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Fillon Copé : le serpent et le pitbull

A droite, la guerre des chefs a commencé. Les cendres de la présidentielle sont à peine tièdes qu’on se bat déjà pour l’héritage, à toi la commode de mémé, à moi le service à café. Mais tu as piqué des nappes brodées et toi, là-bas, rapporte immédiatement les Jules Verne en édition Hetzel. J’exagère ? A peine… A l’UMP, on avait dit de serrer les rangs, de rester propre et digne pour éviter une France toute rose, livrée aux socialistes des mairies au Sénat, en passant par l’Assemblée nationale, Matignon et l’Elysée.

Jean François Copé, le secrétaire général du parti, avait passé le message et obtenu, lui semblait-il, un pacte tacite de non-agression jusqu’à l’automne. Après quoi, il n’aurait pas été hostile à ce qu’un nouveau congrès le réélise pour incarner l’opposition jusqu’à sa propre candidature en 2017. Ça c’est le plan, mûri dans son esprit et parmi ses partisans les plus féroces. Et le pire, c’est que ça ne bronchait pas : sous-entendu, le premier qui dégaine, appelle à tirer sur l’ambulance, s’écarte de la ligne du parti, sera responsable de la défaite, de la mise au chômage de braves députés, de la ruine de la France, de l’échec à l’Eurovision et du réchauffement climatique.

Sauf que François Fillon se fout de la montée des eaux aux Seychelles. Voilà-t’y pas que dans Le Fig mag de la semaine passée, il assène ce coup droit terrible : « il n’y a plus de leader naturel à l’UMP ». Tiens prends ça Copé, voilà ce que j’en pense de ton OPA déjà réalisée.

Curieux, car, à y regarder de plus près, la déclaration de guerre est à l’image de l’ancien Premier ministre : bien peignée. Evidemment, ça a mis la presse en émoi, à droite ceux qui restaient à bonne distance de l’un et de l’autre -histoire de ne pas choisir, on ne sait jamais qui pourrait gagner- se sont torturés les méninges 24 heures pour choisir leur champion. Et puis ? Et puis rien. Le serpent Fillon est reparti siffler de loin dans les herbes hautes, quand le pitbull Copé, sous couvert de « Je suis blessé, je suis pour l’unité, les militants trancheront » s’est frotté les mains de la néo, ou pseudo sortie de celui qu’il n’aime pas (c’est vrai, mais qui aime-t-il ?) et a recommencé à montrer les dents avant d’aboyer sur la gauche (et sur le retour de la droite la plus bête du monde).

Il faut être sérieux : que risque Copé ? Que Fillon mette vraiment les mains dans le cambouis pour gagner un parti qui l’emmerde, avec les emmerdements qui vont avec : les fédérations, les députés, les élus qui pleurent, ceux qui veulent se faire élire, les militants et un ancien président pour l’instant en vacances. Osons un pari : Fillon ne prendra l’UMP que si on lui offre sans bagarre, sur un plateau et sans avoir à gérer la boutique.

En 1999 il s’était cassé les dents sur le RPR. Echaudé, il a préféré prospérer dans l’ombre. Même Premier ministre il est resté dans l’ombre, en faisant mine de s’en plaindre. Moyennant quoi il a ménagé sa cote de popularité pendant 5 ans, ce qui explique que dans le désastre post-présidentiel (dont on ne jugera l’ampleur exacte qu’au lendemain du second tour des législatives) il a l’air de sauver ses billes. Fillon le serpent innocent joue la victime, qui veut bien rendre service si la bagarre consiste à piquer et à fuir dans l’herbe.

Certes, Copé a lui aussi des cotés vipérins, mais il la joue plutôt pittbull : allez on se bagarre, allez on gueule, allez on assume. Allez on se vautre. N’empêche, la sortie de son meilleur ennemi (après Xavier Bertrand puis d’autres, merci de compléter la liste…) fait ses affaires.
La tectonique de la droite est certes plus complexe que cette simple opposition médiatique, mais elle va structurer les débats pendant plusieurs semaines, voire quelques mois. Avec, en guest star, Alain Juppé disponible pour sauver son pays. Non pardon, son parti.

Fillon verra de quel côté ça tombe. Si ça se présente bien, il sortira de son trou pour vaincre à l’applaudimètre. Sinon, il fera député de la 2ème circonscription de Paris, là où on n’est pas obligé de serrer des mains et d’embrasser des vieilles pour se faire élire. Et Copé continuera d’aboyer à sa gloire personnelle, jusqu’à 2017 au moins.

*Photo : UMP

La présidentielle de A à Z !

Anaphore. Le Français moyen n’a pas perdu sa soirée, mercredi 2 mai, jour du grand débat télévisé entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. S’il a dû supporter trois heures d’un échange assommant et technique tournant essentiellement autour de l’économie (le nouvel opium des intellectuels), au détriment des questions de société et de thèmes tels que le logement ou l’éducation, il a fait un grand pas en termes de vocabulaire et de rhétorique. D’abord, Gilles Bouleau, qui présentait l’avant-débat sur TF1, a précisé que les candidats n’étaient à un moment qu’à quelques « hectomètres » du plateau. Pour les déficients mathématiques et ceux qui ont raté le concours de l’École centrale, je précise qu’un hectomètre vaut cent mètres. Mais hectomètre est tellement plus poétique, et n’avait certainement jamais été entendu à l’antenne de TF1… Ensuite, le Français moyen a découvert, grâce au François moyen, l’existence de la figure rhétorique de l’anaphore, et surtout son nom. Précisons à toutes fins utiles que l’anaphore est la reprise de mots ou de séries de mots au début de phrases successives…. « Moi, président de la République blablabla… Moi, président de la République blablabla, blabla…», etc. La délicieuse Fleur Pellerin, du PS, a twitté : « Meilleur moment du débat, l’anaphore de François. » J’ai préféré, personnellement le moment où il a bâillé.[access capability= »lire_inedits »]

Boules puantes. Qui saurait, sans le site indépendant Mediapart, et Edwy Plenel et Fabrice Arfi, les Chapi-Chapo de l’investigation indépendante, cette information disons… indépendante que l’infâme Libyen de souche Kadhafi a financé une partie de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007 ? (Avec des ramifications raéliennes et indo-pakistanaises liées à Michel Houellebecq, Paris Hilton et aux acteurs du Watergate, avec l’assentiment des Chinois qui ont infiltré le FBI pour soutenir la cause de Ben Laden et de Bob Dylan). Cette indépendance d’un soutien actif de la gauche fait plaisir. À l’autre bout de l’échiquier, le quotidien indépendant Le Figaro fait pâle figure avec le détail croustillant des aventures érotico-sentimentales présumées de l’ex-champion socialiste Dominique Strauss-Kahn − qui, au moins, n’aurait pas eu le mauvais goût de se dire « normal ». Saluons au passage une palanquée de « unes » qui ont aimablement aidé les Français à se décider… « Battre Sarkozy ! » (Les Inrockuptibles), « Le voyou de la République », « La honte de la République ! », « Le vrai Sarkozy ! » (Marianne), « Sarkozy et sa cour », « La chute du clan Sarkozy » (L’Express), « Est-il si nul ? », « La Monarchie » (Le Point). Dommage que le président sorti n’ait fait aucune récente visite en Afrique… la presse aurait pu l’accuser d’avoir ramené des diamants offerts par Bokassa.

Compotes. Les journaux élitistes Voici et VSD ont publié, quelques jours après l’élection, d’éprouvants clichés de François Hollande faisant ses courses, en costume-cravate, dans un Carrefour City proche de son domicile. Naturellement, Hollande a nié qu’il se soit agi d’une mise en scène, d’une fausse paparazzade destinée à le rendre sympathique et à lui conférer une image d’homme accessible et simple. Le « simple citoyen » a mis dans son panier, entre autres historiques victuailles, des bouteilles de Quézac et des pots de compote. N’attendez de moi aucun calembour à propos du surnom « Flamby » que lui a donné Arnaud Montebourg. Causeur n’est sous contrat ni avec Andros ni avec Nestlé.
Fuite des cerveaux. En 2007, la France qui pense bien a frémi lorsque l’indispensable Yannick Noah a bruyamment annoncé qu’il quitterait la France si Nicolas Sarkozy arrivait au pouvoir. Finalement, il est resté. Ouf ! Le pays est passé à côté d’une catastrophe culturelle. Mais rien n’est jamais acquis : cette fois c’est le prix Nobel de télé-réalité Mickaël Vendetta qui s’est déclaré prêt à nous quitter si François Hollande était élu. Annonçant son hypothétique départ pour Los Angeles (Deux-Sèvres), il écrit : « Quelle honte, ce pingouin géant, c’est lui qui va nous représenter à l’international ? Tous ceux qui votent Hollande, vous êtes tous pour moi des inconscients. » Dont acte.

Peuple. En général il « vote mal », car il « subit » une situation sociale qui le dépasse, sans oublier qu’il a « peur ». Irrationnel, ignorant le sens des mots « hectomètre » et « anaphore », il est parfois raciste, notamment quand il vit à proximité des caravanes de manouches, à la sortie du bourg, au coin de la rue du Plein-Emploi et de l’impasse Youri Gagarine. Il faut le craindre, le mépriser et le séduire. À ne pas confondre avec le « people », qu’il convient de choyer.

Optique 2012. On s’est beaucoup moqué de la candidate à accent difficile Eva Joly. Lors de la campagne électorale de 2007, nous avions déjà dû supporter le fort accent languedocien du candidat du Parti des travailleurs, Gérard Schivardi ; il nous a fallu cette fois-ci endurer de pénibles inflexions norvégiennes. La Norvège étant, je le rappelle, un pays au climat effroyable, où les gens mangent essentiellement du rôti de renne en écoutant en boucle le Peer Gynt de Grieg. Mais en plus de s’être révélée une authentique chance pour le mouvement écolo (campagne atone, nervosité, 2,3% des voix à l’issue du premier tour), Eva Joly a donné une leçon de marketing politique au monde entier en changeant subitement de lunettes : après avoir fait de ses effrayantes et historiques binocles rouges un signe de ralliement universel (elle les a fait imprimer sur des T-shirt !), elle s’est souvenue qu’elle était une écolo et a choisi des montures de couleur verte. Un tour de passe-passe que l’on enseignera encore à Sciences Po Paris dans deux cent ans.

« Zipade ». Équipement informatique individuel corrézien du type « tablette », largement distribué par François Hollande − président du Conseil général de Corrèze − aux alentours de la ville de Tulle (Sa cathédrale ! Son Festival international de la dentelle !). À ne surtout pas confondre avec l’iPad d’Apple. Je blague… Chaque Corrézien, élève de 6e, a reçu en « cadeau » un iPad. Ce qui se comprend aisément. Ou… pas. Allons immédiatement aux priorités… Cela s’imposait clairement pour apprendre à lire, écrire et compter. Steve Jobs n’est pas mort pour rien.[/access]

Catholique et de gauche toujours !

Jamais campagne électorale n’aura été l’objet d’autant de mots doux adressés aux catholiques. C’est que Patrick Buisson, le très influent conseiller de l’ancien président Sarkozy, n’a jamais renié son attachement à l’Eglise traditionnelle. Et quand on adopte une stratégie bien à droite sans jamais dépasser son principal rival dans les sondages, il faut aller draguer dans les zones où le filet traîne peu d’habitude et s’adresser à ces catholiques que les politiques méprisent d’ordinaire avec une complaisance non dissimulée. Alors on met le paquet, on s’offre une interview dans les pages glacées du Figaro Magazine où l’on réaffirme son attachement à des valeurs qui flirtent clairement avec les principes non négociables édictés par le pape Benoit XVI. Entre les deux tours, la blogosphère s’affole et le matraquage est tel que l’équation n’a plus d’inconnue. Sarko c’est catho.

Pourtant, la gauche n’est pas en reste et la religion du Christ ne s’encarte pas. Certes, on voit plus de gens à droite s’offusquer des attaques répétées contre certaines valeurs sociétales millénaires tant défendues par l’Eglise. Mais ils pardonnent bien vite à ceux qui les ont offensés, histoire de pouvoir retourner leur veste. Cette droite que trop de cathos consacrent, c’est aussi celle qui a préféré le marché au sacré et n’hésite pas à fustiger les rapineurs aux aides sociales tout en fermant les yeux sur les fraudes autrement plus conséquentes des larrons en col blanc. S’il n’est pas question ici de dégrader la droite de sa possible catholicité, considérons à tout le moins qu’elle n’en a pas le monopole. A gauche aussi, les catholiques existent. Pour beaucoup, cette lapalissade n’en est pas une tant ils sont persuadés que le salut est de l’autre côté du Père – comme si personne ne siégeait là où du flanc du Christ coulait, ce qui représente tout de même l’immense mystère de la transsubstantiation.

Dans son ouvrage sur Les Réseaux Cathos, Marc Baudriller, journaliste à Challenges, décrypte cette génération de cathos de gauche qui ne se sent pas moins imprégnée de foi que ses congénères de droite : « Ce sont ces hommes et ces femmes, nés entre 1940 et 1955, parvenus aux commandes des entreprises, des journaux, des institutions politiques et culturelles, qui ont fait et font encore le gros des réseaux cathos. Ce sont eux qui lisaient et lisent toujours La Vie et Télérama. Eux qui ont piloté l’opération au Monde (NDLR : La vente de Télérama et de La Vie au Monde). Eux qui ont fait les belles heures de Témoignage chrétien. Ce sont eux qui fournissent l’essentiel des effectifs des Semaines sociales, « lieu de formation, de débat, et de proposition sur les grands enjeux de la société ». Totalement en phase avec les valeurs contemporaines –qui sont d’ailleurs largement l’œuvre de cette génération, catho et non-cathos confondus-, ils sont au faîte de leur puissance. »

Et l’auteur de citer ces figures connues du monde politique qui partagent avec le catholicisme une certaine filiation que peu oseraient imaginer. Bertrand Delanoë n’ignore rien des entrailles du catholicisme. Le maire de Paris, qui osa baptiser la place de la Cathédrale de Paris du nom du prédécesseur de Benoit XVI, malgré les assauts répétés du lobby homosexuel Act-up, est l’heureux frère d’une bonne sœur. Si Martine Aubry ne revendique aujourd’hui aucun héritage religieux, elle a baigné dedans depuis toute petite avec un père, Jacques Delors, qui osait poser un nom sur les « forces de l’esprit ». Durant son adolescence, le nouveau Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, était membre du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne, d’abord à Cholet, puis à l’université de Nantes. Tout comme François Dufour, ancien porte-parole de la Confédération paysanne, ancien vice-président d’ATTAC et actuellement vice-président (EELV) du Conseil régional de Basse-Normandie. Sa collègue Cécile Duflot aura préféré la Jeunesse ouvrière chrétienne. Bref, la gauche aussi a ses litanies.

« Catho et de gauche : est-ce encore possible ? » titrait en octobre 2011 l’hebdomadaire Famille Chrétienne. Le journaliste et écrivain Jean-Claude Guillebaud, catholique de gauche, redevenu chrétien sans pour autant renier ses racines politiques, expliquait : « Parfois, on me demande comment je peux être de gauche alors que le Parti socialiste défend le mariage homosexuel. À l’inverse, je ne vois pas comment, en se crispant sur ces questions de société, on peut se retrouver, de fait, à droite, dans le camp de la folie néolibérale, qui est une autre forme de barbarie. Qu’ils soient politiquement à gauche ou à droite, les chrétiens sont ainsi aujourd’hui coincés entre deux feux. ». « Il reste des cathos de gauche dans l’Église, et en dehors », expliquait il y a peu l’historien des idées Philippe Portier dans Témoignage Chrétien avant d’ajouter : « Les mouvements d’action catholique notamment, en perte de vitesse depuis le milieu des années soixante-dix, font perdurer cette sensibilité. Le discours a changé. Si l’on s’oppose ici à la mondialisation libérale, on ne se situe plus du côté de la révolution et de la mort du capitalisme. Les cathos de gauche entendent simplement réformer l’économie de marché dans le sens d’une plus grande solidarité. »

Aujourd’hui, être catholique n’implique plus de prendre parti pour le Sillon ou l’Action française. Certains le regretteront mais l’espérance invite à voir que ces cœurs, balançant à gauche ou à droite, regardent tous vers le ciel.

Cécile Duflot reçoit à domicile

Cécile Duflot est un ministre exemplaire. Vêtue d’un simple jean, elle emprunte les transports en commun pour gagner son lieu de travail ; elle visite les pauvres et les mal-logés ; elle apprend, me dit-on, les invocations et les formules très secrètes qui chassent le feu. Elle est aux anges, elle sourit béatement, elle a reçu la Visitation républicaine. On se souvient qu’elle avait réclamé, comme un dû, un ministère, d’abord pour elle-même et, accessoirement, pour ses compères. Elle l’obtint, bien sûr, puisqu’il est dit que, désormais, les chlorophylliens groupusculaires arbitreront les élégances jusqu’au plus haut sommet de l’État…

La secrétaire nationale d’Europe-Ecologie-Les-Verts ne quitte plus son bureau, on la soupçonne même d’y faire bouillir les navets bio dont elle se nourrit, et de confondre ainsi sa cuisine et sa « tambouille » électorale. Quand un vert est, sinon dans le fruit, du moins dans un ministère, que fait-il ? Eh bien, il invite tous les Verts à poursuivre leurs interminables débats, à comparer les mérites du macramé et du point de croix, du poncho en laine des Andes et de la doudoune en fibre équitable ! Pour un peu, Cécile tiendrait volontiers une réunion du bureau exécutif d’EELV sous les ors de son ministère ! C’est ce qu’avait cru comprendre Daniel Cohn-Bendit, et ce dont il s’offusquait, à juste titre, le 24 mai dernier, au micro de France info : « […] je trouve ça invraisemblable ! Il faut qu’EELV apprenne le b.a-ba de la démocratie : il y a les partis, et il y a un gouvernement ! ». Aussitôt, David Cormand, secrétaire national aux élections, faisait connaître que ladite réunion avait eu lieu « comme tous les vendredis, […] au siège parisien du mouvement écologiste. ».

DCB a-t-il voulu nuire à son « amie » Cécile ? Pas seulement ! Une autre verte, Marie Bové[1. Le Monde.fr, le 25/05/2012], nous apprend en effet que Mme Duflot, le 18 mai, aurait souhaité que la prochaine réunion du bureau exécutif, le 25, se tînt… au ministère dont elle a le maroquin ! Il y eut des protestations, notamment de la part de Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, de Jérôme Gleizes et de Marie Bové elle-même : « Cécile Duflot a rétorqué qu’elle était libre de convoquer qui elle souhaitait au ministère. ». Les déclarations de Daniel Cohn-Bendit, la peur du scandale, les prochaines élections législatives, eurent finalement raison de l’arrogance de Mme Duflot, et tout ce petit monde se retrouva au siège du parti.

Quelque chose me dit que nous entendrons encore parler des exploits de la dame qui joue avec ses téléphones « comme d’autres jouent avec leur sex-toy dans leur bain »[2. C’est la chute impertinente que Bruno Testa donne à son article dans L’Union, signalé d’ailleurs par Villaterne dans un autre fil, et qu’on lira, avec grand plaisir ici.]

Le chat, la souris et le miroir aux alouettes

Un moment d’absence, pardon. C’est qu’il n’y avait pas grand-chose à se mettre sous la dent. Ce matou de Hollande qui continue à jouer avec la souris Angela, un gouvernement sympathique et pataud, une droite qui s’annonce pire que la précédente, tout cela pouvait attendre un peu. Mais pas l’euro, semble-t-il.

La zone euro – rien que cet intitulé aurait dû alerter les plus europhiles – ressemble désormais à « La Méduse », ce bâtiment qui sombra en 1816 au large des côtes africaines. On y est déjà en train de dessiner les plans du radeau et de sélectionner ceux qui auront la chance (?) de monter à bord.
Il y a le plan A, comme Allemagne, A comme austérité : puisque l’on doit tous mourir à la fin, autant commencer, tout de suite par les plus faibles. Les Grecs en hors-d’œuvre donc.

Il y a le plan B, comme BCE : puisqu’une banque centrale, à l’instar de la Réserve fédérale américaine, de la Banque du Japon, de celle d’Angleterre, est « prêteur en dernier ressort », pourquoi la BCE n’achèterait-elle pas les Bons du Trésor (oui, de la dette) de chacun des pays membres ? Ce qu’elle fait bien déjà pour les banques, dont ni la solidité ni la pérennité ne paraissent mieux assurées que celle des Etats. On ne voit pas en quoi cette solution de bon sens porterait atteinte à l’indépendance de la BCE, qui resterait libre de contracter ou non, à ses propres conditions, par définition meilleures que celles du marché.

Mais pour accepter l’euro, l’Allemagne a pris la BCE en otage. Peur de l’expansion monétaire, hantise de l’inflation, défiance de rentier pour l’emprunteur surtout. La BCE est indépendante de tout, sauf des névroses de l’Allemagne. La Banque de Francfort est un totem.
Alors, il a fallu inventer un leurre, un plan C, comme comète : les eurobonds. Les cigales et les fourmis qui font pot commun. De fait, la carte de crédit de l’Allemagne à la disposition de tous. Pas trop difficile de rallier les cigales à ce projet mirobolant. Du coup, Angela s’est précipitée sur ce miroir aux alouettes.

On en arrivera donc in fine au plan B, comme l’a très bien anticipé Mario Draghi, le président de la BCE, prêt à jouer pleinement le rôle de Banque fédérale. Plus de tabou pour le totem. Bien joué le chat.

Retrouvez les articles de William Abitbol sur son blog

Zemmour, l’homme à abattre ?

On a le droit d’être en désaccord avec Eric Zemmour. C’est écrit dans la Déclaration des droits de l’Homme – et dans Causeur. L’ennui, avec Dominique Sopo, le patron de SOS Racisme, c’est qu’on se demande s’il est encore permis d’être d’accord avec Zemmour. Et ce qui est encore plus fâcheux, c’est que quand Sopo n’est pas d’accord avec quelqu’un, il exige qu’on le fasse taire. Enfin, quelqu’un, façon de parler. Parce que ces temps-ci sa principale contribution au débat public consiste à réclamer la tête d’Eric Zemmour. Dans ce beau combat pour la censure, il en est à sa deuxième tribune dans Le Monde. Et on ne compte pas les passages radio ou télé. À croire que pour Sopo, la lutte contre le racisme passe par l’éradication de la liberté de penser et de parler.

Cette fois, c’est le jugement de Zemmour sur Christiane Taubira qui stimule l’ardeur répressive de Sopo. Au passage, Sopo dispense tous azimuts un avertissement sans frais: critiquer Taubira, c’est s’exposer à l’accusation de machisme et de racisme. Tenez-vous le pour dit !
Attention, Sopo ne dit pas que Zemmour est raciste, il parle de « vision racialisée de la société ». Ben voyons. Faux, réplique Zemmour, quand j’attaque Taubira, je ne m’attaque pas à une femme ou à une Noire, mais à une idéologie. De fait, il y a bien une vision idéologique de l’histoire et du monde dans la loi Taubira de 2002 qui érige l’esclavage et la traite au rang de crimes contre l’humanité dont la négation elle-même est un crime. En effet, dès son article premier, cette loi exclut de son champ les traites interafricaines – pourtant responsables, d’après des historiens sérieux, de près de la moitié des victimes. Peu importe, le seul crime dont il faut perpétuer le souvenir et honorer les victimes, c’est le crime raciste, perpétré par des Blancs sur des Noirs. L’histoire de l’Europe en regorge. Mais des Noirs massacrés par des Noirs méritent-ils l’oubli pour autant ?

Tout cela et bien d’autres choses devraient être l’objet de notre querelle commune. Seulement voilà, Dominique Sopo aime condamner, pas discuter. Il ne veut pas argumenter, il veut sanctionner, interdire, exclure. Ce défenseur de la tolérance, cet amoureux de la différence ne comprend pas qu’on puisse ne pas penser comme lui sans être un salaud ou un idiot. Bref, Sopo ne connaît pas de contradicteurs intellectuels ou d’adversaires idéologiques, il n’a que des ennemis. Ce doit être bien triste de vivre dans un monde où tout le monde pense comme soi. Tant pis pour Sopo. Mais au moins qu’il n’en dégoûte pas les autres. Or, Sopo semble ignorer que des millions de gens aiment être surpris, agacés, parfois choqués et toujours stimulés, par une idée qu’ils ne partagent pas. Il n’y a pas de vie sans conflit. C’est donc à l’honneur de RTL – station où j’ai le privilège d’intervenir – qu’on y entende Eric Zemmour et Rokhaya Diallo, Alain Duhamel et Ivan Rioufol, Jean-Michel Apathie et Laurent Gerra. Pardon pour les grands mots, cher Dominique Sopo, ça s’appelle la liberté. Et ça s’appelle la démocratie.

Le peuple contre lui-même

À chaque fois, c’est la même chose : à peine élu, le nouveau président de la République explique, la larme au coin de l’œil, qu’il sera le président de tous les Français. Et à chaque fois, une bonne partie de ceux qui ont voté contre lui ou se sont abstenus le regardent comme un intrus, une anomalie qui doit débarrasser le plancher de l’Élysée au plus vite. Ce coup-ci, ça n’a pas manqué : François Hollande n’avait pas fini ses quelques pas de danse sur La Vie en rose, devant les Tullistes enamourés, que fleurissaient déjà les groupe Facebook « Hollande n’est pas mon président » et autres appels à la résistance. Et l’on sentait, particulièrement chez les militants UMP, la volonté de mener une guerre de harcèlement au nouveau président et de lui rendre au centuple les insultes, moqueries et marques d’irrespect qui furent le quotidien de Nicolas Sarkozy durant son quinquennat.[access capability= »lire_inedits »] Au « Casse-toi pauv’con ! » renvoyé inlassablement en boomerang au président sortant allait enfin pouvoir succéder le « Tire-toi sale flan »…

Les optimistes indécrottables diront que le sarkozysme récolte ce qu’il a semé, ou au contraire que c’est l’arrogance de la gauche morale de droit divin qui reçoit la monnaie de sa pièce, mais qu’en tout cas tout cela est conjoncturel, et qu’on finira bien par revenir un jour à cette démocratie apaisée si chère aux rêveries solitaires de Valéry Giscard d’Estaing. D’autres, moins religieusement attachés aux liturgies démocratiques, rappelleront que cette démocratie apaisée, la France ne l’a en réalité jamais connue ; et que cette division du peuple est la nature même du système, et plus particulièrement de cette élection du président de la République au suffrage universel qui se réduit toujours, in fine, à un duel, front contre front, où, pour l’emporter, il faut diaboliser l’adversaire, laisser entendre qu’on n’a rien de commun avec lui, que ce sont deux visions incompatibles qui s’affrontent − voire, depuis que l’idéologie a déserté la politique, deux morales inconciliables. Pour remporter cette « reine des batailles » électorales, il faut opposer, diviser, stigmatiser, « cliver », comme l’on dit aujourd’hui, avec l’espoir vain et enfantin que tout cela sera oublié au lendemain de l’élection et que l’on pourra régner sur un pays réuni autour de votre indiscutable légitimité. Quand, en réalité, les anathèmes et les injures laissent des blessures ouvertes, d’autant plus ouvertes qu’il faut déjà songer à les entretenir en vue des combats électoraux futurs. La revanche ne s’accommode guère de l’oubli des fautes et de la cicatrisation des plaies.

Si le phénomène est inhérent à la démocratie, il se renforce indubitablement à l’heure où l’individualisme gagne du terrain au détriment du sentiment d’une communauté de destin. Se sentant de moins en moins citoyen et de plus en plus individu, autonome et seul maître de son existence, pourquoi l’électeur qui a fait le choix minoritaire se sentirait-il tenu de considérer le vainqueur du scrutin comme son président, ou même de le respecter ? En réalité, l’électeur moderne ne saurait avoir plus de respect pour le président qu’il n’a pas choisi que pour un produit de consommation dont il n’aurait pas envie mais dont on lui impose l’utilisation. Dans les démocraties libérales avancées, le président qu’on n’a pas contribué à élire ne sera jamais qu’un plat écœurant qu’on vous oblige à ingurgiter jour après jour, pendant au moins cinq longues années. Allez-vous étonner si le peuple a de moins en moins d’appétit ![/access]
 
*Photo : http://leflansurlaberge.unblog.fr

Afghanistan : le changement, c’est dans la continuité

Le Festival du mot, qui se déroule du 30 mai au 3 juin dans la charmante bourgade de La Charité-sur-Loire, n’a pas fait preuve d’une grande originalité en choisissant comme mot de l’année 2012 « changement », (sous-entendu « c’est maintenant !»).

On pardonnera ce manque d’imagination aux organisateurs s’il s’agit pour eux de flagorner (vilaine chose, joli mot !) le nouveau pouvoir pour garantir la pérennité de leurs subventions.

Mais ils sont ainsi passés à côté de la plus belle entourloupe linguistique commise ces derniers temps avec l’usage de l’adjectif « ordonné » associé aux substantifs « sortie » et « retrait ».

Madame Christine Lagarde, première langue de vipère du FMI, envisage ainsi « une sortie ordonnée de la Grèce de l’euro ». Ô prodige de la merveilleuse ambiguïté de la langue de Molière ! Elle laisse aux intéressés (« qu’ils payent leurs impôts, ces rats ! ») le soin de conclure s’il s’agit d’une sortie en bon ordre, en rang par deux et au pas d’evzone, de notre belle monnaie unique, ou d’une expulsion résultant d’une injonction dont la version originale allemande est la plus expressive : Raus !

Le « retrait ordonné » des troupes françaises d’Afghanistan annoncé pour la fin 2012 par notre bien-aimé président de la République (61% d’opinions favorables) cache, lui, un euphémisme pour transformer en promesse tenue un rétropédalage pas ordonné du tout. Les galonnés lui ayant gentiment expliqué que l’on ne quitte pas aussi facilement un champ de bataille qu’un champ de luzerne en Corrèze, le plan « j’me barre » de François Hollande n’aura, en fait que trois mois d’avance sur le plan « j’me casse » de Nicolas Sarkozy.

Et l’on sait bien, dans la ville du Festival du mot, que charité bien ordonnée commence par soi-même…

Japon : des joies du « panhaptique »

L’excellent blog d’Agnès Giard « Les 400 culs » nous fait part des derniers progrès en matière d’onanisme high-tech. Au Japon, il paraît que l’art délicat de la masturbation passe désormais par une technologie tactile proche des procédés utilisés par la console de jeux vidéo Wii. Pour plus de détails, les plus vicieux consulteront ce lien.

La didactique blogueuse professionnelle de Libé nous explique clairement : « certains créateurs d’objets érotiques high-tech mettent actuellement au point des gaines dotées de palpeurs et de pédoncules qui, par petites pressions, vous donnent l’impression d’une langue ou d’une ventouse, aspirant goulument vos doigts, vos orteils, vos seins ou… votre pénis. Ils créent ce qu’on appelle du « sexe haptique ». »

Tactile jusqu’à la moelle, cette gaine est ce qu’on appelle un « virtual hole », « synchronisé(e) avec les images de vidéos pornographiques » que fournit, moyennant finance, la société japonaise Daihaku qui commercialise cet objet dernier cri. Prenez votre temps, détendez-vous, oubliez sites égrillards, revues grivoises et autres pay-per-view d’hôtel, Daihaku s’occupe de tout…

L’hyper réalisme de notre société spectaculaire veut ainsi que le digne utilisateur de la gaine fasse sa petite affaire en observant les exploits érotiques de l’acteur sur l’écran. Même dans leurs pires cauchemars, Bentham et Foucault n’auraient imaginé pareil « panhaptique » qui fait de tout un chacun les Loana et Jean-Edouard solitaires du grand show de télé-réalité qu’on appelle la vie.

Extrême droitisation, ah bon ?

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Aujourd’hui, l’immigration est considérée comme un bienfait en soi, indépendamment de ses modalités. La notion de « seuil de tolérance » a été délégitimée comme une incongruité « cocardière » qui ferait « vieille France ». Le curseur est à ce point déséquilibré que certains livres parlent de « préférence immigrée », de « racisme anti-blanc », de prolophobie, voire de francophobie.

Il aura fallu 30 ans au Front national pour obtenir le score de 18% que François Bayrou a presque atteint du jour au lendemain. Au rythme de progression de ce parti, de 11% aux européennes de 1984 à 18% à la présidentielle de 2012, il ne pourra manifestement pas prendre le pouvoir avant plusieurs siècles. Mais le climat de crédulité est tel, qu’il est sans cesse question de ce qui ferait « monter Le Pen ».

Ceux qui présentent la montée du populisme comme un phénomène inéluctable rejettent la faute sur Sarkozy. Il faudrait s’entendre. Il est peu crédible qu’une soi-disant campagne extrême droitière de Sarkozy ait fait monter Marine Le Pen à 18%, alors que ce score est inférieur aux 24% que les sondages lui prédisaient il y a un an.

Sur la durée, le FN a continûment revu ses prétentions à la baisse, tandis que l’extrême gauche a renforcé ses exigences et accru son audience. Il y a vingt ans, le programme du FN visait à inverser les flux migratoires, alors qu’il prêche aujourd’hui une immigration quasi-zéro. Autre indicateur, à l’époque, le programme de la droite visait à stopper l’immigration, alors qu’il prône aujourd’hui une immigration choisie. Cette inflexion ne correspond en rien à une extrême droitisation.

Ce sont des centristes comme Bayrou qui, influencés par l’extrême gauche, ont dérivé vers la gauche. Partisan du droit de vote des immigrés aux élections municipales, le MoDem promet à la banlieue un ministère de l’Egalité à la place de celui de l’Identité. Plus hostile que François Hollande à la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale, François Bayrou soutient par contre l’initiative de Hollande qui veut supprimer le mot « race » de la Constitution française.

En 1983, Alain Juppé réclamait une politique d’immigration très restrictive et voulait « encourager le retour au pays ». On ne peut donc croire ceux qui jugent que Sarkozy a transgressé la ligne républicaine de Jacques Chirac. La position adoptée par Chirac à partir de 1986, consistant à ne pas accepter les voix du FN et même à faire élire des communistes contre des candidats frontistes, lui avait été dictée par les intellectuels de gauche, mais elle ne reflète pas une tradition établie.

Si l’on remonte un peu dans le temps, on se souvient de la politique de concentration républicaine de Jules Ferry qui écartait les « minorités d’extrême gauche et d’extrême droite ». En 1956, le front républicain regroupait Chaban-Delmas et Mollet en excluant communistes et poujadistes. En septembre 1983, lors de l’émergence électorale du Front national, Raymond Aron s’opposa fermement au chantage antifasciste de ceux qui étaient alliés avec les communistes. Aux régionales de 1986, Edgar Faure déplorait cette nouvelle manie de « frapper d’un interdit incroyable des gens qui sont ici par la volonté du peuple ».

Telle est la principale position républicaine dans l’histoire de France. Elle fut battue en brèche, sous la pression idéologique de l’extrême gauche, à plusieurs reprises, et notamment au début du 20ème siècle par la politique de bloc républicain sous le combisme, puis de 1986 à 2006 par le chiraquisme.

On peut estimer justifiées ces deux mises en quarantaine de la seule extrême droite au profit de l’extrême gauche. Mais on ne peut pas réduire l’histoire de notre République à ces deux périodes.

Fillon Copé : le serpent et le pitbull

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A droite, la guerre des chefs a commencé. Les cendres de la présidentielle sont à peine tièdes qu’on se bat déjà pour l’héritage, à toi la commode de mémé, à moi le service à café. Mais tu as piqué des nappes brodées et toi, là-bas, rapporte immédiatement les Jules Verne en édition Hetzel. J’exagère ? A peine… A l’UMP, on avait dit de serrer les rangs, de rester propre et digne pour éviter une France toute rose, livrée aux socialistes des mairies au Sénat, en passant par l’Assemblée nationale, Matignon et l’Elysée.

Jean François Copé, le secrétaire général du parti, avait passé le message et obtenu, lui semblait-il, un pacte tacite de non-agression jusqu’à l’automne. Après quoi, il n’aurait pas été hostile à ce qu’un nouveau congrès le réélise pour incarner l’opposition jusqu’à sa propre candidature en 2017. Ça c’est le plan, mûri dans son esprit et parmi ses partisans les plus féroces. Et le pire, c’est que ça ne bronchait pas : sous-entendu, le premier qui dégaine, appelle à tirer sur l’ambulance, s’écarte de la ligne du parti, sera responsable de la défaite, de la mise au chômage de braves députés, de la ruine de la France, de l’échec à l’Eurovision et du réchauffement climatique.

Sauf que François Fillon se fout de la montée des eaux aux Seychelles. Voilà-t’y pas que dans Le Fig mag de la semaine passée, il assène ce coup droit terrible : « il n’y a plus de leader naturel à l’UMP ». Tiens prends ça Copé, voilà ce que j’en pense de ton OPA déjà réalisée.

Curieux, car, à y regarder de plus près, la déclaration de guerre est à l’image de l’ancien Premier ministre : bien peignée. Evidemment, ça a mis la presse en émoi, à droite ceux qui restaient à bonne distance de l’un et de l’autre -histoire de ne pas choisir, on ne sait jamais qui pourrait gagner- se sont torturés les méninges 24 heures pour choisir leur champion. Et puis ? Et puis rien. Le serpent Fillon est reparti siffler de loin dans les herbes hautes, quand le pitbull Copé, sous couvert de « Je suis blessé, je suis pour l’unité, les militants trancheront » s’est frotté les mains de la néo, ou pseudo sortie de celui qu’il n’aime pas (c’est vrai, mais qui aime-t-il ?) et a recommencé à montrer les dents avant d’aboyer sur la gauche (et sur le retour de la droite la plus bête du monde).

Il faut être sérieux : que risque Copé ? Que Fillon mette vraiment les mains dans le cambouis pour gagner un parti qui l’emmerde, avec les emmerdements qui vont avec : les fédérations, les députés, les élus qui pleurent, ceux qui veulent se faire élire, les militants et un ancien président pour l’instant en vacances. Osons un pari : Fillon ne prendra l’UMP que si on lui offre sans bagarre, sur un plateau et sans avoir à gérer la boutique.

En 1999 il s’était cassé les dents sur le RPR. Echaudé, il a préféré prospérer dans l’ombre. Même Premier ministre il est resté dans l’ombre, en faisant mine de s’en plaindre. Moyennant quoi il a ménagé sa cote de popularité pendant 5 ans, ce qui explique que dans le désastre post-présidentiel (dont on ne jugera l’ampleur exacte qu’au lendemain du second tour des législatives) il a l’air de sauver ses billes. Fillon le serpent innocent joue la victime, qui veut bien rendre service si la bagarre consiste à piquer et à fuir dans l’herbe.

Certes, Copé a lui aussi des cotés vipérins, mais il la joue plutôt pittbull : allez on se bagarre, allez on gueule, allez on assume. Allez on se vautre. N’empêche, la sortie de son meilleur ennemi (après Xavier Bertrand puis d’autres, merci de compléter la liste…) fait ses affaires.
La tectonique de la droite est certes plus complexe que cette simple opposition médiatique, mais elle va structurer les débats pendant plusieurs semaines, voire quelques mois. Avec, en guest star, Alain Juppé disponible pour sauver son pays. Non pardon, son parti.

Fillon verra de quel côté ça tombe. Si ça se présente bien, il sortira de son trou pour vaincre à l’applaudimètre. Sinon, il fera député de la 2ème circonscription de Paris, là où on n’est pas obligé de serrer des mains et d’embrasser des vieilles pour se faire élire. Et Copé continuera d’aboyer à sa gloire personnelle, jusqu’à 2017 au moins.

*Photo : UMP

La présidentielle de A à Z !

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Anaphore. Le Français moyen n’a pas perdu sa soirée, mercredi 2 mai, jour du grand débat télévisé entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. S’il a dû supporter trois heures d’un échange assommant et technique tournant essentiellement autour de l’économie (le nouvel opium des intellectuels), au détriment des questions de société et de thèmes tels que le logement ou l’éducation, il a fait un grand pas en termes de vocabulaire et de rhétorique. D’abord, Gilles Bouleau, qui présentait l’avant-débat sur TF1, a précisé que les candidats n’étaient à un moment qu’à quelques « hectomètres » du plateau. Pour les déficients mathématiques et ceux qui ont raté le concours de l’École centrale, je précise qu’un hectomètre vaut cent mètres. Mais hectomètre est tellement plus poétique, et n’avait certainement jamais été entendu à l’antenne de TF1… Ensuite, le Français moyen a découvert, grâce au François moyen, l’existence de la figure rhétorique de l’anaphore, et surtout son nom. Précisons à toutes fins utiles que l’anaphore est la reprise de mots ou de séries de mots au début de phrases successives…. « Moi, président de la République blablabla… Moi, président de la République blablabla, blabla…», etc. La délicieuse Fleur Pellerin, du PS, a twitté : « Meilleur moment du débat, l’anaphore de François. » J’ai préféré, personnellement le moment où il a bâillé.[access capability= »lire_inedits »]

Boules puantes. Qui saurait, sans le site indépendant Mediapart, et Edwy Plenel et Fabrice Arfi, les Chapi-Chapo de l’investigation indépendante, cette information disons… indépendante que l’infâme Libyen de souche Kadhafi a financé une partie de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007 ? (Avec des ramifications raéliennes et indo-pakistanaises liées à Michel Houellebecq, Paris Hilton et aux acteurs du Watergate, avec l’assentiment des Chinois qui ont infiltré le FBI pour soutenir la cause de Ben Laden et de Bob Dylan). Cette indépendance d’un soutien actif de la gauche fait plaisir. À l’autre bout de l’échiquier, le quotidien indépendant Le Figaro fait pâle figure avec le détail croustillant des aventures érotico-sentimentales présumées de l’ex-champion socialiste Dominique Strauss-Kahn − qui, au moins, n’aurait pas eu le mauvais goût de se dire « normal ». Saluons au passage une palanquée de « unes » qui ont aimablement aidé les Français à se décider… « Battre Sarkozy ! » (Les Inrockuptibles), « Le voyou de la République », « La honte de la République ! », « Le vrai Sarkozy ! » (Marianne), « Sarkozy et sa cour », « La chute du clan Sarkozy » (L’Express), « Est-il si nul ? », « La Monarchie » (Le Point). Dommage que le président sorti n’ait fait aucune récente visite en Afrique… la presse aurait pu l’accuser d’avoir ramené des diamants offerts par Bokassa.

Compotes. Les journaux élitistes Voici et VSD ont publié, quelques jours après l’élection, d’éprouvants clichés de François Hollande faisant ses courses, en costume-cravate, dans un Carrefour City proche de son domicile. Naturellement, Hollande a nié qu’il se soit agi d’une mise en scène, d’une fausse paparazzade destinée à le rendre sympathique et à lui conférer une image d’homme accessible et simple. Le « simple citoyen » a mis dans son panier, entre autres historiques victuailles, des bouteilles de Quézac et des pots de compote. N’attendez de moi aucun calembour à propos du surnom « Flamby » que lui a donné Arnaud Montebourg. Causeur n’est sous contrat ni avec Andros ni avec Nestlé.
Fuite des cerveaux. En 2007, la France qui pense bien a frémi lorsque l’indispensable Yannick Noah a bruyamment annoncé qu’il quitterait la France si Nicolas Sarkozy arrivait au pouvoir. Finalement, il est resté. Ouf ! Le pays est passé à côté d’une catastrophe culturelle. Mais rien n’est jamais acquis : cette fois c’est le prix Nobel de télé-réalité Mickaël Vendetta qui s’est déclaré prêt à nous quitter si François Hollande était élu. Annonçant son hypothétique départ pour Los Angeles (Deux-Sèvres), il écrit : « Quelle honte, ce pingouin géant, c’est lui qui va nous représenter à l’international ? Tous ceux qui votent Hollande, vous êtes tous pour moi des inconscients. » Dont acte.

Peuple. En général il « vote mal », car il « subit » une situation sociale qui le dépasse, sans oublier qu’il a « peur ». Irrationnel, ignorant le sens des mots « hectomètre » et « anaphore », il est parfois raciste, notamment quand il vit à proximité des caravanes de manouches, à la sortie du bourg, au coin de la rue du Plein-Emploi et de l’impasse Youri Gagarine. Il faut le craindre, le mépriser et le séduire. À ne pas confondre avec le « people », qu’il convient de choyer.

Optique 2012. On s’est beaucoup moqué de la candidate à accent difficile Eva Joly. Lors de la campagne électorale de 2007, nous avions déjà dû supporter le fort accent languedocien du candidat du Parti des travailleurs, Gérard Schivardi ; il nous a fallu cette fois-ci endurer de pénibles inflexions norvégiennes. La Norvège étant, je le rappelle, un pays au climat effroyable, où les gens mangent essentiellement du rôti de renne en écoutant en boucle le Peer Gynt de Grieg. Mais en plus de s’être révélée une authentique chance pour le mouvement écolo (campagne atone, nervosité, 2,3% des voix à l’issue du premier tour), Eva Joly a donné une leçon de marketing politique au monde entier en changeant subitement de lunettes : après avoir fait de ses effrayantes et historiques binocles rouges un signe de ralliement universel (elle les a fait imprimer sur des T-shirt !), elle s’est souvenue qu’elle était une écolo et a choisi des montures de couleur verte. Un tour de passe-passe que l’on enseignera encore à Sciences Po Paris dans deux cent ans.

« Zipade ». Équipement informatique individuel corrézien du type « tablette », largement distribué par François Hollande − président du Conseil général de Corrèze − aux alentours de la ville de Tulle (Sa cathédrale ! Son Festival international de la dentelle !). À ne surtout pas confondre avec l’iPad d’Apple. Je blague… Chaque Corrézien, élève de 6e, a reçu en « cadeau » un iPad. Ce qui se comprend aisément. Ou… pas. Allons immédiatement aux priorités… Cela s’imposait clairement pour apprendre à lire, écrire et compter. Steve Jobs n’est pas mort pour rien.[/access]

Catholique et de gauche toujours !

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Jamais campagne électorale n’aura été l’objet d’autant de mots doux adressés aux catholiques. C’est que Patrick Buisson, le très influent conseiller de l’ancien président Sarkozy, n’a jamais renié son attachement à l’Eglise traditionnelle. Et quand on adopte une stratégie bien à droite sans jamais dépasser son principal rival dans les sondages, il faut aller draguer dans les zones où le filet traîne peu d’habitude et s’adresser à ces catholiques que les politiques méprisent d’ordinaire avec une complaisance non dissimulée. Alors on met le paquet, on s’offre une interview dans les pages glacées du Figaro Magazine où l’on réaffirme son attachement à des valeurs qui flirtent clairement avec les principes non négociables édictés par le pape Benoit XVI. Entre les deux tours, la blogosphère s’affole et le matraquage est tel que l’équation n’a plus d’inconnue. Sarko c’est catho.

Pourtant, la gauche n’est pas en reste et la religion du Christ ne s’encarte pas. Certes, on voit plus de gens à droite s’offusquer des attaques répétées contre certaines valeurs sociétales millénaires tant défendues par l’Eglise. Mais ils pardonnent bien vite à ceux qui les ont offensés, histoire de pouvoir retourner leur veste. Cette droite que trop de cathos consacrent, c’est aussi celle qui a préféré le marché au sacré et n’hésite pas à fustiger les rapineurs aux aides sociales tout en fermant les yeux sur les fraudes autrement plus conséquentes des larrons en col blanc. S’il n’est pas question ici de dégrader la droite de sa possible catholicité, considérons à tout le moins qu’elle n’en a pas le monopole. A gauche aussi, les catholiques existent. Pour beaucoup, cette lapalissade n’en est pas une tant ils sont persuadés que le salut est de l’autre côté du Père – comme si personne ne siégeait là où du flanc du Christ coulait, ce qui représente tout de même l’immense mystère de la transsubstantiation.

Dans son ouvrage sur Les Réseaux Cathos, Marc Baudriller, journaliste à Challenges, décrypte cette génération de cathos de gauche qui ne se sent pas moins imprégnée de foi que ses congénères de droite : « Ce sont ces hommes et ces femmes, nés entre 1940 et 1955, parvenus aux commandes des entreprises, des journaux, des institutions politiques et culturelles, qui ont fait et font encore le gros des réseaux cathos. Ce sont eux qui lisaient et lisent toujours La Vie et Télérama. Eux qui ont piloté l’opération au Monde (NDLR : La vente de Télérama et de La Vie au Monde). Eux qui ont fait les belles heures de Témoignage chrétien. Ce sont eux qui fournissent l’essentiel des effectifs des Semaines sociales, « lieu de formation, de débat, et de proposition sur les grands enjeux de la société ». Totalement en phase avec les valeurs contemporaines –qui sont d’ailleurs largement l’œuvre de cette génération, catho et non-cathos confondus-, ils sont au faîte de leur puissance. »

Et l’auteur de citer ces figures connues du monde politique qui partagent avec le catholicisme une certaine filiation que peu oseraient imaginer. Bertrand Delanoë n’ignore rien des entrailles du catholicisme. Le maire de Paris, qui osa baptiser la place de la Cathédrale de Paris du nom du prédécesseur de Benoit XVI, malgré les assauts répétés du lobby homosexuel Act-up, est l’heureux frère d’une bonne sœur. Si Martine Aubry ne revendique aujourd’hui aucun héritage religieux, elle a baigné dedans depuis toute petite avec un père, Jacques Delors, qui osait poser un nom sur les « forces de l’esprit ». Durant son adolescence, le nouveau Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, était membre du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne, d’abord à Cholet, puis à l’université de Nantes. Tout comme François Dufour, ancien porte-parole de la Confédération paysanne, ancien vice-président d’ATTAC et actuellement vice-président (EELV) du Conseil régional de Basse-Normandie. Sa collègue Cécile Duflot aura préféré la Jeunesse ouvrière chrétienne. Bref, la gauche aussi a ses litanies.

« Catho et de gauche : est-ce encore possible ? » titrait en octobre 2011 l’hebdomadaire Famille Chrétienne. Le journaliste et écrivain Jean-Claude Guillebaud, catholique de gauche, redevenu chrétien sans pour autant renier ses racines politiques, expliquait : « Parfois, on me demande comment je peux être de gauche alors que le Parti socialiste défend le mariage homosexuel. À l’inverse, je ne vois pas comment, en se crispant sur ces questions de société, on peut se retrouver, de fait, à droite, dans le camp de la folie néolibérale, qui est une autre forme de barbarie. Qu’ils soient politiquement à gauche ou à droite, les chrétiens sont ainsi aujourd’hui coincés entre deux feux. ». « Il reste des cathos de gauche dans l’Église, et en dehors », expliquait il y a peu l’historien des idées Philippe Portier dans Témoignage Chrétien avant d’ajouter : « Les mouvements d’action catholique notamment, en perte de vitesse depuis le milieu des années soixante-dix, font perdurer cette sensibilité. Le discours a changé. Si l’on s’oppose ici à la mondialisation libérale, on ne se situe plus du côté de la révolution et de la mort du capitalisme. Les cathos de gauche entendent simplement réformer l’économie de marché dans le sens d’une plus grande solidarité. »

Aujourd’hui, être catholique n’implique plus de prendre parti pour le Sillon ou l’Action française. Certains le regretteront mais l’espérance invite à voir que ces cœurs, balançant à gauche ou à droite, regardent tous vers le ciel.

Cécile Duflot reçoit à domicile

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Cécile Duflot est un ministre exemplaire. Vêtue d’un simple jean, elle emprunte les transports en commun pour gagner son lieu de travail ; elle visite les pauvres et les mal-logés ; elle apprend, me dit-on, les invocations et les formules très secrètes qui chassent le feu. Elle est aux anges, elle sourit béatement, elle a reçu la Visitation républicaine. On se souvient qu’elle avait réclamé, comme un dû, un ministère, d’abord pour elle-même et, accessoirement, pour ses compères. Elle l’obtint, bien sûr, puisqu’il est dit que, désormais, les chlorophylliens groupusculaires arbitreront les élégances jusqu’au plus haut sommet de l’État…

La secrétaire nationale d’Europe-Ecologie-Les-Verts ne quitte plus son bureau, on la soupçonne même d’y faire bouillir les navets bio dont elle se nourrit, et de confondre ainsi sa cuisine et sa « tambouille » électorale. Quand un vert est, sinon dans le fruit, du moins dans un ministère, que fait-il ? Eh bien, il invite tous les Verts à poursuivre leurs interminables débats, à comparer les mérites du macramé et du point de croix, du poncho en laine des Andes et de la doudoune en fibre équitable ! Pour un peu, Cécile tiendrait volontiers une réunion du bureau exécutif d’EELV sous les ors de son ministère ! C’est ce qu’avait cru comprendre Daniel Cohn-Bendit, et ce dont il s’offusquait, à juste titre, le 24 mai dernier, au micro de France info : « […] je trouve ça invraisemblable ! Il faut qu’EELV apprenne le b.a-ba de la démocratie : il y a les partis, et il y a un gouvernement ! ». Aussitôt, David Cormand, secrétaire national aux élections, faisait connaître que ladite réunion avait eu lieu « comme tous les vendredis, […] au siège parisien du mouvement écologiste. ».

DCB a-t-il voulu nuire à son « amie » Cécile ? Pas seulement ! Une autre verte, Marie Bové[1. Le Monde.fr, le 25/05/2012], nous apprend en effet que Mme Duflot, le 18 mai, aurait souhaité que la prochaine réunion du bureau exécutif, le 25, se tînt… au ministère dont elle a le maroquin ! Il y eut des protestations, notamment de la part de Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, de Jérôme Gleizes et de Marie Bové elle-même : « Cécile Duflot a rétorqué qu’elle était libre de convoquer qui elle souhaitait au ministère. ». Les déclarations de Daniel Cohn-Bendit, la peur du scandale, les prochaines élections législatives, eurent finalement raison de l’arrogance de Mme Duflot, et tout ce petit monde se retrouva au siège du parti.

Quelque chose me dit que nous entendrons encore parler des exploits de la dame qui joue avec ses téléphones « comme d’autres jouent avec leur sex-toy dans leur bain »[2. C’est la chute impertinente que Bruno Testa donne à son article dans L’Union, signalé d’ailleurs par Villaterne dans un autre fil, et qu’on lira, avec grand plaisir ici.]

Le chat, la souris et le miroir aux alouettes

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Un moment d’absence, pardon. C’est qu’il n’y avait pas grand-chose à se mettre sous la dent. Ce matou de Hollande qui continue à jouer avec la souris Angela, un gouvernement sympathique et pataud, une droite qui s’annonce pire que la précédente, tout cela pouvait attendre un peu. Mais pas l’euro, semble-t-il.

La zone euro – rien que cet intitulé aurait dû alerter les plus europhiles – ressemble désormais à « La Méduse », ce bâtiment qui sombra en 1816 au large des côtes africaines. On y est déjà en train de dessiner les plans du radeau et de sélectionner ceux qui auront la chance (?) de monter à bord.
Il y a le plan A, comme Allemagne, A comme austérité : puisque l’on doit tous mourir à la fin, autant commencer, tout de suite par les plus faibles. Les Grecs en hors-d’œuvre donc.

Il y a le plan B, comme BCE : puisqu’une banque centrale, à l’instar de la Réserve fédérale américaine, de la Banque du Japon, de celle d’Angleterre, est « prêteur en dernier ressort », pourquoi la BCE n’achèterait-elle pas les Bons du Trésor (oui, de la dette) de chacun des pays membres ? Ce qu’elle fait bien déjà pour les banques, dont ni la solidité ni la pérennité ne paraissent mieux assurées que celle des Etats. On ne voit pas en quoi cette solution de bon sens porterait atteinte à l’indépendance de la BCE, qui resterait libre de contracter ou non, à ses propres conditions, par définition meilleures que celles du marché.

Mais pour accepter l’euro, l’Allemagne a pris la BCE en otage. Peur de l’expansion monétaire, hantise de l’inflation, défiance de rentier pour l’emprunteur surtout. La BCE est indépendante de tout, sauf des névroses de l’Allemagne. La Banque de Francfort est un totem.
Alors, il a fallu inventer un leurre, un plan C, comme comète : les eurobonds. Les cigales et les fourmis qui font pot commun. De fait, la carte de crédit de l’Allemagne à la disposition de tous. Pas trop difficile de rallier les cigales à ce projet mirobolant. Du coup, Angela s’est précipitée sur ce miroir aux alouettes.

On en arrivera donc in fine au plan B, comme l’a très bien anticipé Mario Draghi, le président de la BCE, prêt à jouer pleinement le rôle de Banque fédérale. Plus de tabou pour le totem. Bien joué le chat.

Retrouvez les articles de William Abitbol sur son blog

Zemmour, l’homme à abattre ?

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On a le droit d’être en désaccord avec Eric Zemmour. C’est écrit dans la Déclaration des droits de l’Homme – et dans Causeur. L’ennui, avec Dominique Sopo, le patron de SOS Racisme, c’est qu’on se demande s’il est encore permis d’être d’accord avec Zemmour. Et ce qui est encore plus fâcheux, c’est que quand Sopo n’est pas d’accord avec quelqu’un, il exige qu’on le fasse taire. Enfin, quelqu’un, façon de parler. Parce que ces temps-ci sa principale contribution au débat public consiste à réclamer la tête d’Eric Zemmour. Dans ce beau combat pour la censure, il en est à sa deuxième tribune dans Le Monde. Et on ne compte pas les passages radio ou télé. À croire que pour Sopo, la lutte contre le racisme passe par l’éradication de la liberté de penser et de parler.

Cette fois, c’est le jugement de Zemmour sur Christiane Taubira qui stimule l’ardeur répressive de Sopo. Au passage, Sopo dispense tous azimuts un avertissement sans frais: critiquer Taubira, c’est s’exposer à l’accusation de machisme et de racisme. Tenez-vous le pour dit !
Attention, Sopo ne dit pas que Zemmour est raciste, il parle de « vision racialisée de la société ». Ben voyons. Faux, réplique Zemmour, quand j’attaque Taubira, je ne m’attaque pas à une femme ou à une Noire, mais à une idéologie. De fait, il y a bien une vision idéologique de l’histoire et du monde dans la loi Taubira de 2002 qui érige l’esclavage et la traite au rang de crimes contre l’humanité dont la négation elle-même est un crime. En effet, dès son article premier, cette loi exclut de son champ les traites interafricaines – pourtant responsables, d’après des historiens sérieux, de près de la moitié des victimes. Peu importe, le seul crime dont il faut perpétuer le souvenir et honorer les victimes, c’est le crime raciste, perpétré par des Blancs sur des Noirs. L’histoire de l’Europe en regorge. Mais des Noirs massacrés par des Noirs méritent-ils l’oubli pour autant ?

Tout cela et bien d’autres choses devraient être l’objet de notre querelle commune. Seulement voilà, Dominique Sopo aime condamner, pas discuter. Il ne veut pas argumenter, il veut sanctionner, interdire, exclure. Ce défenseur de la tolérance, cet amoureux de la différence ne comprend pas qu’on puisse ne pas penser comme lui sans être un salaud ou un idiot. Bref, Sopo ne connaît pas de contradicteurs intellectuels ou d’adversaires idéologiques, il n’a que des ennemis. Ce doit être bien triste de vivre dans un monde où tout le monde pense comme soi. Tant pis pour Sopo. Mais au moins qu’il n’en dégoûte pas les autres. Or, Sopo semble ignorer que des millions de gens aiment être surpris, agacés, parfois choqués et toujours stimulés, par une idée qu’ils ne partagent pas. Il n’y a pas de vie sans conflit. C’est donc à l’honneur de RTL – station où j’ai le privilège d’intervenir – qu’on y entende Eric Zemmour et Rokhaya Diallo, Alain Duhamel et Ivan Rioufol, Jean-Michel Apathie et Laurent Gerra. Pardon pour les grands mots, cher Dominique Sopo, ça s’appelle la liberté. Et ça s’appelle la démocratie.

Le peuple contre lui-même

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À chaque fois, c’est la même chose : à peine élu, le nouveau président de la République explique, la larme au coin de l’œil, qu’il sera le président de tous les Français. Et à chaque fois, une bonne partie de ceux qui ont voté contre lui ou se sont abstenus le regardent comme un intrus, une anomalie qui doit débarrasser le plancher de l’Élysée au plus vite. Ce coup-ci, ça n’a pas manqué : François Hollande n’avait pas fini ses quelques pas de danse sur La Vie en rose, devant les Tullistes enamourés, que fleurissaient déjà les groupe Facebook « Hollande n’est pas mon président » et autres appels à la résistance. Et l’on sentait, particulièrement chez les militants UMP, la volonté de mener une guerre de harcèlement au nouveau président et de lui rendre au centuple les insultes, moqueries et marques d’irrespect qui furent le quotidien de Nicolas Sarkozy durant son quinquennat.[access capability= »lire_inedits »] Au « Casse-toi pauv’con ! » renvoyé inlassablement en boomerang au président sortant allait enfin pouvoir succéder le « Tire-toi sale flan »…

Les optimistes indécrottables diront que le sarkozysme récolte ce qu’il a semé, ou au contraire que c’est l’arrogance de la gauche morale de droit divin qui reçoit la monnaie de sa pièce, mais qu’en tout cas tout cela est conjoncturel, et qu’on finira bien par revenir un jour à cette démocratie apaisée si chère aux rêveries solitaires de Valéry Giscard d’Estaing. D’autres, moins religieusement attachés aux liturgies démocratiques, rappelleront que cette démocratie apaisée, la France ne l’a en réalité jamais connue ; et que cette division du peuple est la nature même du système, et plus particulièrement de cette élection du président de la République au suffrage universel qui se réduit toujours, in fine, à un duel, front contre front, où, pour l’emporter, il faut diaboliser l’adversaire, laisser entendre qu’on n’a rien de commun avec lui, que ce sont deux visions incompatibles qui s’affrontent − voire, depuis que l’idéologie a déserté la politique, deux morales inconciliables. Pour remporter cette « reine des batailles » électorales, il faut opposer, diviser, stigmatiser, « cliver », comme l’on dit aujourd’hui, avec l’espoir vain et enfantin que tout cela sera oublié au lendemain de l’élection et que l’on pourra régner sur un pays réuni autour de votre indiscutable légitimité. Quand, en réalité, les anathèmes et les injures laissent des blessures ouvertes, d’autant plus ouvertes qu’il faut déjà songer à les entretenir en vue des combats électoraux futurs. La revanche ne s’accommode guère de l’oubli des fautes et de la cicatrisation des plaies.

Si le phénomène est inhérent à la démocratie, il se renforce indubitablement à l’heure où l’individualisme gagne du terrain au détriment du sentiment d’une communauté de destin. Se sentant de moins en moins citoyen et de plus en plus individu, autonome et seul maître de son existence, pourquoi l’électeur qui a fait le choix minoritaire se sentirait-il tenu de considérer le vainqueur du scrutin comme son président, ou même de le respecter ? En réalité, l’électeur moderne ne saurait avoir plus de respect pour le président qu’il n’a pas choisi que pour un produit de consommation dont il n’aurait pas envie mais dont on lui impose l’utilisation. Dans les démocraties libérales avancées, le président qu’on n’a pas contribué à élire ne sera jamais qu’un plat écœurant qu’on vous oblige à ingurgiter jour après jour, pendant au moins cinq longues années. Allez-vous étonner si le peuple a de moins en moins d’appétit ![/access]
 
*Photo : http://leflansurlaberge.unblog.fr

Afghanistan : le changement, c’est dans la continuité

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Le Festival du mot, qui se déroule du 30 mai au 3 juin dans la charmante bourgade de La Charité-sur-Loire, n’a pas fait preuve d’une grande originalité en choisissant comme mot de l’année 2012 « changement », (sous-entendu « c’est maintenant !»).

On pardonnera ce manque d’imagination aux organisateurs s’il s’agit pour eux de flagorner (vilaine chose, joli mot !) le nouveau pouvoir pour garantir la pérennité de leurs subventions.

Mais ils sont ainsi passés à côté de la plus belle entourloupe linguistique commise ces derniers temps avec l’usage de l’adjectif « ordonné » associé aux substantifs « sortie » et « retrait ».

Madame Christine Lagarde, première langue de vipère du FMI, envisage ainsi « une sortie ordonnée de la Grèce de l’euro ». Ô prodige de la merveilleuse ambiguïté de la langue de Molière ! Elle laisse aux intéressés (« qu’ils payent leurs impôts, ces rats ! ») le soin de conclure s’il s’agit d’une sortie en bon ordre, en rang par deux et au pas d’evzone, de notre belle monnaie unique, ou d’une expulsion résultant d’une injonction dont la version originale allemande est la plus expressive : Raus !

Le « retrait ordonné » des troupes françaises d’Afghanistan annoncé pour la fin 2012 par notre bien-aimé président de la République (61% d’opinions favorables) cache, lui, un euphémisme pour transformer en promesse tenue un rétropédalage pas ordonné du tout. Les galonnés lui ayant gentiment expliqué que l’on ne quitte pas aussi facilement un champ de bataille qu’un champ de luzerne en Corrèze, le plan « j’me barre » de François Hollande n’aura, en fait que trois mois d’avance sur le plan « j’me casse » de Nicolas Sarkozy.

Et l’on sait bien, dans la ville du Festival du mot, que charité bien ordonnée commence par soi-même…

Japon : des joies du « panhaptique »

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L’excellent blog d’Agnès Giard « Les 400 culs » nous fait part des derniers progrès en matière d’onanisme high-tech. Au Japon, il paraît que l’art délicat de la masturbation passe désormais par une technologie tactile proche des procédés utilisés par la console de jeux vidéo Wii. Pour plus de détails, les plus vicieux consulteront ce lien.

La didactique blogueuse professionnelle de Libé nous explique clairement : « certains créateurs d’objets érotiques high-tech mettent actuellement au point des gaines dotées de palpeurs et de pédoncules qui, par petites pressions, vous donnent l’impression d’une langue ou d’une ventouse, aspirant goulument vos doigts, vos orteils, vos seins ou… votre pénis. Ils créent ce qu’on appelle du « sexe haptique ». »

Tactile jusqu’à la moelle, cette gaine est ce qu’on appelle un « virtual hole », « synchronisé(e) avec les images de vidéos pornographiques » que fournit, moyennant finance, la société japonaise Daihaku qui commercialise cet objet dernier cri. Prenez votre temps, détendez-vous, oubliez sites égrillards, revues grivoises et autres pay-per-view d’hôtel, Daihaku s’occupe de tout…

L’hyper réalisme de notre société spectaculaire veut ainsi que le digne utilisateur de la gaine fasse sa petite affaire en observant les exploits érotiques de l’acteur sur l’écran. Même dans leurs pires cauchemars, Bentham et Foucault n’auraient imaginé pareil « panhaptique » qui fait de tout un chacun les Loana et Jean-Edouard solitaires du grand show de télé-réalité qu’on appelle la vie.

Extrême droitisation, ah bon ?

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Aujourd’hui, l’immigration est considérée comme un bienfait en soi, indépendamment de ses modalités. La notion de « seuil de tolérance » a été délégitimée comme une incongruité « cocardière » qui ferait « vieille France ». Le curseur est à ce point déséquilibré que certains livres parlent de « préférence immigrée », de « racisme anti-blanc », de prolophobie, voire de francophobie.

Il aura fallu 30 ans au Front national pour obtenir le score de 18% que François Bayrou a presque atteint du jour au lendemain. Au rythme de progression de ce parti, de 11% aux européennes de 1984 à 18% à la présidentielle de 2012, il ne pourra manifestement pas prendre le pouvoir avant plusieurs siècles. Mais le climat de crédulité est tel, qu’il est sans cesse question de ce qui ferait « monter Le Pen ».

Ceux qui présentent la montée du populisme comme un phénomène inéluctable rejettent la faute sur Sarkozy. Il faudrait s’entendre. Il est peu crédible qu’une soi-disant campagne extrême droitière de Sarkozy ait fait monter Marine Le Pen à 18%, alors que ce score est inférieur aux 24% que les sondages lui prédisaient il y a un an.

Sur la durée, le FN a continûment revu ses prétentions à la baisse, tandis que l’extrême gauche a renforcé ses exigences et accru son audience. Il y a vingt ans, le programme du FN visait à inverser les flux migratoires, alors qu’il prêche aujourd’hui une immigration quasi-zéro. Autre indicateur, à l’époque, le programme de la droite visait à stopper l’immigration, alors qu’il prône aujourd’hui une immigration choisie. Cette inflexion ne correspond en rien à une extrême droitisation.

Ce sont des centristes comme Bayrou qui, influencés par l’extrême gauche, ont dérivé vers la gauche. Partisan du droit de vote des immigrés aux élections municipales, le MoDem promet à la banlieue un ministère de l’Egalité à la place de celui de l’Identité. Plus hostile que François Hollande à la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale, François Bayrou soutient par contre l’initiative de Hollande qui veut supprimer le mot « race » de la Constitution française.

En 1983, Alain Juppé réclamait une politique d’immigration très restrictive et voulait « encourager le retour au pays ». On ne peut donc croire ceux qui jugent que Sarkozy a transgressé la ligne républicaine de Jacques Chirac. La position adoptée par Chirac à partir de 1986, consistant à ne pas accepter les voix du FN et même à faire élire des communistes contre des candidats frontistes, lui avait été dictée par les intellectuels de gauche, mais elle ne reflète pas une tradition établie.

Si l’on remonte un peu dans le temps, on se souvient de la politique de concentration républicaine de Jules Ferry qui écartait les « minorités d’extrême gauche et d’extrême droite ». En 1956, le front républicain regroupait Chaban-Delmas et Mollet en excluant communistes et poujadistes. En septembre 1983, lors de l’émergence électorale du Front national, Raymond Aron s’opposa fermement au chantage antifasciste de ceux qui étaient alliés avec les communistes. Aux régionales de 1986, Edgar Faure déplorait cette nouvelle manie de « frapper d’un interdit incroyable des gens qui sont ici par la volonté du peuple ».

Telle est la principale position républicaine dans l’histoire de France. Elle fut battue en brèche, sous la pression idéologique de l’extrême gauche, à plusieurs reprises, et notamment au début du 20ème siècle par la politique de bloc républicain sous le combisme, puis de 1986 à 2006 par le chiraquisme.

On peut estimer justifiées ces deux mises en quarantaine de la seule extrême droite au profit de l’extrême gauche. Mais on ne peut pas réduire l’histoire de notre République à ces deux périodes.