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Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et de l’Inconscient qui hurle

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Stéphane Le Foll est ministre de l’Agriculture. Ce n’est pas le poste le plus exposé médiatiquement du gouvernement mais ce n’est pas le plus facile non plus. Fidèle d’entre les fidèles de François Hollande, Le Foll doit régler des questions aussi compliquées que les OGM et leur éventuelle nocivité ou la spéculation sur les denrées alimentaires qui fait flamber les prix et accroît les risques de pénurie. Bref du sérieux, pas des trucs pour amuser la galerie comme le mariage gay ou la dépénalisation du cannabis.

Après tout, il faut bien qu’il y en ait qui bossent dans ce gouvernement d’amateurs. En plus, comme si ça ne suffisait pas, Stéphane Le Foll doit donner l’exemple en matière de parité. Comme s’il n’avait que ça à faire. Alors, il vient ainsi d’expliquer que sur ses 15 collaborateurs, il avait tout de même promu sept femmes. Et, pour nous convaincre encore davantage de l’exploit que cela représente, il précise avec délicatesse : « Bien que nos dossiers soient très techniques. » Patatras ! L’erreur fatale, l’inconscient qui hurle, la subordonnée circonstancielle d’opposition qui tue. Parce que vous comprenez, les femmes et la petite enfance, les femmes et la famille, les femmes et l’égalité des sexes, jusque là, ça va. Mais allez savoir si ces créatures fragiles seront capables de tenir toute une nuit pendant un de ces marathons agricoles dont Bruxelles a le secret. Et de comprendre de quoi il est question.
Le ministre, évidemment, dément tout machisme. Il est même soutenu par Najat Vallaud-Belkacem, décidément bonne camarade, qui assure que c’est un mauvais procès et qu’il est un des ministres plus investis dans les questions d’égalité homme-femme.

Si ça se trouve, il est vraiment effondré par la fausse image qu’on a donné de lui, Stéphane Le Foll, et si ça se trouve, Najat a proposé de le ramener chez lui. Il a dû accepter mais à une seule condition : c’est lui qui conduirait parce que c’est bien connu, « femme au volant, mort au tournant. »

Sur le pont du ferry ce matin au Pirée

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Grèce Le pirée Athènes poésie

Le ferry attend
Il n’y a que lui qui vibre
Dans l’aurore aux doigts de rose
Posés sur les immeubles blancs du Pirée
Blancs et vilains et attendrissants
Autour des grands bassins
Tout a la douceur des dieux quand ils sont de bonne humeur
Le ferry vibre au quai E4
Les doigts de roses caressent tout
Les immeubles blancs
Le ferry
Le quai E4
L’eau des bassins qui est le jour avant le jour
Tout
Même moi à qui tout est pardonné
Vie insoucieuse ou trop soucieuse je ne sais plus
Sur le pont du ferry ce matin au Pirée.

*Photo : muschuchat

Visite éclair à Gaza : un jour mon émir viendra

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Israël Qatar Gaza Iran

La visite de l’émir du Qatar à Gaza a fait couler beaucoup d’encre, notamment quant à ses répercussions sur les relations toujours tendues entre le Hamas qui contrôle Gaza et l’Autorité palestinienne qui gouverne la Cisjordanie. Or, si la brève escapade gazaouie de Hamad ben Khalifa Al Thani n’est pas sans conséquences sur les questions palestino-palestinienne et israélo-palestinienne (qui n’en forment qu’une), cet évènement doit être compris dans un contexte plus large. L’émir et sa principauté participent en effet au grand jeu d’endiguement (containment, aurait-on dit sous la Guerre froide) de la puissance iranienne, tout en cherchant à canaliser les énergies politiques libérées par la chute des régimes arabes nationalistes l’an dernier. C’est bel et bien à l’aune de ces enjeux-là que les qataris dirigent leur diplomatie.

Ce minuscule Etat est devenu un acteur régional incontournable, non seulement en raison de ses importantes réserves d’hydrocarbures et de sa position géostratégique unique mais aussi, voire surtout, grâce au talent diplomatique hors du commun de son émir, qui entend profiter de l’actuel affaiblissement de l’Egypte comme de l’Arabie Saoudite pour les supplanter sur la scène arabe.
Jusqu’à la guerre de Libye, la diplomatie qatarie jouait un rôle d’intermédiaire dans les relations entre l’Iran et le monde arabe, à l’image de son immixtion spectaculaire au cœur de la crise libanaise de 2008. Par l’accord de Doha, les différentes parties du pays du Cèdre concluaient un compromis politique permettant l’élection consensuelle de Michel Sleiman et la formation d’un gouvernement conforme aux vœux du Hezbollah, alors en position de force à Beyrouth. À l’époque, les talents de négociateur de Hamad ben Khalifa Al Thani étaient loués aussi bien à Téhéran qu’à Paris, Riyad ou Washington. Déjà, on observait un certain passage de témoin entre le Qatar et l’Arabie puisqu’en 1990, c’est dans la ville saoudienne de Taëf que la guerre civile libanaise avait officiellement pris fin par la signature d’un accord historique entre les diverses factions.

Aujourd’hui, de l’eau a coulé sous les ponts du grand jeu régional. Avec son soutien actif à l’opération libyenne puis aux rebelles syriens, l’émirat ne cache plus sa franche hostilité à l’influence iranienne, dont il combat les derniers bastions. Si l’émir a décidé de passer quelques heures très médiatiques à Gaza, ce n’est pas uniquement par philanthropie à l’égard de la cause palestinienne, mais pour encourager la prise de distances du Hamas avec l’axe Damas-Téhéran et claironner son soutien à une mouvance islamiste sunnite de plus en plus implantée dans le monde arabe (Tunisie, Egypte, Maroc…), au grand dam de la Russie et de la Chine.

Pour compléter le tableau, rappelons que la bande de Gaza partage une frontière avec le Sinaï, occupant un rôle pivot dans le façonnement de la nouvelle Égypte. Tisser des liens entre Doha et Gaza sert donc les intérêts qataris, dans la continuité du rôle subversif joué par Al-Jazira, les Mirage envoyés en Libye pour assister les forces otaniennes ainsi que le financement alloué à l’opposition syrienne armée.
Signe qu’il n’accorde que peu d’importance à la question palestinienne, l’émir n’a ni trouvé le temps de rendre visite au président de l’Autorité palestinienne ni jugé important de faire le moindre geste d’ouverture vis-à-vis de Ramallah pour préserver l’honneur du président Mahmoud Abbas. Mise brutalement à l’écart, la Palestine cisjordanienne essaie de revenir sur le devant de la scène avec une initiative proposant de reprendre les négociations avec Israël contre un soutien américain à son entrée partielle dans l’ONU. Implicitement, ce projet revient à abandonner l’exigence du gel de la colonisation comme condition préalable à la réouverture du dialogue, pièce maîtresse de la diplomatie d’Abbas depuis l’arrivée au pouvoir de Netanyahou et Obama il y a quatre ans.

Cela va sans dire, l’émir qatari se soucie peu de ces questions de détail, étrangères à sa politique de puissance au Proche-Orient. Mais l’espoir est permis. Paradoxalement, alors que le conflit entre Israël et les Palestiniens devient le cadet des soucis arabes, il sera peut-être un peu moins ardu de trouver un compromis historique.

*Photo : itupictures.

Israël, l’exil à domicile

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israel les provinciales romancier

« Cet endroit est débile. Tout le monde déteste tout le monde. Laïcs. Religieux. Ashkénazes. Sépharades. Juifs. Arabes. Il n’y a pas de futur. »
Joshua Sobol, Instant de vérité

« Nous savons, et pour y avoir vécu, combien se déchaînent les passions − politiques et religieuses − dès que l’on parle d’Israël/Palestine. Nous savons combien les Juifs, israéliens ou non, ont « à se battre per et contra se. Pour Israël. Contre Israël. » »[1. Myriam Sâr, L’An dernier à Jérusalem, Les Provinciales, 2011.] Car Israël est, dès son violent commencement, hanté par son brutal effacement, et la peur récurrente d’une destruction venue de l’extérieur − comme un « génocide nucléaire » iranien[2. Richard L. Rubinstein, Jihad et génocide nucléaire, Les Provinciales, 2010.] − n’est souvent que l’exutoire de l’angoisse fondamentale, celle de l’éclatement de la nation bigarrée, Babel moderne parlant hébreu, en ses trop diverses composantes. Comment rêver l’alliance, créer l’alliage nouveau entre le laïque de Jérusalem-Ouest, le gay de Tel-Aviv, le haredi de Méa Shéarim, l’ex-kibboutznik de Neve Ilan et le colon du Goush Etzion ?.[access capability= »lire_inedits »] Sans oublier l’Américain, le Russe, le Français, le mizrahi, et puis l’ « Arab Israîl », musulman, druze ou chrétien, et le Palestinien, éternel présent/absent toujours rappelé/refoulé, et encore la masse anonyme des gens ordinaires, plus ou moins laïques ou religieux, et l’immigré asiatique ou africain… ? Est-ce ainsi qu’« une société bardée de murs a pris la place de la rêverie des premiers jours »[3. Richard L. Rubinstein, Jihad et génocide nucléaire, Les Provinciales, 2010.] ? L’Altneuland de Theodor Herzl est-il devenu « un peuple trop jeune sur une terre trop vieille »[4. Richard L. Rubinstein, Jihad et génocide nucléaire, Les Provinciales, 2010.] ? Les Israéliens sont-ils condamnés à la terrible prophétie nietzschéenne de l’éternel retour, luttant pour avoir un passé plutôt qu’un avenir ? Ou bien est-ce le temps venu de la maturité et de la nostalgie ?

À l’ère déjà avancée de la « nouvelle histoire » et du post-sionisme, le regard sur soi de la société israélienne est largement désenchanté, comme en témoigne la littérature contemporaine, dont les éditions Les Provinciales nous offrent coup sur coup trois volets : théâtre, roman, nouvelles. Mais ce regard littéraire − adulte, distancié, critique, mais encore engagé, passionné, romantique − est éminemment politique, en ce qu’il permet de voir la diversité des points de vue : ce chant polyphonique donne à entendre toutes les voix de la polis, celles que l’on n’entend guère, et recrée une manière d’agora populaire, contre, tout contre, les débats parlementaires de la Knesset.
C’est par le suicide d’un vieux kibboutznik, ex-maquisard français, que s’ouvre le roman autobiographique de Shakin Nir, occasion d’un retour sur soi de la génération héroïque, des pionniers et des vétérans : « Vraiment qui peut soutenir un regard sortant des espoirs de son enfance, des rêves de sa jeunesse, mesurant son pas à la longueur de leur aune ? » L’Israël du béton armé, des opérations immobilières et des affaires politiciennes lui arrache un terrible constat : « On pouvait très bien être déraciné dans sa propre patrie. » Et avec lui, c’est la page épique de la construction d’un pays-utopie qui se tourne.

C’est avec une très grinçante ironie que Tzvi Fishman raconte les errements d’Israël dans ses nouvelles délibérément caricaturales, que l’on suce vite comme de petits bonbons très acides qui agacent le palais. Maniant avec dextérité l’art du violon qui porte sur les nerfs, poussant jusqu’à l’absurde les logiques qui animent les divers protagonistes du « conflit », il trace a contrario la voie d’un réalisme qui fait la part du feu, choisissant le raisonnable plutôt que le rationnel et sa folie kafkaïenne.
C’est la réalité crue qui éclate sur le plateau de Joshua Sobol, mettant en scène, en pleine seconde Intifada, les déchirures morales qui affectent les consciences, individuelles et collectives : de jeunes Israéliens servant dans les « territoires » reviennent dans leur famille le temps d’une permission, et c’est au bord de la mer, comme dans une tragédie grecque qui n’aurait pas de fin, que se portent les coups les plus durs, ceux qui sont dits avec les mots, ne laissant à la béance de la blessure que la force du désespoir : « Le désespoir. C’est la seule force qui peut sortir l’être humain de son indifférence. Le jour où beaucoup de gens sur cette terre auront conscience de leur désespoir, quelque chose se passera. » Le théâtre des opérations se fait théâtre tout court, éminemment contemporain − des événements mêmes les plus immédiats : attentats, arrestations, assassinats… Nulle catharsis mais l’occasion d’un retour sur soi, retour à soi : « Ma terre est une blessure. Une blessure qui ne cicatrise pas. »

La mystique sioniste a laissé la place à la politique israélienne, mais le roman national s’écrit encore chaque jour, intégrant progressivement à l’histoire du pays les voix des sans-voix, les histoires des sans-histoires.[/access]

Tzvi Fishman, Le Grand romancier américain, nouvelles, 120 pages, éditions Les Provinciales.
Shakin Nir, L’Idéal du kibboutz, roman, 176 pages, éditions Les Provinciales.
Joshua Sobol, Instant de vérité, théâtre, 168 pages, éditions Les Provinciales.

*Photo : communityconnectionsnews

Fillon-Copé : Amédée ou comment s’en débarrasser

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Cope-Fillon-Des paroles et des actes

J’ai trouvé intéressante l’émission Des paroles et des actes qui a mis en scène l’opposition entre François Fillon et Jean-François Copé pour la présidence de l’UMP. Je ne me prononcerai pas sur le fond, après tout ce n’est pas mon affaire, je ne suis pas militant de l’UMP. En même temps, ce qui est probable, si d’ici quelques années la droite décide de faire des primaires ouvertes à tous les électeurs pour désigner le candidat aux prochaines Présidentielles, j’irai voter. Je signerai même sans hésitation la déclaration, (sauf si elle comporte le mot pain au chocolat), indiquant que je suis en accord avec les grandes valeurs de la droite.

Après tout, j’ai souvent vécu dans un pays dirigé par la droite et ça n’a jamais été une dictature. La droite française n’a jamais attenté aux libertés fondamentales, au droit de réunion, à la liberté de la presse. Il n’y a donc pas de raison que je ne donne pas mon avis en tant qu’électeur de gauche sur celui qui représentera le camp d’en face et sera peut-être mon prochain président. Dans une démocratie, l’important n’est pas tant de gagner, c’est de voir triompher ses idées quitte à ce que ce soit d’autres qui les reprennent. Demandez au Front National, qui fait du gramcisme nationaliste depuis quarante ans et qui se voit aujourd’hui repris par à peu prêt tout le monde, l’idée qu’il y a un lien consubstantiel entre immigration et délinquance ou immigration et chômage. Donc, en cas de primaire de droite, j’irais voter pour le candidat le moins à droite comme à la primaire socialiste, alors que je ne suis pas socialiste non plus, je suis allé voter pour le candidat le plus à gauche. Qu’on se fasse avoir par la suite est un autre problème…

Dans l’émission, plusieurs choses m’ont amusé. D’abord, l’emploi du mot « droite ». Il y a encore quelques années, personne n’osait se dire de droite. Les gens de droite utilisaient des périphrases en disant qu’ils préféraient la liberté et la responsabilité, et sous-entendait ainsi que tous les gens de gauche étaient des totalitaires assistés. Jeudi soir, il n’y a eu d’hésitation ni de la part de Copé, ni de la part de Fillon. Pour Copé, ça n’a pas dû être trop dur mais pour Fillon, l’ancien gaulliste social, l’homme du non à Maastricht, le lieutenant fidèle de Philippe Seguin, je pense que ça a dû davantage lui brûler la gueule. Quand on a servi un homme qui a parlé de Munich social à propos de la politique de Balladur qui adaptait à coups de « noyaux durs » le modèle français aux normes européennes, se dire « de droite » doit sembler terriblement réducteur. Ce qui tombe mal, dans cette histoire d’une droite qui assume le mot droite, c’est que cela est concomitant d’une période où la gauche assume de plus en plus mal le mot gauche. Le déséquilibre s’inverse. C’est dommage : quitte à subir des Waterloo électoraux comme cela attend probablement les socialistes aux prochaines élections locales, il vaut mieux les perdre sur ses valeurs. Au moins, même si on se retrouve minoritaire, on a conforté son camp.

La seconde chose que j’ai trouvée assez drôle, c’est la rhétorique de Copé. Utilisation incessante, incantatoire de la première personne. Invocation permanente à son mandat d’élu local (Meaux, on sait…) pour légitimer une connaissance du terrain. Réaffirmation continue qu’il est « décomplexé ». Ca ne vous rappelle personne ? C’est pour ça que Fillon devrait se méfier, même s’il gagne la présidence de l’UMP. Ce fut exactement la tactique de Sarkozy contre Villepin…
Enfin, la dernière chose qui pouvait prêter à sourire, c’est l’attitude à adopter vis-à-vis du Front National. C’est bien la seule préoccupation commune, aujourd’hui, entre l’UMP et le Front de Gauche : reprendre ses électeurs à Marine Le Pen. Mais Fillon et Copé ne peuvent pas dire, comme le Front de gauche, qu’il s’agit de brebis égarées qui se trompent de colère. Alors, ils ont hésité entre la danse du ventre et le baiser sur la bouche. En fait, j’ai plutôt pensé à cette pièce de Ionesco,  Amédée ou comment s’en débarrasser. Des gens sont dans un salon et il y a là un cadavre qui ne cesse de grandir, grandir, grandir. On fait semblant de rien, mais plus ça va, plus ça devient difficile de faire comme si rien ne se passait…

En même temps, chacun ses problèmes…

*Photo : UMP.

Mon chien, mammaire et moi

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Terri Graham a 44 ans. Le cousin anglais de notre quasi homonyme Closer nous apprend que cette mère de deux enfants aime choyer son chien Spider… en l’allaitant.

allaitement chien

Vous avez bien lu. Faute d’avoir pu sevrer sa marmaille biologique, l’américaine se rattrape sur son heureux clébard, bouledogue ou carlin, vous en jugerez à l’examen de la ragoûtante photo ci-dessus. Têtant sa maîtresse à même le sein, Spider s’adonne à ce petit plaisir plusieurs fois par jour, sans que sa maîtresse n’y trouve offense, bien au contraire. Vous êtes peut-être attendri ou révulsé par un amour aussi fusionnel, qui frise la caresse zoophile.

So, what ? Les chiens aussi ont droit à l’amour. On pourra néanmoins regretter que miss Graham ne puisse officialiser sa passion animale en recourant au lien sacré du mariage. Dans une société américaine décidément trop conservatrice, l’union civile est réservée aux couples hétéro et même homosexuels (dans une petite dizaine d’Etats), au mépris de la diversité des appétences sexuelles de chacun.

Il est aussi révoltant que ces doux compagnons n’aient droit à aucune reconnaissance officielle de la part de la Sécurité Sociale, qui les discrimine sans vergogne sous prétexte de leur prétendue appartenance à l’espèce animale. Et pourtant, quels que soient notre genre transitoire , notre couleur de peau et nos penchants sexuels, nous sommes tous des chiens allaités par leur maîtresse. Aren’t we ?

Les Français ont une image de plus en plus négative de l’islam

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Sondage islam en France Ifop Figaro

Le sondage publié hier matin par nos confrères du Figaro sur « l’image de l’islam en France » risque d’apparaître comme un démenti cinglant aux tenants du multiculturalisme forcément positif et autres contempteurs de l’islamophobie qui nous a fait tant de mal.

Quelles que soient les questions posées, les réponses des sondés sont en effet sans appel. Ainsi 60% des personnes interrogées considèrent que l’influence et la visibilité de l’islam sont trop importantes dans notre pays. 35% estiment qu’elles ne sont ni trop ni pas assez importantes et 5% qu’elles ne sont pas assez importantes.

Par ailleurs, 67% des sondés pensent que les musulmans et les personnes d’origine musulmane ne sont pas bien intégrés dans la société française, ce qui en soi, n’est pas un résultat surprenant : il y a longtemps que plus personne de sérieux ne prétend que notre modèle d’intégration fonctionne à merveille.
En revanche, la réponse à la question suivante est beaucoup plus surprenante et risque de faire beaucoup pleurer dans les entreprises antiracistes : ils sont 68 % de sondés à estimer que cette mauvaise intégration vient du refus des musulmans de s’intégrer et 52 % à penser qu’il y a de trop fortes différences culturelles.

L’ensemble des résultats du sondage témoigne d’une mauvaise image de l’islam, mais aussi, en plus d’une forte dégradation de celle-ci au fil des années, Ainsi, explique Jean-Marie Guénois qui a analysé les réponses pour Le Figaro : « En 1989, 33 % des sondés se disaient favorables à la construction des mosquées. Ils ne sont plus que 18 %. Pour le voile dans la rue, et sur la même période, les personnes opposées passent de 31 % à 63 %. Et les indifférents ont quasiment fondu de moitié pour n’être que 28 %. Quant au voile à l’école, le feu rouge écarlate s’allume puisque l’on passe sur la même période de 75 % opposés à 89 %! Les indifférents chutant de 17 % à 6 %… »

Des résultats qui font dire à Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop, que cette étude « démontre une évolution qui va dans le sens d’un durcissement supplémentaire des Français vis-à-vis de cette religion et d’une perception négative renforcée de l’islam. »

Dire que certains persistent à penser que Copé a creusé sa propre tombe avec ses histoires de pains au chocolat…

*Photo : islamicus.

Benoît Hamon, l’aile muette du gouvernement

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Hamon PS Harlem Désir Maurel

Il pleut sur Toulouse. Comme dans la chanson de Barbara, mais loin du fief de Jean-Marc Ayrault (qu’une rumeur insistante dit locataire d’un hôtel particulier rue de Varenne…), les larmes affluent sur la ville rose qui accueillera le congrès du Parti Socialiste ce week-end. Des pleurs, après l’élection historique de François Hollande puis le plébiscite de son protégé Harlem Désir à la tête de Solferino ?

Eh oui, que voulez-vous, la motion Désir n’a recueilli que 68% des suffrages socialistes – avec une abstention de 50%- loin, très loin des 90% escomptés, sur lesquels s’appuyaient les promesses de Gascon faites aux ex minoritaires hamonistes du parti. Après avoir avalé la couleuvre du traité budgétaire européen, qu’il a vendu avec autant d’enthousiasme contrit que Cécile Duflot sans que les journalistes ne lui cherchent querelle, le ministre Benoît Hamon avait consenti à signer la « motion majoritaire » Désir-Ayrault, quitte à laisser ses troupes en rase campagne. Contre ce paraphe, François Hollande avait promis 30 deniers, pardon 30 places au conseil national (le Parlement du parti) aux fidèles de Hamon, parmi lesquels on compte de vieux briscards du PS comme Henri Emmanuelli. L’ennui, c’est que le ministre délégué à l’économie solidaire a dû affronter la fronde de ses anciens camarades de la motion C avec lesquels il avait fait cause commune, il y a quatre ans. Les Lienemann, Guedj et autres Maurel ont mal digéré la potion social-démocrate ingurgitée par Hamon. Leur fronde s’est traduite par trois actes de bravoure, assez rares en politique pour être signalés : un vote rebelle à l’Assemblée et au Sénat contre le traité budgétaire – malgré les pressions tout sauf amicales du tandem Ayrault-Le Roux –, la présentation d’une motion indépendante qui a atteint les 13% des votes militants suivie de la candidature d’Emmanuel Maurel au poste de premier secrétaire, approuvée par 28% des socialistes. Autrement dit, de la motion à sa candidature personnelle, Désir est passé de 68% à 72% des votes des adhérents, tandis que la cote de Maurel bondissait de 13% à 28% !

Un succès inattendu qui invalide la stratégie Hamon et complique considérablement la petite cuisine arithmétique des barons du PS. Récapitulons. Sur les 143 membres du conseil national désignés à la proportionnelle suivant les résultats du vote des motions, 68% devraient échoir aux hollando-fabiuso-hamono-royalo-aubrystes rassemblés derrière le Líder Máximo Harlem Désir, 12% aux facétieux militants qui ont joué aux ventriloques avec Stéphane Hessel, le reste devant être distribué à l’avenant à ce qui reste de la motion C du congrès de Reims en 2008. Pour les solférinologues, c’est la quadrature du cercle. Comment rogner la promesse faite à Hamon sans réconcilier les frères ennemis de l’aile gauche du parti ? Mathématiquement, à moins de vouloir transformer le PS en succursale d’Attac, il est impossible d’accorder 30 places aux proches d’Hamon en plus des 13% échus au trio Maurel-Guedj-Lienemann.
Et, vu l’ambiance entre anciens « gauchistes » du parti, ralliés ou réfractaires à l’uniformité hollandiste, ça ne sent pas franchement la réconciliation… S’il ne faut jurer de rien, gageons que Hollande, Ayrault, et leur ombre portée Désir, ont dû montrer tout leur talent de négociateurs pour conclure une synthèse dont ils ont le secret.

En attendant les résultats définitifs du conclave toulousain, les paris sont ouverts mais une chose reste sûre : Benoît Hamon n’existe pas au sein du gouvernement. À la différence d’un Montebourg, qui a abandonné la démondialisation mais s’échine à limiter la casse sociale des délocalisations tout en promouvant désespérément le « Made in France », Hamon ne dispose plus d’aucune surface politique. C’est un comble, mais ses années passées au porte-parolat du PS (2008-2012) ont anéanti son existence médiatique, l’obligeant quotidiennement à épouser les vues majoritaires du parti. Et le même petit jeu pervers s’est reproduit, coup après coup : 2008, Hamon devient prisonnier de son compagnonnage avec la première secrétaire Aubry, 2011 il n’ose se présenter à la primaire socialiste (et s’en mord aujourd’hui les doigts, paraît-il) et se résigne à soutenir la maire de Lille, 2012 il s’agrège à l’aéronef gouvernemental en devenant le ministre délégué de Pierre Moscovici, social-libéral s’il en est.

Celui qui avait recyclé son rocardisme au lendemain du 21 avril 2002 retourne à la case départ. Benoît Hamon n’est plus qu’un sous-ministre aux tickets restaurants, chargé d’inventer un modèle alternatif de capitalisme, que François Hollande examinera entre deux avions un jour de désœuvrement. Face aux critiques acerbes de ses anciens compagnons de courant, Hamon jure ne pas avoir changé ni s’être couché devant les rodomontades de l’Elysée. On veut bien. Mais, comme disait Audiard, faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages

*Photo : Parti socialiste.

Notre seule religion, c’est la liberté !

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islam Innocence of muslims charlie hebdo

L’Empire romain savait se faire respecter des barbares. Lorsqu’un représentant de l’autorité impériale était assassiné dans une province reculée, la légion était dépêchée pour décimer (passer au fil du glaive un homme sur dix) la population qui abritait le coupable. Les États-Unis d’Amérique ne sont pas un empire − n’en déplaise aux attardés d’extrême gauche et d’extrême droite − mais une démocratie où règnent des millions de citoyens au cœur plus ou moins tendre. C’est pourquoi, malgré l’assassinat de quatre de leurs diplomates, le gouvernement n’envisage pas d’occire un dixième de la population libyenne. Il faut vivre avec son temps, mais il m’arrive de regretter les pratiques de ces époques où l’on savait protéger les siens, même par la terreur.?[access capability= »lire_inedits »]
Malgré le meurtre d’un ambassadeur du monde libre et de trois Américains par une foule assassine, comme il y a au Caire des foules violeuses, les rescapés de Benghazi, qui doivent leur salut aux bombardements occidentaux, vont pouvoir retourner à leur prière sans autre crainte que celle d’Allah et honorer, face contre terre, un dieu qui ne tolère aucune moquerie.

Il n’y aura pas de représailles américaines, il y aura des excuses. Sur les radios françaises de service public, on les entend déjà. Au pays de Voltaire, on demande pardon : L’Innocence des musulmans, le film qui offense l’islam et qui a provoqué une colère meurtrière est, nous dit-on chaque fois qu’on l’évoque, un « navet grossier », un « postulat haineux », un « film infâme », une « provocation islamophobe »[1. Je dois rendre la paternité de ces termes aux participants de l’émission « Le Téléphone sonne », sur France Inter, consacrée aux meurtres des diplomates américains.].
C’est sur ce thème et en ces termes que nos élites françaises, médiatiques et savantes, nous demandent de comprendre ce qui pousse des hommes (et des femmes ?) à pratiquer une exécution sommaire à mille contre quatre.

Il faut dire (et cela pourrait être − si nous vivions en dictature − une consigne du Ministère de la Diplomatie et du Vivrensemble dans la Mondialisation) que les spectateurs en colère sortaient tout juste d’un printemps arabe « éprouvant » et « libérateur » après tant d’humiliations coloniales et dictatoriales.
Il faut répéter qu’un antiaméricanisme puissant pousse au lynchage ou au brûlage de drapeaux dans le monde arabe parce que, malgré la main tendue de Barack Obama, l’Amérique affiche un soutien indéfectible et coupable à Israël.
Il faut expliquer que des peuples humiliés par un Occident arrogant qui ne s’intéresse qu’au pétrole et soutient des dictatures qui les oppriment, même quand celles-ci ont disparu, en ont gros sur la patate.
Il faut faire comprendre que la « tolérance à l’islamophobie » a dépassé les bornes en Occident et qu’il ne faut pas s’étonner, lorsqu’on sème le vent de la liberté d’expression, de récolter des tempêtes sanglantes.
Il faut rappeler que le croyant a droit au respect, que l’indignation est la chose la mieux partagée dans le monde et il faut s’empresser d’illustrer son propos par un exemple catholique et intégriste pour ne surtout pas stigmatiser six millions de Français musulmans et un milliard de leurs coreligionnaires.

Voici comment les spécialistes, du haut de leur chaire et forts de la légitimité de leurs instituts de recherche, entendent nous empêcher de faire des amalgames entre les meurtres et les meurtriers. Voici comment, après le énième déchaînement de violence islamique qu’on nomme, comme toujours, « islamiste », ils nous servent au menu de la politique de l’excuse la soupe froide de l’« humiliation arabe », la farce indigeste de l’« arrogance occidentale », le plat réchauffé de la « provocation islamophobe ». À la fin des fins, qui est donc responsable des maux qui nous accablent ? Eh bien, c’est nous.
C’est tout à l’honneur de l’Occident d’être devenu un monde où l’on cherche à convaincre plus qu’à convertir, à comprendre plus qu’à condamner, à faire la paix plutôt que la guerre, mais cet exercice de notre bonne volonté ne doit pas exonérer nos ennemis déclarés de leurs fautes. C’est tout à notre honneur d’Occidentaux de prendre nos responsabilités et même un peu plus, mais n’est-il pas un peu condescendant et même un peu prétentieux de considérer que nous serions causes de toutes choses en ce monde et toujours seuls responsables des crimes commis partout et par tous ? N’est-il pas un peu méprisant, et même un peu raciste, de penser que le musulman serait forcément dominé par des réflexes taurins quand on agite le chiffon rouge du blasphème ? Peut-être faut-il faire preuve d’un peu d’humilité en rendant un peu de leur responsabilité aux autres et nous rappeler la leçon de tautologie du professeur Finkielkraut : « Le coupable, c’est le coupable. »

Les faits étant établis et les coupables identifiés, nous pouvons seulement étudier les circonstances.
Commençons par l’« humiliation arabe ». Je comprends que le Levantin qui regarde l’état de sa civilisation n’ait pas de quoi pavoiser, mais à qui la faute ? Sont-ce les déclarations de George Bush, les caricatures du Prophète ou encore les unes de qui humilient le musulman, ou bien un bon dieu qui exige une soumission totale en jetant ses ouailles dans une misère sexuelle noire et par terre cinq fois par jour ? Sommes-nous responsables si, depuis la fin des empires coloniaux, les peuples arabes, au lieu de transformer leurs déserts en jardins comme certains − suivez mon regard admiratif et ému − continuent de s’entretuer dans des affrontements ethniques, tribaux ou religieux ? Est-ce notre faute si le pétrole qui jaillit par la grâce des technologies occidentales fait la fortune des monarchies, des oligarchies ou des dynasties plutôt que le bien-être des populations ?

Venons-en à l’« arrogance » de l’Occident. Le premier de la classe dans une banlieue sinistrée par la misère du monde et perdue pour la République est-il arrogant parce qu’il propose son aide à ses camarades défavorisés socialement ou culturellement ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand notre civilisation, forte de ses progrès, déploie sur tous les continents une myriade d’organisations non gouvernementales qui instruisent, soignent et développent, quand elle ouvre ses universités à la misère intellectuelle du monde − y compris du monde arabe qui la maudit − et lui offre les résultats de ses recherches médicales, scientifiques, architecturales et techniques ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand la création et la production cinématographique, littéraire ou musicale de n’importe quel pays d’Europe dépasse en qualité et en quantité l’expression culturelle de l’oumma tout entière mais que le cinéma, la littérature, ou la musique « du monde » sont célébrés en Occident dans un élan de générosité et de discrimination positive qui frise parfois le ridicule ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand, en Lybie, nous opposons notre force armée aux promesses de répressions sanglantes faites à des populations civiles par des dictateurs qui entendent garder un pouvoir absolu quel qu’en soit le prix ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand, en Afghanistan, des policiers ou des soldats recrutés dans la population, équipés, armés et formés par l’OTAN, retournent leurs armes contre des militaires français, anglais ou américains venus les aider à protéger, à servir et à sortir leur pays de guerres tribales sans fin ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand, à la suite de tremblements de terre en Iran, les secouristes israéliens venus en aide aux personnes ensevelies sont refoulés par des autorités qui préfèrent voir leur peuple crever plutôt que sauvé par des juifs ?

Finissons par observer cette arnaque que notre tropisme repentant et leurs attentats terroristes finiront par nous faire prendre au sérieux : la « provocation islamophobe ». Malgré les précautions empressées et toutes munichoises de la classe diplomatique et médiatique pour disqualifier le film en le traitant de tous les noms (jusqu’à l’accuser d’ « infamie », comme Frédéric Martel sur France Culture), le monde arabo-musulman a connu des émeutes et certaines capitales européennes des manifestations.
Ce n’est pas nouveau. Tout ce qui met en colère le musulman susceptible, qu’il soit ignare ou instruit, est aussitôt taxé de « provocation islamophobe ». Les caricatures les plus comiques, les discours du pape les plus diplomatiques ou les maladresses les plus innocentes[2. Je pense à cette histoire récente de l’institutrice anglaise partie généreusement en Lybie pour instruire des enfants dans le besoin, et qui avait eu les pires ennuis pour avoir donné à l’ours en peluche devenu mascotte de la classe le prénom d’« Ali ».] ne manquent jamais d’entraîner des conséquences musulmanes. Or, c’est mathématique, s’il y a réaction islamique violente, il faut un responsable voire un coupable : c’est évidemment parce qu’il y a eu « provocation islamophobe ». Voici comment, pour le trouillard en voie de dhimmitude, la liberté d’expression des uns doit s’arrêter où commence la susceptibilité des autres. Ainsi, pour celui qui craint de regarder son ennemi en face de peur qu’il ne se fâche, le simple exercice de la critique, de l’humour ou de la liberté devient une intolérable « provocation islamophobe ».

La plus grave de toutes consiste à dire ou à insinuer que l’islam est une religion intolérante que ses pires dévots défendent par la violence. Il faut vite la dénoncer car elle risque, dira-t-on, de déchaîner des flots de violence. Et de fait, ceux qui osent observer qu’il existe parfois un lien entre islam et violence sont, aux yeux des plus fanatiques, passibles de fatwa et d’assassinat. Faut-il par principe de précaution et pour vivrensemble avec des bigots enragés en revenir à une civilisation pré-voltairienne ?

Je préférerais que l’on explique à ceux qui causent dans le poste comme aux derniers arrivés que nous nous sommes débarrassés des diktats de nos religions mais que nous nous sommes choisis des principes, que nous rions du sacré mais que nous avons des valeurs et que nous y sommes sacrément attachés. Au lieu de faire profil bas, nous gagnerions à rappeler au monde qui nous défie et nous maudit que, de toutes nos valeurs, la liberté est celle qui donne son nom au monde libre. Pour elle, nous devrions être capables de mourir et même, quand il le faut, de tuer. J’aimerais donc qu’on rappelle, en termes compréhensibles par tous et partout, aux religieux obscurs et menaçants qui prennent un peu trop de liberté que notre seule religion, c’est la liberté.

Les commentateurs qui accablent sans relâche ce petit film peuvent en penser ce qu’ils veulent. Je l’ai vu et j’ai bien ri. C’est un court métrage plus proche des comédies de Mel Brooks que du Fitna de Geert Wilders. L’Innocence des musulmans est peut- être un « navet islamophobe infâme et grossier » mais il aura eu le mérite de nous donner quelque chose à voir. Il a porté contre l’islam des accusations terribles, dont des musulmans se sont empressés de prouver le bien-fondé à peu près partout dans le monde. Il est le doigt qui nous met en garde contre les foules arabes vengeresses par milliers et contre les opinions musulmanes qui, par millions et par leur silence, semblent réprouver les blasphèmes davantage que les meurtres. Et comment ont réagi nos élites politiques et journalistiques ? Elles se sont dépêchées de dénoncer ce doigt, de regretter que l’on ne puisse couper de telles mains et d’ignorer ce que l’index, « infâme » et tout ce qu’on voudra, nous montrait : une lune croissante et menaçante qui pourrait bien un jour nous tomber sur la tête. Alors, comment pouvons-nous, encore et encore, laisser nos dirigeants importer au pays de Molière, où les aveugles sont rois, des simples d’esprit critique à peu près aussi tolérants mais beaucoup moins diplomates que ces jésuites qui, de son temps et après son Tartuffe, ont bien failli avoir sa peau[3. Rappelons qu’à l’issue de la première représentation du Tartuffe, qui brocardait le fanatisme des dévots de l’époque, ceux-ci ont demandé au roi l’interdiction de la pièce − apportant par leur réaction, comme les islamistes d’aujourd’hui, la preuve même de leur intolérance.] ? Cela dépasse mon entendement. Inlassablement, je pose la question et je n’ai toujours pas de réponse.[/access]

*Photo : Niriel.

Les marinières de Montebourg, les Pigeons et la grève générale

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Arnaud Montebourg Chavez Venezuela Espagne

On a tort de se moquer d’Arnaud Montebourg surtout quand c’est Arnaud Montebourg qui se moque du monde. Notamment quand il s’est moqué de ses 17% d’électeurs lors de la primaire socialiste où il s’était fait le chantre de la démondialisation et du protectionnisme intelligent avant de rallier François Hollande, son social-libéralisme, son TSCG auquel devait, au cours d’une renégociation, s’adjoindre un volet pour la croissance dont il semble désormais qu’il soit purement virtuel. On rappellera qu’il a fallu un simple envol de pigeons sur des réseaux sociaux pour que Bercy rentre à la niche, par peur de se voir reprocher de vouloir casser le moral des entrepreneurs, les vrais, les jeunes qui « ne font pas de politique » mais qui savent pourtant utiliser Facebook comme une arme de propagande remarquablement efficace.

Mais revenons à Montebourg. Tout le monde s’est moqué de lui quand, pour défendre le made in France, il est paru à la une du supplément magazine du Parisien en marinière Armor Lux, tenant un mixer Moulinex et portant une montre Herbelin. C’est vrai que le look avait quelque chose de gay friendly, disons entre l’affiche du Querelle de Fassbinder, un défilé de mode façon Jean-Paul (Gaultier) ou une parade festiviste façon Jean-Paul (Goude) inoubliable depuis son défilé pour le Bicentenaire de la Révolution Française. À propos de Goude, on peut se demander si Arnaud Montebourg, en s’exposant ainsi, ne lui a pas demandé subliminalement d’en organiser un sur le thème du Redressement Industriel, qui pourrait avoir lieu le 14 novembre.
Pourquoi le 14 novembre ? Eh bien parce que le 14 novembre, il faudra un bon écran de fumée pour cacher l’appel à la grève générale européenne à l’initiative de la Confédération Européenne des Syndicats. La situation doit-être grave pour que la CES, qui ferait passer la CDFT pour un syndicat de luttes des classes et non un tranquille négociateur qui croit sans rire que les discussions autour du « choc de compétitivité » sont autant de possibilités de progrès social, se mobilise de la sorte. La journée du 14, à laquelle s’est ralliée la CGT, risque  d’être une réussite. Après tout, la CES, c’est quand même 85 organisations dans 36 pays européens ainsi que 10 fédérations sectorielles.  La confédération européenne précise que cette journée prendra diverses formes, « grèves, manifestations, rassemblements et autres actions” et elle s’est déclarée “fermement opposée aux mesures d’austérité qui font plonger l’Europe dans la stagnation économique, voire la récession, ainsi qu’au démantèlement continu du modèle social européen”. Chez les Espagnols , les Portugais  et les Grecs, quelle surprise, la forme de la grève générale sera clairement choisie. On se demande quand cessera cette résistance absurde à la raison économique et aux harmonies spontanées si visiblement à l’œuvre dans ces pays depuis quelques années.

On comprend donc que Montebourg ait envie qu’on parle d’autre chose. Et il pourra se vanter au moins d’une chose, très concrète, à mettre à son bilan. Sa prestation a permis à Armor Lux de voir son chiffre d’affaire en octobre 2012 faire un bond de 8%. « Grâce au ministre, on en a vendu plusieurs centaines de pièces depuis samedi. Aux Galeries Lafayette, boulevard Haussman, à Paris, c’est même la rupture de stocks… », se réjouit Jean-Guy Le Floc’h, le PDG d’Armor-Lux. On souhaite le même bonheur à Moulinex qui doit se souvenir que si la marque a été sauvée de justesse il y a quelques années, ce n’est pas grâce à un ministre quelconque qui se serait montré en train de préparer un jus multivimaniné mais par un bon vieux mouvement social.
En tout cas, de la part de Montebourg, ce sont des manières plus douces pour faire oublier la casse sociale que celle préconisée par Ignacio Cosido, directeur général de la police espagnole. Monsieur Cosido, soutenu par le gouvernement, aimerait bien qu’une loi soit votée, une loi qui interdirait « la capture, la reproduction et l’édition d’images, de sons ou de renseignements sur des membres de la sécurité ou des forces armées » La diffusion d’images et de vidéos sur les réseaux sociaux tels que Facebook seraient également punies. « Nous essayons d’éviter que des images de policiers soient téléchargées sur les réseaux sociaux, et qui représentent une menace qui sur eux et leurs familles ».
Monsieur Cosido est un humaniste, on le voit, mais un humaniste qui a sans doute lu Guy Debord : « Ce dont le Spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n’existe pas. Car il parle alors de quelque chose d’autre, et c’est donc cela qui, dès lors, en somme, existe. »
Et il est vrai que les brutalités policières contre des manifestants qui – rappelons-le – ne sont pas des délinquants, ont été assez fréquentes en Espagne avec des policiers ne portant pas leur badge d’identification alors que le règlement l’exige. Mais si on ne le voit plus, ça n’existera plus. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

Venezuela Chavez

Il y a peut-être aussi que monsieur Cosido voudrait bien que l’on ne revoie pas cette image un peu gênante d’un patron de restaurant un patron se déclarant clairement de droite et qui avait quitté une Amérique latine trop bolivarienne à son goût pour s’installer à Madrid. Il avait tellement été indigné par les méthodes de la police qu’il avait sanctuarisé son restaurant et protégé nombre de manifestants du matraquage.
On remarquera sur la photo que lui, il ne porte pas de marinière.

*Photo : Le Parisien Magazine.

Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et de l’Inconscient qui hurle

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Stéphane Le Foll est ministre de l’Agriculture. Ce n’est pas le poste le plus exposé médiatiquement du gouvernement mais ce n’est pas le plus facile non plus. Fidèle d’entre les fidèles de François Hollande, Le Foll doit régler des questions aussi compliquées que les OGM et leur éventuelle nocivité ou la spéculation sur les denrées alimentaires qui fait flamber les prix et accroît les risques de pénurie. Bref du sérieux, pas des trucs pour amuser la galerie comme le mariage gay ou la dépénalisation du cannabis.

Après tout, il faut bien qu’il y en ait qui bossent dans ce gouvernement d’amateurs. En plus, comme si ça ne suffisait pas, Stéphane Le Foll doit donner l’exemple en matière de parité. Comme s’il n’avait que ça à faire. Alors, il vient ainsi d’expliquer que sur ses 15 collaborateurs, il avait tout de même promu sept femmes. Et, pour nous convaincre encore davantage de l’exploit que cela représente, il précise avec délicatesse : « Bien que nos dossiers soient très techniques. » Patatras ! L’erreur fatale, l’inconscient qui hurle, la subordonnée circonstancielle d’opposition qui tue. Parce que vous comprenez, les femmes et la petite enfance, les femmes et la famille, les femmes et l’égalité des sexes, jusque là, ça va. Mais allez savoir si ces créatures fragiles seront capables de tenir toute une nuit pendant un de ces marathons agricoles dont Bruxelles a le secret. Et de comprendre de quoi il est question.
Le ministre, évidemment, dément tout machisme. Il est même soutenu par Najat Vallaud-Belkacem, décidément bonne camarade, qui assure que c’est un mauvais procès et qu’il est un des ministres plus investis dans les questions d’égalité homme-femme.

Si ça se trouve, il est vraiment effondré par la fausse image qu’on a donné de lui, Stéphane Le Foll, et si ça se trouve, Najat a proposé de le ramener chez lui. Il a dû accepter mais à une seule condition : c’est lui qui conduirait parce que c’est bien connu, « femme au volant, mort au tournant. »

Sur le pont du ferry ce matin au Pirée

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Grèce Le pirée Athènes poésie

Grèce Le pirée Athènes poésie

Le ferry attend
Il n’y a que lui qui vibre
Dans l’aurore aux doigts de rose
Posés sur les immeubles blancs du Pirée
Blancs et vilains et attendrissants
Autour des grands bassins
Tout a la douceur des dieux quand ils sont de bonne humeur
Le ferry vibre au quai E4
Les doigts de roses caressent tout
Les immeubles blancs
Le ferry
Le quai E4
L’eau des bassins qui est le jour avant le jour
Tout
Même moi à qui tout est pardonné
Vie insoucieuse ou trop soucieuse je ne sais plus
Sur le pont du ferry ce matin au Pirée.

*Photo : muschuchat

Visite éclair à Gaza : un jour mon émir viendra

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Israël Qatar Gaza Iran

Israël Qatar Gaza Iran

La visite de l’émir du Qatar à Gaza a fait couler beaucoup d’encre, notamment quant à ses répercussions sur les relations toujours tendues entre le Hamas qui contrôle Gaza et l’Autorité palestinienne qui gouverne la Cisjordanie. Or, si la brève escapade gazaouie de Hamad ben Khalifa Al Thani n’est pas sans conséquences sur les questions palestino-palestinienne et israélo-palestinienne (qui n’en forment qu’une), cet évènement doit être compris dans un contexte plus large. L’émir et sa principauté participent en effet au grand jeu d’endiguement (containment, aurait-on dit sous la Guerre froide) de la puissance iranienne, tout en cherchant à canaliser les énergies politiques libérées par la chute des régimes arabes nationalistes l’an dernier. C’est bel et bien à l’aune de ces enjeux-là que les qataris dirigent leur diplomatie.

Ce minuscule Etat est devenu un acteur régional incontournable, non seulement en raison de ses importantes réserves d’hydrocarbures et de sa position géostratégique unique mais aussi, voire surtout, grâce au talent diplomatique hors du commun de son émir, qui entend profiter de l’actuel affaiblissement de l’Egypte comme de l’Arabie Saoudite pour les supplanter sur la scène arabe.
Jusqu’à la guerre de Libye, la diplomatie qatarie jouait un rôle d’intermédiaire dans les relations entre l’Iran et le monde arabe, à l’image de son immixtion spectaculaire au cœur de la crise libanaise de 2008. Par l’accord de Doha, les différentes parties du pays du Cèdre concluaient un compromis politique permettant l’élection consensuelle de Michel Sleiman et la formation d’un gouvernement conforme aux vœux du Hezbollah, alors en position de force à Beyrouth. À l’époque, les talents de négociateur de Hamad ben Khalifa Al Thani étaient loués aussi bien à Téhéran qu’à Paris, Riyad ou Washington. Déjà, on observait un certain passage de témoin entre le Qatar et l’Arabie puisqu’en 1990, c’est dans la ville saoudienne de Taëf que la guerre civile libanaise avait officiellement pris fin par la signature d’un accord historique entre les diverses factions.

Aujourd’hui, de l’eau a coulé sous les ponts du grand jeu régional. Avec son soutien actif à l’opération libyenne puis aux rebelles syriens, l’émirat ne cache plus sa franche hostilité à l’influence iranienne, dont il combat les derniers bastions. Si l’émir a décidé de passer quelques heures très médiatiques à Gaza, ce n’est pas uniquement par philanthropie à l’égard de la cause palestinienne, mais pour encourager la prise de distances du Hamas avec l’axe Damas-Téhéran et claironner son soutien à une mouvance islamiste sunnite de plus en plus implantée dans le monde arabe (Tunisie, Egypte, Maroc…), au grand dam de la Russie et de la Chine.

Pour compléter le tableau, rappelons que la bande de Gaza partage une frontière avec le Sinaï, occupant un rôle pivot dans le façonnement de la nouvelle Égypte. Tisser des liens entre Doha et Gaza sert donc les intérêts qataris, dans la continuité du rôle subversif joué par Al-Jazira, les Mirage envoyés en Libye pour assister les forces otaniennes ainsi que le financement alloué à l’opposition syrienne armée.
Signe qu’il n’accorde que peu d’importance à la question palestinienne, l’émir n’a ni trouvé le temps de rendre visite au président de l’Autorité palestinienne ni jugé important de faire le moindre geste d’ouverture vis-à-vis de Ramallah pour préserver l’honneur du président Mahmoud Abbas. Mise brutalement à l’écart, la Palestine cisjordanienne essaie de revenir sur le devant de la scène avec une initiative proposant de reprendre les négociations avec Israël contre un soutien américain à son entrée partielle dans l’ONU. Implicitement, ce projet revient à abandonner l’exigence du gel de la colonisation comme condition préalable à la réouverture du dialogue, pièce maîtresse de la diplomatie d’Abbas depuis l’arrivée au pouvoir de Netanyahou et Obama il y a quatre ans.

Cela va sans dire, l’émir qatari se soucie peu de ces questions de détail, étrangères à sa politique de puissance au Proche-Orient. Mais l’espoir est permis. Paradoxalement, alors que le conflit entre Israël et les Palestiniens devient le cadet des soucis arabes, il sera peut-être un peu moins ardu de trouver un compromis historique.

*Photo : itupictures.

Israël, l’exil à domicile

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israel les provinciales romancier

israel les provinciales romancier

« Cet endroit est débile. Tout le monde déteste tout le monde. Laïcs. Religieux. Ashkénazes. Sépharades. Juifs. Arabes. Il n’y a pas de futur. »
Joshua Sobol, Instant de vérité

« Nous savons, et pour y avoir vécu, combien se déchaînent les passions − politiques et religieuses − dès que l’on parle d’Israël/Palestine. Nous savons combien les Juifs, israéliens ou non, ont « à se battre per et contra se. Pour Israël. Contre Israël. » »[1. Myriam Sâr, L’An dernier à Jérusalem, Les Provinciales, 2011.] Car Israël est, dès son violent commencement, hanté par son brutal effacement, et la peur récurrente d’une destruction venue de l’extérieur − comme un « génocide nucléaire » iranien[2. Richard L. Rubinstein, Jihad et génocide nucléaire, Les Provinciales, 2010.] − n’est souvent que l’exutoire de l’angoisse fondamentale, celle de l’éclatement de la nation bigarrée, Babel moderne parlant hébreu, en ses trop diverses composantes. Comment rêver l’alliance, créer l’alliage nouveau entre le laïque de Jérusalem-Ouest, le gay de Tel-Aviv, le haredi de Méa Shéarim, l’ex-kibboutznik de Neve Ilan et le colon du Goush Etzion ?.[access capability= »lire_inedits »] Sans oublier l’Américain, le Russe, le Français, le mizrahi, et puis l’ « Arab Israîl », musulman, druze ou chrétien, et le Palestinien, éternel présent/absent toujours rappelé/refoulé, et encore la masse anonyme des gens ordinaires, plus ou moins laïques ou religieux, et l’immigré asiatique ou africain… ? Est-ce ainsi qu’« une société bardée de murs a pris la place de la rêverie des premiers jours »[3. Richard L. Rubinstein, Jihad et génocide nucléaire, Les Provinciales, 2010.] ? L’Altneuland de Theodor Herzl est-il devenu « un peuple trop jeune sur une terre trop vieille »[4. Richard L. Rubinstein, Jihad et génocide nucléaire, Les Provinciales, 2010.] ? Les Israéliens sont-ils condamnés à la terrible prophétie nietzschéenne de l’éternel retour, luttant pour avoir un passé plutôt qu’un avenir ? Ou bien est-ce le temps venu de la maturité et de la nostalgie ?

À l’ère déjà avancée de la « nouvelle histoire » et du post-sionisme, le regard sur soi de la société israélienne est largement désenchanté, comme en témoigne la littérature contemporaine, dont les éditions Les Provinciales nous offrent coup sur coup trois volets : théâtre, roman, nouvelles. Mais ce regard littéraire − adulte, distancié, critique, mais encore engagé, passionné, romantique − est éminemment politique, en ce qu’il permet de voir la diversité des points de vue : ce chant polyphonique donne à entendre toutes les voix de la polis, celles que l’on n’entend guère, et recrée une manière d’agora populaire, contre, tout contre, les débats parlementaires de la Knesset.
C’est par le suicide d’un vieux kibboutznik, ex-maquisard français, que s’ouvre le roman autobiographique de Shakin Nir, occasion d’un retour sur soi de la génération héroïque, des pionniers et des vétérans : « Vraiment qui peut soutenir un regard sortant des espoirs de son enfance, des rêves de sa jeunesse, mesurant son pas à la longueur de leur aune ? » L’Israël du béton armé, des opérations immobilières et des affaires politiciennes lui arrache un terrible constat : « On pouvait très bien être déraciné dans sa propre patrie. » Et avec lui, c’est la page épique de la construction d’un pays-utopie qui se tourne.

C’est avec une très grinçante ironie que Tzvi Fishman raconte les errements d’Israël dans ses nouvelles délibérément caricaturales, que l’on suce vite comme de petits bonbons très acides qui agacent le palais. Maniant avec dextérité l’art du violon qui porte sur les nerfs, poussant jusqu’à l’absurde les logiques qui animent les divers protagonistes du « conflit », il trace a contrario la voie d’un réalisme qui fait la part du feu, choisissant le raisonnable plutôt que le rationnel et sa folie kafkaïenne.
C’est la réalité crue qui éclate sur le plateau de Joshua Sobol, mettant en scène, en pleine seconde Intifada, les déchirures morales qui affectent les consciences, individuelles et collectives : de jeunes Israéliens servant dans les « territoires » reviennent dans leur famille le temps d’une permission, et c’est au bord de la mer, comme dans une tragédie grecque qui n’aurait pas de fin, que se portent les coups les plus durs, ceux qui sont dits avec les mots, ne laissant à la béance de la blessure que la force du désespoir : « Le désespoir. C’est la seule force qui peut sortir l’être humain de son indifférence. Le jour où beaucoup de gens sur cette terre auront conscience de leur désespoir, quelque chose se passera. » Le théâtre des opérations se fait théâtre tout court, éminemment contemporain − des événements mêmes les plus immédiats : attentats, arrestations, assassinats… Nulle catharsis mais l’occasion d’un retour sur soi, retour à soi : « Ma terre est une blessure. Une blessure qui ne cicatrise pas. »

La mystique sioniste a laissé la place à la politique israélienne, mais le roman national s’écrit encore chaque jour, intégrant progressivement à l’histoire du pays les voix des sans-voix, les histoires des sans-histoires.[/access]

Tzvi Fishman, Le Grand romancier américain, nouvelles, 120 pages, éditions Les Provinciales.
Shakin Nir, L’Idéal du kibboutz, roman, 176 pages, éditions Les Provinciales.
Joshua Sobol, Instant de vérité, théâtre, 168 pages, éditions Les Provinciales.

*Photo : communityconnectionsnews

Fillon-Copé : Amédée ou comment s’en débarrasser

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Cope-Fillon-Des paroles et des actes

Cope-Fillon-Des paroles et des actes

J’ai trouvé intéressante l’émission Des paroles et des actes qui a mis en scène l’opposition entre François Fillon et Jean-François Copé pour la présidence de l’UMP. Je ne me prononcerai pas sur le fond, après tout ce n’est pas mon affaire, je ne suis pas militant de l’UMP. En même temps, ce qui est probable, si d’ici quelques années la droite décide de faire des primaires ouvertes à tous les électeurs pour désigner le candidat aux prochaines Présidentielles, j’irai voter. Je signerai même sans hésitation la déclaration, (sauf si elle comporte le mot pain au chocolat), indiquant que je suis en accord avec les grandes valeurs de la droite.

Après tout, j’ai souvent vécu dans un pays dirigé par la droite et ça n’a jamais été une dictature. La droite française n’a jamais attenté aux libertés fondamentales, au droit de réunion, à la liberté de la presse. Il n’y a donc pas de raison que je ne donne pas mon avis en tant qu’électeur de gauche sur celui qui représentera le camp d’en face et sera peut-être mon prochain président. Dans une démocratie, l’important n’est pas tant de gagner, c’est de voir triompher ses idées quitte à ce que ce soit d’autres qui les reprennent. Demandez au Front National, qui fait du gramcisme nationaliste depuis quarante ans et qui se voit aujourd’hui repris par à peu prêt tout le monde, l’idée qu’il y a un lien consubstantiel entre immigration et délinquance ou immigration et chômage. Donc, en cas de primaire de droite, j’irais voter pour le candidat le moins à droite comme à la primaire socialiste, alors que je ne suis pas socialiste non plus, je suis allé voter pour le candidat le plus à gauche. Qu’on se fasse avoir par la suite est un autre problème…

Dans l’émission, plusieurs choses m’ont amusé. D’abord, l’emploi du mot « droite ». Il y a encore quelques années, personne n’osait se dire de droite. Les gens de droite utilisaient des périphrases en disant qu’ils préféraient la liberté et la responsabilité, et sous-entendait ainsi que tous les gens de gauche étaient des totalitaires assistés. Jeudi soir, il n’y a eu d’hésitation ni de la part de Copé, ni de la part de Fillon. Pour Copé, ça n’a pas dû être trop dur mais pour Fillon, l’ancien gaulliste social, l’homme du non à Maastricht, le lieutenant fidèle de Philippe Seguin, je pense que ça a dû davantage lui brûler la gueule. Quand on a servi un homme qui a parlé de Munich social à propos de la politique de Balladur qui adaptait à coups de « noyaux durs » le modèle français aux normes européennes, se dire « de droite » doit sembler terriblement réducteur. Ce qui tombe mal, dans cette histoire d’une droite qui assume le mot droite, c’est que cela est concomitant d’une période où la gauche assume de plus en plus mal le mot gauche. Le déséquilibre s’inverse. C’est dommage : quitte à subir des Waterloo électoraux comme cela attend probablement les socialistes aux prochaines élections locales, il vaut mieux les perdre sur ses valeurs. Au moins, même si on se retrouve minoritaire, on a conforté son camp.

La seconde chose que j’ai trouvée assez drôle, c’est la rhétorique de Copé. Utilisation incessante, incantatoire de la première personne. Invocation permanente à son mandat d’élu local (Meaux, on sait…) pour légitimer une connaissance du terrain. Réaffirmation continue qu’il est « décomplexé ». Ca ne vous rappelle personne ? C’est pour ça que Fillon devrait se méfier, même s’il gagne la présidence de l’UMP. Ce fut exactement la tactique de Sarkozy contre Villepin…
Enfin, la dernière chose qui pouvait prêter à sourire, c’est l’attitude à adopter vis-à-vis du Front National. C’est bien la seule préoccupation commune, aujourd’hui, entre l’UMP et le Front de Gauche : reprendre ses électeurs à Marine Le Pen. Mais Fillon et Copé ne peuvent pas dire, comme le Front de gauche, qu’il s’agit de brebis égarées qui se trompent de colère. Alors, ils ont hésité entre la danse du ventre et le baiser sur la bouche. En fait, j’ai plutôt pensé à cette pièce de Ionesco,  Amédée ou comment s’en débarrasser. Des gens sont dans un salon et il y a là un cadavre qui ne cesse de grandir, grandir, grandir. On fait semblant de rien, mais plus ça va, plus ça devient difficile de faire comme si rien ne se passait…

En même temps, chacun ses problèmes…

*Photo : UMP.

Mon chien, mammaire et moi

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Terri Graham a 44 ans. Le cousin anglais de notre quasi homonyme Closer nous apprend que cette mère de deux enfants aime choyer son chien Spider… en l’allaitant.

allaitement chien

Vous avez bien lu. Faute d’avoir pu sevrer sa marmaille biologique, l’américaine se rattrape sur son heureux clébard, bouledogue ou carlin, vous en jugerez à l’examen de la ragoûtante photo ci-dessus. Têtant sa maîtresse à même le sein, Spider s’adonne à ce petit plaisir plusieurs fois par jour, sans que sa maîtresse n’y trouve offense, bien au contraire. Vous êtes peut-être attendri ou révulsé par un amour aussi fusionnel, qui frise la caresse zoophile.

So, what ? Les chiens aussi ont droit à l’amour. On pourra néanmoins regretter que miss Graham ne puisse officialiser sa passion animale en recourant au lien sacré du mariage. Dans une société américaine décidément trop conservatrice, l’union civile est réservée aux couples hétéro et même homosexuels (dans une petite dizaine d’Etats), au mépris de la diversité des appétences sexuelles de chacun.

Il est aussi révoltant que ces doux compagnons n’aient droit à aucune reconnaissance officielle de la part de la Sécurité Sociale, qui les discrimine sans vergogne sous prétexte de leur prétendue appartenance à l’espèce animale. Et pourtant, quels que soient notre genre transitoire , notre couleur de peau et nos penchants sexuels, nous sommes tous des chiens allaités par leur maîtresse. Aren’t we ?

Les Français ont une image de plus en plus négative de l’islam

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islam laïcité baby loup

Sondage islam en France Ifop Figaro

Le sondage publié hier matin par nos confrères du Figaro sur « l’image de l’islam en France » risque d’apparaître comme un démenti cinglant aux tenants du multiculturalisme forcément positif et autres contempteurs de l’islamophobie qui nous a fait tant de mal.

Quelles que soient les questions posées, les réponses des sondés sont en effet sans appel. Ainsi 60% des personnes interrogées considèrent que l’influence et la visibilité de l’islam sont trop importantes dans notre pays. 35% estiment qu’elles ne sont ni trop ni pas assez importantes et 5% qu’elles ne sont pas assez importantes.

Par ailleurs, 67% des sondés pensent que les musulmans et les personnes d’origine musulmane ne sont pas bien intégrés dans la société française, ce qui en soi, n’est pas un résultat surprenant : il y a longtemps que plus personne de sérieux ne prétend que notre modèle d’intégration fonctionne à merveille.
En revanche, la réponse à la question suivante est beaucoup plus surprenante et risque de faire beaucoup pleurer dans les entreprises antiracistes : ils sont 68 % de sondés à estimer que cette mauvaise intégration vient du refus des musulmans de s’intégrer et 52 % à penser qu’il y a de trop fortes différences culturelles.

L’ensemble des résultats du sondage témoigne d’une mauvaise image de l’islam, mais aussi, en plus d’une forte dégradation de celle-ci au fil des années, Ainsi, explique Jean-Marie Guénois qui a analysé les réponses pour Le Figaro : « En 1989, 33 % des sondés se disaient favorables à la construction des mosquées. Ils ne sont plus que 18 %. Pour le voile dans la rue, et sur la même période, les personnes opposées passent de 31 % à 63 %. Et les indifférents ont quasiment fondu de moitié pour n’être que 28 %. Quant au voile à l’école, le feu rouge écarlate s’allume puisque l’on passe sur la même période de 75 % opposés à 89 %! Les indifférents chutant de 17 % à 6 %… »

Des résultats qui font dire à Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop, que cette étude « démontre une évolution qui va dans le sens d’un durcissement supplémentaire des Français vis-à-vis de cette religion et d’une perception négative renforcée de l’islam. »

Dire que certains persistent à penser que Copé a creusé sa propre tombe avec ses histoires de pains au chocolat…

*Photo : islamicus.

Benoît Hamon, l’aile muette du gouvernement

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Hamon PS Harlem Désir Maurel

Hamon PS Harlem Désir Maurel

Il pleut sur Toulouse. Comme dans la chanson de Barbara, mais loin du fief de Jean-Marc Ayrault (qu’une rumeur insistante dit locataire d’un hôtel particulier rue de Varenne…), les larmes affluent sur la ville rose qui accueillera le congrès du Parti Socialiste ce week-end. Des pleurs, après l’élection historique de François Hollande puis le plébiscite de son protégé Harlem Désir à la tête de Solferino ?

Eh oui, que voulez-vous, la motion Désir n’a recueilli que 68% des suffrages socialistes – avec une abstention de 50%- loin, très loin des 90% escomptés, sur lesquels s’appuyaient les promesses de Gascon faites aux ex minoritaires hamonistes du parti. Après avoir avalé la couleuvre du traité budgétaire européen, qu’il a vendu avec autant d’enthousiasme contrit que Cécile Duflot sans que les journalistes ne lui cherchent querelle, le ministre Benoît Hamon avait consenti à signer la « motion majoritaire » Désir-Ayrault, quitte à laisser ses troupes en rase campagne. Contre ce paraphe, François Hollande avait promis 30 deniers, pardon 30 places au conseil national (le Parlement du parti) aux fidèles de Hamon, parmi lesquels on compte de vieux briscards du PS comme Henri Emmanuelli. L’ennui, c’est que le ministre délégué à l’économie solidaire a dû affronter la fronde de ses anciens camarades de la motion C avec lesquels il avait fait cause commune, il y a quatre ans. Les Lienemann, Guedj et autres Maurel ont mal digéré la potion social-démocrate ingurgitée par Hamon. Leur fronde s’est traduite par trois actes de bravoure, assez rares en politique pour être signalés : un vote rebelle à l’Assemblée et au Sénat contre le traité budgétaire – malgré les pressions tout sauf amicales du tandem Ayrault-Le Roux –, la présentation d’une motion indépendante qui a atteint les 13% des votes militants suivie de la candidature d’Emmanuel Maurel au poste de premier secrétaire, approuvée par 28% des socialistes. Autrement dit, de la motion à sa candidature personnelle, Désir est passé de 68% à 72% des votes des adhérents, tandis que la cote de Maurel bondissait de 13% à 28% !

Un succès inattendu qui invalide la stratégie Hamon et complique considérablement la petite cuisine arithmétique des barons du PS. Récapitulons. Sur les 143 membres du conseil national désignés à la proportionnelle suivant les résultats du vote des motions, 68% devraient échoir aux hollando-fabiuso-hamono-royalo-aubrystes rassemblés derrière le Líder Máximo Harlem Désir, 12% aux facétieux militants qui ont joué aux ventriloques avec Stéphane Hessel, le reste devant être distribué à l’avenant à ce qui reste de la motion C du congrès de Reims en 2008. Pour les solférinologues, c’est la quadrature du cercle. Comment rogner la promesse faite à Hamon sans réconcilier les frères ennemis de l’aile gauche du parti ? Mathématiquement, à moins de vouloir transformer le PS en succursale d’Attac, il est impossible d’accorder 30 places aux proches d’Hamon en plus des 13% échus au trio Maurel-Guedj-Lienemann.
Et, vu l’ambiance entre anciens « gauchistes » du parti, ralliés ou réfractaires à l’uniformité hollandiste, ça ne sent pas franchement la réconciliation… S’il ne faut jurer de rien, gageons que Hollande, Ayrault, et leur ombre portée Désir, ont dû montrer tout leur talent de négociateurs pour conclure une synthèse dont ils ont le secret.

En attendant les résultats définitifs du conclave toulousain, les paris sont ouverts mais une chose reste sûre : Benoît Hamon n’existe pas au sein du gouvernement. À la différence d’un Montebourg, qui a abandonné la démondialisation mais s’échine à limiter la casse sociale des délocalisations tout en promouvant désespérément le « Made in France », Hamon ne dispose plus d’aucune surface politique. C’est un comble, mais ses années passées au porte-parolat du PS (2008-2012) ont anéanti son existence médiatique, l’obligeant quotidiennement à épouser les vues majoritaires du parti. Et le même petit jeu pervers s’est reproduit, coup après coup : 2008, Hamon devient prisonnier de son compagnonnage avec la première secrétaire Aubry, 2011 il n’ose se présenter à la primaire socialiste (et s’en mord aujourd’hui les doigts, paraît-il) et se résigne à soutenir la maire de Lille, 2012 il s’agrège à l’aéronef gouvernemental en devenant le ministre délégué de Pierre Moscovici, social-libéral s’il en est.

Celui qui avait recyclé son rocardisme au lendemain du 21 avril 2002 retourne à la case départ. Benoît Hamon n’est plus qu’un sous-ministre aux tickets restaurants, chargé d’inventer un modèle alternatif de capitalisme, que François Hollande examinera entre deux avions un jour de désœuvrement. Face aux critiques acerbes de ses anciens compagnons de courant, Hamon jure ne pas avoir changé ni s’être couché devant les rodomontades de l’Elysée. On veut bien. Mais, comme disait Audiard, faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages

*Photo : Parti socialiste.

Notre seule religion, c’est la liberté !

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islam Innocence of muslims charlie hebdo

islam Innocence of muslims charlie hebdo

L’Empire romain savait se faire respecter des barbares. Lorsqu’un représentant de l’autorité impériale était assassiné dans une province reculée, la légion était dépêchée pour décimer (passer au fil du glaive un homme sur dix) la population qui abritait le coupable. Les États-Unis d’Amérique ne sont pas un empire − n’en déplaise aux attardés d’extrême gauche et d’extrême droite − mais une démocratie où règnent des millions de citoyens au cœur plus ou moins tendre. C’est pourquoi, malgré l’assassinat de quatre de leurs diplomates, le gouvernement n’envisage pas d’occire un dixième de la population libyenne. Il faut vivre avec son temps, mais il m’arrive de regretter les pratiques de ces époques où l’on savait protéger les siens, même par la terreur.?[access capability= »lire_inedits »]
Malgré le meurtre d’un ambassadeur du monde libre et de trois Américains par une foule assassine, comme il y a au Caire des foules violeuses, les rescapés de Benghazi, qui doivent leur salut aux bombardements occidentaux, vont pouvoir retourner à leur prière sans autre crainte que celle d’Allah et honorer, face contre terre, un dieu qui ne tolère aucune moquerie.

Il n’y aura pas de représailles américaines, il y aura des excuses. Sur les radios françaises de service public, on les entend déjà. Au pays de Voltaire, on demande pardon : L’Innocence des musulmans, le film qui offense l’islam et qui a provoqué une colère meurtrière est, nous dit-on chaque fois qu’on l’évoque, un « navet grossier », un « postulat haineux », un « film infâme », une « provocation islamophobe »[1. Je dois rendre la paternité de ces termes aux participants de l’émission « Le Téléphone sonne », sur France Inter, consacrée aux meurtres des diplomates américains.].
C’est sur ce thème et en ces termes que nos élites françaises, médiatiques et savantes, nous demandent de comprendre ce qui pousse des hommes (et des femmes ?) à pratiquer une exécution sommaire à mille contre quatre.

Il faut dire (et cela pourrait être − si nous vivions en dictature − une consigne du Ministère de la Diplomatie et du Vivrensemble dans la Mondialisation) que les spectateurs en colère sortaient tout juste d’un printemps arabe « éprouvant » et « libérateur » après tant d’humiliations coloniales et dictatoriales.
Il faut répéter qu’un antiaméricanisme puissant pousse au lynchage ou au brûlage de drapeaux dans le monde arabe parce que, malgré la main tendue de Barack Obama, l’Amérique affiche un soutien indéfectible et coupable à Israël.
Il faut expliquer que des peuples humiliés par un Occident arrogant qui ne s’intéresse qu’au pétrole et soutient des dictatures qui les oppriment, même quand celles-ci ont disparu, en ont gros sur la patate.
Il faut faire comprendre que la « tolérance à l’islamophobie » a dépassé les bornes en Occident et qu’il ne faut pas s’étonner, lorsqu’on sème le vent de la liberté d’expression, de récolter des tempêtes sanglantes.
Il faut rappeler que le croyant a droit au respect, que l’indignation est la chose la mieux partagée dans le monde et il faut s’empresser d’illustrer son propos par un exemple catholique et intégriste pour ne surtout pas stigmatiser six millions de Français musulmans et un milliard de leurs coreligionnaires.

Voici comment les spécialistes, du haut de leur chaire et forts de la légitimité de leurs instituts de recherche, entendent nous empêcher de faire des amalgames entre les meurtres et les meurtriers. Voici comment, après le énième déchaînement de violence islamique qu’on nomme, comme toujours, « islamiste », ils nous servent au menu de la politique de l’excuse la soupe froide de l’« humiliation arabe », la farce indigeste de l’« arrogance occidentale », le plat réchauffé de la « provocation islamophobe ». À la fin des fins, qui est donc responsable des maux qui nous accablent ? Eh bien, c’est nous.
C’est tout à l’honneur de l’Occident d’être devenu un monde où l’on cherche à convaincre plus qu’à convertir, à comprendre plus qu’à condamner, à faire la paix plutôt que la guerre, mais cet exercice de notre bonne volonté ne doit pas exonérer nos ennemis déclarés de leurs fautes. C’est tout à notre honneur d’Occidentaux de prendre nos responsabilités et même un peu plus, mais n’est-il pas un peu condescendant et même un peu prétentieux de considérer que nous serions causes de toutes choses en ce monde et toujours seuls responsables des crimes commis partout et par tous ? N’est-il pas un peu méprisant, et même un peu raciste, de penser que le musulman serait forcément dominé par des réflexes taurins quand on agite le chiffon rouge du blasphème ? Peut-être faut-il faire preuve d’un peu d’humilité en rendant un peu de leur responsabilité aux autres et nous rappeler la leçon de tautologie du professeur Finkielkraut : « Le coupable, c’est le coupable. »

Les faits étant établis et les coupables identifiés, nous pouvons seulement étudier les circonstances.
Commençons par l’« humiliation arabe ». Je comprends que le Levantin qui regarde l’état de sa civilisation n’ait pas de quoi pavoiser, mais à qui la faute ? Sont-ce les déclarations de George Bush, les caricatures du Prophète ou encore les unes de qui humilient le musulman, ou bien un bon dieu qui exige une soumission totale en jetant ses ouailles dans une misère sexuelle noire et par terre cinq fois par jour ? Sommes-nous responsables si, depuis la fin des empires coloniaux, les peuples arabes, au lieu de transformer leurs déserts en jardins comme certains − suivez mon regard admiratif et ému − continuent de s’entretuer dans des affrontements ethniques, tribaux ou religieux ? Est-ce notre faute si le pétrole qui jaillit par la grâce des technologies occidentales fait la fortune des monarchies, des oligarchies ou des dynasties plutôt que le bien-être des populations ?

Venons-en à l’« arrogance » de l’Occident. Le premier de la classe dans une banlieue sinistrée par la misère du monde et perdue pour la République est-il arrogant parce qu’il propose son aide à ses camarades défavorisés socialement ou culturellement ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand notre civilisation, forte de ses progrès, déploie sur tous les continents une myriade d’organisations non gouvernementales qui instruisent, soignent et développent, quand elle ouvre ses universités à la misère intellectuelle du monde − y compris du monde arabe qui la maudit − et lui offre les résultats de ses recherches médicales, scientifiques, architecturales et techniques ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand la création et la production cinématographique, littéraire ou musicale de n’importe quel pays d’Europe dépasse en qualité et en quantité l’expression culturelle de l’oumma tout entière mais que le cinéma, la littérature, ou la musique « du monde » sont célébrés en Occident dans un élan de générosité et de discrimination positive qui frise parfois le ridicule ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand, en Lybie, nous opposons notre force armée aux promesses de répressions sanglantes faites à des populations civiles par des dictateurs qui entendent garder un pouvoir absolu quel qu’en soit le prix ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand, en Afghanistan, des policiers ou des soldats recrutés dans la population, équipés, armés et formés par l’OTAN, retournent leurs armes contre des militaires français, anglais ou américains venus les aider à protéger, à servir et à sortir leur pays de guerres tribales sans fin ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand, à la suite de tremblements de terre en Iran, les secouristes israéliens venus en aide aux personnes ensevelies sont refoulés par des autorités qui préfèrent voir leur peuple crever plutôt que sauvé par des juifs ?

Finissons par observer cette arnaque que notre tropisme repentant et leurs attentats terroristes finiront par nous faire prendre au sérieux : la « provocation islamophobe ». Malgré les précautions empressées et toutes munichoises de la classe diplomatique et médiatique pour disqualifier le film en le traitant de tous les noms (jusqu’à l’accuser d’ « infamie », comme Frédéric Martel sur France Culture), le monde arabo-musulman a connu des émeutes et certaines capitales européennes des manifestations.
Ce n’est pas nouveau. Tout ce qui met en colère le musulman susceptible, qu’il soit ignare ou instruit, est aussitôt taxé de « provocation islamophobe ». Les caricatures les plus comiques, les discours du pape les plus diplomatiques ou les maladresses les plus innocentes[2. Je pense à cette histoire récente de l’institutrice anglaise partie généreusement en Lybie pour instruire des enfants dans le besoin, et qui avait eu les pires ennuis pour avoir donné à l’ours en peluche devenu mascotte de la classe le prénom d’« Ali ».] ne manquent jamais d’entraîner des conséquences musulmanes. Or, c’est mathématique, s’il y a réaction islamique violente, il faut un responsable voire un coupable : c’est évidemment parce qu’il y a eu « provocation islamophobe ». Voici comment, pour le trouillard en voie de dhimmitude, la liberté d’expression des uns doit s’arrêter où commence la susceptibilité des autres. Ainsi, pour celui qui craint de regarder son ennemi en face de peur qu’il ne se fâche, le simple exercice de la critique, de l’humour ou de la liberté devient une intolérable « provocation islamophobe ».

La plus grave de toutes consiste à dire ou à insinuer que l’islam est une religion intolérante que ses pires dévots défendent par la violence. Il faut vite la dénoncer car elle risque, dira-t-on, de déchaîner des flots de violence. Et de fait, ceux qui osent observer qu’il existe parfois un lien entre islam et violence sont, aux yeux des plus fanatiques, passibles de fatwa et d’assassinat. Faut-il par principe de précaution et pour vivrensemble avec des bigots enragés en revenir à une civilisation pré-voltairienne ?

Je préférerais que l’on explique à ceux qui causent dans le poste comme aux derniers arrivés que nous nous sommes débarrassés des diktats de nos religions mais que nous nous sommes choisis des principes, que nous rions du sacré mais que nous avons des valeurs et que nous y sommes sacrément attachés. Au lieu de faire profil bas, nous gagnerions à rappeler au monde qui nous défie et nous maudit que, de toutes nos valeurs, la liberté est celle qui donne son nom au monde libre. Pour elle, nous devrions être capables de mourir et même, quand il le faut, de tuer. J’aimerais donc qu’on rappelle, en termes compréhensibles par tous et partout, aux religieux obscurs et menaçants qui prennent un peu trop de liberté que notre seule religion, c’est la liberté.

Les commentateurs qui accablent sans relâche ce petit film peuvent en penser ce qu’ils veulent. Je l’ai vu et j’ai bien ri. C’est un court métrage plus proche des comédies de Mel Brooks que du Fitna de Geert Wilders. L’Innocence des musulmans est peut- être un « navet islamophobe infâme et grossier » mais il aura eu le mérite de nous donner quelque chose à voir. Il a porté contre l’islam des accusations terribles, dont des musulmans se sont empressés de prouver le bien-fondé à peu près partout dans le monde. Il est le doigt qui nous met en garde contre les foules arabes vengeresses par milliers et contre les opinions musulmanes qui, par millions et par leur silence, semblent réprouver les blasphèmes davantage que les meurtres. Et comment ont réagi nos élites politiques et journalistiques ? Elles se sont dépêchées de dénoncer ce doigt, de regretter que l’on ne puisse couper de telles mains et d’ignorer ce que l’index, « infâme » et tout ce qu’on voudra, nous montrait : une lune croissante et menaçante qui pourrait bien un jour nous tomber sur la tête. Alors, comment pouvons-nous, encore et encore, laisser nos dirigeants importer au pays de Molière, où les aveugles sont rois, des simples d’esprit critique à peu près aussi tolérants mais beaucoup moins diplomates que ces jésuites qui, de son temps et après son Tartuffe, ont bien failli avoir sa peau[3. Rappelons qu’à l’issue de la première représentation du Tartuffe, qui brocardait le fanatisme des dévots de l’époque, ceux-ci ont demandé au roi l’interdiction de la pièce − apportant par leur réaction, comme les islamistes d’aujourd’hui, la preuve même de leur intolérance.] ? Cela dépasse mon entendement. Inlassablement, je pose la question et je n’ai toujours pas de réponse.[/access]

*Photo : Niriel.

Les marinières de Montebourg, les Pigeons et la grève générale

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Arnaud Montebourg Mittal florange

Arnaud Montebourg Chavez Venezuela Espagne

On a tort de se moquer d’Arnaud Montebourg surtout quand c’est Arnaud Montebourg qui se moque du monde. Notamment quand il s’est moqué de ses 17% d’électeurs lors de la primaire socialiste où il s’était fait le chantre de la démondialisation et du protectionnisme intelligent avant de rallier François Hollande, son social-libéralisme, son TSCG auquel devait, au cours d’une renégociation, s’adjoindre un volet pour la croissance dont il semble désormais qu’il soit purement virtuel. On rappellera qu’il a fallu un simple envol de pigeons sur des réseaux sociaux pour que Bercy rentre à la niche, par peur de se voir reprocher de vouloir casser le moral des entrepreneurs, les vrais, les jeunes qui « ne font pas de politique » mais qui savent pourtant utiliser Facebook comme une arme de propagande remarquablement efficace.

Mais revenons à Montebourg. Tout le monde s’est moqué de lui quand, pour défendre le made in France, il est paru à la une du supplément magazine du Parisien en marinière Armor Lux, tenant un mixer Moulinex et portant une montre Herbelin. C’est vrai que le look avait quelque chose de gay friendly, disons entre l’affiche du Querelle de Fassbinder, un défilé de mode façon Jean-Paul (Gaultier) ou une parade festiviste façon Jean-Paul (Goude) inoubliable depuis son défilé pour le Bicentenaire de la Révolution Française. À propos de Goude, on peut se demander si Arnaud Montebourg, en s’exposant ainsi, ne lui a pas demandé subliminalement d’en organiser un sur le thème du Redressement Industriel, qui pourrait avoir lieu le 14 novembre.
Pourquoi le 14 novembre ? Eh bien parce que le 14 novembre, il faudra un bon écran de fumée pour cacher l’appel à la grève générale européenne à l’initiative de la Confédération Européenne des Syndicats. La situation doit-être grave pour que la CES, qui ferait passer la CDFT pour un syndicat de luttes des classes et non un tranquille négociateur qui croit sans rire que les discussions autour du « choc de compétitivité » sont autant de possibilités de progrès social, se mobilise de la sorte. La journée du 14, à laquelle s’est ralliée la CGT, risque  d’être une réussite. Après tout, la CES, c’est quand même 85 organisations dans 36 pays européens ainsi que 10 fédérations sectorielles.  La confédération européenne précise que cette journée prendra diverses formes, « grèves, manifestations, rassemblements et autres actions” et elle s’est déclarée “fermement opposée aux mesures d’austérité qui font plonger l’Europe dans la stagnation économique, voire la récession, ainsi qu’au démantèlement continu du modèle social européen”. Chez les Espagnols , les Portugais  et les Grecs, quelle surprise, la forme de la grève générale sera clairement choisie. On se demande quand cessera cette résistance absurde à la raison économique et aux harmonies spontanées si visiblement à l’œuvre dans ces pays depuis quelques années.

On comprend donc que Montebourg ait envie qu’on parle d’autre chose. Et il pourra se vanter au moins d’une chose, très concrète, à mettre à son bilan. Sa prestation a permis à Armor Lux de voir son chiffre d’affaire en octobre 2012 faire un bond de 8%. « Grâce au ministre, on en a vendu plusieurs centaines de pièces depuis samedi. Aux Galeries Lafayette, boulevard Haussman, à Paris, c’est même la rupture de stocks… », se réjouit Jean-Guy Le Floc’h, le PDG d’Armor-Lux. On souhaite le même bonheur à Moulinex qui doit se souvenir que si la marque a été sauvée de justesse il y a quelques années, ce n’est pas grâce à un ministre quelconque qui se serait montré en train de préparer un jus multivimaniné mais par un bon vieux mouvement social.
En tout cas, de la part de Montebourg, ce sont des manières plus douces pour faire oublier la casse sociale que celle préconisée par Ignacio Cosido, directeur général de la police espagnole. Monsieur Cosido, soutenu par le gouvernement, aimerait bien qu’une loi soit votée, une loi qui interdirait « la capture, la reproduction et l’édition d’images, de sons ou de renseignements sur des membres de la sécurité ou des forces armées » La diffusion d’images et de vidéos sur les réseaux sociaux tels que Facebook seraient également punies. « Nous essayons d’éviter que des images de policiers soient téléchargées sur les réseaux sociaux, et qui représentent une menace qui sur eux et leurs familles ».
Monsieur Cosido est un humaniste, on le voit, mais un humaniste qui a sans doute lu Guy Debord : « Ce dont le Spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n’existe pas. Car il parle alors de quelque chose d’autre, et c’est donc cela qui, dès lors, en somme, existe. »
Et il est vrai que les brutalités policières contre des manifestants qui – rappelons-le – ne sont pas des délinquants, ont été assez fréquentes en Espagne avec des policiers ne portant pas leur badge d’identification alors que le règlement l’exige. Mais si on ne le voit plus, ça n’existera plus. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

Venezuela Chavez

Il y a peut-être aussi que monsieur Cosido voudrait bien que l’on ne revoie pas cette image un peu gênante d’un patron de restaurant un patron se déclarant clairement de droite et qui avait quitté une Amérique latine trop bolivarienne à son goût pour s’installer à Madrid. Il avait tellement été indigné par les méthodes de la police qu’il avait sanctuarisé son restaurant et protégé nombre de manifestants du matraquage.
On remarquera sur la photo que lui, il ne porte pas de marinière.

*Photo : Le Parisien Magazine.