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Moody’s et la France : fifty shades of AA1

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Le retour des agences de notation sur le devant de la scène médiatique, dont deux viennent de dégrader la France, entre en conjonction avec le succès ébouriffant de Fifty shades of grey. Le roman, miracle de l’autoédition électronique récupéré par des éditeurs malins qui en ont fait un succès planétaire, raconte les émois SM d’une gourdasse, comme tout le monde le sait à moins d’habiter une yourte en Mongolie, ce qui parfois, par les temps qui courent, fait très envie. Elle trouve son bonheur dans le fait d’être sadisée par Christian Grey, un homme d’affaires. L’homme d’affaires en question aurait pu aussi bien travailler dans une agence de notation, c’est à peu près la même technique du doigt mouillé, si je puis dire, appliquée à l’économie réelle des nations et à la foufoune des jeunes idiotes.

Ce qui est intéressant, finalement, c’est que le masochisme, la soumission volontaire, l’humiliation acceptée entre dans l’imaginaire collectif, que ce soit dans celui des gouvernements qui adorent le bondage financier les entravant à tout jamais dans l’austérité ou dans celui de la ménagère de moins de cinquante ans qui, du Wyoming à la Lozère et de la Moravie à l’Alentejo, aime l’idée qu’un homme avec un gros nœud de cravate lui enjoigne d’une voix virile de se mettre à quatre pattes pour venir l’honorer.

Ce n’est même plus Histoire d’O, le chef d’œuvre subversif de Pauline Réage. C’est juste une histoire d’A. A comme dans minable.

UMP : tout le monde a perdu

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François Fillon contre Jean-François Copé à l'UMP

J’ai beau observer l’UMP depuis dimanche, je n’y vois que des perdants. Si l’on excepte Nicolas Sarkozy, qui n’était pas à jour de cotisation et que cela arrangeait fort bien, je ne vois personne, parmi les protagonistes de la bataille pour la présidence de l’UMP, qui puisse se satisfaire de la situation.

François Fillon a beaucoup perdu. Marc Cohen a fort bien expliqué les raisons pour lesquelles l’ex premier ministre termine cette bataille en lambeaux. À tous ces arguments de bon sens, j’en ajouterai un autre. Fillon n’a pas la santé. On a beau dire, on a beau faire, les grands fauves politiques qui gagnent de grandes batailles électorales ne sont pas forcément beaucoup plus intelligents que le commun des mortels, mais ils sont généralement dotés d’une santé exceptionnelle, qui leur permet d’avaler les kilomètres, d’enchaîner les discours, de dormir peu. Chirac demeure l’archétype de l’homme politique infatigable mais ses deux successeurs, bien que beaucoup plus attentifs à leur hygiène de vie –les deux se sont astreints à des régimes draconiens permettant de tenir le choc- n’étaient pas en reste. Fillon a accumulé les pépins de santé pendant la campagne quand ce n’était pas un chat noir qui traversait devant son scooter estival. Comme il aura quatre ans de plus en 2016 et que la campagne dure douze mois, primaire comprise, se pose légitimement la question de savoir s’il pourra encaisser une épreuve autrement plus éprouvante qu’une campagne interne. On l’a justement comparé à Raymond Barre pour son côté Père Fouettard des finances ; la comparaison vaut aussi pour les capacités physiques qui ont valu une défaite cuisante au député de Lyon en 1988 face au bulldozer Chirac.

Mais il n’y a pas qu’un seul vaincu. Jean-François Copé, à sa manière, a gâché sa victoire. Pourtant revenu du diable vauvert face à son adversaire, faisant démentir tous les pronostics il est vrai basés sur des sondages qui ne pouvaient tester le bon corps électoral, sa courte victoire aurait pu être magnifique. En annonçant sa victoire avec une avance de 1058 voix dimanche avant que la désormais fameuse COCOE n’annonce les résultats officiels avec une avance dix fois inférieure, il a commis une faute politique majeure. On ne sait quels conseillers idiots lui ont soufflé cette idée folle. Pourquoi se précipiter ainsi, apparaître pour un putschiste, et dégrader ainsi son image auprès de la moitié des militants et de bon nombre d’électeurs ? Certes, l’UMP est héritière du RPR et donc de la fameuse droite bonapartiste. Dimanche soir pourtant, Copé annonçant prématurément sa victoire ressemblait davantage à Laurent Gbagbo qu’à Bonaparte le 18 brumaire ou même Chirac à l’automne 1974 lorsqu’il prit l’UDR à la hussarde. Cette tache maculant sa réputation, il tente maladroitement depuis lundi soir de rattraper le coup en jouant au rassembleur ouvrant bras et mains, jusqu’à proposer une vice-présidence à Fillon. Les fillonistes ne sont pas près de digérer cette humiliation supplémentaire. Si Copé l’avait mis en veilleuse dimanche soir, il serait aujourd’hui un président légitime et on lui pardonnerait davantage les différentes « irrégularités » qui ont eu lieu lors du scrutin – dont il s’est rendu autant coupable que son adversaire.

Nous ne saurions conclure ce propos sans tordre le cou à un canard qui circule dans toutes les télés et radios depuis dimanche. La mobilisation des adhérents UMP aurait été forte et la démocratie en sortirait renforcée. On a pu entendre ainsi des partisans des deux camps parler d’un taux de participation de 55 % et qualifier celui-ci de formidable. Rappelons qu’un tel taux de participation est inférieur à celui des élections législatives dont on se plaint habituellement. S’agissant d’adhérents à un parti politique dont on peut suspecter une politisation plus importante que la moyenne des électeurs, ce taux de participation révèle une mobilisation minable, n’ayons pas peur des mots. On objectera que les bureaux n’étaient pas assez nombreux, que les files d’attentes ont pu décourager des éventuels votants. Mais pourquoi n’a-t-on pas ouvert davantage de bureaux dans ce cas ? C’est bien qu’on suspectait qu’on n’y verrait pas une mobilisation de 80 % ! Pour intéresser tous les adhérents, il aurait fallu une opposition qui ne se réduise pas au style, à la posture des candidats. La querelle d’egos fut d’autant plus sanglante que les idées étaient les mêmes. Sur l’économie, l’Europe, la question sociale et même l’immigration, Copé et Fillon avaient les mêmes propositions même s’ils n’avaient pas la même manière de les formuler. La démocratie, donc, sort perdante de cette confrontation, contrairement à l’antienne relayée, même par des observateurs avisés, depuis dimanche.

Peut-être peut-on trouver quelques personnalités qui ont moins perdu que les autres. Ceux qui n’ont pu –faute de parrainages- ou voulu se lancer dans la bataille, NKM, Le Maire, Guaino et Bertrand sortent indemnes de ce psychodrame. Et Sarkozy, bien entendu. Mais on me souffle que ce dernier est convoqué au Palais de justice de Bordeaux et que l’éventualité d’une candidature pourrait bien passer au second plan de ses soucis. Quand ça veut pas…

*Photo : UMP.

Le mariage pour tous, et les crèches aussi !

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mariage creche gay

La société française est celle des droits-créance, qui peut l’ignorer ? L’empilement de ces « droits à » crée un gigantesque « droit à l’égoïsme ». Ainsi, les discussions autour du « mariage pour tous » en fournissent chaque jour des exemples édifiants. Car elles touchent à ce que notre société a de plus sacré, à savoir les enfants. Dans ce domaine sensible, le choc des divers « droits à » peut devenir percutant. Il suffit d’ouvrir la presse pour faire des découvertes qui seraient cocasses, si ce qu’elles révèlent sur notre état de décomposition morale n’était navrant. Livrons-nous à cet exercice bibliographique à partir de la publication la plus banale qui soit, le quotidien gratuit 20 minutes.

20 minutes est à l’évidence un journal progressiste. Le « mariage pour tous », il est pour. D’autant que cette avancée majeure dans le domaine de l’égalité des droits des homosexuels permettra aussi et surtout une avancée des droits des enfants. Ces enfants, en l’occurrence ceux des homosexuels, sont présentés comme victimes d’une honteuse discrimination du fait de l’impossibilité actuelle de « normaliser » leur situation juridique vis-à-vis de leurs deux « parents » (le parent « biologique » et l’autre, dont on se demande au passage comment il faut l’appeler). Ainsi, le numéro du 11 septembre pose la « question de civilisation » de savoir si « notre société est assez ouverte sur le sujet ». Celui du 6 novembre, reprenant mot pour mot un communiqué de SOS homophobie, appelle à « promouvoir une solution permettant de protéger les enfants des familles homoparentales au même titre que ceux élevés au sein des couples mariés ». Le numéro du 7 novembre fait le point sur les avancées et les « blocages » que la loi promet de lever, ou non, vis-à-vis de l’adoption et de la PMA pour les couples homosexuels.
Le même numéro rapporte les histoires de plusieurs couples homosexuels, qui attendent leur « droit au mariage » pour pouvoir légaliser leur relation avec des enfants conçus par PMA.

« Ça, c’est maman. Et ça, c’est Dédé », lance Abel, 2 ans, en pointant ses deux mamans du doigt. Delphine sourit. […] Abel, petit blond rieur, a été conçu par procréation médicalement assistée (PMA) en Belgique. C’est Anne, la compagne de Delphine, qui l’a porté. « On avait peur, mais ça a été très simple », raconte-t-elle. Les deux Parisiennes ont rempli un dossier pour un deuxième enfant. « On n’attend pas la loi pour construire notre famille », glisse Anne. En revanche, elles l’attendent pour pouvoir se marier, «pour l’égalité des droits» et pour que Delphine puisse avoir la « sécurité juridique» dont elle est aujourd’hui privée vis-à-vis de sa compagne et d’Abel, qu’elle adoptera dans la foulée. « Ce sera un soulagement, lâche Delphine. Je serai reconnue et ce sera légalement mon fils. Sinon, en cas de crise, on dépend du bon vouloir de chacun.»
Ségolène […] en a fait l’expérience lorsqu’elle s’est séparée de sa compagne et mère biologique de sa fille, conçue par PMA. « Pendant deux semaines, mon ex a hésité à partager la garde de notre fille. Ça a été extrêmement violent pour moi, car c’était notre fille à toutes les deux. Je n’imaginais pas être exclue de sa vie du jour au lendemain. En la regardant, je ne savais pas si je pouvais continuer à lui dire que j’étais sa mère. Ma promesse d’être toujours là pour elle serait-elle encore tenable? La décision était entre les mains de ma compagne », raconte Ségolène, encore émue. Finalement, son ex a donné son accord pour partager la garde. « Plus sereine », Ségolène attend toutefois la loi pour adopter sa fille et « avoir un statut en cas de problème ». […]

Le tableau est touchant. La conclusion coule de source, sous-tendue par la tendresse de ces charmantes scènes de genre : les homosexuels font, comme les autres, de merveilleux parents, pleins d’amour et de sollicitude pour leur progéniture. Dès lors, il est évident que les priver du droit à cet élémentaire bonheur qu’est la « parentalité » est une discrimination aussi inique qu’archaïque. Le « droit à l’enfant » étant une évidence pour les hétérosexuels, il doit l’être aussi pour les homosexuels.

Quelques jours plus tard, le même journal publie un article intitulé « SOS crèches : la galère de la garde d’enfants ». Papier d’où il ressort qu’il manque en France un nombre considérable de places en crèche. Le journal chiffre à la louche ce déficit à 500 000 (un nombre rond, ça tombe bien !). Évaluation obtenue par rapport aux « besoins » des parents, que ce déficit oblige, les pauvres, à « pouponner à temps plein », ce qui « est souvent un pis-aller » (sic). En effet, selon une enquête de la Caisse nationale des allocations familiales, « seules 26% des familles interrogées désirent garder leur enfant » (resic). Là encore, la thèse est illustrée par une histoire vécue. Celle de Sylvie, « contrainte de prendre un congé parental », pour élever elle-même sa fille Ombeline, « qui devrait déjà être accueillie dans une crèche ». La conclusion est un appel pour augmenter considérablement le nombre des structures d’accueil de la petite enfance, structures qui permettront à chacun de faire jouer son bien légitime « droit à se débarrasser de ses enfants ».

Ainsi le même journal, se faisant l’écho des préoccupations des Français, milite ouvertement pour ces deux droits : le droit à avoir des enfants (y compris par Procréation Médicalement Assistée non seulement autorisée pour tous mais financée par la société), et le droit à ne pas s’embarrasser avec eux (grâce à des structures payées par le contribuable). Raisonnement logique : puisque les enfants sont présentés comme une merveilleuse source de bonheur pour les parents, il ne faudrait tout de même pas qu’ils deviennent une charge désagréable ! Être parent sans devoir supporter les inconvénients de la « parentalité », voilà une revendication évidente pour notre grand quotidien gratuit, à l’unisson avec une population friande de nouveaux droits à se comporter selon son plaisir égoïste.

Quant aux droits des enfants, rien n’est dit dans les numéros d’octobre et novembre 2012 – quoiqu’on suppute, à lire l’article sur le déficit de crèches, que ce sont les enfants eux-mêmes qui, impatients de quitter les bras de leurs pères et mères, piaffent « à la porte des structures qui leur sont dédiées » (sic). Mais qu’on se rassure, cet important sujet sera certainement abordé dans un numéro ultérieur ! Empiler des nouveaux « droits à », certains incompatibles entre eux mais relevant tous de la solidarité nationale (c’est-à-dire, peu ou prou, des finances publiques), est en effet un sport dans lequel excelle notre feuille de choux progressiste.

Et le progrès, c’est à l’évidence la collectivisation des peines et la privatisation des plaisirs. En l’occurrence, la collectivisation de l’éducation, dont on connaît les peines, pour mieux jouir du plaisir privé de dorloter les chers bambins. Car se charger vraiment de l’éducation de ses enfants, cela voudrait dire faire des sacrifices, en premier lieu vis-à-vis de certaines ambitions professionnelles incompatibles avec la disponibilité requise pour mener à bien cette grande œuvre qu’est l’éducation d’un petit d’homme. Cela voudrait aussi dire supporter bien des fatigues et bien des tensions, fatigues et tensions dommageables à la relation « apaisée » d’un bonheur sans nuage. On n’imagine quand même pas les citoyens empêchés de « profiter » de leurs enfants (comme on dit de façon révélatrice) par l’obligation de sévir pour leur inculquer quelques valeurs morales ! Ils rentrent tard le soir, fatigués par leur journée de travail, récupèrent les morveux à la crèche ou à l’école, et n’ont alors tout simplement pas l’énergie de lutter pour les empêcher de se vautrer devant la télévision ou les jeux vidéos (devant lesquels ils sont d’ailleurs eux-mêmes vautrés).

Heureusement, les professionnels appointés par la collectivité nationale sont là pour ça. Servant de fusible dans la relation parent-enfant, ils la préservent du pire, la réservant pour ce qu’on estime être le meilleur. Et qu’importe si cette éducation collective précoce, délivrée par des professionnels, privée de la légitimité que donne seul le lien affectif unique entre parent et enfant, aboutit à créer des êtres imparfaits. Des êtres indisciplinés, instables, incapables de se concentrer, soumis au diktat de leurs désirs immédiats, des êtres mal élevés dont d’autres professionnels (les professeurs) relèveront quelques années plus tard les carences essentielles, carences malheureusement impossibles à corriger malgré l’avalanche de mesures pédagogiques que déversent les programmes scolaires. Mal élevés par des puéricultrices pourtant diplômées d’état, les enfants se révéleront difficiles à instruire par des professeurs eux-mêmes dûment formés par des experts en pédagogie. Quant aux parents, ils sont bien sûr au-dessus de tout reproche. Peut-être serait-il temps de se demander si la délégation systématique de la première éducation à des professionnels n’a pas quelque responsabilité dans cet immense gâchis.

Une dernière piste de réflexion, alimentée là aussi par l’actualité : et si l’infériorité dans la compétition économique des Français par rapport aux Allemands avait à voir avec cinquante ans de collectivisation de la petite enfance ? On le sait, l’Allemagne aide fort peu les parents de jeunes enfants : pas de crèches, pas de défiscalisation pour garde d’enfant, très peu d’écoles maternelles, journée scolaire finissant vers 14h… Outre-Rhin, avoir un enfant oblige en général les femmes à arrêter de travailler, au moins pendant quelques années. Il est bien possible que ce choix cornélien – mener une carrière ou avoir des enfants – leur coûte, et que la « qualité de vie » des femmes allemandes soit inférieure à la qualité de vie des femmes françaises. Mais il est aussi possible que le défaut de compétitivité des Français s’explique, en partie, par leur défaut d’éducation. On présente toujours le faible taux de fécondité des Allemandes (moitié moins que les Françaises) comme la preuve de l’immense supériorité de notre système, si généreux en aides de toutes sortes pour faire élever (et donc avoir) ses enfants. Mais si, en investissant dans la quantité, la France s’était privée de la qualité ? L’Allemagne a fait le choix inverse. De ces deux modèles, lequel se révélera le plus avisé ?

En évoquant le « choix cornélien » auquel sont soumis les Allemands (et surtout les Allemandes), je ne prétends nullement faire l’apologie d’un système qui confine les femmes à la maison. Simplement, je remarque que les choix de vie des uns (les adultes) ont des conséquences sur les autres (les enfants). Nier ces conséquences au nom de l’idéologie de l’extension des droits, c’est refuser de voir la réalité. Et menacer ce faisant les plus faibles, qui ne sont pas en position de lutter pour faire reconnaître leurs besoins – et même leurs besoins les plus élémentaires, comme l’éducation.

Par ailleurs, la liberté ne consiste pas à concilier les contraires – attitude du pervers[1. La perversion, au sens psychiatrique du terme, est une complaisance envers des fantasmes incompatibles entre eux. Le pervers sait bien que ses fantasmes de maîtrise ne peuvent tous être réalisés, mais il se comporte comme s’il n’en était rien. Il s’applique à persuader les autres qu’il réalise lui-même ce mélange des contraires, et jouit du désarroi que ce spectacle provoque.] : « Je sais bien, mais quand même ! ». La liberté consiste à pouvoir faire des choix entre les contraires, en échappant aux pressions sociales qui rétrécissent les possibles. Ainsi la liberté des femmes n’est pas de concilier automatiquement carrière professionnelle et vie de mère de famille. Il n’y a aucun « droit » à mener ces deux voies de front si elles s’avèrent inconciliables. La liberté consiste à pouvoir choisir de se consacrer à l’une ou à l’autre, éventuellement à l’une puis à l’autre. De même pour les homosexuels : leur liberté consiste à pouvoir choisir le type de sexualité qui leur convient. Mais en exerçant le droit souverain de choisir leur sexualité, il se peut qu’ils découvrent que leur choix exclut certaines possibilités offertes par l’hétérosexualité… comme la procréation, qui est organiquement liée à une relation hétérosexuelle.

En définitive, apprendre à arbitrer entre les différents possibles qu’offre la vie en société, apprendre à renoncer à un petit plaisir immédiat pour obtenir un plaisir retardé mais plus grand, apprendre à se contraindre vis-à-vis des uns pour ménager les autres, c’est exactement ce que doit faire l’éducation. Éduquer aujourd’hui, c’est avant tout apprendre à choisir entre les différents droits. D’où il ressort que l’éducation, décidément, est l’alpha et l’oméga des problèmes du monde moderne.

*Photo : pjan vandaele.

UMP : la recette du Pr. Reynié pour perdre à coup sûr

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Tandis que les clans Copé et Fillon s’écharpaient comme des chiffonniers pour savoir lequel des deux avait le mieux trich…, pardon manœuvré, Le Monde sondait Dominique Reynié quant à la future stratégie victorieuse de la droite. Je vous vois déjà pester contre cette sorte de pendant intello d’Eric Besson, passé en quelques mois du néo-rocardisme au libéralisme, du Centre de recherches politiques de Sciences Po à la Fondation pour l’Innovation politique, la boîte à idées de l’UMP. Mais l’intéressé n’est pas le dernier à consulter en cas de coup dur : les convertis ont le zèle et l’ardeur des meilleures chaisières, c’est bien connu.

Dans un autre registre, plus grandiloquent, l’impétueux Geoffroy Didier n’a-t-il pas réussi son hold-up sur la droite du parti en raflant la majorité du vote des motions (27% pour la Droite forte de son compère Guillaume Peltier) sur le dos de la Droite Populaire (qui arrive bonne dernière et première au concours de cocufiage idéologique) en étant issu de La Diagonale, le club des « sarkozystes de gauche » , militants du mariage gay en 2007 ?

Inutile de discuter l’AOC droitière de Dominique Reynié, donc. Comme tout militant UMP qui se respecte, il refuse le conservatisme et veut dégrossir l’Etat social obèse. Cela n’empêche pas notre inspiré professeur de changer son fusil d’épaule, après une campagne présidentielle passée à conspuer le populisme aux côtés de Jean-François Copé.

En ce temps-là, les deux tourtereaux rivalisaient de déclarations d’amour pour combattre l’hydre poujadiste. Accordons d’ailleurs à Reynié le privilège de la constance, pourfendeur du populisme hier, de la droitisation aujourd’hui : « La doctrine de Buisson, c’est l’échec assuré de la droite. Elle la conduit à déserter les thèmes qui font sa force : l’ouverture au monde, l’Europe, la croissance, l’innovation, la refonte de l’Etat, la liberté individuelle, la responsabilité… ». Avant d’annoncer la probable alliance entre le PS hollandiste et François Bayrou, Reynié poursuit, imperturbable : « Son orientation droitière amènera l’UMP à s’enliser dans des territoires qu’elle disputera au FN, au risque de perdre sa raison d’être. Car c’est l’offre « ethno-socialiste » du FN qui répond le mieux à la demande de ces territoires périphériques : non pas moins, mais plus de dépenses publiques, plus de dépenses sociales, en les réservant aux « vrais nationaux ». Au bout d’un tel virage, il y à la fin de l’UMP. ».

Souvenons-nous qu’en 2008, le docte professeur exorcisait le « national-socialisme » d’un Jean-Luc Mélenchon avec les mêmes mots choisis que ceux qu’il réserve au FN. Si ses prédictions s’avéraient exactes, cela donnerait un axe central PS-Modem concurrencé par un axe extrémiste Méluche-Le Pen… et au milieu coulerait la droite. Grosso modo, l’UMP devrait lutter contre une gauche recentrée en allant chasser sur ses terres, après avoir préalablement coupé tous les ponts avec le peuple de droite.
Une vraie martingale… pour être encore dans l’opposition en 2077.

Génial, Copé a gagné !

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COPE FILLON UMP

C’est assez tard, après avoir participé à un salon du roman noir à Lamballe (sa pluie, ses princesses décapitées) que j’ai appris dans une chambre d’hôtel, sur les chaines d’infos continues, ce qui avait fait l’essentiel du week-end en matière d’actualité. Dans un salon de ce genre, on est un peu comme dans une bulle, on regarde de potentiels lecteurs passer devant vos piles et on prie pour que ce soit la grande blonde au bout de l’allée qui s’arrête devant vous et vous déclare : « Vous êtes le meilleur, je ne peux plus lire autre chose, vos livres m’ont sauvé la vie et je voudrais vous en remercier. D’ailleurs, je suis riche et célibataire. » Mais on ne s’intéresse pas à grand-chose d’autre, en fait. Et le retour tardif à l’hôtel, en général assez alcoolisé car les écrivains de polars boivent beaucoup pour soutenir le choc des horreurs qu’ils racontent, a été le seul moment où j’ai pu reprendre contact, via BFM ou I télé, sur ce que l’on avait choisi de dire du monde.

Alors, on en était où ? La préparation de l’assaut terrestre sur Gaza ? Si peu. Dans ce genre d’histoire, si on ne connaît jamais les vainqueurs, seul point commun avec une élection à l’UMP, en revanche, on connaît toujours les vaincus ; ce sont les morts civils qui oublient assez vite qui ils étaient puisqu’ils sont morts et que le seul avantage de la mort est de relativiser tout le reste. Et, à ma connaissance, l’expression « à couteaux tirés » reste de l’ordre de la métaphore dans les fédérations UMP où se sont affrontés copéistes et fillonnistes.

Les manifestions, très réussies, contre l’aéroport de Notre Dame des Landes ? Si peu également. Que des milliers de pékins trempés mais décidés, s’opposent à un projet hérité des années 60, de la belle période prométhéenne des Trente glorieuses, devrait quand même intriguer. Surtout quand Marine Le Pen, attrape-tout de la contestation en France, assure les manifestants de son soutien. Manifestants que l’on présente au mieux, comme des nostalgiques du Larzac sauf qu’ils combattent, en plus, la bêtise mortifère aussi partagée chez les socialistes que chez la droite de ces temps de récession : c’est la croissance qui nous sauvera. Amen ! Et morts aux écolos et tant pis si l’avion sera devenu obsolète dans trente ans parce qu’on ne saura plus trop quoi mettre dans les réservoirs. Peut-être du gaz de schiste, ce qui nous permettra une dernière fois de survoler des paysages dévastés qui auront transformé le Bocage en Borinage.
Eh bien non, ce qui a passionné les médias ce week-end, ce n’est pas ça et encore moins les manifs anti-mariage gay, divisées entre deux factions rivales.

Ce qui a intéressé au point de tenir l’antenne toute la nuit avec cet unique sujet, donc, c’est l’élection à la présidence de l’UMP dont on rappellera que le U veut dire union, ce qui fait toujours rire.
Ce qui nous a étonnés, surtout, ce n’est pas le score serré, c’est l’étonnement des commentateurs. Comme si dans le feu de l’action, ils avaient oublié quelques évidences. D’abord, si j’avais bien compris, de l’aveu même des principaux challengers, il ne s’agissait pas de désigner le candidat à opposer à Hollande aux futures présidentielles, mais celui qui incarnerait l’opposition. L’âpreté du combat indique en fait que Copé comme Fillon avaient menti. Un quinquennat, ça va vite et le chef de l’opposition finit par devenir mécaniquement le futur candidat aux Présidentielles.

Ce premier malentendu a été suivi d’un autre : Fillon devait écraser Copé or, le second vient officiellement de battre le premier avec… 98 voix d’écart. On se croirait en Floride en 2000 ! Et pas seulement parce qu’il faut procéder à un recomptage mais aussi parce que ceux qui recomptaient le faisaient sous la houlette du gouverneur Jeb Bush, le frère de l’autre. Là, Copé, c’est un peu le Jeb Bush de l’UMP. Il n’est pas le frère de Sarkozy, juste le fils et comme c’est lui qui contrôlait l’appareil. Dans ces conditions, Fillon partait avec un sacré handicap, et il l’a fait savoir à l’occasion. Les journalistes sur les plateaux avaient beau moquer les sondeurs, pour une fois, ceux-là n’y étaient pour rien. Leurs sondages ne portaient pas sur les militants mais sur les sympathisants.

Apparemment, et c’est valable pour tous les partis, les médias semblent oublier qu’un militant, c’est quelqu’un qui est plus à droite que sa direction dans un parti de droite et plus à gauche dans un parti de gauche. Le militant colle des affiches, si, si, ça se fait encore, passe des samedis à tracter ou à « boiter », organise des réunions avec des voisins ou des collègues, vérifie laborieusement des mailings informatiques. Le militant, il se vit comme l’avant-garde éclairée de son parti. Le militant, même de droite, est un léniniste. Alors Copé, écrasé dans les enquêtes d’opinion par Fillon, est pourtant resté très zen pour une raison simple : seuls les militants ayant le droit de voter, c’est pour Fillon que ça allait devenir compliqué.

Cyniquement, car la politique n’est pas affaire de sentiments, je suis content que Copé ait finalement gagné. Il régnera sur un parti en ruines, entourés par des militants prêts à l’alliance avec l’extrême droite. Comme une bonne partie de la droite, de Fillon à Borloo ne pourra s’y résoudre, je serais curieux de voir le nombre de listes de droite qui seront présentes aux municipales de 2014 : FN, FN-Copéiste, Copéiste, Fillonniste, Fillonno-Boorloistes. Avec Copé, les maires de gauche à qui on avait promis la vague bleue, pousseront un ouf de soulagement. Ils apparaîtront pour de gentils gestionnaires soucieux du bien être de leur territoire face à des idéologues féroces.

Et encore, tout cela ne sera que les premières répliques d’un tremblement de terre qui a eu lieu ce dimanche soir où la droite dans l’opposition est devenue encore plus anxiogène que lorsqu’elle était au pouvoir.

Bravo l’artiste.

*Photo : UMP.

Les Femen n’auront pas l’Alsace et la Lorraine

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La République une et indivisible admet un certains nombres d’exceptions, l’une d’entre elles, et non des moindres, étant le statut particulier de l’Alsace-Moselle, notamment en matière religieuse pour cause de concordat: Eh oui, au moment où vous autres citoyens français, sépariez dans la douleur l’Eglise de l’Etat, en 1905, nous autres, de Metz à Mulhouse étions légalement sujets allemands !

Que constate-t-on lorsque l’on fouille le code pénal d’Alsace-Moselle ? (un grand merci au Républicain Lorrain de l’avoir rappelé dans son édition du samedi 17 novembre, sous la plume de Philippe Marque et Bernard Maillard) Eh bien ce fameux code stipule, en son article 166:

« Celui qui aura causé un scandale en blasphémant publiquement Dieu par des propos outrageants ou aura publiquement outragé un des cultes chrétiens ou une communauté religieuse établie sur le territoire de la Confédération et reconnue comme corporation, ou les institutions ou cérémonies de ces cultes ou qui, dans une église ou un autre lieu consacré à des assemblées religieuses aura commis des actes injurieux et scandaleux, sera puni d’un emprisonnement de trois ans au plus »

Chez nous on ne rigole pas avec la religion, les Femen sont attendues de pied ferme…

Idéologiquement, Chevènement est plus proche de Marine Le Pen que de Hollande

philippot florian marine le pen

Homme de confiance de Marine Le Pen depuis 2009, Florian Philippot est devenu vice-président du Front National il y quelques mois. Cet ancien sympathisant chevènementiste incarne plus que tout autre la mutation républicaine et souverainiste du discours frontiste.

Causeur : Vous êtes issu d’une mouvance politique ancrée à gauche et vous retrouvez aujourd’hui dirigeant d’un parti classé à l’extrême droite du spectre politique. Ces catégories ont-elles du sens pour vous ?

Florian Philippot : Il est certain que pour un observateur extérieur qui porte des lunettes gauche/droite, passer de Chevènement à Marine Le Pen relève d’un grand écart incompréhensible.[access capability= »lire_inedits »] À mon sens, le vrai clivage idéologique sépare ceux qui croient encore en la France et ceux qui n’y croient plus. À ce titre, il y a une bien moindre distance idéologique entre Chevènement et Marine Le Pen qu’entre Chevènement et Hollande.
J’estime qu’aujourd’hui l’enjeu le plus important est la mondialisation. Doit-on s’adapter à la mondialisation en ouvrant complètement nos frontières et en mettant en conformité notre droit national avec les normes internationales ? Ou considère-t-on que l’Etat-nation a encore un rôle à jouer ? Plus que jamais, les Français ont le sentiment d’une continuité totale entre Sarkozy et Hollande. Sous Jospin, il y avait encore des traces de ce qu’on appelait la gauche, avec des marqueurs comme les 35 heures. Aujourd’hui, il n’y a plus aucune différence entre droite et gauche. C’est pourquoi le gouvernement fait diversion sur le sociétal avec le mariage homosexuel.

C : Et sur le terrain, dans l’imaginaire des Français, ce clivage existe-t-il toujours ?

FP : Il faut reconnaître que oui. Pour avoir fait campagne aux législatives, j’ai bien vu que l’opposition droite/gauche, qui a tout de même deux cent ans d’existence, subsistait dans les esprits. Assez souvent, les gens se définissent spontanément comme étant de gauche ou de droite. C’est sans doute un héritage de l’Histoire et on ne peut pas l’ignorer.

C : Si on applique votre nouveau clivage, force est de constater qu’à l’UMP ou au PS, très peu d’hommes politiques se font les chantres d’une mondialisation sans entraves et déclarent l’Etat-nation dépassé…

FP : Ils ne le disent pas clairement car ils savent qu’ils se mettraient à dos 90% de leurs électeurs ! Les Français sont très attachés à l’Etat et à la Nation. Mais il faut distinguer les discours des actes. Quand on accepte, comme le font l’UMP, le PS et la plupart de leurs partis satellites (Modem, Verts…), l’Europe fédérale et ses traités, on s’oppose de fait à l’Etat nation. Priver l’Etat de frontières, de monnaie, bientôt de budget, du pouvoir de contrôler les lois, voire de politique étrangère et de défense, revient à le démanteler.

C : À un moment donné, la nation a démocratiquement accepté d’aliéner certaines de ses prérogatives. Et les Français ont approuvé ce transfert de souveraineté…

FP : On a très rarement demandé l’avis de la nation sur ces questions décisives. En 1992, le traité de Maastricht a effectivement été approuvé par 51% des Français. En 2005, le peuple a dit non au Traité Constitutionnel Européen à plus de 55% sans qu’on n’en tienne compte. Pendant la campagne de 2007, Sarkozy avait promis un « mini-traité » en rupture avec la Constitution Européenne, avant de faire voter le traité de Lisbonne, qui en est le véritable copié/collé. Une fois de plus, les électeurs ont été trompés.

C : Vous avez intégré un parti à l’histoire et au positionnement politique très marqués. En tant que vice-président du FN, assumez-vous toute la tradition du mouvement ?

F.P : Oui. J’ai rejoint Marine Le Pen en 2009 puis le FN en 2011. Marine Le Pen a été interrogée à d’innombrables reprises sur les fameuses phrases de son père et a levé toute hypothèque là-dessus. Son positionnement a toujours été extrêmement clair. On peut approuver ou non son discours mais celui-ci a toujours été parfaitement républicain.

C : Parlons stratégie. Presque deux ans après l’élection de Marine Le Pen à la tête du FN, on constate une décrue de la diabolisation, mais on observe toujours un cordon sanitaire entre l’UMP et le FN. À terme, le FN pourra-t-il devenir un parti de gouvernement sans s’allier avec l’UMP ?

FP : Lors des dernières élections, l’UMP a quelque peu fait évoluer sa ligne nationale en matière de consignes de vote. Un peu confusément lors des cantonales en 2011, puis beaucoup plus clairement pendant les dernières législatives, ses dirigeants sont passés de l’appel à voter PS au « ni PS ni FN ». L’UMP doit gérer la pression de son électorat et de sa base, qui a déjà en grande partie migré sur notre terrain idéologique et ne comprend plus le maintien d’un cordon sanitaire entre nos deux partis. Cet électorat s’apercevra bientôt que l’état-major de l’UMP ne défend plus ce qu’il pense. Il viendra alors chez nous, ce qu’il a d’ailleurs commencé à faire.

C : Êtes-vous si sûr de l’évolution de l’électorat de UMP ? Avec 18% des suffrages lors de la dernière présidentielle, Marine Le Pen a réalisé quasiment le même score que son père au second tour de 2002…

FP : Compte tenu du niveau de participation, Marine Le Pen a rassemblé plus d’un million de voix de plus que son père au second tour de 2002. Néanmoins, la campagne de Sarkozy en 2012 s’est avérée infiniment plus efficace que la campagne de premier tour de Chirac en 2002. En 2012, Sarkozy a exalté la nation, remis Schengen en cause, promis de diviser l’immigration légale par deux, etc. Aidé par Patrick Buisson, il a explicitement ciblé la frange de l’électorat hésitant entre Marine Le Pen et lui-même. À cela il faut ajouter l’épouvantail Mélenchon qui a joué en sa faveur. Certains électeurs de droite craignaient la perspective d’un Front de Gauche à 17% avec un groupe parlementaire de 100 élus communistes et des ministres mélenchonistes. Effrayés, ils ont voté « utile » en glissant un bulletin Sarkozy dans l’urne dès le premier tour.[/access]

La suite demain…

La triple défaite de Fillon

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Ce n’est pas une mais trois déconvenues sévères qu’aura vécues l’ancien premier ministre dans ce long feuilleton des primaires.

La première défaite, et la plus évidente, n’est sans doute pas la plus parlante : il est bien évident qu’on ne saura jamais lequel des deux candidats l’a réellement emporté dans les urnes. 50,03 contre 49,97 en bon français, ça veut dire fifty-fifty. On comprend mal, dans ces conditions-là, pourquoi Fillon acte le résultat, plutôt que d’aller le contester devant les instances ad hoc du parti, voire devant la justice française. Il y a en effet comme une bizarrerie à constater de «nombreuses irrégularités», donc en clair des faits délictueux et à ne pas les dénoncer à qui de droit. De là à penser que les fillonistes aux mains si propres n’auraient rien à gagner à une véritable enquête judiciaire sur ce scrutin agité, et notamment sur le déroulement du vote dans les Alpes-Maritimes, le XVIème arrondissement et autres fiefs de l’ancien premier ministre…

La deuxième défaite est moins visible et pourtant plus patente : c’est l’étroitesse du score. Imaginons avec le perdant que seules les magouilles copéistes l’aient privé de sa victoire. De combien aurait-il gagné sinon? De 200 voix, de 500 voix, de 1000 voix ? Avec 50,5 contre 49,5 ? Eh bien une telle victoire aurait été une sacrée défaite. Car si le très prudent François Fillon est allé à la bataille, c’est uniquement avec la certitude absolue d’être élu, d’être très largement élu, un peu comme quand il a choisi le VIIème arrondissement pour devenir député de Paris. Et c’est vrai qu’a priori, il pouvait y croire, François : il était l’ancien premier ministre de Saint-Nicolas Sarkozy, il semblait le plus rassembleur, il était placé 35 points devant son adversaire par les sondeurs et enfin, il était soutenu en bloc par des médias horrifiés par la « dérive droitière » de Copé. Bref, ça devait être in the pocket, ce fut in the baba…

La troisième défaite peut sembler plus anecdotique, elle risque de se révéler fort problématique. On le sait, François Fillon se rêve déjà maire de Paris. Ce qui n’a rien d’impossible : les électeurs de 2014 risquent fort de vouloir sanctionner durement la gauche, comme ils le firent, par exemple, en 1983. Et on ne fera pas injure à Anne Hidalgo en constatant qu’elle a moins de crédit et de prestance que Bertrand Delanoë. Jouable, donc, mais pas joué. En effet lors de la primaire, Fillon a empoché 17 arrondissements sur 20. Un presque grand chelem où ne manquent à l’appel que les XIIème, XIVème, et XVIIIème arrondissement. Manque de bol, compte tenu du mode de scrutin et des rapports de force dans la capitale une victoire à Paris ne peut passer que par la reconquête par la droite du XIIème et du XIVème . Or ces deux arrondissements-clés, ces deux « swing states » du 75, sont aux mains des infâmes copéistes, qui vont donc réclamer des têtes de listes que François Fillon ne veut surtout pas leur donner.

D’ici 2014, il n’y a donc que deux possibilités : soit tout le monde se réconcilie pour battre la gauche, soit le climat se dégrade à tel point qu’Anne Hidalgo sera élue d’avance. Vous pariez avec moi ?

* image : Flickr/UMP

Virginie Despentes crie haro sur l’hétéro

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C’est peu dire qu’elle n’a pas aimé, Virginie Despentes, la leçon administrée par le retiré de la vie politique. Lionel Jospin a prétendu sur Canal +, et en clair en plus, ça ne se fait pas, à l’heure où tous les petits enfants peuvent l’entendre, alors qu’ils pourraient plutôt regarder sagement en famille homoparentale recomposée les adaptations porno des bouquins de Virginie, que « l’humanité est structurée sur le rapport homme-femme ». Rendez-vous compte un peu. Une obscénité dégoutante comme on n’en avait pas entendu depuis longtemps, même chez Canal qui pourtant repousse sans arrêt, avec ses gros bras cryptés, toutes les limites. Enfoncés, les Sade, les Pasolini, les John B. Root et autres Despentes elle-même. Plus gore que chez gore, le Jospin. Vas-y répète ? « L’humanité structurée sur le rapport homme-femme » ? Salopard de coton-tige phallocentrique. Quand elle a entendu cette horreur inqualifiable à une heure de grande écoute, elle a vu rouge Virginie, elle s’est offusquée très fort de cette atteinte monstrueuse à sa morale, elle a fait ni une ni deux, elle a trempé sa plume dans son fiel, et a écrit à Têtu.

Résultat : ils n’ont jamais vu ça chez Têtu, où pourtant ils n’ont pas froid aux yeux non plus : 277 991 « vues » à l’heure où je vous parle, pour un article sur un site où les « hits » plafonnent d’habitude à 20 000. Le high score pour Virginie, ex-romancière et néo-lesbienne, qui touche le fond en même temps que le plafond avec sa diatribe qui nous apprend qu’en régime hétérofacho à la Jospin, eh bien, l’humanité « c’est l’histoire de comment [les femmes] en ont pris plein la gueule pendant des millénaires », passqu’en plus, hein, les femmes, je vous le donne en mille, elles ont pas d’âme pour ces salauds d’hétéros, et quand elle sont mères célibataires elle finissent sur le bûcher comme des sorcières, et que tout ça c’est limite la faute à Jospin lui-même, cet hétéro plouc qui donne même pas de fric à sa femme lorsqu’elle le suce, et qui en plus, le salopard, est divorcé. C’est longuet comme article, je résume : les hétéros ont des vies tellement merdiques que vraiment, merci, ils ont pas de leçon à donner, ils sont polygames en plus, grâce au divorce, ils changent plus vite de femmes que de voitures, ça se voit pas la peine de faire semblant, alors pouêt-pouêt camembert sur les « bougnoules », le mariage hétéro c’est juste de la prostitution polygame en plus hypocrite, Virginie elle dit aussi que nous autres les hétéros on a déjà tellement foutu la merde, tellement on est nuls et « toxiques » avec nos gamins que franchement le mariage homo ça serait vraiment tellement rien du tout comme nouveau bordel tellement le mariage c’est déjà du bordel tout foutu tout bousillé qu’on peut lui foutre un coup de pied de l’âne en plus dans sa gueule toute tordue au vieux mariage hétéro avec le mariage pour tous, franchement, ça fera quoi comme différence ?

Bon. Au-delà du style « punk rock », il y a le fond. Assez gnangnan. Les enfants des parents divorcés ne fêtent plus Noël en famille à cause des parents divorcés, et les familles modernes sont pourries. Si l’on oublie le ton branché-décontracté, j’ai bien peur que ce que l’on trouve comme fond, ce soit du puritanisme à la Civitas, le respect catholique pour la chair en moins. Tout fout le camp ma bonne dame et c’est de la faute aux pères modernes, ces salauds qui savent plus s‘engager durablement. Personnellement, ce n’est pas que ça me gêne outre-mesure le gnangnan, surtout lorsqu’il fleure bon le catholicisme, j’aurais tendance à signer, malgré mon passé chargé de jeune mâle hétéro, mais venant de Virginie Despentes, ça fait quand même un peu drôle comme sermon. Drôle en effet, comme dans cette affaire, les homos veulent nous prendre nous autres les gens attachés au mariage hétéro, non pas par derrière, j’oserais pas, mais à front renversé. Les voilà qui gémissent sur le divorce, le remariage, et les familles éclatées, et sur l’incapacité des hétéros à élever correctement leurs gamins, c’est-à-dire sans doute dans les bons vieux principes d’autorité et d’obéissance, et qu’en conséquence, hein, les leçons qu’ils donnent aux homos, et la paille, et la poutre, etc.

Ils passent leurs journées à écouter Benoît XVI sur KTO ou quoi, les militants gays ? Plus famille tradi que moi, tu meurs ! Si l’on ajoute à ça l’espèce de dégoût ultra-puritain pour le sexe masculin qui se manifeste violemment dans l’article, alors il faut bien constater que depuis Bernardin de Saint-Pierre, Virginie a bien changé : elle n’aime plus du tout Popaul. C’est que maintenant, elle vit bien heureuse avec sa compagne dans la douceur homosexuelle (à lire sa prose, on la sent quand même assez loin d’être parfaitement apaisée par les caresses de sa compagne à la maison, mais bon), loin des horreurs du sexe hétéro et des salopards multi-baiseurs oppresseurs allumeurs de bûcher à la Jospin.

S’il est possible à un réac catho de dire un mot en faveur de Jospin sans trop le compromettre, qu’il me soit permis de dire que je la trouve rudement injuste Virginie, avec Lionel. Car l’opinion de Jospin, contrairement à ce que pense notre polémiste, je ne crois pas du tout que ce soit celle d’un vilain mâle oppresseur du sexe faible, que ça gêne « quand deux chiennes oublient le collier, (…) pour les maintenir sous le joug de l’hétérosexualité ». Je crois que si Jospin n’écoutait que son mâle modernisme et son socialisme viril, il serait parfaitement pour le mariage homo. Je crois au contraire que s’il s’oppose au mariage homo, c’est justement parce qu’il écoute sa « chienne » de femme philosophe qu’il a la maison, Sylviane Agacinski, qui ne doit pas être si opprimée que cela puisqu’elle parvient apparemment à faire penser son ancien Premier ministre de mari contre lui-même et contre son camp. Sa philosophe de femme qui dès 2007 écrivait ceci. « On invoque généralement un culturalisme intégral pour affirmer que le droit civil et particulièrement l’institution du mariage et de la filiation sont de pures constructions, étrangères à la sexuation et à la génération. Mais il n’en est rien, car le lien de filiation unissant un enfant à ses parents est universellement tenu pour bilatéral, et cette bilatéralité serait inintelligible si elle ne s’étayait directement sur la génération sexuée ».

Moi, c’est ça que j’aime dans le couple, chère Virginie Despentes, quand un mec de gauche pense parfois, parce qu’il a une femme libre à la maison qui peut le convaincre, comme un mec de droite. Ou l’inverse. C’est aussi en ce sens-là peut-être que l’humanité est structurée par la différence homme-femme. Parce que cette différence est la mère de toutes les différences. Et que sans différences, sans véritables différences vécues et acceptées, le monde s’effondrera dans cette « immense partouze » que vous trouvez tellement désirable chère Virginie, mais qui sera peut-être moins « à l’amiable » que ce que vous imaginez.

*Photo : Parti socialiste.

Et Dieu créa la Femen

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Le journalisme n’est plus ce qu’il était. Hier Le Point, Le Nouvel Obs, Le Monde, et ce matin La Voix du Nord reprennent en boucle des infos collectées sur place visiblement par un seul journaliste car toutes identiques, faisant état de l’irruption dans la manifestation de dimanche contre le mariage entre personnes de même sexe de femmes du mouvement féministe ukrainien Femen « habillées en nonnes « .

On savait que l’Eglise catholique avait évolué avec Vatican II, mais on ignorait qu’un styliste avait redessiné les tenues des religieuses en ne gardant que le voile et une petite culotte noire, le reste du costume étant celui d’Eve, avec en prime, dessinées à même la peau, des professions de foi type : « in gay we trust » ou « fuck God ». On ignorait aussi que les « féministes », habituellement hostiles a ce que leur corps serve de publicité s’étaient converties à son utilisation à des fins de propagande politique, ou plutôt violemment antireligieuse .
Donc ces pauvres jeunes femmes « habillées en bonnes soeurs » qui, d’après Caroline Fourest qui les accompagnait, faisaient « une contre manifestation pacifique et drôle », se sont fait sauvagement agresser par des manifestants qui ne pouvaient être que des tortionnaires puisque défilant a l’appel de Civitas, « proche des catholiques intégristes ».

En Russie, lorsque les Pussy riots se sont dénudées dans une église, elles ont encouru un châtiment bien plus sévère : la prison .
Je conseillerai volontiers aux Femen, visiblement candidates au martyre, d’exercer leur activité internationale de lutte contre les vêtements en général, et l’obscurantisme religieux en particulier, en Arabie Saoudite, en Iran ou même simplement en Algérie ou en Egypte.
Là-bas, pour un voile sur un corps dénudé où sera peinturluré « fuck » suivi du nom du Prophète, le châtiment risque de dépasser la bastonnade ou la prison. Et elles auront enfin un sort à la mesure de leur combat.

Moody’s et la France : fifty shades of AA1

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Le retour des agences de notation sur le devant de la scène médiatique, dont deux viennent de dégrader la France, entre en conjonction avec le succès ébouriffant de Fifty shades of grey. Le roman, miracle de l’autoédition électronique récupéré par des éditeurs malins qui en ont fait un succès planétaire, raconte les émois SM d’une gourdasse, comme tout le monde le sait à moins d’habiter une yourte en Mongolie, ce qui parfois, par les temps qui courent, fait très envie. Elle trouve son bonheur dans le fait d’être sadisée par Christian Grey, un homme d’affaires. L’homme d’affaires en question aurait pu aussi bien travailler dans une agence de notation, c’est à peu près la même technique du doigt mouillé, si je puis dire, appliquée à l’économie réelle des nations et à la foufoune des jeunes idiotes.

Ce qui est intéressant, finalement, c’est que le masochisme, la soumission volontaire, l’humiliation acceptée entre dans l’imaginaire collectif, que ce soit dans celui des gouvernements qui adorent le bondage financier les entravant à tout jamais dans l’austérité ou dans celui de la ménagère de moins de cinquante ans qui, du Wyoming à la Lozère et de la Moravie à l’Alentejo, aime l’idée qu’un homme avec un gros nœud de cravate lui enjoigne d’une voix virile de se mettre à quatre pattes pour venir l’honorer.

Ce n’est même plus Histoire d’O, le chef d’œuvre subversif de Pauline Réage. C’est juste une histoire d’A. A comme dans minable.

UMP : tout le monde a perdu

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François Fillon contre Jean-François Copé à l'UMP

François Fillon contre Jean-François Copé à l'UMP

J’ai beau observer l’UMP depuis dimanche, je n’y vois que des perdants. Si l’on excepte Nicolas Sarkozy, qui n’était pas à jour de cotisation et que cela arrangeait fort bien, je ne vois personne, parmi les protagonistes de la bataille pour la présidence de l’UMP, qui puisse se satisfaire de la situation.

François Fillon a beaucoup perdu. Marc Cohen a fort bien expliqué les raisons pour lesquelles l’ex premier ministre termine cette bataille en lambeaux. À tous ces arguments de bon sens, j’en ajouterai un autre. Fillon n’a pas la santé. On a beau dire, on a beau faire, les grands fauves politiques qui gagnent de grandes batailles électorales ne sont pas forcément beaucoup plus intelligents que le commun des mortels, mais ils sont généralement dotés d’une santé exceptionnelle, qui leur permet d’avaler les kilomètres, d’enchaîner les discours, de dormir peu. Chirac demeure l’archétype de l’homme politique infatigable mais ses deux successeurs, bien que beaucoup plus attentifs à leur hygiène de vie –les deux se sont astreints à des régimes draconiens permettant de tenir le choc- n’étaient pas en reste. Fillon a accumulé les pépins de santé pendant la campagne quand ce n’était pas un chat noir qui traversait devant son scooter estival. Comme il aura quatre ans de plus en 2016 et que la campagne dure douze mois, primaire comprise, se pose légitimement la question de savoir s’il pourra encaisser une épreuve autrement plus éprouvante qu’une campagne interne. On l’a justement comparé à Raymond Barre pour son côté Père Fouettard des finances ; la comparaison vaut aussi pour les capacités physiques qui ont valu une défaite cuisante au député de Lyon en 1988 face au bulldozer Chirac.

Mais il n’y a pas qu’un seul vaincu. Jean-François Copé, à sa manière, a gâché sa victoire. Pourtant revenu du diable vauvert face à son adversaire, faisant démentir tous les pronostics il est vrai basés sur des sondages qui ne pouvaient tester le bon corps électoral, sa courte victoire aurait pu être magnifique. En annonçant sa victoire avec une avance de 1058 voix dimanche avant que la désormais fameuse COCOE n’annonce les résultats officiels avec une avance dix fois inférieure, il a commis une faute politique majeure. On ne sait quels conseillers idiots lui ont soufflé cette idée folle. Pourquoi se précipiter ainsi, apparaître pour un putschiste, et dégrader ainsi son image auprès de la moitié des militants et de bon nombre d’électeurs ? Certes, l’UMP est héritière du RPR et donc de la fameuse droite bonapartiste. Dimanche soir pourtant, Copé annonçant prématurément sa victoire ressemblait davantage à Laurent Gbagbo qu’à Bonaparte le 18 brumaire ou même Chirac à l’automne 1974 lorsqu’il prit l’UDR à la hussarde. Cette tache maculant sa réputation, il tente maladroitement depuis lundi soir de rattraper le coup en jouant au rassembleur ouvrant bras et mains, jusqu’à proposer une vice-présidence à Fillon. Les fillonistes ne sont pas près de digérer cette humiliation supplémentaire. Si Copé l’avait mis en veilleuse dimanche soir, il serait aujourd’hui un président légitime et on lui pardonnerait davantage les différentes « irrégularités » qui ont eu lieu lors du scrutin – dont il s’est rendu autant coupable que son adversaire.

Nous ne saurions conclure ce propos sans tordre le cou à un canard qui circule dans toutes les télés et radios depuis dimanche. La mobilisation des adhérents UMP aurait été forte et la démocratie en sortirait renforcée. On a pu entendre ainsi des partisans des deux camps parler d’un taux de participation de 55 % et qualifier celui-ci de formidable. Rappelons qu’un tel taux de participation est inférieur à celui des élections législatives dont on se plaint habituellement. S’agissant d’adhérents à un parti politique dont on peut suspecter une politisation plus importante que la moyenne des électeurs, ce taux de participation révèle une mobilisation minable, n’ayons pas peur des mots. On objectera que les bureaux n’étaient pas assez nombreux, que les files d’attentes ont pu décourager des éventuels votants. Mais pourquoi n’a-t-on pas ouvert davantage de bureaux dans ce cas ? C’est bien qu’on suspectait qu’on n’y verrait pas une mobilisation de 80 % ! Pour intéresser tous les adhérents, il aurait fallu une opposition qui ne se réduise pas au style, à la posture des candidats. La querelle d’egos fut d’autant plus sanglante que les idées étaient les mêmes. Sur l’économie, l’Europe, la question sociale et même l’immigration, Copé et Fillon avaient les mêmes propositions même s’ils n’avaient pas la même manière de les formuler. La démocratie, donc, sort perdante de cette confrontation, contrairement à l’antienne relayée, même par des observateurs avisés, depuis dimanche.

Peut-être peut-on trouver quelques personnalités qui ont moins perdu que les autres. Ceux qui n’ont pu –faute de parrainages- ou voulu se lancer dans la bataille, NKM, Le Maire, Guaino et Bertrand sortent indemnes de ce psychodrame. Et Sarkozy, bien entendu. Mais on me souffle que ce dernier est convoqué au Palais de justice de Bordeaux et que l’éventualité d’une candidature pourrait bien passer au second plan de ses soucis. Quand ça veut pas…

*Photo : UMP.

Le mariage pour tous, et les crèches aussi !

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mariage creche gay

mariage creche gay

La société française est celle des droits-créance, qui peut l’ignorer ? L’empilement de ces « droits à » crée un gigantesque « droit à l’égoïsme ». Ainsi, les discussions autour du « mariage pour tous » en fournissent chaque jour des exemples édifiants. Car elles touchent à ce que notre société a de plus sacré, à savoir les enfants. Dans ce domaine sensible, le choc des divers « droits à » peut devenir percutant. Il suffit d’ouvrir la presse pour faire des découvertes qui seraient cocasses, si ce qu’elles révèlent sur notre état de décomposition morale n’était navrant. Livrons-nous à cet exercice bibliographique à partir de la publication la plus banale qui soit, le quotidien gratuit 20 minutes.

20 minutes est à l’évidence un journal progressiste. Le « mariage pour tous », il est pour. D’autant que cette avancée majeure dans le domaine de l’égalité des droits des homosexuels permettra aussi et surtout une avancée des droits des enfants. Ces enfants, en l’occurrence ceux des homosexuels, sont présentés comme victimes d’une honteuse discrimination du fait de l’impossibilité actuelle de « normaliser » leur situation juridique vis-à-vis de leurs deux « parents » (le parent « biologique » et l’autre, dont on se demande au passage comment il faut l’appeler). Ainsi, le numéro du 11 septembre pose la « question de civilisation » de savoir si « notre société est assez ouverte sur le sujet ». Celui du 6 novembre, reprenant mot pour mot un communiqué de SOS homophobie, appelle à « promouvoir une solution permettant de protéger les enfants des familles homoparentales au même titre que ceux élevés au sein des couples mariés ». Le numéro du 7 novembre fait le point sur les avancées et les « blocages » que la loi promet de lever, ou non, vis-à-vis de l’adoption et de la PMA pour les couples homosexuels.
Le même numéro rapporte les histoires de plusieurs couples homosexuels, qui attendent leur « droit au mariage » pour pouvoir légaliser leur relation avec des enfants conçus par PMA.

« Ça, c’est maman. Et ça, c’est Dédé », lance Abel, 2 ans, en pointant ses deux mamans du doigt. Delphine sourit. […] Abel, petit blond rieur, a été conçu par procréation médicalement assistée (PMA) en Belgique. C’est Anne, la compagne de Delphine, qui l’a porté. « On avait peur, mais ça a été très simple », raconte-t-elle. Les deux Parisiennes ont rempli un dossier pour un deuxième enfant. « On n’attend pas la loi pour construire notre famille », glisse Anne. En revanche, elles l’attendent pour pouvoir se marier, «pour l’égalité des droits» et pour que Delphine puisse avoir la « sécurité juridique» dont elle est aujourd’hui privée vis-à-vis de sa compagne et d’Abel, qu’elle adoptera dans la foulée. « Ce sera un soulagement, lâche Delphine. Je serai reconnue et ce sera légalement mon fils. Sinon, en cas de crise, on dépend du bon vouloir de chacun.»
Ségolène […] en a fait l’expérience lorsqu’elle s’est séparée de sa compagne et mère biologique de sa fille, conçue par PMA. « Pendant deux semaines, mon ex a hésité à partager la garde de notre fille. Ça a été extrêmement violent pour moi, car c’était notre fille à toutes les deux. Je n’imaginais pas être exclue de sa vie du jour au lendemain. En la regardant, je ne savais pas si je pouvais continuer à lui dire que j’étais sa mère. Ma promesse d’être toujours là pour elle serait-elle encore tenable? La décision était entre les mains de ma compagne », raconte Ségolène, encore émue. Finalement, son ex a donné son accord pour partager la garde. « Plus sereine », Ségolène attend toutefois la loi pour adopter sa fille et « avoir un statut en cas de problème ». […]

Le tableau est touchant. La conclusion coule de source, sous-tendue par la tendresse de ces charmantes scènes de genre : les homosexuels font, comme les autres, de merveilleux parents, pleins d’amour et de sollicitude pour leur progéniture. Dès lors, il est évident que les priver du droit à cet élémentaire bonheur qu’est la « parentalité » est une discrimination aussi inique qu’archaïque. Le « droit à l’enfant » étant une évidence pour les hétérosexuels, il doit l’être aussi pour les homosexuels.

Quelques jours plus tard, le même journal publie un article intitulé « SOS crèches : la galère de la garde d’enfants ». Papier d’où il ressort qu’il manque en France un nombre considérable de places en crèche. Le journal chiffre à la louche ce déficit à 500 000 (un nombre rond, ça tombe bien !). Évaluation obtenue par rapport aux « besoins » des parents, que ce déficit oblige, les pauvres, à « pouponner à temps plein », ce qui « est souvent un pis-aller » (sic). En effet, selon une enquête de la Caisse nationale des allocations familiales, « seules 26% des familles interrogées désirent garder leur enfant » (resic). Là encore, la thèse est illustrée par une histoire vécue. Celle de Sylvie, « contrainte de prendre un congé parental », pour élever elle-même sa fille Ombeline, « qui devrait déjà être accueillie dans une crèche ». La conclusion est un appel pour augmenter considérablement le nombre des structures d’accueil de la petite enfance, structures qui permettront à chacun de faire jouer son bien légitime « droit à se débarrasser de ses enfants ».

Ainsi le même journal, se faisant l’écho des préoccupations des Français, milite ouvertement pour ces deux droits : le droit à avoir des enfants (y compris par Procréation Médicalement Assistée non seulement autorisée pour tous mais financée par la société), et le droit à ne pas s’embarrasser avec eux (grâce à des structures payées par le contribuable). Raisonnement logique : puisque les enfants sont présentés comme une merveilleuse source de bonheur pour les parents, il ne faudrait tout de même pas qu’ils deviennent une charge désagréable ! Être parent sans devoir supporter les inconvénients de la « parentalité », voilà une revendication évidente pour notre grand quotidien gratuit, à l’unisson avec une population friande de nouveaux droits à se comporter selon son plaisir égoïste.

Quant aux droits des enfants, rien n’est dit dans les numéros d’octobre et novembre 2012 – quoiqu’on suppute, à lire l’article sur le déficit de crèches, que ce sont les enfants eux-mêmes qui, impatients de quitter les bras de leurs pères et mères, piaffent « à la porte des structures qui leur sont dédiées » (sic). Mais qu’on se rassure, cet important sujet sera certainement abordé dans un numéro ultérieur ! Empiler des nouveaux « droits à », certains incompatibles entre eux mais relevant tous de la solidarité nationale (c’est-à-dire, peu ou prou, des finances publiques), est en effet un sport dans lequel excelle notre feuille de choux progressiste.

Et le progrès, c’est à l’évidence la collectivisation des peines et la privatisation des plaisirs. En l’occurrence, la collectivisation de l’éducation, dont on connaît les peines, pour mieux jouir du plaisir privé de dorloter les chers bambins. Car se charger vraiment de l’éducation de ses enfants, cela voudrait dire faire des sacrifices, en premier lieu vis-à-vis de certaines ambitions professionnelles incompatibles avec la disponibilité requise pour mener à bien cette grande œuvre qu’est l’éducation d’un petit d’homme. Cela voudrait aussi dire supporter bien des fatigues et bien des tensions, fatigues et tensions dommageables à la relation « apaisée » d’un bonheur sans nuage. On n’imagine quand même pas les citoyens empêchés de « profiter » de leurs enfants (comme on dit de façon révélatrice) par l’obligation de sévir pour leur inculquer quelques valeurs morales ! Ils rentrent tard le soir, fatigués par leur journée de travail, récupèrent les morveux à la crèche ou à l’école, et n’ont alors tout simplement pas l’énergie de lutter pour les empêcher de se vautrer devant la télévision ou les jeux vidéos (devant lesquels ils sont d’ailleurs eux-mêmes vautrés).

Heureusement, les professionnels appointés par la collectivité nationale sont là pour ça. Servant de fusible dans la relation parent-enfant, ils la préservent du pire, la réservant pour ce qu’on estime être le meilleur. Et qu’importe si cette éducation collective précoce, délivrée par des professionnels, privée de la légitimité que donne seul le lien affectif unique entre parent et enfant, aboutit à créer des êtres imparfaits. Des êtres indisciplinés, instables, incapables de se concentrer, soumis au diktat de leurs désirs immédiats, des êtres mal élevés dont d’autres professionnels (les professeurs) relèveront quelques années plus tard les carences essentielles, carences malheureusement impossibles à corriger malgré l’avalanche de mesures pédagogiques que déversent les programmes scolaires. Mal élevés par des puéricultrices pourtant diplômées d’état, les enfants se révéleront difficiles à instruire par des professeurs eux-mêmes dûment formés par des experts en pédagogie. Quant aux parents, ils sont bien sûr au-dessus de tout reproche. Peut-être serait-il temps de se demander si la délégation systématique de la première éducation à des professionnels n’a pas quelque responsabilité dans cet immense gâchis.

Une dernière piste de réflexion, alimentée là aussi par l’actualité : et si l’infériorité dans la compétition économique des Français par rapport aux Allemands avait à voir avec cinquante ans de collectivisation de la petite enfance ? On le sait, l’Allemagne aide fort peu les parents de jeunes enfants : pas de crèches, pas de défiscalisation pour garde d’enfant, très peu d’écoles maternelles, journée scolaire finissant vers 14h… Outre-Rhin, avoir un enfant oblige en général les femmes à arrêter de travailler, au moins pendant quelques années. Il est bien possible que ce choix cornélien – mener une carrière ou avoir des enfants – leur coûte, et que la « qualité de vie » des femmes allemandes soit inférieure à la qualité de vie des femmes françaises. Mais il est aussi possible que le défaut de compétitivité des Français s’explique, en partie, par leur défaut d’éducation. On présente toujours le faible taux de fécondité des Allemandes (moitié moins que les Françaises) comme la preuve de l’immense supériorité de notre système, si généreux en aides de toutes sortes pour faire élever (et donc avoir) ses enfants. Mais si, en investissant dans la quantité, la France s’était privée de la qualité ? L’Allemagne a fait le choix inverse. De ces deux modèles, lequel se révélera le plus avisé ?

En évoquant le « choix cornélien » auquel sont soumis les Allemands (et surtout les Allemandes), je ne prétends nullement faire l’apologie d’un système qui confine les femmes à la maison. Simplement, je remarque que les choix de vie des uns (les adultes) ont des conséquences sur les autres (les enfants). Nier ces conséquences au nom de l’idéologie de l’extension des droits, c’est refuser de voir la réalité. Et menacer ce faisant les plus faibles, qui ne sont pas en position de lutter pour faire reconnaître leurs besoins – et même leurs besoins les plus élémentaires, comme l’éducation.

Par ailleurs, la liberté ne consiste pas à concilier les contraires – attitude du pervers[1. La perversion, au sens psychiatrique du terme, est une complaisance envers des fantasmes incompatibles entre eux. Le pervers sait bien que ses fantasmes de maîtrise ne peuvent tous être réalisés, mais il se comporte comme s’il n’en était rien. Il s’applique à persuader les autres qu’il réalise lui-même ce mélange des contraires, et jouit du désarroi que ce spectacle provoque.] : « Je sais bien, mais quand même ! ». La liberté consiste à pouvoir faire des choix entre les contraires, en échappant aux pressions sociales qui rétrécissent les possibles. Ainsi la liberté des femmes n’est pas de concilier automatiquement carrière professionnelle et vie de mère de famille. Il n’y a aucun « droit » à mener ces deux voies de front si elles s’avèrent inconciliables. La liberté consiste à pouvoir choisir de se consacrer à l’une ou à l’autre, éventuellement à l’une puis à l’autre. De même pour les homosexuels : leur liberté consiste à pouvoir choisir le type de sexualité qui leur convient. Mais en exerçant le droit souverain de choisir leur sexualité, il se peut qu’ils découvrent que leur choix exclut certaines possibilités offertes par l’hétérosexualité… comme la procréation, qui est organiquement liée à une relation hétérosexuelle.

En définitive, apprendre à arbitrer entre les différents possibles qu’offre la vie en société, apprendre à renoncer à un petit plaisir immédiat pour obtenir un plaisir retardé mais plus grand, apprendre à se contraindre vis-à-vis des uns pour ménager les autres, c’est exactement ce que doit faire l’éducation. Éduquer aujourd’hui, c’est avant tout apprendre à choisir entre les différents droits. D’où il ressort que l’éducation, décidément, est l’alpha et l’oméga des problèmes du monde moderne.

*Photo : pjan vandaele.

UMP : la recette du Pr. Reynié pour perdre à coup sûr

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Tandis que les clans Copé et Fillon s’écharpaient comme des chiffonniers pour savoir lequel des deux avait le mieux trich…, pardon manœuvré, Le Monde sondait Dominique Reynié quant à la future stratégie victorieuse de la droite. Je vous vois déjà pester contre cette sorte de pendant intello d’Eric Besson, passé en quelques mois du néo-rocardisme au libéralisme, du Centre de recherches politiques de Sciences Po à la Fondation pour l’Innovation politique, la boîte à idées de l’UMP. Mais l’intéressé n’est pas le dernier à consulter en cas de coup dur : les convertis ont le zèle et l’ardeur des meilleures chaisières, c’est bien connu.

Dans un autre registre, plus grandiloquent, l’impétueux Geoffroy Didier n’a-t-il pas réussi son hold-up sur la droite du parti en raflant la majorité du vote des motions (27% pour la Droite forte de son compère Guillaume Peltier) sur le dos de la Droite Populaire (qui arrive bonne dernière et première au concours de cocufiage idéologique) en étant issu de La Diagonale, le club des « sarkozystes de gauche » , militants du mariage gay en 2007 ?

Inutile de discuter l’AOC droitière de Dominique Reynié, donc. Comme tout militant UMP qui se respecte, il refuse le conservatisme et veut dégrossir l’Etat social obèse. Cela n’empêche pas notre inspiré professeur de changer son fusil d’épaule, après une campagne présidentielle passée à conspuer le populisme aux côtés de Jean-François Copé.

En ce temps-là, les deux tourtereaux rivalisaient de déclarations d’amour pour combattre l’hydre poujadiste. Accordons d’ailleurs à Reynié le privilège de la constance, pourfendeur du populisme hier, de la droitisation aujourd’hui : « La doctrine de Buisson, c’est l’échec assuré de la droite. Elle la conduit à déserter les thèmes qui font sa force : l’ouverture au monde, l’Europe, la croissance, l’innovation, la refonte de l’Etat, la liberté individuelle, la responsabilité… ». Avant d’annoncer la probable alliance entre le PS hollandiste et François Bayrou, Reynié poursuit, imperturbable : « Son orientation droitière amènera l’UMP à s’enliser dans des territoires qu’elle disputera au FN, au risque de perdre sa raison d’être. Car c’est l’offre « ethno-socialiste » du FN qui répond le mieux à la demande de ces territoires périphériques : non pas moins, mais plus de dépenses publiques, plus de dépenses sociales, en les réservant aux « vrais nationaux ». Au bout d’un tel virage, il y à la fin de l’UMP. ».

Souvenons-nous qu’en 2008, le docte professeur exorcisait le « national-socialisme » d’un Jean-Luc Mélenchon avec les mêmes mots choisis que ceux qu’il réserve au FN. Si ses prédictions s’avéraient exactes, cela donnerait un axe central PS-Modem concurrencé par un axe extrémiste Méluche-Le Pen… et au milieu coulerait la droite. Grosso modo, l’UMP devrait lutter contre une gauche recentrée en allant chasser sur ses terres, après avoir préalablement coupé tous les ponts avec le peuple de droite.
Une vraie martingale… pour être encore dans l’opposition en 2077.

Génial, Copé a gagné !

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COPE FILLON UMP

COPE FILLON UMP

C’est assez tard, après avoir participé à un salon du roman noir à Lamballe (sa pluie, ses princesses décapitées) que j’ai appris dans une chambre d’hôtel, sur les chaines d’infos continues, ce qui avait fait l’essentiel du week-end en matière d’actualité. Dans un salon de ce genre, on est un peu comme dans une bulle, on regarde de potentiels lecteurs passer devant vos piles et on prie pour que ce soit la grande blonde au bout de l’allée qui s’arrête devant vous et vous déclare : « Vous êtes le meilleur, je ne peux plus lire autre chose, vos livres m’ont sauvé la vie et je voudrais vous en remercier. D’ailleurs, je suis riche et célibataire. » Mais on ne s’intéresse pas à grand-chose d’autre, en fait. Et le retour tardif à l’hôtel, en général assez alcoolisé car les écrivains de polars boivent beaucoup pour soutenir le choc des horreurs qu’ils racontent, a été le seul moment où j’ai pu reprendre contact, via BFM ou I télé, sur ce que l’on avait choisi de dire du monde.

Alors, on en était où ? La préparation de l’assaut terrestre sur Gaza ? Si peu. Dans ce genre d’histoire, si on ne connaît jamais les vainqueurs, seul point commun avec une élection à l’UMP, en revanche, on connaît toujours les vaincus ; ce sont les morts civils qui oublient assez vite qui ils étaient puisqu’ils sont morts et que le seul avantage de la mort est de relativiser tout le reste. Et, à ma connaissance, l’expression « à couteaux tirés » reste de l’ordre de la métaphore dans les fédérations UMP où se sont affrontés copéistes et fillonnistes.

Les manifestions, très réussies, contre l’aéroport de Notre Dame des Landes ? Si peu également. Que des milliers de pékins trempés mais décidés, s’opposent à un projet hérité des années 60, de la belle période prométhéenne des Trente glorieuses, devrait quand même intriguer. Surtout quand Marine Le Pen, attrape-tout de la contestation en France, assure les manifestants de son soutien. Manifestants que l’on présente au mieux, comme des nostalgiques du Larzac sauf qu’ils combattent, en plus, la bêtise mortifère aussi partagée chez les socialistes que chez la droite de ces temps de récession : c’est la croissance qui nous sauvera. Amen ! Et morts aux écolos et tant pis si l’avion sera devenu obsolète dans trente ans parce qu’on ne saura plus trop quoi mettre dans les réservoirs. Peut-être du gaz de schiste, ce qui nous permettra une dernière fois de survoler des paysages dévastés qui auront transformé le Bocage en Borinage.
Eh bien non, ce qui a passionné les médias ce week-end, ce n’est pas ça et encore moins les manifs anti-mariage gay, divisées entre deux factions rivales.

Ce qui a intéressé au point de tenir l’antenne toute la nuit avec cet unique sujet, donc, c’est l’élection à la présidence de l’UMP dont on rappellera que le U veut dire union, ce qui fait toujours rire.
Ce qui nous a étonnés, surtout, ce n’est pas le score serré, c’est l’étonnement des commentateurs. Comme si dans le feu de l’action, ils avaient oublié quelques évidences. D’abord, si j’avais bien compris, de l’aveu même des principaux challengers, il ne s’agissait pas de désigner le candidat à opposer à Hollande aux futures présidentielles, mais celui qui incarnerait l’opposition. L’âpreté du combat indique en fait que Copé comme Fillon avaient menti. Un quinquennat, ça va vite et le chef de l’opposition finit par devenir mécaniquement le futur candidat aux Présidentielles.

Ce premier malentendu a été suivi d’un autre : Fillon devait écraser Copé or, le second vient officiellement de battre le premier avec… 98 voix d’écart. On se croirait en Floride en 2000 ! Et pas seulement parce qu’il faut procéder à un recomptage mais aussi parce que ceux qui recomptaient le faisaient sous la houlette du gouverneur Jeb Bush, le frère de l’autre. Là, Copé, c’est un peu le Jeb Bush de l’UMP. Il n’est pas le frère de Sarkozy, juste le fils et comme c’est lui qui contrôlait l’appareil. Dans ces conditions, Fillon partait avec un sacré handicap, et il l’a fait savoir à l’occasion. Les journalistes sur les plateaux avaient beau moquer les sondeurs, pour une fois, ceux-là n’y étaient pour rien. Leurs sondages ne portaient pas sur les militants mais sur les sympathisants.

Apparemment, et c’est valable pour tous les partis, les médias semblent oublier qu’un militant, c’est quelqu’un qui est plus à droite que sa direction dans un parti de droite et plus à gauche dans un parti de gauche. Le militant colle des affiches, si, si, ça se fait encore, passe des samedis à tracter ou à « boiter », organise des réunions avec des voisins ou des collègues, vérifie laborieusement des mailings informatiques. Le militant, il se vit comme l’avant-garde éclairée de son parti. Le militant, même de droite, est un léniniste. Alors Copé, écrasé dans les enquêtes d’opinion par Fillon, est pourtant resté très zen pour une raison simple : seuls les militants ayant le droit de voter, c’est pour Fillon que ça allait devenir compliqué.

Cyniquement, car la politique n’est pas affaire de sentiments, je suis content que Copé ait finalement gagné. Il régnera sur un parti en ruines, entourés par des militants prêts à l’alliance avec l’extrême droite. Comme une bonne partie de la droite, de Fillon à Borloo ne pourra s’y résoudre, je serais curieux de voir le nombre de listes de droite qui seront présentes aux municipales de 2014 : FN, FN-Copéiste, Copéiste, Fillonniste, Fillonno-Boorloistes. Avec Copé, les maires de gauche à qui on avait promis la vague bleue, pousseront un ouf de soulagement. Ils apparaîtront pour de gentils gestionnaires soucieux du bien être de leur territoire face à des idéologues féroces.

Et encore, tout cela ne sera que les premières répliques d’un tremblement de terre qui a eu lieu ce dimanche soir où la droite dans l’opposition est devenue encore plus anxiogène que lorsqu’elle était au pouvoir.

Bravo l’artiste.

*Photo : UMP.

Les Femen n’auront pas l’Alsace et la Lorraine

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La République une et indivisible admet un certains nombres d’exceptions, l’une d’entre elles, et non des moindres, étant le statut particulier de l’Alsace-Moselle, notamment en matière religieuse pour cause de concordat: Eh oui, au moment où vous autres citoyens français, sépariez dans la douleur l’Eglise de l’Etat, en 1905, nous autres, de Metz à Mulhouse étions légalement sujets allemands !

Que constate-t-on lorsque l’on fouille le code pénal d’Alsace-Moselle ? (un grand merci au Républicain Lorrain de l’avoir rappelé dans son édition du samedi 17 novembre, sous la plume de Philippe Marque et Bernard Maillard) Eh bien ce fameux code stipule, en son article 166:

« Celui qui aura causé un scandale en blasphémant publiquement Dieu par des propos outrageants ou aura publiquement outragé un des cultes chrétiens ou une communauté religieuse établie sur le territoire de la Confédération et reconnue comme corporation, ou les institutions ou cérémonies de ces cultes ou qui, dans une église ou un autre lieu consacré à des assemblées religieuses aura commis des actes injurieux et scandaleux, sera puni d’un emprisonnement de trois ans au plus »

Chez nous on ne rigole pas avec la religion, les Femen sont attendues de pied ferme…

Idéologiquement, Chevènement est plus proche de Marine Le Pen que de Hollande

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philippot florian marine le pen

philippot florian marine le pen

Homme de confiance de Marine Le Pen depuis 2009, Florian Philippot est devenu vice-président du Front National il y quelques mois. Cet ancien sympathisant chevènementiste incarne plus que tout autre la mutation républicaine et souverainiste du discours frontiste.

Causeur : Vous êtes issu d’une mouvance politique ancrée à gauche et vous retrouvez aujourd’hui dirigeant d’un parti classé à l’extrême droite du spectre politique. Ces catégories ont-elles du sens pour vous ?

Florian Philippot : Il est certain que pour un observateur extérieur qui porte des lunettes gauche/droite, passer de Chevènement à Marine Le Pen relève d’un grand écart incompréhensible.[access capability= »lire_inedits »] À mon sens, le vrai clivage idéologique sépare ceux qui croient encore en la France et ceux qui n’y croient plus. À ce titre, il y a une bien moindre distance idéologique entre Chevènement et Marine Le Pen qu’entre Chevènement et Hollande.
J’estime qu’aujourd’hui l’enjeu le plus important est la mondialisation. Doit-on s’adapter à la mondialisation en ouvrant complètement nos frontières et en mettant en conformité notre droit national avec les normes internationales ? Ou considère-t-on que l’Etat-nation a encore un rôle à jouer ? Plus que jamais, les Français ont le sentiment d’une continuité totale entre Sarkozy et Hollande. Sous Jospin, il y avait encore des traces de ce qu’on appelait la gauche, avec des marqueurs comme les 35 heures. Aujourd’hui, il n’y a plus aucune différence entre droite et gauche. C’est pourquoi le gouvernement fait diversion sur le sociétal avec le mariage homosexuel.

C : Et sur le terrain, dans l’imaginaire des Français, ce clivage existe-t-il toujours ?

FP : Il faut reconnaître que oui. Pour avoir fait campagne aux législatives, j’ai bien vu que l’opposition droite/gauche, qui a tout de même deux cent ans d’existence, subsistait dans les esprits. Assez souvent, les gens se définissent spontanément comme étant de gauche ou de droite. C’est sans doute un héritage de l’Histoire et on ne peut pas l’ignorer.

C : Si on applique votre nouveau clivage, force est de constater qu’à l’UMP ou au PS, très peu d’hommes politiques se font les chantres d’une mondialisation sans entraves et déclarent l’Etat-nation dépassé…

FP : Ils ne le disent pas clairement car ils savent qu’ils se mettraient à dos 90% de leurs électeurs ! Les Français sont très attachés à l’Etat et à la Nation. Mais il faut distinguer les discours des actes. Quand on accepte, comme le font l’UMP, le PS et la plupart de leurs partis satellites (Modem, Verts…), l’Europe fédérale et ses traités, on s’oppose de fait à l’Etat nation. Priver l’Etat de frontières, de monnaie, bientôt de budget, du pouvoir de contrôler les lois, voire de politique étrangère et de défense, revient à le démanteler.

C : À un moment donné, la nation a démocratiquement accepté d’aliéner certaines de ses prérogatives. Et les Français ont approuvé ce transfert de souveraineté…

FP : On a très rarement demandé l’avis de la nation sur ces questions décisives. En 1992, le traité de Maastricht a effectivement été approuvé par 51% des Français. En 2005, le peuple a dit non au Traité Constitutionnel Européen à plus de 55% sans qu’on n’en tienne compte. Pendant la campagne de 2007, Sarkozy avait promis un « mini-traité » en rupture avec la Constitution Européenne, avant de faire voter le traité de Lisbonne, qui en est le véritable copié/collé. Une fois de plus, les électeurs ont été trompés.

C : Vous avez intégré un parti à l’histoire et au positionnement politique très marqués. En tant que vice-président du FN, assumez-vous toute la tradition du mouvement ?

F.P : Oui. J’ai rejoint Marine Le Pen en 2009 puis le FN en 2011. Marine Le Pen a été interrogée à d’innombrables reprises sur les fameuses phrases de son père et a levé toute hypothèque là-dessus. Son positionnement a toujours été extrêmement clair. On peut approuver ou non son discours mais celui-ci a toujours été parfaitement républicain.

C : Parlons stratégie. Presque deux ans après l’élection de Marine Le Pen à la tête du FN, on constate une décrue de la diabolisation, mais on observe toujours un cordon sanitaire entre l’UMP et le FN. À terme, le FN pourra-t-il devenir un parti de gouvernement sans s’allier avec l’UMP ?

FP : Lors des dernières élections, l’UMP a quelque peu fait évoluer sa ligne nationale en matière de consignes de vote. Un peu confusément lors des cantonales en 2011, puis beaucoup plus clairement pendant les dernières législatives, ses dirigeants sont passés de l’appel à voter PS au « ni PS ni FN ». L’UMP doit gérer la pression de son électorat et de sa base, qui a déjà en grande partie migré sur notre terrain idéologique et ne comprend plus le maintien d’un cordon sanitaire entre nos deux partis. Cet électorat s’apercevra bientôt que l’état-major de l’UMP ne défend plus ce qu’il pense. Il viendra alors chez nous, ce qu’il a d’ailleurs commencé à faire.

C : Êtes-vous si sûr de l’évolution de l’électorat de UMP ? Avec 18% des suffrages lors de la dernière présidentielle, Marine Le Pen a réalisé quasiment le même score que son père au second tour de 2002…

FP : Compte tenu du niveau de participation, Marine Le Pen a rassemblé plus d’un million de voix de plus que son père au second tour de 2002. Néanmoins, la campagne de Sarkozy en 2012 s’est avérée infiniment plus efficace que la campagne de premier tour de Chirac en 2002. En 2012, Sarkozy a exalté la nation, remis Schengen en cause, promis de diviser l’immigration légale par deux, etc. Aidé par Patrick Buisson, il a explicitement ciblé la frange de l’électorat hésitant entre Marine Le Pen et lui-même. À cela il faut ajouter l’épouvantail Mélenchon qui a joué en sa faveur. Certains électeurs de droite craignaient la perspective d’un Front de Gauche à 17% avec un groupe parlementaire de 100 élus communistes et des ministres mélenchonistes. Effrayés, ils ont voté « utile » en glissant un bulletin Sarkozy dans l’urne dès le premier tour.[/access]

La suite demain…

La triple défaite de Fillon

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Ce n’est pas une mais trois déconvenues sévères qu’aura vécues l’ancien premier ministre dans ce long feuilleton des primaires.

La première défaite, et la plus évidente, n’est sans doute pas la plus parlante : il est bien évident qu’on ne saura jamais lequel des deux candidats l’a réellement emporté dans les urnes. 50,03 contre 49,97 en bon français, ça veut dire fifty-fifty. On comprend mal, dans ces conditions-là, pourquoi Fillon acte le résultat, plutôt que d’aller le contester devant les instances ad hoc du parti, voire devant la justice française. Il y a en effet comme une bizarrerie à constater de «nombreuses irrégularités», donc en clair des faits délictueux et à ne pas les dénoncer à qui de droit. De là à penser que les fillonistes aux mains si propres n’auraient rien à gagner à une véritable enquête judiciaire sur ce scrutin agité, et notamment sur le déroulement du vote dans les Alpes-Maritimes, le XVIème arrondissement et autres fiefs de l’ancien premier ministre…

La deuxième défaite est moins visible et pourtant plus patente : c’est l’étroitesse du score. Imaginons avec le perdant que seules les magouilles copéistes l’aient privé de sa victoire. De combien aurait-il gagné sinon? De 200 voix, de 500 voix, de 1000 voix ? Avec 50,5 contre 49,5 ? Eh bien une telle victoire aurait été une sacrée défaite. Car si le très prudent François Fillon est allé à la bataille, c’est uniquement avec la certitude absolue d’être élu, d’être très largement élu, un peu comme quand il a choisi le VIIème arrondissement pour devenir député de Paris. Et c’est vrai qu’a priori, il pouvait y croire, François : il était l’ancien premier ministre de Saint-Nicolas Sarkozy, il semblait le plus rassembleur, il était placé 35 points devant son adversaire par les sondeurs et enfin, il était soutenu en bloc par des médias horrifiés par la « dérive droitière » de Copé. Bref, ça devait être in the pocket, ce fut in the baba…

La troisième défaite peut sembler plus anecdotique, elle risque de se révéler fort problématique. On le sait, François Fillon se rêve déjà maire de Paris. Ce qui n’a rien d’impossible : les électeurs de 2014 risquent fort de vouloir sanctionner durement la gauche, comme ils le firent, par exemple, en 1983. Et on ne fera pas injure à Anne Hidalgo en constatant qu’elle a moins de crédit et de prestance que Bertrand Delanoë. Jouable, donc, mais pas joué. En effet lors de la primaire, Fillon a empoché 17 arrondissements sur 20. Un presque grand chelem où ne manquent à l’appel que les XIIème, XIVème, et XVIIIème arrondissement. Manque de bol, compte tenu du mode de scrutin et des rapports de force dans la capitale une victoire à Paris ne peut passer que par la reconquête par la droite du XIIème et du XIVème . Or ces deux arrondissements-clés, ces deux « swing states » du 75, sont aux mains des infâmes copéistes, qui vont donc réclamer des têtes de listes que François Fillon ne veut surtout pas leur donner.

D’ici 2014, il n’y a donc que deux possibilités : soit tout le monde se réconcilie pour battre la gauche, soit le climat se dégrade à tel point qu’Anne Hidalgo sera élue d’avance. Vous pariez avec moi ?

* image : Flickr/UMP

Virginie Despentes crie haro sur l’hétéro

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lionel jospin virginie despentes mariage gay

lionel jospin virginie despentes mariage gay

C’est peu dire qu’elle n’a pas aimé, Virginie Despentes, la leçon administrée par le retiré de la vie politique. Lionel Jospin a prétendu sur Canal +, et en clair en plus, ça ne se fait pas, à l’heure où tous les petits enfants peuvent l’entendre, alors qu’ils pourraient plutôt regarder sagement en famille homoparentale recomposée les adaptations porno des bouquins de Virginie, que « l’humanité est structurée sur le rapport homme-femme ». Rendez-vous compte un peu. Une obscénité dégoutante comme on n’en avait pas entendu depuis longtemps, même chez Canal qui pourtant repousse sans arrêt, avec ses gros bras cryptés, toutes les limites. Enfoncés, les Sade, les Pasolini, les John B. Root et autres Despentes elle-même. Plus gore que chez gore, le Jospin. Vas-y répète ? « L’humanité structurée sur le rapport homme-femme » ? Salopard de coton-tige phallocentrique. Quand elle a entendu cette horreur inqualifiable à une heure de grande écoute, elle a vu rouge Virginie, elle s’est offusquée très fort de cette atteinte monstrueuse à sa morale, elle a fait ni une ni deux, elle a trempé sa plume dans son fiel, et a écrit à Têtu.

Résultat : ils n’ont jamais vu ça chez Têtu, où pourtant ils n’ont pas froid aux yeux non plus : 277 991 « vues » à l’heure où je vous parle, pour un article sur un site où les « hits » plafonnent d’habitude à 20 000. Le high score pour Virginie, ex-romancière et néo-lesbienne, qui touche le fond en même temps que le plafond avec sa diatribe qui nous apprend qu’en régime hétérofacho à la Jospin, eh bien, l’humanité « c’est l’histoire de comment [les femmes] en ont pris plein la gueule pendant des millénaires », passqu’en plus, hein, les femmes, je vous le donne en mille, elles ont pas d’âme pour ces salauds d’hétéros, et quand elle sont mères célibataires elle finissent sur le bûcher comme des sorcières, et que tout ça c’est limite la faute à Jospin lui-même, cet hétéro plouc qui donne même pas de fric à sa femme lorsqu’elle le suce, et qui en plus, le salopard, est divorcé. C’est longuet comme article, je résume : les hétéros ont des vies tellement merdiques que vraiment, merci, ils ont pas de leçon à donner, ils sont polygames en plus, grâce au divorce, ils changent plus vite de femmes que de voitures, ça se voit pas la peine de faire semblant, alors pouêt-pouêt camembert sur les « bougnoules », le mariage hétéro c’est juste de la prostitution polygame en plus hypocrite, Virginie elle dit aussi que nous autres les hétéros on a déjà tellement foutu la merde, tellement on est nuls et « toxiques » avec nos gamins que franchement le mariage homo ça serait vraiment tellement rien du tout comme nouveau bordel tellement le mariage c’est déjà du bordel tout foutu tout bousillé qu’on peut lui foutre un coup de pied de l’âne en plus dans sa gueule toute tordue au vieux mariage hétéro avec le mariage pour tous, franchement, ça fera quoi comme différence ?

Bon. Au-delà du style « punk rock », il y a le fond. Assez gnangnan. Les enfants des parents divorcés ne fêtent plus Noël en famille à cause des parents divorcés, et les familles modernes sont pourries. Si l’on oublie le ton branché-décontracté, j’ai bien peur que ce que l’on trouve comme fond, ce soit du puritanisme à la Civitas, le respect catholique pour la chair en moins. Tout fout le camp ma bonne dame et c’est de la faute aux pères modernes, ces salauds qui savent plus s‘engager durablement. Personnellement, ce n’est pas que ça me gêne outre-mesure le gnangnan, surtout lorsqu’il fleure bon le catholicisme, j’aurais tendance à signer, malgré mon passé chargé de jeune mâle hétéro, mais venant de Virginie Despentes, ça fait quand même un peu drôle comme sermon. Drôle en effet, comme dans cette affaire, les homos veulent nous prendre nous autres les gens attachés au mariage hétéro, non pas par derrière, j’oserais pas, mais à front renversé. Les voilà qui gémissent sur le divorce, le remariage, et les familles éclatées, et sur l’incapacité des hétéros à élever correctement leurs gamins, c’est-à-dire sans doute dans les bons vieux principes d’autorité et d’obéissance, et qu’en conséquence, hein, les leçons qu’ils donnent aux homos, et la paille, et la poutre, etc.

Ils passent leurs journées à écouter Benoît XVI sur KTO ou quoi, les militants gays ? Plus famille tradi que moi, tu meurs ! Si l’on ajoute à ça l’espèce de dégoût ultra-puritain pour le sexe masculin qui se manifeste violemment dans l’article, alors il faut bien constater que depuis Bernardin de Saint-Pierre, Virginie a bien changé : elle n’aime plus du tout Popaul. C’est que maintenant, elle vit bien heureuse avec sa compagne dans la douceur homosexuelle (à lire sa prose, on la sent quand même assez loin d’être parfaitement apaisée par les caresses de sa compagne à la maison, mais bon), loin des horreurs du sexe hétéro et des salopards multi-baiseurs oppresseurs allumeurs de bûcher à la Jospin.

S’il est possible à un réac catho de dire un mot en faveur de Jospin sans trop le compromettre, qu’il me soit permis de dire que je la trouve rudement injuste Virginie, avec Lionel. Car l’opinion de Jospin, contrairement à ce que pense notre polémiste, je ne crois pas du tout que ce soit celle d’un vilain mâle oppresseur du sexe faible, que ça gêne « quand deux chiennes oublient le collier, (…) pour les maintenir sous le joug de l’hétérosexualité ». Je crois que si Jospin n’écoutait que son mâle modernisme et son socialisme viril, il serait parfaitement pour le mariage homo. Je crois au contraire que s’il s’oppose au mariage homo, c’est justement parce qu’il écoute sa « chienne » de femme philosophe qu’il a la maison, Sylviane Agacinski, qui ne doit pas être si opprimée que cela puisqu’elle parvient apparemment à faire penser son ancien Premier ministre de mari contre lui-même et contre son camp. Sa philosophe de femme qui dès 2007 écrivait ceci. « On invoque généralement un culturalisme intégral pour affirmer que le droit civil et particulièrement l’institution du mariage et de la filiation sont de pures constructions, étrangères à la sexuation et à la génération. Mais il n’en est rien, car le lien de filiation unissant un enfant à ses parents est universellement tenu pour bilatéral, et cette bilatéralité serait inintelligible si elle ne s’étayait directement sur la génération sexuée ».

Moi, c’est ça que j’aime dans le couple, chère Virginie Despentes, quand un mec de gauche pense parfois, parce qu’il a une femme libre à la maison qui peut le convaincre, comme un mec de droite. Ou l’inverse. C’est aussi en ce sens-là peut-être que l’humanité est structurée par la différence homme-femme. Parce que cette différence est la mère de toutes les différences. Et que sans différences, sans véritables différences vécues et acceptées, le monde s’effondrera dans cette « immense partouze » que vous trouvez tellement désirable chère Virginie, mais qui sera peut-être moins « à l’amiable » que ce que vous imaginez.

*Photo : Parti socialiste.

Et Dieu créa la Femen

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Le journalisme n’est plus ce qu’il était. Hier Le Point, Le Nouvel Obs, Le Monde, et ce matin La Voix du Nord reprennent en boucle des infos collectées sur place visiblement par un seul journaliste car toutes identiques, faisant état de l’irruption dans la manifestation de dimanche contre le mariage entre personnes de même sexe de femmes du mouvement féministe ukrainien Femen « habillées en nonnes « .

On savait que l’Eglise catholique avait évolué avec Vatican II, mais on ignorait qu’un styliste avait redessiné les tenues des religieuses en ne gardant que le voile et une petite culotte noire, le reste du costume étant celui d’Eve, avec en prime, dessinées à même la peau, des professions de foi type : « in gay we trust » ou « fuck God ». On ignorait aussi que les « féministes », habituellement hostiles a ce que leur corps serve de publicité s’étaient converties à son utilisation à des fins de propagande politique, ou plutôt violemment antireligieuse .
Donc ces pauvres jeunes femmes « habillées en bonnes soeurs » qui, d’après Caroline Fourest qui les accompagnait, faisaient « une contre manifestation pacifique et drôle », se sont fait sauvagement agresser par des manifestants qui ne pouvaient être que des tortionnaires puisque défilant a l’appel de Civitas, « proche des catholiques intégristes ».

En Russie, lorsque les Pussy riots se sont dénudées dans une église, elles ont encouru un châtiment bien plus sévère : la prison .
Je conseillerai volontiers aux Femen, visiblement candidates au martyre, d’exercer leur activité internationale de lutte contre les vêtements en général, et l’obscurantisme religieux en particulier, en Arabie Saoudite, en Iran ou même simplement en Algérie ou en Egypte.
Là-bas, pour un voile sur un corps dénudé où sera peinturluré « fuck » suivi du nom du Prophète, le châtiment risque de dépasser la bastonnade ou la prison. Et elles auront enfin un sort à la mesure de leur combat.