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Pendant le combat de coqs à l’UMP, Hollande fait l’autruche

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Le pouvoir socialiste ne pouvait espérer mieux. Le spectacle donné par les responsables coqs de l’UMP n’est pas seulement pitoyable; il occulte le reste de l’actualité, et notamment ce qui pourrait vraiment intéresser les Français. Pendant que les médias, réjouis d’une telle aubaine, focalisent notre attention sur la guerre Copé-Fillon, François Hollande et le gouvernement Ayrault s’enfoncent dans l’impopularité, la croissance est en berne, l’agence Moody’s sanctionne l’absence de réformes structurelles et dégrade la note de la France, les taux OAT remontent doucement et, surtout, le président de la République se retrouve empêtré avec son projet de mariage homosexuel.

Pour la gauche, ces derniers jours auront été exemplaires dans l’art d’utiliser la stupidité du camp adverse.

La mobilisation de samedi dernier contre le mariage homosexuel, en réunissant près de 200000 personnes fut indiscutablement un succès. Koltchak et Io Froufrou en ont fait d’excellents compte-rendus, qui soulignent chaque fois la diversité et la courtoisie des manifestants. Comme Corto l’a déploré, les médias ont tu l’ampleur du mouvement et les gauchistes ripostaient, non sans hargne, sur Twitter. Alors qu’ils sont toujours prompts à dénoncer les amalgames, ils n’hésitaient pas à caricaturer les manifestants en catholiques-intégristes-fachos-homophobes. Le lendemain avait lieu la manifestation de Civitas: elle fut perturbée par l’irruption des hystériques du FEMEN , avec un service d’ordre vite débordé et quelques échaufourrées. Les gonzesses qui étaient venues chercher le contact, armées de bombes lacrymogènes, pleurnichèrent aussitôt parce qu’elles avaient été bousculées. Le piège était grossier et on peut regretter, comme l’Amiral Woland, que quelques skinheads soient tombés dedans à pieds joints: des idiots utiles qui ont ainsi confirmé l’image caricaturale, celle des catholiques-intégristes-fachos-homophobes, que les médias et la gauche donnent d’eux. Les FEMEN ont réussi leur coup: on a oublié les 200000 manifestants de la veille. À ce sujet, on lira l’excellente analyse de Fikmonskov.

Ceci dit, les manifestations du week end ont quelque peu ébranlé les certitudes du Camp du Bien. Si bien que le Président de la République a semblé faire marche arrière. Mardi, devant les maires de France , il a expliqué que la loi sur le « mariage pour tous » devrait s’appliquer, si elle est adoptée, dans « le respect de la liberté de conscience ». Aussitôt, furieux, les fanatiques de la cause homosexuelle, ont exigé d’être reçus à l’Élysée et nous avons finalement vu François Hollande se désavouer : il a aussitôt «retiré» l’expression « liberté de conscience » qu’il avait utilisée devant les maires. François Hollande a ainsi apporté la preuve de son absence de conviction. C’est du Hollande typique : mou, toujours prêt à la reculade et au compromis. Il y a du Louis XVI chez ce type là et on ne serait pas étonné d’apprendre qu’il se passionne pour la serrurerie; reste à savoir si l’échafaud se trouve au bout du parcours.

Le revirement du président de la République, que la cacophonie à l’UMP a permis de minimiser, est significatif de notre vie politique : c’est le grand n’importe quoi, et tant mieux, apparemment, si on peut gagner ainsi des élections et en vivre. Or, le grand n’importe quoi, c’est ce qui abaisse la politique. C’est également ce que vit l’UMP. Comme François Hollande, Jean-François Copé et François Fillon n’ont pas de convictions: ils se battent pour des places. Quant à Marine Le Pen, elle ne fait pas mieux quand elle permet l’élection de François Hollande. Aujourd’hui, la droite se déchire parce qu’elle s’est vidée de tout contenu idéologique. Constamment intimidée par une pensée unique venue de la gauche, elle n’a de droite que le nom. D’ailleurs, si elle essaie de revendiquer ses valeurs, ses adversaires montent aussitôt au créneau pour dénoncer une droitisation: comme s’il était honteux, pour la droite, d’avoir des valeurs de droite. Copé et Fillon sont maintenant cramés : espérons que ce suicide politique aura permis de crever les abcès qui s’accumulaient.

*Photo : François Hollande.

Florange : bon pour la ferraille

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florange arcelor mittal

Résumé des événements précédents : Florange cité des morts violentes, Mittal d’abord puis une jeune femme noire défigurée, les cadavres nus se suivent, le suspect est en fuite, un ancien ministre semble impliqué et Muller nage comme tout le monde.

Le lendemain était un autre jour, le soleil perçait tant bien que mal les nuages grisonnants. Nos héros étaient confortablement installés dans le bureau de Muller, une pièce spacieuse meublée en design nord-coréen, à des années-lumière des trous à rats que l’on voyait naguère dans les feuilletons. Le poêle ronflait dans son coin, un grand bureau en acajou du Kamtchatka pour le patron, un petit en sapin suédois pour son adjoint et par une baie vitrée avec balcon l’on pouvait admirer l’ancienne usine. Aux murs étaient accrochés des peintures grasses d’un style réaliste ouvrier réalisées par un retraité de la sidérurgie, un italien qui ne pouvait s’empêcher de placer la Madone dans toutes ses toiles. Le commissariat de la Fensch est un bâtiment récupéré sur les friches industrielles, quelque part entre Hayange et Florange, qui fut réhabilité grâce à des fonds alloués pas l’Union Européenne, plus personne ne sait d’ailleurs pourquoi.

La filière liquide fermée en 2013, un repreneur semblant fiable en avait profité pour vendre les hauts-fourneaux à un ferrailleur avant de disparaître sans laisser de traces, le reste avait suivi. Les chinois, déjà installés sur l’autre rive de la Moselle avaient alors racheté le site en entier : centre commercial, complexe sportif, hôtels, casinos, golf, hôpital, école de commerce internationale, une mutation éclair avec l’aide d’investisseurs très divers : Qatar, Luxembourg, Corée du Nord ; sans oublier la grande mosquée et son école coranique payés par le royaume wahhabite.

Gallino versa un café à son chef, celui-ci le remercia et fit de même, puis ouvrant le petit réfrigérateur qui se trouvait dans le coin-cuisine, il en sortit un paquet soigneusement ficelé, et, saisissant une baguette de pain au passage il entreprit de déshabiller le précieux colis.
-Dio Cane ! S’écria Pippo, chef, c’est de la vraie Schmierwurst ? Mais où trouvez-vous ça ? Depuis que la vente de porc est interdite dans la commune…
-En Allemagne mon petit, le dernier boucher-charcutier de la région qui en vendait clandestinement a du s’exiler en Serbie après que les gardiens de la foi aient brûlé sa boutique.
Une forte odeur de purin provenant de la coulée continue voisine vint leur chatouiller les narines, rappelant fort à propos que la « cathédrale » vidée de ses machines à faire des brames était devenue un élevage de poulets industriel, propriété des frères Tang : dix millions de volailles caquetant dans les laminoirs.

La littérature de gare c’est bien joli mais passons aux choses sérieuses : Arcelor Mittal Florange, le malade en attente de décès (dans la dignité?). Les rumeurs commencent à circuler concernant la reprise éventuelle de la filière liquide, l’une d’elle fut même transformée par Les Echos comme une quasi certitude, démentie le surlendemain par le principal intéressé, c’est à dire le géant russe Severstal. Souvenons-nous qu’en 2006, lorsque Mittal lançait son OPA hostile sur le groupe Arcelor, le patron de l’époque Guy Dollé avait appelé son homologue, quoique milliardaire, russe Alexei Mordachov à la rescousse, le führer de Severstal justement. Un jeu de dupes dont les russes étaient sortis vexés et pour cause, il s’agissait de négocier en douce avec l’indien en agitant la « menace » russe, histoire d’arranger les affaires des actionnaires et du père Dollé lui-même avec lesquels tonton Lakshmi sut être reconnaissant… L’on nous ressert le même plat réchauffé 6 ans plus tard, la revanche du milliardaire échaudé, le diplômé de l’institut Togliatti de Leningrad prend sa revanche sur l’indien sans cœur, rions… Le géant russe, il est vrai dispose de grandes quantités de cash (2 milliards de dollars) avec lesquelles il achète à tour de bras de la sidérurgie ; récemment encore une usine dans le Maryland (USA) pour la modique somme de 810 millions de dollars, à Mittal justement ! Il avait déjà investi en Moselle dans une usine qu’il a revendu depuis : les métallos de la Fensch n’ont pas plus d’illusions à propos du caïd de Tcherepovets (oblast de Vologda) que d’un asiatique fantôme ou de la mafia sicilienne. Qui plus est un analyste d’une banque d’investissement, monsieur Galikhanov doute fortement de l’intérêt du site et surtout des hauts-fourneaux de Patural, trop vieux à son goût, Mordachov peut produire de l’acier à moindre coût partout dans le monde, à commencer par son pays natal. Par contre il est probable que tout le reste du site l’intéresse, particulièrement la tôle pour l’automobile et la partie emballage : secteurs que, justement, Mittal ne voudra pas lâcher…

On frappa, le gros, c’est à dire le médecin légiste, entra en trombe comme à son habitude, soufflant et rougeoyant, balançant sa sacoche ventrue sur le premier classeur à sa portée.
-Putain-con de la saucisse à tartiner, et trempée dans le café au lait, on ne se refuse rien, gastronomie locale prohibée mes cochons, j’aurais du amener le Pastis, il y en a pour moi ?
-Assieds-toi Pasqua, sers-toi, Pippo verse une tasse à monsieur le médecin légiste et sors donc la mirabelle pendant que tu y es… Alors quoi de neuf ?
-J’ai les résultats des autopsies, rapide hein le marseillais, comme le mistral, bon, dites-donc vous êtes deux sacrés pervers, aller fourrer votre nez dans la foufoune d’une négresse assassinée ! Mais vous vous êtes carrément gouré les gars !
-Que veux-tu dire ?
-Osez le clito amigo, votre connaissance de l’anatomie féminine laisse à désirer, passe encore pour le petit qui est un agneau de lait, mais toi Derrick ça m’étonne. Bref, son bouton, elle l’a encore, il est bien caché, par contre elle s’est fait faire une plastie des petites lèvres…
-Ma perque? fit Gallino, perdant soudain son français pour retrouver son idiome héréditaire.
-Coquetterie, esthétique, confort, tout est possible mon ami, disons qu’elle a échangé un garage pour 4X4 contre un garage pour une Clio.
-Comme cela est plaisamment et poétiquement dit, vulgaire et sexiste en diable Pasqua, tu es bien marseillais ! Et tous les trois de s’esclaffer bruyamment.
-Ceci étant, je connais la question les mecs, j’ai pratiqué dans une autre vie et je crois aussi savoir d’où vient votre greluche.
-Eclaire-nous phare du Prado s’écrièrent-ils en chœur.
-D’après sa morphologie, la couleur de sa peau, le peu qu’il reste des traits de son visage -snif- cette fille a tout d’une fallasha, une juive d’Ethiopie.
-Comment peux-tu deviner des trucs pareils ?
-Une autre vie, je te dis, j’étais rasta à l’époque cinquante kilos tout mouillé et je vivais en Israël avec une reine de beauté, chirurgie esthétique et culture de ganja dans la vallée du Jourdain. Je sais qui a opéré la bougresse, je reconnais son style, c’est Mordechai Rosenfeld de Tel Aviv, il exerce toujours dans une clinique privée pour milliardaires, et, tenez vous bien, regardez ce que j’ai trouvé sous la peau de son avant-bras :
Il déposa une minuscule capsule dorée sur le bureau.
– ???? dirent-ils de concert
– Un micro émetteur, balise et plaque d’identification à la fois, j’ai déjà contacté un vieux pote reconverti dans le trafic de cocaïne, votre victime n’est autre que « Black Diamond » l’agent 38 du Mossad…

Gourmandises

Perico Legasse gastronomie

J’avais, il y a déjà quelques années, fustigé les tendances délétères de certains lycées hôteliers, qui n’enseignent plus les fondamentaux de la vraie cuisine — celle qui se mange — afin de satisfaire la demande de groupes industriels cannibales, et les lubies de chefs adeptes de la cuisine décorative et médiatisés par « des programmes télévisés à l’huile de moi ». Des lycées influencés par la chimie culinaire d’Hervé This (« le meilleur allié de la malbouffe industrielle »), les pitreries d’Adrian Ferra (« caudillo de la ragougnasse intellectuelle mondialisée ») et les étoiles de Bibendum (« en train de se dégonfler »). Ces amabilités, et quelques autres, se trouvent dans le tout récent Dictionnaire impertinent de la gastronomie, écrit par le doux impétueux Périco Légasse, chroniqueur gastronomique si talentueux qu’il finira détesté par toute la profession.

Un écrivain se définit par ses références. Dis-moi qui tu cites, je te dirai qui tu es. Périco Légasse est homme de culture — et au fil de ces 283 pages, les auteurs évoqués dressent le portrait d’un jouisseur de mots qui font sens — bref, il veut du contenu dans son assiette intellectuelle, pas uniquement des virgules de sauce autour d’une supposée quintessence.
Cela commence dès l’exergue, emprunté à Saint-John Perse : « On périt par défaut bien plus que par excès ». Qui d’entre nous, qui voyons chaque jour les ravages du vide dans les jeunes cervelles, ne signerait pas une telle déclaration liminaire ? Suivent bien entendu toutes les fortes pensées des grands gastronomes — puis soudain, à l’article « Classes du goût » (créées par Jacques Puisais en 1975 pour réapprendre à manger à nos enfants — que dirait-il aujourd’hui…), soudain débarque Condorcet : « Sans instruction du peuple, le suffrage universel peut conduire à la dictature des imbéciles ». Ma foi, entre hamburgers mollassons et reddition scolaire, je crois que nous y sommes. La reconquête sera longue, et rude.

Que l’on ne s’imagine pas que je force en imaginant un parallèle entre gastronomie et pédagogie. « Accor est le symbole du « prêt-à-bouffer » [son manager général est l’ancien PDG de McDonald, Denis Hennequin] et participe, en tant que premier employeur dans l’hôtellerie-restauration, à l’effondrement du niveau dans les lycées professionnels. Les restaurateurs de métier et les maîtres d’apprentissage ayant fréquenté ces fabriques à crétins sont unanimes : si la plupart des élèves sont si nuls à l’issue de leur formation, c’est qu’il ne s’agit plus d’une formation mais d’une déformation. Que demande en effet le groupe Accor à l’enseignement hôtelier ? De lui fournir une main d’œuvre sachant manier la technologie alimentaire moderne et suivre une logique industrielle (décongeler, chauffer au micro-ondes, ouvrir les poches en plastique contenant les plats cuisinés) et non plus préparer un potage, monter une béarnaise ou brider un poulet. »  Ne pas en conclure que tous les établissements hôteliers sont tombés dans la même panade : « Même s’ils ne sont pas très nombreux, on trouve encore des établissements où l’on apprend aux jeunes à préparer à manger en respectant le produit, le terroir et la saison. Les autres sont des fabriques à crétins ».
On se demande où l’ami Légasse a trouvé une telle formule…

Des crétins qui des quatre saveurs, n’en retiennent pour la plupart qu’une seule — celle du bonheur lénifiant d’une enfance perpétuée. « Plus l’être humain évolue, plus il est à même d’apprécier l’amertume. Le sucré reste le goût référent de l’enfance, donné par la première goutte de lait. »
L’école n’est pas là pour verser du sirop de sucre dans les jeunes cervelles, mais pour leur apprendre l’amertume (« L’amer libère cependant du sucré et révèle la capacité de l’individu à s’ouvrir sur l’inconnu, l’ailleurs, l’insolite »), ce goût compliqué — l’amertume du pur moka sans sucre, la touche nécessaire d’amertume dans la pâte d’amande, et l’amertume exquise de l’huile d’olive — j’ai produit dix ans durant de l’huile de verdale, et j’en sais quelque chose, de ce qu’il faut d’amer pour exalter les douceurs d’une sucrine — ou d’une salade d’endives, amer sur amer — on dirait à nouveau Saint-John Perse. Souvenir au passage d’un débat avec l’immonde Peter Gumbel, qui veut pour les écoliers le bonheur tout de suite — et cinquante ans d’amertume et de Pôle Emploi derrière. L’Ecole est le lieu du bonheur différé.
Oui, mais voilà : on abreuve ces enfants de sucre, on les abrutit de glucides, on les maintient dans la classe biberon, au lieu de les « instituer », comme disait Montaigne — de les faire tenir debout. « En tant que produit financier, le sucre est devenu l’un des pires fléaux de l’humanité. Il est l’arme absolue de la malbouffe. » Mais mon cher, l’école du bonheur immédiat n’a d’autre but que la satisfaction financière — à court terme, celle des officiels ravis de trouver dans les pédagogies nouvelles des arguments à leurs petites économies (puisque les Savoirs sont désormais diabolisés, coupons dans les plages horaires du Français, des Maths, de l’Histoire), à long terme celle des industriels si contents de recruter des employés sans science ni conscience. Pur sucre.

« Amatrice de gelées et de coulis, d’émulsions et de pulvérisations, la grande cuisine contemporaine aime le mou doux qui se suce, se lèche et s’aspire. Et plus ça va, plus les faiseurs de tendances sont heureux. La dent, qui sert à ciseler, déchirer et mastiquer, est donc condamnée à disparaître du paysage gastrophysiologique humain. Le fameux mâchon lyonnais va bientôt se servir avec une paille… »
Le mou, le pré-maché, se retrouvent à l’identique dans les intentions des pédagos modernes. Rien ne doit causer d’effort, rien ne doit différer le bonheur de l’enfant, qui ne quitte le giron familial que pour retrouver un giron pédagogique. Ce n’est plus Claudine à l’école, entre dictées et problèmes, c’est Ma Chérie dans un lieu de vie, entre savoir-être et savoir-devenir. Ainsi se profile l’« abêtissement sensoriel » qui menace les générations futures — en sus de l’abêtissement tout court.

J’ai dénoncé en son temps ce « protocole de Lisbonne » qui avouait clairement que nous avions besoin de 10% de cadres et de 90% d’ilotes — beau projet qui ne donne guère envie d’être européen. Il faut penser toutes les révolutions pédagogiques effectives dans cette seule perspective — le système génère l’Ecole dont il a besoin. Il se fiche pas mal d’amener chacun au mieux de ses capacités, tant qu’on lui fournit sa livre de chair fraîche à usage immédiat et rentabilité maximale.
Figurez-vous qu’il en est de même de la viande, livrée sur les comptoirs des grandes surfaces bien trop tôt au gré des gastronomes — pour une sordide histoire de rentabilité. « Un aloyau de bœuf demande au moins un mois de mûrisserie avant d’être débité en boucherie » (« idéalement un mois et demi », précise-t-il ailleurs) et d’arriver dans nos assiettes, pour un plaisir gustatif maximal. Or, « attendre que la viande atteigne un niveau satisfaisant de maturation suppose une perte d’eau, donc de bénéfice pour le boucher puisque la bête a été payée au prix de sa pesée le jour de l’abattage ».
Comment ? que dites-vous ? De vulgaires intérêts financiers ne sauraient interférer ni avec l’avenir de nos enfants, ni avec nos papilles ? Nous ne saurions le tolérer ?
C’est pourtant ce que nous faisons lorsque nous achetons du Charal ou que nous professons du Meirieu. Oh, l’emballage brille, mais le contenu flirte avec l’escroquerie. Et c’est par facilité que nous nous adonnons aux plaisirs louches de la malbouffe et du constructivisme. L’école meurt de bonnes intentions mortifères. « La malbouffe, c’est toujours pour les pauvres » —l’école au rabais aussi, savez-vous…

Ultime légitimation pédagogique de la gourmandise : « La cuisine française est un cours d’histoire et de géographie. Elle est dessinée par les paysages, colorée par la saison puis révélée par la main de l’homme (…) La cuisine française, c’est le droit du sol, donc de la terre, en aucun cas le droit du sang. » La culture commence à l’agriculture. La terre ne ment pas, tant qu’on ne la livre pas à Monsanto. « L’agriculture paysanne, c’est le goût de la France ».
Pétainisme ! s’exclament les imbéciles — les mêmes qui pensent que « le vol-au-vent a des relents maurassiens », qu’il est « une bouchée fasciste ». « Il y a les cons qui parlent de la cuisine française en la qualifiant de franchouillarde et les salauds qui la dénigrent pour mieux se vendre à l’étranger. » Il y a une mondialisation noble, quand Joël Robuchon s’exporte et diffuse la France au bout de ses fourchettes, ou qu’un Américain à Paris trouve au beurre un usage inventif — dans Le Dernier tango. Il y a une mondialisation écœurante, quand on remplace le beurre de cacao par de l’huile de palme, quand le poulet de batterie devient aliment pour chiens, tant il est immangeable, et quand on nous bassine avec les résultats scolaires des Finlandais ou des Coréens, nous qui si longtemps avons su nous contenter d’être intelligemment français. Mais voilà : « La xénophobie antifrançaise est un mal à la mode »« il faut donc utiliser le mot terroir avec précaution et de la formule tradition avec parcimonie, sinon plane le risque de dérive lepéniste, vite invoquée par les contempteurs du rata cocardier ». Ou par les ingénieux inventeurs de programmes d’Histoire où le Monomotapa a remplacé les victoires napoléoniennes — exit le veau Marengo et le potage Bagration !

Légasse se lance parfois dans ce qui est pour moi de la poésie pure — le moment où le plaisir musculaire de l’énoncé sonore fait absolument sens au-delà de notre exigence analytique de signification. Il énumère ainsi des plats aux noms enchanteurs, dont la vibration seule fait saliver l’amateur : « bouillabaisse, bourride sétoise, revesset toulonnais, cotriade bretonne, marmite dieppoise, chaudrée charentaise, waterzoi flamand, ttoro basque »« Blanquette de veau, navarin d’agneau, poulet chasseur, lapin à la moutarde ou bœuf en daube »« tourin sarladais, caillette ardéchoise, farcidure limousine, pauchouse bressanne, crapiau morvandiau, garbure béarnaise, grenier médocain, beuchelle tourangelle, pounti cantalou, pithiviers poyaudin, tripoux auvergnats, piquenchâgne bourbonnaise, flognarde limagnole » — et autres plats aux intitulés exotiques.

Et de déplorer la disparition des cartes de la cuisine bourgeoise, au profit (le mot dit bien ce qu’il veut dire) de la « cuisine révolutionnaire des bobos décérébrés de la papille ». Je serais presque tenté d’établir une équivalence entre la tyrannie de la mode chez les bobos tentés par le moléculaire et l’impérialisme du diktat didactique chez les pédagogos ivres de compétences. Les uns et les autres fulminent contre ce qu’ils ignorent — cuisine traditionnelle ou savoirs exacts, dans tous les cas une culture « bourgeoise » dont Marx a expliqué, bien avant moi, qu’en attendant la problématique dictature du prolétariat elle était la seule.

La cuisine/la culture est un tout, non un conflit d’antagonismes et de coteries, elle est une addition de traditions et d’inventions, de particularismes dont la gamme complète élabore une harmonie des sens — dans toutes les acceptions du terme. Les régionalismes, qui ont donné à nos palais tant de délectations variées, sont complémentaires (et non rivaux) et forment tous ensemble la grande République du goût. « La cuisine bourgeoise, dit Périco, c’est celle qui est la plus près du peuple ». Eh bien, l’enseignement que je défends, c’est aussi celui qui s’adresse au peuple, à tout le peuple, étant entendu que tous ont droit aux mets les plus roboratifs et aux plus raffinés — et non à la lavasse du socle commun et au fast food des (in)compétences.

Dictionnaire impertinent de la gastronomie, Périco Légasse (Bourin éditeur)

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Alain Juppé : satisfaits ou remboursés !

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Alain Juppé est un homme très demandé. Passé par deux fois sous les ors du Quai d’Orsay, l’homme est si réputé pour son sens de la diplomatie que Douglas Hurd, son homologue du Foreign Office entre 1993 et 1995, l’avait ainsi complimenté : « Juppé is a star ». Ces derniers jours, ses compétences de diplomate ont encore été louées par beaucoup de ceux qui, à l’UMP, se désolent du spectacle comique et lamentable que nous réservent les équipes de François Fillon et de Jean-François Copé.

À tel point que l’ex-premier ministre souhaite aujourd’hui renoncer à la présidence de l’UMP au profit du maire de Bordeaux, ce qui ne manque pas de sel de la part de celui qui se présente en héritier de Philippe Séguin, et ne veut rencontrer Jean-François Copé qu’en la présence de cette « autorité morale ».
J’ai d’ailleurs décidé de m’inspirer de cette décision et préviens officiellement Gil Mihaely, Elisabeth Lévy, Marc Cohen, Jérôme Leroy et Daoud Boughezala que tout différend rédactionnel ne se réglera plus désormais qu’en présence d’Alain Juppé.

Malheureusement pour Fillon, Copé refuse catégoriquement cette perspective, si bien que notre conciliateur pourrait se retrouver sans projet. Aussi pourrait-on lui conseiller une reconversion fort juteuse. Pourquoi Juppé n’ouvrirait-il pas un de ces cabinets de « coaching conjugal » qui ont beaucoup de succès depuis quelques années ? Je vois déjà la carte de visite : « Routine dans votre couple ? Baisse de la libido ? Infidélités ? Alain Juppé vous reçoit, ensemble et séparément, et vous aide à retrouver vos élans amoureux juvéniles. Satisfaits ou remboursés. »

Quand la droite était de gauche…

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chirac de gaulle

Ce que j’aimais, moi, c’était quand la droite était de gauche. C’était notre exception française, ça, une droite de gauche. C’était bien, parce que du coup, par ricochet, la gauche était vraiment de gauche. On avait le plus gros Parti communiste d’Europe de l’Ouest et les socialistes les plus socialistes de l’Internationale socialiste[1. « Celui qui n’accepte pas la rupture, celui qui ne consent pas à la rupture avec l’ordre établi, politique, cela va de soi, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. » François Mitterrand, congrès d’Épinay, 1971. Si, si…], sauf peut-être Allende au Chili.[access capability= »lire_inedits »] Mais lui, il était tombé sur une droite vraiment de droite, avec l’idéologie de Milton Friedman et les chars pour la faire passer en douceur.

Chez nous, la droite de gauche, ça ne datait pas d’hier. Écoutez plutôt : « Depuis un siècle, des doctrines nouvelles se sont levées sur le monde, des théories économiques l’ont envahi, qui ont proposé l’accroissement indéfini de la richesse comme le but suprême de l’ambition des hommes, et qui, ne tenant compte que de la valeur échangeable des choses, ont méconnu la nature du travail, en l’avilissant au rang d’une marchandise qui se vend et s’achète au plus bas prix. » Non, vous n’y êtes pas, ce n’est pas Karl Marx : c’est Albert de Mun en 1884, le père du catholicisme social. Il siégeait à l’extrême droite de l’Assemblée. Les choses seraient-elles moins simples qu’il n’y paraît ? Y aurait-il eu une vie à droite avant le « Travailler plus pour gagner plus » ?

En même temps, un doute m’étreint. Un doute terrible. J’ai comme l’impression que j’appelle « droite de gauche » la droite qui fait des choses qui me plaisent. À moi qui suis de gauche, c’est-à-dire, vous l’aurez compris, dans le camp du Bien… Comment voulez-vous, sur de telles bases, que je n’appelle pas « gauche » une droite qui me séduit ? Sinon, cela voudrait dire que je suis de droite et, pour ça, ma mère me tuerait, c’est sûr.
En plus, j’ai des excuses : le gaullisme, spécialité française comme le péronisme était une spécialité argentine, n’est pas pour rien dans cette idée d’une « droite de gauche », c’est-à-dire d’une droite qui fait ce que la gauche aime. Une droite sociale, étatiste, colbertiste ne peut pas être vraiment de droite puisque que le social, le colbertisme, l’étatisme sont des vertus dont nous, à gauche, avons le monopole comme nous avons le monopole du cœur, quoi qu’en dise Giscard.

Un souvenir personnel, juste un. C’était pendant une de mes conversations avec le regretté Frédéric Fajardie, auteur de romans noirs et surtout, du temps de sa jeunesse, gros bras du service d’ordre chez les maoïstes des Comités Vietnam de base. Il m’avait confié, rigolard, l’étrange sentiment que ses camarades et lui avaient eu, en 1966, quand De Gaulle avait prononcé son discours de Phnom Penh : celui d’être doublé sur leur (extrême) gauche par une brute galonnée, normalement symbole du fascisme en marche… Eh oui, Fajardie ne pouvait pas faire autrement, tout à coup, que d’approuver ce de Gaulle tiers-mondiste, non-aligné, prônant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais pour résister au choc psychologique (imaginez un peu : un homme de droite qui faisait des choses bien), il lui fallait donc imaginer que de Gaulle était de gauche. Et puis, d’un autre côté, il restait un De Gaulle du SAC et de la « chienlit », un De Gaulle du 30 mai 1968, un De Gaulle salaud. Ça rassurait, ça compensait…
En fait, voilà, c’est ça : j’aime les hommes et les femmes de droite seulement s’ils pensent comme moi, moi qui suis de gauche, c’est-à-dire, répétons-le, dans le camp du Bien, de la sculpture de soi, de la raison contre la pulsion. Et ces hommes et ces femmes de droite qui pensent comme moi ne peuvent être que de gauche, sinon, cela pourrait bien m’amener à des révisions déchirantes.

C’est pourquoi je considère comme de gauche le Chaban de la « Nouvelle société », le Giscard de la loi Veil et même, tenez, le Jacques Chirac de 1995, quand il a gagné la présidentielle à l’arraché sur la « fracture sociale » de Marcel Gauchet et les travaux d’Emmanuel Todd révélant le fossé qui séparait les élites de classes populaires marquées par le chômage et portées au repli identitaire. Il a vraiment fallu que je me force pour voter Jospin au deuxième tour, cette année-là. Tout ce que disait Chirac, l’amour des pauvres, la fiche de paie qui n’était pas l’ennemie de l’emploi, c’était de gauche, non ? À se demander, aussi, si la boutade de Bernadette à un Hollande goguenard en juin 2009 − « Vous savez, mon mari a toujours été de gauche… »[2. L’inverse existe. Il y a des gens de droite qui adorent les gens de gauche quand ils pensent comme eux, à l’exemple de la popularité de Manuel Valls, exception radieuse parmi les encéphalogrammes plats des cotes de popularité ministérielles.] − était vraiment une boutade, étant entendu entre vous, Bernadette et moi que la gauche est juste et égalitaire tandis que la droite est réaliste, injuste, méchante, inhumaine.
En fait, ce que j’aimais bien, c’était une droite qui me renvoyait à mes contradictions, une droite qui était à la fois progressiste et conservatrice. La droite française était politiquement schizophrène, contrairement à la gauche qui savait où elle allait, c’est-à-dire, pour aller vite, vers l’horizon radieux de la société sans classes.

En même temps, aujourd’hui, j’ai du mal à retrouver cette dualité chez les candidats qui s’affrontent en ce moment pour la direction de l’UMP. Ils sont tous terriblement cohérents, univoques. Les mauvais esprits, comme Élisabeth Lévy, diraient qu’ils en deviennent aussi sectaires que les gens de gauche.
Oui, décidément, la droite, c’était mieux avant. Je sais : ça, c’est une phrase de droite.[/access]

*Photo : Patrick Peccatte/ Paris Match.

Hegel à l’UMP

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Élu par surprise à la tête de l’UMP, Monsieur Copé ne voit pas pourquoi le résultat des urnes devrait être remis en question. « Il y a des règles », nous apprend le vainqueur avec un légalisme qui fait plaisir à voir.

Et qu’en pense le perdant ? Que le gagnant a triché. « Je veux bien respecter le résultat des urnes, rétorque le Chevalier à la Triste Figure, encore faudrait-il qu’il soit honnête ». Certes, certes. Tout ceci est fort bien dit et fort bien raisonné, mais une anomalie demeure : c’est parce que chacun entend respecter la règle que la partie dégénère en pugilat.

Anomalie plus instructive encore, le gagnant est supendu au bon vouloir du perdant. « Ma seule responsabilité, nous apprend Monsieur Copé, c’est de sauvergarder l’unité de l’UMP ». D’accord, mais si le parti éclate ? Le gagnant n’aura-t-il pas tout perdu ?

Le perdant peut donc faire perdre le gagnant, de même que, dans la dialectique hégélienne, le Maître dépend de la reconnaissance de l’Esclave pour s’imposer. Tout ça n’est pas très drôle pour le Maître, et l’on serait presque tenté de le plaindre, si nous n’avions la certitude qu’il sera content à la fin. En politique, l’Esclave se cherche un Maître. Que les militants se rassurent, il finit toujours par le trouver.

Gaza : la rue arabe anesthésiée par ses convulsions

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gaza hamas israel hezbollah

Dans l’imaginaire collectif, une vague – surtout lorsqu’on la dit « révolutionnaire » – est censée tout emporter sur son passage et fondre dans un même rouleau les éléments contre lesquels elle a buté. Transposée dans le domaine politique arabe, cette imagerie naturaliste suggère la possible dissolution de toutes les contradictions existantes dans l’internationalisme démocratique propalestinien[1. Tel était le schéma révolutionnaire auquel le palestinien Georges Habache consacra sa vie et son énergie au sein du Front Populaire de Libération de la Palestine. Aujourd’hui, cette chimère ne survit plus que dans les communiqués du FPLP que plus personne ne lit.].

Depuis une huitaine de jours, l’opération israélienne à Gaza laisse pourtant la « rue arabe » de marbre, si l’on excepte les quelques réactions d’indignation pavlovienne de rigueur, à l’image des quelques centaines de manifestants égarés place Tahrir au Caire. De Tunis à Amman, il semblerait que les peuples arabes aient d’autres chats à fouetter, la cause palestinienne n’étant plus qu’une rhétorique de façade dont l’usage lacrymal ne suffit plus à fédérer des nations fracturées. L’explosion révolutionnaire déclenchée en décembre 2010 à Sidi Bouzid a immolé l’illusion nationale arabe : hormis la Tunisie et l’Egypte, qui doivent par ailleurs gérer la question islamiste et l’avènement du pluralisme, qui peut aujourd’hui encore se targuer d’un idéal national solide ? Le mythe nationaliste panarabe syrien s’est heurté à la fragmentation de la société entre kurdes, sunnites, alaouites, chrétiens, druzes, jamais aussi flagrante qu’en période de guerre civile. Quant à la concorde islamo-nationaliste entre sunnites et chiites, demandons aux gouvernants du Yémen, du Bahreïn, de l’Iraq ce qu’ils pensent de cet autre mythe usé par l’éruption révolutionnaire.

Même dans le cas palestinien, la vindicte contre l’Etat hébreu ne fait plus l’unanimité. Naguère consensuel, ce cache-sexe des divisions arabes illustre le divorce entre les intérêts stratégiques de l’Iran et ceux de ses adversaires sunnites, que les observateurs arabes ne craignent plus de souligner Ainsi, Tariq al-Hamid, l’éditorialiste du quotidien londonien en arabe Acharq al-Awsat a vivement attaqué la surenchère verbale à laquelle se livre le secrétaire général du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, dans des diatribes anti-israéliennes qui visent autant à défendre l’axe Damas-Téhéran qu’à rassembler la rue arabe sous son panache chiite. En tirant à boulets rouges sur seyyed Hassan, le journaliste décrit le grand jeu du Parti de Dieu dans la région : convoyage d’armes à travers le Soudan, assistance militaire au régime syrien, collaboration étroite avec les Gardiens de la Révolution iranien et pilonnage systématique des régimes arabes sunnites qui lui sont opposés, comme l’Arabie Saoudite, le Qatar et l’Egypte des Frères Musulmans.

Bien que les tirs de missiles de Gaza sur Israël soient le fait du Hamas, d’aucuns voient là aussi la main iranienne. Malgré la rupture officielle des relations diplomatiques entre le Hamas et Téhéran, intervenue au faîte de la crise syrienne, tout indique en effet que l’état-major iranien équipe massivement les lanceurs de missiles gazaouis en engins Fajr 5 pouvant atteindre Tel Aviv, Jérusalem et toutes les localités israéliennes à 75km à la ronde. Jusqu’à ces derniers mois, l’entraînement et le financement des Brigades Ezzedine al Qassem d’ Ahmed Jaabari, récemment exécuté par Tsahal, était également le fait de Téhéran; et les services israéliens croient de plus en plus dans la pérennité de l’alliance irano-gazaouie, par delà les bourrasques de la crise syrienne.

Que déduire de ces rivalités exacerbées ? La guerre de puissance interarabe a vraisemblablement eu raison d’un mythe éculé : la-solidarité-avec-nos-frères-palestiniens-morts-en-martyrs. Entre le risque de désespérer « Al-Qods » et leur agenda interne, les nouveaux dirigeants arabes ont sans doute choisi.

*Photo : Caricature syrienne représentant l’émir du Qatar et le secrétaire général de la Ligue arabe sous la bannière « Ligue des brebis arabes ».

De quoi Jacques est-il le prénom ?

jacques attali

Jacques Attali est connu de tous. Il passe si souvent à la télévision qu’il semble habiter dedans. C’est un économiste du siècle dernier, qui a beaucoup contribué à la pensée de François Mitterrand. C’est pour cela qu’il restera dans l’histoire, ainsi que pour ses tentatives désespérées et désespérantes de diriger des orchestres symphoniques en public alors qu’il ne sait pas le faire.

Mais la question n’est pas de savoir si Jacques Attali a l’oreille absolue, ou encore de savoir si Baltique, le labrador présidentiel, a été le nègre d’Attali pour sa série d’ouvrages mitterrandolâtres “Verbatim”, mais de savoir si le grand Jacques tient encore la route… en novembre 2011, prenant des postures de prophète ou de sage des montagnes (la barbe lui est poussée…) il prédisait de manière tonitruante la fin de l’euro “avant Noël”. Nous abordons Noël 2012 et l’euro est toujours là. Mais, infatigable, l’économiste au regard qui pense est revenu à la charge il y a quelques jours pour proposer la réforme du siècle que le peuple de France appelait ardemment de ses vœux : le droit de changer librement de prénom !

On lit dans une tribune qu’il signe sur Slate.fr : “En ces temps de réflexion sur les libertés nouvelles que chacun pourrait se voir accorder, il en est une, à laquelle nul ne réfléchit assez, à mon sens, qui concerne l’identité. Pourquoi faudrait-il accepter le nom, et le prénom que nos parents nous imposent ? ” Ah la belle idée ! Ah ce droit de rompre symboliquement avec son patronyme et le prénom que nous ont donné nos parents ! Il faut dire que les années 2000 et la télé-réalité ont déjà beaucoup fait pour la destruction du patronyme… Dans les écrans ce ne sont plus que Loana, Jean-Edouard et bourriquet… ! Il restait à détruire la symbolique du prénom… “Je propose – écrit le sage – de modifier (le) code civil, pour affirmer qu’il appartient à chaque personne, à partir de l’âge de 18 ans, de choisir librement son prénom.” Il sera ainsi possible de céder à la dernière mode, de prendre le prénom de son acteur préféré (si nos parents nous ont donné celui de leur personnage de sitcom favori)… et d’abolir ce qui faisait du prénom ce lien intime à ceux qui nous ont enfantés. “Les prénoms diront alors non pas ce que nos parents ont rêvé pour nous mais ce que nous rêvons pour nous-même, ce qui est, sans doute, au moins aussi important.” Le jeune, ivre de lui-même, pourra se rêver pleinement autonome, de génération spontanée ; il pourra se prendre pour son propre géniteur… celui qui se donne lui-même son prénom.

Mais le philosophe sait nous rassurer : “Il doit cependant y avoir une limite à cette liberté, comme à toute autre: on ne peut aller jusqu’à consommer des prénoms comme des objets de mode, en en changeant chaque année. »

C’est là que l’on regrette que le progressisme béat de Jacques Attali, et son désir barbare de liberté, n’ose pas aller jusqu’au bout du ridicule. Nous proposons pour notre part la mise en place d’un “chèque prénom” permettant d’en changer six fois par ans, la mise sur pieds d’une commission nationale des prénoms citoyens et éco-conscients, ainsi que l’obligation légale pour chaque jeune personne, dès l’âge de 18 ans, non seulement de se choisir un nouveau prénom, mais aussi un nouveau sexe, et de nouveaux parents. Tout se dissoudra magnifiquement dans la religion de la nouveauté, de l’à ma guise, et du changement-maintenant… Et tous les « Jacques » pourront se faire appeler « Jack ».

*Photo : Abode of Chaos.

L’UMP menacée par une grave crise humanitaire ?

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À l’issue des élections devant désigner le futur président du parti, François-Laurent Désiré Fillon a revendiqué pour lui la victoire totale alors même que son rival, Jean-François Avatars Multiples Copé, dénonçait des manœuvres frauduleuses et se proclamait seul et incontestable vainqueur. Cette situation fait craindre des affrontements entre les partisans des deux camps et laisse présager une situation chaotique dont pourraient profiter Jean-François Equilibre Cosmique M’Borloo, leader de la région centre et Marine Intransigeance Le Pen, qui pourrait tirer profit également de l’extrême confusion de la situation pour tenter un coup de force avec ses troupes installées en lisière de la droite conservatrice. Chacun attend avec impatience et espoir l’éclatement possible de l’ex-formation majoritaire, sachant qu’il y aura des places à prendre en cas de lutte fratricide.

Mais le plus attentif de tous, sans doute, à l’issue de ce conflit, ne peut être que l’ex-président et chef suprême autrefois incontesté Nicolas Sceptre de Puissance Sarkozy, plus connu encore de ses supporters sous le sobriquet « ohé, ohé, capitaine abandonné », qui a tout à gagner dans un affrontement qui le débarrasserait de ces deux anciens et encombrants lieutenants et lui permettrait d’attendre paisiblement que le carnage se poursuive pour se présenter sous les traits de l’aérienne providence voguant, tel l’Albatros gaullien, au-dessus des luttes de partis.

Dans l’immédiat, le HCR a tiré la sonnette d’alarme et rappelé le sort qui menace, en cas d’explosion de l’UMP, les dizaines de milliers de militants appelés à devenir des réfugiés politiques ou à mourir de désespoir. Le gouvernement français n’a pas encore fait savoir s’il envisageait, comme y appelle vivement le philosophe polycausal Bernard-Henri Lévy, à intervenir pour éviter la crise humanitaire. Interrogé sur la position de la France en la matière, François Hollande a simplement répondu : « mouf » avant de reprendre une part de flan. Vladimir Poutine a proposé pour sa part l’envoi d’observateurs afin de prévenir les irrégularités lors des prochaines primaires. Lionel Jospin a annoncé préventivement qu’il se retirait de la vie politique.

Je connais des Français musulmans plus patriotes que beaucoup d’étudiants de Sciences Po

philippot florian marine le pen

Causeur : Que proposez-vous aux Français ? Peut-on revenir à la France de 1960 et renoncer à la mondialisation ? L’électeur FN lui-même est-il prêt à refaire la queue aux postes frontières ?

Florian Philippot : Commençons par un constat : ces dernières années, un continent s’est isolé et s’est coupé de la croissance mondiale : l’Europe… c’est pourquoi nous prônons un réarmement économique et politique dans la mondialisation sans remettre en cause le développement des voyages, des échanges, des technologies. Mais dans la mondialisation actuelle, on nous demande de nous battre face à la Chine, à l’Inde, au Brésil et aux pays émergents sans monnaie, ni frontières, ni possibilités d’actions stratégiques de l’Etat vis-à-vis de certains secteurs de l’économie.[access capability= »lire_inedits »] Nous voulons pouvoir lutter à armes égales. Cela suppose une reprise en main qui passe notamment par le contrôle des frontières et la remise en cause de Schengen. Retrouver sa monnaie offrirait un levier d’action sur l’économie et permettrait de s’adapter à son niveau de compétitivité. Cela ne veut pas dire que nous construirons des miradors aux frontières ou une nouvelle ligne Maginot ! Nous voulons agir comme 90% des pays du monde, ni plus ni moins.

C : Mais grâce à l’UE, l’Europe a atteint la plus longue période de paix de son Histoire, ce qui lui a dernièrement valu le prix Nobel de la Paix…

FP : C’est absurde, l’Union Européenne est une des conséquences, et non pas la cause, de la paix sur le Vieux continent. Nous contraindre à accepter cette Europe-là au nom du maintien de la paix relève du terrorisme intellectuel. Quand un ensemble politique place l’idéologie au-dessus de tout, cela finit par engendrer la désunion voire la guerre. Regardez les tensions qui montent entre l’Allemagne, la Grèce et les pays du « Club Med » !

C : Ces tensions nous permettent d’aborder la question de l’immigration sous un autre angle : si, à cause de la crise, des Espagnols ou des Italiens entraient par milliers sur notre territoire – comme ils le font déjà en Allemagne – pour y trouver du travail, faudrait-il les arrêter ? Autrement dit, de l’immigration ou de l’islam, laquelle est l’ennemie du FN ?

FP : Nous sommes contre l’immigration et non pas contre les immigrés. Notre objectif est de passer de 200 000 entrées légales par an à l’heure actuelle à 10 000 en fin de quinquennat. L’immigration est un projet du grand patronat, Laurence Parisot étant systématiquement vent debout dès qu’on entend limiter les flux migratoires. Cela devrait interpeller Mélenchon et Besancenot que de jouer le jeu du grand patronat !

C. L’islam ne vous pose-t-il donc aucun problème particulier ?

FP : Le problème est le développement exponentiel de l’islam radical en France, phénomène qui résulte de la politique d’immigration ! Islamisme et immigration sont évidemment liés mais s’y surajoute une capitulation de la République française qui, depuis dix ou quinze ans, renonce à certains de ses principes cardinaux, comme la laïcité. On le voit sur le financement de certains lieux de culte, mais aussi devant la montée des revendications communautaristes à l’école ou dans l’entreprise.

Vous n’allez pas nous jouer cet air-là ! Ce n’est pas seulement l’islamisme qui vous pose un problème, mais l’islam que beaucoup de gens, au FN, considèrent comme hétérogène à la culture française…

Je connais personnellement des Français musulmans infiniment plus fiers de leur pays que pas mal d’étudiants de Sciences Po, pourtant de vieille ascendance française, qui vomissent le patriotisme.
Voilà pourquoi je ne confondrai jamais islam et islamisme ! Plus la République sera faible face à l’islamisme, plus elle laissera se développer des ghettos via l’immigration, plus elle laissera penser
aux Français que c’est l’islam le problème. Voilà pourquoi il faut immédiatement prendre deux mesures : rétablir la laïcité partout et stopper l’immigration légale et clandestine. À partir de là, les tensions
s’apaiseront naturellement et la France reprendra son chemin.

C : Quelle part d’eux-mêmes doit-on demander aux immigrés d’abandonner ? Au-delà de la langue, quels éléments doivent-ils acquérir pour s’intégrer ?

FP : Effectivement, les primo arrivants doivent laisser une part d’eux-mêmes au pays et c’est, je le reconnais, une forme de violence. Concrètement, il est préférable qu’ils parlent chez eux en français avec leur famille. On doit exiger qu’ils se conforment aux lois de la République, qu’ils en connaissent les grandes valeurs et qu’ils transmettent son Histoire. Je ne parle pas ici des conditions de naturalisation, c’est un tout autre sujet.
Or, aujourd’hui, certains enfants de la troisième ou quatrième génération d’immigrés donnent l’impression de se désassimiler. On a vu des jeunes français brandir des drapeaux étrangers, parfois avec arrogance, le soir de l’élection du nouveau Président de la République Française. Cela révèle un malaise de l’assimilation et de l’identité, dû en partie au fait que notre pays est en permanence délégitimé par ses propres élites. La France est un des rares pays où il est scandaleux de brandir le drapeau national !

C : Que pensez-vous de la Droite Populaire, auxquels appartiennent les souverainistes de l’UMP Lionnel Luca et Jacques Myard ?

FP : Lorsque j’entends Jacques Myard, je l’approuve sur toute la ligne. Avec Lionnel Luca, ils tombent à bras raccourcis sur l’UE mais restent au sein d’un parti – l’UMP – qui la défend farouchement. Cela pose un sérieux problème de cohérence. Je vous rappelle que seuls cinq parlementaires de la Droite Populaire ont voté contre le traité budgétaire européen. En 2008, c’était encore pire, ils n’étaient que deux ou trois sur les quarante parlementaires de la future Droite Populaire à s’être opposés au traité de Lisbonne ! Globalement, la Droite Populaire reste de la publicité mensongère.[/access]

Pendant le combat de coqs à l’UMP, Hollande fait l’autruche

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hollande ump mariage gay

hollande ump mariage gay

Le pouvoir socialiste ne pouvait espérer mieux. Le spectacle donné par les responsables coqs de l’UMP n’est pas seulement pitoyable; il occulte le reste de l’actualité, et notamment ce qui pourrait vraiment intéresser les Français. Pendant que les médias, réjouis d’une telle aubaine, focalisent notre attention sur la guerre Copé-Fillon, François Hollande et le gouvernement Ayrault s’enfoncent dans l’impopularité, la croissance est en berne, l’agence Moody’s sanctionne l’absence de réformes structurelles et dégrade la note de la France, les taux OAT remontent doucement et, surtout, le président de la République se retrouve empêtré avec son projet de mariage homosexuel.

Pour la gauche, ces derniers jours auront été exemplaires dans l’art d’utiliser la stupidité du camp adverse.

La mobilisation de samedi dernier contre le mariage homosexuel, en réunissant près de 200000 personnes fut indiscutablement un succès. Koltchak et Io Froufrou en ont fait d’excellents compte-rendus, qui soulignent chaque fois la diversité et la courtoisie des manifestants. Comme Corto l’a déploré, les médias ont tu l’ampleur du mouvement et les gauchistes ripostaient, non sans hargne, sur Twitter. Alors qu’ils sont toujours prompts à dénoncer les amalgames, ils n’hésitaient pas à caricaturer les manifestants en catholiques-intégristes-fachos-homophobes. Le lendemain avait lieu la manifestation de Civitas: elle fut perturbée par l’irruption des hystériques du FEMEN , avec un service d’ordre vite débordé et quelques échaufourrées. Les gonzesses qui étaient venues chercher le contact, armées de bombes lacrymogènes, pleurnichèrent aussitôt parce qu’elles avaient été bousculées. Le piège était grossier et on peut regretter, comme l’Amiral Woland, que quelques skinheads soient tombés dedans à pieds joints: des idiots utiles qui ont ainsi confirmé l’image caricaturale, celle des catholiques-intégristes-fachos-homophobes, que les médias et la gauche donnent d’eux. Les FEMEN ont réussi leur coup: on a oublié les 200000 manifestants de la veille. À ce sujet, on lira l’excellente analyse de Fikmonskov.

Ceci dit, les manifestations du week end ont quelque peu ébranlé les certitudes du Camp du Bien. Si bien que le Président de la République a semblé faire marche arrière. Mardi, devant les maires de France , il a expliqué que la loi sur le « mariage pour tous » devrait s’appliquer, si elle est adoptée, dans « le respect de la liberté de conscience ». Aussitôt, furieux, les fanatiques de la cause homosexuelle, ont exigé d’être reçus à l’Élysée et nous avons finalement vu François Hollande se désavouer : il a aussitôt «retiré» l’expression « liberté de conscience » qu’il avait utilisée devant les maires. François Hollande a ainsi apporté la preuve de son absence de conviction. C’est du Hollande typique : mou, toujours prêt à la reculade et au compromis. Il y a du Louis XVI chez ce type là et on ne serait pas étonné d’apprendre qu’il se passionne pour la serrurerie; reste à savoir si l’échafaud se trouve au bout du parcours.

Le revirement du président de la République, que la cacophonie à l’UMP a permis de minimiser, est significatif de notre vie politique : c’est le grand n’importe quoi, et tant mieux, apparemment, si on peut gagner ainsi des élections et en vivre. Or, le grand n’importe quoi, c’est ce qui abaisse la politique. C’est également ce que vit l’UMP. Comme François Hollande, Jean-François Copé et François Fillon n’ont pas de convictions: ils se battent pour des places. Quant à Marine Le Pen, elle ne fait pas mieux quand elle permet l’élection de François Hollande. Aujourd’hui, la droite se déchire parce qu’elle s’est vidée de tout contenu idéologique. Constamment intimidée par une pensée unique venue de la gauche, elle n’a de droite que le nom. D’ailleurs, si elle essaie de revendiquer ses valeurs, ses adversaires montent aussitôt au créneau pour dénoncer une droitisation: comme s’il était honteux, pour la droite, d’avoir des valeurs de droite. Copé et Fillon sont maintenant cramés : espérons que ce suicide politique aura permis de crever les abcès qui s’accumulaient.

*Photo : François Hollande.

Florange : bon pour la ferraille

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florange arcelor mittal

florange arcelor mittal

Résumé des événements précédents : Florange cité des morts violentes, Mittal d’abord puis une jeune femme noire défigurée, les cadavres nus se suivent, le suspect est en fuite, un ancien ministre semble impliqué et Muller nage comme tout le monde.

Le lendemain était un autre jour, le soleil perçait tant bien que mal les nuages grisonnants. Nos héros étaient confortablement installés dans le bureau de Muller, une pièce spacieuse meublée en design nord-coréen, à des années-lumière des trous à rats que l’on voyait naguère dans les feuilletons. Le poêle ronflait dans son coin, un grand bureau en acajou du Kamtchatka pour le patron, un petit en sapin suédois pour son adjoint et par une baie vitrée avec balcon l’on pouvait admirer l’ancienne usine. Aux murs étaient accrochés des peintures grasses d’un style réaliste ouvrier réalisées par un retraité de la sidérurgie, un italien qui ne pouvait s’empêcher de placer la Madone dans toutes ses toiles. Le commissariat de la Fensch est un bâtiment récupéré sur les friches industrielles, quelque part entre Hayange et Florange, qui fut réhabilité grâce à des fonds alloués pas l’Union Européenne, plus personne ne sait d’ailleurs pourquoi.

La filière liquide fermée en 2013, un repreneur semblant fiable en avait profité pour vendre les hauts-fourneaux à un ferrailleur avant de disparaître sans laisser de traces, le reste avait suivi. Les chinois, déjà installés sur l’autre rive de la Moselle avaient alors racheté le site en entier : centre commercial, complexe sportif, hôtels, casinos, golf, hôpital, école de commerce internationale, une mutation éclair avec l’aide d’investisseurs très divers : Qatar, Luxembourg, Corée du Nord ; sans oublier la grande mosquée et son école coranique payés par le royaume wahhabite.

Gallino versa un café à son chef, celui-ci le remercia et fit de même, puis ouvrant le petit réfrigérateur qui se trouvait dans le coin-cuisine, il en sortit un paquet soigneusement ficelé, et, saisissant une baguette de pain au passage il entreprit de déshabiller le précieux colis.
-Dio Cane ! S’écria Pippo, chef, c’est de la vraie Schmierwurst ? Mais où trouvez-vous ça ? Depuis que la vente de porc est interdite dans la commune…
-En Allemagne mon petit, le dernier boucher-charcutier de la région qui en vendait clandestinement a du s’exiler en Serbie après que les gardiens de la foi aient brûlé sa boutique.
Une forte odeur de purin provenant de la coulée continue voisine vint leur chatouiller les narines, rappelant fort à propos que la « cathédrale » vidée de ses machines à faire des brames était devenue un élevage de poulets industriel, propriété des frères Tang : dix millions de volailles caquetant dans les laminoirs.

La littérature de gare c’est bien joli mais passons aux choses sérieuses : Arcelor Mittal Florange, le malade en attente de décès (dans la dignité?). Les rumeurs commencent à circuler concernant la reprise éventuelle de la filière liquide, l’une d’elle fut même transformée par Les Echos comme une quasi certitude, démentie le surlendemain par le principal intéressé, c’est à dire le géant russe Severstal. Souvenons-nous qu’en 2006, lorsque Mittal lançait son OPA hostile sur le groupe Arcelor, le patron de l’époque Guy Dollé avait appelé son homologue, quoique milliardaire, russe Alexei Mordachov à la rescousse, le führer de Severstal justement. Un jeu de dupes dont les russes étaient sortis vexés et pour cause, il s’agissait de négocier en douce avec l’indien en agitant la « menace » russe, histoire d’arranger les affaires des actionnaires et du père Dollé lui-même avec lesquels tonton Lakshmi sut être reconnaissant… L’on nous ressert le même plat réchauffé 6 ans plus tard, la revanche du milliardaire échaudé, le diplômé de l’institut Togliatti de Leningrad prend sa revanche sur l’indien sans cœur, rions… Le géant russe, il est vrai dispose de grandes quantités de cash (2 milliards de dollars) avec lesquelles il achète à tour de bras de la sidérurgie ; récemment encore une usine dans le Maryland (USA) pour la modique somme de 810 millions de dollars, à Mittal justement ! Il avait déjà investi en Moselle dans une usine qu’il a revendu depuis : les métallos de la Fensch n’ont pas plus d’illusions à propos du caïd de Tcherepovets (oblast de Vologda) que d’un asiatique fantôme ou de la mafia sicilienne. Qui plus est un analyste d’une banque d’investissement, monsieur Galikhanov doute fortement de l’intérêt du site et surtout des hauts-fourneaux de Patural, trop vieux à son goût, Mordachov peut produire de l’acier à moindre coût partout dans le monde, à commencer par son pays natal. Par contre il est probable que tout le reste du site l’intéresse, particulièrement la tôle pour l’automobile et la partie emballage : secteurs que, justement, Mittal ne voudra pas lâcher…

On frappa, le gros, c’est à dire le médecin légiste, entra en trombe comme à son habitude, soufflant et rougeoyant, balançant sa sacoche ventrue sur le premier classeur à sa portée.
-Putain-con de la saucisse à tartiner, et trempée dans le café au lait, on ne se refuse rien, gastronomie locale prohibée mes cochons, j’aurais du amener le Pastis, il y en a pour moi ?
-Assieds-toi Pasqua, sers-toi, Pippo verse une tasse à monsieur le médecin légiste et sors donc la mirabelle pendant que tu y es… Alors quoi de neuf ?
-J’ai les résultats des autopsies, rapide hein le marseillais, comme le mistral, bon, dites-donc vous êtes deux sacrés pervers, aller fourrer votre nez dans la foufoune d’une négresse assassinée ! Mais vous vous êtes carrément gouré les gars !
-Que veux-tu dire ?
-Osez le clito amigo, votre connaissance de l’anatomie féminine laisse à désirer, passe encore pour le petit qui est un agneau de lait, mais toi Derrick ça m’étonne. Bref, son bouton, elle l’a encore, il est bien caché, par contre elle s’est fait faire une plastie des petites lèvres…
-Ma perque? fit Gallino, perdant soudain son français pour retrouver son idiome héréditaire.
-Coquetterie, esthétique, confort, tout est possible mon ami, disons qu’elle a échangé un garage pour 4X4 contre un garage pour une Clio.
-Comme cela est plaisamment et poétiquement dit, vulgaire et sexiste en diable Pasqua, tu es bien marseillais ! Et tous les trois de s’esclaffer bruyamment.
-Ceci étant, je connais la question les mecs, j’ai pratiqué dans une autre vie et je crois aussi savoir d’où vient votre greluche.
-Eclaire-nous phare du Prado s’écrièrent-ils en chœur.
-D’après sa morphologie, la couleur de sa peau, le peu qu’il reste des traits de son visage -snif- cette fille a tout d’une fallasha, une juive d’Ethiopie.
-Comment peux-tu deviner des trucs pareils ?
-Une autre vie, je te dis, j’étais rasta à l’époque cinquante kilos tout mouillé et je vivais en Israël avec une reine de beauté, chirurgie esthétique et culture de ganja dans la vallée du Jourdain. Je sais qui a opéré la bougresse, je reconnais son style, c’est Mordechai Rosenfeld de Tel Aviv, il exerce toujours dans une clinique privée pour milliardaires, et, tenez vous bien, regardez ce que j’ai trouvé sous la peau de son avant-bras :
Il déposa une minuscule capsule dorée sur le bureau.
– ???? dirent-ils de concert
– Un micro émetteur, balise et plaque d’identification à la fois, j’ai déjà contacté un vieux pote reconverti dans le trafic de cocaïne, votre victime n’est autre que « Black Diamond » l’agent 38 du Mossad…

Gourmandises

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Perico Legasse gastronomie

Perico Legasse gastronomie

J’avais, il y a déjà quelques années, fustigé les tendances délétères de certains lycées hôteliers, qui n’enseignent plus les fondamentaux de la vraie cuisine — celle qui se mange — afin de satisfaire la demande de groupes industriels cannibales, et les lubies de chefs adeptes de la cuisine décorative et médiatisés par « des programmes télévisés à l’huile de moi ». Des lycées influencés par la chimie culinaire d’Hervé This (« le meilleur allié de la malbouffe industrielle »), les pitreries d’Adrian Ferra (« caudillo de la ragougnasse intellectuelle mondialisée ») et les étoiles de Bibendum (« en train de se dégonfler »). Ces amabilités, et quelques autres, se trouvent dans le tout récent Dictionnaire impertinent de la gastronomie, écrit par le doux impétueux Périco Légasse, chroniqueur gastronomique si talentueux qu’il finira détesté par toute la profession.

Un écrivain se définit par ses références. Dis-moi qui tu cites, je te dirai qui tu es. Périco Légasse est homme de culture — et au fil de ces 283 pages, les auteurs évoqués dressent le portrait d’un jouisseur de mots qui font sens — bref, il veut du contenu dans son assiette intellectuelle, pas uniquement des virgules de sauce autour d’une supposée quintessence.
Cela commence dès l’exergue, emprunté à Saint-John Perse : « On périt par défaut bien plus que par excès ». Qui d’entre nous, qui voyons chaque jour les ravages du vide dans les jeunes cervelles, ne signerait pas une telle déclaration liminaire ? Suivent bien entendu toutes les fortes pensées des grands gastronomes — puis soudain, à l’article « Classes du goût » (créées par Jacques Puisais en 1975 pour réapprendre à manger à nos enfants — que dirait-il aujourd’hui…), soudain débarque Condorcet : « Sans instruction du peuple, le suffrage universel peut conduire à la dictature des imbéciles ». Ma foi, entre hamburgers mollassons et reddition scolaire, je crois que nous y sommes. La reconquête sera longue, et rude.

Que l’on ne s’imagine pas que je force en imaginant un parallèle entre gastronomie et pédagogie. « Accor est le symbole du « prêt-à-bouffer » [son manager général est l’ancien PDG de McDonald, Denis Hennequin] et participe, en tant que premier employeur dans l’hôtellerie-restauration, à l’effondrement du niveau dans les lycées professionnels. Les restaurateurs de métier et les maîtres d’apprentissage ayant fréquenté ces fabriques à crétins sont unanimes : si la plupart des élèves sont si nuls à l’issue de leur formation, c’est qu’il ne s’agit plus d’une formation mais d’une déformation. Que demande en effet le groupe Accor à l’enseignement hôtelier ? De lui fournir une main d’œuvre sachant manier la technologie alimentaire moderne et suivre une logique industrielle (décongeler, chauffer au micro-ondes, ouvrir les poches en plastique contenant les plats cuisinés) et non plus préparer un potage, monter une béarnaise ou brider un poulet. »  Ne pas en conclure que tous les établissements hôteliers sont tombés dans la même panade : « Même s’ils ne sont pas très nombreux, on trouve encore des établissements où l’on apprend aux jeunes à préparer à manger en respectant le produit, le terroir et la saison. Les autres sont des fabriques à crétins ».
On se demande où l’ami Légasse a trouvé une telle formule…

Des crétins qui des quatre saveurs, n’en retiennent pour la plupart qu’une seule — celle du bonheur lénifiant d’une enfance perpétuée. « Plus l’être humain évolue, plus il est à même d’apprécier l’amertume. Le sucré reste le goût référent de l’enfance, donné par la première goutte de lait. »
L’école n’est pas là pour verser du sirop de sucre dans les jeunes cervelles, mais pour leur apprendre l’amertume (« L’amer libère cependant du sucré et révèle la capacité de l’individu à s’ouvrir sur l’inconnu, l’ailleurs, l’insolite »), ce goût compliqué — l’amertume du pur moka sans sucre, la touche nécessaire d’amertume dans la pâte d’amande, et l’amertume exquise de l’huile d’olive — j’ai produit dix ans durant de l’huile de verdale, et j’en sais quelque chose, de ce qu’il faut d’amer pour exalter les douceurs d’une sucrine — ou d’une salade d’endives, amer sur amer — on dirait à nouveau Saint-John Perse. Souvenir au passage d’un débat avec l’immonde Peter Gumbel, qui veut pour les écoliers le bonheur tout de suite — et cinquante ans d’amertume et de Pôle Emploi derrière. L’Ecole est le lieu du bonheur différé.
Oui, mais voilà : on abreuve ces enfants de sucre, on les abrutit de glucides, on les maintient dans la classe biberon, au lieu de les « instituer », comme disait Montaigne — de les faire tenir debout. « En tant que produit financier, le sucre est devenu l’un des pires fléaux de l’humanité. Il est l’arme absolue de la malbouffe. » Mais mon cher, l’école du bonheur immédiat n’a d’autre but que la satisfaction financière — à court terme, celle des officiels ravis de trouver dans les pédagogies nouvelles des arguments à leurs petites économies (puisque les Savoirs sont désormais diabolisés, coupons dans les plages horaires du Français, des Maths, de l’Histoire), à long terme celle des industriels si contents de recruter des employés sans science ni conscience. Pur sucre.

« Amatrice de gelées et de coulis, d’émulsions et de pulvérisations, la grande cuisine contemporaine aime le mou doux qui se suce, se lèche et s’aspire. Et plus ça va, plus les faiseurs de tendances sont heureux. La dent, qui sert à ciseler, déchirer et mastiquer, est donc condamnée à disparaître du paysage gastrophysiologique humain. Le fameux mâchon lyonnais va bientôt se servir avec une paille… »
Le mou, le pré-maché, se retrouvent à l’identique dans les intentions des pédagos modernes. Rien ne doit causer d’effort, rien ne doit différer le bonheur de l’enfant, qui ne quitte le giron familial que pour retrouver un giron pédagogique. Ce n’est plus Claudine à l’école, entre dictées et problèmes, c’est Ma Chérie dans un lieu de vie, entre savoir-être et savoir-devenir. Ainsi se profile l’« abêtissement sensoriel » qui menace les générations futures — en sus de l’abêtissement tout court.

J’ai dénoncé en son temps ce « protocole de Lisbonne » qui avouait clairement que nous avions besoin de 10% de cadres et de 90% d’ilotes — beau projet qui ne donne guère envie d’être européen. Il faut penser toutes les révolutions pédagogiques effectives dans cette seule perspective — le système génère l’Ecole dont il a besoin. Il se fiche pas mal d’amener chacun au mieux de ses capacités, tant qu’on lui fournit sa livre de chair fraîche à usage immédiat et rentabilité maximale.
Figurez-vous qu’il en est de même de la viande, livrée sur les comptoirs des grandes surfaces bien trop tôt au gré des gastronomes — pour une sordide histoire de rentabilité. « Un aloyau de bœuf demande au moins un mois de mûrisserie avant d’être débité en boucherie » (« idéalement un mois et demi », précise-t-il ailleurs) et d’arriver dans nos assiettes, pour un plaisir gustatif maximal. Or, « attendre que la viande atteigne un niveau satisfaisant de maturation suppose une perte d’eau, donc de bénéfice pour le boucher puisque la bête a été payée au prix de sa pesée le jour de l’abattage ».
Comment ? que dites-vous ? De vulgaires intérêts financiers ne sauraient interférer ni avec l’avenir de nos enfants, ni avec nos papilles ? Nous ne saurions le tolérer ?
C’est pourtant ce que nous faisons lorsque nous achetons du Charal ou que nous professons du Meirieu. Oh, l’emballage brille, mais le contenu flirte avec l’escroquerie. Et c’est par facilité que nous nous adonnons aux plaisirs louches de la malbouffe et du constructivisme. L’école meurt de bonnes intentions mortifères. « La malbouffe, c’est toujours pour les pauvres » —l’école au rabais aussi, savez-vous…

Ultime légitimation pédagogique de la gourmandise : « La cuisine française est un cours d’histoire et de géographie. Elle est dessinée par les paysages, colorée par la saison puis révélée par la main de l’homme (…) La cuisine française, c’est le droit du sol, donc de la terre, en aucun cas le droit du sang. » La culture commence à l’agriculture. La terre ne ment pas, tant qu’on ne la livre pas à Monsanto. « L’agriculture paysanne, c’est le goût de la France ».
Pétainisme ! s’exclament les imbéciles — les mêmes qui pensent que « le vol-au-vent a des relents maurassiens », qu’il est « une bouchée fasciste ». « Il y a les cons qui parlent de la cuisine française en la qualifiant de franchouillarde et les salauds qui la dénigrent pour mieux se vendre à l’étranger. » Il y a une mondialisation noble, quand Joël Robuchon s’exporte et diffuse la France au bout de ses fourchettes, ou qu’un Américain à Paris trouve au beurre un usage inventif — dans Le Dernier tango. Il y a une mondialisation écœurante, quand on remplace le beurre de cacao par de l’huile de palme, quand le poulet de batterie devient aliment pour chiens, tant il est immangeable, et quand on nous bassine avec les résultats scolaires des Finlandais ou des Coréens, nous qui si longtemps avons su nous contenter d’être intelligemment français. Mais voilà : « La xénophobie antifrançaise est un mal à la mode »« il faut donc utiliser le mot terroir avec précaution et de la formule tradition avec parcimonie, sinon plane le risque de dérive lepéniste, vite invoquée par les contempteurs du rata cocardier ». Ou par les ingénieux inventeurs de programmes d’Histoire où le Monomotapa a remplacé les victoires napoléoniennes — exit le veau Marengo et le potage Bagration !

Légasse se lance parfois dans ce qui est pour moi de la poésie pure — le moment où le plaisir musculaire de l’énoncé sonore fait absolument sens au-delà de notre exigence analytique de signification. Il énumère ainsi des plats aux noms enchanteurs, dont la vibration seule fait saliver l’amateur : « bouillabaisse, bourride sétoise, revesset toulonnais, cotriade bretonne, marmite dieppoise, chaudrée charentaise, waterzoi flamand, ttoro basque »« Blanquette de veau, navarin d’agneau, poulet chasseur, lapin à la moutarde ou bœuf en daube »« tourin sarladais, caillette ardéchoise, farcidure limousine, pauchouse bressanne, crapiau morvandiau, garbure béarnaise, grenier médocain, beuchelle tourangelle, pounti cantalou, pithiviers poyaudin, tripoux auvergnats, piquenchâgne bourbonnaise, flognarde limagnole » — et autres plats aux intitulés exotiques.

Et de déplorer la disparition des cartes de la cuisine bourgeoise, au profit (le mot dit bien ce qu’il veut dire) de la « cuisine révolutionnaire des bobos décérébrés de la papille ». Je serais presque tenté d’établir une équivalence entre la tyrannie de la mode chez les bobos tentés par le moléculaire et l’impérialisme du diktat didactique chez les pédagogos ivres de compétences. Les uns et les autres fulminent contre ce qu’ils ignorent — cuisine traditionnelle ou savoirs exacts, dans tous les cas une culture « bourgeoise » dont Marx a expliqué, bien avant moi, qu’en attendant la problématique dictature du prolétariat elle était la seule.

La cuisine/la culture est un tout, non un conflit d’antagonismes et de coteries, elle est une addition de traditions et d’inventions, de particularismes dont la gamme complète élabore une harmonie des sens — dans toutes les acceptions du terme. Les régionalismes, qui ont donné à nos palais tant de délectations variées, sont complémentaires (et non rivaux) et forment tous ensemble la grande République du goût. « La cuisine bourgeoise, dit Périco, c’est celle qui est la plus près du peuple ». Eh bien, l’enseignement que je défends, c’est aussi celui qui s’adresse au peuple, à tout le peuple, étant entendu que tous ont droit aux mets les plus roboratifs et aux plus raffinés — et non à la lavasse du socle commun et au fast food des (in)compétences.

Dictionnaire impertinent de la gastronomie, Périco Légasse (Bourin éditeur)

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Alain Juppé : satisfaits ou remboursés !

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Alain Juppé est un homme très demandé. Passé par deux fois sous les ors du Quai d’Orsay, l’homme est si réputé pour son sens de la diplomatie que Douglas Hurd, son homologue du Foreign Office entre 1993 et 1995, l’avait ainsi complimenté : « Juppé is a star ». Ces derniers jours, ses compétences de diplomate ont encore été louées par beaucoup de ceux qui, à l’UMP, se désolent du spectacle comique et lamentable que nous réservent les équipes de François Fillon et de Jean-François Copé.

À tel point que l’ex-premier ministre souhaite aujourd’hui renoncer à la présidence de l’UMP au profit du maire de Bordeaux, ce qui ne manque pas de sel de la part de celui qui se présente en héritier de Philippe Séguin, et ne veut rencontrer Jean-François Copé qu’en la présence de cette « autorité morale ».
J’ai d’ailleurs décidé de m’inspirer de cette décision et préviens officiellement Gil Mihaely, Elisabeth Lévy, Marc Cohen, Jérôme Leroy et Daoud Boughezala que tout différend rédactionnel ne se réglera plus désormais qu’en présence d’Alain Juppé.

Malheureusement pour Fillon, Copé refuse catégoriquement cette perspective, si bien que notre conciliateur pourrait se retrouver sans projet. Aussi pourrait-on lui conseiller une reconversion fort juteuse. Pourquoi Juppé n’ouvrirait-il pas un de ces cabinets de « coaching conjugal » qui ont beaucoup de succès depuis quelques années ? Je vois déjà la carte de visite : « Routine dans votre couple ? Baisse de la libido ? Infidélités ? Alain Juppé vous reçoit, ensemble et séparément, et vous aide à retrouver vos élans amoureux juvéniles. Satisfaits ou remboursés. »

Quand la droite était de gauche…

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chirac de gaulle

chirac de gaulle

Ce que j’aimais, moi, c’était quand la droite était de gauche. C’était notre exception française, ça, une droite de gauche. C’était bien, parce que du coup, par ricochet, la gauche était vraiment de gauche. On avait le plus gros Parti communiste d’Europe de l’Ouest et les socialistes les plus socialistes de l’Internationale socialiste[1. « Celui qui n’accepte pas la rupture, celui qui ne consent pas à la rupture avec l’ordre établi, politique, cela va de soi, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. » François Mitterrand, congrès d’Épinay, 1971. Si, si…], sauf peut-être Allende au Chili.[access capability= »lire_inedits »] Mais lui, il était tombé sur une droite vraiment de droite, avec l’idéologie de Milton Friedman et les chars pour la faire passer en douceur.

Chez nous, la droite de gauche, ça ne datait pas d’hier. Écoutez plutôt : « Depuis un siècle, des doctrines nouvelles se sont levées sur le monde, des théories économiques l’ont envahi, qui ont proposé l’accroissement indéfini de la richesse comme le but suprême de l’ambition des hommes, et qui, ne tenant compte que de la valeur échangeable des choses, ont méconnu la nature du travail, en l’avilissant au rang d’une marchandise qui se vend et s’achète au plus bas prix. » Non, vous n’y êtes pas, ce n’est pas Karl Marx : c’est Albert de Mun en 1884, le père du catholicisme social. Il siégeait à l’extrême droite de l’Assemblée. Les choses seraient-elles moins simples qu’il n’y paraît ? Y aurait-il eu une vie à droite avant le « Travailler plus pour gagner plus » ?

En même temps, un doute m’étreint. Un doute terrible. J’ai comme l’impression que j’appelle « droite de gauche » la droite qui fait des choses qui me plaisent. À moi qui suis de gauche, c’est-à-dire, vous l’aurez compris, dans le camp du Bien… Comment voulez-vous, sur de telles bases, que je n’appelle pas « gauche » une droite qui me séduit ? Sinon, cela voudrait dire que je suis de droite et, pour ça, ma mère me tuerait, c’est sûr.
En plus, j’ai des excuses : le gaullisme, spécialité française comme le péronisme était une spécialité argentine, n’est pas pour rien dans cette idée d’une « droite de gauche », c’est-à-dire d’une droite qui fait ce que la gauche aime. Une droite sociale, étatiste, colbertiste ne peut pas être vraiment de droite puisque que le social, le colbertisme, l’étatisme sont des vertus dont nous, à gauche, avons le monopole comme nous avons le monopole du cœur, quoi qu’en dise Giscard.

Un souvenir personnel, juste un. C’était pendant une de mes conversations avec le regretté Frédéric Fajardie, auteur de romans noirs et surtout, du temps de sa jeunesse, gros bras du service d’ordre chez les maoïstes des Comités Vietnam de base. Il m’avait confié, rigolard, l’étrange sentiment que ses camarades et lui avaient eu, en 1966, quand De Gaulle avait prononcé son discours de Phnom Penh : celui d’être doublé sur leur (extrême) gauche par une brute galonnée, normalement symbole du fascisme en marche… Eh oui, Fajardie ne pouvait pas faire autrement, tout à coup, que d’approuver ce de Gaulle tiers-mondiste, non-aligné, prônant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais pour résister au choc psychologique (imaginez un peu : un homme de droite qui faisait des choses bien), il lui fallait donc imaginer que de Gaulle était de gauche. Et puis, d’un autre côté, il restait un De Gaulle du SAC et de la « chienlit », un De Gaulle du 30 mai 1968, un De Gaulle salaud. Ça rassurait, ça compensait…
En fait, voilà, c’est ça : j’aime les hommes et les femmes de droite seulement s’ils pensent comme moi, moi qui suis de gauche, c’est-à-dire, répétons-le, dans le camp du Bien, de la sculpture de soi, de la raison contre la pulsion. Et ces hommes et ces femmes de droite qui pensent comme moi ne peuvent être que de gauche, sinon, cela pourrait bien m’amener à des révisions déchirantes.

C’est pourquoi je considère comme de gauche le Chaban de la « Nouvelle société », le Giscard de la loi Veil et même, tenez, le Jacques Chirac de 1995, quand il a gagné la présidentielle à l’arraché sur la « fracture sociale » de Marcel Gauchet et les travaux d’Emmanuel Todd révélant le fossé qui séparait les élites de classes populaires marquées par le chômage et portées au repli identitaire. Il a vraiment fallu que je me force pour voter Jospin au deuxième tour, cette année-là. Tout ce que disait Chirac, l’amour des pauvres, la fiche de paie qui n’était pas l’ennemie de l’emploi, c’était de gauche, non ? À se demander, aussi, si la boutade de Bernadette à un Hollande goguenard en juin 2009 − « Vous savez, mon mari a toujours été de gauche… »[2. L’inverse existe. Il y a des gens de droite qui adorent les gens de gauche quand ils pensent comme eux, à l’exemple de la popularité de Manuel Valls, exception radieuse parmi les encéphalogrammes plats des cotes de popularité ministérielles.] − était vraiment une boutade, étant entendu entre vous, Bernadette et moi que la gauche est juste et égalitaire tandis que la droite est réaliste, injuste, méchante, inhumaine.
En fait, ce que j’aimais bien, c’était une droite qui me renvoyait à mes contradictions, une droite qui était à la fois progressiste et conservatrice. La droite française était politiquement schizophrène, contrairement à la gauche qui savait où elle allait, c’est-à-dire, pour aller vite, vers l’horizon radieux de la société sans classes.

En même temps, aujourd’hui, j’ai du mal à retrouver cette dualité chez les candidats qui s’affrontent en ce moment pour la direction de l’UMP. Ils sont tous terriblement cohérents, univoques. Les mauvais esprits, comme Élisabeth Lévy, diraient qu’ils en deviennent aussi sectaires que les gens de gauche.
Oui, décidément, la droite, c’était mieux avant. Je sais : ça, c’est une phrase de droite.[/access]

*Photo : Patrick Peccatte/ Paris Match.

Hegel à l’UMP

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Élu par surprise à la tête de l’UMP, Monsieur Copé ne voit pas pourquoi le résultat des urnes devrait être remis en question. « Il y a des règles », nous apprend le vainqueur avec un légalisme qui fait plaisir à voir.

Et qu’en pense le perdant ? Que le gagnant a triché. « Je veux bien respecter le résultat des urnes, rétorque le Chevalier à la Triste Figure, encore faudrait-il qu’il soit honnête ». Certes, certes. Tout ceci est fort bien dit et fort bien raisonné, mais une anomalie demeure : c’est parce que chacun entend respecter la règle que la partie dégénère en pugilat.

Anomalie plus instructive encore, le gagnant est supendu au bon vouloir du perdant. « Ma seule responsabilité, nous apprend Monsieur Copé, c’est de sauvergarder l’unité de l’UMP ». D’accord, mais si le parti éclate ? Le gagnant n’aura-t-il pas tout perdu ?

Le perdant peut donc faire perdre le gagnant, de même que, dans la dialectique hégélienne, le Maître dépend de la reconnaissance de l’Esclave pour s’imposer. Tout ça n’est pas très drôle pour le Maître, et l’on serait presque tenté de le plaindre, si nous n’avions la certitude qu’il sera content à la fin. En politique, l’Esclave se cherche un Maître. Que les militants se rassurent, il finit toujours par le trouver.

Gaza : la rue arabe anesthésiée par ses convulsions

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gaza hamas israel hezbollah

gaza hamas israel hezbollah

Dans l’imaginaire collectif, une vague – surtout lorsqu’on la dit « révolutionnaire » – est censée tout emporter sur son passage et fondre dans un même rouleau les éléments contre lesquels elle a buté. Transposée dans le domaine politique arabe, cette imagerie naturaliste suggère la possible dissolution de toutes les contradictions existantes dans l’internationalisme démocratique propalestinien[1. Tel était le schéma révolutionnaire auquel le palestinien Georges Habache consacra sa vie et son énergie au sein du Front Populaire de Libération de la Palestine. Aujourd’hui, cette chimère ne survit plus que dans les communiqués du FPLP que plus personne ne lit.].

Depuis une huitaine de jours, l’opération israélienne à Gaza laisse pourtant la « rue arabe » de marbre, si l’on excepte les quelques réactions d’indignation pavlovienne de rigueur, à l’image des quelques centaines de manifestants égarés place Tahrir au Caire. De Tunis à Amman, il semblerait que les peuples arabes aient d’autres chats à fouetter, la cause palestinienne n’étant plus qu’une rhétorique de façade dont l’usage lacrymal ne suffit plus à fédérer des nations fracturées. L’explosion révolutionnaire déclenchée en décembre 2010 à Sidi Bouzid a immolé l’illusion nationale arabe : hormis la Tunisie et l’Egypte, qui doivent par ailleurs gérer la question islamiste et l’avènement du pluralisme, qui peut aujourd’hui encore se targuer d’un idéal national solide ? Le mythe nationaliste panarabe syrien s’est heurté à la fragmentation de la société entre kurdes, sunnites, alaouites, chrétiens, druzes, jamais aussi flagrante qu’en période de guerre civile. Quant à la concorde islamo-nationaliste entre sunnites et chiites, demandons aux gouvernants du Yémen, du Bahreïn, de l’Iraq ce qu’ils pensent de cet autre mythe usé par l’éruption révolutionnaire.

Même dans le cas palestinien, la vindicte contre l’Etat hébreu ne fait plus l’unanimité. Naguère consensuel, ce cache-sexe des divisions arabes illustre le divorce entre les intérêts stratégiques de l’Iran et ceux de ses adversaires sunnites, que les observateurs arabes ne craignent plus de souligner Ainsi, Tariq al-Hamid, l’éditorialiste du quotidien londonien en arabe Acharq al-Awsat a vivement attaqué la surenchère verbale à laquelle se livre le secrétaire général du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, dans des diatribes anti-israéliennes qui visent autant à défendre l’axe Damas-Téhéran qu’à rassembler la rue arabe sous son panache chiite. En tirant à boulets rouges sur seyyed Hassan, le journaliste décrit le grand jeu du Parti de Dieu dans la région : convoyage d’armes à travers le Soudan, assistance militaire au régime syrien, collaboration étroite avec les Gardiens de la Révolution iranien et pilonnage systématique des régimes arabes sunnites qui lui sont opposés, comme l’Arabie Saoudite, le Qatar et l’Egypte des Frères Musulmans.

Bien que les tirs de missiles de Gaza sur Israël soient le fait du Hamas, d’aucuns voient là aussi la main iranienne. Malgré la rupture officielle des relations diplomatiques entre le Hamas et Téhéran, intervenue au faîte de la crise syrienne, tout indique en effet que l’état-major iranien équipe massivement les lanceurs de missiles gazaouis en engins Fajr 5 pouvant atteindre Tel Aviv, Jérusalem et toutes les localités israéliennes à 75km à la ronde. Jusqu’à ces derniers mois, l’entraînement et le financement des Brigades Ezzedine al Qassem d’ Ahmed Jaabari, récemment exécuté par Tsahal, était également le fait de Téhéran; et les services israéliens croient de plus en plus dans la pérennité de l’alliance irano-gazaouie, par delà les bourrasques de la crise syrienne.

Que déduire de ces rivalités exacerbées ? La guerre de puissance interarabe a vraisemblablement eu raison d’un mythe éculé : la-solidarité-avec-nos-frères-palestiniens-morts-en-martyrs. Entre le risque de désespérer « Al-Qods » et leur agenda interne, les nouveaux dirigeants arabes ont sans doute choisi.

*Photo : Caricature syrienne représentant l’émir du Qatar et le secrétaire général de la Ligue arabe sous la bannière « Ligue des brebis arabes ».

De quoi Jacques est-il le prénom ?

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jacques attali

jacques attali

Jacques Attali est connu de tous. Il passe si souvent à la télévision qu’il semble habiter dedans. C’est un économiste du siècle dernier, qui a beaucoup contribué à la pensée de François Mitterrand. C’est pour cela qu’il restera dans l’histoire, ainsi que pour ses tentatives désespérées et désespérantes de diriger des orchestres symphoniques en public alors qu’il ne sait pas le faire.

Mais la question n’est pas de savoir si Jacques Attali a l’oreille absolue, ou encore de savoir si Baltique, le labrador présidentiel, a été le nègre d’Attali pour sa série d’ouvrages mitterrandolâtres “Verbatim”, mais de savoir si le grand Jacques tient encore la route… en novembre 2011, prenant des postures de prophète ou de sage des montagnes (la barbe lui est poussée…) il prédisait de manière tonitruante la fin de l’euro “avant Noël”. Nous abordons Noël 2012 et l’euro est toujours là. Mais, infatigable, l’économiste au regard qui pense est revenu à la charge il y a quelques jours pour proposer la réforme du siècle que le peuple de France appelait ardemment de ses vœux : le droit de changer librement de prénom !

On lit dans une tribune qu’il signe sur Slate.fr : “En ces temps de réflexion sur les libertés nouvelles que chacun pourrait se voir accorder, il en est une, à laquelle nul ne réfléchit assez, à mon sens, qui concerne l’identité. Pourquoi faudrait-il accepter le nom, et le prénom que nos parents nous imposent ? ” Ah la belle idée ! Ah ce droit de rompre symboliquement avec son patronyme et le prénom que nous ont donné nos parents ! Il faut dire que les années 2000 et la télé-réalité ont déjà beaucoup fait pour la destruction du patronyme… Dans les écrans ce ne sont plus que Loana, Jean-Edouard et bourriquet… ! Il restait à détruire la symbolique du prénom… “Je propose – écrit le sage – de modifier (le) code civil, pour affirmer qu’il appartient à chaque personne, à partir de l’âge de 18 ans, de choisir librement son prénom.” Il sera ainsi possible de céder à la dernière mode, de prendre le prénom de son acteur préféré (si nos parents nous ont donné celui de leur personnage de sitcom favori)… et d’abolir ce qui faisait du prénom ce lien intime à ceux qui nous ont enfantés. “Les prénoms diront alors non pas ce que nos parents ont rêvé pour nous mais ce que nous rêvons pour nous-même, ce qui est, sans doute, au moins aussi important.” Le jeune, ivre de lui-même, pourra se rêver pleinement autonome, de génération spontanée ; il pourra se prendre pour son propre géniteur… celui qui se donne lui-même son prénom.

Mais le philosophe sait nous rassurer : “Il doit cependant y avoir une limite à cette liberté, comme à toute autre: on ne peut aller jusqu’à consommer des prénoms comme des objets de mode, en en changeant chaque année. »

C’est là que l’on regrette que le progressisme béat de Jacques Attali, et son désir barbare de liberté, n’ose pas aller jusqu’au bout du ridicule. Nous proposons pour notre part la mise en place d’un “chèque prénom” permettant d’en changer six fois par ans, la mise sur pieds d’une commission nationale des prénoms citoyens et éco-conscients, ainsi que l’obligation légale pour chaque jeune personne, dès l’âge de 18 ans, non seulement de se choisir un nouveau prénom, mais aussi un nouveau sexe, et de nouveaux parents. Tout se dissoudra magnifiquement dans la religion de la nouveauté, de l’à ma guise, et du changement-maintenant… Et tous les « Jacques » pourront se faire appeler « Jack ».

*Photo : Abode of Chaos.

L’UMP menacée par une grave crise humanitaire ?

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À l’issue des élections devant désigner le futur président du parti, François-Laurent Désiré Fillon a revendiqué pour lui la victoire totale alors même que son rival, Jean-François Avatars Multiples Copé, dénonçait des manœuvres frauduleuses et se proclamait seul et incontestable vainqueur. Cette situation fait craindre des affrontements entre les partisans des deux camps et laisse présager une situation chaotique dont pourraient profiter Jean-François Equilibre Cosmique M’Borloo, leader de la région centre et Marine Intransigeance Le Pen, qui pourrait tirer profit également de l’extrême confusion de la situation pour tenter un coup de force avec ses troupes installées en lisière de la droite conservatrice. Chacun attend avec impatience et espoir l’éclatement possible de l’ex-formation majoritaire, sachant qu’il y aura des places à prendre en cas de lutte fratricide.

Mais le plus attentif de tous, sans doute, à l’issue de ce conflit, ne peut être que l’ex-président et chef suprême autrefois incontesté Nicolas Sceptre de Puissance Sarkozy, plus connu encore de ses supporters sous le sobriquet « ohé, ohé, capitaine abandonné », qui a tout à gagner dans un affrontement qui le débarrasserait de ces deux anciens et encombrants lieutenants et lui permettrait d’attendre paisiblement que le carnage se poursuive pour se présenter sous les traits de l’aérienne providence voguant, tel l’Albatros gaullien, au-dessus des luttes de partis.

Dans l’immédiat, le HCR a tiré la sonnette d’alarme et rappelé le sort qui menace, en cas d’explosion de l’UMP, les dizaines de milliers de militants appelés à devenir des réfugiés politiques ou à mourir de désespoir. Le gouvernement français n’a pas encore fait savoir s’il envisageait, comme y appelle vivement le philosophe polycausal Bernard-Henri Lévy, à intervenir pour éviter la crise humanitaire. Interrogé sur la position de la France en la matière, François Hollande a simplement répondu : « mouf » avant de reprendre une part de flan. Vladimir Poutine a proposé pour sa part l’envoi d’observateurs afin de prévenir les irrégularités lors des prochaines primaires. Lionel Jospin a annoncé préventivement qu’il se retirait de la vie politique.

Je connais des Français musulmans plus patriotes que beaucoup d’étudiants de Sciences Po

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philippot florian marine le pen

philippot florian marine le pen

Causeur : Que proposez-vous aux Français ? Peut-on revenir à la France de 1960 et renoncer à la mondialisation ? L’électeur FN lui-même est-il prêt à refaire la queue aux postes frontières ?

Florian Philippot : Commençons par un constat : ces dernières années, un continent s’est isolé et s’est coupé de la croissance mondiale : l’Europe… c’est pourquoi nous prônons un réarmement économique et politique dans la mondialisation sans remettre en cause le développement des voyages, des échanges, des technologies. Mais dans la mondialisation actuelle, on nous demande de nous battre face à la Chine, à l’Inde, au Brésil et aux pays émergents sans monnaie, ni frontières, ni possibilités d’actions stratégiques de l’Etat vis-à-vis de certains secteurs de l’économie.[access capability= »lire_inedits »] Nous voulons pouvoir lutter à armes égales. Cela suppose une reprise en main qui passe notamment par le contrôle des frontières et la remise en cause de Schengen. Retrouver sa monnaie offrirait un levier d’action sur l’économie et permettrait de s’adapter à son niveau de compétitivité. Cela ne veut pas dire que nous construirons des miradors aux frontières ou une nouvelle ligne Maginot ! Nous voulons agir comme 90% des pays du monde, ni plus ni moins.

C : Mais grâce à l’UE, l’Europe a atteint la plus longue période de paix de son Histoire, ce qui lui a dernièrement valu le prix Nobel de la Paix…

FP : C’est absurde, l’Union Européenne est une des conséquences, et non pas la cause, de la paix sur le Vieux continent. Nous contraindre à accepter cette Europe-là au nom du maintien de la paix relève du terrorisme intellectuel. Quand un ensemble politique place l’idéologie au-dessus de tout, cela finit par engendrer la désunion voire la guerre. Regardez les tensions qui montent entre l’Allemagne, la Grèce et les pays du « Club Med » !

C : Ces tensions nous permettent d’aborder la question de l’immigration sous un autre angle : si, à cause de la crise, des Espagnols ou des Italiens entraient par milliers sur notre territoire – comme ils le font déjà en Allemagne – pour y trouver du travail, faudrait-il les arrêter ? Autrement dit, de l’immigration ou de l’islam, laquelle est l’ennemie du FN ?

FP : Nous sommes contre l’immigration et non pas contre les immigrés. Notre objectif est de passer de 200 000 entrées légales par an à l’heure actuelle à 10 000 en fin de quinquennat. L’immigration est un projet du grand patronat, Laurence Parisot étant systématiquement vent debout dès qu’on entend limiter les flux migratoires. Cela devrait interpeller Mélenchon et Besancenot que de jouer le jeu du grand patronat !

C. L’islam ne vous pose-t-il donc aucun problème particulier ?

FP : Le problème est le développement exponentiel de l’islam radical en France, phénomène qui résulte de la politique d’immigration ! Islamisme et immigration sont évidemment liés mais s’y surajoute une capitulation de la République française qui, depuis dix ou quinze ans, renonce à certains de ses principes cardinaux, comme la laïcité. On le voit sur le financement de certains lieux de culte, mais aussi devant la montée des revendications communautaristes à l’école ou dans l’entreprise.

Vous n’allez pas nous jouer cet air-là ! Ce n’est pas seulement l’islamisme qui vous pose un problème, mais l’islam que beaucoup de gens, au FN, considèrent comme hétérogène à la culture française…

Je connais personnellement des Français musulmans infiniment plus fiers de leur pays que pas mal d’étudiants de Sciences Po, pourtant de vieille ascendance française, qui vomissent le patriotisme.
Voilà pourquoi je ne confondrai jamais islam et islamisme ! Plus la République sera faible face à l’islamisme, plus elle laissera se développer des ghettos via l’immigration, plus elle laissera penser
aux Français que c’est l’islam le problème. Voilà pourquoi il faut immédiatement prendre deux mesures : rétablir la laïcité partout et stopper l’immigration légale et clandestine. À partir de là, les tensions
s’apaiseront naturellement et la France reprendra son chemin.

C : Quelle part d’eux-mêmes doit-on demander aux immigrés d’abandonner ? Au-delà de la langue, quels éléments doivent-ils acquérir pour s’intégrer ?

FP : Effectivement, les primo arrivants doivent laisser une part d’eux-mêmes au pays et c’est, je le reconnais, une forme de violence. Concrètement, il est préférable qu’ils parlent chez eux en français avec leur famille. On doit exiger qu’ils se conforment aux lois de la République, qu’ils en connaissent les grandes valeurs et qu’ils transmettent son Histoire. Je ne parle pas ici des conditions de naturalisation, c’est un tout autre sujet.
Or, aujourd’hui, certains enfants de la troisième ou quatrième génération d’immigrés donnent l’impression de se désassimiler. On a vu des jeunes français brandir des drapeaux étrangers, parfois avec arrogance, le soir de l’élection du nouveau Président de la République Française. Cela révèle un malaise de l’assimilation et de l’identité, dû en partie au fait que notre pays est en permanence délégitimé par ses propres élites. La France est un des rares pays où il est scandaleux de brandir le drapeau national !

C : Que pensez-vous de la Droite Populaire, auxquels appartiennent les souverainistes de l’UMP Lionnel Luca et Jacques Myard ?

FP : Lorsque j’entends Jacques Myard, je l’approuve sur toute la ligne. Avec Lionnel Luca, ils tombent à bras raccourcis sur l’UE mais restent au sein d’un parti – l’UMP – qui la défend farouchement. Cela pose un sérieux problème de cohérence. Je vous rappelle que seuls cinq parlementaires de la Droite Populaire ont voté contre le traité budgétaire européen. En 2008, c’était encore pire, ils n’étaient que deux ou trois sur les quarante parlementaires de la future Droite Populaire à s’être opposés au traité de Lisbonne ! Globalement, la Droite Populaire reste de la publicité mensongère.[/access]