Ce n’est pas une mais trois déconvenues sévères qu’aura vécues l’ancien premier ministre dans ce long feuilleton des primaires.

La première défaite, et la plus évidente, n’est sans doute pas la plus parlante : il est bien évident qu’on ne saura jamais lequel des deux candidats l’a réellement emporté dans les urnes. 50,03 contre 49,97 en bon français, ça veut dire fifty-fifty. On comprend mal, dans ces conditions-là, pourquoi Fillon acte le résultat, plutôt que d’aller le contester devant les instances ad hoc du parti, voire devant la justice française. Il y a en effet comme une bizarrerie à constater de «nombreuses irrégularités», donc en clair des faits délictueux et à ne pas les dénoncer à qui de droit. De là à penser que les fillonistes aux mains si propres n’auraient rien à gagner à une véritable enquête judiciaire sur ce scrutin agité, et notamment sur le déroulement du vote dans les Alpes-Maritimes, le XVIème arrondissement et autres fiefs de l’ancien premier ministre…

La deuxième défaite est moins visible et pourtant plus patente : c’est l’étroitesse du score. Imaginons avec le perdant que seules les magouilles copéistes l’aient privé de sa victoire. De combien aurait-il gagné sinon? De 200 voix, de 500 voix, de 1000 voix ? Avec 50,5 contre 49,5 ? Eh bien une telle victoire aurait été une sacrée défaite. Car si le très prudent François Fillon est allé à la bataille, c’est uniquement avec la certitude absolue d’être élu, d’être très largement élu, un peu comme quand il a choisi le VIIème arrondissement pour devenir député de Paris. Et c’est vrai qu’a priori, il pouvait y croire, François : il était l’ancien premier ministre de Saint-Nicolas Sarkozy, il semblait le plus rassembleur, il était placé 35 points devant son adversaire par les sondeurs et enfin, il était soutenu en bloc par des médias horrifiés par la « dérive droitière » de Copé. Bref, ça devait être in the pocket, ce fut in the baba…

La troisième défaite peut sembler plus anecdotique, elle risque de se révéler fort problématique. On le sait, François Fillon se rêve déjà maire de Paris. Ce qui n’a rien d’impossible : les électeurs de 2014 risquent fort de vouloir sanctionner durement la gauche, comme ils le firent, par exemple, en 1983. Et on ne fera pas injure à Anne Hidalgo en constatant qu’elle a moins de crédit et de prestance que Bertrand Delanoë. Jouable, donc, mais pas joué. En effet lors de la primaire, Fillon a empoché 17 arrondissements sur 20. Un presque grand chelem où ne manquent à l’appel que les XIIème, XIVème, et XVIIIème arrondissement. Manque de bol, compte tenu du mode de scrutin et des rapports de force dans la capitale une victoire à Paris ne peut passer que par la reconquête par la droite du XIIème et du XIVème . Or ces deux arrondissements-clés, ces deux « swing states » du 75, sont aux mains des infâmes copéistes, qui vont donc réclamer des têtes de listes que François Fillon ne veut surtout pas leur donner.

D’ici 2014, il n’y a donc que deux possibilités : soit tout le monde se réconcilie pour battre la gauche, soit le climat se dégrade à tel point qu’Anne Hidalgo sera élue d’avance. Vous pariez avec moi ?

* image : Flickr/UMP

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