche (y compris les verts français) et les syndicats du projet de réforme des modes de vie après le travail présentés par le gouvernement et Nicolas Sarkozy. Il pointait, dans ses dernières interventions, la contradiction entre la construction européenne et le cavalier seul de la gauche française pour maintenir à 60 ans la cessation d’activité salariée dans notre beau pays alors que nos partenaires vont au chagrin jusqu’à 65, voire 67 ans. Dans le débat présidentiel de 2012, il ne sera pas en première ligne, car ce sera Eva Joly, sa créature politique (qui lui a partiellement échappé) qui sera la vedette, avec une probabilité non négligeable qu’elle se plante grave, vu l’incompatibilité du style de la dame avec l’esprit du pays qu’elle aspire à diriger. Il y a donc fort à parier qu’on ne verra pas beaucoup Dany sur les estrades au printemps 2012. D’ailleurs, il sera fort occupé par les préparatifs de son grand film sur la Coupe du monde de football de 2014 au Brésil.

Mais n’ayons crainte, ses adieux au public dureront au moins aussi longtemps que ceux de Maurice Chevalier, et les rappels enthousiastes qui ne manqueront pas de saluer ses diverses prestations feront un bien fou à son moral de jeune vieillard.

Villiers, seul en son château

Bien plus triste est l’histoire de Philippe de Villiers qui vient de se faire proprement éjecter d’un terroir dont il fit la conquête politique[1. Contrairement à une idée largement répandue, mais fausse, la famille de Villiers n’est pas originaire de Vendée, mais de la Manche, en Normandie.] au début des années 1980. Quelque soit le jugement que l’on porte sur ses orientations politiques, le récit de la «  chute de la maison Villiers », que nous narre avec autant de talent que de cruauté Mathieu Deslandes dans le JDD est de nature à provoquer la compassion des sans-cœur que nous sommes. Cet aristocrate vieille France vient de voir étaler sur la place publique de sales petits secrets de famille, où l’un de ses fils accuse son frère aîné de viols répétés. Après avoir vaincu un cancer de l’œil, il se retrouve seul en son château, son épouse l’ayant quitté, lasse de trop d’infidélités. Ses obligés et ses valets le trahissent les uns après les autres avant de se partager son fief en une sinistre bacchanale. Le destin de Villiers est digne d’une pièce de Shakespeare où le sang gicle sur les murs alors que le souverain, abandonné de tous, tente de conjurer la fatalité qui l’accable. Il y a là matière à nourrir un nouveau spectacle au Puy du Fou, entreprise à laquelle, dit-on, il entend consacrer prioritairement le reste de son existence.

Aussi éloignés qu’ils puissent être l’un de l’autre par leurs origines et leur orientation, Cohn-Bendit et de Villiers ont en commun ce petit grain de génie, ou de folie, qui transforme un homme politique banal en personnage de roman, sinon d’Histoire. On rêve d’une pièce de théâtre où, dans le style de ce que firent naguère Claude Rich (Fouché) et Claude Brasseur (Talleyrand) dans Le souper, ils nous referaient le match de trente ans de politique française. Ils sont assez cabots pour en accepter le défi.

Hello Tristesse

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Bret Easton Ellis
Bret Easton Ellis.
Bret Easton Ellis
Bret Easton Ellis.

Les larbins, pour reprendre le scud envoyé par Jean-Luc Mélenchon, sont souvent des journalistes. Et quand il s’agit de littérature, le larbin est soit un roquet – Yann Moix, lorsqu’il ne défend pas courageusement Polanski – soit un nain rockuptible, culturel et branché, politique mais pas trop, intransigeant toujours. Sauf devant Houellebecq et Ellis.

Le nain rockuptible ne se rend pas compte que Ellis, comme Houellebecq, se gausse des ronds-de-jambes interminables et de la jouissance si peu intime du journaliste qui se croit accepté dans le royaume du « grantécrivain ». Tout ça parce que le nain a eu le privilège de voir son maître allumer des cigarettes dans un lieu non-fumeur et ouvrir une canette de redbull dans un loft de la Cité des Anges.
On en est là : le loft et le redbull font le papier. Ce qui évite de fouiller la carcasse des hommes et des mots.

Golden boys à bout de souffle

Avec Suite(s) Impériale(s), Ellis nous parle d’hier et d’aujourd’hui, c’est-à-dire des soubresauts désabusés d’un monde déjà mort au milieu des années 1980. Dans son entreprise, il n’est guère éloigné d’Oliver Stone replongeant Gordon Gekko, sorti de prison, dans l’enfer de Wall street.

Vingt-cinq ans après, Ellis retrouve Clay, le héros de son premier roman Moins que zéro, entre autres ombres plus ou moins vivantes de la vieille jeunesse dorée de Los Angeles : « Ils avaient fait un film sur nous. Le film était adapté d’un livre écrit par un type qu’on connaissait. Le livre était un truc simple: quatre semaines dans la ville où nous avions grandi et c’était un portrait assez juste, pour l’essentiel […] Par exemple, il y avait vraiment eu une projection d’un snuff film dans cette chambre de Malibu, un après-midi de janvier, et oui, j’étais sorti sur la terrasse qui donnait sur le Pacifique, et c’était là que l’auteur avait essayé de me consoler en m’assurant que les cris des enfants torturés étaient simulés, mais il avait souri en disant ça et j’avais dû m’éloigner. »

La mise en bouche d’Ellis, glacée et très tranquille, ravive l’écho des mots de Fitzgerald à Hemingway : « Les gens riches sont différents de vous et moi. » Et le souvenir, aussi, de Bright lights, bright city de Jay McInerney. Sur le fumier de l’Amérique de Reagan, les golden boys ont cru réaliser leurs rêves minuscules, oubliant qu’ils étaient perdus depuis longtemps. Toujours plus d’argent, de coke, de filles faciles, de paillettes, de mauvais alcools. Leur histoire ne se répète qu’en farce tragique. Et ils n’ont pas lu Marx, et la mélancolie peine à percer sous le masque de la paranoïa. Pourtant, dixit Ellis dans Suite(s) impériale(s): « La tristesse : elle est partout. »

Bonjour tristesse

Elle suinte, en effet, de chaque page de ce roman noir, seconde peau de l’auteur qui, bien plus que dans l’autobiographique et fantasmé Lunar Park, met son coeur à nu. Si le Patrick Bateman de American psycho, c’était lui, Clay c’est encore Ellis. Scénariste à Hollywood parce que les filles n’aiment plus les écrivains, il joue de son éphémère pouvoir pour draguer profs de gym, apprentie actrice et call girl du ouèbe. Idiot inutile et pervers de la grande machine à broyer les êtres, il tombe amoureux. Ca fait partie du jeu et de la panoplie. Elle s’appelle Rain, veut un rôle dans une série qui n’existera jamais, ne croit qu’à la gloire et à la beauté. Entre elle et Clay, il y aura des promesses non tenues, du sexe en pleine débâcle, la peur qui obsède, des rails de poudre et du gin, et la mort comme une Jeep aux vitres teintées en arrêt devant le Doheny Plaza.

Que sont devenus les golden boys ? Ils sont à bout de souffle, illusions définitivement crevées. A la fin de Suite(s) Impériale(s), exorcisme ou balle dans la tête, cette phrase : « Je n’ai jamais aimé personne et j’ai peur des gens. »

Suite(s) impériale(s)

Prix: 2,79 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

Faut-il interdire L’Huma ?

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J’avoue avoir été assez réjoui par la lecture du compte-rendu de la conférence-débat de Jean-Marie Le Pen de jeudi dernier au Centre de Formation des Journalistes sur le site Humanité.fr. Sous le titre tout en finesse « Le Pen vante le nazisme devant de futurs journalistes », l’auteur, Grégory Marin, n’a pas de mots assez durs pour condamner cette invitation : « En voie de banalisation dans les médias, le discours de haine du FN doit-il intégrer la boîte à outils du journaliste dès sa formation, fût-ce dans l’école dirigée par un ancien journaliste politique du très à droite hebdomadaire Le Point? »

On pourra s’indigner des amalgames hâtifs de ce jeune collègue. On sera encore plus avisé de s’en amuser. En effet, une grande majorité des commentaires de l’article sont ouvertement favorables aux idées du Front !

D’aucuns penseront que c’est tout à l’honneur du site du quotidien communiste de les avoir publiés sans censure. Mais je fais confiance à Grégory Marin pour titrer son prochain article : « Le discours de haine du FN en voie de banalisation dans L’Huma ? »

Protégez-nous des jeunes

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Manifestation anti-CPE.
Manifestation anti-CPE.

Si je n’ai pas connu les affreux jeunes des années 1980 parce que mes couches-culottes m’interdisaient encore d’être admis dans leur noble confrérie, je m’étais néanmoins juré, à l’âge de six ans, de ne jamais leur ressembler : petit montagnard perdu dans un bled du Vercors où le seul camarade issu de ce qui ne s’appelait pas encore la « diversité » était un fils de maçon portugais, on nous obligea à porter, comme un talisman destiné à lutter contre notre infamie congénitale, la main jaune des Potes. Je fis serment, dans la cour dont l’odeur des marronniers embaume pour toujours de mélancolie enfantine le mois de septembre, de ne jamais être des leurs. Les jeunes étaient déjà des cons, je le pressentais, et le resteraient toujours. Ces « jeunes » dont l’époque a fait les pires ennemis de la jeunesse.

Depuis, j’ai eu l’occasion de vérifier le bien-fondé de ma révolte infantile. Les années 1995 et 1996, la quinzaine anti-Le Pen, cette « shame pride » si chère à Muray, les défilés anti-CPE où la frange consciente des futurs travailleurs occidentaux scandait en bas de mes fenêtres « C comme caca, P comme pipi, E comme excrément », et maintenant leur enjouement contre la réforme des retraites m’ont appris empiriquement ce que, comme beaucoup, je savais déjà : qu’il ne s’agit jamais pour toutes ces classes successives de manifestants que d’un jeu répétant comiquement ce que leur aïeux firent en 1968.

Il y a, en d’autres lieux, en d’autres occasions, de vraies batailles livrées par la jeunesse : elles sont à Athènes, elles furent à Gênes, à Göteborg, à Bruxelles et à Barcelone, elles furent violentes et elles eurent leur quota de morts et de blessés. Ces batailles furent tragiques, et c’est parce qu’elles luttaient véritablement contre le Spectacle et contre son mode technique et consommatoire. Elles ne se firent à l’appel d’aucun syndicat jaune, d’aucun parti, d’aucune organisation, elles n’eurent aucun allié dans la place : c’est qu’elles n’étaient pas des escarmouches d’opportunité pour faire tomber un gouvernement, mais une lutte à mort pour réintégrer le monde des vivants.

On ne peut pas croire une seule seconde que les lycéens qui proclament la grève dans leurs établissements le feraient s’ils pensaient qu’ils avaient quoi que ce soit à perdre. Ils luttent au contraire pour la perpétuation de leur société sans risque où, toujours, ils ont le beau rôle. Ils se moquent comme de leur premier Diesel du sort des ouvriers du Nord-Pas-de-Calais. Las ! Leur conscience politique est enfermée depuis longtemps dans les photos de leur profil Facebook, où ils consultent à l’aide de leur iPhone les dernières nouvelles de leur « mur ». Leur vision du monde se résume à un écran, c’est-à-dire à ce qui voile, la frange avancée de cette révolution étant ces « jeunes de banlieue » qui pratiquent déjà la reprise individuelle dont ce monde entièrement néo-libéral leur a indiqué la voie.
Ces jeunes, enfin, ne se battent pas pour leur grand-père, mais pour le grand-père qu’ils seront, modernes préparant − Péguy le savait − leur retraite comme le chrétien prépare son salut.

Un pas en avant, deux en arrière !

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Il y a quelques années, le grand Umberto Eco publiait un piquant recueil d’articles intitulé À reculons comme une écrevisse, dénonçant un monde moderne allant cul par-dessus-tête… C’est à cette image que j’ai immédiatement songé en apprenant qu’une manif « à reculons » s’est tenue, ce samedi, dans les rues de Paris et de quelques villes provinciales à l’appel d’un collectif d’artistes. Dans le cadre de la 4e édition de « Rue Libre ! » – journée internationale (accrochez-vous bien…) des « arts de la rue et de la libre expression dans l’espace public » – les participants à ce défilé bouffon ont suivi un parcours revendicatif – à rebours – en brandissant des pancartes ironiques interdisant de chanter et de sourire.

Nullement rouges de honte, à l’image des crustacés décapodes d’Umberto Eco qui évoluent à reculons, nos petits révoltés en sucre d’orge (et sur monocycles) ont surtout regretté bruyamment la baisse des subventions publiques à leur endroit et la menace diffuse d’un nébuleux « recul des libertés ». Parlaient-ils de la liberté d’échapper, précisément, à l’omniprésence de ces « arts de rue », lorsque l’on descend simplement acheter son journal, ou promener son chien ? Que nenni ! L’artiste de rue est partout chez lui, même quand il est chez vous! Il entend prendre la rue d’autorité, avec le projet utopique de vous rendre – par une médiation culturelle parfois douteuse – ce qui vous appartenait quasiment déjà. Avez-vous déjà pu échapper à l’impérieuse démonstration d’un jongleur citoyen au détour d’une ruelle sombre ? Connaissez-vous l’expérience traumatisante de devoir subir une éco-déambulation d’échassiers sur le thème des OGM place de la Contrescarpe ?

A l’heure où la ferveur populaire et syndicale contre la réforme gouvernementale des retraites retombe doucement, victime des frimas automnaux et de cette éternelle tendance des syndicalistes à partir en vacances quand on leur demande, ce courageux mouvement des indispensables artistes de Rue s’imposait incontestablement à la France sarkozyste meurtrie… Pas de blague. Soutenons ce mouvement, chers Causeurs ! Ne laissons pas les artistes de rue devenir des artistes d’impasses ! Ils pourraient en venir à manifester dans le bon sens.

À reculons comme une écrevisse

Prix: 7,90 €

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Coetzee et la mer de glace

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John Maxwell Coetzee.
John Maxwell Coetzee.

Elles s’appellent Julia, Margot, Adriana, Sophie. Elles le trouvent d’une tristesse insoutenable, mou, fade, maladroit, indécis, raté, asexué. Elles le disent mauvais amant, homme piètre, écrivain surfait. Il n’a pas, il n’a guère, il a parfois mais si peu, si fugacement, illuminé leurs vies. Elles ont existé pour lui bien davantage qu’il n’a existé pour elles. C’est ce qu’elles disent. Et, jusqu’au bout, nous ne saurons strictement rien du rapport entre leurs paroles et la vérité. Voilà la règle du jeu.

Ça dit je, ça vit

Il est froid jusqu’à l’écœurement et bouge, selon les paroles d’Adriana la danseuse, « comme si son corps était un cheval qu’il montait, un cheval qui n’aimait pas son cavalier et qui regimbait ». Il ne veut pas se libérer du fardeau de son moi en accueillant en lui l’amour d’une femme. Il est incapable d’aimer, c’est-à-dire, simplement, de dire je de tout son être, de tout son corps. Il refuse de risquer un je. Toute son existence n’a consisté qu’à fuir l’épreuve de vérité de l’altérité féminine, qui aurait pu le rendre réel et lui faire atteindre le lieu houleux et béni, où, après la traversée de tous les miroirs narcissiques, en deçà de toute image, ça dit je, ça vit.

L’été de la vie de John Coetzee nous fait entendre ces quatre femmes dans leurs dialogues avec le Dr Frankl, qui a résolu d’écrire une biographie de Coetzee après la mort de celui-ci. Ces cinq entretiens sont encadrés par des extraits des carnets autobiographiques de Coetzee, dans lesquels celui-ci parle obstinément de lui-même à la troisième personne.

L’été de la vie, troisième tome de l’autobiographie fictive de John Coetzee, est donc à proprement parler une hétérobiographie, puisque Coetzee y passe à la moulinette d’un tiers imaginaire nommé Frankl. Et même une hétérohétérobiographie, puisqu’elle doit passer par l’altérité plus sérieuse et plus redoutable de quatre femmes. Quatre femmes qui nous disent que John Coetzee ne sait rien du pays des femmes. Qu’il s’est intéressé, tout au plus, à des images, mais à peu près jamais à elles.

Son roman nous fait pourtant bel et bien entendre ces quatre voix féminines. Et ce, on ne peut plus charnellement, avec un souverain effet de réel. Il constitue donc la démonstration en acte du contraire. La forme romanesque de L’été de la vie est celle d’une déroutante contradiction performative.

Trois points communs avec Houellebecq

L’été de la vie possède trois points communs avec La carte et le territoire de Michel Houellebecq. D’abord, la violence qui y est faite au narcissisme humain élémentaire, la violence extrême dans la description d’un personnage portant le nom de l’auteur. Dans le cas de Houellebecq, la part d’humour et de jeu semble plus grande. Dans celui de Coetzee, même si ces dimensions sont présentes aussi, L’été de la vie donne le sentiment d’une cruauté contre soi plus réelle, d’une lutte avec soi plus serrée et douloureuse.

La seconde parenté avec La carte et le territoire est le motif du rapport entre père et fils. Le personnage nommé Coetzee vit en formant un étrange couple solitaire avec son père malade. Ce couple semble constituer pour lui un rempart inconscient contre les femmes, une forteresse désolée dans laquelle il se terre, à l’abri de leur amour. Un père qui semble être, en dépit des soins prodigués par son fils, l’objet d’une haine tenace. Chez Houellebecq, la fidélité du fils – Jed Martin – est celle de l’amour. Chez Coetzee, l’amour lutte timidement contre la fidélité de la haine.

Forte composante bloomesque

Il y a enfin une parenté entre les personnages nommés Coetzee et Houellebecq. Elle réside dans la forte composante bloomesque de leur personnalité. Le Bloom, tel que Tiqqun l’a dépeint dans la Théorie du Bloom, est la forme de subjectivité contemporaine dominante, qui se caractérise par une radicale absence à soi et au monde. Le Bloom désigne la torpeur de l’étrangeté, du déracinement, le sentiment permanent que notre vie est vécue par un inconnu qui nous est entièrement indifférent. Le Bloom est inséparablement le comble de la lucidité sur soi et le comble de l’impuissance, de la paralysie vitale. Il se voit il dans le miroir.

Dans L’été de la vie, nous pouvons vérifier que si le Bloom ne ressent jamais rien, c’est parce qu’il ressent toujours tout. C’est précisément parce que ses affects sont d’une immense intensité qu’il les dissimule au fond de son corps et les anesthésie sous une épaisse couche de glace. Qu’il viole sa chair en la transformant en pierre qui ne sait et ne sent rien.

Les trois secrets que le personnage nommé Coetzee a enfouis sous la glace sont la situation historique tragique de son pays, la haine torturante vouée à son père et – comme Jed Martin – la mort précoce de sa mère, à propos de laquelle il garde farouchement le silence.

Pourtant, L’été de la vie constitue la preuve que John Coetzee est, comme nous tous, un Bloom manqué. Puisque sa littérature, selon les vœux de Kafka, parvient à briser en nous la « mer de glace ».

L'Eté de la vie

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Mamoudzou tient toujours

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Dans une projection désirante typique, comme on dit en psychanalyse, le gouvernement estime que le mouvement social est en net recul. On pourra sourire quand on pense que le net recul a mis deux millions de personnes dans la rue pour une manifestation et une journée de grève organisées en pleines vacances de la Toussaint et alors que la loi a été votée à l’asssemblée à la vitesse d’un TGV jaune. En tout cas, à Mamoudzou (Mayotte), la mobilisation n’a pas faibli et a réuni comme d’habitude plusieurs centaines de personnes qui ont occupé dans la bonne humeur les services fiscaux, la mairie et le conseil général. Aux revendications métropolitaines s’ajoutaient celles liées à la départementalisation , comme la comptabilisation des années travaillées avant le changement de statut. Les manifestants de Mamoudzou, à l’issue de cette journée, ont pris rendez-vous, eux-aussi, pour le samedi 6 novembre avec une belle détermination. Ce qui nous rappelle que ce ne serait pas la première fois que la France serait sauvée par son Empire.

Pas de fatwa contre Riposte Laïque

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Le dossier de Causeur consacré à l’islam contient deux articles attaquant plus ou moins directement Riposte Laïque, dont je suis un des rédacteurs.

D’une part, Jérôme Leroy affirme qu’il n’a « pas de problème avec l’islam », mais avec « les boutefeux de la guerre civile ethnique qui n’ont pas fait leur service militaire mais veulent rouler des mécaniques rue Myrha ». RL serait composée « d’ayatollahs d’une droite ethnico-saucissono-pinardière ». D’autre part, l’article de Malakine, intitulé Le djihad laïque, ça suffit !, nous qualifie de « nouveaux croisés », languissant après un hypothétique « martyre laïque ». Nous serions extrêmement dangereux, car ajoute Malakine « la situation peut exploser à la moindre étincelle ».

Ces analyses ne nous convainquent pas que nous avons tort sur l’essentiel, à savoir que des conflits violents entre musulmans et non-musulmans sont prévisibles. Du reste, sur le fond, leurs auteurs doivent faire le même constat que nous : une libanisation de la France est effectivement possible. Mais c’est attribuer à notre petit journal en ligne une bien grande capacité d’influence que de le rendre responsable de cet état de choses, alors que nous essayons de toutes nos modestes forces de conjurer cette perspective.

Nous pensons que l’affrontement avec l’islam est culturel et national. Jérôme Leroy pense que le seul champ de bataille de la guerre moderne, c’est l’économie, et donc qu’on ne peut la gagner que par la voie de la lutte sociale. Pour moi, les motivations thymotiques, comme les appelle Peter Sloterdijk, la fierté, la dignité, le respect de soi, de sa patrie et de sa culture, sont aussi importantes que les déterminismes économiques, c’est-à-dire érotiques[1. « Il faut sans doute revenir alors au point de vue fondamental de la psychologie philosophique chez les Grecs, d’après laquelle l’âme ne s’exprime pas seulement dans l’éros et dans ses intentions sur l’un et le multiple, mais tout autant à travers les impulsions du thymos (le foyer d’excitation du Soi fier, dans la psyché grecque). Alors que l’érotisme désigne des voies vers des « objets » qui nous manquent et par la possession ou la proximité desquels nous nous sentons complétés, la thymotique ouvre aux hommes les voies où ils font valoir ce qu’ils ont, ce qu’ils peuvent, ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent être. » Colère et temps, Méta-éditions, p. 22.]. Mais Leroy explique que si les Turcs votent pour un parti islamiste, c’est parce qu’ils « se sentent humiliés » par le refus de l’UE de les admettre. On aimerait savoir pourquoi, en ce cas, les Français ne pourraient pas se sentir humiliés par la diffusion sur leur sol de la propagande anti-française de ceux qui veulent imposer ici la charia. Les Turcs pro-islamistes seraient des « humiliés » armés d’une juste colère, tandis que les Français islamophobes ne seraient que des extrémistes crypto-fascistes ?

Le principal reproche qu’il nous fait est d’avoir organisé une manifestation ponctuelle avec le Bloc Identitaire, le 18 juin 2010. Nous avons fait nôtre la philosophie des « associations volontaires » américaines, « fondées dans un but à court terme bien défini, et qui disparaissent quand ce but a été atteint ». C’est pourquoi nous discutons avec tous ceux qui nous invitent, et nous acceptons de travailler avec tous ceux qui poursuivent un objectif bien défini, dans le cadre de la loi. Dans le cas de « l’apéro saucisson-pinard », il s’agissait de faire connaître à la France entière la situation inacceptable de l’occupation des rues à la Goutte d’Or. Mission accomplie, au revoir le Bloc Identitaire.

Jérôme Leroy s’étonne « qu’on soit islamophobe dans un pays comme le nôtre où, dès qu’un problème se posait en la matière, il était jusqu’à maintenant résolu avec la fermeté républicaine qui s’impose. Le voile à l’Ecole ? Une loi. […] La burqa ? Une loi initiée par mon camarade André Gérin. » Il est paradoxal de se féliciter de cette « fermeté républicaine » et de conspuer RL dans les lignes suivantes. Car ces victoires sont partiellement le fruit du militantisme de RL qui a été auditionnée, en la personne de Pascal Hilout, par la mission parlementaire sur le voile intégral. De même, RL avait lancé une pétition contre la burqa, que MM. Gérin et Myard ont signée.

Devons-nous être machiavéliques ?

L’article de Malakine me laisse plus perplexe. À lire ses propositions, on se demande vraiment ce qu’il a contre Riposte Laïque. Il souhaite « stopper l’immigration », « durcir les conditions d’octroi de la nationalité », « fabriquer un islam de France, débarrassé du contexte culturel moyen-oriental pour ne conserver que le message spirituel et les pratiques proprement religieuses » : nous aussi !

Dans le fond, ce que nous reproche Malakine, c’est de n’être pas assez machiavéliques. Nous ne devrions pas clamer si fort que l’islam est ennemi de nos lois et de nos valeurs. Nous faisons preuve d’un manque de ruse tactique, d’un défaut de takkya car, en connaisseur de la logique thymotique, Malakine pense qu’une « culture agressée et niée ne peut que se radicaliser par réaction ». La meilleure preuve que nous ne sommes pas les frères jumeaux des islamistes, c’est justement notre franchise, alors que ceux-ci utilisent d’une manière hypocrite la démocratie et la liberté d’expression pour faire progresser leur agenda totalitaire.

Ce que Malakine ne veut pas voir, c’est que c’est tout d’abord notre culture française qui est « agressée et niée » par l’islam, et que c’est pour cela qu’elle est en train de « se radicaliser par réaction ». Nous incarnons en partie cette riposte légitime. Mais, comme on dit à la récré, c’est pas nous qui avons commencé. Entre « offensive de l’islam ou réaction à l’islamophobie », il ne s’agit pas « d’un vrai problème d’œuf et de poule ». L’islam ne se radicalise pas parce qu’on s’oppose à son invasion, il est radicalement invasif et conflictuel. Le djihad, selon le jus ad bellum islamique, doit être décrété non seulement pour défendre les musulmans, mais aussi pour contrer les obstacles à la propagation de l’islam.

Malakine veut être machiavélique, mais il ne réussit qu’à être inconséquent. Car s’il souhaitait véritablement que soient prises les mesures qu’il énumère à la fin de son article, alors il oeuvrerait pour qu’une force politique, une volonté républicaine radicale émerge pour s’opposer à l’agression qu’est le développement de l’islamisme sur notre sol. Or, il est contre cette riposte, qu’il appelle le « djihad laïque ».

Notre contradicteur reprend dans cet article l’idée girardienne devenue folle selon laquelle deux camps opposés seraient en fait des frères jumeaux, des doubles mimétiques. Pour lui, la défense active de la France est de même nature que son agression par une idéologie obscurantiste et suprématiste. C’est aussi en vertu de cette fausse bonne idée que Malakine renvoie dos à dos islam et culture contemporaine. On aurait tort de s’en prendre à l’islam, parce que notre culture actuelle ne vaudrait pas mieux. Mais l’existence d’un mal – à supposer que mal il y ait – ne légitime pas l’existence d’un autre.

Surtout, la culture occidentale a un avantage de taille : c’est la nôtre. Certes, on peut déplorer que le sentiment d’appartenance fasse « cruellement défaut dans le pays de la laïcité ». Mais ce n’est certainement pas en frappant notre culture de la même nullité que l’islamisme que Malakine réveillera ce sentiment d’appartenance dont il a la nostalgie. Au contraire, c’est parce que l’on n’en finit pas de nous culpabiliser d’être occidentaux et que même le beau mot de patriote a été transformé en insulte que la « crise des valeurs » européenne se perpétue.

Jérôme Leroy nous reproche le choix du terrain, Malakine celui des armes. Mais ni l’un ni l’autre ne parviennent à éloigner de façon convaincante la perspective de la guerre. Car on ne choisit pas son ennemi : « C’est l’ennemi qui vous désigne[2. C’est le mot de Julien Freund à Jean Hyppolite. Voir Julien Freund, de Pierre-André Taguieff, Ed. La table ronde, p.100.]. »

La guerre contre l’Iran a commencé

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Mahmoud Ahmadinejad.
Mahmoud Ahmadinejad.

La France étant plongée dans une de ses crises sociales récurrentes comme la fièvre quarte, elle est toute occupée à se regarder le nombril et à se lamenter sur elle-même. C’est pourquoi elle ne prête pas trop d’attention à des événements lointains et peu spectaculaires : aucune image de télé n’est disponible les concernant, et la quasi-totalité des budgets transmissions des grandes chaînes ont été dépensés dans la couverture de l’épopée souterraine des mineurs chiliens.

Et pourtant, la première guerre high tech du XXIe siècle a bel et bien commencé, et elle oppose Israël soutenue par le Pentagone[1. Les « couacs » entre le Pentagone et la Maison Blanche viennent de faire l’objet d’un livre de Bob Woodward Obama’s wars. Une « autonomisation » de l’action du Pentagone, dans certaines limites, n’est pas totalement à exclure…] à l’Iran et ses succursales syriennes, libanaises et gazaouites.

On se doutait bien que les autorités de Washington et de Jérusalem ne restaient pas totalement inertes devant les provocations répétées de Téhéran et l’échec patent de la politique de la main tendue d’Obama et de l’Union européenne pour mettre un terme aux ambitions nucléaires du régime des mollahs. Planification, négociations politico-stratégiques et préparatifs logistiques allaient bon train en coulisses pendant que les grands leaders distrayaient le grand public en focalisant leur attention sur la question mineure[2. Avis aux commentateurs : d’un point de vue géopolitique, ce conflit reste mineur en dépit de sa durée et des litres d’encre et de salive qu’il fait couler.] du conflit israélo-palestinien.

Mystérieuse explosion à Khorammabad

Ce qui est nouveau, en revanche, c’est que les acteurs de ce conflit de l’ombre commencent à « communiquer » par des canaux parallèles, mais bien connus de ceux qui suivent attentivement ces questions.

Au cours de ce mois d’octobre, on a successivement appris :

1. Qu’un virus nommé Stuxnet, mis au point dans le cadre d’une étroite coopération entre les services israéliens et américains avait mis le souk dans les systèmes de gestion de la centrale nucléaire iranienne de Bushehr.

2. Qu’une « mystérieuse explosion » s’était produite le 12 octobre dans la base souterraine ultra-secrète de Khorramabad, à l’ouest de l’Iran, abritant des missiles à moyenne portée, provoquant la mort de plusieurs dizaines (certains disent même plusieurs centaines) de Pasdarans chargés de leur garde. Comme par hasard, cette explosion s’est produite au moment où Mahmoud Ahmadinejad défiait verbalement Israël à quelques kilomètres de sa frontière nord.

3. Que le Hezbollah libanais était approvisionné, via la Syrie, en missiles d’une portée de 250 km, permettant d’atteindre les centres vitaux d’Israël à partir de bases situées hors de la zone théoriquement contrôlée par la FINUL (Force d’interposition des Nations Unies au Liban).

Téhéran a minimisé les deux premières affaires en parlant « d’accident » pour l’explosion dans la base des missiles, et en niant officiellement qu’un virus informatique soit la raison des retards répétés dans la mise en route de la centrale de Bushehr.

On ne commente pas non plus ces deux affaires à Jérusalem et à Washington, mais les canaux par lesquels elles sont parvenues à la connaissance du public[3. Notamment le journaliste indépendant israélien Jacques Benillouche (Slate.fr) et Stéphane Juffa, le patron de Metula News Agency.] et les précisions avec lesquelles ces informations sont rapportées est un signe qui ne trompe pas : les services spéciaux israéliens ne sont pas totalement étrangers à ces affaires et tiennent à le faire savoir.

Quant aux informations sur les nouvelles capacités militaires de la milice du Hezbollah, elles ont donné lieu à un « scoop » récent du journaliste du Figaro Georges Malbrunot, ancien otage en Irak, qui sert habituellement de « petit télégraphiste » lorsque les services syriens ont un message à faire passer. C’est ainsi qu’au mois de juillet dernier, la révélation par ce même Malbrunot de l’utilisation par le Qatar de sociétés de sécurité israéliennes avait rendu fou de rage Serge Dassault, propriétaire du Figaro engagé dans de délicates négociations pour la vente de « Rafale » à l’émirat du Qatar…

Pour l’instant, cette guerre contre l’Iran est à mi-chemin entre le stade de la gesticulation et les premières escarmouches annonciatrice de la grande confrontation.

La suite dépend du nouveau cours que prendra la politique étrangère d’Obama après la débâcle démocrate annoncée lors des midterm du 2 novembre. Le départ de Rahm Emmanuel de la Maison Blanche et celui, annoncé pour juin, de son plus proche conseiller David Axelrod marque sans doute la fin de la tentative de faire plier Benyamin Netanyahou sur la question des constructions dans les implantations.

Mais qu’adviendra-t-il ensuite ? Quelques augures conservateurs, comme l’ancien représentant américain à l’ONU John Bolton prédisent le pire : ligoté par un Congrès républicain en politique intérieure, Obama serait tenté de se concentrer sur des objectifs internationaux, par exemple en exigeant d’Israël qu’il adhère au Traité de non-prolifération nucléaire en échange du renoncement, par Téhéran à se doter d’armes atomiques. Ils annoncent aussi, en cas de blocage des pourparlers directs entre Palestiniens et Israéliens, que les Etats-Unis pourraient soutenir à l’ONU une résolution établissant un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza dans les frontières de 1967.

On ne voit pas comment Hillary Clinton (qui n’a pas perdu espoir de succéder, en 2016, à Barack Obama) pourrait souscrire à une telle ligne, et rien ne permet de penser que le successeur de James Jones à la tête du Conseil national de sécurité sera en mesure de « vendre » cette politique au Pentagone et au Congrès. Ce dernier tient, rappelons-le, les cordons de la bourse, et peut ainsi s’opposer au Président en coupant les vivres de projets qui lui sont chers. Il faudrait alors que cette politique d’Obama soit plébiscitée par l’opinion pour qu’elle ait quelque chance de s’imposer.

En attendant, au Proche-Orient, les bruits de bottes sont de plus en plus sonores…

Mon cambriolage, je l’ai pas volé

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Ces dernières semaines, j’ai pu constater la disparition, dans mon chalet d’alpage, d’une chaine de tronçonneuse, d’un piège à souris d’un modèle que je me garderai bien de définir plus avant, sous peine d’être accusé d’homophobie, et d’une loupe habituellement utilisée par mes petits-enfants pour mettre le feu à des brins de paille en concentrant les rayons du soleil.

Je n’avais pas fait le rapprochement de ces disparitions mystérieuses avec le fait d’avoir abordé, sur Causeur, l’affaire Bettencourt-Woerth. En y réfléchissant selon la méthode Plenel, il est maintenant clair que l’on a voulu, du côté de l’Elysée, me faire passer le message suivant : « Tu es fait comme un rat, on t’a à l’œil et si tu te t’écrases pas, on te découpe en rondelles… »