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Salaud de très pauvres !

photo : Yves Salvat

Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, jeune, beau et ambitieux, probablement compétent et donc inexcusable quand il tient certains propos, est un pur produit de la sarkozie. L’été dernier, il levait des fonds auprès d’hommes d’affaires français à Londres pour alimenter les caisses d’un mini-parti à sa botte.

Avec sa dernière trouvaille, ce brillant sujet qui préside un think-tank appelé « Droite sociale », par antiphrase dirait-on, apporte sa contribution personnelle – si personnelle qu’elle est désavouée par toute la droite – à la tactique présidentielle alimentée par les retours du terrain des élus UMP de base, et qui consiste à courir après une Marine Le Pen que l’on voit comme son père en soft quand elle laboure déjà d’autres sillons, comprenant que la misère sociale ne se divise pas entre Français et immigrés, assistés et autonomes et préférant inviter les électeurs à se demander d’où vient le mal. Et elle les incite à tourner leur regard vers le haut plutôt que vers leur voisin de vers le voisin du coron. On s’étonne, après, que certains se laissent abuser et finissent par croire qu’elle est de gauche.

Mais revenons à Laurent Wauquiez. Laurent Wauquiez est entré en guerre contre les « assistés ». On pourrait lui faire remarquer que ce discours n’est ni très neuf à droite ni très social. Ou encore que la technique consistant à monter les pauvres contre les très pauvres ou, comme Marx l’aurait dit, le prolétariat contre le lumpenprolétariat, est aussi vieille que le capitalisme. Une classe ouvrière unie, c’est toujours plus compliqué. Alors autant appliquer la stratégie de César dans La Guerre des Gaules et dresser les tribus les unes contre les autres pour faciliter la conquête. Et si un Vercingétorix se lève, comme Xavier Mathieu, leader des Conti, il est vite neutralisé par la surexposition médiatique, cette ruse ultime, sans compter un lâchage plus ou moins discret de sa propre hiérarchie syndicale, décidément réformiste et un acharnement ministériel à obtenir son licenciement une fois les projecteurs éteints.

Car voilà, dimanche, sur RMC puis sur BFM-TV, Laurent Wauquiez a expliqué que la France était sous la menace d’un danger vital. Le nucléaire ? Le réchauffement climatique ? Le terrorisme islamiste ? La montée des communautarismes ? Le creusement démentiel des inégalités ? Que nenni ! Ce qui tue la France, la met à genoux, creuse son déficit, ce qui nous amène à deux encablures de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande, tenez-vous bien, ce sont les assistés ! Oui ces salauds de (très) pauvres qui vivent grassement des RSA, se gobergent avec des APL, se goinfrent avec des allocations familiales.

Et comme des communicants lui ont appris son métier, à Laurent Wauquiez, il nous raconte l’histoire émouvante d’un ouvrier de chez Michelin qui l’aurait pris par la main pour lui chuchoter à l’oreille une terrible confidence : il aurait voté Le Pen parce que son voisin au RSA n’en fichait pas une rame et gagnait autant que lui qui faisait les trois-huit. Je ne sais pas ci cet ouvrier existe mais en tout cas il aura survécu au premier licenciement boursier de l’histoire de France, celui de Michelin, précisément, qui en 1999 mit 7500 personne sur le carreau sous le prétexte que les bénéfices de l’entreprise, 11% pour l’année, étaient de quatre points inférieurs à ce qui était attendu par les actionnaires.

On pourrait dire tout cela à Laurent Wauquiez. On se contentera de fournir quelques chiffres aisément vérifiables pour démonter cette légende des assistés vivant grassement aux dépens des smicards.
Des chiffres aussi têtus que les faits : un couple au RSA touche 700 euros par mois. S’il a trois enfants, il parvient à 1167 euros, mais s’il a le droit à l’APL, redescend à 1029 euros. Le couple de smicards, dans la même situation, a lui aussi droit à un « RSA chapeau » et à l’APL en guise de compléments.
ATD-Quart Monde est très clair. Dans la situation que nous venons de décrire, et qui est la plus favorable aux allocataires du RSA par rapport aux smicards, le différentiel reste de 350 euros en faveur des smicards.

Reste le vrai problème, celui que veut soigneusement cacher Laurent Wauquiez derrière cette charge inélégante : l’apparition en France du phénomène des « working poor » qui devrait tout de même choquer les élites sarkozistes qui ont placé la valeur-travail au centre de la morale sociale. Oui, il y a en France, comme en Angleterre depuis Thatcher, des gens qui travaillent et ne peuvent pas décemment vivre de leur travail.
Ensuite, si cette faible différence choque tant cela monsieur Wauquiez, pourquoi ne pose-t-il pas le problème dans l’autre sens ? En effet, ce qui est choquant finalement ce n’est pas que des allocations ressemblent à un salaire, c’est qu’un salaire, le smic en l’occurrence, ressemble à une allocation. Mais parler d’augmentation des salaires, par les temps qui courent, c’est comme se promener nu en public, c’est indécent.

Il n’empêche que les Français se font de moins en moins avoir par ces discours de division. Ils ont bien compris que lorsqu’il s’agit de sauver des banques, on parle en milliard d’euros, alors que pour la politique de l’emploi, l’unité est au mieux le million d’euros. Et il ne leur a pas échappé non plus qu’en comparant allocations et salaires minimum, on cherchait à dresser les citoyens les uns contre les autres pour des différences se montant à quelques centaines, voire quelques dizaines d’euros. Question d’échelle. Quant à la préférence pour le terme « assistanat » au détriment de « solidarité », elle n’est qu’une question de vocabulaire. Mais le choix des mots dit tout de la conception que l’on a de la société.

Prolo, facho, la gauche aura ta peau!

photo : Flickr

Cochon de prolo ! Même pas capable de comprendre que son salut passe par la gauche, petite, grande, réformiste, radicale, mais la sainte Gauche, merde ! Ce rejeton sans-cœur oublie cette génitrice possessive qu’il a reléguée dans sa maison de retraite, rue de Solferino. Salaud de pauvre ! Un ignare, un ingrat éthylique qui se jette dans les bras de la première aventurière blondasse venue. Qu’on le déshérite, ce gougnafier aux mauvaises manières !

Si, encore, il s’était choisi une mère de substitution aux couleurs du Front de gauche, une généreuse pasionaria qui réconcilierait socialisme et République, justice sociale et bonnet phrygien ? Que nenni ! Mélenchon a beau promener sa gouaille sympathique et talentueuse sur les plateaux de télé, ce n’est pas lui qui ramènera la voix du prolo déboussolé.[access capability= »lire_inedits »]

Il faut dire que ce n’est pas la première fois. L’ignominie, le prolo a ça dans le sang. Ne revenons pas sur la délicieuse quinzaine « antifasciste » de 2002 avec ses cortèges de Jean Moulin en culottes courtes : la messe a déjà été dite. En 2005, cet indécrottable enraciné, esprit grégaire et limité n’a-t-il pas flingué le beau Traité constitutionnel de l’Union européenne qui allait permettre de dépasser les vieux États-nations périmés pour instaurer une démocratie hors-sol, tellement plus moderne ? Le Parti des médias l’avait pourtant bien exhorté à dire « oui » : à plus d’Europe, plus de beauté multiculturelle, plus de « droits à ». Mais, incapable de s’élever au-delà de ses vulgaires considérations nationales et sociales, il a jeté avec rage le joli Meccano élaboré par des éminences compétentes. C’est que le prolo bougon ne sait que dire « non ».

Sarko ou le retour de la « common decency »

Il faut croire qu’il a la culture du poignard dans le dos chevillée au corps. En 2007, voilà que, telle une midinette prompte à s’enflammer pour le premier néo-conservateur à passeport français venu, il se laisse séduire par la geste de Nicolas Sarkozy et le verbe inspiré d’un Henri Guaino. Il y croit, ce con, à ces diatribes enfiévrées sur le « retour à la valeur-travail », au recommencement du roman national, à la rupture avec les notabilités impotentes et chabroliennes de la gauche et de la droite bourgeoises. Il y retrouve les accents de la common decency chère à George Orwell, cette vieille morale issue de la tradition ouvrière fondée sur une certaine idée de la dignité de classe, méthodiquement disqualifiée par l’idéologie soixante-huitarde au profit de la nouvelle idéologie triomphante des droits de la personne et des communautés. Le tournant de 1983 et la désindustrialisation du pays, assumée sinon voulue au nom de l’avenir radieux européen, la volatilisation inexorable du Parti communiste et, pour finir, l’effondrement du bloc soviétique, poursuivent la destruction de cette ancienne culture où la chaleur de l’appartenance se mêlait à l’espoir partagé d’un monde meilleur. Avec la montée concomitante des communautarismes et de l’individualisme, notre prolo, veuf et incompris, est rejeté à la périphérie des villes, puis à celle des banlieues, en même temps qu’il est effacé du récit collectif comme les ennemis de la Révolution étaient effacés des photos. Dans une époque qui encense les icônes de la diversité, de la mobilité et de la performance, le prolo fait tache. S’il est en quête de justice, il ne dédaigne nullement l’autorité, contrairement aux élites moyennes et grandes qui ont décidé depuis belle lurette de jouir sans entrave et de s’émanciper des dieux et des maîtres. Bref, il est du côté du Père quand la gauche s’adonne aux rêveries d’une Big Mother qui câlinerait le corps social, sans jamais s’en prendre aux désordres d’une globalisation dont elle a d’ailleurs hâté l’avènement.

Disons-le clairement : ce beauf à l’esprit étroit est devenu « réactionnaire ». La preuve, c’est que, quand Sarkozy brocardait la bien-pensance, s’attaquait à l’idéologie libérale/libertaire et aux rebelles nantis qui en étaient les zélés propagandistes, le prolo a dit « banco » !

D’accord, il s’est peut-être fait avoir comme un bleu de travail. Il faut bien admettre que les appels à la moralisation du capitalisme n’ont pas eu raison de la gloutonnerie du CAC 40 et que le Mur de l’argent n’est point tombé ! Du coup, le prolo boude Sarko. On ne peut pas le lui reprocher.

Ceux qui en concluent qu’il va revenir au bercail et prendre part, enfin, aux saintes luttes contre les discriminations ou pour la régularisation immédiate de tous les sans-papiers se fourrent le doigt de l’œil. Non seulement le prolo sarko-dépité refuse de jouer du violon au bal des égos socialistes mais, décidément rétif à l’excitation produite par le tourbillon d’un marché ouvert à tous les vents – que cette petite nature trouve anxiogène−, il proclame un insupportable attachement à son petit coin de planète. Il faut croire que le prolétariat, contrairement au vieil adage internationaliste, n’est pas sans frontières. Impossible également de lui faire entendre que l’immigration massive est une chance pour la France. Il est vrai que, vautré dans sa médiocrité matérialiste, il voit surtout qu’elle n’est pas une bonne nouvelle pour son salaire et sa protection sociale.

Sarko peut-il reconquérir le prolo – ce qui revient à demander s’il peut revenir, et pas seulement par le verbe, aux promesses de 2007 ? Passés maître dans l’art du double langage, les socialistes n’ont eu de cesse de faire du Président l’incarnation de la « dérive libérale ». Quels que soient les reproches légitimes que l’on peut adresser au chef de l’État, il aura été plus étatiste et interventionniste que la gauche quand elle était aux affaires.

Dans le feu de ce qui demeurera dans les manuels d’économie comme la Grande crise du XXIe siècle, il se sera montré capable de fouler aux pieds les saints dogmes de l’Union européenne là où l’on peut gager que les dirigeants socialistes se seraient restés confits en dévotion. S’il avait le courage d’affronter l’ire bruxelloise ou teutonne pour revenir à une République fondée sur la règle et la souveraineté, il pourrait sans doute inverser une tendance que les commentateurs de la chose sondagière présentent comme une vérité révélée. Bref, le président sortant peut encore s’en sortir s’il renvoie la meute des conformistes de son camp à leurs vieilles lunes.

On me dira que ces considérations nous éloignent de notre prolo. Au contraire, la question sociale et la crise de la zone euro et le prolo sont totalement indissociables. Qu’un État de la zone décide de faire défaut et l’implosion de la monnaie unique (et des institutions qui lui sont liées) ne relèvera plus de l’incantation souverainiste. DSK et ses concurrents apparaîtront alors pour ce qu’ils sont : les tenants les plus intransigeants d’une mondialisation destructrice.

Marine Le Pen l’a compris : la crise de la globalisation sera le grand enjeu de la présidentielle de 2012. Certes, il existe à gauche des esprits fins qui refusent de se complaire dans le déni et se démarquent de cette « prolophobie » dans laquelle Christopher Lasch voyait la marque de La Révolte des élites − contre le peuple. Mais entre la gauche et le peuple, le divorce est consommé. Et ce n’est pas la gauche dite « radicale », n’en déplaise à mon ami Jérôme Leroy, qui va ramasser la mise. Certes, elle prétend règlementer le capital financier mais, en même temps, elle refuse, au nom de l’amour du prochain, de maîtriser les flux migratoires ou de châtier la racaille érigée en victime.

Il est temps, cher Jérôme, de s’affranchir des grilles de lectures marxisantes et convenues consistant à expliquer la « droitisation » de l’électorat populaire par un déficit de « conscience de classe ». Confronté au même « aveuglement » du prolétariat, Lénine avait forgé le concept du Parti-guide qui allait se transformer en Parti-État, faisant advenir une tyrannie moderne dont personne, surtout pas toi, cher Jérôme, ne peut regretter la disparition.

En attendant, Marine Le Pen est devenue la diva des ouvriers – et des chômeurs. Amour durable ou une simple passade, il est trop tôt pour le dire. Certes, elle a su intelligemment chanter les louanges de l’État fort et interventionniste, qu’il s’agisse de restaurer la paix publique ou de faire prévaloir le principe d’égalité, thématiques plutôt inédites pour le Front. Reste à savoir si la formation protestataire qu’elle dirige est capable de la suivre dans cette révolution culturelle. Les jeux sont loin d’être faits. Pour les prolos comme pour la France.[/access]

Terra quotas

photo : buzz.bishop

Le scandale qui, depuis deux semaines, secoue le football français, n’aura pas été inutile[1. Que les lecteurs ne s’étonnent pas de notre timidité sur le sujet qui sera abondamment traité dans le prochain numéro du magazine]. Parce que, voyez-vous, j’ai enfin compris le problème de la France. Je dois cette avancée conceptuelle à la Fondation Terra Nova, boutique à idées proche du PS : pour vous situer, celle-ci avait proposé, il y a quelques semaines, de remplacer le vote, ce truc un peu éculé, par une sorte de sondage d’opinion géant – j’exagère à peine. Et au début de la semaine, Terra Nova conseillait aux socialistes de qui, non contents de sentir mauvais sous les bras, ont une méchante tendance à voter FN.

Mais revenons au foot. Depuis quinze jours, toutes les belles âmes qui passent habituellement leur temps à compter les gens en fonction de leur origine pour nous expliquer qu’il n’y a pas assez de ceci ou de cela dans les médias, à l’Assemblée ou ailleurs, s’indignent à l’idée que certains responsables de la FFF auraient pu compter, eux aussi, pour en conclure qu’il y aurait « trop de Noirs » dans les centres de formation. En vrai, il s’agissait surtout de nationalité, effective ou potentielle, mais de toute façon, c’est aussi très mal de se soucier d’intérêt national. On peut trouver légèrement contradictoire de célébrer la différence ethnique toute la journée et de dénoncer bruyamment ceux qui constatent l’existence de cette même différence, mais pas du tout : dans un cas, ça s’appelle la diversité, dans l’autre du racisme. Du coup, l’affaire a tétanisé l’ensemble de la classe médiatique et politique, chacun ayant compris que tout propos vaguement en dehors des clous pouvait lui accrocher l’infâmant grelot au revers de son veston pour le reste de ses jours. Au demeurant, nul ne niera que la question est ultra-sensible et qu’en dehors de toute intimidation, il est effectivement préférable de faire attention à ce qu’on dit. Peut-être pas au point de ne rien dire du tout, mais bon.

Pour ma part, je reste assez attachée à l’universalisme républicain qui ne s’intéresse qu’au mérite, mais tout le monde sait que je suis réac. Il faut être honnête, les auteurs de la note de Terra Nova (Olivier Ferrand, Arnaud Flanquart et Arnaud Richard) regrettent eux aussi ce temps où on ne voyait pas les couleurs. Mais puisque c’est fini, mieux vaut, expliquent-ils en substance, regarder les choses en face et feindre d’organiser les mystères qui nous dépassent. Donc, au point nous en sommes, le problème n’est pas qu’il y aurait « trop de Noirs » dans le foot mais qu’il y a « trop de Blancs à la FFF », minée par une « sociologie consanguine ». Il suffisait d’y penser. Du reste, poursuivent-ils, si les propos incriminés n’avaient pas été prononcés par des Blancs, ce ne serait pas du tout pareil. Dis-moi d’où tu viens, je te dirai ce que tu dis. Je ne voudrais pas vexer les honorables terranovistes mais ils n’ont pas inventé grand-chose : pendant la Coupe du monde, alors que les Français de toutes origines se demandaient avec effroi comment ils pouvaient être représentés par cette bande de mal élevés appelée « les Bleus », l’excellent François Bégaudeau expliquait déjà qu’il y avait trop de Raymond, Robert ou Jacques dans les instances du foot.

Si vous voulez mon avis, il faut aller encore plus loin. Le problème de la France, ce n’est pas seulement qu’il y a « trop de Blancs » mais qu’il y a trop de Français quelle que soit leur origine. Encore que me vient une petite idée au nom de laquelle je serais prête à soutenir une politique ferme de quotas. Et si on limitait le nombre de cons ?

Chabal victime d’un arbitrage sans arbitre

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Alors qu’il pouvait encore en début de semaine espérer concourir pour la Coupe du Monde avec le XV de France et disputer une demi-finale de Top 14 (puis, éventuellement une finale) avec le Racing-Métro, Sébastien Chabal ne fera rien de tout cela.

Ce mercredi, L’entraîneur Marc Lièvremont l’a tout d’abord mis à l’écart de l’équipe nationale, ce qui n’était pas une surprise au vu de ses performances dans le dernier Tournoi des VI nations. Mais surtout, il a été suspendu pour soixante jours par la commission de discipline de la Ligue Nationale de Rugby. Et là, ça se corse

Car ce qu’on reproche à Chabal, ce ne sont pas des mauvais gestes sur le terrain, ni même d’avoir sniffé de la poudre de perlimpinpin dans une troisième mi-temps. C’est d’avoir accusé dans son livre les arbitres de favoriser le club de Castres, c’est-à-dire, celui de l’actuel président de la Ligue Nationale de Rugby.

Honnêtement, en spectateur plus qu’intermittent, je n’ai pas d’opinion sur le bien-fondé des accusations de Chabal. Elles sont peut-être exagérées, infondées voire diffamatoires.

En revanche, j’ai une opinion, sur une institution, sportive ou autre, qui pense qu’on peut à la fois être juge et partie, ou plaignant et bourreau : son arbitrage et donc ses décisions sont forcément … (ici , cher lecteur, tu ajouteras une grossièreté de ton choix, je te fais confiance)

« J’entame un combat de libération nationale ! »

Nicolas Dupont-Aignan est maire de Yerres et député de l’Essonne. Il est président de Debout la République ! et candidat à l’élection présidentielle. Dernier livre paru
L’euro, les banquiers et la mondialisation : L’arnaque du siècle (éditions du Rocher)

Vous êtes un des derniers hommes politiques français à vous définir explicitement comme gaulliste. Mais comment définir le gaullisme en 2011 ?

NDA : Le droit des peuples à disposer d’eux mêmes. C’est tout simple. Ce n’est pas une nostalgie. C’est simplement le rappel des principes fondateurs de la démocratie, de la nation et de la République dans une France sous tutelle. Il faut rejeter la tutelle extérieure – supranationalité européenne, OMC, multinationales -, et briser les tutelles intérieures – féodalités, centrales d’achat, oligopoles bancaires, oligarques de l’énergie -, les secondes jouant en direct avec la première pour prendre le pouvoir en étau. Aujourd’hui, le pouvoir est faible et le peuple malheureux. Pour restaurer un pouvoir non pas fort mais démocratique, j’entame un combat de libération nationale et j’en appelle à un gouvernement de salut public. Dans cette perspective, je me définis comme gaulliste mais peu importe l’appellation. Ma candidature est une candidature nationale, républicaine et sociale.

Le problème, c’est que, ce faisant, vous occupez un espace politique où vous n’êtes pas seul. N’y a-t-il pas un risque de brouillage entre vous et Marine Le Pen, d’une part, Jean-Luc Mélenchon, de l’autre ?

C’est à nous de créer notre espace. Aujourd’hui, DSK, Hollande, Aubry, Bayrou, Villepin, Borloo, Sarkozy, Hulot, Duflot évoluent dans le même marigot, proposant de fausses alternances. Les Français savent bien qu’elles ne résoudront pas leurs problèmes puisqu’aucun de ces candidats déclarés ou potentiels ne remet en cause le cadre qu’ils se sont imposés. Or, c’est précisément ce cadre qui interdit toute solution. Nous avons besoin d’alternatives politiques. La seule qui intéresse le système médiatique est celle que propose ou prétend proposer Marine Le Pen. J’entends, pour ma part, présenter une alternative gaulliste et républicaine. Quand à Jean-Luc Mélenchon, il oscille entre alternance et alternative. Du reste, s’il piétine aujourd’hui, c’est parce que les gens ont compris qu’il risquait d’être un rabatteur pour le candidat de la pseudo-alternance socialiste.

En somme, les seuls candidats du changement seraient Marine Le Pen et vous-même ?

Exactement. Et ce n’est pas par hasard si toute l’attention se focalise sur Marine Le Pen. L’UMP et le PS ne peuvent se maintenir au pouvoir qu’en jouant sur la peur que suscite, légitimement du reste, l’alternative représentée par le Front national. Voilà pourquoi je défendrai inlassablement un projet cohérent de libération nationale que je présenterai début juin à la nation. Les Français jugeront sur pièces. On voudrait nous enfermer dans le même piège que pendant la campagne du référendum de 2005 : personne ne contestait l’existence de différences considérables entre les partisans du « oui » alors que tous les défenseurs du « non » et d’une autre Europe étaient mis dans le même sac. Prétendre qu’il ne pourrait y avoir qu’une alternative, c’est, je le répète, se condamner aux éternelles fausses alternances.

Pour vous, le principal combat consiste à refuser la logique financière qui est à l’origine de la tutelle que vous évoquiez. L’un des exemples les plus frappants est ce que vous appelez le « scandale France Trésor ». De quoi s’agit-il ?

C’est un scandale, mais il n’a rien de secret : je l’ai découvert sur internet. France Trésor est une agence de Bercy chargée de gérer, c’est-à-dire de placer, la dette de la France. Son comité stratégique, autrement dit l’organe qui la conseille dans ses placements, est composé de banquiers internationaux qui en sont aussi les bénéficiaires ! C’est un peu comme si mon Conseil municipal, qui doit notamment décider des achats de la municipalité, était composé non pas d’élus mais de fournisseurs. C’est ahurissant ! C’est sans doute le plus énorme conflit d’intérêt que nous connaissions, car les sommes en jeu, c’est-à-dire le service de la dette, se montent à 50 milliards d’euros par an, soit presqu’autant que le budget de l’Education nationale. D’un côté on supprime des postes dans les hôpitaux, les commissariats, les écoles et de l’autre on paye des intérêts exorbitants à des banques privées qui ont pris le contrôle de notre dette. Or, cette situation est la conséquence de la loi de 1973 qui interdit à la Banque de France de financer directement le Trésor et qui a été sanctuarisée par les traités de Maastricht et de Lisbonne. En vérité, on a privatisé la création monétaire. La Banque centrale européenne prête aux banques au taux de 1%, et celles-ci prêtent à la France à 3%, et à la Grèce ou au Portugal à 7 %. Il s’agit d’un véritable racket de la richesse nationale organisé à grande échelle. Si on n’avait pas, depuis vingt ans, payé d’intérêts sur la dette – ou si on avait payé des intérêts raisonnables – elle aurait déjà été remboursée.

Peut-être mais n’aurait-ce pas été au prix d’une inflation bien supérieure ?

Je ne prétends pas qu’il faut faire marcher la planche à billets dans tous les cas, mais pour les grands investissements stratégiques, il est tout à fait naturel qu’on ne paye pas d’intérêt. C’est ainsi que le général de Gaulle est parvenu, entre 1958 et 1968, rétablir l’équilibre des finances publiques, en conciliant des budgets tout à fait raisonnables sur le plan du fonctionnement et des investissements dans la recherche d’environ 5 % du PIB. Or, nous vivons encore sur les retombées des programmes lancés à ce moment-là. L’enjeu est très clair : soit les gouvernements reprennent le pouvoir sur le secteur bancaire, soit notre pays entrera dans un cercle vicieux d’appauvrissement et de clochardisation. Parce que, pendant ce temps, la Chine et les Etats-Unis investissent massivement dans les technologies du XXIème siècle et nous prenons un retard colossal. Tant que ce système perdurera, nous n’aurons aucune marge de manœuvre pour investir dans la recherche, c’est-à-dire dans l’avenir, et donc, aucun résultat sur le front de l’emploi. Avec cette question du financement de la dette, nous sommes donc au cœur du réacteur nucléaire qui est en train de nous détruire.

Propos recueillis par Jérôme Leroy

Le Royal Pudding de South Park : Kate et William risquent d’être fort marris

Alors que La conquête de Xavier Durringer sort à Cannes quatre bonnes années après les faits, il n’aura fallu que 15 jours aux créateurs de South Park pour digérer le mariage royal de qui nous savons, pour le restituer à leur manière. Vendredi, les Anglais pourront profiter d’un épisode en deux parties, baptisé « Royal pudding », qui ne met pas directement en scène Will et Kate, mais un couple canadien. D’après les fuites publiés par les tabloïds, les blagues reposeront notamment sur l’accent pourri des futurs mariés et l’enlèvement de la promise la veille de la cérémonie.

Le Duc et la Duchesse de Cambridge rejoignent ainsi au panthéon de Trey Parker et Matt Stone la Reine d’Angleterre, qui s’était suicidée dans un épisode de 2007, et feue la Princesse Diana, qui, elle, avait passé un réveillon de Noël en enfer…

Le chemin de Créteil

photo : lyon.catholique.fr

« On n’arrivait pas à croire à ce qui se passait. Ils sont entrés et, immédiatement, ils ont tiré sur la foule. Dans ce lieu de culte… Ils tuaient avec haine. Ils ont tué une femme avec son bébé et ont tiré sur une autre qui était enceinte. Elle les a suppliés de l’achever, mais ils lui ont dit :  » Non, tu vas continuer à souffrir et tu iras en enfer, alors que nous, nous irons au paradis. » » C’est un récit parmi d’autres de la prise d’otages dans la cathédrale Notre-Dame du Perpétuel Secours, à Bagdad le 31 octobre 2010. Le « Massacre de la Toussaint », comme l’ont appelé les médias, a duré cinq heures et marqué un tournant. Certes, ce n’était pas la première fois que les chrétiens d’Irak étaient pris pour cible par Al-Qaïda, mais jamais la barbarie n’avait atteint un tel niveau. Jamais non plus l’hypothèse de la disparition de la communauté chrétienne du Moyen-Orient n’avait semblé aussi sérieuse.[access capability= »lire_inedits »]

Les images de l’arrivée en France des 35 rescapés de l’attaque et de leurs accompagnateurs ont suivi de près celles des murs de la cathédrale bagdadie tachés de sang et criblés de balles. Les blessés graves transportés d’urgence vers les hôpitaux, leurs proches ont rejoint un centre d’hébergement à Créteil, géré par l’association France Terre d’asile. Puis, plus rien. Plus d’images. Plus de déclarations. Plus de témoignages. Que sont devenus ces gens au terme de six mois de séjour en France ? Comment vivent-ils ? Quel avenir veulent-ils ? Pensent-ils seulement à un avenir ?

La valise ou le cercueil

Depuis l’automne 2007, plusieurs pays-membres de l’Union européenne, dont la France, ont décidé d’accueillir les minorités religieuses vulnérables d’Irak, et notamment les chrétiens. Initialement fixé à 500, le nombre de visas délivrés par les autorités françaises serait d’environ 2000, selon l’Institut Assyro-Chaldéen-Syriaque. Est-ce trop, pas assez ? La question est plus délicate qu’il n’y paraît. Expert pour l’Alliance des civilisations des Nations unies et auteur de l’ouvrage de référence Ces Chrétiens qu’on assassine, René Guitton soutient la position des autorités religieuses d’Irak : « On a reproché à Bernard Kouchner de n’avoir donné que 500 visas, alors que l’Allemagne en avait donné 2000. Mais si on donne trop de visas, on fait le jeu des islamistes. Tous les responsables religieux, dans tout le Moyen-Orient, le disent. » Point de vue résumé en un slogan entendu lors de la manifestation de soutien aux chrétiens d’Irak, organisée à Paris en novembre 2010 : « La valise ou le cercueil, ils disent non ! Vivre en paix dans leur pays, ils disent oui ! » Beau comme de l’antique.

Mgr Yousif Petrus, recteur de la Mission chaldéenne en France, appelle au réalisme plutôt qu’à la résistance pacifique : « Je crois qu’il faut accorder davantage de visas. Il s’agit d’urgence et d’aide humanitaire. Ce n’est pas pour faire du tourisme que les chrétiens d’Irak viennent en France. » Elish Yako, responsable de l’Association d’entraide aux minorités d’Orient (AEMO) qui participe à la sélection des dossiers des personnes menacées au ministère de l’Immigration, partage ce point de vue : « L’Église d’Irak demande aux chrétiens de rester mais elle n’est pas en mesure de garantir leur sécurité et leur dignité. Nous avons reçu l’appel du frère d’un des prêtres assassinés dans la cathédrale. Il vit désormais caché et est menacé en permanence. Nous n’attendons de conseils de quiconque pour faire notre travail. » En clair, le maintien en Irak des minorités religieuses, quelles qu’elles soient, serait, sinon un vœu pieux, pour le moins un espoir lointain. Pour autant, il y a peut-être des mesures concrètes permettant d’échapper à l’alternative mortifère de la valise ou du cercueil.

Comment aider les chrétiens d’Irak à rester dans leur pays ? Avant de donner une réponse solidement argumentée à cette question embarrassante, Agnès Ide, jeune présidente de l’Institut Assyro-Chaldée-Syriaque, précise en souriant qu’elle est de nature optimiste. Les trois pistes qu’elle propose pour stopper l’exode de la communauté chrétienne et préserver la mosaïque culturelle de l’ancienne Mésopotamie paraissent presque réalistes. Pour commencer, le plus évident : sécuriser les églises, les écoles et autres lieux de rassemblement des chrétiens. Ensuite, il faut continuer à faire pression sur le gouvernement irakien pour qu’il reconnaisse le droit à l’autodétermination du peuple « chaldéen-syriaque-assyrien » avec, à la clé, l’attribution d’une région autonome et sécurisée dans le Nord du pays. « Nous ne cherchons en aucun cas à créer une enclave ethnico-religieuse, assure Agnès Ide. En revanche, nous sommes favorable à la transformation de l’Irak en un État fédéral au sein duquel les chaldéens-syriaques-assyriens disposeraient d’un territoire autonome.» Enfin, il s’agit de soutenir le développement économique de cette population en encourageant les initiatives locales dans le tourisme, l’agriculture ou les énergies renouvelables. « Le Nord de l’Irak, une région à potentiel touristique énorme, est déjà sécurisé !, poursuit la jeune femme avec un enthousiasme qui donne envie de sauter dans le premier vol pour Bagdad. « La population chrétienne qui s’y est réfugiée est urbaine. Elle ne sait pas comment tirer un profit maximal de la richesse agricole de la région ou exploiter son patrimoine historique.»

Les informations recensées par diverses ONG et institutions sur la situation des chrétiens au Kurdistan irakien inclinent cependant à plus de scepticisme. Selon l’Observatoire de la liberté religieuse, créé par une association dépendant du Saint-Siège, leur sécurité y est sans nul doute mieux assurée que dans le reste du pays, mais elle reste fragile. Le Parlement européen a transmis au gouvernement et au Parlement de Bagdad, ainsi qu’à l’Organisation de la conférence islamique, sa résolution du 20 janvier rappelant que les actes de violence religieuse étaient en augmentation et qu’ils visaient en majorité des chrétiens. Aussi louable soit ce geste symbolique, il a peu de chances de changer la donne sur le terrain.

La vie rêvée de la diaspora

Alors, pour beaucoup, la seule perspective d’avenir, c’est encore l’exil. « Les dimanches, nous nous retrouvons tous ici, nous partageons les repas, nous travaillons ensemble à la traduction de documents, à la constitution des dossiers. Le rôle de l’Église reste surtout celui de la prise en charge spirituelle des exilés. Mais nous mettons également nos locaux à la disposition de l’AEMO qui y tient permanence chaque samedi. Ainsi cet endroit est aussi une maison de culture et d’échange. » Mgr Yousif Petrus officie dans un modeste bureau encombré de livres et de photos jaunies d’une autre époque. Sa paroisse, Notre-Dame de Chaldée, située dans une rue sans charme du 18e arrondissement de Paris, avoisine un temple Ganesh. Au rez-de-chaussée du bâtiment moderne, quelques femmes vêtues de noir discutent en arabe. Les résolutions du Parlement européen ne changent rien au destin de ces chrétiens qui ont dû quitter l’Irak à la hâte et sans rien, ni à celui de leurs proches restés à Bagdad ou à Mossoul. Elles semblent, au contraire, susciter une vague inquiétude. « Nous ne voudrions pas que ce genre d’initiatives ait des retombées négatives chez nous, en Irak », commente Yousif Petrus. Le mot « représailles » n’est pas prononcé, mais chacun l’entend. Depuis l’intervention américaine − habilement qualifiée de « croisade » par George W. Bush −, les partisans du djihad voient chaque chrétien d’Irak comme un « élément étranger », un Occidental – un « croisé ».

Reste le plus facile : atténuer la détresse des victimes directes des persécutions. « Nous avons accueilli en urgence les personnes blessées lors de l’attaque du 31 octobre. Elles ont été accueillies en France et très bien accueillies. Mais plusieurs mois après le drame, les familles ne sont toujours pas réunies. Il faudrait vraiment que les choses aillent plus vite, dans ce cas précis », confie Yousif Petrus, toujours avec les mêmes précautions oratoires qui révèlent la crainte d’aggraver la situation « là-bas ». « Je ne voudrais pas que ce que je dis nuise à ma communauté. Les chrétiens d’Irak ne demandent pas un statut particulier en France. »

Il suffit d’assister à une messe en l’église Saint-Thomas-Apôtre, à Sarcelles, pour mesurer l’importance que les chrétiens d’Orient accordent à la famille et à la transmission de l’héritage. Entre deux offices chantés en araméen, les fidèles se croisent sur le parvis, échangent les dernières nouvelles du pays, s’enquièrent d’un travail ou d’un logement. Les garçons tout endimanchés s’attardent, observent discrètement les filles dans leurs robes en dentelle. Les couples se forment. Les enfants naissent et grandissent sans connaître la terre de leurs ancêtres, mais ils savent prier en syriaque oriental. Certaines familles rêvent de retour. « L’attentat de Bagdad a secoué la jeune génération des Irakiens vivant en diaspora. Ils retournent au pays ne serait-ce que pour de courtes périodes », affirme Agnès Ide, en connaissance de cause. Depuis 2006, elle-même se rend chaque année dans le Nord de l’Irak dans le cadre de missions humanitaires. « Les chrétiens, les chiites et les sunnites peuvent vivre ensemble. Mais pour cela, il faut défendre le principe de l’unité de l’Irak en tant qu’État laïque. La vague de solidarité qui a suivi le Massacre de la Toussaint prouve que cette idée fait consensus dans la société irakienne. Malheureusement, les médias occidentaux n’ont en pas parlé… » Le rêve d’une coexistence pacifique entre les différentes communautés religieuses d’Irak rapproche les générations. « Non, ce n’est pas un rêve, proteste Mgr Petrus. Une fois, j’ai été appelé à construire une église au sud-ouest de Mossoul. Son architecte était un chaldéen, le responsable du chantier était un syriaque orthodoxe, alors que l’ingénieur et les ouvriers étaient musulmans. Et tout le monde a accepté de travailler sans être payé ! » L’église construite par Mgr Petrus a été bombardée pendant la guerre.

À la sortie de la chapelle Saint-Léon, dans une ville de la banlieue parisienne, elle serre dans ses bras un minuscule balluchon dont s’échappent des cris stridents, signe de bonne santé et de vigueur chez les bébés. Les femmes se regroupent autour d’elle, regardent son enfant avec une affection particulière, comme s’il s’agissait de leur bébé à toutes. C’est un peu le cas. C’est le bébé de tous les rescapés de la cathédrale de Bagdad. Elle était enceinte de cinq mois. C’est elle que ses bourreaux avaient refusé d’achever pour qu’elle souffre avant, disaient-ils, d’« aller en enfer ». Elle est la preuve vivante de leur échec.[/access]

Hollande au pays du comté

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photo : Parti socialiste

Il y a quelques années, je n’aurais pas eu une idée si saugrenue. Figurez-vous qu’hier soir, je me suis retrouvé avec bloc et stylo en train de prendre des notes à une réunion publique dont la vedette était François Hollande. J’avais appris une grosse heure avant, par l’entremise du journal de France 3 Besançon, que le candidat aux primaires socialistes était de passage et que, peut-être, un petit reportage pourrait intéresser les lecteurs de mon blog et éventuellement ceux de Causeur.

Deux bonnes heures après, je me demandais si ce que j’avais vu et entendu méritait vraiment un article. Hollande a la réputation d’être drôle et d’improviser quelques mini-sketches lors de ses discours. Il n’a pas franchement été à la hauteur de sa réputation. Mais peut-être est-ce cela aussi, la nécessaire mutation du candidat. Moins de rondeurs, moins de blagues, et un discours plutôt chiant, à vrai dire. Hier soir, dans le gymnase de la Malcombe et devant 250 militants et sympathisants socialistes pas du tout chauffés à blanc, l’ambiance n’était pas à la fièvre électorale.

Certes, l’homme a l’air sympathique et lorsqu’à son arrivée, il déambule parmi les participants, il n’oublie jamais le petit mot pour faire sourire et il a une poignée de main ferme et chaleureuse. Il n’empêche, le discours de François Hollande aurait pu – tout aussi bien – être prononcé par son concurrent DSK mais aussi par François Bayrou, Jean-Louis Borloo ou même François Fillon. Mise en garde face aux populismes européens, mise à l’index du protectionnisme, assimilé au repli et aux barbelés, fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG, nouvelle vague de décentralisation, le rêve de Hollande n’a rien d’une révolution. On demeure dans la continuité des trente dernières années mais pouvait-on attendre autre chose de celui qui fut une cheville ouvrière du club deloriste « Témoins » au début des années 90 ?

C’est donc par le style que François Hollande entend se distinguer. Il est un candidat « normal » souhaitant devenir un président « normal ». Il explique en quoi l’exercice de la présidence de Nicolas Sarkozy demeure profondément « anormal », ce qui ne casse pas trois pattes à un canard. Tout cela est vrai mais réchauffé au micro-ondes. En fait, derrière l’évocation du Président actuel, on perçoit l’ombre de Dominique Strauss-Kahn. Pendant son discours, on sent à plusieurs reprises à quel point le souci premier de Hollande semble bien de se positionner par rapport au directeur général du FMI. On notera l’allusion à François Mitterrand largué dans les sondages par Michel Rocard à un an de l’élection dont on fête aujourd’hui l’anniversaire. On remarquera également ce tacle vicieux : « Je parcours la France depuis quelques années. Je la connais. » Plus significative encore, alors que, le discours terminé, il assure le service après-vente dans la salle, cette réponse faite à un militant qui le questionnait sur Mélenchon : « Il est très dur, Jean-Luc. Et si c’est Dominique face à lui, il sera très très dur ». Petit doigt me dit que si François Hollande tient, en tant que candidat socialiste, le même genre de discours qu’hier à Besançon, le candidat du Front de Gauche ne sera pas plus doux avec lui qu’avec DSK.

Hollande ne se voit qu’un seul adversaire dans ces primaires, c’est bien Strauss-Kahn. Il ne croit pas à la candidature de Martine Aubry et il méprise -voire ignore- celles d’Arnaud Montebourg ou de son ex Ségo , qu’il n’a pas cités parmi ses compétiteurs (« Pour l’instant, il n’y a qu’un candidat ; il y en aura bientôt deux »). Au passage, on se demande comment le député de Saône et Loire pourrait se ranger derrière François Hollande à partir de l’automne. La démondialisation qu’il prône se situe aux antipodes des conceptions orthodoxes développées hier soir.

Quel réquisitoire, me direz-vous, avec raison ! Je l’assume d’autant plus que je suis au nombre de ceux qui pensent que François Hollande est actuellement le mieux placé pour entrer à l’Elysée dans un an. Je me souviens de m’être livré en 2007 à la devinette suivante : « Savez-vous pourquoi je déteste à ce point Chirac ? Parce qu’à cause de lui, on a eu Sarkozy ».
Savez-vous pourquoi je déteste autant Sarkozy ? Parce que de sa faute, on va très probablement devoir se payer François Hollande…

Pas de lotus pour Madame Nhu

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Madame Nhu est morte le 24 avril 2011 dans cette résidence romaine qu’elle aimait, non loin de sa chapelle privée abritant une statue de la vierge Marie. Extravagante, catholique fervente, caustique, chic, féline et fragile, elle fut tout cela, et calomniée aussi, autant que Jiang Qing (et pour des raisons pas si dissemblables), une autre « Madame », mais du camp tout à fait opposé celle-là, puisqu’elle était Madame Mao.

Madame Nhu fut la première dame de la République du Sud-Viêt Nam de 1955 à 1963, mais une première dame spéciale à plus d’un titre. D’abord parce que le président Diem n’était pas son mari mais son beau-frère. Ensuite parce qu’elle ne transigeait pas beaucoup sur les choses de la religion. Des moines bouddhistes s’immolent en signe de protestation? « Barbecue », répond-elle. A son cou, une rivière de diamants… en forme de crucifix. Et à sa solde, une milice paramilitaire composée exclusivement de femmes. Féministe aussi, à sa manière particulière. Qui ne manquait ni de classe, ni de hargne, ni d’élégance, quoi qu’on en dise et pense.

Salima Rhamna est enseignante, blogueuse et romancière. Dernier ouvrage paru Chbebs ! (Editions de l’Abat-jour)

Pass contraception : just do it !

photo : rsr.ch

Le collectivisme totalitaire vient de faire un grand pas en avant dans ce pays, avec l’annonce triomphale, claironnée d’un commun accord par Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France, et Luc Chatel, ministre de l’Éducation (enfin, de ce qu’on croyait être l’Éducation), de l’instauration dans tous nos lycées du « pass contraception ».

On ne s’étendra pas sur cette dénomination qui d’emblée assimile la vie affective et amoureuse de nos adolescent(e)s à l’utilisation du métro et du RER. On peut s’attarder un peu plus sur la parfaite entente qui s’est instaurée pour l’occasion entre deux responsables politiques qu’on croyait encore adversaires : le parti unique n’est pas pour demain, mais on y travaille. Et paix sur terre aux hommes de bonne volonté !

La bonne volonté est incontestablement au rendez-vous. On ne pouvait pas indéfiniment accepter d’un cœur léger que se perpétue une boucherie annuelle de plus de treize mille IVG pratiquées sur des jeunes filles mineures. C’est un droit, l’IVG, donc c’est beau, l’IVG, mais quand même, à quinze ou seize ans, on a vaguement l’intuition que ce n’est peut-être pas terrible. Il est vrai que nos adolescentes semblent plus modérées ou plus débrouillardes que les grandes, car avec ces dernières, on arrive à deux cent mille. Suggérons donc d’instaurer le « pass contraception » pour tous jusqu’à la ménopause ou l’andropause.

Bref, il fallait réagir ; c’est chose faite. Nos gamines de seconde n’auront qu’à se rendre à l’infirmerie du lycée, pendant la récré, entre le cours de français et celui de maths, pour obtenir leur kit de non-procréation. (Encore qu’il n’en ait guère été question, je suppose et veux croire que la puissance publique n’a pas oublié les MST en chemin, la pilule étant, à ce qu’il me semble, assez peu efficace contre la contamination par le VIH.) Et tout ira pour le mieux, d’autant plus que les parents n’auront plus à s’en mêler. Ça les soulagera, ces pauvres parents, et de toute façon, on le savait déjà à Sparte, ce n’est pas aux parents de s’occuper d’élever leurs enfants, de veiller à leur santé, à leur équilibre, à leurs occupations et fréquentations. C’est à la collectivité sociale de prendre tout cela en charge. L’enjeu est trop grave. Il s’agit d’édicter des règles pour le parc humain. Nos responsables ont lu Peter Sloterdijk, et ils ont su faire la part entre ce qui relève, chez ce philosophe, d’une ironie tout à fait malséante, et ce que sa pensée pouvait offrir d’utile. La pensée de Sloterdijk a été en quelque sorte rééduquée et mise à profit dans l’intérêt de tous. Cet homme avait raison sans le savoir, peut-être. Nos politiques ont su remettre sa dialectique à l’endroit. Marchons d’un pas résolu vers la stabulation libre.

Il faudra bien entendu combattre également, chez ces jeunes êtres en formation, ces garçons timides à qui l’amour fiche le trac, ces petites filles déjà jolies qui rêvent du Prince charmant, toute trace de romantisme, d’hésitation, de pudeur, de réserve. On n’allait pas leur parler indéfiniment de leur sensibilité, de leurs rêves, de leurs désirs, de leurs questionnements, de leurs émerveillements, de leurs cœurs qui battent, de tout ce vieux saint-frusquin hors d’usage dans une société pragmatique. On n’allait pas éternellement cultiver ces longues rêveries sur l’amour qui ne sont que la vitrine poétisée du vieux moralisme judéo-chrétien. On n’allait pas leur dire, à ces gosses, que peut-être, à leur âge, elles avaient le temps, et qu’il n’est pas mauvais, avec les garçons, de leur tenir un peu la dragée haute. Fini, tout ça ! La sexualité, c’est la sexualité, rien de plus. Ça ne se rêve pas, ça se réalise. Just do it ! Dans les règles de l’hygiène. Est-ce qu’on fait tant de manières avec les animaux d’élevage ?

Salaud de très pauvres !

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photo : Yves Salvat

Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, jeune, beau et ambitieux, probablement compétent et donc inexcusable quand il tient certains propos, est un pur produit de la sarkozie. L’été dernier, il levait des fonds auprès d’hommes d’affaires français à Londres pour alimenter les caisses d’un mini-parti à sa botte.

Avec sa dernière trouvaille, ce brillant sujet qui préside un think-tank appelé « Droite sociale », par antiphrase dirait-on, apporte sa contribution personnelle – si personnelle qu’elle est désavouée par toute la droite – à la tactique présidentielle alimentée par les retours du terrain des élus UMP de base, et qui consiste à courir après une Marine Le Pen que l’on voit comme son père en soft quand elle laboure déjà d’autres sillons, comprenant que la misère sociale ne se divise pas entre Français et immigrés, assistés et autonomes et préférant inviter les électeurs à se demander d’où vient le mal. Et elle les incite à tourner leur regard vers le haut plutôt que vers leur voisin de vers le voisin du coron. On s’étonne, après, que certains se laissent abuser et finissent par croire qu’elle est de gauche.

Mais revenons à Laurent Wauquiez. Laurent Wauquiez est entré en guerre contre les « assistés ». On pourrait lui faire remarquer que ce discours n’est ni très neuf à droite ni très social. Ou encore que la technique consistant à monter les pauvres contre les très pauvres ou, comme Marx l’aurait dit, le prolétariat contre le lumpenprolétariat, est aussi vieille que le capitalisme. Une classe ouvrière unie, c’est toujours plus compliqué. Alors autant appliquer la stratégie de César dans La Guerre des Gaules et dresser les tribus les unes contre les autres pour faciliter la conquête. Et si un Vercingétorix se lève, comme Xavier Mathieu, leader des Conti, il est vite neutralisé par la surexposition médiatique, cette ruse ultime, sans compter un lâchage plus ou moins discret de sa propre hiérarchie syndicale, décidément réformiste et un acharnement ministériel à obtenir son licenciement une fois les projecteurs éteints.

Car voilà, dimanche, sur RMC puis sur BFM-TV, Laurent Wauquiez a expliqué que la France était sous la menace d’un danger vital. Le nucléaire ? Le réchauffement climatique ? Le terrorisme islamiste ? La montée des communautarismes ? Le creusement démentiel des inégalités ? Que nenni ! Ce qui tue la France, la met à genoux, creuse son déficit, ce qui nous amène à deux encablures de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande, tenez-vous bien, ce sont les assistés ! Oui ces salauds de (très) pauvres qui vivent grassement des RSA, se gobergent avec des APL, se goinfrent avec des allocations familiales.

Et comme des communicants lui ont appris son métier, à Laurent Wauquiez, il nous raconte l’histoire émouvante d’un ouvrier de chez Michelin qui l’aurait pris par la main pour lui chuchoter à l’oreille une terrible confidence : il aurait voté Le Pen parce que son voisin au RSA n’en fichait pas une rame et gagnait autant que lui qui faisait les trois-huit. Je ne sais pas ci cet ouvrier existe mais en tout cas il aura survécu au premier licenciement boursier de l’histoire de France, celui de Michelin, précisément, qui en 1999 mit 7500 personne sur le carreau sous le prétexte que les bénéfices de l’entreprise, 11% pour l’année, étaient de quatre points inférieurs à ce qui était attendu par les actionnaires.

On pourrait dire tout cela à Laurent Wauquiez. On se contentera de fournir quelques chiffres aisément vérifiables pour démonter cette légende des assistés vivant grassement aux dépens des smicards.
Des chiffres aussi têtus que les faits : un couple au RSA touche 700 euros par mois. S’il a trois enfants, il parvient à 1167 euros, mais s’il a le droit à l’APL, redescend à 1029 euros. Le couple de smicards, dans la même situation, a lui aussi droit à un « RSA chapeau » et à l’APL en guise de compléments.
ATD-Quart Monde est très clair. Dans la situation que nous venons de décrire, et qui est la plus favorable aux allocataires du RSA par rapport aux smicards, le différentiel reste de 350 euros en faveur des smicards.

Reste le vrai problème, celui que veut soigneusement cacher Laurent Wauquiez derrière cette charge inélégante : l’apparition en France du phénomène des « working poor » qui devrait tout de même choquer les élites sarkozistes qui ont placé la valeur-travail au centre de la morale sociale. Oui, il y a en France, comme en Angleterre depuis Thatcher, des gens qui travaillent et ne peuvent pas décemment vivre de leur travail.
Ensuite, si cette faible différence choque tant cela monsieur Wauquiez, pourquoi ne pose-t-il pas le problème dans l’autre sens ? En effet, ce qui est choquant finalement ce n’est pas que des allocations ressemblent à un salaire, c’est qu’un salaire, le smic en l’occurrence, ressemble à une allocation. Mais parler d’augmentation des salaires, par les temps qui courent, c’est comme se promener nu en public, c’est indécent.

Il n’empêche que les Français se font de moins en moins avoir par ces discours de division. Ils ont bien compris que lorsqu’il s’agit de sauver des banques, on parle en milliard d’euros, alors que pour la politique de l’emploi, l’unité est au mieux le million d’euros. Et il ne leur a pas échappé non plus qu’en comparant allocations et salaires minimum, on cherchait à dresser les citoyens les uns contre les autres pour des différences se montant à quelques centaines, voire quelques dizaines d’euros. Question d’échelle. Quant à la préférence pour le terme « assistanat » au détriment de « solidarité », elle n’est qu’une question de vocabulaire. Mais le choix des mots dit tout de la conception que l’on a de la société.

Prolo, facho, la gauche aura ta peau!

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photo : Flickr

Cochon de prolo ! Même pas capable de comprendre que son salut passe par la gauche, petite, grande, réformiste, radicale, mais la sainte Gauche, merde ! Ce rejeton sans-cœur oublie cette génitrice possessive qu’il a reléguée dans sa maison de retraite, rue de Solferino. Salaud de pauvre ! Un ignare, un ingrat éthylique qui se jette dans les bras de la première aventurière blondasse venue. Qu’on le déshérite, ce gougnafier aux mauvaises manières !

Si, encore, il s’était choisi une mère de substitution aux couleurs du Front de gauche, une généreuse pasionaria qui réconcilierait socialisme et République, justice sociale et bonnet phrygien ? Que nenni ! Mélenchon a beau promener sa gouaille sympathique et talentueuse sur les plateaux de télé, ce n’est pas lui qui ramènera la voix du prolo déboussolé.[access capability= »lire_inedits »]

Il faut dire que ce n’est pas la première fois. L’ignominie, le prolo a ça dans le sang. Ne revenons pas sur la délicieuse quinzaine « antifasciste » de 2002 avec ses cortèges de Jean Moulin en culottes courtes : la messe a déjà été dite. En 2005, cet indécrottable enraciné, esprit grégaire et limité n’a-t-il pas flingué le beau Traité constitutionnel de l’Union européenne qui allait permettre de dépasser les vieux États-nations périmés pour instaurer une démocratie hors-sol, tellement plus moderne ? Le Parti des médias l’avait pourtant bien exhorté à dire « oui » : à plus d’Europe, plus de beauté multiculturelle, plus de « droits à ». Mais, incapable de s’élever au-delà de ses vulgaires considérations nationales et sociales, il a jeté avec rage le joli Meccano élaboré par des éminences compétentes. C’est que le prolo bougon ne sait que dire « non ».

Sarko ou le retour de la « common decency »

Il faut croire qu’il a la culture du poignard dans le dos chevillée au corps. En 2007, voilà que, telle une midinette prompte à s’enflammer pour le premier néo-conservateur à passeport français venu, il se laisse séduire par la geste de Nicolas Sarkozy et le verbe inspiré d’un Henri Guaino. Il y croit, ce con, à ces diatribes enfiévrées sur le « retour à la valeur-travail », au recommencement du roman national, à la rupture avec les notabilités impotentes et chabroliennes de la gauche et de la droite bourgeoises. Il y retrouve les accents de la common decency chère à George Orwell, cette vieille morale issue de la tradition ouvrière fondée sur une certaine idée de la dignité de classe, méthodiquement disqualifiée par l’idéologie soixante-huitarde au profit de la nouvelle idéologie triomphante des droits de la personne et des communautés. Le tournant de 1983 et la désindustrialisation du pays, assumée sinon voulue au nom de l’avenir radieux européen, la volatilisation inexorable du Parti communiste et, pour finir, l’effondrement du bloc soviétique, poursuivent la destruction de cette ancienne culture où la chaleur de l’appartenance se mêlait à l’espoir partagé d’un monde meilleur. Avec la montée concomitante des communautarismes et de l’individualisme, notre prolo, veuf et incompris, est rejeté à la périphérie des villes, puis à celle des banlieues, en même temps qu’il est effacé du récit collectif comme les ennemis de la Révolution étaient effacés des photos. Dans une époque qui encense les icônes de la diversité, de la mobilité et de la performance, le prolo fait tache. S’il est en quête de justice, il ne dédaigne nullement l’autorité, contrairement aux élites moyennes et grandes qui ont décidé depuis belle lurette de jouir sans entrave et de s’émanciper des dieux et des maîtres. Bref, il est du côté du Père quand la gauche s’adonne aux rêveries d’une Big Mother qui câlinerait le corps social, sans jamais s’en prendre aux désordres d’une globalisation dont elle a d’ailleurs hâté l’avènement.

Disons-le clairement : ce beauf à l’esprit étroit est devenu « réactionnaire ». La preuve, c’est que, quand Sarkozy brocardait la bien-pensance, s’attaquait à l’idéologie libérale/libertaire et aux rebelles nantis qui en étaient les zélés propagandistes, le prolo a dit « banco » !

D’accord, il s’est peut-être fait avoir comme un bleu de travail. Il faut bien admettre que les appels à la moralisation du capitalisme n’ont pas eu raison de la gloutonnerie du CAC 40 et que le Mur de l’argent n’est point tombé ! Du coup, le prolo boude Sarko. On ne peut pas le lui reprocher.

Ceux qui en concluent qu’il va revenir au bercail et prendre part, enfin, aux saintes luttes contre les discriminations ou pour la régularisation immédiate de tous les sans-papiers se fourrent le doigt de l’œil. Non seulement le prolo sarko-dépité refuse de jouer du violon au bal des égos socialistes mais, décidément rétif à l’excitation produite par le tourbillon d’un marché ouvert à tous les vents – que cette petite nature trouve anxiogène−, il proclame un insupportable attachement à son petit coin de planète. Il faut croire que le prolétariat, contrairement au vieil adage internationaliste, n’est pas sans frontières. Impossible également de lui faire entendre que l’immigration massive est une chance pour la France. Il est vrai que, vautré dans sa médiocrité matérialiste, il voit surtout qu’elle n’est pas une bonne nouvelle pour son salaire et sa protection sociale.

Sarko peut-il reconquérir le prolo – ce qui revient à demander s’il peut revenir, et pas seulement par le verbe, aux promesses de 2007 ? Passés maître dans l’art du double langage, les socialistes n’ont eu de cesse de faire du Président l’incarnation de la « dérive libérale ». Quels que soient les reproches légitimes que l’on peut adresser au chef de l’État, il aura été plus étatiste et interventionniste que la gauche quand elle était aux affaires.

Dans le feu de ce qui demeurera dans les manuels d’économie comme la Grande crise du XXIe siècle, il se sera montré capable de fouler aux pieds les saints dogmes de l’Union européenne là où l’on peut gager que les dirigeants socialistes se seraient restés confits en dévotion. S’il avait le courage d’affronter l’ire bruxelloise ou teutonne pour revenir à une République fondée sur la règle et la souveraineté, il pourrait sans doute inverser une tendance que les commentateurs de la chose sondagière présentent comme une vérité révélée. Bref, le président sortant peut encore s’en sortir s’il renvoie la meute des conformistes de son camp à leurs vieilles lunes.

On me dira que ces considérations nous éloignent de notre prolo. Au contraire, la question sociale et la crise de la zone euro et le prolo sont totalement indissociables. Qu’un État de la zone décide de faire défaut et l’implosion de la monnaie unique (et des institutions qui lui sont liées) ne relèvera plus de l’incantation souverainiste. DSK et ses concurrents apparaîtront alors pour ce qu’ils sont : les tenants les plus intransigeants d’une mondialisation destructrice.

Marine Le Pen l’a compris : la crise de la globalisation sera le grand enjeu de la présidentielle de 2012. Certes, il existe à gauche des esprits fins qui refusent de se complaire dans le déni et se démarquent de cette « prolophobie » dans laquelle Christopher Lasch voyait la marque de La Révolte des élites − contre le peuple. Mais entre la gauche et le peuple, le divorce est consommé. Et ce n’est pas la gauche dite « radicale », n’en déplaise à mon ami Jérôme Leroy, qui va ramasser la mise. Certes, elle prétend règlementer le capital financier mais, en même temps, elle refuse, au nom de l’amour du prochain, de maîtriser les flux migratoires ou de châtier la racaille érigée en victime.

Il est temps, cher Jérôme, de s’affranchir des grilles de lectures marxisantes et convenues consistant à expliquer la « droitisation » de l’électorat populaire par un déficit de « conscience de classe ». Confronté au même « aveuglement » du prolétariat, Lénine avait forgé le concept du Parti-guide qui allait se transformer en Parti-État, faisant advenir une tyrannie moderne dont personne, surtout pas toi, cher Jérôme, ne peut regretter la disparition.

En attendant, Marine Le Pen est devenue la diva des ouvriers – et des chômeurs. Amour durable ou une simple passade, il est trop tôt pour le dire. Certes, elle a su intelligemment chanter les louanges de l’État fort et interventionniste, qu’il s’agisse de restaurer la paix publique ou de faire prévaloir le principe d’égalité, thématiques plutôt inédites pour le Front. Reste à savoir si la formation protestataire qu’elle dirige est capable de la suivre dans cette révolution culturelle. Les jeux sont loin d’être faits. Pour les prolos comme pour la France.[/access]

Terra quotas

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photo : buzz.bishop

Le scandale qui, depuis deux semaines, secoue le football français, n’aura pas été inutile[1. Que les lecteurs ne s’étonnent pas de notre timidité sur le sujet qui sera abondamment traité dans le prochain numéro du magazine]. Parce que, voyez-vous, j’ai enfin compris le problème de la France. Je dois cette avancée conceptuelle à la Fondation Terra Nova, boutique à idées proche du PS : pour vous situer, celle-ci avait proposé, il y a quelques semaines, de remplacer le vote, ce truc un peu éculé, par une sorte de sondage d’opinion géant – j’exagère à peine. Et au début de la semaine, Terra Nova conseillait aux socialistes de qui, non contents de sentir mauvais sous les bras, ont une méchante tendance à voter FN.

Mais revenons au foot. Depuis quinze jours, toutes les belles âmes qui passent habituellement leur temps à compter les gens en fonction de leur origine pour nous expliquer qu’il n’y a pas assez de ceci ou de cela dans les médias, à l’Assemblée ou ailleurs, s’indignent à l’idée que certains responsables de la FFF auraient pu compter, eux aussi, pour en conclure qu’il y aurait « trop de Noirs » dans les centres de formation. En vrai, il s’agissait surtout de nationalité, effective ou potentielle, mais de toute façon, c’est aussi très mal de se soucier d’intérêt national. On peut trouver légèrement contradictoire de célébrer la différence ethnique toute la journée et de dénoncer bruyamment ceux qui constatent l’existence de cette même différence, mais pas du tout : dans un cas, ça s’appelle la diversité, dans l’autre du racisme. Du coup, l’affaire a tétanisé l’ensemble de la classe médiatique et politique, chacun ayant compris que tout propos vaguement en dehors des clous pouvait lui accrocher l’infâmant grelot au revers de son veston pour le reste de ses jours. Au demeurant, nul ne niera que la question est ultra-sensible et qu’en dehors de toute intimidation, il est effectivement préférable de faire attention à ce qu’on dit. Peut-être pas au point de ne rien dire du tout, mais bon.

Pour ma part, je reste assez attachée à l’universalisme républicain qui ne s’intéresse qu’au mérite, mais tout le monde sait que je suis réac. Il faut être honnête, les auteurs de la note de Terra Nova (Olivier Ferrand, Arnaud Flanquart et Arnaud Richard) regrettent eux aussi ce temps où on ne voyait pas les couleurs. Mais puisque c’est fini, mieux vaut, expliquent-ils en substance, regarder les choses en face et feindre d’organiser les mystères qui nous dépassent. Donc, au point nous en sommes, le problème n’est pas qu’il y aurait « trop de Noirs » dans le foot mais qu’il y a « trop de Blancs à la FFF », minée par une « sociologie consanguine ». Il suffisait d’y penser. Du reste, poursuivent-ils, si les propos incriminés n’avaient pas été prononcés par des Blancs, ce ne serait pas du tout pareil. Dis-moi d’où tu viens, je te dirai ce que tu dis. Je ne voudrais pas vexer les honorables terranovistes mais ils n’ont pas inventé grand-chose : pendant la Coupe du monde, alors que les Français de toutes origines se demandaient avec effroi comment ils pouvaient être représentés par cette bande de mal élevés appelée « les Bleus », l’excellent François Bégaudeau expliquait déjà qu’il y avait trop de Raymond, Robert ou Jacques dans les instances du foot.

Si vous voulez mon avis, il faut aller encore plus loin. Le problème de la France, ce n’est pas seulement qu’il y a « trop de Blancs » mais qu’il y a trop de Français quelle que soit leur origine. Encore que me vient une petite idée au nom de laquelle je serais prête à soutenir une politique ferme de quotas. Et si on limitait le nombre de cons ?

Chabal victime d’un arbitrage sans arbitre

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Alors qu’il pouvait encore en début de semaine espérer concourir pour la Coupe du Monde avec le XV de France et disputer une demi-finale de Top 14 (puis, éventuellement une finale) avec le Racing-Métro, Sébastien Chabal ne fera rien de tout cela.

Ce mercredi, L’entraîneur Marc Lièvremont l’a tout d’abord mis à l’écart de l’équipe nationale, ce qui n’était pas une surprise au vu de ses performances dans le dernier Tournoi des VI nations. Mais surtout, il a été suspendu pour soixante jours par la commission de discipline de la Ligue Nationale de Rugby. Et là, ça se corse

Car ce qu’on reproche à Chabal, ce ne sont pas des mauvais gestes sur le terrain, ni même d’avoir sniffé de la poudre de perlimpinpin dans une troisième mi-temps. C’est d’avoir accusé dans son livre les arbitres de favoriser le club de Castres, c’est-à-dire, celui de l’actuel président de la Ligue Nationale de Rugby.

Honnêtement, en spectateur plus qu’intermittent, je n’ai pas d’opinion sur le bien-fondé des accusations de Chabal. Elles sont peut-être exagérées, infondées voire diffamatoires.

En revanche, j’ai une opinion, sur une institution, sportive ou autre, qui pense qu’on peut à la fois être juge et partie, ou plaignant et bourreau : son arbitrage et donc ses décisions sont forcément … (ici , cher lecteur, tu ajouteras une grossièreté de ton choix, je te fais confiance)

« J’entame un combat de libération nationale ! »

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Nicolas Dupont-Aignan est maire de Yerres et député de l’Essonne. Il est président de Debout la République ! et candidat à l’élection présidentielle. Dernier livre paru
L’euro, les banquiers et la mondialisation : L’arnaque du siècle (éditions du Rocher)

Vous êtes un des derniers hommes politiques français à vous définir explicitement comme gaulliste. Mais comment définir le gaullisme en 2011 ?

NDA : Le droit des peuples à disposer d’eux mêmes. C’est tout simple. Ce n’est pas une nostalgie. C’est simplement le rappel des principes fondateurs de la démocratie, de la nation et de la République dans une France sous tutelle. Il faut rejeter la tutelle extérieure – supranationalité européenne, OMC, multinationales -, et briser les tutelles intérieures – féodalités, centrales d’achat, oligopoles bancaires, oligarques de l’énergie -, les secondes jouant en direct avec la première pour prendre le pouvoir en étau. Aujourd’hui, le pouvoir est faible et le peuple malheureux. Pour restaurer un pouvoir non pas fort mais démocratique, j’entame un combat de libération nationale et j’en appelle à un gouvernement de salut public. Dans cette perspective, je me définis comme gaulliste mais peu importe l’appellation. Ma candidature est une candidature nationale, républicaine et sociale.

Le problème, c’est que, ce faisant, vous occupez un espace politique où vous n’êtes pas seul. N’y a-t-il pas un risque de brouillage entre vous et Marine Le Pen, d’une part, Jean-Luc Mélenchon, de l’autre ?

C’est à nous de créer notre espace. Aujourd’hui, DSK, Hollande, Aubry, Bayrou, Villepin, Borloo, Sarkozy, Hulot, Duflot évoluent dans le même marigot, proposant de fausses alternances. Les Français savent bien qu’elles ne résoudront pas leurs problèmes puisqu’aucun de ces candidats déclarés ou potentiels ne remet en cause le cadre qu’ils se sont imposés. Or, c’est précisément ce cadre qui interdit toute solution. Nous avons besoin d’alternatives politiques. La seule qui intéresse le système médiatique est celle que propose ou prétend proposer Marine Le Pen. J’entends, pour ma part, présenter une alternative gaulliste et républicaine. Quand à Jean-Luc Mélenchon, il oscille entre alternance et alternative. Du reste, s’il piétine aujourd’hui, c’est parce que les gens ont compris qu’il risquait d’être un rabatteur pour le candidat de la pseudo-alternance socialiste.

En somme, les seuls candidats du changement seraient Marine Le Pen et vous-même ?

Exactement. Et ce n’est pas par hasard si toute l’attention se focalise sur Marine Le Pen. L’UMP et le PS ne peuvent se maintenir au pouvoir qu’en jouant sur la peur que suscite, légitimement du reste, l’alternative représentée par le Front national. Voilà pourquoi je défendrai inlassablement un projet cohérent de libération nationale que je présenterai début juin à la nation. Les Français jugeront sur pièces. On voudrait nous enfermer dans le même piège que pendant la campagne du référendum de 2005 : personne ne contestait l’existence de différences considérables entre les partisans du « oui » alors que tous les défenseurs du « non » et d’une autre Europe étaient mis dans le même sac. Prétendre qu’il ne pourrait y avoir qu’une alternative, c’est, je le répète, se condamner aux éternelles fausses alternances.

Pour vous, le principal combat consiste à refuser la logique financière qui est à l’origine de la tutelle que vous évoquiez. L’un des exemples les plus frappants est ce que vous appelez le « scandale France Trésor ». De quoi s’agit-il ?

C’est un scandale, mais il n’a rien de secret : je l’ai découvert sur internet. France Trésor est une agence de Bercy chargée de gérer, c’est-à-dire de placer, la dette de la France. Son comité stratégique, autrement dit l’organe qui la conseille dans ses placements, est composé de banquiers internationaux qui en sont aussi les bénéficiaires ! C’est un peu comme si mon Conseil municipal, qui doit notamment décider des achats de la municipalité, était composé non pas d’élus mais de fournisseurs. C’est ahurissant ! C’est sans doute le plus énorme conflit d’intérêt que nous connaissions, car les sommes en jeu, c’est-à-dire le service de la dette, se montent à 50 milliards d’euros par an, soit presqu’autant que le budget de l’Education nationale. D’un côté on supprime des postes dans les hôpitaux, les commissariats, les écoles et de l’autre on paye des intérêts exorbitants à des banques privées qui ont pris le contrôle de notre dette. Or, cette situation est la conséquence de la loi de 1973 qui interdit à la Banque de France de financer directement le Trésor et qui a été sanctuarisée par les traités de Maastricht et de Lisbonne. En vérité, on a privatisé la création monétaire. La Banque centrale européenne prête aux banques au taux de 1%, et celles-ci prêtent à la France à 3%, et à la Grèce ou au Portugal à 7 %. Il s’agit d’un véritable racket de la richesse nationale organisé à grande échelle. Si on n’avait pas, depuis vingt ans, payé d’intérêts sur la dette – ou si on avait payé des intérêts raisonnables – elle aurait déjà été remboursée.

Peut-être mais n’aurait-ce pas été au prix d’une inflation bien supérieure ?

Je ne prétends pas qu’il faut faire marcher la planche à billets dans tous les cas, mais pour les grands investissements stratégiques, il est tout à fait naturel qu’on ne paye pas d’intérêt. C’est ainsi que le général de Gaulle est parvenu, entre 1958 et 1968, rétablir l’équilibre des finances publiques, en conciliant des budgets tout à fait raisonnables sur le plan du fonctionnement et des investissements dans la recherche d’environ 5 % du PIB. Or, nous vivons encore sur les retombées des programmes lancés à ce moment-là. L’enjeu est très clair : soit les gouvernements reprennent le pouvoir sur le secteur bancaire, soit notre pays entrera dans un cercle vicieux d’appauvrissement et de clochardisation. Parce que, pendant ce temps, la Chine et les Etats-Unis investissent massivement dans les technologies du XXIème siècle et nous prenons un retard colossal. Tant que ce système perdurera, nous n’aurons aucune marge de manœuvre pour investir dans la recherche, c’est-à-dire dans l’avenir, et donc, aucun résultat sur le front de l’emploi. Avec cette question du financement de la dette, nous sommes donc au cœur du réacteur nucléaire qui est en train de nous détruire.

Propos recueillis par Jérôme Leroy

Le Royal Pudding de South Park : Kate et William risquent d’être fort marris

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Alors que La conquête de Xavier Durringer sort à Cannes quatre bonnes années après les faits, il n’aura fallu que 15 jours aux créateurs de South Park pour digérer le mariage royal de qui nous savons, pour le restituer à leur manière. Vendredi, les Anglais pourront profiter d’un épisode en deux parties, baptisé « Royal pudding », qui ne met pas directement en scène Will et Kate, mais un couple canadien. D’après les fuites publiés par les tabloïds, les blagues reposeront notamment sur l’accent pourri des futurs mariés et l’enlèvement de la promise la veille de la cérémonie.

Le Duc et la Duchesse de Cambridge rejoignent ainsi au panthéon de Trey Parker et Matt Stone la Reine d’Angleterre, qui s’était suicidée dans un épisode de 2007, et feue la Princesse Diana, qui, elle, avait passé un réveillon de Noël en enfer…

Le chemin de Créteil

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photo : lyon.catholique.fr

« On n’arrivait pas à croire à ce qui se passait. Ils sont entrés et, immédiatement, ils ont tiré sur la foule. Dans ce lieu de culte… Ils tuaient avec haine. Ils ont tué une femme avec son bébé et ont tiré sur une autre qui était enceinte. Elle les a suppliés de l’achever, mais ils lui ont dit :  » Non, tu vas continuer à souffrir et tu iras en enfer, alors que nous, nous irons au paradis. » » C’est un récit parmi d’autres de la prise d’otages dans la cathédrale Notre-Dame du Perpétuel Secours, à Bagdad le 31 octobre 2010. Le « Massacre de la Toussaint », comme l’ont appelé les médias, a duré cinq heures et marqué un tournant. Certes, ce n’était pas la première fois que les chrétiens d’Irak étaient pris pour cible par Al-Qaïda, mais jamais la barbarie n’avait atteint un tel niveau. Jamais non plus l’hypothèse de la disparition de la communauté chrétienne du Moyen-Orient n’avait semblé aussi sérieuse.[access capability= »lire_inedits »]

Les images de l’arrivée en France des 35 rescapés de l’attaque et de leurs accompagnateurs ont suivi de près celles des murs de la cathédrale bagdadie tachés de sang et criblés de balles. Les blessés graves transportés d’urgence vers les hôpitaux, leurs proches ont rejoint un centre d’hébergement à Créteil, géré par l’association France Terre d’asile. Puis, plus rien. Plus d’images. Plus de déclarations. Plus de témoignages. Que sont devenus ces gens au terme de six mois de séjour en France ? Comment vivent-ils ? Quel avenir veulent-ils ? Pensent-ils seulement à un avenir ?

La valise ou le cercueil

Depuis l’automne 2007, plusieurs pays-membres de l’Union européenne, dont la France, ont décidé d’accueillir les minorités religieuses vulnérables d’Irak, et notamment les chrétiens. Initialement fixé à 500, le nombre de visas délivrés par les autorités françaises serait d’environ 2000, selon l’Institut Assyro-Chaldéen-Syriaque. Est-ce trop, pas assez ? La question est plus délicate qu’il n’y paraît. Expert pour l’Alliance des civilisations des Nations unies et auteur de l’ouvrage de référence Ces Chrétiens qu’on assassine, René Guitton soutient la position des autorités religieuses d’Irak : « On a reproché à Bernard Kouchner de n’avoir donné que 500 visas, alors que l’Allemagne en avait donné 2000. Mais si on donne trop de visas, on fait le jeu des islamistes. Tous les responsables religieux, dans tout le Moyen-Orient, le disent. » Point de vue résumé en un slogan entendu lors de la manifestation de soutien aux chrétiens d’Irak, organisée à Paris en novembre 2010 : « La valise ou le cercueil, ils disent non ! Vivre en paix dans leur pays, ils disent oui ! » Beau comme de l’antique.

Mgr Yousif Petrus, recteur de la Mission chaldéenne en France, appelle au réalisme plutôt qu’à la résistance pacifique : « Je crois qu’il faut accorder davantage de visas. Il s’agit d’urgence et d’aide humanitaire. Ce n’est pas pour faire du tourisme que les chrétiens d’Irak viennent en France. » Elish Yako, responsable de l’Association d’entraide aux minorités d’Orient (AEMO) qui participe à la sélection des dossiers des personnes menacées au ministère de l’Immigration, partage ce point de vue : « L’Église d’Irak demande aux chrétiens de rester mais elle n’est pas en mesure de garantir leur sécurité et leur dignité. Nous avons reçu l’appel du frère d’un des prêtres assassinés dans la cathédrale. Il vit désormais caché et est menacé en permanence. Nous n’attendons de conseils de quiconque pour faire notre travail. » En clair, le maintien en Irak des minorités religieuses, quelles qu’elles soient, serait, sinon un vœu pieux, pour le moins un espoir lointain. Pour autant, il y a peut-être des mesures concrètes permettant d’échapper à l’alternative mortifère de la valise ou du cercueil.

Comment aider les chrétiens d’Irak à rester dans leur pays ? Avant de donner une réponse solidement argumentée à cette question embarrassante, Agnès Ide, jeune présidente de l’Institut Assyro-Chaldée-Syriaque, précise en souriant qu’elle est de nature optimiste. Les trois pistes qu’elle propose pour stopper l’exode de la communauté chrétienne et préserver la mosaïque culturelle de l’ancienne Mésopotamie paraissent presque réalistes. Pour commencer, le plus évident : sécuriser les églises, les écoles et autres lieux de rassemblement des chrétiens. Ensuite, il faut continuer à faire pression sur le gouvernement irakien pour qu’il reconnaisse le droit à l’autodétermination du peuple « chaldéen-syriaque-assyrien » avec, à la clé, l’attribution d’une région autonome et sécurisée dans le Nord du pays. « Nous ne cherchons en aucun cas à créer une enclave ethnico-religieuse, assure Agnès Ide. En revanche, nous sommes favorable à la transformation de l’Irak en un État fédéral au sein duquel les chaldéens-syriaques-assyriens disposeraient d’un territoire autonome.» Enfin, il s’agit de soutenir le développement économique de cette population en encourageant les initiatives locales dans le tourisme, l’agriculture ou les énergies renouvelables. « Le Nord de l’Irak, une région à potentiel touristique énorme, est déjà sécurisé !, poursuit la jeune femme avec un enthousiasme qui donne envie de sauter dans le premier vol pour Bagdad. « La population chrétienne qui s’y est réfugiée est urbaine. Elle ne sait pas comment tirer un profit maximal de la richesse agricole de la région ou exploiter son patrimoine historique.»

Les informations recensées par diverses ONG et institutions sur la situation des chrétiens au Kurdistan irakien inclinent cependant à plus de scepticisme. Selon l’Observatoire de la liberté religieuse, créé par une association dépendant du Saint-Siège, leur sécurité y est sans nul doute mieux assurée que dans le reste du pays, mais elle reste fragile. Le Parlement européen a transmis au gouvernement et au Parlement de Bagdad, ainsi qu’à l’Organisation de la conférence islamique, sa résolution du 20 janvier rappelant que les actes de violence religieuse étaient en augmentation et qu’ils visaient en majorité des chrétiens. Aussi louable soit ce geste symbolique, il a peu de chances de changer la donne sur le terrain.

La vie rêvée de la diaspora

Alors, pour beaucoup, la seule perspective d’avenir, c’est encore l’exil. « Les dimanches, nous nous retrouvons tous ici, nous partageons les repas, nous travaillons ensemble à la traduction de documents, à la constitution des dossiers. Le rôle de l’Église reste surtout celui de la prise en charge spirituelle des exilés. Mais nous mettons également nos locaux à la disposition de l’AEMO qui y tient permanence chaque samedi. Ainsi cet endroit est aussi une maison de culture et d’échange. » Mgr Yousif Petrus officie dans un modeste bureau encombré de livres et de photos jaunies d’une autre époque. Sa paroisse, Notre-Dame de Chaldée, située dans une rue sans charme du 18e arrondissement de Paris, avoisine un temple Ganesh. Au rez-de-chaussée du bâtiment moderne, quelques femmes vêtues de noir discutent en arabe. Les résolutions du Parlement européen ne changent rien au destin de ces chrétiens qui ont dû quitter l’Irak à la hâte et sans rien, ni à celui de leurs proches restés à Bagdad ou à Mossoul. Elles semblent, au contraire, susciter une vague inquiétude. « Nous ne voudrions pas que ce genre d’initiatives ait des retombées négatives chez nous, en Irak », commente Yousif Petrus. Le mot « représailles » n’est pas prononcé, mais chacun l’entend. Depuis l’intervention américaine − habilement qualifiée de « croisade » par George W. Bush −, les partisans du djihad voient chaque chrétien d’Irak comme un « élément étranger », un Occidental – un « croisé ».

Reste le plus facile : atténuer la détresse des victimes directes des persécutions. « Nous avons accueilli en urgence les personnes blessées lors de l’attaque du 31 octobre. Elles ont été accueillies en France et très bien accueillies. Mais plusieurs mois après le drame, les familles ne sont toujours pas réunies. Il faudrait vraiment que les choses aillent plus vite, dans ce cas précis », confie Yousif Petrus, toujours avec les mêmes précautions oratoires qui révèlent la crainte d’aggraver la situation « là-bas ». « Je ne voudrais pas que ce que je dis nuise à ma communauté. Les chrétiens d’Irak ne demandent pas un statut particulier en France. »

Il suffit d’assister à une messe en l’église Saint-Thomas-Apôtre, à Sarcelles, pour mesurer l’importance que les chrétiens d’Orient accordent à la famille et à la transmission de l’héritage. Entre deux offices chantés en araméen, les fidèles se croisent sur le parvis, échangent les dernières nouvelles du pays, s’enquièrent d’un travail ou d’un logement. Les garçons tout endimanchés s’attardent, observent discrètement les filles dans leurs robes en dentelle. Les couples se forment. Les enfants naissent et grandissent sans connaître la terre de leurs ancêtres, mais ils savent prier en syriaque oriental. Certaines familles rêvent de retour. « L’attentat de Bagdad a secoué la jeune génération des Irakiens vivant en diaspora. Ils retournent au pays ne serait-ce que pour de courtes périodes », affirme Agnès Ide, en connaissance de cause. Depuis 2006, elle-même se rend chaque année dans le Nord de l’Irak dans le cadre de missions humanitaires. « Les chrétiens, les chiites et les sunnites peuvent vivre ensemble. Mais pour cela, il faut défendre le principe de l’unité de l’Irak en tant qu’État laïque. La vague de solidarité qui a suivi le Massacre de la Toussaint prouve que cette idée fait consensus dans la société irakienne. Malheureusement, les médias occidentaux n’ont en pas parlé… » Le rêve d’une coexistence pacifique entre les différentes communautés religieuses d’Irak rapproche les générations. « Non, ce n’est pas un rêve, proteste Mgr Petrus. Une fois, j’ai été appelé à construire une église au sud-ouest de Mossoul. Son architecte était un chaldéen, le responsable du chantier était un syriaque orthodoxe, alors que l’ingénieur et les ouvriers étaient musulmans. Et tout le monde a accepté de travailler sans être payé ! » L’église construite par Mgr Petrus a été bombardée pendant la guerre.

À la sortie de la chapelle Saint-Léon, dans une ville de la banlieue parisienne, elle serre dans ses bras un minuscule balluchon dont s’échappent des cris stridents, signe de bonne santé et de vigueur chez les bébés. Les femmes se regroupent autour d’elle, regardent son enfant avec une affection particulière, comme s’il s’agissait de leur bébé à toutes. C’est un peu le cas. C’est le bébé de tous les rescapés de la cathédrale de Bagdad. Elle était enceinte de cinq mois. C’est elle que ses bourreaux avaient refusé d’achever pour qu’elle souffre avant, disaient-ils, d’« aller en enfer ». Elle est la preuve vivante de leur échec.[/access]

Hollande au pays du comté

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photo : Parti socialiste

Il y a quelques années, je n’aurais pas eu une idée si saugrenue. Figurez-vous qu’hier soir, je me suis retrouvé avec bloc et stylo en train de prendre des notes à une réunion publique dont la vedette était François Hollande. J’avais appris une grosse heure avant, par l’entremise du journal de France 3 Besançon, que le candidat aux primaires socialistes était de passage et que, peut-être, un petit reportage pourrait intéresser les lecteurs de mon blog et éventuellement ceux de Causeur.

Deux bonnes heures après, je me demandais si ce que j’avais vu et entendu méritait vraiment un article. Hollande a la réputation d’être drôle et d’improviser quelques mini-sketches lors de ses discours. Il n’a pas franchement été à la hauteur de sa réputation. Mais peut-être est-ce cela aussi, la nécessaire mutation du candidat. Moins de rondeurs, moins de blagues, et un discours plutôt chiant, à vrai dire. Hier soir, dans le gymnase de la Malcombe et devant 250 militants et sympathisants socialistes pas du tout chauffés à blanc, l’ambiance n’était pas à la fièvre électorale.

Certes, l’homme a l’air sympathique et lorsqu’à son arrivée, il déambule parmi les participants, il n’oublie jamais le petit mot pour faire sourire et il a une poignée de main ferme et chaleureuse. Il n’empêche, le discours de François Hollande aurait pu – tout aussi bien – être prononcé par son concurrent DSK mais aussi par François Bayrou, Jean-Louis Borloo ou même François Fillon. Mise en garde face aux populismes européens, mise à l’index du protectionnisme, assimilé au repli et aux barbelés, fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG, nouvelle vague de décentralisation, le rêve de Hollande n’a rien d’une révolution. On demeure dans la continuité des trente dernières années mais pouvait-on attendre autre chose de celui qui fut une cheville ouvrière du club deloriste « Témoins » au début des années 90 ?

C’est donc par le style que François Hollande entend se distinguer. Il est un candidat « normal » souhaitant devenir un président « normal ». Il explique en quoi l’exercice de la présidence de Nicolas Sarkozy demeure profondément « anormal », ce qui ne casse pas trois pattes à un canard. Tout cela est vrai mais réchauffé au micro-ondes. En fait, derrière l’évocation du Président actuel, on perçoit l’ombre de Dominique Strauss-Kahn. Pendant son discours, on sent à plusieurs reprises à quel point le souci premier de Hollande semble bien de se positionner par rapport au directeur général du FMI. On notera l’allusion à François Mitterrand largué dans les sondages par Michel Rocard à un an de l’élection dont on fête aujourd’hui l’anniversaire. On remarquera également ce tacle vicieux : « Je parcours la France depuis quelques années. Je la connais. » Plus significative encore, alors que, le discours terminé, il assure le service après-vente dans la salle, cette réponse faite à un militant qui le questionnait sur Mélenchon : « Il est très dur, Jean-Luc. Et si c’est Dominique face à lui, il sera très très dur ». Petit doigt me dit que si François Hollande tient, en tant que candidat socialiste, le même genre de discours qu’hier à Besançon, le candidat du Front de Gauche ne sera pas plus doux avec lui qu’avec DSK.

Hollande ne se voit qu’un seul adversaire dans ces primaires, c’est bien Strauss-Kahn. Il ne croit pas à la candidature de Martine Aubry et il méprise -voire ignore- celles d’Arnaud Montebourg ou de son ex Ségo , qu’il n’a pas cités parmi ses compétiteurs (« Pour l’instant, il n’y a qu’un candidat ; il y en aura bientôt deux »). Au passage, on se demande comment le député de Saône et Loire pourrait se ranger derrière François Hollande à partir de l’automne. La démondialisation qu’il prône se situe aux antipodes des conceptions orthodoxes développées hier soir.

Quel réquisitoire, me direz-vous, avec raison ! Je l’assume d’autant plus que je suis au nombre de ceux qui pensent que François Hollande est actuellement le mieux placé pour entrer à l’Elysée dans un an. Je me souviens de m’être livré en 2007 à la devinette suivante : « Savez-vous pourquoi je déteste à ce point Chirac ? Parce qu’à cause de lui, on a eu Sarkozy ».
Savez-vous pourquoi je déteste autant Sarkozy ? Parce que de sa faute, on va très probablement devoir se payer François Hollande…

Pas de lotus pour Madame Nhu

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Madame Nhu est morte le 24 avril 2011 dans cette résidence romaine qu’elle aimait, non loin de sa chapelle privée abritant une statue de la vierge Marie. Extravagante, catholique fervente, caustique, chic, féline et fragile, elle fut tout cela, et calomniée aussi, autant que Jiang Qing (et pour des raisons pas si dissemblables), une autre « Madame », mais du camp tout à fait opposé celle-là, puisqu’elle était Madame Mao.

Madame Nhu fut la première dame de la République du Sud-Viêt Nam de 1955 à 1963, mais une première dame spéciale à plus d’un titre. D’abord parce que le président Diem n’était pas son mari mais son beau-frère. Ensuite parce qu’elle ne transigeait pas beaucoup sur les choses de la religion. Des moines bouddhistes s’immolent en signe de protestation? « Barbecue », répond-elle. A son cou, une rivière de diamants… en forme de crucifix. Et à sa solde, une milice paramilitaire composée exclusivement de femmes. Féministe aussi, à sa manière particulière. Qui ne manquait ni de classe, ni de hargne, ni d’élégance, quoi qu’on en dise et pense.

Salima Rhamna est enseignante, blogueuse et romancière. Dernier ouvrage paru Chbebs ! (Editions de l’Abat-jour)

Pass contraception : just do it !

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photo : rsr.ch

Le collectivisme totalitaire vient de faire un grand pas en avant dans ce pays, avec l’annonce triomphale, claironnée d’un commun accord par Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France, et Luc Chatel, ministre de l’Éducation (enfin, de ce qu’on croyait être l’Éducation), de l’instauration dans tous nos lycées du « pass contraception ».

On ne s’étendra pas sur cette dénomination qui d’emblée assimile la vie affective et amoureuse de nos adolescent(e)s à l’utilisation du métro et du RER. On peut s’attarder un peu plus sur la parfaite entente qui s’est instaurée pour l’occasion entre deux responsables politiques qu’on croyait encore adversaires : le parti unique n’est pas pour demain, mais on y travaille. Et paix sur terre aux hommes de bonne volonté !

La bonne volonté est incontestablement au rendez-vous. On ne pouvait pas indéfiniment accepter d’un cœur léger que se perpétue une boucherie annuelle de plus de treize mille IVG pratiquées sur des jeunes filles mineures. C’est un droit, l’IVG, donc c’est beau, l’IVG, mais quand même, à quinze ou seize ans, on a vaguement l’intuition que ce n’est peut-être pas terrible. Il est vrai que nos adolescentes semblent plus modérées ou plus débrouillardes que les grandes, car avec ces dernières, on arrive à deux cent mille. Suggérons donc d’instaurer le « pass contraception » pour tous jusqu’à la ménopause ou l’andropause.

Bref, il fallait réagir ; c’est chose faite. Nos gamines de seconde n’auront qu’à se rendre à l’infirmerie du lycée, pendant la récré, entre le cours de français et celui de maths, pour obtenir leur kit de non-procréation. (Encore qu’il n’en ait guère été question, je suppose et veux croire que la puissance publique n’a pas oublié les MST en chemin, la pilule étant, à ce qu’il me semble, assez peu efficace contre la contamination par le VIH.) Et tout ira pour le mieux, d’autant plus que les parents n’auront plus à s’en mêler. Ça les soulagera, ces pauvres parents, et de toute façon, on le savait déjà à Sparte, ce n’est pas aux parents de s’occuper d’élever leurs enfants, de veiller à leur santé, à leur équilibre, à leurs occupations et fréquentations. C’est à la collectivité sociale de prendre tout cela en charge. L’enjeu est trop grave. Il s’agit d’édicter des règles pour le parc humain. Nos responsables ont lu Peter Sloterdijk, et ils ont su faire la part entre ce qui relève, chez ce philosophe, d’une ironie tout à fait malséante, et ce que sa pensée pouvait offrir d’utile. La pensée de Sloterdijk a été en quelque sorte rééduquée et mise à profit dans l’intérêt de tous. Cet homme avait raison sans le savoir, peut-être. Nos politiques ont su remettre sa dialectique à l’endroit. Marchons d’un pas résolu vers la stabulation libre.

Il faudra bien entendu combattre également, chez ces jeunes êtres en formation, ces garçons timides à qui l’amour fiche le trac, ces petites filles déjà jolies qui rêvent du Prince charmant, toute trace de romantisme, d’hésitation, de pudeur, de réserve. On n’allait pas leur parler indéfiniment de leur sensibilité, de leurs rêves, de leurs désirs, de leurs questionnements, de leurs émerveillements, de leurs cœurs qui battent, de tout ce vieux saint-frusquin hors d’usage dans une société pragmatique. On n’allait pas éternellement cultiver ces longues rêveries sur l’amour qui ne sont que la vitrine poétisée du vieux moralisme judéo-chrétien. On n’allait pas leur dire, à ces gosses, que peut-être, à leur âge, elles avaient le temps, et qu’il n’est pas mauvais, avec les garçons, de leur tenir un peu la dragée haute. Fini, tout ça ! La sexualité, c’est la sexualité, rien de plus. Ça ne se rêve pas, ça se réalise. Just do it ! Dans les règles de l’hygiène. Est-ce qu’on fait tant de manières avec les animaux d’élevage ?