Tandis que les clans Copé et Fillon s’écharpaient comme des chiffonniers pour savoir lequel des deux avait le mieux trich…, pardon manœuvré, Le Monde sondait Dominique Reynié quant à la future stratégie victorieuse de la droite. Je vous vois déjà pester contre cette sorte de pendant intello d’Eric Besson, passé en quelques mois du néo-rocardisme au libéralisme, du Centre de recherches politiques de Sciences Po à la Fondation pour l’Innovation politique, la boîte à idées de l’UMP. Mais l’intéressé n’est pas le dernier à consulter en cas de coup dur : les convertis ont le zèle et l’ardeur des meilleures chaisières, c’est bien connu.

Dans un autre registre, plus grandiloquent, l’impétueux Geoffroy Didier n’a-t-il pas réussi son hold-up sur la droite du parti en raflant la majorité du vote des motions (27% pour la Droite forte de son compère Guillaume Peltier) sur le dos de la Droite Populaire (qui arrive bonne dernière et première au concours de cocufiage idéologique) en étant issu de La Diagonale, le club des « sarkozystes de gauche » , militants du mariage gay en 2007 ?

Inutile de discuter l’AOC droitière de Dominique Reynié, donc. Comme tout militant UMP qui se respecte, il refuse le conservatisme et veut dégrossir l’Etat social obèse. Cela n’empêche pas notre inspiré professeur de changer son fusil d’épaule, après une campagne présidentielle passée à conspuer le populisme aux côtés de Jean-François Copé.

En ce temps-là, les deux tourtereaux rivalisaient de déclarations d’amour pour combattre l’hydre poujadiste. Accordons d’ailleurs à Reynié le privilège de la constance, pourfendeur du populisme hier, de la droitisation aujourd’hui : « La doctrine de Buisson, c’est l’échec assuré de la droite. Elle la conduit à déserter les thèmes qui font sa force : l’ouverture au monde, l’Europe, la croissance, l’innovation, la refonte de l’Etat, la liberté individuelle, la responsabilité… ». Avant d’annoncer la probable alliance entre le PS hollandiste et François Bayrou, Reynié poursuit, imperturbable : « Son orientation droitière amènera l’UMP à s’enliser dans des territoires qu’elle disputera au FN, au risque de perdre sa raison d’être. Car c’est l’offre « ethno-socialiste » du FN qui répond le mieux à la demande de ces territoires périphériques : non pas moins, mais plus de dépenses publiques, plus de dépenses sociales, en les réservant aux « vrais nationaux ». Au bout d’un tel virage, il y à la fin de l’UMP. ».

Souvenons-nous qu’en 2008, le docte professeur exorcisait le « national-socialisme » d’un Jean-Luc Mélenchon avec les mêmes mots choisis que ceux qu’il réserve au FN. Si ses prédictions s’avéraient exactes, cela donnerait un axe central PS-Modem concurrencé par un axe extrémiste Méluche-Le Pen… et au milieu coulerait la droite. Grosso modo, l’UMP devrait lutter contre une gauche recentrée en allant chasser sur ses terres, après avoir préalablement coupé tous les ponts avec le peuple de droite.
Une vraie martingale… pour être encore dans l’opposition en 2077.

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