photo : buzz.bishop

Le scandale qui, depuis deux semaines, secoue le football français, n’aura pas été inutile[1. Que les lecteurs ne s’étonnent pas de notre timidité sur le sujet qui sera abondamment traité dans le prochain numéro du magazine]. Parce que, voyez-vous, j’ai enfin compris le problème de la France. Je dois cette avancée conceptuelle à la Fondation Terra Nova, boutique à idées proche du PS : pour vous situer, celle-ci avait proposé, il y a quelques semaines, de remplacer le vote, ce truc un peu éculé, par une sorte de sondage d’opinion géant – j’exagère à peine. Et au début de la semaine, Terra Nova conseillait aux socialistes de qui, non contents de sentir mauvais sous les bras, ont une méchante tendance à voter FN.

Mais revenons au foot. Depuis quinze jours, toutes les belles âmes qui passent habituellement leur temps à compter les gens en fonction de leur origine pour nous expliquer qu’il n’y a pas assez de ceci ou de cela dans les médias, à l’Assemblée ou ailleurs, s’indignent à l’idée que certains responsables de la FFF auraient pu compter, eux aussi, pour en conclure qu’il y aurait « trop de Noirs » dans les centres de formation. En vrai, il s’agissait surtout de nationalité, effective ou potentielle, mais de toute façon, c’est aussi très mal de se soucier d’intérêt national. On peut trouver légèrement contradictoire de célébrer la différence ethnique toute la journée et de dénoncer bruyamment ceux qui constatent l’existence de cette même différence, mais pas du tout : dans un cas, ça s’appelle la diversité, dans l’autre du racisme. Du coup, l’affaire a tétanisé l’ensemble de la classe médiatique et politique, chacun ayant compris que tout propos vaguement en dehors des clous pouvait lui accrocher l’infâmant grelot au revers de son veston pour le reste de ses jours. Au demeurant, nul ne niera que la question est ultra-sensible et qu’en dehors de toute intimidation, il est effectivement préférable de faire attention à ce qu’on dit. Peut-être pas au point de ne rien dire du tout, mais bon.

Pour ma part, je reste assez attachée à l’universalisme républicain qui ne s’intéresse qu’au mérite, mais tout le monde sait que je suis réac. Il faut être honnête, les auteurs de la note de Terra Nova (Olivier Ferrand, Arnaud Flanquart et Arnaud Richard) regrettent eux aussi ce temps où on ne voyait pas les couleurs. Mais puisque c’est fini, mieux vaut, expliquent-ils en substance, regarder les choses en face et feindre d’organiser les mystères qui nous dépassent. Donc, au point nous en sommes, le problème n’est pas qu’il y aurait « trop de Noirs » dans le foot mais qu’il y a « trop de Blancs à la FFF », minée par une « sociologie consanguine ». Il suffisait d’y penser. Du reste, poursuivent-ils, si les propos incriminés n’avaient pas été prononcés par des Blancs, ce ne serait pas du tout pareil. Dis-moi d’où tu viens, je te dirai ce que tu dis. Je ne voudrais pas vexer les honorables terranovistes mais ils n’ont pas inventé grand-chose : pendant la Coupe du monde, alors que les Français de toutes origines se demandaient avec effroi comment ils pouvaient être représentés par cette bande de mal élevés appelée « les Bleus », l’excellent François Bégaudeau expliquait déjà qu’il y avait trop de Raymond, Robert ou Jacques dans les instances du foot.

Si vous voulez mon avis, il faut aller encore plus loin. Le problème de la France, ce n’est pas seulement qu’il y a « trop de Blancs » mais qu’il y a trop de Français quelle que soit leur origine. Encore que me vient une petite idée au nom de laquelle je serais prête à soutenir une politique ferme de quotas. Et si on limitait le nombre de cons ?

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